Après avoir lu la BD, et tout comme le dit très bien Noirdésir, j'étais étonné de la brutalité de cette fin qui s'arrête presque trop tôt à mon gout. Cependant, je pense que la BD a été crée avec des musées et des expositions en rapport avec cet évènement. Et je dirais qu'elle doit se lire comme un complément à ces endroits où l'histoire sera décortiquée : elle est une introduction, une manière de faire prendre conscience de ce que ça a été, au-delà des chiffres, des noms ou des comptes-rendus.
Dans ce sens, la BD est assez bien faite : elle nous présente des personnages qui sont dans une célébration du 1er mai en cette fin du XIXè siècle, journée de lutte sociale et solidaire, où l'ouvrier réclame plus de droits à des patrons qui les font crever derrière la machine. Les personnages sont enthousiastes d'une journée de fêtes, mais aussi au cœur de luttes sociales qui font intervenir les gendarmes et l'armée. Tout cela ne peut que mal finir. Et cette fin douloureuse arrivera donc, témoin encore une fois de la violence du capitalisme, prêt à tout pour garder son emprise.
La BD est assez vite lue, pas plus développée que ça donc, mais je pense que ce n'est pas son but. Elle est là pour rappeler ce que furent ces évènements, le contexte sociale et les classes de l'époque, dans toute la violence de leurs discours. Le trait de Alex W. Inker va très bien à ce genre de récits, faisant un trait gras et coloré qui rappelle les impressions sérigraphiques qu'on faisait à l'époque, dans les tons qui vont avec les affiches rouges de l'époque aussi. Si parfois le dessin est un peu trop gras, donnant une impression brouillonne de l'ensemble, il est globalement assez bien fait.
Une BD de lutte sociale, donc, qui rappelle la violence qui fut et qui est toujours là, latente et prête à s'éveiller à nouveau. A lire, sans en attendre une découverte exceptionnelle, c'est un complément à d'autres choses et sans doute le musée qui y est consacré.
Un polar a visages multiples, où chaque personnage donnera son avis sur ce qu'il s'y passe, tandis que la petite banlieue pavillonnaire tranquille sera exposée à de plus en plus de choses qui clochent.
La BD est un petit concentré de ces travers de l'Amérique si paisible en apparence, chaque personnage étant pétri de contradiction ou de problématique, tandis que se déploient progressivement les points de tensions qui aboutiront à une finalité tragique. La construction est lente et méthodique, chaque personnage apportant une pierre à l'édifice, en remettant en cause ce que d'autres ont dit ou mettant en lumière des travers de chacun. Le tout avec des petits drames humains qui sont présents à différents niveaux, de la gamine qui est triste de découvrir des voleurs à la femme délaissée qui remet en question toute sa vie.
L'histoire est assez triste, la fin où chacun commente la suite a des accents de tragédie où personne n'aura finalement bien vécu ce qu'il s'est passé, tandis que la BD se conclue sur une pirouette un peu forcée mais qui rajoute aux accents de tragédie : tout ceci pour un banal évènement, en fin de compte. Cela dit, la BD n'est pas exempte de tout défaut et personnellement j'ai trouvé que le climax final, ce point de tension qui débarque sort un peu du chapeau et manque clairement de préparation. Il y a des liens qui sont présent avant, mais lorsque j'ai vu la situation et les raisons j'étais assez peu convaincu d'un évènement logique et bien amené. Certes, il y a un aspect camouflé qui est explicable, mais en tant que lecteur j'ai trouvé que ça faisait sortie du chapeau pour justifier la scène.
En dehors de ce petit détail qui m'a fait tiquer, le reste de l'histoire est bien menée et tient la route, apportant son lot de surprises et d'Amérique déçue, de vies pas toujours réussies. Une BD qui reste dans le polar noir, malgré son apparence de banlieue gentille, pas une réussite incontestable à mes yeux mais qui tient la route. J'ai surtout aimé ces commentaires de fin, où chacun raconte l'histoire des années plus tard, apportant un autre éclairage sur leur comportement. Plutôt bon, en somme !
