C'est un récit tout en douceur, en poésie et en absurde onirique, composé pour les trois quarts des histoires courtes de Souvenirs de la mer assoupie, qui se déroulent dans une ville balnéaire ensoleillée, baignée de ciel bleu et de mer limpide. On y suit Lisa dans un quotidien fait de petites aventures émerveillées, entre poésie, rêve éveillé et fantastique discret, avec un univers très proche de Miyazaki, où l'étrange et le merveilleux s'invitent sans jamais rompre la douceur générale.
Le reste du volume est constitué de Chroniques de la colline aux rumeurs, saynètes en une page situées dans un décor plus terrestre, mais encore plus loufoque, jouant davantage sur l'humour et l'absurde pur.
L'ensemble séduit surtout par son ambiance chaleureuse, ses couleurs dominées par les bleus et la beauté de son dessin plein de rondeur et de détails. En revanche, j'ai trouvé que la première partie reste très charmante mais un peu trop enfantine et naïve pour vraiment m'embarquer pleinement, malgré un potentiel très fort d'émerveillement. La seconde série, plus décalée, m'a paru amusante et pleine d'idées, mais globalement moins marquante.
Il en ressort une lecture agréable et douce, très cohérente dans son atmosphère, mais un peu trop sage et mignonne pour réellement me toucher en profondeur.
Je ressors avec un sentiment mitigé de cette lecture.
La couverture et le pitch de départ sont relativement intrigants, avec ce personnage qui navigue entre deux mondes/époques, sans que l’on sache tout de suite si c’est la femme de 1949 qui rêve le « futur » ou si c’est une femme du « futur » qui est envoyée dans le passé en 1949.
L’intrigue se laisse lire, mais plusieurs choses m’ont un peu laissé sur ma faim. D’abord l’histoire elle-même est finalement assez légère, manque d’un peu de consistance (surtout pour la partie SF, sur laquelle j’aurais aimé en savoir davantage). Ensuite la fin m’est apparu un peu brutale. Comme si elle avait été précipitée et que manquait un bon développement.
Une petite curiosité, qui me laisse l’impression d’un matériau insuffisamment exploité.
Note réelle 2,5/5.
L’album a été sèchement cueilli par les premiers avis. Mais la couverture me faisait de l’œil, et j’ai donc emprunté ce tome inaugural.
S’il m’a laissé un peu frustré et sur ma faim, je vais quand même être moins dur que les premiers aviseurs.
D’abord parce que le dessin est « joli ».
La colorisation manque elle sans doute de nuance, mais est aussi globalement agréable.
En tout cas l’habillage d’ensemble est agréable, avec un univers qui fait penser à un moyen-âge fantasmé d’Europe orientale, et des bestioles « fantastiques » originale, intrigante.
C’est d’ailleurs l’intrigue qui est intrigante, qui donne envie d’en savoir plus, et ce dès le départ.
Mais voilà, avec une pagination pourtant conséquente (près de 110 pages), j’ai trouvé que l’intrigue n’avait pas beaucoup avancé « globalement » (il en est autrement pour les relations entretenues par plusieurs personnages – relation homosexuelle qu’on voit arriver très en amont). Ça s’étire, le rythme est lent, et l’univers n’est pas très développé finalement. Je ne sais pas combien de tomes sont prévus, mais j’espérais en savoir plus sur les deux côtés du « mur », sur ce qui s’était passé avant la séparation des deux mondes, et surtout sur ces animaux fantastiques et redoutés.
A voir donc pour la suite, mais il faudra sans doute resserrer l’intrigue et lui donner davantage de rythme, le lecteur que je suis ayant le sentiment qu’un certain potentiel n’est pas exploité.
Note réelle 2,5/5.
Une BD dans l'air du temps, même si elle est sortie pré-covid, sur la nécessité de ralentir dans une société de plus en plus rapide en tout, où plus personne n'a le temps et que l'on fonce partout, tout le temps, au plus vite.
