Siasha, puissante sorcière traquée, et Zig, mercenaire vétéran initialement chargé de la tuer, s'associent et fuient ensemble vers un continent inconnu. Ils découvrent un monde neuf où la magie n'est pas interdite et où les humains sont tous alliés contre la menace de dangereuses créatures. Pour s'intégrer à cette société, Siasha devient aventurière chargée de chasser ces créatures, tandis que Zig continue à la protéger.
Adaptation d'un light novel, ce manga nous plonge dans un univers mêlant la Dark Fantasy et le JRPG, avec ses guildes d'aventuriers. Il se base sur un duo improbable et relativement attachant, formé d'une jolie sorcière bicentenaire et ultra-puissante mais se comportant régulièrement comme une mignonne adolescente, et d'un puissant guerrier sérieux et capable de gérer toutes les situations. Le beau ténébreux et la jolie sorcière : même si pour le moment aucune romance ne s'installe entre eux, on l'imagine venir assez vite.
Le dessin est plutôt classique, dynamique et plaisant, parfaitement adapté à l’univers médiéval-fantastique, même s'il ne surprend pas vraiment. La mise en scène n'est pas parfaite car certaines scènes d'action ne sont pas aisées à comprendre, et la transition entre les chapitres est parfois abrupte.
Le scénario installe un monde et des thèmes intéressants : rédemption, quête d’identité, discrimination. La relation entre Siasha et Zig est ce qui fait la force du récit même si certaines interactions m’ont paru un peu trop artificielles : les personnages semblent parfois agir pour servir le récit plutôt que de réagir naturellement. Le rythme narratif prend également son temps, sans véritable fil directeur autre que la découverte de ce nouveau monde et la progression de l'insertion de nos héros dans celui-ci.
Pour ce qui est du début de ce manga, tout est encore possible : on suit les héros avec plaisir, mais sans encore trop savoir où ça va nous mener et si une intrigue plus accrocheuse va se mettre en place. Malgré quelques petites maladresses, j'ai bien envie de voir comment leur relation et l'univers vont évoluer dans la suite.
La Grande Aventure de la Famille Criminy raconte les tribulations de Bradley Criminy, sa femme et leurs enfants, contraints de fuir leur île paisible après une attaque de pirates. Leur périple les entraîne dans des lieux bizarres et dangereux, peuplés de monstres, d'esclavagistes, de sociétés absurdes et de situations rocambolesques.
Le dessin adopte un style cartoon très inspiré des comics des années 30, en particulier Disney. Les héros évoquent inévitablement une version modifiée de la famille de Mickey avec des oreilles de Dingo. Toute la mise en scène rend hommage à ces récits anciens, que ce soit dans la narration en longues aventures découpées en chapitres ou à travers des clins d'œil, comme l'apparition d'un cousin de Popeye. C'est un style dynamique où décors, personnages et couleurs donnent vie à chaque étape du voyage et renforcent le côté joyeux et décalé de l'histoire. L'album séduit ainsi par sa belle facture, son énergie et son univers inventif.
Côté scénario, l'album fonctionne sur plusieurs niveaux.
Si le style cartoon a souvent servi des récits subversifs ces dernières années, ici l'intrigue reste très premier degré. La famille Criminy enchaîne les péripéties, passant de lieux absurdes en dangers ou captivité, jusqu'à s'en sortir et rejoindre le lieu suivant, pour finir sur une conclusion heureuse. Cette lecture reste basique, avec des résolutions ou retournements de situation peu crédibles, qui privilégient le spectaculaire au détriment de la logique interne. La structure en odyssée, succession d'escales et de rencontres, paraît décousue, et le ton parfois trop conventionnel crée une distance pour le lecteur en quête de nuance.
Pour autant, derrière ce ton léger, le récit semble proposer aussi une réflexion discrète sur la famille, le foyer et les différents systèmes de société rencontrés par les Criminy. On peut y voir une métaphore, certes un peu simpliste, de la situation des migrants fuyant leur pays et des dangers ou exploitations auxquels ils peuvent être confrontés. Ce fond reste toutefois secondaire et se perd souvent au profit d'une histoire très directe.
Mon avis est donc mitigé. J'ai apprécié la beauté de l'album et son hommage aux comics et à l'animation des années 30, mais le scénario m'a un peu ennuyé malgré son exubérance. J'espérais quelque chose de plus nuancé et mieux structuré.
Note : 2,5/5
J’allais écrire la même chose que gruizzli. En effet, c’est une série feel good pleine de bons sentiments à la Zidrou.
Ça se laisse lire, c’est plein d’optimisme, et les gentils triomphent aux dépens des méchants – qui sont punis par une justice à la fois immanente et humaine. Mais bon, c’est quand même parfois un peu trop sucré, il manque de la noirceur, y compris pour faire ressortir – en la crédibilisant davantage – cette gentillesse revendiquée d’un bout à l’autre du récit.
Autre écueil : les facilités scénaristiques, les coïncidences, les rencontres miraculeuses, qui elles aussi mettent trop d’huile dans les rouages, qu’on aurait aimer entendre grincer, couiner. Et là tout se déroule trop facilement. La constitution improbable du casting, les histoires croisées de Constance, d’Anatole et de Veronika Forsans, le tournage clandestin, le commissaire si conciliant, ça fait quand même quelques couleuvres à avaler… Et du coup jamais on ne s’inquiète pour les personnages, même lorsqu'ils semblent prendre des risques.
Mais bon, ça reste quand même lisible, sympathique, et des lecteurs moins pinailleurs que moi y trouveront leur compte. Mais cette lecture d’emprunt m’a laissé sur ma faim.
Note réelle 2,5/5
La BD met six jeunes filles sur le devant de la scène, des jeunes filles dont je découvre - sauf Greta Thunberg - la force de caractère pour faire bouger - un peu - les choses. Il n'y a pas d'âges pour changer le monde, pour le rendre meilleur à défaut de le guerrir. Car évidemment, c'est comme écoper un navire à la dérive qui prend l'eau de partout avec une petite cuillère...
Six portraits très bien documentés de jeunes filles inspirantes, je suis admiratif devant tant de détermination et de foi pour faire aboutir leurs différents projets. Je vous tire mon chapeau pour apporter un peu d'espoir dans ce monde qui marche souvent sur la tête.
