Bon, il faut quand même accepter pas mal de choses improbables pour suivre jusqu’au bout cette histoire. Le fait qu’une quinzaine de tueurs en séries (tous psychopathes et « spécialistes » d’un type de meurtre – souvent sadique), faisant d’un bled comme Buckaroo une sorte de capitale de la folie (quasiment un parc de loisir sur le thème des serial killers), ou alors les énormes souterrains – et tout ce qui s’y trouve (dont de fausses sculptures aztèques ???) – qui semble avoir une superficie improbable – et une hauteur tout aussi incroyable, voilà quand même des choses que j’ai eu du mal à accepter.
J’ai aussi trouvé répétitif et lassants certains procédés, comme celui des très nombreuses scènes où un personnage dit ou fait quelque chose de surprenant et violent, pour qu’ensuite on découvre que c’est juste quelque chose qu’il imagine, l’action reprenant ensuite comme si de rien n’était.
Ceci étant posé, ça reste une lecture assez dynamique, avec moult rebondissements – autour de l’intrigue, ou des – très – nombreux personnages. Plus l’intrigue avance, plus le lecteur est perdu. Il faut dire qu’avec tous ces tueurs – et un flic aux méthodes d’interrogatoire un peu « musclées », le sang coule…
Pas forcément ma came, mais ça se laisse lire. Mais les répétitions évoquées plus haut et quelques longueurs me faisaient au bout d’un moment attendre la fin avec impatience.
Un one-shot qui contient trois histoires courtes entre-coupé de dialogues entre des philosophes connus qui parle de trucs morbides. C'est verbeux, mais à aucun moment j'ai eu l'impression que les histoires font du surplace. En revanche, lire l'album d'une traite est peut-être une mauvaise. En tout cas, vers la les scènes avec les philosophes ont fini par me lasser un peu.
Foerster montre tout l'étendu de son imagination au travers de ses histoires et son dessin en noir et blanc est toujours aussi superbe. Malheureusement, s'il a beaucoup d'imaginations, il utilise aussi souvent les mêmes thèmes et du coup à force lire ses récits horrifiques, j'ai un peu l'impression qu'il se répète un peu dans les destins tragiques de ses personnages. C'est surtout le cas avec le second récit, au bout d'un moment on comprend très bien comment va finir le personnage principal et du coup j'avais juste envie que ce récit se termine pour qu'on passe à autre chose.
De plus, je pense qu’il n’y a que la première histoire qui m’a vraiment marqué, une critique rigolote et macabre de Noel et comment on ne peut pas échapper à cette période de l’année ! Un album à emprunter donc.
Un album qui selon-moi représente bien les qualités et les défauts de l'œuvre de Foerster.
Parmi les qualités, il y a bien sur le dessin dynamique et si personnel de Foerster que j'aime bien. Le scénario est original et aussi très loufoque (pour accrocher au scénario, il faut vraiment accepter tout ce qui se produits) et lorsqu'on a toutes les explications on voit à quel point l'histoire est tordue. Il y a une bonne galerie de personnages excentriques et il y a de bonnes scènes.
Malheureusement, comme souvent avec Foerster le scénario est aussi très verbeux. Cela ne me dérange pas si c'est bien écrit comme le faisait des scénaristes comme Greg ou Jean-Claude Forest et j'ai déjà apprécié des textes avec beaucoup de textes écrient par Foerster. Le problème est qu'ici le texte verbeux ralenti trop l'action. Au début, je trouvais que cela prenait un peu trop de temps avant que l'action débarque enfin et vers le milieu de l'album je trouvais que l'auteur ralentissait volontairement son récit pour l'étirer inutilement. Cela tourne quand même en rond pendant un moment alors que l'héroïne est présentée comme quelqu'un d'invincible qui peut battre tout le monde facilement.
Cela reste correct, mais ce n'est pas un album que j'aurais envie de relire au complet un jour.
