Récit autobiographique inscrit dans le Belfast du début des années 1980, la série propose un point de vue adolescent à la fois naïf et étonnamment lucide. Le contexte du conflit nord-irlandais est bien présent, traité sans emphase ni posture didactique : il sert de cadre solide à une histoire humaine, plus qu’à un véritable roman historique.
Le scénario trouve un équilibre globalement juste, mais parfois hésitant. Certains passages s’attardent longuement sur les états d’âme adolescents, ce qui dilue le rythme et affaiblit la tension du propos. À l’inverse, on aurait parfois apprécié soit un ancrage historique plus appuyé, soit un resserrement plus profond sur l’intimité du récit ; le dosage entre les deux n’est pas toujours optimal. Les personnages restent attachants, sans toutefois marquer durablement.
Graphiquement, n'est pas ma tasse de thé et malheureusement peine à me convaincre sur la durée. L’ensemble demeure intéressant par son témoignage et son regard mesuré, mais reste en retrait par rapport à Partitions irlandaises, plus plaisant à lire à mon goût.
Dans un décor de Caraïbes et de pirates, une jeune fille trouve une carte au trésor dans une bouteille et est persuadée qu'elle la mènera sur la piste de son père, parti à la recherche de ce trésor il y a bien longtemps. Débrouillarde, elle engage un équipage louche pour embarquer vers une île où l'attend une situation pour le moins improbable.
Bien que Vehlmann soit au scénario, l'album s'inscrit très clairement dans le style de Jason, dont on reconnait immédiatement le dessin : trait épuré, décors minimalistes, personnages inexpressifs, et ce rythme narratif nonchalant, peu bavard, qui lui est propre. Je ne suis pas spécialement client de son univers, mais j'apprécie malgré tout l'élégance de son trait et la personnalité qui s'en dégage. Mais difficile de s'attacher aux personnages avec des visages aussi figés et des yeux aussi vides.
Côté histoire, le récit démarre comme une chasse au trésor classique avant de bifurquer vers quelque chose de plus absurde et plus sombre, avec un humour très pince-sans-rire, parfois légèrement loufoque. L'idée n'est pas mauvaise : cette étrange école plantée au milieu de l'océan, le détournement des codes du récit de pirates, le ton décalé et l'humour noir fonctionnent plutôt bien. La lecture est facile, l'ensemble est cohérent malgré un cadre volontairement burlesque, et le résultat est globalement agréable.
Mais ça reste, à mes yeux, une histoire simplement sympathique, qui fait passer le temps sans vraiment marquer. Elle manque de folie ou d'ampleur pour réellement m'embarquer ou me faire rire. En réalité, je n'ai à proprement parler ri qu'une seule fois, lorsque le pirate enlisé dans des sables mouvants peste en disant qu'il a bien les boules : sans doute à cause du décalage entre ce langage vulgairement anachronique et le ton pince-sans-rire du reste de l'album.
Au final, une lecture correcte, portée par un scénario divertissant qui tient la route, mais la narration et le style graphique assez froids de Jason me laissent à distance. J'ai aussi le sentiment d'une lecture un peu rapide et, au fond, rapidement oubliable.
Une succession de gags qui dénoncent et se moquent d'hommes lourds, égoïstes, obsédés ou lâches, à travers des scènes de couple ou de drague du quotidien. L'idée est clairement de pointer du doigt les comportements sexistes ordinaires et, plus largement, les rebuts d'une société patriarcale qui les produit.
L'œuvre est entièrement scénarisée par Sophie de Villenoisy sur la base d'anecdotes qu'elle a collectées, mais le dessin est réalisé collectivement par une dizaine d'autrices majoritairement issues de l'univers des blogs BD. Le résultat est un peu inégal. Quelques planches sortent clairement du lot, notamment celles de Gally, dont le trait est plus expressif et maîtrisé (elle a d'ailleurs creusé le sujet du sexisme avec davantage de finesse dans d'autres œuvres). En revanche, pas mal d'autres planches oscillent vers un style blog-BD girly assez plat, pas toujours très professionnel, qui manque de personnalité et de mise en scène. L'ensemble reste lisible, mais manque de relief.