C'est intéressant et bien réalisé. On entre facilement dans la narration avec un dessin accessible et doux.
Cependant c'est un peu long et on se retrouve à tourner un peu en rond comme le personnage principal. J'ai lu la fin un peu vite, car au bout d'un moment on a compris et l'histoire n'avance plus et rabâche, remâche le même thème. Peut être que le côté rabâchage et spirale aurait pu être traité, on aurait été entrainé avec le héros. Hélas ce n'est pas le cas, on le regarde tourner, repenser indéfiniment la même chose, les mêmes angoisses et on fini par s'ennuyer un peu. Ainsi même si cette bd est plein de qualité, au final elle ne m'a pas transporté à titre personnel.
C'est une lecture qui doit mieux passer auprès des ados que des adultes.
Une demi-réussite donc.
Garth Ennis raconte encore une fois une histoire se passant durant la seconde guerre mondiale et mettant en vedette des soldats qui essai tant bien de mal de survivre et il y a un commandant peut sympathique, Ennis n'aimant pas trop l'autorité.
Le récit est plutôt efficace à défaut d'être extraordinaire. En effet, les personnages sont plutôt stéréotypés à commencer par le héros lui-même qui semble n'être qu'un pleurnichard loser, mais qui est capable d'être héroïque sur un champ de bataille. Le seul personnage qui m'a semblé un peu sortir des clichés est le navigateur du héros qui est un indien qui aimerait bien voir les anglais partir de son pays. Comme souvent avec Ennis, il y a des bons dialogues et il y a des scènes qui sortent un peu du lot.
Donc c'est pas extraordinaire, mais cela fait le job et c'est un peu divertissant. À lire si on n'est pas allergique au genre.
Le dessin, et surtout la colorisation (une sorte de monochromie bleu pâle) sont plutôt originaux, et peuvent dérouter le lecteur. Mais je m’y suis fait, et l’ensemble se révèle plutôt agréable. En tout cas très lisible (les décors et arrière-plans sont souvent peu développés).
L’histoire est simple à résumer sur le papier. Une jeune femme se questionnant sur son avenir – amoureux, professionnel – rejoint une petite communauté vivant en collectivité dans une maison d’un bled paumé. Une sorte de ressourcerie humaine.
Au fil des pages, et des dialogues, on apprend à connaitre les membres du groupe, aux profils finalement hétéroclites. Les dialogues permettent aussi de développer quelques thématiques intéressantes, autour d’une critique plus ou moins « bobo » (mais pas que) de la société de consommation. C’est aussi une réflexion sur la part d’individuel, d’égoïsme qui est en chacun, ce qu’on est prêt à « collectiviser » (y compris au niveau des décisions). Aussi sur le refus de choisir, une fuite en avant qui pourrait donner du relief au titre.
Au final, si ce récit ne m’a pas enthousiasmé, il se laisse lire plutôt plaisamment, et assez rapidement. Je ne regrette pas mon emprunt.
Après avoir attaqué cette collection avec les grandes batailles célèbres et bien documentées, Delitte est bien obligé d’aller dénicher celles que l’Histoire a moins mises en avant. Cela permet au lecteur que je suis de découvrir des conflits « secondaires » et des batailles que je ne connaissais pas du tout. Mais ce sont aussi des batailles qui ont moins d’impact que les plus célèbres déjà traitées.
Et ici, la bataille elle-même est assez minimaliste. Pas par le bilan : des milliers de victimes, des dizaines de navires coulés ou sévèrement endommagés. Non, c’est une bataille qui visiblement s’est déclenché « par hasard », au gré d’incompréhension, alors qu’une flotte franco-anglaise (avec en appui des Russes) s’était positionnée presque bord à bord avec des navires turcs, pour les impressionner et tenter de leur faire lâcher la pression sur les indépendantistes grecs. Du coup, la bataille en elle-même se résume à une séance de tir à bout portant, où stratégie, tactique n’ont joué aucun rôle.
