J’ai lu les trois premiers tomes de la série. Ils peuvent presque se lire indépendamment les uns des autres, même si c’est quand même mieux de les lire tous et dans l’ordre (évolution de la psychologie des personnages, des liens qui les unissent, mais aussi à cause du fil rouge constitué par la recherche par Bor de sa fille).
Il est possible que la série ait été prévue en trois tomes initialement (l’éditeur a d’ailleurs à la suite du troisième publié un coffret intégrale de ces trois tomes. Mais plusieurs années plus tard un quatrième tome – à la pagination plus conséquente, et que je n’ai pas lu – a été publié, relançant cette série. En tout cas ces trois premiers tomes constituent un cycle complet.
C’est de la SF assez classique, qui joue sur la défense de l’environnement et, même en les « délocalisant » sur d’autres planètes, développe des thématiques très contemporaines et très « terriennes ». Car nos héros interviennent, au nom d’un organisme international, pour sauvegarder les écosystèmes ou les populations autochtones sur les planètes lointaines (surtout lorsqu’ils sont menacés par l’action humaine).
Les voyages sont escamotés, nos héros atterrissent directement sur ces planètes et au cœur de l’action. De la même façon, les communications semblent faciles et immédiates d’un bout à l’autre de la galaxie.
Les récits se laissent lire – sans plus me concernant.
C’est parfois assez mou, convenu, trop manichéen. Et le dessin est lui aussi un peu trop lisse, figé.
La faune de chacune des planètes n’est pas assez développée à mon goût (quelques bestioles originales, à mi-chemin entre Miyazaki et Le Léo des Mondes d’Aldébaran). Les débats écologiques sont parfois artificiels aussi.
En tout cas il manque à cette série un je ne sais quoi qui m’aurait davantage emballé. Poésie, mystère, thriller ?
Et la quête de Bor à propos de sa fille ne m’a pas non plus captivé.
Note réelle 2,5/5.
Dans un monde où les Kaijus ont disparu, les sentais perdurent encore. S'iels ne se tatanent plus avec des monstres de 50 mètres de haut iels se contentent aujourd'hui d'enchaîner les missions peu glorieuses et les petits boulots ingrats. L'âge de l'héroïsme n'est plus et les jeunes, de tout âge et de tout temps, sont comme toujours perdu-e-s quant au monde dans lequel iels vont devoir apprendre à vivre.
Sous couvert de héros en perdition on nous parle donc surtout de jeunesse qui ne sait pas où elle va et de la peur de l'incertitude face à l'avenir.
Seul sujet de ce récit ? Non, bien sûr, on note également une critique de la culture capitaliste et les prémisses de propos sur les différences de genre au sein de ce genre de sociétés (sans doute davantage développé dans la suite).
C'est du très bon, le dessin de Singelin est toujours bien travaillé, les décors sont fournis et joliment chaotiques, les personnages attachants et intriguants, … Bref, une série qui s'annonce très bonne.
J'aurais mine de rien peu de chose à ajouter pour le moment, ce premier tome, bien que très intéressant, ne me donne pas encore grand chose à développer.
Je reviendrai avec plaisir étayer cet avis une fois la série conclue.
L’approche est vraiment intéressante. Plutôt que de revenir sur les crimes eux-mêmes, Derf Backderf raconte la jeunesse de Jeffrey Dahmer à travers le regard d’un ancien camarade de classe. Ce point de vue extérieur apporte une vraie valeur et le travail de documentation est impressionnant. On sent qu’un énorme travail de recherche a été réalisé pour construire un récit cohérent et fidèle aux faits.
En revanche, passé cet aspect documentaire, j’ai eu de la peine à y trouver un réel intérêt. Si l’on n’est pas particulièrement fasciné par les tueurs en série ou par Dahmer en particulier, le récit peine à vraiment captiver. Il remet les événements en perspective et apporte du contexte, mais sans grande révélation : on se doute que son parcours n’a pas été simple et que son entourage n’a rien vu venir. Le fait que tout soit authentique donne évidemment du poids à l’ensemble, mais cela ne suffit pas à en faire une lecture marquante à mes yeux.
Le dessin n’est pas non plus dans mes goûts. Son style très anguleux, caricatural et typiquement américain sert sans doute l’ambiance, mais je l’ai trouvé peu attrayant. Au final, je reconnais volontiers la qualité de l’ouvrage et le sérieux de sa démarche, sans pour autant avoir été réellement emporté par cette lecture.
