Jolie BD jeunesse osant affronter de face les sujets féministes du moment, rejoignant en cela le contingent des titres de 2025 (adultes pour l'essentiel : Notre affaire, Les Yeux d'Alex, Des filles normales, Rouge signal, etc.) dressant le paysage forcément torturé de l'actuelle condition des femmes en France et dans le monde.
Les thématiques sensibles sont nombreuses ici (deuil de la sœur jumelle, handicap, adolescence et quête de soi, difficulté à assumer les espoirs et projections des parents sur leurs enfants, harcèlement scolaire, enfermement genré des corps dans des représentations stéréotypées, etc.) et, malheureusement pour le moment, il semble que la scénariste Véro Cazot ne parvienne à assembler tout cela subtilement. A titre personnel, je regrette notamment le recours, façon Ernest & Rebecca, au dialogue avec l'amie imaginaire (ici, l'ombre de l'héroïne, assimilable à son inconscient) : une fausse bonne idée focalisant l'attention et structurant l'évolution du récit. Les prochains tomes parviendront peut-être à repositionner sur le devant les importantes thématiques en l'état davantage évoquées que traitées.
Côté illustrations par contre, c'est du tout bon ! J'aime beaucoup le style de Carole Maurel : ses couleurs contrastées susceptibles par un jeu d'ombre d'exclure un pan de visage, son trait dynamique et appuyé créant un mouvement incroyable évoquant sur ce point l'immense Franquin (si si !), ses cadrages et décadrages à la Vanyda rendant expressif le moindre regard ou dessin de bouche. Style encore perfectible mais déjà remarquable, moderne, sympathique de rondeur ! En espérant par contre, que les éditeurs ne la poussent pas vers l'épure (des décors de plus en plus fréquemment effacés, des plans de plus en plus rapprochés), qui la rendrait "seinen-compatible" mais dépersonnaliserait indiscutablement son style.
*************
La lecture du second tome n'incite pas véritablement à revoir mon impression initiale. Si l'ombre inconsciente se voit mieux gérée (tel un écho ironique aux sentiments de l'héroïne), le traitement des belles thématiques est lui plus grossier. Pour le moment, cette jolie série pour ados ne concrétise pas ses belles promesses, se contentant d'être une appréciable réussite quand il eut été possible d'être merveilleuse.
Dans une petite ville du Kansas, une bande de gamins jouent au sheriff et aux bandits mais un drame terrible les force à s'engager dans un lourd secret qui va avoir des conséquences tragiques pour leur ville, puis sur toute leur vie.
Cette saga western a pour elle une vraie originalité de départ : suivre un groupe de personnages, amis d'enfance, dont les trajectoires vont se croiser, se briser et se recomposer au fil des années. Tout part d'un drame initial particulièrement marquant, une erreur d'enfants aux conséquences irréversibles, qui va servir de point de bascule et conditionner toute leur existence. À partir de là, le récit déploie une fresque assez ambitieuse, violente et sombre, où les anciens amis deviennent tour à tour ennemis, alliés de circonstance ou simples fantômes du passé, chacun évoluant dans un Far West sans concession.
Sur le principe, c'est séduisant. Il y a une vraie volonté de raconter le poids des choix, de la culpabilité et des circonstances, avec des destins qui se répondent et s'entrechoquent. Certains rebondissements surprennent, et l'ensemble garde un côté imprévisible assez appréciable.
Mais dans les faits, tout ne fonctionne pas complètement pour moi. Le principal problème vient du rythme narratif, assez particulier, avec de grandes ellipses de plusieurs années. Les personnages changent parfois brutalement entre deux périodes, au point que j'ai eu du mal à suivre leur évolution émotionnelle. Certains basculent dans la violence (vol, meurtre, trahison) presque sans transition, allant jusqu'à éliminer d'anciens amis sans véritable état d'âme, tandis que d'autres changent de camp ou d'attitude comme si le passé n'avait plus de poids. À cela s'ajoute un recours un peu trop fréquent aux coïncidences, comme si ce monde ne comptait finalement que ces quelques personnages qui finissent toujours par se recroiser et être les seuls véritables acteurs de leur propre histoire. Du coup, je n'ai jamais vraiment réussi à m'attacher à eux, ni à croire pleinement à leurs trajectoires.
