Norm Konyu, canadien habitant en Angleterre, est surtout connu pour son travail dans l’animation (notamment pour la BBC et le studio Dreamworks). « The Junction » est sa première BD (même si Glénat a choisi de la publier en France après Downlands), et bon sang, que c’est bon !
L’illustration élégante et le résumé intrigant ont suffi à me faire craquer, et je ressors émerveillé et bouleversé de ma lecture. L’intrigue est prenante et remplie de mystère, et débute comme une bête enquête pour expliquer la réapparition de Lucas. Mais au fur et à mesure que les réponses arrivent le récit devient de plus en plus poignant, et les thèmes de plus en plus douloureux. Je n’en dirai pas plus pour ne pas spoiler.
Le style graphique est charmant au possible, et influencé par le travail d’animation de l’auteur. Il apporte une certaine légèreté au récit qui contrebalance un peu avec les thèmes difficiles.
Un coup de maître pour un premier album, et un coup de cœur !
J’ai beaucoup aimé ce récit, qui a réussi à me toucher tant par son sujet que par son traitement.
Le sujet, d’abord, l’histoire de ce jeune homme contraint d’accompagner son père dans un dernier voyage malgré tout le ressentiment qu’il éprouve pour ce dernier, et la découverte progressive de ses origines et, surtout, de sa mère (qu’il n’a jamais connue), m’a touché. J’ai aimé le fait que ce père soit tout sauf parfait. Alcoolique, lâche, menteur, manipulateur, il n’en aime pas moins son enfant et, dans ses moments de lucidité, a pleinement conscience de ses faiblesses et de sa médiocrité. J’ai aimé le fait que le fils ait du mal à aller vers ce père, se pliant au désir de ce dernier du fait de son éducation et de ses origines mais certainement pas par affection. Cette relation froide, distante, pleine de rancœur et de regrets m’a donc touché.
Le traitement ensuite, m’a tout autant plu. La structure en courts chapitres qui nous permettent de découvrir progressivement l’histoire du père est classique mais bien équilibrée. Le dessin est très beau avec un rendu souvent proche de la peinture tout en parvenant à transmettre les émotions des personnages. Et puis, il y a cet emploi récurrent des ombres chinoises pour faire ressortir les passages dans lesquels la violence s’invite. Cette rupture de style crée un choc graphique tout en accentuant la lisibilité de la case, c’est tout con mais vachement efficace. Et pour en finir avec ce dessin, je soulignerai encore quelques cases dans lesquelles le visage de la mère est représenté, cases que j’ai trouvé tout simplement magnifiques.
Donc voilà, à titre personnel, c’est une lecture qui m’a beaucoup touché et que je recommande.
Après avoir fait ses armes aux cotés de Desberg pour L'Etoile du Désert et Dufaux pour Rapaces, Enrico Marini signe ici sa première série en étant seul au commande
Je n'ai pas le recul nécessaire pour comparer l'œuvre de Marini avec la référence de Dufaux, Murena, ce qui me permet de juger l'œuvre pour ce qu'elle est … à savoir un très bon divertissement.
L'intrigue sous fond de conquête de la Germanie par Rome s'attarde sur le destin de 2 jeunes hommes, Marcus et Ermanamer (devenu Arminius) qui ayant été rivaux dans leurs jeunes années vont finir par devenir frères puis ennemis au fil de leurs aspirations guerrières.
L'intrigue est donc assez classique, voire même basique, mais elle fait suffisamment le job pour tenir son lecteur attentif et curieux de poursuivre l'aventure avec envie.
Si je prends bonne note des critiques précédentes j'avoue ne pas avoir forcément été choqué par le langage utilisé par l'auteur
Mais le gros point fort de la série, à mon sens, c'est le dessin de Marini. J'apprécie beaucoup son coup de crayon qui s'améliore au fil des tomes. Si ses personnages féminins sont réellement envoutants, les personnages masculins ne sont pas en reste non plus. Quant aux décors et scènes de batailles on sent qu'il y a porté une vraie attention afin de donner un aspect harmonieux à l'ensemble de l'œuvre.
