Le fils d'un montreur d'ours rom découvre les échecs dans les jardins du Luxembourg alors que sa famille, arrivée à Paris sous l'emprise de passeurs mafieux, tente de survivre entre mendicité, vols et vie en bidonville.
C'est un récit fort, original et très prenant, porté par une mise en scène efficace et un dessin qui possède une vraie personnalité.
Le graphisme ne cherche jamais à être joli au sens classique du terme. Les visages sont parfois déformés, les traits tremblés, les couleurs souvent terreuses ou étouffantes, mais l'ensemble dégage une identité visuelle très forte. Les personnages sont extrêmement expressifs, les décors de Paris sont très bons, et les planches marquent par leur atmosphère. C'est un dessin vivant, habité, qui colle parfaitement à l'histoire.
J'ai aussi apprécié le regard porté sur les Roms. Le récit ne les idéalise jamais. On les voit voler, faire les poches, mendier de manière organisée, vivre en marge de la société et rester très renfermés sur leur propre communauté face aux Gadjé. Rien n'est édulcoré. Pourtant, on ne peut pas s'empêcher de s'attacher à eux. Derrière leurs défauts et leurs choix parfois discutables, on découvre une véritable famille qui se serre les coudes, affronte ensemble les difficultés et tente simplement de survivre. Chacun existe comme un personnage à part entière, avec son caractère, ses qualités et ses faiblesses. C'est le cas notamment du jeune héros qui est, au départ, un gamin illettré, maladroit, peu à l'aise avec les autres et au regard fuyant comme un animal sauvage, et pour il devient peu à peu très attachant. On a envie que sa famille et lui s'en sortent, tout comme on souhaite les voir échapper à l'engrenage dans lequel ils sont tombés.
Le mélange entre chronique sociale, récit d'exil, découverte du monde des échecs et histoire d'émancipation fonctionne bien. Le parcours de Ciprian apporte une bouffée d'espoir sans faire disparaître la dureté du contexte.
Je reste tout de même un peu réservé sur la conclusion. L'idée qu'un enfant dans sa situation puisse trouver son salut et celui de sa famille grâce à un talent exceptionnel pour les échecs apporte une belle dimension de conte moderne, mais cela paraît aussi un peu trop mignon et romanesque pour être totalement crédible. Cela ne m'a cependant pas empêché d'être emporté par le récit.
Une très jolie lecture, crue mais touchante, portée par des personnages profondément humains et un dessin plein de caractère. Une BD qui parvient à parler de précarité, d'exclusion et de solidarité sans tomber ni dans le misérabilisme ni dans l'idéalisation.
J’aime beaucoup les one-shots et diptyques de Cosey, à commencer par le superbe « Le Voyage en Italie », mais je n’avais jamais lu sa série fleuve « Jonathan ». C’est chose faite, et je ressors ravi de ma lecture.
Mon intérêt a fluctué : les deux premiers tomes ont beaucoup vieilli (la moto dans la neige himalayenne, m’enfin), et certains albums m’ont paru trop contemplatifs et informatifs - presque des livres d’histoire sur le Nepal… mais il y a aussi de nombreuses pépites. Je cite en vrac « L'espace bleu entre les nuages » et son colonel improbable, l’émouvant « Neal et Silverster », et dans les album récents, mention spéciale au tome 15 « Atsuko » et sa représentation magnifique des montagnes japonaises enneigées. Le fil conducteur tout au long des 17 tomes est Jonathan : son humilité, son humanisme, ses réflexions philosophiques, ses valeurs… mais aussi les amis dont il s’entoure, et leurs combats.
Le dessin de Cosey balbutie dans les premiers tomes, mais une fois le rythme de croisière atteint, c’est un délice pour les yeux.
La fin est très belle, et triste, car il faut dire aurevoir à Jonathan… comme le dit bamiléké dans son avis, on a vraiment l’impression de perdre un ami. Une série marquante.
