Découvrir La Quête de l’Oiseau du Temps aujourd’hui, adulte et avec déjà beaucoup de fantasy BD derrière soi, donne probablement une lecture assez différente de celle de lecteurs qui l’ont découverte tout jeunes. On comprend immédiatement pourquoi cette série est devenue une référence fondatrice : énormément de codes de la fantasy moderne semblent partir d’ici. Le mélange d’aventure, d’humour, de mélancolie et de personnages hauts en couleur fonctionne toujours très bien, et l’ensemble reste remarquablement cohérent et maîtrisé.
Mais justement, c’est peut-être aussi ce statut “mythique” qui peut créer une attente un peu disproportionnée. J’ai trouvé la série objectivement solide bien écrite, mais sans ressentir l’immense claque que beaucoup décrivent. Avec le recul de plusieurs décennies de fantasy passées derrière elle, certaines œuvres héritières me semblent aujourd’hui aller plus loin, parfois avec plus de profondeur, de rythme ou de maîtrise narrative. On sent énormément l’influence de cette série sur tout ce qui suivra, mais ses “descendants” ont aussi eu le temps d’affiner la formule.
Le dessin participe aussi à ce décalage dans mon cas. Je reconnais totalement la qualité du travail de Loisel, l’expressivité des personnages, la richesse du monde et l’identité graphique forte. Mais découvert au XXIe siècle sans le facteur nostalgie, le style m’a paru un peu daté visuellement. Ça reste du très bon travail, mais pas forcément un dessin qui me touche personnellement aujourd’hui.
Au final, je comprends parfaitement le statut culte de la série et son importance historique dans la BD fantasy. C’est clairement une œuvre majeure du genre. Mais en lecture “froide”, plusieurs décennies plus tard, je l’ai davantage appréciée comme une pièce fondatrice essentielle que comme une œuvre qui me bouleverse réellement.
La Cathédrale des Abymes se situe presque à l’opposé total d’un Lanfeust dans le paysage de la fantasy en BD. Ici, pas de légèreté , pas d’humour et pas de récit bon-enfant : on est sur une fantasy sombre, sérieuse, très chargée visuellement et constamment dans la surenchère épique. Le récit cherche clairement le gigantisme, autant dans ses enjeux que dans sa mise en scène. Cela donne parfois un scénario un peu chaotique ou difficile à suivre, avec une densité qui peut perdre le lecteur par moments.
Au final, ce n’est pourtant pas désagréable du tout. On retrouve beaucoup d’éléments qui rappellent Arrawn dans le ton et l’approche dark fantasy, mais avec un vrai cap supplémentaire sur la partie graphique. Même si le scénario ne m’a pas laissé un souvenir impérissable avec le recul, la série compense largement par son souffle héroïque permanent, son univers extrêmement dense et surtout la variété impressionnante de ses décors, créatures, personnages et scènes. On sent qu’il y a une vraie générosité dans la proposition ; on en a clairement pour son argent.
Le dessin demande un petit temps d’adaptation mais finit par vraiment fonctionner avec l’ambiance générale. Certaines planches frôlent presque la peinture tant le travail visuel est poussé. C’est chargé, parfois excessif, mais totalement cohérent avec cette volonté de proposer une fantasy monumentale et sans retenue. Une série qui parlera surtout aux amateurs de dark fantasy épique et très illustrative plutôt qu’aux lecteurs cherchant un récit parfaitement maîtrisé ou subtil.
Nous sommes sur une planète fraîchement colonisée par ce qui reste de l'espèce humaine, une colonisation qui se fera aux dépens des autochtones. Voici pour les grandes lignes.
Maintenant, penchons-nous sur le personnage principal. L'énergumène criblé de flèches en couverture sur un élan, c'est Goetz, un bâtard né d'une mère terrienne et d'un seigneur local. Que dire de plus sur ce Goetz ? Ben... c'est une ordure de la pire espèce, sans une once de bonté, un guerrier sanguinaire et redouté.
