Pas mal de qualités dans cet album, qui ont fait de cette lecture un réel moment de plaisir. Quelques choix scénaristiques ont cependant empêché que j’attribue plus qu’un simple 3/5. Un album que je conseille cependant, du moins si vous cherchez à vous distraire au travers d’une fiction et non à vous instruire grâce à un documentaire.
Au rayon des qualités, le dessin très lisible et expressif de Munuera. C’est agréable et facile à lire avec des personnages bien typés et des décors soignés quand l’intrigue l’exige. Petit plus en plus, la reproduction (souvent détournée) d’illustrations qui symbolisent ce festival dans notre inconscient collectif : on se souvient de ces photographies de glissades improvisées dans la boue, le dessinateur reproduit le même cadrage mais remplace le personnage de la photo par un des acteurs principaux de ce récit. Ce procédé sera utilisé plusieurs fois (et j’en ai certainement raté plus d’une) mais sans que cela ne gêne la lecture. Au contraire, ça participe à notre immersion en exploitant notre mémoire souvent inconsciente.
Le récit est lui aussi plaisant à lire. On va suivre ainsi quelques personnages fictifs tout en en croisant d’autres historiques. L’équilibre est plutôt bon même si la part fictionnelle prend le dessus sur le pan documentaire du récit. J’en ai finalement très peu appris sur le festival en lui-même mais j’ai aimé me balader dans cette foule en compagnie des personnages.
Il y a également une très bonne trouvaille scénaristique pour transcender le charisme d’un des organisateurs emblématiques du festival… que je vous laisse découvrir.
Petit bémol : le sentiment de lire un récit qui se déroule en 1969 mais avec des personnages qui pensent comme en 2026. A plusieurs reprises, j’ai une cette sensation de personnages trop modernes dans leur façon de parler comme dans leurs manières de penser par rapport à l’époque à laquelle Woodstock s’est déroulé.
Pas mal du tout, mais pas parfait pour autant. Divertissant.
Dans la forêt de Greenwood, le Club du Samedi est une bande d'amis débrouillards, composée de jeunes animaux de différentes espèces qui s'entraident au fil de petites aventures du quotidien, entre concours de pâtisserie, enquêtes et imprévus.
Au Chant des Grenouilles est une série concept dans le sens où elle réunit les mêmes scénaristes (Anaïs Halard et Barbara Canepa), tandis que chaque tome est confié à un dessinateur différent. Les six premiers albums sont ainsi illustrés successivement par Florent Sacré, Jérémie Almanza, Giovanni Rigano, Kerascoët, Alexis Nesme et Aurélie Neyret.
Le graphisme constitue clairement le principal attrait de la série. L'ensemble est très soigné, avec une colorisation douce et travaillée, et l'on sent l'influence de Barbara Canepa dans la direction artistique. Chaque tome propose un univers visuel riche, avec de très beaux décors et une vraie atmosphère, renforcée par des planches parfois proches de l'illustration. J'aime également beaucoup la présence de la carte de la forêt et des lieux visités, qui participe à cette sensation d'immersion.
Je suis en revanche plus mitigé sur le choix de multiplier les dessinateurs. Pris individuellement, chaque style a ses qualités, mais les différences sont suffisamment marquées pour créer une rupture assez nette d'un tome à l'autre. Cela m'a notamment frappé en passant du premier au second volume, avec une impression de changement d'ambiance et même de perception des personnages, dont les expressions et les visages ne renvoient plus tout à fait la même chose. Au-delà de ma préférence personnelle pour le style de Florent Sacré, cette variation nuit un peu à la continuité globale.
Sur le plan narratif, la série propose d'abord un premier cycle en trois tomes, avant de basculer vers des histoires en un tome. Les intrigues restent assez simples et clairement orientées vers un jeune public. Pour un lecteur adulte, cela peut paraître un peu léger, avec des enjeux limités et un manque global de tension narrative. Le début de la série est notamment très introductif, avec une mise en place de l'univers et des personnages qui prend le pas sur une véritable intrigue, ce qui donne parfois l'impression qu'il ne se passe pas grand-chose.
Le rythme constitue d'ailleurs un point un peu fragile. Le premier cycle m'a semblé légèrement étiré, alors que l'histoire en un tome du tome 4 (le dernier actuellement paru) est à l'inverse sont un peu trop vite lue.
Malgré cela, l'ensemble est agréable à lire. Les dialogues sont plutôt naturels et bien écrits, et j'apprécie les petites pages à vocation éducative qui viennent enrichir le récit en présentant la nature, la faune ou même quelques recettes de cuisine. Il y a aussi des choix intéressants dans la composition du groupe, notamment la présence d'une araignée et d'une chauve-souris parmi les héros, ce qui change des habituels animaux plus consensuels. Le personnage de Shadow l'araignée, en particulier, est bien exploité et apporte une touche originale. En revanche, tous les protagonistes ne sont pas aussi attachants, et certains restent un peu en retrait ou manquent de relief, ce qui limite parfois l'implication dans leurs aventures.
C'est une série visuellement très réussie, portée par une direction artistique forte et un univers plein de charme, mais dont les histoires peinent à proposer un véritable souffle narratif. Une lecture sans doute idéale pour un jeune public, mais qui laisse un peu sur sa faim lorsqu'on en attend davantage sur le fond.
2.5
Ici, Garth Ennis prend des risques et donne une nouvelle direction à sa carrière : il fait un one-shot qui se passe durant la seconde guerre mondiale ! Donc oui, c'est encore un récit de guerre d'Ennis et ses détracteurs qui trouvent qu'il ne se renouvelle pas vont encore une fois avoir raison. La grosse nouveauté est que cela se passe en Birmanie et ce sont les britanniques, aidés par les locaux ainsi que par des soldats de leurs colonies, contre les japonais. Déjà à la base on voit bien moins le front pacifique comparé à celui en Europe, mais on oublie facilement que l'Angleterre avait encore des colonies dans ce coin là et que l'empire japonais les avait envahies.