Comme à son habitude, Delitte – ici seul à la manœuvre – fait précéder cette bataille, sur les deux premiers tiers de l’album, d’une « histoire », pour « faire passer le temps », et aussi pour présenter le contexte, au travers d’un jeune peintre/aventurier anglais romantique, Edward Levington, sorte de Byron en moins consistant, qui rejoint les révoltés grecs, puis la flotte anglaise. Son nom est l’occasion pour Delitte de placer un jeu de mots (il est interpelé au début par un « Monsieur Levington je présume ! »).
Le dessin de Delitte est classique. Excellent pour tout ce qui est navire, gréements. Bon pour le reste, mais toujours avec le même type de visages « carrés », parfois difficiles à différencier.
L’ensemble se laisse lire, sans plus. La faute sans doute à une bataille qui en elle-même n’est pas extraordinaire. Mais aussi à une narration un peu mollassonne. Comme je l’ai remarqué à plusieurs reprises, Delitte reprend dans ses texte plusieurs passages du court dossier final (qui du coup est un peu redondant). Je commence à avoir lu la majorité des albums de cette collection, et ça doit être la troisième fois (pour des batailles différentes donc) je crois que Delitte explique dans son dossier final que cette bataille sonne le glas des navires à voiles, qu’elle est la dernière bataille opposant ce type de navire… Il faudrait savoir…
A réserver aux amateurs d’Histoire (dont je suis), mais il manque quand même à cet album – ou à la bataille qui en est au cœur – quelque chose pour dynamiser la lecture.
Note réelle 2,5/5.
Quentin Zuttion est un auteur appréciant les BD "à thème". Ses dernières productions arrivaient néanmoins à s'évader de leur sujet pour gagner du souffle, de la vie, autrement dit à ne plus se contenter d'illustrer un thème pour mieux l'habiter. Voilà pourquoi je trouvais plus intéressants La Dame blanche et Toutes les princesses meurent après minuit, quand Appelez-moi Nathan et Touchées me laissaient un léger goût d'inachevé.
Avec "Sage", il s'essaie à l'autobiographie, proposant de décrire son extrême anxiété, notamment liée à son homosexualité. Les critiques lues ici ou là sont dithyrambiques, aussi je m'attendais au fameux album de la maturité, tout en craignant un égocentrisme forcément exacerbé susceptible de m'agacer aux entournures.
Malheureusement, me concernant, la balance penche plutôt vers le nombrilisme quelque peu agaçant. Cela me fait penser à la BD Impénétrable, pour laquelle j'avais également été assez circonspect malgré une sympathie évidente pour le projet. Et cela me fait réévaluer mes critiques à l'égard de Davodeau. Il n'est pas aisé pour un auteur de trouver le bon positionnement quand on aborde frontalement le témoignage. Parvenir à susciter auprès de son lectorat bienveillance et compassion pour ces histoires intimes révélées implique de générer de la curiosité et de ne pas forcer l'adhésion. D'une certaine manière, l'auteur doit obtenir le consentement de son lecteur, sous peine de le placer dans une position de voyeur condamné à se délecter des misères intimes révélées.
Zuttion se met à nu, présente ses traumas, sa misère sentimentale, ses peurs et désirs... Visuellement, ses personnages bleus aux yeux de lumière, expressionnistes et quasi arachnéens, sont une indéniable réussite, illustrent fort joliment ses angoisses. Mais le récit intime n’échappe pas au voyeurisme ; et je m'étonne que l'acceptation sociétale de l'homosexualité ne soit pas davantage conviée, que la psychanalyse soit autant écartée.
Une demi-réussite donc, ambitieuse et susceptible de déplaire.