Mais si l'intention est louable, je ne suis pas charmé par une narration que je trouve monotone et neutre, peut-être trop détachée... Toujours est-il, je n'ai pas perçu ce vent de révolte qui m'aurait donné envie de me battre à leur côté. Ou peut-être suis-je déjà résigné...
Pour la partie graphique, un dessinateur différent par portrait, ça reste très classique pour du documentaire. Ça fait le job et dans l'ensemble, c'est dans la moyenne haute.
Du bon boulot.
Malgré ma note de 3 étoiles, "Nées Rebelles - Jeunes filles au poing levé" est une BD à lire et à faire lire.
Point fort de la série : le dessin, stylé. Comment le dire autrement ? On sent l'aisance, on voit la force, et les couleurs ne sont pas mauvaises, ce qui fait que j'ai recopié quelques dessins et ai vite jeté le résultat. Bref et j'aime la plastique et le visage des personnages. Et j'apprécie l'idée de base et les créatures foisonnantes…. Mais tout cela m'a assez vite lassé sans que je puisse pointer une baisse de niveau. On dira que l'œuvre et moi nous sommes séparées par consentement mutuel et que j'en attendais sans doute trop !
A noter qu'avec le covid et la réussite semble-t-il aussi massive que partie pour durer de La guerre des étoiles avec ses nombreuses œuvres dérivées, il se pourrait qu'une réédition trouve son public. Il y a aussi notre espèce en danger… Bref, des éditeurs sachant éditer pourraient attirer l'attention sur tous ses points en plus du côté vintage.
Autre chose, je trouve assez bien vu que le héros cherche, aime une femme qui ne l'aime pas, quoi de plus commun qu'un amour non partagé, qu'une mission prise au sérieux par l'un et moins par l'autre ? Je comprends qu'on se fasse plaisir avec des héros romantiques que la société embête ou encore Luke et Leia qui qui ne savent pas qu'ils sont frère et sœur, mais enfin, pourquoi pas un désaccord des cœurs entre héros principaux d'une série de science fiction ? Ce n'est pas parce qu''on explore la science qu'on doit se montrer répétitif pour ce qui est des sentiments.
Sinon, la série serait verbeuse ? Moi, je trouve que c'est si le héros en décalage dans une autre époque et sans la femme avec qui il se pense un destin ne s'interrogeait pas que ce serait bizarre, et d'autant qu'il s'agit d'un scientifique, dont la formation et l'activité poussent aux interrogations. Nickoop le fait bien chez Bilal sans un tel bagage, mais pourquoi pas, intelligence, culture et sensibilité ne sont pas l'apanage des chercheurs !
Je comprends que certains puissent néanmoins trouver cela pesant, car de nos jours, on s'attache beaucoup au côté dramatique, que les questionnements peuvent sembler par trop diluer. Cependant, l'action peut être aussi répétitive que les soliloques. Qu'il est difficile de ne pas s'ennuyer, ou créateur, de ne pas lasser son public !
Le dessin n'est pas d'une nullité absolue mais c'est l'histoire qui porte la lecture. Découvrons les aventures d'une lesbienne flamboyante à une époque où une telle audace détonnait. Bien sûr, c'était plus facile en héritière fortunée que dans une situation moins avantageuse mais attendez… Elle avait déjà deux handicaps sociaux : femme et homosexuelle, désolé, mais plus les obstacles s'accumulent, moins il y a de probabilités qu'on les surmonte. Ce qui fait que les riches ont l'utilité sociale éventuelle de pouvoir être en avance sur les mœurs et de faire de l'art ou du mécénat voire les deux comme Caillebotte qu'on redécouvre de nos jours.
Bref, avec notre héroïne, on n'est donc pas dans le misérabilisme, mais dans l'aventure réjouissante, par moment, j'avais l'impression d'être dans un film de cap et d'épée. D'accord, je ne me souviens pas de duel, mais il y a la passion des navires et la gouvernance fantasque mais somme tout assez efficace et humaniste d'une île. A présent, après sa mort, notre héroïne a l'utilité sociale de montrer que l'émancipation féminine et homosexuelle remonte plus loin qu'on peut le penser et donc conforter les personnes défendant leur droit, puisque tout le monde se cherche des précurseurs. J'imagine qu'une célébrité élogieuse et utile ne lui déplairait pas, mais franchement, le dessin aurait pu et dû être mieux.
Une lecture sympathique, mais qui au final m’a laissé un peu sur ma faim.
Disons que les deux auteurs font le boulot, ne trahissent pas l’univers originel et usent plutôt bien des personnages (même si Spirou - et à un degré moindre le Marsupilami - sont ici en retrait).
En fait le début est même très dynamique et amusant, avec un Fantasio au meilleur de sa forme, titillé par une Seccotine espiègle, la rencontre des deux proposant quelques saillies et gags réussis.
Hélas, si Trondheim réussit quand même à bâtir une aventure qui se laisse lire, le rythme baisse singulièrement par la suite, c’est à la fois plus mou et plus creux, on s’enlise dans le désert (il est vrai que le quasi huis-clos au milieu du désert n’aide pas à renouveler l’intrigue).
Il n’y a pas de vrais méchants. Rodrigo et Sofia paraissent trop artificiels dans leurs réactions – et leur attitude change parfois du tout au tout sans nuance. Et du coup, alors que l’antagonisme entre Fantasio et Seccotine tourne en rond, le lecteur peine à trouver de quoi s’accrocher.
Restent quelques idées amusantes de Trondheim, mais là aussi, c’est moins fluide que le style Franquin, plus saccadé et inégal.
Les dix dernières pages sont clairement moins captivantes, jusqu’à la chute finale, amusante mais que l’on a vu venir de loin.
Pas déshonorant, mais un album qui n’a pas tenu les promesses entrevues au départ.