Ceux qui ont déjà lu un récit de guerre d'Ennis ne vont pas être surpris parce qu'on est en terrain connu. Ennis rend hommage à des soldats qui risquent leur vie pour affronter un ennemi dangereux qui commet des crimes de guerres. On philosophe un peu sur la vie, l'absurdité de la guerre et l'hypocrisie en général (les britanniques colonisateurs sont-ils mieux que les japonais colonisateurs ?). Ça se laisse lire et il y a quelques scènes marquantes, mais ça ressemble trop à d'autres récits de guerre se passant dans une jungle (lisez juste n'importe quoi sur la guerre du Vietnam et les grosses différences c'est le matériel de guerre et la nationalité des personnages) ou à ce qu'Ennis à déjà écrit sur le sujet pour être marquant. Comme souvent avec Ennis, il y a de bons dialogues, mais parfois ils sonnent un peu faux. Il y a des répliques qui semblent être dites par des hommes modernes qui connaissent déjà l'issue de la guerre et ce qui va arriver ensuite et pas par des soldats durant la seconde guerre mondiale.
J'aime beaucoup cet album. Je l'ai acquis il y a de nombreuses années car je suis un admirateur inconditionnel des dessins de Joe Kubert. Les histoires appartiennent au genre super-héros, mais ici avec une touche de fantastique, de magie et même de surnaturel.
Dans la première, Superman et Démon (créé par Jack Kirby) doivent combattre un druide ancestral qui revient à la vie et possède des pouvoirs sur toute la nature.
Dans la deuxième, nous rencontrons Ragman (le Loqueteux) dans une histoire de vengeance se déroulant à New York. Enfin, Hawkman et sa compagne Shayera affrontent un monstre extraterrestre d'origine informatique et hallucinatoire.
Ça vaut la peine de découvrir, par les dessins !
La thématique du voyage dans le temps (et ses variantes) engendre toujours des propositions intéressantes : cette thématique au potentiel ludique indéniable engendre forcément de beaux développements sur les doutes et regrets, un grisant vertige d'hypothèses sur ce qu'aurait pu être la vie, telle situation si... avec alors le moyen d'envisager des réponses, possiblement comiques, tragiques, mélancoliques... Les véritables réussites sont nombreuses, tant au cinéma qu'en BD, et mieux, les ratés sont rares : la plupart des propositions sont amusantes, grisantes... voire davantage. Aussi me suis-je naturellement intéressé à ce manga SF, ayant qui plus est l'avantage de se développer en deux tomes. D'autant que le film d'action de Liman avec Tom Cruise m'avait laissé un assez bon souvenir.
L'intrigue m'était donc familière et je me suis surpris à relever plus attentivement les écarts entre le film et le manga qu'à plonger dans ce monde apocalyptique. Ici, l'accent est mis sur la relation quasi-amoureuse entretenue entre le garçon et la jeune militaire chevronnée. Le ridicule est proche lorsque le titre essaie par ce biais de donner de l'épaisseur à ses personnages au cours de scènes intimistes. Surtout, l'intrigue n'avance plus via le prisme de la rectification des erreurs du passé, mais sous l'angle "shônen compatible" de la progression dans son domaine, de la personnalisation de son équipement, utilisant moins les ressources ludiques de sa thématique SF.
Côté illustrations et mise en page, c'est très dynamique et volontiers spectaculaire, malgré une esthétique des aliens plus que décevante. Par contre, l'ensemble est assez peu lisible : les tirs, explosions, coups... s'enchaînent dans un brouhaha visuel qui ne permet pas à l'intrigue d'hanter les esprits.
L'ensemble demeure plaisant, un divertissement davantage à destination des ados. La thématique, même maladroitement exploitée, fonctionne évidemment, mais le film est autrement plus recommandable que le manga.
Après la découverte d'un mystérieux message en bouteille, Marla, jeune fille passionnée d'aventures romanesques, part avec sa meilleure amie et sa grand-mère pour une chasse au trésor qui pourrait aussi permettre de rapprocher les générations.
Le gros point fort de cette série réside clairement dans son graphisme. Le dessin de Lorena Calderón est lumineux, coloré et agréable, dans une veine qui évoque l'école italienne inspirée de Disney. Les personnages sont mignons et expressifs, les décors très soignés et riches, et l'ensemble donne une vraie impression de voyage. On traverse des paysages qui rappellent tantôt l'Italie, tantôt la Bretagne, avec des ambiances de ports, de petites villes côtières ou de fêtes foraines abandonnées. Il y a une belle invitation à l'aventure et à l'exploration, même si ces décors ont parfois un aspect légèrement carte postale ou artificiel.
Avec un format d'environ 80 pages, le récit est dense et donne le sentiment d'une vraie aventure développée, ce qui est appréciable. L'enquête menée par les deux jeunes filles est globalement fluide et crédible, même si elle est parfois facilitée par certains personnages secondaires ou des coïncidences scénaristiques. Malgré cela, elle reste engageante et donne envie de savoir où l'ensemble va mener.
L'histoire laisse rapidement entrevoir, pour un lecteur adulte, l'idée que la grand-mère pourrait être à l'origine de cette chasse au trésor, dans une démarche un peu orchestrée pour se rapprocher de sa petite-fille et créer un véritable lien intergénérationnel en l'amenant sur les traces de son passé. Certains éléments entretiennent toutefois le doute, et on ne sait pas toujours si ces indices relèvent d'une intention narrative ou de petites incohérences. Dans tous les cas, cela maintient une forme de curiosité autour du véritable enjeu de la quête.
En revanche, j'ai eu plus de réserve sur le personnage principal. Le fait de ne pas proposer une héroïne parfaite est intéressant en soi, et son évolution potentielle est clairement un axe narratif logique. Mais dans ce premier tome, elle apparaît surtout comme capricieuse, égocentrique et obnubilée par sa quête, au point de se montrer régulièrement désagréable ou peu respectueuse envers sa grand-mère et sa meilleure amie. De même, on se désole de voir qu'elle ignore complètement le charme de ce qui l'entoure, que ce soit la caravane de sa grand-mère, le petit bar de port de pêche ou encore une fête foraine abandonnée, tant elle reste focalisée sur sa chasse au trésor. Cette attitude, combinée au fait qu'elle soit malgré tout constamment valorisée et entourée de bienveillance, la rend assez peu attachante pour moi à ce stade. Cela réduit un peu le plaisir de lecture, malgré les qualités visuelles et l'univers global très réussi.
Néanmoins, si la suite permet une véritable évolution du personnage et une prise de conscience de son comportement, offrant au passage plus de profondeur à l'ensemble, je remonterai volontiers ma note car le reste est vraiment de belle facture.
Il faut sept religieuses vibratiles pour alimenter son énergie.