J'ai lu la réédition paru en 2020 dont la colorisation semble différente de la première édition. Cela ne m'a pas dérangé parce que j'aime bien comment sont utilisées les couleurs dans la version que j'ai lue.
Foerster s'approprie le personnage de Pinocchio (et il le refera plus tard avec sa série 'Gueule de bois') et comme les autres posteurs l'ont souligné, ce Pinocchio ressemble plus au monstre de Frankenstein qu'au Pinocchio qu'on connait. Un monstre de Frankenstein qui n'aurait pas été rejeté par son créateur (ou plutôt créatrice ici), mais comme ce Pinocchio ne connait pas sa force et ne comprend pas trop ce qui se passe autour de lui, cela va amener du drame....Le récit est classique, mais efficace. On retrouve un condensé du talent de Foerster et c'est vraiment un album que je recommanderais si on veut un bon aperçu de son œuvre.
Je recommanderais toutefois un emprunt parce que ça se lit un peu trop vite pour que ça soit une lecture marquante et mémorable. Cela reste un bon divertissement.
La principale qualité de cette série est de s’emparer d’une histoire connue de tous, et de la réinterpréter, de façon relativement originale, sans sombrer dans le n’importe quoi ou trop de facilités (même s’il y en a quand même !).
Je ne sais pas si le troisième tome conclut la série, ou un cycle (une suite est tout à fait possible). Il donne en tout cas l’acte de naissance de Robin des bois. J’étais étonné durant ma lecture de ne pas le voir justement, et son introduction – dans une personnalité multiple – en fin d’album, m’a à la fois rassuré et intrigué.
L’intrigue est bien ancrée dans l’histoire de la fin du XIIème siècle (cet aspect est intéressant, les petits hameaux – plus que les grosses villes, sont importants et bien représentés), et met en place progressivement personnages et fil rouge : le duo formé par Marianne en jeune châtelaine et le shérif de Nottingham est original, et tout chez eux n’est pas cousu de fils blancs.
Bon, ceci étant dit, malgré ces remarques positives, et le fait que l’histoire se laisse lire agréablement, ça ne m’a pas marqué plus que ça. Il y a quand même quelques passages « flous », des facilités (par exemple tout le long passage au début, sorte de « test » autour du shérif – qui s’en sort seul contre une demi-douzaine de types, sans que quiconque ne soit sévèrement blessé ou, dans le troisième tome, l’affrontement un peu bordélique entre Troglo et Merry men). Il y a aussi quelques longueurs, et ces trois premiers tomes semblent presque n’être qu’une mise en place (combien de tomes sont/étaient prévus ?).
Si le dessin est globalement bon, je n’ai ni aimé ni compris ce tic de représenter « la capuche » d’une façon que son visage n’apparaisse pas du tout (ça donne un truc improbable). C’est d’autant plus dommage que déjà les visages sont souvent le point faible – en tout cas le résultat est plus inégal que pour les décors, bien mieux réussis.
Ça se laisse lire, l’époque est très bien restituée et, globalement, l’arrière-plan historique est lui aussi bien utilisé. Avec un De Gaulle à la fois olympien et « tranquille », donnant des sueurs froides à ses gardes du corps.
Gardes du corps au cœur du récit donc, avec un petit nouveau qui arrive pour diriger trois anciens. Avec le titre, la couverture, je m’imaginais quelque chose jouant sur le même registre que les dialogues d’Audiard, avec bons mots et bourres-pifs qui fusent.
Et en fait ça n’est pas forcément le cas – en tout cas bien moins que je l’espérais au départ. Du coup, si la lecture s’est avérée fluide et plutôt agréable, je suis sorti un chouia frustré de ce premier album. Le très grand format, le papier épais font un peu classieux, un dossier en fin d’album apporte un petit plus. Mais, au vu de ce premier album, je ne sais pas si les dix albums semble-t-il prévus ne sont pas de trop, s’il y a vraiment matière à « tenir » sans étirer outre mesure les mêmes dialogues et situations.