Je suis vraiment fan de son style.
Au final il convient de prendre cette série pour ce qu'elle est, un blockbuster, une machine à fric.
Et finalement ne serait ce pas là son réel point faible ?
Mais moi, je suis tombé dans le panneau et j'attends impatiemment la suite des aventures de Marcus et Arminius
Excellente bande dessinée autour du cyclisme, mais surtout à côté du cyclisme. Le sport sert ici de moteur narratif plus que de sujet central : le cœur du récit est ailleurs, dans le portrait d’une époque rude, d’une région marquée par la montagne, et dans la trajectoire intime d’un homme qui poursuit un rêve presque déraisonnable.
Le scénario est volontairement simple et relativement court, mais traité avec une grande justesse. Tout fonctionne par petites touches : la dureté du quotidien, l’obsession, le courage silencieux. C’est une véritable chasse au rêve dans un monde qui ne fait aucun cadeau, racontée sans emphase ni pathos. Le rythme est particulièrement bien maîtrisé, constant du début à la fin, donnant au récit une impression de solidité et de cohérence rare pour un format aussi resserré.
Le dessin est très beau et parfaitement adapté au propos. Le style légèrement rétro ancre immédiatement l’histoire dans son époque et renforce la dimension historique et humaine du récit. Les ambiances, les paysages et les efforts physiques sont rendus avec beaucoup de sensibilité, au service de l’émotion plutôt que de la démonstration graphique.
Un travail remarquable, d’une grande sensibilité. L’album impressionne par la qualité de sa documentation et par la justesse du parallèle entre la fiction et les images historiques : on sent un vrai travail d’immersion, presque de terrain. L’intrigue est prenante sans jamais chercher à s’imposer ; elle sert avant tout un propos plus large où la vie quotidienne, la condition humaine et la dignité des habitants du Dust Bowl deviennent les véritables moteurs du récit.
Les personnages sont traités avec beaucoup de finesse. La dureté du contexte est montrée frontalement mais toujours avec retenue, ce qui renforce l’impact émotionnel. L’aspect didactique est très bien intégré, jamais pesant, et certains thèmes — notamment la relation à la mort — sont abordés avec une subtilité rare, en résonance constante avec l’époque et les situations vécues.
Le rythme volontairement lent fonctionne parfaitement : il laisse le temps à la poussière, au silence et à l’épuisement de s’installer, jusqu’à devenir presque physiques pour le lecteur.
Graphiquement, c’est superbe. Le dessin est précis, détaillé, parfois saisissant, avec des planches très fortes visuellement. Le traitement de la poussière, omniprésente, est particulièrement réussi, tout comme le travail des couleurs, qui installe une atmosphère à la fois belle, âpre et réaliste. Une œuvre marquante, exigeante et profondément humaine.
Lire et relire Les Gouttes de Dieu, et Mariage, les Gouttes de Dieu, pour être heureux. Avec les gouttes, on a tenté d'apprendre cépage, terroir, et les travail des hommes, ici, le lien entre la cuisine, un art dont on donne quelque lueurs, et vin ! On avait déjà vu des restaurants, mais pas à ce point, et puis il y a... La Chine ! Eh oui, un des juges, un des officiers de l'ordre fondé par le père des deux concurrents au gain de la cave est Chinois, et il est madré, le rusé ! On va en Chine, et surtout, on mange du requin, pas vraiment quelque chose qu'on aurait osé écrire chez nous à cause de ceux qui ne prennent que les ailerons du poisson, condamné à mourir lentement, se balançant au fond des flots !
