On retrouve là les qualités habituelles des auteurs de l’univers de Criminal. A savoir un scénario bien ficelé, un dessin fluide et agréable. Et une colorisation très colorée et sombre.
De vieux routards du polar donc, qui nous proposent encore quelque chose d’agréable à lire. Ils prennent un peu plus le temps que pour les autres one-shots du même univers, avec une pagination très conséquente. Et aussi une construction un peu longue (un chouia trop quand même je pense), pour présenter successivement Jacob et Angie, jusqu’à leur rencontre, au moment où l’intrigue s’emballe.
Après un début un peu longuet, le récit devient rythmé, bien huilé, et globalement très plaisant. Il y a quelques petites facilités quand même. Comme les visites d’Angie dans l’appartement du caïd, ou alors cet ancien des forces spéciales qui miraculeusement dépanne Jacob en faisant le « ménage ».
Même si ça n’est pas le meilleur album de l’univers « Criminal », ça reste quand même un album que les amateurs des bonhommes – et de polars « classiques » - apprécieront probablement.
Derrière une superbe couverture, Rossi nous propose une nouvelle aventure de Woan, jeune apache que l'on avait découvert dans Golden West.
Graphiquement c'est superbe, les couleurs sont aussi sublimes que dans Golden West, bref un régal pour les yeux. Non, ce qui m'a gêné dans ce récit, c'est le manque de fluidité dans le scénario, reproche que l'on pouvait déjà faire sur son précédent album. Il m'a fallu plusieurs fois retourner en arrière pour savoir à quel tribu appartenait tel ou tel personnage. Des ellipses parfois hasardeuses viennent aussi nuire à la qualité de lecture de ce one shot. (comme au début, aucune explication sur le scalp qui pend)
Je suis donc assez mitigé sur cet album au dessin irréprochable mais avec un scénario qui aurait mérité d'être plus travaillé.
Roxalane est un plaisir coupable qui a le charme rustique de la fantasy des années 80/90.
Le premier tome m'a passionné même si les éléments fantastiques sont très caricaturaux : une armure magique, un corbeau qui parle...
A partir du second volume, Galliano enrichit son histoire en rajoutant la trame des croisades, mais en faisant cela, il dilue les enjeux du récit qui perd de son souffle épique.
Le dernier tome retrouve la verve heroïc fantasy des débuts avec cependant une fin ouverte qui déçoit un peu.
Le dessin perd en détail au fur et à mesure, et j'ai préféré le trait hachuré du premier album qui fait penser à Rosinski.
Les décors sont cependant moins élaborés que chez ce dernier. Les plans larges déçoivent par leur manque de détails.
Il y a un attrait certain des auteurs à dévêtir leur héroïne, sans tomber dans le graveleux.
À mon sens, cette proposition érotique enrichit plus qu'elle ne dénature les aventures de Roxalane.
Tome 1 : ****
Tome 2 : ****
Tome 3 : ***
Tome 4 : ***
Une bonne pioche dans le catalogue pléthorique des Humanoïdes associés.
J'ai trouvé cette lecture à la fois instructive et profondément triste. Instructive parce que Sixtine Dano s'appuie sur de nombreux témoignages réels pour montrer une réalité dont on parle peu : celle de jeunes étudiants qui se tournent vers l'escorting, les mécanismes qui les y conduisent, la manière dont ils rationalisent leurs choix et les conséquences que cela peut avoir sur leur vie. Triste parce que tout ce qui est montré ici entre en collision avec ma propre vision des relations humaines, du couple et du désir.
Graphiquement, l'album est une réussite. Le noir et blanc à l'encre et au fusain est agréable, avec des planches élégantes, parfois même poétiques. Les jeux de lumière, les silences et certaines pages muettes créent une atmosphère particulière qui accompagne bien le récit.
Sur le fond, en revanche, je suis resté à distance de Raphaëlle. Je n'ai jamais réellement réussi à m'attacher à elle. Son approche de l'escorting m'a souvent paru très froide, presque clinique. Le livre montre une jeune femme qui envisage son corps et sa jeunesse comme une ressource dont il faut tirer profit tant qu'il est encore temps, une opportunité économique parmi d'autres. J'ai trouvé cette logique profondément déprimante. Elle m'a donné l'impression d'observer une existence où le capitalisme finit par contaminer jusqu'à l'intimité, le désir et les relations humaines elles-mêmes.
