Il y a des choses originales et/ou intéressantes dans cette histoire. Mais ce premier album m’a quand même laissé de côté, au point que je ne suis pas sûr d’aller lire la suite et fin dans le prochain tome.
Le dessin est original – la colorisation aussi d’ailleurs. Foin de réalisme. Mais j’ai vraiment eu du mal avec.
L’histoire se développe dans une ambiance un peu glauque, en tout cas crépusculaire. Un brave type – qui élève seul ses deux mômes – se retrouve au chômage, multiplie les petits boulots, accusant les Niaks, les Juifs, d’être responsables de sa mouise, tout en ressassant ses souvenirs du Vietnam. Jusqu’à se voir proposer de devenir acteur porno…
Il y a dans ce récit une vision noire – et finalement pas si éloignée que ça de la réalité – d’une certaine société déclassée et reléguée de l’Amérique profonde. Et, si certaines couleurs flashy s’invitent, c’est plutôt le sombre qui domine.
Mais voilà, j’ai eu du mal à m’intéresser à cette histoire, et les dialogues, souvent – trop – abondants, rendent certains passages un peu indigestes.
Je pense en fait que ça n’est pas ma came.
Note réelle 2,5/5.
La Licorne est une série ambitieuse et clairement très travaillée, à la croisée de la BD d’action, de l’intrigue historique et de la fantasy. Le récit avance à un rythme soutenu, avec beaucoup d’événements et une vraie volonté de maintenir la tension tout au long des pages. Les personnages sont globalement solides, et l’utilisation d’Ambroise Paré comme pivot narratif fonctionne bien pour ancrer l’histoire dans son contexte.
L’univers proposé est dense et parfois difficile à saisir, notamment dans ses aspects ésotériques et symboliques, mais il reste cohérent dans ses règles et ses intentions. Le traitement de la médecine renaissante, du rapport au corps et à la compréhension du vivant apporte un vrai intérêt de fond, bien intégré à une intrigue très orientée action. Certains passages restent obscurs ou laissent une impression d’incompréhension, sans toutefois casser complètement la lecture.
Graphiquement, la série est une vraie réussite. Le dessin est très dynamique, expressif, et porté par une forte recherche visuelle. L’univers de la Renaissance est idéalisé, peuplé de machines, de créatures et de figures intrigantes, toutes dotées d’une identité graphique marquée et soignée. Une série solide, stimulante et plaisante à lire, même si elle ne laisse pas un souvenir durable.
Adaptation de Aliss, la série propose une relecture extrêmement sombre et allégorique d’Alice au pays des merveilles, transposée dans un Montréal marginal et violent. Le fond est objectivement riche : satire du monde moderne, exploration de la perte de repères, critique des rapports de domination. L’univers est cohérent, maîtrisé, mais reste très hermétique sans clés de lecture solides.
La narration repose fortement sur la métaphore et l’allégorie, ce qui rend l’ensemble difficilement pénétrable pour un lecteur peu familier de l'univers d'Alice au Pays des Merveilles et Patrick Senéchal, comme moi. La lecture demande un réel investissement intellectuel ; on est clairement plus proche de la « littérature dessinée » que d’une BD de plaisir immédiat. Cette densité donne le sentiment d’une œuvre probablement brillante… sans toujours réussir à en comprendre la qualité.
Graphiquement, le travail est très affirmé : dessin expressif, personnages marqués, usage pertinent du noir et blanc confronté à la couleur. L’identité visuelle est forte et cohérente avec le propos. En revanche, comme le scénario, l’approche reste peu accessible, ce qui limite l’adhésion émotionnelle malgré les qualités évidentes.
Je ne peux m'empêcher d'être un chouïa déçu après ma lecture.
C'est le graphisme qui m'a immédiatement attiré sur cet album, un style de dessin qui est dans mes cordes. L'ambiance glauque est superbement retranscrite dans un style réaliste à la colorisation très sombre qui se marie parfaitement avec l'intrigue. Mais... ce n'est pas toujours des plus lisible, il m'a fallu un temps d'adaptation pour l'apprivoiser. J'ai dû, par exemple, relire les dix premières pages pour ne pas être complètement largué avec les personnages. Une mise en page très polar.
