Dans son essai La Civilisation du poisson rouge, Bruno Patino dénonce et analyse ce qu'il appelle l'économie de l'attention, moteur central des grandes plateformes numériques et des GAFAM. Son constat est clair : nos usages sont encouragés, orientés et rendus addictifs par des interfaces conçues pour capter du temps de cerveau, au détriment de la concentration, du recul critique et du lien social.
C'est ce livre que Morgan Navarro adapte en bande dessinée afin d'en restituer l'essentiel, à travers une mise en scène graphique simple et efficace.
L'ouvrage explique comment les réseaux sociaux et les moteurs de recherche ont basculé d'une utopie de partage du savoir vers un capitalisme de l'attention, fondé sur la publicité ciblée, la récompense aléatoire et l'exploitation de nos biais cognitifs. Les mécanismes sont clairement exposés, accessibles, et le propos est sociologiquement pertinent. Le passage du livre à la bande dessinée ne se ressent pas vraiment, tant la narration reste fluide et aérée, portée par un narrateur sympathique qui se met en scène dans sa vie quotidienne.
Toutefois, l'ouvrage laisse un peu sur sa faim. Les thèmes abordés sont nombreux mais souvent survolés, et beaucoup d'analyses donnent une impression de déjà-vu. Les auteurs expliquent que les GAFAM utilisent les résultats d'études comportementales pour manipuler leurs utilisateurs, mais sans détailler suffisamment ces méthodes pour que les lecteurs puissent réellement les identifier et les repérer dans leurs usages. Les risques liés aux bulles informationnelles, aux biais de confirmation, à la radicalisation ou à l'affaiblissement du journalisme sont évoqués sans réel approfondissement ni véritable plus-value analytique.
J'ai également eu le sentiment que l'auteur faisait porter l'essentiel de la responsabilité sur les plateformes, sans interroger suffisamment le contexte social, culturel et technique qui a rendu ces usages possibles et désirables. On trouve par ailleurs de nombreuses citations de chercheurs, de sociologues et d'analyses scientifiques, mais assez peu de didactisme ou de pédagogie dans la structure narrative, ce qui fait qu'en tant que lecteur j'ai fini par un peu tout mélanger sans bien assimiler.
Quant aux propositions finales, qu'il s'agisse de solutions individuelles ou d'appels à une refondation plus humaniste du numérique, elles s'avèrent assez convenues et peu percutantes. J'ai refermé l'album sans révélation majeure, avec le sentiment que le titre est plus fort que le contenu.
En définitive, j'ai lu là l'adaptation d'un essai intéressant et bien écrit, utile pour poser un cadre et nommer des mécanismes, mais qui manque de profondeur et d'audace. Une lecture correcte, dont le titre et la couverture me laissaient sans doute attendre davantage, et qui ne m'a pas réellement appris grand-chose de nouveau. Il faut dire aussi que je travaille en partie dans ce milieu et que j'étais déjà bien conscient des aspects addictifs de ces applications et médias auxquels je ne suis pas particulièrement accro. Si je passe une grande partie de mon temps devant des écrans, c'est très rarement sur un smartphone.
Western en apparence très classique, la série installe d’abord un cadre familier : conquête de l’Ouest, violence coloniale, rapports de domination et marginalisation des populations indiennes. Cette entrée en matière respectueuse des codes sert surtout de socle à une lente dérive vers autre chose, plus trouble et plus intime. Progressivement émergent des thèmes plus subtils : identité sexuelle, désir interdit, ambiguïtés des relations humaines, doute permanent sur les intentions et les corps. Une dimension fantastique s’infiltre également, diffuse, jamais clairement balisée, contribuant à une atmosphère volontairement déstabilisante.