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Ce tome constitue l’intégrale de ladite sage, regroupant le premier tome Le dieu jaloux (1984) et le second L’Ange carnivore (1991), une histoire presque complète. L’édition originale de ce recueil date de 1991. Il a été réalisé par Alejandro Jodorowsky pour le scénario, et par Silvio Cadelo pour les dessins et les couleurs. Le premier livre comporte cinquante-quatre pages de bande dessinée, le second également. L’intégrale comporte une carte répertoriant les différents continents et zones de ce monde : zone nord Teut, continent Uron et le palais du roi, continent Aouralis avec le marais sacré, continent Uslman, continent Inghing, la ville sacrée du Sumo X, le refuge secret des chevaliers du Saint-Axe, les ruines du temple des Géants, et quelques peuples et individus comme l’abbesse de Maldiccia, les fanatiques inghins adorateurs de Br-Tse le médiateur suprême, les habitants d’Usliman adorant le prophète Ram’Aldar. Elle se termine avec un cahier graphique reproduisant les demi-pages encrées des prémices du tome trois.
Lorsque Karnar (la planète prodige créée, pour de divines raisons, sous forme d’une pyramide parfaite irradiant des ondes lumineuses qui baignaient les cent cinquante-trois autres planètes du système trisolaire) explosa en quatre misérables fragments, des milliards de millions d’êtres pensants, à travers toute la Galaxie, éclatèrent en sanglots. Cette plainte immense, figea, le temps d’une courte seconde, la rotation des trois soleils sur leur axe. Immobilisation fatale qui devait inaugurer l’Ère Obscure au cours de laquelle les quatre règnes naturels, le minéral, le végétal, l’animal et l’ectoplasmique, devinrent tout à la fois voraces, faibles et infidèles.
La faute en incombait aux Géants : ceux-ci eurent le front de désobéir à Aour, l’Entité Divine qui, dans un cri d’amour infini, façonna la planète-pyramide pour en faire le centre de spiritualité de la Galaxie ! Ils souhaitèrent dominer la Puissance Négative, cette face cachée et ténébreuse de tout Dieu ! Ils éveillèrent l’Andragorus ! Vanité, suffisance, prétentions insensées ! Ils furent réduits en fumée. Leurs cendres volèrent vers le firmament en même temps que ces quatre cailloux que sont aujourd’hui les îles-continents maudites de Karnar : Urok, la Sophistiquée, avec sa zone brumeuse au Septentrion (Teut) et son midi tempéré (Naria)… Aouralis, la Sublime, la plus sainte d’entre toutes, puisque tous les Dieux y naquirent, et dont la terre atteinte de purulence s’était transformée en marais putréfiés… Uslimane, la Profonde, immense étendue de sable hérissée de cactus et brûlée par les vents… Inghing, l’Énigmatique, vaste roc uniquement peuplé de montagnes de glace. Certains racontent qu’Aour, après cette hécatombe, emprisonna l’Andragorus dans un cristal géant, avant de l’immerger sous les eaux des marais d’Aouralis. D’autres encore prétendent qu’il gît au fond d’un puits. Mais tous s’accordent à dire que cette abomination attend qu’à nouveau d’autres fous téméraires – la folie des êtres de raison ne connaissant pas de limite – le retrouvent et le libérant, lui offrant ainsi l’opportunité de pervertir un peu plus la Matière Universelle issue du cri d’amour de Dieu.
Houlà là ! Ça commence fort avec une page de texte, puis des races extraterrestres dans une sorte de ballon dirigeable, puis une autre page de texte, puis retour au ballon dirigeable avec le titre de la première épitre : L’Andragorus. Puis une autre page de bande dessinée, suivie par une page occupée aux trois quarts par la suite du texte, et une bande de cases. Etc. La dernière page de texte se situe en planche huit. Le scénariste développe tout un monde avec des noms aux consonances bizarres et imprononçables, le dessinateur s’en donne à cœur joie avec des apparences grotesques pour ces races exotiques, toutes basées sur une morphologie humanoïde à la base, c’est plus pratique pour la cohabitation. Il est possible que le lecteur souffre un peu avec les couleurs, en particulier les déclinaisons de rose bonbon déjà sucé, jurant sur le jaune vif et le bleu Cœruleum. Ça s’arrange dans la deuxième moitié avec des formes plus abouties, des cases donnant une sensation moins surchargée, et une technologie qui a évolué pour les couleurs, offrant la possibilité de plus nuances à l’artiste, qui se restreint (un peu), tout en n’ayant rien perdu de son inventivité dans les formes extraterrestres et grotesques, avec une imagination intense et perturbante, même si les décors se raréfient un peu.
Il est possible que le lecteur se trouve captivé par la richesse de cet univers imaginé par le scénariste, auquel l’artiste donne une apparence des plus particulières, qu’il soit fasciné par cette guerre entre plusieurs factions à la recherche d’une sorte d’artefact qui assurera un pouvoir absolu à celui qui le maîtrisera. Cela peut également requérir un effort significatif pour tout retenir, pour s’investir assez pour donner de la consistance et ajouter un peu de sens à tout cette situation imaginaire complexe. Cependant, très vite, il se trouve également fasciné par les visuels. Il y a d’abord ces apparences qui semblent relever de difformités tératologiques impossibles : torse beaucoup trop large, crânes trop allongés, couleur de peau impossible (Ce jaune !), appendice nasal trop aplati, trois seins au lieu de deux, deux tibias par jambe en-dessous de la rotule ce qui donne quatre pieds et un seul bras pour cette race-là, sorte d’appendice partant du milieu du front, le catalogue des difformités semble sans fin. La faune présente elle aussi des particularités morphologiques impossibles, entre monstruosité et divagations physiques entre naïveté et poésie. Un festival graphique dans les deux tomes, avec un trait plus élégant et plus léger dans le deuxième ajoutant une touche d’onirisme.
Régulièrement, l’artiste laisse également son imagination prendre les rênes pour les accessoires et les environnements. En vrac : des armures massives, un dieu enchâssé dans un cristal, des sabres d’une longueur trop importante pour être facilement maniables, des tenues d’apparat psychédéliques, des armes pas toujours facilement compréhensibles dans leur destination, des roches cristallines aux formes tordues, etc. Le dessinateur prend bien soin d’établir les caractéristiques de chaque lieu en début de séquence, sans forcément les représenter systématiquement par la suite, jouant sur les couleurs pour des effets spéciaux. Là encore il fait preuve d’une imagination très personnelle, où il est possible de détecter l’influence de certains artistes de science-fiction de l’époque, complétement assimilées et intégrées. Parmi ces lieux hautement exotiques : la porte de la Ghéassa l’Abime de l’Éternel Châtiment et sa chapelle centrale, la chaîne rocheuse permettant d’accéder à Maldiccia la cité-état capitale religieuse du continent d’Urok, la crypte des visions (une salle d’un noir impénétrable), des champs en fleurs dont l’apparence de texture évoque du pollen, le pont-levis du château de pierres lépreuses d’Aria-His ainsi que sa salle de banquet pour les noces d’Alandor et Vanessa, ses souterrains, le ghetto des malades atteints de la main-péché, la salle du conseil du royaume, la forêt pétrifiée, le temple du monastère des navigateurs du Saint-Axe, etc.
