Trois ans après le cultissime Batman - Un long Halloween, Tim Sale et Jeph Loeb remettent le couvert.
L'histoire se situe ainsi un an après l'affaire Holiday, les meurtres reprenant de plus belle à chaque fête du calendrier. Le mode opératoire n'est toutefois plus tout à fait le même puisque la vague de meurtres ne concerne que des policiers qui se retrouvent pendus avec, ironie du sort, un jeu du pendu accroché sur leurs corps.
On se retrouve donc sur une enquête relativement similaire à la précédente et Tim Sale reprend tous les codes du précédent tome. C'est un peu d'ailleurs là où le bât blesse. Si cette nouvelle histoire est toujours aussi agréable à lire, l'effet de surprise et la magie du premier opus "un long Halloween" n'opère malheureusement plus... L'histoire est en effet beaucoup trop ressemblante à celle du premier opus, l'arc narratif le plus novateur et intéressant concernant, selon moi, l'introduction du personnage de Robin dans la vie de Batman.
Au niveau du dessin, la virtuosité de Tim Sale est toujours présente, dans la droite lignée du tome précédent, même si j'ai trouvé qu'il y avait beaucoup moins de pleines pages à admirer. S'agissant également d'un recueil des 14 numéros publiés par DC Comics entre 1999 et 2000, j'ai été un peu gêné par les nombreuses répétitions au début des chapitres synthétisant à chaque fois l'histoire qui s'est déroulée dans les parties précédentes. Ça ne m'avait pas autant sauté aux yeux dans "Un long Halloween". Bien qu'elle soit toujours aussi soignée, l'édition DC - Black Label que j'ai lue est d'ailleurs un peu imposante et lourde, ne facilitant pas la lecture.
En conclusion, bien que je me sois concentré sur ses quelques défauts, "Batman - Amère Victoire" reste une nouvelle histoire de notre homme chauve-souris de très bonne facture, dans la droite lignée de Batman - Un long Halloween et de Batman - Année Un (Year One) dont je recommande la lecture et l'achat.
Originalité - Histoire : 7,5/10
Dessin - Mise en couleurs : 8,5/10
NOTE GLOBALE : 16/20
J'adore le travail graphique de Grun sur La Conjuration d'Opale. J'aime beaucoup le gap qu'il a franchi avec On Mars, scénarisé par Runberg. Je le retrouve ici, sur un scénario imaginé par sa compagne Laurine Clin, dans une ambiance fantasy dont il semble friand.
Et encore une fois c'est une sorte d'orgasme visuel. Grun nous propose des décors à la fois variés et très réalistes, sortis de l'imaginaire de générations d'autrices et d'auteurs du genre. Je me suis surpris à ralentir ma lecture pour contempler de nombreuses cases, tant elles vibrent de puissance et de beauté. Mention spéciale, bien sûr, pour les ciblètilles, ces êtres ressemblant à la fois à des hommes et à des insectes volants, d'une beauté à couper le souffle, et qui gardent leur part de mystère...
Il met donc en images une histoire de Laurine Clin, un récit somme toute assez simple qui parle de la recherche des origines, mais aussi de la passation entre les générations, et du vivre ensemble dans un monde que l'on peut regarder comme un miroir du nôtre. Son écriture est précise, sensible, et nous promet de belles choses si elle persiste dans cette voie. Je trouve d'ailleurs que l'univers, avec ses cinq races auxquelles une entité suprême a délégué le pouvoir de créer des hommes, mérite d'être exploré plus avant.
Une très chouette série, vraiment.
J’ai trouvé le cœur du troisième tome un chouia en deçà des précédents, avec quelques longueurs, un texte très présent – comme dans les autres tomes, mais qui ici, par moments, était moins contrebalancé et « allégé » par la narration et les personnages virevoltants.
Mais bon, ne chipotons pas, Gomont nous propose ici une lecture très agréable.
La narration est globalement fluide et très dynamique. Grâce déjà à ce dessin presque minimaliste mais très expressif (ah, les coups de sang de Volodia ! – Volodia dont les baisses de tension dans le troisième tome coïncident à la relative baisse de rythme évoquée plus haut).
Mais c’est tout le récit qui fait preuve de dynamisme, d’espièglerie, avec des dialogues – et des commentaires off – bien tournés, plaisants, souvent humoristiques (un humour un peu noir et cynique, caustique).
Et des personnages bien campés, à qui Gomont donne une belle profondeur, dont il montre les forces et les faiblesses. Mention spéciale à Lavrine qui, avec Volodia (mais plus que lui, car il joue sur plusieurs registres), est le personnage qui m’a le plus intéressé et marqué.
Au travers de Lavrine – et de quelques requins/apparatchiks – Gomont parvient aussi à formidablement bien retranscrire l’écroulement de l’URSS, et l’enrichissement éhonté et mafieux de ceux qui en ont profité. Le cynisme des commentaires off (et du personnage de Lavrine) passe d’autant mieux qu’on sent que rien n’est ici artificiel, improbable – hélas.