L’œuvre ne cherche à aucun moment la séduction. La ligne artistique est forte, assumée, d’une grande cohérence narrative et thématique. Cette maturité fait clairement sa singularité, mais elle a aussi un coût : l’accessibilité est limitée et le plaisir de lecture immédiat s’en trouve parfois amoindri. On sent une BD pensée pour être relue, presque analysée, afin d’en extraire toute la richesse symbolique. En lecture du dimanche, la qualité est indéniable, mais l’expérience reste exigeante et parfois frustrante.
Graphiquement, le dessin peut diviser. Subjectivement peu à mon goût, il demeure toutefois très maîtrisé : cohérent sur l’ensemble de l’album, expressif, et volontairement éloigné de l’imagerie western traditionnelle. Ce choix graphique renforce le décalage avec les codes du genre et annonce très tôt que le récit va s’en affranchir, au service d’une œuvre singulière, inconfortable mais profondément réfléchie.
L'héroïne n'a pas la classe de Yoko Tsuno, les dessins ne sont pas si beaux, les intrigues réussies. Mais enfin, c'est une bonne série, et l'une de celles qui a donné une place plus reluisante aux femmes que de faire-valoir. En fait, là, c'est le steward qui sert de faire-valoir… Aucun personnage, à ce que je me rappelle n'a d'ailleurs beaucoup de caractère dans l'équipage, si ceux rencontrés au cours de ses aventures sont intéressants, comme un dirigeant africain… Il y a beaucoup de tentatives d'humour, et quelques-unes font mouche.
Lucas est amoureux d'Annika, qui ne le remarque même pas. Pour espérer attirer son attention, il décide de se trouver un petit boulot afin de s'offrir une Vespa. Le seul poste qu'il décroche est cependant inattendu : nettoyeur de cendres… en Enfer. Mais ce n'est pas si terrible, et en plus l'un de ses collègues démons lui propose de l'aider à séduire son crush en échange de son aide pour quitter les lieux et ce boulot dont il a marre.
Nous sommes ici entre fantastique, romance adolescente et comédie absurde. Aucun manichéisme à l'horizon : même si l'on parle d'anges et de démons, ils sont tous présentés comme foncièrement sympathiques. Les quiproquos s'enchaînent à un bon rythme, les retournements sont souvent imprévisibles, et l'humour fonctionne grâce à un bon sens du décalage, notamment dans la représentation de l'Enfer, peuplé de démons bêtes, excessifs et étrangement attachants.
Le dessin est agréable. Le trait est simple mais expressif. Je lui ai trouvé ici et là de petits airs de Bill Watterson (Calvin et Hobbes), dont j'imagine que l'auteur est amateur. Les personnages infernaux sont immédiatement lisibles, drôles et volontairement caricaturaux, avec un petit côté cartoon. La narration visuelle fonctionne bien, avec peu de texte et une lecture fluide et accessible. Je note aussi que la version originale (allemande) de cette BD était en noir et blanc, et que le passage en couleurs pour l'édition française est très appréciable.
Sous son humour potache, l'album glisse également quelques thèmes plus sérieux (premier amour, précarité, rapport au travail), sans jamais appuyer lourdement dessus. L'ensemble se montre aussi gentiment transgressif, notamment dans la représentation du divin vers la fin du récit, qui m'a bien amusé. Le tout reste léger, rythmé et sincère, même si l'on ressent parfois quelques coïncidences un peu faciles, et que rien ne vient vraiment rendre l'ensemble hilarant ou inoubliable.
C'est une lecture agréable, drôle et attachante, adaptée à des lecteurs préadolescents, mais qui saura aussi amuser les adultes sans pour autant les marquer durablement.
Ambiance western, mais pas trop.
C'est ce qu'on pourrait dire de cet album, le premier d'un jeune auteur bordelais, Jolan Thomas. Nous avons donc trois laissés-pour-compte, qui refusent de céder aux sirènes de la modernité galopante en devenant des mineurs ou des ouvriers, nostalgiques de l'ancien temps, lorsque les bisons dévalaient sur les plaines. Ce temps est bel et bien révolu, les bisons ne sont plus qu'un souvenir dans leur tête, et pour survivre, ils choisissent d'attaquer un train. Mais bien sûr ils vont se faire prendre. Pour écrire son histoire, Jolan Thomas s'est beaucoup documenté sur cette période tourmentée, et si on est dans la fiction, ce Procès des affamés a des accents d'authenticité.
