Entre découvertes des coutumes terriennes et rencontres avec ses nouveaux voisins, un extraterrestre au physique de gamin tout juste débarqué sur Terre va essayer de comprendre cet étrange monde qui est le notre tout en passant inaperçu.
C'est une BD jeunesse plutôt sympa, pleine de situations loufoques. Elle est structurée en petites histoires, avec des rencontres et des expériences différentes qui permettent de multiplier les situations cocasses. C'est léger et souvent amusant, même si le concept finit parfois par tourner un peu en rond et manque d'un véritable fil conducteur ou d'un développement plus approfondi. Les enfants pourront facilement s'attacher à U-B-R et à ses proches, tandis qu'un adulte y trouvera quelques sourires grâce à un ton un peu pince-sans-rire et au décalage entre son regard innocent et nos propres travers.
Le dessin est agréable, avec un trait simple, efficace, entre ligne claire et comics humoristique. Les personnages sont expressifs et l'ensemble dégage une bonne humeur. La mise en page, souvent en petites cases régulières, fonctionne bien pour le jeune public et rend la lecture très accessible.
C'est une lecture sympathique pour les enfants, avec un héros attachant et quelques bonnes idées. Pour un adulte, c'est amusant et agréable à parcourir, mais cela reste une petite série jeunesse plaisante plus qu'un album réellement marquant.
Manga fascinant et malaisant, Mujina into the deep ne laisse pas indifférent.
Ce manga nous plonge dans une histoire de fuite et de perte des droits sociaux (des thématiques très actuelles comme en témoigne leur imprégnation dans les récents et décevants Les Marchés ou le tome 2 de Ils brûlent), dynamisée par une intrigue policière autour de tueurs à gages, assaisonnée de multiples thématiques sociétales (conditions de travail, pédophilie, ultramoderne solitude, réseaux sociaux et manipulation du récit sociétal, moralité/éthique de nos sociétés, etc.).
L'ensemble est d'une grande ambition, peut-être trop pour le moment : certains développements et des thématiques sont vite mis de côté, oubliés par le récit au profit d'éléments volontiers plus racoleurs : une action exagérément débridée, une gratuite érotisation de l'intrigue (via des plans et cadrages malaisants), un humour régressif malheureusement maladroitement assaisonné.
Si la richesse du récit demeure en l'état plus calorique que le plat réellement dans notre assiette, ce manga satisfait pleinement côté illustrations : cadrages dynamiques, contrastes de noir et blanc pertinents, grand soin apporté aux décors. Seuls quelques visages aux traits trop humoristiques et donc ces plans érotisants, gâchent le panorama, mais en ajoutant une distance malaisante intéressante dramatiquement puisque récupérée par l'intrigue pour créer un glauque assez original décrivant finalement assez bien la société dystopique imaginée par Asano.
Ces deux premiers tomes prometteurs disposent d'assez d'éléments pour donner une belle ampleur au manga, en espérant que les travers énoncés n'achèvent pas de prendre le dessus sur une intrigue dont la ligne directrice peut encore fluctuer, que le divertissement ne l'emporte pas sur le récit au propos puissant et engagé.
Bernet au dessin et Trillo au scénario, voilà deux auteurs qui a priori m’intéressent et qui, malgré une œuvre inégale, proposent généralement des choses originales et qui méritent largement le détour.
Et je dois dire que cet album confirme tout cela, tant il sort de l’ordinaire – tout en utilisant pas mal de clichés de genre.
Les deux auteurs mêlent ici pas mal de genres, dans lesquels ils ont pas mal donné ailleurs. Du polar, un zest d’érotisme, une dose d’absurde, et une louche d’humour – tendance décalé et noir.
Le résultat est inégal. J’ai eu du mal à entrer dans cette histoire, un peu fouillis, je ne savais pas où voulaient en venir les auteurs. Puis, peu à peu, je m’y suis fait – y compris au bordel qui persiste, volontairement.
Car s’il y a bien une trame scénaristique, si Trillo place un cadre guerre froide, avec lutte d’espions, au milieu d’une intrigue vaguement polar, s’il y a bien un vague clin d’œil tendance king-kongesque (voir la couverture) au mythe de la Belle et de la Bête, ce qui prédomine ici est l’humour.