Le lecteur peut aussi approcher cette histoire sur un plan plus mythologique ou métaphorique, sans s’agripper aux appellations des différentes factions, comme s’il s’agissait plus d’un récit conceptuel que factuel. S’il est familier de l’œuvre du scénariste, il trouve rapidement ses repères. Un personnage principal destiné à devenir le héros en surmontant des obstacles qui le marquent dans sa chair. Ça ne rate pas : Alandor ne tarde pas à contracter une maladie des plus répugnantes, faisant de lui un réprouvé : ses noces sont annulées sur le champ et il est banni de son propre royaume. Ayant bénéficié d’une aide extérieure pour guérir, il décide de guérir les autres et pour cela il doit développer sa foi en subissant des épreuves. La première est d’être enterré pendant trois jours (terre), la seconde l’oblige à marcher sur le feu (feu), et la troisième à sauter dans le vide (air). Le lecteur identifie tout de suite cette confrontation à trois des quatre éléments (il manque l’eau), concept développé à l’Antiquité. Il ne lui faut pas attendre longtemps pour que quelques pages plus loin Alandor doive sauter dans l’eau, le quatrième élément. Il relève également le titre des dix épitres assurant la fonction de chapitrage : L’Andragorus, Le règne le pouvoir et la gloire, L’hérésie de la main-péché, La voie de la dissolution, L’attentat sacrilège, L’âme et le feu, L’ermite, L’initiation, Temps d’écroulement, le cœur couronné. Le scénariste use d’un vocabulaire religieux, et également mystique, des thèmes qu’il chérit. Les épreuves physiques revêtent alors un sens ésotérique, dans la mythologie très personnelle de l’auteur. Le héros progresse sur le chemin de la spiritualité, alors que les autres factions sont aveuglées par leurs croyances, incapables d’évoluer, de s’adapter à la réalité. Son cheminement spirituel fait de lui le sauveur.
Plonger dans la première partie de la carrière de bédéaste d’Alejandro Jodorowsky peut s’avérer intimidant : des récits baroques dont l’intelligibilité a pu s’émousser avec les décennies passées. En fonction de son état d’esprit, le lecteur peut appréhender ce qu’il va trouver dans cette série interrompue après le deuxième tome. En effet l’expérience est au rendez-vous, tout d’abord visuelle du fait de la forte personnalité graphique de Silvio Cadelo, peut-être encore un peu brut pour le premier tome, proprement enchanteresse pour le second. L’intrigue peut sembler très linéaire et relever d’une formule souvent utilisée par le scénariste. Toutefois, s’il se laisse porter par le charme brut et poétique de la narration, le lecteur se laisse gagner par la séduction très particulière de cette quête spirituelle haute en couleurs. Particulier.
Défit relevé pour cet album de commande qui réussit à survoler l'histoire des différentes générations d'immigration qui ont enrichi la France depuis plusieurs siècles sans nous ennuyer.
Le dispositif des deux enfants visiteurs qui se perdent dans un coin sombre et entrent en contact avec des fantômes des personnes évoquées par le musée de la porte dorée n'est pas très original mais bien mis en œuvre : les petites histoires sont parfaitement dimensionnées : juste assez d'information pour être compris et d'émotion pour attacher le lecteur.
Et honnêtement ce n'était pas gagné, chaque période est évoquée dans un lavis de couleur différente, assez réaliste. Le deuxième de couverture récapitule les noms et peuples des personnages rencontrés que l'on peut donc retrouver facilement.
Bref c'est un bel outil pédagogique, avec des personnages attachants qui peuvent servir d'appui pour des partages d'histoire personnelles dans une classe, par exemple en début d'année scolaire pour souder un groupe.
Découvrir qu'on a tous des racines qui dépassent de la carte de France à une époque proche ou plus lointaine pourrait changer notre avenir, n'hésitons pas à partager ces expériences transgénérationnelles et transculturelles qui constituent le tissus de toutes les sociétés...
Une légère frustration pour ma part sur la représentation du décors : j'ai personnellement été très impressionnée par l'arrivée au musée de la Porte Dorée : l'architecture très géométrique d'Albert Laprade confronté au relief du sculpteur "art déco" Alfred Janniot, qui recouvre toute la longueur et la hauteur de la galerie... ( selon wikipedia 10m par 90m, vous vous rendez compte du boulot ? ) avec cette représentation du monde colonial, à la fois sensuelle et effrayante puisqu'elle célèbre la domination d'un pays sur tous les autres.. Ce trouble qui aurait pu être mis en scène et disséqué... est complètement gommé dans cet album. Mais c'est sans doute un autre sujet.
C'est presque encore plus joli qu'Hombre mais c'est hélas beaucoup moins abouti.
Ce n'est pas tant la faute du format court que des chutes en elle mêmes qui tombent souvent à plat. Dommage parce que les canevas de chaque historiette sont plutôt bien pensés en amont.
Le dessin est irréprochable, les expressions sont assez caricaturales, on comprends vite que nous sommes dans une bd à seule vocation humoristique.
Il faut réussir à chasser Hombre de son esprit pour apprécier pleinement ces nouveaux antihéros, ce qui n'est pas simple.
A essayer.
J'ai enfin lu cette œuvre de référence obligatoire, vu la quantité d'opinions enthousiastes. En noir et blanc, comme il se doit.
Les dessins sont de qualité et, pour une fois, avec Rosinski, je n'ai pas eu de problèmes concernant l'anatomie étrange des personnages: cela fait partie du genre.
La narration se laisse lire, mais la juxtaposition avec certains éléments bibliques m'a un peu dérangé. C'est subtil, certes, mais cela pourrait être plus pleinement assumé par les auteurs ou simplement évité. Dans la sensation finale et le bilan de tout, je suis resté un peu déprimé et je ne sais pas comment expliquer complètement pourquoi...