C'est un premier album, qui n'est bien sûr pas exempt de défauts. J'ai par exemple décelé des petits défauts de rythme, des passages elliptiques qui auraient mérité d'être un peu développés, etc. Thomas a quand même essayé de bien présenter ses personnages, au travers notamment de flashes-backs, et c'est un bon point. Il y a des scènes bien construites, comme celle où des apprentis malfrats se disputent, ou la scène d'effroi des Tuniques bleues découvrant l'horreur dans le train. La toute dernière case possède une forte charge émotionnelle et symbolique, par ailleurs.
Graphiquement Jolan Thomas se situe, et c'est assumé, dans la lignée de Julie Rocheleau, une belle référence. Il possède déjà de bons repères en termes de découpage et de dynamisme, cela promet pour ses futurs projets.
Sans être la BD du siècle, c'est un bon divertissement, qui propose en outre une réflexion sur la modernité et ses conséquences sur le Far West.
Nous sommes dans une société post-apocalyptique, où humains, robots et démons se côtoient, se combattent parfois. Où des androïdes arborent des masques humains pour rassurer ceux qu'il reste. Où certains peuvent éprouver des sentiments, à long terme.
C'est un monde un peu étrange qu'a construit Takuji Kato. Sur le classique duo/homme/machine se superpose, à la fi de ce long premier volume d'exposition, la figure du démon, pas encore bien défini, mais assez intrigant. Il présente un rapport inversé entre humains et androïdes, les premiers pouvant servi de gardes du corps aux seconds, une "mère" droïde, une gamine dont tombe amoureuse une tourelle commandée par une IA... Je l'ai dit, ce premier volume, qui compte plus de 300 pages, ne sert qu'à installer l'univers, les personnages, le décor. J'avoue que c'est un peu lassant de découvrir les tranches de vie de certains personnages sur 80 pages, alors que d'autres sont expédiés en une vingtaine de planches. Cela reste cependant suffisamment divertissant pour qu'on aie envie de savoir ce qu'il va se passer avec tous ces droîdes, humains et démons.
Le decorum SF se résume essentiellement à une ambiance post-apo vite expédiée, à des combats de mechas, et... c'est tout. Classique, mais rapide. Le design de ceux-ci est sympa, sans plus, et le dessin plutôt agréable, bien aidé par une mise ne scène nerveuse.
A suivre, donc.
2.5
Un spin-off de la série Billy Brouillard, une série qui ne m'a pas trop marqué, mais j'ai tout de même lu les deux albums parce que j'aime bien le dessin de Bianco.
De ce que je me souviens de la série originale, le ton de ce spin-off me semble plus enfantin. Le fait qu'on a en prime une loupe qui montre ce que cachent les dessins me rappelle les livres-jeux que j'avais étant jeune. C'est amusant si on est jeune et j'imagine que ce l'est encore pour certains adultes, mais personnellement le côté jeu m'a laissé indifférent. Côté scénario, j'ai trouvé les deux tomes inégaux. Le premier tome est au final trop banal pour être divertissant. Le deuxième est mieux et a des bons moments, mais pas au point où je trouvais cela marquant.
Je pense que je suis juste trop vieux pour ce genre de série qui va plus divertir les moins de 10 ans. Ce que je retiens surtout est le dessin de Bianco qui est bon comme toujours.
Un bon documentaire sur la nécessité de la nature et particulièrement des arbres. Si je ne mets que 3 étoiles s'est parce que le sujet en lui-même ne me passionne pas plus que ça, mais je le recommande à n'importe qui qui veut en apprendre plus sur la nature et aussi aux passionnés de sciences nature parce que c'est vraiment un très bon documentaire.