Vous allez me dire, encore un album violent qui ne réjouira que les inconditionnels de sang, de lutte de pouvoir et de batailles. Y a de ça, mais pas que. Ce « Goetz » se veut philosophique aussi, étant donné qu'il s'inspire d'une pièce de Jean-Paul Sartre : le diable et le bon dieu, une œuvre ayant un reître, inspiré de Gotz von Berlichingen, pendant la guerre des paysans allemands au XVIe siècle. Fane transpose l'œuvre originale sur une planète lointaine en associant science-fiction et fantasy, mais c'est bien cette dernière qui prend le dessus. Une BD avec une portée philosophique sur le faux dilemme entre le bien et le mal. La liberté (la vraie) ne serait-elle pas notre bien le plus précieux ? Mais aussi une BD qui fait écho à l'actualité (et à de nombreux autres faits historiques), le vol des terres et de ses matières premières par tous les moyens.
Un album ambitieux qui ne m'a pas totalement convaincu, je suis resté perplexe devant le revirement à 180 degrés de Goetz en quelques cases (son passage du pire des salauds en bon samaritain). De plus, la fluidité de la narration n'est pas toujours au rendez-vous et les personnages manquent de crédibilité par moment. Des reproches qui n'empêchent pas la réflexion, même si cela est trop léger à mon goût.
J'ai apprécié le travail de Didier Cassegrain, en particulier sur la partie Fantasy où son trait puissant et sale est un régal. Un petit bémol sur les décors, ils sont souvent minimalistes.
Les dernières pages sont dédiées à une interview de Fane sur la genèse de son "Goetz".
Un album qui mérite un petit détour.
Cette adaptation de Bilbo le Hobbit a clairement pris un coup de vieux, autant dans sa narration que dans son approche très illustrative de la BD. Le récit est souvent beaucoup trop verbeux, avec d'immenses pavés de texte qui ralentissent énormément le rythme et donnent parfois davantage l'impression d'un livre illustré qu'une véritable bande dessinée. Certaines séquences paraissent interminables, et l'ensemble manque souvent de souffle ou de dynamisme, surtout aujourd'hui après toutes les adaptations plus modernes de l'univers de Tolkien.
Le dessin de David Wenzel paraît daté, parfois figé, mais il dégage quelque chose de très britannique et très "jeunesse illustrée" qui m'a rappelé certains livres pour enfants que je lisais quand j'étais jeune en Angleterre (en séjours linguistiques). Les couleurs pastel, les visages expressifs, les paysages presque féériques et cette ambiance un peu naïve donnent au voyage de Bilbo une tonalité rêveuse qui colle bien à l'esprit du roman d'origine. Tout n'est pas réussi pour autant : certains designs de personnages ont vieilli, les nains manquent parfois de personnalité visuelle, et plusieurs passages auraient gagné à être raccourcis ou mieux rythmés.
Pourtant, malgré tous ces défauts, je n'arrive pas à être réellement sévère avec cette version. Déjà parce que j'ai une vraie tendresse pour cette histoire de Tolkien, avec ce mélange d'aventure, de merveilleux et de douceur. Mais aussi parce que cette adaptation possède un charme très particulier que j'ai plutôt apprécié. Évidemment, la fidélité assez stricte au texte de Tolkien a aussi son revers : la BD croule sous les descriptions et les cartouches narratifs, au point que certaines pages deviennent franchement lourdes à lire. Mais paradoxalement, c'est aussi ce qui lui donne ce côté ancien livre illustré que je trouve assez réconfortant.
C'est pourquoi, malgré ces longueurs, ce côté trop verbeux et ce classicisme très marqué, j'éprouve trop de tendresse pour cette adaptation pour lui mettre une moins bonne note.
Après lecture des deux tomes parus, je reste sur un ressenti mitigé.
En fait, au vu des premières pages, je m’attendais à quelque chose de plus drôle. Car il y a de bonnes idées, quelques dialogues, gags, situations qui font mouche, et qui permettent, grâce à certains décalages, anachronismes, de suivre plaisamment les aventures de ces « agents secrets » moyenâgeux.
Mais dans l’ensemble c’est inégal – au niveau de l’humour et du rythme – et peine à entretenir sur la durée ce que j’avais entrevu au début. Du loufoque parfois pas forcément drôle et quelques longueurs, c’est dommage.
Ça reste lisible, pas désagréable, mais ça me laisse avec l’impression d’un potentiel pas exploité au maximum. Sympathique, un peu frustrant.
N’ayant pas lu le roman auparavant, j’ai surtout découvert ici une œuvre de guerre très sombre, volontairement dérangeante et parfois assez insaisissable. On ne sait pas toujours exactement où le scénario veut nous emmener, mais c’est probablement aussi ce qui fait une partie de sa force. Le récit laisse souvent songeur et propose une vision particulièrement froide, dure et parfois gratuite de l’humain en temps de guerre.
