Nous sommes à un an de l'élection présidentielle. A l'heure où les candidat(e)s présomptifs/ves sont nombreux/ses, certains essaient de se démarquer, de sortir du lot. Sans clamer que je sois particulièrement fan du personnage, force est de constater que François Ruffin, député écologiste de la Somme, essaie de se démarquer. Journaliste et documentariste de formation, il s'est engagé depuis une dizaine d'années en politique, et est député de la Somme depuis 2017. Ce mandat lui permet de se mêler à la population locale, lors d'évènements divers, de manifestations ou encore d'immersions avec des travailleurs et des travailleuses de la première ligne, salué(e)s durant la crise Covid, mais jamais rétribué(e)s de manière substantielle.
On a donc une suite d'instantanés, certains uniques, d'autres découpés en plusieurs segments, qui montrent son écoute, son talent pour le dialogue et l'esprit de synthèse qui lui permet d'être pertinent et percutant dans ses interventions et ses analyses. Des anecdotes racontées par Ruffin lui-même, et transformées en segments narratifs par le talentueux et chevronné Laurent Galandon. Des anecdotes, des témoignages parfois poignants, tous intéressants. Ruffin s'y montre donc attentif, offensif, mais jamais injurieux ou agressif comme il peut l'être dans d'autres circonstances. C'est donc un peu policé, une bonne chose, mais Ruffin y est aussi, par moments, un peu pédant, ce qui est dommage.
EDIT : A la lumière de la relecture dans un autre angle, et différents témoignages, dont celui d'une personne présente dans le récit se déroulant dans un train, il semblerait qu'en plus de jouer au sauveur blanc, Ruffin ait bien bien contrefait certaines choses, en sa faveur. Je ne peux que condamner ce comportement, car si on a coutume de romancer les choses en BD, c'est pour que le récit soit meilleur ; si c'est à des fins électoralistes, cela pose un gros problème pour moi. Je baisse donc ma note initiale de 3 à 2/5, ne voulant pas sanctionner le travail de la douzaine d'auteurs qui ont participé à ce collectif, et que Ruffin semble invisibiliser quand il fait la promo de l'album.
Le travail graphique des onze dessinatrices et dessinateurs qui ont accepté de le suivre dans l'aventure est vraiment bon, quoique très diversifié (on a Pendanx et Jul, par exemple...). Ils ont fait du bon boulot sur des formats courts, voire très courts.
En bref, un album à prendre avec beaucoup de pincettes.
Je ressors avec un sentiment mitigé de ma lecture. J’ai emprunté cet album au hasard, attiré par le sujet, mais aussi par ce titre et son sous-titre énigmatiques.
La révolte des esclaves de Saint Domingue durant la Révolution est intéressante, comme l’est le personnage de Toussaint Louverture. De la même façon, l’histoire postérieure de ce lieu, sous le nom d’Haïti, est aussi intéressant – et souvent mal ou sous étudié.
De plus, j’avais été visiter il y a quelques années le fort de Joux, lieu d’incarcération et de mort de Toussaint, là où commence et se passe une partie de ce récit.
Un récit hybride, mélangeant Histoire, essai. Un récit qui se veut au plus près des documents d’époque, et qui balaye plusieurs sujets.
La vision raciste de la science européenne du XIXème siècle (édifiants rapports pour estimer si le crâne retrouvé était d’un Blanc ou d’un Nègre – pour ne pas dire un singe !), la bureaucratie et toutes ses formules engoncées, grotesques et déshumanisantes (de toutes époques, de l’Empire au milieu du XXème siècle), la lutte pour le jeune État haïtien pour recouvrer les reste de son « héros national » et par là même donner corps à son histoire (je regrette quand même que ne soit jamais évoqué le racket exercé par la France contre la jeune République d’Haïti sous Charles X en échange de la reconnaissance de l’indépendance, acte scandaleux et souvent occulté expliquant en partie la situation actuelle du pays !).
Un matériau assez riche donc, en grande partie repris d’une étude publiée au début du XXème siècle.
Mais voilà, le plaisir intellectuel ne s’accompagne pas forcément d’un grand plaisir de lecture. En effet, la narration est assez lourde – du fait des choix de restituer intégralement et avec les termes juridiques et formalistes de l’époque tous les documents judiciaires, administratifs ou diplomatiques. C’est aussi très décousu et souvent difficile à suivre dans la mise en page, le texte se trouvant dans des dialogues et se poursuivant parfois hors phylactère.