J’ai parlé d’un troisième tome un peu en retrait. Mais Gomont parvient quand même, dans une ultime pirouette, à nous fouetter une dernière fois le sang, avec, encore et toujours ce sacré Lavrine, toujours aussi cynique et lucide, mais finalement grand cœur au grand air dès lors que sa cuirasse lui est ôtée : sa lettre dans l’épilogue apporte au final une touche dramatique et larmoyante. Jusqu’au bout Gomont a soigné ses personnages et son histoire.
Une grande série !
Note réelle 4,5/5.
Première page : une androgyne sur le toit d'un building new-yorkais, à poil et avec un couteau de boucher à la main, saute dans le vide. Je me dis que j'ai trouvé la bande qui manquait à ma soirée.
A chaque page, ça sent la bd bricolée chez soi avec un amour du dessin et l'envie d'en découdre. C'est parfois moche mais souvent stylé. Le trait fait penser à Liberatore mais aussi à Gauckler parfois.
Dommage que l'intrigue assez prometteuse fasse un peu plouf.
Reste l'énergie authentique d'un auteur espagnol très influencé par l'univers du comics indé : Pepe Moreno.
Geoffroy Delorme a décidé, un beau jour, de quitter la société des hommes et de vivre en forât, auprès des chevreuils. Pendant sept ans, il a découvert un monde secret, ses codes, ses peurs, ses joies, et n'a jamais oublié cela. il en a parlé dans un livre, L'Homme-chevreuil, plébiscité par plus de 100 000 lectrices et lecteurs.
C'est l'adaptation de cet ouvrage, autobiographique, que nous propose Vincent Zabus, sous forme de chapitres (reprenant ceux du livre ?) avec Geoffroy qui apprivoise des chevreuils, se fait apprivoiser par eux, apprend leur langage, leurs postures, et leur enseigne à son tour comment éviter la présence humaine souvent synonyme de danger mortel. C'est assez étonnant, et on a même droit à des moments incroyables, comme lorsqu'une chevrette vient lui lécher le visage ou qu'un jeune chevreuil vient dormir à ses côtés, en parfaite confiance.
Ces beaux moments de communion avec la nature sont mis en images et en couleurs par Jean-Denis Pendanx, l'un des meilleurs dessinateurs naturalistes de la franco-belge, qui nous propose de superbes pages, pleines de poésie et de sensibilité.
Un bel ouvrage, en tous points, et qui permet en outre de nous délivrer un beau message de respect de la nature.
Cet album est un peu un ovni dans l'œuvre de François Craenhals. Il s'agit d'un seul et unique album, on dirait aujourd'hui un One shot à une époque où développer une série était le principe. Le récit limite à 30 pages est très condensé et a été logiquement publié dans la collection " jeune Europe" destinée aux histoires publiées dans le journal Tintin. Certaines ont connu une postérité avec des séries assez longues, et d'autres ont connu une postérité plus brève. Cette collection est un peu le pendants de la collection " pêche de jeunesse" pour les éditons Dupuis. L'histoire en elle même est assez étonnante puisque elle met en scène une sorte d'Agent secret dont on ne connaît rien dénommé Delta. Il apparaît caché sur le haut d'une armoire dans la résidence d'un diplomate français en Bosnie et disparaît tout aussi mystérieusement à la fin du récit. Tout tourne autour d'un brevet cédé aux autorités locales qu'une équipe de malfrats tente de subtiliser. Tout les ingrédients du roman d'aventure sont présents, et l'histoire fait bien entendu penser à une aventure de James Bond. Parue en 1962, j'imagine que ce récit a permis à Craenhals de se lancer dans le monde de la BD. Une belle manière de se replonger dans la bd francophone des années 60, que cette histoire sans génie mais assez solide tant au plan du scénario qu'au niveau du dessin. Une seconde version en noir et blanc sera publié au début des années 80 aux éditions Bedescope et cents celle ci que j'ai eu entre les mains.
Ces jours qui disparaissant a un très beau titre et une couverture d'album qui ne l'est pas moins. Se voir évincé par un alter ego qui n'est autre qu'une autre personnalité qu'on porte en soi : quelle angoisse pas assez traitée en art ! Ceci dit, je ne vois pas pourquoi plusieurs personnalités ne collaboreraient pas, sans compter que ce pourrait être un remède à la solitude. Je referme la parenthèse.
Donc un problème de personnalité est ressenti de manière fantastique par la première personnalité en piste de l'individu si je puis dire vu que l'individu se divise. Quand on ne comprend pas, on ressent les choses de manière fantastique, et cela donne de beaux dessins, comme la couverture… Une psy lui dit ce qu'il en est, mais sera-t-il sauvé pour autant ? Et d'ailleurs, quelle personnalité allons-nous préférer, au final ?
La beauté des dessins assez doux et la tendresse des couleurs me faisant penser à quelque musique discrètement mélancolique, porte le lecteur. Et bigre, tant mieux, sinon un lecteur quelque peu oublieux pourrait se demander si sans s'en rendre compte, une autre personnalité que la sienne n'est pas aux commandes de sa vie !