J'aime vraiment le dessin du monde imaginaire… Alors oui, avoir deux styles de dessins était une riche idée à l'époque, sauf que le dessin de notre monde est vraiment trop plat. Seule la moitié de la bande dessinée mérite d'être regardée, en fait. Et puis, d'autres l'ont vu, il y a déperdition de l'originalité. Est-ce une fatalité parce que le fantastique serait ainsi ? Non, il ne se réduit pas à la nouvelle. Ou bien la bd serait-elle indigne de cet équilibre subtil entre réalité et imaginaire ? Non, tous les arts sont légitimes ! Et la bd a des lettres de noblesses longues comme le bras. La série est bonne, mais méritait-elle vraiment un prix ? J'en doute. Les historiens le diront sans doute un jour. Si on veut du fantastique qui tient la route on a Mort Cinder où il domine, et Corto Maltese, où il surgit et où il s'en va, comme un chat se jette sur vous quand il lui plait, puis rêve sur le canapé, ou chasse, sous la lune.
Arriver à rendre les squelettes expressifs, ce n'est pas rien, rendre l'ennui intéressant, aussi. Typique de la bd qu'on est heureux de trouver quand les autres sont trop formatées, mais qu'on préférerait plus… vivante. Je l'ai lu il y a longtemps et le souvenir n'est pas des plus distinct, mais on espère que les morts iront mieux et surtout découvrir leur monde. On est heureux des pauvres plaisirs qu'ils arrivent à trouver encore comme boire du café, je crois, en fait j'ai lu cette bd il y a longtemps, mais ma mémoire qui oublie bien des choses classe ainsi, à relire, ou non, et là, elle me souffle qu'il faudrait relire tout ça. Je me rappelle que malgré l'ennui qu'on ressent comme toujours de celui des protagonistes, il n'y a pas de… temps mort, dans cette bd, pas de baisse de régime. Mais absurde ou pas, que ce régime est lent !
Note réelle 3,5, entre pas mal et franchement bien, traduit en mot, je dirais bien.
Le sommeil vint. Et avec le sommeil l’illumination…
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Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre… mais pas de la démarche ésotérique du scénariste. Son édition originale date de 1993. Il a été réalisé par Alejandro Jodorowsky pour le scénario, et par Jean-Jacques Chaubin pour les dessins et les couleurs. Il comporte quarante-six pages de bande dessinée. Il a bénéficié d’une introduction de deux pages, écrite par le scénariste en août 1992, à Vincennes. Il explique les circonstances dans lesquelles il a rencontré le dessinateur qui lui a déclaré qu’il était prêt à lui donner son âme pour une histoire. Fatigué d’écrire des histoires pour son soixantième anniversaire, l’auteur s’est dit : On dessine généralement une aventure, pourquoi ne pas publier pour une fois l’aventure du dessin ? Il décide alors de donner cinq thèmes au dessinateur, autant d’exercice que l’artiste devait garder à l’esprit en permanence, jusqu’au rêve qui lui donnerait la solution.
Un jeune homme est étendu nu sur les draps du lit, assis sur son séant, les jambes repliées vers lui. De gros insectes parcourent son corps. Il se souvient que son ami lui avait prêté sa chambre, et lui avait demandé de prendre soin de ses insectes tropicaux. Ceux-ci aimaient dormir dans le lit avec lui. Le jeune homme aimait bien ça. Ils étaient si beaux et si gentils. Surtout les gros brillants aux longues mandibules. Il faisait très attention à ne pas leur faire mal. Au fil des nuits leur présence se faisait de plus en plus insistante et pour dormir. Il essayait de les sortir du lit. Mais il s’aperçut bien vite qu’ils aimaient la chaleur de son corps et surtout le creux de ses cuisses. Une nuit il fut tiré du sommeil par un plaisir interdit. Il les sentit agrippés à ses fesses, titillant son anus avec insistance. Il supposait que l’odeur les avait attirés et il serra l’anus en pensant qu’ils pourraient s’y introduire. Et comme à chaque fois qu’il les repoussait ils revenaient au galop, il finit par se lever. Il remarquait dans la chambre quelques vivariums abandonnés. Lorsqu’il ouvrit le plus gros, une puanteur lui monta aux narines, sur la mousse humide pourrissaient du soja et un serpent mort. Malgré l’envie, il ne put se résoudre à les mettre là-dedans.
Les chiens. Un jeune garçon est dominé par la silhouette de trois adultes lui disant qu’il ne peut pas venir avec eux, car il n’y a plus de place dans l’avion, il viendra au prochain voyage. L’enfant se met à pleurer car il ne veut pas rester seul. Lorsqu’il rouvre les yeux après se les être frottés, il est devenu un adulte, au sommet d’un bloc béton de deux mètres et des chiens accourent vers lui. Il sent sa mâchoire se transformer jusqu’à ce que d’immenses crocs lui poussent. Les chiens commencent à bondir sur le bloc et il s’apprête à les déchiqueter. Puis finalement il s’oblige à fermer sa propre bouche avec un geste de la main. Les chiens sautent sur lui. - Révélation. Dans une pièce avec une grande baie vitrée, un homme parle avec son jeune fils, tous les deux assis sur une chaise. Un autre attend son tour. Enfin, c’est à lui et l’homme lui parle du Yin et du Yang, lui tient des propos qui ont trait à la divination.
Le lecteur peut se retrouver un peu déconcerté après avoir terminé cet album : pas très sûr de ce qu’il a lu. Une sorte de suite de sketchs, le premier une forme de sexualité déviante avec des insectes (exotiques, qui plus est) en quatre pages, le second une forme de rite de passage à l’adulte avec le choix de la défiance et de l’agressivité ou de la bienveillance en quatre pages, le troisième une révélation restant tue en trois pages, le quatrième entre religion et perte d’identité, le cinquième une confrontation avec la mort en cinq pages, puis une étrange promenade onirique dans quatre monuments emblématiques de Paris en dix pages, et enfin un voyage dans l’océan, l’antichambre de la mort, un village dans des collines vertes, un vol dans l’espace en treize pages. Pas facile de savoir quoi retirer de ces séquences, si ce n’est que le voyage semble plus important que la destination. La narration visuelle s’avère plutôt agréable, avec une évolution des techniques entre le début et la fin, partant de formes détourées par un trait de contour qui rehausse également les reliefs, également accentués par une technique de couleur directe. Au fur et à mesure, les dessins gagnent en substance, et en précision. Les arrière-plans passent de camaïeux travaillés à des décors en trois dimensions consistants, versant régulièrement dans l’expressionnisme pour renforcer l’évolution de l’état psychique des personnages.
