Pour commencer, le parti pris éditorial est plutôt bien vu, avec cette sur-couverture en plastique semi-transparent représentant un masque vénitien, qui, une fois retirée, laisse apparaître le visage de la jeune femme que l’on verra dans une bonne partie du livre : c’est elle qui souffre du fameux « syndrome de l’imposteur ».
Mi-documentaire, mi-fiction, l’ouvrage traite donc de ce phénomène (c’était le terme utilisé lorsqu’il fut identifié à la fin des années 70 par deux universitaires états-uniennes, qui le considéraient comme une expérience psychologique plutôt que comme une pathologie, contrairement à « syndrome » qui fut en quelque sorte imposé par les médias quand ceux-ci commencèrent à l’évoquer, comme le précisent les auteurs) qui trouve un écho de plus en plus fort dans le milieu du travail et semble toucher plus particulièrement la gent féminine, même si les études réalisées doivent être prises avec des pincettes. Dans un monde où règne souvent l’esprit de compétition, les hommes ont peut-être plus de réticence à avouer leurs failles et leurs souffrances au travail.
Et pourtant, les conséquences sont souvent dramatiques pour les victimes. Des études ont souligné que les personnes les plus exposées étaient avant tout les femmes (d’où le E majuscule du titre), mais également issues d’un milieu social défavorisé, des minorités « non-blanches » ou des régions éloignées des grands centres urbains. Celles qui étaient parvenues à gravir les échelons dans le cadre de leur profession avaient conservé une forme de culpabilité et manquaient de la confiance dont bénéficient leurs congénères plus favorisés. Pour lutter contre ce sentiment, elles mouillent plus leur chemise et sont prêtes à se démener par peur de redescendre là d’où elles viennent… la contrepartie, c’est le risque de faire une dépression ou un burn-out… qui n’équivalent donc pas au fameux syndrome mais en constituent plutôt les effets…
Si l’objet, tout en mettant en lumière ce fameux « syndrome » encore relativement méconnu mais avec plus d’implications qu’on pourrait le penser, il peut aussi par certains aspects se rapprocher du guide de développement personnel (avec même un test à la fin), mais dans le bon sens du terme et loin des ouvrages lucratifs de ce type. L’ouvrage, très didactique, est basé sur des études sérieuses et des points de vue de philosophes, mais aussi des interviews de figures publiques (Michelle Obama, la journaliste Nora Hamadi, l’ex-championne d’athlétisme Dado, la professeure de lettres Karine Dijoud…) ou de citoyens ordinaires, qui en apparence paraissent tout à fait bien dans leurs baskets mais à moment donné ont tous expérimenté ce « syndrome » à un degré plus ou moins fort, et ils sont beaucoup plus nombreux qu’on ne pourrait le croire, l’important étant de ne pas « enlever le masque en public ». Moi-même, je n’y ai pas échappé étant plus jeune. Et vous qui lisez ces lignes, vous êtes-vous déjà posé la question ?
Attention, il n’est pas question de prendre la question à la légère en permettant à chacun de se dédouaner pour ses manquements, car le sujet est complexe : si « 83 % des Français présentent des signes modérés ou forts du syndrome (…), il est intense pour près d’un tiers de la population ! » Toute la nuance est dans ces chiffres. L’étude a été réalisée avec le concours du psychologue Kevin Chassandre, qui fournit une analyse éclairante du syndrome avec la diversité de ses symptômes (du simple doute à la détresse émotionnelle), tout en glissant quelques pistes pour mieux le combattre.
Graphiquement, on appréciera la simplicité du trait de Fanny Briant et la fraîcheur des couleurs, assortis à une mise en page libre et variée, qui contribuent à procurer un bon moment de lecture, tout en abordant un sujet sociétal important.
« Le Syndrome de l’imposteurE » est une lecture appréciable qui prend soin d’éviter les raccourcis et tente d’intégrer tous les points de vue, y compris celui de certaines féministes considérant ce syndrome comme une élucubration, quand bien même il fut identifié par des femmes… Aucune conclusion hâtive ici, ce qui laisse la place à d’autres questionnements, mais le livre reste suffisamment enrichissant pour tenter d’adopter une opinion équilibrée.
J'avais bien aimé Erased, de Kei Sanbe, auteur qui s'est fait remarquer pour ses mangas empreints de mystère, ses manipulations mentales et ses personnages ordinaires qui se retrouvent dans des situations complètement folles. C'est toujours le cas ici, avec cette famille de bonnes personnes, qui aident les autres même si elles-mêmes ne sont pas forcément dans une situation très favorable.
Le mystère est don très présent dès ce premier tome, surtout autour du père, qui reçoit des cartes postales le prévenant d'évènements heureux ou malheureux à venir. Ca m'a un peut fait penser à cette vieille série; Demain à la Une, dans laquelle le héros reçoit le journal du lendemain annonçant des catastrophes. Comme ce personnage, Toya, qui est un chic type, choisit d'intervenir pour empêcher une tragédie de survenir. Mais quel est le dessein derrière tout ça ? Et pourquoi ces chiffres décroissants sur les cartes postales ?
Sanbe distille donc ses énigmes de manière savamment dosée, comme toujours, et nous embarque dans cette histoire qui présage des faux-semblants, des masques, ces chaussses-trapes...
A suivre, donc.
Encore une nouvelle série de "Planet-Fantasy" d'Arleston me direz-vous... tout comme moi en attaquant cette lecture. Au bout de 4 pages je me suis dit que j'allais avoir droit à un triste mix piochant allègrement dans Lanfeust, Alim le tanneur et je ne sais quoi encore...
Heureusement, passé une introduction des plus classiques et l'installation de l'univers où va évoluer notre jeune héroïne, l'intrigue a commencé à prendre corps et à titiller ma curiosité. En effet, après le massacre de sa famille, la jeune Sangre va découvrir en intégrant une école réservée aux classes supérieures de la société qu'elle est la dépositaire d'un pouvoir lui permettant de stopper le temps pendant quelques secondes. Malheureusement cette vie de château ne va pas durer. C'est à l'école de la rue qu'elle va grandir, accompagnée de son chien, de son pouvoir et de son désir de vengeance qu'elle entretient savamment...