Dans un univers de conte maritime et forestier, le Capitaine Trèfle sauve un lutin captif et l'entraîne dans une quête aux côtés de magiciens et de créatures légendaires, au cœur d'un monde menacé par la violence des hommes et des pirates.
Le dessin de René Hausman est l'une des forces de cet album. Les décors sont jolis, les ambiances aquarellées très travaillées, avec une vraie force évocatrice. En revanche, les visages m'ont parfois semblé un peu raides ou masqués, même si l'ensemble reste globalement maîtrisé visuellement.
L'univers est riche et foisonnant, peuplé de lutins, fées, pirates et créatures marines, dans une ambiance de conte maritime qui inclut beaucoup d'éléments folkloriques. Mais je suis assez partagé à ce sujet, parce que Pierre Dubois mélange des légendes et créatures folkloriques authentiques avec des entités totalement issues de son imagination. Cela brouille mon plaisir de lecture : j'aime savoir ce qui relève de la mythologie réelle et ce qui est pure invention. Ici, je ne sais pas toujours si je peux y lire une forme d'instruction sur le folklore féérique ou si je dois simplement accepter un univers entièrement fantasmé où les références authentiques ne sont que des éléments décoratifs.
J'ai également été gêné par le style narratif. Il m'évoque celui de certains contes chantés pour enfants, avec un vocabulaire volontairement alambiqué, ancien ou inventé, et des onomatopées qui donnent une impression de surcharge. Cela casse la fluidité de lecture et m'oblige à me focaliser sur le texte pour être sûr d'avoir compris ce qui est raconté, ce qui finit par m'agacer dans le déroulé de l'histoire.
Je reconnais l'originalité de l'univers et la qualité du travail graphique, mais mon ressenti reste en demi-teinte à cause du style d'écriture et de cette ambiguïté permanente entre folklore réel et invention pure, qui m'empêche de m'immerger pleinement dans le récit.
Je garde un assez bon souvenir de ma lecture des 5 tomes précédents. De mémoire, s'y développait une intrigue horrifique adolescente bien rythmée aux illustrations attrayantes.
Cet inattendu 6e tome vient compléter (ou plutôt initier) le cycle précédent. Il s'agit de nous conter l'apparition de la plaie blanche et la chute progressive de la civilisation telle que connue. Malheureusement, l'intrigue choisit d'opter pour le récit d'action pure et fort peu de chose seront explicitée, afin de privilégier le récit d'une fuite. Par ailleurs, les illustrations et couleurs de von Kummant ne sont plus d'actualité, celui-ci ayant été remplacé de manière peu heureuse par Chaiko, dont les couleurs ternes et le moindre dynamisme du trait font regretter l'initiative. Demeure une intrigue invitant la thématique du consentement (beau sujet, traité ici de manière abrupte mais originale) et une relation père-fille joliment archaïque.
Un 6e tome oubliable, a priori unique (espérons qu'il ne débute pas avec celui-ci un nouveau cycle), qui ne remet aucunement en question l'efficacité du cycle initialement paru. Gung Ho demeure une série horrifique ado assez recommandable.
À sa sortie de prison, Chuck part avec sa compagne récupérer un magot qu'il avait enterré cinq ans plus tôt dans une ville fantôme du désert, mais l'argent a disparu et leur chasse au trésor tourne rapidement au règlement de comptes.
J'ai eu le tort de lire L'Or du Spectre avant Le Serpent et le Coyote, et je pense que c'était une mauvaise idée. Officiellement, les deux albums racontent des histoires indépendantes, avec des personnages différents. En pratique, je ne trouve pas que cette lecture fonctionne totalement seule. Tout au long de l'album, des messages radio évoquent un grand procès contre la mafia dont je ne voyais absolument pas le rapport avec l'intrigue principale. Gênant également, la rencontre décisive vers la fin avec un personnage que le récit semble considérer comme bien connu m'a laissé complètement perplexe. Son intervention est capitale, mais je n'avais aucune idée de qui il était ni de pourquoi il agit comme il le fait. Je sentais constamment qu'il me manquait des clés de compréhension, ce qui a rendu cette lecture un peu frustrante. Après avoir lu Le Serpent et le Coyote, tout est devenu plus clair même si effectivement les intrigues sont décorrélées.