On croise aussi des tricheurs de compétition, et, ô joie, des choses vraiment subtiles, comme une boisson qu'on peut considérer et comme un vin, et comme un saké ! Le talent de nos héros est très grand, masque de celui des auteurs. Le trait a comme d'habitude parfait, dynamique et précis, personnages bien caractérisés sans exagération, et dessins merveilleux des poétiques descriptions de vins et de plats.
Grand Prix Artémisia 2026 mérité ! Je viens de finir la bd empruntée à la Bibliothèque, et je pense que je ne la rendrais que pour l'acheter, et ce alors que je cherche à faire de la place chez moi, c'est dire ! Je ne sais ce qui est le mieux : la manière fantastique de (re)découvrir Descartes et ses successeurs ou les images. Des suppléments ne servent pas à réparer les lacunes comme dans tant de bd ou de dvd, non, on dirait de nouveaux morceaux interprétés par des artistes généreux, quand ils ont chanté tout ce qu'attendait le public.
Si on en vient au visuel, par quoi commencer ? Les os sont encore plus expressifs que dans cette série de bd, Monsieur Mardi Gras Descendres ! Et ce n'est pas peu dire. Mais là, les os expriment la condition de l'être humain qui s'interroge, je suis quoi, à présent, reprenant la fameuse interrogation de Descartes à nouveaux frais.
Et les animaux revendiquent de n'être pas des mécaniques en se plaignant des conséquences de cette supposition, débats et liens se tissent entre le philosophe et ses compagnons animaux moins réduits que lui, ayant tout leur squelette quand il n'a plus que son crâne. Tous ces restes sont rassemblés dans des conditions qu'on suit comme un roman policier. Je ne saurais dire si cette œuvre est en noir et blanc ou en couleur, elle transcende les deux, et pour s'évader peut-être des os, on voit des scènes oniriques où la vie est célébrée. Poétique et amusant : chaque animal voit non midi à sa porte, mais le paradis selon son biotope.
Merveilleux !
Difficile de passer après mes collègues aviseurs, mais je tenais moi aussi à apporter ma pierre à l’édifice critique élogieux qui entoure ce one-shot de Jean-Christophe Deveney et Edouard Cour.
Chaque chapitre narre un épisode de la vie troublée de Hans et Helma. Le ton est très humain, les épreuves se succèdent, la fratrie se soude pour faire front à l’adversité, jusqu’à craquer quand les motivations personnelles rentrent en conflit. Tout est tellement juste, les évènements, les personnages attachants aux personnalités nuancées. La fin est juste parfaite, notamment la double page finale.
Il faut dire que Edouard Cour, qui nous en avait déjà mis plein les mirettes dans sa dernière BD en date ReV, s’est ici surpassé. Le noir et blanc parsemé de couleurs musicales est élégant et surtout d’une maitrise et d’une précision incroyable. J’adore quand le découpage fait partie intégrante de la narration – voir par exemple les hautes cases pour représenter la verticalité de la ville de Laguna Majora, page 156 et 157.
Un sans-faute. Je me joins à la chorale de 5/5.
Sibylline est une bande dessinée remarquable par la justesse de son regard. Le récit aborde un thème lourd et délicat sans jamais tomber dans la provocation facile ni la satire appuyée. L’autrice choisit une approche frontale mais nuancée, exposant avec finesse les zones de lumière et d’ombre de cette double vie, dans un traitement profondément respectueux et humain. Le propos dépasse rapidement le simple cadre de la prostitution pour interroger des thèmes plus larges comme le pouvoir, l’amour, les rapports de domination et le besoin de reconnaissance.
Le scénario se distingue par son réalisme et sa sobriété. Tout repose sur l’observation, sur de petites situations crédibles et sur des personnages extrêmement bien écrits. Raphaëlle est attachante, complexe, jamais idéalisée ni jugée. L’identification est immédiate, non parce que l’on partage son vécu, mais parce que ses motivations et ses contradictions sont parfaitement lisibles. Cette proximité émotionnelle est clairement l’un des grands points forts de l’album.
