Elric (Glénat)

Note: 3.5/5
(3.5/5 pour 14 avis)

Adaptation de la série éponyme de Michael Moorcock.


Adaptations de romans en BD Dark Fantasy Ecole Pivaut, Nantes

Empereur de l’antique île aux Dragons de Melniboné, Elric, albinos et malade, règne sur un peuple plurimillénaire à la puissance héritée des dieux. Mais sa santé fragile l’oblige à user de drogues et de magie pour survivre. Son cousin Yyrkoon, qui méprise ces faiblesses, tente de remettre en cause sa légitimité à posséder le trône de rubis. Apprenant qu’une attaque de pirates sanguinaires se prépare, Elric saisit l’occasion pour tenter de restaurer son autorité. Il va révéler ainsi une personnalité complexe, mais aussi son allégeance aux sombres desseins d’Arioch, le plus puissant des Seigneurs du Chaos…

Scénario
Oeuvre originale
Dessin
Couleurs
Editeur
Genre / Public / Type
Date de parution 22 Mai 2013
Statut histoire Série en cours - cycle(s) terminé(s) (4 tomes pour le premier cycle) 5 tomes parus

Couverture de la série Elric (Glénat) © Glénat 2013
Les notes
Note: 3.5/5
(3.5/5 pour 14 avis)
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27/06/2013 | Spooky
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L'avatar du posteur Noirdésir

Je sors de ces quatre albums avec un ressenti mitigé – en tout cas moins enthousiaste que la majorité des avis précédents. Je ne connais pas les romans de Moorcock (un auteur dont je crois n’avoir lu qu’un ou deux livres il y a très très longtemps, n’en ayant gardé que peu de souvenirs). Les auteurs semblent en tout cas lui avoir été fidèles, si j’en crois les prestigieux auteurs des textes des préfaces. Disons que ça se laisse lire, tant au niveau de l’histoire elle-même et de la narration que du dessin, qui accompagne bien la geste du héros Melnibonéen. Le dessin justement, globalement bon, mais un peu inégal (certaines cases sont un peu trop sombres). Surtout, cela tombe souvent dans certains tics du genre, avec ces décors aux proportions forcément gigantesques et ces êtres fantastiques parfois inutiles. Certaines scènes de combats cherchent aussi davantage le grandiose que la précision. Le trop est l’ennemi du bien ici. Quant à l’histoire, je l’ai suivie sans qu’elle arrive à totalement me passionner. En fait, je ne me suis pas attaché à Elric, dans son long périple où il m’a plusieurs fois laissé l’impression d’être absent à lui-même. Bref, de bons passages (dans tous les domaines), d’autres qui me captivent moins, et un ensemble qui m’a quelque peu laissé sur ma faim.

16/04/2023 (modifier)
L'avatar du posteur Tomdelapampa

Je ne connais pas les romans de Moorcock et l’adaptation bd d’une autre de ses œuvres, à savoir Hawkmoon, m'avait relativement refroidi. Je me suis donc lancé dans Elric avec un peu d’appréhension … vite envolée je dois dire. J’ai trouvé cette version excellente, ça envoie du lourd !! Je l’ai découverte dans sa magnifique intégrale, un bel écrin noir avec stylet rouge qui ajoute au charme, agrémenté de nombreux bonus sympathiques : cahier de recherche graphique, on retrouve aussi les couvertures des 4 tomes, et petits mots ou dessins hommages de grands noms : Neil Gaiman, Alan Moore, Andreas, Lauffray, Ledroit … que du beau monde, plus un truc que j’apprécie grandement quand je lis une œuvre Fantasy, c’est que la carte de ce monde est jointe. Bref parfait pour l’immersion. Sur ce point, la mise en page en rajoute encore une couche, un dessin somptueux, des architectures et costumes réussis, on ressent le malaise de cette civilisation. Le taf est assez grandiose, le changement d’équipe ne m’a pas gêné outre mesure, le tout est d’une belle qualité. Niveau histoire, ça m’a également bien plu, je n’ai pas retrouvé ce côté un peu vieillot descellé dans Hawkmoon malgré quelques évènements qui sont devenus clichés dans le genre. La préface éclaire bien sur les intentions de l’auteur, notamment sur la dégénérescence des habitants de l’île aux dragons, une critique déguisée. Vraiment du tout bon cette série, j’ai pris un grand plaisir à me perdre dans cette univers. Je ne sais pas si une suite est prévue mais ce 1er cycle m’a bien mis en appétit, epique tragique et sanglant.

