L’album a été sèchement cueilli par les premiers avis. Mais la couverture me faisait de l’œil, et j’ai donc emprunté ce tome inaugural.
S’il m’a laissé un peu frustré et sur ma faim, je vais quand même être moins dur que les premiers aviseurs.
D’abord parce que le dessin est « joli ».
La colorisation manque elle sans doute de nuance, mais est aussi globalement agréable.
En tout cas l’habillage d’ensemble est agréable, avec un univers qui fait penser à un moyen-âge fantasmé d’Europe orientale, et des bestioles « fantastiques » originale, intrigante.
C’est d’ailleurs l’intrigue qui est intrigante, qui donne envie d’en savoir plus, et ce dès le départ.
Mais voilà, avec une pagination pourtant conséquente (près de 110 pages), j’ai trouvé que l’intrigue n’avait pas beaucoup avancé « globalement » (il en est autrement pour les relations entretenues par plusieurs personnages – relation homosexuelle qu’on voit arriver très en amont). Ça s’étire, le rythme est lent, et l’univers n’est pas très développé finalement. Je ne sais pas combien de tomes sont prévus, mais j’espérais en savoir plus sur les deux côtés du « mur », sur ce qui s’était passé avant la séparation des deux mondes, et surtout sur ces animaux fantastiques et redoutés.
A voir donc pour la suite, mais il faudra sans doute resserrer l’intrigue et lui donner davantage de rythme, le lecteur que je suis ayant le sentiment qu’un certain potentiel n’est pas exploité.
Note réelle 2,5/5.
Une BD dans l'air du temps, même si elle est sortie pré-covid, sur la nécessité de ralentir dans une société de plus en plus rapide en tout, où plus personne n'a le temps et que l'on fonce partout, tout le temps, au plus vite.
Autant dire que je suis assez d'accord avec les bases de cette BD, à savoir qu'on a besoin de temps pour nous, que rien ne remplacera les relations humaines en direct et que l'on vit dans un monde qui ne sait souvent pas prendre le temps de simplement s'arrêter. Mais encore une fois, ce n'est pas parce que je suis en accord avec la BD qu'elle va forcément me plaire. Et là, c'est une BD qui manque un peu de peps dans son développement.
L'histoire est assez classique dans le récit : lui, engoncé dans sa routine, costard et cravate, commercial toujours sur les routes et en mouvement, sacrifiant tout à son travail. Elle, libre et jeune, engagée et déconnectée, prônant le temps pour soi et le contact humain. Ils se rencontrent, ne s'apprécient pas mais surpris par les évènements vont se retrouver bien malgré eux à partager un moment de vie qui va les faire comprendre l'autre.
Franchement, on rajoute une romance et on a la comédie romantique anglaise de l'année, non ? Et c'est un peu le souci, c'est que c'est classique et prévisible. Le revirement de David en une soirée est sympathique, mais j'y crois moyen. De même que l'exemple qu'ils voient dans la soirée est certes intéressant et bien foutu, mais bien trop idéaliste. Le côté indépendant en tout (eau et électricité notamment) est un peu trop poétique pour être vrai, et même si j'aime cette idée de petit hameau retapée qui s'ouvre aux autres pour un moment déconnecté, je sais qu'il ne suffit pas de ça pour que l'on change de modèle de vie. Souvent une soirée comme ça s'oublie dans la nuit et reste un beau souvenir qui ne change rien aux habitudes. Mais ça c'est mon côté cynique sans doute !
Parce que sinon, la BD montre assez bien l'idée de vivre autrement, travailler sans se crever à la tâche, vivre pour soi et non pour gagner plus. Bref, vivre vraiment, quoi ! Et j'aime cette philosophie que j'aimerai voir beaucoup plus développée dans nos imaginaires collectifs. En tout cas c'est une BD qui donnerait envie de voir des milliers d'autres proposer des alternatives ralentissant le temps pour tous ...
Juste un petit mot sur le dessin, efficace mais trop lisse pour véhiculer l'émotion. Il manquerait la magnificence de l'extérieur, de la nature et la concrétisation visuelle du temps qui passe plus lentement, s'étire dans un moment où les heures s'oublient. Je pense que c'est réellement ce qui aurait propulsée la BD plus loin, en l'état c'est très fonctionnel.
Une BD pas mauvaise qui va dans le sens de bien d'autres sur la décroissance, le ralentissement de notre activité, la promotion du lien social et de la communauté, que de belles choses que j'apprécie mais pas suffisamment bien développée. Une BD qui rate un peu le coche en ce qui me concerne.
