Cette BD propose une galerie de psychopathes célèbres, de Jack l'Éventreur à Hitler en passant par Charles Manson ou encore le docteur Petiot, en mélangeant récit documentaire, humour noir et mises en scène décalées autour de narrateurs souvent très particuliers.
J'ai trouvé l'ensemble assez difficile à cerner, parce que l'album oscille constamment entre le documentaire criminel et la comédie noire un peu absurde. Sur le fond, il raconte globalement les faits réels connus autour de ces différents tueurs et psychopathes, avec un vrai travail de synthèse et des fiches récapitulatives qui donnent les éléments essentiels sur chaque personnage. Il y a donc un vrai aspect documentaire, parfois assez instructif, notamment sur certaines figures moins connues comme Belle Gunness, Mary Bell ou le couple West.
Mais la particularité du livre vient surtout du choix de narration. Chaque histoire est racontée à travers des personnages extérieurs souvent assez loufoques : un numérologue obsessionnel, un assureur un peu étrange, un prêtre exorciste, une psychologue de comptoir, un élu local vulgaire ou d'autres figures du quotidien qui servent de filtres au récit. Cela donne un ton très décalé, parfois caustique, avec un humour noir omniprésent mais assez variable selon les chapitres.
Le résultat change beaucoup d'une histoire à l'autre. Sur certains récits très documentés comme celui consacré à Hitler, le côté historique et documentaire domine naturellement parce qu'il y a énormément de matière à raconter. À l'inverse, sur Jack l'Éventreur où les faits restent plus flous et limités, la mise en scène autour des narrateurs prend beaucoup plus de place, avec quelque chose de plus fantaisiste et loufoque.
C'est justement ce mélange qui m'a laissé un ressenti assez mitigé. L'ensemble est volontairement bigarré, parfois presque chaotique dans le ton, et je n'ai pas toujours su comment appréhender son humour. Certaines idées fonctionnent bien, d'autres tombent un peu à plat ou deviennent inutilement vulgaires ou appuyées. Globalement, l'humour m'a peu amusé même si je comprends la logique du décalage pour éviter un traitement purement glauque ou morbide.
Côté documentaire, c'est également variable. Certaines histoires donnent vraiment envie d'en apprendre davantage sur les personnages évoqués, tandis que d'autres restent assez superficielles et résument surtout des faits déjà relativement connus du grand public. Cela donne parfois une impression de survol, comme une succession de condensés plus que de véritables plongées dans la psychologie ou l'histoire de ces criminels.
Graphiquement, en revanche, le style fonctionne plutôt bien avec ce mélange de caricature, de réalisme sale et de couleurs très appuyées qui renforcent l'ambiance malsaine et grotesque du livre. Cela colle assez bien à ce ton entre humour noir et récit macabre.
Je trouve l'approche originale et parfois intéressante dans sa manière de mélanger vulgarisation criminelle et satire grinçante, mais le résultat reste assez inégal et ne m'a pas totalement convaincu, ni sur le plan humoristique ni sur le plan réellement documentaire.
Dans le Key West des années 30, un Ernest Hemingway en panne d'inspiration, alcoolique, bagarreur et un peu perdu dans sa vie personnelle voit son quotidien bouleversé par la rencontre avec une jeune fille débrouillarde qui l'entraîne dans une aventure entre contrebande de rhum, boxe et horizons marins.
Je connais finalement assez mal Hemingway, dont je n'ai lu qu'un ou deux romans, et ce n'est pas un auteur ou une figure littéraire qui m'a particulièrement fasciné jusque-là. Pourtant, le Hemingway présenté ici fonctionne immédiatement comme personnage de BD. On est clairement dans une version romancée et un peu caricaturale du personnage, mais une caricature attachante : une sorte de gros nounours bourru, riche, alcoolisé en permanence, bagarreur, excessif, mais aussi profondément humain et généreux. Pas besoin d'être spécialiste de l'écrivain pour s'attacher à lui.
L'autre grande réussite de l'album, c'est son ambiance. Ce Key West des années 30, à moitié américain et à moitié hors du monde, avec ses bars, ses couchers de soleil, ses petits ports, ses îlots presque sauvages et cette galerie d'habitués qui semblent tous se connaître, dégage quelque chose de très confortable et envoutant. Le dessin semi-caricatural et les couleurs chaudes participent énormément au charme de l'ensemble. Il y a une vraie douceur dans les lumières, les ambiances maritimes et les scènes de fin de journée qui donnent presque envie de rester sur cette île avec eux. Je m'y suis senti bien. Toute cette petite communauté un peu paumée mais chaleureuse fonctionne très bien, tout comme le duo formé par Hemingway et Janet, la jeune fille vive et dégourdie qui vient secouer son quotidien.