Sur le fond, le concept est pertinent. Dénoncer ces attitudes de vrais connards, celles que les femmes subissent mais que beaucoup d'hommes désapprouvent aussi, est légitime, et certains gags font mouche. Quand l'album vise les réflexes machos, l'infidélité minable ou la goujaterie pure, ça fonctionne bien et le message passe sans forcer. Je sens une véritable volonté de satire sociale, pas seulement de défouloir.
Là où je décroche davantage, c'est qu'à côté de planches vraiment pertinentes, plusieurs autres se situent dans une zone floue entre critique du patriarcat et simple anecdote de couple un peu caricaturale, avec un mec lourdaud face à une femme parfois capricieuse. Le propos politique se dilue alors. Je pense par exemple à ces deux ou trois gags où la femme exige un cadeau à la hauteur de ses principes ou de celui qu'elle a offert elle-même, puis s'arroge le droit de frapper son conjoint s'il n'a pas payé assez cher : on n'est plus dans la dénonciation d'un système, mais dans une petite mesquinerie symétrique qui brouille complètement le message.
À force d'accumuler des sketches de niveaux très variables, l'album perd en cohérence et en mordant.
Au final, je retiens une bonne intention et quelques traits d'humour bien trouvés, mais trop d'inégalités pour que l'ensemble soit vraiment percutant.
Note : 2,5/5
J'adhère à 100% à l'avis donné par Ro !
Sujet intéressant, mais présenté de manière confuse, tant la narration que le dessin (plutôt agréable par ailleurs) et les phylactères. Au point que j'ai fini le livre en le survolant pour me plonger plus rapidement dans les pages historiques ponctuant l'album.
J’avais repéré cet album en librairie, et les avis ci-dessous ont fini de me convaincre de passer à l’achat, mais j’ai trouvé ça juste « pas mal ».
L’histoire est agréable, mais mon intérêt a fluctué. Certains passages ont su retenir mon attention, alors que d’autres m’ont paru rébarbatifs – je n’ai pas trop accroché aux discours philosophiques sur le pouvoir des « vrais noms » des êtres vivants, et de manière générale, j’ai trouvé que l’intrigue manquait de rythme.
La mise en image est superbe, mais les passages de nuit ou en intérieur sont beaucoup trop sombres, ce qui a rendu ma lecture pénible et fatigante. C’est dommage, le côté graphique compte beaucoup dans ce genre d’adaptation, sinon autant lire l’original.
Voilà, je réalise tout à fait que le roman « Earthsea » est un grand classique de la littérature fantasy qui avait impressionné lors de sa parution en 1968, mais découvrant cette histoire en 2026, je l’ai trouvée certes agréable, mais peu marquante.
Leo Roa a été publié initialement en 1988 et 1991. Le style graphique correspond à la période Etoile noire publié en 1981. Et pas à Gangrène/Mutante/Titania qui, publiés pourtant en 1985-87 qui sont beaucoup plus mature graphiquement.
J'aime les deux périodes mais certains ne jurent que par le Gimenez des metabarons.
En tout cas les vaisseaux sont variés et magnifiques dans Leo Roa.
L'histoire est fun, sans prétention, avec un côté buddy movie, ce changement de répertoire est rafraîchissant. Il y a des petites ambiances Incal parfois.
Je suis agréablement surpris en général des bds écrites par Gimenez et c'est le cas ici. Les dialogues auraient pu être mieux travaillés à certains moments pour pinailler.
Une œuvre de Gimenez assez peu estimée si on suit les avis précédents. Pour ma part, je vous conseille de l'essayer.
Dans la catégorie one shot signé Hermann, Afrika est un bon cru.
Je n'ai pas trouvé le récit convenu contrairement aux avis précédents. Il a su me tenir en haleine malgré sa simplicité.
Au départ on a l'impression de regarder un documentaire sur une réserve africaine et ensuite ça part sur quelque chose de plus mouvementé.
L'histoire est propice à dessiner de jolis décors de savane et de jungle. Sans compter les planches nombreuses avec des animaux sauvages.