Déjà, il y a le dessin de Nicoby qui est toujours agréable. C'est le type de dessin qui me donne immédiatement envie de lire une bande dessinée. Quant au scénario, il est bien fait. On fait dialoguer le botaniste Francis Hallé avec le philosophe Aristote qui avait déclaré que l'humain est au sommet de tout et Hallé va lui montrer qu'il a tort et que la végétation est très importante. Il y a donc des moments plus légers entre deux explications scientifiques détaillés. Cela permet une lecture aéré, on ne tombe pas dans le piège du documentaire en BD qui balance tellement d'informations pendant des dizaines et des dizaines pages qu'à la fin le lecteur ne retient rien et s'ennui ferme. Le texte est bien vulgarisé et on comprends facilement les explications de Hallé.
Après 2 derniers tomes qui ne m’avaient pas fait forte impression, j’avoue que je ne me presse plus pour découvrir la suite de cette collection.
Cette version Ozanam/Aouamri s’en tire pourtant avec les honneurs, rien de foncièrement innovant dans cette aventure mais un rythme plutôt agréable et des ingrédients qui savent bien jouer avec notre nostalgie.
Il y a juste quelques détails qui m’ont un peu trop chagriné pour m’emporter plus sur ma note.
Niveau dessin, malgré une représentation de Thorgal qui m’a parfois interpellé, c’est très bon, un style clair et détaillé. L’univers et la mythologie vont comme un gant à l’auteur, pas pressé de le voir dessiner des voitures.
Et si le plaisir des yeux fut agréable, il en va de même pour le récit. Le scénariste place son intrigue entre Louve et L’épée Soleil, où Thorgal a quitté femme et enfants pour se faire oublier des Dieux.
Cette aventure ne démériterait pas dans la série mère, l’idée autour de cette cité mouvante est fort sympathique, son exécution respecte bien (trop?) les carcans de la série. J’ai trouvé que ça lorgnait bien vers Brek Zarith (malheureusement le méchant sera ici moins réussi), à ça on ajoute quelques retrouvailles de persos « oubliés » qui font leur petit effet.
La structure du récit m’a semblé cohérente, on alterne entre Thorgal et Aaricia, je n’ai pas ressenti de passages inutiles pour le nombre de pages (bon point par rapport à ses prédécesseurs).
Bref de la bonne came pour les amateurs de ce héros, je reproche juste une fin vraiment loupé pour le méchant, un certain manque d’empathie pour notre héros (bon après c’est pas sa meilleur période, on rappelle qu’il s’est barré du domicile conjugale ;) et une absence de prise de risque dans le fond.
Sinon sympa à lire et bien réalisé.
Un ensemble très hétéroclite, et tout autant inégal, pour cet auteur italien pour lequel j'ai un petit faible.
On a ici un recueil d'histoires courtes, qui touchent à beaucoup de genres (SF, polar, parodie de comics trashouille, fantastique, etc.). On sent que l'auteur voulait s'essayer - généralement avec une approche parodique ou tout le moins décalée - à tous les genres classiques. Le dessin est lui aussi très divers, du réalisme (pas très beau et qui ne m'attire pas trop) au minimalisme géométrique - et flashy -, en passant par une sorte de parodie de dessin animé avec personnages rondouillards agités.
C'est ce dernier genre qui m'a le plus convaincu. au niveau graphique tout d'abord. Mais aussi au niveau de l'histoire et du rythme. On y retrouve un peu du délirant Awop Bop Aloobop Alop Bam Boom, mais surtout du plus trash et réussi Squeak the mouse. D'autres petits clins d'oeil sont amusants, comme celui fait à Alfred Hitchcock et à son émission Alfred Hitchcock présente (une parodie de son ombre qui apparaissait dans le générique).
Pour le reste, c'est inégal, parfois longuet, ou abscons.
A réserver aux amateurs de l'auteur je pense.
