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Les derniers avis (6910 avis)

Couverture de la série Iris, deux fois
Iris, deux fois

Gros, gros, gros coup de cœur pour cet album ! Décidément, j’aime beaucoup le travail de ce petit éditeur (Sarbacane). Le récit s’articule autour de deux idées qui me parlent énormément. D’un part, une question existentialiste que les mathématiciens explorent avec le monde quantique. Et si la vie que nous vivons n’était qu’une possibilité de vie ? Et si notre destin avait été tout autre ? Et si d’autres réalités de nous coexistaient dans des mondes parallèles ? Qu’est-ce qui détermine ce que nous sommes ? La chance ? Le hasard ? Une ‘destinée’ immuable ? N’allez pas croire qu’il s’agit d’un récit prise de tête ! Bien au contraire, sa lecture est très aisée mais les autrices posent de bonnes questions sur le sujet et nous permettent de nous interroger à notre tour sur cette idée : quelle aurait été notre vie si… ? La dimension fantastique en devient secondaire (d’ailleurs, y a t’il seulement une dimension fantastique ou est-ce là la simple réalité quantique de nos existences ?) Deuxième thématique : le processus de création (ici littéraire). Qu’est-ce qui rend une œuvre forte ? Le confort nuit-il à la création ? Faut-il souffrir pour créer ? Un thème déjà abordé dans « Bluesman (Ariño) » que j’ai lu il n’y a pas si longtemps et qui revient ici dans un autre contexte mais avec toujours autant de pertinence. Ces deux thématiques entremêlées sont portée par un personnage au bord de la crise de nerf (voire au-delà), Iris, forte et fragile à la fois. Un très beau personnage féminin qu’un double éclairage humanise merveilleusement. Ce personnage m’a touché dans ses interrogations comme dans ses pétages de plomb. J’ai dévoré ce récit même si je suis moins convaincu par la forme. En effet, le découpage est parfois excessif. Certains enchainements de cases auraient gagnés en rythme si au lieu de tenir en trois cases, ils avaient été concentrés en une seule. Le dessin est parfois un peu figé et ne dynamise pas ce récit… Mais en fait, je me fiche bien de ces petits détails techniques de pinailleur qui aime chercher la petite bête. La vérité est que j’ai été touché par cet album et que je l’ai dévoré sans pouvoir le lâcher. Gros coup de cœur du moment et un 4/5 amplement mérité.

12/05/2021 (modifier)
Par Ubrald
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Le Château des étoiles
Le Château des étoiles

Super lecture des 5 premiers tomes ! C’est léger, aérien, nostalgique de l’époque Jules Verne et mêlé de merveilleux. Sans jeu de mots, il y a quelque chose d’éthéré qui flotte dans l’air lorsqu’on lit cette bd, j’avais l’impression d’avoir pris de l’hélium ;-) Super de se replonger dans cette époque napoléonienne, prussienne, de machines à vapeur, de montgolfières avec un nouvel ingrédient magique : l’éther ! Des protagonistes adolescents avec leurs faiblesses, qui murissent au fil de l’histoire ; par exemple Séraphin personnage central n’est pas le jeune homme fort parfait et n’a pas forcément le dernier mot lors d’une lutte, du coup la bd n’est pas trop lisse et ne fait pas trop super héros, c’est agréable. Un univers plein de magie foisonnant d’idées novatrices et originales. Au niveau dessin, j’ai particulièrement aimé la faune, la flore et les êtres féériques martiens. Un des personnages principaux, Hans, n’est pas dessiné de façon réaliste comme les autres, mais a plus une bouille comique de dessin animé à la Miyazaki, ça aussi j’ai trouvé que c’était fort, c’est introduire une différence qui ajoute au tout et qui si elle n’avait pas été là aurait aussi donné une bd trop lisse ; introduire une différence (qui peut paraître comme un défaut) dans un ensemble cohérent peut paradoxalement le renforcer (c’est le cas des structures cristallines) et là c’est le cas. J’ai trouvé tous les dégradés de couleurs magnifiques. Je lirais avec beaucoup d’intérêt la nouvelle série parallèle Les Chimères de Vénus scénarisée par l’excellent Alain Ayroles.