Le dessin d'Adrien Floch est agréable et efficace mais manque un peu d'originalité à mon goût (Les amateurs de Tarquin et de ses séries hybrides autour de Lanfeust s'y retrouveront pleinement). Partir sur une nouvelle série aurait pu être l'occasion de donner un petit coup de frais et de lifting à ce genre.
Alors, au final, je sors de cette lecture plutôt agréablement surpris par ce que laissent entrevoir les tomes à venir. Rien de révolutionnaire, mais un agréable moment de lecture. Alors, ne boudons pas notre plaisir, et j'attendrai la suite avec curiosité pour affiner ma note.
*** Tome 2 ***
Et bien voilà ! Ce second tome m'a vraiment plu et c'est plutôt conquis que je sort de cette lecture. Car si on retrouve notre Sangre toujours aussi bien affutée et en pleine possession de ses facultés pour mener à bien sa vengeance, l'imagination qui va construire son environnement n'est pas en rade, loin de là.
Imaginez un monde où pour survivre la population DOIT être à proximité d’œuvres d'art de qualité (peinture, architecture, musique,etc...), sinon de terribles créatures fantomatiques vous dévorent. L'art comme rempart absolu contre le mal, moi ça me parle ! :)
Car l'un des assassins de ses parents qu'elle recherche n'est autre que l'un des peintres les plus en vogue de ce monde. Sauf que quand elle arrive sur Tarasque, ledit peintre est tombé en déchéance et tente même de se suicider... C'est ballot pour une vengeance !
C'est là que le machiavélisme de Sangre s'en mêle et nous propose une vengeance aux p'tits oignons !
Côté dessin, Adrien Floch continue d'assurer le taff parfaitement pour ce genre d'album.
Du coup je monte ma note à 4. Vivement la suite !
*** Tome 3 ***
Voilà donc le troisième opus de cette série qui avait su me réconcilier avec Arleston. Je l'attendais avec une certaine curiosité, surtout après l'excellent tome 2.
Cette fois-ci notre jeune Sangre s'embarque pour la planète Mi-Ho-Dwygg afin d'y traquer le troisième assassin de ses parents, Hovanne l'irrésolue. Elle débarque donc sur une planète où le froid règne en maître et où la condition sociale de chacun est déterminée par son prestige et ses interactions avec des personnes en possédant beaucoup. Arleston nous propose de découvrir une aristocratie déliquescente qui assoie son autorité par son insensibilité au froid. C'est parmi l'une de ces familles que Sangre croit pouvoir retrouver et se venger d'Hovanne l'irrésolue...
Une nouvelle fois, Arleston nous propose une société très originale qui évolue dans un monde qui l'est tout autant et qui permet à Adrien Floch de se lâcher avec des décors glaciaires magnifiques et des costumes somptueux. Pour autant, je n'ai pas retrouvé le même élan et le même engouement qu'avait su me procurer le tome précédant. L'album reste quand même de très bonne facture, mais il lui manque ce je-ne-sais-quoi qui fait parfois toute la différence.
Une suite toujours aussi efficace, mais un cran en dessous du très très bon second tome.
*** Tome 4 ***
Et là, c'est le drame...
D'une on change de dessinateur, exit Adrien Floch et de deux, toute la trame sociétale propre à chaque monde qui faisait le sel de la série est ici diluée voire inexistante. Si le nouveau dessinateur Stefano Vergani (découvert dans Lost Shelter) a du talent, sa patte graphique est complètement différente, et franchement, si y'a bien un truc qui m'énerve, c'est le changement de dessinateur en cours de série !
Bref, on a déjà l'impression que Sangre a pris 10 ans quand commence cette nouvelle chasse à l'assassin ; c'est cette fois-ci sur le monde de Douce-eaux qu'elle se rend pour débusquer l'écumeur Donnadion le béat. Ce dernier serait aujourd'hui un ermite non-violent caché dans un archipel sauvage où se réfugient les esclaves en fuite... Sangre va devoir réussir à faire tomber le masque de celui qui participa au massacre de sa famille pour mener à bien la nouvelle étape de sa vengeance.
Pour le coup, fini les univers aux constructions sociales originales ! Dommage, car c'était pour moi un des points forts de cette série. Alors ok, on a un tome qui nous permet de retrouver un personnage auquel on commençait à s'attacher, mais sans les éléments qui faisaient la différence. L'histoire tourne pour le coup a une classique quête de vengeance sans véritable originalité.
Pour le coup je redescend ma note à 3
*** Tome 5 ***
Bon bon bon.. Et bien ce n'est pas ce 5e tome qui va me réconcilier avec la série. On est clairement passé de la "bonne surprise" des débuts à du réchauffé et du sans saveur. Tout ce qui faisait le sel des 3 premiers tomes ne subsiste qu'à l'état de traces.
Dans cet opus, Sangre se rend sur Monde Rouge pour traquer l'ogre Rugleïs, l'un des assassins de sa famille. Ce monde est devenu un casino à ciel ouvert tenu d'une main de fer par l'Ecumeur Rugleïs et son épouse.
Si le concept d'un monde nouveau à chaque tome suivant la traque des Ecumeurs qui ont décimé la famille de Sangre est bien là, fi de l'originalité sociétale liée à chaque planète. Monde Rouge (rien que le nom m'interroge sur le manque d'inspiration d'Arleston...) est une planète régie par le jeu... et pis c'est tout ! Pas d'organisation sociétale liée à ce mode de vie, rien qui ne la distingue d'une autre planète dans son organisation ou ses interactions sociales lié à cette particularité. Bref, c'est pauvre...
Et le reste du scénario est à l'avenant (ah, on a quand même UNE grosse surprise, mais je vais pas spoiler), empli de facilités dans la résolutions des difficultés, tout comme le dessin de Stefano Vergani que je trouve de plus en plus pauvre. Les décors sont de plus en plus vides, les personnages ont perdu en détails, et la colorisation informatisée n'arrange pas les choses.