Tronchet a changé quelque peu son style de BD et je dois dire qu'il me plait bien dans son nouveau style, moins drôle et plus intimiste. Cette BD semble aller dans la veine de Le Chanteur perdu mais avec une histoire inventée de toute pièce.
C'est une histoire banale d'humoriste qui voit sa vie se délier alors qu'il prend conscience qu'il a des trous dans son histoire familiale. Si le début est très centré sur un type dont l'humour était la façon d'échapper au poids de la vie (métaphore de Tronchet lui-même), accompagné de sa femme qui reste en permanence au premier degré (personnage dont le décalage est souvent la principale source d'humour) et de son fils qui voit cette famille inconnue débarquer dans sa vie. Le récit est clairement découpé en deux périodes, d'abord la façon dont cet humoriste voit sa vie changer brutalement avec sa prise de conscience intérieure, tandis que la deuxième partie est la chasse aux secrets de famille et la résolution de ceux-ci.
Le souci, c'est qu'à part la question de se retrouver soi-même et comprendre son passé, qui tourne autour du protagoniste, l'ensemble est assez peu lié. Finalement c'est une histoire de tournant dans la vie, puis une histoire de secret de famille. Le tout sans grand lien, la fin ne rebouclant pas vraiment sur la première partie ni les questions en suspens sur le personnage principal. On s'est beaucoup trop attardé sur sa vie pour conclure sans rien dessus : reprendra-t-il l'humour, va-t-il changer de voie, comment se sent-il professionnellement ? Rien n'est dit, et ça donne l'impression que le début n'est qu'une longue, très longue préparation aux secrets de familles qui vont éclater ensuite, et c'est dommage. J'aurais bien aimé avoir l'après révélation, ce que ça dit sur lui, sa famille et son travail.
Tronchet a son style de dessin, qui surprend un peu dans la bouille du personnage principal, avec son long nez et son air permanent de mec plus malin que tout le monde (qui me l'a vite rendu antipathique avant qu'il ne change), mais il se tient et Tronchet sait clairement ce qu'il fait. C'est joli dans les décors du sud, on sent qu'il prend également son temps lorsqu'il faut pour présenter les choses. Après, avec autant d'expérience ce serait étrange de rater une BD.
Pas mauvaise du tout, donc, mais avec une petite déception sur ces deux parties assez peu reliées à mon gout. Ce n'est pas incohérent, mais pas assez exploité non plus. C'était aussi le cas dans Le Chanteur perdu avec deux parties axées autour de la recherche, mais elles étaient plus liées thématiquement et le final rebouclait assez bien sur l'ensemble. Donc ce n'est pas déconseillé comme lecture mais j'aurais aimé plus.
C'est une lecture pas désagréable, mais qui m'a un tantinet laissé sur ma faim.
Le type de récit - et un peu le dessin, relativement minimaliste - font immanquablement penser aux documentaires de Delisle. Mais la comparaison n'est pas avantageuse. En effet, il manque quelques petits "trucs" qui permettent aux récit de Delisle de "mieux passer". Plus d'humour, (même s'il y a quand même un peu d'autodérision amusante parfois ici - comme lorsqu'il faut multiplier les "culs secs", ou lorsqu'il faut s'échanger des cartes de visite), et aussi une narration nous permettant de nous attacher davantage au narrateur.
Mais bon, ça se laisse lire, avec ce jeune homme qui découvre la Chine - et ses premiers boulots aussi. Il nous sert de guide dans cette culture éloignée de celle des Européens, ses tentatives, maladresses apportant un peu de fraicheur au récit.
Ce récit décolle un vers dans le dernier tiers, avec une situation embarrassante (il y avait eu quelques passages moins captivants avant). Peut-être aussi que le personnage de Delisle (souvent un coopérant, travaillant pour une ONG, ou accompagnant sa femme qui le fait) était aussi au départ plus proche de mes préoccupations que ce jeune homme rêvant de créer son entreprise (en Chine ou ailleurs), ce qui a joué pour me faire moins apprécier cet album que ceux de Delisle ? Mais ça reste quand même une lecture sympathique.
Clouzot est un des mes réalisateurs français préférés et son film inachevé L'Enfer fait parti des films que j'aurais aimé qu'ils voient le jour parce que Clouzot avait de grandes ambitions pour ce film. Cette BD sert donc de remplacement, l'auteur ayant passé des années de recherche pour recréer le film le plus fidèlement possible.
