Les derniers avis (9782 avis)

Par karibou79
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série La Horde du contrevent
La Horde du contrevent

Je n'ai pas lu le roman de Damasio avant mais connaîs assez le bonhomme et la réputation d'exigence de ce roman en particulier. Son univers demande un certain investissement, qui embarque le lecteurs qui est prêt à en payer le prix. Ce qui est subjugant, c'est la personnalité des membres de la Horde. Chacun a sa place, son rôle, sa vision du monde, et les relations entre eux évoluent de manière très naturelle au fil du voyage. On sent le poids des années passées ensemble, les tensions, les rivalités mais aussi le respect mutuel. Graphiquement, l'auteur réalise un travail impressionnant. Les paysages sont magnifiques et surtout il parvient à rendre le vent omniprésent. On le voit, on le ressent, presque physiquement par moments, arriver à retranscrire aussi bien un élément aussi abstrait n'est à la portée que de ceux qui se sentent pleinement investis dans leur oeuvre, (Emmanuel Lepage me vient immédiatement à l'esprit.) Tout n'est pas parfait pour autant. L'univers reste dense et la lecture est parfois un peu chargée, notamment lorsque les explications prennent le dessus sur l'aventure. Mais cela fait partie de l'ADN de cette série. Mon véritable coup de cœur est arrivé avec le dernier volume en cours, le tome 4. La joute verbale est à elle seule un grand moment de bande dessinée. C'est brillant, drôle, inventif et surtout totalement cohérent avec cet univers où les mots ont un poids particulier, du Damasio pur jus. Cela faisait longtemps qu'une séquence de dialogue ne m'avait pas autant marqué. Une adaptation réussie et validée par Damasio qui donne envie de poursuivre l'aventure et, dans mon cas, probablement de découvrir le roman ensite pour faire la part entre le roman et cette adaptation. 4/5 et un vrai coup de cœur pour le tome 4, il me tarde donc de lire la suite, l'attente sera longue au vu des écarts de sortie entre les albums...

06/07/2026 (modifier)
Par Cacal69
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Postapoland
Postapoland

Un O.V.N.I. J'en ai lu des trucs bizarres, mais cette BD dépasse de loin tout ce que j'ai lu avant... Bartosz Zaskórski est un artiste polonais, un touche à tout qui s'illustre dans l'art visuel et récemment dans le neuvième art. Il travaille à l'université pédagogique de Cracovie, où il dirige le studio audio d'auteur. Chose rare, je n'ai pas acheté cet album en librairie, mais en le commandant directement chez Huber éditions (avec deux autres BD). Je n'ai donc pas pu la feuilletter, un rituel important, je me suis juste basé sur la superbe galerie ci-jointe. Oubliez toutes vos certitudes et laissez-vous porter dans un univers post-apocalyptique déjanté, surréaliste et qui ne repose sur aucunes lois physiques. Postapoland est une BD expérimentale. Une narration chaotique au texte sobre et puissant, on va d'abord suivre deux mutants à la recherche d'une nouvelle tête pour l'un d'eux. Un récit qui se termine sur un « à suivre... ». Ensuite plusieurs histoires courtes sur cet univers de Postapoland. Sous un aspect incohérent, le réchauffement climatique, la malbouffe et la recherche de l'amour seront de la partie. Postapoland est avant tout une remise en cause de notre mode de vie, de sa décadence avec pour fil conducteur ce ver qui observe et qui infecte. Visuellement j'en ai pris plein les mirettes. La majorité de l'album est en noir et blanc aux planches tantôt dépouillées et tantôt surchargées. Bartosz Zaskórski fait preuve d'une grande inventivité, en particulier dans la représentation des mutants, que ce soit ces insectes humanoïdes où ces monstres flasques. Un soin méticuleux est apporté aux détails, la purulence suinte sur chaque page. Deux courts récits sont en couleur, le premier dans un vert-gris et le second dans un vieux rose et noir, le résultat est éblouissant. Une planche typée manga fera son apparition. Une mise en page surprenante. Un voyage graphique. Un album qui se termine par une playlist éclectique. Une BD qui ne fera pas l'unanimité. Les esprits cartésiens, vous pouvez passer votre chemin. Gros coup de cœur graphique.

