Sur une côte méditerranéenne encore préservée, Prométhée Foiemangé, jeune cadre persuadé d'œuvrer pour le progrès, est envoyé dans un petit port de pêche afin de convaincre la population de céder ses terres pour un projet d'avenir fondé sur le béton et le tourisme de masse. Pour y parvenir, il doit rallier à sa cause une grande famille locale pour le moins singulière, quitte à exploiter les failles et les tensions internes qui la traversent. Mais cette famille se révèlera bien plus profondément enracinée dans ces lieux qu'elle ne le laisse paraître.
Avec La Nouvelle Arcadie, l'auteur espagnol Juanjo Rodríguez J. propose une fable comique à la croisée de la satire sociale, de la comédie familiale et... de la mythologie grecque. Il situe son récit dans un décor chaleureux aux accents provençaux, imprégné de l'insouciance des années 1960. Le dessin est expressif et séduisant, avec un soin particulier apporté aux décors et aux ambiances. Les couleurs patinées et la lumière méditerranéenne donnent beaucoup de charme à l'ensemble et incarnent visuellement ce monde ancien encore intact, confronté à une modernité froide et envahissante. Je regrette toutefois un encrage trop fin, qui prive le dessin du surplus d'élégance qu'il aurait mérité.
Côté scénario, le récit débute comme une comédie légèrement absurde, à la manière d'un Qui a tué l'idiot ?, avec l'arrivée d'un jeune homme dans un village et une famille excentrique où la farce se mêle à la satire sociale. Les personnages sont hauts en couleur, presque excessifs au premier abord, mais cela relève d'un choix assumé. Assez rapidement, ce qui n'était d'abord suggéré s'affirme pleinement. J'ai eu le plaisir de deviner la révélation avant qu'elle ne soit explicitement formulée, mais très vite celle-ci ne se cache plus et devient même un peu trop appuyée, ce qui m'a fait regretter que le doute ne soit pas entretenu plus longtemps. Je préfère ne pas la dévoiler afin de vous préserver la découverte, même si elle occupe rapidement une place centrale dans l'intrigue. Disons simplement qu'il est question d'une famille profondément dysfonctionnelle, mais étonnamment stable depuis longtemps.
La transposition mythologique fonctionne bien et reste fidèle à son modèle, tout en soulignant avec humour, et parfois une ironie douce-amère, le conflit entre tradition et modernité. J'ai toutefois trouvé que la mise en scène manquait souvent de finesse. Le registre de la farce est trop appuyé et certaines réactions sont surjouées. Le propos manque aussi par moments de mordant. La fable demeure agréable et engagée, mais elle n'explore pas toujours pleinement ses idées, et la critique du capitalisme touristique reste relativement sage, comme si le récit hésitait à durcir réellement son discours.
La Nouvelle Arcadie est une comédie plaisante et humaine, portée par une idée forte et un univers visuel séduisant, malgré un encrage un peu trop discret. J'ai davantage adhéré à son concept qu'à l'ampleur réelle de son développement. Une telle idée aurait mérité plus d'élégance et de finesse pour être plus marquant.
Je crois que c’est la première BD de Wilfrid Lupano qui ne me conquiert pas. Il faut dire qu’il a placé la barre haut avec le reste de sa bibliographie, et que je m’attendais, comme souvent chez lui, à ce petit mélange de mordant, de rythme et d’évidence qui fait passer les pages toutes seules. Ici, ça ne prend pas vraiment.
Le dessin, d’abord, m’a paru fragile. Très centré sur les personnages, au point que les décors semblent absents, ou, pire, oubliés. Ça donne un sentiment de bâclé, de désinvolture, comme si l’album se reposait sur une économie de moyens qui ne dit jamais clairement si elle est voulue ou subie. Et c’est d’autant plus frustrant que ce qui est “dans” la case est, paradoxalement, plutôt joliment réalisé : un trait net, parfois même léché, des visages expressifs, des intentions lisibles. Mais ce soin sur l’avant-plan ne suffit pas à masquer ce vide derrière, qui finit par attirer l’œil à chaque page, comme un décor en carton-pâte… sauf qu’ici, il n’y a même pas le carton.