Le récit en lui-même est assez simple et léger. Il ne faut pas attendre une vraie biographie ni une plongée profonde dans la psychologie d'Hemingway. L'histoire tient davantage de la fable aventureuse et feel good que du portrait littéraire. Elle manque peut-être un peu d'ampleur et d'impact émotionnel pour vraiment marquer durablement, mais elle reste constamment sympathique et agréable à suivre. Elle transforme au passage Hemingway en personnage de fiction attachant plus qu'en monument littéraire intimidant. Et si cette vision reflète même partiellement son véritable état d'esprit, ça me donnerait presque envie de lire ou relire certains de ses romans, notamment Le Vieil Homme et la Mer auquel l'album fait évidemment référence.
Je n'ai lu que le premier, La Mécanique des rêves, et j'ai bien apprécié. Je classe ça plutôt en série jeunesse, mais d'un niveau littéraire un poil exigeant, je dirais donc à partir du collège.
On est dans un monde où les jeunes vivent dans certaines castes et rangs sociaux, qui rappellent l'Inde, et vient un temps où une clé leur apparait. D'où la couverture avec une serrure trouée. C'est le moment d'accomplir leur folklore, sorte de rite initiatique. Une jeune princesse au physique de panthère décide contre l'avis familial de devenir une simple réparatrice d'horlogerie. Le dessin est bon, le message autour du passage à l'âge adulte marche bien.
Comme il a pu le faire sur d’autres séries érotiques (pour son adaptation du roman « Emmanuelle » par exemple), Crepax nous livre ici un album où l’esthétique joue un rôle central. Je dirais même que sur ce one-shot il est prépondérant. C’est presque un exercice de style, dans lequel l’auteur italien nous présente les fantasmes d’une femme autant que sa capacité à dessiner et à mettre en page (voire en scène) ces fantasmes.
Crepax est un auteur clivant, dont l’érotisme quelque peu maniéré est peut-être anachronique (impression sans doute renforcée par le papier un chouia jauni et sentant bien « l’ancien » de l’album que je possède ?), je ne sais pas. Mais ici, plus que « l’intrigue » elle-même (foutraque et secondaire), c’est le travail graphique qui m’a intéressé.
Affaire de goûts certainement. Mais, malgré un récit obscur, saccadé, suite de fantasmes (n’attendez pas une histoire linéaire classique !), j’ai bien aimé le travail de Crepax. Non seulement sur les corps (féminins, parfois androgyne). Mais aussi l’esthétique mêlant bdsm (parfois teintée d’un peu d’humour, ou de sadisme baroque, comme dans les pages 36 et 37) et géométrie froide (ce travail « géométrique » étant renforcé par celui sur la mise en pages, la répartition très travaillée et diverse des cases sur les planches).
L’aspect érotique – pourtant bien présent – en est presque secondaire.
Un album qui a peut-être vieilli (sa rencontre n’est pas forcément courante), mais que j’ai trouvé original et intéressant.
Un conte qui plaira surtout à un lectorat jeune (ou adolescent). Car l’adulte que je suis l’a trouvé un peu « léger » en matière d’intrigue, et aussi un peu trop linéaire et prévisible. Une jeune princesse rebelle et à forte personnalité finit par se marier après avoir eu la visite de tout ce que la Terre pouvait lui proposer comme prétendants. Elle choisit un beau prince rencontré par hasard. Et la belle histoire tourne au cauchemar…
Ça se laisse lire, mais ça manque de surprise et d’aspérité donc.
Le dessin est assez beau (j’ai juste été surpris par le rendu de la peau, des visages en particulier, qui donne à certains personnages des airs de poupée de porcelaine). Les couleurs sont belles aussi. L’aspect graphique est soigné.
Une intrigue classique, simple, bien dessinée. Le public visé y trouvera son compte.
L'Hegemon est le puissant stratège qui règne par la force sur un empire humain ayant assimilé par la force une autre race alien qu'il a écrasée lors d'une bataille légendaire. Mais après sa mort suspecte, qui menace de déstabiliser toute la galaxie, un scientifique est chargé d'enquêter sur ce qui pourrait bien masquer une crise politique et cosmique bien plus vaste.