05/07/2026 (modifier)
Par Vaudou
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Les Mille et Une Nuits
Les Mille et Une Nuits

Un des plus beaux Corben. Cette bande est faite pour toi si tu veux voir Corben dessiner : - un djinn qui prend tout une planche - un dragon sortir de terre - un château dans le ciel - des guerriers squelettes sur des chevaux pegaséens - des volutes de fumée avec la technique magique du maître - une mise en couleurs S Tier Par contre dans ta quête de l'état tu devras persévérer, car le pelliculage de la maudite tranche tu devras défier. Un merveilleux voyage au pays des contes orientaux avec le génie Corben.

04/07/2026 (modifier)
Par Blue boy
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série L'Envol du pélican
L'Envol du pélican

De plus en plus, la parole se libère dans la foulée de mouvements comme #MeToo et c’est tant mieux ! Cela se ressent à travers les témoignages de plus en plus nombreux à traiter de sujets qui ne sont que les différentes faces de cette même pièce qu’est le patriarcat : le viol, la domination, la prédation, le masculinisme, la maltraitance, etc. Les auteurs ont choisi comme narrateur de cette histoire (dont on ne sait vraiment si elle comporte une part autobiographique) un jeune homme, Daniel, vivant à Paris avec son compagnon après avoir grandi au Pérou avec sa mère française. En proie à des tourments intérieurs dont il ne peut expliquer la cause et mettant en danger sa relation de couple, Daniel va être amené à dérouler le fil de son enfance à un psychologue. Bloqué au départ dans une position de déni, celui-ci va progressivement dévoiler des secrets devenus trop lourds à porter, si lourds qu’il les avait refoulés au plus profond de son inconscient. C’est donc la rencontre avec un cousin, pendant les vacances, alors qu’il n’était qu’un enfant de huit ans, qui va précipiter Daniel dans ce « trou noir » qui pèsera telle une enclume sur sa vie future. Ce cousin, c’est Vicente, un jeune homme qui a tout pour lui, le physique et l’intelligence, un garçon très solaire qu’on ne pouvait qu’aimer, si bien que Daniel n’échappera pas à son aura magnétique qui finira par l’aspirer dans un gouffre existentiel. Problème : Vicente est en réalité un prédateur pédophile, au-delà de tous soupçons… Au début, Daniel ne va pas trop comprendre pourquoi ce cousin de plus de dix ans son aîné, se glisse chaque nuit dans ses draps et lui demande secrètement de le tripoter. Au début, il n’ose résister, tant l’admiration qu’il lui voue est énorme, mais cette situation va le plonger dans un malaise intérieur empreint de honte et de culpabilité, renforcé par le chantage affectif de Vicente. Sa mère, quant à elle, s’efforce de maintenir le foyer à flot. Elle doit jongler seule avec l’éducation de son fils, la pension qu’elle gère tant bien que mal et ses amants de passage. Ce n’est pas une mauvaise mère, et elle aime Daniel, mais semble détachée vis-à-vis de la mélancolie qui s’est emparé de lui. Ses résultats scolaires se dégradant, le gamin va finir par sécher l’école et apprendre à mentir… Le salut viendra peut-être de ce pélican, métaphore du récit, qui a atterri dans sa cour, mais ne peut y trouver l’espace suffisant pour déployer ses ailes… Scénarisée par Rudy Ortiz, lui-même Péruvien, et Sophie Révil, réalisatrice et productrice, l’histoire est simple, à la fois fluide et très captivante. Le jeune garçon se révèle très attachant et semble conserver sa pureté dans un monde d’adultes, indifférents ou moralisateurs, ne lui donnant pas sa place ou ne le prenant pas au sérieux. Cette excellente bande dessinée aide à comprendre comment un prédateur parvient à exercer son emprise sur sa proie. Ainsi, on réalise que la prédation va de pair avec le calcul et la manipulation, que la violence est bien davantage psychologique que physique. Le récit se dispense parfaitement de paroles, inutiles ici. Délicatesse du dessin et cadrage approprié se suffisent à eux-mêmes, permettant de retranscrire la confusion qui imprègne lentement mais sûrement l’esprit de Daniel, et aussi sa grande solitude. A l’image du récit, le dessin de la Chilienne Antonia Bañados reste simple et minimaliste, d’une tournure naïve qui cadre parfaitement avec le point de vue narratif. Mais surtout ce qui marque et séduit l’œil, et c’est sans doute délicat à dire étant donné la gravité du sujet abordé, c’est le choix des couleurs. Chaque séquence est centré sur une couleur dominante, parfois deux, les tonalités chaudes étant réservées à l’enfance péruvienne de Daniel, tandis que le mauve un peu froid correspond à la vie parisienne de l’adulte qu’il est devenu. Ce parti pris contribue, c’est certain, à adoucir le contexte tourmenté du jeune garçon, même si globalement, ses souvenirs semblent plutôt illuminés par le soleil et le climat de ces latitudes. Preuve s’il en fallait une, le paradis dissimule toujours une part d’enfer… Pour toutes ces raisons, « L’Envol du pélican » est une lecture chaudement recommandée par votre serviteur, abordant un sujet extrêmement sensible évoqué avec délicatesse et sans faux semblants par ses auteurs. La pédo-criminalité est vraisemblablement plus facile à décrire quand elle s’accompagne de sévices infligés par des pervers frustrés (cf. l'affaire Bétharram), peut-être un peu moins quand elle se joue dans un cadre avenant et sous l’intimité des draps… Pourtant, dans les deux cas, elle demeure un traumatisme pour ses victimes.