Le dessin est correct dans l'ensemble, avec des personnages bien identifiables, mais il m'a semblé un peu en retrait sur les décors. Les arrière-plans sont parfois assez vides, les perspectives plates ou un peu approximatives, ce qui nuit à l'immersion et empêche de ressentir pleinement l'ampleur ou l'atmosphère du Far West. Cela renforce une impression d'ensemble un peu artificielle.
Au final, je reste partagé. Il y a de bonnes idées, une vraie ambition et des choix narratifs parfois audacieux, qui rendent la lecture intéressante et parfois surprenante. Mais entre le manque d'attachement aux personnages, leurs évolutions trop abruptes et un univers visuel qui peine à convaincre pleinement, je suis resté à distance du récit, sans jamais être vraiment embarqué.
Je ne mets « que » trois étoiles, car la lecture est forcément frustrante pour un adulte. Car très très rapide, et avec une narration linéaire qui manque sans doute d’aspérité.
Mais on ne peut décemment pas aller en dessous, tant Matthias Picard nous propose quelque chose d’original, et surtout de réellement beau.
Certes, ça s’adresse surtout à de jeunes, voire très jeunes lecteurs. Mais pour ce qui est du plaisir des yeux, l’adulte que je suis y a trouvé son compte.
En effet, le dessin – une sorte de carte à gratter – en Noir et Blanc est magnifié par les effets de reliefs (ici les lunettes, fournies avec chaque album, sont nécessaires), ce qui donne des planches de toute beauté. Dans les fonds sous-marins dans le premier album, dans la jungle – et au-delà – dans le second. J’ai d’ailleurs trouvé le dessin encore plus captivant dans ce second album. Car à l’air libre, plus clair, avec aussi plus de variété dans les décors et la faune et la flore.
Deux beaux voyages donc. Rapides, mais plaisants.
J’ai joué à des jeux vidéo (j’en ai connu les débuts), mais je n’ai jamais été un « gamer », et j’ai juste suivi « par-dessus leur épaule », ce que faisaient mes enfants sur leurs petites consoles (ou quelques jeux en ligne). Mon peu d’appétence pour ce loisir ne m’a pas poussé à aller plus loin. Mais le sujet est de plus en plus d’actualité.
J’avais lu il y a quelques temps Les Réseaux sociaux et nos ados du même auteur, que j’avais trouvé intéressant, bien fichu. J’ai retrouvé les mêmes qualités dans cet album.
En effet, c’est à la fois didactique et fluide (l’auteur adopte un ton enjoué, dynamique et ludique pour ses démonstrations ou lorsqu’il veut faire passer une information).
Il apporte des réponses aux questions qu’on peut se poser, mais alimente aussi la réflexion, nous amenant à nous poser des questions (adultes autant qu’enfants !). Même si personnellement je préfère passer du temps à lire (sur papier), à jouer à des jeux de société « en vrai » plutôt qu’à jouer virtuellement, cet album remplit agréablement son rôle et parents et CDI peuvent envisager d’investir dans son achat.
J'ai globalement bien accroché à cet album, notamment grâce au dessin d'Axel que j'apprécie beaucoup. Son style réaliste, aussi bien dans les corps que dans les visages, avec des personnages crédibles, pas forcément beaux ni idéalisés, fonctionne vraiment bien. Ce réalisme se retrouve aussi dans l'histoire, et c'est clairement ce qui fait tout le côté émoustillant de la BD : on est dans quelque chose de plausible, proche de la réalité, et du coup beaucoup plus impliquant que des fantasmes trop artificiels.
D'ailleurs, ça a très bien marché sur moi pendant toute la première moitié de l'album. Le jeu de séduction, la redécouverte du désir dans un couple installé, le basculement progressif vers l'échangisme... tout ça est bien amené, crédible, et plutôt prenant.
En revanche, la seconde partie m'a nettement moins embarqué. À partir du moment où on bascule d'un partage à une séparation, le ton change, et le récit s'oriente davantage vers une réflexion sur le couple, le divorce, et notamment sur ces hommes plus âgés qui se mettent avec des femmes plus jeunes. C'est un thème qui me rebute assez personnellement, et qui m'a fait prendre de la distance avec l'histoire.
Les scènes de sexe restent tout aussi crues et présentes, mais elles n'ont plus du tout le même effet dans ce contexte. Là où il y avait une forme d'excitation au début, j'ai plutôt ressenti un détachement, voire un certain malaise.