Un Hermann qui, s'il ne sort jamais de sa zone de confort, sait malgré tout se montrer divertissant.
Malgré la sortie des deux récentes intégrales chez Glénat contenant les histoires courtes de Serpieri sur le Far West, ça reste un peu la foire à la saucisse pour s'y retrouver. Surtout que les éditions des ouvrages que je viens de mentionner ne comportent pas de sommaire (idée de génie).
La quasi intégralité des histoires étant en NB, je me suis rabattu sur cette bande toute en couleurs car pour moi le western c'est la couleur, que ce soit chez John Ford ou chez Sergio Leone.
La première histoire fait clairement office de tête de gondole. Le trait est sublime, hyperréaliste. On dirait du Druuna.
Je pense qu'elle existe en NB mais elle est proposée ici en couleur. Il y a quelqu'un en dessous de moi qui trouve la colorisation ratée. Je ne partage pas du tout cet avis puisqu'il y a un énorme travail au pinceau pour constituer les fonds de chaque case. Si cette histoire est placée en premier, c'est pour une bonne raison : appâter le chaland. D'autant qu'on a droit à quelques images de nus magnifiques.
Les deux histoires suivantes sont plus convenues au niveau du graphisme, les visages n'impressionnent plus. La technique est differente aussi.
Les histoires sont très classiques mais l'émotion est présente. Un bémol : Serpieri utilise trop la voix off, ça donne un effet vieillot.
Le dessin - on pourrait presque dire la peinture - du premier récit ajoute une dimension mythique à l'histoire. On aurait vraiment aimé avoir 64 pages de ce niveau.
Bd sympa mais pas forcément indispensable.
Déjà le lieu - un restaurant en province - ne permet pas à Hermann de dessiner des décors qui flatteraient la rétine comme il sait si bien le faire.
Au niveau de l'histoire, on a l'impression d'être dans du Jeremiah (ce qui n'est pas un défaut à mes yeux), avec deux clans un peu timbrés prêts à s'affronter jusqu'à la mort pour un prétexte quelconque. C'est juste que ce n'est pas très réaliste puisque on est censé être dans les années 90.
Par contre je cherche encore l'apport particulier de Van Hamme à cette création mais j'ai rien trouvé. Je vous tiens au courant.
Si on est fan d'Hermann, je classe tout de même cette BD dans la liste des one shots à posséder.
La mer ne m’attire pas spécialement, les sports nautiques non plus. Et pourtant, j’ai lu cet album plutôt avec plaisir.
Il faut dire que ce récit à des allures de documentaire bâti comme un thriller. On est rapidement immergé – dans tous les sens du terme d’ailleurs ! – dans l’histoire, qui raconte un épisode que je ne connaissais pas, une catastrophe ayant frappé cette course anglaise.
En effet, des centaines de bateaux, pour la plupart skippés par des amateurs, vont se trouver brusquement confrontés au large de l’Irlande à une brusque et terrible tempête, qui va laminer la flotte, endommager ou couler de nombreux bateaux, et surtout causer une quinzaine de morts et plus d’une centaine de blessés, en déclenchant une énorme opération de sauvetage en mer, au milieu des éléments déchaînés.
Nous suivons presque minute par minute la détérioration des conditions jusqu’au drame, qui dure plusieurs heures. L’ironie de l’histoire, c’est que les plus gros navires, ceux qui étaient les mieux équipés, avec des équipages les mieux entrainés, sont ceux qui ont le moins souffert de la tempête, puisqu’ils avaient pour la plupart déjà quitté la zone touchée lorsqu’elle a frappé.
La narration est haletante, on est pris par ce récit dont l’intensité s’accroit rapidement.
Pour rendre plus vivant le récit, un équipage imaginaire a été ajouté, pour qu’on s’attache à ses membres. Cela fonctionne plutôt bien. Mon seul bémol vient de la façon avec laquelle Melchior insiste sur le rêve prémonitoire de la femme d’un de ces navigateurs amateurs. Cela fait un peu lourd et artificiel, et surjoue le retournement final.
