Les derniers avis (9815 avis)

Par Miguelof
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Spirou et Fantasio
Spirou et Fantasio

Si je devais voter pour les 10 meilleurs albums de BD de tous les temps, 5 seraient probablement des Spirou et Fantasio de Franquin. Si je ne pouvais en garder qu’un pour le reste de ma vie, ce serait Spirou et les Héritiers. C'est l'aventure à l'état pur, oui, mais aussi la poésie, les sentiments, la véritable amitié entre Spirou et Fantasio, la rivalité avec Zantafio, le dépassement de tous les défis, c'est l'émerveillement constant ! Le dessin de Franquin est tout simplement parfait. Entre Les Héritiers et QRN sur Bretzelburg, je crois que nous avons le meilleur de toute la BD franco-belge. Panade à Champignac et Tembo Tabou sont des cas un peu à part... je pense que Franquin n'était plus vraiment là et voulait faire d'autres choses. Mais tout est tellement bon que ça compense largement, en termes de note, le reste de la série et quelques auteurs que je n'apprécie pas autant. Le mouvement, les expressions, les décors, les effets comiques, chaque détail de l’esthétique : de l’architecture aux voitures ! Ah, les voitures de Franquin ! Je suis toujours passionné par les Turbot : j’ai construit et peint les modèles à l’échelle 1/43. Je suis très fier de ce que j’ai fait, meilleurs que ceux vendus dans le commerce, pardon pour mon manque de modestie. Mais tout le monde est d'accord : personne n'a réussi jusqu'à aujourd'hui à dessiner des vélos comme Franquin. Chaque année, en regardant le Tour de France, je ne peux pas m'empêcher de penser à la course dans La Mauvaise Tête! Il y a aussi un aspect social et politique dans les histoires : l’horreur de l’autoritarisme et de l’abus de pouvoir. C’est explicitement assumé dans Le Dictateur et le Champignon ou dans QRN. Mais même dans d’autres épisodes, de façon plus brève, l’impatience face à l’autorité et à la bureaucratie se manifeste. Le combat avec les douaniers dans Les Voleurs du Marsupilami est brillant ! Les personnages introduits par Franquin sont fondamentaux. À commencer par le comte de Champignac, ses champignons et ses inventions géniales. Un peu de folie aussi : j'adore La peur au bout du fil ! Le metomol me fait rire tout le temps aussi. J'admire beaucoup Seccotine, sa personnalité, son initiative et l'irritabilité qu'elle provoque chez Fantasio, c'est hilarant ! Une fille en avance sur son temps ! Mais évidemment, le Marsupilami est la grande trouvaille de Franquin, preuve de son génie, si encore il fallait une de plus. Le nid des marsupilamis, à lui seul, même si Franquin n'avait rien fait d'autre dans sa vie, vaudrait la note maximale pour la série et l'auteur ! Je dois avouer que je ne suis pas un grand fan des histoires avec Zorglub. Je trouve le personnage agaçant et malgré toute la panoplie technologique et la participation de Greg au scénario, les histoires sont un cran en dessous de celles purement franquiniennes (ça existe ?). Bien sûr que j'ai continué à tout lire, 57 tomes jusqu'à présent, non ? Sans compter les hors-série et les séries dérivées. J'ai tout lu, je crois. J'ai lu quelques histoires de Rob-Vel, presque toutes celles de Jijé. Fournier, Nick et Cauvin, Tome et Janry, Morvan et Munuera, Sophie Guerrive et j'en oublie, même les Spirou un peu à part, comme celui de Chaland et quelques expériences supplémentaires. Tout, pour moi, vaut entre 2 et 3 comme note. Il y a quelques albums un peu étranges comme Luna Fatale ou Machine qui Rêve. À mon grand regret, rien n'a réussi à s'approcher de « mon » Spirou. J'aime beaucoup les dessins de Schwartz dans les épisodes les plus récents, je garde mon espoir vivant. Je pense que les éditions Dupuis auraient dû, depuis longtemps, séparer les auteurs, comme elles le font maintenant avec « Le Spirou de... ». Ce serait beaucoup plus sérieux !