Je reconnais malgré tout que l'ensemble est raconté avec justesse, et que l'évolution des personnages reste cohérente et réaliste. Mais ce basculement dans les thématiques m'a clairement sorti de la lecture sur le plan émotionnel.
Il reste toutefois un album solide et crédible, entre pornographie et réalisme social, mais dont la seconde moitié m'a beaucoup moins parlé.
Dix histoires de sexe présentées comme étant tirées d'anecdotes réelles.
J'ai plutôt apprécié l'album dans son ensemble, à commencer par le dessin que je trouve simple et efficace, avec un vrai sens de la lisibilité et une certaine justesse dans les corps et les expressions. Il sert bien le propos sans chercher à en faire trop.
J'aime aussi le principe de base : les histoires théoriquement inspirées de faits réels, ça change pas mal de choses. C'est à la fois assez instructif sur la sexualité des autres, sur la diversité des pratiques et des situations, et en même temps, ce côté crédible rend forcément le tout plus émoustillant que des fantasmes totalement irréalistes. Cela dit, pour être honnête, je n'ai pas été particulièrement excité à la lecture, peut-être parce que je n'étais pas dans le bon état d'esprit à ce moment-là.
Il y a aussi certaines histoires qui m'ont plutôt refroidi. Celles autour de l'adultère, par exemple, ne fonctionnent pas du tout sur moi car c'est l'inverse d'un fantasme en ce qui me concerne. Celle avec les deux mecs sur le canapé m'a laissé totalement extérieur, étant beaucoup trop hétéro pour y trouver un quelconque intérêt. Et celle dans le métro m'a surtout fait tiquer par son côté assez dérangeant en termes de double standard : difficile de ne pas penser que si les rôles étaient inversés, on parlerait de comportements de frotteurs punis par la loi, alors que là, parce que c'est une femme, elle obtient forcément les consentements adéquats.
Quoiqu'il en soit, les histoires sont globalement variées, parfois amusantes, parfois un peu dérangeantes, et l'ensemble se lit bien. Mais je suis resté à distance, avec un intérêt plus intellectuel que réellement impliqué ou excité. Une lecture intéressante, sans être totalement convaincante pour moi.
Recueil de gags sur le sujet du sexe, et plus largement de la séduction. L'album propose surtout des gags en une seule image (pleine page), mais aussi quelques bandes dessinées un peu plus développées sur une page, et plus rarement sur deux ou trois cases. Le format est donc varié, même si l'ensemble reste globalement construit sur des idées rapides, souvent muettes.
J'aime bien le dessin de Pichon, notamment sa façon de représenter les femmes, que je trouve charmantes, à la fois sensuelles, naturelles et plutôt élégantes dans leur simplicité. Ses personnages masculins ont aussi des trognes assez amusantes, ce qui colle bien à l'esprit des gags.
Côté humour, ça tourne assez souvent autour des prostituées ou des poupées gonflables, ce qui peut donner une impression de répétition. Malgré ça, les idées arrivent à rester relativement variées, et il y a une vraie volonté de renouveler les situations.
Tout n'est pas toujours drôle : certains gags tombent à plat, et j'avoue que j'ai même eu du mal à comprendre où était la blague dans quelques cas. Mais à l'inverse, d'autres fonctionnent bien, et j'ai ri plusieurs fois de bon cœur.
C'est un ensemble inégal mais plutôt sympathique, qui se feuillette facilement et offre quelques bons moments malgré ses limites.
Agathe et son ami Tit' boite vivent le quotidien de jeunes enfants pleins d'envie et prêts à se lancer dans l'aventure du jardinage ou encore du camping.
Rien ne viendra vraiment expliquer pourquoi cette petite fille a pour amie une boîte en carton qui parle, et il faut simplement accepter ce point de départ un peu absurde comme allant de soi. Cela dit, ce genre de détail passera sans problème auprès du jeune public auquel s'adresse clairement la série.
Car on est face à des histoires très simples, destinées aux lecteurs de 6 à 10 ans, aussi bien par leur dessin que par les personnages ou le ton. Le trait est lisible, expressif, les situations sont claires, et l'ensemble se suit sans difficulté, avec un humour léger qui fonctionne plutôt bien.