C'est une BD de space opera qui m'a laissé un sentiment étrangement mitigé, d'abord parce que je suis un peu surpris de la voir sortir alors que j'avais en tête que les projets des Humanoïdes Associés étaient largement en pause ou abandonnés, ce qui donne déjà une impression un peu flottante avant même la lecture.
Sur le fond, on est clairement dans un mélange très ambitieux de space opera politique et d'enquête impériale, avec des influences assez visibles allant de Dune à Star Wars, en passant par Mass Effect ou Warhammer 40K. Le problème, c'est que tout cela donne surtout une impression de déjà-vu. L'univers est riche, mais il ne dégage pas grand-chose de vraiment neuf, comme si l'album empilait des codes connus sans parvenir à les dépasser.
Le récit lui-même est structuré en chapitres assez autonomes, ce qui accentue une sensation de fragmentation. J'ai eu des moments d'accroche, notamment quand l'aspect enquête policière autour du scientifique et de la responsable sécurité se met en place, mais cette piste est assez vite diluée puis abandonnée. À l'inverse, certaines directions plus mythologiques ou cosmologiques apparaissent brutalement, avec une avalanche de noms et de concepts, pour ensuite disparaître sans réelle conséquence. De même, l'arrivée d'éléments plus spectaculaires comme une bataille impliquant des méchas géants sortis du chapeau donne l'impression d'un récit qui change de direction en permanence, sans véritable colonne vertébrale claire.
Visuellement, j'ai aussi un ressenti partagé. Le dessin est impressionnant par endroits dans le détail des décors et du matériel SF, mais la colorisation très numérique, presque kitsch, avec un encrage parfois plaqué, donne une esthétique un peu datée, pas toujours très harmonieuse.
J'ai eu l'impression d'un projet très chargé en intentions mais encore instable dans sa construction, comme si le scénario était encore en phase de réalisation ou de collage d'idées quand l'album a commencé à être dessiné et qu'il a fallu ensuite lui donner une conclusion rapide et finalement assez plate. C'est assez déroutant et inégal. Je reste perplexe sur ce que cette BD cherche à être, mais je n'ai pas passé un mauvais moment.
Note : 2,5/5
Mon premier album de cet auteur et si je ne reviendrai par sur ce présent tome, je reste toutefois curieux de découvrir ses autres productions.
J’ai trouvé sa mise en page très fluide et agréable, à mon sens le gros point fort de l’album. On sent un certain talent pour « étirer le temps », l’observation et l’anodin. J’ai bien aimé ses cases carrées et comment il arrive à jouer avec sa narration en variant leurs tailles.
Sauf que ça n’a pas été assez pour me captiver totalement. Pour cela il aurait fallut un peu de fond à l’histoire, ingrédient que je n’ai pas retrouvé ici.
A mon goût, on est bien trop dans la chronique adolescente lambda, ça ne décolle jamais et notre protagoniste principal ne se révèle pas spécialement attachant.
Au final, je cherche à identifier ce que l’auteur souhaitait vraiment mettre en avant, le mal-être de la jeunesse, la perte de l’innocence, l’ennui … ? Il n’y a pas de fin ou de chute comme dans Dix Secondes
Bref trop quotidien pour moi, il doit y avoir une certaine poésie mais qui n’a pas su me toucher.
2,5
Les aventures de Charlie et Théo, deux enfants issus d'une famille de vétérinaires, qui se retrouvent à résoudre des enquêtes animalières improbables entre grenouilles exotiques, disparitions d'éléphants, trafic d'animaux et protection des écosystèmes.
Même si cela reste clairement une série pensée avant tout pour de jeunes lecteurs autour de 7 à 10 ans, j'ai trouvé l'ensemble plutôt sympathique et plus malin que ce que je craignais au départ. L'idée de départ assez originale : mélanger enquêtes jeunesse et univers vétérinaire apporte un petit angle différent aux habituelles BD de détectives pour enfants. Derrière les intrigues volontairement farfelues, il y a souvent un fond écologique ou animalier plutôt pertinent, autour des espèces menacées, des écosystèmes ou du trafic animal, sans que cela devienne trop pesant.
