Sans atteindre Perramus, L'Eternaute ou Mort Cinder, les dessins ont de la force. Je pourrais d'ailleurs faire la même critique pour le Che. On apprend des choses, on se doute qu'il faudrait mieux connaître le contexte mais joie ! Ces deux œuvres en donnent envie… Même si moins que Perramus, L'Eternaute et Mort Cinder. D'ailleurs, ce sont les œuvres en question qui m'ont fait lire Evita et le Che, on se raccroche à ce qui ressemble aux œuvres aimées. Bref, les deux biographies aux airs d'hagiographie nous offrent un mélange de réalisme et de romantisme. A mon avis, démêler tout ça serait aussi délicat que le vrai et le faux de bien des histoires de Borges !
Bref, je commente Evita vu que j'ai grandement oublié l'autre… On nous montre que Perron et Evita se sont sauvés tout seuls puis l'un par l'autre avec leur peuple, je m'explique. Evita, pauvre, est venue s'essayer à une carrière d'actrice en ville, Peron était dans un gouvernement militaire peu soucieux du peuple. L'étoile des deux a de plus en plus brillé, et cela d'autant plus qu'ils se sont aimés et ont travaillé à donner un filet social pour tous, entre conservatisme et tabula rasa. L'œuvre les présente comme relevant des défis concrets, et ceux qu'ils sortent de leur enfer social les voient comme providence incarnée, surtout Evita qui est plus charismatique. Ces deux destins croisés sont assez séduisants pour contrecarrer le fait que sans bulle et avec un texte assez dense, il y ait peu d'aération, humour, esthétique ou que sais-je encore ? Le lecteur est en apnée mais en principe empathique et on n'a pas à découvrir des réalités plus méconnues comme, je ne sais pas, voyons ? Comment on a créé des réserves naturelles en expulsant les peuples qui y vivaient, bien trop en harmonie avec la nature pour qu'on ne vienne pas la leur voler.
Bienvenue à Chatom, petit village de l'Alabama en 1920. On y découvre une bourgade paisible où il fait bon vivre, tout le monde connait tout le monde et les enfants jouent dehors. Deux évènements vont perturber la tranquillité ambiante à l'approche de l'hiver. Le premier plutôt habituel : le vieux Stumpy, l'ermite local, se retire dans ca cabane pour hiberner. Cela intrigue au plus haut point les petits détectives en culottes courtes locaux qui aimeraient bien arriver à expliquer ce que fait le bonhomme tout l'hiver. Et pourquoi il ne sors pas de sa maison pendant plusieurs mois. Le second totalement inhabituel arrive en pleine nuit, lorsqu'un bébé est déposé sur le pas de la porte de l'institutrice du village.
C'est deux péripéties amorcent le récit. On suit pendant 100 pages un gentil conte plein de bienveillance et de bonne humeur. Le village se prend d'affection pour le bébé. Bien sur une petite menace en lien avec le passé de l'enfant plane au dessus de nos héros. Nous découvrirons progressivement l'histoire de ce jeune garçon. Histoire faite de mésaventures qui augmentent l'affection qu'à le village lui porte. Tout cela s'accompagne évidement du mystère qui règne autour du vieux Stumpy qui semble avoir disparu de chez lui. Et cela intrigue d'autant plus les enfants.
Evidement le lien va se faire entre tout cela et même si ça manque un peu de surprise ça fonctionne très bien. C'est à la fois gentillet et pleins de bons sentiment, mais voilà c'est attendrissant dans l'ensemble. On est sur un récit tout public. Le style de dessin corrobore d'ailleurs très bien ce ressenti tant le trait est mignon et les enfants ont des bonnes bouilles avec leur grands yeux.
Un récit relativement classique pour la partie « aventure » qui domine, dans le grand nord américain, au milieu de chercheurs d’or.
Quelques aspects dévient toutefois un peu cette trajectoire « rectiligne », et font office d’originalité.
