Floyd Gottfredson a repris les strips quotidiens de Mickey, à la suite d'Ub Iwerks. C'est lui qui a fixé l'image du Mickey classique que nous avons tous aujourd'hui, ainsi que celle de Minnie, Dingo et de nombreux autres personnages. Mais les histoires sont très limitées par les standards et les préjugés de l'époque. Voyez l'épisode des gitans ! Plus tard, et au fil des décennies, surtout dans les années 50 et 60, il a construit, avec l'aide de plusieurs scénaristes, une œuvre plus personnelle et en même temps universelle, et avec quelques personnages mémorables.
J’ai lu cet ensemble dans la récente réédition qui, il faut le dire, est sans doute un must pour les amateurs de l’auteure. En effet, outre les trois albums repris, sont regroupés aussi plusieurs analyses (de l’auteure elle-même, et d’autres spécialistes de son œuvre). Il est aussi probable que dessin, et surtout colorisation, aient été un minimum revus par rapport aux albums originaux.
C’est en particulier le cas je pense sur les histoires courtes de « 1996 again », dont le rendu se rapproche un peu de certains auteurs plus « tardifs », comme Burns ou Mezzo. J’ai bien aimé ce dessin. Car, même si ce trait classique est très bon sur tous les albums, j’aime moins les couleurs grisâtres, voire ternes de nombres de pages de Montellier.
« 1996 again » garde pas mal trace des collaborations de l’auteur à des publications très engagées à gauche (voire anarchistes). Mais le propos est souvent obscur et peu avenant, froid, passe mal (surtout que la plupart des récits sont vraiment très très courts).
« Wonder city » me plait moins esthétiquement – même si la bichromie n’est pas inintéressante. C’est une histoire d’amour dans un univers qui s’y prête assez peu, un univers dystopique et anxiogène, que j’aurais aimé voir plus développé (voir mon avis sur cet album).
« Shelter Market » est plus surprenant. On y retrouve là encore pas mal d’idées engagées, quelque chose de très politique (certaines planches m’ont fait penser au tableau « Invading new markets » d’Andy Singer, on y retrouve la sculpture « Supermarket Lady » de Duane Hanson). C’est un album qui a été fortement remanié et prolongé (en plusieurs étapes) depuis sa création au début des années 1980. On y retrouve mélangés plusieurs thèmes, comme les conséquences de la Guerre froide, la vulgarité de la société de consommation, etc. La vision est caustique, mais assez pessimiste.
Un témoignage d’une auteure et d’une époque, mais certains passages et messages des récits de Montellier n’ont pas perdu de leur force et de leur pertinence.
Voici un projet véritablement original : à travers les péripéties liées à la circulation du squelette de Descartes, évoquer la pensée cartésienne du philosophe et les avancées des sciences durant les quelques siècles qui suivirent, et tout cela au sein d'une intrigue à la lisière du documentaire et de l'enquête policière, une intrigue certes exigeante, mais tout à fait accessible pour le grand public.
Les exubérances du projet trouvent une déclinaison intéressante visuellement, avec certaines mises en page fort intrigantes et légitimes, un usage de la couleur rare, mais lui aussi intéressant.
Ces grandes qualités nommées, force est néanmoins de constater que la lecture est davantage stimulante que plaisante. Le formalisme visuel aurait pu être plus fréquent, l'humour davantage présent en appuyant plus finement sur le rocambolesque des péripéties, le récit avancer avec davantage de fluidité, en générant davantage de tension dans ses aspects "policiers".
Une bonne BD très originale, mais qui enthousiasme modérément. Une autrice à suivre.
Vaste chantier que de retracer l'histoire des jardins. C'est le défi qu'a cependant réussi à surmonter Catherine Delvaux, ancienne rédactrice en chef de la revue Détente jardin et autrice de nombreux ouvrages sur le sujet. Elle a choisi, histoire oblige, une progression chronologique, du néolithique à nos jours.
Du besoin physiologique de se nourrir, à l'apparition des jardins d'agrément, en passant par les jardins ouvriers, les jardins à la française, à l'anglaise, tout y est, ou presque. Et c'est intéressant de voir comment, parfois, ces jardins "collent" à l'actualité socio-économique : en réaction à la Révolution industrielle, pour faire écho aux préoccupations climatiques ces dernières décennies, etc. L'ensemble est un bouquin très dense, plus de 224 pages qui ne se dévorent pas très vite, mais devant lesquelles on se doit de prendre son temps, comme face à un jardin zen au Japon... C'est un voyage à travers le temps, la géographie, auquel elle nous convie.