Bref, une série qui avait su me surprendre jusqu'au tome 3, mais depuis le changement de dessinateur, la série a perdu toute sa saveur.
Je baisse ma note à 2.5/5
Une œuvre de jeunesse de Miyazaki, contenant déjà tout ce qu'on retrouvera dans ses œuvres tardives. Je n'ose pas imaginer la valeur de cette BD pour ses fans, qui seront avides de retrouver les détails qu'on retrouve dans des films futurs, mais aussi les thématiques et la narration assez typée.
Pour ma part, bien que j'apprécie ses films, je ne suis pas un fan de l'auteur. Dans le sens où j'aime ce que j'ai vu de lui, mais je ne cherche pas avidement à regarder ceux que je n'ai pas vu. Cependant, cette BD m'intéressait quand même pour voir ce qu'il avait produit en papier (je n'ai pas encore lu Nausicaa). Et franchement, on est presque aux limites de la BD. Pour moi, c'est un récit illustré, mais ne pinaillons pas sur les détails.
Par contre niveau histoire, c'est assez classique et le récit porte les valeurs de l'auteur. C'est clairement un récit aux notes écologiques, sociales mais aussi de récit initiatiques de jeunes gens motivés. Le dessin est toujours aussi beau, avec une colorisation pastelle qui rehausse les environnements qui sont bien présents. Le récit s'inspire d'un conte que je ne connaissais pas mais qui est assez bien retranscrit. C'est fluide, même si on sent que c'est découpé en scènes précises qui ont chaque fois un intérêt précis. En fait, je crois que c'est déjà un langage très cinématographique notamment dans le découpage visuel, mais qu'on manque de la possibilité que la BD aurait. En soi, le récit pourrait être adapté demain en film sans y changer grand chose, mais pour ce qui est de la narration BD c'est plus contestable.
Une histoire bien menée, pas révolutionnaire et qui plaira sans aucun doute aux fans de Miyazaki, sans pour autant que je considère ça comme génial. Une œuvre de jeunesse déjà traversée des thématiques d'un grand cinéaste, que je regarde comme une petite mignardise : c'est bon en bouche mais ça ne remplit pas.
J'avais une question assez essentielle à la fin de cette BD, à savoir quel était son intérêt profond ?
Je veux dire par là que certes, on suit ce que sont les émojis, d'où ils viennent, comment ils changent, évoluent et se créent. Le tout avec différents protagonistes qui précisent les différents enjeux autour de cette question, intéressant lorsqu'on sait que les émojis sont utilisés massivement dans la communication actuelle.
Sauf que ceci étant dit, la BD est ... rapide. Elle n'interroge pas la façon dont le langage se structure et comment sont nées par exemple les premiers smiley, ancêtres des émojis. Il n'y a pas de réflexion globale sur ce que ça dit de notre perception et de notre communication. De même, la question des autres moyens développés par l'humain (les gifs, par exemple) permettent d'augmenter notre potentiel communicatif.
D'ailleurs, la BD est centrée sur une journaliste qui va au quatre coins du globe interroger les personnes concernées. A part montrer un bilan carbone désastreux, quel était l'intérêt de tout ces interviews ? A part celle de la femme qui a crée des émojis dans une logique féministe, je trouvais que la plupart des interventions auraient pu être mises dans une histoire unique qui englobe le sujet et aurait peut-être pu ajouter plus que juste ces récits de chacun. D'ailleurs au final j'ai assez peu retenu les personnages et plus les idées derrière.
Maintenant ce n'est ni raté ni mauvais. C'est une BD sur les émojis, d'où ça vient, qui les fait et pourquoi. Et puis voila, une fois finie je ressors de cette BD en me disant que j'ai appris des trucs mais que franchement j'en ressors pas changé du tout. Rien ne reste spécialement en tête, si ce n'est que le racisme et le sexisme reste présent même dans un truc comme ces petits dessins rigolos. J'ai lu un documentaire sur un sujet, j'en ressors pas plus intéressé sans avoir passé un mauvais moment. C'est dommage, sans doute, mais franchement je n'arrive pas à être enthousiaste à son sujet.
J'ai découvert en rentrant cette série qu'elle a eu suffisamment de succès pour être réédité en édition augmentée en 2025, ce qui est plutôt chouette pour ses autrices !
Cela dit, je suis assez peu enthousiaste personnellement. C'est le sentiment qui prédomine dans beaucoup de mes lectures mais je dois dire que là c'est assez net, notamment parce que j'étais assez désintéressé de l'histoire au global. C'est une personne assez froide et distante, peu intéressante et dont la vie m'a laissé indifférent. Elle a ses soucis, certes, liés à sa condition de femmes et se pose la question de la façon dont elle voit son corps, mais le sujet a été déjà traité par plusieurs BD récemment et souvent mieux. Sur la question de la condition des femmes et le regard sur leurs corps, je trouve Sibylline - Chroniques d'une escort girl ou Les Cœurs insolents plus réussis, et plusieurs autres BD me viennent directement en tête quant à cette thématique. En fait, je crois surtout qu'il manque un lien évident, un cœur de narration à cette BD. Quelle est la thématique centrale ? Ce n'est pas spécialement clair. On est plus dans une narration de vie de femme actuelle, avec les difficultés qu'elle subit du fait du sexisme. Et puis voila, peut-être quelques questions sur la maternité, légèrement, et sur son travail de femme artiste.
J'ajouterais que je n'étais pas fan du dessin, que je trouvais parfois mal maitrisé dans les proportions. Et je note encore une fois cette foutue cigarette pour parler de femmes émancipées ... C'est quelque chose qui m'agace à chaque fois, sans doute que j'en fais trop, mais vraiment je n'y arrive pas.
Donc voila, c'est une BD pas spécialement intéressante, dans des thématiques que j'ai vu bien mieux traités dans des BD qui me sont restées en mémoire. Celle-ci disparait déjà derrière les BD suivantes que j'ai lue, et je ne peux pas vraiment dire que c'est indispensable comme lecture. Même si elle n'est pas foncièrement mauvaise et que je ne la déconseille pas. A lire pour les personnes s'intéressant aux femmes de notre époque et aux difficultés qu'elles rencontrent.
