Les derniers avis (3 avis)

Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série Nuits blanches (Foerster)
Nuits blanches (Foerster)

C'est l'un des multiples recueils d'histoires courtes de Foerster dans la veine fantastique et grinçante qui a fait sa réputation : pacte avec un mystérieux Grand Cabillaud, raté abandonné de tous, porte dissimulée au fond d'un lit ou bonnes soeurs pour le moins inquiétantes. Un concentré de bizarre et de malaise en noir et blanc. J'avais lu certaines de ces histoires dans Fluide Glacial quand j'étais jeune, et j'en gardais un souvenir très fort : une horreur légère, teintée d'un humour noir délicieusement malaisant, quelque chose d'à la fois cruel et jubilatoire. Plus de trente ans plus tard, la relecture complète de l'album a été un peu différente. Je n'ai pas vraiment retrouvé l'intensité de mon souvenir. Les histoires restent bonnes, efficaces, avec ces chutes ironiques et ces situations ordinaires qui basculent doucement dans l'absurde ou le cauchemar. Mais avec mes yeux de lecteur actuel, certaines m'ont paru un peu plus convenues, parfois même un peu faciles dans leur mécanique. Le trouble est toujours là, mais il me semble moins percutant qu'autrefois. En revanche, j'ai été agréablement surpris par le dessin. Dans mon souvenir, il était plus fruste. Or je l'ai trouvé ici bien meilleur : plus précis, plus maîtrisé, avec de beaux aplats noirs, des décors souvent très soignés et une vraie cohérence d'ambiance. Ces silhouettes filiformes, ces architectures dégingandées, ces visages déformés composent un univers graphique toujours aussi singulier. L'atmosphère gothique, oppressante sans être démonstrative, fonctionne encore très bien. Au final, des histoires moins marquantes que dans ma mémoire d'adolescent, mais un graphisme et une ambiance que j'aime toujours beaucoup. Peut-être que la surprise s'est émoussée avec le temps ; reste le plaisir intact de replonger dans un univers noir et étrange qui, malgré tout, conserve une vraie personnalité. Note : 3,5/5

04/03/2026 (modifier)
Par Josq
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Esteban (Le Voyage d'Esteban)
Esteban (Le Voyage d'Esteban)

Après avoir lu les excellents Charlotte Impératrice et Lucky Luke vu par Mathieu Bonhomme, j'ai voulu continuer sur cette lancée en découvrant une saga plus ancienne de Bonhomme. Et quelle excellente découverte ! Je ne savais pas trop à quoi m'attendre en ouvrant le premier tome d'Esteban, mais j'ai été conquis. Si le premier tome pouvait paraître un peu verbeux et pas encore bien solide, il pose les bases d'une aventure qui prend toute son ampleur dès le deuxième tome. Celui-ci est peut-être celui qui m'a le plus ébloui, par la virtuosité de sa narration et de ses séquences d'action, notamment une poursuite entre deux navires au milieu des icebergs, qui vaut son pesant d'or. Avec le tome 4, la saga prend ensuite une direction inattendue, en nous faisant quitter le monde des chasseurs de baleine, pour entrer dans un scénario d'évasion non moins intéressant. Sans devenir pour autant un cours d'histoire, Mathieu Bonhomme nous intéresse alors à une page d'histoire très méconnue, concernant l'extermination des Indiens en Terre de feu. Cela reste une toile de fond plus qu'un véritable outil scénaristique, mais c'est vraiment captivant et prenant, d'autant que je n'y connaissais rien ! Au-delà du récit, les personnages dessinés par Bonhomme sont assez subtils et touchants. Voulant visiblement s'éloigner d'un manichéisme où le public jeunesse aurait pu l'entraîner, l'auteur essaye de nous offrir des portraits (relativement) nuancés. Bien sûr, certains méchants restent très méchants, mais il est difficile, par exemple, de ne pas s'attacher au capitaine, brutal, égoïste et impulsif, mais aussi capable d'une ténacité et d'un héroïsme impressionnants. C'est la complexité de ce personnage, d'ailleurs, qui permet de nuancer également le portrait des chasseurs de baleine, le récit s'élevant au-dessus d'une opposition trop facile et mécanique entre gentils défenseurs de la nature et méchants baleiniers. On est en 1900, pas d'anachronismes, le combat des personnages n'est pas de préserver les animaux de la prédation des humains, mais plutôt de préserver les ressources naturelles du gaspillage à outrance, symbole du capitalisme naissant (ce qui pourra mener plus tard à la protection des baleines en elles-mêmes). Un discours assez équilibré, très appréciable dans une production jeunesse comme celle-ci. Finalement, mon seul regret est que cette saga semble avoir été un peu laissé en suspens sans véritable conclusion. Si le tome 5 conclut le cycle de manière très satisfaisante, il lui manque la force d'une vraie apothéose, que demandait la saga. Il manque le parfum des conclusions définitives, grandioses, épiques, tragiques, mémorables. Ici, finalement, le tome 5 n'est "que" (si j'ose dire !) une nouvelle itération de péripéties dans les paysages sauvages de la Terre de Feu à la recherche de la liberté. C'est très réussi, mais j'en sors avec l'impression que Mathieu Bonhomme aurait souhaité continuer, puis qu'il ne l'a finalement pas fait. Certaines trajectoires ne semblent pas complètement terminées, à commencer par celle du capitaine, dont le développement a été intéressant, mais dont on aurait aimé qu'il finisse par tirer une leçon des conséquences de ses actes pendant les 5 tomes. Là, finalement, il en est toujours à peu près au même point qu'au début... Cela ne gâche que peu ces 5 tomes d'une excellente saga jeunesse, mais qui peut vraiment se lire avec le même plaisir à tous les âges. C'est intelligent, élégant (même si le trait n'a pas encore la rondeur appréciable des futures productions de Bonhomme), passionnant... Bonhomme a réussi à capter l'essence des grands romans d'aventures de cette époque, à la Verne, Kipling ou Melville, et la restituer admirablement en bande dessinée. Bravo l'artiste !

04/03/2026 (modifier)
Par Talum
Note: 4/5
Couverture de la série Aldébaran
Aldébaran

«Aldébaran» est une histoire remarquable. Elle se lit d’une seule traite, maintient une tension agréable et, en la lisant, on ne sait jamais ce qui va se passer ni ce qui nous attend ensuite — une véritable science-fiction d’aventure. Je regrette sincèrement de ne pas l’avoir lue entre 17 et 23 ans, car on y ressent fortement cet esprit d’aventure et d’audace juvénile, si caractéristique de cet âge. Il est évident que Léo a été inspiré par Solaris de Stanis?aw Lem, et c’est une excellente chose, car c’est une œuvre majeure de la science-fiction. L’intrigue est captivante, avec des rebondissements intéressants et des événements inattendus qui ne semblent jamais forcés. Quant au dessin, on peut dire qu’il est particulier — vraiment particulier. Beaucoup pourraient le juger peu esthétique ou imparfait. Mais honnêtement, dès le milieu du premier tome, on est tellement absorbé par l’histoire que le style graphique passe largement au second plan. On cesse de prêter attention à certaines étrangetés, notamment dans les visages (certains sont effectivement un peu déroutants), et l’on se laisse simplement porter par le récit malgré ces petites imperfections. Les personnages sont très vivants, bien construits. On s’y attache facilement et il est passionnant de suivre leur parcours. À mes yeux, c’est un excellent exemple de science-fiction de qualité, une œuvre avec laquelle il vaut réellement la peine de se familiariser.

04/03/2026 (modifier)