Le résultat est pas trop mal. Le principal défaut est que trop souvent je me disais que ce qui était correct dans cette bande dessinée aurait été plus spectaculaire dans le film. Je pense notamment aux scènes psychédéliques qui sont plus banales dans le format BD, un médium où on peut facilement faire n'importe quoi du moment qu'on sait bien dessiner. Ce qui n'aide pas trop est que le scénario est au fond un peu banal, du moins pour un lecteur moderne. Un mari est jaloux, s'imagine que sa femme la trompe, petit à petit il mélange de plus en plus la réalité et son imagination et tout finit dans le drame. C'est du thriller classique, mais je pense que cela aurait été captivant dans un film mise en scène par le grand Clouzot. Un autre problème est que le mari surjoue trop. Dans un film, cela peut passer si le personnage est interpréter par un bon acteur, mais dans une BD cela devient vite horripilant, du moins pour moi.
Cela reste une lecture correcte et c'est intéressant de s'imaginer ce que cela aurait donné comme film.
2.5
Un album qui ne m'a pas enthousiasmé alors que le sujet historique est intéressant.
En effet, on connait tout Martin Luther qui s'est rebellé contre l'église catholique mais on sait moins que ses gestes et écrits ont eu des conséquences que même lui n'avait pas prévues. Des paysans menés par le révolutionnaire Thomas Müntzer vont se rebeller contre toute forme d'autorité et pas seulement contre l'église. Évidemment, comme vous vous en doutez, tout cela va très mal finir et l'image de rebelle qu'on pouvait avoir de Luther se retrouve bien détruit lorsqu'on voit à quel point il était proche de certains seigneurs.
Je n'ai pas trouvé la lecture plaisante et principalement à cause du dessin. Je me suis rendu compte au fil des années que j'étais très sévère avec les dessinateurs réalistes et qu'il y en a paquet que je n'aime pas trop et c'est le cas avec Liberge. En fait, pour moi c'est type le style réaliste qui me semble pas mal pour des illustrations, mais pas pour de l'art séquentiel. Je trouve la narration lourde et les personnages sont figés. Je comprends que d'autres lecteurs vont mieux accrocher que moi et trouver le dessin génial, mais moi je trouve cela froid et pas du tout accrocheur.
J’avais beaucoup aimé ce diptyque lors d’une première lecture en 2003, lui allouant la note de 4/5… mais du haut de mes 50 ans, la relecture fut douloureuse.
La faute au protagoniste insupportable, et au côté gnangnan voire déplacé de ses amourettes incessantes. C’est dommage, le scenario de Rodolphe est certes classique, et pas toujours très crédible, mais il a su retenir mon attention, et le dénouement est toujours aussi joli.
De plus, j’adore le dessin de Florence Magnin, le style et surtout les couleurs se marient parfaitement à ce genre d’histoire teintée de fantastique.
Bref, j’enlève un point à la note à cause de Lord James, malheureusement.
Un album relativement surprenant. Car je n’avais pas fait trop attention à la couverture…
Et sur la dizaine de premières pages, le récit est très classique, calme, enfantin – avec un graphisme qui colle au côté « gentil » (genre Le Vent dans les Saules, pour rester dans le récit animalier pour jeune public). Et du coup, le long monologue de Samantha, présentant de façon presque plan plan sa petite bourgade sans histoire, où tout le monde est mignon, me laissait à penser que j’allais un peu – beaucoup – m’ennuyer.
Et la transition est violente lorsqu’on découvre ce qu’il en est réellement. En effet, le public visé n’est clairement très jeune ! Car il est question de tueurs en série (ils sont deux à se partager le « marché » - un de trop !), d’une grande perversité – et sans mobile apparent réel, si ce n’est l’ennui ou le sadisme. Ce basculement m’a un peu fait penser à certains épisodes de « Desperate Housewives », où un monologue d’introduction tout tranquille amenait à quelques petites perversités des certains habitants d’une banlieue sans histoire – en moins gore quand même !
Une fois embarqué dans le délire, c’est gentiment rythmé, les rebondissements s’enchainent, on ne s’ennuie pas du tout. La fin est un chouia trop brutale, et m’a laissé un peu perplexe. Mais les derniers dialogues, et le point d’interrogation suivant le mot « Fin » laissent à penser que l’auteur envisage (ou envisageait ?) une suite des aventures de Samantha. Même si du coup la surprise ne jouerait plus.
Une lecture originale, assez rapide, mais prenante.
Note réelle 3,5/5.
Dans un univers d'heroic-fantasy volontiers parodique, Agnès tente de devenir chevalier malgré le mépris général et l'aide très relative d'un mentor particulièrement lamentable.
Damien Geoffroy signe ici un album de fantasy humoristique en auteur complet, assurant non seulement le scénario et le dessin mais également les couleurs. Celles-ci sont d'ailleurs réussies et participent pleinement à la qualité visuelle de l'ensemble. Son trait fin et expressif, qui me rappelle toujours celui de David Ratte (Le Voyage des Pères), fonctionne très bien dans ce registre. Les décors sont soignés, les créatures convaincantes, et les personnages bénéficient de visages vivants dont les expressions renforcent souvent l'effet comique des scènes.
