Nous sommes donc au XIème siècle, dans une Angleterre qui vient de basculer sous le contrôle de Guillaume le Conquérant, après la bataille d'Hastings. Petite histoire dans la grande histoire, une jeune noble récemment veuve est sauvée par un ex-mercenaire danois sous le charme duquel elle tombe rapidement. Mais celui-ci devient à son tour amoureux d'une autre femme.
On a donc un récit de triangle amoureux avec un fond historique un peu complexe. J'avoue, j'ai dû un peu me renseigner pour remettre un peu les enjeux géopolitiques du moment et de la région. L'ensemble du récit rappelle fortement les drames shakespeariens, et pour cause, c'est là qu'il a puisé son inspiration ou carrément placé des histoires comme Macbeth. Si cette inspiration ou parenté n'est peut-être pas revendique par l'auteur, elle est réelle. Non-dits, trahisons, intrigue resserrée à cinq personnages, cela ressemble bel et bien à une tragédie en trois ou cinq actes. Et les personnages y montrent parfois un double visage, comme la cruauté d'Aelfhild, ou la vaillance au combat de Merwynn. Il y a des choses à creuser au niveau psychanalytique, je pense.
Si le dessin de Félix the Rover n'est pas encore mature, il progresse au long de l'album, comme le souligne justement en préface Mauricet, ami du jeune auteur. Si sa marge de progression est encore importante sur les personnages et les animaux, le côté un peu monolithique des bâtiments m'a semblé assez intéressant, comme la forme très particulière de la Motte, surnom de la forteresse commandée par Aelfhild.
Bref, si on n'est pas face à une BD d'une grande maîtrise, elle porte en elle des promesses pour l'avenir de la carrière de son auteur.
Avec « De bonne foi », Marguerite Boutrolle nous offre un huis clos au dessin stylisé et aux thématiques diverses. L’album se lit vite malgré sa forte pagination et s’il n’est pas dénué d’intérêt, il ne m’aura pas autant marqué qu’il l’aurait pu.
L’histoire se déroule en Bretagne à une époque où la peine de mort est toujours d’application même si remise en question. Un anarchiste accusé de meurtre trouve refuge dans une maison isolée occupée par une étudiante en droit revenue dans celle-ci pour réviser. Les deux personnages vont progressivement se dévoiler et on va ainsi découvrir qu’un même traumatisme les relie. Le récit nous interroge de la sorte sur le sens des responsabilités, sur la pertinence de la peine de mort, sur le poids de nos erreurs passées. C’est plutôt pas mal mais pas assez creusé à mon goût. On reste plus dans un récit d’ambiance, pas spécialement oppressant malgré la thématique mais plutôt hors du temps. J’ai eu l’impression d’être dans l’œil du cyclone, ce moment d’accalmie au cœur de la tempête pour deux personnages qui peuvent alors prendre le temps de réfléchir à leurs actes.
Le dessin est particulier, déformant volontiers les perspectives. Ce qui crée une ambiance quelque peu fantastique à un récit pourtant tout ce qu’il y a de plus réaliste. Les grandes illustrations ne sont pas rares et, couplées avec le peu de textes, contribue à rendre la lecture très rapide. La colorisation, avec une palette de couleurs volontairement très réduite, ne fait qu'accentuer la chose. J’émettrai tout de même un gros bémol à propos de la physionomie des personnages dont il est très difficile de déterminer l’âge. L’anarchiste, surtout semble bien plus âgé que ce qu’il devrait être, et cela pose problème lors de certains passages du récit.
A la lecture j'ai eu le sentiment que l'autrice prenait plaisir à dessiner 'sa' Bretagne, multipliant les clins d'œil vis-à-vis des lieux visités. Je n'ai rien contre cette pratique mais, dans le cas présent, l'effet a été contre-productif, cassant l'ambiance de thriller qu'elle cherche à instaurer par ailleurs.
Dans l’ensemble, c’est plutôt pas mal mais un peu léger à mon goût. Je crains d’avoir vite oublier cette histoire. Que cela ne vous empêche pas d’y jeter un œil car il y a du taf et de la qualité.