17/08/2026 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série La Montagne du Tao
La Montagne du Tao

Mais la voie du Tao n’est-elle pas la voie du changement ? - Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre, au cours de laquelle sont exposés les grands principes du Tao. Son édition originale date de 2024. Il a été réalisé par Yohan Cœurderoy Radomski pour le scénario, et par Lorenzo Chiavini pour les dessins et les couleurs. Il comprend cent-vingt-quatre planches de bande dessinée. Il se termine avec un texte intitulé Pour aller plus loin, et un QRcode pour découvrir sur internet des vidéos sur les trois pratiques décrites dans l’album. Shanghai, printemps 1937, après deux mois de traversée, voilà Fanny Cœurderoy enfin parvenue au bout du monde, dans cette cité fascinante dont le nom l’a tant fait rêver. Descendue à quai, elle est abordée par un homme d’une trentaine d’années qui s’enquiert de son nom. La jeune femme ayant répondu, il lui fait la remarque qu’elle est devenue un joli bout de femme. Il s’agit de Hugues de Rochefort, l’associé de son père, venu pour l’accueillir. Dans un pousse-pousse, il lui demande quelle est la curiosité qui l’amène à Shanghai. La jeune femme répond qu’elle s’intéresse à la culture chinoise depuis déjà quelques années et qu’elle apprend le mandarin. Elle ajoute qu’il n’a pas été aisé de convaincre son père de ce voyage. De Rochefort a l’air ravi de l’arrivée de Fanny. Il a loué pour elle un joli logement près de chez lui. Elle prend les clés, et s’installe. Après s’être mise à l’aise, elle prend place dans un transat sur la terrasse et repense à son voyage : Marseille, Port-Saïd, Suez, Djibouti, Colombo, Singapour, Hong Kong, Shanghai, quel voyage ! Elle se demande si elle ne rêve pas, après tout elle est peut-être encore à Paris. Alors qu’elle a étalé une carte sur ses genoux et qu’elle savoure une cigarette, un serpent se redresse à partir de la carte, surpris qu’elle ne sache pas encore qu’il n’y a pas de différence entre le rêve et la réalité. Elle ne semble pas surprise de le voir, il lui rappelle que c’est lui, le souffle de vie, qui l’a guidée jusqu’ici. Les jours suivants, Hugues fait découvrir à Fanny, la vieille ville si pittoresque., sa passion pour les courses, et les nuits blanches avec ses amis fêtards. Le lendemain, elle a rendez-vous pour ses études à la bibliothèque jésuite de Zikawei. Un bibliothécaire lui présente Wang Taiming, un homme qui connaît leur culture traditionnelle par cœur. Le jeune homme demande en quoi consiste les recherches de Fanny Cœurderoy, ce à quoi elle répond qu’elles portent sur des poèmes de la dynastie Song. Elle se demande pourquoi certains poètes décrivent les paysages sans évoquer les sentiments qu’ils éprouvent. Wang répond que c’est parce que, dans la culture du Tao, l’environnement n’est pas séparé des humains qui l’habitent, tout est animé du même souffle de vie. Il continue : Le poète qui ne parle pas de lui mais du paysage permet ainsi au souffle de vie de mieux entrer dans son cœur, alors le souffle de vie peut vraiment agir en lui. À la fin de la visite, il la raccompagne au centre-ville en voiture. La montagne du Tao : deux possibilités, soit le lecteur va découvrir une sorte d’aventure reposant de plus ou moins près sur le principe du Tao, soit il s’agit d’un livre à visée pédagogique pour vulgariser le principe au cœur du taoïsme. Dans les deux cas, il peut craindre soit une approche artificielle purement cosmétique, soit une entreprise trop ambitieuse incapable de rendre compte d’une immense culture étrangère. S’il jette un coup d’œil au texte de la quatrième de couverture, il peut également craindre une forme de prosélytisme pour les médecines alternatives, car il commence par : Qu’elle soit traditionnelle, alternative, allopathique ou homéopathique, la médecine que chacun utilise révèle les liens que l’on tisse entre le corps, l’esprit et le monde. Les auteurs ont choisi de commencer par un ancrage très précis dans l’histoire : printemps 1937 à Shanghai. Le lecteur est amené à suivre une jeune femme en provenance de France pour étudier la culture chinoise. Elle bénéficie d’un premier guide, Wang Taiming, qui l’emmène dans un village de la montagne dite du Tao, où elle peut observer des pratiques traditionnelles, bénéficier de ses bienfaits, et apprendre des enseignements des praticiens. Les auteurs mêlent ainsi le récit du séjour de Fanny, à des moments d’exposition concis et digestes sur différentes facettes du Tao et de la culture afférente. L’ouvrage remplit son office de vulgarisation de manière élégante et solide. Le lecteur tombe immédiatement sous le charme de la narration visuelle. L’artiste œuvre dans un registre descriptif et réaliste, avec un degré significatif de simplification, en particulier pour les visages ce qui rend les personnages plus vivants, avec une palette de couleurs évoquant parfois le pastel, ce qui peut donner une sensation de conte. Sous des dehors tout public et sympathiques, la reconstitution historique s’avère solide et bien documentée. Une case occupant les deux tiers supérieurs de la première planche avec la vue du port de Shanghai, l’arrivée de l’imposant navire, les tramways, les buildings, etc. Puis dans les rues, le lecteur peut voir le pousse-pousse, une voiture, les façades des immeubles. Et encore d’autres rues par la suite. Les