L’album est influencé et coédité par la Cité des sciences et de l’industrie, et ça se sent. Au niveau scientifique, mais aussi le côté un peu didactique de l’ensemble. On cherche vraiment à nous faire passer des idées, et à le faire clairement.
L’album propose une narration un peu hétéroclite, décousue, mêlant informations scientifiques, enquêtes et parties plus « romancées ». Mais ce mélange fonctionne très bien. La lecture est fluide, instructive, intéressante.
Le constat est bien sûr amer. Mais les idées qui permettraient de faire évoluer les choses dans le bon sens sont développées dans la seconde moitié de l’album (pour lutter contre « l’éco-anxiété » liée à la prise de conscience des problèmes écologiques et à une sorte de stress lié à notre impuissance ressentie face aux défis.
Avec un dodo comme personnage récurrent, à la fois mascotte et commentateur, nous avons là une lecture revigorante, qui permet de faire le point sur les enjeux environnementaux – et plus largement sociétaux – qui impactent la vie de tous. Et qui sont de plus en plus négligés et recouverts par des discours hypocrites (voir Macron), voire carrément niés et attaqués (de la droite jusqu’à ses extrêmes en passant par les milieux d’affaires ou la FNSEA ou les Trumpistes où qu’ils soient).
La grande quête contre le roi démon est terminée et le groupe de héros se sépare pour reprendre le cours de sa vie. L'elfe mage Frieren, quasi immortelle, voit ses anciens compagnons humains vieillir puis disparaître et, des années plus tard, elle reprend la route pour tenter de comprendre ce qu'elle n'avait pas su percevoir à l'époque : la valeur des liens et du temps partagé.
Ce qui m'a d'abord frappé, c'est le ton très original de la série. On est loin d'un shonen d'action classique : ici, la fantasy sert surtout d'écrin à la nostalgie et à la mélancolie. L'action est souvent éludée, les combats expédiés ou relégués au second plan, au profit de chapitres presque autonomes où il ne se passe finalement pas grand-chose. On suit des rencontres, des souvenirs, des fragments de vie. Cela attise la curiosité, mais il faut accepter un rythme très lent et de nombreux épisodes contemplatifs qui forment chacun un petit récit en soi, sans enjeu dramatique majeur.
Les personnages participent à cette étrangeté. Frieren est impassible, distante, presque froide, et beaucoup gravitent autour d'elle avec la même retenue. À d'autres moments, elle et ses compagnons réagissent au contraire comme des enfants hypersensibles, ce qui crée un contraste parfois déroutant. Cette oscillation donne une identité forte à la série, mais elle rend aussi l'attachement plus difficile : je suis souvent resté à distance émotionnelle de ces personnages dont j'aurais pourtant aimé partager davantage le voyage.
Paradoxalement, les arcs plus longs composés de plusieurs chapitres successifs sont les plus accrocheurs, car ils renouent avec des codes plus typiques du shonen nekketsu : adversaires redoutables, tension plus marquée, et même une sorte de tournoi pour intégrer l'élite des mages. Là, il y a un véritable enjeu, une progression et une dynamique de groupe plus stimulante. Mais ces passages, que je trouve nettement plus prenants, ne suffisent pas à rendre l'ensemble totalement captivant, car il manque une ligne directrice forte qui donnerait en permanence envie de connaître la suite.
Au bout d'une quinzaine de tomes (la publication étant actuellement ralentie en raison de soucis de santé du ou des auteurs), je garde l'impression d'une série singulière, élégante et parfois touchante, mais trop lente, portée par des personnages un peu trop distants et dépourvue d'une tension continue suffisamment affirmée.
J'aime bien Pauline Aubry ; depuis son premier album, "Les Mutants", elle n'a de cesse de s'intéresser à l'autre, à ses travers, ses penchants, de manière très sensible, respectueuse, sans jugement.
C'est encore une fois le cas ici. Elle parle de ses deux expériences auprès de l'Hôpital Marmottan, à Paris. La première, en accompagnant une sortie "vacances" proposées à des patientes qui essaient de lutter contre leurs addictions et leurs familles. Et la deuxième quelques années plus tard, pour tenter de comprendre, d'approfondir le sujet. Et peut-être, se rend-elle compte en cours de route, pour mettre des mots sur ses démons, ses fêlures à elle. Encore une fois, elle retranscrit le témoignage des patients, des soignants, donne des pistes d'explication (notamment au niveau sanitaire, chimique) des racines de l'addiction. C'est très intéressant, elle nous livre tout ça avec ses mots à elle, sa réinterprétation, sous contrôle bien sûr de plusieurs personnes travaillant à Marmottan.