Autant dire que je suis assez d'accord avec les bases de cette BD, à savoir qu'on a besoin de temps pour nous, que rien ne remplacera les relations humaines en direct et que l'on vit dans un monde qui ne sait souvent pas prendre le temps de simplement s'arrêter. Mais encore une fois, ce n'est pas parce que je suis en accord avec la BD qu'elle va forcément me plaire. Et là, c'est une BD qui manque un peu de peps dans son développement.
L'histoire est assez classique dans le récit : lui, engoncé dans sa routine, costard et cravate, commercial toujours sur les routes et en mouvement, sacrifiant tout à son travail. Elle, libre et jeune, engagée et déconnectée, prônant le temps pour soi et le contact humain. Ils se rencontrent, ne s'apprécient pas mais surpris par les évènements vont se retrouver bien malgré eux à partager un moment de vie qui va les faire comprendre l'autre.
Franchement, on rajoute une romance et on a la comédie romantique anglaise de l'année, non ? Et c'est un peu le souci, c'est que c'est classique et prévisible. Le revirement de David en une soirée est sympathique, mais j'y crois moyen. De même que l'exemple qu'ils voient dans la soirée est certes intéressant et bien foutu, mais bien trop idéaliste. Le côté indépendant en tout (eau et électricité notamment) est un peu trop poétique pour être vrai, et même si j'aime cette idée de petit hameau retapée qui s'ouvre aux autres pour un moment déconnecté, je sais qu'il ne suffit pas de ça pour que l'on change de modèle de vie. Souvent une soirée comme ça s'oublie dans la nuit et reste un beau souvenir qui ne change rien aux habitudes. Mais ça c'est mon côté cynique sans doute !
Parce que sinon, la BD montre assez bien l'idée de vivre autrement, travailler sans se crever à la tâche, vivre pour soi et non pour gagner plus. Bref, vivre vraiment, quoi ! Et j'aime cette philosophie que j'aimerai voir beaucoup plus développée dans nos imaginaires collectifs. En tout cas c'est une BD qui donnerait envie de voir des milliers d'autres proposer des alternatives ralentissant le temps pour tous ...
Juste un petit mot sur le dessin, efficace mais trop lisse pour véhiculer l'émotion. Il manquerait la magnificence de l'extérieur, de la nature et la concrétisation visuelle du temps qui passe plus lentement, s'étire dans un moment où les heures s'oublient. Je pense que c'est réellement ce qui aurait propulsée la BD plus loin, en l'état c'est très fonctionnel.
Une BD pas mauvaise qui va dans le sens de bien d'autres sur la décroissance, le ralentissement de notre activité, la promotion du lien social et de la communauté, que de belles choses que j'apprécie mais pas suffisamment bien développée. Une BD qui rate un peu le coche en ce qui me concerne.
Tronchet a changé quelque peu son style de BD et je dois dire qu'il me plait bien dans son nouveau style, moins drôle et plus intimiste. Cette BD semble aller dans la veine de Le Chanteur perdu mais avec une histoire inventée de toute pièce.
C'est une histoire banale d'humoriste qui voit sa vie se délier alors qu'il prend conscience qu'il a des trous dans son histoire familiale. Si le début est très centré sur un type dont l'humour était la façon d'échapper au poids de la vie (métaphore de Tronchet lui-même), accompagné de sa femme qui reste en permanence au premier degré (personnage dont le décalage est souvent la principale source d'humour) et de son fils qui voit cette famille inconnue débarquer dans sa vie. Le récit est clairement découpé en deux périodes, d'abord la façon dont cet humoriste voit sa vie changer brutalement avec sa prise de conscience intérieure, tandis que la deuxième partie est la chasse aux secrets de famille et la résolution de ceux-ci.
Le souci, c'est qu'à part la question de se retrouver soi-même et comprendre son passé, qui tourne autour du protagoniste, l'ensemble est assez peu lié. Finalement c'est une histoire de tournant dans la vie, puis une histoire de secret de famille. Le tout sans grand lien, la fin ne rebouclant pas vraiment sur la première partie ni les questions en suspens sur le personnage principal. On s'est beaucoup trop attardé sur sa vie pour conclure sans rien dessus : reprendra-t-il l'humour, va-t-il changer de voie, comment se sent-il professionnellement ? Rien n'est dit, et ça donne l'impression que le début n'est qu'une longue, très longue préparation aux secrets de familles qui vont éclater ensuite, et c'est dommage. J'aurais bien aimé avoir l'après révélation, ce que ça dit sur lui, sa famille et son travail.