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Coupures irlandaises
Récit autobiographique inscrit dans le Belfast du début des années 1980, la série propose un point de vue adolescent à la fois naïf et étonnamment lucide. Le contexte du conflit nord-irlandais est bien présent, traité sans emphase ni posture didactique : il sert de cadre solide à une histoire humaine, plus qu’à un véritable roman historique. Le scénario trouve un équilibre globalement juste, mais parfois hésitant. Certains passages s’attardent longuement sur les états d’âme adolescents, ce qui dilue le rythme et affaiblit la tension du propos. À l’inverse, on aurait parfois apprécié soit un ancrage historique plus appuyé, soit un resserrement plus profond sur l’intimité du récit ; le dosage entre les deux n’est pas toujours optimal. Les personnages restent attachants, sans toutefois marquer durablement. Graphiquement, n'est pas ma tasse de thé et malheureusement peine à me convaincre sur la durée. L’ensemble demeure intéressant par son témoignage et son regard mesuré, mais reste en retrait par rapport à Partitions irlandaises, plus plaisant à lire à mon goût.
L'Île aux cent mille morts
Dans un décor de Caraïbes et de pirates, une jeune fille trouve une carte au trésor dans une bouteille et est persuadée qu'elle la mènera sur la piste de son père, parti à la recherche de ce trésor il y a bien longtemps. Débrouillarde, elle engage un équipage louche pour embarquer vers une île où l'attend une situation pour le moins improbable. Bien que Vehlmann soit au scénario, l'album s'inscrit très clairement dans le style de Jason, dont on reconnait immédiatement le dessin : trait épuré, décors minimalistes, personnages inexpressifs, et ce rythme narratif nonchalant, peu bavard, qui lui est propre. Je ne suis pas spécialement client de son univers, mais j'apprécie malgré tout l'élégance de son trait et la personnalité qui s'en dégage. Mais difficile de s'attacher aux personnages avec des visages aussi figés et des yeux aussi vides. Côté histoire, le récit démarre comme une chasse au trésor classique avant de bifurquer vers quelque chose de plus absurde et plus sombre, avec un humour très pince-sans-rire, parfois légèrement loufoque. L'idée n'est pas mauvaise : cette étrange école plantée au milieu de l'océan, le détournement des codes du récit de pirates, le ton décalé et l'humour noir fonctionnent plutôt bien. La lecture est facile, l'ensemble est cohérent malgré un cadre volontairement burlesque, et le résultat est globalement agréable. Mais ça reste, à mes yeux, une histoire simplement sympathique, qui fait passer le temps sans vraiment marquer. Elle manque de folie ou d'ampleur pour réellement m'embarquer ou me faire rire. En réalité, je n'ai à proprement parler ri qu'une seule fois, lorsque le pirate enlisé dans des sables mouvants peste en disant qu'il a bien les boules : sans doute à cause du décalage entre ce langage vulgairement anachronique et le ton pince-sans-rire du reste de l'album. Au final, une lecture correcte, portée par un scénario divertissant qui tient la route, mais la narration et le style graphique assez froids de Jason me laissent à distance. J'ai aussi le sentiment d'une lecture un peu rapide et, au fond, rapidement oubliable.
