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Les derniers avis (7005 avis)

Par Seube
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Monk ! - Thelonious, Pannonica... Une Amitié, Une Révolution Musicale
Monk ! - Thelonious, Pannonica... Une Amitié, Une Révolution Musicale

Quelques connaissances de jazz suffiront pour avoir une idée de qui est Thelonious Monk. Pianiste hors pair, créateur d'un style nouveau grâce à un jeu terriblement libre qu'il développait dans les cabarets new-yorkais, ce génie a révolutionné le jazz en même temps qu'il a repoussé les limites de l'improvisation. J'espère qu'un lecteur ne connaissant pas vraiment l'artiste réussira quand même à apprécier cette biographie, qui se lit très facilement (le jazz est accessible à tous). Mais peut-être que cette BD aura quelque chose d'opaque pour celui qui découvre. L'auteur parle beaucoup de l'individu bien sûr, mais il aborde beaucoup sa musique, son style. Ainsi, celui qui n'a pas écouté quelques morceaux avant de bouquiner risque de trouver pas mal de passages superficiels. Par contre, et c'est là qu'est la réussite de cette oeuvre, le lecteur peut tout à fait ressentir la musique, et ça c'est fort! J'écoute cet artiste depuis pas si longtemps que ça mais je l'avais souvent en fond quand j'était petit. Pour ceux qui ont déjà un intérêt pour ce drôle d'oiseau, vous serez forcément conquis. Par ailleurs, cette BD se complète très bien avec la biographie de Laurent de Wilde (Monk, édition Folio). A part ça, on pourra apprécier à fond toute cette ambiance folle d'âge d'or du jazz (année 40-50) dans les rues et surtout dans les terribles cabarets de New-York, lieux de liberté absolu où tous les géants du jazz et bebop ont dû passer et se surpasser pour gagner leur vie et devenir célèbre! Quelle intensité cela a dû être. Si Monk est mis en avant, Pannonica est le fil directeur choisi de l'auteur. Cela donne un nouvel angle d'approche pour retracer son parcours, et c'est bien vu ! Au niveau de la biographie, je ne sais que ce que je lis et dans celle écrite par Laurent de Wilde, le jazzman est décrit comme quelqu'un de tout à fait ordinaire derrière ses excentricités. Il gardait un lien familial très fort et il restait régulièrement dans son appartement, en solitaire. En tout cas, il était loin d'avoir le nez dehors tous les jours. Et dans cette BD, je ne vois pas ce trait de personnalité. On nous fait savoir quelques timides fois que sa femme faisait partie de son équilibre vital, mais pas vraiment plus. Je pense que c'est volontaire de la part de Youssef Daoudi puisque son récit est orienté par la relation de Monk avec la "Baronne du jazz", Pannonica. Mais quand même, je trouve dommage de ne pas avoir montré cette autre facette, bien plus intimiste et humble que ce qui est présenté ici. Il y a de la bipolarité dans l'air avec Monk, aussi j'aurais aimé trouver un peu plus d'équilibre dans les contradictions. Et sinon, on parle d'un musicien donc que faut-il voir et faire entendre ? De la musique pardi! Ben oui! Alors là, le rendu est époustouflant : ça swingue, ça transpire, ça chante, ça tape du pied, ça claque des doigts! J'ai rarement ressenti ça. Le mouvement est incroyablement bien représenté, c'est très vivant ! Le dessin permet vraiment de traduire toute la liberté du jazz bebop et de l'improvisation de Monk. En dehors des scènes musicales, j'ai été parfois déçu par le rendu de certains visages, qui n'ont pas toujours le crayonné esquissé bien fourni. Quant à la bichromie, au même titre que la couleur de notre site marron Bdthèque, on finit par s'y faire très très bien !! :). Mais là encore on trouvera quelques irrégularités (ou des choix que je ne défendrais pas) : des visages ou des corps tout blanc, sans ce jeu de duo de couleurs, comme si l'auteur avait oublié de remplir un peu de marron/beige pour harmoniser l'ensemble. Ou bien a-t-il voulu mettre en avant la peau blanche de Pannonica au milieu de tout ces amis noirs, je ne sais pas... Aussi, je fais rarement de commentaire à ce sujet, mais je trouve cette couverture absolument superbe! En bref, écoutez un petit "Evidence" pour vous mettre en appétit, écouter du Monk en même temps que vous lisez sa biographie, et je n'aurai plus qu'à vous souhaiter bon voyage à New-York !

