Voici une relecture en images de la fameuse Trilogie Berlinoise, quand Philip Kerr nous entraînait aux côtés du détective Bernie visiter les sombres coulisses du Berlin nazi. Avec fidélité au texte original, ces deux premiers albums de Pierre Boisserie et François Warzala redonnent une nouvelle jeunesse à ces polars devenus légendes.
Ah la Trilogie Berlinoise ! Quel amateur de polars n'a jamais eu cette série culte entre les mains ?
Une série qui a même désormais ses pages Wikipedia.
On l'avait découverte à sa réédition en 2008 (même si les premières éditions en français dataient des années 90) et les enquêtes de Bernie Gunther dans le Berlin nazi venaient à point nommé pour nous sortir du matraquage marketing autour d'une autre saga culte, celle du suédois Stieg Larsson avec Millénium : au début des années 2000, le rayon polar envahissait les tables grand public des libraires.
Près de vingt ans plus tard, nous sommes de nouveau bien gâtés avec cette adaptation en BD, particulièrement réussie.
Deux albums sont disponibles (aux éditions Les Arènes) qui correspondent aux deux premières novellas de la trilogie.
L'été de cristal est sorti en novembre 2021 et La pâle figure en avril 2025.
Le scénario de Philip Kerr est adapté par Pierre Boisserie, un habitué des intrigues historiques, et les dessins sont signés François Warzala.
Le personnage clé de cette série c'est bien entendu le flic Bernie Gunther.
Selon les époques et les épisodes, on le retrouve tantôt flic à la Kripo (la KriminalPolizei du Reich dont le siège - l'Alex - se trouve Alexander Platz au centre de Berlin), tantôt comme simple détective privé, ou même détective du célèbre hôtel Adlon.
Un amateur de jolies femmes et de bons alcools, aussi désabusé qu'impertinent, qui peut évoquer un Philip Marlowe ou un Nestor Burma.
Dans les années 30 il était bien difficile de ne pas composer avec le pouvoir nazi et Bernie est un personnage complexe, qui se permet de côtoyer les figures les plus emblématiques du Reich (les Göring, les Himmler, les Heydrich, ... l'auteur était plus soucieux de pédagogie que de vraisemblance).
Heureusement son humour grinçant et sarcastique lui permet de garder ses distances en évitant une trop grande compromission avec les nazis.
« - Avez-vous lu Mein Kampf ?
- Ce vieux bouquin qu'ils distribuent aux jeunes mariés ? Pour moi, c'est la meilleure raison que j'ai trouvée de rester célibataire. »
« La seule raison pour laquelle il n'y a pas de miroir dans les toilettes de l'Alex, c'est pour que personne ne soit obligé de se regarder en face. »
« Au fond, le plus surprenant dans tout ceci était ma capacité à être encore surpris par ce qui se passait en Allemagne. »
Ce qui lui vaudra également quelques dangereuses inimitiés.
Bernie essaie de surnager dans ces eaux nauséabondes en égratignant au passage tous les profiteurs du nouveau régime.
« - Pour quelle raison avez-vous quitté la Kripo ? L'avez-vous quittée de votre propre chef, d'ailleurs ? [...]
- C'est moi qui suis parti. Je ne suis pas national-socialiste, et si vous n'êtes pas avec eux, vous êtes contre eux. Alors ils se seraient débarrassés de moi de toute manière.
[...] - De nos jours, j'enquête sur les disparitions, en forte hausse depuis que les nationaux-socialistes sont au pouvoir.
- Ne fais pas attention à ce que dit Bernie, il a parfois un humour déroutant. »
Le premier épisode, L'été de cristal, se déroule en 1936 alors que l'Allemagne prépare les JO de Berlin, en pleine ascension du parti National-Socialiste.
Le titre en VO (March violets) évoque « les violettes de mars », lorsque fleurirent toutes les adhésions "spontanées" à ce parti nazi sans qui les affaires ne peuvent prospérer et le trafic pour obtenir un "petit" numéro d'adhérent prouvant ainsi sa longue fidélité à la nouvelle doctrine en vogue.
À la demande d'un riche patron, le détective Bernie enquête sur le meurtre de sa fille et de son gendre nazi.
Le second album, La pâle figure (le titre fait référence à Nietzsche), nous amène en 1938 alors que l'Allemagne envahit les Sudètes.
Le privé a réintégré la police officielle, pour un temps, et part sur les traces d'un serial killer... et sur celles de la propagande qui prépare la nuit de cristal...
Une fois que tout le contexte a été mis en place dans le premier tome, ce second épisode est encore plus fluide et l'intrigue, bien homogène, bien rythmée, en est encore plus captivante.
Il nous reste à attendre impatiemment le prochain épisode qui devrait reprendre Un requiem allemand : 1947, la guerre est enfin terminée et Vienne est devenue un nid d'espions.
Le texte de cette BD assez bavard (notamment avec le monologue intérieure de Bernie en voix off) et reste particulièrement fidèle au bouquin de Philip Kerr, souvent mot pour mot. Les enquêtes policières ne sont que le prétexte à une visite guidée très complète de l'Allemagne nazie et chaque épisode met en scène des événements bien réels.
La série de Philip Kerr avait été abondamment surexploitée par les éditeurs et s'était un peu usée au fil du temps : ces albums tombent à pic pour donner un petit coup de renouveau à ces intrigues qui sont restées passionnantes et surtout très instructives.
Il est vraiment plaisant de se livrer à cette relecture de ces grands classiques.
Même si ces albums peuvent toutefois se lire sans connaître l'original, je pense, et donneront peut-être envie de s'y (re-)plonger.
Le dessin de Warzala est celui d'une ligne claire franco-belge très pure qui rappelle Blake et Mortimer, et dont le trait un peu désuet convient parfaitement à cette reconstitution des années 30.
Dessin et mise en page restent plutôt sages pour laisser toute sa place au récit.
Le Yémen est connu pour sa pauvreté, ses guerres et parfois aussi pour sa pratique dure de la religion. Cette bande dessinée nous offre une porte d’entrée unique à travers le destin de différentes femmes au Yémen.
En 2012, Agnès Montanari part en photo-reportage au Yémen et rencontre Aïcha, une yéménite d’apparence comme les autres femmes, voilée de la tête au pied, et avec qui elle se lie soudainement d’amitié. Aïcha lui fait par la suite rencontrer d’autres femmes qui lui conteront leurs vies, leurs aspirations ainsi que les difficultés d’être une femme au Yémen, hier et aujourd’hui. De cela en découle une série de photos et de portraits (voilés) que l’on peut partiellement retrouver à la fin de l’ouvrage. Ugo Bertotti utilise l’ensemble de ces témoignages visuels et textuels pour nous raconter ces histoires de femme.