Le scénario fonctionne davantage par tableaux successifs que par véritable fil rouge parfaitement structuré. Certaines scènes semblent presque divaguer autour du thème de la guerre et de la déchéance humaine plutôt que construire un récit totalement maîtrisé. Cela crée parfois quelques incohérences ou une impression de flottement narratif, même si cela participe aussi au malaise général recherché.
Graphiquement, le travail de Yslaire colle parfaitement au propos. Le dessin est cru, rugueux et très terne, avec quelques touches de couleurs bien utilisées pour donner de la profondeur et renforcer l’atmosphère glaciale du récit. Les visages sont expressifs, légèrement caricaturaux sans excès, et les faciès des personnages correspondent très bien à cet univers moralement sale et étouffant.
Delcourt développe sa collection des « reines de sang » et trouve tout naturellement dans les premiers temps de l’Empire romain des personnalités à même de l’intégrer. Sont d’ailleurs publiées quasiment en même temps trois séries, sur trois femmes contemporaines, Poppée, Agrippine, et donc cette Messaline (toutes ces séries ayant au scénario Luca Blengino).
Et d’ailleurs Agrippine apparait très souvent dans cet album – et joue un rôle central dans la chute de Messaline.
Si Messaline n’a été que peu longtemps au sommet de l’État – à partir du moment où son mari Claude devient empereur, elle appartient aux cercles du pouvoir, via sa famille, dès son plus jeune âge, et elle a été la maîtresse de Caligula.
Si Blengino nous la présente au départ pas mal ballottée par les événements, rapidement elle prend de l’assurance et, pour mieux contrôler le pouvoir qu’elle possède – même par procuration – et satisfaire ses besoins – sexuels par exemple – elle va plonger dans une surenchère d’assassinat, ce qui justifie sa présence dans la collection.
La biographie est bouclée en un tome (3 seront consacrés à Agrippine), ce qui montre le passage éphémère au sommet de l’État. L’album se laisse lire, plutôt agréablement, et le personnage de Messaline reste ambivalent. Presque attachant même, malgré le sang qu’elle a sur les mains.
La fin de l’album sert presque d’introduction à la série sur Agrippine…
Dessin et colorisation font honnêtement le travail, le rendu est suffisamment précis et agréable pour bien accompagner cette plongée dans les turpitudes du 1er siècle, durant lequel les empereurs se succèdent très rapidement – les impératrices aussi donc…
J’arrondis aux trois étoiles parce que ce témoignage est important et permet de découvrir l’horreur occultée par les médias et autres politiques ou « people » (Rachida Dati ou Jamel Debbouzze par exemple) lorsqu’il s’agit d’évoquer la monarchie marocaine. Un bagne dans lequel ont été emmurés et torturés psychologiquement des centaines de personnes, désignées comme opposants.
L’album s’inspire du récit de l’un d’eux, embarqué à son insu dans une tentative de coup d’État assez foireux, et qui a passé de très nombreuses années dans le bagne de Tazmamart perdu dans le Sahara (secret, inconnu des cartes).
On suit la coup d’État, puis l’arrestation, la torture et l’incarcération. Le personnage principal survit, jusqu’à ce que, des informations ayant filtré à l’étranger, le pouvoir décide de fermer ce bagne et de faire sortir les quelques survivants. Notre héros malgré lui a pu tenir en partie grâce à un oiseau, qu’il a secrètement recueilli, soigné et nourri, cet oiseau devenant pour les détenus un espoir.
Hélas, le récit manque de souffle, la narration comme le dessin sont un peu ternes, ça manque de dynamisme. Mais le sujet sauve l’ensemble et maintient l’intérêt (de toute façon l’album se lit très vite).
Note réelle 2,5/5.
Pour ma part, j’ai trouvé ça vraiment sympa et agréable à suivre, très classe dans sa réalisation.
D’abord une belle qualité d’édition : le format et le touché de l’album font honneur (bon après c’est pas le prix le plus abordable non plus ;)
L’intérieur l’est tout autant, peut être le meilleur lu de Richard Guérineau, c’est parfaitement orchestré et lisible : construction, trait et couleurs (ça change des Stryges tiens !!). J’aime le soin apporté à ses planches.