Elle a toujours ce style graphique si naïf, si expressif, qui parvient à faire passer beaucoup de choses, de par sa fragilité.
Mais une fois les 140 pages de l'album lues, il reste un goût d'inachevé, dont elle-même est consciente. On aurait aimé rentrer un peu plus dans la vie de ces patients, ce qui a provoqué, individuellement, dans leurs parcours, cette situation d'addiction dont ils tentent de sortir. On arait aimé passer plus de temps dans les différents services de l'hôpital, a plus près du quotidien des soignants et des patients. Il n'empêche qu'on a un aperçu assez significatif de l'aspect expérimental des soins prodigués dans cette structure, et qu'on aimerait bien que ce modèle soit repris ailleurs...
Ce n’est pas mon livre préféré de M. A. Mathieu... mais j’ai quand même aimé l’idée et certaines séquences de dessins. La figure humaine, les visages en particulier, restent horribles, mais c’est son style! Les jeux de mots ne sont pas mauvais... Je pense que le mystère et la mémoire de l’amitié sont le point fort de l’album, mais ils auraient pu être davantage explorés et développés.
Une BD plutôt sympathique, avec un angle original qui attire l’attention. L’ensemble est agréable à lire, bien documenté, et on sent clairement un vrai travail de recherche historique. Cela donne une base solide au récit, crédible et cohérente.
Pour autant, l’engouement autour de l’album me paraît un peu excessif. Le ton est léger du début à la fin, ce qui rend la lecture fluide et plaisante, mais limite aussi la profondeur. On reste un peu en surface, là où le sujet aurait pu permettre davantage de tension dramatique ou d’exploration des enjeux humains et politiques. L’humour fonctionne par touches, avec quelques bons mots bien sentis, mais sans provoquer de véritables éclats de rire.
Graphiquement, le dessin est en adéquation avec cette tonalité : clair, lisible, plutôt expressif, au service d’un récit accessible. Rien de révolutionnaire, mais un ensemble cohérent et maîtrisé.
Au final, une lecture agréable, intelligente sans être marquante, qui se laisse lire avec plaisir mais ne laisse pas une empreinte durable.
Mouais. Voilà une énième collection concept dirigée chez Soleil par Istin. Ils ne laissent pas passer beaucoup de créneaux !
J’ai eu l’occasion de lire les quatre premiers albums, constituant la « première saison ». Disons que je vais m’arrêter là et que je ne fais vraiment pas une priorité de découvrir les suites.
Chaque album peut se lire indépendamment. Et les équipes changent d’un album à l’autre. Le dessin fait à chaque fois le boulot, mais c’est passe-partout et pas mon truc (j’ai quand même préféré le style de dessin du quatrième tome). Mais à chaque fois le dessin manque de développement, de détails (traits des personnages et décors). Quant à colorisation, elle lisse trop et ne me convient pas généralement.
Concernant les histoires proprement dites, l’ensemble m’a globalement laissé sur ma faim.
La première se laisse lire agréablement, elle est assez bien fichue.
Dans le deuxième tome, il y a pas mal de déjà-vu, et, comme la plupart du temps dans ce type de récit, je n’ai pas du tout trouvé crédible l’énorme régression – préhistorique ! – en quelques siècles (au niveau du langage, des connaissances, des modes de vie), alors que tout semblait avoir été conservé, hormis la plupart des êtres humains. Et l’histoire elle-même n’est pas emballante.
J’ai encore moins accroché à l’histoire du troisième tome, qui m’a laissé de côté (c’est en plus sûrement l’album où le dessin m’a le moins plu).
Le quatrième tome est intéressant, jouant sur un robot « s’humanisant », découvrant sensualité et pulsions sexuelles. Un scénario que j’aurais bien vu développé chez Tabou dans une version plus hot ! Et avec une chute surprenante : c’est clairement l’histoire la plus intéressante des quatre que j’ai lues dans cette collection. C’est ce dernier album (avec le premier qui est à un degré moindre lui aussi intéressant) qui me fait arrondir aux trois étoiles. Mais sur l’ensemble de l’échantillon lu, la série m’a déçu.
