Une lecture sympathique, mais qui au final m’a laissé un peu sur ma faim.
Disons que les deux auteurs font le boulot, ne trahissent pas l’univers originel et usent plutôt bien des personnages (même si Spirou - et à un degré moindre le Marsupilami - sont ici en retrait).
En fait le début est même très dynamique et amusant, avec un Fantasio au meilleur de sa forme, titillé par une Seccotine espiègle, la rencontre des deux proposant quelques saillies et gags réussis.
Hélas, si Trondheim réussit quand même à bâtir une aventure qui se laisse lire, le rythme baisse singulièrement par la suite, c’est à la fois plus mou et plus creux, on s’enlise dans le désert (il est vrai que le quasi huis-clos au milieu du désert n’aide pas à renouveler l’intrigue).
Il n’y a pas de vrais méchants. Rodrigo et Sofia paraissent trop artificiels dans leurs réactions – et leur attitude change parfois du tout au tout sans nuance. Et du coup, alors que l’antagonisme entre Fantasio et Seccotine tourne en rond, le lecteur peine à trouver de quoi s’accrocher.
Restent quelques idées amusantes de Trondheim, mais là aussi, c’est moins fluide que le style Franquin, plus saccadé et inégal.
Les dix dernières pages sont clairement moins captivantes, jusqu’à la chute finale, amusante mais que l’on a vu venir de loin.
Pas déshonorant, mais un album qui n’a pas tenu les promesses entrevues au départ.
J'aime vraiment le dessin du monde imaginaire… Alors oui, avoir deux styles de dessins était une riche idée à l'époque, sauf que le dessin de notre monde est vraiment trop plat. Seule la moitié de la bande dessinée mérite d'être regardée, en fait. Et puis, d'autres l'ont vu, il y a déperdition de l'originalité. Est-ce une fatalité parce que le fantastique serait ainsi ? Non, il ne se réduit pas à la nouvelle. Ou bien la bd serait-elle indigne de cet équilibre subtil entre réalité et imaginaire ? Non, tous les arts sont légitimes ! Et la bd a des lettres de noblesses longues comme le bras. La série est bonne, mais méritait-elle vraiment un prix ? J'en doute. Les historiens le diront sans doute un jour. Si on veut du fantastique qui tient la route on a Mort Cinder où il domine, et Corto Maltese, où il surgit et où il s'en va, comme un chat se jette sur vous quand il lui plait, puis rêve sur le canapé, ou chasse, sous la lune.
Arriver à rendre les squelettes expressifs, ce n'est pas rien, rendre l'ennui intéressant, aussi. Typique de la bd qu'on est heureux de trouver quand les autres sont trop formatées, mais qu'on préférerait plus… vivante. Je l'ai lu il y a longtemps et le souvenir n'est pas des plus distinct, mais on espère que les morts iront mieux et surtout découvrir leur monde. On est heureux des pauvres plaisirs qu'ils arrivent à trouver encore comme boire du café, je crois, en fait j'ai lu cette bd il y a longtemps, mais ma mémoire qui oublie bien des choses classe ainsi, à relire, ou non, et là, elle me souffle qu'il faudrait relire tout ça. Je me rappelle que malgré l'ennui qu'on ressent comme toujours de celui des protagonistes, il n'y a pas de… temps mort, dans cette bd, pas de baisse de régime. Mais absurde ou pas, que ce régime est lent !
Note réelle 3,5, entre pas mal et franchement bien, traduit en mot, je dirais bien.
Le sommeil vint. Et avec le sommeil l’illumination…
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Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre… mais pas de la démarche ésotérique du scénariste. Son édition originale date de 1993. Il a été réalisé par Alejandro Jodorowsky pour le scénario, et par Jean-Jacques Chaubin pour les dessins et les couleurs. Il comporte quarante-six pages de bande dessinée. Il a bénéficié d’une introduction de deux pages, écrite par le scénariste en août 1992, à Vincennes. Il explique les circonstances dans lesquelles il a rencontré le dessinateur qui lui a déclaré qu’il était prêt à lui donner son âme pour une histoire. Fatigué d’écrire des histoires pour son soixantième anniversaire, l’auteur s’est dit : On dessine généralement une aventure, pourquoi ne pas publier pour une fois l’aventure du dessin ? Il décide alors de donner cinq thèmes au dessinateur, autant d’exercice que l’artiste devait garder à l’esprit en permanence, jusqu’au rêve qui lui donnerait la solution.
Un jeune homme est étendu nu sur les draps du lit, assis sur son séant, les jambes repliées vers lui. De gros insectes parcourent son corps. Il se souvient que son ami lui avait prêté sa chambre, et lui avait demandé de prendre soin de ses insectes tropicaux. Ceux-ci aimaient dormir dans le lit avec lui. Le jeune homme aimait bien ça. Ils étaient si beaux et si gentils. Surtout les gros brillants aux longues mandibules. Il faisait très attention à ne pas leur faire mal. Au fil des nuits leur présence se faisait de plus en plus insistante et pour dormir. Il essayait de les sortir du lit. Mais il s’aperçut bien vite qu’ils aimaient la chaleur de son corps et surtout le creux de ses cuisses. Une nuit il fut tiré du sommeil par un plaisir interdit. Il les sentit agrippés à ses fesses, titillant son anus avec insistance. Il supposait que l’odeur les avait attirés et il serra l’anus en pensant qu’ils pourraient s’y introduire. Et comme à chaque fois qu’il les repoussait ils revenaient au galop, il finit par se lever. Il remarquait dans la chambre quelques vivariums abandonnés. Lorsqu’il ouvrit le plus gros, une puanteur lui monta aux narines, sur la mousse humide pourrissaient du soja et un serpent mort. Malgré l’envie, il ne put se résoudre à les mettre là-dedans.
Les chiens. Un jeune garçon est dominé par la silhouette de trois adultes lui disant qu’il ne peut pas venir avec eux, car il n’y a plus de place dans l’avion, il viendra au prochain voyage. L’enfant se met à pleurer car il ne veut pas rester seul. Lorsqu’il rouvre les yeux après se les être frottés, il est devenu un adulte, au sommet d’un bloc béton de deux mètres et des chiens accourent vers lui. Il sent sa mâchoire se transformer jusqu’à ce que d’immenses crocs lui poussent. Les chiens commencent à bondir sur le bloc et il s’apprête à les déchiqueter. Puis finalement il s’oblige à fermer sa propre bouche avec un geste de la main. Les chiens sautent sur lui. - Révélation. Dans une pièce avec une grande baie vitrée, un homme parle avec son jeune fils, tous les deux assis sur une chaise. Un autre attend son tour. Enfin, c’est à lui et l’homme lui parle du Yin et du Yang, lui tient des propos qui ont trait à la divination.
Le lecteur peut se retrouver un peu déconcerté après avoir terminé cet album : pas très sûr de ce qu’il a lu. Une sorte de suite de sketchs, le premier une forme de sexualité déviante avec des insectes (exotiques, qui plus est) en quatre pages, le second une forme de rite de passage à l’adulte avec le choix de la défiance et de l’agressivité ou de la bienveillance en quatre pages, le troisième une révélation restant tue en trois pages, le quatrième entre religion et perte d’identité, le cinquième une confrontation avec la mort en cinq pages, puis une étrange promenade onirique dans quatre monuments emblématiques de Paris en dix pages, et enfin un voyage dans l’océan, l’antichambre de la mort, un village dans des collines vertes, un vol dans l’espace en treize pages. Pas facile de savoir quoi retirer de ces séquences, si ce n’est que le voyage semble plus important que la destination. La narration visuelle s’avère plutôt agréable, avec une évolution des techniques entre le début et la fin, partant de formes détourées par un trait de contour qui rehausse également les reliefs, également accentués par une technique de couleur directe. Au fur et à mesure, les dessins gagnent en substance, et en précision. Les arrière-plans passent de camaïeux travaillés à des décors en trois dimensions consistants, versant régulièrement dans l’expressionnisme pour renforcer l’évolution de l’état psychique des personnages.