Le récit ne juge jamais son héroïne, ce qui est évidemment un choix délibéré de l'autrice. Mais cette neutralité m'a parfois mis mal à l'aise. Rien n'indique clairement que Raphaëlle n'avait aucune autre option, même si les difficultés financières étudiantes sont bien montrées. Le terme de "choix" paraît donc lui-même imparfait : il y a évidemment des contraintes économiques à l'oeuvre, mais l'album laisse volontairement une grande part d'ambiguïté. Cette absence de prise de position pourra séduire certains lecteurs ; pour ma part, elle a renforcé mon malaise.
J'ai également ressenti une profonde tristesse face à la vision des relations sentimentales qui se dégage de l'ouvrage. Les clients recherchent une présence féminine comme un service marchand parmi d'autres, parfois simplement pour gagner du temps plutôt que d'investir ce temps dans de vraies relations. Les hommes mariés qui fréquentent ces services m'ont également inspiré du mépris, tant cela va à l'encontre de mes principes personnels. Quant aux escorts elles-mêmes, l'ouvrage évoque des séquelles durables, une difficulté à vivre des relations amoureuses normales ou à retrouver un rapport sain au désir. Même lorsque ces conséquences ne sont qu'esquissées, elles m'ont semblé constituer la partie la plus tragique du livre.
Paradoxalement, c'est aussi ce qui rend l'album intéressant. Sixtine Dano montre sans voyeurisme ni sensationnalisme un phénomène de société bien réel. Elle expose des trajectoires, des raisonnements, des compromis et des contradictions. J'aurais toutefois aimé que certains aspects soient davantage approfondis : les motivations réelles des clients, les conséquences psychologiques à long terme, les raisons qui poussent certains à commencer ou à arrêter. À plusieurs reprises, j'ai eu l'impression que le récit restait à la surface des choses alors qu'il touchait à des questions extrêmement complexes.
Je referme donc Sibylline avec un sentiment mitigé. C'est un ouvrage beau, sincère et documenté, qui m'a appris des choses. Mais c'est aussi une lecture qui m'a laissé une impression de froideur et de désenchantement. J'y ai vu des personnages qui semblent considérer comme normale une vision du corps, du désir et des relations humaines que je trouve profondément triste. C'est sans doute la force du livre : montrer cette réalité sans chercher à l'adoucir. Mais cette réalité m'a davantage déprimé qu'ému.
C’est une aventure classique. Une bonne aventure destinée avant tout à un public adolescent.
Bien sûr, certains aspects pourraient être critiqués : les antagonistes manquent parfois de profondeur, l’évolution intérieure des héros et leur maturation au cours du voyage auraient pu être davantage développées, l’univers et l’histoire des différentes races ne sont qu’esquissés, et l’idée de cette « maturation magique » aurait pu être exploitée de manière plus originale.
Malgré cela, l’impression générale reste très positive. L’œuvre se lit facilement et avec plaisir, et fonctionne bien en tant qu’histoire cohérente dans la catégorie à laquelle elle appartient.
Pendant ma lecture, j’ai ressenti exactement la même chose que lorsque j’ai lu Les Feux d’Askell. On y retrouve les mêmes sensations d’aventure légère : un danger modéré pour les héros, de l’intrigue, des moments humoristiques qui font réellement sourire, ainsi que des passages romantiques adolescents plutôt bien amenés.
Dans l’ensemble, on croit à ce qui se passe. Les personnages sont bien développés et il est agréable de suivre leur parcours. Les cinq tomes constituent un format idéal pour ce type d’histoire : suffisamment long pour éviter une narration précipitée, mais pas au point de devenir répétitif ou fatigant.
Concernant le dessin, il est net, moderne, réalisé dans un style numérique agréable et efficace.