Note réelle 2,5/5
Je pense que de tous les récits de guerre de Garth Ennis que j'ai lus, c'est celui-ci le meilleur.
Les auteurs remettent au goût du jour un héros que je ne connaissais pas du tout et, au vu de la qualité de l'album, je pense que c'est clair que les auteurs adorent Johnny Red et ont voulu lui rendre le meilleur hommage possible. Certes, le scénario n'est pas des plus originaux (rien que la manière dont est racontée l'histoire sent le déjà vu) et les personnages sont des archétypes avec une personnalité peu profonde, mais le scénario est efficace et j'ai bien aimé suivre les aventures de Johnny Red. Comme souvent avec Ennis il y a de bons dialogues et il y a des scènes mémorables.
Quant au dessin de Keith Burns, je pense que c'est la première fois que son travail me marque autant. C'est le point fort de l'album selon moi. C'est un type réaliste pas du tout figé et sans vie. La mise en scène est dynamique et rien qu'en regardant une page j'ai envie de lire cette bande dessinée. Je ne suis pas un grand fan d'histoires de guerre, mais celle-ci m'a bien diverti.
Dans le genre scénario complètement barré, j'avoue que là on a du lourd ! J'en étais encore à me demander quel était l'énergumène qui avait pu nous pondre un opus aussi disjoncté quand j'ai réalisé que c'était Garth Ennis, le scénariste de la série The Boys... Aaahhhhh ba oui, du coup je comprends mieux !
Avec ce oneshot fantastique, il ne déroge pas à ses habitudes et nous propose un récit où se mêle fantastique, trash, humour (noir souvent) et un petite touche de cul. Cocktail explosif s'il en est, son Freddie, s'il n'est pas Krugger, n'est pas loin de croiser régulièrement les griffes de la nuit. Son boulot ? Faire le ménage après le pétage de plombs de superstars qui sont en réalité des créatures fantastiques. Sauf qu'une fois bien parties, ça dérape sévère du côté des starlettes... Un loup garou bourré ou un extraterrestre défoncé, ça éparpille vite façon puzzle un humain pas prévenu ! Et c'est Freddie qui gère...
Il faut donc aimer les scénarios bien perchés qui défrisent pour apprécier l'album. Pour ce qui est du dessin, on retrouve le trait classique pour du comics de Mike Perkins, que j'avais découvert et apprécié avec un autre récit d'horreur : La Malédiction de Rowans. Il maitrise bien son bestiaire fantastique & Co : parfait pour l'exercice. Passé la surprise du pitch, on se surprend même à finalement trouver tout ça un peu court, les 42 pages de l'album sont vite avalées façon T-Rex !
Monsieur Léon, quinquagénaire anonyme à l'allure terne, traverse une France grise marquée par le Covid, les attestations et les gilets jaunes. Mais derrière son imperméable et son visage fermé se cache un monde intérieur foisonnant, coloré, musical, où l'imagination, la danse et l'amour pour sa voisine Sophie transforment le quotidien en comédie poétique.
J'ai trouvé le concept vraiment charmant : confronter un introverti un peu effacé à la grisaille de l'époque pour mieux faire jaillir, par contraste, une vie intérieure pleine de couleurs, d'élan et de fantaisie. Cette opposition entre extérieur morose et intériorité flamboyante fonctionne très bien visuellement et symboliquement. J'aime aussi beaucoup la relation tendre et un peu gauche qu'il entretient avec sa M'oiselle Jeanne à lui, qui évoque forcément celle de Gaston Lagaffe, avec ce mélange de pudeur, de romantisme et de décalage.
Comme toujours, j'aime vraiment beaucoup le graphisme de Julien Solé. Il est excellent, plein de détails, avec un sens du rythme et de la mise en scène très maîtrisé. Les variations de couleurs accompagnent parfaitement les états d'âme de Léon : le gris domine dans la ville anxiogène, tandis que des teintes éclatantes surgissent dès qu'il s'évade dans sa vie privée. C'est beau, inventif, et souvent très juste dans sa manière de traduire une poésie urbaine contemporaine.