Très bon ! Mais je confesse avoir lu la suite qui se passe pendant la Première Guerre mondiale… En plus, j'ai préféré l'album de guerre ! Pourquoi ? Nostalgie de la vie d'avant, lors de la construction du phare de l'album et Trois éclats blancs, et tragédie de la guerre se mettaient mutuellement en valeur, créant une grande tension dramatique. Ici, on s'ennuie un peu, par moment, quand l'ingénieur ne parvient pas à construire son phare ! D'accord, on voit les éléments, l'administration, les Bretons et un triangle amoureux mais surtout, surtout, l'ennui ! Montrer l'ennui sans ennuyer est piégeux, je me demande même si c'est possible. En tout cas, ici, c'est raté. Les dessins sont beaux, mais ils devraient tous être sublimes pour que ça marche, or ils sont parfois sublimes, et c'est le hic. Il n'empêche que nous avons affaire à un très bon album.
Un grand auteur qui se moque des individus comme des groupes là où ça fait mal, comme d'habitude, peut-être un peu plus tendrement, m'a-t-il semblé, pour empathie pour soignants et malades, ou bien je me projette ? Les dessins sont expressifs et uniques même si j'avoue que comme d'habitude, ils ne me plaisent pas beaucoup. Difficile de noter, selon le plaisir ou selon ce qu'on sent de la grandeur de l'œuvre ? Quelque part, on a tous quelque chose de Bretecher au niveau de la socio et de la psycho, et donne moï un nuit gravement à la santé ! Tu iras voir ton boboloque après. Oui, parce que l'auteur ne sait pas que regarder, mais aussi écouter, et qu'elle nous déroule tous nos tics de langage !
Bon, la seconde partie du manga vient officiellement de s'achever hier, j'ai – comme beaucoup – vécu les hauts et les bas de cette seconde partie, pleine de potentiel et pourtant si frustrante dans son exécution. L'histoire a pris fin et je ne sais pas trop quoi penser de sa conclusion (sur laquelle je ne m'étendrais pas puisque ladite fin n'a pas encore été publiée sur papier).
Chainsaw Man est une série chère à mon cœur, facilement mon shonen préféré (la partie 1 en tout cas), ne serait-il pas temps pour moi de mettre à jour mon avis qui m'avait toujours semblé perfectible jusque là ?
Chainsaw Man c'est un récit mêlant “concept loufoque” et "exécution sérieuse", jouant souvent sur les attentes des lecteur-ice-s en allant à contrecourant de certains archétypes narratifs (tout en sachant quand bien amener des scènes plus convenues et dramatiques). Les personnages avec un code d'honneur (ou la façade d'un code d'honneur, a minima) sont souvent contrecarrés par des actes immoraux et/ou inattendus, bon nombre de situations dramatiques sont entrecoupées (voire purement et simplement interrompues) par des interventions décalées, humoristiques comme à la limite de la sociopathie, … Bref, la formule n'est pas nouvelle, on mélange humour et sérieux, moments de tension dramatiques et cassures humoristiques, mais ce qui fait la force de cette série à mes yeux c'est sa narration. Qu'il s'agisse des jolies idées de mise en scène jouant avec la pagination (comme les attaques du démon Malédiction qui proviennent toujours de l'interstice entre les cases ou encore tout le passage avec le démon Ténèbres), du travail sur l'ambiance bien souvent froide et morose du quotidien qui se fait constamment (mais imprévisiblement) percée par des scènes dramatiques, violentes et tragiques, ou encore de la composition et l'enchaînement de certaines cases qui proposent une narration que je trouve personnellement magnifiques, j'aime énormément la forme de cette série.
L'univers est suffisamment complexe dans ses enjeux et simple dans sa forme et son fonctionnement pour que le tout nous semble concret, que l'on se sente investi dedans. Ce monde pourrait être le nôtre (dans les années 90, certes) sauf qu'il s'agit d'une sorte d'uchronie où la quasi-totalité de l'histoire du monde reste inchangée… si ce n'est le fait qu'il existe une dimension infernale parallèle à la nôtre ! Dans cet enfer vivent les démons, tous-tes lié-e-s à un concept et donc né-e-s des esprits humains – de leurs peurs, plus précisément. Plus un concept est craint, plus le démon qui lui est associé se verra puissant, complexe aussi (il y a des strates d'intelligences et une sorte de chaîne alimentaire qui se crée parmi elleux). Rien à craindre pour l'humanité sur le papier, les deux mondes sont hermétiques (sauf cas extrêmement rare de démon pouvant passer de l'un à l'autre), mais le hic c'est que les démons possèdent un cycle de réincarnation bien particulier : tant que le concept associé existe lae démon-ne est immortel-le et renaîtra toujours (l'être, la conscience, l'incarnation précédente du démon n'est plus, mais un nouveau prendra immédiatement sa place) en alternant entre les deux plans d'existence. Si un démon meurt en enfer, sa prochaine incarnation naîtra sur Terre (et vice-versa). Les démons passant leur temps à s'entretuer, la grande majorité d'entre elleux va donc régulièrement se retrouver sur Terre à un moment de leur cycle de réincarnation. Les sociétés humaines sont donc en tout point similaires aux nôtres, si ce n'est que tout le monde est habitué à ce qu'à tout moment un massacre ait lieu et que des groupes (gouvernementaux comme privés) de “devil hunters” aient été mis en place pour assurer au mieux la sécurité des êtres humains.
