Avant de se lancer dans la présente série, il est plus que conseiller de déjà connaître la 1ere trilogie : Vahalla hôtel.
Le lecteur se sera déjà fait une idée du ton assumé (un rien décalé et parfois un peu lourdingue), si vous n’avez pas un tantinet adhéré, inutile de poursuivre l’aventure, d’autant que l’on retrouve ici la même formule ainsi que les mêmes personnages mais « 10 ans après ».
J’avoue que ce n’est pas une suite que j’attendais spécialement mais l’occasion s’étant présentée je n’ai pas boudé mon plaisir.
J’ai d’abord pesté sur le premier tome que j’ai trouvé un peu bavard et moins groovy qu’espérais, ne voyant pas de grande pertinence à ce 2eme cycle. Le 2eme tome se lâche un peu plus niveau action et moments WTF, j’y ai davantage adhéré, retrouvant mon plaisir de lecture dans les délires de l’auteur.
Finalement toujours dans la même veine que le 1er cycle niveau folie. Pas un indispensable mais une œuvre bien troussée pour les amateurs de série B.
C’est le troisième volet du triptyque des mêmes auteurs, chaque album pouvant se lire séparément (je n’avais lu que le deuxième volet pour le moment). Si la lecture est sympathique et finalement très agréable, j’ai quand même eu plus de mal que pour le précédent opus à entrer dans l’histoire.
En effet, la première moitié est monocentrée sur l’héroïne, Mary, qu’on devine peu à peu fuyant un mari toxique, violent. Mais ce dernier n’apparait que via les messages agressifs qu’il laisse sur le téléphone de Mary, et on ne sait pas trop où Mary et l’intrigue vont nous mener.
Peu à peu les choses se mettent en place, et, comme Mary dans la seconde moitié du récit, on reprend pied.
La narration prend son temps (on pourrait presque reprocher à l’intrigue sa « légèreté », son manque de densité), pour un récit feel good ma foi sympathique (Mary a quand eu de la chance de tomber sur la famille de Lucy !).
Le dessin est lui aussi agréable, fluide, avec une colorisation elle aussi réussi.
Bref, avec cet album, les deux auteurs ont développé encore leur univers (ça n’est que dans les dernières pages que Mary fait le lien avec Jane, que j’avais pu croiser dans Lady Jane). Des albums sans prétention, mais loin d’être sans intérêt.
J’ai l’impression que les autres avis sur cet album sont masculins. Donc un avis de fille hétéro que la chose intéresse :-).
J’ai trouvé l’intention de l’auteur très louable. Faire parler des hommes de leur rapport à la sexualité, sans tabou et en exprimant leur ressenti sur les différents angles d’attaque proposés par le meneur de jeu.
Belle réussite du projet et on sent l’implication des intervenants pour essayer de développer la façon dont ils appréhendent leur sexualité. Et bons les angles d’attaque justement, il me semble que c’est cette approche qui a permis de libérer la parole tout en canalisant la conversation, bien vu.
Parole libérée qui m’a semblé bien sincère et sans gêne ni tabou. Bien qu’il reste quand même un dernier bloquage sur le sujet (ultime ?) de ...la taille du pénis bien sur.
J’ai donc bien apprécié d’en apprendre un peu plus sur le regard que portent les hommes sur le sujet (c’est vrai que ce n’est pas celui qui vient spontanément dans mes conversations avec des potes).
Mais j’ai, un peu comme certains aviseurs précédents, quelques regrets sur la représentativité de l’échantillonnage de ces messieurs. Certes, on a une heureuse diversité des orientations sexuelles, peut-être un peu trop d’ailleurs, l’homme ‘’hétéro-classique’’ semble quasi minoritaire mais pourquoi pas, il est présent. En revanche j’aurais bien vu aussi plus de diversité dans les âges des protagonistes (c’est une vieille qui parle), pas de quinqua ou de soixantenaire (ou plus), c’est un peu dommage, j’aurais aimé aussi avoir leur ressenti.
Après, je ne sais pas si l'édition augmentée apporte quelque chose à ce niveau.
Mais c’est peu de chose, j’ai quand même apprécié le fond, et la forme qui ne manque pas d’humour dans la présentation.
Grosse curiosité que cet album qui intéressera forcément les fans de Régis Loisel. Les Nocturnes est un recueil d'histoires courtes dessinées entre 1973 et 1977 environ, issues de différentes publications de jeunesse de Loisel, notamment du fanzine Tousse-Bourrin qu'il avait cofondé à l'époque. Rien que pour cela, l'album possède un vrai intérêt historique et permet de découvrir les tout débuts d'un auteur qui deviendra ensuite célèbre avec La Quête de l'Oiseau du Temps puis Peter Pan.