Alessandro Manzella est un artiste à suivre.
Le récit est aussi sombre que la partie graphique avec cet inspecteur désabusé qui enquête sur le meurtre de deux gamins.
Un récit dans l'ensemble bien construit, en particulier les fausses pistes, mais... je n'ai jamais été captivé par l'enquête et j'ai dû mal à me l'expliquer. La faute à une narration manquant de liant ? À des personnages qui m'ont laissé de marbre ? À la voix off déshumanisée ?
J'avoue que la conclusion m'a surpris, mais... (il y en a beaucoup finalement) elle est des plus logique avec un peu de recul.
Pour les amateurs de polars non réfractaires à un visuel très noir.
Enfin lu cette série qui avait fait un petit buzz depuis sa republication en français par Délirium.
Dès le début j'ai compris pourquoi cette série a eu autant d'avis positifs. Bryan Talbot a créé une uchronie assez riche, notamment au niveau des références. Son dessin est bon quoique je ne sois pas fan des couleurs faites par ordinateur. Lorsque j'ai vu l'extrait en noir et blanc dans un des bonus de fin d'album, je pense que j'aurais préféré aucune couleur.
Quant au scénario, j'ai trouvé qu'il y avait des qualités et des défauts. Le principal défaut est que trop souvent l'auteur reprend trop de clichés et de personnages archétypiques qui ne me plaisent pas trop. Que le héros soit tellement intelligent qu'il finit par toujours comprendre ce qui se passe, c'est une chose. C'en est une autre lorsqu'il est tellement fort physiquement qu'il peut tout faire et battre plusieurs méchants en même temps en étant à peine blessé. Les personnages féminins les plus importants sont relégués à des rôles stéréotypés du genre la love interest. Le seul personnage qui échappe vraiment à la règle est la professeure ourse du tome 4.
Parlons des tomes, je trouve la qualité un peu inégale. Les deux premiers tomes sont corrects, sans plus et souvent trop prévisibles. Par exemple, l'identité du méchant du tome 2 est trop facile à deviner et ça me faisait rigoler de voir l'inspecteur super-intelligent prendre des pages pour comprendre ce que j'avais déjà compris au milieu de l'album. Les deux suivant sont meilleurs, peut-être en partie parce que malgré tout au fil des pages je me suis un peu attaché à cet univers et à ses personnages. Et c'est dans ces deux albums que Talbot a ses meilleures idées. Puis vient le dernier tome, le plus long, le plus ambitieux... et le moins bon album de la série. On retombe dans un récit tellement classique que j'ai vite deviné le déroulement d'une bonne partie du scénario et j'ai fini par m'ennuyer tellement ça s'éternise pour rien. J'ai donc fini cette série sur une mauvaise impression.
Au final, je mets 3/5 pour les tomes 1 et 2, 4/5 pour les tomes 3 et 4 et un beau 2/5 pour le dernier tome.
Comme le dit Alix, ce premier tome est introductif et appelle une suite qui s'étendra probablement sur plusieurs albums. Jeff Lemire nous propose une plongée dans la vie de Theresa, une jeune femme, qui revient dans son village natal pour s'occuper de sa mère malade. Ce retour au source sera le point de départ d'une introspection personnelle sur son enfance, son adolescence, son grand-père...
il y a visiblement plusieurs sujets douloureux du passé qui ne sont pas cicatrisés et qui demandent à être analyser. Ce récit a des accents fantastique assez agréable. La lecture des tarots permet à Theresa de voyager au delà de la mort et d'entrer en contact avec des défunts. Notre héroïne s'interrogent face à ses visions, que d'abord elle craint, puis qu'elle semble appréhender de mieux en mieux.