En revanche, si l'album est agréable et parfois attendrissant, je ne l'ai pas trouvé vraiment drôle. J'ai souri, rarement plus. L'ensemble repose davantage sur la douceur, la fantaisie et une forme de mélancolie lumineuse que sur de véritables gags marquants. Au-delà de son charme indéniable et de son parti-pris esthétique fort, je crains que la série ait du mal à véritablement enthousiasmer les foules. Cela reste une lecture sympathique, délicate, mais qui ne m'a pas totalement embarqué.
A l'approche des élections municipales, et à l'heure où les édiles locaux sont un peu sur la sellette, notamment du fait de l'augmentation des agressions les concernant, Laurent Turpin, maire d'une petite ville des Hauts-de-France, a décidé de livrer son témoignage sur son expérience de maire d'une ville rurale.
Il détaille ainsi les différentes tâches qui lui incombent, la gestion des services publics, les travaux de voirie, les aménagements, les constructions d'infrastructures et équipements... Il est également officier de police judiciaire, psychologue, grand frère, multimillionnaire, à en croire les remarques qu'on lui fait ou les demandes qu'il reçoit. Il désacralise donc tout ça, en essayant de rester sobre et mesuré, d'autant plus que dans sa petite commune il n'y a que deux employés municipaux, une assistante et un cantonnier à temps partiel. Il est souvent seul, même s'il peut compter sur une solide équipe d'adjoints auxquels il rend hommage tout au long de l'album et en postface.
Si scénariste de BD n'est pas son premier métier, il peut compter sur l'expérience d'Olivier Berlion, qui assure le dessin avec l'aide de Christian Favrelle aux couleurs. Nul doute qu'il l'a aidé à structurer son découpage, et rendre ce témoignage sinon passionnant, du moins plutôt intéressant, notamment au sujet des à-côtés de la fonction de maire. Le dessin est plutôt sympa, très lisible, dans ce style "presque réaliste" que Berlion affûte depuis deux décennies.
C'est ma foi fort sympathique.
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Le Meilleur des deux mondes
L’album est influencé et coédité par la Cité des sciences et de l’industrie, et ça se sent. Au niveau scientifique, mais aussi le côté un peu didactique de l’ensemble. On cherche vraiment à nous faire passer des idées, et à le faire clairement. L’album propose une narration un peu hétéroclite, décousue, mêlant informations scientifiques, enquêtes et parties plus « romancées ». Mais ce mélange fonctionne très bien. La lecture est fluide, instructive, intéressante. Le constat est bien sûr amer. Mais les idées qui permettraient de faire évoluer les choses dans le bon sens sont développées dans la seconde moitié de l’album (pour lutter contre « l’éco-anxiété » liée à la prise de conscience des problèmes écologiques et à une sorte de stress lié à notre impuissance ressentie face aux défis. Avec un dodo comme personnage récurrent, à la fois mascotte et commentateur, nous avons là une lecture revigorante, qui permet de faire le point sur les enjeux environnementaux – et plus largement sociétaux – qui impactent la vie de tous. Et qui sont de plus en plus négligés et recouverts par des discours hypocrites (voir Macron), voire carrément niés et attaqués (de la droite jusqu’à ses extrêmes en passant par les milieux d’affaires ou la FNSEA ou les Trumpistes où qu’ils soient).