Sous réserve qu’il ait lu l’introduction, le lecteur peut retirer plus de ces lectures que le premier degré des histoires, et la sensibilité psychologique ou mystique. Le scénariste explique que la réalisation de cet album est une expérience qui a duré trois ans. Ayant été sollicité par le dessinateur, il raconte que : Chaque page de cet album a été rêvée. Premier exercice : Rentre chez toi et souviens-toi du premier rêve sexuel que tu feras. C’est l’histoire des insectes. Second exercice : Dessine une angoisse qui mette en jeu tes émotions. C’est celle des Chiens. Troisième exercice : Traiter un sujet intellectuel sans énoncer aucune idée. C’est le livre du Yin et du Yang. Quatrième exercice : Dessine un cauchemar purement digestif. C’est le rêve des Monstres et du Chocolat. Avec lui s’est achevé le premier stade de l’expérience. Jean-Jacques avait donné corps à ses fantasmes sexuels, émotionnels, physiologiques et intellectuels. Le moment était venu de faire le point sur la liberté qu’il avait acquise. Je lui dis donc qu’il n’y aurait pas de cinquième thème. Il pouvait dessiner ce qu’il voulait. Chaubin confronté à l’angoisse de l’homme libre ! De cette angoisse est née la lentille qu’il met dans son œil, le cinquième rêve de l’album. […] Extrait de l’introduction d’Alejandro Jodorowsky.
Ainsi à l’occasion de son anniversaire pour ses soixante ans en 1989, l’auteur décide d’accéder à la demande pressante d’un jeune artiste, tout en la transformant en une expérience d’écriture pour lui, une expérience de création pour les deux, et une expérience de vie pour l’artiste. Le lecteur peut alors envisager cet album comme l’aventure du dessin, ou plutôt l’aventure de leur collaboration, c’est-à-dire entre un mentor et un novice, ou au moins un homme plus jeune et moins expérimenté. Sous cet angle, la première histoire devient une métaphore de leur relation. Sans grande surprise, Jodorowsky motive l’apprenti avec une histoire sexuelle, et celui-ci répond en se montrant provocateur, avec ces insectes, ce plaisir physique entre déviance et marginalité, en tout cas transgressif. Il se montre explicite avec cette image mémorable des insectes cherchant à s’introduire dans le corps de l’homme par son anus, il se montre également sans fard en représentant la nudité masculine sans hypocrisie. Pour clore ce rêve, un mystérieux personnage intervient, s’occupe des insectes, sans se montrer le moins du monde gêné par la nudité de son hôte. Le jeune artiste s’est mis à nu devant le sage expérimenté et a tout fait pour l’épater avec une situation provocatrice et honnête.
En gardant à l’esprit que chaque séquence a été réalisée l’une après l’autre, avec plusieurs mois s’écoulant entre, le lecteur se dit qu’il peut les envisager comme une progression dans le développement de la relation créatrice unissant les deux auteurs. La deuxième histoire semble plus accessible : une angoisse qui mette en jeu les émotions, l’enfant se retrouvant dans une position où il est seul sans la tutelle de ses parents, envahi par le sentiment d’inquiétude et même de terreur face au monde inconnu qu’il perçoit comme étant hostile, et réagissant pour s’y adapter afin d’y faire face. La narration visuelle raconte à elle seule l’histoire dépourvue de parole, avec seulement quelques grondements. Un beau conte sur le choix donné à l’individu quant à son attitude face aux autres. La troisième histoire a dû donner du fil à retordre à l’artiste avec un point de départ paradoxal : une histoire intellectuelle sans énoncer aucune idée (pas loin du sadisme comme exigence), l’artiste s’en tire admirablement bien, avec des images centrées sur le personnage, soulignant que tout est perçu à partir de lui, de manière égocentrée. L’artiste continue de progresser avec l’histoire suivante, alors que l’idée du scénariste apparaît plus nébuleuse, et sa concrétisation plus cryptique. Enfin, le dessinateur raconte sa découverte de sa mortalité, dans une histoire métaphorique, véhiculant une ou deux images religieuses, s’achevant par une chute permettant d’inscrire le récit dans un mouvement cyclique, une très belle maîtrise des volumes, des effets de perspective et d’un visage démoniaque.
Les deux histoires finales apparaissent plus ambitieuses en termes de pagination, et d’approche conceptuelle. Le lecteur apprécie le voyage onirique qui l’emmène depuis l’Hôtel-Dieu au ministère des Finances à Paris, en passant par le Panthéon et les Catacombes. Il ne s’attendait pas à croiser Batman avec ses oreilles pointues et sa cape gothique, ou à assister à un don de sperme dans le détail. Il retrouve l’inclination du scénariste pour l’alchimie (l’or sous le mercure) et pour le tarot (une séance avec les cartes de la Tempérance, du Diable, du Vit, et d’autres encore plus explicitement sexuelles, pas présentes dans tous les tarots), avec des dessins jouant à glisser du réalisme vers l’abstraction géométrique pour une balade étrange. La dernière histoire prend la forme d’un voyage, une élévation spirituelle classique dans ses étapes, parsemée de références alchimiques et ésotériques avec une touche de science-fiction, et de nécessité pour l’individu d’embrasser son côté obscur afin de pouvoir grandir, du pur Jodorowsky.
Le lecteur découvre au fil de huit séquences en quoi la vérité se trouve au fond des rêves. Il voit sous ses yeux, l’artiste grandir en termes de techniques et de qualité narrative, ce qui correspond à l’ambition du scénariste de mettre en scène l’aventure du dessin, plutôt que de lui faire dessiner des aventures. Il retrouve certains thèmes favoris du scénariste comme la spiritualité et la sexualité, ainsi que la transgression pour pouvoir progresser mentalement. Une lecture déroutante, plus intelligible à la lumière de la nature de l’intention du scénariste, plus facile d’accès au lecteur familier du scénariste, exotique et étrange, avec des visuels empruntant à une imagerie entre le fantastique et la science-fiction. Pour les complétistes de l’œuvre de Jodorowsky.
Une série d’aventure historique « exotique », qui se déroule en Chine au crépuscule de l’Empire, alors que les puissances occidentales – ici Anglais et Français – commencent à se partager le contrôle de l’Empire moribond sous des motifs assez hypocrites (je n’ai juste pas trop compris pourquoi la France de Napoléon III s’était investie à ce point dans une opération qui la voit d’un bout à l’autre à la remorque des Anglais – qui sont les seuls en plus à contrôler le commerce de l’opium via leur Empire des Indes, et donc à avoir de réels intérêts à défendre : de fait, le chef de l’expédition française est ici souvent ridicule de suivisme qui ne s’assume pas).
Il y a pas mal de choses sympathiques dans ce récit, même si d’autres aspects m’ont moins captivé, et si le dernier album m’a plutôt laissé sur ma faim (j’ai lu la série d’une traite dans l’intégrale parue récemment).
Le dessin de Besse est plutôt réussi, que ce soit pour les personnages ou les décors. Sans être hyper détaillé, il est expressif et dynamique, globalement plaisant.
Le récit est assez rythmé, et le scénario de Bollée et Alcante lorgne vers l’aventure hollywoodienne classique (rapprochement qui me vient sans doute des films « Les 44 jours de Pékin » ou « La canonnière du Yang-Tsé » - qui s’intéresse à une période légèrement postérieure). Mais il y a quand même quelque chose de proche, avec ces personnages emportés par la grande Histoire, ces amours impossibles, et ces personnages taillés au cordeau – qui souvent manquent de nuance cela dit.
Les deux premiers albums sont les meilleurs, on est emporté avec Montagne dans cette aventure chinoise dans les années 1859-1860, petite et grande histoire se mêlant plutôt bien.
Mais le dernier tome m’a moins convaincu. D’abord parce que c’est celui où les personnages révèlent leurs faces cachées, et surtout maladroitement : beaucoup manquent de nuances, et par là même de crédibilité. Du fils du général au super méchant vicieux sous-officier français, leur comportement est trop improbable.
Le personnage de la journaliste fouille-merde, sorte de reporter de guerre avant l’heure, amie de Victor Hugo, est de trop et pas crédible (déjà un homme dans ce rôle… Mais une femme, à cette époque, je n’y ai pas cru).
De plus, la fin de l’histoire est expédiée. On se débarrasse facilement de cette journaliste, de l’idylle entre Montagne et Jia-Li. Quant à Marais, le méchant de service, déjà un peu trop caricatural, il se transforme en quelques cases en une sorte de dément mégalomane pétant les plombs et est lui aussi expédié. Cette fin manque de finesse.
Mais globalement on a là un triptyque qui se laisse lire, et qui plaira aux amateurs d’aventure exotique ancrée dans un pan d’Histoire oublié.