Ce mécanisme est plutôt utilisé à bon escient. Au fil des chapitres et des rencontres, il y a de plus en plus de zones de questionnements (son ami d'enfance, son grand père...). Tous les sujets semblent sensibles et douloureux : on touche à l'enfance, à des blessures intimes. C'est assez intrigant, on se demande bien se qui se cache derrière ses souvenirs douloureux. Le récit est bien rythmé, il y a pas mal de questions et de zones de mystère, mais pas de réponse à la fin de ce tome 1.
Plutôt prenant, mais ça reste très introductif pour le moment.
Jacquie, pur produit des années 80, fan d'aérobic et de musculature, tombe sur un walkman bricolé qui lui permet de voyager dans le temps. Propulsée à travers les époques, elle règle les problèmes à coups de bourre-pif, qu'il s'agisse d'envahisseurs barbares, de téléréalité, de malbouffe ou d'autres absurdités contemporaines ou futures.
Le ton est donné d'emblée. C'est flashy, cartoonesque, très expressif, avec des trognes déformées et un côté Fluide Glacial pleinement assumé. Ça bouge dans tous les sens, c'est rempli d'onomatopées et de gags visuels, et cette énergie correspond bien au tempérament ultra rentre-dedans de l'héroïne. Rien de très subtil, mais c'est vivant et efficace.
Côté scénario, le principe de départ est amusant, notamment grâce au choix de son héroïne. Confronter une caricature des années 80 particulièrement bourrine au reste de l'Histoire crée des décalages comiques et permet quelques piques bien senties sur la société de consommation, les médias ou la bêtise ambiante. Jacquie cogne d'abord et réfléchit, éventuellement, ensuite. J'ai surtout apprécié ses deux premiers voyages : son irruption sur un tournage d'une forme de Loft Story, expédié sans ménagement, puis sa rencontre avec une invasion de Huns nettement moins brutaux qu'elle.
Malheureusement, la suite devient plus répétitive et moins enthousiasmante. Le schéma reste le même : elle débarque dans une époque, constate que tout part en vrille, distribue des baffes, puis repart. L'ensemble finit par tourner en rond, surtout en lisant l'album d'une traite et ce n'est plus tellement amusant ; au plus un vague sourire ici et là.
Le début de cette BD est fun et bien déjanté, mais son idée s'essouffle trop vite et manque de renouvellement. Heureusement, l'énergie de Jacquie permet tout de même de passer un assez bon moment.
Note : 2,5/5
En 2050, après une mystérieuse Grande Bascule qui a profondément transformé le monde, Marty, ado un peu en décalage, reçoit de sa grand-mère une BD qu'elle a autoéditée spécialement pour lui. Elle y raconte l'enfance de son père, gamin à haut potentiel, ainsi que les difficultés d'une mère dépassée par cette différence. Le récit alterne entre ces deux époques : le passé, qui tient du témoignage sur ce que signifie élever un enfant HP dans notre société contemporaine, et le futur, où Marty réalise que ce père qu'il connaît mal lui ressemble beaucoup, mais a grandi dans un cadre bien moins accueillant pour la différence.
Cette BD adapte le roman d'Isabelle Bary, elle-même mère d'un enfant HP. Et malgré un habillage laissant penser à un récit de science-fiction, l'histoire se concentre surtout sur la découverte du haut potentiel et sur ce que cela implique au quotidien pour l'enfant comme pour ses proches.
Graphiquement, l'album entretient volontairement l'ambiguïté. La couverture et les premières planches évoquent un véritable récit d'anticipation avec ce futur proche et cette Grande Bascule en toile de fond. L'ensemble est lisible et soigné, porté par une mise en scène claire qui privilégie les personnages et les émotions plutôt que le spectaculaire. En conséquence, la dimension SF reste pour l'instant très décorative, plus suggérée qu'exploitée.
Côté scénario, j'ai surtout retenu l'approche humaine et assez juste du haut potentiel. Ce n'est pas la première fois que je lis sur le sujet (Comme un oiseau dans un bocal en proposait déjà un témoignage), et, là encore, on est loin du cliché du petit génie brillant et arrogant. Le récit insiste plutôt sur la fatigue mentale, l'hypersensibilité, le sentiment de décalage permanent, ainsi que sur le désarroi des parents qui tâtonnent, oscillant entre amour, culpabilité et exaspération. Quelques pages documentaires viennent d'ailleurs conclure l'album pour expliciter encore davantage ces aspects. J'ai d'ailleurs été surpris d'y lire que jusqu'à 5% de la population française pouvait être considérée comme HP : ça me parait énorme.