Sous réserve qu’il ait lu l’introduction, le lecteur peut retirer plus de ces lectures que le premier degré des histoires, et la sensibilité psychologique ou mystique. Le scénariste explique que la réalisation de cet album est une expérience qui a duré trois ans. Ayant été sollicité par le dessinateur, il raconte que : Chaque page de cet album a été rêvée. Premier exercice : Rentre chez toi et souviens-toi du premier rêve sexuel que tu feras. C’est l’histoire des insectes. Second exercice : Dessine une angoisse qui mette en jeu tes émotions. C’est celle des Chiens. Troisième exercice : Traiter un sujet intellectuel sans énoncer aucune idée. C’est le livre du Yin et du Yang. Quatrième exercice : Dessine un cauchemar purement digestif. C’est le rêve des Monstres et du Chocolat. Avec lui s’est achevé le premier stade de l’expérience. Jean-Jacques avait donné corps à ses fantasmes sexuels, émotionnels, physiologiques et intellectuels. Le moment était venu de faire le point sur la liberté qu’il avait acquise. Je lui dis donc qu’il n’y aurait pas de cinquième thème. Il pouvait dessiner ce qu’il voulait. Chaubin confronté à l’angoisse de l’homme libre ! De cette angoisse est née la lentille qu’il met dans son œil, le cinquième rêve de l’album. […] Extrait de l’introduction d’Alejandro Jodorowsky.
Ainsi à l’occasion de son anniversaire pour ses soixante ans en 1989, l’auteur décide d’accéder à la demande pressante d’un jeune artiste, tout en la transformant en une expérience d’écriture pour lui, une expérience de création pour les deux, et une expérience de vie pour l’artiste. Le lecteur peut alors envisager cet album comme l’aventure du dessin, ou plutôt l’aventure de leur collaboration, c’est-à-dire entre un mentor et un novice, ou au moins un homme plus jeune et moins expérimenté. Sous cet angle, la première histoire devient une métaphore de leur relation. Sans grande surprise, Jodorowsky motive l’apprenti avec une histoire sexuelle, et celui-ci répond en se montrant provocateur, avec ces insectes, ce plaisir physique entre déviance et marginalité, en tout cas transgressif. Il se montre explicite avec cette image mémorable des insectes cherchant à s’introduire dans le corps de l’homme par son anus, il se montre également sans fard en représentant la nudité masculine sans hypocrisie. Pour clore ce rêve, un mystérieux personnage intervient, s’occupe des insectes, sans se montrer le moins du monde gêné par la nudité de son hôte. Le jeune artiste s’est mis à nu devant le sage expérimenté et a tout fait pour l’épater avec une situation provocatrice et honnête.
En gardant à l’esprit que chaque séquence a été réalisée l’une après l’autre, avec plusieurs mois s’écoulant entre, le lecteur se dit qu’il peut les envisager comme une progression dans le développement de la relation créatrice unissant les deux auteurs. La deuxième histoire semble plus accessible : une angoisse qui mette en jeu les émotions, l’enfant se retrouvant dans une position où il est seul sans la tutelle de ses parents, envahi par le sentiment d’inquiétude et même de terreur face au monde inconnu qu’il perçoit comme étant hostile, et réagissant pour s’y adapter afin d’y faire face. La narration visuelle raconte à elle seule l’histoire dépourvue de parole, avec seulement quelques grondements. Un beau conte sur le choix donné à l’individu quant à son attitude face aux autres. La troisième histoire a dû donner du fil à retordre à l’artiste avec un point de départ paradoxal : une histoire intellectuelle sans énoncer aucune idée (pas loin du sadisme comme exigence), l’artiste s’en tire admirablement bien, avec des images centrées sur le personnage, soulignant que tout est perçu à partir de lui, de manière égocentrée. L’artiste continue de progresser avec l’histoire suivante, alors que l’idée du scénariste apparaît plus nébuleuse, et sa concrétisation plus cryptique. Enfin, le dessinateur raconte sa découverte de sa mortalité, dans une histoire métaphorique, véhiculant une ou deux images religieuses, s’achevant par une chute permettant d’inscrire le récit dans un mouvement cyclique, une très belle maîtrise des volumes, des effets de perspective et d’un visage démoniaque.
Les deux histoires finales apparaissent plus ambitieuses en termes de pagination, et d’approche conceptuelle. Le lecteur apprécie le voyage onirique qui l’emmène depuis l’Hôtel-Dieu au ministère des Finances à Paris, en passant par le Panthéon et les Catacombes. Il ne s’attendait pas à croiser Batman avec ses oreilles pointues et sa cape gothique, ou à assister à un don de sperme dans le détail. Il retrouve l’inclination du scénariste pour l’alchimie (l’or sous le mercure) et pour le tarot (une séance avec les cartes de la Tempérance, du Diable, du Vit, et d’autres encore plus explicitement sexuelles, pas présentes dans tous les tarots), avec des dessins jouant à glisser du réalisme vers l’abstraction géométrique pour une balade étrange. La dernière histoire prend la forme d’un voyage, une élévation spirituelle classique dans ses étapes, parsemée de références alchimiques et ésotériques avec une touche de science-fiction, et de nécessité pour l’individu d’embrasser son côté obscur afin de pouvoir grandir, du pur Jodorowsky.
Le lecteur découvre au fil de huit séquences en quoi la vérité se trouve au fond des rêves. Il voit sous ses yeux, l’artiste grandir en termes de techniques et de qualité narrative, ce qui correspond à l’ambition du scénariste de mettre en scène l’aventure du dessin, plutôt que de lui faire dessiner des aventures. Il retrouve certains thèmes favoris du scénariste comme la spiritualité et la sexualité, ainsi que la transgression pour pouvoir progresser mentalement. Une lecture déroutante, plus intelligible à la lumière de la nature de l’intention du scénariste, plus facile d’accès au lecteur familier du scénariste, exotique et étrange, avec des visuels empruntant à une imagerie entre le fantastique et la science-fiction. Pour les complétistes de l’œuvre de Jodorowsky.