J’ai vraiment beaucoup aimé cet ouvrage tant il est intéressant d’un point de vue historique et journalistique. C’est comme regarder une vidéo Youtube Arte mais en BD. L’histoire de Sabiha au début m’a également touché car elle est le symbole de l’absurdité des traditions, de l’oppression que peut représenter les questions d’honneur et de l’injustice qui repose derrière ce système patriarcale. Cette BD m’a beaucoup pensé au travail de Troubs avec sa BD sur le Turkménistan, à la fois dans le style, la narration, et les enchainements entre une certaine beauté de la vie qui finit toujours par être remis à sa place par un système rigide.
Le monde d’Aïcha date de 2013. Soit une éternité dans l’histoire récente du Yémen dans laquelle, suite à la chute du président en 2012, le processus démocratique a échoué et s’en est suit une guerre meurtrière depuis 2014 avec de large mouvements de population, des famines, et de nombreuses pandémies ou autres malheurs. Nul doute que les faibles espoirs sur lesquels s’entrouvait la BD ont malheureusement été mis à mal par le contexte qui a suivi.
Je recommande fortement cette première oeuvre de Bertotti qui ouvre les portes d’un pays méconnu et d’une culture à l’accès compliqué.
"Vivre longtemps, c'est accumuler les tragédies." Une citation qui illustre parfaitement cette BD.
Une très belle découverte que cette adaptation du roman de Richard Malka (que je connaissais plus en tant qu'avocat suite aux attentats de Charlie hebdo qu'en tant qu'écrivain).
Tout d'abord, cet ouvrage est vraiment un bel objet avec cette couverture légèrement dorée du plus bel effet rappelant des mosaïques orientales. Graphiquement, j'ai également été subjugué par ces décors aux tons pastels tantôt dans les teintes bleues, tantôt avec des dominantes jaunes ou rouges. De véritables aquarelles que l'on aime à contempler en dehors de toute considérations scénaristiques. On sent que Yannick Corboz prend également plaisir à transporter le lecteur dans les rue de Venise au XVIIème siècle, en passant par Paris au XIXème, New York plus moderne, jusqu'aux confins de l'Afrique...
Le dessin n'est pas en reste non plus, avec un trait conférant beaucoup de mouvements aux scènes, de magnifiques scènes d'amour (qui sont nombreuses dans cet ouvrage) et des époques et décors très variés et parfaitement représentés.
En effet, l'auteur nous raconte l'histoire d'Adrian van Gott, sorte de vampire immortel, qui va traverser les époques et les contrées. Mais ici, point de canines et de scènes sanguinolentes, notre héros se nourrit de l'amour de ses victimes via des baisers les vidant de leurs sentiments. Une malédiction en sorte, ces baisers sonnant bien souvent le glas de la vie de ceux qui le reçoivent.
L'ensemble est ainsi très poétique même si je comprends l'avis de Brodeck. En effet, s'agissant d'une adaptation d'un roman, la voix narrative est quasi omniprésente tout au long de l'histoire, le héros racontant son vécu qui, vous l'aurez compris, est plutôt long. La sensualité qui transparait de cette œuvre et le type de narration à la premier personne m'ont beaucoup fait penser au film "Entretien avec un vampire" comme l'a justement évoqué Cacal69, mais ce qui se dégage du récit m'a également fait penser à These Savage Shores que j'avais également beaucoup apprécié.
Ainsi, bien que le récit soit lent et, il est vrai, un brin répétitif, ce parti pris transcrit à merveille l'éternité de la vie de notre héros maudit et son désespoir qui finit par prendre le pas sur le reste.
Une BD que je conseille aux amateurs du genre.
SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 8/10
GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 9/10
NOTE GLOBALE : 17/20
J'aime tout et surtout la relation entre Calvin l'enfant et Hobbes le tigre réel pour ce dernier, peluche pour les autres. L'enfant est dans l'imaginaire et la destructivité avec parfois des commentaires décapants à la Malfada : mais moins systématique, ce qui sonne plus juste, d'un point de vue psychologique. Les dessins sont aussi bien plus dynamiques que dans cette série et dans les Peanuts.
Autre bon point : les adultes ne sont pas là comme simples faire-valoir, caricatures de carton-pâte. On ne manque enfin pas de tendresse entre le petit garçon et son tigre. La société est critiquée mais avec discrétion, c'est par l'accumulation de gags qu'on s'éveille à ce qui ne va pas en elle : et c'est comme un ingrédient relevant le reste mais pas trop qui donne du goût et de l'appétit, faisant qu'on peut tout lire à la suite, si je n'en dirais pas forcément autant des deux séries qui me viennent à l'esprit en avisant ma préférée. Et le dessin ! Assez de détails pour l'ambiance, pour s'attacher aux personnages, et pas trop, pour le gag, avec la vitesse qui semble celle du dessin et la notation parfaite de tous les mouvements ? Tant de bandes dessinées se voulant humoristiques sont sans dialogues vrais et stylisés à la fois, comme ici, encastés dans des dessins qui créent un monde.
Il est toujours intimidant de décrire un ouvrage qu’on a particulièrement apprécié, surtout quand on a le sentiment d’avoir affaire à un chef d’œuvre comme ici, sans l’ombre d’un doute. Tout d’abord, — parce qu’on va commencer dans l’ordre —, il faut dire que la couverture tout à fait réussie rend totalement hommage au contenu. On y voit Hans et Helma, les (faux) jumeaux du récit se faire face, dans une position de recueillement, comme hypnotisés par les gracieuses arabesques jaillissant d’un point central (le néant ?) et symbolisant la musique, thème central du livre. L’image est bordée verticalement par des portées musicales (un gimmick graphique qui ornera chaque page et additionné d’une note supplémentaire d’un chapitre à l’autre), avec trois crânes tout en bas pour évoquer la mort, qui plane constamment au fil du récit. La qualité éditoriale vient renforcer la beauté de cette couverture par un vernis sélectif doré, et en effet, c’est bien de l’or que l’on a entre les mains.
On rentre très facilement dans cette histoire, qui commence comme un conte noir et restera captivante jusqu’au bout, grâce à un scénario réglé comme… du papier à musique (logique, non ?). Le début fait immédiatement penser à Hansel et Gretel, ne serait-ce que par ce premier chapitre intitulé « Hans et Helma », et commence dans un contexte très similaire. Les deux enfants vont entamer leur apprentissage de la vie de façon très cruelle, non seulement par leurs conditions de vie miséreuse dans cette campagne profonde, mais aussi avec la perte brutale de leurs parents massacrés par des bandits de grands chemins. Et dans cet océan d’obscurité, ils vont apprendre à nager, grâce en partie à leur sensibilité musicale que l’écoute des oiseaux dans la forêt proche va galvaniser. « Les oiseaux sont d’excellent maîtres de musique » : ainsi parlait leur oncle Ambel, lui dont le goût pour la musique fut tué dans l’œuf par la barbarie humaine…
Dans ce qui va s’avérer un parcours initiatique ballotés par des vents contraires et ses bourrasques, les deux enfants vont grâce à leur talent inné se faire peu à peu une place au soleil sombre d’un XVIIIe siècle quelque peu parallèle. Dans ce Saint-Empire fictionnel, « Laguna Majora » est la capitale des lacs italiens, et Amsterdam a été rebaptisée « Adamstern ».
