Aujourd'hui, c'est bien connu, les humains et les vampires sont égaux. Le temps de l'oppression et de la domination vampirique sont révolus et tout se porte pour le mieux. Enfin, ça, c'est le discours officiel, car comme toujours, quand on se contente d'avancées de façade sans remise en question des problèmes systémiques, rien ne change véritablement.
Ici, on comprend très vite, l'histoire est une allégorie du sexisme au sein de notre société. Le sexisme et les violences qui l'accompagnent, dans toute leur terrifiante banalité, en mettant bien en lumière le caractère bien huilé de la machine sociale programmée pour écraser toute forme de remise en question des problèmes. Effacement des victimes, omniprésence du point de vue dominant dans les représentation médiatiques, politiques et culturelles, empowerement de façade, … bref, on cherche à mettre en avant un maximum de rouages qui constituent cette machine infernale.
L’œuvre est bonne, intéressant, et le dessin de Lou Lubie toujours bien travaillé (même si il m'a ici un peu moins charmé que sur ses précédentes œuvres).
Et pourtant, malgré ces qualités, vous voyez bien que je n'ai pas pu aller au delà de la moyenne contrairement à d'autres aviseur-euse-s.
La raison va sans doute paraître bizarre, en tout cas j'ai du mal à la formuler (j'ai surtout peur d'être mal interprétée), mais je vais essayer de vous transmettre l'idée. Je connais le sujet présenté, la cause défendu, je connais les statistiques transposées ici et je ne peux qu'apprécier la mise en avant de chacun de ces problèmes que beaucoup continuent d'ignorer simplement par conditionnement et habitude, et pourtant le tout m'a semblé… creux ? Je sais que ça ressemble fortement au début d'un discours type "rolala faut pas mettre tout le monde dans le même panier" ou "rolala mais on le sait déjà tout ça, il faut arrêter de jouer les alarmistes", mais non, j'insiste sur le fait que je suis 100% derrière le message défendu dans cet album, ce n'est pas le fond que je remet en question. Voilà, je connais ce sujet, je traine déjà dans les milieux où ce genre de discours est connu et donc forcément que j'allais finir par lire cet album, mais est-ce que les gens qui en auraient besoin, celleux qui auraient le plus besoin d'être mis-es face à cet exemple "fantastique" pour enfin ouvrir les yeux face aux problèmes de notre monde bien réel, ces personnes vont-elles aller vers cet album et surtout vont elles réussir à passer outre l'aspect militant. Car c'est justement en diabolisant cette dimension militante que les défenseur-euse-s des oppressions continuent de faire fermer les yeux au plus grand nombre, et l'idée de transposer tout ça dans un monde différent mais dont les problématiques font parfaitement écho au notre m'avait semblé être une idée si bien trouvée, permettant de mettre en avant quasi-explicitement les problèmes sans pour autant l'annoncer par avance et surprendre les gens et ainsi toucher un public bien plus large. Mais ici rien de ça, la narration m'a semblée trop froide, mécanique, et du coup je ne pense pas que les personnes qui auraient le plus besoin d'ouvrir les yeux et de changer leurs comportements et leur façon de voir le monde soient réceptives à l’œuvre.
Alors est-ce que cet album a pour vocation de convaincre le plus grand nombre ou bien de réaffirmer des acquis auprès des personnes déjà concernées, proches de concernées et/ou qui ont déjà effectué un travail de réflexion pour enfin réaliser toute l'immensité du problème et ses ramifications, ou bien est-ce qu'il cherche à alerter et éduquer les gens qui ne s'y connaîtraient que trop peu ? Si l'album cherche à parler un public qui ne s'y connait pas ou trop peu sur le sujet j'ai bien peur que celui-ci rebute certaines personnes pour son côté "préchi-précha", si l'album s'adresse à un public déjà sensibilisé au sujet il ne fait au final que répéter des choses déjà connues sans pour autant se montrer révolutionnaire dans la forme ou même entraînant dans sa narration.
