Les derniers avis (4 avis)

Par gruizzli
Note: 3/5
Couverture de la série Victor Hugo et l'affaire des filles de Loth
Victor Hugo et l'affaire des filles de Loth

Je ne connaissais pas du tout le poème de Victor Hugo, mais j'ai bien aimé l'idée de reprendre cette histoire biblique un peu moins connu que d'autres en prétextant ce poème pour parler du passage en question. Je pensais le connaitre, mais en vérité je n'avais en tête que la fin de l'histoire, celle qui est souvent reprise dans les tableaux et œuvres d'art. Mais il y a pourtant bien plus ! Les deux volumes explorent donc toute l'histoire de Loth et de ses filles, tout en faisant une histoire secondaire de Victor Hugo qui la raconte à ses amis après une séance de spiritisme suite à la mort de sa fille. Cette seconde histoire aura un dénouement que j'avoue ne pas avoir bien saisi. D'accord, le poème ne serait pas de Hugo, mais franchement on s'en fiche un peu et ça semble un prétexte à apporter la présence de Georges Sand, qui n'était pas là auparavant. C'aurait été une bonne façon d'apporter la question du féminisme et de la place des femmes dans cette histoire, mais ce n'est jamais développé et c'est dommage. Cette seconde intrigue est donc assez anecdotique et je ne pense pas qu'elle soit nécessaire au récit. Par contre l'idée de représenter tout l'épisode biblique en commençant par l'arrivée de Loth et son peuple sur les bords de Sodome et Gomorrhe jusqu'à la destruction de ces deux villes. Et c'est un récit d'aventure assez classique avec un dénouement bien connu, mais le tout est bien raconté avec des personnages sympathiques. Le récit prend le temps de se développer mais réussit aussi à retransmettre des problématiques que je doute trouver dans le texte d'origine. Et c'est plaisant de lire un récit qui déborde de son cadre initial pour faire une vraie histoire complète. N'eut-été l'absence de liens clairs entre l'histoire principale et la secondaire, j'aurais dit que la BD est une vraie réussite. En l'état, c'est bien mais pas assez travaillé sur les liens entre les deux narrations pour que je note au-dessus. A lire à l'occasion, c'est plutôt bon !

16/02/2026 (modifier)
Par gruizzli
Note: 3/5
Couverture de la série Eat, and Love Yourself
Eat, and Love Yourself

J'avais envie de voir ce que le sujet donnerait adapté en BD, la dysmorphisme d'un personnage. La BD finie, je suis content de l'avoir lu mais je dois avouer que la BD reste à la surface des choses. Un peu dommage, donc, malgré les bonnes qualités qu'elle contient. Cette BD semble avoir été faite suite à une campagne de Kickstarter lancée en 2016 aux États-Unis, avant d'être adaptée chez nous par Ankama. C'est donc une réalisation avec beaucoup de volonté de la part de l'autrice, ce qui se sent dans l'histoire autant que dans le propos. Par exemple la dédicace d'entrée est une invitation à apprécier son corps quel qu'il soit, on ne peut être plus clair. L'histoire de cette BD est donc celle d'une jeune femme atteinte de dysmorphisme, détestant son corps qui n'est pas celui qu'elle voudrait. Trop grosse, mal fichue, laide, elle se sent mal dans sa peau et semble subir son entourage, dans les commentaires ou les attentes. La BD va montrer ce que ce ressenti fait vivre de l'intérieur, le mal-être, les comportements alimentaires, les luttes internes, la violence qu'on subit sans qu'elle ne soit volontaire ... Plusieurs fois dans la BD, Mindy va éclater, laissant échapper à quel point sa condition lui remonte sans cesse au visage. Ces explosions de violences sont les moments où son entourage comprend enfin qu'elle est travaillée par des soucis personnels présents à chaque instant. Et qu'ils lui font du mal ... La narration de la BD passe par un chocolat rappelant des souvenirs, permettant de remonter la vie de cette jeune femme et la façon dont elle fut sans cesse confronté à ses troubles alimentaires, aux remarques sur son physique et à la confrontation sociale qu'elle dû subir. Maintenant, cette exploration du passé et du présent, concluant sur les commentaires que son psy lui a fait afin de l'aider dans sa vie de tout les jours manque un peu de conclusion, sans doute aussi de développement. Notamment au regard des personnes autour, quel impact ont ces révélations sur eux ? Quel sont les perspectives d'avenir suite à ces prises de conscience ? Quel est le résultat pour Mindy, comment envisage-t-elle son propre avenir ? Ces questions sont sans réponses et c'est dommage, la BD reste sur le ressenti de Mindy et son point de vue, sans jamais en sortir. De fait, je trouve que ça limite le résultat, avec une BD sympathique et honnête, apportant son propos sans jamais dépasser ce propos. De fait, ça reste limité, donc pas indispensable mais plutôt réussi !