Pour le reste, on retrouve la plupart des qualités du précédent album. Philippe Xavier livre une nouvelle fois un dessin de grande classe. Son encrage, ses décors et son sens du cadrage me font toujours penser au travail de Vance sur XIII, avec heureusement des personnages et surtout des visages que je trouve bien plus vivants et expressifs. C'est un vrai plaisir de parcourir ces paysages américains, même si cette fois le voyage est plus limité. Hormis quelques pages de mise en place et quelques flashbacks, l'essentiel de l'action reste concentré dans le désert d'Arizona ou du Nouveau-Mexique autour d'une ville fantôme, ce qui donne davantage un huis clos poussiéreux qu'un véritable road trip.
Le scénario est efficace, mais je l'ai trouvé un cran en dessous de celui du Serpent et le Coyote. L'aspect historique a disparu au profit d'un récit davantage orienté action et aventure, avec plusieurs clins d'oeil au western, dont bien sûr le Spectre aux balles d'or de Blueberry. L'ensemble est plaisant mais aussi un peu moins crédible. Les coïncidences et les retournements s'accumulent parfois un peu trop, les personnages sont moins nuancés et le récit donne davantage l'impression de jouer avec les codes du genre que de chercher à les dépasser.
Enfin, la conclusion m'a laissé sur ma faim. Elle est assez abrupte et volontairement ouverte, au point de donner l'impression qu'il manque encore un chapitre ou une véritable suite.
Malgré ces réserves, L'Or du Spectre reste un bon polar à l'ambiance western moderne, porté par un très bon dessin et une narration efficace. Je conseille simplement de le lire après Le Serpent et le Coyote, sous peine de passer à côté de plusieurs éléments importants.
Dès qu’un auteur de polar obtient du succès, ses œuvres sont maintenant systématiquement adaptées en BD. C’est le cas avec Franck Thilliez, le plus souvent chez l’éditeur Phileas, comme c’est le cas ici.
C’est visiblement l’adaptation du premier roman où apparait le personnage fétiche de Thilliez, l’inspecteur Sharko – ici encore novice, avec une personnalité peu affirmée.
Pour adapter ce roman, Luc Brunschwig, qui a lui-même produit quelques scénarios bien huilés (et quelques séries très chouettes !). On ne s’étonnera donc pas que la mécanique de l’histoire fonctionne bien, l’enquête prend le temps d’installer personnages et décors, et rebondissements et rythme s’accélèrent sur la fin.
Cela dit, comme j’avais pu le remarquer dans mes précédentes lectures d’adaptations de Thilliez, l’intrigue n’est pas plus emballante que ça. Et reste souvent dans le même type de schéma, avec des meurtres de psychopathes, qui font écho à l’histoire de Sharko. On devine aussi très en amont le coupable (est-ce que les ficelles étaient si grosses dans le roman ?). Enfin, la fin est à la fois facile, abrupte et ouverte. Et les dernières cases me laissent perplexe : pas de trace de la balle qui est censée avoir fait exploser le crâne (et où est la barbichette ?) …
Bref, un album qui se laisse lire, mais les polars de Thilliez ne sortent pas suffisamment des sentiers battus pour me captiver outre mesure.
Note réelle 2,5/5.
Dans la collection Phylactère du Lombard, la bande qui me faisait de l'oeil après Eternus 9 était Karga, notamment grâce à sa superbe couverture au fond violet, et j'ai finalement pu me procurer cette rareté SF.
Henri Vernes nous propose ici un univers de science-fantasy suffisamment personnel pour capter l'intérêt, soutenu par une fin ambiguë que j'ai appréciée.
Contrairement à ce qu'en dit le chroniqueur Agecanonix, il n'y a pas de monstres dans cet album, mais plutôt une nature profondément hostile. Par son ambiance — en nettement plus sombre —, l'œuvre se rapproche davantage de Simon du fleuve que des délires de Richard Corben.
La narration comporte toutefois quelques faiblesses :
Les monologues explicatifs : Karga a la fâcheuse habitude de commenter à voix haute les actions en cours.
Les dialogues : Ils ont pris un petit coup de vieux.
Le dessin est correct, avec un point fort marqué pour la représentation des décors et des environnements.
Hermann, qui appréciait le travail de Beautemps, a signé la préface de l'album. On comprend aisément ce qui a pu lui plaire : les hommes partagent tous cette même morphologie aux mâchoires anguleuses...