Et enfin le récit, même si pour l’instant ce dernier se révèle relativement convenu pour l’époque, l’ensemble est bien amené et je suis vraiment rempli d’optimisme pour la suite.
La narration ne m’a pas gêné, bien au contraire, ça demande un peu d’attention sur les noms mais j’aime bien l’idée de cette correspondance en fond, ça ajoute du charme et j’espère que l’identité de Mme de *** surprendra.
Une bonne entrée en matière pour cette trilogie annoncée, je comprends les réserves de mes prédécesseurs mais bizarrement je suis absolument confiant et serein pour le fin mot de l’histoire.
MàJ tome 3 :
Alors que je partais plutôt confiant, la suite m’a moins enthousiasmé. La réalisation n’est pas en cause, c’est toujours aux petits oignons.
La faute vient de la localisation, je ne raffole pas des aventures dans le nouveau monde, ça m’avait déjà fait ça avec "Plume au vent". Mon intérêt c’est donc doucement délité, ne faisant plus beaucoup d’effort à suivre ce petit monde, mauvais choix car j’ai fini ma lecture un peu perplexe. Après une parenthèse de l’autre côté de l’océan qui ne m’a pas emballé, le retour et le fin mot en France m’a un peu perdu. Ce n’est pas vraiment la fin ni la révélation attendu, que ce soit pour la série ou un cycle.
Il y a sans doute un truc qui m’a échappé (ou alors c’est pas une trilogie ?), mais en l’état mon plaisir de lecture était moindre.
Ça reste une œuvre bien réalisée et qui mérite certainement davantage d’attention que j’ai pu lui donner pour savourer tout son sel.
Ca faisait plusieurs jours que j'avais fini de lire cette BD et que j'attendais pour l'aviser. Il faut dire que je ne suis pas sur de mon avis, qui est mitigé, tout comme celui de grogro.
J'aime beaucoup le duo Radice-Turconi qui ont réussi de très belles BD et que j'ai apprécié de suivre à chaque fois. Ici, la BD est tournée autour d'une figure de sorcière (encore, dirais-je) mais pour une fois en proie à l'inquisition dans le bon siècle, c'est déjà ça ! D'ailleurs la partie historique est oscillante, mais avec au moins un intérêt, celui de mêler dans le récit de nombreux tableaux classiques (que je ne prétendrais pas avoir tous reconnus) de l'art flamand et aussi des paysages de France qui sentent bon les récits de capes et d'épée. L'ensemble est très beau à voir, avec de nombreux passages plus lents qui font profiter du dessin, un petit régal.
Niveau histoire, c'est plus complexe. On a un mélange entre la traque d'une sorcière, un récit à la Faust de pacte démoniaque et un commentaire sur l'obscurantisme religieux qui s'oppose aux rebouteuses des campagnes. Un cliché légèrement éculé et à contre-courant des faits historiques, mais bon, disons que c'est pour enfant. Et c'est d'ailleurs ce que je retiens surtout de la BD : c'est léger, un peu trop, mignon, un peu trop. Enfantin, en somme, qui plaira sans doute aux plus jeunes (collèges) avec des bons sentiments et des résolutions un peu facile. A ce niveau, je trouve qu'il y a un faux air de Disney dans l'ensemble du récit : les nobles personnages paternalistes, les méchants rigolos et légèrement inquiétant, le récit qui oscille autour des figures familiales ... D'ailleurs la fin est un peu décevante et m'a assez moyennement convaincu. Ce n'est pas mauvais, c'est plutôt simple, trop simple.
En fait je crois que la BD a cherché à faire beaucoup de choses en peu de temps, dans un récit qui voulait surtout être beau et prendre son temps. Quelque part j'aurais apprécié une plus longue dissertation sur les plantes médicinales dans un siècle où la démocratisation de l'imprimerie permet de transmettre plus vite des savoirs aussi précieux, mais le récit est en deux parties assez mal équilibrées qui se finissent sur une certaine résolution qui ne m'a jamais semblé centrale à l'histoire. Bref, un récit plein de bons sentiments, une histoire bancale et un très beau dessin, dans un ensemble qui me parait destinée bien plus aux enfants. Donc je ne recommande pas spécialement, dommage !