Le dessin est très simple, rond et coloré, avec un côté très "journal de Mickey" ou dessin animé jeunesse assumé, mais ça fonctionne bien dans ce registre là. Les personnages sont immédiatement identifiables, les albums se lisent facilement et le ton reste léger et dynamique.
Les scénarios reposent évidemment sur beaucoup de facilités et certaines situations sont très tirées par les cheveux, mais j'ai été surpris de voir que les enquêtes ne se laissent pas toujours deviner immédiatement. Certaines attisent même un peu la curiosité et tiennent relativement la route dans leur logique interne, même si les résolutions restent forcément très enfantines et simplifiées.
Ce n'est pas une série que j'aborderais avec les mêmes attentes qu'une BD tout public ou adulte évidemment, mais dans son créneau petite jeunesse, j'ai trouvé ça plutôt efficace et suffisamment inventif pour passer un bon moment.
Voici l'ultime œuvre de Richard Corben, et comme souvent, celle-ci reprend tous les codes du récit d'horreur. On va y retrouver une forêt inquiétante, une sordide demeure, un sinistre cimetière, des monstres horribles et une jeune femme au milieu de cet imbroglio. La touche de nouveauté sera ce champignon aux effets destructeurs. Je disais donc la dernière œuvre de Corben, il n'a pas pu la terminer complètement puisque Beth Corben Reed et José Villarrubia réaliseront la colorisation des pages 98 à 120 (on ne s'aperçoit pas du passage de témoin).
Un déroulé très classique qui ne surprendra guère les aficionados du genre. Le rythme et les rebondissements (souvent prévisibles) sont maîtrisés. Par contre, la narration est à l'ancienne avec ce petit goût désuet des années 70, ce qui pourra en rebuter certains.
Il fallait bien que notre héroïne se retrouve les seins à l'air (le pêcher mignon de Corben) ce qui déclenchera la seule touche d'humour de l'album : « heureusement je n'ai pas perdu mon pantalon ».
Pour ses dernières planches, Richard Corben nous fait étalage de son talent. Un style inimitable qui m'émerveille à chaque fois. Toujours ces visages expressifs taillés dans un rectangle et ces corps aux postures théâtrales et parfois improbables. Les couleurs made in Corben sont un ravissement. Cette fois-ci la mise en page est plus éclatée que d'ordinaire.
Le GROS point fort de ce comics.
On est loin du chef-d’œuvre, mais je conseille aux inconditionnels du Maître.
Le récit personnel de l'auteur qui revient s'installer dans ses Landes natales pour retaper une ancienne métairie et y construire, saison après saison, une vie plus proche de la terre, entre travaux agricoles, apprentissage des gestes ruraux et réflexion sur sa place dans ce monde.
C'est un album qui marque surtout par son ambiance et son dessin, que j'ai trouvé élégant et évocateur. Le trait est simple mais assuré, avec des paysages de campagne et de nature bien rendus, une vraie douceur dans les couleurs et une atmosphère globale qui colle à cette idée de retour à la terre. Visuellement, j'ai trouvé ça réussi et assez apaisant.
Sur le fond, le propos me parle beaucoup. Cette envie de revenir à une vie plus proche de la nature, de retaper une ferme, de tendre vers une forme d'autonomie et d'harmonie avec le vivant fait écho à quelque chose que je partage. L'album montre bien aussi, à travers ce quotidien de travaux, de saisons et de transmissions, à quel point ce type de projet est à la fois riche de sens mais aussi très exigeant. Il y a quelque chose d'intimidant dans ce qu'il implique concrètement, surtout quand on n'a pas déjà les bases ou un entourage qui maîtrise ces savoir-faire, comme l'auteur.
En revanche, j'ai eu plus de mal avec la forme du récit. Le texte est très présent, parfois presque trop explicatif, avec un côté journal de bord ou réflexion continue sur ce qu'il faut faire et pourquoi, qui m'a parfois donné l'impression d'un déroulé un peu didactique. A l'inverse, certains passages sont très introspectifs ou philosophiques, mais au détriment d'une narration vraiment incarnée ou fluide. Du coup, j'ai régulièrement décroché, malgré mon intérêt pour le sujet.
J'ai trouvé ça beau et sincère, avec un vrai sujet et une vraie cohérence, mais la lecture m'a paru assez laborieuse car il manque une vraie histoire plutôt qu'une forme de contemplation mi explicative mi philosophique.