L'intérêt principal de la série tient surtout à sa dimension éducative, intégrée de manière assez discrète. Derrière l'histoire du premier tome, on trouve en effet une initiation au jardinage, qui passe par les étapes classiques (planter, arroser, attendre), avec même un peu d'essais-erreurs, de recherche et d'apprentissage. Le tout est accessible et jamais pesant, ce qui est plutôt réussi. Le récit ne cherche jamais la complexité ni les rebondissements, mais accompagne tranquillement son lecteur, en mettant en avant avec le sourire la patience et le temps long nécessaires pour faire pousser quelque chose. C'est simple, mais cohérent avec l'objectif.
Et finalement, après lecture, je dois reconnaître que ça fonctionne assez bien : ça donne envie de tenter l'expérience soi-même, de planter quelques fraises pour voir ce que ça donne. Ou, à défaut, de suivre les personnages dans la suite annoncée, qui devrait cette fois les emmener faire du camping.
Une série modeste, un peu étrange dans le postulat de ses personnages, mais efficace et plutôt sympathique dans ce qu'il propose, à savoir un mélange d'humour, d'aventures du quotidien et de pédagogie.
Je ressors frustré de cette lecture, mais paradoxalement c'est l'effet voulu par la BD. Parce que si vous voulez la lire en espérant comprendre ce qu'est l'Europe, vous n'aurez pas la réponse. Et c'est justement ce que l'auteur transmet : lui même n'est pas sur d'avoir compris
Je suis donc partagé sur mon ressenti, entre la frustration de ne pas comprendre parce que la BD n'est pas un documentaire didactique, mais en même temps j'apprécie que la BD ait cette honnêteté et tente de faire ressentir à quel point cette Europe est impalpable au grand nombre. Qu'est-ce qu'elle est, comment fonctionne-t-elle, qu'est-ce que ce "Bruxelles" dont tout le monde parle ?
Ce qui est bien, c'est que la BD étant faite par quelqu'un qui se met au niveau du citoyen moyen, offrant un regard assez lucide sur la complexité de l'amas juridique de cette Union Européenne. D'ailleurs j'ai tout de même appris quelques petites choses, notamment l’obscurantisme des transactions effectuées en secret, les négociations entre État et l'équilibre difficile du tout, la pression financière et juridique qui empêchent les réelles prises de décisions fortes, mais aussi les victoires de l'Europe.
Je dirais qu'en sortant de cette BD, je comprends mieux les arguments envers cette Europe et pourquoi elle est si défendue. Je continue de trouver que cette Europe est une porte d'entrée massive du libéralisme et du capitalisme débridée, ce qui est assez peu abordé, mais je suis plus ouvert au débat. Ce qui est par contre dommage, c'est de voir la guerre en Ukraine s'introduire dans les débats et la façon dont tout ceci gangrène les autres débats, notamment écologique par exemple.
En définitive, cette BD est une matière a réfléchir sur l'UE, structure vaste et complexe qui influe énormément sur notre vie. Il y a une vraie réflexion dans la BD sur le fait que le citoyen européen ne comprend pas ce qu'est cette structure si importante, mais qu'elle est presque inaccessible sans connaissances politiques, juridiques et économiques solides. Et même avec, la compréhension de ses rouages est obscur, et il semblerait que la corruption ou les débats à huis-clos enrayent encore la clarté de celle-ci.
Bref, je ne sais pas ce qu'est l'Europe en sortant de la BD, mais je comprends un peu mieux l'étendue de mon ignorance. C'est déjà ça !
Une BD sympathique sur un été en camp de vacances, où l'originalité est d'être un camp de vacances pour russophones aux États-Unis. Mais l'histoire est surtout celle d'une jeune femme qui découvre à la dure que l'amitié n'est pas si simple ...
Le récit est assez classique, mais bien mené. La jeune fille est enthousiaste et volontaire pour aller dans ce camp de vacances, mais déchante vite au contact de la méchanceté d'autres enfants, le sentiment d'être perdu et l'exclusion. Son été sera donc un apprentissage jusqu'à arriver à trouver une place, des liens et passer un meilleur moment que ses premiers jours.
Le déroulé est donc classique, assez mignon dans certains détails et attachant, mais lorsque j'en suis ressorti je me suis dit que la BD ne m'avait pas marqué spécialement non plus. La lecture est fluide et plaisante, mais pas marquante. Sans doute parce que j'ai lu d'autres récits jeunesses qui m'ont plus marqués. L'autrice est sincère dans sa démarche, mais je dois avouer que ça n'a pas suffit à me satisfaire. Tant pis !