Car tout est surjoué, caricatural (même la pin-up – Belle donc – est insensible à la douleur, y compris lorsqu’un type la triture avec une aiguille, ou lorsqu’elle est torturée), dans les grandes lignes comme dans les détails. Trillo parodie les récits de genre, en y ajoutant un narrateur (lui-même en fait !) qui prend le lecteur à témoin, en critiquant certains traits du scénario ou des dialogues, en jouant sur de l’autodérision, etc. Belle pense à haute voix en commentant ses actions (lorsqu’elle séduit un type, couche avec lui, en appliquant à la lettre tous les conseils donnés par l’Actors studio !
Bernet n’est pas en reste. Son trait en Noir et Blanc colle parfaitement au récit, et Belle, en pin-up hyper sexy (on retrouve ici quelques accointances avec la Bang Bang imaginée par le même duo d’auteurs, dans une version plus « adulte »), la Bête en géant qui ne mesure pas sa force et détruit tout (voir le scène finale) ajoutent visuellement au loufoque du scénario de Trillo.
Au final, ça n’est pas un chef d’œuvre. Mais la lecture est suffisamment plaisante pour que les amateurs du duo – mais pas seulement – y trouvent leur compte. C’est une lecture décalée, un peu foutraque et bordélique, mais rafraichissante.
J’ai depuis très longtemps été intéressé, voire passionné par l’histoire et la culture amérindiennes, et j’ai lu énormément de choses sur le sujet. Et le sujet traité ici par Prugne est a priori quelque chose qui entre dans ce cadre : la destruction des tribus des plaines. Mais je suis sorti un chouia déçu de cette lecture – même si elle m’a globalement plu et si je recommande lecture et achat.
Prugne s’intéresse aussi à la culture amérindienne depuis longtemps, mais la plupart de ses séries se déroulaient un siècle auparavant, centrées sur le XVIIIème siècle, au moment des guerres franco-anglaises, et autour des tribus des forêts de l’Amérique du Nord-est. Il change ici pour la première fois de cadre. Historique d’abord, puisque l’intrigue se situe au milieu des années 1860. Géographique et culturel ensuite, puisque l’intrigue se concentre essentiellement sur les Cheyennes, dans les grandes plaines du Colorado.
Le cœur du récit (plutôt l’aboutissement, car en fait il n’est traité que tardivement, et assez rapidement), c’est le massacre de Sand Creek. Dans la longue lignée des actes odieux commis par les Blancs/Américains face aux tribus indiennes, ce massacre se pose (peut-être avec celui plus tardif de Wounded Knee) comme l’un des pires, n’ayant absolument aucune justification militaire, uniquement mu par le racisme, la bêtise, et l’envie de tuer ceux qui empêchent (ou semblent empêcher) l’accaparement de terres.
Le massacre des Cheyennes dirigés par Black Kettle à Sand Creek a inspiré plusieurs œuvres. Au cinéma « Soldat bleu » directement, mais aussi « Little Big Man » (la scène terrible et poignante de l’attaque du village indien où la femme indienne de Dustin Hoffman meurt). En BD, Charlier et Giraud se sont inspiré dde ce massacre dans leur superbe série Blueberry, dans l’album « Général tête jaune », et ça a été évoqué brièvement dans Little Big Horn, ou Indians !.
Prugne s’est documenté, pour les faits et pour la culture indienne. En particulier les superbes photos de Curtis (plusieurs sont cités et « redessinées » dans le beau cahier graphique qui clôt l’album). Je ne serais pas étonné qu’il ait parmi ses sources le beau livre « Pieds nus sur la Terre sacrée » (au vu des citations amérindiennes en fin d’album – mais aussi pour les photos de Curtis).
Un massacre connu donc en aboutissement de l’histoire, qui voit la tension monter, et qui montre aussi comment même lorsque certains officiers américains voulaient sincèrement bien traiter les Indiens (à nuancer toutefois, car bien les traiter pouvait consister à les amener dans des « réserves » !), les « décideurs » (soutenus par tous ceux qui voulaient s’emparer des terres – ce qui était le but réel et ultime, comme la citation de Red Cloud, reprise deux fois rappelle) sabotaient les accords passés avec les tribus indiennes. Prugne confirme ici la réalité, la quasi-totalité des accords/traités passés entre Indiens et Américains ont été respectés par les premiers, trahis par les seconds.