Le thème central de « Soli Deo Gloria » est la musique, principalement baroque, et révèle chez Jean-Christophe Deveney une connaissance approfondie des subtilités de cet art ici porté aux nues. Mais nul besoin d’être mélomane pour être happé par ce récit, qui peut même constituer une initiation à un genre souvent considéré comme élitiste voire poussiéreux. À travers la musique, cette bande dessinée brasse d’autres thématiques assez variées — notamment le processus de création artistique —, jouant d’abord sur le contraste d’une époque où la finesse du monde des arts, accessible seulement à des privilégiés, côtoyait la barbarie et la misère la plus crasse, sans parler des menaces épidémiques comme la peste.
Et comme on le verra au fil des pages, s’extirper des gouffres de pauvreté pour taquiner les cieux les plus luxueux, ça comporte quelques risques. Et là, attention que cela ne monte pas au cerveau ! L’orgueil de se savoir talentueux peut s’avérer une malédiction, nous dit l’auteur, avec la possibilité qu’il se retourne contre vous. Hans va en faire les frais en perdant le contrôle de ses émotions, c’est ce qu’on pourrait appeler un mauvais karma. On ne dira rien de la fin, à la fois époustouflante et saisissante dans son âpreté, mais le livre se termine aussi de très belle façon, notamment avec la rencontre d’Helma avec Jean-Sébastien Bach à Zeiplitch (on aura reconnu Leipzig !). Cette séquence nous laisse stupéfait devant la modestie du bonhomme, considéré comme un génie dans l’histoire de la musique occidentale. Et une fois encore, cela peut susciter l’envie de découvrir sa musique pour ceux qui comme moi, ignare pitoyable, ne connaissent que son nom.
Venons-en maintenant au dessin, totalement à la hauteur de l’excellent scénario, d’une richesse inouïe. Edouard Cour a opté pour le noir et blanc, où les seules couleurs sont dédiées aux ondes sonores produites par la musique. Cela commence avec les frêles volutes accompagnant le chant des oiseaux pour finir avec les arabesques foisonnantes du puissant « ressurectio » interprété dans la basilique Saint-Pierre de « Romula ». Quant au trait, il est juste admirable, associé à un parfait équilibre dans la composition, le cadrage et la mise en page. Délicat pour décrire les bords du lac Majeur, il peut apparaître rugueux voire abstrait pour illustrer des scènes plus tourmentées. Mais globalement, le noir et blanc reste totalement adapté au récit. Le dessinateur confesse lui-même qu’en raison d’un léger daltonisme, il privilégie le procédé. Devant le résultat, on se dit qu’il a eu bien raison. J’ai moi-même passé de longs moments à admirer la minutie de son travail à la loupe (oui !), avec cette légère et épatante trame quadrillée. Ajoutons à cela la grande expressivité des visages, Cour a su parfaitement transmettre le sentiment d’orgueil émanant de Hans, car oui, c’est bien cela aussi que raconte la BD, cet orgueil infâme et pourtant si humain, cette forteresse de nos egos dérisoires.
Avec désormais six albums à son actif (dont trois en tant qu’auteur complet), Edouard Cour n’a pas encore produit d’ouvrage notable, mais nul doute que « Sole Di Gloria » marquera pour lui un tournant en le plaçant dans le cercle restreint des maestros du dessin. Quant à Jean-Christophe Deveney, bénéficiant d’une bibliographie plus fournie (notamment « Géante », publié en 2020) , il s’était distingué l’année dernière avec son fauve du jury à Angoulême pour ses atmosphériques « Météores », un très beau roman graphique.
Mais que s’est-il passé entre ces deux auteurs, qui à l’unisson semblent avoir été touchés par la grâce ? Cette fresque tourbillonnante est un pur enchantement auquel je n’ai personnellement vu aucun bémol, aucune faille. C’est un conte de fées, noir d’encre, avec quelques rayons de soleil. Comme tous les contes de fées me direz-vous. Au-delà du récit initiatique, « Soli Deo Gloria » pourrait être accessoirement un antidote contre nos pulsions les plus primaires. Mais c'est sans doute d'abord un livre de sagesse célébrant la beauté des arts et de l’esprit, une symphonie graphique décrivant le combat entre l’ombre et la lumière, la laideur et la beauté, l’ordure et le sublime, dont on ne sait jamais vraiment qui l’emportera. Il dépeint un monde où, du fumier le plus dru émergent parfois des diamants. Et ce monde, bien que fictionnel, semble bien être le nôtre, pour le meilleur ou pour le pire. Oui, « Soli Deo Gloria » est un chef d’œuvre, et c’est ainsi que je poserai mon point final.
J'ai beaucoup aimé ce premier tome.
C'est un conte mêlant un brin d'aventure avec de l'humour et des personnages attachants qui forment un duo improbable.
Le dessin et la couleur collent parfaitement à l'histoire.
Hâte de découvrir la suite et fin de cet excellent premier tome.
Après Irena, Morvan et Evrard recompose leur duo pour raconter l'histoire de Simone Lagrange. La jeune fille entre en résistance très jeune (13 ans) et supportera la torture de la main de Klaus Barbie. 30 ans plus tard elle fera partie de ceux qui le confondront.
Pour ceux qui ont apprécié la première œuvre des deux auteurs vous retrouverez les qualités de celle-ci dans "Simone". On suit donc l'histoire de la jeune fille et de la mère de famille qu'elle est devenue en alternant les deux histoires. Pour la première on nous raconte la guerre et les transformations qu'elle a engendré comme par exemple l'institutrice dont l'antisémitisme ressort avec l'Occupation alors qu'elle semblait proche de la famille de Simone (qui est juive). L'évolution des comportements est bien abordée même si on pourrait la trouver un peu extrême dans le traitement parfois mais nous sommes plus sur des grands traits de personnalité et des archétypes. Pour le présent (les années 70) on voit bien le débat intérieur de Simone symbolisé par ce personnage vert et à l'air méchant écho de son passé. Elle hésite, ne veut pas revivre l'enfer même en souvenir même si rattraper son tortionnaire et amener la Justice à le juger la pousse à réfléchir.
Le dessin jeunesse allège le propos notamment avec des petites touches d'humour mais la BD reste quand même à réserver à un public averti et crée un décalage entre l'illustration et la gravité des propos.
Une BD racontant le destin doublement bouleversé d'une jeune fille puis plus tard d'une mère de famille à lire.