C’est dommage, car la lecture est intéressante, instructive, voire édifiante. Un album curieux, sans doute plein de maladresses, mais qui se révèle quand même globalement recommandable, eu égard aux sujets abordés, et aux connaissances qu’il distille.
Je me retrouve dans l’avis de grogro, en ce qui concerne ses critiques. En effet, le dessin est parfois moyen, et les navires – surtout lorsqu’on parle de flibuste ! – ne sont ni détaillés ni particulièrement réussis.
Ensuite la narration est souvent trop hachée, pointilliste, comme si nous était uniquement restituée une collection d’instantanés, de moments, au détriment d’une trame plus agréable à suivre car plus fluide et claire. Une sorte de chronologie illustrée, qui reste frustrante, pour l’intrigue, mais aussi pour le sujet.
Car le sujet m’intéresse. Je connaissais L’Olonnais de nom, croisé dans les maintenant nombreux bouquins lus sur les pirates/boucaniers/flibustiers/corsaires, mais je n’avais pas fait le lien avec les Sables d’Olonne pour l’origine de son surnom… C’est en tout cas un personnage intéressant, qui traverse une époque et des lieux qui le sont tout autant, avec pas mal d potentiel pour qui voudrait y situer une histoire. D’ailleurs, une partie des péripéties (lutte entre boucanier français et lanceros espagnols, politiques accommodantes et « personnelles » des gouverneurs français de La Tortue, arrivée de femmes vendues aux enchères sur cette même île, etc.) sont reprise dans la série La Promesse de la Tortue, que j’ai lue récemment.
Si le récit se laisse lire, par-delà l’intérêt du sujet, il n’en reste pas moins que je suis sorti frustré de cette lecture. Je ne sais pas si ça vient de l’adaptation ou du roman d’origine, mais ça m’a laissé l’impression d’un matériau mal ou sous-exploité.
Note réelle 2,5/5.
Un oiseau insouciant et beaucoup trop enthousiaste entraîne malgré lui un écureuil anxieux dans un voyage mouvementé tandis qu'un gros chat les poursuit pour les dévorer.
C'est une série jeunesse qui vise une tranche d'âge autour de 7-10 ans maximum, et tout est construit dans cet esprit.
Le duo principal repose sur la mécanique extrêmement classique d'un tandem entre un personnage surexcité, envahissant et irresponsable, et un autre plus grincheux et obligé de le suivre malgré lui. Cela rappelle des duos comme dans dans les films Un ticket pour deux ou L'Âge de glace, ou même la BD Marc Lebut et son voisin, avec ce principe où l'un des deux provoque continuellement des catastrophes que l'autre doit subir. Heureusement, l'oiseau est ici plus sympathique que Marc Lebut et conserve un côté naïf et attachant qui évite qu'il devienne réellement agaçant, même si la réconciliation finale arrive malgré tout un peu vite et de manière assez facile dans ce premier album.
L'histoire repose sur une suite de péripéties, de poursuites et de rencontres, avec une énergie proche du cartoon classique. Toute la partie autour du chat qui poursuit les héros m'a rappelé les malheurs qui s'abattent sur le pauvre loup dans Merlin l'Enchanteur, ou encore certains cartoons à la Looney Tunes. C'est répétitif dans son fonctionnement, mais aussi assez amusant.
Le récit ne cherche jamais à surprendre un lecteur adulte. Tout est très balisé, simple et orienté aventure humoristique pour enfants. Mais l'ensemble fonctionne bien dans ce qu'il cherche à faire. Le rythme est soutenu, les gags s'enchaînent efficacement et la lecture est fluide.
Graphiquement, c'est assez réussi. Le dessin est simple et la ligne un peu anguleuse mais c'est lisible et expressif, avec une bonne énergie dans les scènes d'action et les expressions exagérées façon animation. L'oiseau rappelle d'ailleurs beaucoup le design des personnages d'Angry Birds. L'ensemble dégage une sensation de "dessin animé transformé en BD", avec des couleurs vives et beaucoup de mouvement.
Même si rien ne sort vraiment des codes habituels de l'aventure jeunesse animalière humoristique, cette série qui s'entame est divertissante et plutôt attachante dans son genre. A noter d'ailleurs que la version originale américaines compte déjà sept tomes : à voir si l'adaptation française aura suffisamment de succès pour entrainer la traduction de toute la série.