Au scénario, je rejoins pas mal des avis ici : c’est un peu poussif, parfois maladroit. On sent des idées, un sujet qui pourrait porter davantage, mais la narration peine à trouver son souffle. Les traits d’humour ne sont pas mauvais en soi, certains font mouche, d’autres font sourire, mais je me suis souvent demandé s’ils servaient vraiment le récit, ou s’ils venaient surtout meubler les transitions. Résultat : je reste à distance, sans cette impression d’élan et de précision qu’on associe spontanément à Lupano.
Au final, j’ai refermé l’album avec une sensation de demi-mesure. Pas un naufrage, loin de là, mais une lecture qui laisse un goût d’inachevé, comme si tout était en place pour raconter quelque chose de plus fort… sans jamais oser aller au bout. Et c’est précisément ça qui déçoit : le potentiel est là, mais il est resté sous la forme d'un poulet des montagnes mal cuisiné.
Un petit "pas mal" pour une histoire qui m'aura au final laissé sur ma faim.
Une jeune fille offerte en offrande à un dieu animal se retrouve malgré elle au cœur d'une lutte entre dieux et hommes.
L'idée de départ m'attirait franchement, ce mélange de mysticisme et de romantique avait tout sur le papier pour me convaincre.
Toutefois j'ai trouvé le développement beaucoup trop brut et rapide et c'est franchement dommage tant il y a de choses à explorer dans cette histoire et qui sont passées sous silence.
C'est une des rares fois où je trouve dommage de conter une si belle histoire sur un seul album. Je pense que si l'auteure avait pu signer un dytique ma note aurait été bien meilleure.
Reste le dessin que j'ai pour la peine beaucoup apprécié, autant pour ses formes que pour ses couleurs. Mobidic possède un indéniable talent
Bref une petite déception qui tient plus au développement de l'histoire qu'à autre chose. Dommage
L'adaptation d'un fait Historique qui m'était inconnu.
À Douarnenez en 1924, la révolte gronde dans les usines de mise en boîte des sardines. Des conserveries où ne travaillent que des femmes. Leurs conditions de travail sont épouvantables, absence de droits et de protection sociale pour un salaire de misère vont les pousser à cesser le travail.
Un album qui dénonce l'inégalité des salaires des sardinières, 80 centimes de l'heure soit un tiers du salaire moyen national, de leurs journées de travail qui peuvent durer jusqu'à 18h00 au lieu des 8h00 réglementaires. Sans oublier le travail des enfants en-dessous de l'âge légal ("la greve c'est pas pour nous, l'école c'est pas pour nous, l'argent c'est pas pour nous"). Un patronat prêt à tout pour casser cette révolte. Une période pas si lointaine...
Une narration pas toujours en maîtrise entre destins individuels et lutte sociale où vient se greffer des figures emblématique de cette époque. Le final est un peu expéditif.
Un album féministe sur la difficulté d'être une femme à cette période, mais cela a-t-il réellement changé cent ans plus tard ? L'inégalité salariale est toujours d'actualité par exemple.
Un mouvement social avec un impact retentissant qui fera des émules en France et hors des frontières.
Graphiquement c'est pas mon truc, je trouve le trait grossier et j'ai eu des difficultés à reconnaître certains personnages. Pas adepte de ce type de colorisation.
Un bof pour moi.
Lecture recommandable pour ne pas oublier.
« Un jour toutes ensemble ces femmes se lèvent
À plusieurs milliers se mettent en grève.
Écoutez claquer leurs sabots
Écoutez gronder leur colère,
Écoutez claquer leurs sabots
C’est la grève des sardinières. »
Un documentaire qui porte sur l'esprit critique et les théories qui en découlent (biais cognitif et autres termes du même genre).
C'est bien que les autrices remettent les pendules à l'heure et rappellent que la science n'est pas censé être la gardienne de la vérité et on est pas naturellement plus intelligent parce qu'on est pro-science. Au travers le dialogue entre les deux personnages tout le long de l'album, ce que j'ai surtout retenu est qu'il faut se questionner sur soi-même et essayer de dialoguer avec l'autre au lieu de porter tout de suite un jugement. Ce sont des bonnes valeurs, surtout dans un monde de plus en plus divisé, mais j'ai l'impression que ça ne va pas marcher avec plein de gens qui auront tout de suite envie de me casser la gueule juste parce que j'ai émis une opinion contraire à la sienne.
À part ça, je suis d'accord avec ceux qui trouvent que c'est une lecture dense. Heureusement que je connaissais déjà certains termes parce que je pense que j'aurais été totalement perdu. C'est un peu ardu et ce n'est pas un documentaire qui m'a bien amusé pendant la lecture. C'est clairement pas une lecture pour tout le monde.