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La Quête de l'Oiseau du Temps
Découvrir La Quête de l’Oiseau du Temps aujourd’hui, adulte et avec déjà beaucoup de fantasy BD derrière soi, donne probablement une lecture assez différente de celle de lecteurs qui l’ont découverte tout jeunes. On comprend immédiatement pourquoi cette série est devenue une référence fondatrice : énormément de codes de la fantasy moderne semblent partir d’ici. Le mélange d’aventure, d’humour, de mélancolie et de personnages hauts en couleur fonctionne toujours très bien, et l’ensemble reste remarquablement cohérent et maîtrisé. Mais justement, c’est peut-être aussi ce statut “mythique” qui peut créer une attente un peu disproportionnée. J’ai trouvé la série objectivement solide bien écrite, mais sans ressentir l’immense claque que beaucoup décrivent. Avec le recul de plusieurs décennies de fantasy passées derrière elle, certaines œuvres héritières me semblent aujourd’hui aller plus loin, parfois avec plus de profondeur, de rythme ou de maîtrise narrative. On sent énormément l’influence de cette série sur tout ce qui suivra, mais ses “descendants” ont aussi eu le temps d’affiner la formule. Le dessin participe aussi à ce décalage dans mon cas. Je reconnais totalement la qualité du travail de Loisel, l’expressivité des personnages, la richesse du monde et l’identité graphique forte. Mais découvert au XXIe siècle sans le facteur nostalgie, le style m’a paru un peu daté visuellement. Ça reste du très bon travail, mais pas forcément un dessin qui me touche personnellement aujourd’hui. Au final, je comprends parfaitement le statut culte de la série et son importance historique dans la BD fantasy. C’est clairement une œuvre majeure du genre. Mais en lecture “froide”, plusieurs décennies plus tard, je l’ai davantage appréciée comme une pièce fondatrice essentielle que comme une œuvre qui me bouleverse réellement.
La Cathédrale des Abymes
La Cathédrale des Abymes se situe presque à l’opposé total d’un Lanfeust dans le paysage de la fantasy en BD. Ici, pas de légèreté , pas d’humour et pas de récit bon-enfant : on est sur une fantasy sombre, sérieuse, très chargée visuellement et constamment dans la surenchère épique. Le récit cherche clairement le gigantisme, autant dans ses enjeux que dans sa mise en scène. Cela donne parfois un scénario un peu chaotique ou difficile à suivre, avec une densité qui peut perdre le lecteur par moments. Au final, ce n’est pourtant pas désagréable du tout. On retrouve beaucoup d’éléments qui rappellent Arrawn dans le ton et l’approche dark fantasy, mais avec un vrai cap supplémentaire sur la partie graphique. Même si le scénario ne m’a pas laissé un souvenir impérissable avec le recul, la série compense largement par son souffle héroïque permanent, son univers extrêmement dense et surtout la variété impressionnante de ses décors, créatures, personnages et scènes. On sent qu’il y a une vraie générosité dans la proposition ; on en a clairement pour son argent. Le dessin demande un petit temps d’adaptation mais finit par vraiment fonctionner avec l’ambiance générale. Certaines planches frôlent presque la peinture tant le travail visuel est poussé. C’est chargé, parfois excessif, mais totalement cohérent avec cette volonté de proposer une fantasy monumentale et sans retenue. Une série qui parlera surtout aux amateurs de dark fantasy épique et très illustrative plutôt qu’aux lecteurs cherchant un récit parfaitement maîtrisé ou subtil.