On y découvre l'évolution rapide de son dessin sur seulement quelques années. Les premières histoires n'ont pratiquement rien à voir avec le style qu'on lui associe aujourd'hui. Le trait est encore assez rigide, parfois réaliste, avec des influences visibles et finalement assez peu de personnalité propre. On sent déjà du talent et une vraie énergie graphique, mais pas encore cette nervosité ni cette expressivité qui deviendront sa signature. Au fil des récits, notamment dans les différentes histoires intitulées Nocturnes, son dessin commence progressivement à se transformer et à devenir beaucoup plus vivant, souple et personnel. On se rapproche alors davantage du style de Norbert le Lézard, paru peu après, étape intermédiaire vers La Quête de l'Oiseau du Temps.
En revanche, il faut être honnête : en dehors de cet aspect "archéologie de carrière", l'ensemble reste très marqué par son origine fanzine. Les scénarios, pourtant parfois signés par des noms qui deviendront fameux plus tard, restent très adolescents dans l'esprit. L'humour noir, la gaudriole et le côté grand-guignol sont omniprésents, souvent avec un goût du mauvais esprit ou de la provocation gratuite typique des jeunes auteurs de l'époque. Certaines histoires fonctionnent mieux que d'autres, mais globalement cela reste assez prévisible, inégal et pas franchement mémorable sur le fond.
Même matériellement, l'album trahit son statut de publication de récupération patrimoniale. Les éditions Kesselring ont manifestement fait ce qu'elles pouvaient avec les sources disponibles, mais la qualité de reproduction est parfois médiocre, avec des images un peu abîmées et certains textes difficilement lisibles.
Les Nocturnes vaut surtout comme document de curiosité pour suivre les débuts et l'évolution graphique d'un futur très grand dessinateur. Pour les admirateurs de Loisel, c'est intéressant à feuilleter parce qu'on y voit littéralement son style se construire sous nos yeux. Mais comme véritable lecture de bande dessinée, c'est quand même très mineur et pas franchement indispensable en dehors de cet intérêt historique.
Cette BD propose une galerie de psychopathes célèbres, de Jack l'Éventreur à Hitler en passant par Charles Manson ou encore le docteur Petiot, en mélangeant récit documentaire, humour noir et mises en scène décalées autour de narrateurs souvent très particuliers.
J'ai trouvé l'ensemble assez difficile à cerner, parce que l'album oscille constamment entre le documentaire criminel et la comédie noire un peu absurde. Sur le fond, il raconte globalement les faits réels connus autour de ces différents tueurs et psychopathes, avec un vrai travail de synthèse et des fiches récapitulatives qui donnent les éléments essentiels sur chaque personnage. Il y a donc un vrai aspect documentaire, parfois assez instructif, notamment sur certaines figures moins connues comme Belle Gunness, Mary Bell ou le couple West.
Mais la particularité du livre vient surtout du choix de narration. Chaque histoire est racontée à travers des personnages extérieurs souvent assez loufoques : un numérologue obsessionnel, un assureur un peu étrange, un prêtre exorciste, une psychologue de comptoir, un élu local vulgaire ou d'autres figures du quotidien qui servent de filtres au récit. Cela donne un ton très décalé, parfois caustique, avec un humour noir omniprésent mais assez variable selon les chapitres.
Le résultat change beaucoup d'une histoire à l'autre. Sur certains récits très documentés comme celui consacré à Hitler, le côté historique et documentaire domine naturellement parce qu'il y a énormément de matière à raconter. À l'inverse, sur Jack l'Éventreur où les faits restent plus flous et limités, la mise en scène autour des narrateurs prend beaucoup plus de place, avec quelque chose de plus fantaisiste et loufoque.
C'est justement ce mélange qui m'a laissé un ressenti assez mitigé. L'ensemble est volontairement bigarré, parfois presque chaotique dans le ton, et je n'ai pas toujours su comment appréhender son humour. Certaines idées fonctionnent bien, d'autres tombent un peu à plat ou deviennent inutilement vulgaires ou appuyées. Globalement, l'humour m'a peu amusé même si je comprends la logique du décalage pour éviter un traitement purement glauque ou morbide.