D’abord le dessin de Nuria Tamarit, au graphisme particulier, mais très reconnaissable (pour les personnages surtout).
Ensuite, parce que l’auteure – comme dans l’album Géante - Histoire de celle qui parcourut le monde à la recherche de la liberté avec lequel je l’avais découverte – met en avant des personnages féminins forts, dans un monde masculin, des femmes qui s’entraident pour « s’en sortir », face à une nature et quelques hommes (le chef des chercheurs d’or en premier) très violents.
Enfin, au milieu d’un récit assez classique donc, des aspects plus étranges, presque naïfs, parfois fantastiques, aux airs de conte (la louve géante en particulier). Et des passages, sortes de flash-backs difficiles à situer (dans le temps et l’espace).
Au final, un album qui se laisse lire, qui ne m’a pas forcément enthousiasmé (le rythme est lent et le récit manque d’aspérités), mais qui convenir à un lectorat assez large (c’est presque tout public).
Un album étrange, relativement hétéroclite et étonnant. Les auteurs sont apparemment d’anciens marins de la marine marchande, et ça permet de donner pas mal de réalisme à certains aspects – en particulier termes techniques, mais aussi le personnage même du « pilote », hélitreuillé sur le navire pour le prendre en mains le temps du passage de la Manche.
J’ai d’ailleurs un temps cru lire une sorte de documentaire plus ou moins romancé sur la marine marchande. Mais, rapidement, on s’en écarte, cela vire à l’aventure, mais une aventure où tout part dans tous les sens. L’aventure proprement dite est traversée de scènes et de quelques dialogues à prétention humoristique, et la narration multiplie les flash-backs, pour nous permettre de comprendre qui est qui (dans une suite de révélations surprenantes faisant tomber les masques), et quelle est la situation.
Car, c’est le moins que l’on puisse dire, c’est un peu foutraque, et souvent improbable, tant le scénario accumule – trop à mon avis – les couleuvres à avaler.
Bon, ça reste quand même lisible, rythmé. Mais ce scénario improbable peine ensuite à tenir sur la longueur et le côté vaguement déjanté s’étiole un peu, on sourit moins, on est moins surpris.
A emprunter à l’occasion.
Note réelle 2,5/5.
Thématique : l'art, c'est bien, mais le dessin, pas au niveau, si on veut du digne de parler peinture, je signale Black Dog, les rêves de Paul Nash. Et de plus, les protagonistes ne m'ont pas intéressé plus que ça, je lisais pour dissiper l'ennui et en espérant une vision de Bacchus. Le dieu du vin. Comme j'aime les mythes… et le vin. A propos de vin, je ne saurais trop recommander Les gouttes du Dieu, série que je garde chez moi. Bref, les visions de Bacchus peuvent se laisser lire, mais si on a le choix, je suggère de préférer mes suggestions !
Bec se lance dans une nouvelle série, dans un western relativement classique (tendance spaghetti un peu « adoucie » je trouve).
Elle est prévue en trois tomes, et cet album introductif place bien le contexte et les présente clairement les personnages principaux : une chef de bande mexicain à la personnalité ambivalente, qui a « enlevé » l’institutrice du coin (mais en fait elle est consentante !), qui est pris en chasse par un shérif revanchard (et tout aussi ambigu) aidé d’un Texas Ranger métis (Sinisterra donc), qui lui aussi possède une personnalité difficile à cerner. Ajoutons un mystérieux cavalier, qui semble suivre notre duo de justiciers.
Bec a semé quelques pistes pour le lecteur, autour du shérif, qui cache certaines choses à Sinisterra (même si je pense avoir décelé sa motivation dans la traque), autour du bandit, ou autour du passé de Sinisterra. L’ambiance fait penser à du spaghetti, mais il n’y a pas – en tout cas pour le moment – la noirceur, la violence, qui souvent accompagnent ce type de production.
Le dessin est correct, dynamique, même si manquant parfois de détails, et un peu trop « taillé à la serpe » sur certains visages.