J'ai tant aimé l'histoire que je me promets de lire ce texte de Jack London ! Par contre, grosse déception au niveau du dessin ! La couverture m'évoque un Pratt ou un Breccia, l'intérieur de la BD me semble bien plus fade, convenu et sans subtilité par rapport. Lisible pour l'histoire, je le redis ! Et encore, au début, je pensais à Lovecraft, mais non, le ton est bien différent, heureusement. Je ne vais pas me lancer dans une comparaison, essentiellement par flemme, mais je dirais que la question de la colère rouge est sous-exploitée.
Dans le roman aussi ? Je n'en sais rien, mais il me semble que cela aurait pu faire contraste avec le reste et lier subtilement les deux mondes, l'habituel et celui du rêve - ou de la réincarnation ? Bref, je suis toujours un peu triste quand je vois des occasions perdues.
« Hemingway, la jeune fille et la mer » est un récit d’aventure aux accents burlesques dans lequel les auteurs vont mettre en scène un Ernest Hemingway ‘fantasmé’. Entendez par là que le personnage qui nous est ici présenté correspond plus à sa légende qu’à une quelconque vérité historique, et les aventures dans lesquelles il va être entrainé sont tout autant fantaisistes.
Le récit est très plaisant à lire, entrainant, joyeux, lumineux. Il bénéficie à la fois de la verve de Philippe Charlot, qui a l’art d’humaniser ses personnages et le sens des dialogues, et de la qualité du trait de Laurent Zimny. Ce dernier nous délivre des planches très dynamiques et, on y revient, lumineuses.
On en apprend très peu sur Ernest Hemingway, sinon au travers du dossier disponible en fin d’album, et cette aventure qui le voit mené par le bout de son nez par une gamine déterminée se veut avant tout rocambolesque et en rien réaliste. L’ambiance y est, cependant, et j’ai vraiment été transporté dans les Keys à cette époque très romanesque. De plus le personnage d’Hemingway y est des plus sympathiques. C’est d’ailleurs le point fort du récit, cette sympathie que lui comme l’ensemble des personnages dégagent au fil des planches. Un lien sera bien entendu réalisé par les auteurs entre cette histoire (totalement inventée, faut-il vous le rappeler) et l’écriture de « le Vieil homme et la mer ».
Pas un chef-d’œuvre mais une lecture sympathique et divertissante. Des plus recommandables.
J’arrondis aux trois étoiles, parce que l’adulte que je suis n’a pas forcément été emballé par la lecture de cette série. Mais elle s’adresse avant tout à un jeune lectorat (adolescent je pense), et celui-ci y trouvera sans doute davantage son compte.
C’est une sorte d’Harry Potter girly par moments, avec des jeunes gens passant des épreuves, pour devenir non pas sorciers – quoique la magie joue ici un grand rôle – mais Arcane majeur. En effet, l’auteure ancre son intrigue dans les arcanes du tarot, en y ajoutant tout un tas d’autres univers. Un univers développé dans l’intrigue, mais aussi dans plusieurs petits intermèdes, présentations diverses, sur l’histoire des arcanes, les spécificités de chaque pouvoir, etc.
Le rythme est étrange. En effet, il y a parfois de longs moments de mise en place, avec des dialogues un peu « gentils » à mon goût, et d’autres moments où tout s’accélère – comme durant certaines épreuves du deuxième album, parfois expédiées. Le troisième album (qui condense les deux derniers albums initialement prévus) est un peu plus dense, et apporte un peu plus de consistance à l’histoire.
Dessin et colorisation ne sont pas forcément mon truc, mais je leur reconnais de l’originalité. C’est très coloré, et très lisible.
Je reconnais aussi à l’auteure d’avoir placé au fil de l’intrigue plusieurs thèmes intéressants, et pas souvent mis en avant dans des séries pour ados (en tout cas à ma connaissance) : la sororité (plus généralement, les personnages féminins sont beaucoup plus nombreux, et souvent jouent les principaux rôles), l’homosexualité, voire le questionnement autour du genre (plusieurs fois évoqué, avec en sus l’utilisation du pronom iel).
Au-delà de l’esthétique générale, dont je ne suis pas friand (mais c’est affaire de goût), l’intrigue m’a par ailleurs laissé un peu de côté, dialogues et péripéties manquant de consistance, étant parfois un chouia « faciles » ou « mièvres » (même si ce terme est peut-être un peu fort, et ne concerne que quelques passages).