Côté documentaire, c'est également variable. Certaines histoires donnent vraiment envie d'en apprendre davantage sur les personnages évoqués, tandis que d'autres restent assez superficielles et résument surtout des faits déjà relativement connus du grand public. Cela donne parfois une impression de survol, comme une succession de condensés plus que de véritables plongées dans la psychologie ou l'histoire de ces criminels.
Graphiquement, en revanche, le style fonctionne plutôt bien avec ce mélange de caricature, de réalisme sale et de couleurs très appuyées qui renforcent l'ambiance malsaine et grotesque du livre. Cela colle assez bien à ce ton entre humour noir et récit macabre.
Je trouve l'approche originale et parfois intéressante dans sa manière de mélanger vulgarisation criminelle et satire grinçante, mais le résultat reste assez inégal et ne m'a pas totalement convaincu, ni sur le plan humoristique ni sur le plan réellement documentaire.
Dans le Key West des années 30, un Ernest Hemingway en panne d'inspiration, alcoolique, bagarreur et un peu perdu dans sa vie personnelle voit son quotidien bouleversé par la rencontre avec une jeune fille débrouillarde qui l'entraîne dans une aventure entre contrebande de rhum, boxe et horizons marins.
Je connais finalement assez mal Hemingway, dont je n'ai lu qu'un ou deux romans, et ce n'est pas un auteur ou une figure littéraire qui m'a particulièrement fasciné jusque-là. Pourtant, le Hemingway présenté ici fonctionne immédiatement comme personnage de BD. On est clairement dans une version romancée et un peu caricaturale du personnage, mais une caricature attachante : une sorte de gros nounours bourru, riche, alcoolisé en permanence, bagarreur, excessif, mais aussi profondément humain et généreux. Pas besoin d'être spécialiste de l'écrivain pour s'attacher à lui.
L'autre grande réussite de l'album, c'est son ambiance. Ce Key West des années 30, à moitié américain et à moitié hors du monde, avec ses bars, ses couchers de soleil, ses petits ports, ses îlots presque sauvages et cette galerie d'habitués qui semblent tous se connaître, dégage quelque chose de très confortable et envoutant. Le dessin semi-caricatural et les couleurs chaudes participent énormément au charme de l'ensemble. Il y a une vraie douceur dans les lumières, les ambiances maritimes et les scènes de fin de journée qui donnent presque envie de rester sur cette île avec eux. Je m'y suis senti bien. Toute cette petite communauté un peu paumée mais chaleureuse fonctionne très bien, tout comme le duo formé par Hemingway et Janet, la jeune fille vive et dégourdie qui vient secouer son quotidien.
Le récit en lui-même est assez simple et léger. Il ne faut pas attendre une vraie biographie ni une plongée profonde dans la psychologie d'Hemingway. L'histoire tient davantage de la fable aventureuse et feel good que du portrait littéraire. Elle manque peut-être un peu d'ampleur et d'impact émotionnel pour vraiment marquer durablement, mais elle reste constamment sympathique et agréable à suivre. Elle transforme au passage Hemingway en personnage de fiction attachant plus qu'en monument littéraire intimidant. Et si cette vision reflète même partiellement son véritable état d'esprit, ça me donnerait presque envie de lire ou relire certains de ses romans, notamment Le Vieil Homme et la Mer auquel l'album fait évidemment référence.
Je n'ai lu que le premier, La Mécanique des rêves, et j'ai bien apprécié. Je classe ça plutôt en série jeunesse, mais d'un niveau littéraire un poil exigeant, je dirais donc à partir du collège.
On est dans un monde où les jeunes vivent dans certaines castes et rangs sociaux, qui rappellent l'Inde, et vient un temps où une clé leur apparait. D'où la couverture avec une serrure trouée. C'est le moment d'accomplir leur folklore, sorte de rite initiatique. Une jeune princesse au physique de panthère décide contre l'avis familial de devenir une simple réparatrice d'horlogerie. Le dessin est bon, le message autour du passage à l'âge adulte marche bien.
Comme il a pu le faire sur d’autres séries érotiques (pour son adaptation du roman « Emmanuelle » par exemple), Crepax nous livre ici un album où l’esthétique joue un rôle central. Je dirais même que sur ce one-shot il est prépondérant. C’est presque un exercice de style, dans lequel l’auteur italien nous présente les fantasmes d’une femme autant que sa capacité à dessiner et à mettre en page (voire en scène) ces fantasmes.
