Ortie et Douce viennent d'intégrer la fameuse école de super-héros pour apprendre à maîtriser leurs pouvoirs.
Cette série jeunesse propose une relecture pleine d'humour de l'univers des super-héros. Les histoires sont mignonnes et pleines de fantaisie, certes clairement destinées à des lecteurs de 10 ans et moins plutôt qu'à des adultes, mais elles fonctionnent grâce à une bonne dose de dérision envers des super-héros un peu ridicules et des héroïnes qui ne se prennent jamais vraiment au sérieux. Le duo entre Ortie, fonceuse et toujours prête à voir une aventure derrière chaque situation, et Douce, plus posée et réservée, fonctionne bien et apporte une dynamique sympathique.
Le dessin d'Élodie Shanta possède une bonne personnalité malgré sa grande simplicité apparente. Il s'en dégage un certain charme et ses personnages ont des allures décalées et amusantes. Son encrage m'a un peu surpris ici : dans le premier tome, il est granuleux, clair, presque délavé, avec un aspect parfois en pointillés. Il faut s'y habituer car ça peut donner l'impression d'un problème d'impression. Cet encrage devient toutefois un peu plus net et plus sombre dans le second tome.
Ortie et Douce remplit efficacement son rôle de divertissement jeunesse, avec un humour absurde, des personnages attachants et une vision gentiment moqueuse des codes du genre super-héroïque.
80 millions d'êtres humains choisissent d'être cryogénisés afin de traverser les siècles et tenter de trouver, dans le futur, une époque où l'humanité aura enfin résolu les crises qui ravagent la Terre. Elle aura droit à quatre tentatives de réveil, où à chaque fois une petite équipe menée par un ambassadeur aura la charge d'évaluer le monde découvert avant de décider s'il faut poursuivre le voyage.
Ce n'est que mon deuxième album de la collection Les Futurs de Liu Cixin, et j'ai été plutôt satisfait de découvrir que l'adaptation était confiée cette fois à Sylvain Runberg et Serge Pellé. Ayant beaucoup apprécié Orbital, j'y ai retrouvé une partie de son esprit narratif ainsi que le trait très reconnaissable de Pellé. Son dessin reste un vrai plaisir, notamment lorsqu'il met en scène les véhicules et certains décors futuristes (je pense en particulier aux séquences dans et autour de l'Abstrakt). En revanche, plusieurs environnements paraissent un peu trop vides et désertiques, et je suis aussi surpris par le strabisme divergent qu'il donne à certains personnages.
L'intrigue relève de la pure science-fiction spéculative. Liu Cixin s'amuse à imaginer comment notre civilisation pourrait évoluer dans cent, mille ou dix mille ans, en explorant plusieurs futurs possibles. Certaines idées sont relativement modernes, comme le simulateur de victoire militaire ou le monde virtuel, mais rien de foncièrement novateur pour qui a lu pas mal de SF : l'ensemble m'a semblé très classique, presque un peu rétro. Ce genre de projection dans les futurs de l'humanité est un thème largement exploré et l'album ne renouvelle pas vraiment l'exercice. Le déroulement est linéaire, les différentes époques auraient mérité d'être davantage développées, et la conclusion est sans surprise.
Ce n'est pas un album qui renouvelle le genre, mais il offre un moment de SF agréable et un peu à l'ancienne, porté par un duo d'auteurs que j'apprécie.
L’album se laisse lire, plutôt rapidement et agréablement, mais il m’a quand même laissé un peu sur ma faim.
Le point de départ est relativement original. Car, si le personnage principal est un tueur à gages, ce qui n’est pas si rare, la particularité est qu’il s’agit dune femme, qui plus est septuagénaire.
Ça surprend donc pas mal au départ, et amène petit à petit, en plus du côté polar, quelques aspects humoristiques (un humour plus ou moins noir). Car notre vieille dame perd très vite patience, et commence surtout à perdre la mémoire et la boule, dézinguant parfois au-delà de ce qui lui a été commandé – ce côté expéditif s’accélérant au fur et à mesure que le récit se développe.
J’ai parlé d’une lecture agréable et rapide. Mais j’ai aussi évoqué quelques déceptions. D’abord ce récit manque de densité. Certes, Lemaitre (qui adapte ici son roman) essaye d’en apporter, avec quelques flash-backs sur le passé de notre tueuse, qui visiblement avait déjà se caractère bien trempé et cette absence de scrupule durant son passage dans la Résistance. Mais ça ne suffit pas à mon goût, car c’est globalement un chouia trop léger. Par ailleurs certains détails font un peu remplissage inutile (le gamin d’une des victimes, visiblement surdoué, sur lequel on semble insister, pour que ce personnage ne soit par la suite pas du tout utilisé ?).