Encore une fois, l'album n'est pas non plus mauvais, et je ne peux qu'inviter qui que ce soit entamant sa réflexion, son ouverture sur le sujet à lire cet album, il n'est pas mon préféré dans son genre mais reste on ne peut plus fourni dans ses statistiques et sa "démonstration fantaisie". J'avoue seulement avoir trouvé le tout un peu trop "évident" pour les personnes déjà convaincues ou concernées et pas assez attrayant pour les personnes qui ne seraient pas nécessairement aller vers cet album ou seraient tombées dessus par hasard mais qui auraient pourtant pu être intéressées.
J’ai lu la série dans l’intégrale.
Disons que si je n’avais eu que le premier tome en main, je me serais sans doute arrêté là. En effet, le dessin ne m’attire pas plus que ça (même s’il est lisible), et je m’attendais à quelque chose de plus drôle – Fluide Glacial oblige. Au lieu de ça, à part quelques situations d’autodérision, et les séances d’Émilie chez sa vieille psy (qui finit par péter un plomb), il n’y a pas forcément d’humour.
Au milieu du récit il y a même des passages très sérieux, avec des pages documentaires sur tout un tas de situations, de pathologies, qui intéressent la psychanalyse…
Reste que peu à peu le personnage d’Émilie prend de la consistance, et qu’elle finit par être attachante – sans m’avoir non plus captivé. Mais en tout cas je suis arrivé au bout de cette intégrale sans m’ennuyer – ce que je craignais après avoir lu le premier tiers.
Note réelle 2,5/5.
Voilà un récit qui se laisse lire, et qui satisfera sans doute les amateurs de l’équipe de choc une nouvelle fois reconstituée. En effet, Brubaker au scénario, et les Phillips au dessin et à la colorisation connaissent leur boulot, et on n’est pas dépaysé ici.
Dessin et couleurs (toujours sombres) donnent un rendu lisible et agréable, fluide, même si sans trop de nuances. On est dans du comics plaisant à regarder.
Quant au scénario, Brubaker sait y faire pour ne pas laisser retomber le souffler. En effet, les rebondissements s’enchainent – de plus en plus rapidement d’ailleurs au fur et à mesure de l’avancée d’une histoire dans laquelle on peine à cerner les contours. A reconnaitre les « bons » des « méchants » aussi.
Cette surprise quasi constante, avec des airs vaguement horrifiques parfois, fait qu’on ne s’ennuie pas, et qu’on a envie de connaitre la suite.
Brubaker utilise des idées/univers forts – même si encore plus présents aux États-Unis je pense : scandales/complots satanistes ; omniprésence d’un arrière-plan religieux ; théories complotistes sur internet et les réseaux sociaux, etc.
L’intrigue se laisse lire, c’est fluide et agréable globalement donc. Mais elle est quand même un peu linéaire et légère, si l’on oublie les artifices qui dramatisent le récit.
Et plusieurs choses m’ont un peu gêné. D’abord la gamine qu’avait enlevée Nathalie Burns au départ et qui s’échappe a près lui avoir pété le nez, disparait totalement des radars (qu’est-elle devenue ?).
Ensuite toute la partie finale est quand même trop accélérée, trop brutale. Burns s’en sort trop miraculeusement dans la grotte. Et je n’ai pas compris comment elle pouvait avoir été mise au courant de ce qui s’y était passé par son frère (comme elle dit dans une « pensée », alors que celui-ci meurt dans ses bras sans avoir visiblement pu lui dire quoi que ce soit ?
Une série scénarisée par Alain Ayroles, voilà quelque chose qui a priori m’attire, tant il a déjà produit quelques petites pépites. Avec autant d’attente, le ressenti est quelque peu biaisé dès lors qu’on ne retrouve pas l’entièreté de ce que l’on espérait trouver. C’est un peu le cas ici.