11/04/2023 (modifier)
Par Borh
Note: 4/5
L'avatar du posteur Borh

J'ai énormément aimé le début à Melniboné, le côté à la fois majestueux et horrible de la cité et de ses habitants est très bien rendu. Je dirais même que la bd en rajoute par rapport aux livres. La suite reste très bien de mon point de vue mais un peu moins. C'était pareil dans les livres. Le plus gênant, c'est qu'il y a parfois un manque de cohérence dans le personnage même d'Elric. Il peut passer de psychopathe cruel à bon samaritain d'une histoire à l'autre sans que son évolution psychologique soit vraiment bien expliquée. Mais là encore c'était un défaut des bouquins, écrits souvent à la va vite et qui reflétaient l'humeur du moment de Moorcock. Côté dessins, c'est pas mal mais il y a un manque de cohérence du fait du changement de dessinateur.

24/04/2022 (modifier)
Par jul
Note: 3/5

Bien qu'ayant lu ces 2 premiers albums avec plaisir, je n'ai pas été super emballé non plus. Du moins pas autant que l'ensemble des critiques et de la réputation de cette œuvre dans le domaine de la fantasy. C'est formidablement réalisé bien qu'un peu trop excessif dans le gigantisme à tout prix. On a droit à des plans "balaises" pour chaque décor. Chaque salle du palais, falaise ou démon... Comme c'est finalement souvent le cas dans la fantasy. Donc ça peut être un peu redondant et du coup ça amenuise paradoxalement, la puissance du récit. En suite j'ai surtout eut du mal avec la personnalité d'Elric. Je ne m'attendais pas à un tel dépressif ^^. Il change tout le temps d'avis ... Il laisse faire le félon puis veut sa mort, puis l'épargne , puis repart en chasse pour le détruire ( car il s'est échappé ), puis il le re-épargne et lui confie le trône ! Je simplifie volontairement car il y a également des invocations de démons, des épées magiques, des vierges sacrifiées ... A côté de ça j'ai compris au fur et à mesure que cette espèce de caste sont en fait des guerriers vampires aristos qui sèment la terreur depuis la nuit des temps. o.k. Mais quand on a pas lu les fameux bouquins, cela ne se démarque pas vraiment du tout venant de l'héroic- fantasy. Ca a beau être gigantesque, c'est un énième histoire de lutte de pouvoir, de vengeance, de sang, de démons ... Bon après, dans le genre c'est surement une valeur sûre mais je ne suis décidément pas un mordus de fantasy. Je met tout de même un 3, car ça se lit avec plaisir et c'est assez beau. Achat conseillé si vous êtes fan de ce style.

01/02/2019 (modifier)

Cette série a été une véritable surprise :) Dès le tome 1 l'atmosphère est posée : pesante et murmurant l'écho de la traitrise et manipulation à chaque instant. Cette dernière accroît son emprise sur le lecteur au fur et à mesure que les pages se tournent. Pages, qui, sont très classes et le reflet de la pensée de Moorcock. Elles sont toutes plus agréables à regarder les unes que les autres. Le travail sur le dessin est remarquable et plonge le lecteur dans l'univers glauque,macabre, magique et sans pitié qu'est celui d'Elric de Melnibonée. Le scénario est assez fidèle à l'historie originale et intégre très bien toutes les étapes de l'évolution de la pensée d'Elric. Il ne va pas trop vite et en raconte suffisamment pour ne pas avoir à se dire "zut j'ai raté une page" comme on peut le voir dans certaines adaptations. Les 3 premiers tomes se dégustent d'une traite et invitent le lecteur à découvrir la suite et je me joints à eux avec plaisir.