Ensuite il faut quand même accepter certaines facilités scénaristiques. En effet, notre mamie flingueuse s’en sort franchement très – trop – facilement face aux tueurs envoyés par ses commanditaires (qui commencent à penser qu’elle devient gâteuse et hors de contrôle et qu’il faudrait l’éliminer) : le dernier quart du récit manque de crédibilité.
Un récit qui se laisse lire, à emprunter à l’occasion, mais qui aurait mérité d’être davantage développé.
J’avais entendu parler de la série dès sa sortie. A l’époque je ne connaissais pas trop l’œuvre de Tripp (quelques albums épars), mais j’avais été conquis par plusieurs séries de Loisel. Mais je ne m’étais pas précipité sur ce « Magasin général », le pitch de départ (la vie quotidienne d’un village de la cambrousse québécoise du milieu des années 1920) ne m’emballant a priori pas énormément.
Mais finalement j’ai franchi le pas et j'ai lu cette série, qui m’a laissé un sentiment mitigé, mais globalement positif.
La série retrace un peu moins de deux années d’une communauté villageoise paumée au fin fond du Québec, avec comme personnage principale Marie, jeune veuve (d’ailleurs les morts rythme le récit, et son défunt mari sert de narrateur/commentateur régulier), qui tient l’unique commerce, le « magasin général ». L’arrivée d’un « homme de la ville (la France et Montréal), Serge, va lui redonner vie (elle en tombe amoureuse mais cet amour ne pourra pas être partagé…) va déclencher ce qui probablement est le cœur du récit, à savoir l’émancipation de Marie, qui va penser à elle, écourter son « deuil ». Une évolution contagieuse (dans le dernier tome tout le monde est converti aux nouveautés « de Montréal »).
Autour de Marie et de son « détonateur » de Serge, quelques personnages secondaires plus ou moins intéressants (même si pas tous originaux). Mention spéciale au curé, sans doute moins obtus que la plupart de ses congénères de l’époque, et dont la vocation chancèle (comme certaines de ses certitudes).
Gaëtan, autiste, simple d’esprit et sans filtre, insuffle pas mal de folie et de fraicheur, et c’est la source de la plupart des passages humoristiques (avec le jeune amant éphémère de Marie qui se prend baffe sur baffe, ou les trois vieilles rombières, bigotes de plus en plus dépassées par les événements). Le personnage de Gaëtan est sans doute la meilleure idée du scénario, et il occupe d’ailleurs une place de plus en plus importante (même si ça n’est parfois qu’en arrière-plan, avec quelques déclarations savoureuses, ou son onomatopée favorite et rigolote, « Howowo ! »).
Pour un lecteur français comme moi, le langage « local », l’utilisation d’expressions typiquement québécoises (les dialogues ont été supervisés et adaptés par Jimmy Beaulieu) sont un réel plus. C’est souvent dépaysant et amusant (je me faisais la même réflexion lorsque je lisais les « Paul » de Rabagliati).
Il faut quand même accepter quelques menues facilités. Serge semble avoir un compte en banque bien fourni pour ouvrir son restaurant gratuitement (avec de très bons et coûteux produits) à tout le village – et d’ailleurs il n’a semble-t-il aucune rémunération durant tout le récit. Idem pour Marie, dont on se demande où elle a trouvé les sous pour sa longue escapade à Montréal ?
Trois tomes étaient prévus au départ, puis six, pour finalement aller jusqu’à neuf. Disons que cette évolution plus ou moins improvisée se sent un peu. Ça tourne parfois en rond, il y a pas mal de longueurs (à partir des 4/5èmes albums), et ça a amené les auteurs à ne pas se contenter d’une chronique provinciale décalée, mais à insuffler quelques moments de folies. La plupart liés à Serge ou à l’émancipation contagieuse de Marie suite à son escapade montréalaise (voir l’album « Charleston en particulier – même si certains passages sonnent un peu artificiels), passages plus dynamiques qui ponctuent le déroulement étal des jours dans ce coin paumé de la campagne québécoise.
Je pense que la série aurait gagnée à être resserrée sur moins d’albums (surtout que la plupart du temps la pagination est très conséquente).
Le dernier album apporte une conclusion, en jouant encore sur un côté bon enfant, positif – même les trois vieilles biques se sont adoucies.
Aux longueurs pointant de plus en plus le bout de leur nez depuis quelques tomes s’ajoute un peu trop de sirupeux à mon goût, c’est un peu trop feel good et happy-end.
Mais bon, ça reste une série plutôt agréable à lire, écrite et dessinée à quatre mains (le style des deux auteurs s’est parfaitement fondu dans ce duo). Narration et dessin sont fluides et plutôt plaisants, malgré mes remarques précédentes.