Frankenstein, du mangaka Junji Ito, est en réalité un recueil de 11 nouvelles du maître réalisées entre 1989 et 2000, Frankenstein ayant été dessinée entre septembre et novembre 1994. Parmi ces œuvres figurent notamment 6 courtes histoires de 30-40 pages chacune, centrées sur le personnage principal d'Oshikiri, lycéen complexé par sa taille et vivant seul dans une grande bâtisse, ses parents étant en voyage pour leur travail. Le scénario de ces nouvelles, centrées sur l'existence de dimensions alternatives à la nôtre sont plutôt originales et efficaces. Elles m'ont un peu fait penser aux histoires de la série TV "La quatrième dimension". Les dernières nouvelles de quelques pages sont un peu plus anecdotiques et parfois à la limite du ridicule (notamment celles centrées sur le bichon maltais du mangaka...).
S'agissant à présent de l'histoire centrale de l'ouvrage, Junji Ito adapte très fidèlement le classique de Mary Shelley datant de 1818. Les seules différences résidant dans la chute finale et lors de la création de la compagne du Monstre, Junji Ito ne pouvant résister à mettre en images une seconde fois le retour à la vie d'une créature morte.
Bien que l'histoire reste fluide et plutôt agréable à lire, les 188 pages ne permettent pas à l'auteur de fluidifier l'ensemble de l'histoire. Certains passages sont ainsi selon moi trop abruptes. Par exemple, le changement de point de vue de Victor Frankenstein sur la bête et plus globalement sur son travail est bien trop rapide. De même, les personnages secondaires tels qu'Henry ne sont pas assez travaillés à mon goût et ont parfois des réactions peu crédibles (Henry validant très rapidement la création d'une compagne pour le monstre à partir de cadavres féminins par exemple !). L'histoire aurait donc gagné à être un peu plus étoffée pour fluidifier l'ensemble, nuancer certains passages ou encore mieux décrire cette relation particulière existant entre la Bête et son créateur.
Du point de vue des graphismes, en tant que maître de l'épouvante, Ito excelle bien évidemment dans la mise en image des scènes horrifiques, la création de la bête et de sa compagne en étant les points culminants. J'ai été en revanche un peu moins séduit par le trait du reste des protagonistes, notamment Viktor Frankenstein, mais cela reste très subjectif.
Enfin, le recueil de plus de 400 pages, édité aux éditions Mangetsu, et agrémenté de l'analyse de Morollian en fin d'ouvrage, est vraiment magnifique avec son titre en vernis différencié et sa couverture rigide. Il devrait trôner fièrement dans toute bonne bibliothèque des fans du mangaka même si, vous l'aurez compris, il ne s'agit pas de sa meilleure œuvre selon moi.
SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 6,5/10
GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 6,5/10
NOTE GLOBALE : 13/20
Akileos continue de traduire les séries d'EC Comics et celle-ci est un gros morceau parce qu'elle fait partie, avec ''Tales from the crypt'' et ''The Haunt of Fear'' de la trilogie des comics d'horreur qui a fait la célébrité de l'éditeur dans les années 50.
Comme c'est le cas avec les autres recueils d'EC comics, la qualité est inégale selon les récits et je trouve même qu'il y a une grosse différence de qualité entre les deux albums. En effet, dans le premier tome on est au début des histoires fantastiques d'EC Comics et les histoires sont souvent plus faibles et plus banales que ce qu'ils font par la suite. J'ai trouvé que plusieurs histoires avaient des chutes pourries du genre le personnage principal qui se réveille et se rends compte que tout ce qui est arrivé depuis le début était un horrible cauchemar, mais là on voit que son cauchemar va se réaliser. On ne trouve pas les fameux hosts qui ont fait la renommée de l'éditeur.
Quand ses personnages débarquent enfin, la qualité augmente même si évidemment certains récits sont mieux que d'autres. J'ai remarqué que je ne suis pas un grand fan du travail de Johnny Craig. À contrario lorsque c'est bon c'est très bon et le tome 2 contient une de mes histoires préférées à savoir celle du vampire qui travaille dans une banque de sang. C'est le genre d'histoires avec de l'humour noir comme je l'aime et en plus c'est dessiné par mon dessinateur préféré de l'écurie d'EC Comics à savoir Jack Davis.
En gros, si vous avez déjà lu des récits d'horreurs de cette éditeur, vous savez ce que vous allez retrouver et si c'est pour vous.
Vous mettez beaucoup de texte dans vos bédés ?
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Ce tome est un recueil d’histoires réalisées par l’auteur, publiées pour certaines dans Télérama, The New Yorker, Les Inrockuptibles, Lapin, Spirou, Le blog du monde, Le tigre et l’impossible. Son édition originale date de 2016. Il a été réalisé par Charles Berberian pour les scénarios et les dessins, avec des couleurs de Robin Doo pour quatre histoires. Il comprend quatre-vingt-quatorze pages de bande dessinée, réparties en quinze histoires, comprenant de une à vingt-neuf pages.
Le bonheur occidental 1, sept pages. Le grand scénariste Xavier Van Glüten est à une soirée mondaine en se demandant ce qu’il fait là où les femmes en veulent plus à son fric qu’à son corps. L’attachée qui l’accompagne l’informe que le ministre arrive dans cinq minutes pour lui remettre sa médaille, et que la RTBF et France 3 vont l’interviewer après. Il lui répond qu’il ne comprend rien à cette nouvelle génération de blogueurs qui clapotent dans un océan de médiocrité. À l‘extérieur retentissent des voix, des membres de l’atelier Mastodonte qui veulent rentrer. Charles Berberian arrive au niveau de Van Glüten et la discussion s’engage. Le lendemain l’auteur est reçu par Olivier le directeur général de la maison d’édition qui lui dit que ce n’était pas très malin de gifler Van Glüten la veille, et que ce dernier a demandé sa tête ce que l’éditeur a refusé. Mais Berberian doit s’excuser. Sur ces entrefaites, Van Glüten entre à son tour dans le bureau, portant une minerve.
Gotlib, Fuide et moi, deux pages. L’auteur se souvient de ses débuts. Petit, la lecture de la Rubrique-à-Brac l’a marqué au fer rouge. Il se fit alors la promesse qu’un jour il serait auteur de bande dessinée tout comme Marcel Gotlib. Une quinzaine d’années plus tard, Fluide Glacial, le journal fondé par son idole, accepte de publier les pages que Philippe Dupuy et lui ont dessinées. Ils sont persuadés que le maître lui-même va les recevoir. Mais c’est Jacques Diament, le rédacteur en chef, qui les accueille. Il boit de l’eau à intervalles réguliers en leur expliquant ce que c’est que l’humour. […] Monty Python’s Flying Circus, six pages. L’auteur a l’occasion de rencontrer Graham Chapman et les autres Monthy Python, et il leur déclare qu’il cherche une place dans leur cirque. […] Gentil fricateur, deux pages. Une dame âgée rentre dans un magasin appelé Nestor le store, et indique au propriétaire qu’elle cherche le bureau de poste dans la rue. Il lui explique qu’il vient d’ouvrir il y a deux jours à peine et qu’il vend du bonheur, tout ce qui peut aider à rendre la vie plus belle, plus agréable, par exemple une boîte de e-cassoulet dont il lui fait la démonstration. […] Nos amis les riches, six pages. Dans une soirée ou chaque invité porte un loup, le responsable déclare que l’heure est grave : il y a un traître parmi eux. Charles Berberian se fait immédiatement démasquer parce qu’il porte des chaussures à moins de deux cents euros. Il avoue s’être infiltré afin de faire un reportage pour le magazine Fluide Glacial. Après un échange railleur sur les valeurs morales, il se fait mettre dehors par le videur…
Comme il l’évoque dans un des récits (Gotlib, Fluide et moi), l’auteur a commencé sa carrière en réalisant des bandes dessinées à quatre mains, avec Philippe Dupuy, entre autres les séries Le Journal d'Henriette (1988-91, trois albums) suivi de Henriette (1998-2003, quatre albums), Monsieur Jean (1991-2005, sept albums et deux hors-série). Puis chacun a continué sa carrière de son côté. En ouvrant ce recueil, le lecteur a conscience de sa nature : une compilation de récits courts d’origine diverse. De fait, les thèmes sont variés, le plus souvent de nature autobiographique, vraisemblablement plus de l’autofiction, voire de la pure fiction pour l’enquête chez les riches à l’occasion d’une soirée privée. Ainsi le lecteur voit l’auteur se ridiculiser face à un bédéaste ayant un plus grand succès que lui, remonter ses souvenirs pour découvrir son premier contact avec Marcel Gotlib (1934-2016), s’imaginer proposer ses services aux Monthy Python, enquêter chez les riches, interviewer les proches collaborateurs de Jean-Luc Mélenchon, rencontrer Leiji Matsumoto (1938-2023, créateur d’Albator), et enfin se déguiser en Albator. Au milieu de ces histoires, se trouve le récit le plus long : une parodie de nature politique, mettant en scène le grand cerceau européen, un projet pour sauver l’Union et l’économie européennes, mais personne ne sait vraiment comment ni pourquoi, et personne ne sait non plus qui en a eu l’idée le premier. Certains politiques sont aisément identifiables : Hollande, DSK, Sarkozy.