La colorisation est datée, avec un effet très old school typique des bandes dessinées vintage : la couleur de peau des personnages change parfois brusquement pour traduire une émotion forte ou un choc.
Je préfère la couleur en général mais ici, je ne suis pas sur de la valeur ajoutée par rapport à l'édition originale en noir et blanc.
Sans être une pépite absolue, Karga reste une bande dessinée divertissante que j'ai parcouru sans le moindre ennui.
J'aurais aimé pouvoir recommander Zasafir comme introduction à l'univers de Buzzelli, mais l'album ne s'y prête guère.
La faute à un récit un peu trop décousu, qui peine à captiver le lecteur. L'univers de science-fiction, singulier et nébuleux, s'accommode mal de l'humour ponctuel des personnages. De surcroît, n'ayant jamais lu Flash Gordon, certaines références m'ont probablement échappé.
Visuellement, j'ai trouvé son trait intéressant sans être renversant. Ce mariage insolite entre l'imagerie populaire des fumetti et des postures plus torturées dignes d'un tableau de Jérôme Bosch n'a pas tout à fait fonctionné sur moi.
Je me suis fait la remarque intérieure suivante à la lecture : avec son graphisme si particulier, voir Buzzelli adapter l'Enfer de Dante en bande dessinée aurait sûrement donné quelque chose de très fort.
Le postulat de départ m'avait accroché :
Dans un futur proche, des tsunamis à répétition ont bouleversé la vie sur le littoral écossais.
Toutefois, ce contexte fictif reste largement inexploité. Ces vagues géantes sont à peine évoquées par les autochtones, sans même un flash-back. Et leurs conséquences sont survolées. Un peu frustrant...
Le focus sera donc mis sur l'enquête des frères Calloway pour élucider les circonstances de la mort de leur benjamin Wyatt. Plutôt classique, mais l'intrigue est suffisamment bien ficelée pour maintenir l'attention, entre polar et tranche de vie.
Iwan Lépingle sait raconter une histoire et j'apprécie l'ambiance mélancolique qu'il prend le temps d'installer.
Je doute néanmoins de m'en souvenir très longtemps.
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J’ai lu les trois premiers tomes de la série. Ils peuvent presque se lire indépendamment les uns des autres, même si c’est quand même mieux de les lire tous et dans l’ordre (évolution de la psychologie des personnages, des liens qui les unissent, mais aussi à cause du fil rouge constitué par la recherche par Bor de sa fille). Il est possible que la série ait été prévue en trois tomes initialement (l’éditeur a d’ailleurs à la suite du troisième publié un coffret intégrale de ces trois tomes. Mais plusieurs années plus tard un quatrième tome – à la pagination plus conséquente, et que je n’ai pas lu – a été publié, relançant cette série. En tout cas ces trois premiers tomes constituent un cycle complet. C’est de la SF assez classique, qui joue sur la défense de l’environnement et, même en les « délocalisant » sur d’autres planètes, développe des thématiques très contemporaines et très « terriennes ». Car nos héros interviennent, au nom d’un organisme international, pour sauvegarder les écosystèmes ou les populations autochtones sur les planètes lointaines (surtout lorsqu’ils sont menacés par l’action humaine). Les voyages sont escamotés, nos héros atterrissent directement sur ces planètes et au cœur de l’action. De la même façon, les communications semblent faciles et immédiates d’un bout à l’autre de la galaxie. Les récits se laissent lire – sans plus me concernant. C’est parfois assez mou, convenu, trop manichéen. Et le dessin est lui aussi un peu trop lisse, figé. La faune de chacune des planètes n’est pas assez développée à mon goût (quelques bestioles originales, à mi-chemin entre Miyazaki et Le Léo des Mondes d’Aldébaran). Les débats écologiques sont parfois artificiels aussi. En tout cas il manque à cette série un je ne sais quoi qui m’aurait davantage emballé. Poésie, mystère, thriller ? Et la quête de Bor à propos de sa fille ne m’a pas non plus captivé. Note réelle 2,5/5.