Avec une telle prémisse on pourrait s'attendre à un récit sur le conflit entre les humains et les démons, une mise en parallèle entre les deux espèces se concluant par le fait qu'après tout elles ne seraient pas si différentes, mais en fait pas vraiment. Les démon-ne-s ont vraiment un fonctionnement mental différent des êtres humains, n'ont pas une conception morale similaire (on insiste là-dessus plusieurs fois), et même si de nombreux passages s'interprètent facilement comme une sorte de "après tout les humains sont tout aussi cruels que les démons" le récit se centre surtout sur la condition humaine au-delà du conflit inter-espèce. Les thèmes les plus évidents de la série sont son propos sur la société (japonaise, ça se passe au Japon) étouffante et aliénante qui déshumanise au possible au nom d'un fonctionnement “optimal”, la fascination/relation qu'ont certains démons avec l'humanité ou encore tout simplement l'impossibilité de créer un monde juste et humain. Les personnages sont tous bien loin de la figure héroïque, iels sont cruel-le-s, pathétiques, égoïstes mais indéniablement humains dans leurs imperfections. Notre protagoniste Denji s'en fiche pas mal de sauver le monde (si ce n'est si son petit monde à lui est impacté), n'a pas vraiment de code d'honneur et souhaite plus que tout sortir avec une fille (voire même coucher avec une fille – disons que le bonhomme confond tout du long son besoin de contact humain avec sa libido exacerbée). Denji s'en fiche des règles, des punitions, de la souffrance même (selon une certaine mesure), tout ce qui lui importe c'est de vivre une vie meilleure qu'avant, de protéger les gens qui lui sont chers (au détriment d'inconnu-e-s s'il le faut), il est loin de la figure exemplaire, et pourtant son sincère désir de créer des liens, les amitiés qu'il se forge et ses déboires successifs, le rendent extrêmement attachant.
Voilà, ça c'est la force de la première partie de Chainsaw Man, celle qui m'avait fait tomber amoureuse de cette histoire, de ces personnages (car même les plus abjects et petits sont marquants et intéressants), c'est un récit d'apparence foutraque mélangeant "comédie déjantée", “bastonnades gores” et “moments et relations tragiques” qui se révèle en fait surprenamment complexe.
Mais pourtant, malgré la fin (certes ouverte) on ne peut plus satisfaisante de cette première partie, une seconde a vu le jour.
Je tiens à préciser que la deuxième partie n'a rien de mauvais à ses débuts, elle est même très bien faite je trouve. L'idée d'introduire un second protagoniste à la série en la personne d'Asa, une adolescente névrosée et asociale propulsée malgré elle dans une quête cruelle et violente, était une jolie façon de redonner un second souffle à la série, une nouvelle histoire dans la continuité de la précédente, mais possédant tout de même sa propre identité. Les autres nouveaux personnages ne sont pas en reste, il y en a des particulièrement intéressants et prometteurs, mais c'est justement bien le problème. Prometteurs. Je n'ai pas boudé ma lecture de cette deuxième partie, les personnages ont énormément de potentiel, de nombreuses idées fortement intéressantes sont disséminées de ci de là dans les chapitres, mais rien ne mène vraiment nulle part. Encore une fois je ne spoilerais rien sur le final, mais je me contenterais tout de même de dire "tout ça pour ça ?". Ce n'est pas inintéressant, c'est juste bâclé.
Fort à parier que Fujimoto a fait un bon gros burn-out lors de cette deuxième partie, le dessin devient moins précis, moins lisible aussi parfois, de nombreuses sous-intrigues sont abandonnées sans raison, le rythme final ne prend pas le temps de se poser.
Malheureusement cette deuxième partie est une déception. Malheureusement cette deuxième partie est la conclusion, la note finale, ce qu'il nous reste.
Cette série reste importante à mes yeux, sa première partie reste un récit que je recommande avec joie, mais il est vrai que je ne saurais si je devrais recommander la seconde partie. Est-ce que la présence de bons personnages et intrigues en son sein vaut le coup d'œil si au final tout ça ne mène à rien ?