Mais, je me répète, des ados sont davantage susceptible d’apprécier cette histoire que le vieux bonhomme que je suis.
Floyd Gottfredson a repris les strips quotidiens de Mickey, à la suite d'Ub Iwerks. C'est lui qui a fixé l'image du Mickey classique que nous avons tous aujourd'hui, ainsi que celle de Minnie, Dingo et de nombreux autres personnages. Mais les histoires sont très limitées par les standards et les préjugés de l'époque. Voyez l'épisode des gitans ! Plus tard, et au fil des décennies, surtout dans les années 50 et 60, il a construit, avec l'aide de plusieurs scénaristes, une œuvre plus personnelle, en même temps universelle, et avec quelques personnages mémorables.
J’ai lu cet ensemble dans la récente réédition qui, il faut le dire, est sans doute un must pour les amateurs de l’auteure. En effet, outre les trois albums repris, sont regroupés aussi plusieurs analyses (de l’auteure elle-même, et d’autres spécialistes de son œuvre). Il est aussi probable que dessin, et surtout colorisation, aient été un minimum revus par rapport aux albums originaux.
C’est en particulier le cas je pense sur les histoires courtes de « 1996 again », dont le rendu se rapproche un peu de certains auteurs plus « tardifs », comme Burns ou Mezzo. J’ai bien aimé ce dessin. Car, même si ce trait classique est très bon sur tous les albums, j’aime moins les couleurs grisâtres, voire ternes de nombres de pages de Montellier.
« 1996 again » garde pas mal trace des collaborations de l’auteur à des publications très engagées à gauche (voire anarchistes). Mais le propos est souvent obscur et peu avenant, froid, passe mal (surtout que la plupart des récits sont vraiment très très courts).
« Wonder city » me plait moins esthétiquement – même si la bichromie n’est pas inintéressante. C’est une histoire d’amour dans un univers qui s’y prête assez peu, un univers dystopique et anxiogène, que j’aurais aimé voir plus développé (voir mon avis sur cet album).
« Shelter Market » est plus surprenant. On y retrouve là encore pas mal d’idées engagées, quelque chose de très politique (certaines planches m’ont fait penser au tableau « Invading new markets » d’Andy Singer, on y retrouve la sculpture « Supermarket Lady » de Duane Hanson). C’est un album qui a été fortement remanié et prolongé (en plusieurs étapes) depuis sa création au début des années 1980. On y retrouve mélangés plusieurs thèmes, comme les conséquences de la Guerre froide, la vulgarité de la société de consommation, etc. La vision est caustique, mais assez pessimiste.
Un témoignage d’une auteure et d’une époque, mais certains passages et messages des récits de Montellier n’ont pas perdu de leur force et de leur pertinence.
Voici un projet véritablement original : à travers les péripéties liées à la circulation du squelette de Descartes, évoquer la pensée cartésienne du philosophe et les avancées des sciences durant les quelques siècles qui suivirent, et tout cela au sein d'une intrigue à la lisière du documentaire et de l'enquête policière, une intrigue certes exigeante, mais tout à fait accessible pour le grand public.
Les exubérances du projet trouvent une déclinaison intéressante visuellement, avec certaines mises en page fort intrigantes et légitimes, un usage de la couleur rare, mais lui aussi intéressant.
Ces grandes qualités nommées, force est néanmoins de constater que la lecture est davantage stimulante que plaisante. Le formalisme visuel aurait pu être plus fréquent, l'humour davantage présent en appuyant plus finement sur le rocambolesque des péripéties, le récit avancer avec davantage de fluidité, en générant davantage de tension dans ses aspects "policiers".
Une bonne BD très originale, mais qui enthousiasme modérément. Une autrice à suivre.
Vaste chantier que de retracer l'histoire des jardins. C'est le défi qu'a cependant réussi à surmonter Catherine Delvaux, ancienne rédactrice en chef de la revue Détente jardin et autrice de nombreux ouvrages sur le sujet. Elle a choisi, histoire oblige, une progression chronologique, du néolithique à nos jours.