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9 secondes - La Civilisation du poisson rouge
Dans son essai La Civilisation du poisson rouge, Bruno Patino dénonce et analyse ce qu'il appelle l'économie de l'attention, moteur central des grandes plateformes numériques et des GAFAM. Son constat est clair : nos usages sont encouragés, orientés et rendus addictifs par des interfaces conçues pour capter du temps de cerveau, au détriment de la concentration, du recul critique et du lien social. C'est ce livre que Morgan Navarro adapte en bande dessinée afin d'en restituer l'essentiel, à travers une mise en scène graphique simple et efficace. L'ouvrage explique comment les réseaux sociaux et les moteurs de recherche ont basculé d'une utopie de partage du savoir vers un capitalisme de l'attention, fondé sur la publicité ciblée, la récompense aléatoire et l'exploitation de nos biais cognitifs. Les mécanismes sont clairement exposés, accessibles, et le propos est sociologiquement pertinent. Le passage du livre à la bande dessinée ne se ressent pas vraiment, tant la narration reste fluide et aérée, portée par un narrateur sympathique qui se met en scène dans sa vie quotidienne. Toutefois, l'ouvrage laisse un peu sur sa faim. Les thèmes abordés sont nombreux mais souvent survolés, et beaucoup d'analyses donnent une impression de déjà-vu. Les auteurs expliquent que les GAFAM utilisent les résultats d'études comportementales pour manipuler leurs utilisateurs, mais sans détailler suffisamment ces méthodes pour que les lecteurs puissent réellement les identifier et les repérer dans leurs usages. Les risques liés aux bulles informationnelles, aux biais de confirmation, à la radicalisation ou à l'affaiblissement du journalisme sont évoqués sans réel approfondissement ni véritable plus-value analytique. J'ai également eu le sentiment que l'auteur faisait porter l'essentiel de la responsabilité sur les plateformes, sans interroger suffisamment le contexte social, culturel et technique qui a rendu ces usages possibles et désirables. On trouve par ailleurs de nombreuses citations de chercheurs, de sociologues et d'analyses scientifiques, mais assez peu de didactisme ou de pédagogie dans la structure narrative, ce qui fait qu'en tant que lecteur j'ai fini par un peu tout mélanger sans bien assimiler. Quant aux propositions finales, qu'il s'agisse de solutions individuelles ou d'appels à une refondation plus humaniste du numérique, elles s'avèrent assez convenues et peu percutantes. J'ai refermé l'album sans révélation majeure, avec le sentiment que le titre est plus fort que le contenu. En définitive, j'ai lu là l'adaptation d'un essai intéressant et bien écrit, utile pour poser un cadre et nommer des mécanismes, mais qui manque de profondeur et d'audace. Une lecture correcte, dont le titre et la couverture me laissaient sans doute attendre davantage, et qui ne m'a pas réellement appris grand-chose de nouveau. Il faut dire aussi que je travaille en partie dans ce milieu et que j'étais déjà bien conscient des aspects addictifs de ces applications et médias auxquels je ne suis pas particulièrement accro. Si je passe une grande partie de mon temps devant des écrans, c'est très rarement sur un smartphone.
L'Odeur des garçons affamés
Western en apparence très classique, la série installe d’abord un cadre familier : conquête de l’Ouest, violence coloniale, rapports de domination et marginalisation des populations indiennes. Cette entrée en matière respectueuse des codes sert surtout de socle à une lente dérive vers autre chose, plus trouble et plus intime. Progressivement émergent des thèmes plus subtils : identité sexuelle, désir interdit, ambiguïtés des relations humaines, doute permanent sur les intentions et les corps. Une dimension fantastique s’infiltre également, diffuse, jamais clairement balisée, contribuant à une atmosphère volontairement déstabilisante. L’œuvre ne cherche à aucun moment la séduction. La ligne artistique est forte, assumée, d’une grande cohérence narrative et thématique. Cette maturité fait clairement sa singularité, mais elle a aussi un coût : l’accessibilité est limitée et le plaisir de lecture immédiat s’en trouve parfois amoindri. On sent une BD pensée pour être relue, presque analysée, afin d’en extraire toute la richesse symbolique. En lecture du dimanche, la qualité est indéniable, mais l’expérience reste exigeante et parfois frustrante. Graphiquement, le dessin peut diviser. Subjectivement peu à mon goût, il demeure toutefois très maîtrisé : cohérent sur l’ensemble de l’album, expressif, et volontairement éloigné de l’imagerie western traditionnelle. Ce choix graphique renforce le décalage avec les codes du genre et annonce très tôt que le récit va s’en affranchir, au service d’une œuvre singulière, inconfortable mais profondément réfléchie.