C'est pour moi la meilleure adaptation du roman historique de R. L. Stevenson. Le texte et les dessins de Ramón s'accordent parfaitement ; la couleur directe m'avait ébloui à l'époque ! Destinée à la jeunesse, je continue pourtant à admirer et à estimer cette œuvre. Ramón De La Fuente était au sommet de son art, que pourrait-il produire de plus beau et parfait en images ? Malheureusement, nous ne le saurons jamais...
Détail curieux : en France, les couvertures de cette collection ont été dessinées par son frère Victor.
Autre détail : les mots dans les phylactères de cette édition française sont vraiment mal dessinés et c'est dommage !
Un roman graphique autobiographique. C'est l'histoire de Willie (W. Eisner lui-même), de son enfance et de son adolescence dans le New Jersey et dans le Bronx. À travers plusieurs analepses, nous connaissons également l'histoire de ses ancêtres, des Juifs venant d'Autriche. Oncles, frères, tous jouent leur rôle dans l'histoire familiale.
Les guerres en Europe, la discrimination aux États-Unis, même le harcèlement et les combats de rue sont ici représentés avec vérisme. L'ascension du nazisme et le voyage après l'enrôlement sont le déclencheur qui fait remonter tous les souvenirs.
J'ai particulièrement apprécié les échecs professionnels du père, les soins et inquiétudes catastrophiques de la mère ainsi que l'épisode de la construction du bateau avec l'ami Buck.
Les dessins d'Eisner sont excellents et les expressions des personnages inégalables !
Je rejoins largement Solo : Comès est à son meilleur dans les Ardennes, le personnage principal ressemble à un personnage dans Corto Maltese. Volontairement ou non ? Allez savoir…. On peut parler de folie de la guerre ou individuelle tant qu'on veut, mais il y a un désir de liberté des personnages. Par ses amis imaginaires, l'héroïne si l'on peut dire se libère de sa solitude et des conventions sociales. Par le jeu de guerre, les hommes avec qui elle se confronte se libèrent de leur violence. Et c'est très bien comme ça : il faut se purger de sa violence sans nuire à personne, l'art est censé le faire, mais un jeu comme une fausse guerre et des personnages imaginaires y parviennent aussi. Après, il faut savoir se donner des limites….
Un des hommes essaie vaguement d'expliquer qu'on ne peut en vouloir à l'héroïne qui ne fait pas exprès d'être folle, mais de même qu'elle n'a pas voulu tenir compte du fait qu'il est bon qu'ils se purgent de leur violence sans nuire, ils ne veulent pas l'excuser au motif de ses troubles. L'auteur traite de la question de la folie, de la guerre, de la purgation et de l'incommunicabilité et de la nature, il éclaire plus certains aspects que d'autres… Les explications ne sont pas forcément de trop, et pour ce qu'elles disent, et pour apaiser à la fin, et pour… Qui sait ? Pour qu'on dise qu'il explique trop quand tant de choses comme la nature, l'incommunicabilité et la purgation restent dans l'ombre ! Le lecteur a l'esprit apaisé ou impatienté de croire tout comprendre. Mais un jour, il pourra reprendre l'œuvre et lui trouver de nouvelles résonances, au lieu de paraître plus petite et fanée, ce sera tout le contraire !
Ce manga commence bien avec un premier tome introductif bien excitant.
Il y a tout d'abord le dessin qui est vraiment dynamique et très beau à regarder. C'est le style de dessin que j'aime lire dans un manga. Pour ce qui est du scénario, l'autrice reprends le thème des cupidons de manière originale. Notre héroïne est morte de manière tragique est devenue un cupidon. À travers ces yeux de recrue, on découvre le métier de cupidon et l'autrice n'a pas peur de partir dans un gros délire parce que ses cupidons n'utilisent pas du tout l'arc pour toucher le cœur des gens ! L'humour fonctionne bien et il y a un bon équilibre entre les moments rigolos et le coté tragique du premier arc narratif. En effet, l'héroïne va retrouver quelqu'un de son passé lors de sa première mission et on traite du drame avec pudeur et intelligence. Les différents cupidons sont attachants.
J'espère que la suite va être aussi bonne.
Ce dérivé des Profs ne démérite pas, d'autant qu'on retrouve ci et là les protagonistes de la série mère.