Après lecture des 3 albums je recommande fortement cette BD aux plus jeunes (à partir de 11-12 ans quand même) qui comme pour Irena est une très bonne fiction inspirée de l'histoire vraie de Simone Lagrange.
Quand à la critique du fils Lagrange ci-dessous je suis surpris par son manque d'arguments étayés sur les erreurs de la BD et d'autant plus que l'une des petites filles de l'héroïne préface le tome 3 il semble donc que la famille ai été un minimum consulté. En attente de voir si ce monsieur complète son avis...
J’avais moi aussi adoré La Bibliomule de Cordoue, je me suis donc procuré « Le Mètre des Caraïbes » des mêmes auteurs sans hésiter.
J’y ai retrouvé le même genre d’histoire, à savoir un fait historique intéressant et peu connu (un savant français qui tente de transmettre le system métrique aux américains), raconté via une intrigue enjouée, remplie d’humour et de personnages complètement barrés.
La narration est parfaitement maitrisée, la lecture est fluide, et la mise en image est réussie, même si je ne suis pas fan des ciels en dégradé de couleurs informatiques.
Un chouette moment de lecture.
PF Radice signe une très belle adaptation du roman noir de Richard Morgiève (Le Cherokee) : « l'histoire d'un shérif et d'un agent du FBI sur les traces d'un tueur et d'une bombe ». Une relecture originale et très convaincante.
Pierre-François Radice est ... professeur de sculpture ! Côté dessin, il a donné dans les albums jeunesse et d'autres comme "La cuisine en BD" !
On avait donc peu de chances de le croiser jusqu'à ce God bless America, adaptation d'un roman noir de Richard Morgiève : Le Cherokee, une histoire un peu étrange qu'on avait lue en 2020.
PF Radice avait également publié un album sur Al Capone.
Utah. 1954, en pleine guerre froide, les américains ont peur de tout le monde.
« C'est l'histoire d'un shérif et d'un agent du FBI sur les traces d'un tueur et d'une bombe. »
La nuit du 26 septembre, des phénomènes étranges commencent à survenir.
Quelques disparitions, une voiture abandonnée au bord de la route, le crash d'un avion de chasse ... sans pilote à bord.
Le lendemain, la bombe atomique de l'avion n'est plus là, « beaucoup de citoyens ont aperçu l'avion hier soir », l'armée investit la région et le standard du poste de police reçoit « de nombreux appels pour des extraterrestres, les communistes qui attaquent, les militaires qui arrivent et une soucoupe volante ... ».
Nick Corey est le shérif de Panguitch. Un homme à l'enfance difficile et à la vie agitée (l'écrivain Richard Morgiève également d'ailleurs).
Avec l'aide d'un agent du FBI, Corey se lance à la poursuite d'un tueur en série surnommé le dindon à cause de son rire sinistre (à moins que ce ne soit le tueur qui pourchasse Nick Corey ?) .
Au milieu de tout ce bazar, le shérif Corey est « obligé d'aller au bout de toutes les voies du labyrinthe, en espérant que l'une d'elles ne se terminerait pas en cul-de-sac ». Il traîne ses bottes de faux cow-boy sans trop y croire, un brin désabusé.
« Je me sentais bien dans mes bottes. Par la fenêtre, le far-west crevait. Dans pas longtemps, il n'y aurait plus que des lignes électriques, des routes et des distributeurs de coca. Les hommes avaient tout foutu en l'air et continuaient. Faudrait aller sur Mars pour continuer à tout démolir. »
Pendant quelques pages, une lueur d'espoir : quand Nick file le parfait amour avec ..., mais chut ! on va quand même pas tout vous dire !
Très fidèle au roman de Morgiève (une sorte de pastiche d'un thriller très américain, écrit par un frenchy bien de chez nous), cet album en est une belle adaptation.
Le bouquin original était un peu longuet, voire touffu, et le format de la BD oblige à réduire, à mettre en avant certains aspects, certains moments et à en occulter d'autres. Cela ne nuit nullement au récit mais PF Radice nous propose plutôt, avec intelligence, sa relecture personnelle de l'original.
Le résultat est un sacré bon roman noir qui ravira les fans de Morgiève mais qui surtout pourra plaire à tous ceux qui n'ont pas encore lu Le Cherokee. Sacrée réussite.
Un excellent polar en images qui se balance au rythme chaloupé du pickup bringuebalant sur les pistes, celui des rednecks des hauts plateaux.
Le noir et blanc est très à la mode et le dessin de PF Radice est un crayonnage aux dégradés de gris du plus bel effet qui sert parfaitement le propos un peu sombre de cette histoire qui est tout sauf un conte de fées.
Le grand format (22 x 32) laisse une large place aux dessins qui ne se laissent pas envahir par les phylactères, pourtant nombreux.
Avec sa couverture originale et réussie, l'album est un bel objet de plus de 200 grandes pages tirées sur papier épais.
Je rejoins l'enthousiasme général concernant cet album, que je n'aurais sans doute pas lu sans les critiques ici... et si je n'avais pas déjà lu et beaucoup aimé "Jean-doux et le mystère de la disquette molle" du même auteur.
Changement radical d'ambiance et de style ici. Exit le genre loufoque de Jean-Doux, on embarque dans un récit de SF pur, à la découverte d'une planète à l'autre bout du système solaire. L'humanité doit la coloniser pour assurer la survie de notre espèce. Ca ressemble à un pitch déjà lu pas mal de fois, et ce n'est pas forcément le type de récit qui m'attire de prime abord. Pourtant ça fonctionne hyper bien ici et on se prend vraiment à l'histoire.
La narration est sacrément bien fichue. C'est pas dense en dialogue, on suit un homme et une petite fille qui déambulent sur cette planète. On ne sait pas trop ce qu'ils recherchent, la petite fille est curieuse et questionne l'homme sur ses origines. Il est plutôt avare en réponse et cela entretien un vent de mystère plutôt agréable. En alternance avec ces passages, on a droit a un autre arc narratif qui raconte le voyage spatial des 4 colons originaux. Evidement le voyage ne va pas se passer comme prévu. L'auteur a su me séduire avec son idée de fossilisation à travers le temps. Les situations qui en découlent et les questions éthiques que doivent se poser nos astronautes pour assurer, non pas leur propre survie, mais celle de l'espèce humaine sont saisissantes.
La tension va crescendo, et l'envie de connaitre le dénouement ne fait qu'augmenter avec les pages qui défilent. Evidement les 2 histoires se rejoignent vers la fin. Et de quelle manière ! La aussi j'ai trouvé ça hyper malin, hyper efficace. Que dire des dernières pages ? Brutales, elles offrent un final majestueux à ce récit.
Un sans faute, lecture vivement recommandée.