Frieren
La grande quête contre le roi démon est terminée et le groupe de héros se sépare pour reprendre le cours de sa vie. L'elfe mage Frieren, quasi immortelle, voit ses anciens compagnons humains vieillir puis disparaître et, des années plus tard, elle reprend la route pour tenter de comprendre ce qu'elle n'avait pas su percevoir à l'époque : la valeur des liens et du temps partagé. Ce qui m'a d'abord frappé, c'est le ton très original de la série. On est loin d'un shonen d'action classique : ici, la fantasy sert surtout d'écrin à la nostalgie et à la mélancolie. L'action est souvent éludée, les combats expédiés ou relégués au second plan, au profit de chapitres presque autonomes où il ne se passe finalement pas grand-chose. On suit des rencontres, des souvenirs, des fragments de vie. Cela attise la curiosité, mais il faut accepter un rythme très lent et de nombreux épisodes contemplatifs qui forment chacun un petit récit en soi, sans enjeu dramatique majeur. Les personnages participent à cette étrangeté. Frieren est impassible, distante, presque froide, et beaucoup gravitent autour d'elle avec la même retenue. À d'autres moments, elle et ses compagnons réagissent au contraire comme des enfants hypersensibles, ce qui crée un contraste parfois déroutant. Cette oscillation donne une identité forte à la série, mais elle rend aussi l'attachement plus difficile : je suis souvent resté à distance émotionnelle de ces personnages dont j'aurais pourtant aimé partager davantage le voyage. Paradoxalement, les arcs plus longs composés de plusieurs chapitres successifs sont les plus accrocheurs, car ils renouent avec des codes plus typiques du shonen nekketsu : adversaires redoutables, tension plus marquée, et même une sorte de tournoi pour intégrer l'élite des mages. Là, il y a un véritable enjeu, une progression et une dynamique de groupe plus stimulante. Mais ces passages, que je trouve nettement plus prenants, ne suffisent pas à rendre l'ensemble totalement captivant, car il manque une ligne directrice forte qui donnerait en permanence envie de connaître la suite. Au bout d'une quinzaine de tomes (la publication étant actuellement ralentie en raison de soucis de santé du ou des auteurs), je garde l'impression d'une série singulière, élégante et parfois touchante, mais trop lente, portée par des personnages un peu trop distants et dépourvue d'une tension continue suffisamment affirmée.
Plongée en addicto
J'aime bien Pauline Aubry ; depuis son premier album, "Les Mutants", elle n'a de cesse de s'intéresser à l'autre, à ses travers, ses penchants, de manière très sensible, respectueuse, sans jugement. C'est encore une fois le cas ici. Elle parle de ses deux expériences auprès de l'Hôpital Marmottan, à Paris. La première, en accompagnant une sortie "vacances" proposées à des patientes qui essaient de lutter contre leurs addictions et leurs familles. Et la deuxième quelques années plus tard, pour tenter de comprendre, d'approfondir le sujet. Et peut-être, se rend-elle compte en cours de route, pour mettre des mots sur ses démons, ses fêlures à elle. Encore une fois, elle retranscrit le témoignage des patients, des soignants, donne des pistes d'explication (notamment au niveau sanitaire, chimique) des racines de l'addiction. C'est très intéressant, elle nous livre tout ça avec ses mots à elle, sa réinterprétation, sous contrôle bien sûr de plusieurs personnes travaillant à Marmottan. Elle a toujours ce style graphique si naïf, si expressif, qui parvient à faire passer beaucoup de choses, de par sa fragilité. Mais une fois les 140 pages de l'album lues, il reste un goût d'inachevé, dont elle-même est consciente. On aurait aimé rentrer un peu plus dans la vie de ces patients, ce qui a provoqué, individuellement, dans leurs parcours, cette situation d'addiction dont ils tentent de sortir. On arait aimé passer plus de temps dans les différents services de l'hôpital, a plus près du quotidien des soignants et des patients. Il n'empêche qu'on a un aperçu assez significatif de l'aspect expérimental des soins prodigués dans cette structure, et qu'on aimerait bien que ce modèle soit repris ailleurs...
Le Dessin
Ce n’est pas mon livre préféré de M. A. Mathieu... mais j’ai quand même aimé l’idée et certaines séquences de dessins. La figure humaine, les visages en particulier, restent horribles, mais c’est son style! Les jeux de mots ne sont pas mauvais... Je pense que le mystère et la mémoire de l’amitié sont le point fort de l’album, mais ils auraient pu être davantage explorés et développés.
Le Royal Fondement - L'Histoire vraie de la face cachée du Roi Soleil
Une BD plutôt sympathique, avec un angle original qui attire l’attention. L’ensemble est agréable à lire, bien documenté, et on sent clairement un vrai travail de recherche historique. Cela donne une base solide au récit, crédible et cohérente. Pour autant, l’engouement autour de l’album me paraît un peu excessif. Le ton est léger du début à la fin, ce qui rend la lecture fluide et plaisante, mais limite aussi la profondeur. On reste un peu en surface, là où le sujet aurait pu permettre davantage de tension dramatique ou d’exploration des enjeux humains et politiques. L’humour fonctionne par touches, avec quelques bons mots bien sentis, mais sans provoquer de véritables éclats de rire. Graphiquement, le dessin est en adéquation avec cette tonalité : clair, lisible, plutôt expressif, au service d’un récit accessible. Rien de révolutionnaire, mais un ensemble cohérent et maîtrisé. Au final, une lecture agréable, intelligente sans être marquante, qui se laisse lire avec plaisir mais ne laisse pas une empreinte durable.