Crepax est un auteur clivant, dont l’érotisme quelque peu maniéré est peut-être anachronique (impression sans doute renforcée par le papier un chouia jauni et sentant bien « l’ancien » de l’album que je possède ?), je ne sais pas. Mais ici, plus que « l’intrigue » elle-même (foutraque et secondaire), c’est le travail graphique qui m’a intéressé.
Affaire de goûts certainement. Mais, malgré un récit obscur, saccadé, suite de fantasmes (n’attendez pas une histoire linéaire classique !), j’ai bien aimé le travail de Crepax. Non seulement sur les corps (féminins, parfois androgyne). Mais aussi l’esthétique mêlant bdsm (parfois teintée d’un peu d’humour, ou de sadisme baroque, comme dans les pages 36 et 37) et géométrie froide (ce travail « géométrique » étant renforcé par celui sur la mise en pages, la répartition très travaillée et diverse des cases sur les planches).
L’aspect érotique – pourtant bien présent – en est presque secondaire.
Un album qui a peut-être vieilli (sa rencontre n’est pas forcément courante), mais que j’ai trouvé original et intéressant.
Un conte qui plaira surtout à un lectorat jeune (ou adolescent). Car l’adulte que je suis l’a trouvé un peu « léger » en matière d’intrigue, et aussi un peu trop linéaire et prévisible. Une jeune princesse rebelle et à forte personnalité finit par se marier après avoir eu la visite de tout ce que la Terre pouvait lui proposer comme prétendants. Elle choisit un beau prince rencontré par hasard. Et la belle histoire tourne au cauchemar…
Ça se laisse lire, mais ça manque de surprise et d’aspérité donc.
Le dessin est assez beau (j’ai juste été surpris par le rendu de la peau, des visages en particulier, qui donne à certains personnages des airs de poupée de porcelaine). Les couleurs sont belles aussi. L’aspect graphique est soigné.
Une intrigue classique, simple, bien dessinée. Le public visé y trouvera son compte.
L'Hegemon est le puissant stratège qui règne par la force sur un empire humain ayant assimilé par la force une autre race alien qu'il a écrasée lors d'une bataille légendaire. Mais après sa mort suspecte, qui menace de déstabiliser toute la galaxie, un scientifique est chargé d'enquêter sur ce qui pourrait bien masquer une crise politique et cosmique bien plus vaste.
C'est une BD de space opera qui m'a laissé un sentiment étrangement mitigé, d'abord parce que je suis un peu surpris de la voir sortir alors que j'avais en tête que les projets des Humanoïdes Associés étaient largement en pause ou abandonnés, ce qui donne déjà une impression un peu flottante avant même la lecture.
Sur le fond, on est clairement dans un mélange très ambitieux de space opera politique et d'enquête impériale, avec des influences assez visibles allant de Dune à Star Wars, en passant par Mass Effect ou Warhammer 40K. Le problème, c'est que tout cela donne surtout une impression de déjà-vu. L'univers est riche, mais il ne dégage pas grand-chose de vraiment neuf, comme si l'album empilait des codes connus sans parvenir à les dépasser.
Le récit lui-même est structuré en chapitres assez autonomes, ce qui accentue une sensation de fragmentation. J'ai eu des moments d'accroche, notamment quand l'aspect enquête policière autour du scientifique et de la responsable sécurité se met en place, mais cette piste est assez vite diluée puis abandonnée. À l'inverse, certaines directions plus mythologiques ou cosmologiques apparaissent brutalement, avec une avalanche de noms et de concepts, pour ensuite disparaître sans réelle conséquence. De même, l'arrivée d'éléments plus spectaculaires comme une bataille impliquant des méchas géants sortis du chapeau donne l'impression d'un récit qui change de direction en permanence, sans véritable colonne vertébrale claire.
Visuellement, j'ai aussi un ressenti partagé. Le dessin est impressionnant par endroits dans le détail des décors et du matériel SF, mais la colorisation très numérique, presque kitsch, avec un encrage parfois plaqué, donne une esthétique un peu datée, pas toujours très harmonieuse.
J'ai eu l'impression d'un projet très chargé en intentions mais encore instable dans sa construction, comme si le scénario était encore en phase de réalisation ou de collage d'idées quand l'album a commencé à être dessiné et qu'il a fallu ensuite lui donner une conclusion rapide et finalement assez plate. C'est assez déroutant et inégal. Je reste perplexe sur ce que cette BD cherche à être, mais je n'ai pas passé un mauvais moment.