La Danse des connards
Une succession de gags qui dénoncent et se moquent d'hommes lourds, égoïstes, obsédés ou lâches, à travers des scènes de couple ou de drague du quotidien. L'idée est clairement de pointer du doigt les comportements sexistes ordinaires et, plus largement, les rebuts d'une société patriarcale qui les produit. L'œuvre est entièrement scénarisée par Sophie de Villenoisy sur la base d'anecdotes qu'elle a collectées, mais le dessin est réalisé collectivement par une dizaine d'autrices majoritairement issues de l'univers des blogs BD. Le résultat est un peu inégal. Quelques planches sortent clairement du lot, notamment celles de Gally, dont le trait est plus expressif et maîtrisé (elle a d'ailleurs creusé le sujet du sexisme avec davantage de finesse dans d'autres œuvres). En revanche, pas mal d'autres planches oscillent vers un style blog-BD girly assez plat, pas toujours très professionnel, qui manque de personnalité et de mise en scène. L'ensemble reste lisible, mais manque de relief. Sur le fond, le concept est pertinent. Dénoncer ces attitudes de vrais connards, celles que les femmes subissent mais que beaucoup d'hommes désapprouvent aussi, est légitime, et certains gags font mouche. Quand l'album vise les réflexes machos, l'infidélité minable ou la goujaterie pure, ça fonctionne bien et le message passe sans forcer. Je sens une véritable volonté de satire sociale, pas seulement de défouloir. Là où je décroche davantage, c'est qu'à côté de planches vraiment pertinentes, plusieurs autres se situent dans une zone floue entre critique du patriarcat et simple anecdote de couple un peu caricaturale, avec un mec lourdaud face à une femme parfois capricieuse. Le propos politique se dilue alors. Je pense par exemple à ces deux ou trois gags où la femme exige un cadeau à la hauteur de ses principes ou de celui qu'elle a offert elle-même, puis s'arroge le droit de frapper son conjoint s'il n'a pas payé assez cher : on n'est plus dans la dénonciation d'un système, mais dans une petite mesquinerie symétrique qui brouille complètement le message. À force d'accumuler des sketches de niveaux très variables, l'album perd en cohérence et en mordant. Au final, je retiens une bonne intention et quelques traits d'humour bien trouvés, mais trop d'inégalités pour que l'ensemble soit vraiment percutant. Note : 2,5/5
L'Escadron bleu, 1945
J'adhère à 100% à l'avis donné par Ro ! Sujet intéressant, mais présenté de manière confuse, tant la narration que le dessin (plutôt agréable par ailleurs) et les phylactères. Au point que j'ai fini le livre en le survolant pour me plonger plus rapidement dans les pages historiques ponctuant l'album.
Terremer
J’avais repéré cet album en librairie, et les avis ci-dessous ont fini de me convaincre de passer à l’achat, mais j’ai trouvé ça juste « pas mal ». L’histoire est agréable, mais mon intérêt a fluctué. Certains passages ont su retenir mon attention, alors que d’autres m’ont paru rébarbatifs – je n’ai pas trop accroché aux discours philosophiques sur le pouvoir des « vrais noms » des êtres vivants, et de manière générale, j’ai trouvé que l’intrigue manquait de rythme. La mise en image est superbe, mais les passages de nuit ou en intérieur sont beaucoup trop sombres, ce qui a rendu ma lecture pénible et fatigante. C’est dommage, le côté graphique compte beaucoup dans ce genre d’adaptation, sinon autant lire l’original. Voilà, je réalise tout à fait que le roman « Earthsea » est un grand classique de la littérature fantasy qui avait impressionné lors de sa parution en 1968, mais découvrant cette histoire en 2026, je l’ai trouvée certes agréable, mais peu marquante.
Léo Roa
Leo Roa a été publié initialement en 1988 et 1991. Le style graphique correspond à la période Etoile noire publié en 1981. Et pas à Gangrène/Mutante/Titania qui, publiés pourtant en 1985-87 qui sont beaucoup plus mature graphiquement. J'aime les deux périodes mais certains ne jurent que par le Gimenez des metabarons. En tout cas les vaisseaux sont variés et magnifiques dans Leo Roa. L'histoire est fun, sans prétention, avec un côté buddy movie, ce changement de répertoire est rafraîchissant. Il y a des petites ambiances Incal parfois. Je suis agréablement surpris en général des bds écrites par Gimenez et c'est le cas ici. Les dialogues auraient pu être mieux travaillés à certains moments pour pinailler. Une œuvre de Gimenez assez peu estimée si on suit les avis précédents. Pour ma part, je vous conseille de l'essayer.
Afrika
Dans la catégorie one shot signé Hermann, Afrika est un bon cru. Je n'ai pas trouvé le récit convenu contrairement aux avis précédents. Il a su me tenir en haleine malgré sa simplicité. Au départ on a l'impression de regarder un documentaire sur une réserve africaine et ensuite ça part sur quelque chose de plus mouvementé. L'histoire est propice à dessiner de jolis décors de savane et de jungle. Sans compter les planches nombreuses avec des animaux sauvages. Un Hermann qui, s'il ne sort jamais de sa zone de confort, sait malgré tout se montrer divertissant.