Il y a semble-t-il eu des difficultés avec le dessinateur pressenti au départ, et peut-être que Giorgiani, qui l'a remplacé, a dû avoir des délais assez courts pour son travail (simples suppositions de ma part).
En tout cas pour le moment je reste intrigué, mais l’intrigue doit se densifier pour maintenir rythme et intérêt. Bec reste dans du classique – pas désagréable au demeurant.
Apprendre en s'amusant, les deux "héros" sont complémentaires. Problème, je n'aime pas vraiment le dessin. Je sais bien que les aventures comiques n'ont pas forcément des personnages bien beaux, mais ils ne sont pas non plus plaisants à regarder pour leur caractère ou quoi que ce soit. C'est tout de même un problème pour lire tant d'albums ! J'en ai donc parcouru certains puis ai laissé tomber.
Des années plus tard, je dirais sur le fond, et quoi qu'on puisse dénoncer la guerre, je trouve qu'il est assez peu légitime de s'en prendre à la Guerre de Sécession, parce qu'expérience de pensée : imaginons que le Nord se soit soumis à tous les désirs du Sud… Je ne vois pas pourquoi l'esclavage aurait été aboli. Je comprends le désir de placer une série aux States, sur un conflit mal connu, qui plus est, mais enfin, c'est en bonne partie par cette guerre - comme par la chasse maritime de l'Angleterre sur les navires esclavagistes - que l'esclavage a été aboli.
Bien sûr, cela ne nous concerne pas directement, mais faisons un pas de plus : les Américains n'entrent pas dans la Seconde Guerre mondiale et ne débarquent pas, sans parler des Canadiens et autres. Que serait donc devenue l'Europe ? A présent que les Américains nous retirent leur protection et que nous devons songer à nous protéger nous-mêmes, la question de la nécessité de défendre sa liberté me semble une question sur laquelle on ne peut plus faire l'impasse. Rêver d'un monde sans conflit est bien agréable, mais les Ukrainiens qui ont renoncé à la bombe sont bombardés. Qui fera jamais une série sur tous ceux qui a force de rêver se sont retrouvés en enfer ? Humour noir garanti, je pense…
Difficile de noter cette œuvre assez atypique. Déjà, comme l'a souligné Gaston, c'est difficile de rentrer dedans lorsqu'on est pas prêt aux expressions québecoises mais surtout à l'anglais omniprésent et non-traduit, obligeant à être bilingue faute de comprendre tout. L'ensemble a une vraie justification, mais c'est brutal d'ouverture.
Une fois passé le premier effet étrange, on rentre dans une BD sympathique autour de trois colocataires, dont l'une vient de revenir après un an d'absence, et enceinte de surcroit. C'est une BD en mode tranche de vie, avec trois personnages hauts en couleurs mais sympathiques, représentant une certaine jeunesse et leur vie pas tout à fait au point. Il y a des passages comiques franchement drôle, une atmosphère bon enfant et des sujets plus durs évoqués. Chacune des colocataires est attachante à sa façon, même s'il faut parfois attendre pour voir ce qui est sous la surface.
Le hic c'est que la BD ne va pas spécialement quelque part et qu'elle s'arrête un peu au milieu de rien, dans un départ d'une des colocataires et sans qu'on ne sache pourquoi. Tout s'arrête soudainement, donnant l'impression d'une tranche de vie mouvementée mais un peu vaine, comme si tout revenait à sa place à la fin. C'est dommage, j'aurais apprécié une fin plus marquée sur certains aspects. Je comprends l'idée de "la vie continue", mais ça laisse un gout d'inachevé qui reste un peu trop présent en bouche.
Une lecture distrayante mais pas touchante, malheureusement. Le genre de roman graphique bien fait que je vois souvent dans les rayonnages, qui se lisent et s'oublient un peu trop vite pour qu'on les trouve vraiment bon.
