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Couverture de la série Notre affaire - Une BD de combat et d'espoir
Notre affaire - Une BD de combat et d'espoir

« Notre affaire ». Voilà un titre bien choisi. Polysémique. Une affaire judiciaire hors norme, qui s’est invitée dans les conversations bien au-delà de ce qu’on aurait pu imaginer au départ, devant l’affaire dont tout le monde parlait. Notre affaire aussi, puisque ce documentaire, qui brasse pas mal de thématiques – par-delà le procès de Mazan – démontre in fine que nous sommes tous concernés par le sujet au cœur de cette affaire de viols collectifs sur Gisèle Pelicot : la place de la femme dans la société, par rapport à l’homme, etc. Les auteurs ont découpé leur documentaire en plusieurs courts chapitres. Qui reprennent les principaux moments du procès, mais aussi, surtout dans la seconde moitié de l’album, des choses plus thématiques et plus « générales ». Chaque chapitre est illustré par un dessinateur ou une dessinatrice différents. Je ne suis pas fan de ce type de changements au sein d’un même album, mais bon, l’essentiel est ici ailleurs. Le récit est intéressant et éclairant, montre bien ce que cette affaire a pu révéler de notre société (et là on retrouve le titre éclairant). Mais aussi – du moins on peut le souhaiter, tout ce que ce procès pourra faire bouger, évoluer dans le bon sens. Et il y a du boulot, si l’on en croit les déclarations de certains accusés ou de certains de leurs avocats (lunaires) ! L’album se finit par un éclairage sur la nécessité de l’éducation, dès le plus jeune âge, pour les filles et les garçons, à propos de la sexualité, et surtout de la notion de consentement. Autour d’une intervention EVARS dans un collège. J’ai été formé il y a pas mal de temps et j’intervient depuis plus de dix ans devant des collégiens en EVARS, je ne peux donc que plussoir. Mais hélas, alors qu’une certaine droite et l’extrême droite bataillent pour la vider de sa substance, et que quelques discours médiatiques l’ont mis en avant, la réalité est bien moins reluisante : aucun moyen n’est affecté, à l’heure du sabrage des moyens dans les établissements scolaires , et l’établissement où j’interviens dans ce cadre – établissement pilote en la matière – en est à se demander s’il ne va pas, faute de moyens, supprimer ces interventions (obligatoires depuis longtemps, mais que peu d’établissements proposaient dans les faits). Hypocrisie et calculs politiques vont ainsi à l’encontre des discours, de la loi, mais surtout des constations établies à la suite du procès des viols de Gisèle Pelicot. On ne peut que conclure sur Gisèle Pelicot justement, et son courage, qui permet de tenter de retourner la charge de la honte et d’encourager d’autres victimes à se signaler à la justice. Note réelle 3,5/5.

20/01/2026 (modifier)
Par Cleck
Note: 3/5
Couverture de la série Super A
Super A

Jérémie Moreau est un auteur indéniablement intéressant : un univers graphique immédiatement reconnaissable (des couleurs criardes volontiers fluo associées à un trait rond épuré déshumanisant), des thématiques sociétales (l'écologie, la famille, la place des nouvelles technologies, l'identité...) imbriquées dans des récits aux frontières du conte), un désir de jouer avec le genre et les codes de la fiction (fantastique, drame intimiste, conte, aventure, historique...). Le voir tenter l'aventure de la BD jeunesse apparaît comme une évidence, aussi j'étais fort intrigué par ce Super A. L'histoire propose dans un premier temps de décrire via la comédie une famille atypique dans laquelle les adultes aux vies ultramodernes sont bien en peine de veiller sur leurs enfants. Voilà donc notre tout jeune Aldo contraint de surveiller sa très jeune sœur Babette. Le prévisible raté de la chose sera à l'origine de transformations en super-héros. Le récit s'emballe alors d'un point de vue rythmique, visuel et s'enrichit durablement d'une thématique écologique, mais au détriment d'une relative finesse d'écriture. Une lecture assez contrastée, qui laisse en suspens bien des questions : ce visuel au mauvais goût assumé est-il une réussite ou une désagréable particularité (on pense à Saint-Elme dans ces moments-là), cette variante de super-héros est-elle artificielle et peu exploitée ou intrigante et militante, ai-je apprécié ma lecture ou suis-je davantage interpellé qu'admiratif ? Attendons le tome 2 pour trancher, ainsi que les avis des très jeunes lecteurs.

