J’ai lu l’intégrale du premier cycle et je croyais que la série s’arrêtait là. Je ne sais pas si je lirai la suite, même si ce fut plutôt agréable.
Agréable d’abord par le dessin et l’atmosphère qui s’en dégage. Le trait et la colorisation donnent ce côté suranné que j’ai trouvé délicieux.
Et l’histoire d’Amalia venue en Inde avec son époux nous plonge dans cette époque, ici largement fantasmée, de l’empire britannique et des rajahs. C’est la partie que j’ai préférée, même si l’histoire d’amour entre la belle anglaise et le maharajah est hautement improbable, mon coeur d’artichaut a bien aimé. Quelques personnages intéressants, comme l’ami du couple, mettent un peu de piment dans l’histoire.
Celle de la jeune Emmy n’est pas mal non plus, mais devient plus improbable encore. Il reste néanmoins un peu de cette ambiance avec ses choix de vie.
Je n’aurais peut-être pas dû lire l’intégrale d’une traite, parce que j’ai trouvé, mais c’est personnel, que la troisième génération était de trop. Ses recherches sur sa grand-mère sont trop faciles, trop de coïncidences , et mon intérêt s’est largement émoussé, surtout que l’ambiance n’y est plus vraiment à mes yeux.
Et pour trouver quoi ? Des révélations trop faciles dont je ne suis pas sûre qu’elles collent finalement avec de déroulé des évènements et je n’ai pas eu le courage de refeuilleter pour vérifier.
Voilà, mais c’était beau et se balader dans ces paysages et ces ambiances était charmant.
C'est peut-être pour donner une certaine atmosphère ? Raté, le dessin est souvent assez moyen, et en plus, baveux ! Mais la bd est sauvée par le scénario : on découvre un aspect du Japon ancien, on s'attache à l'héroïne… La malheureuse ! Soit pour être prostituée, soit pour être artiste, il vaut mieux être belle, et on ne peut dire que ce soit son cas. Mais avec sa farouche volonté d'échapper au sort de prostituée ou de servante, et son amour pour une musique bien plus plaisante que les gens ne le sont avec elle, elle trouve une planche de salut. Elle donne même envie d'écouter sa musique, c'est dire ! Tant qu'à ses amours, je dois avouer que depuis le temps que j'ai lu cette bd, je les ai un peu oublié, commentant cette œuvre parce que tombé dessus à lire des critiques des uns et des autres, au hasard.
L’album est influencé et coédité par la Cité des sciences et de l’industrie, et ça se sent. Au niveau scientifique, mais aussi le côté un peu didactique de l’ensemble. On cherche vraiment à nous faire passer des idées, et à le faire clairement.
L’album propose une narration un peu hétéroclite, décousue, mêlant informations scientifiques, enquêtes et parties plus « romancées ». Mais ce mélange fonctionne très bien. La lecture est fluide, instructive, intéressante.
Le constat est bien sûr amer. Mais les idées qui permettraient de faire évoluer les choses dans le bon sens sont développées dans la seconde moitié de l’album (pour lutter contre « l’éco-anxiété » liée à la prise de conscience des problèmes écologiques et à une sorte de stress lié à notre impuissance ressentie face aux défis.
Avec un dodo comme personnage récurrent, à la fois mascotte et commentateur, nous avons là une lecture revigorante, qui permet de faire le point sur les enjeux environnementaux – et plus largement sociétaux – qui impactent la vie de tous. Et qui sont de plus en plus négligés et recouverts par des discours hypocrites (voir Macron), voire carrément niés et attaqués (de la droite jusqu’à ses extrêmes en passant par les milieux d’affaires ou la FNSEA ou les Trumpistes où qu’ils soient).
La grande quête contre le roi démon est terminée et le groupe de héros se sépare pour reprendre le cours de sa vie. L'elfe mage Frieren, quasi immortelle, voit ses anciens compagnons humains vieillir puis disparaître et, des années plus tard, elle reprend la route pour tenter de comprendre ce qu'elle n'avait pas su percevoir à l'époque : la valeur des liens et du temps partagé.