Côté graphique c'est Simon Hureau, dessinateur chevronné connu notamment pour L'Empire des hauts murs, qui œuvre, et on sent qu'il a beaucoup bossé pour recréer les ambiances visuelles des différents jardins, lorsqu'elles sont connues. On notera également qu'il a entièrement réalisé par le passé L'Oasis, dans lequel il parlait de sa passion pour son jardin. Ariane Borra fait aussi un super boulot aux couleurs, jouant beaucoup sur les nuances, important lorsqu'on parle de plantes et de fleurs.
Bref, c'est du bon boulot, mais c'est un peu long, même si cette longueur se justifie par la densité du sujet.
2.5
Le point fort de cet album est sans contredit son dessin. Je l'ai aimé dès les premières cases. J'ai adoré l'atmosphère étrange qui se dégage du dessin et qui allait à merveille pour ce type de récit où on ne sait pas ce qui est vrai ou non.
En fait, le problème vient du scénario qui au final est une histoire banale sur des hallucinations. Le récit est pas mauvais en tant que tels, mais le manque d'originalité fait en sorte que ce n'est pas très palpitant à lire et en plus j'ai fini par deviner un peu trop facilement ce qui se passait. Ce qui n'aide pas est que l'auteur semble préféré enchainer les scènes spectaculaires au lieu de bien approfondir ses idées. Je suis resté sur ma faim, on dirait que ça se termine en milieu de récit.
Pas vraiment au fait des histoires des dynasties romaines, j'avoue m'être fait surprendre par l'histoire de Poppée que je ne connaissais pas.
Poppée, connue pour avoir été la compagne de Néron, fut une femme ambitieuse et calculatrice, qui ne recula devant rien pour parvenir à ses fins.
Issue d'une famille prestigieuse remontant à Alexandre Le Grand, tombée en disgrâce à cause d'une machination de l'épouse de l'empereur Claude, Poppée en gardera une rancœur tenace qui nourrira sa soif de vengeance et de pouvoir. Ce qu'elle parviendra merveilleusement à faire, mais à quel prix...
Je vous laisse la surprisse de sa seconde vie, pour ceux qui ne la connaissent pas, je ne vais pas vous spoiler !
C'est plutôt bien mené, tant sur le dessin que sur le scénario : la colorisation un peu terne de Lou surprend au début mais est finalement bien trouvée pour imposer une ambiance globale qui se marie parfaitement avec nos personnages et leurs péripéties.
Voilà en tout cas un personnage historique que je ne connaissais pas, très bien mis en lumière par cet album.
(3.5/5)
Rosa traverse son année de collège en sixième avec son ami imaginaire, Aldo, en naviguant entre école, famille, nouvelles amitiés et un quotidien légèrement décalé.
C'est un récit plein de charme et de douceur. Il y a quelque chose de poétique dans ce quotidien un peu loufoque, avec des idées qui frôlent gentiment l’absurde (la professeure qui donne uniquement des cours sur elle-même, les parents qui vident méthodiquement leur maison pour faire de l'espace…), et qui m’ont fait penser par moments à l’univers de Boris Vian. Dans un registre différent, j’ai aussi retrouvé une forme de douceur dans le ton et le rythme, un mélange de légèreté et de petites touches d’humour qui, associé à la structure en courts chapitres, au graphisme et à la colorisation, m’a évoqué certains films du Studio Ghibli, notamment Mes voisins les Yamada.
C’est plaisant à lire, souvent mignon, et visuellement assez joli, avec une vraie cohérence entre le fond et la forme. Mais en même temps, j’ai eu du mal à être totalement embarqué. Le récit donne l’impression de multiplier les pistes sans jamais vraiment en creuser une en profondeur. Il n’y a pas de véritable intrigue qui s’installe, ni de thématique centrale qui s’impose clairement, plutôt un ensemble de sujets effleurés (l’amitié, la différence, l’entrée dans l’adolescence, la famille…) qui restent à l’état d’ébauche. Même certains éléments intéressants, comme le fait que Rosa tienne fermement à s'habiller et se coiffer comme un garçon, restent finalement assez neutres dans le propos. C’est un trait de personnage plutôt agréable, traité sans lourdeur, mais qui ne semble pas porter de réflexion particulière sur l'identité sexuelle, les enfants de cet âge-là s'en moquant bien.