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Witch and Mercenary
Siasha, puissante sorcière traquée, et Zig, mercenaire vétéran initialement chargé de la tuer, s'associent et fuient ensemble vers un continent inconnu. Ils découvrent un monde neuf où la magie n'est pas interdite et où les humains sont tous alliés contre la menace de dangereuses créatures. Pour s'intégrer à cette société, Siasha devient aventurière chargée de chasser ces créatures, tandis que Zig continue à la protéger. Adaptation d'un light novel, ce manga nous plonge dans un univers mêlant la Dark Fantasy et le JRPG, avec ses guildes d'aventuriers. Il se base sur un duo improbable et relativement attachant, formé d'une jolie sorcière bicentenaire et ultra-puissante mais se comportant régulièrement comme une mignonne adolescente, et d'un puissant guerrier sérieux et capable de gérer toutes les situations. Le beau ténébreux et la jolie sorcière : même si pour le moment aucune romance ne s'installe entre eux, on l'imagine venir assez vite. Le dessin est plutôt classique, dynamique et plaisant, parfaitement adapté à l’univers médiéval-fantastique, même s'il ne surprend pas vraiment. La mise en scène n'est pas parfaite car certaines scènes d'action ne sont pas aisées à comprendre, et la transition entre les chapitres est parfois abrupte. Le scénario installe un monde et des thèmes intéressants : rédemption, quête d’identité, discrimination. La relation entre Siasha et Zig est ce qui fait la force du récit même si certaines interactions m’ont paru un peu trop artificielles : les personnages semblent parfois agir pour servir le récit plutôt que de réagir naturellement. Le rythme narratif prend également son temps, sans véritable fil directeur autre que la découverte de ce nouveau monde et la progression de l'insertion de nos héros dans celui-ci. Pour ce qui est du début de ce manga, tout est encore possible : on suit les héros avec plaisir, mais sans encore trop savoir où ça va nous mener et si une intrigue plus accrocheuse va se mettre en place. Malgré quelques petites maladresses, j'ai bien envie de voir comment leur relation et l'univers vont évoluer dans la suite.
La Grande Aventure de la famille Criminy
La Grande Aventure de la Famille Criminy raconte les tribulations de Bradley Criminy, sa femme et leurs enfants, contraints de fuir leur île paisible après une attaque de pirates. Leur périple les entraîne dans des lieux bizarres et dangereux, peuplés de monstres, d'esclavagistes, de sociétés absurdes et de situations rocambolesques. Le dessin adopte un style cartoon très inspiré des comics des années 30, en particulier Disney. Les héros évoquent inévitablement une version modifiée de la famille de Mickey avec des oreilles de Dingo. Toute la mise en scène rend hommage à ces récits anciens, que ce soit dans la narration en longues aventures découpées en chapitres ou à travers des clins d'œil, comme l'apparition d'un cousin de Popeye. C'est un style dynamique où décors, personnages et couleurs donnent vie à chaque étape du voyage et renforcent le côté joyeux et décalé de l'histoire. L'album séduit ainsi par sa belle facture, son énergie et son univers inventif. Côté scénario, l'album fonctionne sur plusieurs niveaux. Si le style cartoon a souvent servi des récits subversifs ces dernières années, ici l'intrigue reste très premier degré. La famille Criminy enchaîne les péripéties, passant de lieux absurdes en dangers ou captivité, jusqu'à s'en sortir et rejoindre le lieu suivant, pour finir sur une conclusion heureuse. Cette lecture reste basique, avec des résolutions ou retournements de situation peu crédibles, qui privilégient le spectaculaire au détriment de la logique interne. La structure en odyssée, succession d'escales et de rencontres, paraît décousue, et le ton parfois trop conventionnel crée une distance pour le lecteur en quête de nuance. Pour autant, derrière ce ton léger, le récit semble proposer aussi une réflexion discrète sur la famille, le foyer et les différents systèmes de société rencontrés par les Criminy. On peut y voir une métaphore, certes un peu simpliste, de la situation des migrants fuyant leur pays et des dangers ou exploitations auxquels ils peuvent être confrontés. Ce fond reste toutefois secondaire et se perd souvent au profit d'une histoire très directe. Mon avis est donc mitigé. J'ai apprécié la beauté de l'album et son hommage aux comics et à l'animation des années 30, mais le scénario m'a un peu ennuyé malgré son exubérance. J'espérais quelque chose de plus nuancé et mieux structuré. Note : 2,5/5
La Parole du muet
J’allais écrire la même chose que gruizzli. En effet, c’est une série feel good pleine de bons sentiments à la Zidrou. Ça se laisse lire, c’est plein d’optimisme, et les gentils triomphent aux dépens des méchants – qui sont punis par une justice à la fois immanente et humaine. Mais bon, c’est quand même parfois un peu trop sucré, il manque de la noirceur, y compris pour faire ressortir – en la crédibilisant davantage – cette gentillesse revendiquée d’un bout à l’autre du récit. Autre écueil : les facilités scénaristiques, les coïncidences, les rencontres miraculeuses, qui elles aussi mettent trop d’huile dans les rouages, qu’on aurait aimer entendre grincer, couiner. Et là tout se déroule trop facilement. La constitution improbable du casting, les histoires croisées de Constance, d’Anatole et de Veronika Forsans, le tournage clandestin, le commissaire si conciliant, ça fait quand même quelques couleuvres à avaler… Et du coup jamais on ne s’inquiète pour les personnages, même lorsqu'ils semblent prendre des risques. Mais bon, ça reste quand même lisible, sympathique, et des lecteurs moins pinailleurs que moi y trouveront leur compte. Mais cette lecture d’emprunt m’a laissé sur ma faim. Note réelle 2,5/5
Nées Rebelles - Jeunes filles au poing levé
La BD met six jeunes filles sur le devant de la scène, des jeunes filles dont je découvre - sauf Greta Thunberg - la force de caractère pour faire bouger - un peu - les choses. Il n'y a pas d'âges pour changer le monde, pour le rendre meilleur à défaut de le guerrir. Car évidemment, c'est comme écoper un navire à la dérive qui prend l'eau de partout avec une petite cuillère... Six portraits très bien documentés de jeunes filles inspirantes, je suis admiratif devant tant de détermination et de foi pour faire aboutir leurs différents projets. Je vous tire mon chapeau pour apporter un peu d'espoir dans ce monde qui marche souvent sur la tête. Mais si l'intention est louable, je ne suis pas charmé par une narration que je trouve monotone et neutre, peut-être trop détachée... Toujours est-il, je n'ai pas perçu ce vent de révolte qui m'aurait donné envie de me battre à leur côté. Ou peut-être suis-je déjà résigné... Pour la partie graphique, un dessinateur différent par portrait, ça reste très classique pour du documentaire. Ça fait le job et dans l'ensemble, c'est dans la moyenne haute. Du bon boulot. Malgré ma note de 3 étoiles, "Nées Rebelles - Jeunes filles au poing levé" est une BD à lire et à faire lire.