Je connaissais déjà ce type de récit sur la Shoah et les enfants cachés, et j’avoue que je craignais un peu de lire une énième variation sur le même thème. Au final, l’histoire est bonne et bien racontée : le choix d’adopter strictement le point de vue de l’enfant apporte un vrai plus et permet de mieux s'adresser à de jeunes lecteurs. En restant à hauteur de Dounia, le récit évite de sombrer dans une noirceur trop frontale ou une lourdeur démonstrative. Tout passe par ce qu’elle comprend (ou pas) et cela rend l’ensemble plus digeste pour un jeune public, sans pour autant nier la gravité des faits.
Le scénario trouve un équilibre délicat : il évoque les rafles, la séparation, la fuite, la solidarité et même le retour des survivants, mais avec pudeur. Certains passages vers la fin m’ont touché, notamment tout ce qui concerne les retrouvailles et les cicatrices laissées par l’absence. Il y a une émotion sincère, qui fonctionne sans tomber dans la sensiblerie.
Graphiquement, le trait rond et expressif correspond bien à cette approche. Les personnages aux grosses têtes accentuent l’identification et renforcent le point de vue enfantin. Cela contribue à adoucir visuellement un sujet extrêmement dur, même si ce style peut ne pas plaire à tout le monde.
Malgré ces qualités évidentes, je dois reconnaître que je suis resté un peu en retrait. J’ai tellement lu d’histoires similaires sur cette période que, même si celle-ci est réussie et pertinente, notamment pour un jeune lectorat, elle ne m’a pas emporté davantage que cela. Une lecture solide et touchante, surtout dans ses derniers chapitres, mais qui ne m’a pas surpris.
C'est la première fois que je lis un comics de Ben Hatke qui semble être un nom connu dans le monde des bandes dessinées pour la jeunesse.
Je peux comprendre pourquoi parce que son dessin est vraiment enthousiasmant. C'est le style de dessin qui me donne envie de lire une BD juste en regardant la couverture. L'idée de départ est une bonne idée parce qu'elle porte sur une sensation universelle: qui étant jeune n'a jamais eu peur d'aller dans une cave ?
Le scénario est inventif et sympathique à lire. Je pense que je suis rendu trop vieux pour trouver cet album incroyable, mais c'est sans doute ce que j'aurais pensé si je l'avais lu enfant. C'est donc un album que je recommande aux parents qui ont des enfants d'environs 8-12 ans.
J'aime bien quand la BD permet de mettre en lumière des évènements ou des personnages historiques qu'on a oubliés. On a une image d'Epinal où un pirate des mers de l'époque classique est un homme blanc, souvent barbu, assez costaud. Ici Shango est une force de la nature, mais il est noir de peau. Il a un destin exceptionnel, acquis à la force des bras et grâce à une détermination hors du commun. Des qualités qu'il montre dès le début de son aventure, an agissant pour se libérer des chaînes que lui ont posé ses compatriotes renégats, vendus aux marchands d'esclaves.
Cette histoire nous est contée par Marc de Banville, journaliste télé et documentariste spécialiste des zones de guerre, et Arnaud Delalande, connu pour avoir écrit de nombreuses séries historiques. Ils ont donc uni leurs centres d'intérêts et talents de conteurs pour ce récit, prévu en plusieurs tomes chez Robinson. Un récit qui a de forts accents de réalisme, mais qui est fictif, même si peut-être inspiré par des révoltes d'esclaves au XVIIème siècle. C'est bien raconté, on ne s'ennuie pas une seconde, et on a envie d'en savoir plus sur ce précurseur, quelque part, de Toussaint Louverture.
Pour mettre en images ce récit plein de bruit et de fureur, les deux co-scénaristes bénéficient de la fougue graphique de Guy Michel, dessinateur né en Haïti, et par conséquent concerné par ce sujet, mais surtout un très bon auteur, capable de mettre en scène des combats, des abordages, des tempêtes sur de beaux galions européens, et d'installer de belles ambiances en compagnie de Tyffenn Guerveno.
C'est assez prenant et plaisant à lire, j'aurai plaisir à prendre connaissance de la suite.