Tout comme Noirdésir, j'ai découvert Elene Ominetti avec ses premières séries pour lesquelles elle était secondée de scénariste. Ici elle est seule aux commandes d'une longue histoire et franchement, elle arrive plutôt bien à tenir ! L'histoire n'est pas qu'un simple prétexte à une histoire racoleuse qui enchaine les scènes de sexe mais tente réellement de les intégrer dans un propos plus générale sur l'émancipation des femmes.
L'histoire tourne autour de cette vieille femme intégrée dans un corps plus jeune et pouvant gouter aux plaisirs de la vie qui lui ont été interdit auparavant, mais le propos général semble être plus sur les couples dysfonctionnels, notamment avec la petite-fille qui revit la même situation avec sa conjointe. C'est une façon intéressant de les lier, même si je trouve dommage que leur lien ne soit pas approfondi dans la deuxième partie de la BD où la vieille femme va finalement retrouver un amour de jeunesse. D'ailleurs la BD fait courte, sans doute contrainte par le format de pages (48 pages) qui est trop peu pour développer cette histoire tout en amenant des scènes de sexes suffisamment longues pour justifier l'appellation de BD-cul. Mais ça reste mignon, on a envie d'y croire malgré le coup de bol scénaristique qui sert de conclusion.
C'est une jolie histoire, amenant son propos et avec un dessin que je continue d'apprécier et de suivre ! Vu que seul Noirdésir et moi avons mis des avis sur ses BD, je me permets de la recommander à nouveau, Elena Ominetti est clairement une des autrices du genre que j'apprécie le plus dans les dernières sorties !
Pour une fois, je trouve que l'adaptation en manga par Tanabe est plus efficace que la nouvelle originelle. En effet, si L'Appel de Cthulhu est sans doute le texte le plus connu de Lovecraft et un pilier de sa mythologie, sa lecture m'avait paru assez rébarbative dans ses deux premiers tiers lorsque je l'ai découverte, jusqu'à l'arrivée sur l'île où se déroule son passage le plus marquant. Ici, grâce à une mise en image propre et rigoureuse, Tanabe parvient à donner davantage de vie au début du récit et à l'enquête, pourtant assez bavarde, qui le structure. J'ai pris plaisir à suivre le héros qui remonte le fil des témoignages, et surtout à voir ces récits mis en images, ce qui permet de mieux les appréhender. Le rythme est bon et, même si ce n'est toujours pas une intrigue de Lovecraft qui m'enthousiasme particulièrement, je l'ai suivie avec intérêt.
Lorsque l'équipage débarque sur la fameuse île, j'ai beaucoup aimé la manière dont Tanabe parvient à représenter la déformation de la lumière et les perspectives impossibles. Il réussit à traduire visuellement la folie de ce lieu hors norme, et c'est sans doute l'un des points les plus marquants de cette adaptation.
En revanche, d'autres aspects de son dessin me convainquent nettement moins. Ses scènes d'action restent toujours aussi confuses, et la représentation de Cthulhu lui-même manque de majesté. Il apparaît à plusieurs reprises comme une sorte de gros lourdaud tentaculaire, poursuivant les humains comme un Godzilla idiot. Pour faire simple, il ne fait pas peur, et il est difficile de ressentir l'effroi ou la folie que sa simple apparition est censée provoquer.
Je reste donc partagé face à cette adaptation : j'ai apprécié la clarté de sa longue introduction ainsi que les effets graphiques très réussis liés à R'lyeh, mais j'ai été déçu par les scènes d'action et par la représentation de Cthulhu lui-même.
Cet album contient l'adaptation de deux récits de Lovecraft.
Le premier est Dagon, qui est très court. Je ne suis pas vraiment sûr de l'avoir lu dans sa version originale, mais dans tous les cas, si je l'avais fait, je l'aurais confondu et lui aurais nettement préféré le passage similaire, mais bien plus dantesque, que l'on trouve dans L'Appel de Cthulhu. Ici, l'histoire est trop brève, assez plate, et, dans le mythe lovecraftien, je n'aime pas particulièrement les créatures que sont Dagon et les autres Profonds. J'ai donc ressenti peu d'enthousiasme à la lecture de ce récit introductif.
En revanche, Celui qui hantait les ténèbres est l'une de mes nouvelles préférées de Lovecraft. J'aime le fait qu'elle se déroule dans un cadre parfaitement urbain (la ville de Providence) et relativement moderne (les années 1930, avec l'électricité et le téléphone au coeur du récit), tout en réussissant à instiller un véritable sentiment d'angoisse, puis une peur grandissante, sans jamais rien montrer de concret, uniquement en suggérant le pire tapi dans l'obscurité.
A travers ce manga, j'ai apprécié de pouvoir mettre quelques images sur cet imaginaire, images d'ailleurs assez proches de celles que j'avais en tête, à l'exception de l'église elle-même, que j'imaginais plus européenne. En revanche, comme souvent avec Gou Tanabe, dès qu'il s'agit de représenter des éléments plus complexes (notamment les choses indicibles de Lovecraft ou des scènes plus mouvementées), son trait, que je trouve embrouillé et difficilement déchiffrable, me déçoit. Je n'aime décidément pas son graphisme, et son adaptation ne m'a pas fait ressentir toute la tension que j'avais éprouvée à la lecture de la nouvelle.
Cela reste néanmoins une adaptation correcte pour qui souhaite découvrir cette histoire sans avoir envie de lire le texte original.
J'ai commandé et acheté l'album par curiosité et après avoir lu les avis de bdtheque. J'avais été trop traumatisé par ma lecture précédente de Zep. Mais oui, les dessins de Vince sont bons et il y a une histoire à lire. Alterner le genre sexuel n'est pas vraiment mon type de fétiche mais je pense que dans le thème il peut y avoir des variations encore plus excitantes. Je pense aussi que les différences psychologiques et physiologiques entre femmes et hommes auraient pu être davantage développées.