Les Naufragés du temps
Point fort de la série : le dessin, stylé. Comment le dire autrement ? On sent l'aisance, on voit la force, et les couleurs ne sont pas mauvaises, ce qui fait que j'ai recopié quelques dessins et ai vite jeté le résultat. Bref et j'aime la plastique et le visage des personnages. Et j'apprécie l'idée de base et les créatures foisonnantes…. Mais tout cela m'a assez vite lassé sans que je puisse pointer une baisse de niveau. On dira que l'œuvre et moi nous sommes séparées par consentement mutuel et que j'en attendais sans doute trop ! A noter qu'avec le covid et la réussite semble-t-il aussi massive que partie pour durer de La guerre des étoiles avec ses nombreuses œuvres dérivées, il se pourrait qu'une réédition trouve son public. Il y a aussi notre espèce en danger… Bref, des éditeurs sachant éditer pourraient attirer l'attention sur tous ses points en plus du côté vintage. Autre chose, je trouve assez bien vu que le héros cherche, aime une femme qui ne l'aime pas, quoi de plus commun qu'un amour non partagé, qu'une mission prise au sérieux par l'un et moins par l'autre ? Je comprends qu'on se fasse plaisir avec des héros romantiques que la société embête ou encore Luke et Leia qui qui ne savent pas qu'ils sont frère et sœur, mais enfin, pourquoi pas un désaccord des cœurs entre héros principaux d'une série de science fiction ? Ce n'est pas parce qu''on explore la science qu'on doit se montrer répétitif pour ce qui est des sentiments. Sinon, la série serait verbeuse ? Moi, je trouve que c'est si le héros en décalage dans une autre époque et sans la femme avec qui il se pense un destin ne s'interrogeait pas que ce serait bizarre, et d'autant qu'il s'agit d'un scientifique, dont la formation et l'activité poussent aux interrogations. Nickoop le fait bien chez Bilal sans un tel bagage, mais pourquoi pas, intelligence, culture et sensibilité ne sont pas l'apanage des chercheurs ! Je comprends que certains puissent néanmoins trouver cela pesant, car de nos jours, on s'attache beaucoup au côté dramatique, que les questionnements peuvent sembler par trop diluer. Cependant, l'action peut être aussi répétitive que les soliloques. Qu'il est difficile de ne pas s'ennuyer, ou créateur, de ne pas lasser son public !
Joe la Pirate
Le dessin n'est pas d'une nullité absolue mais c'est l'histoire qui porte la lecture. Découvrons les aventures d'une lesbienne flamboyante à une époque où une telle audace détonnait. Bien sûr, c'était plus facile en héritière fortunée que dans une situation moins avantageuse mais attendez… Elle avait déjà deux handicaps sociaux : femme et homosexuelle, désolé, mais plus les obstacles s'accumulent, moins il y a de probabilités qu'on les surmonte. Ce qui fait que les riches ont l'utilité sociale éventuelle de pouvoir être en avance sur les mœurs et de faire de l'art ou du mécénat voire les deux comme Caillebotte qu'on redécouvre de nos jours. Bref, avec notre héroïne, on n'est donc pas dans le misérabilisme, mais dans l'aventure réjouissante, par moment, j'avais l'impression d'être dans un film de cap et d'épée. D'accord, je ne me souviens pas de duel, mais il y a la passion des navires et la gouvernance fantasque mais somme tout assez efficace et humaniste d'une île. A présent, après sa mort, notre héroïne a l'utilité sociale de montrer que l'émancipation féminine et homosexuelle remonte plus loin qu'on peut le penser et donc conforter les personnes défendant leur droit, puisque tout le monde se cherche des précurseurs. J'imagine qu'une célébrité élogieuse et utile ne lui déplairait pas, mais franchement, le dessin aurait pu et dû être mieux.
Spirou et Fantasio Classique - Le Trésor de San Inferno
Une lecture sympathique, mais qui au final m’a laissé un peu sur ma faim. Disons que les deux auteurs font le boulot, ne trahissent pas l’univers originel et usent plutôt bien des personnages (même si Spirou - et à un degré moindre le Marsupilami - sont ici en retrait). En fait le début est même très dynamique et amusant, avec un Fantasio au meilleur de sa forme, titillé par une Seccotine espiègle, la rencontre des deux proposant quelques saillies et gags réussis. Hélas, si Trondheim réussit quand même à bâtir une aventure qui se laisse lire, le rythme baisse singulièrement par la suite, c’est à la fois plus mou et plus creux, on s’enlise dans le désert (il est vrai que le quasi huis-clos au milieu du désert n’aide pas à renouveler l’intrigue). Il n’y a pas de vrais méchants. Rodrigo et Sofia paraissent trop artificiels dans leurs réactions – et leur attitude change parfois du tout au tout sans nuance. Et du coup, alors que l’antagonisme entre Fantasio et Seccotine tourne en rond, le lecteur peine à trouver de quoi s’accrocher. Restent quelques idées amusantes de Trondheim, mais là aussi, c’est moins fluide que le style Franquin, plus saccadé et inégal. Les dix dernières pages sont clairement moins captivantes, jusqu’à la chute finale, amusante mais que l’on a vu venir de loin. Pas déshonorant, mais un album qui n’a pas tenu les promesses entrevues au départ.