Note : 2,5/5
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Valhalla Bunker
Avant de se lancer dans la présente série, il est plus que conseiller de déjà connaître la 1ere trilogie : Vahalla hôtel. Le lecteur se sera déjà fait une idée du ton assumé (un rien décalé et parfois un peu lourdingue), si vous n’avez pas un tantinet adhéré, inutile de poursuivre l’aventure, d’autant que l’on retrouve ici la même formule ainsi que les mêmes personnages mais « 10 ans après ». J’avoue que ce n’est pas une suite que j’attendais spécialement mais l’occasion s’étant présentée je n’ai pas boudé mon plaisir. J’ai d’abord pesté sur le premier tome que j’ai trouvé un peu bavard et moins groovy qu’espérais, ne voyant pas de grande pertinence à ce 2eme cycle. Le 2eme tome se lâche un peu plus niveau action et moments WTF, j’y ai davantage adhéré, retrouvant mon plaisir de lecture dans les délires de l’auteur. Finalement toujours dans la même veine que le 1er cycle niveau folie. Pas un indispensable mais une œuvre bien troussée pour les amateurs de série B.
Deviation
C’est le troisième volet du triptyque des mêmes auteurs, chaque album pouvant se lire séparément (je n’avais lu que le deuxième volet pour le moment). Si la lecture est sympathique et finalement très agréable, j’ai quand même eu plus de mal que pour le précédent opus à entrer dans l’histoire. En effet, la première moitié est monocentrée sur l’héroïne, Mary, qu’on devine peu à peu fuyant un mari toxique, violent. Mais ce dernier n’apparait que via les messages agressifs qu’il laisse sur le téléphone de Mary, et on ne sait pas trop où Mary et l’intrigue vont nous mener. Peu à peu les choses se mettent en place, et, comme Mary dans la seconde moitié du récit, on reprend pied. La narration prend son temps (on pourrait presque reprocher à l’intrigue sa « légèreté », son manque de densité), pour un récit feel good ma foi sympathique (Mary a quand eu de la chance de tomber sur la famille de Lucy !). Le dessin est lui aussi agréable, fluide, avec une colorisation elle aussi réussi. Bref, avec cet album, les deux auteurs ont développé encore leur univers (ça n’est que dans les dernières pages que Mary fait le lien avec Jane, que j’avais pu croiser dans Lady Jane). Des albums sans prétention, mais loin d’être sans intérêt.
Pénis de table
J’ai l’impression que les autres avis sur cet album sont masculins. Donc un avis de fille hétéro que la chose intéresse :-). J’ai trouvé l’intention de l’auteur très louable. Faire parler des hommes de leur rapport à la sexualité, sans tabou et en exprimant leur ressenti sur les différents angles d’attaque proposés par le meneur de jeu. Belle réussite du projet et on sent l’implication des intervenants pour essayer de développer la façon dont ils appréhendent leur sexualité. Et bons les angles d’attaque justement, il me semble que c’est cette approche qui a permis de libérer la parole tout en canalisant la conversation, bien vu. Parole libérée qui m’a semblé bien sincère et sans gêne ni tabou. Bien qu’il reste quand même un dernier bloquage sur le sujet (ultime ?) de ...la taille du pénis bien sur. J’ai donc bien apprécié d’en apprendre un peu plus sur le regard que portent les hommes sur le sujet (c’est vrai que ce n’est pas celui qui vient spontanément dans mes conversations avec des potes). Mais j’ai, un peu comme certains aviseurs précédents, quelques regrets sur la représentativité de l’échantillonnage de ces messieurs. Certes, on a une heureuse diversité des orientations sexuelles, peut-être un peu trop d’ailleurs, l’homme ‘’hétéro-classique’’ semble quasi minoritaire mais pourquoi pas, il est présent. En revanche j’aurais bien vu aussi plus de diversité dans les âges des protagonistes (c’est une vieille qui parle), pas de quinqua ou de soixantenaire (ou plus), c’est un peu dommage, j’aurais aimé aussi avoir leur ressenti. Après, je ne sais pas si l'édition augmentée apporte quelque chose à ce niveau. Mais c’est peu de chose, j’ai quand même apprécié le fond, et la forme qui ne manque pas d’humour dans la présentation.