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Fourmies la Rouge
Après avoir lu la BD, et tout comme le dit très bien Noirdésir, j'étais étonné de la brutalité de cette fin qui s'arrête presque trop tôt à mon gout. Cependant, je pense que la BD a été crée avec des musées et des expositions en rapport avec cet évènement. Et je dirais qu'elle doit se lire comme un complément à ces endroits où l'histoire sera décortiquée : elle est une introduction, une manière de faire prendre conscience de ce que ça a été, au-delà des chiffres, des noms ou des comptes-rendus. Dans ce sens, la BD est assez bien faite : elle nous présente des personnages qui sont dans une célébration du 1er mai en cette fin du XIXè siècle, journée de lutte sociale et solidaire, où l'ouvrier réclame plus de droits à des patrons qui les font crever derrière la machine. Les personnages sont enthousiastes d'une journée de fêtes, mais aussi au cœur de luttes sociales qui font intervenir les gendarmes et l'armée. Tout cela ne peut que mal finir. Et cette fin douloureuse arrivera donc, témoin encore une fois de la violence du capitalisme, prêt à tout pour garder son emprise. La BD est assez vite lue, pas plus développée que ça donc, mais je pense que ce n'est pas son but. Elle est là pour rappeler ce que furent ces évènements, le contexte sociale et les classes de l'époque, dans toute la violence de leurs discours. Le trait de Alex W. Inker va très bien à ce genre de récits, faisant un trait gras et coloré qui rappelle les impressions sérigraphiques qu'on faisait à l'époque, dans les tons qui vont avec les affiches rouges de l'époque aussi. Si parfois le dessin est un peu trop gras, donnant une impression brouillonne de l'ensemble, il est globalement assez bien fait. Une BD de lutte sociale, donc, qui rappelle la violence qui fut et qui est toujours là, latente et prête à s'éveiller à nouveau. A lire, sans en attendre une découverte exceptionnelle, c'est un complément à d'autres choses et sans doute le musée qui y est consacré.
Là où gisait le corps
Un polar a visages multiples, où chaque personnage donnera son avis sur ce qu'il s'y passe, tandis que la petite banlieue pavillonnaire tranquille sera exposée à de plus en plus de choses qui clochent. La BD est un petit concentré de ces travers de l'Amérique si paisible en apparence, chaque personnage étant pétri de contradiction ou de problématique, tandis que se déploient progressivement les points de tensions qui aboutiront à une finalité tragique. La construction est lente et méthodique, chaque personnage apportant une pierre à l'édifice, en remettant en cause ce que d'autres ont dit ou mettant en lumière des travers de chacun. Le tout avec des petits drames humains qui sont présents à différents niveaux, de la gamine qui est triste de découvrir des voleurs à la femme délaissée qui remet en question toute sa vie. L'histoire est assez triste, la fin où chacun commente la suite a des accents de tragédie où personne n'aura finalement bien vécu ce qu'il s'est passé, tandis que la BD se conclue sur une pirouette un peu forcée mais qui rajoute aux accents de tragédie : tout ceci pour un banal évènement, en fin de compte. Cela dit, la BD n'est pas exempte de tout défaut et personnellement j'ai trouvé que le climax final, ce point de tension qui débarque sort un peu du chapeau et manque clairement de préparation. Il y a des liens qui sont présent avant, mais lorsque j'ai vu la situation et les raisons j'étais assez peu convaincu d'un évènement logique et bien amené. Certes, il y a un aspect camouflé qui est explicable, mais en tant que lecteur j'ai trouvé que ça faisait sortie du chapeau pour justifier la scène. En dehors de ce petit détail qui m'a fait tiquer, le reste de l'histoire est bien menée et tient la route, apportant son lot de surprises et d'Amérique déçue, de vies pas toujours réussies. Une BD qui reste dans le polar noir, malgré son apparence de banlieue gentille, pas une réussite incontestable à mes yeux mais qui tient la route. J'ai surtout aimé ces commentaires de fin, où chacun raconte l'histoire des années plus tard, apportant un autre éclairage sur leur comportement. Plutôt bon, en somme !