Tronchet a son style de dessin, qui surprend un peu dans la bouille du personnage principal, avec son long nez et son air permanent de mec plus malin que tout le monde (qui me l'a vite rendu antipathique avant qu'il ne change), mais il se tient et Tronchet sait clairement ce qu'il fait. C'est joli dans les décors du sud, on sent qu'il prend également son temps lorsqu'il faut pour présenter les choses. Après, avec autant d'expérience ce serait étrange de rater une BD.
Pas mauvaise du tout, donc, mais avec une petite déception sur ces deux parties assez peu reliées à mon gout. Ce n'est pas incohérent, mais pas assez exploité non plus. C'était aussi le cas dans Le Chanteur perdu avec deux parties axées autour de la recherche, mais elles étaient plus liées thématiquement et le final rebouclait assez bien sur l'ensemble. Donc ce n'est pas déconseillé comme lecture mais j'aurais aimé plus.
C'est une lecture pas désagréable, mais qui m'a un tantinet laissé sur ma faim.
Le type de récit - et un peu le dessin, relativement minimaliste - font immanquablement penser aux documentaires de Delisle. Mais la comparaison n'est pas avantageuse. En effet, il manque quelques petits "trucs" qui permettent aux récit de Delisle de "mieux passer". Plus d'humour, (même s'il y a quand même un peu d'autodérision amusante parfois ici - comme lorsqu'il faut multiplier les "culs secs", ou lorsqu'il faut s'échanger des cartes de visite), et aussi une narration nous permettant de nous attacher davantage au narrateur.
Mais bon, ça se laisse lire, avec ce jeune homme qui découvre la Chine - et ses premiers boulots aussi. Il nous sert de guide dans cette culture éloignée de celle des Européens, ses tentatives, maladresses apportant un peu de fraicheur au récit.
Ce récit décolle un vers dans le dernier tiers, avec une situation embarrassante (il y avait eu quelques passages moins captivants avant). Peut-être aussi que le personnage de Delisle (souvent un coopérant, travaillant pour une ONG, ou accompagnant sa femme qui le fait) était aussi au départ plus proche de mes préoccupations que ce jeune homme rêvant de créer son entreprise (en Chine ou ailleurs), ce qui a joué pour me faire moins apprécier cet album que ceux de Delisle ? Mais ça reste quand même une lecture sympathique.
Clouzot est un des mes réalisateurs français préférés et son film inachevé L'Enfer fait parti des films que j'aurais aimé qu'ils voient le jour parce que Clouzot avait de grandes ambitions pour ce film. Cette BD sert donc de remplacement, l'auteur ayant passé des années de recherche pour recréer le film le plus fidèlement possible.
Le résultat est pas trop mal. Le principal défaut est que trop souvent je me disais que ce qui était correct dans cette bande dessinée aurait été plus spectaculaire dans le film. Je pense notamment aux scènes psychédéliques qui sont plus banales dans le format BD, un médium où on peut facilement faire n'importe quoi du moment qu'on sait bien dessiner. Ce qui n'aide pas trop est que le scénario est au fond un peu banal, du moins pour un lecteur moderne. Un mari est jaloux, s'imagine que sa femme la trompe, petit à petit il mélange de plus en plus la réalité et son imagination et tout finit dans le drame. C'est du thriller classique, mais je pense que cela aurait été captivant dans un film mise en scène par le grand Clouzot. Un autre problème est que le mari surjoue trop. Dans un film, cela peut passer si le personnage est interpréter par un bon acteur, mais dans une BD cela devient vite horripilant, du moins pour moi.
Cela reste une lecture correcte et c'est intéressant de s'imaginer ce que cela aurait donné comme film.