Ce qui m'a d'abord frappé, c'est le ton très original de la série. On est loin d'un shonen d'action classique : ici, la fantasy sert surtout d'écrin à la nostalgie et à la mélancolie. L'action est souvent éludée, les combats expédiés ou relégués au second plan, au profit de chapitres presque autonomes où il ne se passe finalement pas grand-chose. On suit des rencontres, des souvenirs, des fragments de vie. Cela attise la curiosité, mais il faut accepter un rythme très lent et de nombreux épisodes contemplatifs qui forment chacun un petit récit en soi, sans enjeu dramatique majeur.
Les personnages participent à cette étrangeté. Frieren est impassible, distante, presque froide, et beaucoup gravitent autour d'elle avec la même retenue. À d'autres moments, elle et ses compagnons réagissent au contraire comme des enfants hypersensibles, ce qui crée un contraste parfois déroutant. Cette oscillation donne une identité forte à la série, mais elle rend aussi l'attachement plus difficile : je suis souvent resté à distance émotionnelle de ces personnages dont j'aurais pourtant aimé partager davantage le voyage.
Paradoxalement, les arcs plus longs composés de plusieurs chapitres successifs sont les plus accrocheurs, car ils renouent avec des codes plus typiques du shonen nekketsu : adversaires redoutables, tension plus marquée, et même une sorte de tournoi pour intégrer l'élite des mages. Là, il y a un véritable enjeu, une progression et une dynamique de groupe plus stimulante. Mais ces passages, que je trouve nettement plus prenants, ne suffisent pas à rendre l'ensemble totalement captivant, car il manque une ligne directrice forte qui donnerait en permanence envie de connaître la suite.
Au bout d'une quinzaine de tomes (la publication étant actuellement ralentie en raison de soucis de santé du ou des auteurs), je garde l'impression d'une série singulière, élégante et parfois touchante, mais trop lente, portée par des personnages un peu trop distants et dépourvue d'une tension continue suffisamment affirmée.
J'aime bien Pauline Aubry ; depuis son premier album, "Les Mutants", elle n'a de cesse de s'intéresser à l'autre, à ses travers, ses penchants, de manière très sensible, respectueuse, sans jugement.
C'est encore une fois le cas ici. Elle parle de ses deux expériences auprès de l'Hôpital Marmottan, à Paris. La première, en accompagnant une sortie "vacances" proposées à des patientes qui essaient de lutter contre leurs addictions et leurs familles. Et la deuxième quelques années plus tard, pour tenter de comprendre, d'approfondir le sujet. Et peut-être, se rend-elle compte en cours de route, pour mettre des mots sur ses démons, ses fêlures à elle. Encore une fois, elle retranscrit le témoignage des patients, des soignants, donne des pistes d'explication (notamment au niveau sanitaire, chimique) des racines de l'addiction. C'est très intéressant, elle nous livre tout ça avec ses mots à elle, sa réinterprétation, sous contrôle bien sûr de plusieurs personnes travaillant à Marmottan.
Elle a toujours ce style graphique si naïf, si expressif, qui parvient à faire passer beaucoup de choses, de par sa fragilité.
Mais une fois les 140 pages de l'album lues, il reste un goût d'inachevé, dont elle-même est consciente. On aurait aimé rentrer un peu plus dans la vie de ces patients, ce qui a provoqué, individuellement, dans leurs parcours, cette situation d'addiction dont ils tentent de sortir. On arait aimé passer plus de temps dans les différents services de l'hôpital, a plus près du quotidien des soignants et des patients. Il n'empêche qu'on a un aperçu assez significatif de l'aspect expérimental des soins prodigués dans cette structure, et qu'on aimerait bien que ce modèle soit repris ailleurs...