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Woodstock 69 - Le Concert du siècle
Pas mal de qualités dans cet album, qui ont fait de cette lecture un réel moment de plaisir. Quelques choix scénaristiques ont cependant empêché que j’attribue plus qu’un simple 3/5. Un album que je conseille cependant, du moins si vous cherchez à vous distraire au travers d’une fiction et non à vous instruire grâce à un documentaire. Au rayon des qualités, le dessin très lisible et expressif de Munuera. C’est agréable et facile à lire avec des personnages bien typés et des décors soignés quand l’intrigue l’exige. Petit plus en plus, la reproduction (souvent détournée) d’illustrations qui symbolisent ce festival dans notre inconscient collectif : on se souvient de ces photographies de glissades improvisées dans la boue, le dessinateur reproduit le même cadrage mais remplace le personnage de la photo par un des acteurs principaux de ce récit. Ce procédé sera utilisé plusieurs fois (et j’en ai certainement raté plus d’une) mais sans que cela ne gêne la lecture. Au contraire, ça participe à notre immersion en exploitant notre mémoire souvent inconsciente. Le récit est lui aussi plaisant à lire. On va suivre ainsi quelques personnages fictifs tout en en croisant d’autres historiques. L’équilibre est plutôt bon même si la part fictionnelle prend le dessus sur le pan documentaire du récit. J’en ai finalement très peu appris sur le festival en lui-même mais j’ai aimé me balader dans cette foule en compagnie des personnages. Il y a également une très bonne trouvaille scénaristique pour transcender le charisme d’un des organisateurs emblématiques du festival… que je vous laisse découvrir. Petit bémol : le sentiment de lire un récit qui se déroule en 1969 mais avec des personnages qui pensent comme en 2026. A plusieurs reprises, j’ai une cette sensation de personnages trop modernes dans leur façon de parler comme dans leurs manières de penser par rapport à l’époque à laquelle Woodstock s’est déroulé. Pas mal du tout, mais pas parfait pour autant. Divertissant.
Au Chant des Grenouilles
Dans la forêt de Greenwood, le Club du Samedi est une bande d'amis débrouillards, composée de jeunes animaux de différentes espèces qui s'entraident au fil de petites aventures du quotidien, entre concours de pâtisserie, enquêtes et imprévus. Au Chant des Grenouilles est une série concept dans le sens où elle réunit les mêmes scénaristes (Anaïs Halard et Barbara Canepa), tandis que chaque tome est confié à un dessinateur différent. Les six premiers albums sont ainsi illustrés successivement par Florent Sacré, Jérémie Almanza, Giovanni Rigano, Kerascoët, Alexis Nesme et Aurélie Neyret. Le graphisme constitue clairement le principal attrait de la série. L'ensemble est très soigné, avec une colorisation douce et travaillée, et l'on sent l'influence de Barbara Canepa dans la direction artistique. Chaque tome propose un univers visuel riche, avec de très beaux décors et une vraie atmosphère, renforcée par des planches parfois proches de l'illustration. J'aime également beaucoup la présence de la carte de la forêt et des lieux visités, qui participe à cette sensation d'immersion. Je suis en revanche plus mitigé sur le choix de multiplier les dessinateurs. Pris individuellement, chaque style a ses qualités, mais les différences sont suffisamment marquées pour créer une rupture assez nette d'un tome à l'autre. Cela m'a notamment frappé en passant du premier au second volume, avec une impression de changement d'ambiance et même de perception des personnages, dont les expressions et les visages ne renvoient plus tout à fait la même chose. Au-delà de ma préférence personnelle pour le style de Florent Sacré, cette variation nuit un peu à la continuité globale. Sur le plan narratif, la série propose d'abord un premier cycle en trois tomes, avant de basculer vers des histoires en un tome. Les intrigues restent assez simples et clairement orientées vers un jeune public. Pour un lecteur adulte, cela peut paraître un peu léger, avec des enjeux limités et un manque global de tension narrative. Le début de la série est notamment très introductif, avec une mise en place de l'univers et des personnages qui prend le pas sur une véritable intrigue, ce qui donne parfois l'impression qu'il ne se passe pas grand-chose. Le rythme constitue d'ailleurs un point un peu fragile. Le premier cycle m'a semblé légèrement étiré, alors que l'histoire en un tome du tome 4 (le dernier actuellement paru) est à l'inverse sont un peu trop vite lue. Malgré cela, l'ensemble est agréable à lire. Les dialogues sont plutôt naturels et bien écrits, et j'apprécie les petites pages à vocation éducative qui viennent enrichir le récit en présentant la nature, la faune ou même quelques recettes de cuisine. Il y a aussi des choix intéressants dans la composition du groupe, notamment la présence d'une araignée et d'une chauve-souris parmi les héros, ce qui change des habituels animaux plus consensuels. Le personnage de Shadow l'araignée, en particulier, est bien exploité et apporte une touche originale. En revanche, tous les protagonistes ne sont pas aussi attachants, et certains restent un peu en retrait ou manquent de relief, ce qui limite parfois l'implication dans leurs aventures. C'est une série visuellement très réussie, portée par une direction artistique forte et un univers plein de charme, mais dont les histoires peinent à proposer un véritable souffle narratif. Une lecture sans doute idéale pour un jeune public, mais qui laisse un peu sur sa faim lorsqu'on en attend davantage sur le fond.
The Lion and the Eagle
2.5 Ici, Garth Ennis prend des risques et donne une nouvelle direction à sa carrière : il fait un one-shot qui se passe durant la seconde guerre mondiale ! Donc oui, c'est encore un récit de guerre d'Ennis et ses détracteurs qui trouvent qu'il ne se renouvelle pas vont encore une fois avoir raison. La grosse nouveauté est que cela se passe en Birmanie et ce sont les britanniques, aidés par les locaux ainsi que par des soldats de leurs colonies, contre les japonais. Déjà à la base on voit bien moins le front pacifique comparé à celui en Europe, mais on oublie facilement que l'Angleterre avait encore des colonies dans ce coin là et que l'empire japonais les avait envahies. Ceux qui ont déjà lu un récit de guerre d'Ennis ne vont pas être surpris parce qu'on est en terrain connu. Ennis rend hommage à des soldats qui risquent leur vie pour affronter un ennemi dangereux qui commet des crimes de guerres. On philosophe un peu sur la vie, l'absurdité de la guerre et l'hypocrisie en général (les britanniques colonisateurs sont-ils mieux que les japonais colonisateurs ?). Ça se laisse lire et il y a quelques scènes marquantes, mais ça ressemble trop à d'autres récits de guerre se passant dans une jungle (lisez juste n'importe quoi sur la guerre du Vietnam et les grosses différences c'est le matériel de guerre et la nationalité des personnages) ou à ce qu'Ennis à déjà écrit sur le sujet pour être marquant. Comme souvent avec Ennis, il y a de bons dialogues, mais parfois ils sonnent un peu faux. Il y a des répliques qui semblent être dites par des hommes modernes qui connaissent déjà l'issue de la guerre et ce qui va arriver ensuite et pas par des soldats durant la seconde guerre mondiale.