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Le Syndrome de l'imposteurE
Pour commencer, le parti pris éditorial est plutôt bien vu, avec cette sur-couverture en plastique semi-transparent représentant un masque vénitien, qui, une fois retirée, laisse apparaître le visage de la jeune femme que l’on verra dans une bonne partie du livre : c’est elle qui souffre du fameux « syndrome de l’imposteur ». Mi-documentaire, mi-fiction, l’ouvrage traite donc de ce phénomène (c’était le terme utilisé lorsqu’il fut identifié à la fin des années 70 par deux universitaires états-uniennes, qui le considéraient comme une expérience psychologique plutôt que comme une pathologie, contrairement à « syndrome » qui fut en quelque sorte imposé par les médias quand ceux-ci commencèrent à l’évoquer, comme le précisent les auteurs) qui trouve un écho de plus en plus fort dans le milieu du travail et semble toucher plus particulièrement la gent féminine, même si les études réalisées doivent être prises avec des pincettes. Dans un monde où règne souvent l’esprit de compétition, les hommes ont peut-être plus de réticence à avouer leurs failles et leurs souffrances au travail. Et pourtant, les conséquences sont souvent dramatiques pour les victimes. Des études ont souligné que les personnes les plus exposées étaient avant tout les femmes (d’où le E majuscule du titre), mais également issues d’un milieu social défavorisé, des minorités « non-blanches » ou des régions éloignées des grands centres urbains. Celles qui étaient parvenues à gravir les échelons dans le cadre de leur profession avaient conservé une forme de culpabilité et manquaient de la confiance dont bénéficient leurs congénères plus favorisés. Pour lutter contre ce sentiment, elles mouillent plus leur chemise et sont prêtes à se démener par peur de redescendre là d’où elles viennent… la contrepartie, c’est le risque de faire une dépression ou un burn-out… qui n’équivalent donc pas au fameux syndrome mais en constituent plutôt les effets… Si l’objet, tout en mettant en lumière ce fameux « syndrome » encore relativement méconnu mais avec plus d’implications qu’on pourrait le penser, il peut aussi par certains aspects se rapprocher du guide de développement personnel (avec même un test à la fin), mais dans le bon sens du terme et loin des ouvrages lucratifs de ce type. L’ouvrage, très didactique, est basé sur des études sérieuses et des points de vue de philosophes, mais aussi des interviews de figures publiques (Michelle Obama, la journaliste Nora Hamadi, l’ex-championne d’athlétisme Dado, la professeure de lettres Karine Dijoud…) ou de citoyens ordinaires, qui en apparence paraissent tout à fait bien dans leurs baskets mais à moment donné ont tous expérimenté ce « syndrome » à un degré plus ou moins fort, et ils sont beaucoup plus nombreux qu’on ne pourrait le croire, l’important étant de ne pas « enlever le masque en public ». Moi-même, je n’y ai pas échappé étant plus jeune. Et vous qui lisez ces lignes, vous êtes-vous déjà posé la question ? Attention, il n’est pas question de prendre la question à la légère en permettant à chacun de se dédouaner pour ses manquements, car le sujet est complexe : si « 83 % des Français présentent des signes modérés ou forts du syndrome (…), il est intense pour près d’un tiers de la population ! » Toute la nuance est dans ces chiffres. L’étude a été réalisée avec le concours du psychologue Kevin Chassandre, qui fournit une analyse éclairante du syndrome avec la diversité de ses symptômes (du simple doute à la détresse émotionnelle), tout en glissant quelques pistes pour mieux le combattre. Graphiquement, on appréciera la simplicité du trait de Fanny Briant et la fraîcheur des couleurs, assortis à une mise en page libre et variée, qui contribuent à procurer un bon moment de lecture, tout en abordant un sujet sociétal important. « Le Syndrome de l’imposteurE » est une lecture appréciable qui prend soin d’éviter les raccourcis et tente d’intégrer tous les points de vue, y compris celui de certaines féministes considérant ce syndrome comme une élucubration, quand bien même il fut identifié par des femmes… Aucune conclusion hâtive ici, ce qui laisse la place à d’autres questionnements, mais le livre reste suffisamment enrichissant pour tenter d’adopter une opinion équilibrée.
La 13e piste
J'avais bien aimé Erased, de Kei Sanbe, auteur qui s'est fait remarquer pour ses mangas empreints de mystère, ses manipulations mentales et ses personnages ordinaires qui se retrouvent dans des situations complètement folles. C'est toujours le cas ici, avec cette famille de bonnes personnes, qui aident les autres même si elles-mêmes ne sont pas forcément dans une situation très favorable. Le mystère est don très présent dès ce premier tome, surtout autour du père, qui reçoit des cartes postales le prévenant d'évènements heureux ou malheureux à venir. Ca m'a un peut fait penser à cette vieille série; Demain à la Une, dans laquelle le héros reçoit le journal du lendemain annonçant des catastrophes. Comme ce personnage, Toya, qui est un chic type, choisit d'intervenir pour empêcher une tragédie de survenir. Mais quel est le dessein derrière tout ça ? Et pourquoi ces chiffres décroissants sur les cartes postales ? Sanbe distille donc ses énigmes de manière savamment dosée, comme toujours, et nous embarque dans cette histoire qui présage des faux-semblants, des masques, ces chaussses-trapes... A suivre, donc.