Il ne faut toutefois pas oublier qu’il s’agit avant tout d’une histoire destinée aux adolescents. Inutile donc de lui appliquer les mêmes exigences qu’à une œuvre visant un public adulte. Dans le cadre d’un récit jeunesse et d’une aventure légère, c’est une réussite.
J'ai surtout aimé la blague finale ! L'histoire est courte (trop ?) et se lit bien, c'est une brique de plus dans la légende du Joker. Les dessins de Bolland sont bons et heureusement qu'il a changé les couleurs par rapport à la première version. Elles étaient vraiment horribles !
Mais, une fois de plus, je considère qu'A. Moore est un auteur de bande dessinée surestimé. Et les films basés sur ses histoires sont assez faibles, malgré tant de moyens et de stars hollywoodiennes.
À la recherche de sa grand-mère disparue, Lynette découvre avec son ami Nino un mystérieux carnet qui leur ouvre les portes d'un monde minuscule caché au cœur de la nature.
Le principal atout de ce premier tome est sans conteste son dessin. Les aquarelles d'Alexis Horellou sont magnifiques et parfaitement adaptées à ce récit d'aventure en pleine nature. Les décors forestiers sont superbes, l'ambiance est immersive et il y a un véritable plaisir à parcourir les pages tant l'univers visuel est séduisant.
J'ai été un peu surpris par la façon dont l'histoire démarre. Les personnages sont lancés dans l'intrigue très rapidement, sans véritable introduction, ce qui peut être légèrement déstabilisant. En contrepartie, cela permet d'entrer rapidement dans le vif du sujet et d'éviter les longueurs puisque la mise en scène est déjà assez aérée pour permettre de mettre en avant le dessin.
L'intrigue est assez classique. Impossible de ne pas penser à Arthur et les Minimoys et d'autres histoires du même genre comme la série BD récente Dina et le millimonde par exemple. Deux enfants miniaturisés, une nature devenue gigantesque, une quête familiale et un monde caché : les ingrédients sont connus. Mais c'est un appel à l'aventure qu'on suit volontiers d'autant qu'il est soutenu par ce beau dessin.
Le premier tome reste toutefois très introductif et assez prévisible. La possibilité pour les héros de retrouver relativement facilement leur taille normale est légèrement original pour ce type d'historie, mais la révélation finale concernant la grand-mère était complètement attendue. On découvre surtout les bases de l'univers sans que l'intrigue ne prenne encore de direction particulièrement surprenante.
Une lecture agréable et visuellement très réussie, portée par de belles aquarelles et un bon sens de l'aventure, même si ce premier volume peine encore à se démarquer des nombreuses œuvres utilisant un concept similaire. J'attends de voir si la suite saura apporter davantage d'originalité à cet univers prometteur.
L’auteur du roman ici adapté – que je n’ai pas lu – a voulu clairement rendre hommage aux victimes d’une « catastrophe minière » ayant eu lieu dans le Nord de la France fin 1974. Vu son texte en introduction, je pense que celle-ci est fidèle au roman originel.
Et je trouve que cet hommage est bien fichu. C’est aussi le cas de l’accusation des « responsables », cherchant les bénéfices au détriment de la sécurité des mineurs, ou des « responsables politiques » faisant des passages éclair pour exprimer la solidarité de la nation, sans jamais faire quoi que ce soit pour rendre leurs discours crédibles.
La narration est plutôt bien faite, avec une montée en tension (jusqu’au procès final), et une famille et surtout un personnage central intriguant jusqu’au bout. Pour entretenir un suspens, et garantir quelques surprises, le récit amène plusieurs rebondissements, qui font leur petit effet – mais qui souffrent quand même de facilités qu’on est prié d’accepter.
Mais la lecture est agréable, le sujet bien traité.
Je me range à la majorité. Un résultat assez inégal, il y a du tranquille, du très bon et du oubliable, toujours le piège de l’album collectif.
J’adore le héros, j’ai été heureux de le retrouver à travers ces différents hommages, mais malheureusement et comme attendu de l’exercice le résultat se révèle assez anecdotique.
Hormis à de rares exceptions, les parties graphiques ne m’ont pas subjugué, elles m’ont surtout rappelé le génie de Giraud.