Ce n’est pas mon livre préféré de M. A. Mathieu... mais j’ai quand même aimé l’idée et certaines séquences de dessins. La figure humaine, les visages en particulier, restent horribles, mais c’est son style! Les jeux de mots ne sont pas mauvais... Je pense que le mystère et la mémoire de l’amitié sont le point fort de l’album, mais ils auraient pu être davantage explorés et développés.
Une BD plutôt sympathique, avec un angle original qui attire l’attention. L’ensemble est agréable à lire, bien documenté, et on sent clairement un vrai travail de recherche historique. Cela donne une base solide au récit, crédible et cohérente.
Pour autant, l’engouement autour de l’album me paraît un peu excessif. Le ton est léger du début à la fin, ce qui rend la lecture fluide et plaisante, mais limite aussi la profondeur. On reste un peu en surface, là où le sujet aurait pu permettre davantage de tension dramatique ou d’exploration des enjeux humains et politiques. L’humour fonctionne par touches, avec quelques bons mots bien sentis, mais sans provoquer de véritables éclats de rire.
Graphiquement, le dessin est en adéquation avec cette tonalité : clair, lisible, plutôt expressif, au service d’un récit accessible. Rien de révolutionnaire, mais un ensemble cohérent et maîtrisé.
Au final, une lecture agréable, intelligente sans être marquante, qui se laisse lire avec plaisir mais ne laisse pas une empreinte durable.
Mouais. Voilà une énième collection concept dirigée chez Soleil par Istin. Ils ne laissent pas passer beaucoup de créneaux !
J’ai eu l’occasion de lire les quatre premiers albums, constituant la « première saison ». Disons que je vais m’arrêter là et que je ne fais vraiment pas une priorité de découvrir les suites.
Chaque album peut se lire indépendamment. Et les équipes changent d’un album à l’autre. Le dessin fait à chaque fois le boulot, mais c’est passe-partout et pas mon truc (j’ai quand même préféré le style de dessin du quatrième tome). Mais à chaque fois le dessin manque de développement, de détails (traits des personnages et décors). Quant à colorisation, elle lisse trop et ne me convient pas généralement.
Concernant les histoires proprement dites, l’ensemble m’a globalement laissé sur ma faim.
La première se laisse lire agréablement, elle est assez bien fichue.
Dans le deuxième tome, il y a pas mal de déjà-vu, et, comme la plupart du temps dans ce type de récit, je n’ai pas du tout trouvé crédible l’énorme régression – préhistorique ! – en quelques siècles (au niveau du langage, des connaissances, des modes de vie), alors que tout semblait avoir été conservé, hormis la plupart des êtres humains. Et l’histoire elle-même n’est pas emballante.
J’ai encore moins accroché à l’histoire du troisième tome, qui m’a laissé de côté (c’est en plus sûrement l’album où le dessin m’a le moins plu).
Le quatrième tome est intéressant, jouant sur un robot « s’humanisant », découvrant sensualité et pulsions sexuelles. Un scénario que j’aurais bien vu développé chez Tabou dans une version plus hot ! Et avec une chute surprenante : c’est clairement l’histoire la plus intéressante des quatre que j’ai lues dans cette collection. C’est ce dernier album (avec le premier qui est à un degré moindre lui aussi intéressant) qui me fait arrondir aux trois étoiles. Mais sur l’ensemble de l’échantillon lu, la série m’a déçu.
Note réelle 2,5/5
Je pense que de tous les récits de guerre de Garth Ennis que j'ai lus, c'est celui-ci le meilleur.
Les auteurs remettent au goût du jour un héros que je ne connaissais pas du tout et, au vu de la qualité de l'album, je pense que c'est clair que les auteurs adorent Johnny Red et ont voulu lui rendre le meilleur hommage possible. Certes, le scénario n'est pas des plus originaux (rien que la manière dont est racontée l'histoire sent le déjà vu) et les personnages sont des archétypes avec une personnalité peu profonde, mais le scénario est efficace et j'ai bien aimé suivre les aventures de Johnny Red. Comme souvent avec Ennis il y a de bons dialogues et il y a des scènes mémorables.