Et la scène – avérée – du pauvre Black Kettle au pied de sa tente, avec le drapeau américain, persuadés que son pacifisme et la parole donnée suffisait à arrêter le massacre – est pathétique. Ironie de l’histoire, Black Kettle fera partie des rares survivants, mais il sera tué lors d’un autre massacre perpétré par les troupes de Custer quatre ans plus tard…
Le dessin de Prugne, avec un très beau travail à l’aquarelle, est vraiment très chouette, agréable à l’œil, lumineux. Je regrette juste des visages parfois moins réussis (et reconnait que son dessin exprime sans doute plus de force pour représenter les sous-bois des forêts du Nord-Est que les grandes plaines).
Concernant le récit lui-même, je l’ai trouvé intéressant, mais pas captivant. Le rythme est trop lent, l’intrigue manque de densité, et la plupart des personnages manquent aussi de personnalité. Prugne utilise comme personnage central un métis (qui a existé, Prugne s’est même inspiré du récit que celui-ci a écrit – très longtemps après les événements), mais ce personnage aurait lui aussi mérité d’être davantage développé.
En fait, je pense qu’il aurait été préférable de développer une série en plusieurs tomes, pour mieux développer le contexte (depuis le traité de Laramie une douzaine d’années plus tôt), et la suite (peut-être jusqu’à la fin des années 1870 (en englobant la bataille de la Little Big Horn par exemple). Avec le dessin de Prugne, ça aurait été vraiment chouette, et surtout cela aurait permis de mieux poser les choses, d’équilibrer passages contemplatifs et fortes tensions : ça aurait satisfait l’amoureux des Indiens des plaines que je suis.
Mais bon, en l’état, malgré ma relative déception (par rapport à de fortes attentes), c’est quand même un album intéressant, et très joli à regarder.
Note réelle 3,5/5.
Je suis tout à fait d'accord avec les deux précédents avis.
Un album utile mais hélas confus dans lequel j'ai eu des difficultés avec les flashback qui se succèdent et s'entremêlent, sans indication de lieu ni de date, ce qui m'a perdu par moment ou du moins a rendu la lecture difficile.
D'une manière globale, le graphisme est très agréable (je n'apprécie pas ces personnages qui ont des yeux sans pupille...)
Je recommanderai de lire les pages historiques explicatives en début d'album car cela permettrait d'apporter de la clarté au récit.
Dommage car cet album avait toutes les qualités pour une 4e étoile.
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U-B-R
Entre découvertes des coutumes terriennes et rencontres avec ses nouveaux voisins, un extraterrestre au physique de gamin tout juste débarqué sur Terre va essayer de comprendre cet étrange monde qui est le notre tout en passant inaperçu. C'est une BD jeunesse plutôt sympa, pleine de situations loufoques. Elle est structurée en petites histoires, avec des rencontres et des expériences différentes qui permettent de multiplier les situations cocasses. C'est léger et souvent amusant, même si le concept finit parfois par tourner un peu en rond et manque d'un véritable fil conducteur ou d'un développement plus approfondi. Les enfants pourront facilement s'attacher à U-B-R et à ses proches, tandis qu'un adulte y trouvera quelques sourires grâce à un ton un peu pince-sans-rire et au décalage entre son regard innocent et nos propres travers. Le dessin est agréable, avec un trait simple, efficace, entre ligne claire et comics humoristique. Les personnages sont expressifs et l'ensemble dégage une bonne humeur. La mise en page, souvent en petites cases régulières, fonctionne bien pour le jeune public et rend la lecture très accessible. C'est une lecture sympathique pour les enfants, avec un héros attachant et quelques bonnes idées. Pour un adulte, c'est amusant et agréable à parcourir, mais cela reste une petite série jeunesse plaisante plus qu'un album réellement marquant.
