Les derniers avis (48607 avis)

Couverture de la série Quartier lointain
Quartier lointain

Quartier lointain est une œuvre clairement maîtrisée, mais dont l’aura critique peut laisser perplexe. Le dispositif narratif — revivre une partie de son adolescence avec un regard adulte — est traité avec intelligence et retenue, sans tomber dans les travers faciles du fantasme adolescent ou de la réussite compensatoire. Le récit préfère s’attarder sur les non-dits familiaux, les figures parentales et certaines zones grises morales, ce qui lui donne une vraie profondeur. Graphiquement, Taniguchi livre un travail précis, réaliste et très lisible, avec une représentation du Japon du quotidien particulièrement juste. Le dessin accompagne parfaitement la tonalité introspective du récit, sans jamais chercher l’esbroufe. L’univers est crédible, posé, presque familier, ce qui renforce l’immersion. Malgré ces qualités évidentes, l’ensemble peut donner une impression de déjà-vu pour un lecteur habitué au manga ou à l’animation japonaise. Les thèmes, aussi bien traités soient-ils, restent relativement classiques, et le rythme contemplatif ne suffit pas toujours à créer un véritable sentiment de singularité. On est face à un très bon récit initiatique, sensible et réfléchi, mais dont l’impact dépend beaucoup du parcours de lecture du lecteur.

09/02/2026 (modifier)
Couverture de la série Le Grand Mort
Le Grand Mort

Série de fantasy sombre à forte dimension apocalyptique, Le Grand Mort navigue volontairement dans une zone ambiguë, entre codes du récit ado et dureté thématique clairement adulte. Cette hésitation constante sur sa cible — parfois naïf dans ses motifs, parfois brutal dans ses conséquences — peut désarçonner, mais participe aussi à son identité singulière. Le scénario propose un fond solide, articulé autour d’une critique explicite de la surexploitation humaine de la planète. L’opposition avec le « petit peuple » fonctionne bien, notamment grâce à une vraie dualité de traitement : folklore breton presque attendu d’un côté, violence sèche et irréversible de l’autre. Cette tension évite l’écueil du merveilleux adolescent et installe un univers plus âpre, parfois dérangeant. En revanche, certains trous scénaristiques et éléments volontairement laissés dans l’ombre entretiennent autant le mythe que la confusion. Les personnages constituent l’un des points forts de la série. Globalement attachants et bien caractérisés, ils portent efficacement le récit sur la durée. Le personnage de Gaëlle apparaît toutefois plus dispensable, son apport narratif restant limité. Le rythme, enfin, souffre d’une certaine inégalité : la série aurait probablement gagné en impact avec un resserrement global et une progression plus constante. Graphiquement, le travail de Vincent Mallié est pleinement en adéquation avec l’ambiance : dessin expressif, mise en scène immersive, capable de passer du contemplatif au tragique sans rupture artificielle.

09/02/2026 (modifier)
Couverture de la série Coupures irlandaises
Coupures irlandaises

Récit autobiographique inscrit dans le Belfast du début des années 1980, la série propose un point de vue adolescent à la fois naïf et étonnamment lucide. Le contexte du conflit nord-irlandais est bien présent, traité sans emphase ni posture didactique : il sert de cadre solide à une histoire humaine, plus qu’à un véritable roman historique. Le scénario trouve un équilibre globalement juste, mais parfois hésitant. Certains passages s’attardent longuement sur les états d’âme adolescents, ce qui dilue le rythme et affaiblit la tension du propos. À l’inverse, on aurait parfois apprécié soit un ancrage historique plus appuyé, soit un resserrement plus profond sur l’intimité du récit ; le dosage entre les deux n’est pas toujours optimal. Les personnages restent attachants, sans toutefois marquer durablement. Graphiquement, n'est pas ma tasse de thé et malheureusement peine à me convaincre sur la durée. L’ensemble demeure intéressant par son témoignage et son regard mesuré, mais reste en retrait par rapport à Partitions irlandaises, plus plaisant à lire à mon goût.