Ça reste honnête et sympa, ça m’a surtout donné envie de me replonger dans certains albums de la série mère. La dernière (comme la première) histoire est quand même très chouette, ça lorgne un peu vers Revoir Comanche amenant un joli plus à la mythologie.
Mouais. Disons que ça se laisse lire. Mais je n’y reviendrai probablement pas.
Il y a quand même trop de facilités et/ou de naïveté dans les grandes comme dans les petites lignes du scénario et de l’intrigue.
La partie SF (qui s’estompe presque entièrement dans le second tome), où les clones accompagnant les voyageurs, le voyage lui-même semblent couler de source.
Mais aussi la partie « antique », qui cherche à reproduire les premières années de la fondation de Rome et de sa civilisation. Cette dernière est en grande partie mythique, mais Sente semble l’avoir quasiment prise au pied de la lettre, en comblant les inévitables vides par des passages pas toujours crédibles (la façon dont la cité de Rema et ses femmes se développe, avec quels moyens ? Pourquoi le roi d’Albalonga peut-il tolérer cette cité concurrente qui visiblement se peuple d’une partie de sa population ?, le viol collectif des Sabins par les femmes de la cité – en lieu et place de « l’enlèvement des Sabines », le tremblement de terre qui détruit l’armée assiégeante sans toucher à la cité, etc.).
La fin, où Tite-Live finit pour Auguste son récit des origines fait un peu « forcé » pour lier ce que nous venons de lire avec ce que nous connaissons de ce récit.
L’affrontement entre les deux « sœurs » est parfois artificiellement grossi.
Le second album est moins original, car la SF en est quasiment absente, mais aussi parce ‘on devine les péripéties, tant elles doivent coller à ce que nous connaissons de la construction mythique de Rome.
Si l’idée de départ semblait séduisante, sa réalisation ne m’a pas enthousiasmé plus que ça.
Note réelle 2,5/5.
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Criminal - Les Acharnés
On retrouve là les qualités habituelles des auteurs de l’univers de Criminal. A savoir un scénario bien ficelé, un dessin fluide et agréable. Et une colorisation très colorée et sombre. De vieux routards du polar donc, qui nous proposent encore quelque chose d’agréable à lire. Ils prennent un peu plus le temps que pour les autres one-shots du même univers, avec une pagination très conséquente. Et aussi une construction un peu longue (un chouia trop quand même je pense), pour présenter successivement Jacob et Angie, jusqu’à leur rencontre, au moment où l’intrigue s’emballe. Après un début un peu longuet, le récit devient rythmé, bien huilé, et globalement très plaisant. Il y a quelques petites facilités quand même. Comme les visites d’Angie dans l’appartement du caïd, ou alors cet ancien des forces spéciales qui miraculeusement dépanne Jacob en faisant le « ménage ». Même si ça n’est pas le meilleur album de l’univers « Criminal », ça reste quand même un album que les amateurs des bonhommes – et de polars « classiques » - apprécieront probablement.
Comanche trail
Derrière une superbe couverture, Rossi nous propose une nouvelle aventure de Woan, jeune apache que l'on avait découvert dans Golden West. Graphiquement c'est superbe, les couleurs sont aussi sublimes que dans Golden West, bref un régal pour les yeux. Non, ce qui m'a gêné dans ce récit, c'est le manque de fluidité dans le scénario, reproche que l'on pouvait déjà faire sur son précédent album. Il m'a fallu plusieurs fois retourner en arrière pour savoir à quel tribu appartenait tel ou tel personnage. Des ellipses parfois hasardeuses viennent aussi nuire à la qualité de lecture de ce one shot. (comme au début, aucune explication sur le scalp qui pend) Je suis donc assez mitigé sur cet album au dessin irréprochable mais avec un scénario qui aurait mérité d'être plus travaillé.