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Assassins - Les Psychopathes célèbres
Cette BD propose une galerie de psychopathes célèbres, de Jack l'Éventreur à Hitler en passant par Charles Manson ou encore le docteur Petiot, en mélangeant récit documentaire, humour noir et mises en scène décalées autour de narrateurs souvent très particuliers. J'ai trouvé l'ensemble assez difficile à cerner, parce que l'album oscille constamment entre le documentaire criminel et la comédie noire un peu absurde. Sur le fond, il raconte globalement les faits réels connus autour de ces différents tueurs et psychopathes, avec un vrai travail de synthèse et des fiches récapitulatives qui donnent les éléments essentiels sur chaque personnage. Il y a donc un vrai aspect documentaire, parfois assez instructif, notamment sur certaines figures moins connues comme Belle Gunness, Mary Bell ou le couple West. Mais la particularité du livre vient surtout du choix de narration. Chaque histoire est racontée à travers des personnages extérieurs souvent assez loufoques : un numérologue obsessionnel, un assureur un peu étrange, un prêtre exorciste, une psychologue de comptoir, un élu local vulgaire ou d'autres figures du quotidien qui servent de filtres au récit. Cela donne un ton très décalé, parfois caustique, avec un humour noir omniprésent mais assez variable selon les chapitres. Le résultat change beaucoup d'une histoire à l'autre. Sur certains récits très documentés comme celui consacré à Hitler, le côté historique et documentaire domine naturellement parce qu'il y a énormément de matière à raconter. À l'inverse, sur Jack l'Éventreur où les faits restent plus flous et limités, la mise en scène autour des narrateurs prend beaucoup plus de place, avec quelque chose de plus fantaisiste et loufoque. C'est justement ce mélange qui m'a laissé un ressenti assez mitigé. L'ensemble est volontairement bigarré, parfois presque chaotique dans le ton, et je n'ai pas toujours su comment appréhender son humour. Certaines idées fonctionnent bien, d'autres tombent un peu à plat ou deviennent inutilement vulgaires ou appuyées. Globalement, l'humour m'a peu amusé même si je comprends la logique du décalage pour éviter un traitement purement glauque ou morbide. Côté documentaire, c'est également variable. Certaines histoires donnent vraiment envie d'en apprendre davantage sur les personnages évoqués, tandis que d'autres restent assez superficielles et résument surtout des faits déjà relativement connus du grand public. Cela donne parfois une impression de survol, comme une succession de condensés plus que de véritables plongées dans la psychologie ou l'histoire de ces criminels. Graphiquement, en revanche, le style fonctionne plutôt bien avec ce mélange de caricature, de réalisme sale et de couleurs très appuyées qui renforcent l'ambiance malsaine et grotesque du livre. Cela colle assez bien à ce ton entre humour noir et récit macabre. Je trouve l'approche originale et parfois intéressante dans sa manière de mélanger vulgarisation criminelle et satire grinçante, mais le résultat reste assez inégal et ne m'a pas totalement convaincu, ni sur le plan humoristique ni sur le plan réellement documentaire.
Hemingway, la jeune fille et la mer
Dans le Key West des années 30, un Ernest Hemingway en panne d'inspiration, alcoolique, bagarreur et un peu perdu dans sa vie personnelle voit son quotidien bouleversé par la rencontre avec une jeune fille débrouillarde qui l'entraîne dans une aventure entre contrebande de rhum, boxe et horizons marins. Je connais finalement assez mal Hemingway, dont je n'ai lu qu'un ou deux romans, et ce n'est pas un auteur ou une figure littéraire qui m'a particulièrement fasciné jusque-là. Pourtant, le Hemingway présenté ici fonctionne immédiatement comme personnage de BD. On est clairement dans une version romancée et un peu caricaturale du personnage, mais une caricature attachante : une sorte de gros nounours bourru, riche, alcoolisé en permanence, bagarreur, excessif, mais aussi profondément humain et généreux. Pas besoin d'être spécialiste de l'écrivain pour s'attacher à lui. L'autre grande réussite de l'album, c'est son ambiance. Ce Key West des années 30, à moitié américain et à moitié hors du monde, avec ses bars, ses couchers de soleil, ses petits ports, ses îlots presque sauvages et cette galerie d'habitués qui semblent tous se connaître, dégage quelque chose de très confortable et envoutant. Le dessin semi-caricatural et les couleurs chaudes participent énormément au charme de l'ensemble. Il y a une vraie douceur dans les lumières, les ambiances maritimes et les scènes de fin de journée qui donnent presque envie de rester sur cette île avec eux. Je m'y suis senti bien. Toute cette petite communauté un peu paumée mais chaleureuse fonctionne très bien, tout comme le duo formé par Hemingway et Janet, la jeune fille vive et dégourdie qui vient secouer son quotidien. Le récit en lui-même est assez simple et léger. Il ne faut pas attendre une vraie biographie ni une plongée profonde dans la psychologie d'Hemingway. L'histoire tient davantage de la fable aventureuse et feel good que du portrait littéraire. Elle manque peut-être un peu d'ampleur et d'impact émotionnel pour vraiment marquer durablement, mais elle reste constamment sympathique et agréable à suivre. Elle transforme au passage Hemingway en personnage de fiction attachant plus qu'en monument littéraire intimidant. Et si cette vision reflète même partiellement son véritable état d'esprit, ça me donnerait presque envie de lire ou relire certains de ses romans, notamment Le Vieil Homme et la Mer auquel l'album fait évidemment référence.