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La Trilogie Berlinoise
Voici une relecture en images de la fameuse Trilogie Berlinoise, quand Philip Kerr nous entraînait aux côtés du détective Bernie visiter les sombres coulisses du Berlin nazi. Avec fidélité au texte original, ces deux premiers albums de Pierre Boisserie et François Warzala redonnent une nouvelle jeunesse à ces polars devenus légendes. Ah la Trilogie Berlinoise ! Quel amateur de polars n'a jamais eu cette série culte entre les mains ? Une série qui a même désormais ses pages Wikipedia. On l'avait découverte à sa réédition en 2008 (même si les premières éditions en français dataient des années 90) et les enquêtes de Bernie Gunther dans le Berlin nazi venaient à point nommé pour nous sortir du matraquage marketing autour d'une autre saga culte, celle du suédois Stieg Larsson avec Millénium : au début des années 2000, le rayon polar envahissait les tables grand public des libraires. Près de vingt ans plus tard, nous sommes de nouveau bien gâtés avec cette adaptation en BD, particulièrement réussie. Deux albums sont disponibles (aux éditions Les Arènes) qui correspondent aux deux premières novellas de la trilogie. L'été de cristal est sorti en novembre 2021 et La pâle figure en avril 2025. Le scénario de Philip Kerr est adapté par Pierre Boisserie, un habitué des intrigues historiques, et les dessins sont signés François Warzala. Le personnage clé de cette série c'est bien entendu le flic Bernie Gunther. Selon les époques et les épisodes, on le retrouve tantôt flic à la Kripo (la KriminalPolizei du Reich dont le siège - l'Alex - se trouve Alexander Platz au centre de Berlin), tantôt comme simple détective privé, ou même détective du célèbre hôtel Adlon. Un amateur de jolies femmes et de bons alcools, aussi désabusé qu'impertinent, qui peut évoquer un Philip Marlowe ou un Nestor Burma. Dans les années 30 il était bien difficile de ne pas composer avec le pouvoir nazi et Bernie est un personnage complexe, qui se permet de côtoyer les figures les plus emblématiques du Reich (les Göring, les Himmler, les Heydrich, ... l'auteur était plus soucieux de pédagogie que de vraisemblance). Heureusement son humour grinçant et sarcastique lui permet de garder ses distances en évitant une trop grande compromission avec les nazis. « - Avez-vous lu Mein Kampf ? - Ce vieux bouquin qu'ils distribuent aux jeunes mariés ? Pour moi, c'est la meilleure raison que j'ai trouvée de rester célibataire. » « La seule raison pour laquelle il n'y a pas de miroir dans les toilettes de l'Alex, c'est pour que personne ne soit obligé de se regarder en face. » « Au fond, le plus surprenant dans tout ceci était ma capacité à être encore surpris par ce qui se passait en Allemagne. » Ce qui lui vaudra également quelques dangereuses inimitiés. Bernie essaie de surnager dans ces eaux nauséabondes en égratignant au passage tous les profiteurs du nouveau régime. « - Pour quelle raison avez-vous quitté la Kripo ? L'avez-vous quittée de votre propre chef, d'ailleurs ? [...] - C'est moi qui suis parti. Je ne suis pas national-socialiste, et si vous n'êtes pas avec eux, vous êtes contre eux. Alors ils se seraient débarrassés de moi de toute manière. [...] - De nos jours, j'enquête sur les disparitions, en forte hausse depuis que les nationaux-socialistes sont au pouvoir. - Ne fais pas attention à ce que dit Bernie, il a parfois un humour déroutant. » Le premier épisode, L'été de cristal, se déroule en 1936 alors que l'Allemagne prépare les JO de Berlin, en pleine ascension du parti National-Socialiste. Le titre en VO (March violets) évoque « les violettes de mars », lorsque fleurirent toutes les adhésions "spontanées" à ce parti nazi sans qui les affaires ne peuvent prospérer et le trafic pour obtenir un "petit" numéro d'adhérent prouvant ainsi sa longue fidélité à la nouvelle doctrine en vogue. À la demande d'un riche patron, le détective Bernie enquête sur le meurtre de sa fille et de son gendre nazi. Le second album, La pâle figure (le titre fait référence à Nietzsche), nous amène en 1938 alors que l'Allemagne envahit les Sudètes. Le privé a réintégré la police officielle, pour un temps, et part sur les traces d'un serial killer... et sur celles de la propagande qui prépare la nuit de cristal... Une fois que tout le contexte a été mis en place dans le premier tome, ce second épisode est encore plus fluide et l'intrigue, bien homogène, bien rythmée, en est encore plus captivante. Il nous reste à attendre impatiemment le prochain épisode qui devrait reprendre Un requiem allemand : 1947, la guerre est enfin terminée et Vienne est devenue un nid d'espions. Le texte de cette BD assez bavard (notamment avec le monologue intérieure de Bernie en voix off) et reste particulièrement fidèle au bouquin de Philip Kerr, souvent mot pour mot. Les enquêtes policières ne sont que le prétexte à une visite guidée très complète de l'Allemagne nazie et chaque épisode met en scène des événements bien réels. La série de Philip Kerr avait été abondamment surexploitée par les éditeurs et s'était un peu usée au fil du temps : ces albums tombent à pic pour donner un petit coup de renouveau à ces intrigues qui sont restées passionnantes et surtout très instructives. Il est vraiment plaisant de se livrer à cette relecture de ces grands classiques. Même si ces albums peuvent toutefois se lire sans connaître l'original, je pense, et donneront peut-être envie de s'y (re-)plonger. Le dessin de Warzala est celui d'une ligne claire franco-belge très pure qui rappelle Blake et Mortimer, et dont le trait un peu désuet convient parfaitement à cette reconstitution des années 30. Dessin et mise en page restent plutôt sages pour laisser toute sa place au récit.