Sangre
Encore une nouvelle série de "Planet-Fantasy" d'Arleston me direz-vous... tout comme moi en attaquant cette lecture. Au bout de 4 pages je me suis dit que j'allais avoir droit à un triste mix piochant allègrement dans Lanfeust, Alim le tanneur et je ne sais quoi encore... Heureusement, passé une introduction des plus classiques et l'installation de l'univers où va évoluer notre jeune héroïne, l'intrigue a commencé à prendre corps et à titiller ma curiosité. En effet, après le massacre de sa famille, la jeune Sangre va découvrir en intégrant une école réservée aux classes supérieures de la société qu'elle est la dépositaire d'un pouvoir lui permettant de stopper le temps pendant quelques secondes. Malheureusement cette vie de château ne va pas durer. C'est à l'école de la rue qu'elle va grandir, accompagnée de son chien, de son pouvoir et de son désir de vengeance qu'elle entretient savamment... Le dessin d'Adrien Floch est agréable et efficace mais manque un peu d'originalité à mon goût (Les amateurs de Tarquin et de ses séries hybrides autour de Lanfeust s'y retrouveront pleinement). Partir sur une nouvelle série aurait pu être l'occasion de donner un petit coup de frais et de lifting à ce genre. Alors, au final, je sors de cette lecture plutôt agréablement surpris par ce que laissent entrevoir les tomes à venir. Rien de révolutionnaire, mais un agréable moment de lecture. Alors, ne boudons pas notre plaisir, et j'attendrai la suite avec curiosité pour affiner ma note. *** Tome 2 *** Et bien voilà ! Ce second tome m'a vraiment plu et c'est plutôt conquis que je sort de cette lecture. Car si on retrouve notre Sangre toujours aussi bien affutée et en pleine possession de ses facultés pour mener à bien sa vengeance, l'imagination qui va construire son environnement n'est pas en rade, loin de là. Imaginez un monde où pour survivre la population DOIT être à proximité d’œuvres d'art de qualité (peinture, architecture, musique,etc...), sinon de terribles créatures fantomatiques vous dévorent. L'art comme rempart absolu contre le mal, moi ça me parle ! :) Car l'un des assassins de ses parents qu'elle recherche n'est autre que l'un des peintres les plus en vogue de ce monde. Sauf que quand elle arrive sur Tarasque, ledit peintre est tombé en déchéance et tente même de se suicider... C'est ballot pour une vengeance ! C'est là que le machiavélisme de Sangre s'en mêle et nous propose une vengeance aux p'tits oignons ! Côté dessin, Adrien Floch continue d'assurer le taff parfaitement pour ce genre d'album. Du coup je monte ma note à 4. Vivement la suite ! *** Tome 3 *** Voilà donc le troisième opus de cette série qui avait su me réconcilier avec Arleston. Je l'attendais avec une certaine curiosité, surtout après l'excellent tome 2. Cette fois-ci notre jeune Sangre s'embarque pour la planète Mi-Ho-Dwygg afin d'y traquer le troisième assassin de ses parents, Hovanne l'irrésolue. Elle débarque donc sur une planète où le froid règne en maître et où la condition sociale de chacun est déterminée par son prestige et ses interactions avec des personnes en possédant beaucoup. Arleston nous propose de découvrir une aristocratie déliquescente qui assoie son autorité par son insensibilité au froid. C'est parmi l'une de ces familles que Sangre croit pouvoir retrouver et se venger d'Hovanne l'irrésolue... Une nouvelle fois, Arleston nous propose une société très originale qui évolue dans un monde qui l'est tout autant et qui permet à Adrien Floch de se lâcher avec des décors glaciaires magnifiques et des costumes somptueux. Pour autant, je n'ai pas retrouvé le même élan et le même engouement qu'avait su me procurer le tome précédant. L'album reste quand même de très bonne facture, mais il lui manque ce je-ne-sais-quoi qui fait parfois toute la différence. Une suite toujours aussi efficace, mais un cran en dessous du très très bon second tome. *** Tome 4 *** Et là, c'est le drame... D'une on change de dessinateur, exit Adrien Floch et de deux, toute la trame sociétale propre à chaque monde qui faisait le sel de la série est ici diluée voire inexistante. Si le nouveau dessinateur Stefano Vergani (découvert dans Lost Shelter) a du talent, sa patte graphique est complètement différente, et franchement, si y'a bien un truc qui m'énerve, c'est le changement de dessinateur en cours de série ! Bref, on a déjà l'impression que Sangre a pris 10 ans quand commence cette nouvelle chasse à l'assassin ; c'est cette fois-ci sur le monde de Douce-eaux qu'elle se rend pour débusquer l'écumeur Donnadion le béat. Ce dernier serait aujourd'hui un ermite non-violent caché dans un archipel sauvage où se réfugient les esclaves en fuite... Sangre va devoir réussir à faire tomber le masque de celui qui participa au massacre de sa famille pour mener à bien la nouvelle étape de sa vengeance. Pour le coup, fini les univers aux constructions sociales originales ! Dommage, car c'était pour moi un des points forts de cette série. Alors ok, on a un tome qui nous permet de retrouver un personnage auquel on commençait à s'attacher, mais sans les éléments qui faisaient la différence. L'histoire tourne pour le coup a une classique quête de vengeance sans véritable originalité. Pour le coup je redescend ma note à 3 *** Tome 5 *** Bon bon bon.. Et bien ce n'est pas ce 5e tome qui va me réconcilier avec la série. On est clairement passé de la "bonne surprise" des débuts à du réchauffé et du sans saveur. Tout ce qui faisait le sel des 3 premiers tomes ne subsiste qu'à l'état de traces. Dans cet opus, Sangre se rend sur Monde Rouge pour traquer l'ogre Rugleïs, l'un des assassins de sa famille. Ce monde est devenu un casino à ciel ouvert tenu d'une main de fer par l'Ecumeur Rugleïs et son épouse. Si le concept d'un monde nouveau à chaque tome suivant la traque des Ecumeurs qui ont décimé la famille de Sangre est bien là, fi de l'originalité sociétale liée à chaque planète. Monde Rouge (rien que le nom m'interroge sur le manque d'inspiration d'Arleston...) est une planète régie par le jeu... et pis c'est tout ! Pas d'organisation sociétale liée à ce mode de vie, rien qui ne la distingue d'une autre planète dans son organisation ou ses interactions sociales lié à cette particularité. Bref, c'est pauvre... Et le reste du scénario est à l'avenant (ah, on a quand même UNE grosse surprise, mais je vais pas spoiler), empli de facilités dans la résolutions des difficultés, tout comme le dessin de Stefano Vergani que je trouve de plus en plus pauvre. Les décors sont de plus en plus vides, les personnages ont perdu en détails, et la colorisation informatisée n'arrange pas les choses. Bref, une série qui avait su me surprendre jusqu'au tome 3, mais depuis le changement de dessinateur, la série a perdu toute sa saveur. Je baisse ma note à 2.5/5