A voir donc. Ce tome inaugural pose le décor – et quelques questions – mais j’attends la suite plutôt avec envie (le dessin est vraiment bon lui, et aide clairement à la fluidité et au plaisir de lecture).
Chiqui de la Fuente (frére de Victor et de Ramón) a surtout travaillé pour des collections de classiques de la littérature destinées à la jeunesse. Il a obtenu à juste titre un certain succès avec ses adaptations BD dans plusieurs pays. Le style de son dessin est original et facilement identifiable, ayant réussi à s’émanciper de ses frères. Il s’agit ici de l’un des contes les plus célèbres de tous les temps, de la plume de Charles Dickens, connu comme « l’homme qui a inventé Noël ».
J’ai lu pour le moment les deux premiers albums (chacun se lit comme un one-shot, c’est presque plus une collection qu’une série, les auteurs changeant d’un album à l’autre).
Chaque album traite d’un train ou d’une voie ferrée plus ou moins « mythique ». Mais surtout le fait de façon très différente.
Dans le premier album, « L’Orient-express », c’est en fait une sorte d’enquête policière, autour d’un attentat ayant frappé un pont sur la ligne en 1931 (je ne connaissais pas cet événement – où Joséphine Baker fut impliquée, mais il est bien réel), tandis que le deuxième album, « Le Transcontinental », retrace uniquement la construction de la ligne traversant les Etats-Unis naissants.
« L’Orient-Express » se laisse lire, mais l’enquête est un peu poussive, l’arrière-plan historique (montée du Nazisme et plus généralement du fascisme en Europe) n’étant pas assez développé à mon goût. Surtout, l’Orient-Express lui-même n’est ici qu’un décor, et n’apparait finalement que très peu. Le dossier final complète bien le récit, en éclairant davantage l’histoire de ce train (y compris au niveau des romans et films qui l’ont utilisé comme décor), un dossier bien fichu.
« Le Transcontinental » possède a priori plus de potentiel, et m’intéressait aussi a priori davantage. Il alterne avec les deux équipes/sociétés impliquées dans sa construction, un tronçon partant de Sacramento, l’autre de Omaha, jusqu’à leur jonction à Promontary. Le train en lui-même est ici aussi escamoté, puisque seule la construction est traitée, mais le train est au moins au centre du récit et des préoccupations de tous les protagonistes.
Protagonistes qui sont du coup très nombreux, comme les sujets abordés. Mais, en 48 pages, soit les sujets ne sont qu’effleurés (utilisation de la main d’œuvre chinoise, réactions et impactes liés aux tribus indiennes dépossédées voire massacrées, conflits sociaux, etc.) soit ils sont tout simplement « oubliés » (tout ce qui concerne les « barons voleurs », les avantages obtenus de la part de l’Etat autour des voies, les concessions, etc.).
Sur cet album, je trouve le format 48 pages de BD trop court pour tous les aspects liés au sujet. Et, même si le sujet m’intéressait davantage que le précédent – ou à cause de cela – j’ai été un peu frustré (l’histoire se lit très bien par contre). Frustrant aussi le dossier final, car il n’est quasiment constitué que de courtes biographies des principaux personnages entrevus, et d’un court chapitre sur l’emploi des Chinois : tous les riches aspects connexes ne sont donc pas développés.
Très tiraillé entre 3 et 4... Voilà une BD qui se situe exactement à 3,5/5 à mon échelle. J'ai d'abord eu une énorme coup de cœur pour le dessin de Jean-Denis Pendanx. Il est vraiment somptueux et restitue à merveille la beauté, la pureté et la grandeur de la forêt. Il nous fait comprendre à merveille la fascination de Geoffroy Delorme pour les chevreuils et leur habitat naturel.