Quant au dessin de Keith Burns, je pense que c'est la première fois que son travail me marque autant. C'est le point fort de l'album selon moi. C'est un type réaliste pas du tout figé et sans vie. La mise en scène est dynamique et rien qu'en regardant une page j'ai envie de lire cette bande dessinée. Je ne suis pas un grand fan d'histoires de guerre, mais celle-ci m'a bien diverti.
Dans le genre scénario complètement barré, j'avoue que là on a du lourd ! J'en étais encore à me demander quel était l'énergumène qui avait pu nous pondre un opus aussi disjoncté quand j'ai réalisé que c'était Garth Ennis, le scénariste de la série The Boys... Aaahhhhh ba oui, du coup je comprends mieux !
Avec ce oneshot fantastique, il ne déroge pas à ses habitudes et nous propose un récit où se mêle fantastique, trash, humour (noir souvent) et un petite touche de cul. Cocktail explosif s'il en est, son Freddie, s'il n'est pas Krugger, n'est pas loin de croiser régulièrement les griffes de la nuit. Son boulot ? Faire le ménage après le pétage de plombs de superstars qui sont en réalité des créatures fantastiques. Sauf qu'une fois bien parties, ça dérape sévère du côté des starlettes... Un loup garou bourré ou un extraterrestre défoncé, ça éparpille vite façon puzzle un humain pas prévenu ! Et c'est Freddie qui gère...
Il faut donc aimer les scénarios bien perchés qui défrisent pour apprécier l'album. Pour ce qui est du dessin, on retrouve le trait classique pour du comics de Mike Perkins, que j'avais découvert et apprécié avec un autre récit d'horreur : La Malédiction de Rowans. Il maitrise bien son bestiaire fantastique & Co : parfait pour l'exercice. Passé la surprise du pitch, on se surprend même à finalement trouver tout ça un peu court, les 42 pages de l'album sont vite avalées façon T-Rex !
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India Dreams
J’ai lu l’intégrale du premier cycle et je croyais que la série s’arrêtait là. Je ne sais pas si je lirai la suite, même si ce fut plutôt agréable. Agréable d’abord par le dessin et l’atmosphère qui s’en dégage. Le trait et la colorisation donnent ce côté suranné que j’ai trouvé délicieux. Et l’histoire d’Amalia venue en Inde avec son époux nous plonge dans cette époque, ici largement fantasmée, de l’empire britannique et des rajahs. C’est la partie que j’ai préférée, même si l’histoire d’amour entre la belle anglaise et le maharajah est hautement improbable, mon coeur d’artichaut a bien aimé. Quelques personnages intéressants, comme l’ami du couple, mettent un peu de piment dans l’histoire. Celle de la jeune Emmy n’est pas mal non plus, mais devient plus improbable encore. Il reste néanmoins un peu de cette ambiance avec ses choix de vie. Je n’aurais peut-être pas dû lire l’intégrale d’une traite, parce que j’ai trouvé, mais c’est personnel, que la troisième génération était de trop. Ses recherches sur sa grand-mère sont trop faciles, trop de coïncidences , et mon intérêt s’est largement émoussé, surtout que l’ambiance n’y est plus vraiment à mes yeux. Et pour trouver quoi ? Des révélations trop faciles dont je ne suis pas sûre qu’elles collent finalement avec de déroulé des évènements et je n’ai pas eu le courage de refeuilleter pour vérifier. Voilà, mais c’était beau et se balader dans ces paysages et ces ambiances était charmant.
Geisha ou Le jeu du shamisen
C'est peut-être pour donner une certaine atmosphère ? Raté, le dessin est souvent assez moyen, et en plus, baveux ! Mais la bd est sauvée par le scénario : on découvre un aspect du Japon ancien, on s'attache à l'héroïne… La malheureuse ! Soit pour être prostituée, soit pour être artiste, il vaut mieux être belle, et on ne peut dire que ce soit son cas. Mais avec sa farouche volonté d'échapper au sort de prostituée ou de servante, et son amour pour une musique bien plus plaisante que les gens ne le sont avec elle, elle trouve une planche de salut. Elle donne même envie d'écouter sa musique, c'est dire ! Tant qu'à ses amours, je dois avouer que depuis le temps que j'ai lu cette bd, je les ai un peu oublié, commentant cette œuvre parce que tombé dessus à lire des critiques des uns et des autres, au hasard.