Le Voyage de Shuna
Une œuvre de jeunesse de Miyazaki, contenant déjà tout ce qu'on retrouvera dans ses œuvres tardives. Je n'ose pas imaginer la valeur de cette BD pour ses fans, qui seront avides de retrouver les détails qu'on retrouve dans des films futurs, mais aussi les thématiques et la narration assez typée. Pour ma part, bien que j'apprécie ses films, je ne suis pas un fan de l'auteur. Dans le sens où j'aime ce que j'ai vu de lui, mais je ne cherche pas avidement à regarder ceux que je n'ai pas vu. Cependant, cette BD m'intéressait quand même pour voir ce qu'il avait produit en papier (je n'ai pas encore lu Nausicaa). Et franchement, on est presque aux limites de la BD. Pour moi, c'est un récit illustré, mais ne pinaillons pas sur les détails. Par contre niveau histoire, c'est assez classique et le récit porte les valeurs de l'auteur. C'est clairement un récit aux notes écologiques, sociales mais aussi de récit initiatiques de jeunes gens motivés. Le dessin est toujours aussi beau, avec une colorisation pastelle qui rehausse les environnements qui sont bien présents. Le récit s'inspire d'un conte que je ne connaissais pas mais qui est assez bien retranscrit. C'est fluide, même si on sent que c'est découpé en scènes précises qui ont chaque fois un intérêt précis. En fait, je crois que c'est déjà un langage très cinématographique notamment dans le découpage visuel, mais qu'on manque de la possibilité que la BD aurait. En soi, le récit pourrait être adapté demain en film sans y changer grand chose, mais pour ce qui est de la narration BD c'est plus contestable. Une histoire bien menée, pas révolutionnaire et qui plaira sans aucun doute aux fans de Miyazaki, sans pour autant que je considère ça comme génial. Une œuvre de jeunesse déjà traversée des thématiques d'un grand cinéaste, que je regarde comme une petite mignardise : c'est bon en bouche mais ça ne remplit pas.
La Révolution emoji
J'avais une question assez essentielle à la fin de cette BD, à savoir quel était son intérêt profond ? Je veux dire par là que certes, on suit ce que sont les émojis, d'où ils viennent, comment ils changent, évoluent et se créent. Le tout avec différents protagonistes qui précisent les différents enjeux autour de cette question, intéressant lorsqu'on sait que les émojis sont utilisés massivement dans la communication actuelle. Sauf que ceci étant dit, la BD est ... rapide. Elle n'interroge pas la façon dont le langage se structure et comment sont nées par exemple les premiers smiley, ancêtres des émojis. Il n'y a pas de réflexion globale sur ce que ça dit de notre perception et de notre communication. De même, la question des autres moyens développés par l'humain (les gifs, par exemple) permettent d'augmenter notre potentiel communicatif. D'ailleurs, la BD est centrée sur une journaliste qui va au quatre coins du globe interroger les personnes concernées. A part montrer un bilan carbone désastreux, quel était l'intérêt de tout ces interviews ? A part celle de la femme qui a crée des émojis dans une logique féministe, je trouvais que la plupart des interventions auraient pu être mises dans une histoire unique qui englobe le sujet et aurait peut-être pu ajouter plus que juste ces récits de chacun. D'ailleurs au final j'ai assez peu retenu les personnages et plus les idées derrière. Maintenant ce n'est ni raté ni mauvais. C'est une BD sur les émojis, d'où ça vient, qui les fait et pourquoi. Et puis voila, une fois finie je ressors de cette BD en me disant que j'ai appris des trucs mais que franchement j'en ressors pas changé du tout. Rien ne reste spécialement en tête, si ce n'est que le racisme et le sexisme reste présent même dans un truc comme ces petits dessins rigolos. J'ai lu un documentaire sur un sujet, j'en ressors pas plus intéressé sans avoir passé un mauvais moment. C'est dommage, sans doute, mais franchement je n'arrive pas à être enthousiaste à son sujet.
Corps public
J'ai découvert en rentrant cette série qu'elle a eu suffisamment de succès pour être réédité en édition augmentée en 2025, ce qui est plutôt chouette pour ses autrices ! Cela dit, je suis assez peu enthousiaste personnellement. C'est le sentiment qui prédomine dans beaucoup de mes lectures mais je dois dire que là c'est assez net, notamment parce que j'étais assez désintéressé de l'histoire au global. C'est une personne assez froide et distante, peu intéressante et dont la vie m'a laissé indifférent. Elle a ses soucis, certes, liés à sa condition de femmes et se pose la question de la façon dont elle voit son corps, mais le sujet a été déjà traité par plusieurs BD récemment et souvent mieux. Sur la question de la condition des femmes et le regard sur leurs corps, je trouve Sibylline - Chroniques d'une escort girl ou Les Cœurs insolents plus réussis, et plusieurs autres BD me viennent directement en tête quant à cette thématique. En fait, je crois surtout qu'il manque un lien évident, un cœur de narration à cette BD. Quelle est la thématique centrale ? Ce n'est pas spécialement clair. On est plus dans une narration de vie de femme actuelle, avec les difficultés qu'elle subit du fait du sexisme. Et puis voila, peut-être quelques questions sur la maternité, légèrement, et sur son travail de femme artiste. J'ajouterais que je n'étais pas fan du dessin, que je trouvais parfois mal maitrisé dans les proportions. Et je note encore une fois cette foutue cigarette pour parler de femmes émancipées ... C'est quelque chose qui m'agace à chaque fois, sans doute que j'en fais trop, mais vraiment je n'y arrive pas. Donc voila, c'est une BD pas spécialement intéressante, dans des thématiques que j'ai vu bien mieux traités dans des BD qui me sont restées en mémoire. Celle-ci disparait déjà derrière les BD suivantes que j'ai lue, et je ne peux pas vraiment dire que c'est indispensable comme lecture. Même si elle n'est pas foncièrement mauvaise et que je ne la déconseille pas. A lire pour les personnes s'intéressant aux femmes de notre époque et aux difficultés qu'elles rencontrent.