Mujina into the deep
Manga fascinant et malaisant, Mujina into the deep ne laisse pas indifférent. Ce manga nous plonge dans une histoire de fuite et de perte des droits sociaux (des thématiques très actuelles comme en témoigne leur imprégnation dans les récents et décevants Les Marchés ou le tome 2 de Ils brûlent), dynamisée par une intrigue policière autour de tueurs à gages, assaisonnée de multiples thématiques sociétales (conditions de travail, pédophilie, ultramoderne solitude, réseaux sociaux et manipulation du récit sociétal, moralité/éthique de nos sociétés, etc.). L'ensemble est d'une grande ambition, peut-être trop pour le moment : certains développements et des thématiques sont vite mis de côté, oubliés par le récit au profit d'éléments volontiers plus racoleurs : une action exagérément débridée, une gratuite érotisation de l'intrigue (via des plans et cadrages malaisants), un humour régressif malheureusement maladroitement assaisonné. Si la richesse du récit demeure en l'état plus calorique que le plat réellement dans notre assiette, ce manga satisfait pleinement côté illustrations : cadrages dynamiques, contrastes de noir et blanc pertinents, grand soin apporté aux décors. Seuls quelques visages aux traits trop humoristiques et donc ces plans érotisants, gâchent le panorama, mais en ajoutant une distance malaisante intéressante dramatiquement puisque récupérée par l'intrigue pour créer un glauque assez original décrivant finalement assez bien la société dystopique imaginée par Asano. Ces deux premiers tomes prometteurs disposent d'assez d'éléments pour donner une belle ampleur au manga, en espérant que les travers énoncés n'achèvent pas de prendre le dessus sur une intrigue dont la ligne directrice peut encore fluctuer, que le divertissement ne l'emporte pas sur le récit au propos puissant et engagé.
Belle et la Bête
Bernet au dessin et Trillo au scénario, voilà deux auteurs qui a priori m’intéressent et qui, malgré une œuvre inégale, proposent généralement des choses originales et qui méritent largement le détour. Et je dois dire que cet album confirme tout cela, tant il sort de l’ordinaire – tout en utilisant pas mal de clichés de genre. Les deux auteurs mêlent ici pas mal de genres, dans lesquels ils ont pas mal donné ailleurs. Du polar, un zest d’érotisme, une dose d’absurde, et une louche d’humour – tendance décalé et noir. Le résultat est inégal. J’ai eu du mal à entrer dans cette histoire, un peu fouillis, je ne savais pas où voulaient en venir les auteurs. Puis, peu à peu, je m’y suis fait – y compris au bordel qui persiste, volontairement. Car s’il y a bien une trame scénaristique, si Trillo place un cadre guerre froide, avec lutte d’espions, au milieu d’une intrigue vaguement polar, s’il y a bien un vague clin d’œil tendance king-kongesque (voir la couverture) au mythe de la Belle et de la Bête, ce qui prédomine ici est l’humour. Car tout est surjoué, caricatural (même la pin-up – Belle donc – est insensible à la douleur, y compris lorsqu’un type la triture avec une aiguille, ou lorsqu’elle est torturée), dans les grandes lignes comme dans les détails. Trillo parodie les récits de genre, en y ajoutant un narrateur (lui-même en fait !) qui prend le lecteur à témoin, en critiquant certains traits du scénario ou des dialogues, en jouant sur de l’autodérision, etc. Belle pense à haute voix en commentant ses actions (lorsqu’elle séduit un type, couche avec lui, en appliquant à la lettre tous les conseils donnés par l’Actors studio ! Bernet n’est pas en reste. Son trait en Noir et Blanc colle parfaitement au récit, et Belle, en pin-up hyper sexy (on retrouve ici quelques accointances avec la Bang Bang imaginée par le même duo d’auteurs, dans une version plus « adulte »), la Bête en géant qui ne mesure pas sa force et détruit tout (voir le scène finale) ajoutent visuellement au loufoque du scénario de Trillo. Au final, ça n’est pas un chef d’œuvre. Mais la lecture est suffisamment plaisante pour que les amateurs du duo – mais pas seulement – y trouvent leur compte. C’est une lecture décalée, un peu foutraque et bordélique, mais rafraichissante.