Comme bcp de recueils de gags, il faut lire quelques pages, sinon c'est l'overdose, ça peut vite lasser.
Rien de méchant, rien de subversif, une BD très honnêtement dessinée par Mauricet puis Stédo, qui ne sont pas des débutants et qui savent manier le crayon. Bref, c'est plus que largement correct graphiquement. Pour les scénarios, parfois, il y a des redites, c'est un peu normal. Certains albums sont très thématiques, comme celui des vacances. Mais globalement, ça tient bien la route, on va dire que c'est au dessus du panier.
Chose amusante, la petite amie de Boulard n'est pas la même dans les 2 séries, mais ce n'est pas très gênant.
Je trouve le graphisme du petit frère un peu loupé : il fait nettement trop âgé dans les 1er albums.
Emporté par mon élan, j'attribue 4 étoiles à ce genre de BD souvent injustement décriée, dont le but est de divertir.
Attiré par son titre provocateur, j'ai apprécié me plonger dans Je ne veux pas travailler de Nele Jongeling.
Depuis qu'elle a terminé ses études, Edith est en recherche d'emploi depuis 1 an. Elle décide de participer à un show TV intitulé « Job de Rêve », mettant en concurrence cinq candidats dans des épreuves censées évaluer leur motivation, apprendre à augmenter sa productivité ou bien développer ses capacités de communication. A la clef : une offre d'emploi correspondant au job de ses rêves. Oui mais il y a un problème, Edith n'a aucune idée de son job de rêve à elle.
Si cette BD a aussi bien fonctionné sur moi c'est que je crois que je me retrouve dans le constat d'Edith (pas de spoil c'est au début) : « C'est que je veux bien travailler… mais dès que je vois une offre d'emploi … j'ai honte de le dire mais la semaine de 40 heures, le travail en équipe, les responsabilités, tout ça me dépasse complètement ».
Je trouve que cette BD arrive à mettre en scène un problème actuel : L'accès à l'emploi devient de moins en moins garanti alors que travailler est indispensable pour exister socialement. Je suis toujours un peu gêné lorsqu'on me demande ce que je fais dans la vie, non pas que mon travail soit dévalorisant mais vraiment ça ne me représente pas.
Pour en revenir à l'ouvrage, la BD est un beau pavé de 300 pages mais se lit assez rapidement (environ 1h30). Au-delà du propos, j'ai trouvé les personnages très attachants et bien écrits. La parodie des discours managériaux prônant le bien être des employés (uniquement pour maximiser leur rentabilité) m'a beaucoup fait sourire.
La construction des planches est efficace (j'ai beaucoup aimé par exemple la multitude de petites cases sur une planche pour représenter le quotidien chargé d'une mère devant s'occuper de ses enfants et trouver un travail).
Je dois tout de même mettre un bémol sur le dessin et les couleurs qui peuvent rebuter.
Et vous, vous faites quoi dans la vie ?
C’est une œuvre originale réservée à un public adulte, portée par un scénario correct et surtout par une identité visuelle très marquante.
Quelques mots d’abord sur le dessin. Il est immédiatement reconnaissable et vraiment singulier. Les couleurs pastel éclatantes, les associations audacieuses de teintes et d’aplats, ainsi que les contours minimalistes des personnages et des objets donnent à l’ensemble un aspect à la fois élégant, vivant et légèrement rétro. L’artiste accorde une attention particulière à la couleur et à la composition, et le résultat est particulièrement réussi. Certaines planches sont un véritable plaisir pour les yeux, et plusieurs cases pourraient facilement être exposées comme des affiches dans une galerie d’art contemporain.
J’ai également apprécié la manière dont l’histoire est racontée. Le récit passe par les pensées de Bo, qui se remémore des événements auxquels il a lui-même participé. Le scénario n’est ni particulièrement complexe ni très profond, mais il reste agréable à suivre et suffisamment prenant pour marquer la mémoire.
Au final, c’est une œuvre visuellement très originale destinée à un public adulte. Si elle ne brille pas forcément par ses idées, elle séduit par son style graphique atypique et son atmosphère.