Une série qui se laisse lire – d’ailleurs assez rapidement – mais sur laquelle je ne reviendrai sans doute pas. Il lui manque de la densité.
Dessin et colorisation ne sont pas trop mon truc non plus. Même si je les ai trouvés meilleurs, un peu plus précis et détaillés dans le troisième tome, globalement ça reste trop lisse et moyen à mon goût. Très lisible, mais tout est lissé (je ne suis pas amateur de ce genre de colorisation informatique).
Quant à l’intrigue, elle m’a laissé sur ma faim au final. Chaque album développe une aventure nouvelle, même si une trame générale en arrière-plan fait que ce ne sont pas vraiment des one-shots. Le deuxième album est celui qui m’a la moins intéressé, avec ces attentats dans une cité sous-marine. Et le troisième se conclut plus un cycle que la série elle-même, puisqu’on n’en sait finalement pas plus sur les peuples extra-terrestres, et surtout sur les « Hittites » (ceux qui se présentent sous une apparence humaine), ni sur les monstres qui apparaissent dans les deux derniers tomes (encore moins sur l'enfant terrienne surdouée qui rejoint la Fédération extra-terrestre. C’est d’autant plus dommageable/frustrant qu’à plusieurs reprises un mystère semble s’épaissir autour du héros, et de ce que lui aurait dit l’ambassadeur Hittite (et la dernière case avec la copine du héros enceinte semble aussi jouer sur ce questionnement).
Bon, sinon, c’est une sorte de polar/thriller SF, qui est dynamique (avec des questionnements autour de l’acceptation des différences, le spécisme – questionnements toujours d’actualité). Mais je trouve dommage de rester à la fin sans aucune réponse concernant ce qui fait la singularité de l’intrigue.
Note réelle 2,5/5.
La première moitié des années 90 est souvent considérée comme une période pauvre pour Marvel qui avait décidé d'inonder le marché avec de nouvelles séries oubliables, souvent écrites par des scénaristes qui n'ont pas eu de grandes carrières. En plus, il y avait le phénomène des dessinateurs qui étaient devenus des superstars et tout d'un coup tout ce qui comptait était de faire des beaux dessins badass et la qualité du scénario était devenue secondaire.
The New Warriors fait partie des quelques séries qui sortaient du lot, et après avoir lu les intégrales je comprends pourquoi. Il faut dire que le scénariste Fabien Nicieza est un scénariste efficace qui a eu une grosse carrière et le dessinateur principal de la série Mark Bagley a un coup de crayon solide. C'est une version un peu plus moderne de ce que l'on retrouvait dans les années 80 et c'est un style qui me plait. La mise en page est dynamique, tout en restant compréhensible, contrairement à ce que d'autres dessinateurs de l'époque faisaient.
C'est donc un groupe de super-héros composé d'adolescents, la plupart venant d'autres séries. Ce sont des personnages qui, séparément, ne sont pas les plus intéressants, mais ensemble cela fonctionne. Comme c'est le cas avec les autres groupes de super-héros, le point fort de la série est les relations humaines entre les personnages et cela donne de bons moments. Leurs personnalités sont variées et bien utilisées. Cela dit, il y a quand même quelques défauts. Nicieza fait des histoires divertissantes, mais qui ne sortent pas de la moyenne des comics de super-héros. Aussi, s'il utilise bien les personnages issus de différentes séries Marvel, ces propres créations originales ont souvent un intérêt limité. Et le troisième tome contient un long crossover entre différentes séries sans intérêt, qui montre bien la baisse de qualité de Marvel à cette époque.
En gros, c'est divertissant si on aime bien le comics de super-héros.
Tif et Tondu se laisse lire, Choc est un peu meilleur. On comprend pourquoi il devient l'adversaire, l'opposant des héros et de la société. Méchant ? C''est beaucoup dire, il est loyal à ceux qui l'ont aidé comme à ses subordonnés et se refuse à certains crimes. Il est hors-la-loi, mais permet à bien des gens de trouver en lui une figure tutélaire, protectrice. C'est un chef, et un chef, hors-la-loi ou non, dépasse toujours quelques limites, qu'on se le dise. Donc, puisqu'on sort de Tif et Tondu, on dira l'enfance d'un antagoniste, d'un méchant. Si on sortait d'une histoire d'un de ses acolytes, on dirait l'enfance d'un chef, et c'est toute l'ambiguïté du personnage qui a repris les codes des dominants qui l'écrasaient, avec le smoking, et gardé son mystère, avec un casque. Le dessin ne fait pas obstacle à l'histoire.