Superman & co.
J'aime beaucoup cet album. Je l'ai acquis il y a de nombreuses années car je suis un admirateur inconditionnel des dessins de Joe Kubert. Les histoires appartiennent au genre super-héros, mais ici avec une touche de fantastique, de magie et même de surnaturel. Dans la première, Superman et Démon (créé par Jack Kirby) doivent combattre un druide ancestral qui revient à la vie et possède des pouvoirs sur toute la nature. Dans la deuxième, nous rencontrons Ragman (le Loqueteux) dans une histoire de vengeance se déroulant à New York. Enfin, Hawkman et sa compagne Shayera affrontent un monstre extraterrestre d'origine informatique et hallucinatoire. Ça vaut la peine de découvrir, par les dessins !
All You Need is Kill
La thématique du voyage dans le temps (et ses variantes) engendre toujours des propositions intéressantes : cette thématique au potentiel ludique indéniable engendre forcément de beaux développements sur les doutes et regrets, un grisant vertige d'hypothèses sur ce qu'aurait pu être la vie, telle situation si... avec alors le moyen d'envisager des réponses, possiblement comiques, tragiques, mélancoliques... Les véritables réussites sont nombreuses, tant au cinéma qu'en BD, et mieux, les ratés sont rares : la plupart des propositions sont amusantes, grisantes... voire davantage. Aussi me suis-je naturellement intéressé à ce manga SF, ayant qui plus est l'avantage de se développer en deux tomes. D'autant que le film d'action de Liman avec Tom Cruise m'avait laissé un assez bon souvenir. L'intrigue m'était donc familière et je me suis surpris à relever plus attentivement les écarts entre le film et le manga qu'à plonger dans ce monde apocalyptique. Ici, l'accent est mis sur la relation quasi-amoureuse entretenue entre le garçon et la jeune militaire chevronnée. Le ridicule est proche lorsque le titre essaie par ce biais de donner de l'épaisseur à ses personnages au cours de scènes intimistes. Surtout, l'intrigue n'avance plus via le prisme de la rectification des erreurs du passé, mais sous l'angle "shônen compatible" de la progression dans son domaine, de la personnalisation de son équipement, utilisant moins les ressources ludiques de sa thématique SF. Côté illustrations et mise en page, c'est très dynamique et volontiers spectaculaire, malgré une esthétique des aliens plus que décevante. Par contre, l'ensemble est assez peu lisible : les tirs, explosions, coups... s'enchaînent dans un brouhaha visuel qui ne permet pas à l'intrigue d'hanter les esprits. L'ensemble demeure plaisant, un divertissement davantage à destination des ados. La thématique, même maladroitement exploitée, fonctionne évidemment, mais le film est autrement plus recommandable que le manga.
Marla
Après la découverte d'un mystérieux message en bouteille, Marla, jeune fille passionnée d'aventures romanesques, part avec sa meilleure amie et sa grand-mère pour une chasse au trésor qui pourrait aussi permettre de rapprocher les générations. Le gros point fort de cette série réside clairement dans son graphisme. Le dessin de Lorena Calderón est lumineux, coloré et agréable, dans une veine qui évoque l'école italienne inspirée de Disney. Les personnages sont mignons et expressifs, les décors très soignés et riches, et l'ensemble donne une vraie impression de voyage. On traverse des paysages qui rappellent tantôt l'Italie, tantôt la Bretagne, avec des ambiances de ports, de petites villes côtières ou de fêtes foraines abandonnées. Il y a une belle invitation à l'aventure et à l'exploration, même si ces décors ont parfois un aspect légèrement carte postale ou artificiel. Avec un format d'environ 80 pages, le récit est dense et donne le sentiment d'une vraie aventure développée, ce qui est appréciable. L'enquête menée par les deux jeunes filles est globalement fluide et crédible, même si elle est parfois facilitée par certains personnages secondaires ou des coïncidences scénaristiques. Malgré cela, elle reste engageante et donne envie de savoir où l'ensemble va mener. L'histoire laisse rapidement entrevoir, pour un lecteur adulte, l'idée que la grand-mère pourrait être à l'origine de cette chasse au trésor, dans une démarche un peu orchestrée pour se rapprocher de sa petite-fille et créer un véritable lien intergénérationnel en l'amenant sur les traces de son passé. Certains éléments entretiennent toutefois le doute, et on ne sait pas toujours si ces indices relèvent d'une intention narrative ou de petites incohérences. Dans tous les cas, cela maintient une forme de curiosité autour du véritable enjeu de la quête. En revanche, j'ai eu plus de réserve sur le personnage principal. Le fait de ne pas proposer une héroïne parfaite est intéressant en soi, et son évolution potentielle est clairement un axe narratif logique. Mais dans ce premier tome, elle apparaît surtout comme capricieuse, égocentrique et obnubilée par sa quête, au point de se montrer régulièrement désagréable ou peu respectueuse envers sa grand-mère et sa meilleure amie. De même, on se désole de voir qu'elle ignore complètement le charme de ce qui l'entoure, que ce soit la caravane de sa grand-mère, le petit bar de port de pêche ou encore une fête foraine abandonnée, tant elle reste focalisée sur sa chasse au trésor. Cette attitude, combinée au fait qu'elle soit malgré tout constamment valorisée et entourée de bienveillance, la rend assez peu attachante pour moi à ce stade. Cela réduit un peu le plaisir de lecture, malgré les qualités visuelles et l'univers global très réussi. Néanmoins, si la suite permet une véritable évolution du personnage et une prise de conscience de son comportement, offrant au passage plus de profondeur à l'ensemble, je remonterai volontiers ma note car le reste est vraiment de belle facture.