04/08/2021 (modifier)
Par Cacal69
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série TERRE
TERRE

Donc, à la demande de Ro, j'enregistre et j'avise Terre. ;-) C'était prévu, mais pas forcément avant les vacances. Mandor a quitté le vaisseau Jupiter avec Beth et d'autres compagnons. Arrivés sur une planète inconnue, ils commencent par "monter" un village suspendu, avant de partir explorer ce nouveau monde. Rodolphe nous livre un récit de qualité avec son lot de surprises. De la science fiction qui reste dans les normes standards, mais diablement efficace. Juste un bémol sur les deux scènes de nu, pas forcément obligatoires pour la compréhension de l'histoire. Passons à Christophe Dubois, je suis FAN depuis son extraordinaire Cycle d'Ostruce, si si, extraordinaire. C'est entièrement partial. Son trait hachuré tout en nuances est magnifique. Il donne du rythme et aide à donner une ambiance inquiétante. Une capacité à créer des mondes tous plus beaux les uns que les autres. Toutes ses planches sont somptueuses. Avec une très belle mise en couleur. Le point fort de cet album. J'attends avec impatience la suite. J'en conseille la lecture et plus si affinités. En cadeau, un superbe cahier graphique.

03/08/2021 (modifier)
Par Yann135
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Kenya
Kenya

Avec cette série, je suis plus que comblé. Ces cinq albums haletants illuminent mon été pluvieux. Tout est bon. L’histoire est originale et trépidante avec un suspens à couper le souffle qui évolue crescendo vers l’horreur d’album en album. Le graphisme est juste sublime. Je dis haut et fort que le duo Rodolphe et Léo sont à leur paroxysme de leur art. Laissez vous aller et laissez vous transporter sur les contreforts du Kilimandjaro avec la jolie Kathy Austin. Les animaux dessinés sont étonnants mais admirables. L’ambiance énigmatique et mystérieuse font que le lecteur que je suis plonge immédiatement dans cette aventure singulière. Que c’est bon ! Voilà donc un cycle abouti avec de belles surprises qui ne peut que ravir les adeptes de Conan Doyle et son monde perdu. Voilà de la BD 5 étoiles ! PS. Évidemment beaucoup de personnes vont juger cet avis trop dithyrambique. Peu importe. Je salue la qualité et l’esthétisme de tous les albums de Léo. C’est ma came à moi. J’estime que ce dessinateur devrait rentrer au panthéon de la BD. Par vent et marée, je défendrais son travail même si certains vont trouver mes appétences un peu surprenantes. C’est comme ça. Et puis tous les goûts sont dans la nature.

03/08/2021 (modifier)
Couverture de la série Corto Maltese
Corto Maltese

Je viens de finir de regarder "Hugo Pratt trait pour trait" et cette expression m'est restée en tête : le plaisir de se perdre. C'est effectivement comme ça que je résumerais Corto Maltese, ou comme une BD qui incarne parfaitement l'aventure de la lecture. Car pour moi son étiquette de BD d'aventure va bien au-delà des péripéties, faites de piraterie, de mythes, ou de guerres : c'est même inhérent au traitement qu'en fait Pratt (d'ailleurs, les Corto plus éloignés des clichés exotiques conservent cette qualité). C'est-à-dire qu'on ouvre un Corto comme on ouvrirait les yeux sur le monde, partant à l'aventure : avec curiosité, sans trop anticiper ni chercher le contrôle sur l'histoire, en acceptant de ne pas la maîtriser de bout en bout, en acceptant ce qui peut nous échapper, des références ésotériques obscures jusqu'aux motivations parfois floues du marin. Ce qui favorise cet égarement, ce sont toutes les zones d'ombre à investir : les silences sur deux cases, où les regards en disent long ; Corto qui songe, libre à nous de deviner à quoi ; une réplique intrigante, au sens profond ; ou simplement le trait de Pratt, contrasté, aérien, qui parfois confine à l'abstraction. Ce sont tous ces espaces, ainsi que les petites bizarreries qui à mon sens font le sel de cette BD : Bouche dorée vieille de plusieurs siècles, des jours plus longs à Venise, deux lunes dans le ciel de Buenos Aires... Alors, à mesure qu'on lit, on ne s'interroge plus seulement sur les mécaniques de l'intrigue (aussi intéressante soit-elle), mais on s'attache à des symboles, à des thèmes récurrents, on lie les histoires les unes aux autres, et on dégage un maximum de sens sur ce que tout ça nous dit du monde, de la vision qu'en a Pratt. Et c'est une vision que je trouve plutôt séduisante, dominée par la curiosité, où le trajet vaut toujours plus que la destination. Corto nous le montre bien, lui qui si souvent ne trouve pas de trésor voire le détruit, mais sourit, car le jeu lui a plu. Le plaisir de se perdre, pour lui comme pour nous. Jamais inutilement toutefois, car en chemin, telle cause ou telle amie auront été aidées, d'autres auront trouvé la résolution qui manque à Corto (ou qu'il ne cherche pas). Son implication partielle dans l'Histoire, de même que le juste dosage de Pratt entre fiction pure et réalité historique, empêchent cette BD de n'être qu'une échappatoire. Ici, la fiction ne prévaut pas sur le réel mais a vocation à le rendre plus intense. Après avoir fini un Corto, je n'ai pas juste envie de le relire ou d'en relire d'autres, mais aussi d'élargir ma culture géopolitique, d'explorer le monde, et, pourquoi pas, de marcher sur les traces du marin. Donc, se perdre, oui, mais activement.