L'idée de départ est sympathique : dans un univers médiéval-fantastique profondément misogyne, Agnès rêve de gloire et d'honneur chevaleresque alors que personne ne la prend au sérieux. Humiliations, remarques condescendantes et vexations jalonnent son parcours, mais elle les encaisse avec une sagesse désarmante, oscillant entre naïveté apparente et intelligence bien plus fine qu'il n'y paraît. Face à tous ces mâles persuadés de leur supériorité, elle semble souvent être la seule à réellement comprendre ce qui se passe.
À ses côtés, Geoffroy lui adjoint un mentor savoureux : Gérard, un vieux chevalier qui évoque physiquement Don Quichotte mais dont la personnalité est à l'exact opposé. Là où l'hidalgo espagnol poursuivait des idéaux chevaleresques, Gérard ne pense qu'à boire, courir les prostituées et gagner de l'argent facile non sans se ridiculiser la majorité du temps. Le contraste entre les deux personnages fonctionne bien et nourrit une bonne partie des situations comiques.
L'album multiplie les piques contre la misogynie et les préjugés, mais l'humour ne repose pas uniquement sur cet aspect. Agnès est une héroïne attachante et il est difficile de ne pas avoir envie de la voir faire mentir tous ceux qui la méprisent, qu'il s'agisse des chevaliers machos qui croisent sa route ou même des monstres et dragons qui ignorent encore qu'ils ont affaire à celle qui va les massacrer.
La structure du récit trahit clairement sa prépublication dans Fluide Glacial : l'aventure est découpée en courtes séquences de quelques pages qui fonctionnent comme autant de saynètes dotées de leur propre chute. Cela donne un rythme agréable et une lecture fluide.
C'est toutefois sur l'humour que l'album m'a davantage laissé sur ma faim. Les noms de lieux et de nombreux personnages reposent presque systématiquement sur de gros jeux de mots. À force d'être omniprésents et très appuyés, ils m'ont régulièrement sorti de l'univers plutôt que de m'y plonger. De même, une partie des gags tourne beaucoup autour du sexe, des fesses ou d'un humour volontairement gras qui ne correspond pas à ce qui me fait rire, d'autant plus que le ton du récit autour d'Agnès elle-même semble en désaccord avec cet humour. J'ai trouvé cela parfois un peu lourdingue, alors que l'album possède par ailleurs suffisamment de qualités pour se passer de ce type de facilité.
Au final, mon sentiment reste assez partagé. J'ai beaucoup aimé le dessin, l'univers, les personnages et le principe même de cette héroïne qui avance avec obstination dans un monde qui refuse de la reconnaître à sa juste valeur. J'avais sincèrement envie de poursuivre l'aventure à ses côtés. En revanche, les jeux de mots incessants et un humour trop basique ou trop gras ont plusieurs fois freiné mon enthousiasme. Malgré ces réserves, l'album possède un vrai charme, une héroïne réussie et une personnalité bien affirmée. Je n'ai pas passé un mauvais moment, loin de là, mais j'ai eu l'impression de voir une bonne bande dessinée parfois desservie par un humour qui ne correspondait tout simplement pas à ma sensibilité.
Je suis un grand fan de Jean-Claude Fournier qui pour moi est un auteur qui n'a pas la reconnaissance qu'il mérite et dont les excellents albums de Spirou sont moins reconnu que ceux de Franquin ou Tome et Janry. C'est donc avec enthousiasme que j'ai commencé à lire cet album d'anecdotes.
Le résultat est une lecture agréable, mais pas particulièrement marquante. Il faut dire que Fournier passe beaucoup de temps à montrer sa jeunesse et si certaines anecdotes de son enfance sont touchantes, il y en a d'autres dont l'intérêt me semblait limité. La partie qui m'a le plus intéressé est lorsque Fournier devient un professionnel, mais je connaissais déjà plusieurs informations que Fournier avait déjà données dans les textes de présentations des intégrales de ses différentes sortis chez Dupuis ou dans l'excellent ''Dans l'atelier de Fournier''.
C'est pas mauvais, on ressent la sincérité de l'auteur et le dessin de Fournier est toujours aussi excellent, c'est un des grands de l'école Marcinelle, mais ce n'est pas ce qu'il a fait de mieux. Je pense aussi que j'avais des attentes un peu trop élevé vu que c'est un auteur que j'admire beaucoup. Cela reste une lecture agréable si on est fan de Fournier.