Shin Zero
Dans un monde où les Kaijus ont disparu, les sentais perdurent encore. S'iels ne se tatanent plus avec des monstres de 50 mètres de haut iels se contentent aujourd'hui d'enchaîner les missions peu glorieuses et les petits boulots ingrats. L'âge de l'héroïsme n'est plus et les jeunes, de tout âge et de tout temps, sont comme toujours perdu-e-s quant au monde dans lequel iels vont devoir apprendre à vivre. Sous couvert de héros en perdition on nous parle donc surtout de jeunesse qui ne sait pas où elle va et de la peur de l'incertitude face à l'avenir. Seul sujet de ce récit ? Non, bien sûr, on note également une critique de la culture capitaliste et les prémisses de propos sur les différences de genre au sein de ce genre de sociétés (sans doute davantage développé dans la suite). C'est du très bon, le dessin de Singelin est toujours bien travaillé, les décors sont fournis et joliment chaotiques, les personnages attachants et intriguants, … Bref, une série qui s'annonce très bonne. J'aurais mine de rien peu de chose à ajouter pour le moment, ce premier tome, bien que très intéressant, ne me donne pas encore grand chose à développer. Je reviendrai avec plaisir étayer cet avis une fois la série conclue.
Mon ami Dahmer
L’approche est vraiment intéressante. Plutôt que de revenir sur les crimes eux-mêmes, Derf Backderf raconte la jeunesse de Jeffrey Dahmer à travers le regard d’un ancien camarade de classe. Ce point de vue extérieur apporte une vraie valeur et le travail de documentation est impressionnant. On sent qu’un énorme travail de recherche a été réalisé pour construire un récit cohérent et fidèle aux faits. En revanche, passé cet aspect documentaire, j’ai eu de la peine à y trouver un réel intérêt. Si l’on n’est pas particulièrement fasciné par les tueurs en série ou par Dahmer en particulier, le récit peine à vraiment captiver. Il remet les événements en perspective et apporte du contexte, mais sans grande révélation : on se doute que son parcours n’a pas été simple et que son entourage n’a rien vu venir. Le fait que tout soit authentique donne évidemment du poids à l’ensemble, mais cela ne suffit pas à en faire une lecture marquante à mes yeux. Le dessin n’est pas non plus dans mes goûts. Son style très anguleux, caricatural et typiquement américain sert sans doute l’ambiance, mais je l’ai trouvé peu attrayant. Au final, je reconnais volontiers la qualité de l’ouvrage et le sérieux de sa démarche, sans pour autant avoir été réellement emporté par cette lecture.
Capitaine Trèfle
Dans un univers de conte maritime et forestier, le Capitaine Trèfle sauve un lutin captif et l'entraîne dans une quête aux côtés de magiciens et de créatures légendaires, au cœur d'un monde menacé par la violence des hommes et des pirates. Le dessin de René Hausman est l'une des forces de cet album. Les décors sont jolis, les ambiances aquarellées très travaillées, avec une vraie force évocatrice. En revanche, les visages m'ont parfois semblé un peu raides ou masqués, même si l'ensemble reste globalement maîtrisé visuellement. L'univers est riche et foisonnant, peuplé de lutins, fées, pirates et créatures marines, dans une ambiance de conte maritime qui inclut beaucoup d'éléments folkloriques. Mais je suis assez partagé à ce sujet, parce que Pierre Dubois mélange des légendes et créatures folkloriques authentiques avec des entités totalement issues de son imagination. Cela brouille mon plaisir de lecture : j'aime savoir ce qui relève de la mythologie réelle et ce qui est pure invention. Ici, je ne sais pas toujours si je peux y lire une forme d'instruction sur le folklore féérique ou si je dois simplement accepter un univers entièrement fantasmé où les références authentiques ne sont que des éléments décoratifs. J'ai également été gêné par le style narratif. Il m'évoque celui de certains contes chantés pour enfants, avec un vocabulaire volontairement alambiqué, ancien ou inventé, et des onomatopées qui donnent une impression de surcharge. Cela casse la fluidité de lecture et m'oblige à me focaliser sur le texte pour être sûr d'avoir compris ce qui est raconté, ce qui finit par m'agacer dans le déroulé de l'histoire. Je reconnais l'originalité de l'univers et la qualité du travail graphique, mais mon ressenti reste en demi-teinte à cause du style d'écriture et de cette ambiguïté permanente entre folklore réel et invention pure, qui m'empêche de m'immerger pleinement dans le récit.