Je garde ma note à quatre étoiles, je ne regrette pas non plus mon coup de cœur, mais je me sens sincèrement flouée avec cette conclusion “finale”…
PS : Asa, tu méritais mieux ma pauvre…
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
Batman - Amère victoire (Dark Victory)
Trois ans après le cultissime Batman - Un long Halloween, Tim Sale et Jeph Loeb remettent le couvert. L'histoire se situe ainsi un an après l'affaire Holiday, les meurtres reprenant de plus belle à chaque fête du calendrier. Le mode opératoire n'est toutefois plus tout à fait le même puisque la vague de meurtres ne concerne que des policiers qui se retrouvent pendus avec, ironie du sort, un jeu du pendu accroché sur leurs corps. On se retrouve donc sur une enquête relativement similaire à la précédente et Tim Sale reprend tous les codes du précédent tome. C'est un peu d'ailleurs là où le bât blesse. Si cette nouvelle histoire est toujours aussi agréable à lire, l'effet de surprise et la magie du premier opus "un long Halloween" n'opère malheureusement plus... L'histoire est en effet beaucoup trop ressemblante à celle du premier opus, l'arc narratif le plus novateur et intéressant concernant, selon moi, l'introduction du personnage de Robin dans la vie de Batman. Au niveau du dessin, la virtuosité de Tim Sale est toujours présente, dans la droite lignée du tome précédent, même si j'ai trouvé qu'il y avait beaucoup moins de pleines pages à admirer. S'agissant également d'un recueil des 14 numéros publiés par DC Comics entre 1999 et 2000, j'ai été un peu gêné par les nombreuses répétitions au début des chapitres synthétisant à chaque fois l'histoire qui s'est déroulée dans les parties précédentes. Ça ne m'avait pas autant sauté aux yeux dans "Un long Halloween". Bien qu'elle soit toujours aussi soignée, l'édition DC - Black Label que j'ai lue est d'ailleurs un peu imposante et lourde, ne facilitant pas la lecture. En conclusion, bien que je me sois concentré sur ses quelques défauts, "Batman - Amère Victoire" reste une nouvelle histoire de notre homme chauve-souris de très bonne facture, dans la droite lignée de Batman - Un long Halloween et de Batman - Année Un (Year One) dont je recommande la lecture et l'achat. Originalité - Histoire : 7,5/10 Dessin - Mise en couleurs : 8,5/10 NOTE GLOBALE : 16/20
Les Hautes Herbes
J'adore le travail graphique de Grun sur La Conjuration d'Opale. J'aime beaucoup le gap qu'il a franchi avec On Mars, scénarisé par Runberg. Je le retrouve ici, sur un scénario imaginé par sa compagne Laurine Clin, dans une ambiance fantasy dont il semble friand. Et encore une fois c'est une sorte d'orgasme visuel. Grun nous propose des décors à la fois variés et très réalistes, sortis de l'imaginaire de générations d'autrices et d'auteurs du genre. Je me suis surpris à ralentir ma lecture pour contempler de nombreuses cases, tant elles vibrent de puissance et de beauté. Mention spéciale, bien sûr, pour les ciblètilles, ces êtres ressemblant à la fois à des hommes et à des insectes volants, d'une beauté à couper le souffle, et qui gardent leur part de mystère... Il met donc en images une histoire de Laurine Clin, un récit somme toute assez simple qui parle de la recherche des origines, mais aussi de la passation entre les générations, et du vivre ensemble dans un monde que l'on peut regarder comme un miroir du nôtre. Son écriture est précise, sensible, et nous promet de belles choses si elle persiste dans cette voie. Je trouve d'ailleurs que l'univers, avec ses cinq races auxquelles une entité suprême a délégué le pouvoir de créer des hommes, mérite d'être exploré plus avant.
Slava
Une très chouette série, vraiment. J’ai trouvé le cœur du troisième tome un chouia en deçà des précédents, avec quelques longueurs, un texte très présent – comme dans les autres tomes, mais qui ici, par moments, était moins contrebalancé et « allégé » par la narration et les personnages virevoltants. Mais bon, ne chipotons pas, Gomont nous propose ici une lecture très agréable. La narration est globalement fluide et très dynamique. Grâce déjà à ce dessin presque minimaliste mais très expressif (ah, les coups de sang de Volodia ! – Volodia dont les baisses de tension dans le troisième tome coïncident à la relative baisse de rythme évoquée plus haut). Mais c’est tout le récit qui fait preuve de dynamisme, d’espièglerie, avec des dialogues – et des commentaires off – bien tournés, plaisants, souvent humoristiques (un humour un peu noir et cynique, caustique). Et des personnages bien campés, à qui Gomont donne une belle profondeur, dont il montre les forces et les faiblesses. Mention spéciale à Lavrine qui, avec Volodia (mais plus que lui, car il joue sur plusieurs registres), est le personnage qui m’a le plus intéressé et marqué. Au travers de Lavrine – et de quelques requins/apparatchiks – Gomont parvient aussi à formidablement bien retranscrire l’écroulement de l’URSS, et l’enrichissement éhonté et mafieux de ceux qui en ont profité. Le cynisme des commentaires off (et du personnage de Lavrine) passe d’autant mieux qu’on sent que rien n’est ici artificiel, improbable – hélas. J’ai parlé d’un troisième tome un peu en retrait. Mais Gomont parvient quand même, dans une ultime pirouette, à nous fouetter une dernière fois le sang, avec, encore et toujours ce sacré Lavrine, toujours aussi cynique et lucide, mais finalement grand cœur au grand air dès lors que sa cuirasse lui est ôtée : sa lettre dans l’épilogue apporte au final une touche dramatique et larmoyante. Jusqu’au bout Gomont a soigné ses personnages et son histoire. Une grande série ! Note réelle 4,5/5.