représentations différent de photographies par l’absence de détails relevant de la voirie ou des différentes dimensions de l’urbanisme, tout en comprenant des éléments concrets comme une statue, des passants vaquant à leurs occupations, des enseignes en mandarin, etc. La représentation de Shanghai prend un tour plus dramatique en fin de récit, avec l’attaque par les Japonais le quatorze août 1937 : immeubles éventrés, décombres encore fumants, civils transportés sur des civières, etc. Dans la dernière partie, le lecteur a la surprise de découvrir une belle vue des toitures en zinc de Paris avec la tour Eiffel en arrière-plan, un pavillon à Neuilly, un bateau mouche avec ses touristes remontant la Seine. Les dessins montrent ces différents endroits avec une consistance certaine, donnant la sensation au lecteur de pouvoir s’y projeter même s’il ne s’agit pas d’une reconstitution de type photographique. La majeure partie du récit se déroule dans le village sur la montagne du Tao, ou dans ses environs. Le dessinateur apporte le même savoir-faire pour représenter ces lieux, aussi bien extérieurs qu’intérieurs, avec le même équilibre entre éléments concrets simplifiés et impressionnisme. Le voyage commence en voiture pour monter dans des routes de moyennes montagnes : de magnifiques côteaux verdoyants, même s’il n’est pas possible d’identifier les essences présentes dans la végétation. La promenade continue à pied, avec des montagnes déchiquetées dans le lointain et une végétation qui semble passer des arbustes aux arbres. Les maisons du village apparaissent au sommet d’un long escalier sur un large plateau rocheux. L’artiste maintient ce fragile équilibre entre réalité concrète et paysage flirtant avec l’image d’Épinal, l’exotisme apporté par le regard occidental. Le lecteur découvre toute l’intelligence d’une telle approche lorsque le guide fait apparaître comment le positionnement dudit village respecte les principes nécessaires pour être protégé par les quatre esprits (Guerrier noir, Tigre blanc, Dragon d’azur, Phénix rouge). Lorsque le récit passe en mode didactique, le registre de la narration visuelle accentue un peu plus l’importance de la couleur pour quitter le domaine descriptif en toute douceur. S’il a déjà tenté de se renseigner sur le Tao dans une encyclopédie, le lecteur a pu faire l’expérience de la difficulté de comprendre des principes qui relève d’une autre culture très riche. Le présent dispositif narratif s’avère particulièrement intelligent : le personnage principal arrive avec l’envie d’apprendre, elle se retrouve dans un milieu traditionnel, avec un guide attentionné et secondé par d’autres, ainsi qu’avec un européen vivant sur place depuis plusieurs années, toujours attaché à la culture européenne. Étant ouverte d’esprit, Fanny Cœurderoy accepte bien volontiers d’écouter et de reconnaître les bienfaits pour elle de l’acupuncture et de moxibustion. Les auteurs introduisent progressivement les notions l‘une après l’autre, en prenant soin de signaler leur interdépendance. Le premier contact s’établit avec le caractère chinois pour Tao, et une explication de sa constitution, ainsi qu’un premier sens. Puis il est question de Yin et de Yang. Puis elle doit être soignée par acupuncture et moxibustion. Viennent ensuite le principe du Qi (ou Chi), et des pratiques comme la Qi gong, le Feng shui, le Wushu, ou encore le Taijiquan (Tai-chi-chuan). Le mode narratif évite toute forme d’appropriation culturelle, et met en scène que ces pratiques s’intègrent dans un tout culturel cohérent. Cette façon de procéder fonctionne admirablement pour appréhender cette notion dans une démarche holistique. Les auteurs commencent doucement en répondant à la question qu’est-ce que le Tao : C’est la voie du retour au naturel, à la vie qui nous anime et nous régénère sans cesse. Puis ils établissent le fait qu’il s’agit de plusieurs pratiques pour entretenir ce souffle de vie qu’on retrouve partout dans le monde autour de soi. Acupuncture, massage, gymnastique, art martial, diététique, Feng shui dans une maison ou en dehors. Ou même écrire une poésie parlant de la nature, faire une peinture, une calligraphie. Bien sûr, certains Taoïstes pratiquent la religion ou la philosophie, mais souvent on se méfie de ce qui est trop intellectuel. Le principe du Tao ainsi posé dans le contexte d’une vaste culture, tout le reste en découle tout naturellement, de la cosmogonie à la calligraphie, sans autre jugement de valeur que celui d’une histoire plurimillénaire. Pas évident d’expliquer un concept aussi vaste que celui du Tao. Les auteurs combinent le cheminement d’apprentissage d’une jeune femme, avec des phases d’exposition mises en scène. La narration visuelle utilise pleinement les possibilités de la bande dessinée, de manière plus sophistiquée que l’illustration ou l’animation d’un texte se suffisant à lui-même. Les dessins sont très agréables à l’œil par leur apparence tout public, tout en présentant un solide niveau d’information et une reconstitution historique consistante. Le lecteur de culture occidentale en ressort avec une bonne compréhension de la démarche du taoïsme, disposant des éléments lui permettant de se forger son avis personnel. Il comprend également des déclarations comme : Le vide c’est la vie, ou La voie du Tao n’est-elle pas la voie du changement ? Vulgarisation et acculturation réussies.