Gung Ho
Je garde un assez bon souvenir de ma lecture des 5 tomes précédents. De mémoire, s'y développait une intrigue horrifique adolescente bien rythmée aux illustrations attrayantes. Cet inattendu 6e tome vient compléter (ou plutôt initier) le cycle précédent. Il s'agit de nous conter l'apparition de la plaie blanche et la chute progressive de la civilisation telle que connue. Malheureusement, l'intrigue choisit d'opter pour le récit d'action pure et fort peu de chose seront explicitée, afin de privilégier le récit d'une fuite. Par ailleurs, les illustrations et couleurs de von Kummant ne sont plus d'actualité, celui-ci ayant été remplacé de manière peu heureuse par Chaiko, dont les couleurs ternes et le moindre dynamisme du trait font regretter l'initiative. Demeure une intrigue invitant la thématique du consentement (beau sujet, traité ici de manière abrupte mais originale) et une relation père-fille joliment archaïque. Un 6e tome oubliable, a priori unique (espérons qu'il ne débute pas avec celui-ci un nouveau cycle), qui ne remet aucunement en question l'efficacité du cycle initialement paru. Gung Ho demeure une série horrifique ado assez recommandable.
L'Or du spectre
À sa sortie de prison, Chuck part avec sa compagne récupérer un magot qu'il avait enterré cinq ans plus tôt dans une ville fantôme du désert, mais l'argent a disparu et leur chasse au trésor tourne rapidement au règlement de comptes. J'ai eu le tort de lire L'Or du Spectre avant Le Serpent et le Coyote, et je pense que c'était une mauvaise idée. Officiellement, les deux albums racontent des histoires indépendantes, avec des personnages différents. En pratique, je ne trouve pas que cette lecture fonctionne totalement seule. Tout au long de l'album, des messages radio évoquent un grand procès contre la mafia dont je ne voyais absolument pas le rapport avec l'intrigue principale. Gênant également, la rencontre décisive vers la fin avec un personnage que le récit semble considérer comme bien connu m'a laissé complètement perplexe. Son intervention est capitale, mais je n'avais aucune idée de qui il était ni de pourquoi il agit comme il le fait. Je sentais constamment qu'il me manquait des clés de compréhension, ce qui a rendu cette lecture un peu frustrante. Après avoir lu Le Serpent et le Coyote, tout est devenu plus clair même si effectivement les intrigues sont décorrélées. Pour le reste, on retrouve la plupart des qualités du précédent album. Philippe Xavier livre une nouvelle fois un dessin de grande classe. Son encrage, ses décors et son sens du cadrage me font toujours penser au travail de Vance sur XIII, avec heureusement des personnages et surtout des visages que je trouve bien plus vivants et expressifs. C'est un vrai plaisir de parcourir ces paysages américains, même si cette fois le voyage est plus limité. Hormis quelques pages de mise en place et quelques flashbacks, l'essentiel de l'action reste concentré dans le désert d'Arizona ou du Nouveau-Mexique autour d'une ville fantôme, ce qui donne davantage un huis clos poussiéreux qu'un véritable road trip. Le scénario est efficace, mais je l'ai trouvé un cran en dessous de celui du Serpent et le Coyote. L'aspect historique a disparu au profit d'un récit davantage orienté action et aventure, avec plusieurs clins d'oeil au western, dont bien sûr le Spectre aux balles d'or de Blueberry. L'ensemble est plaisant mais aussi un peu moins crédible. Les coïncidences et les retournements s'accumulent parfois un peu trop, les personnages sont moins nuancés et le récit donne davantage l'impression de jouer avec les codes du genre que de chercher à les dépasser. Enfin, la conclusion m'a laissé sur ma faim. Elle est assez abrupte et volontairement ouverte, au point de donner l'impression qu'il manque encore un chapitre ou une véritable suite. Malgré ces réserves, L'Or du Spectre reste un bon polar à l'ambiance western moderne, porté par un très bon dessin et une narration efficace. Je conseille simplement de le lire après Le Serpent et le Coyote, sous peine de passer à côté de plusieurs éléments importants.