16/02/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 3/5
Couverture de la série Passeur(s)
Passeur(s)

Awar est un passeur, à la tête de convois de migrants vers le Royaume-Uni pour le compte d'un réseau aux méthodes mafieuses. L'arrivée d'une jeune Kurde fuyant la Syrie ravive chez lui de douloureux souvenirs et une humanité qu'il croyait étouffée par ce système cruel dont il n'est qu'un rouage. Basé sur les enquêtes de terrain du journaliste Frederic Loore, cette BD raconte de l'intérieur le fonctionnement du trafic de migrants, en adoptant, fait assez rare, le point de vue des passeurs. La tonalité oscille entre thriller et drame social. Filières, intermédiaires, hiérarchie, méthodes de pression, marchandisation des corps : l'ensemble se veut instructif et documenté, et il y a un solide travail d'enquête derrière la fiction (ainsi qu'un cahier documentaire sur le trafic d'êtres humains en fin d'album). L'objet en lui-même est une bel et grand album, un ouvrage éditorialement soigné qui impose immédiatement sa présence. Le dessin, sombre et réaliste, travaille surtout en teintes de gris, relevées de quelques rares touches de couleur venant souligner certains éléments symboliques, comme le foulard de combattante kurde de la jeune femme. Cette palette restreinte renforce la rudesse du propos. L'atmosphère est lourde, oppressante, bien en accord avec ce récit dur, presque sans échappatoire. Sur le fond, la description du trafic est implacable. On mesure la violence du système, l'exploitation cynique, la peur constante des migrants, l'humiliation organisée par les trafiquants. C'est âpre, parfois glaçant, et probablement crédible au regard de la documentation revendiquée. Pourtant, une question persiste : le traitement des antagonistes m'a semblé très manichéen. Les trafiquants apparaissent comme revanchards, haineux, brutaux, arrogants : de véritables salopards sans nuance, à l'exception relative du héros qui dissimule son humanité derrière un masque d'impassibilité. Leur violence est telle qu'on en vient à s'interroger : est-ce la représentation fidèle d'une réalité déjà insoutenable, ou une accentuation dramatique destinée à renforcer l'impact ? De la même manière, la passivité apparente des migrants face à ces exactions interroge (tout comme leur focalisation quasi exclusive sur le Royaume-Uni comme terre d'accueil, mais c'est un autre sujet). On conçoit que leur situation soit désespérée, que la guerre et l'absence de perspectives puissent rendre acceptable l'inacceptable. Mais face aux abus montrés ici, j'ai parfois eu du mal à comprendre pourquoi aucune révolte ne semblait possible. Je me suis demandé s'il s'agissait du reflet d'un rapport de force si écrasant qu'il annihile toute résistance, ou si le récit ne forçait pas le trait pour dénoncer l'horreur du système au détriment d'un peu de nuance. Je ne peux que supposer que l'histoire est conforme à la triste réalité documentée. Passeur(s) est une œuvre dure, sombre et solidement construite. Un récit instructif et engagé, qui éclaire efficacement les mécanismes du trafic de migrants. Mais son traitement très frontal, presque sans nuance dans la caractérisation des bourreaux, laisse planer un doute : sommes-nous face à une réalité brute, aussi terrible que cela, ou à une vision volontairement accentuée pour frapper les consciences ? Quoi qu'il en soit, la lecture ne laisse pas indifférent.

16/02/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 3/5
Couverture de la série Monstrophobie
Monstrophobie

Arashiro, lycéen harcelé incapable d'assumer son homosexualité, se transforme en monstre après avoir été blessé par les propos homophobes d'un professeur qu'il admirait. Cette métamorphose devient une carapace : une protection contre le regard des autres, mais aussi un moyen de l'affronter pour de bon. Avec Monstrophobie, Kazuki Minamoto livre un conte moderne assez rude sur l'homophobie, le harcèlement scolaire, la lâcheté institutionnelle et l'acceptation de soi. À partir du rejet et de la honte intériorisée, le récit élargit son propos : la victime peut devenir violente, le harcelé peut à son tour harceler, et les adultes se montrent parfois profondément défaillants. Si la thématique LGBT est centrale, l'enjeu dépasse cette seule question : il est aussi affaire d'identité, de pression sociale et de difficulté à s'accepter. Le propos, sur le fond, est sincère. Le dessin, expressif et efficace, soutient bien les scènes de transformation et de crise intérieure. Le monstre, avec sa drôle d'allure à la frontière entre ridicule et effrayant, matérialise visuellement le mal-être, et certaines planches traduisent avec force la détresse d'Arashiro comme celle d'autres personnages. C'est surtout le ton qui m'a laissé partagé. L'aspect allégorique rend parfois flou le fonctionnement de cette métamorphose, dont les effets semblent variables et narrativement un peu artificiels. Quant à la manière d'aborder les thématiques principales, par moments les réflexions sont profondes, justes et intelligentes dans leur manière d’éviter le manichéisme. Et à d’autres, certains comportements m’ont semblé étranges, voire maladroits. Le héros, notamment, franchit assez tôt une limite problématique lorsqu’il agresse sexuellement celui qu’il aime : une scène un peu violente, aussi surprenante que dérangeante, qui semble ensuite presque éludée. Difficile de ne pas rester gêné par ce traitement, mais on n'en parlera plus jamais dans la suite du manga ce qui m'a laissé circonspect. De même, le professeur admiré apparaît constamment médiocre, mollasson et réactionnaire, au point qu'il devient difficile de comprendre l'attachement d'Arashiro. C'est un manga surprenant, parfois subtil, parfois maladroit, qui peut déconcerter mais qui me semble néanmoins pertinent pour de jeunes lecteurs en quête de réponses sur eux-mêmes et sur le regard des autres.

16/02/2026 (modifier)