20/01/2026 (modifier)
Par gruizzli
Note: 3/5
Couverture de la série Chères élites
Chères élites

Un recueil de gags autour des élites de notre beau pays. C'est caustique, en gag unique ou en quelques planches, sur ces personnes se croyant au-dessus du monde et de tout, que ce soit politicien, élite financière ou encore élite intellectuelle. Chacun en prendra pour son grade ! Le trait de Ravard convient très bien à ce type de caricature, avec des têtes parfois reprise (Chirac, De Gaulle ...) mais aussi dans les têtes et les corps déformés, une représentation grotesque et ridicule qui va avec le récit. Comme souvent dans ce genre de BD, il y a de tout mais je dois dire que j'ai eu des éclats de rire plusieurs fois avec des détails qui font mouche et une inversion des valeurs capitalistes, l'invocation régulière de la main invisible et la croissance comme mot-clé du bonheur. De fait, on sent clairement le parti pris des auteurs mais ce n'est pas dérangeant, d'autant que loin du brulot politique, ils s'acharnent plutôt à montrer ces élites comme bêtes, immatures et infantiles. Cela dit, il est aussi clair que la BD reste en dessous d'autres satires, comme Tienstiens dans son excellent Koko n'aime pas le capitalisme & autres histoires ou les excellents Dialogues de Karibou. Je ne déconseille donc pas la lecture mais ça reste une lecture légère, amusante et distrayante qui ne franchit pas ce cap.

20/01/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 3/5
Couverture de la série Inlandsis Inlandsis
Inlandsis Inlandsis

Inlandsis Inlandsis est une série originale, étrange et visiblement ambitieuse, mais qui a aussi de quoi laisser perplexe. Le récit s'ouvre sur des pages documentaires consacrées aux conditions de vie et de travail des tout premiers scientifiques ayant passé des mois en Antarctique pour y étudier la glace. Puis l'album alterne ensuite entre plusieurs fils narratifs. Le premier suit un couple vivant à Nantes dans un futur proche marqué par un réchauffement climatique avancé et par une France gouvernée par un Etat catholique fasciste. L'homme est en situation irrégulière, sans que l'on comprenne immédiatement de quel point de vue, tandis que la femme tente de composer avec les séquelles d'un traumatisme crânien qui lui fait perdre la mémoire immédiate au bout de deux jours et demi. Elle est par ailleurs responsable du financement et de la logistique d'une expédition artistique envoyée en Antarctique. Cette expédition constitue le deuxième fil narratif : celui de deux vétérans de la bande dessinée envoyés vivre isolés dans une base polaire. L'un gère les aspects matériels du quotidien, tandis que l'autre raconte la vie du premier en BD, à travers de longs monologues intérieurs portant sur leur état d'esprit, leur rapport à la création et à la vie en général. L'ensemble est régulièrement entrecoupé de nouveaux chapitres documentaires consacrés à la découverte et à l'exploration du continent antarctique. On se retrouve ainsi face à un ensemble très dense et complexe, avec presque 300 pages pour le premier volume qui se révèle assez exigeant à lire. La mise en scène a ceci de particulier qu'elle explique très peu son contexte. En particulier, la partie consacrée au couple dans la France du futur fournit peu d'éléments explicatifs, et il faut plusieurs chapitres pour appréhender correctement leur situation et celle du monde dans lequel ils évoluent. Les dialogues eux aussi sont un peu ardus à suivre car la mise en scène montre peu qui dit quoi et l'auteur joue plutôt sur des codes de couleurs pour les bulles. Surtout, il reste difficile de cerner les intentions des auteurs, tant les trois fils narratifs semblent avoir peu de points de convergence, en dehors de leur lien avec l'Antarctique et les questions environnementales, ainsi que l'impact de la maladie de l'héroïne sur la logistique des artistes coupés du monde. Il en découle une lecture déroutante. J'ai apprécié certaines originalités, les idées liées à ce monde d'anticipation, la situation du couple et le personnage de cette femme à l'amnésie évolutive, ainsi que les passages documentaires, l'Antarctique me fascinant aussi personnellement. En revanche, le séjour polaire des deux artistes m'a nettement moins captivé et m'a paru beaucoup plus laborieux. Et au final, je ne sais toujours pas très bien où les auteurs veulent en venir, ni même si l'on finira par le comprendre clairement.