Graphiquement, le dessin est superbe et sert le récit avec une grande intelligence. Élégant, précis, sensible, il sublime l’histoire sans jamais l’écraser. La mise en scène est fluide, les ambiances sont maîtrisées, et chaque planche renforce la dimension intime du récit. On est face à une œuvre modeste en apparence, mais d’une grande précision, qui gagne énormément à être lue avec attention.
Sibylline n’est pas une œuvre clinquante ou démonstrative, mais une bande dessinée d’orfèvre : discrète, profondément juste, et d’une grande maturité narrative et graphique.
Œuvre remarquable, à la fois exigeante et profondément maîtrisée. L’entrée dans le récit m'a demandé un temps d’adaptation, tant sur le principe narratif que sur le dessin, mais une fois ce cap franchi, l’ensemble s’impose avec une évidence rare. Le choix de raconter l’Histoire depuis un point fixe — celui d’un tableau — est particulièrement pertinent. Ce regard immobile, contraint mais lucide, permet une lecture originale et puissante du XX? siècle, sans jamais tomber dans l’artifice.
Le scénario est solidement étayé sur le plan historique, avec une dimension presque pédagogique, mais toujours à la bonne dose. Le récit reste rythmé, fluide, et parvient à rendre les époques successives très lisibles à travers des fragments de vies, des situations, des silences. Les personnages, bien que souvent croisés brièvement, existent réellement, et l’on comprend beaucoup sans que tout soit montré ou appuyé.
Graphiquement, le style n'est pas forcément ma tasse de thé au niveau purement esthétique, mais il s’impose rapidement comme totalement cohérent avec le propos. Le dessin est expressif, artistique, parfois brut, et évoque volontairement l’univers de la peinture et du tableau. Ce choix renforce le fond et donne une vraie identité à l’ensemble.
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The Junction
Norm Konyu, canadien habitant en Angleterre, est surtout connu pour son travail dans l’animation (notamment pour la BBC et le studio Dreamworks). « The Junction » est sa première BD (même si Glénat a choisi de la publier en France après Downlands), et bon sang, que c’est bon ! L’illustration élégante et le résumé intrigant ont suffi à me faire craquer, et je ressors émerveillé et bouleversé de ma lecture. L’intrigue est prenante et remplie de mystère, et débute comme une bête enquête pour expliquer la réapparition de Lucas. Mais au fur et à mesure que les réponses arrivent le récit devient de plus en plus poignant, et les thèmes de plus en plus douloureux. Je n’en dirai pas plus pour ne pas spoiler. Le style graphique est charmant au possible, et influencé par le travail d’animation de l’auteur. Il apporte une certaine légèreté au récit qui contrebalance un peu avec les thèmes difficiles. Un coup de maître pour un premier album, et un coup de cœur !
Les Étoiles s'éteignent à l'aube
J’ai beaucoup aimé ce récit, qui a réussi à me toucher tant par son sujet que par son traitement. Le sujet, d’abord, l’histoire de ce jeune homme contraint d’accompagner son père dans un dernier voyage malgré tout le ressentiment qu’il éprouve pour ce dernier, et la découverte progressive de ses origines et, surtout, de sa mère (qu’il n’a jamais connue), m’a touché. J’ai aimé le fait que ce père soit tout sauf parfait. Alcoolique, lâche, menteur, manipulateur, il n’en aime pas moins son enfant et, dans ses moments de lucidité, a pleinement conscience de ses faiblesses et de sa médiocrité. J’ai aimé le fait que le fils ait du mal à aller vers ce père, se pliant au désir de ce dernier du fait de son éducation et de ses origines mais certainement pas par affection. Cette relation froide, distante, pleine de rancœur et de regrets m’a donc touché. Le traitement ensuite, m’a tout autant plu. La structure en courts chapitres qui nous permettent de découvrir progressivement l’histoire du père est classique mais bien équilibrée. Le dessin est très beau avec un rendu souvent proche de la peinture tout en parvenant à transmettre les émotions des personnages. Et puis, il y a cet emploi récurrent des ombres chinoises pour faire ressortir les passages dans lesquels la violence s’invite. Cette rupture de style crée un choc graphique tout en accentuant la lisibilité de la case, c’est tout con mais vachement efficace. Et pour en finir avec ce dessin, je soulignerai encore quelques cases dans lesquelles le visage de la mère est représenté, cases que j’ai trouvé tout simplement magnifiques. Donc voilà, à titre personnel, c’est une lecture qui m’a beaucoup touché et que je recommande.
