Quel beau voyage que ce "Dieu vagabond".
Un voyage qui fait se côtoyer la mythologie grecque et notre monde contemporain. On va suivre Eustis, un satyre du cortège de Dionysos qui s'est fait bannir du monde des dieux pour se retrouver parmi les mortels. Un récit qui passe successivement du monde réel à la mythologie au fur et à mesure des pérégrinations d'Eustis et de ses diverses rencontres, mais il n'oubliera pas de taquiner la bouteille dès que cela est possible (on ne se refait pas). Le récit aux nombreuses références est bien structuré, onirique, poétique et il n'omet pas une petite dose de réflexion. Autres atouts : les protagonistes, ils sonnent justes et on peut s'identifier facilement à eux.
Une bien belle et touchante odyssée.
Si ma lecture fut si plaisante, elle doit énormément au graphisme singulier de Fabrizio Dori. Un dessin au trait fin, détaillé et expressif au rendu légèrement statistique. À cela s'ajoute un choix judicieux des couleurs qui lui donne du cachet. Mais surtout, ces deux composantes fluctuent suivant l'évolution du récit. Superbe !
Vraiment le point fort de cet album.
Une BD à découvrir !
3.5
Une œuvre bien particulière que voilà ! Après l'avoir lu une première fois il y a quelques jours et je me suis dit que je devrais la relire au moins une fois avant de poster mon avis pour bien comprendre les subtilités de cette BD.
Je ne sais pas trop si j'ai bien tout compris parce que c'est une œuvre dense avec une structure particulière. Peut-être que je vais mieux comprendre cette partie du scénario au cours d'une autre relecture, mais je pense que j'ai assez lu ce one-shot pour le moment et j'en ai compris assez pour savoir que j'ai bien aimé. J'avoue que je me méfie toujours lorsqu'une BD a une narration qui sort du lot parce que parfois c'est un gimmick inutile qui sert juste à rendre original un scénario qui ne l'est pas. Cela semblait être un peu le cas ici au premier coup d'œil, un énième polar bien noir avec des animaux humanisés et puis au fil des pages on finit par s'apercevoir que ce n'est pas le cas. C'est un scénario riche et je ne vais pas en dire plus pour ne pas gâcher la lecture. J'ai commencé ma lecture avec le coté utilisé comme couverture sur ce site et je pense que c'est la meilleur façon de lire l'album.
Le dessin est vraiment remarquable. Un premier coup d'essai réussi pour l'auteur.
Une jeune fille dotée d'un lien mystérieux avec l'eau et la nature se retrouve au cœur d'un conflit entre traditions, forces mystiques et modernité destructrice, sur fond de construction d'un grand barrage.
Mon avis sur cette BD est assez typiquement un "oui mais…".
Oui, parce que c'est un ouvrage généreux, dense, visuellement très réussi. Le dessin est franchement beau, maîtrisé, avec des couleurs riches et une bonne capacité à embarquer dans un univers d'aventure. Il y a un vrai souffle, un sens du mouvement, des scènes marquantes, et globalement une qualité graphique qui donne envie de tourner les pages. Les personnages fonctionnent plutôt bien, même s'ils restent assez classiques, et certaines interactions ou moments d'aventure sont vraiment agréables à suivre. On sent une belle envie de raconter quelque chose, et ça se ressent.
Mais en même temps, difficile de ne pas être freiné par un gros sentiment de déjà vu. L'histoire mélange tellement d'influences qu'elle finit par perdre de sa singularité. Influence de Miyazaki avant tout, car la trame globale, comme la relation entre les deux jeunes héros ou encore les braves pirates, fait énormément penser au Château dans le ciel, avec par moments des échos à Princesse Mononoké, voire même à Ponyo sur la falaise (je pense à la scène de course sous l'eau). À cela s'ajoutent d'autres influences plus larges du récit d'aventure, et même un parallèle avec le film La Forêt d'Émeraude pour toute la dimension autour du barrage menaçant les populations locales.