11/05/2021 (MAJ le 11/05/2021) (modifier)
Couverture de la série Charly 9
Charly 9

Je me joins aux multiples avis précédents. C'est de l'Histoire bien racontée vue de très près. A noter une alchimie réussie de politique monarchique, d'humour salvateur, d'horreur planifiée, d'amour contrarié et le tout en un one-shot! Merci aux auteurs pour ce concentré de talents.

10/05/2021 (modifier)
Couverture de la série Le Retour
Le Retour

En voilà une bonne surprise. Excellente même. Je ne m'y attendais pas. On parle souvent de "roman-graphique" pour certaines bd alors qu'il s'agit généralement simplement d'une bd pavé (comprendre : avec beaucoup de pages); et qui généralement tourne autour d'un thème nombriliste/autobiographique/ou d'une histoire complète qui prend son temps. Pour le coup, j'aimerais parler de roman graphique avec cette bd, car ça aurait pu être un roman. Cette bd comporte donc pour moi une dimension romanesque, par son intrigue de départ, la structure du récit, habile et souple, les personnages construits, cohérents (notamment par leurs contradictions, comme tout un chacun) et leurs relations entre eux... Et bien sur le nombre de thèmes qui sont traités avec subtilités, sans s'imposer, et qui font une ossature au récit, le rendant plus profond, et sans démonstration. Donc je trouve que cette bd est un vrai roman (graphique du coup). Cqfd, merci Kiki. Il y a de l'intelligence qui ressort à la lecture, du récit et des thèmes traités. Le tout sans aucune prétention. En fait je suis impressionné par la qualité de cette bd, qui se la raconte pas, et qui vole, je trouve, assez nettement aux dessus de bon nombre de nids de coucous.

10/05/2021 (modifier)
Par Benjie
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Blacksad
Blacksad

Une relecture de Blacksad pour redécouvrir le superbe dessin, les ambiances, les détails et tous ces personnages que l'on finirait vraiment par confondre avec des humains tellement les postures et les expressions des visages sont naturelles. Cette série est une très belle réussite. Le scénario est très bon dans le premier tome et bon dans le second, même s'il est déjà moins intéressant et plus confus. Ensuite il s'affaiblit, perdant parfois en cohérence, avec des raccourcis étranges. Dans les deux derniers tomes, on se retrouve à la fin de l'histoire sans avoir bien suivi ce qui s'est passé. Dommage, car le dessin reste un vrai régal pour les yeux. Cette série fut une révélation à sa sortie, elle continue à bien tenir la route quand on la relit.

09/05/2021 (modifier)
Par Yann135
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Welcome to Hope
Welcome to Hope

Amis orpailleurs j’ai une bonne nouvelle pour vous ! Vous pouvez lâcher votre pelle, votre batée et votre tamis. Vous êtes en quête d’une pépite ? Une grosse pépite ? et bien en voilà une étincelante avec « welcome to Hope ». On a l’habitude de dire, tout est bon dans le cochon. Avec cet album, je dirais désormais c’est le summum avec cet album. Que c’est délicieux de découvrir de tel petit bijou. Clac ! Prend ça dans ta face ! Hope est au milieu de nul par. Ou plutôt au milieu des champs de maïs au fin fond du Kansas. Hope est un bled paumé. C’est la rencontre de 2 loosers. L’un est un garagiste désoeuvré. L’autre va de ville en ville pour plumer les quidams au poker. Sa voiture tombe en panne. Evidemment ils n’auraient jamais dû se rencontrer. Le cauchemar commence à plouc town ! Entre les combats de chiens, les secrètes liaisons entre les deux protagonistes et la gente féminine du bled , la violence latente, les espoirs de certains, les rancœurs et – c’est le pompon – deux frères dégénérés, les rebondissements sont nombreux. L’enjeu n’est pas de se faire un max de pognon sur ce coup là, c’est surtout s’en sortir vivant. Vous commencez, et vous ne pourrez pas lâcher l’album avant la fin je vous le dis. Je vous aurais prévenu. Ambiance poisseuse et glauque mais que c’est bon. Je crois bien que j’ai fini avec la gorge sèche. Le graphisme est typiquement celui que j’affectionne, très détaillé et délicat. Les personnages ont de ces gueules ! C’est terribeul ! Voilà un thriller à la Stephen King rythmé qui part progressivement en cacahuète pour notre plus grand plaisir. L’horreur est plus psychologique que visuel. Tout ou presque est suggéré. J’adore. Vous voulez un bonus ? Il faut privilégier l’intégral. Pour le même prix vous avez un album et un roman.