Le début de cette histoire est un peu déroutant. On s'attend à voir dépeindre une actrice avec une intelligence particulière mais on a finalement l'impression de suivre une énième diva insupportable.
Dans l'ordre on voit Ava Gardner :
- frapper un chauffeur pour qu'il accélère au milieu de la foule
- piquer une crise pour changer de palace
- frapper encore, cette fois ci Howard Hughes (non là je déconne, c'est à cause de la folie amoureuse de Hughes, très bien dépeinte d'ailleurs).
C'est à partir de ce moment que le portrait dressé devient plus intéressant, ambivalent.
Emilio Ruiz y ajoute aussi une dimension géopolitique qui donne un peu d'envergure au récit.
On regrette en fin de compte le format one shot. Un deuxième tome, sur sa vie en Espagne par exemple, aurait peut-être permis d'en faire quelque chose de plus mémorable.
Le dessin est superbe. Énorme travail d'Ana Miralles. Beaucoup de techniques différentes pour jouer avec l'obscurité et la lumière, c'est impressionnant.
Il y a pas mal de cases qui prennent toute la largeur de la page. Certaines m'ont scotché, je pense à celle où Ava Gardner contemple la lune sur un balcon. Mais aussi ces détails sur de simples coussins. Ces arrières plan lors d'une balade en voiture à Rio... Dresser une liste exhaustive des plaisirs visuels serait trop fastidieux.
Le deuxième tome de la trilogie sur les saints, écrit par Dufaux et illustré par Jamar.
La qualité baisse un peu, le récit est assez linéaire. Le dossier de fin d'album a disparu.
On nous avait déjà fait le coup quand Dufaux avait écrit une série sur des personnages célèbres dans les années 90, avec un premier tome (Sade) assez génial et le reste dispensable.
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La Nouvelle Arcadie
Sur une côte méditerranéenne encore préservée, Prométhée Foiemangé, jeune cadre persuadé d'œuvrer pour le progrès, est envoyé dans un petit port de pêche afin de convaincre la population de céder ses terres pour un projet d'avenir fondé sur le béton et le tourisme de masse. Pour y parvenir, il doit rallier à sa cause une grande famille locale pour le moins singulière, quitte à exploiter les failles et les tensions internes qui la traversent. Mais cette famille se révèlera bien plus profondément enracinée dans ces lieux qu'elle ne le laisse paraître. Avec La Nouvelle Arcadie, l'auteur espagnol Juanjo Rodríguez J. propose une fable comique à la croisée de la satire sociale, de la comédie familiale et... de la mythologie grecque. Il situe son récit dans un décor chaleureux aux accents provençaux, imprégné de l'insouciance des années 1960. Le dessin est expressif et séduisant, avec un soin particulier apporté aux décors et aux ambiances. Les couleurs patinées et la lumière méditerranéenne donnent beaucoup de charme à l'ensemble et incarnent visuellement ce monde ancien encore intact, confronté à une modernité froide et envahissante. Je regrette toutefois un encrage trop fin, qui prive le dessin du surplus d'élégance qu'il aurait mérité. Côté scénario, le récit débute comme une comédie légèrement absurde, à la manière d'un Qui a tué l'idiot ?, avec l'arrivée d'un jeune homme dans un village et une famille excentrique où la farce se mêle à la satire sociale. Les personnages sont hauts en couleur, presque excessifs au premier abord, mais cela relève d'un choix assumé. Assez rapidement, ce qui n'était d'abord suggéré s'affirme pleinement. J'ai eu le plaisir de deviner la révélation avant qu'elle ne soit explicitement formulée, mais très vite celle-ci ne se cache plus et devient même un peu trop appuyée, ce qui m'a fait regretter que le doute ne soit pas entretenu plus longtemps. Je préfère ne pas la dévoiler afin de vous préserver la découverte, même si elle occupe rapidement une place centrale dans l'intrigue. Disons simplement qu'il est question d'une famille profondément dysfonctionnelle, mais étonnamment stable depuis longtemps. La transposition mythologique fonctionne bien et reste fidèle à son modèle, tout en soulignant avec humour, et parfois une ironie douce-amère, le conflit entre tradition et modernité. J'ai toutefois trouvé que la mise en scène manquait souvent de finesse. Le registre de la farce est trop appuyé et certaines réactions sont surjouées. Le propos manque aussi par moments de mordant. La fable demeure agréable et engagée, mais elle n'explore pas toujours pleinement ses idées, et la critique du capitalisme touristique reste relativement sage, comme si le récit hésitait à durcir réellement son discours. La Nouvelle Arcadie est une comédie plaisante et humaine, portée par une idée forte et un univers visuel séduisant, malgré un encrage un peu trop discret. J'ai davantage adhéré à son concept qu'à l'ampleur réelle de son développement. Une telle idée aurait mérité plus d'élégance et de finesse pour être plus marquant.