Cheyenne
J’ai depuis très longtemps été intéressé, voire passionné par l’histoire et la culture amérindiennes, et j’ai lu énormément de choses sur le sujet. Et le sujet traité ici par Prugne est a priori quelque chose qui entre dans ce cadre : la destruction des tribus des plaines. Mais je suis sorti un chouia déçu de cette lecture – même si elle m’a globalement plu et si je recommande lecture et achat. Prugne s’intéresse aussi à la culture amérindienne depuis longtemps, mais la plupart de ses séries se déroulaient un siècle auparavant, centrées sur le XVIIIème siècle, au moment des guerres franco-anglaises, et autour des tribus des forêts de l’Amérique du Nord-est. Il change ici pour la première fois de cadre. Historique d’abord, puisque l’intrigue se situe au milieu des années 1860. Géographique et culturel ensuite, puisque l’intrigue se concentre essentiellement sur les Cheyennes, dans les grandes plaines du Colorado. Le cœur du récit (plutôt l’aboutissement, car en fait il n’est traité que tardivement, et assez rapidement), c’est le massacre de Sand Creek. Dans la longue lignée des actes odieux commis par les Blancs/Américains face aux tribus indiennes, ce massacre se pose (peut-être avec celui plus tardif de Wounded Knee) comme l’un des pires, n’ayant absolument aucune justification militaire, uniquement mu par le racisme, la bêtise, et l’envie de tuer ceux qui empêchent (ou semblent empêcher) l’accaparement de terres. Le massacre des Cheyennes dirigés par Black Kettle à Sand Creek a inspiré plusieurs œuvres. Au cinéma « Soldat bleu » directement, mais aussi « Little Big Man » (la scène terrible et poignante de l’attaque du village indien où la femme indienne de Dustin Hoffman meurt). En BD, Charlier et Giraud se sont inspiré dde ce massacre dans leur superbe série Blueberry, dans l’album « Général tête jaune », et ça a été évoqué brièvement dans Little Big Horn, ou Indians !. Prugne s’est documenté, pour les faits et pour la culture indienne. En particulier les superbes photos de Curtis (plusieurs sont cités et « redessinées » dans le beau cahier graphique qui clôt l’album). Je ne serais pas étonné qu’il ait parmi ses sources le beau livre « Pieds nus sur la Terre sacrée » (au vu des citations amérindiennes en fin d’album – mais aussi pour les photos de Curtis). Un massacre connu donc en aboutissement de l’histoire, qui voit la tension monter, et qui montre aussi comment même lorsque certains officiers américains voulaient sincèrement bien traiter les Indiens (à nuancer toutefois, car bien les traiter pouvait consister à les amener dans des « réserves » !), les « décideurs » (soutenus par tous ceux qui voulaient s’emparer des terres – ce qui était le but réel et ultime, comme la citation de Red Cloud, reprise deux fois rappelle) sabotaient les accords passés avec les tribus indiennes. Prugne confirme ici la réalité, la quasi-totalité des accords/traités passés entre Indiens et Américains ont été respectés par les premiers, trahis par les seconds. Et la scène – avérée – du pauvre Black Kettle au pied de sa tente, avec le drapeau américain, persuadés que son pacifisme et la parole donnée suffisait à arrêter le massacre – est pathétique. Ironie de l’histoire, Black Kettle fera partie des rares survivants, mais il sera tué lors d’un autre massacre perpétré par les troupes de Custer quatre ans plus tard… Le dessin de Prugne, avec un très beau travail à l’aquarelle, est vraiment très chouette, agréable à l’œil, lumineux. Je regrette juste des visages parfois moins réussis (et reconnait que son dessin exprime sans doute plus de force pour représenter les sous-bois des forêts du Nord-Est que les grandes plaines). Concernant le récit lui-même, je l’ai trouvé intéressant, mais pas captivant. Le rythme est trop lent, l’intrigue manque de densité, et la plupart des personnages manquent aussi de personnalité. Prugne utilise comme personnage central un métis (qui a existé, Prugne s’est même inspiré du récit que celui-ci a écrit – très longtemps après les événements), mais ce personnage aurait lui aussi mérité d’être davantage développé. En fait, je pense qu’il aurait été préférable de développer une série en plusieurs tomes, pour mieux développer le contexte (depuis le traité de Laramie une douzaine d’années plus tôt), et la suite (peut-être jusqu’à la fin des années 1870 (en englobant la bataille de la Little Big Horn par exemple). Avec le dessin de Prugne, ça aurait été vraiment chouette, et surtout cela aurait permis de mieux poser les choses, d’équilibrer passages contemplatifs et fortes tensions : ça aurait satisfait l’amoureux des Indiens des plaines que je suis. Mais bon, en l’état, malgré ma relative déception (par rapport à de fortes attentes), c’est quand même un album intéressant, et très joli à regarder. Note réelle 3,5/5.
L'Escadron bleu, 1945
Je suis tout à fait d'accord avec les deux précédents avis. Un album utile mais hélas confus dans lequel j'ai eu des difficultés avec les flashback qui se succèdent et s'entremêlent, sans indication de lieu ni de date, ce qui m'a perdu par moment ou du moins a rendu la lecture difficile. D'une manière globale, le graphisme est très agréable (je n'apprécie pas ces personnages qui ont des yeux sans pupille...) Je recommanderai de lire les pages historiques explicatives en début d'album car cela permettrait d'apporter de la clarté au récit. Dommage car cet album avait toutes les qualités pour une 4e étoile.