L’histoire se laisse lire, plutôt agréablement – Ayroles sait quand même y faire pour construire une intrigue et l’habiter avec de bons dialogues. Mais elle m’a un peu laissé sur ma faim. J’espérais un peu plus de dialogues et de situations caustiques.
L’intrigue se développe au Groenland, dans le dernier quart du XVème siècle (et l'extrême fin du moyen-âge), alors que les dernières colonies scandinaves périclitent. Le hasard a voulu que je lise récemment le début d’une série se déroulant au même endroit quasiment au même moment (quelques décennies plus tôt), Greenlander, j’y ai retrouvé la même atmosphère de fin d’un monde – et la même menace exercée par les Inuits sur les Scandinaves (même s’il n’y a pas ici le fantastique qui semble vouloir se développer dans Greenlander.
L’arrière-plan est intéressant, et donne une touche pathétique au héros, qui cherche à « se relancer » sur cette terre paumée et en décrépitude. Dès son arrivée il jour le rôle du coq, joue des coudes et à complote tout va, jouant les uns contre les autres tous ceux qui le gênent, jusqu’à arriver au pouvoir (étant entendu que le pouvoir au Groenland n’est pour lui qu’un marchepied pour retrouver un pouvoir perdu en Angleterre – qu’il a dû quitter de façon peu glorieuse). Mais il n’est en fait qu’un loser pathétique. Je m’attendais à ce qu’Ayroles donne une tournure plus picaresque et outrancière à ce personnage machiavélique de Richard.
Reste que sur la fin la tonalité shakespearienne domine, jusqu’au final, où Richard n’est plus qu’une statue de glace…
Le dessin de Tanquerrelle fait le travail, même si son esthétique (et ses menus défaut – pour les personnages et chevaux en déplacement par exemple) ne m’ont pas toujours attiré.
Une lecture sympathique donc, mais ça n’est pas le meilleur récit d’Ayroles.
Note réelle 3,5/5.
Je suis assez déçu de la BD, qui m'avait cueilli sur les premières pages avant de me lâcher en cours de route. C'est d'autant plus dommage que j'étais assez content de voir le début de la BD qui proposait une idée originale : une BD en vue subjective d'un SDF faisant la manche, qui commente le monde.
Là où j'étais intéressé, c'était l'idée qui permettait de se mettre à la place du personnage, tout en ayant un commentaire acide sur la société et l'hypocrisie de ces personnes laissées seules dehors qu'on ne veut plus voir, qu'on souhaiterai voir disparaitre, qui dérangent ...
Le hic, c'est que la BD part très vite sur une histoire personnelle, expliquant comment le type a fini dans la rue. Enfin, c'est plutôt une explication de sa vie, et on comprend qu'il a finit dans la rue suite à ce qu'il raconte. Le tout avec des métaphores jolies autour des étoiles et de l'astronomie, mais qui finissent par cantonner l'histoire à une seule représentation de la misère. Et c'est dommage, le début et tout le dialogue interne au SDF aurait pu continuer à être plus désincarné, plus universel. Car au final, aucune remise en question n'est faite de la société, ni de la façon dont s'organise la misère dans un monde capitaliste et libérale. Là, on a une histoire d'un type qui a fait les mauvais choix, point. C'est dommage que le potentiel de la BD ne soit jamais exploitée, et ça me fait baisser ma note.
Par contre, c'est bien dessiné et je reconnais qu'il y a une vraie recherche esthétique, notamment avec l'angle de vue et la multiplicité des personnages qui passent et regardent, qui donnent l'impression que l'auteur a regardé pendant des heures les gens dans la rue pour arriver à faire autant de portraits qui rendent si bien. Le dessin me fait encore plus regretter les choix narratifs, car il y avait quelque chose de vraiment excellent qui aurait pu être mis en image, il en reste une BD assez poétique mais à portée limitée. Dommage !