Gene Kong
Première page : une androgyne sur le toit d'un building new-yorkais, à poil et avec un couteau de boucher à la main, saute dans le vide. Je me dis que j'ai trouvé la bande qui manquait à ma soirée. A chaque page, ça sent la bd bricolée chez soi avec un amour du dessin et l'envie d'en découdre. C'est parfois moche mais souvent stylé. Le trait fait penser à Liberatore mais aussi à Gauckler parfois. Dommage que l'intrigue assez prometteuse fasse un peu plouf. Reste l'énergie authentique d'un auteur espagnol très influencé par l'univers du comics indé : Pepe Moreno.
L'Homme-chevreuil - Sept ans de vie sauvage
Geoffroy Delorme a décidé, un beau jour, de quitter la société des hommes et de vivre en forât, auprès des chevreuils. Pendant sept ans, il a découvert un monde secret, ses codes, ses peurs, ses joies, et n'a jamais oublié cela. il en a parlé dans un livre, L'Homme-chevreuil, plébiscité par plus de 100 000 lectrices et lecteurs. C'est l'adaptation de cet ouvrage, autobiographique, que nous propose Vincent Zabus, sous forme de chapitres (reprenant ceux du livre ?) avec Geoffroy qui apprivoise des chevreuils, se fait apprivoiser par eux, apprend leur langage, leurs postures, et leur enseigne à son tour comment éviter la présence humaine souvent synonyme de danger mortel. C'est assez étonnant, et on a même droit à des moments incroyables, comme lorsqu'une chevrette vient lui lécher le visage ou qu'un jeune chevreuil vient dormir à ses côtés, en parfaite confiance. Ces beaux moments de communion avec la nature sont mis en images et en couleurs par Jean-Denis Pendanx, l'un des meilleurs dessinateurs naturalistes de la franco-belge, qui nous propose de superbes pages, pleines de poésie et de sensibilité. Un bel ouvrage, en tous points, et qui permet en outre de nous délivrer un beau message de respect de la nature.
Aventure à Sarajevo
Cet album est un peu un ovni dans l'œuvre de François Craenhals. Il s'agit d'un seul et unique album, on dirait aujourd'hui un One shot à une époque où développer une série était le principe. Le récit limite à 30 pages est très condensé et a été logiquement publié dans la collection " jeune Europe" destinée aux histoires publiées dans le journal Tintin. Certaines ont connu une postérité avec des séries assez longues, et d'autres ont connu une postérité plus brève. Cette collection est un peu le pendants de la collection " pêche de jeunesse" pour les éditons Dupuis. L'histoire en elle même est assez étonnante puisque elle met en scène une sorte d'Agent secret dont on ne connaît rien dénommé Delta. Il apparaît caché sur le haut d'une armoire dans la résidence d'un diplomate français en Bosnie et disparaît tout aussi mystérieusement à la fin du récit. Tout tourne autour d'un brevet cédé aux autorités locales qu'une équipe de malfrats tente de subtiliser. Tout les ingrédients du roman d'aventure sont présents, et l'histoire fait bien entendu penser à une aventure de James Bond. Parue en 1962, j'imagine que ce récit a permis à Craenhals de se lancer dans le monde de la BD. Une belle manière de se replonger dans la bd francophone des années 60, que cette histoire sans génie mais assez solide tant au plan du scénario qu'au niveau du dessin. Une seconde version en noir et blanc sera publié au début des années 80 aux éditions Bedescope et cents celle ci que j'ai eu entre les mains.
Ces jours qui disparaissent
Ces jours qui disparaissant a un très beau titre et une couverture d'album qui ne l'est pas moins. Se voir évincé par un alter ego qui n'est autre qu'une autre personnalité qu'on porte en soi : quelle angoisse pas assez traitée en art ! Ceci dit, je ne vois pas pourquoi plusieurs personnalités ne collaboreraient pas, sans compter que ce pourrait être un remède à la solitude. Je referme la parenthèse. Donc un problème de personnalité est ressenti de manière fantastique par la première personnalité en piste de l'individu si je puis dire vu que l'individu se divise. Quand on ne comprend pas, on ressent les choses de manière fantastique, et cela donne de beaux dessins, comme la couverture… Une psy lui dit ce qu'il en est, mais sera-t-il sauvé pour autant ? Et d'ailleurs, quelle personnalité allons-nous préférer, au final ? La beauté des dessins assez doux et la tendresse des couleurs me faisant penser à quelque musique discrètement mélancolique, porte le lecteur. Et bigre, tant mieux, sinon un lecteur quelque peu oublieux pourrait se demander si sans s'en rendre compte, une autre personnalité que la sienne n'est pas aux commandes de sa vie !