Le ton est sincère et doux-amer, mais le premier tome prend son temps pour poser son cadre. Une fois compris que la promesse de science-fiction restera secondaire, on constate une longue exposition, proche de l'état des lieux, sans véritable enjeu narratif immédiat. La Grande Bascule demeure floue, l'importance du contexte futuriste incertaine, et l'intrigue autour de Marty et de la BD de sa grand-mère progresse très lentement (au point que je me suis surpris à trouver qu'il mettait un temps fou à simplement la lire). Il en résulte un rythme un peu étale et un léger sentiment de surplace.
Ce premier tome se lit agréablement et aborde son sujet avec tact et sincérité, mais il ressemble davantage à une mise en place qu'à une histoire pleinement lancée. Intéressant sur le fond, encore trop timide dans sa narration, j'attends le second tome pour voir si ce cadre futuriste et ce dispositif débouchent sur quelque chose de plus incarné.
Cette série possède deux qualités qui d’entrée m’ont attiré : un contexte historique riche (la période instable de reconstruction du royaume de France, des alliances des grandes lignées quelques décennies après la guerre de Cent ans) et un dessin fluide, agréable, reconstituant bien décor et costumes d’époque.
C’est vraiment engageant, et je suis entré dans ce diptyque avec plaisir, en espérant y trouver quelque chose d’équivalent – en moins développé – que la très belle série « Le trône d’argile » sur la période tout juste précédente.
Au final, je ressors en partie satisfait de ma lecture. C’est rythmé, l’arrière-plan historique est bien utilisé, avec les querelles de cour qui pimentent complots et alliances diverses.
Mais, si la grande Histoire est bien utilisée, la petite m’a parfois laissé sur ma faim, avec cette histoire un peu convenue de vengeance entre les deux demi-frères, et cet amour improbable entre Quasimodo et Anne de Bretagne.
Moins fort qu’attendu, ce récit n’en reste pas moins agréable à lire.
Je mets trois étoiles, parce que cet album possède de réelles qualités, et que j’aime bien cet univers médiéval un peu paumé, avec une forteresse perchée sur son rocher qui fait penser aux châteaux cathares. Mais je suis quand même sorti un chouia sur ma faim de cette lecture.
Le dessin des forteresses est très bon, détaillé, comme toutes les – rares – constructions. Mais le reste des décors est un peu évacué, pour le coup peu développé. Quant aux personnages, c’est là aussi un trait fin et précis, Houot soigne clairement son travail. Mais le rendu est un peu trop léché et statique à mon goût. Mais bon, c’est quand même fluide et agréable à l’œil.
L’intrigue ne m’a pas vraiment captivé. Mauvais jeu de mot d’ailleurs, puisque nous suivons un prince ottoman – invité ou otage – dans cet endroit reculé du royaume de France. Il tombe amoureux une jeune héritière (amour partagé), mais cela s’oppose à trop d’intérêts et cette idylle va faire long feu. Pourquoi pas ? mais le rythme est trop lent, il ne se passe pas grand-chose, et j’ai fini par me désintéresser de cette partie du récit – d’ailleurs tout se finit en eau de boudin pour eux.
J’ai un temps cru que ce récit aller basculer vers du médiéval fantastique, avec ces géants évoqués au début, puis repris sur la fin dans la présentation du troubadour (et cette légende du dragon ayant donné naissance aux crêtes sur lesquelles est installée la forteresse). Hélas il n’en est rien. C’est dommage, car cela aurait sans doute pu densifier et améliorer l’intrigue, que j’ai trouvé un peu trop légère et manquant de rebondissements.
Pas désagréable à lire, mais loin d’être inoubliable.
Note réelle 2,5/5.