Après ma lecture, j’ai eu envie de feuilleter à nouveau l’album, simplement pour revoir ces couleurs, ces compositions et ces choix visuels. C’est clairement le dessin qui m’a le plus marqué dans cette œuvre.
Une lecture intéressante.
Sixtine Dano (que je découvre avec cet album) parvient à traiter d’un sujet difficile avec une certaine pudeur, une retenue – même si, du coup, on pourrait reprocher à cette histoire de manquer de souffle.
Le fait est que le ton presque dépassionné du récit ne nous place pas immédiatement, ou totalement, en situation d’empathie envers Raphaëlle (ou sa copine). Et pourtant, elles se retrouvent dans des situations difficiles.
A l’inverse, l’auteure parvient bien – par-delà tel ou tel personnage – à nous rendre conscients de problèmes plus « généraux ». A savoir les problèmes économiques de certains étudiants – même si ici Raphaëlle n’est pas forcément représentative (ses parents sont là, et elle étudie et vit dans des conditions plus agréables que beaucoup d’étudiants fauchés).
Mais surtout, au travers de son activité d’escort girl, Raphaëlle rencontre quelques hommes qui font prendre conscience de certaines violences – sociales, sexuelles – qui se combinent. Le discours froid de certains « clients » fait peur. Le dernier client en est presque caricatural, odieux, sûr de lui et de sa « générosité » (« L’argent sert de contrat à un échange égalitaire et équilibré », « combien un homme peut-il dépenser pour une femme-trophée ? », etc.).
Plus que le personnage de Raphaëlle – qui nous sert presque d’envoyée spéciale, « d’infiltrée », c’est le sujet général qui captive. Même si la baisse de tension est brutale sur la fin, et qu’on quitte Raphaëlle et sa copine en ayant l’impression qu’on n’a pas tout appris sur elle. Elles n'illustrent pas non plus une vision très gaie, optimiste de l'amour...
Note réelle 3,5/5.
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Le Fils de l'Ursari
Le fils d'un montreur d'ours rom découvre les échecs dans les jardins du Luxembourg alors que sa famille, arrivée à Paris sous l'emprise de passeurs mafieux, tente de survivre entre mendicité, vols et vie en bidonville. C'est un récit fort, original et très prenant, porté par une mise en scène efficace et un dessin qui possède une vraie personnalité. Le graphisme ne cherche jamais à être joli au sens classique du terme. Les visages sont parfois déformés, les traits tremblés, les couleurs souvent terreuses ou étouffantes, mais l'ensemble dégage une identité visuelle très forte. Les personnages sont extrêmement expressifs, les décors de Paris sont très bons, et les planches marquent par leur atmosphère. C'est un dessin vivant, habité, qui colle parfaitement à l'histoire. J'ai aussi apprécié le regard porté sur les Roms. Le récit ne les idéalise jamais. On les voit voler, faire les poches, mendier de manière organisée, vivre en marge de la société et rester très renfermés sur leur propre communauté face aux Gadjé. Rien n'est édulcoré. Pourtant, on ne peut pas s'empêcher de s'attacher à eux. Derrière leurs défauts et leurs choix parfois discutables, on découvre une véritable famille qui se serre les coudes, affronte ensemble les difficultés et tente simplement de survivre. Chacun existe comme un personnage à part entière, avec son caractère, ses qualités et ses faiblesses. C'est le cas notamment du jeune héros qui est, au départ, un gamin illettré, maladroit, peu à l'aise avec les autres et au regard fuyant comme un animal sauvage, et pour il devient peu à peu très attachant. On a envie que sa famille et lui s'en sortent, tout comme on souhaite les voir échapper à l'engrenage dans lequel ils sont tombés. Le mélange entre chronique sociale, récit d'exil, découverte du monde des échecs et histoire d'émancipation fonctionne bien. Le parcours de Ciprian apporte une bouffée d'espoir sans faire disparaître la dureté du contexte. Je reste tout de même un peu réservé sur la conclusion. L'idée qu'un enfant dans sa situation puisse trouver son salut et celui de sa famille grâce à un talent exceptionnel pour les échecs apporte une belle dimension de conte moderne, mais cela paraît aussi un peu trop mignon et romanesque pour être totalement crédible. Cela ne m'a cependant pas empêché d'être emporté par le récit. Une très jolie lecture, crue mais touchante, portée par des personnages profondément humains et un dessin plein de caractère. Une BD qui parvient à parler de précarité, d'exclusion et de solidarité sans tomber ni dans le misérabilisme ni dans l'idéalisation.