Les Nocturnes
Grosse curiosité que cet album qui intéressera forcément les fans de Régis Loisel. Les Nocturnes est un recueil d'histoires courtes dessinées entre 1973 et 1977 environ, issues de différentes publications de jeunesse de Loisel, notamment du fanzine Tousse-Bourrin qu'il avait cofondé à l'époque. Rien que pour cela, l'album possède un vrai intérêt historique et permet de découvrir les tout débuts d'un auteur qui deviendra ensuite célèbre avec La Quête de l'Oiseau du Temps puis Peter Pan. On y découvre l'évolution rapide de son dessin sur seulement quelques années. Les premières histoires n'ont pratiquement rien à voir avec le style qu'on lui associe aujourd'hui. Le trait est encore assez rigide, parfois réaliste, avec des influences visibles et finalement assez peu de personnalité propre. On sent déjà du talent et une vraie énergie graphique, mais pas encore cette nervosité ni cette expressivité qui deviendront sa signature. Au fil des récits, notamment dans les différentes histoires intitulées Nocturnes, son dessin commence progressivement à se transformer et à devenir beaucoup plus vivant, souple et personnel. On se rapproche alors davantage du style de Norbert le Lézard, paru peu après, étape intermédiaire vers La Quête de l'Oiseau du Temps. En revanche, il faut être honnête : en dehors de cet aspect "archéologie de carrière", l'ensemble reste très marqué par son origine fanzine. Les scénarios, pourtant parfois signés par des noms qui deviendront fameux plus tard, restent très adolescents dans l'esprit. L'humour noir, la gaudriole et le côté grand-guignol sont omniprésents, souvent avec un goût du mauvais esprit ou de la provocation gratuite typique des jeunes auteurs de l'époque. Certaines histoires fonctionnent mieux que d'autres, mais globalement cela reste assez prévisible, inégal et pas franchement mémorable sur le fond. Même matériellement, l'album trahit son statut de publication de récupération patrimoniale. Les éditions Kesselring ont manifestement fait ce qu'elles pouvaient avec les sources disponibles, mais la qualité de reproduction est parfois médiocre, avec des images un peu abîmées et certains textes difficilement lisibles. Les Nocturnes vaut surtout comme document de curiosité pour suivre les débuts et l'évolution graphique d'un futur très grand dessinateur. Pour les admirateurs de Loisel, c'est intéressant à feuilleter parce qu'on y voit littéralement son style se construire sous nos yeux. Mais comme véritable lecture de bande dessinée, c'est quand même très mineur et pas franchement indispensable en dehors de cet intérêt historique.
Assassins - Les Psychopathes célèbres
Cette BD propose une galerie de psychopathes célèbres, de Jack l'Éventreur à Hitler en passant par Charles Manson ou encore le docteur Petiot, en mélangeant récit documentaire, humour noir et mises en scène décalées autour de narrateurs souvent très particuliers. J'ai trouvé l'ensemble assez difficile à cerner, parce que l'album oscille constamment entre le documentaire criminel et la comédie noire un peu absurde. Sur le fond, il raconte globalement les faits réels connus autour de ces différents tueurs et psychopathes, avec un vrai travail de synthèse et des fiches récapitulatives qui donnent les éléments essentiels sur chaque personnage. Il y a donc un vrai aspect documentaire, parfois assez instructif, notamment sur certaines figures moins connues comme Belle Gunness, Mary Bell ou le couple West. Mais la particularité du livre vient surtout du choix de narration. Chaque histoire est racontée à travers des personnages extérieurs souvent assez loufoques : un numérologue obsessionnel, un assureur un peu étrange, un prêtre exorciste, une psychologue de comptoir, un élu local vulgaire ou d'autres figures du quotidien qui servent de filtres au récit. Cela donne un ton très décalé, parfois caustique, avec un humour noir omniprésent mais assez variable selon les chapitres. Le résultat change beaucoup d'une histoire à l'autre. Sur certains récits très documentés comme celui consacré à Hitler, le côté historique et documentaire domine naturellement parce qu'il y a énormément de matière à raconter. À l'inverse, sur Jack l'Éventreur où les faits restent plus flous et limités, la mise en scène autour des narrateurs prend beaucoup plus de place, avec quelque chose de plus fantaisiste et loufoque. C'est justement ce mélange qui m'a laissé un ressenti assez mitigé. L'ensemble est volontairement bigarré, parfois presque chaotique dans le ton, et je n'ai pas toujours su comment appréhender son humour. Certaines idées fonctionnent bien, d'autres tombent un peu à plat ou deviennent inutilement vulgaires ou appuyées. Globalement, l'humour m'a peu amusé même si je comprends la logique du décalage pour éviter un traitement purement glauque ou morbide. Côté documentaire, c'est également variable. Certaines histoires donnent vraiment envie d'en apprendre davantage sur les personnages évoqués, tandis que d'autres restent assez superficielles et résument surtout des faits déjà relativement connus du grand public. Cela donne parfois une impression de survol, comme une succession de condensés plus que de véritables plongées dans la psychologie ou l'histoire de ces criminels. Graphiquement, en revanche, le style fonctionne plutôt bien avec ce mélange de caricature, de réalisme sale et de couleurs très appuyées qui renforcent l'ambiance malsaine et grotesque du livre. Cela colle assez bien à ce ton entre humour noir et récit macabre. Je trouve l'approche originale et parfois intéressante dans sa manière de mélanger vulgarisation criminelle et satire grinçante, mais le résultat reste assez inégal et ne m'a pas totalement convaincu, ni sur le plan humoristique ni sur le plan réellement documentaire.