Les Aigles de Rome
Après avoir fait ses armes aux cotés de Desberg pour L'Etoile du Désert et Dufaux pour Rapaces, Enrico Marini signe ici sa première série en étant seul au commande Je n'ai pas le recul nécessaire pour comparer l'œuvre de Marini avec la référence de Dufaux, Murena, ce qui me permet de juger l'œuvre pour ce qu'elle est … à savoir un très bon divertissement. L'intrigue sous fond de conquête de la Germanie par Rome s'attarde sur le destin de 2 jeunes hommes, Marcus et Ermanamer (devenu Arminius) qui ayant été rivaux dans leurs jeunes années vont finir par devenir frères puis ennemis au fil de leurs aspirations guerrières. L'intrigue est donc assez classique, voire même basique, mais elle fait suffisamment le job pour tenir son lecteur attentif et curieux de poursuivre l'aventure avec envie. Si je prends bonne note des critiques précédentes j'avoue ne pas avoir forcément été choqué par le langage utilisé par l'auteur Mais le gros point fort de la série, à mon sens, c'est le dessin de Marini. J'apprécie beaucoup son coup de crayon qui s'améliore au fil des tomes. Si ses personnages féminins sont réellement envoutants, les personnages masculins ne sont pas en reste non plus. Quant aux décors et scènes de batailles on sent qu'il y a porté une vraie attention afin de donner un aspect harmonieux à l'ensemble de l'œuvre. Je suis vraiment fan de son style. Au final il convient de prendre cette série pour ce qu'elle est, un blockbuster, une machine à fric. Et finalement ne serait ce pas là son réel point faible ? Mais moi, je suis tombé dans le panneau et j'attends impatiemment la suite des aventures de Marcus et Arminius
L'Aigle sans orteils
Excellente bande dessinée autour du cyclisme, mais surtout à côté du cyclisme. Le sport sert ici de moteur narratif plus que de sujet central : le cœur du récit est ailleurs, dans le portrait d’une époque rude, d’une région marquée par la montagne, et dans la trajectoire intime d’un homme qui poursuit un rêve presque déraisonnable. Le scénario est volontairement simple et relativement court, mais traité avec une grande justesse. Tout fonctionne par petites touches : la dureté du quotidien, l’obsession, le courage silencieux. C’est une véritable chasse au rêve dans un monde qui ne fait aucun cadeau, racontée sans emphase ni pathos. Le rythme est particulièrement bien maîtrisé, constant du début à la fin, donnant au récit une impression de solidité et de cohérence rare pour un format aussi resserré. Le dessin est très beau et parfaitement adapté au propos. Le style légèrement rétro ancre immédiatement l’histoire dans son époque et renforce la dimension historique et humaine du récit. Les ambiances, les paysages et les efforts physiques sont rendus avec beaucoup de sensibilité, au service de l’émotion plutôt que de la démonstration graphique.