Jonathan
J’aime beaucoup les one-shots et diptyques de Cosey, à commencer par le superbe « Le Voyage en Italie », mais je n’avais jamais lu sa série fleuve « Jonathan ». C’est chose faite, et je ressors ravi de ma lecture. Mon intérêt a fluctué : les deux premiers tomes ont beaucoup vieilli (la moto dans la neige himalayenne, m’enfin), et certains albums m’ont paru trop contemplatifs et informatifs - presque des livres d’histoire sur le Nepal… mais il y a aussi de nombreuses pépites. Je cite en vrac « L'espace bleu entre les nuages » et son colonel improbable, l’émouvant « Neal et Silverster », et dans les album récents, mention spéciale au tome 15 « Atsuko » et sa représentation magnifique des montagnes japonaises enneigées. Le fil conducteur tout au long des 17 tomes est Jonathan : son humilité, son humanisme, ses réflexions philosophiques, ses valeurs… mais aussi les amis dont il s’entoure, et leurs combats. Le dessin de Cosey balbutie dans les premiers tomes, mais une fois le rythme de croisière atteint, c’est un délice pour les yeux. La fin est très belle, et triste, car il faut dire aurevoir à Jonathan… comme le dit bamiléké dans son avis, on a vraiment l’impression de perdre un ami. Une série marquante.
La Flèche Noire
C'est pour moi la meilleure adaptation du roman historique de R. L. Stevenson. Le texte et les dessins de Ramón s'accordent parfaitement ; la couleur directe m'avait ébloui à l'époque ! Destinée à la jeunesse, je continue pourtant à admirer et à estimer cette œuvre. Ramón De La Fuente était au sommet de son art, que pourrait-il produire de plus beau et parfait en images ? Malheureusement, nous ne le saurons jamais... Détail curieux : en France, les couvertures de cette collection ont été dessinées par son frère Victor. Autre détail : les mots dans les phylactères de cette édition française sont vraiment mal dessinés et c'est dommage !
Au coeur de la tempête (Voyage au coeur de la tempête)
Un roman graphique autobiographique. C'est l'histoire de Willie (W. Eisner lui-même), de son enfance et de son adolescence dans le New Jersey et dans le Bronx. À travers plusieurs analepses, nous connaissons également l'histoire de ses ancêtres, des Juifs venant d'Autriche. Oncles, frères, tous jouent leur rôle dans l'histoire familiale. Les guerres en Europe, la discrimination aux États-Unis, même le harcèlement et les combats de rue sont ici représentés avec vérisme. L'ascension du nazisme et le voyage après l'enrôlement sont le déclencheur qui fait remonter tous les souvenirs. J'ai particulièrement apprécié les échecs professionnels du père, les soins et inquiétudes catastrophiques de la mère ainsi que l'épisode de la construction du bateau avec l'ami Buck. Les dessins d'Eisner sont excellents et les expressions des personnages inégalables !