Femmes de l'ouest
Malgré la sortie des deux récentes intégrales chez Glénat contenant les histoires courtes de Serpieri sur le Far West, ça reste un peu la foire à la saucisse pour s'y retrouver. Surtout que les éditions des ouvrages que je viens de mentionner ne comportent pas de sommaire (idée de génie). La quasi intégralité des histoires étant en NB, je me suis rabattu sur cette bande toute en couleurs car pour moi le western c'est la couleur, que ce soit chez John Ford ou chez Sergio Leone. La première histoire fait clairement office de tête de gondole. Le trait est sublime, hyperréaliste. On dirait du Druuna. Je pense qu'elle existe en NB mais elle est proposée ici en couleur. Il y a quelqu'un en dessous de moi qui trouve la colorisation ratée. Je ne partage pas du tout cet avis puisqu'il y a un énorme travail au pinceau pour constituer les fonds de chaque case. Si cette histoire est placée en premier, c'est pour une bonne raison : appâter le chaland. D'autant qu'on a droit à quelques images de nus magnifiques. Les deux histoires suivantes sont plus convenues au niveau du graphisme, les visages n'impressionnent plus. La technique est differente aussi. Les histoires sont très classiques mais l'émotion est présente. Un bémol : Serpieri utilise trop la voix off, ça donne un effet vieillot. Le dessin - on pourrait presque dire la peinture - du premier récit ajoute une dimension mythique à l'histoire. On aurait vraiment aimé avoir 64 pages de ce niveau.
Lune de guerre
Bd sympa mais pas forcément indispensable. Déjà le lieu - un restaurant en province - ne permet pas à Hermann de dessiner des décors qui flatteraient la rétine comme il sait si bien le faire. Au niveau de l'histoire, on a l'impression d'être dans du Jeremiah (ce qui n'est pas un défaut à mes yeux), avec deux clans un peu timbrés prêts à s'affronter jusqu'à la mort pour un prétexte quelconque. C'est juste que ce n'est pas très réaliste puisque on est censé être dans les années 90. Par contre je cherche encore l'apport particulier de Van Hamme à cette création mais j'ai rien trouvé. Je vous tiens au courant. Si on est fan d'Hermann, je classe tout de même cette BD dans la liste des one shots à posséder.
Fastnet 1979
La mer ne m’attire pas spécialement, les sports nautiques non plus. Et pourtant, j’ai lu cet album plutôt avec plaisir. Il faut dire que ce récit à des allures de documentaire bâti comme un thriller. On est rapidement immergé – dans tous les sens du terme d’ailleurs ! – dans l’histoire, qui raconte un épisode que je ne connaissais pas, une catastrophe ayant frappé cette course anglaise. En effet, des centaines de bateaux, pour la plupart skippés par des amateurs, vont se trouver brusquement confrontés au large de l’Irlande à une brusque et terrible tempête, qui va laminer la flotte, endommager ou couler de nombreux bateaux, et surtout causer une quinzaine de morts et plus d’une centaine de blessés, en déclenchant une énorme opération de sauvetage en mer, au milieu des éléments déchaînés. Nous suivons presque minute par minute la détérioration des conditions jusqu’au drame, qui dure plusieurs heures. L’ironie de l’histoire, c’est que les plus gros navires, ceux qui étaient les mieux équipés, avec des équipages les mieux entrainés, sont ceux qui ont le moins souffert de la tempête, puisqu’ils avaient pour la plupart déjà quitté la zone touchée lorsqu’elle a frappé. La narration est haletante, on est pris par ce récit dont l’intensité s’accroit rapidement. Pour rendre plus vivant le récit, un équipage imaginaire a été ajouté, pour qu’on s’attache à ses membres. Cela fonctionne plutôt bien. Mon seul bémol vient de la façon avec laquelle Melchior insiste sur le rêve prémonitoire de la femme d’un de ces navigateurs amateurs. Cela fait un peu lourd et artificiel, et surjoue le retournement final.