Roxalane
Roxalane est un plaisir coupable qui a le charme rustique de la fantasy des années 80/90. Le premier tome m'a passionné même si les éléments fantastiques sont très caricaturaux : une armure magique, un corbeau qui parle... A partir du second volume, Galliano enrichit son histoire en rajoutant la trame des croisades, mais en faisant cela, il dilue les enjeux du récit qui perd de son souffle épique. Le dernier tome retrouve la verve heroïc fantasy des débuts avec cependant une fin ouverte qui déçoit un peu. Le dessin perd en détail au fur et à mesure, et j'ai préféré le trait hachuré du premier album qui fait penser à Rosinski. Les décors sont cependant moins élaborés que chez ce dernier. Les plans larges déçoivent par leur manque de détails. Il y a un attrait certain des auteurs à dévêtir leur héroïne, sans tomber dans le graveleux. À mon sens, cette proposition érotique enrichit plus qu'elle ne dénature les aventures de Roxalane. Tome 1 : **** Tome 2 : **** Tome 3 : *** Tome 4 : *** Une bonne pioche dans le catalogue pléthorique des Humanoïdes associés.
Sibylline - Chroniques d'une escort girl
J'ai trouvé cette lecture à la fois instructive et profondément triste. Instructive parce que Sixtine Dano s'appuie sur de nombreux témoignages réels pour montrer une réalité dont on parle peu : celle de jeunes étudiants qui se tournent vers l'escorting, les mécanismes qui les y conduisent, la manière dont ils rationalisent leurs choix et les conséquences que cela peut avoir sur leur vie. Triste parce que tout ce qui est montré ici entre en collision avec ma propre vision des relations humaines, du couple et du désir. Graphiquement, l'album est une réussite. Le noir et blanc à l'encre et au fusain est agréable, avec des planches élégantes, parfois même poétiques. Les jeux de lumière, les silences et certaines pages muettes créent une atmosphère particulière qui accompagne bien le récit. Sur le fond, en revanche, je suis resté à distance de Raphaëlle. Je n'ai jamais réellement réussi à m'attacher à elle. Son approche de l'escorting m'a souvent paru très froide, presque clinique. Le livre montre une jeune femme qui envisage son corps et sa jeunesse comme une ressource dont il faut tirer profit tant qu'il est encore temps, une opportunité économique parmi d'autres. J'ai trouvé cette logique profondément déprimante. Elle m'a donné l'impression d'observer une existence où le capitalisme finit par contaminer jusqu'à l'intimité, le désir et les relations humaines elles-mêmes. Le récit ne juge jamais son héroïne, ce qui est évidemment un choix délibéré de l'autrice. Mais cette neutralité m'a parfois mis mal à l'aise. Rien n'indique clairement que Raphaëlle n'avait aucune autre option, même si les difficultés financières étudiantes sont bien montrées. Le terme de "choix" paraît donc lui-même imparfait : il y a évidemment des contraintes économiques à l'oeuvre, mais l'album laisse volontairement une grande part d'ambiguïté. Cette absence de prise de position pourra séduire certains lecteurs ; pour ma part, elle a renforcé mon malaise. J'ai également ressenti une profonde tristesse face à la vision des relations sentimentales qui se dégage de l'ouvrage. Les clients recherchent une présence féminine comme un service marchand parmi d'autres, parfois simplement pour gagner du temps plutôt que d'investir ce temps dans de vraies relations. Les hommes mariés qui fréquentent ces services m'ont également inspiré du mépris, tant cela va à l'encontre de mes principes personnels. Quant aux escorts elles-mêmes, l'ouvrage évoque des séquelles durables, une difficulté à vivre des relations amoureuses normales ou à retrouver un rapport sain au désir. Même lorsque ces conséquences ne sont qu'esquissées, elles m'ont semblé constituer la partie la plus tragique du livre. Paradoxalement, c'est aussi ce qui rend l'album intéressant. Sixtine Dano montre sans voyeurisme ni sensationnalisme un phénomène de société bien réel. Elle expose des trajectoires, des raisonnements, des compromis et des contradictions. J'aurais toutefois aimé que certains aspects soient davantage approfondis : les motivations réelles des clients, les conséquences psychologiques à long terme, les raisons qui poussent certains à commencer ou à arrêter. À plusieurs reprises, j'ai eu l'impression que le récit restait à la surface des choses alors qu'il touchait à des questions extrêmement complexes. Je referme donc Sibylline avec un sentiment mitigé. C'est un ouvrage beau, sincère et documenté, qui m'a appris des choses. Mais c'est aussi une lecture qui m'a laissé une impression de froideur et de désenchantement. J'y ai vu des personnages qui semblent considérer comme normale une vision du corps, du désir et des relations humaines que je trouve profondément triste. C'est sans doute la force du livre : montrer cette réalité sans chercher à l'adoucir. Mais cette réalité m'a davantage déprimé qu'ému.