Le Mètre des Caraïbes
Je crois que c’est la première BD de Wilfrid Lupano qui ne me conquiert pas. Il faut dire qu’il a placé la barre haut avec le reste de sa bibliographie, et que je m’attendais, comme souvent chez lui, à ce petit mélange de mordant, de rythme et d’évidence qui fait passer les pages toutes seules. Ici, ça ne prend pas vraiment. Le dessin, d’abord, m’a paru fragile. Très centré sur les personnages, au point que les décors semblent absents, ou, pire, oubliés. Ça donne un sentiment de bâclé, de désinvolture, comme si l’album se reposait sur une économie de moyens qui ne dit jamais clairement si elle est voulue ou subie. Et c’est d’autant plus frustrant que ce qui est “dans” la case est, paradoxalement, plutôt joliment réalisé : un trait net, parfois même léché, des visages expressifs, des intentions lisibles. Mais ce soin sur l’avant-plan ne suffit pas à masquer ce vide derrière, qui finit par attirer l’œil à chaque page, comme un décor en carton-pâte… sauf qu’ici, il n’y a même pas le carton. Au scénario, je rejoins pas mal des avis ici : c’est un peu poussif, parfois maladroit. On sent des idées, un sujet qui pourrait porter davantage, mais la narration peine à trouver son souffle. Les traits d’humour ne sont pas mauvais en soi, certains font mouche, d’autres font sourire, mais je me suis souvent demandé s’ils servaient vraiment le récit, ou s’ils venaient surtout meubler les transitions. Résultat : je reste à distance, sans cette impression d’élan et de précision qu’on associe spontanément à Lupano. Au final, j’ai refermé l’album avec une sensation de demi-mesure. Pas un naufrage, loin de là, mais une lecture qui laisse un goût d’inachevé, comme si tout était en place pour raconter quelque chose de plus fort… sans jamais oser aller au bout. Et c’est précisément ça qui déçoit : le potentiel est là, mais il est resté sous la forme d'un poulet des montagnes mal cuisiné.
Roi Ours
Un petit "pas mal" pour une histoire qui m'aura au final laissé sur ma faim. Une jeune fille offerte en offrande à un dieu animal se retrouve malgré elle au cœur d'une lutte entre dieux et hommes. L'idée de départ m'attirait franchement, ce mélange de mysticisme et de romantique avait tout sur le papier pour me convaincre. Toutefois j'ai trouvé le développement beaucoup trop brut et rapide et c'est franchement dommage tant il y a de choses à explorer dans cette histoire et qui sont passées sous silence. C'est une des rares fois où je trouve dommage de conter une si belle histoire sur un seul album. Je pense que si l'auteure avait pu signer un dytique ma note aurait été bien meilleure. Reste le dessin que j'ai pour la peine beaucoup apprécié, autant pour ses formes que pour ses couleurs. Mobidic possède un indéniable talent Bref une petite déception qui tient plus au développement de l'histoire qu'à autre chose. Dommage
Le Chœur des sardinières
L'adaptation d'un fait Historique qui m'était inconnu. À Douarnenez en 1924, la révolte gronde dans les usines de mise en boîte des sardines. Des conserveries où ne travaillent que des femmes. Leurs conditions de travail sont épouvantables, absence de droits et de protection sociale pour un salaire de misère vont les pousser à cesser le travail. Un album qui dénonce l'inégalité des salaires des sardinières, 80 centimes de l'heure soit un tiers du salaire moyen national, de leurs journées de travail qui peuvent durer jusqu'à 18h00 au lieu des 8h00 réglementaires. Sans oublier le travail des enfants en-dessous de l'âge légal ("la greve c'est pas pour nous, l'école c'est pas pour nous, l'argent c'est pas pour nous"). Un patronat prêt à tout pour casser cette révolte. Une période pas si lointaine... Une narration pas toujours en maîtrise entre destins