Aidés par le sens narratif toujours aigu de Vincent Zabus, on entre donc peu à peu dans l'esprit de Geoffroy, et on se plaît à s'immiscer avec lui dans cette vie au beau milieu des bois, pas si solitaire. J'ai beaucoup aimé le fait qu'à la suite de Geoffroy Delorme, la bande dessinée ne revendique aucun discours. Il n'est question d'aucun militantisme ou d'aucune dimension politique quelle qu'elle soit. Non, c'est l'expérience de vie de Geoffroy, son dégoût des humains et son incapacité à s'adapter aux normes du monde dans lequel il vit qui le pousse vers la forêt.
Sans esprit de conquête ni même de survivalisme à proprement parler, il nous raconte comment il a découvert peu à peu la beauté mais aussi la dureté de la vie en forêt pour un être humain. Son récit prend souvent des airs documentaires quand il nous explique les meilleures manières de s'adapter à la vie au milieu des bois ou quand il décrit le mode de vie des chevreuils. Je n'aurais pas pensé être si intéressé par le sujet, et Zabus sait rendre cette histoire souvent captivante.
Malgré tout, ce qui m'empêche de monter à 4 étoiles, c'est tout de même cette absence de récit à proprement parler. On est davantage sur une bande dessinée à caractère informatif et documentaire que sur une histoire avec un début, un milieu, une fin... une narration, quoi. Le récit n'évolue que très peu, et il manque un semblant de climax ou d'émotion. J'aurais aimé partager les sentiments et les émotions que traverse Geoffroy, notamment quand il voit ses amis chevreuils mourir sous ses yeux. Mais la froideur de la narration nous en empêche, à moins que ce ne soit le côté très éclectique du récit, qui enchaîne plus des scénettes (avec un certain fil directeur, certes) qu'il ne raconte une histoire à proprement parler.
Dans l'ensemble, cette froideur de ton sert plus le récit qu'elle ne le dessert, mais je trouve que L'Homme-chevreuil manque alors d'une dimension qui aurait rendu l'histoire plus attachante ou émouvante. Cela ne m'a pas empêché de m'intéresser de très près à cette histoire d'autant plus étonnante qu'elle est vraie. J'ai tout de même appris beaucoup de choses et tiré beaucoup d'enseignements de cette histoire. Et encore une fois, le dessin est si beau qu'il justifie à lui seul la lecture de la bande dessinée.
Dufaux nous propose ici une série Fantasy des plus classiques, qui lorgne pas mal sur Thorgal (plusieurs noms de personnages sont assez « thorgaliens », et Hildegirrd est une sorte de Kriss de Valnor en version blonde). Les amateurs du genre et de cette série y trouveront sans doute leur compte (même si elle est moins longue et ambitieuse).
Le dessin d’Aouamri (qui vient d’ailleurs récemment de participer à un tome de la collection Thorgal Saga) est agréable (c’est même le point fort de la série !). Un trait assez gras, mais puissant, un style qui convient bien à ce type de récit d’aventure testostéronnée, jouant sur les mythes nordiques – et sur l’imagerie fantasy déjà développée ailleurs.
Dufaux joue le classique dans sa narration, et use moins qu’ailleurs – ce qui me convient – d’un fantastique trop souvent inutile.
Je regrette juste des commentaires off parfois un peu trop présents, voire inutiles.
A part Thorgal, l’autre influence serait certains personnages de comics avec ces corps bodybuildés (voir les premières planches du troisième tome, prétextes à montrer ces corps musculeux).
En introduction, Dufaux précise qu’il avait au départ en tête un diptyque, voire plusieurs diptyques, s’inspirant de différentes légendes nordiques. Au final la fin ouverte ménage un possible retour avec une suite ou d’autres histoires plus ou moins liées à celle-ci. Mais surtout ce diptyque est devenu une trilogie. Et ça se sent quand même un peu dans les deux derniers tomes, qui s’étirent un peu trop parfois (le deuxième tome est un peu « mou », un peu trop verbeux par exemple).
Une lecture d’emprunt.