Du besoin physiologique de se nourrir, à l'apparition des jardins d'agrément, en passant par les jardins ouvriers, les jardins à la française, à l'anglaise, tout y est, ou presque. Et c'est intéressant de voir comment, parfois, ces jardins "collent" à l'actualité socio-économique : en réaction à la Révolution industrielle, pour faire écho aux préoccupations climatiques ces dernières décennies, etc. L'ensemble est un bouquin très dense, plus de 224 pages qui ne se dévorent pas très vite, mais devant lesquelles on se doit de prendre son temps, comme face à un jardin zen au Japon... C'est un voyage à travers le temps, la géographie, auquel elle nous convie.
Côté graphique c'est Simon Hureau, dessinateur chevronné connu notamment pour L'Empire des hauts murs, qui œuvre, et on sent qu'il a beaucoup bossé pour recréer les ambiances visuelles des différents jardins, lorsqu'elles sont connues. On notera également qu'il a entièrement réalisé par le passé L'Oasis, dans lequel il parlait de sa passion pour son jardin. Ariane Borra fait aussi un super boulot aux couleurs, jouant beaucoup sur les nuances, important lorsqu'on parle de plantes et de fleurs.
Bref, c'est du bon boulot, mais c'est un peu long, même si cette longueur se justifie par la densité du sujet.
2.5
Le point fort de cet album est sans contredit son dessin. Je l'ai aimé dès les premières cases. J'ai adoré l'atmosphère étrange qui se dégage du dessin et qui allait à merveille pour ce type de récit où on ne sait pas ce qui est vrai ou non.
En fait, le problème vient du scénario qui au final est une histoire banale sur des hallucinations. Le récit est pas mauvais en tant que tels, mais le manque d'originalité fait en sorte que ce n'est pas très palpitant à lire et en plus j'ai fini par deviner un peu trop facilement ce qui se passait. Ce qui n'aide pas est que l'auteur semble préféré enchainer les scènes spectaculaires au lieu de bien approfondir ses idées. Je suis resté sur ma faim, on dirait que ça se termine en milieu de récit.
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Les Cendres du Nord
Nous sommes donc au XIème siècle, dans une Angleterre qui vient de basculer sous le contrôle de Guillaume le Conquérant, après la bataille d'Hastings. Petite histoire dans la grande histoire, une jeune noble récemment veuve est sauvée par un ex-mercenaire danois sous le charme duquel elle tombe rapidement. Mais celui-ci devient à son tour amoureux d'une autre femme. On a donc un récit de triangle amoureux avec un fond historique un peu complexe. J'avoue, j'ai dû un peu me renseigner pour remettre un peu les enjeux géopolitiques du moment et de la région. L'ensemble du récit rappelle fortement les drames shakespeariens, et pour cause, c'est là qu'il a puisé son inspiration ou carrément placé des histoires comme Macbeth. Si cette inspiration ou parenté n'est peut-être pas revendique par l'auteur, elle est réelle. Non-dits, trahisons, intrigue resserrée à cinq personnages, cela ressemble bel et bien à une tragédie en trois ou cinq actes. Et les personnages y montrent parfois un double visage, comme la cruauté d'Aelfhild, ou la vaillance au combat de Merwynn. Il y a des choses à creuser au niveau psychanalytique, je pense. Si le dessin de Félix the Rover n'est pas encore mature, il progresse au long de l'album, comme le souligne justement en préface Mauricet, ami du jeune auteur. Si sa marge de progression est encore importante sur les personnages et les animaux, le côté un peu monolithique des bâtiments m'a semblé assez intéressant, comme la forme très particulière de la Motte, surnom de la forteresse commandée par Aelfhild. Bref, si on n'est pas face à une BD d'une grande maîtrise, elle porte en elle des promesses pour l'avenir de la carrière de son auteur.