Goetz
Nous sommes sur une planète fraîchement colonisée par ce qui reste de l'espèce humaine, une colonisation qui se fera aux dépens des autochtones. Voici pour les grandes lignes. Maintenant, penchons-nous sur le personnage principal. L'énergumène criblé de flèches en couverture sur un élan, c'est Goetz, un bâtard né d'une mère terrienne et d'un seigneur local. Que dire de plus sur ce Goetz ? Ben... c'est une ordure de la pire espèce, sans une once de bonté, un guerrier sanguinaire et redouté. Vous allez me dire, encore un album violent qui ne réjouira que les inconditionnels de sang, de lutte de pouvoir et de batailles. Y a de ça, mais pas que. Ce « Goetz » se veut philosophique aussi, étant donné qu'il s'inspire d'une pièce de Jean-Paul Sartre : le diable et le bon dieu, une œuvre ayant un reître, inspiré de Gotz von Berlichingen, pendant la guerre des paysans allemands au XVIe siècle. Fane transpose l'œuvre originale sur une planète lointaine en associant science-fiction et fantasy, mais c'est bien cette dernière qui prend le dessus. Une BD avec une portée philosophique sur le faux dilemme entre le bien et le mal. La liberté (la vraie) ne serait-elle pas notre bien le plus précieux ? Mais aussi une BD qui fait écho à l'actualité (et à de nombreux autres faits historiques), le vol des terres et de ses matières premières par tous les moyens. Un album ambitieux qui ne m'a pas totalement convaincu, je suis resté perplexe devant le revirement à 180 degrés de Goetz en quelques cases (son passage du pire des salauds en bon samaritain). De plus, la fluidité de la narration n'est pas toujours au rendez-vous et les personnages manquent de crédibilité par moment. Des reproches qui n'empêchent pas la réflexion, même si cela est trop léger à mon goût. J'ai apprécié le travail de Didier Cassegrain, en particulier sur la partie Fantasy où son trait puissant et sale est un régal. Un petit bémol sur les décors, ils sont souvent minimalistes. Les dernières pages sont dédiées à une interview de Fane sur la genèse de son "Goetz". Un album qui mérite un petit détour.
Bilbo le Hobbit
Cette adaptation de Bilbo le Hobbit a clairement pris un coup de vieux, autant dans sa narration que dans son approche très illustrative de la BD. Le récit est souvent beaucoup trop verbeux, avec d'immenses pavés de texte qui ralentissent énormément le rythme et donnent parfois davantage l'impression d'un livre illustré qu'une véritable bande dessinée. Certaines séquences paraissent interminables, et l'ensemble manque souvent de souffle ou de dynamisme, surtout aujourd'hui après toutes les adaptations plus modernes de l'univers de Tolkien. Le dessin de David Wenzel paraît daté, parfois figé, mais il dégage quelque chose de très britannique et très "jeunesse illustrée" qui m'a rappelé certains livres pour enfants que je lisais quand j'étais jeune en Angleterre (en séjours linguistiques). Les couleurs pastel, les visages expressifs, les paysages presque féériques et cette ambiance un peu naïve donnent au voyage de Bilbo une tonalité rêveuse qui colle bien à l'esprit du roman d'origine. Tout n'est pas réussi pour autant : certains designs de personnages ont vieilli, les nains manquent parfois de personnalité visuelle, et plusieurs passages auraient gagné à être raccourcis ou mieux rythmés. Pourtant, malgré tous ces défauts, je n'arrive pas à être réellement sévère avec cette version. Déjà parce que j'ai une vraie tendresse pour cette histoire de Tolkien, avec ce mélange d'aventure, de merveilleux et de douceur. Mais aussi parce que cette adaptation possède un charme très particulier que j'ai plutôt apprécié. Évidemment, la fidélité assez stricte au texte de Tolkien a aussi son revers : la BD croule sous les descriptions et les cartouches narratifs, au point que certaines pages deviennent franchement lourdes à lire. Mais paradoxalement, c'est aussi ce qui lui donne ce côté ancien livre illustré que je trouve assez réconfortant. C'est pourquoi, malgré ces longueurs, ce côté trop verbeux et ce classicisme très marqué, j'éprouve trop de tendresse pour cette adaptation pour lui mettre une moins bonne note.
Les Mantes Religieuses
Après lecture des deux tomes parus, je reste sur un ressenti mitigé. En fait, au vu des premières pages, je m’attendais à quelque chose de plus drôle. Car il y a de bonnes idées, quelques dialogues, gags, situations qui font mouche, et qui permettent, grâce à certains décalages, anachronismes, de suivre plaisamment les aventures de ces « agents secrets » moyenâgeux. Mais dans l’ensemble c’est inégal – au niveau de l’humour et du rythme – et peine à entretenir sur la durée ce que j’avais entrevu au début. Du loufoque parfois pas forcément drôle et quelques longueurs, c’est dommage. Ça reste lisible, pas désagréable, mais ça me laisse avec l’impression d’un potentiel pas exploité au maximum. Sympathique, un peu frustrant.