Cette série de petits gags sur le couple et les relations amoureuses m'a plutôt convaincu. On sent une forte influence de Fabcaro dans le principe de saynètes absurdes qui partent d'une situation banale avant de basculer progressivement dans le non-sens. Ce n'est pas révolutionnaire, mais c'est bien fait.
Le dessin va droit à l'essentiel. Très stylisé, avec peu de détails et des personnages volontairement peu expressifs, il sert parfaitement le rythme des gags sans chercher à attirer l'attention sur lui. L'auteur sait construire ses chutes et plusieurs d'entre elles m'ont réellement fait rire. Toutes ne font pas mouche, évidemment, mais le sens du timing est suffisamment bon pour que l'ensemble fonctionne.
En revanche, je ressors aussi de cette lecture avec une impression assez déprimante. Derrière l'humour caustique et les situations absurdes, la vision du couple est particulièrement cynique. Entre divorces, ruptures instantanées, Tinder, infidélités, égoïsme et incapacité chronique à communiquer, presque aucune relation ne semble pouvoir fonctionner durablement. C'est assumé, souvent drôle, parfois très grinçant, mais à force d'accumuler les situations où tout se déroule systématiquement mal, cela finit aussi par être un peu plombant.
Heureusement, l'auteur ne cherche jamais à faire de longues démonstrations. Les histoires sont courtes, vont droit au gag et ne s'éternisent pas. Cela permet de conserver un bon rythme de lecture et d'éviter que ce pessimisme ne devienne vraiment pesant.
Ce n'est donc pas une BD qui m'a fait rire à chaque page, mais j'y ai trouvé suffisamment de bonnes idées et de chutes réussies pour passer un bon moment, même si j'aurais apprécié une vision un peu moins désabusée des relations humaines.
J’avais été extrêmement emballé par le concept que Benoît Vieillard m’avait présenté lors de cette soirée mémorable par Zoo le Mag à Saint-Malo l'année dernière. L’idée était audacieuse, presque révolutionnaire : des doubles pages à parcourir dans tous les sens, un immeuble où les habitants montent, descendent, se croisent, comme une métaphore visuelle du chaos urbain et des destins entrelacés. Sur le papier, c’était brillant, et j’avais hâte de plonger dans cette expérience narrative unique.
Pourtant, à la lecture, je reste un peu sur ma faim. Difficile de mettre le doigt sur ce qui cloche, car ce n’est clairement pas le dessin : le trait de Benoît est précis, expressif, et la mise en page, aussi ambitieuse soit-elle, est maîtrisée. Alors quoi ?
Peut-être est-ce les histoires elles-mêmes qui, en se confondant, s’entremêlant, finissent par semer le trouble plutôt que l’émerveillement. On se perd dans les parcours, comme si l’accumulation de destins et de perspectives, au lieu d’enrichir le récit, le diluait. L’originalité du support demande peut-être un fil conducteur plus marqué. Malgré la complexité, il est important à mon sens de garder une cohérence émotionnelle et narrative.
Ne vous y trompez pas, 13 Devil Street reste une œuvre fascinante par son approche, mais qui, pour moi, peine à tenir toutes ses promesses. Une déception relative, donc, car l’ambition est là – et c’est déjà beaucoup.
Comme toute les mini séries de Duchâteau (Peggy Press, Serge Morand... Chancellor démarre bien mais finit par se prendre les pieds dans le tapis.
Le premier album est soigné. Il nous livre les bases d'un univers SF intéressant mais le second ressemble plus à une enquête de Ric Hochet.
Le dessin est quand même très sympa, Sanahujas fait preuve d'un bel imaginaire. Duchateau a toujours su s'entourer de dessinateurs de talent.
Par contre il n'a jamais su donner de l'ampleur à ses récits. Et c'est bien dommage de maîtriser aussi bien les codes narratifs, sans cette étincelle artistique nécessaire à la création d'une grande œuvre.