17/08/2026 (modifier)
Couverture de la série Les Indes fourbes
Les Indes fourbes

Si je devais choisir UNE BD dans mon top, ce serait probablement celle-ci. Et ça fait plusieurs années que ça dure. Les Indes fourbes est une rare réussite d’aventure, d’humour et de rebondissements. La construction de la timeline, la manière de jouer avec le lecteur, de lui montrer certaines choses puis de les recontextualiser, est d’une finesse remarquable. Le personnage central est absolument délicieux à suivre, mais tout ce qui gravite autour de lui est suffisamment travaillé pour donner de l’épaisseur à l’ensemble. C’est typiquement le genre d’œuvre qui se passe presque d’un long avis, tellement tout paraît cohérent, bien ficelé et soigneusement exécuté. En lisant, on a parfois l’impression que tout est facile, évident, naturel. Et c’est justement là que se révèle tout le travail brillant derrière cette apparente simplicité. Pour terminer, le dessin se passe de mots. Guarnido est simplement à la hauteur de ce chef-d’œuvre global de bande dessinée.

13/08/2026 (modifier)
Couverture de la série Karmen
Karmen

Très belle BD, qui aborde des sujets lourds comme la mort et le suicide avec une approche étonnamment légère, directe et parfois crue. Derrière ce rideau de sarcasme et de fantaisie, le propos reste fin et sensible. Le côté métaphysique est bien présent, mais sans devenir abstrait ou prétentieux. Les personnages sont vraiment attachants et évoluent avec justesse. Certains traits ou certaines situations peuvent sembler un peu clichés, mais cela fonctionne plutôt bien ici : ils rendent le propos immédiatement lisible et permettent surtout de conserver cette légèreté qui équilibre parfaitement le fond beaucoup plus sombre. Graphiquement, c’est une vraie réussite. Les couleurs sont expressives et particulièrement bien choisies, mais c’est surtout le travail sur les points de vue et les perspectives qui impressionne. Guillem March multiplie les cadrages inhabituels sans jamais tomber dans l’exercice de style gratuit : ils accompagnent directement ce regard décalé porté sur sa propre mort et donnent énormément de personnalité au récit. Karmen, elle, est remarquable, aussi bien dans son écriture que dans sa présence graphique. Une très belle BD, intelligente, sensible et visuellement très maîtrisée.