Natacha
L'héroïne n'a pas la classe de Yoko Tsuno, les dessins ne sont pas si beaux, les intrigues réussies. Mais enfin, c'est une bonne série, et l'une de celles qui a donné une place plus reluisante aux femmes que de faire-valoir. En fait, là, c'est le steward qui sert de faire-valoir… Aucun personnage, à ce que je me rappelle n'a d'ailleurs beaucoup de caractère dans l'équipage, si ceux rencontrés au cours de ses aventures sont intéressants, comme un dirigeant africain… Il y a beaucoup de tentatives d'humour, et quelques-unes font mouche.
Un Crush d'enfer
Lucas est amoureux d'Annika, qui ne le remarque même pas. Pour espérer attirer son attention, il décide de se trouver un petit boulot afin de s'offrir une Vespa. Le seul poste qu'il décroche est cependant inattendu : nettoyeur de cendres… en Enfer. Mais ce n'est pas si terrible, et en plus l'un de ses collègues démons lui propose de l'aider à séduire son crush en échange de son aide pour quitter les lieux et ce boulot dont il a marre. Nous sommes ici entre fantastique, romance adolescente et comédie absurde. Aucun manichéisme à l'horizon : même si l'on parle d'anges et de démons, ils sont tous présentés comme foncièrement sympathiques. Les quiproquos s'enchaînent à un bon rythme, les retournements sont souvent imprévisibles, et l'humour fonctionne grâce à un bon sens du décalage, notamment dans la représentation de l'Enfer, peuplé de démons bêtes, excessifs et étrangement attachants. Le dessin est agréable. Le trait est simple mais expressif. Je lui ai trouvé ici et là de petits airs de Bill Watterson (Calvin et Hobbes), dont j'imagine que l'auteur est amateur. Les personnages infernaux sont immédiatement lisibles, drôles et volontairement caricaturaux, avec un petit côté cartoon. La narration visuelle fonctionne bien, avec peu de texte et une lecture fluide et accessible. Je note aussi que la version originale (allemande) de cette BD était en noir et blanc, et que le passage en couleurs pour l'édition française est très appréciable. Sous son humour potache, l'album glisse également quelques thèmes plus sérieux (premier amour, précarité, rapport au travail), sans jamais appuyer lourdement dessus. L'ensemble se montre aussi gentiment transgressif, notamment dans la représentation du divin vers la fin du récit, qui m'a bien amusé. Le tout reste léger, rythmé et sincère, même si l'on ressent parfois quelques coïncidences un peu faciles, et que rien ne vient vraiment rendre l'ensemble hilarant ou inoubliable. C'est une lecture agréable, drôle et attachante, adaptée à des lecteurs préadolescents, mais qui saura aussi amuser les adultes sans pour autant les marquer durablement.