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Rust River City
Il y a des choses originales et/ou intéressantes dans cette histoire. Mais ce premier album m’a quand même laissé de côté, au point que je ne suis pas sûr d’aller lire la suite et fin dans le prochain tome. Le dessin est original – la colorisation aussi d’ailleurs. Foin de réalisme. Mais j’ai vraiment eu du mal avec. L’histoire se développe dans une ambiance un peu glauque, en tout cas crépusculaire. Un brave type – qui élève seul ses deux mômes – se retrouve au chômage, multiplie les petits boulots, accusant les Niaks, les Juifs, d’être responsables de sa mouise, tout en ressassant ses souvenirs du Vietnam. Jusqu’à se voir proposer de devenir acteur porno… Il y a dans ce récit une vision noire – et finalement pas si éloignée que ça de la réalité – d’une certaine société déclassée et reléguée de l’Amérique profonde. Et, si certaines couleurs flashy s’invitent, c’est plutôt le sombre qui domine. Mais voilà, j’ai eu du mal à m’intéresser à cette histoire, et les dialogues, souvent – trop – abondants, rendent certains passages un peu indigestes. Je pense en fait que ça n’est pas ma came. Note réelle 2,5/5.
La Licorne
La Licorne est une série ambitieuse et clairement très travaillée, à la croisée de la BD d’action, de l’intrigue historique et de la fantasy. Le récit avance à un rythme soutenu, avec beaucoup d’événements et une vraie volonté de maintenir la tension tout au long des pages. Les personnages sont globalement solides, et l’utilisation d’Ambroise Paré comme pivot narratif fonctionne bien pour ancrer l’histoire dans son contexte. L’univers proposé est dense et parfois difficile à saisir, notamment dans ses aspects ésotériques et symboliques, mais il reste cohérent dans ses règles et ses intentions. Le traitement de la médecine renaissante, du rapport au corps et à la compréhension du vivant apporte un vrai intérêt de fond, bien intégré à une intrigue très orientée action. Certains passages restent obscurs ou laissent une impression d’incompréhension, sans toutefois casser complètement la lecture. Graphiquement, la série est une vraie réussite. Le dessin est très dynamique, expressif, et porté par une forte recherche visuelle. L’univers de la Renaissance est idéalisé, peuplé de machines, de créatures et de figures intrigantes, toutes dotées d’une identité graphique marquée et soignée. Une série solide, stimulante et plaisante à lire, même si elle ne laisse pas un souvenir durable.
Aliss
Adaptation de Aliss, la série propose une relecture extrêmement sombre et allégorique d’Alice au pays des merveilles, transposée dans un Montréal marginal et violent. Le fond est objectivement riche : satire du monde moderne, exploration de la perte de repères, critique des rapports de domination. L’univers est cohérent, maîtrisé, mais reste très hermétique sans clés de lecture solides. La narration repose fortement sur la métaphore et l’allégorie, ce qui rend l’ensemble difficilement pénétrable pour un lecteur peu familier de l'univers d'Alice au Pays des Merveilles et Patrick Senéchal, comme moi. La lecture demande un réel investissement intellectuel ; on est clairement plus proche de la « littérature dessinée » que d’une BD de plaisir immédiat. Cette densité donne le sentiment d’une œuvre probablement brillante… sans toujours réussir à en comprendre la qualité. Graphiquement, le travail est très affirmé : dessin expressif, personnages marqués, usage pertinent du noir et blanc confronté à la couleur. L’identité visuelle est forte et cohérente avec le propos. En revanche, comme le scénario, l’approche reste peu accessible, ce qui limite l’adhésion émotionnelle malgré les qualités évidentes.