Jours de sable
Un travail remarquable, d’une grande sensibilité. L’album impressionne par la qualité de sa documentation et par la justesse du parallèle entre la fiction et les images historiques : on sent un vrai travail d’immersion, presque de terrain. L’intrigue est prenante sans jamais chercher à s’imposer ; elle sert avant tout un propos plus large où la vie quotidienne, la condition humaine et la dignité des habitants du Dust Bowl deviennent les véritables moteurs du récit. Les personnages sont traités avec beaucoup de finesse. La dureté du contexte est montrée frontalement mais toujours avec retenue, ce qui renforce l’impact émotionnel. L’aspect didactique est très bien intégré, jamais pesant, et certains thèmes — notamment la relation à la mort — sont abordés avec une subtilité rare, en résonance constante avec l’époque et les situations vécues. Le rythme volontairement lent fonctionne parfaitement : il laisse le temps à la poussière, au silence et à l’épuisement de s’installer, jusqu’à devenir presque physiques pour le lecteur. Graphiquement, c’est superbe. Le dessin est précis, détaillé, parfois saisissant, avec des planches très fortes visuellement. Le traitement de la poussière, omniprésente, est particulièrement réussi, tout comme le travail des couleurs, qui installe une atmosphère à la fois belle, âpre et réaliste. Une œuvre marquante, exigeante et profondément humaine.
Mariage - Les Gouttes de Dieu
Lire et relire Les Gouttes de Dieu, et Mariage, les Gouttes de Dieu, pour être heureux. Avec les gouttes, on a tenté d'apprendre cépage, terroir, et les travail des hommes, ici, le lien entre la cuisine, un art dont on donne quelque lueurs, et vin ! On avait déjà vu des restaurants, mais pas à ce point, et puis il y a... La Chine ! Eh oui, un des juges, un des officiers de l'ordre fondé par le père des deux concurrents au gain de la cave est Chinois, et il est madré, le rusé ! On va en Chine, et surtout, on mange du requin, pas vraiment quelque chose qu'on aurait osé écrire chez nous à cause de ceux qui ne prennent que les ailerons du poisson, condamné à mourir lentement, se balançant au fond des flots ! On croise aussi des tricheurs de compétition, et, ô joie, des choses vraiment subtiles, comme une boisson qu'on peut considérer et comme un vin, et comme un saké ! Le talent de nos héros est très grand, masque de celui des auteurs. Le trait a comme d'habitude parfait, dynamique et précis, personnages bien caractérisés sans exagération, et dessins merveilleux des poétiques descriptions de vins et de plats.
La Tête de mort venue de Suède
Grand Prix Artémisia 2026 mérité ! Je viens de finir la bd empruntée à la Bibliothèque, et je pense que je ne la rendrais que pour l'acheter, et ce alors que je cherche à faire de la place chez moi, c'est dire ! Je ne sais ce qui est le mieux : la manière fantastique de (re)découvrir Descartes et ses successeurs ou les images. Des suppléments ne servent pas à réparer les lacunes comme dans tant de bd ou de dvd, non, on dirait de nouveaux morceaux interprétés par des artistes généreux, quand ils ont chanté tout ce qu'attendait le public. Si on en vient au visuel, par quoi commencer ? Les os sont encore plus expressifs que dans cette série de bd, Monsieur Mardi Gras Descendres ! Et ce n'est pas peu dire. Mais là, les os expriment la condition de l'être humain qui s'interroge, je suis quoi, à présent, reprenant la fameuse interrogation de Descartes à nouveaux frais. Et les animaux revendiquent de n'être pas des mécaniques en se plaignant des conséquences de cette supposition, débats et liens se tissent entre le philosophe et ses compagnons animaux moins réduits que lui, ayant tout leur squelette quand il n'a plus que son crâne. Tous ces restes sont rassemblés dans des conditions qu'on suit comme un roman policier. Je ne saurais dire si cette œuvre est en noir et blanc ou en couleur, elle transcende les deux, et pour s'évader peut-être des os, on voit des scènes oniriques où la vie est célébrée. Poétique et amusant : chaque animal voit non midi à sa porte, mais le paradis selon son biotope. Merveilleux !