30/07/2021 (modifier)
Par Cacal69
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Nautilus
Nautilus

Hier midi, je déambulais dans le rayon bd du Furet du Nord à Lille et c'est sa magnifique couverture qui m'a fait acheter cet album. Je ne savais pas à quoi m'attendre. Un bon moment de lecture. C'est une œuvre apocryphe qui fait se côtoyer deux personnages, le capitaine Némo de Jules Verne et Kimball O'Hara de Rudyard Kipling. L'idée de faire une suite à leurs aventures respectives et les faire se rencontrer est tout à fait lumineuse. Et ce savant mélange fonctionne à merveille. 1899, tout commence à Bombay, suite à un attentat, notre héros Kimball se voit accusé d'acte de guerre. Car il s'agit bien de cela, les empires britannique et russe n'attendent que l'étincelle qui mettra le feu aux poudres. Il doit s'échapper pour prouver son innocence, ce qui le mènera en Sibérie. Je n'en dis pas plus. Mathieu Mariolle nous entraîne dans un périple avec des scènes d'action dignes de James Bond. Une guerre d'espions avec des personnages bien typés, de l'aventure avec un grand A. Mariolle prend quelques raccourcis dans le déroulé de l'histoire, mais cela ne m'a pas gêné, sauf lorsque dans sa fuite, Kimball trouve un cheval sorti de nulle part. Je découvre le dessin de Guénaël Grabowski dont c'est la première BD. Un style réaliste, ni trop fin, ni trop gras, très beau. Les nombreux détails apportés aux décors sont un plus indéniable. Un découpage classique mais qui donne du rythme à l'histoire. Petit cadeau, un très beau cahier graphique. Bref, une bande dessinée sans prétention que je recommande pour les amateurs d'aventure et d'espionnage.

30/07/2021 (modifier)
Par olma
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Confidences à Allah
Confidences à Allah

Cet album est la transposition d'un roman, qu'elle m'a donné envie de lire une fois l'album refermé. Peut-être aurai-je le même coup de coeur qu'à la lecture de la BD, si celle-ci est fidèle à l'esprit du livre. Le sujet pourrait pourtant être noir et désespérant, car c'est un portrait sans la moindre concession de la condition féminine au Maroc - mais qui pourrait se passer dans de nombreux autres pays: absences de droits, violence, prostitution, patriarcat rétrograde, religion oppressante... Mais l'incroyable énergie de Jbara emporte tout: son récit raconté d'un ton direct, la simplicité sans fard de ses "confidences" qu'elle fait régulièrement à Allah, sa liberté et son optimisme font qu'elle arrive pourtant à tracer son destin sans fausse honte ou pudeur et que dans une vie où elle fait peu de belles rencontres, elle arrive à s'appuyer sur celles-ci pour se trouver elle-même. C'est une belle leçon de vie que donne cette jeune femme dont on pourrait penser si souvent qu'elle pourrait baisser les bras, mais refuse de se laisser briser ou enfermer. Le trait de la dessinatrice est à la fois précis et vivant, expressif et tout sauf statique : elle fait très bien ressortir des sensations très différentes selon les moments entre colère et révolte mais aussi douceur, tendresse ou sensualité... La mise en page et les cadrages sont presque cinématographiques et la mise en couleur (également par Marie Avril, qui remercie Rozenn) sont très réussies.