13/08/2026 (modifier)
Par Miguelof
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Colin-Maillard
Colin-Maillard

En grande partie autobiographique, le titre Colin-Maillard est surtout une métaphore de l'enfance et de l'éveil amoureux/sexuel. Cabanes rappelle des épisodes de sa jeunesse et des premiers désirs et découvertes face aux filles. Une promenade sur les pas de l'enfance et de la jeunesse, ponctuée de figures féminines et de ses premiers émois amoureux. Le titre fonctionne aussi comme une sorte de jeu de mémoire : chercher à retrouver, à l'aveugle, les sensations d'autrefois. C'est une image assez élégante pour le passage de l'enfance au désir: découvrir l'amour et la sexualité sans encore savoir exactement où l'on est. Colin-Maillard est très amusant ! Les histoires et les personnages sont drôles, Max et ses camarades, le petit diable Manolo, « l’Athlète », les filles et les femmes allumeuses. Je n’arrive pas à m’empêcher de me rappeler certains épisodes similaires de ma jeunesse. Les premières émotions liées au désir, parfois à des moments et des situations très inappropriés, à la plage, au catéchisme, lors de fêtes de famille, avec les cousines. Les dessins et les couleurs sont très beaux, très sensuels. Les effets de la lumière et de l'ombre sur la plage, dans les champs, dans les rues et dans les parcs, même la nuit, sont admirables. L'eau de mer, les reflets et les brillances sont très bien rendus, pure poésie visuelle. Mais par-dessus tout, je trouve magnifiques les tonalités de la peau sur le visage des filles. Nous pouvons considérer Les Années Pattes d'Eph’ comme une sorte de continuation de ces histoires. Je pense que l’auteur a été souvent évalué de manière un peu injuste et, peut-être à cause de cela, s’est consacré à tant de séries hétérogènes. D’un autre côté, tant mieux, j’aime tout ce que fait Cabanes!

12/08/2026 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Le Nirvana est ici
Le Nirvana est ici

C'est vraiment excellent, ça, dis donc ! Je ne pensais pas être autant plongé dans cette lecture, mais alors que j'ai posé le tome il y a quelques heures, je me rend bien compte que le récit me hante encore. C'est une plongée fascinante dans un récit aux airs de faux thriller mais qui sait se construire doucement jusqu'à me finir par un petit uppercut qui reste en tête. Le genre de lecture que j'apprécie ! En ouvrant le volume, je me suis dit qu'on allait avoir une nouvelle variation sur le thème des familles d'immigrés, celles qui ont vu les parents arriver dans un pays d'Europe pour le travail et les conflits que cela provoque avec les enfants. Sauf que non, le récit est bien différent même si cette idée est sous-jacente au récit. En effet, c'est un récit d'immigration, de trafics humains, de jeunes un peu perdus dans leurs vies mais aussi d'adolescence et de construction de soi. Même si deux protagonistes sont présents au centre du récit, c'est avant tout la jeune Tâm qui est l'héroïne de ce qui se déroule, secondée par Alex qui est moins présent mais tout aussi intéressant. Deux collégiens/lycéens qui affrontent des choses qu'ils ne pensaient pas, dans un récit qui révèle progressivement chacun. Et c'est là que le récit est brillant, sur la construction des personnages. Chacun a droit à son petit moment tendre, à son développement même s'il est succin. L'écriture est soignée et permet d'englober un large panel de thème, de l'amour naissant aux comportements adolescents, l'incapacité de parler aux adultes, la violence d'un monde qui les confronte brusquement à ce qui reste souvent caché. Il est aussi question du rapport aux parents, de la solitude qui peut habiter certains. Si je dis que le récit m'a cueilli sur la fin, c'est qu'il n'arrête pas innocemment son histoire. Tout n'est pas résolu, loin de là, et l'auteur à choisi de nous laisser sur une série de planches plus calme après le tumulte du climax, tout en présentant une phrase finale qui résonne encore dans ma tête. Parce qu'elle encapsule bien ce que furent ces évènements pour ces jeunes gens. Et que l'émotion qui fut présente dans les pages précédentes est encore vive à l'esprit, que ce soit la scène du cerisier (pour ne pas trop en dire), ou encore la scène du coup de téléphone de Hoa Binh. En peu de cases, quelques mots mais surtout une narration visuelle étonnante, l'auteur communique de véritables émotions qui restent accrochés au personnage et que j'ai pris en pleine poire. C'est tout ce que je demandais à un tel récit et j'ai vraiment accroché à sa proposition. Une BD qui me fait réfléchir à plein de choses et me hante encore après la lecture, donc que je ne peux que recommander. Et cet auteur, je me le note comme à suivre !

