Lou Lubie revisite le mythe du vampire de façon tout à fait originale et très actuelle. En l’associant habilement au thème de la prédation sexuelle, elle nous fait prendre conscience que ce type de comportement découle d’un système plus global et séculaire légitimant la domination des élites sur l’ensemble de la population. Et là où l’autrice fait preuve d’habileté, c’est qu’elle évite l’écueil du manichéisme en donnant à travers cette fiction la parole aux voix divergentes tout en les plaçant face à leurs contradictions.
Le fil rouge de l’histoire est l’actrice Violeta Ovidia Lupescu, sorte de double féminin de notre Depardieu national, soupçonnée d’avoir mordu des assistants en toute impunité. Pour mieux coller au contexte, l’intrigue se déroule dans une Transylvanie contemporaine, où cohabitent humains et vampires sous une façade faussement égalitaire. Lassée de supporter une domination qui ne dit pas son nom, Maggy, après avoir été licenciée par sa supérieure sous prétexte d’ « indocilité », sera conduite à militer dans une association dont l’objectif est d’en finir avec la loi du silence. La morsure infligée à son ami Anghel par un inconnu jouera également beaucoup dans sa décision.
On appréciera la façon dont Lubie brasse plusieurs thèmes très familiers dans notre époque tiraillée entre les positions réactionnaires des uns et les luttes progressistes des autres : la prédation, le harcèlement ou la pédophilie, des actes marquant durablement leurs victimes, qui souvent en ressortent honteuses et hésitent à dénoncer leur agresseur face à une administration peu empathique. On y devinera plusieurs allusions à des interviews et des affaires (principalement dans l’Hexagone) qui ont pris pied dans le débat public ces dernières années et abondamment commentés sur les réseaux sociaux. L’intelligence dont a fait preuve Lou Lubie est, peut-être pour éviter d’être cataloguée comme une « féministe enragée », d’avoir choisi une femme pour représenter les prédateurs (Lupescu) et un jeune homme (Anghel) en tant que victime, mais également de présenter le personnage de Iulia en couple avec une vampire, Andreea, très bien disposée vis-à-vis des idées progressistes.
La ligne claire de Lou Lubie enchante par sa simplicité et son abondance de trouvailles, ne serait-ce que pour la bichromie mettant en avant le rouge carmin (logique, non ?). De façon un brin malicieuse, les vêtements sont inspirés par les broderies traditionnelles roumaines pour nous rappeler où se déroule le récit. Comme à son habitude, l’autrice a conçu une mise en page très efficace, appréciable par son dynamisme qui sait maintenir l’attention.
Avec ses personnages attachants, « Saigneurs » est une lecture particulièrement rafraichissante qui jette en même temps une lumière crue sur un système que nous-mêmes avons cautionné et cautionnons encore, de manière plus ou moins consciente, parfois sur des questions en apparence insignifiantes. L’ouvrage fournit de nombreux arguments pour lutter à son niveau contre l’emprise toxique de la « fabrique du consentement » véhiculée par les discours dominants des dominateurs, que ce soit à travers la politique ou les médias « mainstream ». Lou Lubie prend soin de rappeler en fin d’ouvrage quelques statistiques sidérantes, rappelant que le combat est loin d’être terminé : à titre d’exemple, saviez-vous qu’en France, encore aujourd’hui, seulement 1% des violeurs sont condamnés, tandis que l’on dénombre 94 000 victimes de viol par an ?
Il y a trois auteurs à connaître absolument dans la collection Pied Jaloux : Chantal Montellier, Denis Sire et donc Alain Voss.
L'arbre à came, sorti en 1981, est une petite friandise à savourer.
Un jeune loubard, Tiger, se retrouve au coeur d'une conspiration qu'il va chercher à élucider avec ses potes rockers.
Le récit haletant va aussi vite que les motos de l'histoire, on y croise des milices et des extra terrestres, c'est assez jouissif à suivre.
Le dessin est juste exceptionnel, avec ses pages toutes noires et un trait puissant fortement inspiré de Crumb.
La seule chose qui m'empêche de mettre la note maximale, c'est que l'idée du scénario n'est pas originale. C'est en effet une adaptation libre du film culte "Invasion of the body snatchers" réalisé par Kaufman en 1978.
Ce n'est pas étonnant, l'imaginaire de Voss trouve majoritairement son inspiration dans l'emprunt et la parodie d'autres œuvres.
Une des meilleures publications de cette collection.
Pour une fois, j'ai lu avec plaisir et sans le sentiment de déroger, une suite de Blake et Mortimer ! Il faut dire que j'adore le dessin d'un des auteurs des Cités obscures ! François Schuiten, qui a illustré Les jardins statuaires et autres romans de Jacques Abeille, montre encore qu'il est bien digne de ce classique méconnu. Comme j'incite tout le monde à lire le Cycle des Contrées, et pour les plus libertins, celui des Chambres !
Or donc dans l'œuvre dérivée de Jacobs son dessin d'architecture, mais pas seulement, ne déroge pas dans ce Blake et Mortimer. Que dire qui n'ait pas été déjà dit sur le fond de l'aventure ? Eh bien, que cette histoire éclaircit certaines choses des péripéties canon de Blake et Mortimer en Egypte, certes, mais qu'elle compense par d'autres mystères. J'aime l'incursion en Belgique, et le fait qu'il y ait une femme, une ville en ruine où des gens vivent et le rôle des rêves. Je rappelle donc cette pyramide ensevelie sous l'oubli au bon souvenir des bdéphiles !