29/07/2021 (modifier)
Par Seube
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série L'Etranger
L'Etranger

Adaptation clairement réussie (lecture 1ère édition) Le dessin tout d'abord. L'importance du soleil écrasant n'est pas mis de côté et la représentation est excellente. Plus particulièrement, il y a 2 scènes qui sont essentiellement attendues par le lecteur ayant lu le roman. La scène de la plage est une merveille de représentation : 4 planches muettes tabassent M. Meursault de coups de soleil, avec un découpage qui l'oppresse et le pousse jusqu'à l'acte. Cela peut tomber sous le sens, mais le fait de ne pas avoir écrit de narration descriptive était la meilleure solution. Autre scène que je trouvais importante dans le même thème est celle du corbillard. J'en suis moins friand, elle passe plus inaperçue par rapport à mon souvenir du roman. M. Meursault est très sensible à ce qui l'entoure, et l'auteur le traduit par une mise en image sous silence : quand il regarde les gens par la fenêtre, lorsqu'il est avec Marie, lorsqu'il entre dans la pièce de Raymond Sintès, les deux scènes décrites plus haut... C'est fabuleux de réussir à traduire les pensées écrites vers une mise en image. Pour moi, Jacques Ferrandez parvient à éviter le premier grand piège comme un chef. Second piège, le texte. Si ma mémoire est bonne, tout le texte paraît reprendre mot pour mot celui du roman. C'était le meilleur choix à faire. Albert Camus a créé un nouveau genre littéraire, c'est quand même pas rien! Alors pas question de dénaturer le maître. Avec humilité bienvenue et salvatrice, Ferrandez rend à César ce qui est à César. Troisième piège, M. Meursault. Il est sensuel je l'ai dit, mais bien étranger à plusieurs égards : français en Algérie, pas d'appartenance à un groupe social, il nous paraît comme un inconnu dont on ne connait même pas le prénom, indifférent dans toutes ses relations affectives. Et là encore, c'est la mise en image qui fait parfaitement bien le boulot pour tirer l'essence du roman. Ses émotions sont rarement exprimés. On voit bien quand il ne comprend pas le monde qui l'entoure. Inversement, on se tue en cherchant à le comprendre. Et boum, voilà la fin ! Si on ne le comprend toujours pas, lui peut scander ses propres convictions et faire triompher sa philosophie face à toutes ces péripéties. Le culte est peut-être réservé par Camus, mais Jacques Ferrandez mérite tous les honneurs pour avoir réussi à adapter un récit sous haute surveillance, en ayant su utiliser les codes de la BD. Cette dernière sera une excellente alternative à celui ou celle qui ne serait pas tenté(e) par le bouquin originel. Si vous avez déjà lu le roman, allez-y quand même et voyez comme la BD sait apporter un nouveau souffle!

27/07/2021 (modifier)
Par Seube
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Pleine lune
Pleine lune

