Décidément, j’aime bien ces éditions Bandes Détournées, qui publient depuis quelques temps pas mal de choses qui sortent de l’ordinaire. De l’humour con et/ou noir, au service de messages tout ce qu’il y a de plus engagé – à gauche s’entend.
Et cet album ne déroge pas à la règle, qui a fait le succès des précédentes publications. Comme pour leurs précédentes collaborations chez le même éditeur, les auteurs, Bertier et Girard, utilisent des illustrations tirées de vieux magazines américains, libres de droits, qu’ils modifient quelque peu, en y ajoutant des dialogues et textes qui n’ont évidemment rien à voir avec les originaux.
Le décalage est souvent savoureux, d’autant plus qu’on a là des textes moins consensuels et niaiseux je présume que dans les publications originales.
Ces détournements, associés à des textes engagés, font immanquablement penser aux Situationnistes (même si c’est moins théorique et percutant). Le rendu n’est en tout cas pas désagréable.
La petite particularité de cet album est qu’il ajoute une petite contrainte amusante au patchwork de départ. En effet, il est bâti sur le modèle des « livres dont vous êtes le héros », avec en fin de beaucoup de pages plusieurs possibilités offertes au lecteur pour poursuivre sa lecture. J’ai testé plusieurs bifurcations pour une même page, ça fonctionne, même si de toute façon ça renvoie au final à peu près au même délire. D’ailleurs les auteurs encouragent le lecteur à s’émanciper de ce petit « guide ».
Le résultat est inégal, mais globalement amusant, parfois franchement drôle, avec des commentaires pleins d’autodérision, et quelques clins d’œil à des personnes ou situations connues de tous.
Des auteurs et une maison d’édition à suivre !
Note réelle 3,5/5.
Paru en 1990, cet unique album d'Arkan est une curiosité. Il se situe à un moment charnière où la bande dessinée d'aventure commence à aborder des thèmes plus modernes (ici les dérives scientifiques, la pollution et les risques bactériologiques), tout en conservant de nombreux codes hérités des décennies précédentes. Le résultat donne une œuvre à la fois étonnamment datée et attachante.
L'introduction est d'ailleurs assez représentative de ce mélange de tons. On découvre une bande de villageois mutants, fourches à la main et sourire aux lèvres, poursuivant une famille un peu beauf dans une ambiance presque clownesque, renforcée par des chansons menaçantes qui paraissent plus ridicules qu'inquiétantes. Puis, brutalement, la scène bascule dans une violence inattendue lorsque les parents sont massacrés sous les yeux de leurs enfants qui sont sauvés in extremis par les prouesses martiales d'Arkan et Maud. Cette alternance permanente entre aventure sérieuse et éléments presque involontairement comiques ne quittera jamais vraiment l'album.
Les pages suivantes ne sont pas plus naturelles. Une longue conversation avec leur commanditaire sert essentiellement à présenter les héros, leur agence et le contexte de l'enquête. Toutes les informations nécessaires sont là, mais elles sont intégrées de manière assez artificielle et donnent l'impression que les personnages récitent leur fiche de présentation. L'action ne démarre réellement qu'aux alentours de la page 14, ce qui laisse finalement peu d'espace à l'intrigue pour se développer et explique probablement une conclusion très abrupte où tous les problèmes sont miraculeusement réglés en quelques cases seulement, sans aucun suivi des conséquences ni du devenir des personnages.
L'album apparaît également comme un témoin d'une autre époque par son traitement des héros. Arkan est le prototype du héros viril et musclé qui affronte l'adversité à coups de poings, de courage et de techniques de karaté. Plus amusant encore, la série porte son nom (ou plutôt son surnom, que le personnage lui-même trouve ridicule), alors qu'il forme en réalité un duo avec Maud, avec qui il est visiblement en couple. Celle-ci est pourtant tout aussi compétente que lui dans l'action et le combat, mais elle reste constamment reléguée au second plan parce qu'elle est la femme de l'équipe. Un fonctionnement qui rappelle fortement les séries d'aventure des décennies précédentes.
Le dessin d'Edouard Aidans est en revanche d'un bon niveau. Son trait a légèrement vieilli et porte la marque des années 1980-1990, mais l'ensemble est très professionnel et agréable à regarder. Certains visages manquent parfois un peu de finesse, notamment celui d'Arkan qui peut paraître assez niais par moments, tandis que les villageois contaminés ont souvent un aspect un peu grotesque. Maud, en revanche, bénéficie d'un traitement beaucoup plus réussi et se révèle charmante.