L'Arbre-coeur
Je rejoins largement Solo : Comès est à son meilleur dans les Ardennes, le personnage principal ressemble à un personnage dans Corto Maltese. Volontairement ou non ? Allez savoir…. On peut parler de folie de la guerre ou individuelle tant qu'on veut, mais il y a un désir de liberté des personnages. Par ses amis imaginaires, l'héroïne si l'on peut dire se libère de sa solitude et des conventions sociales. Par le jeu de guerre, les hommes avec qui elle se confronte se libèrent de leur violence. Et c'est très bien comme ça : il faut se purger de sa violence sans nuire à personne, l'art est censé le faire, mais un jeu comme une fausse guerre et des personnages imaginaires y parviennent aussi. Après, il faut savoir se donner des limites…. Un des hommes essaie vaguement d'expliquer qu'on ne peut en vouloir à l'héroïne qui ne fait pas exprès d'être folle, mais de même qu'elle n'a pas voulu tenir compte du fait qu'il est bon qu'ils se purgent de leur violence sans nuire, ils ne veulent pas l'excuser au motif de ses troubles. L'auteur traite de la question de la folie, de la guerre, de la purgation et de l'incommunicabilité et de la nature, il éclaire plus certains aspects que d'autres… Les explications ne sont pas forcément de trop, et pour ce qu'elles disent, et pour apaiser à la fin, et pour… Qui sait ? Pour qu'on dise qu'il explique trop quand tant de choses comme la nature, l'incommunicabilité et la purgation restent dans l'ombre ! Le lecteur a l'esprit apaisé ou impatienté de croire tout comprendre. Mais un jour, il pourra reprendre l'œuvre et lui trouver de nouvelles résonances, au lieu de paraître plus petite et fanée, ce sera tout le contraire !
Love Bullet
Ce manga commence bien avec un premier tome introductif bien excitant. Il y a tout d'abord le dessin qui est vraiment dynamique et très beau à regarder. C'est le style de dessin que j'aime lire dans un manga. Pour ce qui est du scénario, l'autrice reprends le thème des cupidons de manière originale. Notre héroïne est morte de manière tragique est devenue un cupidon. À travers ces yeux de recrue, on découvre le métier de cupidon et l'autrice n'a pas peur de partir dans un gros délire parce que ses cupidons n'utilisent pas du tout l'arc pour toucher le cœur des gens ! L'humour fonctionne bien et il y a un bon équilibre entre les moments rigolos et le coté tragique du premier arc narratif. En effet, l'héroïne va retrouver quelqu'un de son passé lors de sa première mission et on traite du drame avec pudeur et intelligence. Les différents cupidons sont attachants. J'espère que la suite va être aussi bonne.
Boulard
Ce dérivé des Profs ne démérite pas, d'autant qu'on retrouve ci et là les protagonistes de la série mère. Comme bcp de recueils de gags, il faut lire quelques pages, sinon c'est l'overdose, ça peut vite lasser. Rien de méchant, rien de subversif, une BD très honnêtement dessinée par Mauricet puis Stédo, qui ne sont pas des débutants et qui savent manier le crayon. Bref, c'est plus que largement correct graphiquement. Pour les scénarios, parfois, il y a des redites, c'est un peu normal. Certains albums sont très thématiques, comme celui des vacances. Mais globalement, ça tient bien la route, on va dire que c'est au dessus du panier. Chose amusante, la petite amie de Boulard n'est pas la même dans les 2 séries, mais ce n'est pas très gênant. Je trouve le graphisme du petit frère un peu loupé : il fait nettement trop âgé dans les 1er albums. Emporté par mon élan, j'attribue 4 étoiles à ce genre de BD souvent injustement décriée, dont le but est de divertir.
Je ne veux pas travailler
Attiré par son titre provocateur, j'ai apprécié me plonger dans Je ne veux pas travailler de Nele Jongeling. Depuis qu'elle a terminé ses études, Edith est en recherche d'emploi depuis 1 an. Elle décide de participer à un show TV intitulé « Job de Rêve », mettant en concurrence cinq candidats dans des épreuves censées évaluer leur motivation, apprendre à augmenter sa productivité ou bien développer ses capacités de communication. A la clef : une offre d'emploi correspondant au job de ses rêves. Oui mais il y a un problème, Edith n'a aucune idée de son job de rêve à elle. Si cette BD a aussi bien fonctionné sur moi c'est que je crois que je me retrouve dans le constat d'Edith (pas de spoil c'est au début) : « C'est que je veux bien travailler… mais dès que je vois une offre d'emploi … j'ai honte de le dire mais la semaine de 40 heures, le travail en équipe, les responsabilités, tout ça me dépasse complètement ». Je trouve que cette BD arrive à mettre en scène un problème actuel : L'accès à l'emploi devient de moins en moins garanti alors que travailler est indispensable pour exister socialement. Je suis toujours un peu gêné lorsqu'on me demande ce que je fais dans la vie, non pas que mon travail soit dévalorisant mais vraiment ça ne me représente pas. Pour en revenir à l'ouvrage, la BD est un beau pavé de 300 pages mais se lit assez rapidement (environ 1h30). Au-delà du propos, j'ai trouvé les personnages très attachants et bien écrits. La parodie des discours managériaux prônant le bien être des employés (uniquement pour maximiser leur rentabilité) m'a beaucoup fait sourire. La construction des planches est efficace (j'ai beaucoup aimé par exemple la multitude de petites cases sur une planche pour représenter le quotidien chargé d'une mère devant s'occuper de ses enfants et trouver un travail). Je dois tout de même mettre un bémol sur le dessin et les couleurs qui peuvent rebuter. Et vous, vous faites quoi dans la vie ?