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Ortie et Douce
Ortie et Douce viennent d'intégrer la fameuse école de super-héros pour apprendre à maîtriser leurs pouvoirs. Cette série jeunesse propose une relecture pleine d'humour de l'univers des super-héros. Les histoires sont mignonnes et pleines de fantaisie, certes clairement destinées à des lecteurs de 10 ans et moins plutôt qu'à des adultes, mais elles fonctionnent grâce à une bonne dose de dérision envers des super-héros un peu ridicules et des héroïnes qui ne se prennent jamais vraiment au sérieux. Le duo entre Ortie, fonceuse et toujours prête à voir une aventure derrière chaque situation, et Douce, plus posée et réservée, fonctionne bien et apporte une dynamique sympathique. Le dessin d'Élodie Shanta possède une bonne personnalité malgré sa grande simplicité apparente. Il s'en dégage un certain charme et ses personnages ont des allures décalées et amusantes. Son encrage m'a un peu surpris ici : dans le premier tome, il est granuleux, clair, presque délavé, avec un aspect parfois en pointillés. Il faut s'y habituer car ça peut donner l'impression d'un problème d'impression. Cet encrage devient toutefois un peu plus net et plus sombre dans le second tome. Ortie et Douce remplit efficacement son rôle de divertissement jeunesse, avec un humour absurde, des personnages attachants et une vision gentiment moqueuse des codes du genre super-héroïque.
Les Migrants du temps
80 millions d'êtres humains choisissent d'être cryogénisés afin de traverser les siècles et tenter de trouver, dans le futur, une époque où l'humanité aura enfin résolu les crises qui ravagent la Terre. Elle aura droit à quatre tentatives de réveil, où à chaque fois une petite équipe menée par un ambassadeur aura la charge d'évaluer le monde découvert avant de décider s'il faut poursuivre le voyage. Ce n'est que mon deuxième album de la collection Les Futurs de Liu Cixin, et j'ai été plutôt satisfait de découvrir que l'adaptation était confiée cette fois à Sylvain Runberg et Serge Pellé. Ayant beaucoup apprécié Orbital, j'y ai retrouvé une partie de son esprit narratif ainsi que le trait très reconnaissable de Pellé. Son dessin reste un vrai plaisir, notamment lorsqu'il met en scène les véhicules et certains décors futuristes (je pense en particulier aux séquences dans et autour de l'Abstrakt). En revanche, plusieurs environnements paraissent un peu trop vides et désertiques, et je suis aussi surpris par le strabisme divergent qu'il donne à certains personnages. L'intrigue relève de la pure science-fiction spéculative. Liu Cixin s'amuse à imaginer comment notre civilisation pourrait évoluer dans cent, mille ou dix mille ans, en explorant plusieurs futurs possibles. Certaines idées sont relativement modernes, comme le simulateur de victoire militaire ou le monde virtuel, mais rien de foncièrement novateur pour qui a lu pas mal de SF : l'ensemble m'a semblé très classique, presque un peu rétro. Ce genre de projection dans les futurs de l'humanité est un thème largement exploré et l'album ne renouvelle pas vraiment l'exercice. Le déroulement est linéaire, les différentes époques auraient mérité d'être davantage développées, et la conclusion est sans surprise. Ce n'est pas un album qui renouvelle le genre, mais il offre un moment de SF agréable et un peu à l'ancienne, porté par un duo d'auteurs que j'apprécie.
Le Serpent majuscule
L’album se laisse lire, plutôt rapidement et agréablement, mais il m’a quand même laissé un peu sur ma faim. Le point de départ est relativement original. Car, si le personnage principal est un tueur à gages, ce qui n’est pas si rare, la particularité est qu’il s’agit dune femme, qui plus est septuagénaire. Ça surprend donc pas mal au départ, et amène petit à petit, en plus du côté polar, quelques aspects humoristiques (un humour plus ou moins noir). Car notre vieille dame perd très vite patience, et commence surtout à perdre la mémoire et la boule, dézinguant parfois au-delà de ce qui lui a été commandé – ce côté expéditif s’accélérant au fur et à mesure que le récit se développe. J’ai parlé d’une lecture agréable et rapide. Mais j’ai aussi évoqué quelques déceptions. D’abord ce récit manque de densité. Certes, Lemaitre (qui adapte ici son roman) essaye d’en apporter, avec quelques flash-backs sur le passé de notre tueuse, qui visiblement avait déjà se caractère bien trempé et cette absence de scrupule durant son passage dans la Résistance. Mais ça ne suffit pas à mon goût, car c’est globalement un chouia trop léger. Par ailleurs certains détails font un peu remplissage inutile (le gamin d’une des victimes, visiblement surdoué, sur lequel on semble insister, pour que ce personnage ne soit par la suite pas du tout utilisé ?). Ensuite il faut quand même accepter certaines facilités scénaristiques. En effet, notre mamie flingueuse s’en sort franchement très – trop – facilement face aux tueurs envoyés par ses commanditaires (qui commencent à penser qu’elle devient gâteuse et hors de contrôle et qu’il faudrait l’éliminer) : le dernier quart du récit manque de crédibilité. Un récit qui se laisse lire, à emprunter à l’occasion, mais qui aurait mérité d’être davantage développé.