À travers d'autres œuvres comme Robinsons père & fils ou encore "Le Footballeur du dimanche", j'avais déjà pu constater à quel point Didier Tronchet est proche de son fils. Il revient une nouvelle fois sur ce thème avec cet album, qui est en réalité l'adaptation en bande dessinée d'un roman qu'il avait publié en 2006. À l'époque, son fils Antoine avait encore moins de dix ans. C'est d'ailleurs plutôt rassurant : j'aurais trouvé étrange que l'auteur revienne sur la petite enfance de son fils dans une œuvre écrite après celles où celui-ci apparaît déjà adolescent.
L'album rassemble des anecdotes tirées de cette période, des réflexions d'enfant, des situations parfois cocasses ou inattendues, que Tronchet accompagne de ses propres pensées sur la paternité, son rapport à son fils, mais aussi sur la société et le temps qui passe. L'ensemble est structuré en une succession de strips courts (généralement d'une à quatre cases), avec une mise en page assez libre qui alterne entre gags en quelques cases, dessins isolés ou petites séquences.
Je suis moi-même père et je me retrouve dans pas mal de réflexions de cet autre père et dans l'amour évident qu'il porte à son enfant. Il y a dans ces pages une forme de sagesse très simple, attentive aux petits riens du quotidien et à la logique parfois désarmante des enfants. Rien n'est vraiment hilarant, rien n'est particulièrement marquant non plus, mais c'est souvent amusant et régulièrement doucement touchant.
L'album dégage une réelle tendresse et une authenticité qui parleront probablement à beaucoup de parents. Tronchet évoque aussi, en filigrane, les doutes du père face à sa responsabilité et la crainte de ne pas être à la hauteur. En revanche, il a parfois tendance à revenir un peu trop souvent sur la même idée : celle que ce sont les enfants qui nous apprennent la vie, davantage que l'inverse.
Ce n'est sans doute pas un album majeur dans la bibliographie de Tronchet, mais c'est une lecture sympathique et sincère, qui devrait surtout trouver un écho chez les parents.
« Raspoutitsa » est le premier album dans lequel Dimitri traite de la Seconde guerre mondiale sur le front Est (il récidivera quelques années plus tard avec un épisode postérieur, avec Kursk - Tourmente d'acier). Cette partie « historique » de son œuvre est celle que je préfère, et ici on sent que l’auteur s’investit particulièrement.
Même s’il a combattu en URSS dans les rangs de l’armée allemande, son unité n’a pas atteint Stalingrad, et donc ce récit – contrairement en partie à celui de « Kursk » – n’est pas réellement autobiographique. Mais il connait bien la situation, et il est probable que plusieurs de ses amis/ou connaissances aient pu vivre l’enfer décrit.
Si c’est bien un récit de guerre, ce « Raspoutitsa » ne décrit pas ou ne glorifie pas la guerre, bien au contraire. Il se déroule dans les derniers instants de la bataille de Stalingrad, puis les mois qui ont suivi (voire les années pour le dénouement), et décrit par le menu l’horreur vécue par les soldats allemands prisonniers, souffrant du froid, de la faim, dans une sorte de marche morbide vers des camps sibériens, le chemin étant jonché de cadavres. Mais c’est l’horreur de la guerre qui est dénoncée. D’ailleurs les conditions de vie/survie des soldats soviétiques qui escortent les prisonniers de la Wehrmacht ne sont pas toujours meilleures : on assiste à la marche de zombies, un struggle for life où le hasard, la folie, la force de caractère se mêlent pour « faire le tri » entre ceux qui meurent et ceux qui vont survivre, comme c’est le cas du soldat allemand que nous suivons principalement.
Certes, Dimitri n’évoque pas ce que les Allemands ont fait en URSS avant d’être repoussés, mais ça n’est pas le propos ici. On reste sur une odyssée morbide, prenante.