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Nailbiter
Bon, il faut quand même accepter pas mal de choses improbables pour suivre jusqu’au bout cette histoire. Le fait qu’une quinzaine de tueurs en séries (tous psychopathes et « spécialistes » d’un type de meurtre – souvent sadique), faisant d’un bled comme Buckaroo une sorte de capitale de la folie (quasiment un parc de loisir sur le thème des serial killers), ou alors les énormes souterrains – et tout ce qui s’y trouve (dont de fausses sculptures aztèques ???) – qui semble avoir une superficie improbable – et une hauteur tout aussi incroyable, voilà quand même des choses que j’ai eu du mal à accepter. J’ai aussi trouvé répétitif et lassants certains procédés, comme celui des très nombreuses scènes où un personnage dit ou fait quelque chose de surprenant et violent, pour qu’ensuite on découvre que c’est juste quelque chose qu’il imagine, l’action reprenant ensuite comme si de rien n’était. Ceci étant posé, ça reste une lecture assez dynamique, avec moult rebondissements – autour de l’intrigue, ou des – très – nombreux personnages. Plus l’intrigue avance, plus le lecteur est perdu. Il faut dire qu’avec tous ces tueurs – et un flic aux méthodes d’interrogatoire un peu « musclées », le sang coule… Pas forcément ma came, mais ça se laisse lire. Mais les répétitions évoquées plus haut et quelques longueurs me faisaient au bout d’un moment attendre la fin avec impatience.
Un air de gravité
Un one-shot qui contient trois histoires courtes entre-coupé de dialogues entre des philosophes connus qui parle de trucs morbides. C'est verbeux, mais à aucun moment j'ai eu l'impression que les histoires font du surplace. En revanche, lire l'album d'une traite est peut-être une mauvaise. En tout cas, vers la les scènes avec les philosophes ont fini par me lasser un peu. Foerster montre tout l'étendu de son imagination au travers de ses histoires et son dessin en noir et blanc est toujours aussi superbe. Malheureusement, s'il a beaucoup d'imaginations, il utilise aussi souvent les mêmes thèmes et du coup à force lire ses récits horrifiques, j'ai un peu l'impression qu'il se répète un peu dans les destins tragiques de ses personnages. C'est surtout le cas avec le second récit, au bout d'un moment on comprend très bien comment va finir le personnage principal et du coup j'avais juste envie que ce récit se termine pour qu'on passe à autre chose. De plus, je pense qu’il n’y a que la première histoire qui m’a vraiment marqué, une critique rigolote et macabre de Noel et comment on ne peut pas échapper à cette période de l’année ! Un album à emprunter donc.
La Frontière
Un album qui selon-moi représente bien les qualités et les défauts de l'œuvre de Foerster. Parmi les qualités, il y a bien sur le dessin dynamique et si personnel de Foerster que j'aime bien. Le scénario est original et aussi très loufoque (pour accrocher au scénario, il faut vraiment accepter tout ce qui se produits) et lorsqu'on a toutes les explications on voit à quel point l'histoire est tordue. Il y a une bonne galerie de personnages excentriques et il y a de bonnes scènes. Malheureusement, comme souvent avec Foerster le scénario est aussi très verbeux. Cela ne me dérange pas si c'est bien écrit comme le faisait des scénaristes comme Greg ou Jean-Claude Forest et j'ai déjà apprécié des textes avec beaucoup de textes écrient par Foerster. Le problème est qu'ici le texte verbeux ralenti trop l'action. Au début, je trouvais que cela prenait un peu trop de temps avant que l'action débarque enfin et vers le milieu de l'album je trouvais que l'auteur ralentissait volontairement son récit pour l'étirer inutilement. Cela tourne quand même en rond pendant un moment alors que l'héroïne est présentée comme quelqu'un d'invincible qui peut battre tout le monde facilement. Cela reste correct, mais ce n'est pas un album que j'aurais envie de relire au complet un jour.