De bonne foi
Avec « De bonne foi », Marguerite Boutrolle nous offre un huis clos au dessin stylisé et aux thématiques diverses. L’album se lit vite malgré sa forte pagination et s’il n’est pas dénué d’intérêt, il ne m’aura pas autant marqué qu’il l’aurait pu. L’histoire se déroule en Bretagne à une époque où la peine de mort est toujours d’application même si remise en question. Un anarchiste accusé de meurtre trouve refuge dans une maison isolée occupée par une étudiante en droit revenue dans celle-ci pour réviser. Les deux personnages vont progressivement se dévoiler et on va ainsi découvrir qu’un même traumatisme les relie. Le récit nous interroge de la sorte sur le sens des responsabilités, sur la pertinence de la peine de mort, sur le poids de nos erreurs passées. C’est plutôt pas mal mais pas assez creusé à mon goût. On reste plus dans un récit d’ambiance, pas spécialement oppressant malgré la thématique mais plutôt hors du temps. J’ai eu l’impression d’être dans l’œil du cyclone, ce moment d’accalmie au cœur de la tempête pour deux personnages qui peuvent alors prendre le temps de réfléchir à leurs actes. Le dessin est particulier, déformant volontiers les perspectives. Ce qui crée une ambiance quelque peu fantastique à un récit pourtant tout ce qu’il y a de plus réaliste. Les grandes illustrations ne sont pas rares et, couplées avec le peu de textes, contribue à rendre la lecture très rapide. La colorisation, avec une palette de couleurs volontairement très réduite, ne fait qu'accentuer la chose. J’émettrai tout de même un gros bémol à propos de la physionomie des personnages dont il est très difficile de déterminer l’âge. L’anarchiste, surtout semble bien plus âgé que ce qu’il devrait être, et cela pose problème lors de certains passages du récit. A la lecture j'ai eu le sentiment que l'autrice prenait plaisir à dessiner 'sa' Bretagne, multipliant les clins d'œil vis-à-vis des lieux visités. Je n'ai rien contre cette pratique mais, dans le cas présent, l'effet a été contre-productif, cassant l'ambiance de thriller qu'elle cherche à instaurer par ailleurs. Dans l’ensemble, c’est plutôt pas mal mais un peu léger à mon goût. Je crains d’avoir vite oublier cette histoire. Que cela ne vous empêche pas d’y jeter un œil car il y a du taf et de la qualité.
Le Vagabond des Étoiles
J'ai tant aimé l'histoire que je me promets de lire ce texte de Jack London ! Par contre, grosse déception au niveau du dessin ! La couverture m'évoque un Pratt ou un Breccia, l'intérieur de la BD me semble bien plus fade, convenu et sans subtilité par rapport. Lisible pour l'histoire, je le redis ! Et encore, au début, je pensais à Lovecraft, mais non, le ton est bien différent, heureusement. Je ne vais pas me lancer dans une comparaison, essentiellement par flemme, mais je dirais que la question de la colère rouge est sous-exploitée. Dans le roman aussi ? Je n'en sais rien, mais il me semble que cela aurait pu faire contraste avec le reste et lier subtilement les deux mondes, l'habituel et celui du rêve - ou de la réincarnation ? Bref, je suis toujours un peu triste quand je vois des occasions perdues.
Hemingway, la jeune fille et la mer
« Hemingway, la jeune fille et la mer » est un récit d’aventure aux accents burlesques dans lequel les auteurs vont mettre en scène un Ernest Hemingway ‘fantasmé’. Entendez par là que le personnage qui nous est ici présenté correspond plus à sa légende qu’à une quelconque vérité historique, et les aventures dans lesquelles il va être entrainé sont tout autant fantaisistes. Le récit est très plaisant à lire, entrainant, joyeux, lumineux. Il bénéficie à la fois de la verve de Philippe Charlot, qui a l’art d’humaniser ses personnages et le sens des dialogues, et de la qualité du trait de Laurent Zimny. Ce dernier nous délivre des planches très dynamiques et, on y revient, lumineuses. On en apprend très peu sur Ernest Hemingway, sinon au travers du dossier disponible en fin d’album, et cette aventure qui le voit mené par le bout de son nez par une gamine déterminée se veut avant tout rocambolesque et en rien réaliste. L’ambiance y est, cependant, et j’ai vraiment été transporté dans les Keys à cette époque très romanesque. De plus le personnage d’Hemingway y est des plus sympathiques. C’est d’ailleurs le point fort du récit, cette sympathie que lui comme l’ensemble des personnages dégagent au fil des planches. Un lien sera bien entendu réalisé par les auteurs entre cette histoire (totalement inventée, faut-il vous le rappeler) et l’écriture de « le Vieil homme et la mer ». Pas un chef-d’œuvre mais une lecture sympathique et divertissante. Des plus recommandables.