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Mi-Mouche
Jolie BD jeunesse osant affronter de face les sujets féministes du moment, rejoignant en cela le contingent des titres de 2025 (adultes pour l'essentiel : Notre affaire, Les Yeux d'Alex, Des filles normales, Rouge signal, etc.) dressant le paysage forcément torturé de l'actuelle condition des femmes en France et dans le monde. Les thématiques sensibles sont nombreuses ici (deuil de la sœur jumelle, handicap, adolescence et quête de soi, difficulté à assumer les espoirs et projections des parents sur leurs enfants, harcèlement scolaire, enfermement genré des corps dans des représentations stéréotypées, etc.) et, malheureusement pour le moment, il semble que la scénariste Véro Cazot ne parvienne à assembler tout cela subtilement. A titre personnel, je regrette notamment le recours, façon Ernest & Rebecca, au dialogue avec l'amie imaginaire (ici, l'ombre de l'héroïne, assimilable à son inconscient) : une fausse bonne idée focalisant l'attention et structurant l'évolution du récit. Les prochains tomes parviendront peut-être à repositionner sur le devant les importantes thématiques en l'état davantage évoquées que traitées. Côté illustrations par contre, c'est du tout bon ! J'aime beaucoup le style de Carole Maurel : ses couleurs contrastées susceptibles par un jeu d'ombre d'exclure un pan de visage, son trait dynamique et appuyé créant un mouvement incroyable évoquant sur ce point l'immense Franquin (si si !), ses cadrages et décadrages à la Vanyda rendant expressif le moindre regard ou dessin de bouche. Style encore perfectible mais déjà remarquable, moderne, sympathique de rondeur ! En espérant par contre, que les éditeurs ne la poussent pas vers l'épure (des décors de plus en plus fréquemment effacés, des plans de plus en plus rapprochés), qui la rendrait "seinen-compatible" mais dépersonnaliserait indiscutablement son style. ************* La lecture du second tome n'incite pas véritablement à revoir mon impression initiale. Si l'ombre inconsciente se voit mieux gérée (tel un écho ironique aux sentiments de l'héroïne), le traitement des belles thématiques est lui plus grossier. Pour le moment, cette jolie série pour ados ne concrétise pas ses belles promesses, se contentant d'être une appréciable réussite quand il eut été possible d'être merveilleuse.
Graine de vaurien
Dans une petite ville du Kansas, une bande de gamins jouent au sheriff et aux bandits mais un drame terrible les force à s'engager dans un lourd secret qui va avoir des conséquences tragiques pour leur ville, puis sur toute leur vie. Cette saga western a pour elle une vraie originalité de départ : suivre un groupe de personnages, amis d'enfance, dont les trajectoires vont se croiser, se briser et se recomposer au fil des années. Tout part d'un drame initial particulièrement marquant, une erreur d'enfants aux conséquences irréversibles, qui va servir de point de bascule et conditionner toute leur existence. À partir de là, le récit déploie une fresque assez ambitieuse, violente et sombre, où les anciens amis deviennent tour à tour ennemis, alliés de circonstance ou simples fantômes du passé, chacun évoluant dans un Far West sans concession. Sur le principe, c'est séduisant. Il y a une vraie volonté de raconter le poids des choix, de la culpabilité et des circonstances, avec des destins qui se répondent et s'entrechoquent. Certains rebondissements surprennent, et l'ensemble garde un côté imprévisible assez appréciable. Mais dans les faits, tout ne fonctionne pas complètement pour moi. Le principal problème vient du rythme narratif, assez particulier, avec de grandes ellipses de plusieurs années. Les personnages changent parfois brutalement entre deux périodes, au point que j'ai eu du mal à suivre leur évolution émotionnelle. Certains basculent dans la violence (vol, meurtre, trahison) presque sans transition, allant jusqu'à éliminer d'anciens amis sans véritable état d'âme, tandis que d'autres changent de camp ou d'attitude comme si le passé n'avait plus de poids. À cela s'ajoute un recours un peu trop fréquent aux coïncidences, comme si ce monde ne comptait finalement que ces quelques personnages qui finissent toujours par se recroiser et être les seuls véritables acteurs de leur propre histoire. Du coup, je n'ai jamais vraiment réussi à m'attacher à eux, ni à croire pleinement à leurs trajectoires. Le dessin est correct dans l'ensemble, avec des personnages bien identifiables, mais il m'a semblé un peu en retrait sur les décors. Les arrière-plans sont parfois assez vides, les perspectives plates ou un peu approximatives, ce qui nuit à l'immersion et empêche de ressentir pleinement l'ampleur ou l'atmosphère du Far West. Cela renforce une impression d'ensemble un peu artificielle. Au final, je reste partagé. Il y a de bonnes idées, une vraie ambition et des choix narratifs parfois audacieux, qui rendent la lecture intéressante et parfois surprenante. Mais entre le manque d'attachement aux personnages, leurs évolutions trop abruptes et un univers visuel qui peine à convaincre pleinement, je suis resté à distance du récit, sans jamais être vraiment embarqué.