14/01/2018 (modifier)
L'avatar du posteur Le Grand A

Tome 1 Le Trône de Rubis Je crois que c’est mon gros coup de cœur de l’année. Depuis le temps qu’on attendait une version potable des aventures d’Elric de Melniboné, le résultat surpasse les attentes avec ce que j'estime comme la meilleure nouveauté fantasy de l’année et peut être un futur immanquable si le trio Recht/Poli/Blondel continue sur sa lancée. En guise de préambule j’aimerai placer quelques mots du maître Michael Moorcock à propos de cette nouvelle adaptation européenne dans l'avant-propos de la BD (désolé, pas eu le temps de traduire pour les non anglophones): " I have to say this is the best interpretation EVER. It's a stunning BD. I've no idea when the English edition will be available but with a working knowledge of the story, you should do fine. There are some tweeks to the original story which in my view are an improvement. " Comprenez que l'écrivain britannique reconnaît sans mal que Julien Blondel a « amélioré » l’histoire originale, l’ayant rendu plus fluide et plus dans l’air du temps ; c’est quand même assez couillu de le reconnaître et cela souligne bien le boulot énorme abattu. Pour en revenir à la BD, enfin on arrive à mettre en image l’île de Melniboné, ses forêts, son bestiaire fantastique, sa cour décadente, le labyrinthe mortel d’Imrryr. Je n’aurais jamais imaginé un trône de rubis pareil, il est impressionnant, grandiloquent, un peu à l'image du Trône de Fer de Marc Simonetti. Apprécions également le dépoussiérage de Cymoril qui n’avait dans les romans qu’un rôle de princesse en détresse. Elle est nettement dans une attitude de strong independant woman avec le charisme royal qui va avec. Elric, c’est quand même bien plus qu’une bête histoire de rivalité pour le pouvoir entre Yyrkoon et son cousin albinos. Par ailleurs cette histoire n’est présente dans les romans que dans le tome 1 « Elric des dragons », on passe à autre chose par la suite (les derniers textes sont plus philosophiques et métaphysiques alors que les premiers symbolisent les années « pulp » de Moorcock) et reste à savoir ce qu’en fera Blondel mais j’ai confiance. Au-delà de la décadence du peuple millénaire melnibonéen et de la sauvagerie sado maso de ce dernier il faut y voir de la part de Moorcock une critique acerbe de l’impérialisme occidentale et du colonialisme britannique (Yyrkoon qui a la nostalgie du passé et qui rêve de l’époque du grand empire de Melniboné qui écrasait tout les peuples et les soumettait à sa loi). Entre autres choses… Il y a à boire et à manger dans Elric. Elric, c’est un des récits fondateurs de la fantasy, directement inspiré de Howard et un héritage énorme avec son fameux concept du multivers (qui a inspiré les générations suivantes d’auteurs comme David Gemmell), du champion éternel et de l’anti héros (d’où vous croyez qu’ils sont issus tous ces héros de la culture populaire dans les jeux vidéos ou les mangas avec leur longue chevelure d’argent et leur teint blanchâtre, maladif, hein ?). IM-MAN-QUABLE je vous dis. 4 étoiles Mise à jour 22/11/2014 Tome 2 Stormbringer 5 étoiles Le premier album était grandiose, le second réussit l’exploit d’aller encore plus loin graphiquement où je trouve que l’on atteint une certaine uniformité et harmonie, ce qui n’était pas forcément le cas auparavant, reconnaissant parfois le style de Didier Poli, tantôt celui de Robin Recht ou de Jean Bastide. Ce qui est normal, il fallait bien un tome « d’échauffement ». Que la troupe s’élargisse avec les entrées remarquées de Julien Telo au dessin et de Scarlett Smulkowski à la couleur, n’est pas encombrante, bien au contraire c’est un formidable plus. Julien Blondel a fait appel à son ami Jean-Luc Cano pour l’épauler au scénario, cela fait un rôliste de plus qui maîtrise son sujet. Dans ce tome 2 on continue logiquement à suivre les années « pulp » d’Elric. Entendez par là que la trame scénaristique est de la même saveur que le tome 1, inspirée, héritée en partie de l’Heroic Fantasy de Robert E. Howard, et c’est