01/07/2026 (modifier)
Par Miguelof
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Achille Talon
Achille Talon

Achille Talon est un garçon quelques mois plus jeune que moi. Même sans encore savoir lire, je trouvais le personnage drôle. Ensuite, petit à petit, j'ai essayé de lire, en évitant les bulles les plus bavardes, des phylactères enormes parfois, dont certaines font plus de dix lignes! Finalement, j'ai découvert que la logorrhée et la prolixité de ce anti-héros sont ce qu’il y a de plus amusant. Parfois, j’ai ressenti le besoin d’un diccionnaire, mais je pense que j’ai appris pas mal de mots difficiles en français. Le talent de Greg en tant qu'écrivain a progressé parallèlement au dessin : moins rond, plus dynamique, plus de détails, surtout pour les figurants et les décors. Les personnages secondaires sont parfois devenus principaux : papa Talon, moustachu, avec ses bières, la maman bichonnante, le voisin Lefuneste, le commerçant malin et avide Vincent Poursan, l’éternelle petite amie Virgule de Guillemets et aussi le colérique et minuscule patron du journal Polite (caricature de Goscinny qui était exactement le contraire dans la vie réelle). Je continue à préférer les gags d’une ou deux pages plutôt que les longues histoires. Et à côté des blagues grivoises, il y en a aussi parfois qui sont presque muettes. Je me souviens de mémoire d'un de mes gags préférés : après quelques manœuvres absurdes, Talon fracasse son vieux tacot contre une voiture garée. Devant le regard inquisiteur et sévère des passants, il sort et écrit un mot qu'il place sur le pare-brise de la victime. Approbation générale du public... mais à la fin, on voit ce qu'il a écrit ! Et voilà, mon deux-centième avis... Hop !