Arcana
J’arrondis aux trois étoiles, parce que l’adulte que je suis n’a pas forcément été emballé par la lecture de cette série. Mais elle s’adresse avant tout à un jeune lectorat (adolescent je pense), et celui-ci y trouvera sans doute davantage son compte. C’est une sorte d’Harry Potter girly par moments, avec des jeunes gens passant des épreuves, pour devenir non pas sorciers – quoique la magie joue ici un grand rôle – mais Arcane majeur. En effet, l’auteure ancre son intrigue dans les arcanes du tarot, en y ajoutant tout un tas d’autres univers. Un univers développé dans l’intrigue, mais aussi dans plusieurs petits intermèdes, présentations diverses, sur l’histoire des arcanes, les spécificités de chaque pouvoir, etc. Le rythme est étrange. En effet, il y a parfois de longs moments de mise en place, avec des dialogues un peu « gentils » à mon goût, et d’autres moments où tout s’accélère – comme durant certaines épreuves du deuxième album, parfois expédiées. Le troisième album (qui condense les deux derniers albums initialement prévus) est un peu plus dense, et apporte un peu plus de consistance à l’histoire. Dessin et colorisation ne sont pas forcément mon truc, mais je leur reconnais de l’originalité. C’est très coloré, et très lisible. Je reconnais aussi à l’auteure d’avoir placé au fil de l’intrigue plusieurs thèmes intéressants, et pas souvent mis en avant dans des séries pour ados (en tout cas à ma connaissance) : la sororité (plus généralement, les personnages féminins sont beaucoup plus nombreux, et souvent jouent les principaux rôles), l’homosexualité, voire le questionnement autour du genre (plusieurs fois évoqué, avec en sus l’utilisation du pronom iel). Au-delà de l’esthétique générale, dont je ne suis pas friand (mais c’est affaire de goût), l’intrigue m’a par ailleurs laissé un peu de côté, dialogues et péripéties manquant de consistance, étant parfois un chouia « faciles » ou « mièvres » (même si ce terme est peut-être un peu fort, et ne concerne que quelques passages). Mais, je me répète, des ados sont davantage susceptible d’apprécier cette histoire que le vieux bonhomme que je suis.
L'Intégrale de Mickey
Floyd Gottfredson a repris les strips quotidiens de Mickey, à la suite d'Ub Iwerks. C'est lui qui a fixé l'image du Mickey classique que nous avons tous aujourd'hui, ainsi que celle de Minnie, Dingo et de nombreux autres personnages. Mais les histoires sont très limitées par les standards et les préjugés de l'époque. Voyez l'épisode des gitans ! Plus tard, et au fil des décennies, surtout dans les années 50 et 60, il a construit, avec l'aide de plusieurs scénaristes, une œuvre plus personnelle, en même temps universelle, et avec quelques personnages mémorables.
Social fiction
J’ai lu cet ensemble dans la récente réédition qui, il faut le dire, est sans doute un must pour les amateurs de l’auteure. En effet, outre les trois albums repris, sont regroupés aussi plusieurs analyses (de l’auteure elle-même, et d’autres spécialistes de son œuvre). Il est aussi probable que dessin, et surtout colorisation, aient été un minimum revus par rapport aux albums originaux. C’est en particulier le cas je pense sur les histoires courtes de « 1996 again », dont le rendu se rapproche un peu de certains auteurs plus « tardifs », comme Burns ou Mezzo. J’ai bien aimé ce dessin. Car, même si ce trait classique est très bon sur tous les albums, j’aime moins les couleurs grisâtres, voire ternes de nombres de pages de Montellier. « 1996 again » garde pas mal trace des collaborations de l’auteur à des publications très engagées à gauche (voire anarchistes). Mais le propos est souvent obscur et peu avenant, froid, passe mal (surtout que la plupart des récits sont vraiment très très courts). « Wonder city » me plait moins esthétiquement – même si la bichromie n’est pas inintéressante. C’est une histoire d’amour dans un univers qui s’y prête assez peu, un univers dystopique et anxiogène, que j’aurais aimé voir plus développé (voir mon avis sur cet album). « Shelter Market » est plus surprenant. On y retrouve là encore pas mal d’idées engagées, quelque chose de très politique (certaines planches m’ont fait penser au tableau « Invading new markets » d’Andy Singer, on y retrouve la sculpture « Supermarket Lady » de Duane Hanson). C’est un album qui a été fortement remanié et prolongé (en plusieurs étapes) depuis sa création au début des années 1980. On y retrouve mélangés plusieurs thèmes, comme les conséquences de la Guerre froide, la vulgarité de la société de consommation, etc. La vision est caustique, mais assez pessimiste. Un témoignage d’une auteure et d’une époque, mais certains passages et messages des récits de Montellier n’ont pas perdu de leur force et de leur pertinence.