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Les Aventures de François Ruffin, député-reporter
Nous sommes à un an de l'élection présidentielle. A l'heure où les candidat(e)s présomptifs/ves sont nombreux/ses, certains essaient de se démarquer, de sortir du lot. Sans clamer que je sois particulièrement fan du personnage, force est de constater que François Ruffin, député écologiste de la Somme, essaie de se démarquer. Journaliste et documentariste de formation, il s'est engagé depuis une dizaine d'années en politique, et est député de la Somme depuis 2017. Ce mandat lui permet de se mêler à la population locale, lors d'évènements divers, de manifestations ou encore d'immersions avec des travailleurs et des travailleuses de la première ligne, salué(e)s durant la crise Covid, mais jamais rétribué(e)s de manière substantielle. On a donc une suite d'instantanés, certains uniques, d'autres découpés en plusieurs segments, qui montrent son écoute, son talent pour le dialogue et l'esprit de synthèse qui lui permet d'être pertinent et percutant dans ses interventions et ses analyses. Des anecdotes racontées par Ruffin lui-même, et transformées en segments narratifs par le talentueux et chevronné Laurent Galandon. Des anecdotes, des témoignages parfois poignants, tous intéressants. Ruffin s'y montre donc attentif, offensif, mais jamais injurieux ou agressif comme il peut l'être dans d'autres circonstances. C'est donc un peu policé, une bonne chose, mais Ruffin y est aussi, par moments, un peu pédant, ce qui est dommage. EDIT : A la lumière de la relecture dans un autre angle, et différents témoignages, dont celui d'une personne présente dans le récit se déroulant dans un train, il semblerait qu'en plus de jouer au sauveur blanc, Ruffin ait bien bien contrefait certaines choses, en sa faveur. Je ne peux que condamner ce comportement, car si on a coutume de romancer les choses en BD, c'est pour que le récit soit meilleur ; si c'est à des fins électoralistes, cela pose un gros problème pour moi. Je baisse donc ma note initiale de 3 à 2/5, ne voulant pas sanctionner le travail de la douzaine d'auteurs qui ont participé à ce collectif, et que Ruffin semble invisibiliser quand il fait la promo de l'album. Le travail graphique des onze dessinatrices et dessinateurs qui ont accepté de le suivre dans l'aventure est vraiment bon, quoique très diversifié (on a Pendanx et Jul, par exemple...). Ils ont fait du bon boulot sur des formats courts, voire très courts. En bref, un album à prendre avec beaucoup de pincettes.
Toussaint est mort dans sa tombe - Essai sur le saccage méticuleux d'un corps
Je ressors avec un sentiment mitigé de ma lecture. J’ai emprunté cet album au hasard, attiré par le sujet, mais aussi par ce titre et son sous-titre énigmatiques. La révolte des esclaves de Saint Domingue durant la Révolution est intéressante, comme l’est le personnage de Toussaint Louverture. De la même façon, l’histoire postérieure de ce lieu, sous le nom d’Haïti, est aussi intéressant – et souvent mal ou sous étudié. De plus, j’avais été visiter il y a quelques années le fort de Joux, lieu d’incarcération et de mort de Toussaint, là où commence et se passe une partie de ce récit. Un récit hybride, mélangeant Histoire, essai. Un récit qui se veut au plus près des documents d’époque, et qui balaye plusieurs sujets. La vision raciste de la science européenne du XIXème siècle (édifiants rapports pour estimer si le crâne retrouvé était d’un Blanc ou d’un Nègre – pour ne pas dire un singe !), la bureaucratie et toutes ses formules engoncées, grotesques et déshumanisantes (de toutes époques, de l’Empire au milieu du XXème siècle), la lutte pour le jeune État haïtien pour recouvrer les reste de son « héros national » et par là même donner corps à son histoire (je regrette quand même que ne soit jamais évoqué le racket exercé par la France contre la jeune République d’Haïti sous Charles X en échange de la reconnaissance de l’indépendance, acte scandaleux et souvent occulté expliquant en partie la situation actuelle du pays !). Un matériau assez riche donc, en grande partie repris d’une étude publiée au début du XXème siècle. Mais voilà, le plaisir intellectuel ne s’accompagne pas forcément d’un grand plaisir de lecture. En effet, la narration est assez lourde – du fait des choix de restituer intégralement et avec les termes juridiques et formalistes de l’époque tous les documents judiciaires, administratifs ou diplomatiques. C’est aussi très décousu et souvent difficile à suivre dans la mise en page, le texte se trouvant dans des dialogues et se poursuivant parfois hors phylactère. C’est dommage, car la lecture est intéressante, instructive, voire édifiante. Un album curieux, sans doute plein de maladresses, mais qui se révèle quand même globalement recommandable, eu égard aux sujets abordés, et aux connaissances qu’il distille.
