Je suis embêté sur ma note, parce que je suis partagé entre ce que j'aime bien dans la BD et ses limites assez claires que je vois. Mais en même temps, c'est le genre de BD que je recommanderais et que j'ai réellement apprécié. Donc, pas évident de noter, quoi ...
Déjà, je dois dire que la BD est franchement belle, avec une utilisation pertinente et très visuelle des couleurs. Pour une BD qui parle de fleurs, c'est normal, mais le résultat vaut le coup d’œil. J'ai adoré le résultat au cours de ma lecture, qui fut franchement plaisante. C'est visuellement intéressant, rehaussé par les planches muettes et envahies de plantes, qui en mettent plein les yeux. Une partie de la BD est également constituée de planches de fleurs diverses avec des petites informations comme l'origine, comment les planter, si elles sont comestibles, etc ... Ces planches ne sont pas indispensables à la lecture mais sont probablement la partie la plus intéressante. Chaque paragraphe est suffisamment riche en informations mais pas trop développé non plus et donne l'essentiel des informations. On en apprend pas mal en peu de temps !
Par contre ceci étant dit, et les qualités principales étant citées, il faut dire que la BD comporte une histoire qui est, elle, assez inintéressante. De façon étrange, la BD parle des brevets de fleurs et de la lutte d'un petit jardinier indépendant contre une grosse structure. Le tout baigne dans une drôle d'ambiance, avec des arcs narratifs sur la paternité de quelqu'un, des questions autour de l'économie des fleuristes, mais le tout dans une narration centrale qui semble décalé avec tout ça, finissant sur une note mignonne par rapport aux fleurs mais avec des quêtes de personnages dont je me fichais un peu.
Ce qui me semble être dommage, c'est que la BD n'est ni franchement un documentaire ni clairement une fiction. Les deux se mélangent, mais si la partie documentaire manque de consistance et aurait pu aller plus loin, la partie fiction reste très en surface et manque de liant par rapport au reste. Comme si les autrices n'avaient pas su trancher et se limitaient à ces deux moitiés un peu maladroitement collées.
Bref, la BD est très sympathique sur les fleurs, la culture horticole et les questions que ça soulève, sans jamais plonger vraiment dans le sujet avec de véritables exemples et une trame documentaire claire, mais en mélangeant avec une histoire fictive qui ne satisfait pas réellement et reste comme un deuxième projet pas complètement mené à terme. Mais en même temps j'ai beaucoup aimé le dessin et les couleurs, la luminosité qu'il transmet, tout comme j'ai apprécié de découvrir ce monde presque inconnu. Donc une note entre deux, parce que je n'arrive pas à me décider.
Delcourt nous propose l'édition d'une courte série en 2 tomes, en ayant la bonne idée de les faire paraître en même temps. Si je ne partais forcément conquis par ce genre de série (la romance n'est pas vraiment mon genre de prédilection...), j'avoue m'être laissé porté par une galerie de personnages atypiques qui fait tout le sel de cette histoire.
Nichiko, la trentaine, rentre seule de Tokyo pour son île natale ; Chimaki, un jeune homme qui a grandi là-bas, tombe tout de suite amoureux d'elle, mais il garde un lourd secret de jeunesse de par lui... Raconté comme ça, on est pas loin de frôler la caricature, mais le savoir faire scénaristique de Kaori Ozaki réussit le pari audacieux de rendre tout cela crédible et sensible. D'autant que j'ai été charmé par son trait fin et élégant, appuyé par de très bon cadrages de cases qui soignent l’esthétique de ses pages.
Au final, une lecture agréable, dans un genre qui n'est pourtant pas le mien ; une série qui devrait plaire aux amateur.ices du genre.
Un marchand ambulant sillonne les cieux de la planète Sprague à bord de son bateau volant lorsqu'une étrange végétation bleue commence à envahir le monde.
Comme la fin de Sprague m'avait frustré alors que j'avais beaucoup aimé son univers, j'étais ravi de pouvoir y replonger avec cet album. Il ne s'agit pas vraiment d'une suite, puisqu'on y découvre d'autres lieux et d'autres personnages, mais le récit finit quand même par revenir dans la baie de Sprague et permet d'apercevoir les héros du précédent volume.
J'ai retrouvé avec beaucoup de plaisir ce mélange de fantasy et de science-fiction, ainsi que ce monde à la fois simple, dépaysant et rempli de petites trouvailles. Le bateau volant du héros, les villages, les créatures étranges, les vestiges des Grands Anciens ou encore cette menace végétale donnent immédiatement envie d'explorer davantage cet univers. Cette fois, nous suivons principalement Popeye, un sympathique marchand ambulant passionné d'histoire, bientôt rejoint par Prune, sa réparatrice et son seul véritable ancrage à terre. Les personnages sont attachants et la lecture se fait avec beaucoup de fluidité.