Androïdes
Mouais. Voilà une énième collection concept dirigée chez Soleil par Istin. Ils ne laissent pas passer beaucoup de créneaux ! J’ai eu l’occasion de lire les quatre premiers albums, constituant la « première saison ». Disons que je vais m’arrêter là et que je ne fais vraiment pas une priorité de découvrir les suites. Chaque album peut se lire indépendamment. Et les équipes changent d’un album à l’autre. Le dessin fait à chaque fois le boulot, mais c’est passe-partout et pas mon truc (j’ai quand même préféré le style de dessin du quatrième tome). Mais à chaque fois le dessin manque de développement, de détails (traits des personnages et décors). Quant à colorisation, elle lisse trop et ne me convient pas généralement. Concernant les histoires proprement dites, l’ensemble m’a globalement laissé sur ma faim. La première se laisse lire agréablement, elle est assez bien fichue. Dans le deuxième tome, il y a pas mal de déjà-vu, et, comme la plupart du temps dans ce type de récit, je n’ai pas du tout trouvé crédible l’énorme régression – préhistorique ! – en quelques siècles (au niveau du langage, des connaissances, des modes de vie), alors que tout semblait avoir été conservé, hormis la plupart des êtres humains. Et l’histoire elle-même n’est pas emballante. J’ai encore moins accroché à l’histoire du troisième tome, qui m’a laissé de côté (c’est en plus sûrement l’album où le dessin m’a le moins plu). Le quatrième tome est intéressant, jouant sur un robot « s’humanisant », découvrant sensualité et pulsions sexuelles. Un scénario que j’aurais bien vu développé chez Tabou dans une version plus hot ! Et avec une chute surprenante : c’est clairement l’histoire la plus intéressante des quatre que j’ai lues dans cette collection. C’est ce dernier album (avec le premier qui est à un degré moindre lui aussi intéressant) qui me fait arrondir aux trois étoiles. Mais sur l’ensemble de l’échantillon lu, la série m’a déçu. Note réelle 2,5/5
Johnny Red - The Hurricane
Je pense que de tous les récits de guerre de Garth Ennis que j'ai lus, c'est celui-ci le meilleur. Les auteurs remettent au goût du jour un héros que je ne connaissais pas du tout et, au vu de la qualité de l'album, je pense que c'est clair que les auteurs adorent Johnny Red et ont voulu lui rendre le meilleur hommage possible. Certes, le scénario n'est pas des plus originaux (rien que la manière dont est racontée l'histoire sent le déjà vu) et les personnages sont des archétypes avec une personnalité peu profonde, mais le scénario est efficace et j'ai bien aimé suivre les aventures de Johnny Red. Comme souvent avec Ennis il y a de bons dialogues et il y a des scènes mémorables. Quant au dessin de Keith Burns, je pense que c'est la première fois que son travail me marque autant. C'est le point fort de l'album selon moi. C'est un type réaliste pas du tout figé et sans vie. La mise en scène est dynamique et rien qu'en regardant une page j'ai envie de lire cette bande dessinée. Je ne suis pas un grand fan d'histoires de guerre, mais celle-ci m'a bien diverti.