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
Souvenirs de la mer assoupie
C'est un récit tout en douceur, en poésie et en absurde onirique, composé pour les trois quarts des histoires courtes de Souvenirs de la mer assoupie, qui se déroulent dans une ville balnéaire ensoleillée, baignée de ciel bleu et de mer limpide. On y suit Lisa dans un quotidien fait de petites aventures émerveillées, entre poésie, rêve éveillé et fantastique discret, avec un univers très proche de Miyazaki, où l'étrange et le merveilleux s'invitent sans jamais rompre la douceur générale. Le reste du volume est constitué de Chroniques de la colline aux rumeurs, saynètes en une page situées dans un décor plus terrestre, mais encore plus loufoque, jouant davantage sur l'humour et l'absurde pur. L'ensemble séduit surtout par son ambiance chaleureuse, ses couleurs dominées par les bleus et la beauté de son dessin plein de rondeur et de détails. En revanche, j'ai trouvé que la première partie reste très charmante mais un peu trop enfantine et naïve pour vraiment m'embarquer pleinement, malgré un potentiel très fort d'émerveillement. La seconde série, plus décalée, m'a paru amusante et pleine d'idées, mais globalement moins marquante. Il en ressort une lecture agréable et douce, très cohérente dans son atmosphère, mais un peu trop sage et mignonne pour réellement me toucher en profondeur.
1949
Je ressors avec un sentiment mitigé de cette lecture. La couverture et le pitch de départ sont relativement intrigants, avec ce personnage qui navigue entre deux mondes/époques, sans que l’on sache tout de suite si c’est la femme de 1949 qui rêve le « futur » ou si c’est une femme du « futur » qui est envoyée dans le passé en 1949. L’intrigue se laisse lire, mais plusieurs choses m’ont un peu laissé sur ma faim. D’abord l’histoire elle-même est finalement assez légère, manque d’un peu de consistance (surtout pour la partie SF, sur laquelle j’aurais aimé en savoir davantage). Ensuite la fin m’est apparu un peu brutale. Comme si elle avait été précipitée et que manquait un bon développement. Une petite curiosité, qui me laisse l’impression d’un matériau insuffisamment exploité. Note réelle 2,5/5.
Les Chants du Chaos
L’album a été sèchement cueilli par les premiers avis. Mais la couverture me faisait de l’œil, et j’ai donc emprunté ce tome inaugural. S’il m’a laissé un peu frustré et sur ma faim, je vais quand même être moins dur que les premiers aviseurs. D’abord parce que le dessin est « joli ». La colorisation manque elle sans doute de nuance, mais est aussi globalement agréable. En tout cas l’habillage d’ensemble est agréable, avec un univers qui fait penser à un moyen-âge fantasmé d’Europe orientale, et des bestioles « fantastiques » originale, intrigante. C’est d’ailleurs l’intrigue qui est intrigante, qui donne envie d’en savoir plus, et ce dès le départ. Mais voilà, avec une pagination pourtant conséquente (près de 110 pages), j’ai trouvé que l’intrigue n’avait pas beaucoup avancé « globalement » (il en est autrement pour les relations entretenues par plusieurs personnages – relation homosexuelle qu’on voit arriver très en amont). Ça s’étire, le rythme est lent, et l’univers n’est pas très développé finalement. Je ne sais pas combien de tomes sont prévus, mais j’espérais en savoir plus sur les deux côtés du « mur », sur ce qui s’était passé avant la séparation des deux mondes, et surtout sur ces animaux fantastiques et redoutés. A voir donc pour la suite, mais il faudra sans doute resserrer l’intrigue et lui donner davantage de rythme, le lecteur que je suis ayant le sentiment qu’un certain potentiel n’est pas exploité. Note réelle 2,5/5.