20/01/2026 (modifier)
Par Spooky
Note: 3/5
Couverture de la série Opération Moon Fire
Opération Moon Fire

Ah ça faisait longtemps que je n'avais pas lu une BD de ce genre. Xavier Bétaucourt s'est amusé à écrire une BD plutôt divertissante, qui nous emmène dans les Etats-Unis profonds des années 60, en pleine Guerre Froide, avec des complots russes, des Martiens qui débarquent et dézinguent des gens, et des Nazis qui se baladent en liberté. C'est relativement réaliste, ça ressemble beaucoup à des dizaines d'histoires ayant fleuri à cette époque, et on ne s'ennuie pas une seconde. Là où j'ai trouvé une certaine originalité, c'est dans les motivations et les justifications de certains personnages : pour en sauver un plus grand nombre de gens, on n'hésite pas à en sacrifier quelques-uns. Et si les Russes ne sont peut-être pour rien dans l'histoire, ils restent les ennemis, les adversaires, donc on ne sait jamais... Les personnages sont parfois caricaturaux (les rednecks avec des petites moustaches...) parfois pas du tout (le champion de football est loin d'être un abruti, sans pour autant être un génie), bref on passe un très bon moment, une lecture salvatrice à une époque où le complotisme profite du rayonnement des réseaux sociaux et des medias en tous genres. Olivier Perret est un dessinateur dont j'aime bien le style, il ne s'embarrasse pas de réalisme en termes de morphologie ou d'architecture, même si on sent qu'il a fait des efforts sur les voitures américaines des années 1960. En revanche l'énergie qui se détache de son dessin est réjouissante, il a un dynamisme assez sympathique, et son compère Paul Bona aux couleurs est au diapason. Sans verser dans le didactisme, c'est un album fort sympathique, qui jongle avec bonheur entre complotisme à papa et réalités politique. Les 112 pages se lisent très vite.

20/01/2026 (modifier)
Par gruizzli
Note: 3/5
Couverture de la série Stella (Bonin)
Stella (Bonin)

Je commence à connaitre Cyrille Bonin dont j'ai pu lire plusieurs œuvres. Et je trouve que cette BD est un peu dans la même veine que ce que l'auteur a déjà produit. C'est bon, mais pas inoubliable non plus. La BD est une sorte de Pygmalion mélangé avec de la réflexion sur la création, et notamment l'IA (même si la BD n'en parle pas spécifiquement). C'est une question de personnage et d'auteur, mais je trouve que l'ensemble est trop lent et manque de développement. Le retournement final est intéressante, mais laisse un peu trop de questions ouvertes. C'est une sorte de mise en abyme du personnage et de l'auteur mais je trouve que ça finit de manière trop cryptique. Par contre, il y a quelques idées intéressantes sur le personnage de l'auteur qui semble assez vieux con en dehors du monde, qui se prend à rêver d'une femme des années 50 (qu'il n'a pas connu) et qui doit confronter ses idées avec la réalité ensuite. Ça m'a évoqué "Pleasantville" avec cette image parfaitement lisse des années 50 qu'on confronte ensuite à la réalité. D'ailleurs la BD de manière globale m'a évoquée "Ruby Sparks", film sur un auteur et son personnage aussi. Maintenant, je dois dire que la BD semble inutilement longue dans son milieu, avec un moment qui oscille trop longtemps sur une idée avant que l'action ne reprenne. C'est sans doute parce que j'ai trouvé que ça n'apportait rien au récit, mais ce ventre mou est dommage, puisqu'il revient ensuite sur des bonnes idées que j'aurais aimé voir plus développé. En fin de compte, à la fin, je me suis dit que j'avais lu une BD qui est parfaitement en adéquation avec ce que j'ai lu de Cyril Bonin et qui pioche dans d'autres histoires comme Pygmalion mais à sa sauce. Sauf que je ne peux pas vraiment dire que c'est extraordinaire ou inoubliable pour le coup. C'est à lire, mais sans s'enthousiasmer trop.

20/01/2026 (modifier)
Par Canarde
Note: 3/5
Couverture de la série Sirocco
Sirocco

Un tenancier de bistro à Venise élève sa fille tout seul avec l'aide de sa propre mère. Sa fille veut devenir danseuse et sa mère ne peut plus sculpter et aprend que son cancer a repris. Tout est parfait, c'est plein d'émotion, intergénérationnel, ça fait le lien ville (Venezia, en plus) campagne (Sicile) le lien hétéro/ homo, artiste/artisan...Bref tout est pour le mieux, mais je suis restée un peu en dehors. Le lettrage numérisé manque de personnalité, les pages bicolores sont un peu artificielles et même si le trait est vif, les personnages bien caractérisés, les dialogues légers... Cette marée de bons sentiments dilue un peu le propos. Cette BD nous tend un miroir boboïsant dans lequel on peine à se reconnaître... Non, on n'a pas un bistro à Venise, ni une mère sculptrice, ni une fille qui va devenir une danseuse étoile.. Mais ça ne nous empêche pas d'être triste quand nos grand-parents meurent.