C'est un album au charme indéniable, et j’ai souvent eu l’impression d’être à deux doigts de me laisser emporter par son ambiance et sa poésie… sans que cela prenne complètement. Il m'a manqué une intrigue plus concrète, ou quelque chose de plus structurant, pour que l’ensemble dépasse le stade de la jolie esquisse et me marque vraiment.
Voilà un ovni que je conseille de feuilleter avant d’acheter, tant le contenu de ce petit pavé peut aisément rebuter nombre de lecteurs.
L’album s’écarte des sentiers battus dans tous les domaines.
Visuellement d’abord, puisque c’est une sorte de roman-photo. Mais Lecointre semble avoir retravaillé tout ça pour accentuer certains côtés vieillots, j’ai parfois eu l’impression qu’il faisait en sorte de nous donner des images de mauvaise qualité. Retravaillées aussi ces photos car on a droit à pas mal de « collages », auxquels s’ajoute les dessins de Lecointre, et son personnage principal, Poulenc, avec une tête bizarre, un peu de travers, toujours l’air renfrognée.
Le récit est difficilement appréhendable, même si la fin livre quelques clés – mais pas toutes. Une sorte de voyage dans la psyché, l’inconscient du héros, rêves et réalité se mêlent sans que le lecteur ne soit toujours informé ou conscient des limites ou des liens entre les deux.
Formellement et en partie narrativement, il y a pas mal d’accointances avec une sorte de surréalisme (parfois aussi on pense aux situationnistes). Il est clair qu’il ne faut pas ne jurer que par un récit cartésien, sinon vous allez souffrir !
C’est une expérience de lecture originale. L’intrigue et l’esthétique amènent vers une sorte de SF rétro, souvent asphyxiante, absurde, et très noire.
Lénaïc Vilain développe gentiment une œuvre de plus en plus autobiographique, mélangeant sociologie et humour, avec généralement une critique sociale marquée à gauche.
On le retrouve ici pour nous présenter son expérience de supporter. Mais pas forcément au sens où le grand public l’entend. Et pourtant, il est bien membre d’un « kop », c’est une sorte « d’ultra ». Mais d’un club satellite de la banlieue parisienne, au très fort ancrage local et politique, le Red Star : c’est deux aspects sont au cœur de son récit, alors même que le vieux stade – historique et presque anachronique – est en « rénovation », et alors qu’un fonds d’investissement américain semble vouloir redéfinir les priorités du club.
Le récit transpire la sincérité, et donne un éclairage intéressant sur la survivance d’une conscience politique et éthique au sein des supporters du clubs, qui sont éloignés des néo-nazis racistes auxquels on pense lorsqu’on évoque les ultras – mais aussi éloignés des bobos voire grands bourgeois peuplant certaines tribunes pêchues du Parc des Princes.
Une petite lecture sympathique.
Au départ, Le Village prend les allures d’un thriller mystérieux plutôt classique : une ambiance pesante, des événements inquiétants et une intrigue qui installe progressivement le doute. Puis le récit glisse peu à peu vers la science-fiction, donnant une autre ampleur à l’histoire et apportant une dimension inattendue. Ce mélange fonctionne bien et maintient le lecteur dans l’attente des révélations jusqu’au bout.
Pour ma part, j’ai tout de suite été attiré par cette BD grâce à sa couverture, que j’ai trouvée particulièrement réussie et intrigante. Une fois lancé dans la lecture, je me suis laissé embarquer facilement. Le récit est bien mené, le suspense fonctionne et on ne décroche pas. L’histoire est prenante, efficace, et j’ai passé un bon moment du début à la fin.
Le dessin est lui aussi à la hauteur : sans être exceptionnel, il est largement convaincant et accompagne bien l’ambiance du récit. Il fait le travail avec sérieux et participe à rendre la lecture agréable.
Malgré cela, il m’a manqué un petit quelque chose pour que cette BD me marque davantage. Tout est bien fait, l’ensemble est solide, mais il manque cette étincelle qui aurait pu la rendre vraiment mémorable. Cela reste malgré tout une lecture agréable et efficace, qui remplit bien son rôle.
Une BD prenante et bien construite, qui mélange habilement thriller et science-fiction. Il lui manque un supplément d’âme pour se hisser au-dessus du lot, mais cela reste une lecture très agréable.