C'est donc un album assez curieux, oscillant constamment entre le ridicule plus ou moins assumé et une aventure semi-fantastique racontée avec un sérieux imperturbable. Malgré ses maladresses narratives, son exposition laborieuse et sa fin précipitée, sa lecture conserve un certain charme grâce à ce décalage permanent et au solide dessin d'Aidans. Cette étrange tentative n'aura toutefois pas de suite, la série s'étant arrêtée après ce seul volume. Une curiosité oubliée, imparfaite mais suffisamment atypique pour retenir l'attention des amateurs de bandes dessinées d'aventure de cette période.
Un témoignage intéressant. Et que j’imagine particulièrement intéressant pour quiconque atteint par cette cochonnerie.
Kazu est un jeune assistant mangaka lorsqu’il découvre son cancer des testicules. Il nous raconte donc comment cela a bouleversé sa vie à la fois personnelle et professionnelle. C’est justement parce qu’il ne peut plus assurer ses fonctions d’assistant dessinateur qu’il entame ce récit.
Récit dont on sent qu’il est pour lui à la fois un moyen de reprendre la main sur sa vie, tant au niveau occupation de son temps, maîtrise des évènements médicaux et espoir d’être édité en son nom propre à l’issue de son parcours de soins.
Force est de lui reconnaître un grand courage, heureusement soutenu par son épouse.
Nous suivrons donc l’auteur, essentiellement lors de son hospitalisation et ses soins médicaux. Et également ses relations avec les autres patients atteints eux aussi de cancer.
Cette maladie implique un parcours difficile et long. Et on le sent avec ce récit. Je ne nie pas l’importance que cela a eu pour l’auteur de montrer ce combat, mais je dois avouer que j’aurais bien vu un récit plus condensé.
Ajouté à cela un graphisme que j’ai trouvé un peu simple, où j’ai parfois eu du mal à reconnaître certains personnages, et (mais c’est tout personnel), toujours de la difficulté à m’adapter aux mangas, je sais que je ne le relirai pas.
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Décidément, j’aime bien ces éditions Bandes Détournées, qui publient depuis quelques temps pas mal de choses qui sortent de l’ordinaire. De l’humour con et/ou noir, au service de messages tout ce qu’il y a de plus engagé – à gauche s’entend. Et cet album ne déroge pas à la règle, qui a fait le succès des précédentes publications. Comme pour leurs précédentes collaborations chez le même éditeur, les auteurs, Bertier et Girard, utilisent des illustrations tirées de vieux magazines américains, libres de droits, qu’ils modifient quelque peu, en y ajoutant des dialogues et textes qui n’ont évidemment rien à voir avec les originaux. Le décalage est souvent savoureux, d’autant plus qu’on a là des textes moins consensuels et niaiseux je présume que dans les publications originales. Ces détournements, associés à des textes engagés, font immanquablement penser aux Situationnistes (même si c’est moins théorique et percutant). Le rendu n’est en tout cas pas désagréable. La petite particularité de cet album est qu’il ajoute une petite contrainte amusante au patchwork de départ. En effet, il est bâti sur le modèle des « livres dont vous êtes le héros », avec en fin de beaucoup de pages plusieurs possibilités offertes au lecteur pour poursuivre sa lecture. J’ai testé plusieurs bifurcations pour une même page, ça fonctionne, même si de toute façon ça renvoie au final à peu près au même délire. D’ailleurs les auteurs encouragent le lecteur à s’émanciper de ce petit « guide ». Le résultat est inégal, mais globalement amusant, parfois franchement drôle, avec des commentaires pleins d’autodérision, et quelques clins d’œil à des personnes ou situations connues de tous. Des auteurs et une maison d’édition à suivre ! Note réelle 3,5/5.