Ralentir
Une BD dans l'air du temps, même si elle est sortie pré-covid, sur la nécessité de ralentir dans une société de plus en plus rapide en tout, où plus personne n'a le temps et que l'on fonce partout, tout le temps, au plus vite. Autant dire que je suis assez d'accord avec les bases de cette BD, à savoir qu'on a besoin de temps pour nous, que rien ne remplacera les relations humaines en direct et que l'on vit dans un monde qui ne sait souvent pas prendre le temps de simplement s'arrêter. Mais encore une fois, ce n'est pas parce que je suis en accord avec la BD qu'elle va forcément me plaire. Et là, c'est une BD qui manque un peu de peps dans son développement. L'histoire est assez classique dans le récit : lui, engoncé dans sa routine, costard et cravate, commercial toujours sur les routes et en mouvement, sacrifiant tout à son travail. Elle, libre et jeune, engagée et déconnectée, prônant le temps pour soi et le contact humain. Ils se rencontrent, ne s'apprécient pas mais surpris par les évènements vont se retrouver bien malgré eux à partager un moment de vie qui va les faire comprendre l'autre. Franchement, on rajoute une romance et on a la comédie romantique anglaise de l'année, non ? Et c'est un peu le souci, c'est que c'est classique et prévisible. Le revirement de David en une soirée est sympathique, mais j'y crois moyen. De même que l'exemple qu'ils voient dans la soirée est certes intéressant et bien foutu, mais bien trop idéaliste. Le côté indépendant en tout (eau et électricité notamment) est un peu trop poétique pour être vrai, et même si j'aime cette idée de petit hameau retapée qui s'ouvre aux autres pour un moment déconnecté, je sais qu'il ne suffit pas de ça pour que l'on change de modèle de vie. Souvent une soirée comme ça s'oublie dans la nuit et reste un beau souvenir qui ne change rien aux habitudes. Mais ça c'est mon côté cynique sans doute ! Parce que sinon, la BD montre assez bien l'idée de vivre autrement, travailler sans se crever à la tâche, vivre pour soi et non pour gagner plus. Bref, vivre vraiment, quoi ! Et j'aime cette philosophie que j'aimerai voir beaucoup plus développée dans nos imaginaires collectifs. En tout cas c'est une BD qui donnerait envie de voir des milliers d'autres proposer des alternatives ralentissant le temps pour tous ... Juste un petit mot sur le dessin, efficace mais trop lisse pour véhiculer l'émotion. Il manquerait la magnificence de l'extérieur, de la nature et la concrétisation visuelle du temps qui passe plus lentement, s'étire dans un moment où les heures s'oublient. Je pense que c'est réellement ce qui aurait propulsée la BD plus loin, en l'état c'est très fonctionnel. Une BD pas mauvaise qui va dans le sens de bien d'autres sur la décroissance, le ralentissement de notre activité, la promotion du lien social et de la communauté, que de belles choses que j'apprécie mais pas suffisamment bien développée. Une BD qui rate un peu le coche en ce qui me concerne.
L'Année fantôme
Tronchet a changé quelque peu son style de BD et je dois dire qu'il me plait bien dans son nouveau style, moins drôle et plus intimiste. Cette BD semble aller dans la veine de Le Chanteur perdu mais avec une histoire inventée de toute pièce. C'est une histoire banale d'humoriste qui voit sa vie se délier alors qu'il prend conscience qu'il a des trous dans son histoire familiale. Si le début est très centré sur un type dont l'humour était la façon d'échapper au poids de la vie (métaphore de Tronchet lui-même), accompagné de sa femme qui reste en permanence au premier degré (personnage dont le décalage est souvent la principale source d'humour) et de son fils qui voit cette famille inconnue débarquer dans sa vie. Le récit est clairement découpé en deux périodes, d'abord la façon dont cet humoriste voit sa vie changer brutalement avec sa prise de conscience intérieure, tandis que la deuxième partie est la chasse aux secrets de famille et la résolution de ceux-ci. Le souci, c'est qu'à part la question de se retrouver soi-même et comprendre son passé, qui tourne autour du protagoniste, l'ensemble est assez peu lié. Finalement c'est une histoire de tournant dans la vie, puis une histoire de secret de famille. Le tout sans