La nature composite de l’ouvrage implique que le lecteur appréciera plus certains récits que d’autres. Il peut en particulier être déconcerté par la longueur du Grand cerceau européen, c’est-à-dire vingt-neuf pages, et sa nature satirique sur un projet politique aussi artificiel qu’absurde, que personne ne comprend, à commencer par le président de la France lui-même, ses conseillers, et même son créateur. L’auteur réalise des dessins caricaturaux : le lecteur peut bien ressentir son mépris pour Nicolas Sarkozy et sa nervosité, pour François Hollande et sa placidité, pour Dominique Strauss-Kahn et sa libido hors de contrôle. Berberian réalise des cases sans bordure, avec un trait de contour sec et très fin, des lavis de gris, et quelques apparitions de couleur qui tranchent fortement avec le reste. Il s’amuse à mêler des faits d’actualité avec des inventions loufoques. Dans la première catégorie : les conseillers en communication, DSK en éminence grise et ses affaires de nature sexuelle, les interviews de David Pujadas, le recours à des agences de communication, le lien entre Hollande et Ségolène Royal, les liens entre Sarkozy et Bachar al-Hassad. Dans la deuxième : le grand cerceau européen lui-même, l’amour de DSK pour le tiramisu, la chanson de Hollande pour le grand cerceau, l’attraction irrépressible d’Angela Merkel pour Hollande, l’expérience de DSK avec un aspirateur, etc. En fonction de ses attentes, le lecteur pourra être hilare devant l’inventivité et l’humour absurde, ou bien se lasser d’avoir la sensation d’une blague potache étirée pendant trop de pages.
Au cours des pages, le lecteur va donc passer d’un type de récit à un autre assez différent, et rencontrer également des illustrations indépendantes. La première en pleine page : trois passants dans une rue calme, en nuances de gris, la fresque murale ressortant grâce à ses couleurs. Puis une illustration en double page, des personnes faisant la queue pour recevoir une dose de justice dans une soupe populaire, avec le diable surveillant l’opération. Un homme passant devant une station-service dont le toit est occupé par un immense chat. Deux jeunes adultes installés à la terrasse d’un café à la nuit tombante, chaque absorbé dans la consultation de son écran, avec le titre : La vie de bohême. Une série de vingt dessins, dont quatre en couleurs, croquant des moments de la vie quotidienne dans différentes villes, faisant apparaître la diversité des individus, le contraste entre la situation de certains d’eux, des faits sociétaux. Puis encore quatre autres au pinceau plus loin sur une même page, et une dernière illustration en pleine page. En fonction de sa sensibilité, le lecteur peut percevoir ces images comme une façon d’augmenter la pagination, ou bien une façon de faire ressortir la capacité d’observation de l’artiste, et les différentes techniques qu’il utilise.
Il est également possible d’envisager les récits dans lesquels l’auteur se met en scène comme d’un côté un commentaire sur la société dans laquelle il évolue à l’époque, et également un commentaire sur lui-même. Dans le premier registre, il tourne en dérision le monde de l’édition et l’importance accordée au paraître et à la réputation. Sous sa plume, l’éditeur apparaît suffisant, Van Glüten est un vieux beau. La jeune éditrice Lizzy annonce explicitement qu’elle n’en est pas vraiment une, qu’elle est la fille de l’actionnaire principal de la boîte : le dessinateur sait la rendre immédiatement sympathique avec son visage franc, ses vêtements amples pour masquer pour partie son surpoids, sa façon d’apprécier la vie. Le chapitre sur les riches fonctionne très bien sur le plan de l’humour, en revanche le récit est trop dans l’exagération pour être une critique légitime. Le reportage sur l’équipe de Mélenchon utilise des cases plus petites et carrées, avec une variété des personnes interviewées qui en fait un vrai reportage. Les deux pages mettant en scène Sylvio Berlusconi s’inscrivent également dans le domaine du sketch absurde. L’apparition de Leiji Matsumoto met en avant l’importance accordée à ce mangaka dans le monde de la bande dessinée. L’histoire finale permet de retrouver Lizzy avec Charles, pour une autre critique sociale sur le milieu artistique, avec une touche d’humanisme et d’autodérision.
En effet, l’auteur se met en scène avec autodérision. Cela commence avec son manque de succès économique depuis la dissolution de son duo avec Philippe Dupuy, et sa propension à se montrer insolent, voire violent, envers les riches et puissants. Puis vient son attitude de fan vis-à-vis de Marcel Gotlib et la fierté de travailler dans son magazine, même s’il ne le rencontre pas, et une autre histoire entièrement fictionnelle et totalement honnête quant à son amour pour les Monty Python. Vient ensuite son mépris pour les riches, son admiration pour l’équipe de Mélenchon, sa prise de recul sur les réseaux sociaux et les vidéos qui reçoivent énormément d’appréciations, et enfin sa prestation en Albator. Il apparaît comme un être humain modeste, conscient de ses limites, et par voie de conséquence tout aussi conscient des défauts des autres et du ridicule inhérent à toute personne qui souhaite paraître. Il retrouve ces caractéristiques et ses qualités dans les autres histoires où il ne se met pas en scène : une critique de la gestion des ressources humaines comme des individus jetables, l’utilisation des réseaux sociaux par une personne à la rue, renvoyant le passant à sa solitude, une autre nouvelle du monde sur la guerre, et le thème du quart d’heure de postérité.
Un recueil d’histoires courtes de l’auteur, mêlant autofiction et fiction pure, avec une bonne dose d’humour alliant autodérision et absurde, avec une critique sociale premier degré, et une tendance à l’inventivité débridée. Une narration visuelle claire allant de dessins aux contours secs et fins à une histoire en deux pages à l’aquarelle, avec un sens personnel de la caricature. Une compilation de bric et de broc, et des récits qui exhalent tous la personnalité de leur auteur. Sympathique et drôle.
Un Batman qui sort du lot sur la forme.
Tout d'abord, ce n'est pas tous les jours qu'un auteur d'origine africaine fait du Batman et j'ai tout de suite aimé son dessin. Je l'ai trouvé dynamique et plus agréable à l'œil que le dessin formaté et sans vie qu'on retrouve dans plein de comics de super-héros modernes. Le scénario est raconté comme un conte et de plus il se passe des choses dans chaque chapitre, on n'a pas l'impression que l'histoire fait du surplace afin d'avoir le nombre minimum de pages requis pour sortir en format paperback.
Le scénario est toutefois un peu moins original si on a déjà lu des aventures mettant en vedette Damian, le Robin qui est le fils de Batman et Talia. Il y a rien de nouveau sous le soleil dans le traitement des personnages qu'on aperçoit dans ce récit, mais cela ne m'a pas dérangé parce que c'est bien fait et aussi on voit un aspect de Batman que j'aime bien, à savoir la Bat-family. Pour moi la famille est un thème important de l'univers de Batman et c'est bien exploité ici. Les personnages ne tombent pas dans leurs pires travers (pas de Batman sociopathe par exemple) et il y a un ton optimiste que j'aimerais bien retrouver plus souvent dans les Batman récents.
Un bon divertissement.
Pour enfants, surtout qui aiment la mythologie ! C'est tendre, frais… Les images ne sont pas inoubliables, mais plaisantes, idem pour les histoires, un adulte peut les revoir pour retrouver son enfance s'il les a vues enfant, sinon pour voir ce que lit son enfant, mais on n'est pas dans l'indispensable, je trouve. Sinon, à une époque où il n'y avait pas tant d'héroïnes que ça, la centaure vaut bien le centaure. Décalage : dans le mythe, les centaures sont très puissants et souvent déplaisants, là, ils fuient mais aident parfois plus malheureux qu'eux !
Si c'est dit, je ne me rappelle plus pourquoi les dieux ne vont pas récupérer ces deux pauvres centaures. Commenter cette série me fait y repenser même si j'ai oublié presque tout le reste !