Trois éclats blancs
Très bon ! Mais je confesse avoir lu la suite qui se passe pendant la Première Guerre mondiale… En plus, j'ai préféré l'album de guerre ! Pourquoi ? Nostalgie de la vie d'avant, lors de la construction du phare de l'album et Trois éclats blancs, et tragédie de la guerre se mettaient mutuellement en valeur, créant une grande tension dramatique. Ici, on s'ennuie un peu, par moment, quand l'ingénieur ne parvient pas à construire son phare ! D'accord, on voit les éléments, l'administration, les Bretons et un triangle amoureux mais surtout, surtout, l'ennui ! Montrer l'ennui sans ennuyer est piégeux, je me demande même si c'est possible. En tout cas, ici, c'est raté. Les dessins sont beaux, mais ils devraient tous être sublimes pour que ça marche, or ils sont parfois sublimes, et c'est le hic. Il n'empêche que nous avons affaire à un très bon album.
Docteur Ventouse Bobologue
Un grand auteur qui se moque des individus comme des groupes là où ça fait mal, comme d'habitude, peut-être un peu plus tendrement, m'a-t-il semblé, pour empathie pour soignants et malades, ou bien je me projette ? Les dessins sont expressifs et uniques même si j'avoue que comme d'habitude, ils ne me plaisent pas beaucoup. Difficile de noter, selon le plaisir ou selon ce qu'on sent de la grandeur de l'œuvre ? Quelque part, on a tous quelque chose de Bretecher au niveau de la socio et de la psycho, et donne moï un nuit gravement à la santé ! Tu iras voir ton boboloque après. Oui, parce que l'auteur ne sait pas que regarder, mais aussi écouter, et qu'elle nous déroule tous nos tics de langage !
Chainsaw Man
Bon, la seconde partie du manga vient officiellement de s'achever hier, j'ai – comme beaucoup – vécu les hauts et les bas de cette seconde partie, pleine de potentiel et pourtant si frustrante dans son exécution. L'histoire a pris fin et je ne sais pas trop quoi penser de sa conclusion (sur laquelle je ne m'étendrais pas puisque ladite fin n'a pas encore été publiée sur papier). Chainsaw Man est une série chère à mon cœur, facilement mon shonen préféré (la partie 1 en tout cas), ne serait-il pas temps pour moi de mettre à jour mon avis qui m'avait toujours semblé perfectible jusque là ? Chainsaw Man c'est un récit mêlant “concept loufoque” et "exécution sérieuse", jouant souvent sur les attentes des lecteur-ice-s en allant à contrecourant de certains archétypes narratifs (tout en sachant quand bien amener des scènes plus convenues et dramatiques). Les personnages avec un code d'honneur (ou la façade d'un code d'honneur, a minima) sont souvent contrecarrés par des actes immoraux et/ou inattendus, bon nombre de situations dramatiques sont entrecoupées (voire purement et simplement interrompues) par des interventions décalées, humoristiques comme à la limite de la sociopathie, … Bref, la formule n'est pas nouvelle, on mélange humour et sérieux, moments de tension dramatiques et cassures humoristiques, mais ce qui fait la force de cette série à mes yeux c'est sa narration. Qu'il s'agisse des jolies idées de mise en scène jouant avec la pagination (comme les attaques du démon Malédiction qui proviennent toujours de l'interstice entre les cases ou encore tout le passage avec le démon Ténèbres), du travail sur l'ambiance bien souvent froide et morose du quotidien qui se fait constamment (mais imprévisiblement) percée par des scènes dramatiques, violentes et tragiques, ou encore de la composition et l'enchaînement de certaines cases qui proposent une narration que je trouve personnellement magnifiques, j'aime énormément la forme de cette série. L'univers est suffisamment complexe dans ses enjeux et simple dans sa forme et son fonctionnement pour que le tout nous semble concret, que l'on se sente investi dedans. Ce monde pourrait être le nôtre (dans les années 90, certes) sauf qu'il s'agit d'une sorte d'uchronie où la quasi-totalité de l'histoire du monde reste inchangée… si ce n'est le fait qu'il existe une dimension infernale parallèle à la nôtre ! Dans cet enfer vivent les démons, tous-tes lié-e-s à un concept et donc né-e-s des esprits humains – de leurs peurs, plus précisément. Plus un concept est craint, plus le démon qui lui est associé se verra puissant, complexe aussi (il y a des strates d'intelligences et une sorte de chaîne alimentaire qui se crée parmi elleux). Rien à craindre pour l'humanité sur le papier, les deux mondes sont hermétiques (sauf cas extrêmement rare de démon pouvant passer de l'un à l'autre), mais le hic c'est que les démons possèdent un cycle de réincarnation bien particulier : tant que le concept associé existe lae démon-ne est immortel-le et renaîtra toujours (l'être, la conscience, l'incarnation précédente du démon n'est plus, mais un nouveau prendra immédiatement sa place) en alternant entre les deux plans d'existence. Si un démon meurt en enfer, sa