09/02/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 3/5
Couverture de la série L'Île aux cent mille morts
L'Île aux cent mille morts

Dans un décor de Caraïbes et de pirates, une jeune fille trouve une carte au trésor dans une bouteille et est persuadée qu'elle la mènera sur la piste de son père, parti à la recherche de ce trésor il y a bien longtemps. Débrouillarde, elle engage un équipage louche pour embarquer vers une île où l'attend une situation pour le moins improbable. Bien que Vehlmann soit au scénario, l'album s'inscrit très clairement dans le style de Jason, dont on reconnait immédiatement le dessin : trait épuré, décors minimalistes, personnages inexpressifs, et ce rythme narratif nonchalant, peu bavard, qui lui est propre. Je ne suis pas spécialement client de son univers, mais j'apprécie malgré tout l'élégance de son trait et la personnalité qui s'en dégage. Mais difficile de s'attacher aux personnages avec des visages aussi figés et des yeux aussi vides. Côté histoire, le récit démarre comme une chasse au trésor classique avant de bifurquer vers quelque chose de plus absurde et plus sombre, avec un humour très pince-sans-rire, parfois légèrement loufoque. L'idée n'est pas mauvaise : cette étrange école plantée au milieu de l'océan, le détournement des codes du récit de pirates, le ton décalé et l'humour noir fonctionnent plutôt bien. La lecture est facile, l'ensemble est cohérent malgré un cadre volontairement burlesque, et le résultat est globalement agréable. Mais ça reste, à mes yeux, une histoire simplement sympathique, qui fait passer le temps sans vraiment marquer. Elle manque de folie ou d'ampleur pour réellement m'embarquer ou me faire rire. En réalité, je n'ai à proprement parler ri qu'une seule fois, lorsque le pirate enlisé dans des sables mouvants peste en disant qu'il a bien les boules : sans doute à cause du décalage entre ce langage vulgairement anachronique et le ton pince-sans-rire du reste de l'album. Au final, une lecture correcte, portée par un scénario divertissant qui tient la route, mais la narration et le style graphique assez froids de Jason me laissent à distance. J'ai aussi le sentiment d'une lecture un peu rapide et, au fond, rapidement oubliable.

09/02/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 3/5
Couverture de la série La Danse des connards
La Danse des connards

Une succession de gags qui dénoncent et se moquent d'hommes lourds, égoïstes, obsédés ou lâches, à travers des scènes de couple ou de drague du quotidien. L'idée est clairement de pointer du doigt les comportements sexistes ordinaires et, plus largement, les rebuts d'une société patriarcale qui les produit. L'œuvre est entièrement scénarisée par Sophie de Villenoisy sur la base d'anecdotes qu'elle a collectées, mais le dessin est réalisé collectivement par une dizaine d'autrices majoritairement issues de l'univers des blogs BD. Le résultat est un peu inégal. Quelques planches sortent clairement du lot, notamment celles de Gally, dont le trait est plus expressif et maîtrisé (elle a d'ailleurs creusé le sujet du sexisme avec davantage de finesse dans d'autres œuvres). En revanche, pas mal d'autres planches oscillent vers un style blog-BD girly assez plat, pas toujours très professionnel, qui manque de personnalité et de mise en scène. L'ensemble reste lisible, mais manque de relief. Sur le fond, le concept est pertinent. Dénoncer ces attitudes de vrais connards, celles que les femmes subissent mais que beaucoup d'hommes désapprouvent aussi, est légitime, et certains gags font mouche. Quand l'album vise les réflexes machos, l'infidélité minable ou la goujaterie pure, ça fonctionne bien et le message passe sans forcer. Je sens une véritable volonté de satire sociale, pas seulement de défouloir. Là où je décroche davantage, c'est qu'à côté de planches vraiment pertinentes, plusieurs autres se situent dans une zone floue entre critique du patriarcat et simple anecdote de couple un peu caricaturale, avec un mec lourdaud face à une femme parfois capricieuse. Le propos politique se dilue alors. Je pense par exemple à ces deux ou trois gags où la femme exige un cadeau à la hauteur de ses principes ou de celui qu'elle a offert elle-même, puis s'arroge le droit de frapper son conjoint s'il n'a pas payé assez cher : on n'est plus dans la dénonciation d'un système, mais dans une petite mesquinerie symétrique qui brouille complètement le message. À force d'accumuler des sketches de niveaux très variables, l'album perd en cohérence et en mordant. Au final, je retiens une bonne intention et quelques traits d'humour bien trouvés, mais trop d'inégalités pour que l'ensemble soit vraiment percutant. Note : 2,5/5

09/02/2026 (modifier)
Par Barette
Note: 3/5
Couverture de la série L'Escadron bleu, 1945
L'Escadron bleu, 1945

J'adhère à 100% à l'avis donné par Ro ! Sujet intéressant, mais présenté de manière confuse, tant la narration que le dessin (plutôt agréable par ailleurs) et les phylactères. Au point que j'ai fini le livre en le survolant pour me plonger plus rapidement dans les pages historiques ponctuant l'album.