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Aujourd'hui, c'est bien connu, les humains et les vampires sont égaux. Le temps de l'oppression et de la domination vampirique sont révolus et tout se porte pour le mieux. Enfin, ça, c'est le discours officiel, car comme toujours, quand on se contente d'avancées de façade sans remise en question des problèmes systémiques, rien ne change véritablement. Ici, on comprend très vite, l'histoire est une allégorie du sexisme au sein de notre société. Le sexisme et les violences qui l'accompagnent, dans toute leur terrifiante banalité, en mettant bien en lumière le caractère bien huilé de la machine sociale programmée pour écraser toute forme de remise en question des problèmes. Effacement des victimes, omniprésence du point de vue dominant dans les représentation médiatiques, politiques et culturelles, empowerement de façade, … bref, on cherche à mettre en avant un maximum de rouages qui constituent cette machine infernale. L’œuvre est bonne, intéressant, et le dessin de Lou Lubie toujours bien travaillé (même si il m'a ici un peu moins charmé que sur ses précédentes œuvres). Et pourtant, malgré ces qualités, vous voyez bien que je n'ai pas pu aller au delà de la moyenne contrairement à d'autres aviseur-euse-s. La raison va sans doute paraître bizarre, en tout cas j'ai du mal à la formuler (j'ai surtout peur d'être mal interprétée), mais je vais essayer de vous transmettre l'idée. Je connais le sujet présenté, la cause défendu, je connais les statistiques transposées ici et je ne peux qu'apprécier la mise en avant de chacun de ces problèmes que beaucoup continuent d'ignorer simplement par conditionnement et habitude, et pourtant le tout m'a semblé… creux ? Je sais que ça ressemble fortement au début d'un discours type "rolala faut pas mettre tout le monde dans le même panier" ou "rolala mais on le sait déjà tout ça, il faut arrêter de jouer les alarmistes", mais non, j'insiste sur le fait que je suis 100% derrière le message défendu dans cet album, ce n'est pas le fond que je remet en question. Voilà, je connais ce sujet, je traine déjà dans les milieux où ce genre de discours est connu et donc forcément que j'allais finir par lire cet album, mais est-ce que les gens qui en auraient besoin, celleux qui auraient le plus besoin d'être mis-es face à cet exemple "fantastique" pour enfin ouvrir les yeux face aux problèmes de notre monde bien réel, ces personnes vont-elles aller vers cet album et surtout vont elles réussir à passer outre l'aspect militant. Car c'est justement en diabolisant cette dimension militante que les défenseur-euse-s des oppressions continuent de faire fermer les yeux au plus grand nombre, et l'idée de transposer tout ça dans un monde différent mais dont les problématiques font parfaitement écho au notre m'avait semblé être une idée si bien trouvée, permettant de mettre en avant quasi-explicitement les problèmes sans pour autant l'annoncer par avance et surprendre les gens et ainsi toucher un public bien plus large. Mais ici rien de ça, la narration m'a semblée trop froide, mécanique, et du coup je ne pense pas que les personnes qui auraient le plus besoin d'ouvrir les yeux et de changer leurs comportements et leur façon de voir le monde soient réceptives à l’œuvre. Alors est-ce que cet album a pour vocation de convaincre le plus grand nombre ou bien de réaffirmer des acquis auprès des personnes déjà concernées, proches de concernées et/ou qui ont déjà effectué un travail de réflexion pour enfin réaliser toute l'immensité du problème et ses ramifications, ou bien est-ce qu'il cherche à alerter et éduquer les gens qui ne s'y connaîtraient que trop peu ? Si l'album cherche à parler un public qui ne s'y connait pas ou trop peu sur le sujet j'ai bien peur que celui-ci rebute certaines personnes pour son côté "préchi-précha", si l'album s'adresse à un public déjà sensibilisé au sujet il ne fait au final que répéter des choses déjà connues sans pour autant se montrer révolutionnaire dans la forme ou même entraînant dans sa narration. Encore une fois, l'album n'est pas non plus mauvais, et je ne peux qu'inviter qui que ce soit entamant sa réflexion, son ouverture sur le sujet à lire cet album, il n'est pas mon préféré dans son genre mais reste on ne peut plus fourni dans ses statistiques et sa "démonstration fantaisie". J'avoue seulement avoir trouvé le tout un peu trop "évident" pour les personnes déjà convaincues ou concernées et pas assez attrayant pour les personnes qui ne seraient pas nécessairement aller vers cet album ou seraient tombées dessus par hasard mais qui auraient pourtant pu être intéressées.