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Saigneurs
Lou Lubie revisite le mythe du vampire de façon tout à fait originale et très actuelle. En l’associant habilement au thème de la prédation sexuelle, elle nous fait prendre conscience que ce type de comportement découle d’un système plus global et séculaire légitimant la domination des élites sur l’ensemble de la population. Et là où l’autrice fait preuve d’habileté, c’est qu’elle évite l’écueil du manichéisme en donnant à travers cette fiction la parole aux voix divergentes tout en les plaçant face à leurs contradictions. Le fil rouge de l’histoire est l’actrice Violeta Ovidia Lupescu, sorte de double féminin de notre Depardieu national, soupçonnée d’avoir mordu des assistants en toute impunité. Pour mieux coller au contexte, l’intrigue se déroule dans une Transylvanie contemporaine, où cohabitent humains et vampires sous une façade faussement égalitaire. Lassée de supporter une domination qui ne dit pas son nom, Maggy, après avoir été licenciée par sa supérieure sous prétexte d’ « indocilité », sera conduite à militer dans une association dont l’objectif est d’en finir avec la loi du silence. La morsure infligée à son ami Anghel par un inconnu jouera également beaucoup dans sa décision. On appréciera la façon dont Lubie brasse plusieurs thèmes très familiers dans notre époque tiraillée entre les positions réactionnaires des uns et les luttes progressistes des autres : la prédation, le harcèlement ou la pédophilie, des actes marquant durablement leurs victimes, qui souvent en ressortent honteuses et hésitent à dénoncer leur agresseur face à une administration peu empathique. On y devinera plusieurs allusions à des interviews et des affaires (principalement dans l’Hexagone) qui ont pris pied dans le débat public ces dernières années et abondamment commentés sur les réseaux sociaux. L’intelligence dont a fait preuve Lou Lubie est, peut-être pour éviter d’être cataloguée comme une « féministe enragée », d’avoir choisi une femme pour représenter les prédateurs (Lupescu) et un jeune homme (Anghel) en tant que victime, mais également de présenter le personnage de Iulia en couple avec une vampire, Andreea, très bien disposée vis-à-vis des idées progressistes. La ligne claire de Lou Lubie enchante par sa simplicité et son abondance de trouvailles, ne serait-ce que pour la bichromie mettant en avant le rouge carmin (logique, non ?). De façon un brin malicieuse, les vêtements sont inspirés par les broderies traditionnelles roumaines pour nous rappeler où se déroule le récit. Comme à son habitude, l’autrice a conçu une mise en page très efficace, appréciable par son dynamisme qui sait maintenir l’attention. Avec ses personnages attachants, « Saigneurs » est une lecture particulièrement rafraichissante qui jette en même temps une lumière crue sur un système que nous-mêmes avons cautionné et cautionnons encore, de manière plus ou moins consciente, parfois sur des questions en apparence insignifiantes. L’ouvrage fournit de nombreux arguments pour lutter à son niveau contre l’emprise toxique de la « fabrique du consentement » véhiculée par les discours dominants des dominateurs, que ce soit à travers la politique ou les médias « mainstream ». Lou Lubie prend soin de rappeler en fin d’ouvrage quelques statistiques sidérantes, rappelant que le combat est loin d’être terminé : à titre d’exemple, saviez-vous qu’en France, encore aujourd’hui, seulement 1% des violeurs sont condamnés, tandis que l’on dénombre 94 000 victimes de viol par an ?
L'Arbre à came
Il y a trois auteurs à connaître absolument dans la collection Pied Jaloux : Chantal Montellier, Denis Sire et donc Alain Voss. L'arbre à came, sorti en 1981, est une petite friandise à savourer. Un jeune loubard, Tiger, se retrouve au coeur d'une conspiration qu'il va chercher à élucider avec ses potes rockers. Le récit haletant va aussi vite que les motos de l'histoire, on y croise des milices et des extra terrestres, c'est assez jouissif à suivre. Le dessin est juste exceptionnel, avec ses pages toutes noires et un trait puissant fortement inspiré de Crumb. La seule chose qui m'empêche de mettre la note maximale, c'est que l'idée du scénario n'est pas originale. C'est en effet une adaptation libre du film culte "Invasion of the body snatchers" réalisé par Kaufman en 1978. Ce n'est pas étonnant, l'imaginaire de Voss trouve majoritairement son inspiration dans l'emprunt et la parodie d'autres œuvres. Une des meilleures publications de cette collection.
Blake et Mortimer - Le Dernier Pharaon
Pour une fois, j'ai lu avec plaisir et sans le sentiment de déroger, une suite de Blake et Mortimer ! Il faut dire que j'adore le dessin d'un des auteurs des Cités obscures ! François Schuiten, qui a illustré Les jardins statuaires et autres romans de Jacques Abeille, montre encore qu'il est bien digne de ce classique méconnu. Comme j'incite tout le monde à lire le Cycle des Contrées, et pour les plus libertins, celui des Chambres ! Or donc dans l'œuvre dérivée de Jacobs son dessin d'architecture, mais pas seulement, ne déroge pas dans ce Blake et Mortimer. Que dire qui n'ait pas été déjà dit sur le fond de l'aventure ? Eh bien, que cette histoire éclaircit certaines choses des péripéties canon de Blake et Mortimer en Egypte, certes, mais qu'elle compense par d'autres mystères. J'aime l'incursion en Belgique, et le fait qu'il y ait une femme, une ville en ruine où des gens vivent et le rôle des rêves. Je rappelle donc cette pyramide ensevelie sous l'oubli au bon souvenir des bdéphiles !