Sage
C'est intéressant et bien réalisé. On entre facilement dans la narration avec un dessin accessible et doux. Cependant c'est un peu long et on se retrouve à tourner un peu en rond comme le personnage principal. J'ai lu la fin un peu vite, car au bout d'un moment on a compris et l'histoire n'avance plus et rabâche, remâche le même thème. Peut être que le côté rabâchage et spirale aurait pu être traité, on aurait été entrainé avec le héros. Hélas ce n'est pas le cas, on le regarde tourner, repenser indéfiniment la même chose, les mêmes angoisses et on fini par s'ennuyer un peu. Ainsi même si cette bd est plein de qualité, au final elle ne m'a pas transporté à titre personnel. C'est une lecture qui doit mieux passer auprès des ados que des adultes. Une demi-réussite donc.
Out of the blue
Garth Ennis raconte encore une fois une histoire se passant durant la seconde guerre mondiale et mettant en vedette des soldats qui essai tant bien de mal de survivre et il y a un commandant peut sympathique, Ennis n'aimant pas trop l'autorité. Le récit est plutôt efficace à défaut d'être extraordinaire. En effet, les personnages sont plutôt stéréotypés à commencer par le héros lui-même qui semble n'être qu'un pleurnichard loser, mais qui est capable d'être héroïque sur un champ de bataille. Le seul personnage qui m'a semblé un peu sortir des clichés est le navigateur du héros qui est un indien qui aimerait bien voir les anglais partir de son pays. Comme souvent avec Ennis, il y a des bons dialogues et il y a des scènes qui sortent un peu du lot. Donc c'est pas extraordinaire, mais cela fait le job et c'est un peu divertissant. À lire si on n'est pas allergique au genre.
La Part des lâches
Le dessin, et surtout la colorisation (une sorte de monochromie bleu pâle) sont plutôt originaux, et peuvent dérouter le lecteur. Mais je m’y suis fait, et l’ensemble se révèle plutôt agréable. En tout cas très lisible (les décors et arrière-plans sont souvent peu développés). L’histoire est simple à résumer sur le papier. Une jeune femme se questionnant sur son avenir – amoureux, professionnel – rejoint une petite communauté vivant en collectivité dans une maison d’un bled paumé. Une sorte de ressourcerie humaine. Au fil des pages, et des dialogues, on apprend à connaitre les membres du groupe, aux profils finalement hétéroclites. Les dialogues permettent aussi de développer quelques thématiques intéressantes, autour d’une critique plus ou moins « bobo » (mais pas que) de la société de consommation. C’est aussi une réflexion sur la part d’individuel, d’égoïsme qui est en chacun, ce qu’on est prêt à « collectiviser » (y compris au niveau des décisions). Aussi sur le refus de choisir, une fuite en avant qui pourrait donner du relief au titre. Au final, si ce récit ne m’a pas enthousiasmé, il se laisse lire plutôt plaisamment, et assez rapidement. Je ne regrette pas mon emprunt.