Le Pays Miroir
J'aime vraiment le dessin du monde imaginaire… Alors oui, avoir deux styles de dessins était une riche idée à l'époque, sauf que le dessin de notre monde est vraiment trop plat. Seule la moitié de la bande dessinée mérite d'être regardée, en fait. Et puis, d'autres l'ont vu, il y a déperdition de l'originalité. Est-ce une fatalité parce que le fantastique serait ainsi ? Non, il ne se réduit pas à la nouvelle. Ou bien la bd serait-elle indigne de cet équilibre subtil entre réalité et imaginaire ? Non, tous les arts sont légitimes ! Et la bd a des lettres de noblesses longues comme le bras. La série est bonne, mais méritait-elle vraiment un prix ? J'en doute. Les historiens le diront sans doute un jour. Si on veut du fantastique qui tient la route on a Mort Cinder où il domine, et Corto Maltese, où il surgit et où il s'en va, comme un chat se jette sur vous quand il lui plait, puis rêve sur le canapé, ou chasse, sous la lune.
Monsieur Mardi-Gras Descendres
Arriver à rendre les squelettes expressifs, ce n'est pas rien, rendre l'ennui intéressant, aussi. Typique de la bd qu'on est heureux de trouver quand les autres sont trop formatées, mais qu'on préférerait plus… vivante. Je l'ai lu il y a longtemps et le souvenir n'est pas des plus distinct, mais on espère que les morts iront mieux et surtout découvrir leur monde. On est heureux des pauvres plaisirs qu'ils arrivent à trouver encore comme boire du café, je crois, en fait j'ai lu cette bd il y a longtemps, mais ma mémoire qui oublie bien des choses classe ainsi, à relire, ou non, et là, elle me souffle qu'il faudrait relire tout ça. Je me rappelle que malgré l'ennui qu'on ressent comme toujours de celui des protagonistes, il n'y a pas de… temps mort, dans cette bd, pas de baisse de régime. Mais absurde ou pas, que ce régime est lent ! Note réelle 3,5, entre pas mal et franchement bien, traduit en mot, je dirais bien.
La Vérité est au fond des rêves
Le sommeil vint. Et avec le sommeil l’illumination… - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre… mais pas de la démarche ésotérique du scénariste. Son édition originale date de 1993. Il a été réalisé par Alejandro Jodorowsky pour le scénario, et par Jean-Jacques Chaubin pour les dessins et les couleurs. Il comporte quarante-six pages de bande dessinée. Il a bénéficié d’une introduction de deux pages, écrite par le scénariste en août 1992, à Vincennes. Il explique les circonstances dans lesquelles il a rencontré le dessinateur qui lui a déclaré qu’il était prêt à lui donner son âme pour une histoire. Fatigué d’écrire des histoires pour son soixantième anniversaire, l’auteur s’est dit : On dessine généralement une aventure, pourquoi ne pas publier pour une fois l’aventure du dessin ? Il décide alors de donner cinq thèmes au dessinateur, autant d’exercice que l’artiste devait garder à l’esprit en permanence, jusqu’au rêve qui lui donnerait la solution. Un jeune homme est étendu nu sur les draps du lit, assis sur son séant, les jambes repliées vers lui. De gros insectes parcourent son corps. Il se souvient que son ami lui avait prêté sa chambre, et lui avait demandé de prendre soin de ses insectes tropicaux. Ceux-ci aimaient dormir dans le lit avec lui. Le jeune homme aimait bien ça. Ils étaient si beaux et si gentils. Surtout les gros brillants aux longues mandibules. Il faisait très attention à ne pas leur faire mal. Au fil des nuits leur présence se faisait de plus en plus insistante et pour dormir. Il essayait de les sortir du lit. Mais il s’aperçut bien vite qu’ils aimaient la chaleur de son corps et surtout le creux de ses cuisses. Une nuit il fut tiré du sommeil par un plaisir interdit. Il les sentit agrippés à ses fesses, titillant son anus avec insistance. Il supposait que l’odeur les avait attirés et il serra l’anus en pensant qu’ils pourraient s’y introduire. Et comme à chaque fois qu’il les repoussait ils revenaient au galop, il finit par se lever. Il remarquait dans la chambre quelques vivariums abandonnés. Lorsqu’il ouvrit le plus gros, une puanteur lui monta aux narines, sur la mousse humide pourrissaient du soja et un serpent mort. Malgré l’envie, il ne put se résoudre à les mettre là-dedans. Les chiens. Un jeune garçon est dominé par la silhouette de trois adultes lui disant qu’il ne peut pas venir avec eux, car il n’y a plus de place dans l’avion, il viendra au prochain voyage. L’enfant se met à pleurer car il ne veut pas rester seul. Lorsqu’il rouvre les yeux après se les être frottés, il est devenu un adulte, au sommet d’un bloc béton de deux mètres et des chiens accourent vers lui. Il sent sa mâchoire se transformer jusqu’à ce que d’immenses crocs lui poussent. Les chiens commencent à bondir sur le bloc et il s’apprête à les déchiqueter. Puis finalement il s’oblige à fermer sa propre bouche avec un geste de la main. Les chiens sautent sur lui. - Révélation. Dans une pièce avec une grande baie vitrée, un homme parle avec son jeune fils, tous les deux assis sur une chaise. Un autre attend son tour. Enfin, c’est à lui et l’homme lui parle du Yin et du Yang, lui tient des propos qui ont trait à la divination. Le lecteur peut se retrouver un peu déconcerté après avoir terminé cet album : pas très sûr de ce qu’il a lu. Une sorte de suite de sketchs, le premier une forme de sexualité déviante avec des insectes (exotiques, qui plus est) en quatre pages, le second une forme de rite de passage à l’adulte avec le choix de la défiance et de l’agressivité ou de la bienveillance en quatre pages, le troisième une révélation restant tue en trois pages, le quatrième entre religion et perte d’identité, le cinquième une confrontation avec la mort en cinq pages, puis une étrange promenade onirique dans quatre monuments emblématiques de Paris en dix pages, et enfin un voyage dans l’océan, l’antichambre de la mort, un village dans des collines vertes, un vol dans l’espace en treize pages. Pas facile de savoir quoi retirer de ces séquences, si ce n’est que le voyage semble plus important que la destination. La narration visuelle s’avère plutôt agréable, avec une évolution des techniques entre le début et la fin, partant de formes détourées par un trait de contour qui rehausse également les reliefs, également accentués par une technique de couleur directe. Au