FolkLore
Je n'ai lu que le premier, La Mécanique des rêves, et j'ai bien apprécié. Je classe ça plutôt en série jeunesse, mais d'un niveau littéraire un poil exigeant, je dirais donc à partir du collège. On est dans un monde où les jeunes vivent dans certaines castes et rangs sociaux, qui rappellent l'Inde, et vient un temps où une clé leur apparait. D'où la couverture avec une serrure trouée. C'est le moment d'accomplir leur folklore, sorte de rite initiatique. Une jeune princesse au physique de panthère décide contre l'avis familial de devenir une simple réparatrice d'horlogerie. Le dessin est bon, le message autour du passage à l'âge adulte marche bien.
La lanterne magique
Comme il a pu le faire sur d’autres séries érotiques (pour son adaptation du roman « Emmanuelle » par exemple), Crepax nous livre ici un album où l’esthétique joue un rôle central. Je dirais même que sur ce one-shot il est prépondérant. C’est presque un exercice de style, dans lequel l’auteur italien nous présente les fantasmes d’une femme autant que sa capacité à dessiner et à mettre en page (voire en scène) ces fantasmes. Crepax est un auteur clivant, dont l’érotisme quelque peu maniéré est peut-être anachronique (impression sans doute renforcée par le papier un chouia jauni et sentant bien « l’ancien » de l’album que je possède ?), je ne sais pas. Mais ici, plus que « l’intrigue » elle-même (foutraque et secondaire), c’est le travail graphique qui m’a intéressé. Affaire de goûts certainement. Mais, malgré un récit obscur, saccadé, suite de fantasmes (n’attendez pas une histoire linéaire classique !), j’ai bien aimé le travail de Crepax. Non seulement sur les corps (féminins, parfois androgyne). Mais aussi l’esthétique mêlant bdsm (parfois teintée d’un peu d’humour, ou de sadisme baroque, comme dans les pages 36 et 37) et géométrie froide (ce travail « géométrique » étant renforcé par celui sur la mise en pages, la répartition très travaillée et diverse des cases sur les planches). L’aspect érotique – pourtant bien présent – en est presque secondaire. Un album qui a peut-être vieilli (sa rencontre n’est pas forcément courante), mais que j’ai trouvé original et intéressant.
Sauvage (Rosalia Radosti)
Un conte qui plaira surtout à un lectorat jeune (ou adolescent). Car l’adulte que je suis l’a trouvé un peu « léger » en matière d’intrigue, et aussi un peu trop linéaire et prévisible. Une jeune princesse rebelle et à forte personnalité finit par se marier après avoir eu la visite de tout ce que la Terre pouvait lui proposer comme prétendants. Elle choisit un beau prince rencontré par hasard. Et la belle histoire tourne au cauchemar… Ça se laisse lire, mais ça manque de surprise et d’aspérité donc. Le dessin est assez beau (j’ai juste été surpris par le rendu de la peau, des visages en particulier, qui donne à certains personnages des airs de poupée de porcelaine). Les couleurs sont belles aussi. L’aspect graphique est soigné. Une intrigue classique, simple, bien dessinée. Le public visé y trouvera son compte.