Le Monde d'Aïcha - Luttes et espoirs des femmes au Yémen
Le Yémen est connu pour sa pauvreté, ses guerres et parfois aussi pour sa pratique dure de la religion. Cette bande dessinée nous offre une porte d’entrée unique à travers le destin de différentes femmes au Yémen. En 2012, Agnès Montanari part en photo-reportage au Yémen et rencontre Aïcha, une yéménite d’apparence comme les autres femmes, voilée de la tête au pied, et avec qui elle se lie soudainement d’amitié. Aïcha lui fait par la suite rencontrer d’autres femmes qui lui conteront leurs vies, leurs aspirations ainsi que les difficultés d’être une femme au Yémen, hier et aujourd’hui. De cela en découle une série de photos et de portraits (voilés) que l’on peut partiellement retrouver à la fin de l’ouvrage. Ugo Bertotti utilise l’ensemble de ces témoignages visuels et textuels pour nous raconter ces histoires de femme. J’ai vraiment beaucoup aimé cet ouvrage tant il est intéressant d’un point de vue historique et journalistique. C’est comme regarder une vidéo Youtube Arte mais en BD. L’histoire de Sabiha au début m’a également touché car elle est le symbole de l’absurdité des traditions, de l’oppression que peut représenter les questions d’honneur et de l’injustice qui repose derrière ce système patriarcale. Cette BD m’a beaucoup pensé au travail de Troubs avec sa BD sur le Turkménistan, à la fois dans le style, la narration, et les enchainements entre une certaine beauté de la vie qui finit toujours par être remis à sa place par un système rigide. Le monde d’Aïcha date de 2013. Soit une éternité dans l’histoire récente du Yémen dans laquelle, suite à la chute du président en 2012, le processus démocratique a échoué et s’en est suit une guerre meurtrière depuis 2014 avec de large mouvements de population, des famines, et de nombreuses pandémies ou autres malheurs. Nul doute que les faibles espoirs sur lesquels s’entrouvait la BD ont malheureusement été mis à mal par le contexte qui a suivi. Je recommande fortement cette première oeuvre de Bertotti qui ouvre les portes d’un pays méconnu et d’une culture à l’accès compliqué.
Le Voleur d'amour
"Vivre longtemps, c'est accumuler les tragédies." Une citation qui illustre parfaitement cette BD. Une très belle découverte que cette adaptation du roman de Richard Malka (que je connaissais plus en tant qu'avocat suite aux attentats de Charlie hebdo qu'en tant qu'écrivain). Tout d'abord, cet ouvrage est vraiment un bel objet avec cette couverture légèrement dorée du plus bel effet rappelant des mosaïques orientales. Graphiquement, j'ai également été subjugué par ces décors aux tons pastels tantôt dans les teintes bleues, tantôt avec des dominantes jaunes ou rouges. De véritables aquarelles que l'on aime à contempler en dehors de toute considérations scénaristiques. On sent que Yannick Corboz prend également plaisir à transporter le lecteur dans les rue de Venise au XVIIème siècle, en passant par Paris au XIXème, New York plus moderne, jusqu'aux confins de l'Afrique... Le dessin n'est pas en reste non plus, avec un trait conférant beaucoup de mouvements aux scènes, de magnifiques scènes d'amour (qui sont nombreuses dans cet ouvrage) et des époques et décors très variés et parfaitement représentés. En effet, l'auteur nous raconte l'histoire d'Adrian van Gott, sorte de vampire immortel, qui va traverser les époques et les contrées. Mais ici, point de canines et de scènes sanguinolentes, notre héros se nourrit de l'amour de ses victimes via des baisers les vidant de leurs sentiments. Une malédiction en sorte, ces baisers sonnant bien souvent le glas de la vie de ceux qui le reçoivent. L'ensemble est ainsi très poétique même si je comprends l'avis de Brodeck. En effet, s'agissant d'une adaptation d'un roman, la voix narrative est quasi omniprésente tout au long de l'histoire, le héros racontant son vécu qui, vous l'aurez compris, est plutôt long. La sensualité qui transparait de cette œuvre et le type de narration à la premier personne m'ont beaucoup fait penser au film "Entretien avec un vampire" comme l'a justement évoqué Cacal69, mais ce qui se dégage du récit m'a également fait penser à These Savage Shores que j'avais également beaucoup apprécié. Ainsi, bien que le récit soit lent et, il est vrai, un brin répétitif, ce parti pris transcrit à merveille l'éternité de la vie de notre héros maudit et son désespoir qui finit par prendre le pas sur le reste. Une BD que je conseille aux amateurs du genre. SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 8/10 GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 9/10 NOTE GLOBALE : 17/20
Calvin et Hobbes
J'aime tout et surtout la relation entre Calvin l'enfant et Hobbes le tigre réel pour ce dernier, peluche pour les autres. L'enfant est dans l'imaginaire et la destructivité avec parfois des commentaires décapants à la Malfada : mais moins systématique, ce qui sonne plus juste, d'un point de vue psychologique. Les dessins sont aussi bien plus dynamiques que dans cette série et dans les Peanuts. Autre bon point : les adultes ne sont pas là comme simples faire-valoir, caricatures de carton-pâte. On ne manque enfin pas de tendresse entre le petit garçon et son tigre. La société est critiquée mais avec discrétion, c'est par l'accumulation de gags qu'on s'éveille à ce qui ne va pas en elle : et c'est comme un ingrédient relevant le reste mais pas trop qui donne du goût et de l'appétit, faisant qu'on peut tout lire à la suite, si je n'en dirais pas forcément autant des deux séries qui me viennent à l'esprit en avisant ma préférée. Et le dessin ! Assez de détails pour l'ambiance, pour s'attacher aux personnages, et pas trop, pour le gag, avec la vitesse qui semble celle du dessin et la notation parfaite de tous les mouvements ? Tant de bandes dessinées se voulant humoristiques sont sans dialogues vrais et stylisés à la fois, comme ici, encastés dans des dessins qui créent un monde.