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L'Intégrale de Mickey
Floyd Gottfredson a repris les strips quotidiens de Mickey, à la suite d'Ub Iwerks. C'est lui qui a fixé l'image du Mickey classique que nous avons tous aujourd'hui, ainsi que celle de Minnie, Dingo et de nombreux autres personnages. Mais les histoires sont très limitées par les standards et les préjugés de l'époque. Voyez l'épisode des gitans ! Plus tard, et au fil des décennies, surtout dans les années 50 et 60, il a construit, avec l'aide de plusieurs scénaristes, une œuvre plus personnelle et en même temps universelle, et avec quelques personnages mémorables.
Social fiction
J’ai lu cet ensemble dans la récente réédition qui, il faut le dire, est sans doute un must pour les amateurs de l’auteure. En effet, outre les trois albums repris, sont regroupés aussi plusieurs analyses (de l’auteure elle-même, et d’autres spécialistes de son œuvre). Il est aussi probable que dessin, et surtout colorisation, aient été un minimum revus par rapport aux albums originaux. C’est en particulier le cas je pense sur les histoires courtes de « 1996 again », dont le rendu se rapproche un peu de certains auteurs plus « tardifs », comme Burns ou Mezzo. J’ai bien aimé ce dessin. Car, même si ce trait classique est très bon sur tous les albums, j’aime moins les couleurs grisâtres, voire ternes de nombres de pages de Montellier. « 1996 again » garde pas mal trace des collaborations de l’auteur à des publications très engagées à gauche (voire anarchistes). Mais le propos est souvent obscur et peu avenant, froid, passe mal (surtout que la plupart des récits sont vraiment très très courts). « Wonder city » me plait moins esthétiquement – même si la bichromie n’est pas inintéressante. C’est une histoire d’amour dans un univers qui s’y prête assez peu, un univers dystopique et anxiogène, que j’aurais aimé voir plus développé (voir mon avis sur cet album). « Shelter Market » est plus surprenant. On y retrouve là encore pas mal d’idées engagées, quelque chose de très politique (certaines planches m’ont fait penser au tableau « Invading new markets » d’Andy Singer, on y retrouve la sculpture « Supermarket Lady » de Duane Hanson). C’est un album qui a été fortement remanié et prolongé (en plusieurs étapes) depuis sa création au début des années 1980. On y retrouve mélangés plusieurs thèmes, comme les conséquences de la Guerre froide, la vulgarité de la société de consommation, etc. La vision est caustique, mais assez pessimiste. Un témoignage d’une auteure et d’une époque, mais certains passages et messages des récits de Montellier n’ont pas perdu de leur force et de leur pertinence.
La Tête de mort venue de Suède
Voici un projet véritablement original : à travers les péripéties liées à la circulation du squelette de Descartes, évoquer la pensée cartésienne du philosophe et les avancées des sciences durant les quelques siècles qui suivirent, et tout cela au sein d'une intrigue à la lisière du documentaire et de l'enquête policière, une intrigue certes exigeante, mais tout à fait accessible pour le grand public. Les exubérances du projet trouvent une déclinaison intéressante visuellement, avec certaines mises en page fort intrigantes et légitimes, un usage de la couleur rare, mais lui aussi intéressant. Ces grandes qualités nommées, force est néanmoins de constater que la lecture est davantage stimulante que plaisante. Le formalisme visuel aurait pu être plus fréquent, l'humour davantage présent en appuyant plus finement sur le rocambolesque des péripéties, le récit avancer avec davantage de fluidité, en générant davantage de tension dans ses aspects "policiers". Une bonne BD très originale, mais qui enthousiasme modérément. Une autrice à suivre.
La Belle histoire des jardins
Vaste chantier que de retracer l'histoire des jardins. C'est le défi qu'a cependant réussi à surmonter Catherine Delvaux, ancienne rédactrice en chef de la revue Détente jardin et autrice de nombreux ouvrages sur le sujet. Elle a choisi, histoire oblige, une progression chronologique, du néolithique à nos jours. Du besoin physiologique de se nourrir, à l'apparition des jardins d'agrément, en passant par les jardins ouvriers, les jardins à la française, à l'anglaise, tout y est, ou presque. Et c'est intéressant de voir comment, parfois, ces jardins "collent" à l'actualité socio-économique : en réaction à la Révolution industrielle, pour faire écho aux préoccupations climatiques ces dernières décennies, etc. L'ensemble est un bouquin très dense, plus de 224 pages qui ne se dévorent pas très vite, mais devant lesquelles on se doit de prendre son temps, comme face à un jardin zen au Japon... C'est un voyage à travers le temps, la géographie, auquel elle nous convie. Côté graphique c'est Simon Hureau, dessinateur chevronné connu notamment pour L'Empire des hauts murs, qui œuvre, et on sent qu'il a beaucoup bossé pour recréer les ambiances visuelles des différents jardins, lorsqu'elles sont connues. On notera également qu'il a entièrement réalisé par le passé L'Oasis, dans lequel il parlait de sa passion pour son jardin. Ariane Borra fait aussi un super boulot aux couleurs, jouant beaucoup sur les nuances, important lorsqu'on parle de plantes et de fleurs. Bref, c'est du bon boulot, mais c'est un peu long, même si cette longueur se justifie par la densité du sujet.