19/01/2026 (modifier)
Couverture de la série Röd i Snön
Röd i Snön

Un polar nordique. Un énième serait-on tenté de dire tant ils semblent être à la mode. Mais celui-ci est espagnol ! Un auteur espagnol donc, un dessin asse minimaliste et stylisé, des options « fantastiques » relativement soft et originales (le fantôme/double du héros – les deux dialoguant comme si de rien n’était) et un assureur en guise d’enquêteur. On a là un récit qui, doucement, semble sortir de l’ordinaire, sans jamais trop s’en éloigner en fait. Si le meurtre dont il est question est un peu bizarre et tiré par les cheveux, et si le rythme est lent, on ne s’ennuie jamais, et l’ambiance grisâtre (à peine traversée par le rouge vif du pelage d’un renard ou de la chevelure de la policière), ajoute à l’étrangeté de cette histoire, qui se laisse lire plutôt agréablement. Avec un chouette format à l’italienne (que j’apprécie), on a là un polar d’atmosphère réussi. Note réelle 3,5/5.

19/01/2026 (modifier)
Couverture de la série Dix Secondes
Dix Secondes

Je ne connais que Un Eté en apnée (Simon & Louise) (et son versant) de l’auteur, une œuvre que j’avais trouvé fort sympathique mais fugace. Avec 10 secondes, l’auteur a réussi à me faire l’effet inverse, forcément on troque les amours de jeunesse pour leur mal-être. On retrouve sa patte graphique fluide et « simple », un album qui se lit très facilement mais @#%£%!! que l’histoire (enfin surtout le héros) m’a énervé. Pourtant on a le même parcours de jeunesse (localisation, conneries, expériences …) mais sans l’ennui, l’inconscience et l’autodestruction. Il y a une certaine froideur et justesse dans la façon de raconter cette histoire mais je ne la relirais jamais. En tout cas ça suscite pas mal d’émotions (énervement, incompréhension, déprime …).

19/01/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 3/5
Couverture de la série Le Voile noir
Le Voile noir

Pauline est partie en Syrakie pour rejoindre les rangs du Grand Khalifat, mais elle ne donne plus signe de vie. L'intrépide Gina décide de suivre ses traces afin de la retrouver et de la ramener à la maison. De son côté, sa tante se lance elle aussi dans l'aventure, en se faisant passer pour un homme. Le sujet de cette BD est clairement casse-gueule : traiter de l'embrigadement djihadiste, de la condition des femmes sous Daech et de la radicalisation via les réseaux sociaux sur le mode de l'aventure humoristique, afin de dénoncer l'absurdité, la violence et les contradictions d'un système profondément inhumain. Le mélange parait presque indécent. Et pourtant, cela fonctionne plus ou moins, même si je reste partagé, oscillant entre malaise et amusement. Au dessin, on retrouve Cha, dont le style dynamique ainsi que le trait humoristique et expressif sont bien adaptés au ton du récit. J'apprécie son graphisme, qui fonctionne efficacement pour une aventure légère, avec un visuel rappelant parfois l'école de Marcinelle. Le scénario adopte un rythme rapide et ne s'encombre pas excessivement de réalisme. Il déroule avec efficacité les différentes étapes de l'embrigadement, depuis le fantasme vendu aux jeunes filles jusqu'à la réalité d'un enfermement total, fait de dépossession du corps et de la volonté. Le regard porté sur la condition féminine est sans ambiguïté, clairement féministe, et certains passages parviennent à faire sourire tout en mettant mal à l'aise. Cet humour permet parfois de rendre supportable l'insoutenable, même si l'équilibre reste fragile et ne fonctionnera pas pour tous les lecteurs. C'est là que mon avis se divise. L'humour, très caricatural et souvent potache, fait mouche par moments, notamment grâce à la bêtise des combattants du Khalifat et au personnage excessif de la tante Alice, même si celui-ci est parfois trop appuyé. Le récit oscille en permanence entre dénonciation sérieuse et farce, sans toujours trouver la bonne distance. À vouloir rester accessible, sans doute pour toucher un public adolescent, l'intrigue survole parfois ses enjeux et donne trop souvent une impression de facilité, voire de prévisibilité. Tout parait trop simple pour les héroïnes, entre coïncidences énormes et coups de chance répétés, ce qui tend à atténuer la perception du danger et de l'horreur subis par les victimes de l'Etat Islamique. J'ai donc lu une BD surprenante par le choix de son sujet et par la légèreté assumée de son traitement. Elle présente des maladresses et des limites évidentes, mais se révèle aussi sincère et courageuse dans sa tentative d'informer tout en désacralisant l'horreur par le rire et la caricature. La lecture est restée plaisante, ponctuée de quelques sourires jaunes, mais aussi d'un léger malaise persistant face à la facilité avec laquelle est abordé un cauchemar bien réel vécu par la population syrienne et par des embrigadés trompés par la propagande islamiste.

19/01/2026 (modifier)