Soli Deo Gloria
Il est toujours intimidant de décrire un ouvrage qu’on a particulièrement apprécié, surtout quand on a le sentiment d’avoir affaire à un chef d’œuvre comme ici, sans l’ombre d’un doute. Tout d’abord, — parce qu’on va commencer dans l’ordre —, il faut dire que la couverture tout à fait réussie rend totalement hommage au contenu. On y voit Hans et Helma, les (faux) jumeaux du récit se faire face, dans une position de recueillement, comme hypnotisés par les gracieuses arabesques jaillissant d’un point central (le néant ?) et symbolisant la musique, thème central du livre. L’image est bordée verticalement par des portées musicales (un gimmick graphique qui ornera chaque page et additionné d’une note supplémentaire d’un chapitre à l’autre), avec trois crânes tout en bas pour évoquer la mort, qui plane constamment au fil du récit. La qualité éditoriale vient renforcer la beauté de cette couverture par un vernis sélectif doré, et en effet, c’est bien de l’or que l’on a entre les mains. On rentre très facilement dans cette histoire, qui commence comme un conte noir et restera captivante jusqu’au bout, grâce à un scénario réglé comme… du papier à musique (logique, non ?). Le début fait immédiatement penser à Hansel et Gretel, ne serait-ce que par ce premier chapitre intitulé « Hans et Helma », et commence dans un contexte très similaire. Les deux enfants vont entamer leur apprentissage de la vie de façon très cruelle, non seulement par leurs conditions de vie miséreuse dans cette campagne profonde, mais aussi avec la perte brutale de leurs parents massacrés par des bandits de grands chemins. Et dans cet océan d’obscurité, ils vont apprendre à nager, grâce en partie à leur sensibilité musicale que l’écoute des oiseaux dans la forêt proche va galvaniser. « Les oiseaux sont d’excellent maîtres de musique » : ainsi parlait leur oncle Ambel, lui dont le goût pour la musique fut tué dans l’œuf par la barbarie humaine… Dans ce qui va s’avérer un parcours initiatique ballotés par des vents contraires et ses bourrasques, les deux enfants vont grâce à leur talent inné se faire peu à peu une place au soleil sombre d’un XVIIIe siècle quelque peu parallèle. Dans ce Saint-Empire fictionnel, « Laguna Majora » est la capitale des lacs italiens, et Amsterdam a été rebaptisée « Adamstern ». Le thème central de « Soli Deo Gloria » est la musique, principalement baroque, et révèle chez Jean-Christophe Deveney une connaissance approfondie des subtilités de cet art ici porté aux nues. Mais nul besoin d’être mélomane pour être happé par ce récit, qui peut même constituer une initiation à un genre souvent considéré comme élitiste voire poussiéreux. À travers la musique, cette bande dessinée brasse d’autres thématiques assez variées — notamment le processus de création artistique —, jouant d’abord sur le contraste d’une époque où la finesse du monde des arts, accessible seulement à des privilégiés, côtoyait la barbarie et la misère la plus crasse, sans parler des menaces épidémiques comme la peste. Et comme on le verra au fil des pages, s’extirper des gouffres de pauvreté pour taquiner les cieux les plus luxueux, ça comporte quelques risques. Et là, attention que cela ne monte pas au cerveau ! L’orgueil de se savoir talentueux peut s’avérer une malédiction, nous dit l’auteur, avec la possibilité qu’il se retourne contre vous. Hans va en faire les frais en perdant le contrôle de ses émotions, c’est ce qu’on pourrait appeler un mauvais karma. On ne dira rien de la fin, à la fois époustouflante et saisissante dans son âpreté, mais le livre se termine aussi de très belle façon, notamment avec la rencontre d’Helma avec Jean-Sébastien Bach à Zeiplitch (on aura reconnu Leipzig !). Cette séquence nous laisse stupéfait devant la modestie du bonhomme, considéré comme un génie dans l’histoire de la musique occidentale. Et une fois encore, cela peut susciter l’envie de découvrir sa musique pour ceux qui comme moi, ignare pitoyable, ne connaissent que son nom. Venons-en maintenant au dessin, totalement à la hauteur de l’excellent scénario, d’une richesse inouïe. Edouard Cour a opté pour le noir et blanc, où les seules couleurs sont dédiées aux ondes sonores produites par la musique. Cela commence avec les frêles volutes accompagnant le chant des oiseaux pour finir avec les arabesques foisonnantes du puissant « ressurectio » interprété dans la basilique Saint-Pierre de « Romula ». Quant au trait, il est juste admirable, associé à un parfait équilibre dans la composition, le cadrage et la mise en page. Délicat pour décrire les bords du lac Majeur, il peut apparaître rugueux voire abstrait pour illustrer des scènes plus tourmentées. Mais globalement, le noir et blanc reste totalement adapté au récit. Le dessinateur confesse lui-même qu’en raison d’un léger daltonisme, il privilégie le procédé. Devant le résultat, on se dit qu’il a eu bien raison. J’ai moi-même passé de longs moments à admirer la minutie de son travail à la loupe (oui !), avec cette légère et épatante trame quadrillée. Ajoutons à cela la grande expressivité des visages, Cour a su parfaitement transmettre le sentiment d’orgueil émanant de Hans, car oui, c’est bien cela aussi que raconte la BD, cet orgueil infâme et pourtant si humain, cette forteresse de nos egos dérisoires. Avec désormais six albums à son actif (dont trois en tant qu’auteur complet), Edouard Cour n’a pas encore produit d’ouvrage notable, mais nul doute que « Sole Di Gloria » marquera pour lui un tournant en le plaçant dans le cercle restreint des maestros du dessin. Quant à Jean-Christophe Deveney, bénéficiant d’une bibliographie plus fournie (notamment « Géante », publié en 2020) , il s’était distingué l’année dernière avec son fauve du jury à Angoulême pour ses atmosphériques « Météores », un très beau roman graphique. Mais que s’est-il passé entre ces deux auteurs, qui à l’unisson semblent avoir été touchés par la grâce ? Cette fresque tourbillonnante est un pur enchantement auquel je n’ai personnellement vu aucun bémol, aucune faille. C’est un conte de fées, noir d’encre, avec quelques rayons de soleil. Comme tous les contes de fées me direz-vous. Au-delà du récit initiatique, « Soli Deo Gloria » pourrait être accessoirement un antidote contre nos pulsions les plus primaires. Mais c'est sans doute d'abord un livre de sagesse célébrant la beauté des arts et de l’esprit, une symphonie graphique décrivant le combat entre l’ombre et la lumière, la laideur et la beauté, l’ordure et le sublime, dont on ne sait jamais vraiment qui l’emportera. Il dépeint un monde où, du fumier le plus dru émergent parfois des diamants. Et ce monde, bien que fictionnel, semble bien être le nôtre, pour le meilleur ou pour le pire. Oui, « Soli Deo Gloria » est un chef d’œuvre, et c’est ainsi que je poserai mon point final.
Le Pêcheur et la Salamandre
J'ai beaucoup aimé ce premier tome. C'est un conte mêlant un brin d'aventure avec de l'humour et des personnages attachants qui forment un duo improbable. Le dessin et la couleur collent parfaitement à l'histoire. Hâte de découvrir la suite et fin de cet excellent premier tome.
Simone
Après Irena, Morvan et Evrard recompose leur duo pour raconter l'histoire de Simone Lagrange. La jeune fille entre en résistance très jeune (13 ans) et supportera la torture de la main de Klaus Barbie. 30 ans plus tard elle fera partie de ceux qui le confondront. Pour ceux qui ont apprécié la première œuvre des deux auteurs vous retrouverez les qualités de celle-ci dans "Simone". On suit donc l'histoire de la jeune fille et de la mère de famille qu'elle est devenue en alternant les deux histoires. Pour la première on nous raconte la guerre et les transformations qu'elle a engendré comme par exemple l'institutrice dont l'antisémitisme ressort avec l'Occupation alors qu'elle semblait proche de la famille de Simone (qui est juive). L'évolution des comportements est bien abordée même si on pourrait la trouver un peu extrême dans le traitement parfois mais nous sommes plus sur des grands traits de personnalité et des archétypes. Pour le présent (les années 70) on voit bien le débat intérieur de Simone symbolisé par ce personnage vert et à l'air méchant écho de son passé. Elle hésite, ne veut pas revivre l'enfer même en souvenir même si rattraper son tortionnaire et amener la Justice à le juger la pousse à réfléchir. Le dessin jeunesse allège le propos notamment avec des petites touches d'humour mais la BD reste quand même à réserver à un public averti et crée un décalage entre l'illustration et la gravité des propos. Une BD racontant le destin doublement bouleversé d'une jeune fille puis plus tard d'une mère de famille à lire. Après lecture des 3 albums je recommande fortement cette BD aux plus jeunes (à partir de 11-12 ans quand même) qui comme pour Irena est une très bonne fiction inspirée de l'histoire vraie de Simone Lagrange. Quand à la critique du fils Lagrange ci-dessous je suis surpris par son manque d'arguments étayés sur les erreurs de la BD et d'autant plus que l'une des petites filles de l'héroïne préface le tome 3 il semble donc que la famille ai été un minimum consulté. En attente de voir si ce monsieur complète son avis...