fur et à mesure, les dessins gagnent en substance, et en précision. Les arrière-plans passent de camaïeux travaillés à des décors en trois dimensions consistants, versant régulièrement dans l’expressionnisme pour renforcer l’évolution de l’état psychique des personnages. Sous réserve qu’il ait lu l’introduction, le lecteur peut retirer plus de ces lectures que le premier degré des histoires, et la sensibilité psychologique ou mystique. Le scénariste explique que la réalisation de cet album est une expérience qui a duré trois ans. Ayant été sollicité par le dessinateur, il raconte que : Chaque page de cet album a été rêvée. Premier exercice : Rentre chez toi et souviens-toi du premier rêve sexuel que tu feras. C’est l’histoire des insectes. Second exercice : Dessine une angoisse qui mette en jeu tes émotions. C’est celle des Chiens. Troisième exercice : Traiter un sujet intellectuel sans énoncer aucune idée. C’est le livre du Yin et du Yang. Quatrième exercice : Dessine un cauchemar purement digestif. C’est le rêve des Monstres et du Chocolat. Avec lui s’est achevé le premier stade de l’expérience. Jean-Jacques avait donné corps à ses fantasmes sexuels, émotionnels, physiologiques et intellectuels. Le moment était venu de faire le point sur la liberté qu’il avait acquise. Je lui dis donc qu’il n’y aurait pas de cinquième thème. Il pouvait dessiner ce qu’il voulait. Chaubin confronté à l’angoisse de l’homme libre ! De cette angoisse est née la lentille qu’il met dans son œil, le cinquième rêve de l’album. […] Extrait de l’introduction d’Alejandro Jodorowsky. Ainsi à l’occasion de son anniversaire pour ses soixante ans en 1989, l’auteur décide d’accéder à la demande pressante d’un jeune artiste, tout en la transformant en une expérience d’écriture pour lui, une expérience de création pour les deux, et une expérience de vie pour l’artiste. Le lecteur peut alors envisager cet album comme l’aventure du dessin, ou plutôt l’aventure de leur collaboration, c’est-à-dire entre un mentor et un novice, ou au moins un homme plus jeune et moins expérimenté. Sous cet angle, la première histoire devient une métaphore de leur relation. Sans grande surprise, Jodorowsky motive l’apprenti avec une histoire sexuelle, et celui-ci répond en se montrant provocateur, avec ces insectes, ce plaisir physique entre déviance et marginalité, en tout cas transgressif. Il se montre explicite avec cette image mémorable des insectes cherchant à s’introduire dans le corps de l’homme par son anus, il se montre également sans fard en représentant la nudité masculine sans hypocrisie. Pour clore ce rêve, un mystérieux personnage intervient, s’occupe des insectes, sans se montrer le moins du monde gêné par la nudité de son hôte. Le jeune artiste s’est mis à nu devant le sage expérimenté et a tout fait pour l’épater avec une situation provocatrice et honnête. En gardant à l’esprit que chaque séquence a été réalisée l’une après l’autre, avec plusieurs mois s’écoulant entre, le lecteur se dit qu’il peut les envisager comme une progression dans le développement de la relation créatrice unissant les deux auteurs. La deuxième histoire semble plus accessible : une angoisse qui mette en jeu les émotions, l’enfant se retrouvant dans une position où il est seul sans la tutelle de ses parents, envahi par le sentiment d’inquiétude et même de terreur face au monde inconnu qu’il perçoit comme étant hostile, et réagissant pour s’y adapter afin d’y faire face. La narration visuelle raconte à elle seule l’histoire dépourvue de parole, avec seulement quelques grondements. Un beau conte sur le choix donné à l’individu quant à son attitude face aux autres. La troisième histoire a dû donner du fil à retordre à l’artiste avec un point de départ paradoxal : une histoire intellectuelle sans énoncer aucune idée (pas loin du sadisme comme exigence), l’artiste s’en tire admirablement bien, avec des images centrées sur le personnage, soulignant que tout est perçu à partir de lui, de manière égocentrée. L’artiste continue de progresser avec l’histoire suivante, alors que l’idée du scénariste apparaît plus nébuleuse, et sa concrétisation plus cryptique. Enfin, le dessinateur raconte sa découverte de sa mortalité, dans une histoire métaphorique, véhiculant une ou deux images religieuses, s’achevant par une chute permettant d’inscrire le récit dans un mouvement cyclique, une très belle maîtrise des volumes, des effets de perspective et d’un visage démoniaque. Les deux histoires finales apparaissent plus ambitieuses en termes de pagination, et d’approche conceptuelle. Le lecteur apprécie le voyage onirique qui l’emmène depuis l’Hôtel-Dieu au ministère des Finances à Paris, en passant par le Panthéon et les Catacombes. Il ne s’attendait pas à croiser Batman avec ses oreilles pointues et sa cape gothique, ou à assister à un don de sperme dans le détail. Il retrouve l’inclination du scénariste pour l’alchimie (l’or sous le mercure) et pour le tarot (une séance avec les cartes de la Tempérance, du Diable, du Vit, et d’autres encore plus explicitement sexuelles, pas présentes dans tous les tarots), avec des dessins jouant à glisser du réalisme vers l’abstraction géométrique pour une balade étrange. La dernière histoire prend la forme d’un voyage, une élévation spirituelle classique dans ses étapes, parsemée de références alchimiques et ésotériques avec une touche de science-fiction, et de nécessité pour l’individu d’embrasser son côté obscur afin de pouvoir grandir, du pur Jodorowsky. Le lecteur découvre au fil de huit séquences en quoi la vérité se trouve au fond des rêves. Il voit sous ses yeux, l’artiste grandir en termes de techniques et de qualité narrative, ce qui correspond à l’ambition du scénariste de mettre en scène l’aventure du dessin, plutôt que de lui faire dessiner des aventures. Il retrouve certains thèmes favoris du scénariste comme la spiritualité et la sexualité, ainsi que la transgression pour pouvoir progresser mentalement. Une lecture déroutante, plus intelligible à la lumière de la nature de l’intention du scénariste, plus facile d’accès au lecteur familier du scénariste, exotique et étrange, avec des visuels empruntant à une imagerie entre le fantastique et la science-fiction. Pour les complétistes de l’œuvre de Jodorowsky.