Pinocchio (Foerster)
J'ai lu la réédition paru en 2020 dont la colorisation semble différente de la première édition. Cela ne m'a pas dérangé parce que j'aime bien comment sont utilisées les couleurs dans la version que j'ai lue. Foerster s'approprie le personnage de Pinocchio (et il le refera plus tard avec sa série 'Gueule de bois') et comme les autres posteurs l'ont souligné, ce Pinocchio ressemble plus au monstre de Frankenstein qu'au Pinocchio qu'on connait. Un monstre de Frankenstein qui n'aurait pas été rejeté par son créateur (ou plutôt créatrice ici), mais comme ce Pinocchio ne connait pas sa force et ne comprend pas trop ce qui se passe autour de lui, cela va amener du drame....Le récit est classique, mais efficace. On retrouve un condensé du talent de Foerster et c'est vraiment un album que je recommanderais si on veut un bon aperçu de son œuvre. Je recommanderais toutefois un emprunt parce que ça se lit un peu trop vite pour que ça soit une lecture marquante et mémorable. Cela reste un bon divertissement.
Nottingham
La principale qualité de cette série est de s’emparer d’une histoire connue de tous, et de la réinterpréter, de façon relativement originale, sans sombrer dans le n’importe quoi ou trop de facilités (même s’il y en a quand même !). Je ne sais pas si le troisième tome conclut la série, ou un cycle (une suite est tout à fait possible). Il donne en tout cas l’acte de naissance de Robin des bois. J’étais étonné durant ma lecture de ne pas le voir justement, et son introduction – dans une personnalité multiple – en fin d’album, m’a à la fois rassuré et intrigué. L’intrigue est bien ancrée dans l’histoire de la fin du XIIème siècle (cet aspect est intéressant, les petits hameaux – plus que les grosses villes, sont importants et bien représentés), et met en place progressivement personnages et fil rouge : le duo formé par Marianne en jeune châtelaine et le shérif de Nottingham est original, et tout chez eux n’est pas cousu de fils blancs. Bon, ceci étant dit, malgré ces remarques positives, et le fait que l’histoire se laisse lire agréablement, ça ne m’a pas marqué plus que ça. Il y a quand même quelques passages « flous », des facilités (par exemple tout le long passage au début, sorte de « test » autour du shérif – qui s’en sort seul contre une demi-douzaine de types, sans que quiconque ne soit sévèrement blessé ou, dans le troisième tome, l’affrontement un peu bordélique entre Troglo et Merry men). Il y a aussi quelques longueurs, et ces trois premiers tomes semblent presque n’être qu’une mise en place (combien de tomes sont/étaient prévus ?). Si le dessin est globalement bon, je n’ai ni aimé ni compris ce tic de représenter « la capuche » d’une façon que son visage n’apparaisse pas du tout (ça donne un truc improbable). C’est d’autant plus dommage que déjà les visages sont souvent le point faible – en tout cas le résultat est plus inégal que pour les décors, bien mieux réussis.
Les Gorilles du Général
Ça se laisse lire, l’époque est très bien restituée et, globalement, l’arrière-plan historique est lui aussi bien utilisé. Avec un De Gaulle à la fois olympien et « tranquille », donnant des sueurs froides à ses gardes du corps. Gardes du corps au cœur du récit donc, avec un petit nouveau qui arrive pour diriger trois anciens. Avec le titre, la couverture, je m’imaginais quelque chose jouant sur le même registre que les dialogues d’Audiard, avec bons mots et bourres-pifs qui fusent. Et en fait ça n’est pas forcément le cas – en tout cas bien moins que je l’espérais au départ. Du coup, si la lecture s’est avérée fluide et plutôt agréable, je suis sorti un chouia frustré de ce premier album. Le très grand format, le papier épais font un peu classieux, un dossier en fin d’album apporte un petit plus. Mais, au vu de ce premier album, je ne sais pas si les dix albums semble-t-il prévus ne sont pas de trop, s’il y a vraiment matière à « tenir » sans étirer outre mesure les mêmes dialogues et situations. A voir donc. Ce tome inaugural pose le décor – et quelques questions – mais j’attends la suite plutôt avec envie (le dessin est vraiment bon lui, et aide clairement à la fluidité et au plaisir de lecture).