Navarin
Après avoir attaqué cette collection avec les grandes batailles célèbres et bien documentées, Delitte est bien obligé d’aller dénicher celles que l’Histoire a moins mises en avant. Cela permet au lecteur que je suis de découvrir des conflits « secondaires » et des batailles que je ne connaissais pas du tout. Mais ce sont aussi des batailles qui ont moins d’impact que les plus célèbres déjà traitées. Et ici, la bataille elle-même est assez minimaliste. Pas par le bilan : des milliers de victimes, des dizaines de navires coulés ou sévèrement endommagés. Non, c’est une bataille qui visiblement s’est déclenché « par hasard », au gré d’incompréhension, alors qu’une flotte franco-anglaise (avec en appui des Russes) s’était positionnée presque bord à bord avec des navires turcs, pour les impressionner et tenter de leur faire lâcher la pression sur les indépendantistes grecs. Du coup, la bataille en elle-même se résume à une séance de tir à bout portant, où stratégie, tactique n’ont joué aucun rôle. Comme à son habitude, Delitte – ici seul à la manœuvre – fait précéder cette bataille, sur les deux premiers tiers de l’album, d’une « histoire », pour « faire passer le temps », et aussi pour présenter le contexte, au travers d’un jeune peintre/aventurier anglais romantique, Edward Levington, sorte de Byron en moins consistant, qui rejoint les révoltés grecs, puis la flotte anglaise. Son nom est l’occasion pour Delitte de placer un jeu de mots (il est interpelé au début par un « Monsieur Levington je présume ! »). Le dessin de Delitte est classique. Excellent pour tout ce qui est navire, gréements. Bon pour le reste, mais toujours avec le même type de visages « carrés », parfois difficiles à différencier. L’ensemble se laisse lire, sans plus. La faute sans doute à une bataille qui en elle-même n’est pas extraordinaire. Mais aussi à une narration un peu mollassonne. Comme je l’ai remarqué à plusieurs reprises, Delitte reprend dans ses texte plusieurs passages du court dossier final (qui du coup est un peu redondant). Je commence à avoir lu la majorité des albums de cette collection, et ça doit être la troisième fois (pour des batailles différentes donc) je crois que Delitte explique dans son dossier final que cette bataille sonne le glas des navires à voiles, qu’elle est la dernière bataille opposant ce type de navire… Il faudrait savoir… A réserver aux amateurs d’Histoire (dont je suis), mais il manque quand même à cet album – ou à la bataille qui en est au cœur – quelque chose pour dynamiser la lecture. Note réelle 2,5/5.
Sage
Quentin Zuttion est un auteur appréciant les BD "à thème". Ses dernières productions arrivaient néanmoins à s'évader de leur sujet pour gagner du souffle, de la vie, autrement dit à ne plus se contenter d'illustrer un thème pour mieux l'habiter. Voilà pourquoi je trouvais plus intéressants La Dame blanche et Toutes les princesses meurent après minuit, quand Appelez-moi Nathan et Touchées me laissaient un léger goût d'inachevé. Avec "Sage", il s'essaie à l'autobiographie, proposant de décrire son extrême anxiété, notamment liée à son homosexualité. Les critiques lues ici ou là sont dithyrambiques, aussi je m'attendais au fameux album de la maturité, tout en craignant un égocentrisme forcément exacerbé susceptible de m'agacer aux entournures. Malheureusement, me concernant, la balance penche plutôt vers le nombrilisme quelque peu agaçant. Cela me fait penser à la BD Impénétrable, pour laquelle j'avais également été assez circonspect malgré une sympathie évidente pour le projet. Et cela me fait réévaluer mes critiques à l'égard de Davodeau. Il n'est pas aisé pour un auteur de trouver le bon positionnement quand on aborde frontalement le témoignage. Parvenir à susciter auprès de son lectorat bienveillance et compassion pour ces histoires intimes révélées implique de générer de la curiosité et de ne pas forcer l'adhésion. D'une certaine manière, l'auteur doit obtenir le consentement de son lecteur, sous peine de le placer dans une position de voyeur condamné à se délecter des misères intimes révélées. Zuttion se met à nu, présente ses traumas, sa misère sentimentale, ses peurs et désirs... Visuellement, ses personnages bleus aux yeux de lumière, expressionnistes et quasi arachnéens, sont une indéniable réussite, illustrent fort joliment ses angoisses. Mais le récit intime n’échappe pas au voyeurisme ; et je m'étonne que l'acceptation sociétale de l'homosexualité ne soit pas davantage conviée, que la psychanalyse soit autant écartée. Une demi-réussite donc, ambitieuse et susceptible de déplaire.