01/07/2026 (modifier)
Couverture de la série Le Château des Animaux
Le Château des Animaux

Avant de découvrir Le Château des Animaux, je craignais qu’il soit nécessaire d’avoir lu La Ferme des animaux pour en apprécier toute la portée. Finalement, cette série se suffit largement à elle-même. Le parallèle politique est remarquablement construit, avec une satire fine qui ne tombe jamais dans la démonstration lourde. Le récit progresse avec beaucoup de maîtrise : pas de temps mort, pas de superflu, chaque scène fait avancer l’histoire ou enrichit le propos. Les quatre tomes forment un ensemble particulièrement cohérent. Les personnages sont eux aussi une grande réussite. Chacun trouve naturellement sa place dans l’allégorie et incarne une idée ou un rôle sans jamais perdre son épaisseur. Le message est fort, mais suffisamment nuancé pour laisser le lecteur réfléchir par lui-même. C’est le genre de série qui donne envie d’être relue quelques années plus tard pour en saisir de nouvelles subtilités. Graphiquement, c’est superbe. Le trait, doux et sensible, contraste avec la dureté du récit et renforce son impact. Le choix d’animaux aux apparences parfois presque enfantines, associés à des rôles sociaux très évocateurs, fonctionne à merveille : cette esthétique un peu native apporte une profondeur supplémentaire à une histoire pourtant très mature et d’une grande lucidité sur les rapports de pouvoir et la nature humaine.

29/06/2026 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Les Révoltés
Les Révoltés