Graphiquement, c'est toujours aussi séduisant. Olivier Roman livre un dessin d'une grande finesse, précis sans être chargé, sublimé par des couleurs douces et élégantes qui renforcent l'atmosphère paisible de ce monde. J'ai pris autant de plaisir à contempler les planches qu'à suivre l'aventure.
L'ambiance est toutefois un peu différente de celle de Sprague. Il y a moins de mystère et de poésie autour d'une grande énigme, mais davantage une menace d'abord diffuse puis de plus en plus concrète. Il subsiste toujours ce petit côté naïf, ou du moins léger, dans cet univers : j'aime bien cette douceur. L'intrigue est celle d'une aventure/action agréable et bien rythmée, même si elle demeure finalement assez convenue une fois résumée. Comme dans Sprague, Rodolphe ouvre plusieurs pistes intéressantes sans vraiment les approfondir, et la conclusion paraît un peu rapide. Il laisse une fois de plus sur l'impression que cet univers mériterait des scénarios plus ambitieux et plus développés.
J'ai passé un bon moment, essentiellement grâce au plaisir de retrouver cet univers si attachant et à la beauté constante de son dessin, mais le scénario manque encore un peu de souffle et de profondeur pour être pleinement à la hauteur de l'excellent travail graphique.
Deux frères partent à la recherche de la mer, mystérieusement disparue depuis deux ans, dans un monde étrange où les bateaux roulent sur le sable et où une lune s'est évanouie.
J'ai vraiment cru que j'allais beaucoup aimer cet album. D'abord grâce à son univers, qui mélange avec beaucoup de charme fantasy et science-fiction. On y découvre un monde exotique, original et légèrement poétique, avec cette mer qui s'est retirée, ces bateaux montés sur roues, ou encore ce personnage qui grimpe de cerf-volant en cerf-volant pour scruter l'horizon. Dès les premières pages, j'avais très envie de découvrir ce monde et ses mytères.
Visuellement, c'est une vraie réussite. Le trait d'Olivier Roman est d'une grande finesse, les décors et les costumes sont superbes, et les couleurs élégantes, légèrement délavées, donnent beaucoup de personnalité à l'ensemble. À plusieurs reprises, cela m'a fait penser aux Cités obscures de Schuiten, dans une version plus chaleureuse et plus humaine. Chaque planche donne envie de s'attarder sur les détails tant le monde imaginé est dépaysant.
L'histoire m'a également rapidement embarqué. Le duo de frères fonctionne bien, et j'ai beaucoup aimé le vieux capitaine et son oiseau parlant, qui apportent une vraie sympathie à cette expédition. Toute la première partie entretient très bien la curiosité : pourquoi la mer a-t-elle disparu ? Que vont-ils découvrir au bout de cette immense étendue désertique ? On prend plaisir à suivre leur voyage, leurs rencontres et les étrangetés de ce monde.
Malheureusement, la révélation et le dénouement m'ont paru en deçà de tout ce qui précède. Après avoir installé un univers aussi riche et un mystère aussi intrigant, le récit expédie sa résolution en quelques pages. Les héros arrivent, découvrent l'origine du problème, le règlent presque aussitôt, puis rentrent chez eux comme si tout cela allait de soi. Beaucoup d'éléments restent à peine esquissés, certaines pistes ne sont pas développées, et l'ensemble manque de souffle au moment où il devrait culminer.
C'est d'autant plus frustrant que tout le reste était très prometteur. J'ai été charmé pendant l'essentiel de la lecture, mais cette conclusion trop rapide et presque plate m'a laissé un sentiment d'inachevé. Avec un second tome, ou simplement quelques dizaines de pages supplémentaires pour développer ses idées, Sprague aurait sans doute pu devenir un excellent album. En l'état, c'est une très belle réussite graphique portée par un univers fascinant, mais dont la fin ne tient malheureusement pas les promesses du début.
"Dust to dust" est un album qui rappelle grandement Jours de sable de Aimée de Jongh par certains de ses aspects. L'action se situe effectivement en 1935 dans le Dust Bowl américain, en Oklahoma, où une jeune photographe débarque pour témoigner de la misère des fermiers victime de la Grande Dépression liée entre autre aux tempêtes de sable.