Soli Deo Gloria
Difficile de passer après mes collègues aviseurs, mais je tenais moi aussi à apporter ma pierre à l’édifice critique élogieux qui entoure ce one-shot de Jean-Christophe Deveney et Edouard Cour. Chaque chapitre narre un épisode de la vie troublée de Hans et Helma. Le ton est très humain, les épreuves se succèdent, la fratrie se soude pour faire front à l’adversité, jusqu’à craquer quand les motivations personnelles rentrent en conflit. Tout est tellement juste, les évènements, les personnages attachants aux personnalités nuancées. La fin est juste parfaite, notamment la double page finale. Il faut dire que Edouard Cour, qui nous en avait déjà mis plein les mirettes dans sa dernière BD en date ReV, s’est ici surpassé. Le noir et blanc parsemé de couleurs musicales est élégant et surtout d’une maitrise et d’une précision incroyable. J’adore quand le découpage fait partie intégrante de la narration – voir par exemple les hautes cases pour représenter la verticalité de la ville de Laguna Majora, page 156 et 157. Un sans-faute. Je me joins à la chorale de 5/5.
Sibylline - Chroniques d'une escort girl
Sibylline est une bande dessinée remarquable par la justesse de son regard. Le récit aborde un thème lourd et délicat sans jamais tomber dans la provocation facile ni la satire appuyée. L’autrice choisit une approche frontale mais nuancée, exposant avec finesse les zones de lumière et d’ombre de cette double vie, dans un traitement profondément respectueux et humain. Le propos dépasse rapidement le simple cadre de la prostitution pour interroger des thèmes plus larges comme le pouvoir, l’amour, les rapports de domination et le besoin de reconnaissance. Le scénario se distingue par son réalisme et sa sobriété. Tout repose sur l’observation, sur de petites situations crédibles et sur des personnages extrêmement bien écrits. Raphaëlle est attachante, complexe, jamais idéalisée ni jugée. L’identification est immédiate, non parce que l’on partage son vécu, mais parce que ses motivations et ses contradictions sont parfaitement lisibles. Cette proximité émotionnelle est clairement l’un des grands points forts de l’album. Graphiquement, le dessin est superbe et sert le récit avec une grande intelligence. Élégant, précis, sensible, il sublime l’histoire sans jamais l’écraser. La mise en scène est fluide, les ambiances sont maîtrisées, et chaque planche renforce la dimension intime du récit. On est face à une œuvre modeste en apparence, mais d’une grande précision, qui gagne énormément à être lue avec attention. Sibylline n’est pas une œuvre clinquante ou démonstrative, mais une bande dessinée d’orfèvre : discrète, profondément juste, et d’une grande maturité narrative et graphique.
Deux Filles nues
Œuvre remarquable, à la fois exigeante et profondément maîtrisée. L’entrée dans le récit m'a demandé un temps d’adaptation, tant sur le principe narratif que sur le dessin, mais une fois ce cap franchi, l’ensemble s’impose avec une évidence rare. Le choix de raconter l’Histoire depuis un point fixe — celui d’un tableau — est particulièrement pertinent. Ce regard immobile, contraint mais lucide, permet une lecture originale et puissante du XX? siècle, sans jamais tomber dans l’artifice. Le scénario est solidement étayé sur le plan historique, avec une dimension presque pédagogique, mais toujours à la bonne dose. Le récit reste rythmé, fluide, et parvient à rendre les époques successives très lisibles à travers des fragments de vies, des situations, des silences. Les personnages, bien que souvent croisés brièvement, existent réellement, et l’on comprend beaucoup sans que tout soit montré ou appuyé. Graphiquement, le style n'est pas forcément ma tasse de thé au niveau purement esthétique, mais il s’impose rapidement comme totalement cohérent avec le propos. Le dessin est expressif, artistique, parfois brut, et évoque volontairement l’univers de la peinture et du tableau. Ce choix renforce le fond et donne une vraie identité à l’ensemble.