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Les Chants du Chaos
L’album a été sèchement cueilli par les premiers avis. Mais la couverture me faisait de l’œil, et j’ai donc emprunté ce tome inaugural. S’il m’a laissé un peu frustré et sur ma faim, je vais quand même être moins dur que les premiers aviseurs. D’abord parce que le dessin est « joli ». La colorisation manque elle sans doute de nuance, mais est aussi globalement agréable. En tout cas l’habillage d’ensemble est agréable, avec un univers qui fait penser à un moyen-âge fantasmé d’Europe orientale, et des bestioles « fantastiques » originale, intrigante. C’est d’ailleurs l’intrigue qui est intrigante, qui donne envie d’en savoir plus, et ce dès le départ. Mais voilà, avec une pagination pourtant conséquente (près de 110 pages), j’ai trouvé que l’intrigue n’avait pas beaucoup avancé « globalement » (il en est autrement pour les relations entretenues par plusieurs personnages – relation homosexuelle qu’on voit arriver très en amont). Ça s’étire, le rythme est lent, et l’univers n’est pas très développé finalement. Je ne sais pas combien de tomes sont prévus, mais j’espérais en savoir plus sur les deux côtés du « mur », sur ce qui s’était passé avant la séparation des deux mondes, et surtout sur ces animaux fantastiques et redoutés. A voir donc pour la suite, mais il faudra sans doute resserrer l’intrigue et lui donner davantage de rythme, le lecteur que je suis ayant le sentiment qu’un certain potentiel n’est pas exploité. Note réelle 2,5/5.
Ralentir
Une BD dans l'air du temps, même si elle est sortie pré-covid, sur la nécessité de ralentir dans une société de plus en plus rapide en tout, où plus personne n'a le temps et que l'on fonce partout, tout le temps, au plus vite. Autant dire que je suis assez d'accord avec les bases de cette BD, à savoir qu'on a besoin de temps pour nous, que rien ne remplacera les relations humaines en direct et que l'on vit dans un monde qui ne sait souvent pas prendre le temps de simplement s'arrêter. Mais encore une fois, ce n'est pas parce que je suis en accord avec la BD qu'elle va forcément me plaire. Et là, c'est une BD qui manque un peu de peps dans son développement. L'histoire est assez classique dans le récit : lui, engoncé dans sa routine, costard et cravate, commercial toujours sur les routes et en mouvement, sacrifiant tout à son travail. Elle, libre et jeune, engagée et déconnectée, prônant le temps pour soi et le contact humain. Ils se rencontrent, ne s'apprécient pas mais surpris par les évènements vont se retrouver bien malgré eux à partager un moment de vie qui va les faire comprendre l'autre. Franchement, on rajoute une romance et on a la comédie romantique anglaise de l'année, non ? Et c'est un peu le souci, c'est que c'est classique et prévisible. Le revirement de David en une soirée est sympathique, mais j'y crois moyen. De même que l'exemple qu'ils voient dans la soirée est certes intéressant et bien foutu, mais bien trop idéaliste. Le côté indépendant en tout (eau et électricité notamment) est un peu trop poétique pour être vrai, et même si j'aime cette idée de petit hameau retapée qui s'ouvre aux autres pour un moment déconnecté, je sais qu'il ne suffit pas de ça pour que l'on change de modèle de vie. Souvent une soirée comme ça s'oublie dans la nuit et reste un beau souvenir qui ne change rien aux habitudes. Mais ça c'est mon côté cynique sans doute ! Parce que sinon, la BD montre assez bien l'idée de vivre autrement, travailler sans se crever à la tâche, vivre pour soi et non pour gagner plus. Bref, vivre vraiment, quoi ! Et j'aime cette philosophie que j'aimerai voir beaucoup plus développée dans nos imaginaires collectifs. En tout cas c'est une BD qui donnerait envie de voir des milliers d'autres proposer des alternatives ralentissant le temps pour tous ... Juste un petit mot sur le dessin, efficace mais trop lisse pour véhiculer l'émotion. Il manquerait la magnificence de l'extérieur, de la nature et la concrétisation visuelle du temps qui passe plus lentement, s'étire dans un moment où les heures s'oublient. Je pense que c'est réellement ce qui aurait propulsée la BD plus loin, en l'état c'est très fonctionnel. Une BD pas mauvaise qui va dans le sens de bien d'autres sur la décroissance, le ralentissement de notre activité, la promotion du lien social et de la communauté, que de belles choses que j'apprécie mais pas suffisamment bien développée. Une BD qui rate un peu le coche en ce qui me concerne.