09/05/2021 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série L'Emouvantail
L'Emouvantail

J’ai lu les 4 tomes parus à ce jour avec mes deux fils de 9 et 11 ans, et nous avons passé un excellent moment de lecture. Le ton des histoires est très poétique, et on retrouve l’humanité et les valeurs souvent présentes dans les albums de Renaud Dillies : l’amitié, l’amour, la nature, la musique… la poésie est retranscrite dans les textes, mais surtout par le dessin, absolument magnifique et sublimé par les belles couleurs de Christophe Bouchard. Ce choix narratif fait que la lecture est fluide et légère, un soulagement après notre lecture récente de l’adaptation du roman Le Vent dans les Saules, très lourde en textes. Une chouette découverte, et un deuxième coup de cœur dans catalogue de cet éditeur, après le superbe Sous les arbres. Nous espérons que l’auteur va réaliser d’autres aventures de cet adorable épouvantail.

08/05/2021 (modifier)
Couverture de la série Tracnar & Faribol
Tracnar & Faribol

Une lecture que je n'attendais pas et que je n'avais pas prévue, et voila la bonne surprise ! L'auteur dont je ne connaissais aucune autre Bd, réussit un joli conte de médiéval fantastique plus que de fantasy (que je verrais mieux classé soit en conte ou en MF) en s'inspirant à la fois des contes de Perrault (à 70%), des contes de Grimm, du Roman de Renart (les 2 compères héros de ce récit sont comme par hasard un goupil et un loup), et même de Rabelais, avec en plus une petite touche disneyenne, le côté naïf en moins. C'est un scénario de conte classique qui reprend des éléments communs à nombre de récits situés dans de petits royaumes d'opérette au coeur d'un Moyen Age fantastique avec un brin de sorcellerie, et avec 2 héros qui sont des individus roublards, de gentils filous qui ne pensent qu'à gagner quelques pièces, mais tout ceci est très bien élaboré, bien pensé, avec de bons personnages bien typés. Ce récit me fait beaucoup penser à L'Épée d'Ardenois, bande animalière qui m'avait vivement séduit et au dessin aussi joli. Malgré sa fausse allure enfantine, ce conte est donc encore une bande animalière, mais avec des tronches d'animaux anthropomorphes pittoresques, surtout celles des 2 héros et des gardes. Cependant, la caractérisation animale qui fonctionne de la même façon que chez Blacksad, n'utilise pas des expressions trop humaines contrairement à d'autres Bd animalières, même humoristiques comme Max et Nina par exemple, ici on a droit à des expressions plus animales, c'est très subtil. Le dessin achève de me séduire complètement : c'est pas du dessin aquarelle classique comme dans les Bd de Tisselli ou Prugne, mais de l'aquarelle légère sur crayonné, c'est précis et soigné, riche en détails surtout dans les éléments de décors et les costumes ; je pense qu'il fallait ce style de graphisme sur un conte de ce type. Voila donc un joyeux mix de références littéraires, à l'univers bien décrit et avec 2 héros sympathiques qui ne demandent qu'à vivre d'autres aventures, pourquoi pas ?

07/05/2021 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Les Voyages d'Ulysse
Les Voyages d'Ulysse