Premier Chabouté. Soyons spontané dans la critique, faisons jaillir notre nature profonde maintenant que Chabouté nous a filé un coup de main. Qui n'a pas envie de tabasser soi-même Edouard Tolweck? Qui ne jubile pas de le voir prendre cher à répétition? Voilà les questions posées par Chabouté à ses lecteurs (ou peut-être s'est-il lâché comme un sauvage!). Et je pense sincèrement qu'il en a piégé plus d'un ! Si un aviseur d'ici explique ne pas avoir ressenti de dégoût ni de plaisir quant à suivre les péripéties de cet idiot exécrable, je ne le croirais pas. Piqué au vif, impossible de rester neutre. Chabouté exorcise notre nature profonde, on oublie notre conscience, on oublie la justice, on se veut héros des victimes, sauf que nous crions à la vengeance, et pourvu qu'elle lui fasse mal. On ne ressort pas léger de cette lecture, et avec encore un peu de recul, on y repense en se disant que ce gars-là, l'auteur, bah il a réussi son coup. On culpabilise, on s'dit qu'on devrait pas... "-Bonjour, je m'appelle Schizophrénie -Et moi c'est Seube, enchanté!" La bêtise humaine à son paroxysme, celle qui va tout foutre par terre. Et on n'hésite pas à sélectionner les clichés les plus courants et pousser le curseur à l'extrême pour donner ça : une vermine facho qui bosse à la Sécu, qui tire tout le monde vers le bas, s'embarque bien malgré lui dans l'une des nuits les plus interminables qui soient, face à des gens à l'esprit aussi dégueu que le sien, sinon autrement dégueu. Et si Chabouté laisse place à quelques espoirs sur certaines scènes et certains silences (et casse par cela-même les clichés...), ça n'est que pour confirmer que la violence n'amène à rien. Au contraire: par elle, le vice va plus loin et la connerie des individus s'entérine jusqu'à devenir in-cu-rable. Je meurs d'envie d'apporter plus de commentaires sur l'épilogue et ces quelques cases qui répondent à notre questionnement en offrant une cohérence d'équerre. Précisément, je retrouve tout ce que l'auteur a voulu dire à travers le dernier dessin. Bouleversé. Emballé comme ça, je me suis forcément dit que le dessin y était pour quelque chose. Voilà une parfaite adéquation avec l'ambiance du récit. Quand l'auteur est scénariste ET dessinateur, ça se sent. Glauque, sale, noir, violent. Si les phylactères sont relativement peu présents, on reste marqué par les propos de cet individu détestable. Et il ne faut pas croire que l'histoire se parcoure si rapidement : et paf le chien, dès le départ j'étais scotché par ces premières planches. Elles ont une puissance et une profondeur. Paradoxalement au scénario (qui joue un peu avec notre répugnance consciente), on peut être amené à contempler ces planches, d'un noir et blanc absolument époustouflant. Je m'arrêterai là. A travers un enchaînement de "simples" péripéties, Chabouté réussit un coup de maître en explorant de nombreux thèmes et en jouant avec nos émotions comme nul autre. Le noir et blanc de ce dessinateur est à classer parmi les meilleurs. En tout cas il m'a conquis ici. Et n'y voyez pas d'ondes négatives, lâchez vous et gardons en tête que personne n'est impassible, jamais. Devenez le Malin le temps d'une lecture. A posséder sans scrupule !

26/07/2021 (modifier)
Par greg
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Les Ames d'Hélios
Les Ames d'Hélios

Un très belle BD : dans un monde post-apocalyptique extrêmement hiérarchisé et structuré, une jeune fille provenant de la case la plus basse tente de s'élever dans la société en devenant dragon, une guerrière. Le monde décrit est poisseux, sinistre, mais extrêmement réaliste, les personnages creusés et tout sauf caricaturaux. En fait, malgré la violence qui règne dans ce monde, un thème central me paraît être l'amour, et les sacrifices pour ceux qu'on aime. La conclusion peut difficilement laisser indifférent, aussi belle que triste, qui donne tout son sens au titre de la série.

24/07/2021 (modifier)
Par Blue boy
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série J'ai tué le soleil
J'ai tué le soleil