09/02/2026 (modifier)
Par Alix
Note: 3/5
Couverture de la série Terremer
Terremer

J’avais repéré cet album en librairie, et les avis ci-dessous ont fini de me convaincre de passer à l’achat, mais j’ai trouvé ça juste « pas mal ». L’histoire est agréable, mais mon intérêt a fluctué. Certains passages ont su retenir mon attention, alors que d’autres m’ont paru rébarbatifs – je n’ai pas trop accroché aux discours philosophiques sur le pouvoir des « vrais noms » des êtres vivants, et de manière générale, j’ai trouvé que l’intrigue manquait de rythme. La mise en image est superbe, mais les passages de nuit ou en intérieur sont beaucoup trop sombres, ce qui a rendu ma lecture pénible et fatigante. C’est dommage, le côté graphique compte beaucoup dans ce genre d’adaptation, sinon autant lire l’original. Voilà, je réalise tout à fait que le roman « Earthsea » est un grand classique de la littérature fantasy qui avait impressionné lors de sa parution en 1968, mais découvrant cette histoire en 2026, je l’ai trouvée certes agréable, mais peu marquante.

08/02/2026 (modifier)
Par Vaudou
Note: 3/5
Couverture de la série Léo Roa
Léo Roa

Leo Roa a été publié initialement en 1988 et 1991. Le style graphique correspond à la période Etoile noire publié en 1981. Et pas à Gangrène/Mutante/Titania qui, publiés pourtant en 1985-87 qui sont beaucoup plus mature graphiquement. J'aime les deux périodes mais certains ne jurent que par le Gimenez des metabarons. En tout cas les vaisseaux sont variés et magnifiques dans Leo Roa. L'histoire est fun, sans prétention, avec un côté buddy movie, ce changement de répertoire est rafraîchissant. Il y a des petites ambiances Incal parfois. Je suis agréablement surpris en général des bds écrites par Gimenez et c'est le cas ici. Les dialogues auraient pu être mieux travaillés à certains moments pour pinailler. Une œuvre de Gimenez assez peu estimée si on suit les avis précédents. Pour ma part, je vous conseille de l'essayer.

08/02/2026 (modifier)
Par Vaudou
Note: 3/5
Couverture de la série Afrika
Afrika

Dans la catégorie one shot signé Hermann, Afrika est un bon cru. Je n'ai pas trouvé le récit convenu contrairement aux avis précédents. Il a su me tenir en haleine malgré sa simplicité. Au départ on a l'impression de regarder un documentaire sur une réserve africaine et ensuite ça part sur quelque chose de plus mouvementé. L'histoire est propice à dessiner de jolis décors de savane et de jungle. Sans compter les planches nombreuses avec des animaux sauvages. Un Hermann qui, s'il ne sort jamais de sa zone de confort, sait malgré tout se montrer divertissant.

08/02/2026 (modifier)
Par Vaudou
Note: 3/5
Couverture de la série Femmes de l'ouest
Femmes de l'ouest

Malgré la sortie des deux récentes intégrales chez Glénat contenant les histoires courtes de Serpieri sur le Far West, ça reste un peu la foire à la saucisse pour s'y retrouver. Surtout que les éditions des ouvrages que je viens de mentionner ne comportent pas de sommaire (idée de génie). La quasi intégralité des histoires étant en NB, je me suis rabattu sur cette bande toute en couleurs car pour moi le western c'est la couleur, que ce soit chez John Ford ou chez Sergio Leone. La première histoire fait clairement office de tête de gondole. Le trait est sublime, hyperréaliste. On dirait du Druuna. Je pense qu'elle existe en NB mais elle est proposée ici en couleur. Il y a quelqu'un en dessous de moi qui trouve la colorisation ratée. Je ne partage pas du tout cet avis puisqu'il y a un énorme travail au pinceau pour constituer les fonds de chaque case. Si cette histoire est placée en premier, c'est pour une bonne raison : appâter le chaland. D'autant qu'on a droit à quelques images de nus magnifiques. Les deux histoires suivantes sont plus convenues au niveau du graphisme, les visages n'impressionnent plus. La technique est differente aussi. Les histoires sont très classiques mais l'émotion est présente. Un bémol : Serpieri utilise trop la voix off, ça donne un effet vieillot. Le dessin - on pourrait presque dire la peinture - du premier récit ajoute une dimension mythique à l'histoire. On aurait vraiment aimé avoir 64 pages de ce niveau.

08/02/2026 (modifier)