J'ai toujours tendance à me laisser influencer par les autres avis lorsque je laisse le mien, mais là je fais totalement abstraction des autres pour exprimer pleinement mon ressenti : j'ai adoré cette BD ! Dans la continuité et la complémentarité de Les Voyages d'Anna, nous avons ici un épisode de la vie de ce peintre -Jules Toulet- qui la recherche à travers le monde. Embarquant par hasard sur un navire dont la capitaine semble chercher quelqu'un, elle aussi, il est entrainé avec elle à la recherche d'un peintre. L'histoire peut sembler banale, ainsi racontée, mais la force de cette BD tient au propos qui est développé au cours de celle-ci. Cette BD parle de l'Odyssée (le titre étant assez explicite), en faisant à la fois un voyage à travers la Méditerranée comme le fit Ulysse en son temps, mais aussi en reprenant certains points clés de ce récit mythologique pour en faire des métaphores, symboliques et réinterprétation de cette histoire millénaire. Et enfin, le récit prend aussi le parti d'intégrer l'Odyssée directement dans la trame, en tant qu'histoire connue des protagonistes, narrés par eux (et dont des extraits sont également lisibles dans l'ouvrage par des pages intermédiaires qui sont parfaitement bien intégrés) et peint également. C'est un récit complètement tourné autour de l'Odyssée, qui parle de lui et à travers lui. Le tout est sublimé par le dessin de Lepage et de René Follet, qui donne vie à ces paysages ensoleillés de la mer Méditerranée, ainsi qu'à la mer elle-même et à ces bateaux qui fendent les eaux pour marchander de part le monde. C'est sublime, osons le dire, et c'est également clair et lisible. Les pages sont souvent magnifiques, certaines illustrations en pleine pages (voir en double page) en jettent plein la vue, et font autant partie de la BD qu'elles font penser à des toiles de maitres. C'est réellement magnifique, pour peu que l'on aime le trait de Lepage, et le rendu est immersif au possible. L'auteur a déjà montré son amour des lieux, des paysages et de la mer, ainsi que de l'aventure. Ici, le tout est combiné avec les représentations de René Follet, qui ajoutent un charme à l'ensemble, avec un style complètement différent. Mais surtout, ce qui me fait tant aimer ce récit, c'est que j'aime l'Odyssée, qui fut l'un des premiers romans que j'ai dévoré enfant, lu et relu durant mon adolescence, et dont je connais encore aujourd'hui des scènes par cœur tant elle m'a plu. L'Illiade et l'Odyssée m'ont accompagné durant ma vie, et cette BD m'a donnée envie de retourner la lire, puis de relire l'Odyssée, et ensuite de relire la BD. C'est prenant, réellement, et une vraie déclaration d'amour à ce récit, parmi les plus vieux du monde. Et je ne parle pas de tout ce qui est dedans, entre les deux personnages principaux, écorchés par la vie et motivé par une quête qui les réparera. Les quelques moments d'amours qui passent dans le récit, les moments de vie et de bonheur ... C'est une belle histoire, une magnifique aventure maritime et une superbe déclaration d'amour à l'Odyssée. Et c'est tout ce que j'en demande. Et puis ... Nom de nom, parfois faut savoir se laisser porter par un récit, sentir le souffle qui passe par les pages et se laisser porter par l'histoire. C'est peut-être trop simple pour certains, un peu trop fleur bleue ... Mais si on fait abstraction de ces détails, franchement, je ne peux que vous recommander cette lecture !

07/05/2021 (modifier)
Par Josq
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Clairette
Clairette