Le Meilleur des deux mondes
L’album est influencé et coédité par la Cité des sciences et de l’industrie, et ça se sent. Au niveau scientifique, mais aussi le côté un peu didactique de l’ensemble. On cherche vraiment à nous faire passer des idées, et à le faire clairement. L’album propose une narration un peu hétéroclite, décousue, mêlant informations scientifiques, enquêtes et parties plus « romancées ». Mais ce mélange fonctionne très bien. La lecture est fluide, instructive, intéressante. Le constat est bien sûr amer. Mais les idées qui permettraient de faire évoluer les choses dans le bon sens sont développées dans la seconde moitié de l’album (pour lutter contre « l’éco-anxiété » liée à la prise de conscience des problèmes écologiques et à une sorte de stress lié à notre impuissance ressentie face aux défis. Avec un dodo comme personnage récurrent, à la fois mascotte et commentateur, nous avons là une lecture revigorante, qui permet de faire le point sur les enjeux environnementaux – et plus largement sociétaux – qui impactent la vie de tous. Et qui sont de plus en plus négligés et recouverts par des discours hypocrites (voir Macron), voire carrément niés et attaqués (de la droite jusqu’à ses extrêmes en passant par les milieux d’affaires ou la FNSEA ou les Trumpistes où qu’ils soient).
Frieren
La grande quête contre le roi démon est terminée et le groupe de héros se sépare pour reprendre le cours de sa vie. L'elfe mage Frieren, quasi immortelle, voit ses anciens compagnons humains vieillir puis disparaître et, des années plus tard, elle reprend la route pour tenter de comprendre ce qu'elle n'avait pas su percevoir à l'époque : la valeur des liens et du temps partagé. Ce qui m'a d'abord frappé, c'est le ton très original de la série. On est loin d'un shonen d'action classique : ici, la fantasy sert surtout d'écrin à la nostalgie et à la mélancolie. L'action est souvent éludée, les combats expédiés ou relégués au second plan, au profit de chapitres presque autonomes où il ne se passe finalement pas grand-chose. On suit des rencontres, des souvenirs, des fragments de vie. Cela attise la curiosité, mais il faut accepter un rythme très lent et de nombreux épisodes contemplatifs qui forment chacun un petit récit en soi, sans enjeu dramatique majeur. Les personnages participent à cette étrangeté. Frieren est impassible, distante, presque froide, et beaucoup gravitent autour d'elle avec la même retenue. À d'autres moments, elle et ses compagnons réagissent au contraire comme des enfants hypersensibles, ce qui crée un contraste parfois déroutant. Cette oscillation donne une identité forte à la série, mais elle rend aussi l'attachement plus difficile : je suis souvent resté à distance émotionnelle de ces personnages dont j'aurais pourtant aimé partager davantage le voyage. Paradoxalement, les arcs plus longs composés de plusieurs chapitres successifs sont les plus accrocheurs, car ils renouent avec des codes plus typiques du shonen nekketsu : adversaires redoutables, tension plus marquée, et même une sorte de tournoi pour intégrer l'élite des mages. Là, il y a un véritable enjeu, une progression et une dynamique de groupe plus stimulante. Mais ces passages, que je trouve nettement plus prenants, ne suffisent pas à rendre l'ensemble totalement captivant, car il manque une ligne directrice forte qui donnerait en permanence envie de connaître la suite. Au bout d'une quinzaine de tomes (la publication étant actuellement ralentie en raison de soucis de santé du ou des auteurs), je garde l'impression d'une série singulière, élégante et parfois touchante, mais trop lente, portée par des personnages un peu trop distants et dépourvue d'une tension continue suffisamment affirmée.