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Evita
Sans atteindre Perramus, L'Eternaute ou Mort Cinder, les dessins ont de la force. Je pourrais d'ailleurs faire la même critique pour le Che. On apprend des choses, on se doute qu'il faudrait mieux connaître le contexte mais joie ! Ces deux œuvres en donnent envie… Même si moins que Perramus, L'Eternaute et Mort Cinder. D'ailleurs, ce sont les œuvres en question qui m'ont fait lire Evita et le Che, on se raccroche à ce qui ressemble aux œuvres aimées. Bref, les deux biographies aux airs d'hagiographie nous offrent un mélange de réalisme et de romantisme. A mon avis, démêler tout ça serait aussi délicat que le vrai et le faux de bien des histoires de Borges ! Bref, je commente Evita vu que j'ai grandement oublié l'autre… On nous montre que Perron et Evita se sont sauvés tout seuls puis l'un par l'autre avec leur peuple, je m'explique. Evita, pauvre, est venue s'essayer à une carrière d'actrice en ville, Peron était dans un gouvernement militaire peu soucieux du peuple. L'étoile des deux a de plus en plus brillé, et cela d'autant plus qu'ils se sont aimés et ont travaillé à donner un filet social pour tous, entre conservatisme et tabula rasa. L'œuvre les présente comme relevant des défis concrets, et ceux qu'ils sortent de leur enfer social les voient comme providence incarnée, surtout Evita qui est plus charismatique. Ces deux destins croisés sont assez séduisants pour contrecarrer le fait que sans bulle et avec un texte assez dense, il y ait peu d'aération, humour, esthétique ou que sais-je encore ? Le lecteur est en apnée mais en principe empathique et on n'a pas à découvrir des réalités plus méconnues comme, je ne sais pas, voyons ? Comment on a créé des réserves naturelles en expulsant les peuples qui y vivaient, bien trop en harmonie avec la nature pour qu'on ne vienne pas la leur voler.
Les Enfants de Chatom
Bienvenue à Chatom, petit village de l'Alabama en 1920. On y découvre une bourgade paisible où il fait bon vivre, tout le monde connait tout le monde et les enfants jouent dehors. Deux évènements vont perturber la tranquillité ambiante à l'approche de l'hiver. Le premier plutôt habituel : le vieux Stumpy, l'ermite local, se retire dans ca cabane pour hiberner. Cela intrigue au plus haut point les petits détectives en culottes courtes locaux qui aimeraient bien arriver à expliquer ce que fait le bonhomme tout l'hiver. Et pourquoi il ne sors pas de sa maison pendant plusieurs mois. Le second totalement inhabituel arrive en pleine nuit, lorsqu'un bébé est déposé sur le pas de la porte de l'institutrice du village. C'est deux péripéties amorcent le récit. On suit pendant 100 pages un gentil conte plein de bienveillance et de bonne humeur. Le village se prend d'affection pour le bébé. Bien sur une petite menace en lien avec le passé de l'enfant plane au dessus de nos héros. Nous découvrirons progressivement l'histoire de ce jeune garçon. Histoire faite de mésaventures qui augmentent l'affection qu'à le village lui porte. Tout cela s'accompagne évidement du mystère qui règne autour du vieux Stumpy qui semble avoir disparu de chez lui. Et cela intrigue d'autant plus les enfants. Evidement le lien va se faire entre tout cela et même si ça manque un peu de surprise ça fonctionne très bien. C'est à la fois gentillet et pleins de bons sentiment, mais voilà c'est attendrissant dans l'ensemble. On est sur un récit tout public. Le style de dessin corrobore d'ailleurs très bien ce ressenti tant le trait est mignon et les enfants ont des bonnes bouilles avec leur grands yeux.