Charlier et Uderzo, à mon avis deux des plus grands auteurs que la bande dessinée franco-belge ait connus, ont très souvent collaboré ensemble, mais nombre de leurs œuvres sont encore méconnues du grand public, faute de rééditions massives par de grands éditeurs. Il ne faudrait pas croire pour autant que leurs œuvres non publiées sont moins bonnes que leurs plus connues, et cette bande dessinée éditée à petit tirage par les éditions Sangam (qui ont également édité Kim Devil du même Charlier - mais avec Forton au dessin - avant de disparaître des écrans radar) est là pour nous le prouver. Initialement, cette série avait été conçue pour être publiée dans Le Supplément illustré, projet de supplément aux grands titres de journaux que Goscinny, Charlier et Uderzo voulaient monter. Ils réussirent à obtenir toutes les autorisations nécessaires, mais le projet ne vit finalement jamais le jour pour une raison vraiment bête : cette formule d'un supplément indépendant aux grands titres de presse aurait dû imposer aux marchands de journaux d'effectuer eux-même le geste consistant à glisser ce supplément dans le journal partenaire lors de l'achat par les clients. Les marchands acceptèrent... moyennant vingt centimes par encartage, invalidant ainsi tous les calculs du trio d'auteurs, qui ne put donc jamais concrétiser ce beau projet de démocratiser la bande dessinée en la joignant aux plus grands quotidiens d'information. Malgré tout, de tous les projets destinés à ce Supplément illustré, Clairette fut le seul à pouvoir survivre dans les pages d'un journal coquin de l'époque, Paris Flirt (qui explique que le peu d'images de Clairette en bikini dans la BD ait pu passer malgré une censure très restrictive à cette époque). Avant Tanguy et Laverdure et après Belloy, il faut donc caser Clairette, dont le style très réaliste est à rapprocher bien plus de la future série d'aviation que du pastiche médiéval au style encore très américanisé. En effet, le trait d'Uderzo est plein de délicatesse et touche toujours très juste, nous faisant entrevoir toute l'âme des personnages au travers de visages aux expressions d'une finesse qu'Uderzo lui-même a rarement reproduite à ce point. La taille des cases et des textes empêche en revanche le dessinateur de s'attarder sur les décors, ce qui peut être un peu dommage, mais nous ramène toujours aux personnages, situant ainsi bien le drame à une échelle totalement humaine. Car bien plus qu'un simple thriller ou une romance, c'est avant tout à un drame humain très fort que nous fait assister Charlier. Faisant cohabiter la romance et le thriller à peu près à égalité, il nous livre ainsi une œuvre d'une belle puissance mélodramatique. La mort est présente dès les premières pages de cette bande dessinée, et le reste n'est pas toujours plus joyeux, puisqu'elle nous montre Clairette être victime d'une arnaque franchement violente (se faire passer pour un demi-frère disparu il y a trente ans en profitant de la mort accidentelle d'une mère, c'est quand même pas joli, joli...), résister aux avances d'un homme un peu trop entreprenant (une scène d'une belle modernité où Clairette montre une indépendance de caractère et une force rarement présente chez ce genre de personnages à l'époque), devenir le bouc émissaire bien solitaire d'un tas de personnes qui croient fermement à sa culpabilité (les uns sincèrement, tandis que les autres non). Bien sûr, rien de tout ça n'est très osé vu d'aujourd'hui, mais pour l'époque, ça sort pas mal des codes habituels du genre, mine de rien... Ainsi, Clairette peut s'appuyer sur une intrigue d'une force toute propre à Charlier (dont le pic émotionnel fut atteint à mon avis dans le premier dyptique incroyable de Tanguy et Laverdure), créant des passages d'une intensité rare et d'une réelle émotion. Alors qu'on aurait pu s'attendre à des flots de mièvrerie dû à l'aspect romantique de l'histoire, Charlier ne bascule que très rarement dans ce piège, grâce à des péripéties habilement montées. Ainsi, quand Clairette et son love interest (étrangement appelé... Jacques Le Gall !) se séparent, hésitent et cherchent à revenir l'un vers l'autre, Charlier habille tout cela avec un art consommé, justifiant pleinement chacun de ces actes par son intrigue policière. Et de fait, l'interaction entre l'intrigue policière et l'intrigue romantique est extraordinairement bien mise en avant. Aucun personnage n'agit de manière outrancière pour faire avancer le scénario, aucune coïncidence énorme ne vient décrédibiliser l'histoire générale (il y a une seule grosse coïncidence qui débarque à la fin, mais bon, ça n'invalide rien de ce qui s'est passé jusqu'alors), même les méchants agissent intelligemment ou en tous cas en toute cohérence avec leur plan et le caractère de chacun d'entre eux. Cela permet à Charlier de tisser un filet qui se resserre très étroitement autour de son héroïne, nous la rendant d'autant plus attachante, surtout dans le climax, assez dur à supporter si on a réussi à s'impliquer auprès des personnages. Bref, ni vraiment romance, ni vraiment thriller mais pourtant chacun des deux à part entière, Clairette manie chacun des deux registres à la perfection, les entremêlant pour nous donner un résultat qui démontre tout le génie de Charlier, magnifié par celui d'Uderzo. Dense et complexe, mais jamais bavard et incompréhensible, Clairette est un modèle de narration et d'équilibre, digne de la meilleure époque du film noir hollywoodien, et qui devrait inspirer tous les auteurs qui s'essayent au genre si casse-figure du mélodrame. Mais bon, pour cela, il faudrait que cette pépite soit un peu moins rare et un peu moins inatteignable (le prix des quelques tomes mis en vente sur internet va du très cher à l'aberration la plus complète). Il serait pourtant normal que cette belle histoire puisse s'ouvrir à un public un peu plus large que les collectionneurs les plus fous et les admirateurs les plus inconditionnels de ces deux auteurs...

04/05/2021 (modifier)