Arkan - L'Ecume du diable
Paru en 1990, cet unique album d'Arkan est une curiosité. Il se situe à un moment charnière où la bande dessinée d'aventure commence à aborder des thèmes plus modernes (ici les dérives scientifiques, la pollution et les risques bactériologiques), tout en conservant de nombreux codes hérités des décennies précédentes. Le résultat donne une œuvre à la fois étonnamment datée et attachante. L'introduction est d'ailleurs assez représentative de ce mélange de tons. On découvre une bande de villageois mutants, fourches à la main et sourire aux lèvres, poursuivant une famille un peu beauf dans une ambiance presque clownesque, renforcée par des chansons menaçantes qui paraissent plus ridicules qu'inquiétantes. Puis, brutalement, la scène bascule dans une violence inattendue lorsque les parents sont massacrés sous les yeux de leurs enfants qui sont sauvés in extremis par les prouesses martiales d'Arkan et Maud. Cette alternance permanente entre aventure sérieuse et éléments presque involontairement comiques ne quittera jamais vraiment l'album. Les pages suivantes ne sont pas plus naturelles. Une longue conversation avec leur commanditaire sert essentiellement à présenter les héros, leur agence et le contexte de l'enquête. Toutes les informations nécessaires sont là, mais elles sont intégrées de manière assez artificielle et donnent l'impression que les personnages récitent leur fiche de présentation. L'action ne démarre réellement qu'aux alentours de la page 14, ce qui laisse finalement peu d'espace à l'intrigue pour se développer et explique probablement une conclusion très abrupte où tous les problèmes sont miraculeusement réglés en quelques cases seulement, sans aucun suivi des conséquences ni du devenir des personnages. L'album apparaît également comme un témoin d'une autre époque par son traitement des héros. Arkan est le prototype du héros viril et musclé qui affronte l'adversité à coups de poings, de courage et de techniques de karaté. Plus amusant encore, la série porte son nom (ou plutôt son surnom, que le personnage lui-même trouve ridicule), alors qu'il forme en réalité un duo avec Maud, avec qui il est visiblement en couple. Celle-ci est pourtant tout aussi compétente que lui dans l'action et le combat, mais elle reste constamment reléguée au second plan parce qu'elle est la femme de l'équipe. Un fonctionnement qui rappelle fortement les séries d'aventure des décennies précédentes. Le dessin d'Edouard Aidans est en revanche d'un bon niveau. Son trait a légèrement vieilli et porte la marque des années 1980-1990, mais l'ensemble est très professionnel et agréable à regarder. Certains visages manquent parfois un peu de finesse, notamment celui d'Arkan qui peut paraître assez niais par moments, tandis que les villageois contaminés ont souvent un aspect un peu grotesque. Maud, en revanche, bénéficie d'un traitement beaucoup plus réussi et se révèle charmante. C'est donc un album assez curieux, oscillant constamment entre le ridicule plus ou moins assumé et une aventure semi-fantastique racontée avec un sérieux imperturbable. Malgré ses maladresses narratives, son exposition laborieuse et sa fin précipitée, sa lecture conserve un certain charme grâce à ce décalage permanent et au solide dessin d'Aidans. Cette étrange tentative n'aura toutefois pas de suite, la série s'étant arrêtée après ce seul volume. Une curiosité oubliée, imparfaite mais suffisamment atypique pour retenir l'attention des amateurs de bandes dessinées d'aventure de cette période.
Mon cancer couillon
Un témoignage intéressant. Et que j’imagine particulièrement intéressant pour quiconque atteint par cette cochonnerie. Kazu est un jeune assistant mangaka lorsqu’il découvre son cancer des testicules. Il nous raconte donc comment cela a bouleversé sa vie à la fois personnelle et professionnelle. C’est justement parce qu’il ne peut plus assurer ses fonctions d’assistant dessinateur qu’il entame ce récit. Récit dont on sent qu’il est pour lui à la fois un moyen de reprendre la main sur sa vie, tant au niveau occupation de son temps, maîtrise des évènements médicaux et espoir d’être édité en son nom propre à l’issue de son parcours de soins. Force est de lui reconnaître un grand courage, heureusement soutenu par son épouse. Nous suivrons donc l’auteur, essentiellement lors de son hospitalisation et ses soins médicaux. Et également ses relations avec les autres patients atteints eux aussi de cancer. Cette maladie implique un parcours difficile et long. Et on le sent avec ce récit. Je ne nie pas l’importance que cela a eu pour l’auteur de montrer ce combat, mais je dois avouer que j’aurais bien vu un récit plus condensé. Ajouté à cela un graphisme que j’ai trouvé un peu simple, où j’ai parfois eu du mal à reconnaître certains personnages, et (mais c’est tout personnel), toujours de la difficulté à m’adapter aux mangas, je sais que je ne le relirai pas.