L'Année fantôme
Tronchet a changé quelque peu son style de BD et je dois dire qu'il me plait bien dans son nouveau style, moins drôle et plus intimiste. Cette BD semble aller dans la veine de Le Chanteur perdu mais avec une histoire inventée de toute pièce. C'est une histoire banale d'humoriste qui voit sa vie se délier alors qu'il prend conscience qu'il a des trous dans son histoire familiale. Si le début est très centré sur un type dont l'humour était la façon d'échapper au poids de la vie (métaphore de Tronchet lui-même), accompagné de sa femme qui reste en permanence au premier degré (personnage dont le décalage est souvent la principale source d'humour) et de son fils qui voit cette famille inconnue débarquer dans sa vie. Le récit est clairement découpé en deux périodes, d'abord la façon dont cet humoriste voit sa vie changer brutalement avec sa prise de conscience intérieure, tandis que la deuxième partie est la chasse aux secrets de famille et la résolution de ceux-ci. Le souci, c'est qu'à part la question de se retrouver soi-même et comprendre son passé, qui tourne autour du protagoniste, l'ensemble est assez peu lié. Finalement c'est une histoire de tournant dans la vie, puis une histoire de secret de famille. Le tout sans grand lien, la fin ne rebouclant pas vraiment sur la première partie ni les questions en suspens sur le personnage principal. On s'est beaucoup trop attardé sur sa vie pour conclure sans rien dessus : reprendra-t-il l'humour, va-t-il changer de voie, comment se sent-il professionnellement ? Rien n'est dit, et ça donne l'impression que le début n'est qu'une longue, très longue préparation aux secrets de familles qui vont éclater ensuite, et c'est dommage. J'aurais bien aimé avoir l'après révélation, ce que ça dit sur lui, sa famille et son travail. Tronchet a son style de dessin, qui surprend un peu dans la bouille du personnage principal, avec son long nez et son air permanent de mec plus malin que tout le monde (qui me l'a vite rendu antipathique avant qu'il ne change), mais il se tient et Tronchet sait clairement ce qu'il fait. C'est joli dans les décors du sud, on sent qu'il prend également son temps lorsqu'il faut pour présenter les choses. Après, avec autant d'expérience ce serait étrange de rater une BD. Pas mauvaise du tout, donc, mais avec une petite déception sur ces deux parties assez peu reliées à mon gout. Ce n'est pas incohérent, mais pas assez exploité non plus. C'était aussi le cas dans Le Chanteur perdu avec deux parties axées autour de la recherche, mais elles étaient plus liées thématiquement et le final rebouclait assez bien sur l'ensemble. Donc ce n'est pas déconseillé comme lecture mais j'aurais aimé plus.
Bienvenue en Chine
C'est une lecture pas désagréable, mais qui m'a un tantinet laissé sur ma faim. Le type de récit - et un peu le dessin, relativement minimaliste - font immanquablement penser aux documentaires de Delisle. Mais la comparaison n'est pas avantageuse. En effet, il manque quelques petits "trucs" qui permettent aux récit de Delisle de "mieux passer". Plus d'humour, (même s'il y a quand même un peu d'autodérision amusante parfois ici - comme lorsqu'il faut multiplier les "culs secs", ou lorsqu'il faut s'échanger des cartes de visite), et aussi une narration nous permettant de nous attacher davantage au narrateur. Mais bon, ça se laisse lire, avec ce jeune homme qui découvre la Chine - et ses premiers boulots aussi. Il nous sert de guide dans cette culture éloignée de celle des Européens, ses tentatives, maladresses apportant un peu de fraicheur au récit. Ce récit décolle un vers dans le dernier tiers, avec une situation embarrassante (il y avait eu quelques passages moins captivants avant). Peut-être aussi que le personnage de Delisle (souvent un coopérant, travaillant pour une ONG, ou accompagnant sa femme qui le fait) était aussi au départ plus proche de mes préoccupations que ce jeune homme rêvant de créer son entreprise (en Chine ou ailleurs), ce qui a joué pour me faire moins apprécier cet album que ceux de Delisle ? Mais ça reste quand même une lecture sympathique.
L'Enfer
Clouzot est un des mes réalisateurs français préférés et son film inachevé L'Enfer fait parti des films que j'aurais aimé qu'ils voient le jour parce que Clouzot avait de grandes ambitions pour ce film. Cette BD sert donc de remplacement, l'auteur ayant passé des années de recherche pour recréer le film le plus fidèlement possible. Le résultat est pas trop mal. Le principal défaut est que trop souvent je me disais que ce qui était correct dans cette bande dessinée aurait été plus spectaculaire dans le film. Je pense notamment aux scènes psychédéliques qui sont plus banales dans le format BD, un médium où on peut facilement faire n'importe quoi du moment qu'on sait bien dessiner. Ce qui n'aide pas trop est que le scénario est au fond un peu banal, du moins pour un lecteur moderne. Un mari est jaloux, s'imagine que sa femme la trompe, petit à petit il mélange de plus en plus la réalité et son imagination et tout finit dans le drame. C'est du thriller classique, mais je pense que cela aurait été captivant dans un film mise en scène par le grand Clouzot. Un autre problème est que le mari surjoue trop. Dans un film, cela peut passer si le personnage est interpréter par un bon acteur, mais dans une BD cela devient vite horripilant, du moins pour moi. Cela reste une lecture correcte et c'est intéressant de s'imaginer ce que cela aurait donné comme film.