Plongée en addicto
J'aime bien Pauline Aubry ; depuis son premier album, "Les Mutants", elle n'a de cesse de s'intéresser à l'autre, à ses travers, ses penchants, de manière très sensible, respectueuse, sans jugement. C'est encore une fois le cas ici. Elle parle de ses deux expériences auprès de l'Hôpital Marmottan, à Paris. La première, en accompagnant une sortie "vacances" proposées à des patientes qui essaient de lutter contre leurs addictions et leurs familles. Et la deuxième quelques années plus tard, pour tenter de comprendre, d'approfondir le sujet. Et peut-être, se rend-elle compte en cours de route, pour mettre des mots sur ses démons, ses fêlures à elle. Encore une fois, elle retranscrit le témoignage des patients, des soignants, donne des pistes d'explication (notamment au niveau sanitaire, chimique) des racines de l'addiction. C'est très intéressant, elle nous livre tout ça avec ses mots à elle, sa réinterprétation, sous contrôle bien sûr de plusieurs personnes travaillant à Marmottan. Elle a toujours ce style graphique si naïf, si expressif, qui parvient à faire passer beaucoup de choses, de par sa fragilité. Mais une fois les 140 pages de l'album lues, il reste un goût d'inachevé, dont elle-même est consciente. On aurait aimé rentrer un peu plus dans la vie de ces patients, ce qui a provoqué, individuellement, dans leurs parcours, cette situation d'addiction dont ils tentent de sortir. On arait aimé passer plus de temps dans les différents services de l'hôpital, a plus près du quotidien des soignants et des patients. Il n'empêche qu'on a un aperçu assez significatif de l'aspect expérimental des soins prodigués dans cette structure, et qu'on aimerait bien que ce modèle soit repris ailleurs...
Le Dessin
Ce n’est pas mon livre préféré de M. A. Mathieu... mais j’ai quand même aimé l’idée et certaines séquences de dessins. La figure humaine, les visages en particulier, restent horribles, mais c’est son style! Les jeux de mots ne sont pas mauvais... Je pense que le mystère et la mémoire de l’amitié sont le point fort de l’album, mais ils auraient pu être davantage explorés et développés.
Le Royal Fondement - L'Histoire vraie de la face cachée du Roi Soleil
Une BD plutôt sympathique, avec un angle original qui attire l’attention. L’ensemble est agréable à lire, bien documenté, et on sent clairement un vrai travail de recherche historique. Cela donne une base solide au récit, crédible et cohérente. Pour autant, l’engouement autour de l’album me paraît un peu excessif. Le ton est léger du début à la fin, ce qui rend la lecture fluide et plaisante, mais limite aussi la profondeur. On reste un peu en surface, là où le sujet aurait pu permettre davantage de tension dramatique ou d’exploration des enjeux humains et politiques. L’humour fonctionne par touches, avec quelques bons mots bien sentis, mais sans provoquer de véritables éclats de rire. Graphiquement, le dessin est en adéquation avec cette tonalité : clair, lisible, plutôt expressif, au service d’un récit accessible. Rien de révolutionnaire, mais un ensemble cohérent et maîtrisé. Au final, une lecture agréable, intelligente sans être marquante, qui se laisse lire avec plaisir mais ne laisse pas une empreinte durable.