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Spirou et Fantasio Classique - Le Trésor de San Inferno
Une lecture sympathique, mais qui au final m’a laissé un peu sur ma faim. Disons que les deux auteurs font le boulot, ne trahissent pas l’univers originel et usent plutôt bien des personnages (même si Spirou - et à un degré moindre le Marsupilami - sont ici en retrait). En fait le début est même très dynamique et amusant, avec un Fantasio au meilleur de sa forme, titillé par une Seccotine espiègle, la rencontre des deux proposant quelques saillies et gags réussis. Hélas, si Trondheim réussit quand même à bâtir une aventure qui se laisse lire, le rythme baisse singulièrement par la suite, c’est à la fois plus mou et plus creux, on s’enlise dans le désert (il est vrai que le quasi huis-clos au milieu du désert n’aide pas à renouveler l’intrigue). Il n’y a pas de vrais méchants. Rodrigo et Sofia paraissent trop artificiels dans leurs réactions – et leur attitude change parfois du tout au tout sans nuance. Et du coup, alors que l’antagonisme entre Fantasio et Seccotine tourne en rond, le lecteur peine à trouver de quoi s’accrocher. Restent quelques idées amusantes de Trondheim, mais là aussi, c’est moins fluide que le style Franquin, plus saccadé et inégal. Les dix dernières pages sont clairement moins captivantes, jusqu’à la chute finale, amusante mais que l’on a vu venir de loin. Pas déshonorant, mais un album qui n’a pas tenu les promesses entrevues au départ.
Le Pays Miroir
J'aime vraiment le dessin du monde imaginaire… Alors oui, avoir deux styles de dessins était une riche idée à l'époque, sauf que le dessin de notre monde est vraiment trop plat. Seule la moitié de la bande dessinée mérite d'être regardée, en fait. Et puis, d'autres l'ont vu, il y a déperdition de l'originalité. Est-ce une fatalité parce que le fantastique serait ainsi ? Non, il ne se réduit pas à la nouvelle. Ou bien la bd serait-elle indigne de cet équilibre subtil entre réalité et imaginaire ? Non, tous les arts sont légitimes ! Et la bd a des lettres de noblesses longues comme le bras. La série est bonne, mais méritait-elle vraiment un prix ? J'en doute. Les historiens le diront sans doute un jour. Si on veut du fantastique qui tient la route on a Mort Cinder où il domine, et Corto Maltese, où il surgit et où il s'en va, comme un chat se jette sur vous quand il lui plait, puis rêve sur le canapé, ou chasse, sous la lune.
Monsieur Mardi-Gras Descendres
Arriver à rendre les squelettes expressifs, ce n'est pas rien, rendre l'ennui intéressant, aussi. Typique de la bd qu'on est heureux de trouver quand les autres sont trop formatées, mais qu'on préférerait plus… vivante. Je l'ai lu il y a longtemps et le souvenir n'est pas des plus distinct, mais on espère que les morts iront mieux et surtout découvrir leur monde. On est heureux des pauvres plaisirs qu'ils arrivent à trouver encore comme boire du café, je crois, en fait j'ai lu cette bd il y a longtemps, mais ma mémoire qui oublie bien des choses classe ainsi, à relire, ou non, et là, elle me souffle qu'il faudrait relire tout ça. Je me rappelle que malgré l'ennui qu'on ressent comme toujours de celui des protagonistes, il n'y a pas de… temps mort, dans cette bd, pas de baisse de régime. Mais absurde ou pas, que ce régime est lent ! Note réelle 3,5, entre pas mal et franchement bien, traduit en mot, je dirais bien.
La Vérité est au fond des rêves
Le sommeil vint. Et avec le sommeil l’illumination… - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre… mais pas de la démarche ésotérique du scénariste. Son édition originale date de 1993. Il a été réalisé par Alejandro Jodorowsky pour le scénario, et par Jean-Jacques Chaubin pour les dessins et les couleurs. Il comporte quarante-six pages de bande dessinée. Il a bénéficié d’une introduction de deux pages, écrite par le scénariste en août 1992, à Vincennes. Il explique les circonstances dans lesquelles il a rencontré le dessinateur qui lui a déclaré qu’il était prêt à lui donner son âme pour une histoire. Fatigué d’écrire des histoires pour son soixantième anniversaire, l’auteur s’est dit : On dessine généralement une aventure, pourquoi ne pas publier pour une fois l’aventure du dessin ? Il décide alors de donner cinq thèmes au dessinateur, autant d’exercice que l’artiste devait garder à l’esprit en permanence, jusqu’au rêve qui lui donnerait la solution. Un jeune homme est étendu nu sur les draps du lit, assis sur son séant, les jambes repliées vers lui. De gros insectes parcourent son corps. Il se souvient que son ami lui avait prêté sa chambre, et lui avait demandé de prendre soin de ses insectes tropicaux. Ceux-ci aimaient dormir dans le lit avec lui. Le jeune homme aimait bien ça. Ils étaient si beaux et si gentils. Surtout les gros brillants aux longues mandibules. Il faisait très attention à ne pas leur faire mal. Au fil des nuits leur présence se faisait de plus en plus insistante et pour dormir. Il essayait de les sortir du lit. Mais il s’aperçut bien vite qu’ils aimaient la chaleur de son corps et surtout le creux de ses cuisses. Une nuit il fut tiré du sommeil par un plaisir interdit. Il les sentit agrippés à ses fesses, titillant son anus avec insistance. Il supposait que l’odeur les avait attirés et il serra l’anus en pensant qu’ils pourraient s’y introduire. Et comme à chaque fois qu’il les repoussait ils revenaient au galop, il finit par se lever. Il remarquait dans la chambre quelques vivariums abandonnés. Lorsqu’il ouvrit le plus gros, une puanteur lui monta aux narines, sur la mousse humide pourrissaient du soja et un serpent mort. Malgré l’envie, il ne put se résoudre à les mettre là-dedans. Les chiens. Un jeune garçon est dominé par la silhouette de trois adultes lui disant qu’il ne peut pas venir avec eux, car il n’y a plus de place dans l’avion, il viendra au prochain voyage. L’enfant se met à pleurer car il ne veut pas rester seul. Lorsqu’il rouvre les yeux après se les être frottés, il est devenu un adulte, au sommet d’un bloc béton de deux mètres et des chiens accourent vers lui. Il sent sa mâchoire se transformer jusqu’à ce que d’immenses crocs lui poussent. Les chiens commencent à bondir sur le bloc et il s’apprête à les déchiqueter. Puis finalement il s’oblige à fermer sa propre bouche avec un geste de la main. Les chiens sautent sur lui. - Révélation. Dans une pièce avec une grande baie vitrée, un homme parle avec son jeune fils, tous les deux assis sur une chaise. Un autre attend son tour. Enfin, c’est à lui et l’homme lui parle du Yin et du Yang, lui tient des propos qui ont trait à la divination. Le lecteur peut se retrouver un peu déconcerté après avoir terminé cet album : pas très sûr de ce qu’il a lu. Une sorte de suite de sketchs, le premier une forme de sexualité déviante avec des insectes (exotiques, qui plus est) en quatre pages, le second une forme de rite de passage à l’adulte avec le choix de la défiance et de l’agressivité ou de la bienveillance en quatre pages, le troisième une révélation restant tue en trois pages, le quatrième entre religion et perte d’identité, le cinquième une confrontation avec la mort en cinq pages, puis une étrange promenade onirique dans quatre monuments emblématiques de Paris en dix pages, et enfin un voyage dans l’océan, l’antichambre de la mort, un village dans des collines vertes, un vol dans l’espace en treize pages. Pas facile de savoir quoi retirer de ces séquences, si ce n’est que le voyage semble plus important que la destination. La narration visuelle s’avère plutôt agréable, avec une évolution des techniques entre le début et la fin, partant de formes détourées par un trait de contour qui rehausse également les reliefs, également accentués par une technique de couleur directe. Au fur et à mesure, les dessins gagnent en substance, et en précision. Les arrière-plans passent de camaïeux travaillés à des décors en trois dimensions consistants, versant régulièrement dans l’expressionnisme pour renforcer l’évolution de l’état psychique des personnages. Sous réserve qu’il ait lu l’introduction, le lecteur peut retirer plus de ces lectures que le premier degré des histoires, et la sensibilité psychologique ou mystique. Le scénariste explique que la réalisation de cet album est une expérience qui a duré trois ans. Ayant été sollicité par le dessinateur, il raconte que : Chaque page de cet album a été