Clinton Road
2.5 Le point fort de cet album est sans contredit son dessin. Je l'ai aimé dès les premières cases. J'ai adoré l'atmosphère étrange qui se dégage du dessin et qui allait à merveille pour ce type de récit où on ne sait pas ce qui est vrai ou non. En fait, le problème vient du scénario qui au final est une histoire banale sur des hallucinations. Le récit est pas mauvais en tant que tels, mais le manque d'originalité fait en sorte que ce n'est pas très palpitant à lire et en plus j'ai fini par deviner un peu trop facilement ce qui se passait. Ce qui n'aide pas est que l'auteur semble préféré enchainer les scènes spectaculaires au lieu de bien approfondir ses idées. Je suis resté sur ma faim, on dirait que ça se termine en milieu de récit.
Poppée - La femme qui vécut deux fois
Pas vraiment au fait des histoires des dynasties romaines, j'avoue m'être fait surprendre par l'histoire de Poppée que je ne connaissais pas. Poppée, connue pour avoir été la compagne de Néron, fut une femme ambitieuse et calculatrice, qui ne recula devant rien pour parvenir à ses fins. Issue d'une famille prestigieuse remontant à Alexandre Le Grand, tombée en disgrâce à cause d'une machination de l'épouse de l'empereur Claude, Poppée en gardera une rancœur tenace qui nourrira sa soif de vengeance et de pouvoir. Ce qu'elle parviendra merveilleusement à faire, mais à quel prix... Je vous laisse la surprisse de sa seconde vie, pour ceux qui ne la connaissent pas, je ne vais pas vous spoiler ! C'est plutôt bien mené, tant sur le dessin que sur le scénario : la colorisation un peu terne de Lou surprend au début mais est finalement bien trouvée pour imposer une ambiance globale qui se marie parfaitement avec nos personnages et leurs péripéties. Voilà en tout cas un personnage historique que je ne connaissais pas, très bien mis en lumière par cet album. (3.5/5)
Aldo et Rosa
Rosa traverse son année de collège en sixième avec son ami imaginaire, Aldo, en naviguant entre école, famille, nouvelles amitiés et un quotidien légèrement décalé. C'est un récit plein de charme et de douceur. Il y a quelque chose de poétique dans ce quotidien un peu loufoque, avec des idées qui frôlent gentiment l’absurde (la professeure qui donne uniquement des cours sur elle-même, les parents qui vident méthodiquement leur maison pour faire de l'espace…), et qui m’ont fait penser par moments à l’univers de Boris Vian. Dans un registre différent, j’ai aussi retrouvé une forme de douceur dans le ton et le rythme, un mélange de légèreté et de petites touches d’humour qui, associé à la structure en courts chapitres, au graphisme et à la colorisation, m’a évoqué certains films du Studio Ghibli, notamment Mes voisins les Yamada. C’est plaisant à lire, souvent mignon, et visuellement assez joli, avec une vraie cohérence entre le fond et la forme. Mais en même temps, j’ai eu du mal à être totalement embarqué. Le récit donne l’impression de multiplier les pistes sans jamais vraiment en creuser une en profondeur. Il n’y a pas de véritable intrigue qui s’installe, ni de thématique centrale qui s’impose clairement, plutôt un ensemble de sujets effleurés (l’amitié, la différence, l’entrée dans l’adolescence, la famille…) qui restent à l’état d’ébauche. Même certains éléments intéressants, comme le fait que Rosa tienne fermement à s'habiller et se coiffer comme un garçon, restent finalement assez neutres dans le propos. C’est un trait de personnage plutôt agréable, traité sans lourdeur, mais qui ne semble pas porter de réflexion particulière sur l'identité sexuelle, les enfants de cet âge-là s'en moquant bien. C'est un album au charme indéniable, et j’ai souvent eu l’impression d’être à deux doigts de me laisser emporter par son ambiance et sa poésie… sans que cela prenne complètement. Il m'a manqué une intrigue plus concrète, ou quelque chose de plus structurant, pour que l’ensemble dépasse le stade de la jolie esquisse et me marque vraiment.