individuels et lutte sociale où vient se greffer des figures emblématique de cette époque. Le final est un peu expéditif. Un album féministe sur la difficulté d'être une femme à cette période, mais cela a-t-il réellement changé cent ans plus tard ? L'inégalité salariale est toujours d'actualité par exemple. Un mouvement social avec un impact retentissant qui fera des émules en France et hors des frontières. Graphiquement c'est pas mon truc, je trouve le trait grossier et j'ai eu des difficultés à reconnaître certains personnages. Pas adepte de ce type de colorisation. Un bof pour moi. Lecture recommandable pour ne pas oublier. « Un jour toutes ensemble ces femmes se lèvent À plusieurs milliers se mettent en grève. Écoutez claquer leurs sabots Écoutez gronder leur colère, Écoutez claquer leurs sabots C’est la grève des sardinières. »
L'Esprit critique
Un documentaire qui porte sur l'esprit critique et les théories qui en découlent (biais cognitif et autres termes du même genre). C'est bien que les autrices remettent les pendules à l'heure et rappellent que la science n'est pas censé être la gardienne de la vérité et on est pas naturellement plus intelligent parce qu'on est pro-science. Au travers le dialogue entre les deux personnages tout le long de l'album, ce que j'ai surtout retenu est qu'il faut se questionner sur soi-même et essayer de dialoguer avec l'autre au lieu de porter tout de suite un jugement. Ce sont des bonnes valeurs, surtout dans un monde de plus en plus divisé, mais j'ai l'impression que ça ne va pas marcher avec plein de gens qui auront tout de suite envie de me casser la gueule juste parce que j'ai émis une opinion contraire à la sienne. À part ça, je suis d'accord avec ceux qui trouvent que c'est une lecture dense. Heureusement que je connaissais déjà certains termes parce que je pense que j'aurais été totalement perdu. C'est un peu ardu et ce n'est pas un documentaire qui m'a bien amusé pendant la lecture. C'est clairement pas une lecture pour tout le monde.
Fédération (Soleil)
Une série qui se laisse lire – d’ailleurs assez rapidement – mais sur laquelle je ne reviendrai sans doute pas. Il lui manque de la densité. Dessin et colorisation ne sont pas trop mon truc non plus. Même si je les ai trouvés meilleurs, un peu plus précis et détaillés dans le troisième tome, globalement ça reste trop lisse et moyen à mon goût. Très lisible, mais tout est lissé (je ne suis pas amateur de ce genre de colorisation informatique). Quant à l’intrigue, elle m’a laissé sur ma faim au final. Chaque album développe une aventure nouvelle, même si une trame générale en arrière-plan fait que ce ne sont pas vraiment des one-shots. Le deuxième album est celui qui m’a la moins intéressé, avec ces attentats dans une cité sous-marine. Et le troisième se conclut plus un cycle que la série elle-même, puisqu’on n’en sait finalement pas plus sur les peuples extra-terrestres, et surtout sur les « Hittites » (ceux qui se présentent sous une apparence humaine), ni sur les monstres qui apparaissent dans les deux derniers tomes (encore moins sur l'enfant terrienne surdouée qui rejoint la Fédération extra-terrestre. C’est d’autant plus dommageable/frustrant qu’à plusieurs reprises un mystère semble s’épaissir autour du héros, et de ce que lui aurait dit l’ambassadeur Hittite (et la dernière case avec la copine du héros enceinte semble aussi jouer sur ce questionnement). Bon, sinon, c’est une sorte de polar/thriller SF, qui est dynamique (avec des questionnements autour de l’acceptation des différences, le spécisme – questionnements toujours d’actualité). Mais je trouve dommage de rester à la fin sans aucune réponse concernant ce qui fait la singularité de l’intrigue. Note réelle 2,5/5.