Et les souvenirs et les regrets se sont éveillés au frottement de l’aube. - Cette intégrale regroupe les trois tomes initialement parus en 1998, 1999 et 2000, ainsi qu’une histoire courte de seize pages qui met en scène le personnage principal de la série. Elle a été publiée en 2008, dans le cadre d’une opération plus vaste de réédition en intégrales des œuvres de ce scénariste chez cet éditeur. La bande dessinée a été réalisée par Jean Dufaux pour le scénario, et par Marc Malès pour les dessins et les couleurs. Le premier tome comporte quarante-sept planches, le second quarante-six et le troisième quarante-six également. L’intégrale débute avec une introduction du scénariste d’une page, écrite en septembre 2008, dans laquelle il évoque sa frustration à ce que les Révoltés soit initialement paru en trois tomes, alors qu’il l’a écrit comme un récit complet, un roman graphique. Et il rend hommage au travail accompli par le dessinateur qui non content d’assumer un tel chantier, l’amplifia. Oiseaux de proie, d’acier, qui attendent dans un bruit d’enfer. Leurs becs frappent sans relâche les résolutions passées, cette suie noire qui encrasse les âmes. Dans un champ d’immenses derricks, Jimmy conduit sa voiture à fond, tout en picolant à même le goulot de sa bouteille. Il enfonce la pédale de l’accélérateur à fond. Il entre dans la forêt, forêt peuplée de cauchemars, de monstres avides de le croquer… Chouette ! Il s’amuse enfin ! Il lâche le volant, plus la peine d’y toucher, la voiture sait où elle doit te conduire… Il a bourré le coffre arrière d’explosifs. Il veut un vrai feu d’artifice comme au temps de son enfance, un temps où les oiseaux noirs ne croassaient pas encore à la fenêtre de sa chambre… Et il pousse son dernier cri… Son nom à elle arraché à son cœur… James B. Sterling. Fils du millionnaire Oliver Partridge Sterling et de Oona de Beurs. Une sœur Blanche. Études interrompues à Baltimore Institute of Technology. Scandale étouffé après intervention de Mrs de Beurs. Remise d’un chèque d’un million de dollars à l’Institut. Membre du conseil d’administration de la Sterling Oil Co. Fondé de pouvoir de la De Beurs Bank of Atlanta. Démobilisé pendant la guerre pour troubles nerveux. Marié à Patsy Kleinberg. Divorcé. Pas d’enfant. Mort dans un accident de voiture, le 23 juillet 1951. Manhattan, Waldo Harland est réveillé par la sonnerie du téléphone. À l’autre bout, une voix lui annonce la mort de Jimmy. Comment ? Accident de voiture, lui est-il répondu. Il raccroche. Pendant quelques secondes, le monde s’arrête de tourner. Sa chambre grince sur son axe, tout va s’écrouler. Faut qu’il sorte. Dehors, il grille une cigarette. Il est seul. L’aube se lève, la journée sera chaude. Une journée sans Jimmy. Il ne parvient toujours pas à y croire. Soudain, il sait ce qu’il doit faire : il faut qu’il contacte Blanche. Une voiture s’arrête devant lui et il se lève des marches du perron sur lesquelles il était assis. Depuis le siège de conducteur d’une magnifique décapotable, Bellita Bonney lui demande de lui faire un café. Elle en a besoin. La couverture ne laisse pas beaucoup de doute : un polar servi bien noir ! Et certainement un peu glauque également. La deuxième planche mentionne l’année du suicide de Jimmy : 1951. À la fois dans le récit et dans les images, le lecteur peut relever les marqueurs de l’époque : les belles américaines (les voitures), les tenues vestimentaires (les costumes élégants de ces messieurs et les robes de ces dames), le champ de derricks, la cigarette très présente, jusqu’à l’apparition d’Errol Flynn (1909-1959) dans l’histoire supplémentaire, ou encore la mention de Katharine Hepburn (1907-2003). Tout du long du récit, le lecteur peut également relever les artefacts propres à une facette de la mythologie des États-Unis. En vrac, : des bottes en peau de crocodile, le pétrole, les théâtres et les salles de cinéma de Broadway, les tripots, les trains interminables passant dans des paysages naturels magnifiques et transportant des hobos, l’argent omnipotent, la richesse matérielle au travers de son hydravion personnel (magnifique amerrissage dans une zone naturelle boisée et montagneuse), les initiales du magnat sur tous les wagons (OPS pour Oliver Partridge Sterling), la présence des armes à feu, la chanteuse de jazz ou de blues, la pêche à la dynamite dans un lac, le diner routier avec ses hamburger, le racisme, les affrontements brutaux lors d’une charge de la police, les petites villes de l’Ouest, les risques de l’activisme syndicaliste, etc. À l’évidence, les auteurs rendent hommage à cette mythologie qui leur est familière. Cette mythologie nourrit l’intrigue : un jeune homme issu d’une classe défavorisée et d’une famille violente (sa mère a tué son père devant ses yeux, puis elle est morte étouffée par l’amante), qui s’intègre de manière inopinée dans une riche famille, dont les jeunes adultes ont des comportements déviants rendus possibles par la richesse à leur disposition. L’artiste se trouve à l’aise quel que soit l’environnement. Il les représente dans une veine descriptive et réaliste avec un haut niveau de détails, ce qui donne une reconstitution historique tangible, plausible et très concrète. En fonction de ses inclinations, le lecteur s’attache et en savoure une composante