Barcarolle
Voilà un ovni que je conseille de feuilleter avant d’acheter, tant le contenu de ce petit pavé peut aisément rebuter nombre de lecteurs. L’album s’écarte des sentiers battus dans tous les domaines. Visuellement d’abord, puisque c’est une sorte de roman-photo. Mais Lecointre semble avoir retravaillé tout ça pour accentuer certains côtés vieillots, j’ai parfois eu l’impression qu’il faisait en sorte de nous donner des images de mauvaise qualité. Retravaillées aussi ces photos car on a droit à pas mal de « collages », auxquels s’ajoute les dessins de Lecointre, et son personnage principal, Poulenc, avec une tête bizarre, un peu de travers, toujours l’air renfrognée. Le récit est difficilement appréhendable, même si la fin livre quelques clés – mais pas toutes. Une sorte de voyage dans la psyché, l’inconscient du héros, rêves et réalité se mêlent sans que le lecteur ne soit toujours informé ou conscient des limites ou des liens entre les deux. Formellement et en partie narrativement, il y a pas mal d’accointances avec une sorte de surréalisme (parfois aussi on pense aux situationnistes). Il est clair qu’il ne faut pas ne jurer que par un récit cartésien, sinon vous allez souffrir ! C’est une expérience de lecture originale. L’intrigue et l’esthétique amènent vers une sorte de SF rétro, souvent asphyxiante, absurde, et très noire.
Tribune(s) - Chroniques de gradins
Lénaïc Vilain développe gentiment une œuvre de plus en plus autobiographique, mélangeant sociologie et humour, avec généralement une critique sociale marquée à gauche. On le retrouve ici pour nous présenter son expérience de supporter. Mais pas forcément au sens où le grand public l’entend. Et pourtant, il est bien membre d’un « kop », c’est une sorte « d’ultra ». Mais d’un club satellite de la banlieue parisienne, au très fort ancrage local et politique, le Red Star : c’est deux aspects sont au cœur de son récit, alors même que le vieux stade – historique et presque anachronique – est en « rénovation », et alors qu’un fonds d’investissement américain semble vouloir redéfinir les priorités du club. Le récit transpire la sincérité, et donne un éclairage intéressant sur la survivance d’une conscience politique et éthique au sein des supporters du clubs, qui sont éloignés des néo-nazis racistes auxquels on pense lorsqu’on évoque les ultras – mais aussi éloignés des bobos voire grands bourgeois peuplant certaines tribunes pêchues du Parc des Princes. Une petite lecture sympathique.
Le Village (Delcourt)
Au départ, Le Village prend les allures d’un thriller mystérieux plutôt classique : une ambiance pesante, des événements inquiétants et une intrigue qui installe progressivement le doute. Puis le récit glisse peu à peu vers la science-fiction, donnant une autre ampleur à l’histoire et apportant une dimension inattendue. Ce mélange fonctionne bien et maintient le lecteur dans l’attente des révélations jusqu’au bout. Pour ma part, j’ai tout de suite été attiré par cette BD grâce à sa couverture, que j’ai trouvée particulièrement réussie et intrigante. Une fois lancé dans la lecture, je me suis laissé embarquer facilement. Le récit est bien mené, le suspense fonctionne et on ne décroche pas. L’histoire est prenante, efficace, et j’ai passé un bon moment du début à la fin. Le dessin est lui aussi à la hauteur : sans être exceptionnel, il est largement convaincant et accompagne bien l’ambiance du récit. Il fait le travail avec sérieux et participe à rendre la lecture agréable. Malgré cela, il m’a manqué un petit quelque chose pour que cette BD me marque davantage. Tout est bien fait, l’ensemble est solide, mais il manque cette étincelle qui aurait pu la rendre vraiment mémorable. Cela reste malgré tout une lecture agréable et efficace, qui remplit bien son rôle. Une BD prenante et bien construite, qui mélange habilement thriller et science-fiction. Il lui manque un supplément d’âme pour se hisser au-dessus du lot, mais cela reste une lecture très agréable.