rêvée. Premier exercice : Rentre chez toi et souviens-toi du premier rêve sexuel que tu feras. C’est l’histoire des insectes. Second exercice : Dessine une angoisse qui mette en jeu tes émotions. C’est celle des Chiens. Troisième exercice : Traiter un sujet intellectuel sans énoncer aucune idée. C’est le livre du Yin et du Yang. Quatrième exercice : Dessine un cauchemar purement digestif. C’est le rêve des Monstres et du Chocolat. Avec lui s’est achevé le premier stade de l’expérience. Jean-Jacques avait donné corps à ses fantasmes sexuels, émotionnels, physiologiques et intellectuels. Le moment était venu de faire le point sur la liberté qu’il avait acquise. Je lui dis donc qu’il n’y aurait pas de cinquième thème. Il pouvait dessiner ce qu’il voulait. Chaubin confronté à l’angoisse de l’homme libre ! De cette angoisse est née la lentille qu’il met dans son œil, le cinquième rêve de l’album. […] Extrait de l’introduction d’Alejandro Jodorowsky. Ainsi à l’occasion de son anniversaire pour ses soixante ans en 1989, l’auteur décide d’accéder à la demande pressante d’un jeune artiste, tout en la transformant en une expérience d’écriture pour lui, une expérience de création pour les deux, et une expérience de vie pour l’artiste. Le lecteur peut alors envisager cet album comme l’aventure du dessin, ou plutôt l’aventure de leur collaboration, c’est-à-dire entre un mentor et un novice, ou au moins un homme plus jeune et moins expérimenté. Sous cet angle, la première histoire devient une métaphore de leur relation. Sans grande surprise, Jodorowsky motive l’apprenti avec une histoire sexuelle, et celui-ci répond en se montrant provocateur, avec ces insectes, ce plaisir physique entre déviance et marginalité, en tout cas transgressif. Il se montre explicite avec cette image mémorable des insectes cherchant à s’introduire dans le corps de l’homme par son anus, il se montre également sans fard en représentant la nudité masculine sans hypocrisie. Pour clore ce rêve, un mystérieux personnage intervient, s’occupe des insectes, sans se montrer le moins du monde gêné par la nudité de son hôte. Le jeune artiste s’est mis à nu devant le sage expérimenté et a tout fait pour l’épater avec une situation provocatrice et honnête. En gardant à l’esprit que chaque séquence a été réalisée l’une après l’autre, avec plusieurs mois s’écoulant entre, le lecteur se dit qu’il peut les envisager comme une progression dans le développement de la relation créatrice unissant les deux auteurs. La deuxième histoire semble plus accessible : une angoisse qui mette en jeu les émotions, l’enfant se retrouvant dans une position où il est seul sans la tutelle de ses parents, envahi par le sentiment d’inquiétude et même de terreur face au monde inconnu qu’il perçoit comme étant hostile, et réagissant pour s’y adapter afin d’y faire face. La narration visuelle raconte à elle seule l’histoire dépourvue de parole, avec seulement quelques grondements. Un beau conte sur le choix donné à l’individu quant à son attitude face aux autres. La troisième histoire a dû donner du fil à retordre à l’artiste avec un point de départ paradoxal : une histoire intellectuelle sans énoncer aucune idée (pas loin du sadisme comme exigence), l’artiste s’en tire admirablement bien, avec des images centrées sur le personnage, soulignant que tout est perçu à partir de lui, de manière égocentrée. L’artiste continue de progresser avec l’histoire suivante, alors que l’idée du scénariste apparaît plus nébuleuse, et sa concrétisation plus cryptique. Enfin, le dessinateur raconte sa découverte de sa mortalité, dans une histoire métaphorique, véhiculant une ou deux images religieuses, s’achevant par une chute permettant d’inscrire le récit dans un mouvement cyclique, une très belle maîtrise des volumes, des effets de perspective et d’un visage démoniaque. Les deux histoires finales apparaissent plus ambitieuses en termes de pagination, et d’approche conceptuelle. Le lecteur apprécie le voyage onirique qui l’emmène depuis l’Hôtel-Dieu au ministère des Finances à Paris, en passant par le Panthéon et les Catacombes. Il ne s’attendait pas à croiser Batman avec ses oreilles pointues et sa cape gothique, ou à assister à un don de sperme dans le détail. Il retrouve l’inclination du scénariste pour l’alchimie (l’or sous le mercure) et pour le tarot (une séance avec les cartes de la Tempérance, du Diable, du Vit, et d’autres encore plus explicitement sexuelles, pas présentes dans tous les tarots), avec des dessins jouant à glisser du réalisme vers l’abstraction géométrique pour une balade étrange. La dernière histoire prend la forme d’un voyage, une élévation spirituelle classique dans ses étapes, parsemée de références alchimiques et ésotériques avec une touche de science-fiction, et de nécessité pour l’individu d’embrasser son côté obscur afin de pouvoir grandir, du pur Jodorowsky. Le lecteur découvre au fil de huit séquences en quoi la vérité se trouve au fond des rêves. Il voit sous ses yeux, l’artiste grandir en termes de techniques et de qualité narrative, ce qui correspond à l’ambition du scénariste de mettre en scène l’aventure du dessin, plutôt que de lui faire dessiner des aventures. Il retrouve certains thèmes favoris du scénariste comme la spiritualité et la sexualité, ainsi que la transgression pour pouvoir progresser mentalement. Une lecture déroutante, plus intelligible à la lumière de la nature de l’intention du scénariste, plus facile d’accès au lecteur familier du scénariste, exotique et étrange, avec des visuels empruntant à une imagerie entre le fantastique et la science-fiction. Pour les complétistes de l’œuvre de Jodorowsky.
LaoWai
Une série d’aventure historique « exotique », qui se déroule en Chine au crépuscule de l’Empire, alors que les puissances occidentales – ici Anglais et Français – commencent à se partager le contrôle de l’Empire moribond sous des motifs assez hypocrites (je n’ai juste pas trop compris pourquoi la France de Napoléon III s’était investie à ce point dans une opération qui la voit d’un bout à l’autre à la remorque des Anglais – qui sont les seuls en plus à contrôler le commerce de l’opium via leur Empire des Indes, et donc à avoir de réels intérêts à défendre : de fait, le chef de l’expédition française est ici souvent ridicule de suivisme qui ne s’assume pas). Il y a pas mal de choses sympathiques dans ce récit, même si d’autres aspects m’ont moins captivé, et si le dernier album m’a plutôt laissé sur ma faim (j’ai lu la série d’une traite dans l’intégrale parue récemment). Le dessin de Besse est plutôt réussi, que ce soit pour les personnages ou les décors. Sans être hyper détaillé, il est expressif et dynamique, globalement plaisant. Le récit est assez rythmé, et le scénario de Bollée et Alcante lorgne vers l’aventure hollywoodienne classique (rapprochement qui me vient sans doute des films « Les 44 jours de Pékin » ou « La canonnière du Yang-Tsé » - qui s’intéresse à une période légèrement postérieure). Mais il y a quand même quelque chose de proche, avec ces personnages emportés par la grande Histoire, ces amours impossibles, et ces personnages taillés au cordeau – qui souvent manquent de nuance cela dit. Les deux premiers albums sont les meilleurs, on est emporté avec Montagne dans cette aventure chinoise dans les années 1859-1860, petite et grande histoire se mêlant plutôt bien. Mais le dernier tome m’a moins convaincu. D’abord parce que c’est celui où les personnages révèlent leurs faces cachées, et surtout maladroitement : beaucoup manquent de nuances, et par là même de crédibilité. Du fils du général au super méchant vicieux sous-officier français, leur comportement est trop improbable. Le personnage de la journaliste fouille-merde, sorte de reporter de guerre avant l’heure, amie de Victor Hugo, est de trop et pas crédible (déjà un homme dans ce rôle… Mais une femme, à cette époque, je n’y ai pas cru). De plus, la fin de l’histoire est expédiée. On se débarrasse facilement de cette journaliste, de l’idylle entre Montagne et Jia-Li. Quant à Marais, le méchant de service, déjà un peu trop caricatural, il se transforme en quelques cases en une sorte de dément mégalomane pétant les plombs et est lui aussi expédié. Cette fin manque de finesse. Mais globalement on a là un triptyque qui se laisse lire, et qui plaira aux amateurs d’aventure exotique ancrée dans un pan d’Histoire oublié.