Le Marin des sables
Je me retrouve dans l’avis de grogro, en ce qui concerne ses critiques. En effet, le dessin est parfois moyen, et les navires – surtout lorsqu’on parle de flibuste ! – ne sont ni détaillés ni particulièrement réussis. Ensuite la narration est souvent trop hachée, pointilliste, comme si nous était uniquement restituée une collection d’instantanés, de moments, au détriment d’une trame plus agréable à suivre car plus fluide et claire. Une sorte de chronologie illustrée, qui reste frustrante, pour l’intrigue, mais aussi pour le sujet. Car le sujet m’intéresse. Je connaissais L’Olonnais de nom, croisé dans les maintenant nombreux bouquins lus sur les pirates/boucaniers/flibustiers/corsaires, mais je n’avais pas fait le lien avec les Sables d’Olonne pour l’origine de son surnom… C’est en tout cas un personnage intéressant, qui traverse une époque et des lieux qui le sont tout autant, avec pas mal d potentiel pour qui voudrait y situer une histoire. D’ailleurs, une partie des péripéties (lutte entre boucanier français et lanceros espagnols, politiques accommodantes et « personnelles » des gouverneurs français de La Tortue, arrivée de femmes vendues aux enchères sur cette même île, etc.) sont reprise dans la série La Promesse de la Tortue, que j’ai lue récemment. Si le récit se laisse lire, par-delà l’intérêt du sujet, il n’en reste pas moins que je suis sorti frustré de cette lecture. Je ne sais pas si ça vient de l’adaptation ou du roman d’origine, mais ça m’a laissé l’impression d’un matériau mal ou sous-exploité. Note réelle 2,5/5.
L'Équipée du bosquet
Un oiseau insouciant et beaucoup trop enthousiaste entraîne malgré lui un écureuil anxieux dans un voyage mouvementé tandis qu'un gros chat les poursuit pour les dévorer. C'est une série jeunesse qui vise une tranche d'âge autour de 7-10 ans maximum, et tout est construit dans cet esprit. Le duo principal repose sur la mécanique extrêmement classique d'un tandem entre un personnage surexcité, envahissant et irresponsable, et un autre plus grincheux et obligé de le suivre malgré lui. Cela rappelle des duos comme dans dans les films Un ticket pour deux ou L'Âge de glace, ou même la BD Marc Lebut et son voisin, avec ce principe où l'un des deux provoque continuellement des catastrophes que l'autre doit subir. Heureusement, l'oiseau est ici plus sympathique que Marc Lebut et conserve un côté naïf et attachant qui évite qu'il devienne réellement agaçant, même si la réconciliation finale arrive malgré tout un peu vite et de manière assez facile dans ce premier album. L'histoire repose sur une suite de péripéties, de poursuites et de rencontres, avec une énergie proche du cartoon classique. Toute la partie autour du chat qui poursuit les héros m'a rappelé les malheurs qui s'abattent sur le pauvre loup dans Merlin l'Enchanteur, ou encore certains cartoons à la Looney Tunes. C'est répétitif dans son fonctionnement, mais aussi assez amusant. Le récit ne cherche jamais à surprendre un lecteur adulte. Tout est très balisé, simple et orienté aventure humoristique pour enfants. Mais l'ensemble fonctionne bien dans ce qu'il cherche à faire. Le rythme est soutenu, les gags s'enchaînent efficacement et la lecture est fluide. Graphiquement, c'est assez réussi. Le dessin est simple et la ligne un peu anguleuse mais c'est lisible et expressif, avec une bonne énergie dans les scènes d'action et les expressions exagérées façon animation. L'oiseau rappelle d'ailleurs beaucoup le design des personnages d'Angry Birds. L'ensemble dégage une sensation de "dessin animé transformé en BD", avec des couleurs vives et beaucoup de mouvement. Même si rien ne sort vraiment des codes habituels de l'aventure jeunesse animalière humoristique, cette série qui s'entame est divertissante et plutôt attachante dans son genre. A noter d'ailleurs que la version originale américaines compte déjà sept tomes : à voir si l'adaptation française aura suffisamment de succès pour entrainer la traduction de toute la série.