Androïdes
Mouais. Voilà une énième collection concept dirigée chez Soleil par Istin. Ils ne laissent pas passer beaucoup de créneaux ! J’ai eu l’occasion de lire les quatre premiers albums, constituant la « première saison ». Disons que je vais m’arrêter là et que je ne fais vraiment pas une priorité de découvrir les suites. Chaque album peut se lire indépendamment. Et les équipes changent d’un album à l’autre. Le dessin fait à chaque fois le boulot, mais c’est passe-partout et pas mon truc (j’ai quand même préféré le style de dessin du quatrième tome). Mais à chaque fois le dessin manque de développement, de détails (traits des personnages et décors). Quant à colorisation, elle lisse trop et ne me convient pas généralement. Concernant les histoires proprement dites, l’ensemble m’a globalement laissé sur ma faim. La première se laisse lire agréablement, elle est assez bien fichue. Dans le deuxième tome, il y a pas mal de déjà-vu, et, comme la plupart du temps dans ce type de récit, je n’ai pas du tout trouvé crédible l’énorme régression – préhistorique ! – en quelques siècles (au niveau du langage, des connaissances, des modes de vie), alors que tout semblait avoir été conservé, hormis la plupart des êtres humains. Et l’histoire elle-même n’est pas emballante. J’ai encore moins accroché à l’histoire du troisième tome, qui m’a laissé de côté (c’est en plus sûrement l’album où le dessin m’a le moins plu). Le quatrième tome est intéressant, jouant sur un robot « s’humanisant », découvrant sensualité et pulsions sexuelles. Un scénario que j’aurais bien vu développé chez Tabou dans une version plus hot ! Et avec une chute surprenante : c’est clairement l’histoire la plus intéressante des quatre que j’ai lues dans cette collection. C’est ce dernier album (avec le premier qui est à un degré moindre lui aussi intéressant) qui me fait arrondir aux trois étoiles. Mais sur l’ensemble de l’échantillon lu, la série m’a déçu. Note réelle 2,5/5
Johnny Red - The Hurricane
Je pense que de tous les récits de guerre de Garth Ennis que j'ai lus, c'est celui-ci le meilleur. Les auteurs remettent au goût du jour un héros que je ne connaissais pas du tout et, au vu de la qualité de l'album, je pense que c'est clair que les auteurs adorent Johnny Red et ont voulu lui rendre le meilleur hommage possible. Certes, le scénario n'est pas des plus originaux (rien que la manière dont est racontée l'histoire sent le déjà vu) et les personnages sont des archétypes avec une personnalité peu profonde, mais le scénario est efficace et j'ai bien aimé suivre les aventures de Johnny Red. Comme souvent avec Ennis il y a de bons dialogues et il y a des scènes mémorables. Quant au dessin de Keith Burns, je pense que c'est la première fois que son travail me marque autant. C'est le point fort de l'album selon moi. C'est un type réaliste pas du tout figé et sans vie. La mise en scène est dynamique et rien qu'en regardant une page j'ai envie de lire cette bande dessinée. Je ne suis pas un grand fan d'histoires de guerre, mais celle-ci m'a bien diverti.
Freddie l'Arrangeur
Dans le genre scénario complètement barré, j'avoue que là on a du lourd ! J'en étais encore à me demander quel était l'énergumène qui avait pu nous pondre un opus aussi disjoncté quand j'ai réalisé que c'était Garth Ennis, le scénariste de la série The Boys... Aaahhhhh ba oui, du coup je comprends mieux ! Avec ce oneshot fantastique, il ne déroge pas à ses habitudes et nous propose un récit où se mêle fantastique, trash, humour (noir souvent) et un petite touche de cul. Cocktail explosif s'il en est, son Freddie, s'il n'est pas Krugger, n'est pas loin de croiser régulièrement les griffes de la nuit. Son boulot ? Faire le ménage après le pétage de plombs de superstars qui sont en réalité des créatures fantastiques. Sauf qu'une fois bien parties, ça dérape sévère du côté des starlettes... Un loup garou bourré ou un extraterrestre défoncé, ça éparpille vite façon puzzle un humain pas prévenu ! Et c'est Freddie qui gère... Il faut donc aimer les scénarios bien perchés qui défrisent pour apprécier l'album. Pour ce qui est du dessin, on retrouve le trait classique pour du comics de Mike Perkins, que j'avais découvert et apprécié avec un autre récit d'horreur : La Malédiction de Rowans. Il maitrise bien son bestiaire fantastique & Co : parfait pour l'exercice. Passé la surprise du pitch, on se surprend même à finalement trouver tout ça un peu court, les 42 pages de l'album sont vite avalées façon T-Rex !