Frankenstein (Junji Ito)
Frankenstein, du mangaka Junji Ito, est en réalité un recueil de 11 nouvelles du maître réalisées entre 1989 et 2000, Frankenstein ayant été dessinée entre septembre et novembre 1994. Parmi ces œuvres figurent notamment 6 courtes histoires de 30-40 pages chacune, centrées sur le personnage principal d'Oshikiri, lycéen complexé par sa taille et vivant seul dans une grande bâtisse, ses parents étant en voyage pour leur travail. Le scénario de ces nouvelles, centrées sur l'existence de dimensions alternatives à la nôtre sont plutôt originales et efficaces. Elles m'ont un peu fait penser aux histoires de la série TV "La quatrième dimension". Les dernières nouvelles de quelques pages sont un peu plus anecdotiques et parfois à la limite du ridicule (notamment celles centrées sur le bichon maltais du mangaka...). S'agissant à présent de l'histoire centrale de l'ouvrage, Junji Ito adapte très fidèlement le classique de Mary Shelley datant de 1818. Les seules différences résidant dans la chute finale et lors de la création de la compagne du Monstre, Junji Ito ne pouvant résister à mettre en images une seconde fois le retour à la vie d'une créature morte. Bien que l'histoire reste fluide et plutôt agréable à lire, les 188 pages ne permettent pas à l'auteur de fluidifier l'ensemble de l'histoire. Certains passages sont ainsi selon moi trop abruptes. Par exemple, le changement de point de vue de Victor Frankenstein sur la bête et plus globalement sur son travail est bien trop rapide. De même, les personnages secondaires tels qu'Henry ne sont pas assez travaillés à mon goût et ont parfois des réactions peu crédibles (Henry validant très rapidement la création d'une compagne pour le monstre à partir de cadavres féminins par exemple !). L'histoire aurait donc gagné à être un peu plus étoffée pour fluidifier l'ensemble, nuancer certains passages ou encore mieux décrire cette relation particulière existant entre la Bête et son créateur. Du point de vue des graphismes, en tant que maître de l'épouvante, Ito excelle bien évidemment dans la mise en image des scènes horrifiques, la création de la bête et de sa compagne en étant les points culminants. J'ai été en revanche un peu moins séduit par le trait du reste des protagonistes, notamment Viktor Frankenstein, mais cela reste très subjectif. Enfin, le recueil de plus de 400 pages, édité aux éditions Mangetsu, et agrémenté de l'analyse de Morollian en fin d'ouvrage, est vraiment magnifique avec son titre en vernis différencié et sa couverture rigide. Il devrait trôner fièrement dans toute bonne bibliothèque des fans du mangaka même si, vous l'aurez compris, il ne s'agit pas de sa meilleure œuvre selon moi. SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 6,5/10 GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 6,5/10 NOTE GLOBALE : 13/20
The Vault Of Horror
Akileos continue de traduire les séries d'EC Comics et celle-ci est un gros morceau parce qu'elle fait partie, avec ''Tales from the crypt'' et ''The Haunt of Fear'' de la trilogie des comics d'horreur qui a fait la célébrité de l'éditeur dans les années 50. Comme c'est le cas avec les autres recueils d'EC comics, la qualité est inégale selon les récits et je trouve même qu'il y a une grosse différence de qualité entre les deux albums. En effet, dans le premier tome on est au début des histoires fantastiques d'EC Comics et les histoires sont souvent plus faibles et plus banales que ce qu'ils font par la suite. J'ai trouvé que plusieurs histoires avaient des chutes pourries du genre le personnage principal qui se réveille et se rends compte que tout ce qui est arrivé depuis le début était un horrible cauchemar, mais là on voit que son cauchemar va se réaliser. On ne trouve pas les fameux hosts qui ont fait la renommée de l'éditeur. Quand ses personnages débarquent enfin, la qualité augmente même si évidemment certains récits sont mieux que d'autres. J'ai remarqué que je ne suis pas un grand fan du travail de Johnny Craig. À contrario lorsque c'est bon c'est très bon et le tome 2 contient une de mes histoires préférées à savoir celle du vampire qui travaille dans une banque de sang. C'est le genre d'histoires avec de l'humour noir comme je l'aime et en plus c'est dessiné par mon dessinateur préféré de l'écurie d'EC Comics à savoir Jack Davis. En gros, si vous avez déjà lu des récits d'horreurs de cette éditeur, vous savez ce que vous allez retrouver et si c'est pour vous.
Le Bonheur Occidental
Vous mettez beaucoup de texte dans vos bédés ? - Ce tome est un recueil d’histoires réalisées par l’auteur, publiées pour certaines dans Télérama, The New Yorker, Les Inrockuptibles, Lapin, Spirou, Le blog du monde, Le tigre et l’impossible. Son édition originale date de 2016. Il a été réalisé par Charles Berberian pour les scénarios et les dessins, avec des couleurs de Robin Doo pour quatre histoires. Il comprend quatre-vingt-quatorze pages de bande dessinée, réparties en quinze histoires, comprenant de une à vingt-neuf pages. Le bonheur occidental 1, sept pages. Le grand scénariste Xavier Van Glüten est à une soirée mondaine en se demandant ce qu’il fait là où les femmes en veulent plus à son fric qu’à son corps. L’attachée qui l’accompagne l’informe que le ministre arrive dans cinq minutes pour lui remettre sa médaille, et que la RTBF et France 3 vont l’interviewer après. Il lui répond qu’il ne comprend rien à cette nouvelle génération de blogueurs qui clapotent dans un océan de médiocrité. À l‘extérieur retentissent des voix, des membres de l’atelier Mastodonte qui veulent rentrer. Charles Berberian arrive au niveau de Van Glüten et la discussion s’engage. Le lendemain l’auteur est reçu par Olivier le directeur général de la maison d’édition qui lui dit que ce n’était pas très malin de gifler Van Glüten la veille, et que ce dernier a demandé sa tête ce que l’éditeur a refusé. Mais Berberian doit s’excuser. Sur ces entrefaites, Van Glüten entre à son tour dans le bureau, portant une minerve. Gotlib, Fuide et moi, deux pages. L’auteur se souvient de ses débuts. Petit, la lecture de la Rubrique-à-Brac l’a marqué au fer rouge. Il se fit alors la promesse qu’un jour il serait auteur de bande dessinée tout comme Marcel Gotlib. Une quinzaine d’années plus tard, Fluide Glacial, le journal fondé par son idole, accepte de publier les pages que Philippe Dupuy et lui ont dessinées. Ils sont persuadés que le maître lui-même va les recevoir. Mais c’est Jacques Diament, le rédacteur en chef, qui les accueille. Il boit de l’eau à intervalles réguliers en leur expliquant ce que c’est que l’humour. […] Monty Python’s Flying Circus, six pages. L’auteur a l’occasion de rencontrer Graham Chapman et les autres Monthy Python, et il leur déclare qu’il cherche une place dans leur cirque. […] Gentil fricateur, deux pages. Une dame âgée rentre dans un magasin appelé Nestor le store, et indique au propriétaire qu’elle cherche le bureau de poste dans la rue. Il lui explique qu’il vient d’ouvrir il y a deux jours à peine et qu’il vend du bonheur, tout ce qui peut aider à rendre la vie plus belle, plus agréable, par exemple une boîte de e-cassoulet dont il lui fait la démonstration. […] Nos amis les riches, six pages. Dans une soirée ou chaque invité porte un loup, le responsable déclare que l’heure est grave : il y a un traître parmi eux. Charles Berberian se fait immédiatement démasquer parce qu’il porte des chaussures à moins de deux cents euros. Il avoue s’être infiltré afin de faire un reportage pour le magazine Fluide Glacial. Après un échange railleur sur les valeurs morales, il se fait mettre dehors par le videur… Comme il l’évoque dans un des récits (Gotlib, Fluide et moi), l’auteur a commencé sa carrière en réalisant des bandes dessinées à quatre mains, avec Philippe Dupuy, entre autres les séries Le Journal d'Henriette (1988-91, trois albums) suivi de Henriette (1998-2003, quatre albums), Monsieur Jean (1991-2005, sept albums et deux hors-série). Puis chacun a continué sa carrière de son côté. En ouvrant ce recueil, le lecteur a conscience de sa nature : une compilation de récits courts d’origine diverse. De fait, les thèmes sont variés, le plus souvent de nature autobiographique, vraisemblablement plus de l’autofiction, voire de la pure fiction pour l’enquête chez les riches à l’occasion d’une soirée privée. Ainsi le lecteur voit l’auteur se ridiculiser face à un bédéaste ayant un plus grand succès que lui, remonter ses souvenirs pour découvrir son premier contact avec Marcel Gotlib (1934-2016), s’imaginer proposer ses services aux Monthy Python, enquêter chez les riches, interviewer