ou une autre, et vraisemblablement plusieurs. La première case, de la largeur de la page, met en valeur ce champ de derricks, avec un beau ciel chaud. En planche cinq, Harland marche tranquillement dans une rue pavée de New York, avec une vision des immeubles massifs. L’arrivée du train de marchandise dans une zone de déchargement fait apparaître la perspective interminable des wagons, qui contraste totalement avec le wagon privé isolé sur une autre voie de la famille Sterling. Puis le lecteur ressent le plaisir ineffable des grands espaces naturels avec l’amerrissage de l’hydravion privé, ou plus tard l’isolement de la barque isolée sur le même plan d’eau et la baignade dans le plus simple appareil, la multitude de patineurs sur le Wollman Rink de Central Park à New York, un champ de neige s’étendant à perte de vue, ou encore une fuite éperdue à travers champ, etc. Le lecteur peut être plus sensible à des éléments urbains ou des intérieurs. L’aménagement de la cuisine du petit appartement newyorkais de Harland, la table de poker dans un tripot, l’opulente propriété des Sterling semblant être la célèbre Fallingwater House de l’architecte Frank Lloyd Wright (1867-1959) en Pennsylvanie avec le placard à fusils du patriarche ou la petite cabane plus rustique dans les bois, la chambre spartiate de l’établissement dans lequel Blanche a été internée, la piscine de la demeure d’Oona de Beurs, la salle de restaurant huppé et hors de prix, les champs de course, etc. L’implication de l’artiste se situe au plus haut niveau tout du long de l’ouvrage, assurant une immersion de tous les instants pour le lecteur. La narration visuelle emmène avec elle le lecteur dans ce qui se semble être un reportage sur le vif, avec des prises de vue adaptées à la nature de chaque séquence. Il peut aussi bien s’agir d’une succession de cases montrant différents instants d’une même scène de façon factuelle, sans effet particulier, que de cadrages appuyés ou resserrés pour un instant crucial ou dramatique. L’artiste joue discrètement avec les aplats de noir : ceux-ci pouvant jouer le rôle d’ombres portées naturalistes, ou parfois gagner un peu en consistance pour souligner un moment plus noir, des pensées sombres, un geste destructeur. Le lecteur remarque également que le dessinateur utilise parfois un effet de type objectif fisheye, pour montrer d’une part que les émotions amplifient tout et aussi que l’environnement des personnages s’étend bien au-delà de ce qu’ils conçoivent. Un polar bien noir : oui, il y a de cela. Au fur et à mesure, il apparaît que la démarche des auteurs participe d’un hommage à une culture qui les a marqués, les a nourris, qu’ils ont perçue comme une mythologie. De ce fait, il y voit d’abord un exercice de style : faire ressentir au lecteur ce qui leur a plu dans cette forme de littérature, dans cette forme de cinéma (plutôt la deuxième option car le récit contient des références cinématographiques, et le personnage principal est un scénariste pour le cinéma et le théâtre). Pour autant, la dimension polar est également présente. Le rapport de force social se fait sentir : dans la domination exercée par le patriarche et magnat sur sa fille et sa femme, dans sa façon de considérer les autres comme des laquais jetables, et aussi dans son incapacité totale à s’occuper de son fils d’une manière ou d’une autre. Et encore dans sa volonté à mettre la main sur l’enfant de sa fille pour l’avoir sous son contrôle également. Il ressort également cet état d’esprit si particulier dans les polars de cette époque : les personnages principaux ont conscience de vivre dans une société dont les règles sont truquées, qu’ils ne pourront pas changer, sans qu’il leur soit possible pour autant de se résigner à l’injustice. Les auteurs jouent avec ce sentiment d’injustice, à commencer par le titre : Les révoltés. Ils prennent l’attente du lecteur à contrepied, car le premier révolté est le fils de famille riche à la conduite irresponsable de bout en bout, un rebelle sans cause. Ce choix semble vouloir tourner en dérision l’idée même de révolte. Le comportement de révolte de ce privilégié est entièrement autocentré, sans velléité aucune de remettre en cause l’ordre établi. Elle naît de la souffrance de l’inadéquation personnelle à sa situation sociale. Toutefois, le lecteur peut conserver à l’esprit cette notion de révolté, et identifier en quoi le comportement de Waldo Harland comporte sa part de révolte, dépourvue de grandiloquence, très pragmatique, quelle part d’humanisme il conserve, comment elle s’exprime et ce qu’il accomplit qui est en son pouvoir. Un polar aux États-Unis dans les années 1950, avec un scénariste issu d’un milieu modeste essayant de survivre à l’argent et à la folie d’une riche famille. Une narration visuelle extraordinaire par la qualité de sa reconstitution, par sa capacité à assimiler et tirer le meilleur parti de la mythologie visuelle de cette époque et de ce pays. Un scénario alambiqué comme il se doit pour un roman policier de ce genre, respectant les codes à la lettre. Une intrigue utilisant les artifices du genre avec respect et compétence… Et en creux, une histoire plus personnelle, une révolte qui ne participe pas du spectacle, nourrie par des valeurs morales pragmatiques. De la belle ouvrage.