carrément le pied ! Avis aux amateurs du genre : le maître Dyvim Tvar franchissant un lac de lave dans la caverne aux dragons ; Elric poursuivant l’infâme Yyrkoon sur le navire des terres et des mers offert par l’esprit élémentaire Straasha ; la partie d’échec qui se joue entre les dieux du Chaos et de la Loi (opposition inspirée du zoroastrisme) commence petit à petit à émerger de façon subtile ; un duel épique au sommet d’une tour dans une cité maléfique abandonnée ; de la sorcellerie ; des créatures infernales ; une reine à sauver ; l’introduction de Stormbringer l’épée buveuse d’âme qui en inspirera plus d’une dans les décennies à venir (la Soul Reaver dans la saga de jeu vidéo Legacy of Kain)… Qu’est-ce qu’il vous faut de plus ?! À souligner la préface élogieuse de mister Alan Moore excusez du peu… Mise à jour 04/10/17 Tome 3 Loup Blanc 4 étoiles Dans cette suite le sens du mot « adaptation » prend toute sa signification avec des auteurs toujours aussi inspirés et qui prennent quelques libertés par rapport au contenu d’origine du cycle écrit par Mike Moorcock ; pour le meilleur, et le meilleur seulement (Oh par Arioch ! Ce twist de malade en fin d’album ! Et dire qu’avant les femmes n’avaient pas leur place dans cet univers amer et tragique… je m’arrête, pas de spoiler ! ). Un an qu’Elric a laissé son trône vacant pour arpenter les jeunes royaumes. L’impasse est faite sur le trop métaphysique La Forteresse de la perle pour passer directement au Navigateur sur les mers du destin, ma partie favorite. Là encore, les auteurs se sont emparés des textes d’origines et ont rendu une copie impeccable à mon sens, rendant la narration nettement plus fluide et intelligible là où les nouvelles nous perdaient parfois, oscillant à en perdre la raison entre événements passés et futurs. Ainsi, le rassemblement et les exploits de la team des champions éternels du multivers, que les lecteurs connaissent bien, sont vite évacués en début d’intrigue pour laisser place à l’introduction de personnages à l’importance plus significative dans les aventures d’Elric de Melniboné : en l’occurrence le comte Smiorgan des Cités Pourpres. Preview du cycle 2 ou simple teasing ? Les auteurs ne manquent pas de présenter également la princesse Yshana, son conseiller et futur Némésis d’Elric, le sorcier Theleb K’aarna. Mais revenons au présent : dans cette aventure Elric, jamais réellement maître de ses choix, toujours l’objet de manipulation des dieux ou des hommes, de plus en plus dépendant des caprices de Stormbringer tout en demeurant froid et implacable dans les carnages qu’elle exige ; part à la rencontre d’un de ses lointains ancêtres, Saxif D’aan, prisonnier de sa bulle dorée sclérosée. Un face à face qui touche au She de H. Rider Haggard et où l’Histoire, si elle ne se répète jamais vraiment, bégaye sévèrement. Une confrontation providentiel pour un Elric en quête de connaissance de soi et de ce que sont les Champions de la Balance. Il réalise que pour atteindre ce but il devra déterrer les secrets de son peuple dans la cité antique de R’Lin K’Ren A’a. Si à l’exploration de la cité oubliée on y ajoute le géant de jade, l’être âgé de 10 000 ans, ainsi que l’inévitable adaptation de la crépusculaire nouvelle La Cité qui rêve, le tome 4 s’annonce méga épique. En fait, les auteurs gouvernent tellement bien leur barque que je me demande s’ils ne sont pas capables de nous conclure la série en un seul cycle. L’équipe artistique est toujours autant au taquet. Robin Recht + Julien Telo + Jean Bastide + Ronan Toulhoat + Luc Perdriset = vendeurs de rêves (ah ces dragons cristallisés, les gardiens cadavériques, la fausse Imrryr, p. 23, toutes ces bonnes références dans la conception des personnages dans le cahier graphique, et cette illustration de couverture :: ah y en a trop à citer...). Un grand « merci » ! Il y a des planches on est juste la gueule parterre. Recht et Telo sont en parfaite synchro, impossible de différencier leurs dessins, il règne une géniale harmonie entre ces différents auteurs.