prochaine incarnation naîtra sur Terre (et vice-versa). Les démons passant leur temps à s'entretuer, la grande majorité d'entre elleux va donc régulièrement se retrouver sur Terre à un moment de leur cycle de réincarnation. Les sociétés humaines sont donc en tout point similaires aux nôtres, si ce n'est que tout le monde est habitué à ce qu'à tout moment un massacre ait lieu et que des groupes (gouvernementaux comme privés) de “devil hunters” aient été mis en place pour assurer au mieux la sécurité des êtres humains. Avec une telle prémisse on pourrait s'attendre à un récit sur le conflit entre les humains et les démons, une mise en parallèle entre les deux espèces se concluant par le fait qu'après tout elles ne seraient pas si différentes, mais en fait pas vraiment. Les démon-ne-s ont vraiment un fonctionnement mental différent des êtres humains, n'ont pas une conception morale similaire (on insiste là-dessus plusieurs fois), et même si de nombreux passages s'interprètent facilement comme une sorte de "après tout les humains sont tout aussi cruels que les démons" le récit se centre surtout sur la condition humaine au-delà du conflit inter-espèce. Les thèmes les plus évidents de la série sont son propos sur la société (japonaise, ça se passe au Japon) étouffante et aliénante qui déshumanise au possible au nom d'un fonctionnement “optimal”, la fascination/relation qu'ont certains démons avec l'humanité ou encore tout simplement l'impossibilité de créer un monde juste et humain. Les personnages sont tous bien loin de la figure héroïque, iels sont cruel-le-s, pathétiques, égoïstes mais indéniablement humains dans leurs imperfections. Notre protagoniste Denji s'en fiche pas mal de sauver le monde (si ce n'est si son petit monde à lui est impacté), n'a pas vraiment de code d'honneur et souhaite plus que tout sortir avec une fille (voire même coucher avec une fille – disons que le bonhomme confond tout du long son besoin de contact humain avec sa libido exacerbée). Denji s'en fiche des règles, des punitions, de la souffrance même (selon une certaine mesure), tout ce qui lui importe c'est de vivre une vie meilleure qu'avant, de protéger les gens qui lui sont chers (au détriment d'inconnu-e-s s'il le faut), il est loin de la figure exemplaire, et pourtant son sincère désir de créer des liens, les amitiés qu'il se forge et ses déboires successifs, le rendent extrêmement attachant. Voilà, ça c'est la force de la première partie de Chainsaw Man, celle qui m'avait fait tomber amoureuse de cette histoire, de ces personnages (car même les plus abjects et petits sont marquants et intéressants), c'est un récit d'apparence foutraque mélangeant "comédie déjantée", “bastonnades gores” et “moments et relations tragiques” qui se révèle en fait surprenamment complexe. Mais pourtant, malgré la fin (certes ouverte) on ne peut plus satisfaisante de cette première partie, une seconde a vu le jour. Je tiens à préciser que la deuxième partie n'a rien de mauvais à ses débuts, elle est même très bien faite je trouve. L'idée d'introduire un second protagoniste à la série en la personne d'Asa, une adolescente névrosée et asociale propulsée malgré elle dans une quête cruelle et violente, était une jolie façon de redonner un second souffle à la série, une nouvelle histoire dans la continuité de la précédente, mais possédant tout de même sa propre identité. Les autres nouveaux personnages ne sont pas en reste, il y en a des particulièrement intéressants et prometteurs, mais c'est justement bien le problème. Prometteurs. Je n'ai pas boudé ma lecture de cette deuxième partie, les personnages ont énormément de potentiel, de nombreuses idées fortement intéressantes sont disséminées de ci de là dans les chapitres, mais rien ne mène vraiment nulle part. Encore une fois je ne spoilerais rien sur le final, mais je me contenterais tout de même de dire "tout ça pour ça ?". Ce n'est pas inintéressant, c'est juste bâclé. Fort à parier que Fujimoto a fait un bon gros burn-out lors de cette deuxième partie, le dessin devient moins précis, moins lisible aussi parfois, de nombreuses sous-intrigues sont abandonnées sans raison, le rythme final ne prend pas le temps de se poser. Malheureusement cette deuxième partie est une déception. Malheureusement cette deuxième partie est la conclusion, la note finale, ce qu'il nous reste. Cette série reste importante à mes yeux, sa première partie reste un récit que je recommande avec joie, mais il est vrai que je ne saurais si je devrais recommander la seconde partie. Est-ce que la présence de bons personnages et intrigues en son sein vaut le coup d'œil si au final tout ça ne mène à rien ? Je garde ma note à quatre étoiles, je ne regrette pas non plus mon coup de cœur, mais je me sens sincèrement flouée avec cette conclusion “finale”… PS : Asa, tu méritais mieux ma pauvre…