Un Conte de Noël (De La Fuente)
Chiqui de la Fuente (frére de Victor et de Ramón) a surtout travaillé pour des collections de classiques de la littérature destinées à la jeunesse. Il a obtenu à juste titre un certain succès avec ses adaptations BD dans plusieurs pays. Le style de son dessin est original et facilement identifiable, ayant réussi à s’émanciper de ses frères. Il s’agit ici de l’un des contes les plus célèbres de tous les temps, de la plume de Charles Dickens, connu comme « l’homme qui a inventé Noël ».
Trains de légende
J’ai lu pour le moment les deux premiers albums (chacun se lit comme un one-shot, c’est presque plus une collection qu’une série, les auteurs changeant d’un album à l’autre). Chaque album traite d’un train ou d’une voie ferrée plus ou moins « mythique ». Mais surtout le fait de façon très différente. Dans le premier album, « L’Orient-express », c’est en fait une sorte d’enquête policière, autour d’un attentat ayant frappé un pont sur la ligne en 1931 (je ne connaissais pas cet événement – où Joséphine Baker fut impliquée, mais il est bien réel), tandis que le deuxième album, « Le Transcontinental », retrace uniquement la construction de la ligne traversant les Etats-Unis naissants. « L’Orient-Express » se laisse lire, mais l’enquête est un peu poussive, l’arrière-plan historique (montée du Nazisme et plus généralement du fascisme en Europe) n’étant pas assez développé à mon goût. Surtout, l’Orient-Express lui-même n’est ici qu’un décor, et n’apparait finalement que très peu. Le dossier final complète bien le récit, en éclairant davantage l’histoire de ce train (y compris au niveau des romans et films qui l’ont utilisé comme décor), un dossier bien fichu. « Le Transcontinental » possède a priori plus de potentiel, et m’intéressait aussi a priori davantage. Il alterne avec les deux équipes/sociétés impliquées dans sa construction, un tronçon partant de Sacramento, l’autre de Omaha, jusqu’à leur jonction à Promontary. Le train en lui-même est ici aussi escamoté, puisque seule la construction est traitée, mais le train est au moins au centre du récit et des préoccupations de tous les protagonistes. Protagonistes qui sont du coup très nombreux, comme les sujets abordés. Mais, en 48 pages, soit les sujets ne sont qu’effleurés (utilisation de la main d’œuvre chinoise, réactions et impactes liés aux tribus indiennes dépossédées voire massacrées, conflits sociaux, etc.) soit ils sont tout simplement « oubliés » (tout ce qui concerne les « barons voleurs », les avantages obtenus de la part de l’Etat autour des voies, les concessions, etc.). Sur cet album, je trouve le format 48 pages de BD trop court pour tous les aspects liés au sujet. Et, même si le sujet m’intéressait davantage que le précédent – ou à cause de cela – j’ai été un peu frustré (l’histoire se lit très bien par contre). Frustrant aussi le dossier final, car il n’est quasiment constitué que de courtes biographies des principaux personnages entrevus, et d’un court chapitre sur l’emploi des Chinois : tous les riches aspects connexes ne sont donc pas développés.