Diantre ! Mais que s’est-il donc passé dans le monde ? Que fait ce type qui a l’air d’un chasseur égaré dans la nature, obligé de tuer des chevaux sauvages pour se nourrir ? Pourquoi cette luxueuse villa d’architecte, dans laquelle il pénètre sans aucune difficulté, est-elle livrée aux rats et aux cafards ? Et pourquoi ce cadavre figé devant la télé du salon ne le choque-t-il pas le moindre du monde ? Winshluss nous livre un récit survivaliste sombre, entre folie, pandémie et terrorisme. Très progressivement, l’auteur va distiller ses indices dévoilant les causes de cette situation post-apocalyptique, à coups de flashbacks et avec très peu de texte. Karl, le « héros » de ce récit sous amphètes, se retrouve aussi seul que Rick Grimes dans un monde envahi de charognes humaines pourrissantes, à la différence près que celles-ci sont bel et bien mortes. Cela n’en reste pas moins terrifiant car ici, ce sont des meutes de chiens affamés qui veulent lui faire la peau ! Après s’en être débarrassé en allumant un barbecue géant façon puzzle, Karl tombera sur des salopards en train de torturer un type et sauvera ce dernier après les avoir tous dézingués. A bout de souffle après cette succession de péripéties ultra-violentes, il sera secouru et soigné par un groupe de survivants bienveillants en mode secte new-age. Jusque là, rien d’extraordinaire, le récit, plutôt bien mené, est de facture très classique, mais s’il s’était arrêté là, on aurait été bien déçu de la part d’un auteur tel que Winshluss. Cela serait trop vite oublier que notre homme n’a pas conçu cette histoire juste pour faire genre mais plutôt pour nous bousculer et nous interroger, sans pour autant nous faciliter la tâche. C’est du pur Winshluss, du féroce qui fait des trous dans le crâne. L’œuvre est traversée d’une folie trash et jusqu’au-boutiste, non dénuée de l’humour noir propre à l’auteur, qui nous laisse exsangue. Les réponses, il faudra les chercher soi-même. On pourra très bien se dire que c’est du n’importe quoi et que notre franc-tireur « ferrailleur » ne s’est pas foulé avec cette fin qui semble partir en couille. C’est possible. Et pourtant, l’ouvrage fait si forte impression qu’il pourrait bien s’accrocher dans les méandres de notre cerveau, voire nous obliger à le relire (c’est mon cas) pour être sûr d’avoir bien compris où l’auteur voulait en venir. Reprenons. Ce mec, Karl, est sauvé par un groupe de survivants se surnommant « les Graines », représentants de la « nouvelle humanité ». Et c’est à ce moment que le récit bascule vers tout autre chose, lorsqu’il va tenter de fouiller dans sa mémoire d’amnésique, pour faire ressurgir les origines de l’apocalypse et les bribes de sa vie d’avant. Karl, à ce moment-là, n’était pas encore le héros qu’il rêvait d’être. Un vrai loser, le type, boulot merdique, collègues et chef merdiques qu’il envisage de buter en inscrivant leur nom sur des post-its. Karl se voudrait rebelle, mais plus que le système, c’est les gens qu’il déteste. De là, naitra la spirale de la violence pour ce mec un brin parano qui n’a pas été gâté par la vie, père absent et mère dominatrice qu’il voudrait voir crever. Sa seule raison d’être : la rumination d’une vengeance radicale et aveugle pour tuer ses démons. Bien sûr, on ne révélera pas la fin car on ne veut pas spoiler, mais on s’en tape un peu puisqu’en elle-même la trame de l’histoire est plus que secondaire. Ce gros mytho de Karl va évidemment foirer son projet terroriste censé le « faire entrer dans l’Histoire » comme l’homme qui a… éliminé l’humanité ! Notre dingo absolu, profil parfait du fameux « loup solitaire », n’est donc pas un héros comme on aurait pu le croire au début, mais juste un débile survivaliste qui s’armera jusqu’aux dents tout en musclant sa pauvre carcasse, pour au final ne commettre qu’une action à la fois inutile et fortement symbolique, gouvernée par la folie pure : tirer sur le soleil, et à deux reprises ! Comme si dans son délire mégalo, il avait voulu provoquer l’astre divin ! Son imagination démente fera le reste, laissant le lecteur totalement dubitatif sur le cours des événements et leur réalité (d’où une relecture peut-être nécessaire), Mais Karl n’est-il pas juste victime d’hallucinations amphétaminiques, ou serait-il parvenu à faire exploser la « matrice » pour de bon ?… et c’est là que Winshluss frappe vraiment fort, en plongeant le lecteur dans la confusion, incapable par ailleurs de décider s’il peut avoir de l’empathie pour ce personnage profondément traumatisé dans son enfance par le suicide violent du père. L’auteur du grandiose « Pinocchio » va également ajouter au malaise en situant la « vie d’avant » de Karl dans le contexte de pandémie que nous connaissons depuis plus d’un an, « notre vie d’après », avec évocation des masques, des rues désertes et des drones de surveillance, mais une pandémie bien pire, tel un Covid puissance dix qui fait pourrir les gens sur place… Winshluss dessine à la hache, avec une urgence frénétique, pour mieux restituer la violence du propos. La folie hystérique se tapit à chaque coin de page, mais l’auteur a saucissonné l’histoire avec quelques aquarelles, de rares moments de respiration bienvenus où par contraste, ce monde post-apo semble presque apaisé. Au-delà de ces parenthèses colorées, l’ensemble est en noir et blanc, seul le soleil est représenté dans un jaune pâle et usé, peinant à diffuser sa lumière, conversant avec le regard fou d’un Karl noyé dans mille post-its de même couleur mentionnant le nom des personnes à trucider… « J’ai tué le soleil » n’est rien de moins qu’une expérience se poursuivant durablement même après la lecture. Un objet que l’on a envie de détester au départ et qui pourtant s’insinue en notre âme à la façon d’un virus. Un objet troublant et perturbant qui nous hantera longtemps, à l’image du visage diabolique de Karl à la fin du récit, un terrifiant visage de psychopathe, définitivement antisocial, habité par une démence bord de la fission. Un one-shot parfaitement taillé pour son époque et confirmant l’importance de son auteur dans le neuvième art.

24/07/2021 (modifier)