Hegemon
L'Hegemon est le puissant stratège qui règne par la force sur un empire humain ayant assimilé par la force une autre race alien qu'il a écrasée lors d'une bataille légendaire. Mais après sa mort suspecte, qui menace de déstabiliser toute la galaxie, un scientifique est chargé d'enquêter sur ce qui pourrait bien masquer une crise politique et cosmique bien plus vaste. C'est une BD de space opera qui m'a laissé un sentiment étrangement mitigé, d'abord parce que je suis un peu surpris de la voir sortir alors que j'avais en tête que les projets des Humanoïdes Associés étaient largement en pause ou abandonnés, ce qui donne déjà une impression un peu flottante avant même la lecture. Sur le fond, on est clairement dans un mélange très ambitieux de space opera politique et d'enquête impériale, avec des influences assez visibles allant de Dune à Star Wars, en passant par Mass Effect ou Warhammer 40K. Le problème, c'est que tout cela donne surtout une impression de déjà-vu. L'univers est riche, mais il ne dégage pas grand-chose de vraiment neuf, comme si l'album empilait des codes connus sans parvenir à les dépasser. Le récit lui-même est structuré en chapitres assez autonomes, ce qui accentue une sensation de fragmentation. J'ai eu des moments d'accroche, notamment quand l'aspect enquête policière autour du scientifique et de la responsable sécurité se met en place, mais cette piste est assez vite diluée puis abandonnée. À l'inverse, certaines directions plus mythologiques ou cosmologiques apparaissent brutalement, avec une avalanche de noms et de concepts, pour ensuite disparaître sans réelle conséquence. De même, l'arrivée d'éléments plus spectaculaires comme une bataille impliquant des méchas géants sortis du chapeau donne l'impression d'un récit qui change de direction en permanence, sans véritable colonne vertébrale claire. Visuellement, j'ai aussi un ressenti partagé. Le dessin est impressionnant par endroits dans le détail des décors et du matériel SF, mais la colorisation très numérique, presque kitsch, avec un encrage parfois plaqué, donne une esthétique un peu datée, pas toujours très harmonieuse. J'ai eu l'impression d'un projet très chargé en intentions mais encore instable dans sa construction, comme si le scénario était encore en phase de réalisation ou de collage d'idées quand l'album a commencé à être dessiné et qu'il a fallu ensuite lui donner une conclusion rapide et finalement assez plate. C'est assez déroutant et inégal. Je reste perplexe sur ce que cette BD cherche à être, mais je n'ai pas passé un mauvais moment. Note : 2,5/5
Hors scène
Mon premier album de cet auteur et si je ne reviendrai par sur ce présent tome, je reste toutefois curieux de découvrir ses autres productions. J’ai trouvé sa mise en page très fluide et agréable, à mon sens le gros point fort de l’album. On sent un certain talent pour « étirer le temps », l’observation et l’anodin. J’ai bien aimé ses cases carrées et comment il arrive à jouer avec sa narration en variant leurs tailles. Sauf que ça n’a pas été assez pour me captiver totalement. Pour cela il aurait fallut un peu de fond à l’histoire, ingrédient que je n’ai pas retrouvé ici. A mon goût, on est bien trop dans la chronique adolescente lambda, ça ne décolle jamais et notre protagoniste principal ne se révèle pas spécialement attachant. Au final, je cherche à identifier ce que l’auteur souhaitait vraiment mettre en avant, le mal-être de la jeunesse, la perte de l’innocence, l’ennui … ? Il n’y a pas de fin ou de chute comme dans Dix Secondes Bref trop quotidien pour moi, il doit y avoir une certaine poésie mais qui n’a pas su me toucher. 2,5
Les P'tits Vétos dingos
Les aventures de Charlie et Théo, deux enfants issus d'une famille de vétérinaires, qui se retrouvent à résoudre des enquêtes animalières improbables entre grenouilles exotiques, disparitions d'éléphants, trafic d'animaux et protection des écosystèmes. Même si cela reste clairement une série pensée avant tout pour de jeunes lecteurs autour de 7 à 10 ans, j'ai trouvé l'ensemble plutôt sympathique et plus malin que ce que je craignais au départ. L'idée de départ assez originale : mélanger enquêtes jeunesse et univers vétérinaire apporte un petit angle différent aux habituelles BD de détectives pour enfants. Derrière les intrigues volontairement farfelues, il y a souvent un fond écologique ou animalier plutôt pertinent, autour des espèces menacées, des écosystèmes ou du trafic animal, sans que cela devienne trop pesant. Le dessin est très simple, rond et coloré, avec un côté très "journal de Mickey" ou dessin animé jeunesse assumé, mais ça fonctionne bien dans ce registre là. Les personnages sont immédiatement identifiables, les albums se lisent facilement et le ton reste léger et dynamique. Les scénarios reposent évidemment sur beaucoup de facilités et certaines situations sont très tirées par les cheveux, mais j'ai été surpris de voir que les enquêtes ne se laissent pas toujours deviner immédiatement. Certaines attisent même un peu la curiosité et tiennent relativement la route dans leur logique interne, même si les résolutions restent forcément très enfantines et simplifiées. Ce n'est pas une série que j'aborderais avec les mêmes attentes qu'une BD tout public ou adulte évidemment, mais dans son créneau petite jeunesse, j'ai trouvé ça plutôt efficace et suffisamment inventif pour passer un bon moment.