La Saga d'Alandor
Il faut sept religieuses vibratiles pour alimenter son énergie. - Ce tome constitue l’intégrale de ladite sage, regroupant le premier tome Le dieu jaloux (1984) et le second L’Ange carnivore (1991), une histoire presque complète. L’édition originale de ce recueil date de 1991. Il a été réalisé par Alejandro Jodorowsky pour le scénario, et par Silvio Cadelo pour les dessins et les couleurs. Le premier livre comporte cinquante-quatre pages de bande dessinée, le second également. L’intégrale comporte une carte répertoriant les différents continents et zones de ce monde : zone nord Teut, continent Uron et le palais du roi, continent Aouralis avec le marais sacré, continent Uslman, continent Inghing, la ville sacrée du Sumo X, le refuge secret des chevaliers du Saint-Axe, les ruines du temple des Géants, et quelques peuples et individus comme l’abbesse de Maldiccia, les fanatiques inghins adorateurs de Br-Tse le médiateur suprême, les habitants d’Usliman adorant le prophète Ram’Aldar. Elle se termine avec un cahier graphique reproduisant les demi-pages encrées des prémices du tome trois. Lorsque Karnar (la planète prodige créée, pour de divines raisons, sous forme d’une pyramide parfaite irradiant des ondes lumineuses qui baignaient les cent cinquante-trois autres planètes du système trisolaire) explosa en quatre misérables fragments, des milliards de millions d’êtres pensants, à travers toute la Galaxie, éclatèrent en sanglots. Cette plainte immense, figea, le temps d’une courte seconde, la rotation des trois soleils sur leur axe. Immobilisation fatale qui devait inaugurer l’Ère Obscure au cours de laquelle les quatre règnes naturels, le minéral, le végétal, l’animal et l’ectoplasmique, devinrent tout à la fois voraces, faibles et infidèles. La faute en incombait aux Géants : ceux-ci eurent le front de désobéir à Aour, l’Entité Divine qui, dans un cri d’amour infini, façonna la planète-pyramide pour en faire le centre de spiritualité de la Galaxie ! Ils souhaitèrent dominer la Puissance Négative, cette face cachée et ténébreuse de tout Dieu ! Ils éveillèrent l’Andragorus ! Vanité, suffisance, prétentions insensées ! Ils furent réduits en fumée. Leurs cendres volèrent vers le firmament en même temps que ces quatre cailloux que sont aujourd’hui les îles-continents maudites de Karnar : Urok, la Sophistiquée, avec sa zone brumeuse au Septentrion (Teut) et son midi tempéré (Naria)… Aouralis, la Sublime, la plus sainte d’entre toutes, puisque tous les Dieux y naquirent, et dont la terre atteinte de purulence s’était transformée en marais putréfiés… Uslimane, la Profonde, immense étendue de sable hérissée de cactus et brûlée par les vents… Inghing, l’Énigmatique, vaste roc uniquement peuplé de montagnes de glace. Certains racontent qu’Aour, après cette hécatombe, emprisonna l’Andragorus dans un cristal géant, avant de l’immerger sous les eaux des marais d’Aouralis. D’autres encore prétendent qu’il gît au fond d’un puits. Mais tous s’accordent à dire que cette abomination attend qu’à nouveau d’autres fous téméraires – la folie des êtres de raison ne connaissant pas de limite – le retrouvent et le libérant, lui offrant ainsi l’opportunité de pervertir un peu plus la Matière Universelle issue du cri d’amour de Dieu. Houlà là ! Ça commence fort avec une page de texte, puis des races extraterrestres dans une sorte de ballon dirigeable, puis une autre page de texte, puis retour au ballon dirigeable avec le titre de la première épitre : L’Andragorus. Puis une autre page de bande dessinée, suivie par une page occupée aux trois quarts par la suite du texte, et une bande de cases. Etc. La dernière page de texte se situe en planche huit. Le scénariste développe tout un monde avec des noms aux consonances bizarres et imprononçables, le dessinateur s’en donne à cœur joie avec des apparences grotesques pour ces races exotiques, toutes basées sur une morphologie humanoïde à la base, c’est plus pratique pour la cohabitation. Il est possible que le lecteur souffre un peu avec les couleurs, en particulier les déclinaisons de rose bonbon déjà sucé, jurant sur le jaune vif et le bleu Cœruleum. Ça s’arrange dans la deuxième moitié avec des formes plus abouties, des cases donnant une sensation moins surchargée, et une technologie qui a évolué pour les couleurs, offrant la possibilité de plus nuances à l’artiste, qui se restreint (un peu), tout en n’ayant rien perdu de son inventivité dans les formes extraterrestres et grotesques, avec une imagination intense et perturbante, même si les décors se raréfient un peu. Il est possible que le lecteur se trouve captivé par la richesse de cet univers imaginé par le scénariste, auquel l’artiste donne une apparence des plus particulières, qu’il soit fasciné par cette guerre entre plusieurs factions à la recherche d’une sorte d’artefact qui assurera un pouvoir absolu à celui qui le maîtrisera. Cela peut également requérir un effort significatif pour tout retenir, pour s’investir assez pour donner de la consistance et ajouter un peu de sens à tout cette situation imaginaire complexe. Cependant, très vite, il se trouve également fasciné par les visuels. Il y a d’abord ces apparences qui semblent relever de difformités tératologiques impossibles : torse beaucoup trop large, crânes trop allongés, couleur de peau impossible (Ce jaune !), appendice nasal trop aplati, trois seins au lieu de deux, deux tibias par jambe en-dessous de la rotule ce qui donne quatre pieds et un seul bras pour cette race-là, sorte d’appendice partant du milieu du front, le catalogue des difformités semble sans fin. La faune présente elle aussi des particularités morphologiques impossibles, entre monstruosité et divagations physiques entre naïveté et poésie. Un festival graphique dans les deux tomes, avec un trait plus élégant et plus léger dans le deuxième ajoutant une touche d’onirisme. Régulièrement, l’artiste laisse également son imagination prendre les rênes pour les accessoires et les environnements. En vrac : des armures massives, un dieu enchâssé dans un cristal, des sabres d’une longueur trop importante pour être facilement maniables, des tenues d’apparat psychédéliques, des armes pas toujours facilement compréhensibles dans leur destination, des roches cristallines aux formes tordues, etc. Le dessinateur prend bien soin d’établir les caractéristiques de chaque lieu en début de séquence, sans forcément les représenter systématiquement par la suite, jouant sur les couleurs pour des effets spéciaux. Là encore il fait preuve d’une imagination très personnelle, où il est possible de détecter l’influence de certains artistes