29/06/2026 (modifier)
Par Pasukare
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Cheyenne
Cheyenne

Impossible de ne pas plonger dans ce nouveau bijou de Patrick Prugne qui nous raconte une autre histoire vraie de massacre d'une tribu indienne par des soldats de l'armée des envahisseurs blancs. Les dessins sont toujours aussi magnifiques, avec ces extraordinaires aquarelles qui font la légende de l'auteur. Le récit alterne intelligemment les points de vue indiens / armée. Je me suis régalée, moi qui ne lis presque plus de BD, là je ne pouvais pas ne pas remettre le pied à l'étrier :) Allez-y sans hésiter !

28/06/2026 (modifier)
Couverture de la série Les Chants du Cygne Noir
Les Chants du Cygne Noir

Un immense merci à tous les avis dithyrambiques qui ont été postés ici, sans eux je serais sans doute passée à côté de ce spin-off d'une série que je porte pourtant très haut dans mon cœur ! Les Chants du Cygne Noir, spin-off du Château des étoiles donc, reprend l'univers de sa série mère, profitant de son énorme potentiel d'aventures et de conquêtes spatiales à la sauces Jules Vernes et Georges Méliès, se concentrant cette fois-ci non pas sur des conflits internationaux mais sur un récit de piraterie, de vengeance et, semble-t-il d'après la fin de ce premier tome, de chasse aux trésors. Une recette qui s'annonce classique, mais tout comme avec Le Château des Étoiles, Alex Alice nous prouve une nouvelle fois qu'il maîtrise aisément ces codes narratifs classiques et nous propose une exécution vivante et entraînante. Le dessin est joliment travaillé, les décors sont toujours aussi grandioses et le pur encrage en noir et blanc apporte un charme propre qui différencie cette série de sa prédécesseuse (il s'agit après tout du même dessinateur). L'histoire s'annonce palpitante, le premier tome m'a déjà charmée (même si je ne m'emballerai pas plus que ça pour le moment, il ne s'agit après tout que du premier tome) et la nature de spin-off de l’œuvre n'est pas un handicap comme cela peut parfois être le cas ; nul besoin d'avoir lu Le Château des étoiles ou Les Chimères de Vénus pour apprécier et comprendre la lecture, chaque récit est indépendant tout en permettant une compréhension plus vaste de cet univers qui ravira les connaisseur-euse-s. Excellente série qui s'annonce, j'espère donc de tout cœur que la suite et la conclusion sauront être à la hauteur.

28/06/2026 (modifier)
Couverture de la série La République du Crâne
La République du Crâne

Une excellente BD de pirates, qui se démarque par son approche. Ici, l’accent est moins mis sur l’héroïsme ou le grand spectacle que sur les réflexions politiques et les questions de société, sans que cela nuise au plaisir de lecture. Le récit est bien construit, rythmé et l’intrigue reste dynamique tout en prenant le temps de développer ses personnages et ses enjeux. On sent une vraie volonté de proposer une œuvre cohérente sur la durée. Les personnages principaux sont travaillés, le fond n’est jamais sacrifié au profit de l’action et la documentation historique transparaît tout au long de la série. Rien ne semble laissé au hasard, ce qui renforce la crédibilité de l’ensemble. Le dessin est également une grande réussite. Moderne, très soigné et particulièrement lisible, il accompagne parfaitement le récit sans chercher à lui voler la vedette.

28/06/2026 (modifier)