Le Mètre des Caraïbes
J’avais moi aussi adoré La Bibliomule de Cordoue, je me suis donc procuré « Le Mètre des Caraïbes » des mêmes auteurs sans hésiter. J’y ai retrouvé le même genre d’histoire, à savoir un fait historique intéressant et peu connu (un savant français qui tente de transmettre le system métrique aux américains), raconté via une intrigue enjouée, remplie d’humour et de personnages complètement barrés. La narration est parfaitement maitrisée, la lecture est fluide, et la mise en image est réussie, même si je ne suis pas fan des ciels en dégradé de couleurs informatiques. Un chouette moment de lecture.
God bless America
PF Radice signe une très belle adaptation du roman noir de Richard Morgiève (Le Cherokee) : « l'histoire d'un shérif et d'un agent du FBI sur les traces d'un tueur et d'une bombe ». Une relecture originale et très convaincante. Pierre-François Radice est ... professeur de sculpture ! Côté dessin, il a donné dans les albums jeunesse et d'autres comme "La cuisine en BD" ! On avait donc peu de chances de le croiser jusqu'à ce God bless America, adaptation d'un roman noir de Richard Morgiève : Le Cherokee, une histoire un peu étrange qu'on avait lue en 2020. PF Radice avait également publié un album sur Al Capone. Utah. 1954, en pleine guerre froide, les américains ont peur de tout le monde. « C'est l'histoire d'un shérif et d'un agent du FBI sur les traces d'un tueur et d'une bombe. » La nuit du 26 septembre, des phénomènes étranges commencent à survenir. Quelques disparitions, une voiture abandonnée au bord de la route, le crash d'un avion de chasse ... sans pilote à bord. Le lendemain, la bombe atomique de l'avion n'est plus là, « beaucoup de citoyens ont aperçu l'avion hier soir », l'armée investit la région et le standard du poste de police reçoit « de nombreux appels pour des extraterrestres, les communistes qui attaquent, les militaires qui arrivent et une soucoupe volante ... ». Nick Corey est le shérif de Panguitch. Un homme à l'enfance difficile et à la vie agitée (l'écrivain Richard Morgiève également d'ailleurs). Avec l'aide d'un agent du FBI, Corey se lance à la poursuite d'un tueur en série surnommé le dindon à cause de son rire sinistre (à moins que ce ne soit le tueur qui pourchasse Nick Corey ?) . Au milieu de tout ce bazar, le shérif Corey est « obligé d'aller au bout de toutes les voies du labyrinthe, en espérant que l'une d'elles ne se terminerait pas en cul-de-sac ». Il traîne ses bottes de faux cow-boy sans trop y croire, un brin désabusé. « Je me sentais bien dans mes bottes. Par la fenêtre, le far-west crevait. Dans pas longtemps, il n'y aurait plus que des lignes électriques, des routes et des distributeurs de coca. Les hommes avaient tout foutu en l'air et continuaient. Faudrait aller sur Mars pour continuer à tout démolir. » Pendant quelques pages, une lueur d'espoir : quand Nick file le parfait amour avec ..., mais chut ! on va quand même pas tout vous dire ! Très fidèle au roman de Morgiève (une sorte de pastiche d'un thriller très américain, écrit par un frenchy bien de chez nous), cet album en est une belle adaptation. Le bouquin original était un peu longuet, voire touffu, et le format de la BD oblige à réduire, à mettre en avant certains aspects, certains moments et à en occulter d'autres. Cela ne nuit nullement au récit mais PF Radice nous propose plutôt, avec intelligence, sa relecture personnelle de l'original. Le résultat est un sacré bon roman noir qui ravira les fans de Morgiève mais qui surtout pourra plaire à tous ceux qui n'ont pas encore lu Le Cherokee. Sacrée réussite. Un excellent polar en images qui se balance au rythme chaloupé du pickup bringuebalant sur les pistes, celui des rednecks des hauts plateaux. Le noir et blanc est très à la mode et le dessin de PF Radice est un crayonnage aux dégradés de gris du plus bel effet qui sert parfaitement le propos un peu sombre de cette histoire qui est tout sauf un conte de fées. Le grand format (22 x 32) laisse une large place aux dessins qui ne se laissent pas envahir par les phylactères, pourtant nombreux. Avec sa couverture originale et réussie, l'album est un bel objet de plus de 200 grandes pages tirées sur papier épais.
L'Héritage fossile
Je rejoins l'enthousiasme général concernant cet album, que je n'aurais sans doute pas lu sans les critiques ici... et si je n'avais pas déjà lu et beaucoup aimé "Jean-doux et le mystère de la disquette molle" du même auteur. Changement radical d'ambiance et de style ici. Exit le genre loufoque de Jean-Doux, on embarque dans un récit de SF pur, à la découverte d'une planète à l'autre bout du système solaire. L'humanité doit la coloniser pour assurer la survie de notre espèce. Ca ressemble à un pitch déjà lu pas mal de fois, et ce n'est pas forcément le type de récit qui m'attire de prime abord. Pourtant ça fonctionne hyper bien ici et on se prend vraiment à l'histoire. La narration est sacrément bien fichue. C'est pas dense en dialogue, on suit un homme et une petite fille qui déambulent sur cette planète. On ne sait pas trop ce qu'ils recherchent, la petite fille est curieuse et questionne l'homme sur ses origines. Il est plutôt avare en réponse et cela entretien un vent de mystère plutôt agréable. En alternance avec ces passages, on a droit a un autre arc narratif qui raconte le voyage spatial des 4 colons originaux. Evidement le voyage ne va pas se passer comme prévu. L'auteur a su me séduire avec son idée de fossilisation à travers le temps. Les situations qui en découlent et les questions éthiques que doivent se poser nos astronautes pour assurer, non pas leur propre survie, mais celle de l'espèce humaine sont saisissantes. La tension va crescendo, et l'envie de connaitre le dénouement ne fait qu'augmenter avec les pages qui défilent. Evidement les 2 histoires se rejoignent vers la fin. Et de quelle manière ! La aussi j'ai trouvé ça hyper malin, hyper efficace. Que dire des dernières pages ? Brutales, elles offrent un final majestueux à ce récit. Un sans faute, lecture vivement recommandée.