Emilie voit quelqu'un
J’ai lu la série dans l’intégrale. Disons que si je n’avais eu que le premier tome en main, je me serais sans doute arrêté là. En effet, le dessin ne m’attire pas plus que ça (même s’il est lisible), et je m’attendais à quelque chose de plus drôle – Fluide Glacial oblige. Au lieu de ça, à part quelques situations d’autodérision, et les séances d’Émilie chez sa vieille psy (qui finit par péter un plomb), il n’y a pas forcément d’humour. Au milieu du récit il y a même des passages très sérieux, avec des pages documentaires sur tout un tas de situations, de pathologies, qui intéressent la psychanalyse… Reste que peu à peu le personnage d’Émilie prend de la consistance, et qu’elle finit par être attachante – sans m’avoir non plus captivé. Mais en tout cas je suis arrivé au bout de cette intégrale sans m’ennuyer – ce que je craignais après avoir lu le premier tiers. Note réelle 2,5/5.
La Maison des impies
Voilà un récit qui se laisse lire, et qui satisfera sans doute les amateurs de l’équipe de choc une nouvelle fois reconstituée. En effet, Brubaker au scénario, et les Phillips au dessin et à la colorisation connaissent leur boulot, et on n’est pas dépaysé ici. Dessin et couleurs (toujours sombres) donnent un rendu lisible et agréable, fluide, même si sans trop de nuances. On est dans du comics plaisant à regarder. Quant au scénario, Brubaker sait y faire pour ne pas laisser retomber le souffler. En effet, les rebondissements s’enchainent – de plus en plus rapidement d’ailleurs au fur et à mesure de l’avancée d’une histoire dans laquelle on peine à cerner les contours. A reconnaitre les « bons » des « méchants » aussi. Cette surprise quasi constante, avec des airs vaguement horrifiques parfois, fait qu’on ne s’ennuie pas, et qu’on a envie de connaitre la suite. Brubaker utilise des idées/univers forts – même si encore plus présents aux États-Unis je pense : scandales/complots satanistes ; omniprésence d’un arrière-plan religieux ; théories complotistes sur internet et les réseaux sociaux, etc. L’intrigue se laisse lire, c’est fluide et agréable globalement donc. Mais elle est quand même un peu linéaire et légère, si l’on oublie les artifices qui dramatisent le récit. Et plusieurs choses m’ont un peu gêné. D’abord la gamine qu’avait enlevée Nathalie Burns au départ et qui s’échappe a près lui avoir pété le nez, disparait totalement des radars (qu’est-elle devenue ?). Ensuite toute la partie finale est quand même trop accélérée, trop brutale. Burns s’en sort trop miraculeusement dans la grotte. Et je n’ai pas compris comment elle pouvait avoir été mise au courant de ce qui s’y était passé par son frère (comme elle dit dans une « pensée », alors que celui-ci meurt dans ses bras sans avoir visiblement pu lui dire quoi que ce soit ?