Jim Curious
Je ne mets « que » trois étoiles, car la lecture est forcément frustrante pour un adulte. Car très très rapide, et avec une narration linéaire qui manque sans doute d’aspérité. Mais on ne peut décemment pas aller en dessous, tant Matthias Picard nous propose quelque chose d’original, et surtout de réellement beau. Certes, ça s’adresse surtout à de jeunes, voire très jeunes lecteurs. Mais pour ce qui est du plaisir des yeux, l’adulte que je suis y a trouvé son compte. En effet, le dessin – une sorte de carte à gratter – en Noir et Blanc est magnifié par les effets de reliefs (ici les lunettes, fournies avec chaque album, sont nécessaires), ce qui donne des planches de toute beauté. Dans les fonds sous-marins dans le premier album, dans la jungle – et au-delà – dans le second. J’ai d’ailleurs trouvé le dessin encore plus captivant dans ce second album. Car à l’air libre, plus clair, avec aussi plus de variété dans les décors et la faune et la flore. Deux beaux voyages donc. Rapides, mais plaisants.
Les Jeux vidéo et nos enfants
J’ai joué à des jeux vidéo (j’en ai connu les débuts), mais je n’ai jamais été un « gamer », et j’ai juste suivi « par-dessus leur épaule », ce que faisaient mes enfants sur leurs petites consoles (ou quelques jeux en ligne). Mon peu d’appétence pour ce loisir ne m’a pas poussé à aller plus loin. Mais le sujet est de plus en plus d’actualité. J’avais lu il y a quelques temps Les Réseaux sociaux et nos ados du même auteur, que j’avais trouvé intéressant, bien fichu. J’ai retrouvé les mêmes qualités dans cet album. En effet, c’est à la fois didactique et fluide (l’auteur adopte un ton enjoué, dynamique et ludique pour ses démonstrations ou lorsqu’il veut faire passer une information). Il apporte des réponses aux questions qu’on peut se poser, mais alimente aussi la réflexion, nous amenant à nous poser des questions (adultes autant qu’enfants !). Même si personnellement je préfère passer du temps à lire (sur papier), à jouer à des jeux de société « en vrai » plutôt qu’à jouer virtuellement, cet album remplit agréablement son rôle et parents et CDI peuvent envisager d’investir dans son achat.
La Tentation (Dynamite)
J'ai globalement bien accroché à cet album, notamment grâce au dessin d'Axel que j'apprécie beaucoup. Son style réaliste, aussi bien dans les corps que dans les visages, avec des personnages crédibles, pas forcément beaux ni idéalisés, fonctionne vraiment bien. Ce réalisme se retrouve aussi dans l'histoire, et c'est clairement ce qui fait tout le côté émoustillant de la BD : on est dans quelque chose de plausible, proche de la réalité, et du coup beaucoup plus impliquant que des fantasmes trop artificiels. D'ailleurs, ça a très bien marché sur moi pendant toute la première moitié de l'album. Le jeu de séduction, la redécouverte du désir dans un couple installé, le basculement progressif vers l'échangisme... tout ça est bien amené, crédible, et plutôt prenant. En revanche, la seconde partie m'a nettement moins embarqué. À partir du moment où on bascule d'un partage à une séparation, le ton change, et le récit s'oriente davantage vers une réflexion sur le couple, le divorce, et notamment sur ces hommes plus âgés qui se mettent avec des femmes plus jeunes. C'est un thème qui me rebute assez personnellement, et qui m'a fait prendre de la distance avec l'histoire. Les scènes de sexe restent tout aussi crues et présentes, mais elles n'ont plus du tout le même effet dans ce contexte. Là où il y avait une forme d'excitation au début, j'ai plutôt ressenti un détachement, voire un certain malaise. Je reconnais malgré tout que l'ensemble est raconté avec justesse, et que l'évolution des personnages reste cohérente et réaliste. Mais ce basculement dans les thématiques m'a clairement sorti de la lecture sur le plan émotionnel. Il reste toutefois un album solide et crédible, entre pornographie et réalisme social, mais dont la seconde moitié m'a beaucoup moins parlé.