de science-fiction de l’époque, complétement assimilées et intégrées. Parmi ces lieux hautement exotiques : la porte de la Ghéassa l’Abime de l’Éternel Châtiment et sa chapelle centrale, la chaîne rocheuse permettant d’accéder à Maldiccia la cité-état capitale religieuse du continent d’Urok, la crypte des visions (une salle d’un noir impénétrable), des champs en fleurs dont l’apparence de texture évoque du pollen, le pont-levis du château de pierres lépreuses d’Aria-His ainsi que sa salle de banquet pour les noces d’Alandor et Vanessa, ses souterrains, le ghetto des malades atteints de la main-péché, la salle du conseil du royaume, la forêt pétrifiée, le temple du monastère des navigateurs du Saint-Axe, etc. Le lecteur peut aussi approcher cette histoire sur un plan plus mythologique ou métaphorique, sans s’agripper aux appellations des différentes factions, comme s’il s’agissait plus d’un récit conceptuel que factuel. S’il est familier de l’œuvre du scénariste, il trouve rapidement ses repères. Un personnage principal destiné à devenir le héros en surmontant des obstacles qui le marquent dans sa chair. Ça ne rate pas : Alandor ne tarde pas à contracter une maladie des plus répugnantes, faisant de lui un réprouvé : ses noces sont annulées sur le champ et il est banni de son propre royaume. Ayant bénéficié d’une aide extérieure pour guérir, il décide de guérir les autres et pour cela il doit développer sa foi en subissant des épreuves. La première est d’être enterré pendant trois jours (terre), la seconde l’oblige à marcher sur le feu (feu), et la troisième à sauter dans le vide (air). Le lecteur identifie tout de suite cette confrontation à trois des quatre éléments (il manque l’eau), concept développé à l’Antiquité. Il ne lui faut pas attendre longtemps pour que quelques pages plus loin Alandor doive sauter dans l’eau, le quatrième élément. Il relève également le titre des dix épitres assurant la fonction de chapitrage : L’Andragorus, Le règne le pouvoir et la gloire, L’hérésie de la main-péché, La voie de la dissolution, L’attentat sacrilège, L’âme et le feu, L’ermite, L’initiation, Temps d’écroulement, le cœur couronné. Le scénariste use d’un vocabulaire religieux, et également mystique, des thèmes qu’il chérit. Les épreuves physiques revêtent alors un sens ésotérique, dans la mythologie très personnelle de l’auteur. Le héros progresse sur le chemin de la spiritualité, alors que les autres factions sont aveuglées par leurs croyances, incapables d’évoluer, de s’adapter à la réalité. Son cheminement spirituel fait de lui le sauveur. Plonger dans la première partie de la carrière de bédéaste d’Alejandro Jodorowsky peut s’avérer intimidant : des récits baroques dont l’intelligibilité a pu s’émousser avec les décennies passées. En fonction de son état d’esprit, le lecteur peut appréhender ce qu’il va trouver dans cette série interrompue après le deuxième tome. En effet l’expérience est au rendez-vous, tout d’abord visuelle du fait de la forte personnalité graphique de Silvio Cadelo, peut-être encore un peu brut pour le premier tome, proprement enchanteresse pour le second. L’intrigue peut sembler très linéaire et relever d’une formule souvent utilisée par le scénariste. Toutefois, s’il se laisse porter par le charme brut et poétique de la narration, le lecteur se laisse gagner par la séduction très particulière de cette quête spirituelle haute en couleurs. Particulier.
Les Voyageurs de la porte dorée
Défit relevé pour cet album de commande qui réussit à survoler l'histoire des différentes générations d'immigration qui ont enrichi la France depuis plusieurs siècles sans nous ennuyer. Le dispositif des deux enfants visiteurs qui se perdent dans un coin sombre et entrent en contact avec des fantômes des personnes évoquées par le musée de la porte dorée n'est pas très original mais bien mis en œuvre : les petites histoires sont parfaitement dimensionnées : juste assez d'information pour être compris et d'émotion pour attacher le lecteur. Et honnêtement ce n'était pas gagné, chaque période est évoquée dans un lavis de couleur différente, assez réaliste. Le deuxième de couverture récapitule les noms et peuples des personnages rencontrés que l'on peut donc retrouver facilement. Bref c'est un bel outil pédagogique, avec des personnages attachants qui peuvent servir d'appui pour des partages d'histoire personnelles dans une classe, par exemple en début d'année scolaire pour souder un groupe. Découvrir qu'on a tous des racines qui dépassent de la carte de France à une époque proche ou plus lointaine pourrait changer notre avenir, n'hésitons pas à partager ces expériences transgénérationnelles et transculturelles qui constituent le tissus de toutes les sociétés... Une légère frustration pour ma part sur la représentation du décors : j'ai personnellement été très impressionnée par l'arrivée au musée de la Porte Dorée : l'architecture très géométrique d'Albert Laprade confronté au relief du sculpteur "art déco" Alfred Janniot, qui recouvre toute la longueur et la hauteur de la galerie... ( selon wikipedia 10m par 90m, vous vous rendez compte du boulot ? ) avec cette représentation du monde colonial, à la fois sensuelle et effrayante puisqu'elle célèbre la domination d'un pays sur tous les autres.. Ce trouble qui aurait pu être mis en scène et disséqué... est complètement gommé dans cet album. Mais c'est sans doute un autre sujet.
Burton & Cyb
C'est presque encore plus joli qu'Hombre mais c'est hélas beaucoup moins abouti. Ce n'est pas tant la faute du format court que des chutes en elle mêmes qui tombent souvent à plat. Dommage parce que les canevas de chaque historiette sont plutôt bien pensés en amont. Le dessin est irréprochable, les expressions sont assez caricaturales, on comprends vite que nous sommes dans une bd à seule vocation humoristique. Il faut réussir à chasser Hombre de son esprit pour apprécier pleinement ces nouveaux antihéros, ce qui n'est pas simple. A essayer.
Le Grand Pouvoir du Chninkel
J'ai enfin lu cette œuvre de référence obligatoire, vu la quantité d'opinions enthousiastes. En noir et blanc, comme il se doit. Les dessins sont de qualité et, pour une fois, avec Rosinski, je n'ai pas eu de problèmes concernant l'anatomie étrange des personnages: cela fait partie du genre. La narration se laisse lire, mais la juxtaposition avec certains éléments bibliques m'a un peu dérangé. C'est subtil, certes, mais cela pourrait être plus pleinement assumé par les auteurs ou simplement évité. Dans la sensation finale et le bilan de tout, je suis resté un peu déprimé et je ne sais pas comment expliquer complètement pourquoi...