Angor
C’est une aventure classique. Une bonne aventure destinée avant tout à un public adolescent. Bien sûr, certains aspects pourraient être critiqués : les antagonistes manquent parfois de profondeur, l’évolution intérieure des héros et leur maturation au cours du voyage auraient pu être davantage développées, l’univers et l’histoire des différentes races ne sont qu’esquissés, et l’idée de cette « maturation magique » aurait pu être exploitée de manière plus originale. Malgré cela, l’impression générale reste très positive. L’œuvre se lit facilement et avec plaisir, et fonctionne bien en tant qu’histoire cohérente dans la catégorie à laquelle elle appartient. Pendant ma lecture, j’ai ressenti exactement la même chose que lorsque j’ai lu Les Feux d’Askell. On y retrouve les mêmes sensations d’aventure légère : un danger modéré pour les héros, de l’intrigue, des moments humoristiques qui font réellement sourire, ainsi que des passages romantiques adolescents plutôt bien amenés. Dans l’ensemble, on croit à ce qui se passe. Les personnages sont bien développés et il est agréable de suivre leur parcours. Les cinq tomes constituent un format idéal pour ce type d’histoire : suffisamment long pour éviter une narration précipitée, mais pas au point de devenir répétitif ou fatigant. Concernant le dessin, il est net, moderne, réalisé dans un style numérique agréable et efficace. Il ne faut toutefois pas oublier qu’il s’agit avant tout d’une histoire destinée aux adolescents. Inutile donc de lui appliquer les mêmes exigences qu’à une œuvre visant un public adulte. Dans le cadre d’un récit jeunesse et d’une aventure légère, c’est une réussite.
Killing Joke (Batman - The Killing Joke/Rire et Mourir/Souriez !)
J'ai surtout aimé la blague finale ! L'histoire est courte (trop ?) et se lit bien, c'est une brique de plus dans la légende du Joker. Les dessins de Bolland sont bons et heureusement qu'il a changé les couleurs par rapport à la première version. Elles étaient vraiment horribles ! Mais, une fois de plus, je considère qu'A. Moore est un auteur de bande dessinée surestimé. Et les films basés sur ses histoires sont assez faibles, malgré tant de moyens et de stars hollywoodiennes.
Les Enfants de Microscopia
À la recherche de sa grand-mère disparue, Lynette découvre avec son ami Nino un mystérieux carnet qui leur ouvre les portes d'un monde minuscule caché au cœur de la nature. Le principal atout de ce premier tome est sans conteste son dessin. Les aquarelles d'Alexis Horellou sont magnifiques et parfaitement adaptées à ce récit d'aventure en pleine nature. Les décors forestiers sont superbes, l'ambiance est immersive et il y a un véritable plaisir à parcourir les pages tant l'univers visuel est séduisant. J'ai été un peu surpris par la façon dont l'histoire démarre. Les personnages sont lancés dans l'intrigue très rapidement, sans véritable introduction, ce qui peut être légèrement déstabilisant. En contrepartie, cela permet d'entrer rapidement dans le vif du sujet et d'éviter les longueurs puisque la mise en scène est déjà assez aérée pour permettre de mettre en avant le dessin. L'intrigue est assez classique. Impossible de ne pas penser à Arthur et les Minimoys et d'autres histoires du même genre comme la série BD récente Dina et le millimonde par exemple. Deux enfants miniaturisés, une nature devenue gigantesque, une quête familiale et un monde caché : les ingrédients sont connus. Mais c'est un appel à l'aventure qu'on suit volontiers d'autant qu'il est soutenu par ce beau dessin. Le premier tome reste toutefois très introductif et assez prévisible. La possibilité pour les héros de retrouver relativement facilement leur taille normale est légèrement original pour ce type d'historie, mais la révélation finale concernant la grand-mère était complètement attendue. On découvre surtout les bases de l'univers sans que l'intrigue ne prenne encore de direction particulièrement surprenante. Une lecture agréable et visuellement très réussie, portée par de belles aquarelles et un bon sens de l'aventure, même si ce premier volume peine encore à se démarquer des nombreuses œuvres utilisant un concept similaire. J'attends de voir si la suite saura apporter davantage d'originalité à cet univers prometteur.