L'Enfant cachée
Je connaissais déjà ce type de récit sur la Shoah et les enfants cachés, et j’avoue que je craignais un peu de lire une énième variation sur le même thème. Au final, l’histoire est bonne et bien racontée : le choix d’adopter strictement le point de vue de l’enfant apporte un vrai plus et permet de mieux s'adresser à de jeunes lecteurs. En restant à hauteur de Dounia, le récit évite de sombrer dans une noirceur trop frontale ou une lourdeur démonstrative. Tout passe par ce qu’elle comprend (ou pas) et cela rend l’ensemble plus digeste pour un jeune public, sans pour autant nier la gravité des faits. Le scénario trouve un équilibre délicat : il évoque les rafles, la séparation, la fuite, la solidarité et même le retour des survivants, mais avec pudeur. Certains passages vers la fin m’ont touché, notamment tout ce qui concerne les retrouvailles et les cicatrices laissées par l’absence. Il y a une émotion sincère, qui fonctionne sans tomber dans la sensiblerie. Graphiquement, le trait rond et expressif correspond bien à cette approche. Les personnages aux grosses têtes accentuent l’identification et renforcent le point de vue enfantin. Cela contribue à adoucir visuellement un sujet extrêmement dur, même si ce style peut ne pas plaire à tout le monde. Malgré ces qualités évidentes, je dois reconnaître que je suis resté un peu en retrait. J’ai tellement lu d’histoires similaires sur cette période que, même si celle-ci est réussie et pertinente, notamment pour un jeune lectorat, elle ne m’a pas emporté davantage que cela. Une lecture solide et touchante, surtout dans ses derniers chapitres, mais qui ne m’a pas surpris.
Milo & les créatures du grand escalier.
C'est la première fois que je lis un comics de Ben Hatke qui semble être un nom connu dans le monde des bandes dessinées pour la jeunesse. Je peux comprendre pourquoi parce que son dessin est vraiment enthousiasmant. C'est le style de dessin qui me donne envie de lire une BD juste en regardant la couverture. L'idée de départ est une bonne idée parce qu'elle porte sur une sensation universelle: qui étant jeune n'a jamais eu peur d'aller dans une cave ? Le scénario est inventif et sympathique à lire. Je pense que je suis rendu trop vieux pour trouver cet album incroyable, mais c'est sans doute ce que j'aurais pensé si je l'avais lu enfant. C'est donc un album que je recommande aux parents qui ont des enfants d'environs 8-12 ans.
Shango
J'aime bien quand la BD permet de mettre en lumière des évènements ou des personnages historiques qu'on a oubliés. On a une image d'Epinal où un pirate des mers de l'époque classique est un homme blanc, souvent barbu, assez costaud. Ici Shango est une force de la nature, mais il est noir de peau. Il a un destin exceptionnel, acquis à la force des bras et grâce à une détermination hors du commun. Des qualités qu'il montre dès le début de son aventure, an agissant pour se libérer des chaînes que lui ont posé ses compatriotes renégats, vendus aux marchands d'esclaves. Cette histoire nous est contée par Marc de Banville, journaliste télé et documentariste spécialiste des zones de guerre, et Arnaud Delalande, connu pour avoir écrit de nombreuses séries historiques. Ils ont donc uni leurs centres d'intérêts et talents de conteurs pour ce récit, prévu en plusieurs tomes chez Robinson. Un récit qui a de forts accents de réalisme, mais qui est fictif, même si peut-être inspiré par des révoltes d'esclaves au XVIIème siècle. C'est bien raconté, on ne s'ennuie pas une seconde, et on a envie d'en savoir plus sur ce précurseur, quelque part, de Toussaint Louverture. Pour mettre en images ce récit plein de bruit et de fureur, les deux co-scénaristes bénéficient de la fougue graphique de Guy Michel, dessinateur né en Haïti, et par conséquent concerné par ce sujet, mais surtout un très bon auteur, capable de mettre en scène des combats, des abordages, des tempêtes sur de beaux galions européens, et d'installer de belles ambiances en compagnie de Tyffenn Guerveno. C'est assez prenant et plaisant à lire, j'aurai plaisir à prendre connaissance de la suite.