B.O. comme un dieu
C’est une œuvre originale réservée à un public adulte, portée par un scénario correct et surtout par une identité visuelle très marquante. Quelques mots d’abord sur le dessin. Il est immédiatement reconnaissable et vraiment singulier. Les couleurs pastel éclatantes, les associations audacieuses de teintes et d’aplats, ainsi que les contours minimalistes des personnages et des objets donnent à l’ensemble un aspect à la fois élégant, vivant et légèrement rétro. L’artiste accorde une attention particulière à la couleur et à la composition, et le résultat est particulièrement réussi. Certaines planches sont un véritable plaisir pour les yeux, et plusieurs cases pourraient facilement être exposées comme des affiches dans une galerie d’art contemporain. J’ai également apprécié la manière dont l’histoire est racontée. Le récit passe par les pensées de Bo, qui se remémore des événements auxquels il a lui-même participé. Le scénario n’est ni particulièrement complexe ni très profond, mais il reste agréable à suivre et suffisamment prenant pour marquer la mémoire. Au final, c’est une œuvre visuellement très originale destinée à un public adulte. Si elle ne brille pas forcément par ses idées, elle séduit par son style graphique atypique et son atmosphère. Après ma lecture, j’ai eu envie de feuilleter à nouveau l’album, simplement pour revoir ces couleurs, ces compositions et ces choix visuels. C’est clairement le dessin qui m’a le plus marqué dans cette œuvre.
Sibylline - Chroniques d'une escort girl
Une lecture intéressante. Sixtine Dano (que je découvre avec cet album) parvient à traiter d’un sujet difficile avec une certaine pudeur, une retenue – même si, du coup, on pourrait reprocher à cette histoire de manquer de souffle. Le fait est que le ton presque dépassionné du récit ne nous place pas immédiatement, ou totalement, en situation d’empathie envers Raphaëlle (ou sa copine). Et pourtant, elles se retrouvent dans des situations difficiles. A l’inverse, l’auteure parvient bien – par-delà tel ou tel personnage – à nous rendre conscients de problèmes plus « généraux ». A savoir les problèmes économiques de certains étudiants – même si ici Raphaëlle n’est pas forcément représentative (ses parents sont là, et elle étudie et vit dans des conditions plus agréables que beaucoup d’étudiants fauchés). Mais surtout, au travers de son activité d’escort girl, Raphaëlle rencontre quelques hommes qui font prendre conscience de certaines violences – sociales, sexuelles – qui se combinent. Le discours froid de certains « clients » fait peur. Le dernier client en est presque caricatural, odieux, sûr de lui et de sa « générosité » (« L’argent sert de contrat à un échange égalitaire et équilibré », « combien un homme peut-il dépenser pour une femme-trophée ? », etc.). Plus que le personnage de Raphaëlle – qui nous sert presque d’envoyée spéciale, « d’infiltrée », c’est le sujet général qui captive. Même si la baisse de tension est brutale sur la fin, et qu’on quitte Raphaëlle et sa copine en ayant l’impression qu’on n’a pas tout appris sur elle. Elles n'illustrent pas non plus une vision très gaie, optimiste de l'amour... Note réelle 3,5/5.