La Neige était sale
N’ayant pas lu le roman auparavant, j’ai surtout découvert ici une œuvre de guerre très sombre, volontairement dérangeante et parfois assez insaisissable. On ne sait pas toujours exactement où le scénario veut nous emmener, mais c’est probablement aussi ce qui fait une partie de sa force. Le récit laisse souvent songeur et propose une vision particulièrement froide, dure et parfois gratuite de l’humain en temps de guerre. Le scénario fonctionne davantage par tableaux successifs que par véritable fil rouge parfaitement structuré. Certaines scènes semblent presque divaguer autour du thème de la guerre et de la déchéance humaine plutôt que construire un récit totalement maîtrisé. Cela crée parfois quelques incohérences ou une impression de flottement narratif, même si cela participe aussi au malaise général recherché. Graphiquement, le travail de Yslaire colle parfaitement au propos. Le dessin est cru, rugueux et très terne, avec quelques touches de couleurs bien utilisées pour donner de la profondeur et renforcer l’atmosphère glaciale du récit. Les visages sont expressifs, légèrement caricaturaux sans excès, et les faciès des personnages correspondent très bien à cet univers moralement sale et étouffant.
Messaline - La Déesse aux miroirs
Delcourt développe sa collection des « reines de sang » et trouve tout naturellement dans les premiers temps de l’Empire romain des personnalités à même de l’intégrer. Sont d’ailleurs publiées quasiment en même temps trois séries, sur trois femmes contemporaines, Poppée, Agrippine, et donc cette Messaline (toutes ces séries ayant au scénario Luca Blengino). Et d’ailleurs Agrippine apparait très souvent dans cet album – et joue un rôle central dans la chute de Messaline. Si Messaline n’a été que peu longtemps au sommet de l’État – à partir du moment où son mari Claude devient empereur, elle appartient aux cercles du pouvoir, via sa famille, dès son plus jeune âge, et elle a été la maîtresse de Caligula. Si Blengino nous la présente au départ pas mal ballottée par les événements, rapidement elle prend de l’assurance et, pour mieux contrôler le pouvoir qu’elle possède – même par procuration – et satisfaire ses besoins – sexuels par exemple – elle va plonger dans une surenchère d’assassinat, ce qui justifie sa présence dans la collection. La biographie est bouclée en un tome (3 seront consacrés à Agrippine), ce qui montre le passage éphémère au sommet de l’État. L’album se laisse lire, plutôt agréablement, et le personnage de Messaline reste ambivalent. Presque attachant même, malgré le sang qu’elle a sur les mains. La fin de l’album sert presque d’introduction à la série sur Agrippine… Dessin et colorisation font honnêtement le travail, le rendu est suffisamment précis et agréable pour bien accompagner cette plongée dans les turpitudes du 1er siècle, durant lequel les empereurs se succèdent très rapidement – les impératrices aussi donc…
L'Oiseau de Tazmamart
J’arrondis aux trois étoiles parce que ce témoignage est important et permet de découvrir l’horreur occultée par les médias et autres politiques ou « people » (Rachida Dati ou Jamel Debbouzze par exemple) lorsqu’il s’agit d’évoquer la monarchie marocaine. Un bagne dans lequel ont été emmurés et torturés psychologiquement des centaines de personnes, désignées comme opposants. L’album s’inspire du récit de l’un d’eux, embarqué à son insu dans une tentative de coup d’État assez foireux, et qui a passé de très nombreuses années dans le bagne de Tazmamart perdu dans le Sahara (secret, inconnu des cartes). On suit la coup d’État, puis l’arrestation, la torture et l’incarcération. Le personnage principal survit, jusqu’à ce que, des informations ayant filtré à l’étranger, le pouvoir décide de fermer ce bagne et de faire sortir les quelques survivants. Notre héros malgré lui a pu tenir en partie grâce à un oiseau, qu’il a secrètement recueilli, soigné et nourri, cet oiseau devenant pour les détenus un espoir. Hélas, le récit manque de souffle, la narration comme le dessin sont un peu ternes, ça manque de dynamisme. Mais le sujet sauve l’ensemble et maintient l’intérêt (de toute façon l’album se lit très vite). Note réelle 2,5/5.