les proches collaborateurs de Jean-Luc Mélenchon, rencontrer Leiji Matsumoto (1938-2023, créateur d’Albator), et enfin se déguiser en Albator. Au milieu de ces histoires, se trouve le récit le plus long : une parodie de nature politique, mettant en scène le grand cerceau européen, un projet pour sauver l’Union et l’économie européennes, mais personne ne sait vraiment comment ni pourquoi, et personne ne sait non plus qui en a eu l’idée le premier. Certains politiques sont aisément identifiables : Hollande, DSK, Sarkozy. La nature composite de l’ouvrage implique que le lecteur appréciera plus certains récits que d’autres. Il peut en particulier être déconcerté par la longueur du Grand cerceau européen, c’est-à-dire vingt-neuf pages, et sa nature satirique sur un projet politique aussi artificiel qu’absurde, que personne ne comprend, à commencer par le président de la France lui-même, ses conseillers, et même son créateur. L’auteur réalise des dessins caricaturaux : le lecteur peut bien ressentir son mépris pour Nicolas Sarkozy et sa nervosité, pour François Hollande et sa placidité, pour Dominique Strauss-Kahn et sa libido hors de contrôle. Berberian réalise des cases sans bordure, avec un trait de contour sec et très fin, des lavis de gris, et quelques apparitions de couleur qui tranchent fortement avec le reste. Il s’amuse à mêler des faits d’actualité avec des inventions loufoques. Dans la première catégorie : les conseillers en communication, DSK en éminence grise et ses affaires de nature sexuelle, les interviews de David Pujadas, le recours à des agences de communication, le lien entre Hollande et Ségolène Royal, les liens entre Sarkozy et Bachar al-Hassad. Dans la deuxième : le grand cerceau européen lui-même, l’amour de DSK pour le tiramisu, la chanson de Hollande pour le grand cerceau, l’attraction irrépressible d’Angela Merkel pour Hollande, l’expérience de DSK avec un aspirateur, etc. En fonction de ses attentes, le lecteur pourra être hilare devant l’inventivité et l’humour absurde, ou bien se lasser d’avoir la sensation d’une blague potache étirée pendant trop de pages. Au cours des pages, le lecteur va donc passer d’un type de récit à un autre assez différent, et rencontrer également des illustrations indépendantes. La première en pleine page : trois passants dans une rue calme, en nuances de gris, la fresque murale ressortant grâce à ses couleurs. Puis une illustration en double page, des personnes faisant la queue pour recevoir une dose de justice dans une soupe populaire, avec le diable surveillant l’opération. Un homme passant devant une station-service dont le toit est occupé par un immense chat. Deux jeunes adultes installés à la terrasse d’un café à la nuit tombante, chaque absorbé dans la consultation de son écran, avec le titre : La vie de bohême. Une série de vingt dessins, dont quatre en couleurs, croquant des moments de la vie quotidienne dans différentes villes, faisant apparaître la diversité des individus, le contraste entre la situation de certains d’eux, des faits sociétaux. Puis encore quatre autres au pinceau plus loin sur une même page, et une dernière illustration en pleine page. En fonction de sa sensibilité, le lecteur peut percevoir ces images comme une façon d’augmenter la pagination, ou bien une façon de faire ressortir la capacité d’observation de l’artiste, et les différentes techniques qu’il utilise. Il est également possible d’envisager les récits dans lesquels l’auteur se met en scène comme d’un côté un commentaire sur la société dans laquelle il évolue à l’époque, et également un commentaire sur lui-même. Dans le premier registre, il tourne en dérision le monde de l’édition et l’importance accordée au paraître et à la réputation. Sous sa plume, l’éditeur apparaît suffisant, Van Glüten est un vieux beau. La jeune éditrice Lizzy annonce explicitement qu’elle n’en est pas vraiment une, qu’elle est la fille de l’actionnaire principal de la boîte : le dessinateur sait la rendre immédiatement sympathique avec son visage franc, ses vêtements amples pour masquer pour partie son surpoids, sa façon d’apprécier la vie. Le chapitre sur les riches fonctionne très bien sur le plan de l’humour, en revanche le récit est trop dans l’exagération pour être une critique légitime. Le reportage sur l’équipe de Mélenchon utilise des cases plus petites et carrées, avec une variété des personnes interviewées qui en fait un vrai reportage. Les deux pages mettant en scène Sylvio Berlusconi s’inscrivent également dans le domaine du sketch absurde. L’apparition de Leiji Matsumoto met en avant l’importance accordée à ce mangaka dans le monde de la bande dessinée. L’histoire finale permet de retrouver Lizzy avec Charles, pour une autre critique sociale sur le milieu artistique, avec une touche d’humanisme et d’autodérision. En effet, l’auteur se met en scène avec autodérision. Cela commence avec son manque de succès économique depuis la dissolution de son duo avec Philippe Dupuy, et sa propension à se montrer insolent, voire violent, envers les riches et puissants. Puis vient son attitude de fan vis-à-vis de Marcel Gotlib et la fierté de travailler dans son magazine, même s’il ne le rencontre pas, et une autre histoire entièrement fictionnelle et totalement honnête quant à son amour pour les Monty Python. Vient ensuite son mépris pour les riches, son admiration pour l’équipe de Mélenchon, sa prise de recul sur les réseaux sociaux et les vidéos qui reçoivent énormément d’appréciations, et enfin sa prestation en Albator. Il apparaît comme un être humain modeste, conscient de ses limites, et par voie de conséquence tout aussi conscient des défauts des autres et du ridicule inhérent à toute personne qui souhaite paraître. Il retrouve ces caractéristiques et ses qualités dans les autres histoires où il ne se met pas en scène : une critique de la gestion des ressources humaines comme des individus jetables, l’utilisation des réseaux sociaux par une personne à la rue, renvoyant le passant à sa solitude, une autre nouvelle du monde sur la guerre, et le thème du quart d’heure de postérité. Un recueil d’histoires courtes de l’auteur, mêlant autofiction et fiction pure, avec une bonne dose d’humour alliant autodérision et absurde, avec une critique sociale premier degré, et une tendance à l’inventivité débridée. Une narration visuelle claire allant de dessins aux contours secs et fins à une histoire en deux pages à l’aquarelle, avec un sens personnel de la caricature. Une compilation de bric et de broc, et des récits qui exhalent tous la personnalité de leur auteur. Sympathique et drôle.
Robin - The Boy Wonder
Un Batman qui sort du lot sur la forme. Tout d'abord, ce n'est pas tous les jours qu'un auteur d'origine africaine fait du Batman et j'ai tout de suite aimé son dessin. Je l'ai trouvé dynamique et plus agréable à l'œil que le dessin formaté et sans vie qu'on retrouve dans plein de comics de super-héros modernes. Le scénario est raconté comme un conte et de plus il se passe des choses dans chaque chapitre, on n'a pas l'impression que l'histoire fait du surplace afin d'avoir le nombre minimum de pages requis pour sortir en format paperback. Le scénario est toutefois un peu moins original si on a déjà lu des aventures mettant en vedette Damian, le Robin qui est le fils de Batman et Talia. Il y a rien de nouveau sous le soleil dans le traitement des personnages qu'on aperçoit dans ce récit, mais cela ne m'a pas dérangé parce que c'est bien fait et aussi on voit un aspect de Batman que j'aime bien, à savoir la Bat-family. Pour moi la famille est un thème important de l'univers de Batman et c'est bien exploité ici. Les personnages ne tombent pas dans leurs pires travers (pas de Batman sociopathe par exemple) et il y a un ton optimiste que j'aimerais bien retrouver plus souvent dans les Batman récents. Un bon divertissement.
Les Centaures
Pour enfants, surtout qui aiment la mythologie ! C'est tendre, frais… Les images ne sont pas inoubliables, mais plaisantes, idem pour les histoires, un adulte peut les revoir pour retrouver son enfance s'il les a vues enfant, sinon pour voir ce que lit son enfant, mais on n'est pas dans l'indispensable, je trouve. Sinon, à une époque où il n'y avait pas tant d'héroïnes que ça, la centaure vaut bien le centaure. Décalage : dans le mythe, les centaures sont très puissants et souvent déplaisants, là, ils fuient mais aident parfois plus malheureux qu'eux ! Si c'est dit, je ne me rappelle plus pourquoi les dieux ne vont pas récupérer ces deux pauvres centaures. Commenter cette série me fait y repenser même si j'ai oublié presque tout le reste !