Le Procès des affamés
Ambiance western, mais pas trop. C'est ce qu'on pourrait dire de cet album, le premier d'un jeune auteur bordelais, Jolan Thomas. Nous avons donc trois laissés-pour-compte, qui refusent de céder aux sirènes de la modernité galopante en devenant des mineurs ou des ouvriers, nostalgiques de l'ancien temps, lorsque les bisons dévalaient sur les plaines. Ce temps est bel et bien révolu, les bisons ne sont plus qu'un souvenir dans leur tête, et pour survivre, ils choisissent d'attaquer un train. Mais bien sûr ils vont se faire prendre. Pour écrire son histoire, Jolan Thomas s'est beaucoup documenté sur cette période tourmentée, et si on est dans la fiction, ce Procès des affamés a des accents d'authenticité. C'est un premier album, qui n'est bien sûr pas exempt de défauts. J'ai par exemple décelé des petits défauts de rythme, des passages elliptiques qui auraient mérité d'être un peu développés, etc. Thomas a quand même essayé de bien présenter ses personnages, au travers notamment de flashes-backs, et c'est un bon point. Il y a des scènes bien construites, comme celle où des apprentis malfrats se disputent, ou la scène d'effroi des Tuniques bleues découvrant l'horreur dans le train. La toute dernière case possède une forte charge émotionnelle et symbolique, par ailleurs. Graphiquement Jolan Thomas se situe, et c'est assumé, dans la lignée de Julie Rocheleau, une belle référence. Il possède déjà de bons repères en termes de découpage et de dynamisme, cela promet pour ses futurs projets. Sans être la BD du siècle, c'est un bon divertissement, qui propose en outre une réflexion sur la modernité et ses conséquences sur le Far West.
Mechanical Buddy Universe
Nous sommes dans une société post-apocalyptique, où humains, robots et démons se côtoient, se combattent parfois. Où des androïdes arborent des masques humains pour rassurer ceux qu'il reste. Où certains peuvent éprouver des sentiments, à long terme. C'est un monde un peu étrange qu'a construit Takuji Kato. Sur le classique duo/homme/machine se superpose, à la fi de ce long premier volume d'exposition, la figure du démon, pas encore bien défini, mais assez intrigant. Il présente un rapport inversé entre humains et androïdes, les premiers pouvant servi de gardes du corps aux seconds, une "mère" droïde, une gamine dont tombe amoureuse une tourelle commandée par une IA... Je l'ai dit, ce premier volume, qui compte plus de 300 pages, ne sert qu'à installer l'univers, les personnages, le décor. J'avoue que c'est un peu lassant de découvrir les tranches de vie de certains personnages sur 80 pages, alors que d'autres sont expédiés en une vingtaine de planches. Cela reste cependant suffisamment divertissant pour qu'on aie envie de savoir ce qu'il va se passer avec tous ces droîdes, humains et démons. Le decorum SF se résume essentiellement à une ambiance post-apo vite expédiée, à des combats de mechas, et... c'est tout. Classique, mais rapide. Le design de ceux-ci est sympa, sans plus, et le dessin plutôt agréable, bien aidé par une mise ne scène nerveuse. A suivre, donc.
Le Détective du Bizarre
2.5 Un spin-off de la série Billy Brouillard, une série qui ne m'a pas trop marqué, mais j'ai tout de même lu les deux albums parce que j'aime bien le dessin de Bianco. De ce que je me souviens de la série originale, le ton de ce spin-off me semble plus enfantin. Le fait qu'on a en prime une loupe qui montre ce que cachent les dessins me rappelle les livres-jeux que j'avais étant jeune. C'est amusant si on est jeune et j'imagine que ce l'est encore pour certains adultes, mais personnellement le côté jeu m'a laissé indifférent. Côté scénario, j'ai trouvé les deux tomes inégaux. Le premier tome est au final trop banal pour être divertissant. Le deuxième est mieux et a des bons moments, mais pas au point où je trouvais cela marquant. Je pense que je suis juste trop vieux pour ce genre de série qui va plus divertir les moins de 10 ans. Ce que je retiens surtout est le dessin de Bianco qui est bon comme toujours.