La Guerre des paysans
2.5 Un album qui ne m'a pas enthousiasmé alors que le sujet historique est intéressant. En effet, on connait tout Martin Luther qui s'est rebellé contre l'église catholique mais on sait moins que ses gestes et écrits ont eu des conséquences que même lui n'avait pas prévues. Des paysans menés par le révolutionnaire Thomas Müntzer vont se rebeller contre toute forme d'autorité et pas seulement contre l'église. Évidemment, comme vous vous en doutez, tout cela va très mal finir et l'image de rebelle qu'on pouvait avoir de Luther se retrouve bien détruit lorsqu'on voit à quel point il était proche de certains seigneurs. Je n'ai pas trouvé la lecture plaisante et principalement à cause du dessin. Je me suis rendu compte au fil des années que j'étais très sévère avec les dessinateurs réalistes et qu'il y en a paquet que je n'aime pas trop et c'est le cas avec Liberge. En fait, pour moi c'est type le style réaliste qui me semble pas mal pour des illustrations, mais pas pour de l'art séquentiel. Je trouve la narration lourde et les personnages sont figés. Je comprends que d'autres lecteurs vont mieux accrocher que moi et trouver le dessin génial, mais moi je trouve cela froid et pas du tout accrocheur.
Mary la Noire
J’avais beaucoup aimé ce diptyque lors d’une première lecture en 2003, lui allouant la note de 4/5… mais du haut de mes 50 ans, la relecture fut douloureuse. La faute au protagoniste insupportable, et au côté gnangnan voire déplacé de ses amourettes incessantes. C’est dommage, le scenario de Rodolphe est certes classique, et pas toujours très crédible, mais il a su retenir mon attention, et le dénouement est toujours aussi joli. De plus, j’adore le dessin de Florence Magnin, le style et surtout les couleurs se marient parfaitement à ce genre d’histoire teintée de fantastique. Bref, j’enlève un point à la note à cause de Lord James, malheureusement.
Beneath The Trees - Where Nobody Sees
Un album relativement surprenant. Car je n’avais pas fait trop attention à la couverture… Et sur la dizaine de premières pages, le récit est très classique, calme, enfantin – avec un graphisme qui colle au côté « gentil » (genre Le Vent dans les Saules, pour rester dans le récit animalier pour jeune public). Et du coup, le long monologue de Samantha, présentant de façon presque plan plan sa petite bourgade sans histoire, où tout le monde est mignon, me laissait à penser que j’allais un peu – beaucoup – m’ennuyer. Et la transition est violente lorsqu’on découvre ce qu’il en est réellement. En effet, le public visé n’est clairement très jeune ! Car il est question de tueurs en série (ils sont deux à se partager le « marché » - un de trop !), d’une grande perversité – et sans mobile apparent réel, si ce n’est l’ennui ou le sadisme. Ce basculement m’a un peu fait penser à certains épisodes de « Desperate Housewives », où un monologue d’introduction tout tranquille amenait à quelques petites perversités des certains habitants d’une banlieue sans histoire – en moins gore quand même ! Une fois embarqué dans le délire, c’est gentiment rythmé, les rebondissements s’enchainent, on ne s’ennuie pas du tout. La fin est un chouia trop brutale, et m’a laissé un peu perplexe. Mais les derniers dialogues, et le point d’interrogation suivant le mot « Fin » laissent à penser que l’auteur envisage (ou envisageait ?) une suite des aventures de Samantha. Même si du coup la surprise ne jouerait plus. Une lecture originale, assez rapide, mais prenante. Note réelle 3,5/5.