01/07/2013 (MAJ le 04/10/2017) (modifier)
Par McClure
Note: 2/5
L'avatar du posteur McClure

Aïe, c'est dur de ne pas accrocher à une série qui présente autant d'arguments. J'ai lu le cycle d'Elric de Moorcock il y a plus de vingt ans et dans mes souvenirs embrumés, j'avais aimé. Mais je n'ai pas apprécié ma lecture des 2 premiers tomes de cette série. Le dessin est sublime, la couverture n'est pas comme parfois un trompe l'oeil car les planches sont du même acabit, excellemment réalisées et mises en couleur. Cela m'a fait parfois penser à Siegfried. J'ai plus de réserves quant à la mise en scène graphique. Le rythme et la narration ne sont pas rendues faciles par ces pages où les cases ne se suivent pas, sont intégrées dans des doubles etc. Si cet exercice peut être payant pour insuffler par instant du rythme, du lyrisme, de l'épique, c'est ici bien trop usité à mes yeux. Outre le fait que cela nuit grandement au confort de lecture, cela semble à la longue cacher quelque chose. Et ce quelque chose, comme l'a souligné Agécanonix, il me semble que c'est ce manque de volume, de romanesque. Je ne me souviens plus trop si c'est fidèle à l'original, mais nous sommes ici cantonnés presque tout le temps à la salle du trône, à de la débauche "interne", à de l'incantation de démon, bref, rien de bien "aventureux" et c'est vraiment ce qu'il me manque. Au point donc que j'ai soupçonné les auteurs d'utiliser ces artifices graphiques pour masquer ce manque. Passé à côté de ma lecture, j'y reviendrais après la sortie des 2 derniers tomes prévus pour voir si en lecture complète, j'accroche plus

04/06/2016 (modifier)

Je connaissais pas l'histoire de ce roi d’héroïque fantasy albinos mais la couleur annoncée sur les couvertures ne triche pas : De la violence dans un monde imaginaire au multiples créatures et castes. Ca pète dans tous les sens, parfois même à en minimiser les enjeux, tant les pouvoirs déployés sont immenses mais ce scénario est bien un exutoire cru ou la limite est l'imagination et finalement, on rentre quand même dans le jeu et on attend impatiemment de savoir comment tout cela va se terminer. Du fun pour adulte.

13/04/2015 (modifier)
Par Spooky
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
L'avatar du posteur Spooky