1991
Dès qu’un auteur de polar obtient du succès, ses œuvres sont maintenant systématiquement adaptées en BD. C’est le cas avec Franck Thilliez, le plus souvent chez l’éditeur Phileas, comme c’est le cas ici. C’est visiblement l’adaptation du premier roman où apparait le personnage fétiche de Thilliez, l’inspecteur Sharko – ici encore novice, avec une personnalité peu affirmée. Pour adapter ce roman, Luc Brunschwig, qui a lui-même produit quelques scénarios bien huilés (et quelques séries très chouettes !). On ne s’étonnera donc pas que la mécanique de l’histoire fonctionne bien, l’enquête prend le temps d’installer personnages et décors, et rebondissements et rythme s’accélèrent sur la fin. Cela dit, comme j’avais pu le remarquer dans mes précédentes lectures d’adaptations de Thilliez, l’intrigue n’est pas plus emballante que ça. Et reste souvent dans le même type de schéma, avec des meurtres de psychopathes, qui font écho à l’histoire de Sharko. On devine aussi très en amont le coupable (est-ce que les ficelles étaient si grosses dans le roman ?). Enfin, la fin est à la fois facile, abrupte et ouverte. Et les dernières cases me laissent perplexe : pas de trace de la balle qui est censée avoir fait exploser le crâne (et où est la barbichette ?) … Bref, un album qui se laisse lire, mais les polars de Thilliez ne sortent pas suffisamment des sentiers battus pour me captiver outre mesure. Note réelle 2,5/5.
Karga - Le 7ème univers
Dans la collection Phylactère du Lombard, la bande qui me faisait de l'oeil après Eternus 9 était Karga, notamment grâce à sa superbe couverture au fond violet, et j'ai finalement pu me procurer cette rareté SF. Henri Vernes nous propose ici un univers de science-fantasy suffisamment personnel pour capter l'intérêt, soutenu par une fin ambiguë que j'ai appréciée. Contrairement à ce qu'en dit le chroniqueur Agecanonix, il n'y a pas de monstres dans cet album, mais plutôt une nature profondément hostile. Par son ambiance — en nettement plus sombre —, l'œuvre se rapproche davantage de Simon du fleuve que des délires de Richard Corben. La narration comporte toutefois quelques faiblesses : Les monologues explicatifs : Karga a la fâcheuse habitude de commenter à voix haute les actions en cours. Les dialogues : Ils ont pris un petit coup de vieux. Le dessin est correct, avec un point fort marqué pour la représentation des décors et des environnements. Hermann, qui appréciait le travail de Beautemps, a signé la préface de l'album. On comprend aisément ce qui a pu lui plaire : les hommes partagent tous cette même morphologie aux mâchoires anguleuses... La colorisation est datée, avec un effet très old school typique des bandes dessinées vintage : la couleur de peau des personnages change parfois brusquement pour traduire une émotion forte ou un choc. Je préfère la couleur en général mais ici, je ne suis pas sur de la valeur ajoutée par rapport à l'édition originale en noir et blanc. Sans être une pépite absolue, Karga reste une bande dessinée divertissante que j'ai parcouru sans le moindre ennui.
Zasafir la prisonnière
J'aurais aimé pouvoir recommander Zasafir comme introduction à l'univers de Buzzelli, mais l'album ne s'y prête guère. La faute à un récit un peu trop décousu, qui peine à captiver le lecteur. L'univers de science-fiction, singulier et nébuleux, s'accommode mal de l'humour ponctuel des personnages. De surcroît, n'ayant jamais lu Flash Gordon, certaines références m'ont probablement échappé. Visuellement, j'ai trouvé son trait intéressant sans être renversant. Ce mariage insolite entre l'imagerie populaire des fumetti et des postures plus torturées dignes d'un tableau de Jérôme Bosch n'a pas tout à fait fonctionné sur moi. Je me suis fait la remarque intérieure suivante à la lecture : avec son graphisme si particulier, voir Buzzelli adapter l'Enfer de Dante en bande dessinée aurait sûrement donné quelque chose de très fort.
Submersion
Le postulat de départ m'avait accroché : Dans un futur proche, des tsunamis à répétition ont bouleversé la vie sur le littoral écossais. Toutefois, ce contexte fictif reste largement inexploité. Ces vagues géantes sont à peine évoquées par les autochtones, sans même un flash-back. Et leurs conséquences sont survolées. Un peu frustrant... Le focus sera donc mis sur l'enquête des frères Calloway pour élucider les circonstances de la mort de leur benjamin Wyatt. Plutôt classique, mais l'intrigue est suffisamment bien ficelée pour maintenir l'attention, entre polar et tranche de vie. Iwan Lépingle sait raconter une histoire et j'apprécie l'ambiance mélancolique qu'il prend le temps d'installer. Je doute néanmoins de m'en souvenir très longtemps.