Freddie l'Arrangeur
Dans le genre scénario complètement barré, j'avoue que là on a du lourd ! J'en étais encore à me demander quel était l'énergumène qui avait pu nous pondre un opus aussi disjoncté quand j'ai réalisé que c'était Garth Ennis, le scénariste de la série The Boys... Aaahhhhh ba oui, du coup je comprends mieux ! Avec ce oneshot fantastique, il ne déroge pas à ses habitudes et nous propose un récit où se mêle fantastique, trash, humour (noir souvent) et un petite touche de cul. Cocktail explosif s'il en est, son Freddie, s'il n'est pas Krugger, n'est pas loin de croiser régulièrement les griffes de la nuit. Son boulot ? Faire le ménage après le pétage de plombs de superstars qui sont en réalité des créatures fantastiques. Sauf qu'une fois bien parties, ça dérape sévère du côté des starlettes... Un loup garou bourré ou un extraterrestre défoncé, ça éparpille vite façon puzzle un humain pas prévenu ! Et c'est Freddie qui gère... Il faut donc aimer les scénarios bien perchés qui défrisent pour apprécier l'album. Pour ce qui est du dessin, on retrouve le trait classique pour du comics de Mike Perkins, que j'avais découvert et apprécié avec un autre récit d'horreur : La Malédiction de Rowans. Il maitrise bien son bestiaire fantastique & Co : parfait pour l'exercice. Passé la surprise du pitch, on se surprend même à finalement trouver tout ça un peu court, les 42 pages de l'album sont vite avalées façon T-Rex !
Monsieur Léon
Monsieur Léon, quinquagénaire anonyme à l'allure terne, traverse une France grise marquée par le Covid, les attestations et les gilets jaunes. Mais derrière son imperméable et son visage fermé se cache un monde intérieur foisonnant, coloré, musical, où l'imagination, la danse et l'amour pour sa voisine Sophie transforment le quotidien en comédie poétique. J'ai trouvé le concept vraiment charmant : confronter un introverti un peu effacé à la grisaille de l'époque pour mieux faire jaillir, par contraste, une vie intérieure pleine de couleurs, d'élan et de fantaisie. Cette opposition entre extérieur morose et intériorité flamboyante fonctionne très bien visuellement et symboliquement. J'aime aussi beaucoup la relation tendre et un peu gauche qu'il entretient avec sa M'oiselle Jeanne à lui, qui évoque forcément celle de Gaston Lagaffe, avec ce mélange de pudeur, de romantisme et de décalage. Comme toujours, j'aime vraiment beaucoup le graphisme de Julien Solé. Il est excellent, plein de détails, avec un sens du rythme et de la mise en scène très maîtrisé. Les variations de couleurs accompagnent parfaitement les états d'âme de Léon : le gris domine dans la ville anxiogène, tandis que des teintes éclatantes surgissent dès qu'il s'évade dans sa vie privée. C'est beau, inventif, et souvent très juste dans sa manière de traduire une poésie urbaine contemporaine. En revanche, si l'album est agréable et parfois attendrissant, je ne l'ai pas trouvé vraiment drôle. J'ai souri, rarement plus. L'ensemble repose davantage sur la douceur, la fantaisie et une forme de mélancolie lumineuse que sur de véritables gags marquants. Au-delà de son charme indéniable et de son parti-pris esthétique fort, je crains que la série ait du mal à véritablement enthousiasmer les foules. Cela reste une lecture sympathique, délicate, mais qui ne m'a pas totalement embarqué.
Le Petit Maire
A l'approche des élections municipales, et à l'heure où les édiles locaux sont un peu sur la sellette, notamment du fait de l'augmentation des agressions les concernant, Laurent Turpin, maire d'une petite ville des Hauts-de-France, a décidé de livrer son témoignage sur son expérience de maire d'une ville rurale. Il détaille ainsi les différentes tâches qui lui incombent, la gestion des services publics, les travaux de voirie, les aménagements, les constructions d'infrastructures et équipements... Il est également officier de police judiciaire, psychologue, grand frère, multimillionnaire, à en croire les remarques qu'on lui fait ou les demandes qu'il reçoit. Il désacralise donc tout ça, en essayant de rester sobre et mesuré, d'autant plus que dans sa petite commune il n'y a que deux employés municipaux, une assistante et un cantonnier à temps partiel. Il est souvent seul, même s'il peut compter sur une solide équipe d'adjoints auxquels il rend hommage tout au long de l'album et en postface. Si scénariste de BD n'est pas son premier métier, il peut compter sur l'expérience d'Olivier Berlion, qui assure le dessin avec l'aide de Christian Favrelle aux couleurs. Nul doute qu'il l'a aidé à structurer son découpage, et rendre ce témoignage sinon passionnant, du moins plutôt intéressant, notamment au sujet des à-côtés de la fonction de maire. Le dessin est plutôt sympa, très lisible, dans ce style "presque réaliste" que Berlion affûte depuis deux décennies. C'est ma foi fort sympathique.