Nuits romaines
Je ne peux m'empêcher d'être un chouïa déçu après ma lecture. C'est le graphisme qui m'a immédiatement attiré sur cet album, un style de dessin qui est dans mes cordes. L'ambiance glauque est superbement retranscrite dans un style réaliste à la colorisation très sombre qui se marie parfaitement avec l'intrigue. Mais... ce n'est pas toujours des plus lisible, il m'a fallu un temps d'adaptation pour l'apprivoiser. J'ai dû, par exemple, relire les dix premières pages pour ne pas être complètement largué avec les personnages. Une mise en page très polar. Alessandro Manzella est un artiste à suivre. Le récit est aussi sombre que la partie graphique avec cet inspecteur désabusé qui enquête sur le meurtre de deux gamins. Un récit dans l'ensemble bien construit, en particulier les fausses pistes, mais... je n'ai jamais été captivé par l'enquête et j'ai dû mal à me l'expliquer. La faute à une narration manquant de liant ? À des personnages qui m'ont laissé de marbre ? À la voix off déshumanisée ? J'avoue que la conclusion m'a surpris, mais... (il y en a beaucoup finalement) elle est des plus logique avec un peu de recul. Pour les amateurs de polars non réfractaires à un visuel très noir.
Grandville
Enfin lu cette série qui avait fait un petit buzz depuis sa republication en français par Délirium. Dès le début j'ai compris pourquoi cette série a eu autant d'avis positifs. Bryan Talbot a créé une uchronie assez riche, notamment au niveau des références. Son dessin est bon quoique je ne sois pas fan des couleurs faites par ordinateur. Lorsque j'ai vu l'extrait en noir et blanc dans un des bonus de fin d'album, je pense que j'aurais préféré aucune couleur. Quant au scénario, j'ai trouvé qu'il y avait des qualités et des défauts. Le principal défaut est que trop souvent l'auteur reprend trop de clichés et de personnages archétypiques qui ne me plaisent pas trop. Que le héros soit tellement intelligent qu'il finit par toujours comprendre ce qui se passe, c'est une chose. C'en est une autre lorsqu'il est tellement fort physiquement qu'il peut tout faire et battre plusieurs méchants en même temps en étant à peine blessé. Les personnages féminins les plus importants sont relégués à des rôles stéréotypés du genre la love interest. Le seul personnage qui échappe vraiment à la règle est la professeure ourse du tome 4. Parlons des tomes, je trouve la qualité un peu inégale. Les deux premiers tomes sont corrects, sans plus et souvent trop prévisibles. Par exemple, l'identité du méchant du tome 2 est trop facile à deviner et ça me faisait rigoler de voir l'inspecteur super-intelligent prendre des pages pour comprendre ce que j'avais déjà compris au milieu de l'album. Les deux suivant sont meilleurs, peut-être en partie parce que malgré tout au fil des pages je me suis un peu attaché à cet univers et à ses personnages. Et c'est dans ces deux albums que Talbot a ses meilleures idées. Puis vient le dernier tome, le plus long, le plus ambitieux... et le moins bon album de la série. On retombe dans un récit tellement classique que j'ai vite deviné le déroulement d'une bonne partie du scénario et j'ai fini par m'ennuyer tellement ça s'éternise pour rien. J'ai donc fini cette série sur une mauvaise impression. Au final, je mets 3/5 pour les tomes 1 et 2, 4/5 pour les tomes 3 et 4 et un beau 2/5 pour le dernier tome.
Minor arcana
Comme le dit Alix, ce premier tome est introductif et appelle une suite qui s'étendra probablement sur plusieurs albums. Jeff Lemire nous propose une plongée dans la vie de Theresa, une jeune femme, qui revient dans son village natal pour s'occuper de sa mère malade. Ce retour au source sera le point de départ d'une introspection personnelle sur son enfance, son adolescence, son grand-père... il y a visiblement plusieurs sujets douloureux du passé qui ne sont pas cicatrisés et qui demandent à être analyser. Ce récit a des accents fantastique assez agréable. La lecture des tarots permet à Theresa de voyager au delà de la mort et d'entrer en contact avec des défunts. Notre héroïne s'interrogent face à ses visions, que d'abord elle craint, puis qu'elle semble appréhender de mieux en mieux. Ce mécanisme est plutôt utilisé à bon escient. Au fil des chapitres et des rencontres, il y a de plus en plus de zones de questionnements (son ami d'enfance, son grand père...). Tous les sujets semblent sensibles et douloureux : on touche à l'enfance, à des blessures intimes. C'est assez intrigant, on se demande bien se qui se cache derrière ses souvenirs douloureux. Le récit est bien rythmé, il y a pas mal de questions et de zones de mystère, mais pas de réponse à la fin de ce tome 1. Plutôt prenant, mais ça reste très introductif pour le moment.