The New Warriors - L'intégrale
La première moitié des années 90 est souvent considérée comme une période pauvre pour Marvel qui avait décidé d'inonder le marché avec de nouvelles séries oubliables, souvent écrites par des scénaristes qui n'ont pas eu de grandes carrières. En plus, il y avait le phénomène des dessinateurs qui étaient devenus des superstars et tout d'un coup tout ce qui comptait était de faire des beaux dessins badass et la qualité du scénario était devenue secondaire. The New Warriors fait partie des quelques séries qui sortaient du lot, et après avoir lu les intégrales je comprends pourquoi. Il faut dire que le scénariste Fabien Nicieza est un scénariste efficace qui a eu une grosse carrière et le dessinateur principal de la série Mark Bagley a un coup de crayon solide. C'est une version un peu plus moderne de ce que l'on retrouvait dans les années 80 et c'est un style qui me plait. La mise en page est dynamique, tout en restant compréhensible, contrairement à ce que d'autres dessinateurs de l'époque faisaient. C'est donc un groupe de super-héros composé d'adolescents, la plupart venant d'autres séries. Ce sont des personnages qui, séparément, ne sont pas les plus intéressants, mais ensemble cela fonctionne. Comme c'est le cas avec les autres groupes de super-héros, le point fort de la série est les relations humaines entre les personnages et cela donne de bons moments. Leurs personnalités sont variées et bien utilisées. Cela dit, il y a quand même quelques défauts. Nicieza fait des histoires divertissantes, mais qui ne sortent pas de la moyenne des comics de super-héros. Aussi, s'il utilise bien les personnages issus de différentes séries Marvel, ces propres créations originales ont souvent un intérêt limité. Et le troisième tome contient un long crossover entre différentes séries sans intérêt, qui montre bien la baisse de qualité de Marvel à cette époque. En gros, c'est divertissant si on aime bien le comics de super-héros.
Choc
Tif et Tondu se laisse lire, Choc est un peu meilleur. On comprend pourquoi il devient l'adversaire, l'opposant des héros et de la société. Méchant ? C''est beaucoup dire, il est loyal à ceux qui l'ont aidé comme à ses subordonnés et se refuse à certains crimes. Il est hors-la-loi, mais permet à bien des gens de trouver en lui une figure tutélaire, protectrice. C'est un chef, et un chef, hors-la-loi ou non, dépasse toujours quelques limites, qu'on se le dise. Donc, puisqu'on sort de Tif et Tondu, on dira l'enfance d'un antagoniste, d'un méchant. Si on sortait d'une histoire d'un de ses acolytes, on dirait l'enfance d'un chef, et c'est toute l'ambiguïté du personnage qui a repris les codes des dominants qui l'écrasaient, avec le smoking, et gardé son mystère, avec un casque. Le dessin ne fait pas obstacle à l'histoire.
Ava - Quarante-huit heures dans la vie d'Ava Gardner
Le début de cette histoire est un peu déroutant. On s'attend à voir dépeindre une actrice avec une intelligence particulière mais on a finalement l'impression de suivre une énième diva insupportable. Dans l'ordre on voit Ava Gardner : - frapper un chauffeur pour qu'il accélère au milieu de la foule - piquer une crise pour changer de palace - frapper encore, cette fois ci Howard Hughes (non là je déconne, c'est à cause de la folie amoureuse de Hughes, très bien dépeinte d'ailleurs). C'est à partir de ce moment que le portrait dressé devient plus intéressant, ambivalent. Emilio Ruiz y ajoute aussi une dimension géopolitique qui donne un peu d'envergure au récit. On regrette en fin de compte le format one shot. Un deuxième tome, sur sa vie en Espagne par exemple, aurait peut-être permis d'en faire quelque chose de plus mémorable. Le dessin est superbe. Énorme travail d'Ana Miralles. Beaucoup de techniques différentes pour jouer avec l'obscurité et la lumière, c'est impressionnant. Il y a pas mal de cases qui prennent toute la largeur de la page. Certaines m'ont scotché, je pense à celle où Ava Gardner contemple la lune sur un balcon. Mais aussi ces détails sur de simples coussins. Ces arrières plan lors d'une balade en voiture à Rio... Dresser une liste exhaustive des plaisirs visuels serait trop fastidieux.
Foucauld - Une tentation dans le désert
Le deuxième tome de la trilogie sur les saints, écrit par Dufaux et illustré par Jamar. La qualité baisse un peu, le récit est assez linéaire. Le dossier de fin d'album a disparu. On nous avait déjà fait le coup quand Dufaux avait écrit une série sur des personnages célèbres dans les années 90, avec un premier tome (Sade) assez génial et le reste dispensable.