Mais là où le traitement fin des personnages allié à un graphisme sensible de Aimée de Jongh m'avait pleinement immergé et convaincu, j'ai peiné ici à trouver de l'empathie pour les personnages de "Dust to Dust". Le dessin hyperréaliste de J.G Jones est généralement bon mais malheureusement inégal (certaines cases sont ratées ! - proportions des personnages ou perspectives par exemple -), sa colorisation aquarellée tout en ocre est plutôt bonne quant à elle et colle bien au sujet, réhaussée de-ci de-là de quelques touches de couleur appuyée pour valoriser certains détails de l'histoire.
Alors oui, la tension monte petit à petit avec ces meurtres en série dans ce bled paumé en pleine déliquescence que son maire tente de sauver ; oui l'introduction de vétérans de la Grande Guerre en trame de fond est aussi bien pensée. Mais l'ensemble peine malgré tout prendre et se termine surtout trop vite laissant le lecteur sur sa faim...
Les WTF Japonais sont quand même fantastique. Comme Dementia 21 , encore Les Contes graveleux de mon papy (je fais la promotion des ces 2 séries qui attendent désespérement un 2ème avis, elles le méritent :) ) ou Bloody Delinquent Girl Chainsaw (également chez Akata), je m'émerveille sur la mise en image des fixettes de mangakas.
Santa Inoue est connu pour ses Tokyo Tribe, un ballet de guerres des gangs de Tokyo adapté au cinéma par Sono Sion et décliné en série animée.
Ici, le cadre est beaucoup plus réduit : une séquence dans un métro et un drame annoncé d'office en 4ème de couverture se déroulant dans une petite maison de banlieue. Un regard de travers et tout bascule, un schizophrène s'invite au domicile d'un cadre ordinaire qui passera un sale moment, ainsi que le reste de la famille (ainsi qu'une autre personne lors d'un passage comique incongru).
Le massacre suit tous les codes du slasher (les poses, les situations, les angles de vue, un véritable story board), avec l'ajout des crayonnés et expressions déformés sortis d'un métrage de Bill Plympton, qui nous rappelle que l'on a bien là une bande dessinée. Un mélange original donc qui mérite le coup d'oeil, même si la lecture est très rapide.
Pas un grand manga mais je suis tout de même intrigué de voir ce qu'il adviendra du protagoniste psychopathe dans le prochain tome.
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
Comme une fleur
Je suis embêté sur ma note, parce que je suis partagé entre ce que j'aime bien dans la BD et ses limites assez claires que je vois. Mais en même temps, c'est le genre de BD que je recommanderais et que j'ai réellement apprécié. Donc, pas évident de noter, quoi ... Déjà, je dois dire que la BD est franchement belle, avec une utilisation pertinente et très visuelle des couleurs. Pour une BD qui parle de fleurs, c'est normal, mais le résultat vaut le coup d’œil. J'ai adoré le résultat au cours de ma lecture, qui fut franchement plaisante. C'est visuellement intéressant, rehaussé par les planches muettes et envahies de plantes, qui en mettent plein les yeux. Une partie de la BD est également constituée de planches de fleurs diverses avec des petites informations comme l'origine, comment les planter, si elles sont comestibles, etc ... Ces planches ne sont pas indispensables à la lecture mais sont probablement la partie la plus intéressante. Chaque paragraphe est suffisamment riche en informations mais pas trop développé non plus et donne l'essentiel des informations. On en apprend pas mal en peu de temps ! Par contre ceci étant dit, et les qualités principales étant citées, il faut dire que la BD comporte une histoire qui est, elle, assez inintéressante. De façon étrange, la BD parle des brevets de fleurs et de la lutte d'un petit jardinier indépendant contre une grosse structure. Le tout baigne dans une drôle d'ambiance, avec des arcs narratifs sur la paternité de quelqu'un, des questions autour de l'économie des fleuristes, mais le tout dans une narration centrale qui semble décalé avec tout ça, finissant sur une note mignonne par rapport aux fleurs mais avec des quêtes de personnages dont je me fichais un peu. Ce qui me semble être dommage, c'est que la BD n'est ni franchement un documentaire ni clairement une fiction. Les deux se mélangent, mais si la partie documentaire manque de consistance et aurait pu aller plus loin, la partie fiction reste très en surface et manque de liant par rapport au reste. Comme si les autrices n'avaient pas su trancher et se limitaient à ces deux moitiés un peu maladroitement collées. Bref, la BD est très sympathique sur les fleurs, la culture horticole et les questions que ça soulève, sans jamais plonger vraiment dans le sujet avec de véritables exemples et une trame documentaire claire, mais en mélangeant avec une histoire fictive qui ne satisfait pas réellement et reste comme un deuxième projet pas complètement mené à terme. Mais en même temps j'ai beaucoup aimé le dessin et les couleurs, la luminosité qu'il transmet, tout comme j'ai apprécié de découvrir ce monde presque inconnu. Donc une note entre deux, parce que je n'arrive pas à me décider.