Le Jour d'avant
L’auteur du roman ici adapté – que je n’ai pas lu – a voulu clairement rendre hommage aux victimes d’une « catastrophe minière » ayant eu lieu dans le Nord de la France fin 1974. Vu son texte en introduction, je pense que celle-ci est fidèle au roman originel. Et je trouve que cet hommage est bien fichu. C’est aussi le cas de l’accusation des « responsables », cherchant les bénéfices au détriment de la sécurité des mineurs, ou des « responsables politiques » faisant des passages éclair pour exprimer la solidarité de la nation, sans jamais faire quoi que ce soit pour rendre leurs discours crédibles. La narration est plutôt bien faite, avec une montée en tension (jusqu’au procès final), et une famille et surtout un personnage central intriguant jusqu’au bout. Pour entretenir un suspens, et garantir quelques surprises, le récit amène plusieurs rebondissements, qui font leur petit effet – mais qui souffrent quand même de facilités qu’on est prié d’accepter. Mais la lecture est agréable, le sujet bien traité.
Sur la piste de Blueberry
Je me range à la majorité. Un résultat assez inégal, il y a du tranquille, du très bon et du oubliable, toujours le piège de l’album collectif. J’adore le héros, j’ai été heureux de le retrouver à travers ces différents hommages, mais malheureusement et comme attendu de l’exercice le résultat se révèle assez anecdotique. Hormis à de rares exceptions, les parties graphiques ne m’ont pas subjugué, elles m’ont surtout rappelé le génie de Giraud. Ça reste honnête et sympa, ça m’a surtout donné envie de me replonger dans certains albums de la série mère. La dernière (comme la première) histoire est quand même très chouette, ça lorgne un peu vers Revoir Comanche amenant un joli plus à la mythologie.
Omula et Rema
Mouais. Disons que ça se laisse lire. Mais je n’y reviendrai probablement pas. Il y a quand même trop de facilités et/ou de naïveté dans les grandes comme dans les petites lignes du scénario et de l’intrigue. La partie SF (qui s’estompe presque entièrement dans le second tome), où les clones accompagnant les voyageurs, le voyage lui-même semblent couler de source. Mais aussi la partie « antique », qui cherche à reproduire les premières années de la fondation de Rome et de sa civilisation. Cette dernière est en grande partie mythique, mais Sente semble l’avoir quasiment prise au pied de la lettre, en comblant les inévitables vides par des passages pas toujours crédibles (la façon dont la cité de Rema et ses femmes se développe, avec quels moyens ? Pourquoi le roi d’Albalonga peut-il tolérer cette cité concurrente qui visiblement se peuple d’une partie de sa population ?, le viol collectif des Sabins par les femmes de la cité – en lieu et place de « l’enlèvement des Sabines », le tremblement de terre qui détruit l’armée assiégeante sans toucher à la cité, etc.). La fin, où Tite-Live finit pour Auguste son récit des origines fait un peu « forcé » pour lier ce que nous venons de lire avec ce que nous connaissons de ce récit. L’affrontement entre les deux « sœurs » est parfois artificiellement grossi. Le second album est moins original, car la SF en est quasiment absente, mais aussi parce ‘on devine les péripéties, tant elles doivent coller à ce que nous connaissons de la construction mythique de Rome. Si l’idée de départ semblait séduisante, sa réalisation ne m’a pas enthousiasmé plus que ça. Note réelle 2,5/5.