grand lien, la fin ne rebouclant pas vraiment sur la première partie ni les questions en suspens sur le personnage principal. On s'est beaucoup trop attardé sur sa vie pour conclure sans rien dessus : reprendra-t-il l'humour, va-t-il changer de voie, comment se sent-il professionnellement ? Rien n'est dit, et ça donne l'impression que le début n'est qu'une longue, très longue préparation aux secrets de familles qui vont éclater ensuite, et c'est dommage. J'aurais bien aimé avoir l'après révélation, ce que ça dit sur lui, sa famille et son travail. Tronchet a son style de dessin, qui surprend un peu dans la bouille du personnage principal, avec son long nez et son air permanent de mec plus malin que tout le monde (qui me l'a vite rendu antipathique avant qu'il ne change), mais il se tient et Tronchet sait clairement ce qu'il fait. C'est joli dans les décors du sud, on sent qu'il prend également son temps lorsqu'il faut pour présenter les choses. Après, avec autant d'expérience ce serait étrange de rater une BD. Pas mauvaise du tout, donc, mais avec une petite déception sur ces deux parties assez peu reliées à mon gout. Ce n'est pas incohérent, mais pas assez exploité non plus. C'était aussi le cas dans Le Chanteur perdu avec deux parties axées autour de la recherche, mais elles étaient plus liées thématiquement et le final rebouclait assez bien sur l'ensemble. Donc ce n'est pas déconseillé comme lecture mais j'aurais aimé plus.
Bienvenue en Chine
C'est une lecture pas désagréable, mais qui m'a un tantinet laissé sur ma faim. Le type de récit - et un peu le dessin, relativement minimaliste - font immanquablement penser aux documentaires de Delisle. Mais la comparaison n'est pas avantageuse. En effet, il manque quelques petits "trucs" qui permettent aux récit de Delisle de "mieux passer". Plus d'humour, (même s'il y a quand même un peu d'autodérision amusante parfois ici - comme lorsqu'il faut multiplier les "culs secs", ou lorsqu'il faut s'échanger des cartes de visite), et aussi une narration nous permettant de nous attacher davantage au narrateur. Mais bon, ça se laisse lire, avec ce jeune homme qui découvre la Chine - et ses premiers boulots aussi. Il nous sert de guide dans cette culture éloignée de celle des Européens, ses tentatives, maladresses apportant un peu de fraicheur au récit. Ce récit décolle un vers dans le dernier tiers, avec une situation embarrassante (il y avait eu quelques passages moins captivants avant). Peut-être aussi que le personnage de Delisle (souvent un coopérant, travaillant pour une ONG, ou accompagnant sa femme qui le fait) était aussi au départ plus proche de mes préoccupations que ce jeune homme rêvant de créer son entreprise (en Chine ou ailleurs), ce qui a joué pour me faire moins apprécier cet album que ceux de Delisle ? Mais ça reste quand même une lecture sympathique.
L'Enfer
Clouzot est un des mes réalisateurs français préférés et son film inachevé L'Enfer fait parti des films que j'aurais aimé qu'ils voient le jour parce que Clouzot avait de grandes ambitions pour ce film. Cette BD sert donc de remplacement, l'auteur ayant passé des années de recherche pour recréer le film le plus fidèlement possible. Le résultat est pas trop mal. Le principal défaut est que trop souvent je me disais que ce qui était correct dans cette bande dessinée aurait été plus spectaculaire dans le film. Je pense notamment aux scènes psychédéliques qui sont plus banales dans le format BD, un médium où on peut facilement faire n'importe quoi du moment qu'on sait bien dessiner. Ce qui n'aide pas trop est que le scénario est au fond un peu banal, du moins pour un lecteur moderne. Un mari est jaloux, s'imagine que sa femme la trompe, petit à petit il mélange de plus en plus la réalité et son imagination et tout finit dans le drame. C'est du thriller classique, mais je pense que cela aurait été captivant dans un film mise en scène par le grand Clouzot. Un autre problème est que le mari surjoue trop. Dans un film, cela peut passer si le personnage est interpréter par un bon acteur, mais dans une BD cela devient vite horripilant, du moins pour moi. Cela reste une lecture correcte et c'est intéressant de s'imaginer ce que cela aurait donné comme film.