Love is a boxing ring
Delcourt nous propose l'édition d'une courte série en 2 tomes, en ayant la bonne idée de les faire paraître en même temps. Si je ne partais forcément conquis par ce genre de série (la romance n'est pas vraiment mon genre de prédilection...), j'avoue m'être laissé porté par une galerie de personnages atypiques qui fait tout le sel de cette histoire. Nichiko, la trentaine, rentre seule de Tokyo pour son île natale ; Chimaki, un jeune homme qui a grandi là-bas, tombe tout de suite amoureux d'elle, mais il garde un lourd secret de jeunesse de par lui... Raconté comme ça, on est pas loin de frôler la caricature, mais le savoir faire scénaristique de Kaori Ozaki réussit le pari audacieux de rendre tout cela crédible et sensible. D'autant que j'ai été charmé par son trait fin et élégant, appuyé par de très bon cadrages de cases qui soignent l’esthétique de ses pages. Au final, une lecture agréable, dans un genre qui n'est pourtant pas le mien ; une série qui devrait plaire aux amateur.ices du genre.
Le Marin céleste
Un marchand ambulant sillonne les cieux de la planète Sprague à bord de son bateau volant lorsqu'une étrange végétation bleue commence à envahir le monde. Comme la fin de Sprague m'avait frustré alors que j'avais beaucoup aimé son univers, j'étais ravi de pouvoir y replonger avec cet album. Il ne s'agit pas vraiment d'une suite, puisqu'on y découvre d'autres lieux et d'autres personnages, mais le récit finit quand même par revenir dans la baie de Sprague et permet d'apercevoir les héros du précédent volume. J'ai retrouvé avec beaucoup de plaisir ce mélange de fantasy et de science-fiction, ainsi que ce monde à la fois simple, dépaysant et rempli de petites trouvailles. Le bateau volant du héros, les villages, les créatures étranges, les vestiges des Grands Anciens ou encore cette menace végétale donnent immédiatement envie d'explorer davantage cet univers. Cette fois, nous suivons principalement Popeye, un sympathique marchand ambulant passionné d'histoire, bientôt rejoint par Prune, sa réparatrice et son seul véritable ancrage à terre. Les personnages sont attachants et la lecture se fait avec beaucoup de fluidité. Graphiquement, c'est toujours aussi séduisant. Olivier Roman livre un dessin d'une grande finesse, précis sans être chargé, sublimé par des couleurs douces et élégantes qui renforcent l'atmosphère paisible de ce monde. J'ai pris autant de plaisir à contempler les planches qu'à suivre l'aventure. L'ambiance est toutefois un peu différente de celle de Sprague. Il y a moins de mystère et de poésie autour d'une grande énigme, mais davantage une menace d'abord diffuse puis de plus en plus concrète. Il subsiste toujours ce petit côté naïf, ou du moins léger, dans cet univers : j'aime bien cette douceur. L'intrigue est celle d'une aventure/action agréable et bien rythmée, même si elle demeure finalement assez convenue une fois résumée. Comme dans Sprague, Rodolphe ouvre plusieurs pistes intéressantes sans vraiment les approfondir, et la conclusion paraît un peu rapide. Il laisse une fois de plus sur l'impression que cet univers mériterait des scénarios plus ambitieux et plus développés. J'ai passé un bon moment, essentiellement grâce au plaisir de retrouver cet univers si attachant et à la beauté constante de son dessin, mais le scénario manque encore un peu de souffle et de profondeur pour être pleinement à la hauteur de l'excellent travail graphique.