Histoires inavouables
Dix histoires de sexe présentées comme étant tirées d'anecdotes réelles. J'ai plutôt apprécié l'album dans son ensemble, à commencer par le dessin que je trouve simple et efficace, avec un vrai sens de la lisibilité et une certaine justesse dans les corps et les expressions. Il sert bien le propos sans chercher à en faire trop. J'aime aussi le principe de base : les histoires théoriquement inspirées de faits réels, ça change pas mal de choses. C'est à la fois assez instructif sur la sexualité des autres, sur la diversité des pratiques et des situations, et en même temps, ce côté crédible rend forcément le tout plus émoustillant que des fantasmes totalement irréalistes. Cela dit, pour être honnête, je n'ai pas été particulièrement excité à la lecture, peut-être parce que je n'étais pas dans le bon état d'esprit à ce moment-là. Il y a aussi certaines histoires qui m'ont plutôt refroidi. Celles autour de l'adultère, par exemple, ne fonctionnent pas du tout sur moi car c'est l'inverse d'un fantasme en ce qui me concerne. Celle avec les deux mecs sur le canapé m'a laissé totalement extérieur, étant beaucoup trop hétéro pour y trouver un quelconque intérêt. Et celle dans le métro m'a surtout fait tiquer par son côté assez dérangeant en termes de double standard : difficile de ne pas penser que si les rôles étaient inversés, on parlerait de comportements de frotteurs punis par la loi, alors que là, parce que c'est une femme, elle obtient forcément les consentements adéquats. Quoiqu'il en soit, les histoires sont globalement variées, parfois amusantes, parfois un peu dérangeantes, et l'ensemble se lit bien. Mais je suis resté à distance, avec un intérêt plus intellectuel que réellement impliqué ou excité. Une lecture intéressante, sans être totalement convaincante pour moi.
Pour 2 sous de violettes
Recueil de gags sur le sujet du sexe, et plus largement de la séduction. L'album propose surtout des gags en une seule image (pleine page), mais aussi quelques bandes dessinées un peu plus développées sur une page, et plus rarement sur deux ou trois cases. Le format est donc varié, même si l'ensemble reste globalement construit sur des idées rapides, souvent muettes. J'aime bien le dessin de Pichon, notamment sa façon de représenter les femmes, que je trouve charmantes, à la fois sensuelles, naturelles et plutôt élégantes dans leur simplicité. Ses personnages masculins ont aussi des trognes assez amusantes, ce qui colle bien à l'esprit des gags. Côté humour, ça tourne assez souvent autour des prostituées ou des poupées gonflables, ce qui peut donner une impression de répétition. Malgré ça, les idées arrivent à rester relativement variées, et il y a une vraie volonté de renouveler les situations. Tout n'est pas toujours drôle : certains gags tombent à plat, et j'avoue que j'ai même eu du mal à comprendre où était la blague dans quelques cas. Mais à l'inverse, d'autres fonctionnent bien, et j'ai ri plusieurs fois de bon cœur. C'est un ensemble inégal mais plutôt sympathique, qui se feuillette facilement et offre quelques bons moments malgré ses limites.
Agathe et Tit' Boîte
Agathe et son ami Tit' boite vivent le quotidien de jeunes enfants pleins d'envie et prêts à se lancer dans l'aventure du jardinage ou encore du camping. Rien ne viendra vraiment expliquer pourquoi cette petite fille a pour amie une boîte en carton qui parle, et il faut simplement accepter ce point de départ un peu absurde comme allant de soi. Cela dit, ce genre de détail passera sans problème auprès du jeune public auquel s'adresse clairement la série. Car on est face à des histoires très simples, destinées aux lecteurs de 6 à 10 ans, aussi bien par leur dessin que par les personnages ou le ton. Le trait est lisible, expressif, les situations sont claires, et l'ensemble se suit sans difficulté, avec un humour léger qui fonctionne plutôt bien. L'intérêt principal de la série tient surtout à sa dimension éducative, intégrée de manière assez discrète. Derrière l'histoire du premier tome, on trouve en effet une initiation au jardinage, qui passe par les étapes classiques (planter, arroser, attendre), avec même un peu d'essais-erreurs, de recherche et d'apprentissage. Le tout est accessible et jamais pesant, ce qui est plutôt réussi. Le récit ne cherche jamais la complexité ni les rebondissements, mais accompagne tranquillement son lecteur, en mettant en avant avec le sourire la patience et le temps long nécessaires pour faire pousser quelque chose. C'est simple, mais cohérent avec l'objectif. Et finalement, après lecture, je dois reconnaître que ça fonctionne assez bien : ça donne envie de tenter l'expérience soi-même, de planter quelques fraises pour voir ce que ça donne. Ou, à défaut, de suivre les personnages dans la suite annoncée, qui devrait cette fois les emmener faire du camping. Une série modeste, un peu étrange dans le postulat de ses personnages, mais efficace et plutôt sympathique dans ce qu'il propose, à savoir un mélange d'humour, d'aventures du quotidien et de pédagogie.