La Louve boréale
Un récit relativement classique pour la partie « aventure » qui domine, dans le grand nord américain, au milieu de chercheurs d’or. Quelques aspects dévient toutefois un peu cette trajectoire « rectiligne », et font office d’originalité. D’abord le dessin de Nuria Tamarit, au graphisme particulier, mais très reconnaissable (pour les personnages surtout). Ensuite, parce que l’auteure – comme dans l’album Géante - Histoire de celle qui parcourut le monde à la recherche de la liberté avec lequel je l’avais découverte – met en avant des personnages féminins forts, dans un monde masculin, des femmes qui s’entraident pour « s’en sortir », face à une nature et quelques hommes (le chef des chercheurs d’or en premier) très violents. Enfin, au milieu d’un récit assez classique donc, des aspects plus étranges, presque naïfs, parfois fantastiques, aux airs de conte (la louve géante en particulier). Et des passages, sortes de flash-backs difficiles à situer (dans le temps et l’espace). Au final, un album qui se laisse lire, qui ne m’a pas forcément enthousiasmé (le rythme est lent et le récit manque d’aspérités), mais qui convenir à un lectorat assez large (c’est presque tout public).
Cargo - Pavillon Barbare
Un album étrange, relativement hétéroclite et étonnant. Les auteurs sont apparemment d’anciens marins de la marine marchande, et ça permet de donner pas mal de réalisme à certains aspects – en particulier termes techniques, mais aussi le personnage même du « pilote », hélitreuillé sur le navire pour le prendre en mains le temps du passage de la Manche. J’ai d’ailleurs un temps cru lire une sorte de documentaire plus ou moins romancé sur la marine marchande. Mais, rapidement, on s’en écarte, cela vire à l’aventure, mais une aventure où tout part dans tous les sens. L’aventure proprement dite est traversée de scènes et de quelques dialogues à prétention humoristique, et la narration multiplie les flash-backs, pour nous permettre de comprendre qui est qui (dans une suite de révélations surprenantes faisant tomber les masques), et quelle est la situation. Car, c’est le moins que l’on puisse dire, c’est un peu foutraque, et souvent improbable, tant le scénario accumule – trop à mon avis – les couleuvres à avaler. Bon, ça reste quand même lisible, rythmé. Mais ce scénario improbable peine ensuite à tenir sur la longueur et le côté vaguement déjanté s’étiole un peu, on sourit moins, on est moins surpris. A emprunter à l’occasion. Note réelle 2,5/5.
La Vision de Bacchus
Thématique : l'art, c'est bien, mais le dessin, pas au niveau, si on veut du digne de parler peinture, je signale Black Dog, les rêves de Paul Nash. Et de plus, les protagonistes ne m'ont pas intéressé plus que ça, je lisais pour dissiper l'ennui et en espérant une vision de Bacchus. Le dieu du vin. Comme j'aime les mythes… et le vin. A propos de vin, je ne saurais trop recommander Les gouttes du Dieu, série que je garde chez moi. Bref, les visions de Bacchus peuvent se laisser lire, mais si on a le choix, je suggère de préférer mes suggestions !
Sinisterra
Bec se lance dans une nouvelle série, dans un western relativement classique (tendance spaghetti un peu « adoucie » je trouve). Elle est prévue en trois tomes, et cet album introductif place bien le contexte et les présente clairement les personnages principaux : une chef de bande mexicain à la personnalité ambivalente, qui a « enlevé » l’institutrice du coin (mais en fait elle est consentante !), qui est pris en chasse par un shérif revanchard (et tout aussi ambigu) aidé d’un Texas Ranger métis (Sinisterra donc), qui lui aussi possède une personnalité difficile à cerner. Ajoutons un mystérieux cavalier, qui semble suivre notre duo de justiciers. Bec a semé quelques pistes pour le lecteur, autour du shérif, qui cache certaines choses à Sinisterra (même si je pense avoir décelé sa motivation dans la traque), autour du bandit, ou autour du passé de Sinisterra. L’ambiance fait penser à du spaghetti, mais il n’y a pas – en tout cas pour le moment – la noirceur, la violence, qui souvent accompagnent ce type de production. Le dessin est correct, dynamique, même si manquant parfois de détails, et un peu trop « taillé à la serpe » sur certains visages. Il y a semble-t-il eu des difficultés avec le dessinateur pressenti au départ, et peut-être que Giorgiani, qui l'a remplacé, a dû avoir des délais assez courts pour son travail (simples suppositions de ma part). En tout cas pour le moment je reste intrigué, mais l’intrigue doit se densifier pour maintenir rythme et intérêt. Bec reste dans du classique – pas désagréable au demeurant.