Jacquie sauve le monde
Jacquie, pur produit des années 80, fan d'aérobic et de musculature, tombe sur un walkman bricolé qui lui permet de voyager dans le temps. Propulsée à travers les époques, elle règle les problèmes à coups de bourre-pif, qu'il s'agisse d'envahisseurs barbares, de téléréalité, de malbouffe ou d'autres absurdités contemporaines ou futures. Le ton est donné d'emblée. C'est flashy, cartoonesque, très expressif, avec des trognes déformées et un côté Fluide Glacial pleinement assumé. Ça bouge dans tous les sens, c'est rempli d'onomatopées et de gags visuels, et cette énergie correspond bien au tempérament ultra rentre-dedans de l'héroïne. Rien de très subtil, mais c'est vivant et efficace. Côté scénario, le principe de départ est amusant, notamment grâce au choix de son héroïne. Confronter une caricature des années 80 particulièrement bourrine au reste de l'Histoire crée des décalages comiques et permet quelques piques bien senties sur la société de consommation, les médias ou la bêtise ambiante. Jacquie cogne d'abord et réfléchit, éventuellement, ensuite. J'ai surtout apprécié ses deux premiers voyages : son irruption sur un tournage d'une forme de Loft Story, expédié sans ménagement, puis sa rencontre avec une invasion de Huns nettement moins brutaux qu'elle. Malheureusement, la suite devient plus répétitive et moins enthousiasmante. Le schéma reste le même : elle débarque dans une époque, constate que tout part en vrille, distribue des baffes, puis repart. L'ensemble finit par tourner en rond, surtout en lisant l'album d'une traite et ce n'est plus tellement amusant ; au plus un vague sourire ici et là. Le début de cette BD est fun et bien déjanté, mais son idée s'essouffle trop vite et manque de renouvellement. Heureusement, l'énergie de Jacquie permet tout de même de passer un assez bon moment. Note : 2,5/5
Zebraska
En 2050, après une mystérieuse Grande Bascule qui a profondément transformé le monde, Marty, ado un peu en décalage, reçoit de sa grand-mère une BD qu'elle a autoéditée spécialement pour lui. Elle y raconte l'enfance de son père, gamin à haut potentiel, ainsi que les difficultés d'une mère dépassée par cette différence. Le récit alterne entre ces deux époques : le passé, qui tient du témoignage sur ce que signifie élever un enfant HP dans notre société contemporaine, et le futur, où Marty réalise que ce père qu'il connaît mal lui ressemble beaucoup, mais a grandi dans un cadre bien moins accueillant pour la différence. Cette BD adapte le roman d'Isabelle Bary, elle-même mère d'un enfant HP. Et malgré un habillage laissant penser à un récit de science-fiction, l'histoire se concentre surtout sur la découverte du haut potentiel et sur ce que cela implique au quotidien pour l'enfant comme pour ses proches. Graphiquement, l'album entretient volontairement l'ambiguïté. La couverture et les premières planches évoquent un véritable récit d'anticipation avec ce futur proche et cette Grande Bascule en toile de fond. L'ensemble est lisible et soigné, porté par une mise en scène claire qui privilégie les personnages et les émotions plutôt que le spectaculaire. En conséquence, la dimension SF reste pour l'instant très décorative, plus suggérée qu'exploitée. Côté scénario, j'ai surtout retenu l'approche humaine et assez juste du haut potentiel. Ce n'est pas la première fois que je lis sur le sujet (Comme un oiseau dans un bocal en proposait déjà un témoignage), et, là encore, on est loin du cliché du petit génie brillant et arrogant. Le récit insiste plutôt sur la fatigue mentale, l'hypersensibilité, le sentiment de décalage permanent, ainsi que sur le désarroi des parents qui tâtonnent, oscillant entre amour, culpabilité et exaspération. Quelques pages documentaires viennent d'ailleurs conclure l'album pour expliciter encore