La Tour de Babel - Voyages au coeur du grand bazar européen
Je ressors frustré de cette lecture, mais paradoxalement c'est l'effet voulu par la BD. Parce que si vous voulez la lire en espérant comprendre ce qu'est l'Europe, vous n'aurez pas la réponse. Et c'est justement ce que l'auteur transmet : lui même n'est pas sur d'avoir compris Je suis donc partagé sur mon ressenti, entre la frustration de ne pas comprendre parce que la BD n'est pas un documentaire didactique, mais en même temps j'apprécie que la BD ait cette honnêteté et tente de faire ressentir à quel point cette Europe est impalpable au grand nombre. Qu'est-ce qu'elle est, comment fonctionne-t-elle, qu'est-ce que ce "Bruxelles" dont tout le monde parle ? Ce qui est bien, c'est que la BD étant faite par quelqu'un qui se met au niveau du citoyen moyen, offrant un regard assez lucide sur la complexité de l'amas juridique de cette Union Européenne. D'ailleurs j'ai tout de même appris quelques petites choses, notamment l’obscurantisme des transactions effectuées en secret, les négociations entre État et l'équilibre difficile du tout, la pression financière et juridique qui empêchent les réelles prises de décisions fortes, mais aussi les victoires de l'Europe. Je dirais qu'en sortant de cette BD, je comprends mieux les arguments envers cette Europe et pourquoi elle est si défendue. Je continue de trouver que cette Europe est une porte d'entrée massive du libéralisme et du capitalisme débridée, ce qui est assez peu abordé, mais je suis plus ouvert au débat. Ce qui est par contre dommage, c'est de voir la guerre en Ukraine s'introduire dans les débats et la façon dont tout ceci gangrène les autres débats, notamment écologique par exemple. En définitive, cette BD est une matière a réfléchir sur l'UE, structure vaste et complexe qui influe énormément sur notre vie. Il y a une vraie réflexion dans la BD sur le fait que le citoyen européen ne comprend pas ce qu'est cette structure si importante, mais qu'elle est presque inaccessible sans connaissances politiques, juridiques et économiques solides. Et même avec, la compréhension de ses rouages est obscur, et il semblerait que la corruption ou les débats à huis-clos enrayent encore la clarté de celle-ci. Bref, je ne sais pas ce qu'est l'Europe en sortant de la BD, mais je comprends un peu mieux l'étendue de mon ignorance. C'est déjà ça !
Un été d'enfer !
Une BD sympathique sur un été en camp de vacances, où l'originalité est d'être un camp de vacances pour russophones aux États-Unis. Mais l'histoire est surtout celle d'une jeune femme qui découvre à la dure que l'amitié n'est pas si simple ... Le récit est assez classique, mais bien mené. La jeune fille est enthousiaste et volontaire pour aller dans ce camp de vacances, mais déchante vite au contact de la méchanceté d'autres enfants, le sentiment d'être perdu et l'exclusion. Son été sera donc un apprentissage jusqu'à arriver à trouver une place, des liens et passer un meilleur moment que ses premiers jours. Le déroulé est donc classique, assez mignon dans certains détails et attachant, mais lorsque j'en suis ressorti je me suis dit que la BD ne m'avait pas marqué spécialement non plus. La lecture est fluide et plaisante, mais pas marquante. Sans doute parce que j'ai lu d'autres récits jeunesses qui m'ont plus marqués. L'autrice est sincère dans sa démarche, mais je dois avouer que ça n'a pas suffit à me satisfaire. Tant pis !