Les derniers avis (2 avis)

Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série Jean Doux et le Mystère de la Disquette Molle
Jean Doux et le Mystère de la Disquette Molle

Jean Doux, employé modèle dans une entreprise de broyeuses à papier au cœur d'un open space des années 90, découvre une mystérieuse disquette 5"1/4 cachée dans un faux plafond. Ce qui commence comme une petite enquête absurde dans un décor de bureau à la Cogip finit peu à peu par se transformer en véritable aventure d'exploration, entre polar d'entreprise, humour décalé et quête rétro-fantastique. Tout le charme de la BD vient de cette association improbable entre un graphisme volontairement raide et décalé qui évoque les vieux jeux vidéo point and click (à ce propos, la page 4 dans la galerie me fait énormément penser au jeu Les Voyageurs du Temps), des personnages ringards dans leurs vêtements, leurs coupes de cheveux ou leurs attitudes, et cet univers d'entreprise profondément ridicule avec ses open spaces, ses broyeuses à papier, ses blagues lourdes et ses collègues tous nommés Jean ou Jeanne quelque chose. L'auteur pousse le kitsch et la caricature très loin, mais en restant toujours à la limite du crédible pour éviter le gag absurde gratuit. J'ai juste tiqué sur un anachronisme, quand l'un des personnages indique avoir passé beaucoup de temps en RTT en... 1976. Le récit prend son temps pour installer son ambiance et son humour pince-sans-rire, avant de glisser progressivement vers une aventure étonnamment prenante. Ce qui fonctionne très bien, c'est que derrière le loufoque permanent, l'histoire reste construite comme une vraie enquête, avec des rebondissements, du mystère et une logique interne qui tient debout malgré le délire ambiant. On n'est jamais dans le n'importe quoi total. Je n'ai pas forcément éclaté de rire du début à la fin, mais je me suis laissé embarquer avec beaucoup de plaisir par cette aventure et par ces personnages qui deviennent attachants précisément grâce à leur côté dépassé et maladroit. Il y a aussi quelque chose de très réussi dans cette manière de jouer avec la nostalgie d'une époque finalement pas si lointaine, mais qui paraît déjà complètement obsolète aujourd'hui.

14/05/2026 (modifier)
Par Vaudou
Note: 4/5
Couverture de la série La Marquise des Lumières
La Marquise des Lumières

Une lecture captivante et studieuse. Cette bande de Cothias et Lax qui situe son intrigue en 1786, n'essaie jamais de s'ouvrir à un large public. C'est ce qui fait sa force à mon sens, mais cela explique aussi son manque de réputation. Il y a peu d'action, on observe souvent des personnages débattre entre eux. Le dessin très précis est aussi très froid, figé comme une vieille pièce de maison que l'on n'ouvre jamais. Mais excelle pourtant à traduire en images le fossé immense entre la noblesse et les laissés pour compte. La reconstitution historique des costumes, des décors, impressionne. Le premier tome essaie de se trouver une identité mais échoue. On verse dans un marivaudage un peu stérile, cette introduction à une intrigue somme toute classique prend trop son temps. Cothias revient à ses fondamentaux, déjà entrevus dans Les 7 vies de l'épervier dès le second tome : la tragédie familiale, le fatalisme, les destins liés. La petite histoire dans la Grande. Le troisième épisode prend des accents zoliens. On peste contre le sort qui enchaîne un innocent - Modeste Bonhomme - à la misère. Son âme est plus noble que la majorité des aristocrates rencontrés. Son sacrifice pour protéger un être fragile contraste avec l'égoïsme des puissants. Le dernier tome nous offre une conclusion douce amère. Une œuvre de Cothias qui, à l'instar de son héros, mériterait d'être réhabilité.

14/05/2026 (modifier)