Seconde chance (Ominetti)
Tout comme Noirdésir, j'ai découvert Elene Ominetti avec ses premières séries pour lesquelles elle était secondée de scénariste. Ici elle est seule aux commandes d'une longue histoire et franchement, elle arrive plutôt bien à tenir ! L'histoire n'est pas qu'un simple prétexte à une histoire racoleuse qui enchaine les scènes de sexe mais tente réellement de les intégrer dans un propos plus générale sur l'émancipation des femmes. L'histoire tourne autour de cette vieille femme intégrée dans un corps plus jeune et pouvant gouter aux plaisirs de la vie qui lui ont été interdit auparavant, mais le propos général semble être plus sur les couples dysfonctionnels, notamment avec la petite-fille qui revit la même situation avec sa conjointe. C'est une façon intéressant de les lier, même si je trouve dommage que leur lien ne soit pas approfondi dans la deuxième partie de la BD où la vieille femme va finalement retrouver un amour de jeunesse. D'ailleurs la BD fait courte, sans doute contrainte par le format de pages (48 pages) qui est trop peu pour développer cette histoire tout en amenant des scènes de sexes suffisamment longues pour justifier l'appellation de BD-cul. Mais ça reste mignon, on a envie d'y croire malgré le coup de bol scénaristique qui sert de conclusion. C'est une jolie histoire, amenant son propos et avec un dessin que je continue d'apprécier et de suivre ! Vu que seul Noirdésir et moi avons mis des avis sur ses BD, je me permets de la recommander à nouveau, Elena Ominetti est clairement une des autrices du genre que j'apprécie le plus dans les dernières sorties !
L'Appel de Cthulhu
Pour une fois, je trouve que l'adaptation en manga par Tanabe est plus efficace que la nouvelle originelle. En effet, si L'Appel de Cthulhu est sans doute le texte le plus connu de Lovecraft et un pilier de sa mythologie, sa lecture m'avait paru assez rébarbative dans ses deux premiers tiers lorsque je l'ai découverte, jusqu'à l'arrivée sur l'île où se déroule son passage le plus marquant. Ici, grâce à une mise en image propre et rigoureuse, Tanabe parvient à donner davantage de vie au début du récit et à l'enquête, pourtant assez bavarde, qui le structure. J'ai pris plaisir à suivre le héros qui remonte le fil des témoignages, et surtout à voir ces récits mis en images, ce qui permet de mieux les appréhender. Le rythme est bon et, même si ce n'est toujours pas une intrigue de Lovecraft qui m'enthousiasme particulièrement, je l'ai suivie avec intérêt. Lorsque l'équipage débarque sur la fameuse île, j'ai beaucoup aimé la manière dont Tanabe parvient à représenter la déformation de la lumière et les perspectives impossibles. Il réussit à traduire visuellement la folie de ce lieu hors norme, et c'est sans doute l'un des points les plus marquants de cette adaptation. En revanche, d'autres aspects de son dessin me convainquent nettement moins. Ses scènes d'action restent toujours aussi confuses, et la représentation de Cthulhu lui-même manque de majesté. Il apparaît à plusieurs reprises comme une sorte de gros lourdaud tentaculaire, poursuivant les humains comme un Godzilla idiot. Pour faire simple, il ne fait pas peur, et il est difficile de ressentir l'effroi ou la folie que sa simple apparition est censée provoquer. Je reste donc partagé face à cette adaptation : j'ai apprécié la clarté de sa longue introduction ainsi que les effets graphiques très réussis liés à R'lyeh, mais j'ai été déçu par les scènes d'action et par la représentation de Cthulhu lui-même.
Celui qui hantait les ténèbres
Cet album contient l'adaptation de deux récits de Lovecraft. Le premier est Dagon, qui est très court. Je ne suis pas vraiment sûr de l'avoir lu dans sa version originale, mais dans tous les cas, si je l'avais fait, je l'aurais confondu et lui aurais nettement préféré le passage similaire, mais bien plus dantesque, que l'on trouve dans L'Appel de Cthulhu. Ici, l'histoire est trop brève, assez plate, et, dans le mythe lovecraftien, je n'aime pas particulièrement les créatures que sont Dagon et les autres Profonds. J'ai donc ressenti peu d'enthousiasme à la lecture de ce récit introductif. En revanche, Celui qui hantait les ténèbres est l'une de mes nouvelles préférées de Lovecraft. J'aime le fait qu'elle se déroule dans un cadre parfaitement urbain (la ville de Providence) et relativement moderne (les années 1930, avec l'électricité et le téléphone au coeur du récit), tout en réussissant à instiller un véritable sentiment d'angoisse, puis une peur grandissante, sans jamais rien montrer de concret, uniquement en suggérant le pire tapi dans l'obscurité. A travers ce manga, j'ai apprécié de pouvoir mettre quelques images sur cet imaginaire, images d'ailleurs assez proches de celles que j'avais en tête, à l'exception de l'église elle-même, que j'imaginais plus européenne. En revanche, comme souvent avec Gou Tanabe, dès qu'il s'agit de représenter des éléments plus complexes (notamment les choses indicibles de Lovecraft ou des scènes plus mouvementées), son trait, que je trouve embrouillé et difficilement déchiffrable, me déçoit. Je n'aime décidément pas son graphisme, et son adaptation ne m'a pas fait ressentir toute la tension que j'avais éprouvée à la lecture de la nouvelle. Cela reste néanmoins une adaptation correcte pour qui souhaite découvrir cette histoire sans avoir envie de lire le texte original.
Esmera
J'ai commandé et acheté l'album par curiosité et après avoir lu les avis de bdtheque. J'avais été trop traumatisé par ma lecture précédente de Zep. Mais oui, les dessins de Vince sont bons et il y a une histoire à lire. Alterner le genre sexuel n'est pas vraiment mon type de fétiche mais je pense que dans le thème il peut y avoir des variations encore plus excitantes. Je pense aussi que les différences psychologiques et physiologiques entre femmes et hommes auraient pu être davantage développées.