Dimwood
Voici l'ultime œuvre de Richard Corben, et comme souvent, celle-ci reprend tous les codes du récit d'horreur. On va y retrouver une forêt inquiétante, une sordide demeure, un sinistre cimetière, des monstres horribles et une jeune femme au milieu de cet imbroglio. La touche de nouveauté sera ce champignon aux effets destructeurs. Je disais donc la dernière œuvre de Corben, il n'a pas pu la terminer complètement puisque Beth Corben Reed et José Villarrubia réaliseront la colorisation des pages 98 à 120 (on ne s'aperçoit pas du passage de témoin). Un déroulé très classique qui ne surprendra guère les aficionados du genre. Le rythme et les rebondissements (souvent prévisibles) sont maîtrisés. Par contre, la narration est à l'ancienne avec ce petit goût désuet des années 70, ce qui pourra en rebuter certains. Il fallait bien que notre héroïne se retrouve les seins à l'air (le pêcher mignon de Corben) ce qui déclenchera la seule touche d'humour de l'album : « heureusement je n'ai pas perdu mon pantalon ». Pour ses dernières planches, Richard Corben nous fait étalage de son talent. Un style inimitable qui m'émerveille à chaque fois. Toujours ces visages expressifs taillés dans un rectangle et ces corps aux postures théâtrales et parfois improbables. Les couleurs made in Corben sont un ravissement. Cette fois-ci la mise en page est plus éclatée que d'ordinaire. Le GROS point fort de ce comics. On est loin du chef-d’œuvre, mais je conseille aux inconditionnels du Maître.
J'ai toujours rêvé d'être un fermier
Le récit personnel de l'auteur qui revient s'installer dans ses Landes natales pour retaper une ancienne métairie et y construire, saison après saison, une vie plus proche de la terre, entre travaux agricoles, apprentissage des gestes ruraux et réflexion sur sa place dans ce monde. C'est un album qui marque surtout par son ambiance et son dessin, que j'ai trouvé élégant et évocateur. Le trait est simple mais assuré, avec des paysages de campagne et de nature bien rendus, une vraie douceur dans les couleurs et une atmosphère globale qui colle à cette idée de retour à la terre. Visuellement, j'ai trouvé ça réussi et assez apaisant. Sur le fond, le propos me parle beaucoup. Cette envie de revenir à une vie plus proche de la nature, de retaper une ferme, de tendre vers une forme d'autonomie et d'harmonie avec le vivant fait écho à quelque chose que je partage. L'album montre bien aussi, à travers ce quotidien de travaux, de saisons et de transmissions, à quel point ce type de projet est à la fois riche de sens mais aussi très exigeant. Il y a quelque chose d'intimidant dans ce qu'il implique concrètement, surtout quand on n'a pas déjà les bases ou un entourage qui maîtrise ces savoir-faire, comme l'auteur. En revanche, j'ai eu plus de mal avec la forme du récit. Le texte est très présent, parfois presque trop explicatif, avec un côté journal de bord ou réflexion continue sur ce qu'il faut faire et pourquoi, qui m'a parfois donné l'impression d'un déroulé un peu didactique. A l'inverse, certains passages sont très introspectifs ou philosophiques, mais au détriment d'une narration vraiment incarnée ou fluide. Du coup, j'ai régulièrement décroché, malgré mon intérêt pour le sujet. J'ai trouvé ça beau et sincère, avec un vrai sujet et une vraie cohérence, mais la lecture m'a paru assez laborieuse car il manque une vraie histoire plutôt qu'une forme de contemplation mi explicative mi philosophique.