Agnès la Chevaleresse
Dans un univers d'heroic-fantasy volontiers parodique, Agnès tente de devenir chevalier malgré le mépris général et l'aide très relative d'un mentor particulièrement lamentable. Damien Geoffroy signe ici un album de fantasy humoristique en auteur complet, assurant non seulement le scénario et le dessin mais également les couleurs. Celles-ci sont d'ailleurs réussies et participent pleinement à la qualité visuelle de l'ensemble. Son trait fin et expressif, qui me rappelle toujours celui de David Ratte (Le Voyage des Pères), fonctionne très bien dans ce registre. Les décors sont soignés, les créatures convaincantes, et les personnages bénéficient de visages vivants dont les expressions renforcent souvent l'effet comique des scènes. L'idée de départ est sympathique : dans un univers médiéval-fantastique profondément misogyne, Agnès rêve de gloire et d'honneur chevaleresque alors que personne ne la prend au sérieux. Humiliations, remarques condescendantes et vexations jalonnent son parcours, mais elle les encaisse avec une sagesse désarmante, oscillant entre naïveté apparente et intelligence bien plus fine qu'il n'y paraît. Face à tous ces mâles persuadés de leur supériorité, elle semble souvent être la seule à réellement comprendre ce qui se passe. À ses côtés, Geoffroy lui adjoint un mentor savoureux : Gérard, un vieux chevalier qui évoque physiquement Don Quichotte mais dont la personnalité est à l'exact opposé. Là où l'hidalgo espagnol poursuivait des idéaux chevaleresques, Gérard ne pense qu'à boire, courir les prostituées et gagner de l'argent facile non sans se ridiculiser la majorité du temps. Le contraste entre les deux personnages fonctionne bien et nourrit une bonne partie des situations comiques. L'album multiplie les piques contre la misogynie et les préjugés, mais l'humour ne repose pas uniquement sur cet aspect. Agnès est une héroïne attachante et il est difficile de ne pas avoir envie de la voir faire mentir tous ceux qui la méprisent, qu'il s'agisse des chevaliers machos qui croisent sa route ou même des monstres et dragons qui ignorent encore qu'ils ont affaire à celle qui va les massacrer. La structure du récit trahit clairement sa prépublication dans Fluide Glacial : l'aventure est découpée en courtes séquences de quelques pages qui fonctionnent comme autant de saynètes dotées de leur propre chute. Cela donne un rythme agréable et une lecture fluide. C'est toutefois sur l'humour que l'album m'a davantage laissé sur ma faim. Les noms de lieux et de nombreux personnages reposent presque systématiquement sur de gros jeux de mots. À force d'être omniprésents et très appuyés, ils m'ont régulièrement sorti de l'univers plutôt que de m'y plonger. De même, une partie des gags tourne beaucoup autour du sexe, des fesses ou d'un humour volontairement gras qui ne correspond pas à ce qui me fait rire, d'autant plus que le ton du récit autour d'Agnès elle-même semble en désaccord avec cet humour. J'ai trouvé cela parfois un peu lourdingue, alors que l'album possède par ailleurs suffisamment de qualités pour se passer de ce type de facilité. Au final, mon sentiment reste assez partagé. J'ai beaucoup aimé le dessin, l'univers, les personnages et le principe même de cette héroïne qui avance avec obstination dans un monde qui refuse de la reconnaître à sa juste valeur. J'avais sincèrement envie de poursuivre l'aventure à ses côtés. En revanche, les jeux de mots incessants et un humour trop basique ou trop gras ont plusieurs fois freiné mon enthousiasme. Malgré ces réserves, l'album possède un vrai charme, une héroïne réussie et une personnalité bien affirmée. Je n'ai pas passé un mauvais moment, loin de là, mais j'ai eu l'impression de voir une bonne bande dessinée parfois desservie par un humour qui ne correspondait tout simplement pas à ma sensibilité.
Fournier - Ma vie de rêves
Je suis un grand fan de Jean-Claude Fournier qui pour moi est un auteur qui n'a pas la reconnaissance qu'il mérite et dont les excellents albums de Spirou sont moins reconnu que ceux de Franquin ou Tome et Janry. C'est donc avec enthousiasme que j'ai commencé à lire cet album d'anecdotes. Le résultat est une lecture agréable, mais pas particulièrement marquante. Il faut dire que Fournier passe beaucoup de temps à montrer sa jeunesse et si certaines anecdotes de son enfance sont touchantes, il y en a d'autres dont l'intérêt me semblait limité. La partie qui m'a le plus intéressé est lorsque Fournier devient un professionnel, mais je connaissais déjà plusieurs informations que Fournier avait déjà données dans les textes de présentations des intégrales de ses différentes sortis chez Dupuis ou dans l'excellent ''Dans l'atelier de Fournier''. C'est pas mauvais, on ressent la sincérité de l'auteur et le dessin de Fournier est toujours aussi excellent, c'est un des grands de l'école Marcinelle, mais ce n'est pas ce qu'il a fait de mieux. Je pense aussi que j'avais des attentes un peu trop élevé vu que c'est un auteur que j'admire beaucoup. Cela reste une lecture agréable si on est fan de Fournier.