La Tête de mort venue de Suède
Voici un projet véritablement original : à travers les péripéties liées à la circulation du squelette de Descartes, évoquer la pensée cartésienne du philosophe et les avancées des sciences durant les quelques siècles qui suivirent, et tout cela au sein d'une intrigue à la lisière du documentaire et de l'enquête policière, une intrigue certes exigeante, mais tout à fait accessible pour le grand public. Les exubérances du projet trouvent une déclinaison intéressante visuellement, avec certaines mises en page fort intrigantes et légitimes, un usage de la couleur rare, mais lui aussi intéressant. Ces grandes qualités nommées, force est néanmoins de constater que la lecture est davantage stimulante que plaisante. Le formalisme visuel aurait pu être plus fréquent, l'humour davantage présent en appuyant plus finement sur le rocambolesque des péripéties, le récit avancer avec davantage de fluidité, en générant davantage de tension dans ses aspects "policiers". Une bonne BD très originale, mais qui enthousiasme modérément. Une autrice à suivre.
La Belle histoire des jardins
Vaste chantier que de retracer l'histoire des jardins. C'est le défi qu'a cependant réussi à surmonter Catherine Delvaux, ancienne rédactrice en chef de la revue Détente jardin et autrice de nombreux ouvrages sur le sujet. Elle a choisi, histoire oblige, une progression chronologique, du néolithique à nos jours. Du besoin physiologique de se nourrir, à l'apparition des jardins d'agrément, en passant par les jardins ouvriers, les jardins à la française, à l'anglaise, tout y est, ou presque. Et c'est intéressant de voir comment, parfois, ces jardins "collent" à l'actualité socio-économique : en réaction à la Révolution industrielle, pour faire écho aux préoccupations climatiques ces dernières décennies, etc. L'ensemble est un bouquin très dense, plus de 224 pages qui ne se dévorent pas très vite, mais devant lesquelles on se doit de prendre son temps, comme face à un jardin zen au Japon... C'est un voyage à travers le temps, la géographie, auquel elle nous convie. Côté graphique c'est Simon Hureau, dessinateur chevronné connu notamment pour L'Empire des hauts murs, qui œuvre, et on sent qu'il a beaucoup bossé pour recréer les ambiances visuelles des différents jardins, lorsqu'elles sont connues. On notera également qu'il a entièrement réalisé par le passé L'Oasis, dans lequel il parlait de sa passion pour son jardin. Ariane Borra fait aussi un super boulot aux couleurs, jouant beaucoup sur les nuances, important lorsqu'on parle de plantes et de fleurs. Bref, c'est du bon boulot, mais c'est un peu long, même si cette longueur se justifie par la densité du sujet.
Clinton Road
2.5 Le point fort de cet album est sans contredit son dessin. Je l'ai aimé dès les premières cases. J'ai adoré l'atmosphère étrange qui se dégage du dessin et qui allait à merveille pour ce type de récit où on ne sait pas ce qui est vrai ou non. En fait, le problème vient du scénario qui au final est une histoire banale sur des hallucinations. Le récit est pas mauvais en tant que tels, mais le manque d'originalité fait en sorte que ce n'est pas très palpitant à lire et en plus j'ai fini par deviner un peu trop facilement ce qui se passait. Ce qui n'aide pas est que l'auteur semble préféré enchainer les scènes spectaculaires au lieu de bien approfondir ses idées. Je suis resté sur ma faim, on dirait que ça se termine en milieu de récit.