La Terre verte
Une série scénarisée par Alain Ayroles, voilà quelque chose qui a priori m’attire, tant il a déjà produit quelques petites pépites. Avec autant d’attente, le ressenti est quelque peu biaisé dès lors qu’on ne retrouve pas l’entièreté de ce que l’on espérait trouver. C’est un peu le cas ici. L’histoire se laisse lire, plutôt agréablement – Ayroles sait quand même y faire pour construire une intrigue et l’habiter avec de bons dialogues. Mais elle m’a un peu laissé sur ma faim. J’espérais un peu plus de dialogues et de situations caustiques. L’intrigue se développe au Groenland, dans le dernier quart du XVème siècle (et l'extrême fin du moyen-âge), alors que les dernières colonies scandinaves périclitent. Le hasard a voulu que je lise récemment le début d’une série se déroulant au même endroit quasiment au même moment (quelques décennies plus tôt), Greenlander, j’y ai retrouvé la même atmosphère de fin d’un monde – et la même menace exercée par les Inuits sur les Scandinaves (même s’il n’y a pas ici le fantastique qui semble vouloir se développer dans Greenlander. L’arrière-plan est intéressant, et donne une touche pathétique au héros, qui cherche à « se relancer » sur cette terre paumée et en décrépitude. Dès son arrivée il jour le rôle du coq, joue des coudes et à complote tout va, jouant les uns contre les autres tous ceux qui le gênent, jusqu’à arriver au pouvoir (étant entendu que le pouvoir au Groenland n’est pour lui qu’un marchepied pour retrouver un pouvoir perdu en Angleterre – qu’il a dû quitter de façon peu glorieuse). Mais il n’est en fait qu’un loser pathétique. Je m’attendais à ce qu’Ayroles donne une tournure plus picaresque et outrancière à ce personnage machiavélique de Richard. Reste que sur la fin la tonalité shakespearienne domine, jusqu’au final, où Richard n’est plus qu’une statue de glace… Le dessin de Tanquerrelle fait le travail, même si son esthétique (et ses menus défaut – pour les personnages et chevaux en déplacement par exemple) ne m’ont pas toujours attiré. Une lecture sympathique donc, mais ça n’est pas le meilleur récit d’Ayroles. Note réelle 3,5/5.
À hauteur d'homme
Je suis assez déçu de la BD, qui m'avait cueilli sur les premières pages avant de me lâcher en cours de route. C'est d'autant plus dommage que j'étais assez content de voir le début de la BD qui proposait une idée originale : une BD en vue subjective d'un SDF faisant la manche, qui commente le monde. Là où j'étais intéressé, c'était l'idée qui permettait de se mettre à la place du personnage, tout en ayant un commentaire acide sur la société et l'hypocrisie de ces personnes laissées seules dehors qu'on ne veut plus voir, qu'on souhaiterai voir disparaitre, qui dérangent ... Le hic, c'est que la BD part très vite sur une histoire personnelle, expliquant comment le type a fini dans la rue. Enfin, c'est plutôt une explication de sa vie, et on comprend qu'il a finit dans la rue suite à ce qu'il raconte. Le tout avec des métaphores jolies autour des étoiles et de l'astronomie, mais qui finissent par cantonner l'histoire à une seule représentation de la misère. Et c'est dommage, le début et tout le dialogue interne au SDF aurait pu continuer à être plus désincarné, plus universel. Car au final, aucune remise en question n'est faite de la société, ni de la façon dont s'organise la misère dans un monde capitaliste et libérale. Là, on a une histoire d'un type qui a fait les mauvais choix, point. C'est dommage que le potentiel de la BD ne soit jamais exploitée, et ça me fait baisser ma note. Par contre, c'est bien dessiné et je reconnais qu'il y a une vraie recherche esthétique, notamment avec l'angle de vue et la multiplicité des personnages qui passent et regardent, qui donnent l'impression que l'auteur a regardé pendant des heures les gens dans la rue pour arriver à faire autant de portraits qui rendent si bien. Le dessin me fait encore plus regretter les choix narratifs, car il y avait quelque chose de vraiment excellent qui aurait pu être mis en image, il en reste une BD assez poétique mais à portée limitée. Dommage !
Merci l'Amour, merci la Vie !