Magasin général
J’avais entendu parler de la série dès sa sortie. A l’époque je ne connaissais pas trop l’œuvre de Tripp (quelques albums épars), mais j’avais été conquis par plusieurs séries de Loisel. Mais je ne m’étais pas précipité sur ce « Magasin général », le pitch de départ (la vie quotidienne d’un village de la cambrousse québécoise du milieu des années 1920) ne m’emballant a priori pas énormément. Mais finalement j’ai franchi le pas et j'ai lu cette série, qui m’a laissé un sentiment mitigé, mais globalement positif. La série retrace un peu moins de deux années d’une communauté villageoise paumée au fin fond du Québec, avec comme personnage principale Marie, jeune veuve (d’ailleurs les morts rythme le récit, et son défunt mari sert de narrateur/commentateur régulier), qui tient l’unique commerce, le « magasin général ». L’arrivée d’un « homme de la ville (la France et Montréal), Serge, va lui redonner vie (elle en tombe amoureuse mais cet amour ne pourra pas être partagé…) va déclencher ce qui probablement est le cœur du récit, à savoir l’émancipation de Marie, qui va penser à elle, écourter son « deuil ». Une évolution contagieuse (dans le dernier tome tout le monde est converti aux nouveautés « de Montréal »). Autour de Marie et de son « détonateur » de Serge, quelques personnages secondaires plus ou moins intéressants (même si pas tous originaux). Mention spéciale au curé, sans doute moins obtus que la plupart de ses congénères de l’époque, et dont la vocation chancèle (comme certaines de ses certitudes). Gaëtan, autiste, simple d’esprit et sans filtre, insuffle pas mal de folie et de fraicheur, et c’est la source de la plupart des passages humoristiques (avec le jeune amant éphémère de Marie qui se prend baffe sur baffe, ou les trois vieilles rombières, bigotes de plus en plus dépassées par les événements). Le personnage de Gaëtan est sans doute la meilleure idée du scénario, et il occupe d’ailleurs une place de plus en plus importante (même si ça n’est parfois qu’en arrière-plan, avec quelques déclarations savoureuses, ou son onomatopée favorite et rigolote, « Howowo ! »). Pour un lecteur français comme moi, le langage « local », l’utilisation d’expressions typiquement québécoises (les dialogues ont été supervisés et adaptés par Jimmy Beaulieu) sont un réel plus. C’est souvent dépaysant et amusant (je me faisais la même réflexion lorsque je lisais les « Paul » de Rabagliati). Il faut quand même accepter quelques menues facilités. Serge semble avoir un compte en banque bien fourni pour ouvrir son restaurant gratuitement (avec de très bons et coûteux produits) à tout le village – et d’ailleurs il n’a semble-t-il aucune rémunération durant tout le récit. Idem pour Marie, dont on se demande où elle a trouvé les sous pour sa longue escapade à Montréal ? Trois tomes étaient prévus au départ, puis six, pour finalement aller jusqu’à neuf. Disons que cette évolution plus ou moins improvisée se sent un peu. Ça tourne parfois en rond, il y a pas mal de longueurs (à partir des 4/5èmes albums), et ça a amené les auteurs à ne pas se contenter d’une chronique provinciale décalée, mais à insuffler quelques moments de folies. La plupart liés à Serge ou à l’émancipation contagieuse de Marie suite à son escapade montréalaise (voir l’album « Charleston en particulier – même si certains passages sonnent un peu artificiels), passages plus dynamiques qui ponctuent le déroulement étal des jours dans ce coin paumé de la campagne québécoise. Je pense que la série aurait gagnée à être resserrée sur moins d’albums (surtout que la plupart du temps la pagination est très conséquente). Le dernier album apporte une conclusion, en jouant encore sur un côté bon enfant, positif – même les trois vieilles biques se sont adoucies. Aux longueurs pointant de plus en plus le bout de leur nez depuis quelques tomes s’ajoute un peu trop de sirupeux à mon goût, c’est un peu trop feel good et happy-end. Mais bon, ça reste une série plutôt agréable à lire, écrite et dessinée à quatre mains (le style des deux auteurs s’est parfaitement fondu dans ce duo). Narration et dessin sont fluides et plutôt plaisants, malgré mes remarques précédentes.