La Maison du canal
Dans un récit qu'il considérait comme son premier « roman libre », Georges Simenon explore les tréfonds de l'âme humaine et ses noirceurs.
Adaptations de romans en BD Georges Simenon La BD au féminin La Flandre belge - Vlaanderen
À la mort de son père, Edmée, une jeune fille de 16 ans, quitte Bruxelles pour s'installer chez des cousins, au coeur de la Flandre. Le contraste est brutal entre les lumières de la grande ville et l'ambiance pesante de la campagne flamande, sillonnée de canaux et plongée dans une lumière blafarde. Pour Edmée, le choc est d'autant plus rude que, le jour de son arrivée, c'est le père de sa nouvelle famille qui décède à son tour. Pour ne rien arranger, elle découvre que les finances familiales se révèlent moins florissantes qu'annoncé. Désormais, elle va devoir apprendre à se faire une place parmi ses six cousins et cousines, aux tempéraments si différents. Entre attirance et répulsion, entre lourds secrets et jeux de séduction parfois ambigus, l'atmosphère se délite peu à peu, ouvrant la voie à un drame que rien ni personne ne pourra empêcher...
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| Date de parution | 26 Septembre 2025 |
| Statut histoire | One shot 1 tome paru |
Les avis
C'est avec ces adaptations publiées par Dargaud que je découvre doucement l'œuvre de Simenon, que je résumais jusque là aux seules enquêtes de Maigret. La Maison du Canal n'a pourtant rien d'un roman policier, même s'il contient une part de drame. Il s'agit plutôt d'un récit entre tragédie et chronique sociale, situé dans la campagne flamande au début du XXe siècle, où une jeune femme devenue orpheline est recueillie par ses cousins. Son tempérament de citadine trop gâtée par son père s'accorde mal avec la rudesse du milieu rural. Mutique, hautaine, elle semble indifférente à ceux qui l'entourent, mais cette froideur intrigue et attire certains membres masculins de la famille, ce qui entraînera plusieurs conséquences tragiques. C'est une histoire d'atmosphère qu'Edith adapte efficacement, avec des paysages humides noyés de gris bleuté, de pluie et de brouillards presque permanents. Cette ambiance pesante, parfois oppressante, renforce le sentiment d'enfermement et de déclassement ressenti par l'héroïne. Celle-ci n'a rien de sympathique. Derrière son silence figé et ses répliques systématiquement négatives, on ne peut qu'essayer de deviner ce qu'elle pense vraiment, et même lorsqu'on parvient à mieux la comprendre, elle reste distante, déplaisante, régulièrement malsaine dans ses attitudes et ses tentatives d'influence. Le roman met en lumière les tensions liées aux différences de classe au sein d'une même famille et la manière dont elles s'insinuent dans les relations. C'est aussi une histoire de déchéance familiale, initialement propriétaire exploitant une immense propriété mais courant inéluctablement vers la ruine et le naufrage moral et même physique. Malgré des éléments intéressants et une construction solide, ma lecture a été marquée par une forme de détachement. Je suis resté curieux de voir où Simenon voulait m'emmener, sans être réellement captivé, et l'héroïne m'a souvent rebuté. Je n'ai pas été ennuyé, mais je n'ai jamais été véritablement impliqué non plus : j'ai refermé l'album avec une impression d'indifférence, partagé entre un attrait pour l'atmosphère et un manque d'enthousiasme pour le récit et ses personnages.
Si je n’ai jamais lu de Maigret (mais je les connais via des téléfilms), j’ai par contre lu plusieurs romans « durs » de Simenon, c’est clairement la partie de son œuvre qui m’attire le plus. Je ne connaissais pas ce roman-ci, mais j’ai plutôt apprécié ma lecture. Il ne faut pas y chercher un quelconque suspens policier, une enquête fouillée pleine de rebondissements. Non, au contraire, et même si une tension s’installe et qu’un crime est commis, il n’est pas le point de départ de l’intrigue, mais sa conclusion. Et c’est surtout l’ambiance qui est intéressante, plus que l’intrigue elle-même. Une ambiance pesante, avec des paysages tristes et embrumés en toile de fond. Et un personnage central énigmatique, qui porte le deuil, qui semble déborder de négativité. Vaguement manipulatrice, même si finalement ça n’est pas si évident et linéaire que ça semblait l’être de prime abord. Une affaire d’ambiance essentiellement donc, il faut accepter cette histoire sans vrai rythme. Une lecture intéressante en tout cas.
Quand j'ai vu la couverture de cette BD dans la liste des ouvrages à paraitre, mon sang n'a fait qu'un tour. J'ai immédiatement reconnu le style inimitable d'Edith dont le dessin me charme au plus haut point. Bon, certes, il s'agissait d'une adaptation de Simenon, or je ne suis pas du tout amateur de polar, mais pour le seul plaisir des yeux, j'ai couru chez le libraire pour pécho le livre. Et je ne l'ai pas regretté, d'abord parce que l'histoire est vraiment bien. Ce n'est pas une histoire policière, plutôt un roman noir, un roman "dur" selon les propres termes de l'auteur pour qualifier ses romans dans lesquels le personnage du commissaire Maigret n'apparait pas. Ben oui, suis-je bête, c'est la collection "Simenon, les romans durs". Bon sang de bois, en voilà une qui porte bien son nom... Oui, cette histoire est sombre et morne. On sent les personnages empêtrés dans leur solitude. On ressent leur détresse profonde chevillée au corps. Dès les premières pages, il devient évident que tout cela va très mal finir. Une menace sourde plane sur leur tête. La question qui trotte dans la tête du lecteur est comment va débouler l'accident ? Quel personnage va perdre la tête ? Qui va mourir ? Comment... Tout cela est très tendu, donc très réussi. Et il faut dire qu'Edith habille l'ensemble de la meilleure manière possible. Son dessin imprime une marque très forte avec ses personnages aux visages souvent inquiets et inquiétants, ses paysages désespérément clos où la pluie dispute au brouillard la charge de barrer l'horizon... Elle s'appuie en outre sur une gamme chromatique parfaitement choisie. C'est un travail admirable, splendide s'il est permis de parler de splendeur au sujet d'une histoire aussi tragique. Un vrai travail de dessinateur où il ne s'agit pas seulement d'illustrer, de mettre en image un récit. Certes, ça ne donne pas nécessairement envie de visiter la Belgique (je plaisante parce que les belges sont sympas, même s'ils ne sont pas tous routiers), en revanche, on a grave envie de se plonger dans l'œuvre dure de Simenon. A chaque fois que j'ouvre une BD d'Edith, je trouve son trait encore plus fin et précis. Rares sont les dessinateurs-trices à susciter ce genre d'impression chez moi. Bref ! C'est un excellent récit, très ramassé qui offre toute la place au dessin et à la psychologie. Mais j'ai presque envie de dire que je le savais avant de le lire. Tellement chouette de voire ses attentes pleinement comblées. Ce n'est pas si fréquent.
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