Je l'attendais cette adaptation... Depuis une bonne vingtaine d'années, époque où j'ai dévoré les bouquins de Michael Moorcock (Elric, mais aussi d'autres...). Oh bien sûr, ce n'est pas la première adaptation des aventures de l'Empereur de Melniboné, créé il y a plus de 50 ans, ni même la première adaptation en BD par un Français, puisque Philippe Druillet l'a fait en 1969... Mais malgré cette ancienneté, malgré sa stature héroïque pétrie de stéréotypes (lesquels ont d'ailleurs été, en quelque sorte, créés par le personnage lui-même), le héros a gardé, quelque part, sa légende, son charisme et son attrait. Dès lors il n'est pas étonnant que des auteurs français s'y soient à nouveau intéressés, après que nombre d'anglo-saxons aient donné leur interprétation du personnage. Ce qui frappe d'emblée à la lecture de cette nouvelle version, c'est sa magnificence visuelle. Pour retranscrire la noirceur, les abîmes décadents et la dimension épique d'Elric, il fallait un dessinateur de la trempe de Druillet, forcément, ou de celle de Lauffray. Mais c'est Didier Poli, co-auteur de la jolie reprise de Neige Fondation, qui est à l'origine du projet. Mais comme son trait est trop sage, il s'adjoint, après divers essais, le talent de Robin Recht, lequel travaille justement avec Lauffray. Et pour rajouter un grain de folie, Jean Bastide vient faire de la retouche et des couleurs. Le trio est gagnant, leur travail est fantastique. La mise en scène des crayonnés de Poli est très inspirée ; l'encrage de Recht propose une noirceur d'une grande maturité, et les retouches de Bastide rajoutent de la profondeur à l'ensemble. Je suis réellement admiratif. Au tome 2 Julien Telo prend le relais de Poli, avec un résultat tout aussi impressionnant. Ce qui compte aussi dans une adaptation, c'est le travail qui est fait par rapport à l'oeuvre originale. Ma lecture des romans de Moorcock remonte à très loin, mais j'ai retrouvé dans cette BD de nombreuses impressions d'alors. Cette ambiance de décadence, de désespoir, cette atmosphère poisseuse avec cette épée de Damoclès qui pend au-dessus d'Elric, la dimension épique qui entoure la bataille navale, le côté putride du palais d'Ymrryr...Tout y est, à mon avis. Julien Blondel a réussi à épaissir le personnage de Cymoril, l'épouse d'Elric, laquelle n'avait qu'un rôle mineur dans l'histoire originale. Le deuxième tome marque un tournant dans l'histoire d'Elric, avec son renoncement et sa rencontre de l'épée Stormbringer, son arme, son alliée, sa soeur... sa malédiction. Un tome à la hauteur des enjeux. Aux qualités artistiques de l'album s'ajoute la qualité éditoriale, avec en bonus quelques notes sur l'origine et la réalisation du projet, accompagnées par des ébauches de personnages et de magnifiques illustrations de l'univers d'Elric par quelques grands noms : Druillet, Lauffray, Andreas ou encore Thierry Ségur. Incontournable.

27/06/2013 (MAJ le 29/03/2015) (modifier)
L'avatar du posteur Agecanonix

De Moorcock, je n'ai pas lu grand chose, excepté des romans dans le ton de Edgar Rice Burroughs qui sont des romans de jungle un peu fantastiques. Aussi, aborder Elric qui paraît-il est l'une de ses oeuvres majeures, paraissait hasardeux parce que ce n'est pas l'heroïc fantasy à laquelle je m'attache. Cet univers ne m'attire pas du tout, c'est de la dark fantasy qui manque d'envolée et de souffle, de la fantasy décadente et baroque, c'est très ennuyeux, et je n'y retrouve pas le ton du conte épique, de la narration folklorique, de la glorification du héros, bref le fantastique rugueux de "sword and sorcery" qui fait très bourrin pour certains, mais qui me convient. Mieux, je ne retrouve pas la fantasy poétique à la Tolkien vue dans le Seigneur des Anneaux ; c'est cette fantasy là que j'adore plus que tout, avec une vraie mythologie autour. Bon, je trouve des éléments intéressants (un roi souffrant au passé héroïque, un cousin brutal et jaloux, assoiffé de pouvoir, un aspect farouche, des décors grandioses...). La puissance évocatrice des images contribue à donner à cet univers un côté extrêmement tourmenté, c'est très sombre ; mais la façon dont tout ceci est arrangé ne parvient pas à me passionner. Ce monde de Melniboné et les dieux invoqués par Elric manquent de profondeur dans cette saga pourtant complexe, et la psychologie des personnages principaux est pratiquement inexistante. L'association des 3 artistes aux dessins est excellente, je ne distingue pas trop qui fait quoi, mais j'y reconnais une inspiration graphique issue de Lauffray et même Druillet, tandis que le trait de Recht est assez reconnaissable. Il y a de splendides pleines pages, dont une page d'ouverture démentielle... mais j'ai un peu l'impression que tout ceci est là pour en mettre plein la vue du lecteur. En tout cas, cette puissance graphique fait son effet, et ça convient à cet univers chaotique, je le trouve bien conçu. Seule l'histoire développée dans un ton malsain et torturé me laisse froid, sans compter cette tendance un peu vampirique (sang omniprésent, sacrifices de vierges) et cette cruauté dérangeante. Le tome 2 achève de me détourner de cet opéra grandiloquent et un peu prétentieux.

11/11/2014 (modifier)