davantage ces aspects. J'ai d'ailleurs été surpris d'y lire que jusqu'à 5% de la population française pouvait être considérée comme HP : ça me parait énorme. Le ton est sincère et doux-amer, mais le premier tome prend son temps pour poser son cadre. Une fois compris que la promesse de science-fiction restera secondaire, on constate une longue exposition, proche de l'état des lieux, sans véritable enjeu narratif immédiat. La Grande Bascule demeure floue, l'importance du contexte futuriste incertaine, et l'intrigue autour de Marty et de la BD de sa grand-mère progresse très lentement (au point que je me suis surpris à trouver qu'il mettait un temps fou à simplement la lire). Il en résulte un rythme un peu étale et un léger sentiment de surplace. Ce premier tome se lit agréablement et aborde son sujet avec tact et sincérité, mais il ressemble davantage à une mise en place qu'à une histoire pleinement lancée. Intéressant sur le fond, encore trop timide dans sa narration, j'attends le second tome pour voir si ce cadre futuriste et ce dispositif débouchent sur quelque chose de plus incarné.
Le Bossu de Montfaucon
Cette série possède deux qualités qui d’entrée m’ont attiré : un contexte historique riche (la période instable de reconstruction du royaume de France, des alliances des grandes lignées quelques décennies après la guerre de Cent ans) et un dessin fluide, agréable, reconstituant bien décor et costumes d’époque. C’est vraiment engageant, et je suis entré dans ce diptyque avec plaisir, en espérant y trouver quelque chose d’équivalent – en moins développé – que la très belle série « Le trône d’argile » sur la période tout juste précédente. Au final, je ressors en partie satisfait de ma lecture. C’est rythmé, l’arrière-plan historique est bien utilisé, avec les querelles de cour qui pimentent complots et alliances diverses. Mais, si la grande Histoire est bien utilisée, la petite m’a parfois laissé sur ma faim, avec cette histoire un peu convenue de vengeance entre les deux demi-frères, et cet amour improbable entre Quasimodo et Anne de Bretagne. Moins fort qu’attendu, ce récit n’en reste pas moins agréable à lire.
Asile !
Je mets trois étoiles, parce que cet album possède de réelles qualités, et que j’aime bien cet univers médiéval un peu paumé, avec une forteresse perchée sur son rocher qui fait penser aux châteaux cathares. Mais je suis quand même sorti un chouia sur ma faim de cette lecture. Le dessin des forteresses est très bon, détaillé, comme toutes les – rares – constructions. Mais le reste des décors est un peu évacué, pour le coup peu développé. Quant aux personnages, c’est là aussi un trait fin et précis, Houot soigne clairement son travail. Mais le rendu est un peu trop léché et statique à mon goût. Mais bon, c’est quand même fluide et agréable à l’œil. L’intrigue ne m’a pas vraiment captivé. Mauvais jeu de mot d’ailleurs, puisque nous suivons un prince ottoman – invité ou otage – dans cet endroit reculé du royaume de France. Il tombe amoureux une jeune héritière (amour partagé), mais cela s’oppose à trop d’intérêts et cette idylle va faire long feu. Pourquoi pas ? mais le rythme est trop lent, il ne se passe pas grand-chose, et j’ai fini par me désintéresser de cette partie du récit – d’ailleurs tout se finit en eau de boudin pour eux. J’ai un temps cru que ce récit aller basculer vers du médiéval fantastique, avec ces géants évoqués au début, puis repris sur la fin dans la présentation du troubadour (et cette légende du dragon ayant donné naissance aux crêtes sur lesquelles est installée la forteresse). Hélas il n’en est rien. C’est dommage, car cela aurait sans doute pu densifier et améliorer l’intrigue, que j’ai trouvé un peu trop légère et manquant de rebondissements. Pas désagréable à lire, mais loin d’être inoubliable. Note réelle 2,5/5.