Hemingway, la jeune fille et la mer
Dans le Key West des années 30, un Ernest Hemingway en panne d'inspiration, alcoolique, bagarreur et un peu perdu dans sa vie personnelle voit son quotidien bouleversé par la rencontre avec une jeune fille débrouillarde qui l'entraîne dans une aventure entre contrebande de rhum, boxe et horizons marins. Je connais finalement assez mal Hemingway, dont je n'ai lu qu'un ou deux romans, et ce n'est pas un auteur ou une figure littéraire qui m'a particulièrement fasciné jusque-là. Pourtant, le Hemingway présenté ici fonctionne immédiatement comme personnage de BD. On est clairement dans une version romancée et un peu caricaturale du personnage, mais une caricature attachante : une sorte de gros nounours bourru, riche, alcoolisé en permanence, bagarreur, excessif, mais aussi profondément humain et généreux. Pas besoin d'être spécialiste de l'écrivain pour s'attacher à lui. L'autre grande réussite de l'album, c'est son ambiance. Ce Key West des années 30, à moitié américain et à moitié hors du monde, avec ses bars, ses couchers de soleil, ses petits ports, ses îlots presque sauvages et cette galerie d'habitués qui semblent tous se connaître, dégage quelque chose de très confortable et envoutant. Le dessin semi-caricatural et les couleurs chaudes participent énormément au charme de l'ensemble. Il y a une vraie douceur dans les lumières, les ambiances maritimes et les scènes de fin de journée qui donnent presque envie de rester sur cette île avec eux. Je m'y suis senti bien. Toute cette petite communauté un peu paumée mais chaleureuse fonctionne très bien, tout comme le duo formé par Hemingway et Janet, la jeune fille vive et dégourdie qui vient secouer son quotidien. Le récit en lui-même est assez simple et léger. Il ne faut pas attendre une vraie biographie ni une plongée profonde dans la psychologie d'Hemingway. L'histoire tient davantage de la fable aventureuse et feel good que du portrait littéraire. Elle manque peut-être un peu d'ampleur et d'impact émotionnel pour vraiment marquer durablement, mais elle reste constamment sympathique et agréable à suivre. Elle transforme au passage Hemingway en personnage de fiction attachant plus qu'en monument littéraire intimidant. Et si cette vision reflète même partiellement son véritable état d'esprit, ça me donnerait presque envie de lire ou relire certains de ses romans, notamment Le Vieil Homme et la Mer auquel l'album fait évidemment référence.
FolkLore
Je n'ai lu que le premier, La Mécanique des rêves, et j'ai bien apprécié. Je classe ça plutôt en série jeunesse, mais d'un niveau littéraire un poil exigeant, je dirais donc à partir du collège. On est dans un monde où les jeunes vivent dans certaines castes et rangs sociaux, qui rappellent l'Inde, et vient un temps où une clé leur apparait. D'où la couverture avec une serrure trouée. C'est le moment d'accomplir leur folklore, sorte de rite initiatique. Une jeune princesse au physique de panthère décide contre l'avis familial de devenir une simple réparatrice d'horlogerie. Le dessin est bon, le message autour du passage à l'âge adulte marche bien.