Le Génie de la forêt
Un bon documentaire sur la nécessité de la nature et particulièrement des arbres. Si je ne mets que 3 étoiles s'est parce que le sujet en lui-même ne me passionne pas plus que ça, mais je le recommande à n'importe qui qui veut en apprendre plus sur la nature et aussi aux passionnés de sciences nature parce que c'est vraiment un très bon documentaire. Déjà, il y a le dessin de Nicoby qui est toujours agréable. C'est le type de dessin qui me donne immédiatement envie de lire une bande dessinée. Quant au scénario, il est bien fait. On fait dialoguer le botaniste Francis Hallé avec le philosophe Aristote qui avait déclaré que l'humain est au sommet de tout et Hallé va lui montrer qu'il a tort et que la végétation est très importante. Il y a donc des moments plus légers entre deux explications scientifiques détaillés. Cela permet une lecture aéré, on ne tombe pas dans le piège du documentaire en BD qui balance tellement d'informations pendant des dizaines et des dizaines pages qu'à la fin le lecteur ne retient rien et s'ennui ferme. Le texte est bien vulgarisé et on comprends facilement les explications de Hallé.
Thorgal Saga - La Cité mouvante
Après 2 derniers tomes qui ne m’avaient pas fait forte impression, j’avoue que je ne me presse plus pour découvrir la suite de cette collection. Cette version Ozanam/Aouamri s’en tire pourtant avec les honneurs, rien de foncièrement innovant dans cette aventure mais un rythme plutôt agréable et des ingrédients qui savent bien jouer avec notre nostalgie. Il y a juste quelques détails qui m’ont un peu trop chagriné pour m’emporter plus sur ma note. Niveau dessin, malgré une représentation de Thorgal qui m’a parfois interpellé, c’est très bon, un style clair et détaillé. L’univers et la mythologie vont comme un gant à l’auteur, pas pressé de le voir dessiner des voitures. Et si le plaisir des yeux fut agréable, il en va de même pour le récit. Le scénariste place son intrigue entre Louve et L’épée Soleil, où Thorgal a quitté femme et enfants pour se faire oublier des Dieux. Cette aventure ne démériterait pas dans la série mère, l’idée autour de cette cité mouvante est fort sympathique, son exécution respecte bien (trop?) les carcans de la série. J’ai trouvé que ça lorgnait bien vers Brek Zarith (malheureusement le méchant sera ici moins réussi), à ça on ajoute quelques retrouvailles de persos « oubliés » qui font leur petit effet. La structure du récit m’a semblé cohérente, on alterne entre Thorgal et Aaricia, je n’ai pas ressenti de passages inutiles pour le nombre de pages (bon point par rapport à ses prédécesseurs). Bref de la bonne came pour les amateurs de ce héros, je reproche juste une fin vraiment loupé pour le méchant, un certain manque d’empathie pour notre héros (bon après c’est pas sa meilleur période, on rappelle qu’il s’est barré du domicile conjugale ;) et une absence de prise de risque dans le fond. Sinon sympa à lire et bien réalisé.
B Stories
Un ensemble très hétéroclite, et tout autant inégal, pour cet auteur italien pour lequel j'ai un petit faible. On a ici un recueil d'histoires courtes, qui touchent à beaucoup de genres (SF, polar, parodie de comics trashouille, fantastique, etc.). On sent que l'auteur voulait s'essayer - généralement avec une approche parodique ou tout le moins décalée - à tous les genres classiques. Le dessin est lui aussi très divers, du réalisme (pas très beau et qui ne m'attire pas trop) au minimalisme géométrique - et flashy -, en passant par une sorte de parodie de dessin animé avec personnages rondouillards agités. C'est ce dernier genre qui m'a le plus convaincu. au niveau graphique tout d'abord. Mais aussi au niveau de l'histoire et du rythme. On y retrouve un peu du délirant Awop Bop Aloobop Alop Bam Boom, mais surtout du plus trash et réussi Squeak the mouse. D'autres petits clins d'oeil sont amusants, comme celui fait à Alfred Hitchcock et à son émission Alfred Hitchcock présente (une parodie de son ombre qui apparaissait dans le générique). Pour le reste, c'est inégal, parfois longuet, ou abscons. A réserver aux amateurs de l'auteur je pense.