12/08/2026 (modifier)
Couverture de la série Temudjin
Temudjin

Très belle découverte. Dans un monde à la fois très spirituel et dur, Temudjin parvient à être une œuvre profondément poétique. L’histoire mélange joliment aventure initiatique, romance et parcours de vie, avec un rythme plutôt lent mais qui ne tombe jamais vraiment dans le contemplatif. Le récit prend son temps sans donner l’impression de stagner, porté par cette dimension mystique qui imprègne toute la série. Mais c’est surtout graphiquement que Temudjin séduit. Le dessin est absolument magnifique et donne une vraie identité à l’œuvre, notamment dans sa manière de représenter les paysages, les esprits et tout cet univers chamanique. L’image ne se contente pas d’accompagner le récit : elle participe pleinement à son caractère mystique et poétique. Je regrette seulement une légère baisse de qualité graphique dans le deuxième tome, sans que cela remette réellement en cause la réussite de l’ensemble. Une très belle BD, originale dans son atmosphère et particulièrement réussie visuellement.

12/08/2026 (modifier)
Couverture de la série Tananarive
Tananarive

Un récit très touchant, construit comme une enquête au milieu de gens « normaux ». Pas de héros, pas de fantastique, rien que des existences banales ; et c’est justement ce qui fait toute la force de l’album. On s’y retrouve facilement, sans que cette normalité rende pour autant l’intrigue molle. Bien au contraire : l’enquête fonctionne très bien et on se laisse rapidement prendre. Il y a surtout un vrai travail de finesse sur les personnages, leurs failles et leurs petites vies, avec en toile de fond quelques critiques bien senties de la société actuelle. L’ensemble est d’une belle tendresse pour le banal, sans chercher à transformer artificiellement ces personnages ordinaires en êtres extraordinaires. Le dessin accompagne parfaitement cette approche. Le trait est légèrement caricatural, juste ce qu’il faut pour croquer cette France de M. et Mme Tout-le-monde, tout en laissant suffisamment de place à l’émotion. Une très belle lecture, simple en apparence mais beaucoup plus fine qu’elle n’en a l’air.

12/08/2026 (modifier)
Couverture de la série Ulysse & Cyrano
Ulysse & Cyrano

Si je laisse parler la tête, c’est un solide 4/5 ; si je laisse parler le cœur, on est plutôt à 5/5. C’est clairement le genre de récit que j’aime : feel-good sans en faire trop, bien rythmé, agréable à lire, mais avec suffisamment de fond pour ne jamais tomber dans la simple histoire réconfortante. Il y a de la critique, du questionnement, une vraie réflexion sur les choix de vie et ce qu’on attend de nous, mais tout cela reste très naturel. Le scénario avance avec beaucoup de fluidité et s’appuie sur des personnages certes un peu archétypaux, mais juste ce qu’il faut : ils sont suffisamment bien ficelés pour qu’on s’y attache sans avoir l’impression de voir défiler des clichés. L’ambiance et les décors participent énormément au plaisir de lecture et donnent un vrai corps à l’ensemble. C’est typiquement le genre d’histoire qui pourrait donner un film français à succès. Sauf qu’ici, elle profite en plus d’un très beau dessin et de tout ce que la BD permet en matière d’atmosphère et de rythme. Difficile de demander beaucoup plus.

12/08/2026 (modifier)
Couverture de la série Virgile
Virgile

Gros coup de cœur. Virgile parle de l’humain dans toute sa complexité, avec une subtilité assez remarquable. Malgré la gravité des sujets abordés, Zidrou garde constamment une forme d’humour et de légèreté qui empêche le récit de devenir pesant. Et c’est sans doute là que se trouve le véritable brio de l’œuvre : ce n’est finalement pas tant une histoire sur la mort ou la fin de vie qu’une histoire sur la vie. La tétraplégie permet notamment d’aborder de manière très concrète ce décalage étrange entre le corps et l’esprit : vivre dans une machine cassée sans l’être soi-même dans sa tête. Le sujet est dur, mais traité sans pathos inutile. Autour de Virgile, les personnages sont tous remarquablement construits. Chacun possède ses facettes, ses failles, son humanité, et surtout chacun apporte réellement quelque chose au récit. Le dessin de Lucy Mazel accompagne parfaitement cette approche. Il est beau, doux et presque mélodieux, avec une sensibilité qui ne cherche jamais à prendre le dessus sur le récit mais vient au contraire le prolonger et le sublimer. Une œuvre profondément humaine, légère sans être superficielle et émouvante sans jamais forcer l’émotion.

12/08/2026 (modifier)