La lanterne magique
Comme il a pu le faire sur d’autres séries érotiques (pour son adaptation du roman « Emmanuelle » par exemple), Crepax nous livre ici un album où l’esthétique joue un rôle central. Je dirais même que sur ce one-shot il est prépondérant. C’est presque un exercice de style, dans lequel l’auteur italien nous présente les fantasmes d’une femme autant que sa capacité à dessiner et à mettre en page (voire en scène) ces fantasmes. Crepax est un auteur clivant, dont l’érotisme quelque peu maniéré est peut-être anachronique (impression sans doute renforcée par le papier un chouia jauni et sentant bien « l’ancien » de l’album que je possède ?), je ne sais pas. Mais ici, plus que « l’intrigue » elle-même (foutraque et secondaire), c’est le travail graphique qui m’a intéressé. Affaire de goûts certainement. Mais, malgré un récit obscur, saccadé, suite de fantasmes (n’attendez pas une histoire linéaire classique !), j’ai bien aimé le travail de Crepax. Non seulement sur les corps (féminins, parfois androgyne). Mais aussi l’esthétique mêlant bdsm (parfois teintée d’un peu d’humour, ou de sadisme baroque, comme dans les pages 36 et 37) et géométrie froide (ce travail « géométrique » étant renforcé par celui sur la mise en pages, la répartition très travaillée et diverse des cases sur les planches). L’aspect érotique – pourtant bien présent – en est presque secondaire. Un album qui a peut-être vieilli (sa rencontre n’est pas forcément courante), mais que j’ai trouvé original et intéressant.
Sauvage (Rosalia Radosti)
Un conte qui plaira surtout à un lectorat jeune (ou adolescent). Car l’adulte que je suis l’a trouvé un peu « léger » en matière d’intrigue, et aussi un peu trop linéaire et prévisible. Une jeune princesse rebelle et à forte personnalité finit par se marier après avoir eu la visite de tout ce que la Terre pouvait lui proposer comme prétendants. Elle choisit un beau prince rencontré par hasard. Et la belle histoire tourne au cauchemar… Ça se laisse lire, mais ça manque de surprise et d’aspérité donc. Le dessin est assez beau (j’ai juste été surpris par le rendu de la peau, des visages en particulier, qui donne à certains personnages des airs de poupée de porcelaine). Les couleurs sont belles aussi. L’aspect graphique est soigné. Une intrigue classique, simple, bien dessinée. Le public visé y trouvera son compte.
Hegemon
L'Hegemon est le puissant stratège qui règne par la force sur un empire humain ayant assimilé par la force une autre race alien qu'il a écrasée lors d'une bataille légendaire. Mais après sa mort suspecte, qui menace de déstabiliser toute la galaxie, un scientifique est chargé d'enquêter sur ce qui pourrait bien masquer une crise politique et cosmique bien plus vaste. C'est une BD de space opera qui m'a laissé un sentiment étrangement mitigé, d'abord parce que je suis un peu surpris de la voir sortir alors que j'avais en tête que les projets des Humanoïdes Associés étaient largement en pause ou abandonnés, ce qui donne déjà une impression un peu flottante avant même la lecture. Sur le fond, on est clairement dans un mélange très ambitieux de space opera politique et d'enquête impériale, avec des influences assez visibles allant de Dune à Star Wars, en passant par Mass Effect ou Warhammer 40K. Le problème, c'est que tout cela donne surtout une impression de déjà-vu. L'univers est riche, mais il ne dégage pas grand-chose de vraiment neuf, comme si l'album empilait des codes connus sans parvenir à les dépasser. Le récit lui-même est structuré en chapitres assez autonomes, ce qui accentue une sensation de fragmentation. J'ai eu des moments d'accroche, notamment quand l'aspect enquête policière autour du scientifique et de la responsable sécurité se met en place, mais cette piste est assez vite diluée puis abandonnée. À l'inverse, certaines directions plus mythologiques ou cosmologiques apparaissent brutalement, avec une avalanche de noms et de concepts, pour ensuite disparaître sans réelle conséquence. De même, l'arrivée d'éléments plus spectaculaires comme une bataille impliquant des méchas géants sortis du chapeau donne l'impression d'un récit qui change de direction en permanence, sans véritable colonne vertébrale claire. Visuellement, j'ai aussi un ressenti partagé. Le dessin est impressionnant par endroits dans le détail des décors et du matériel SF, mais la colorisation très numérique, presque kitsch, avec un encrage parfois plaqué, donne une esthétique un peu datée, pas toujours très harmonieuse. J'ai eu l'impression d'un projet très chargé en intentions mais encore instable dans sa construction, comme si le scénario était encore en phase de réalisation ou de collage d'idées quand l'album a commencé à être dessiné et qu'il a fallu ensuite lui donner une conclusion rapide et finalement assez plate. C'est assez déroutant et inégal. Je reste perplexe sur ce que cette BD cherche à être, mais je n'ai pas passé un mauvais moment. Note : 2,5/5