Cette série de petits gags sur le couple et les relations amoureuses m'a plutôt convaincu. On sent une forte influence de Fabcaro dans le principe de saynètes absurdes qui partent d'une situation banale avant de basculer progressivement dans le non-sens. Ce n'est pas révolutionnaire, mais c'est bien fait. Le dessin va droit à l'essentiel. Très stylisé, avec peu de détails et des personnages volontairement peu expressifs, il sert parfaitement le rythme des gags sans chercher à attirer l'attention sur lui. L'auteur sait construire ses chutes et plusieurs d'entre elles m'ont réellement fait rire. Toutes ne font pas mouche, évidemment, mais le sens du timing est suffisamment bon pour que l'ensemble fonctionne. En revanche, je ressors aussi de cette lecture avec une impression assez déprimante. Derrière l'humour caustique et les situations absurdes, la vision du couple est particulièrement cynique. Entre divorces, ruptures instantanées, Tinder, infidélités, égoïsme et incapacité chronique à communiquer, presque aucune relation ne semble pouvoir fonctionner durablement. C'est assumé, souvent drôle, parfois très grinçant, mais à force d'accumuler les situations où tout se déroule systématiquement mal, cela finit aussi par être un peu plombant. Heureusement, l'auteur ne cherche jamais à faire de longues démonstrations. Les histoires sont courtes, vont droit au gag et ne s'éternisent pas. Cela permet de conserver un bon rythme de lecture et d'éviter que ce pessimisme ne devienne vraiment pesant. Ce n'est donc pas une BD qui m'a fait rire à chaque page, mais j'y ai trouvé suffisamment de bonnes idées et de chutes réussies pour passer un bon moment, même si j'aurais apprécié une vision un peu moins désabusée des relations humaines.
13 Devil Street
J’avais été extrêmement emballé par le concept que Benoît Vieillard m’avait présenté lors de cette soirée mémorable par Zoo le Mag à Saint-Malo l'année dernière. L’idée était audacieuse, presque révolutionnaire : des doubles pages à parcourir dans tous les sens, un immeuble où les habitants montent, descendent, se croisent, comme une métaphore visuelle du chaos urbain et des destins entrelacés. Sur le papier, c’était brillant, et j’avais hâte de plonger dans cette expérience narrative unique. Pourtant, à la lecture, je reste un peu sur ma faim. Difficile de mettre le doigt sur ce qui cloche, car ce n’est clairement pas le dessin : le trait de Benoît est précis, expressif, et la mise en page, aussi ambitieuse soit-elle, est maîtrisée. Alors quoi ? Peut-être est-ce les histoires elles-mêmes qui, en se confondant, s’entremêlant, finissent par semer le trouble plutôt que l’émerveillement. On se perd dans les parcours, comme si l’accumulation de destins et de perspectives, au lieu d’enrichir le récit, le diluait. L’originalité du support demande peut-être un fil conducteur plus marqué. Malgré la complexité, il est important à mon sens de garder une cohérence émotionnelle et narrative. Ne vous y trompez pas, 13 Devil Street reste une œuvre fascinante par son approche, mais qui, pour moi, peine à tenir toutes ses promesses. Une déception relative, donc, car l’ambition est là – et c’est déjà beaucoup.
Chancellor - Enquêteur du futur
Comme toute les mini séries de Duchâteau (Peggy Press, Serge Morand... Chancellor démarre bien mais finit par se prendre les pieds dans le tapis. Le premier album est soigné. Il nous livre les bases d'un univers SF intéressant mais le second ressemble plus à une enquête de Ric Hochet. Le dessin est quand même très sympa, Sanahujas fait preuve d'un bel imaginaire. Duchateau a toujours su s'entourer de dessinateurs de talent. Par contre il n'a jamais su donner de l'ampleur à ses récits. Et c'est bien dommage de maîtriser aussi bien les codes narratifs, sans cette étincelle artistique nécessaire à la création d'une grande œuvre.