L'Ombre des Lumières
Pour ma part, j’ai trouvé ça vraiment sympa et agréable à suivre, très classe dans sa réalisation. D’abord une belle qualité d’édition : le format et le touché de l’album font honneur (bon après c’est pas le prix le plus abordable non plus ;) L’intérieur l’est tout autant, peut être le meilleur lu de Richard Guérineau, c’est parfaitement orchestré et lisible : construction, trait et couleurs (ça change des Stryges tiens !!). J’aime le soin apporté à ses planches. Et enfin le récit, même si pour l’instant ce dernier se révèle relativement convenu pour l’époque, l’ensemble est bien amené et je suis vraiment rempli d’optimisme pour la suite. La narration ne m’a pas gêné, bien au contraire, ça demande un peu d’attention sur les noms mais j’aime bien l’idée de cette correspondance en fond, ça ajoute du charme et j’espère que l’identité de Mme de *** surprendra. Une bonne entrée en matière pour cette trilogie annoncée, je comprends les réserves de mes prédécesseurs mais bizarrement je suis absolument confiant et serein pour le fin mot de l’histoire. MàJ tome 3 : Alors que je partais plutôt confiant, la suite m’a moins enthousiasmé. La réalisation n’est pas en cause, c’est toujours aux petits oignons. La faute vient de la localisation, je ne raffole pas des aventures dans le nouveau monde, ça m’avait déjà fait ça avec "Plume au vent". Mon intérêt c’est donc doucement délité, ne faisant plus beaucoup d’effort à suivre ce petit monde, mauvais choix car j’ai fini ma lecture un peu perplexe. Après une parenthèse de l’autre côté de l’océan qui ne m’a pas emballé, le retour et le fin mot en France m’a un peu perdu. Ce n’est pas vraiment la fin ni la révélation attendu, que ce soit pour la série ou un cycle. Il y a sans doute un truc qui m’a échappé (ou alors c’est pas une trilogie ?), mais en l’état mon plaisir de lecture était moindre. Ça reste une œuvre bien réalisée et qui mérite certainement davantage d’attention que j’ai pu lui donner pour savourer tout son sel.
Avila
Ca faisait plusieurs jours que j'avais fini de lire cette BD et que j'attendais pour l'aviser. Il faut dire que je ne suis pas sur de mon avis, qui est mitigé, tout comme celui de grogro. J'aime beaucoup le duo Radice-Turconi qui ont réussi de très belles BD et que j'ai apprécié de suivre à chaque fois. Ici, la BD est tournée autour d'une figure de sorcière (encore, dirais-je) mais pour une fois en proie à l'inquisition dans le bon siècle, c'est déjà ça ! D'ailleurs la partie historique est oscillante, mais avec au moins un intérêt, celui de mêler dans le récit de nombreux tableaux classiques (que je ne prétendrais pas avoir tous reconnus) de l'art flamand et aussi des paysages de France qui sentent bon les récits de capes et d'épée. L'ensemble est très beau à voir, avec de nombreux passages plus lents qui font profiter du dessin, un petit régal. Niveau histoire, c'est plus complexe. On a un mélange entre la traque d'une sorcière, un récit à la Faust de pacte démoniaque et un commentaire sur l'obscurantisme religieux qui s'oppose aux rebouteuses des campagnes. Un cliché légèrement éculé et à contre-courant des faits historiques, mais bon, disons que c'est pour enfant. Et c'est d'ailleurs ce que je retiens surtout de la BD : c'est léger, un peu trop, mignon, un peu trop. Enfantin, en somme, qui plaira sans doute aux plus jeunes (collèges) avec des bons sentiments et des résolutions un peu facile. A ce niveau, je trouve qu'il y a un faux air de Disney dans l'ensemble du récit : les nobles personnages paternalistes, les méchants rigolos et légèrement inquiétant, le récit qui oscille autour des figures familiales ... D'ailleurs la fin est un peu décevante et m'a assez moyennement convaincu. Ce n'est pas mauvais, c'est plutôt simple, trop simple. En fait je crois que la BD a cherché à faire beaucoup de choses en peu de temps, dans un récit qui voulait surtout être beau et prendre son temps. Quelque part j'aurais apprécié une plus longue dissertation sur les plantes médicinales dans un siècle où la démocratisation de l'imprimerie permet de transmettre plus vite des savoirs aussi précieux, mais le récit est en deux parties assez mal équilibrées qui se finissent sur une certaine résolution qui ne m'a jamais semblé centrale à l'histoire. Bref, un récit plein de bons sentiments, une histoire bancale et un très beau dessin, dans un ensemble qui me parait destinée bien plus aux enfants. Donc je ne recommande pas spécialement, dommage !