Les Tuniques Bleues
Apprendre en s'amusant, les deux "héros" sont complémentaires. Problème, je n'aime pas vraiment le dessin. Je sais bien que les aventures comiques n'ont pas forcément des personnages bien beaux, mais ils ne sont pas non plus plaisants à regarder pour leur caractère ou quoi que ce soit. C'est tout de même un problème pour lire tant d'albums ! J'en ai donc parcouru certains puis ai laissé tomber. Des années plus tard, je dirais sur le fond, et quoi qu'on puisse dénoncer la guerre, je trouve qu'il est assez peu légitime de s'en prendre à la Guerre de Sécession, parce qu'expérience de pensée : imaginons que le Nord se soit soumis à tous les désirs du Sud… Je ne vois pas pourquoi l'esclavage aurait été aboli. Je comprends le désir de placer une série aux States, sur un conflit mal connu, qui plus est, mais enfin, c'est en bonne partie par cette guerre - comme par la chasse maritime de l'Angleterre sur les navires esclavagistes - que l'esclavage a été aboli. Bien sûr, cela ne nous concerne pas directement, mais faisons un pas de plus : les Américains n'entrent pas dans la Seconde Guerre mondiale et ne débarquent pas, sans parler des Canadiens et autres. Que serait donc devenue l'Europe ? A présent que les Américains nous retirent leur protection et que nous devons songer à nous protéger nous-mêmes, la question de la nécessité de défendre sa liberté me semble une question sur laquelle on ne peut plus faire l'impasse. Rêver d'un monde sans conflit est bien agréable, mais les Ukrainiens qui ont renoncé à la bombe sont bombardés. Qui fera jamais une série sur tous ceux qui a force de rêver se sont retrouvés en enfer ? Humour noir garanti, je pense…
Les Petits Garçons
Difficile de noter cette œuvre assez atypique. Déjà, comme l'a souligné Gaston, c'est difficile de rentrer dedans lorsqu'on est pas prêt aux expressions québecoises mais surtout à l'anglais omniprésent et non-traduit, obligeant à être bilingue faute de comprendre tout. L'ensemble a une vraie justification, mais c'est brutal d'ouverture. Une fois passé le premier effet étrange, on rentre dans une BD sympathique autour de trois colocataires, dont l'une vient de revenir après un an d'absence, et enceinte de surcroit. C'est une BD en mode tranche de vie, avec trois personnages hauts en couleurs mais sympathiques, représentant une certaine jeunesse et leur vie pas tout à fait au point. Il y a des passages comiques franchement drôle, une atmosphère bon enfant et des sujets plus durs évoqués. Chacune des colocataires est attachante à sa façon, même s'il faut parfois attendre pour voir ce qui est sous la surface. Le hic c'est que la BD ne va pas spécialement quelque part et qu'elle s'arrête un peu au milieu de rien, dans un départ d'une des colocataires et sans qu'on ne sache pourquoi. Tout s'arrête soudainement, donnant l'impression d'une tranche de vie mouvementée mais un peu vaine, comme si tout revenait à sa place à la fin. C'est dommage, j'aurais apprécié une fin plus marquée sur certains aspects. Je comprends l'idée de "la vie continue", mais ça laisse un gout d'inachevé qui reste un peu trop présent en bouche. Une lecture distrayante mais pas touchante, malheureusement. Le genre de roman graphique bien fait que je vois souvent dans les rayonnages, qui se lisent et s'oublient un peu trop vite pour qu'on les trouve vraiment bon.