L'Homme-chevreuil - Sept ans de vie sauvage
Très tiraillé entre 3 et 4... Voilà une BD qui se situe exactement à 3,5/5 à mon échelle. J'ai d'abord eu une énorme coup de cœur pour le dessin de Jean-Denis Pendanx. Il est vraiment somptueux et restitue à merveille la beauté, la pureté et la grandeur de la forêt. Il nous fait comprendre à merveille la fascination de Geoffroy Delorme pour les chevreuils et leur habitat naturel. Aidés par le sens narratif toujours aigu de Vincent Zabus, on entre donc peu à peu dans l'esprit de Geoffroy, et on se plaît à s'immiscer avec lui dans cette vie au beau milieu des bois, pas si solitaire. J'ai beaucoup aimé le fait qu'à la suite de Geoffroy Delorme, la bande dessinée ne revendique aucun discours. Il n'est question d'aucun militantisme ou d'aucune dimension politique quelle qu'elle soit. Non, c'est l'expérience de vie de Geoffroy, son dégoût des humains et son incapacité à s'adapter aux normes du monde dans lequel il vit qui le pousse vers la forêt. Sans esprit de conquête ni même de survivalisme à proprement parler, il nous raconte comment il a découvert peu à peu la beauté mais aussi la dureté de la vie en forêt pour un être humain. Son récit prend souvent des airs documentaires quand il nous explique les meilleures manières de s'adapter à la vie au milieu des bois ou quand il décrit le mode de vie des chevreuils. Je n'aurais pas pensé être si intéressé par le sujet, et Zabus sait rendre cette histoire souvent captivante. Malgré tout, ce qui m'empêche de monter à 4 étoiles, c'est tout de même cette absence de récit à proprement parler. On est davantage sur une bande dessinée à caractère informatif et documentaire que sur une histoire avec un début, un milieu, une fin... une narration, quoi. Le récit n'évolue que très peu, et il manque un semblant de climax ou d'émotion. J'aurais aimé partager les sentiments et les émotions que traverse Geoffroy, notamment quand il voit ses amis chevreuils mourir sous ses yeux. Mais la froideur de la narration nous en empêche, à moins que ce ne soit le côté très éclectique du récit, qui enchaîne plus des scénettes (avec un certain fil directeur, certes) qu'il ne raconte une histoire à proprement parler. Dans l'ensemble, cette froideur de ton sert plus le récit qu'elle ne le dessert, mais je trouve que L'Homme-chevreuil manque alors d'une dimension qui aurait rendu l'histoire plus attachante ou émouvante. Cela ne m'a pas empêché de m'intéresser de très près à cette histoire d'autant plus étonnante qu'elle est vraie. J'ai tout de même appris beaucoup de choses et tiré beaucoup d'enseignements de cette histoire. Et encore une fois, le dessin est si beau qu'il justifie à lui seul la lecture de la bande dessinée.
Saga Valta
Dufaux nous propose ici une série Fantasy des plus classiques, qui lorgne pas mal sur Thorgal (plusieurs noms de personnages sont assez « thorgaliens », et Hildegirrd est une sorte de Kriss de Valnor en version blonde). Les amateurs du genre et de cette série y trouveront sans doute leur compte (même si elle est moins longue et ambitieuse). Le dessin d’Aouamri (qui vient d’ailleurs récemment de participer à un tome de la collection Thorgal Saga) est agréable (c’est même le point fort de la série !). Un trait assez gras, mais puissant, un style qui convient bien à ce type de récit d’aventure testostéronnée, jouant sur les mythes nordiques – et sur l’imagerie fantasy déjà développée ailleurs. Dufaux joue le classique dans sa narration, et use moins qu’ailleurs – ce qui me convient – d’un fantastique trop souvent inutile. Je regrette juste des commentaires off parfois un peu trop présents, voire inutiles. A part Thorgal, l’autre influence serait certains personnages de comics avec ces corps bodybuildés (voir les premières planches du troisième tome, prétextes à montrer ces corps musculeux). En introduction, Dufaux précise qu’il avait au départ en tête un diptyque, voire plusieurs diptyques, s’inspirant de différentes légendes nordiques. Au final la fin ouverte ménage un possible retour avec une suite ou d’autres histoires plus ou moins liées à celle-ci. Mais surtout ce diptyque est devenu une trilogie. Et ça se sent quand même un peu dans les deux derniers tomes, qui s’étirent un peu trop parfois (le deuxième tome est un peu « mou », un peu trop verbeux par exemple). Une lecture d’emprunt.