Sprague
Deux frères partent à la recherche de la mer, mystérieusement disparue depuis deux ans, dans un monde étrange où les bateaux roulent sur le sable et où une lune s'est évanouie. J'ai vraiment cru que j'allais beaucoup aimer cet album. D'abord grâce à son univers, qui mélange avec beaucoup de charme fantasy et science-fiction. On y découvre un monde exotique, original et légèrement poétique, avec cette mer qui s'est retirée, ces bateaux montés sur roues, ou encore ce personnage qui grimpe de cerf-volant en cerf-volant pour scruter l'horizon. Dès les premières pages, j'avais très envie de découvrir ce monde et ses mytères. Visuellement, c'est une vraie réussite. Le trait d'Olivier Roman est d'une grande finesse, les décors et les costumes sont superbes, et les couleurs élégantes, légèrement délavées, donnent beaucoup de personnalité à l'ensemble. À plusieurs reprises, cela m'a fait penser aux Cités obscures de Schuiten, dans une version plus chaleureuse et plus humaine. Chaque planche donne envie de s'attarder sur les détails tant le monde imaginé est dépaysant. L'histoire m'a également rapidement embarqué. Le duo de frères fonctionne bien, et j'ai beaucoup aimé le vieux capitaine et son oiseau parlant, qui apportent une vraie sympathie à cette expédition. Toute la première partie entretient très bien la curiosité : pourquoi la mer a-t-elle disparu ? Que vont-ils découvrir au bout de cette immense étendue désertique ? On prend plaisir à suivre leur voyage, leurs rencontres et les étrangetés de ce monde. Malheureusement, la révélation et le dénouement m'ont paru en deçà de tout ce qui précède. Après avoir installé un univers aussi riche et un mystère aussi intrigant, le récit expédie sa résolution en quelques pages. Les héros arrivent, découvrent l'origine du problème, le règlent presque aussitôt, puis rentrent chez eux comme si tout cela allait de soi. Beaucoup d'éléments restent à peine esquissés, certaines pistes ne sont pas développées, et l'ensemble manque de souffle au moment où il devrait culminer. C'est d'autant plus frustrant que tout le reste était très prometteur. J'ai été charmé pendant l'essentiel de la lecture, mais cette conclusion trop rapide et presque plate m'a laissé un sentiment d'inachevé. Avec un second tome, ou simplement quelques dizaines de pages supplémentaires pour développer ses idées, Sprague aurait sans doute pu devenir un excellent album. En l'état, c'est une très belle réussite graphique portée par un univers fascinant, mais dont la fin ne tient malheureusement pas les promesses du début.
Dust to dust
"Dust to dust" est un album qui rappelle grandement Jours de sable de Aimée de Jongh par certains de ses aspects. L'action se situe effectivement en 1935 dans le Dust Bowl américain, en Oklahoma, où une jeune photographe débarque pour témoigner de la misère des fermiers victime de la Grande Dépression liée entre autre aux tempêtes de sable. Mais là où le traitement fin des personnages allié à un graphisme sensible de Aimée de Jongh m'avait pleinement immergé et convaincu, j'ai peiné ici à trouver de l'empathie pour les personnages de "Dust to Dust". Le dessin hyperréaliste de J.G Jones est généralement bon mais malheureusement inégal (certaines cases sont ratées ! - proportions des personnages ou perspectives par exemple -), sa colorisation aquarellée tout en ocre est plutôt bonne quant à elle et colle bien au sujet, réhaussée de-ci de-là de quelques touches de couleur appuyée pour valoriser certains détails de l'histoire. Alors oui, la tension monte petit à petit avec ces meurtres en série dans ce bled paumé en pleine déliquescence que son maire tente de sauver ; oui l'introduction de vétérans de la Grande Guerre en trame de fond est aussi bien pensée. Mais l'ensemble peine malgré tout prendre et se termine surtout trop vite laissant le lecteur sur sa faim...
Zange
Les WTF Japonais sont quand même fantastique. Comme Dementia 21 , encore Les Contes graveleux de mon papy (je fais la promotion des ces 2 séries qui attendent désespérement un 2ème avis, elles le méritent :) ) ou Bloody Delinquent Girl Chainsaw (également chez Akata), je m'émerveille sur la mise en image des fixettes de mangakas. Santa Inoue est connu pour ses Tokyo Tribe, un ballet de guerres des gangs de Tokyo adapté au cinéma par Sono Sion et décliné en série animée. Ici, le cadre est beaucoup plus réduit : une séquence dans un métro et un drame annoncé d'office en 4ème de couverture se déroulant dans une petite maison de banlieue. Un regard de travers et tout bascule, un schizophrène s'invite au domicile d'un cadre ordinaire qui passera un sale moment, ainsi que le reste de la famille (ainsi qu'une autre personne lors d'un passage comique incongru). Le massacre suit tous les codes du slasher (les poses, les situations, les angles de vue, un véritable story board), avec l'ajout des crayonnés et expressions déformés sortis d'un métrage de Bill Plympton, qui nous rappelle que l'on a bien là une bande dessinée. Un mélange original donc qui mérite le coup d'oeil, même si la lecture est très rapide. Pas un grand manga mais je suis tout de même intrigué de voir ce qu'il adviendra du protagoniste psychopathe dans le prochain tome.