Ton père, ce héros
À travers d'autres œuvres comme Robinsons père & fils ou encore "Le Footballeur du dimanche", j'avais déjà pu constater à quel point Didier Tronchet est proche de son fils. Il revient une nouvelle fois sur ce thème avec cet album, qui est en réalité l'adaptation en bande dessinée d'un roman qu'il avait publié en 2006. À l'époque, son fils Antoine avait encore moins de dix ans. C'est d'ailleurs plutôt rassurant : j'aurais trouvé étrange que l'auteur revienne sur la petite enfance de son fils dans une œuvre écrite après celles où celui-ci apparaît déjà adolescent. L'album rassemble des anecdotes tirées de cette période, des réflexions d'enfant, des situations parfois cocasses ou inattendues, que Tronchet accompagne de ses propres pensées sur la paternité, son rapport à son fils, mais aussi sur la société et le temps qui passe. L'ensemble est structuré en une succession de strips courts (généralement d'une à quatre cases), avec une mise en page assez libre qui alterne entre gags en quelques cases, dessins isolés ou petites séquences. Je suis moi-même père et je me retrouve dans pas mal de réflexions de cet autre père et dans l'amour évident qu'il porte à son enfant. Il y a dans ces pages une forme de sagesse très simple, attentive aux petits riens du quotidien et à la logique parfois désarmante des enfants. Rien n'est vraiment hilarant, rien n'est particulièrement marquant non plus, mais c'est souvent amusant et régulièrement doucement touchant. L'album dégage une réelle tendresse et une authenticité qui parleront probablement à beaucoup de parents. Tronchet évoque aussi, en filigrane, les doutes du père face à sa responsabilité et la crainte de ne pas être à la hauteur. En revanche, il a parfois tendance à revenir un peu trop souvent sur la même idée : celle que ce sont les enfants qui nous apprennent la vie, davantage que l'inverse. Ce n'est sans doute pas un album majeur dans la bibliographie de Tronchet, mais c'est une lecture sympathique et sincère, qui devrait surtout trouver un écho chez les parents.
Raspoutitsa
« Raspoutitsa » est le premier album dans lequel Dimitri traite de la Seconde guerre mondiale sur le front Est (il récidivera quelques années plus tard avec un épisode postérieur, avec Kursk - Tourmente d'acier). Cette partie « historique » de son œuvre est celle que je préfère, et ici on sent que l’auteur s’investit particulièrement. Même s’il a combattu en URSS dans les rangs de l’armée allemande, son unité n’a pas atteint Stalingrad, et donc ce récit – contrairement en partie à celui de « Kursk » – n’est pas réellement autobiographique. Mais il connait bien la situation, et il est probable que plusieurs de ses amis/ou connaissances aient pu vivre l’enfer décrit. Si c’est bien un récit de guerre, ce « Raspoutitsa » ne décrit pas ou ne glorifie pas la guerre, bien au contraire. Il se déroule dans les derniers instants de la bataille de Stalingrad, puis les mois qui ont suivi (voire les années pour le dénouement), et décrit par le menu l’horreur vécue par les soldats allemands prisonniers, souffrant du froid, de la faim, dans une sorte de marche morbide vers des camps sibériens, le chemin étant jonché de cadavres. Mais c’est l’horreur de la guerre qui est dénoncée. D’ailleurs les conditions de vie/survie des soldats soviétiques qui escortent les prisonniers de la Wehrmacht ne sont pas toujours meilleures : on assiste à la marche de zombies, un struggle for life où le hasard, la folie, la force de caractère se mêlent pour « faire le tri » entre ceux qui meurent et ceux qui vont survivre, comme c’est le cas du soldat allemand que nous suivons principalement. Certes, Dimitri n’évoque pas ce que les Allemands ont fait en URSS avant d’être repoussés, mais ça n’est pas le propos ici. On reste sur une odyssée morbide, prenante.