Le problème, c'est que cet empilement finit par créer une certaine distance. Plutôt que d'être pleinement pris dans l'histoire, j'ai souvent eu l'impression de reconnaître des éléments déjà vus ailleurs, ce qui installe une forme d'indifférence. Même le cadre africain m'a laissé un peu perplexe : alors que les auteurs sont sud-africains, j'y ai rarement reconnu l'Afrique que je connais. J'avais plus souvent l'impression d'être dans une Amazonie fantasmée ou dans des îles du Pacifique, avec une vision assez stéréotypée de la terre d'aventure et d'exploration.
Et puis il y a la conclusion, qui m'a laissé un peu sur ma faim. Elle mélange beaucoup d'éléments, au point qu'on ne sait plus très bien quelles sont les motivations des différents camps, ni même comment interpréter la fin : elle va tellement dans tous les sens qu'on ne sait plus trop si les gentils ont vraiment gagné, ni s'il y a lieu de se réjouir au final.
Du coup, je reste partagé. Je n'ai pas été aussi captivé et emporté que je l'aurais voulu. Mais en même temps, il y a suffisamment de qualités (visuelles, rythmiques, d'ambiance) pour que je trouve que cette BD mérite d'être mise en avant. Ce n'est pas une réussite totale, mais c'est loin d'être une œuvre sans intérêt.
Il est important de ne pas confondre l'œuvre avec l'auteur, proclame la néo-herméneutique.
Nous sommes face à une biographie romancée et critique qui ne cache pas les aspects les plus désagréables d'une personnalité égocentrique et auto-martyrisée. Je pense que le plus intéressant dans le récit est la rencontre avec Klimt et sa relation d'amitié mais aussi de rivalité mimétique.
Au niveau du dessin et des couleurs, je crois que Coste a fait un bon travail. Ce n'est pas attrayant au premier contact, mais cela finit par correspondre, sans copier servilement, à l'esprit de la vie et de l'œuvre de Schiele, un Klimt moins décoratif et plus sombre.
Je recommanderais surtout la contemplation des peintures en direct. Chose que j'ai faite, encore jeune, allant exprès aux musées Albertina et Belvédère de Vienne. À cette époque, j'admirais incontestablement l'art du peintre. En plus de la peinture érotique, il fut un grand portraitiste (au-delà des autoportraits) et paysagiste (tant la nature que la ville). Je regrette que l'album ne se soit pas davantage penché sur ces peintures, mais je comprends, nous ne sommes pas ici devant un essai d'esthétique philosophique ou de philosophie de l'histoire. Le contexte de la décadence viennoise, le démantèlement de l'Empire et le pessimisme régnant ont produit des génies. Freud, entre autres, pourrait avoir quelque chose à dire sur son concitoyen. Mais il a préféré attaquer d'autres génies, comme Dostoïevski...
Souvent, je me suis demandé comment l'œuvre d'Egon aurait évolué s'il n'était pas mort à 28 ans. Comme le dit Xavier Coste à la fin, «tant de tableaux qui n'auront pas été peints».
Un polar très sympathique.
L’histoire en elle-même se laisse lire, mais c’est surtout la « mise en scène » qui la fait sortir du lot et rend relativement prenante l’intrigue.
En effet, c’est assez « déconstruit » au départ, avec ces personnages (féminins surtout) qui ne se connaissent pas et sur lesquels on nous livre au compte-gouttes quelques infos, jusqu’à ce que leurs trajectoires se croisent et que l’histoire prenne corps et sens. J’ai quand même eu un peu de mal au début à saisir ce qui se passait et qui était qui. Même si ça s’éclaire au fur et à mesure, c’est un petit bémol me concernant. Surtout que pas mal de scènes sont « revues », vécues sous différents angles en fonction des protagonistes.
A ces allers-retours et multiplications d’angles de vue s’ajoute le travail graphique, lui aussi s’écartant du gaufrier classique. De grandes cases alternent avec plein de toute petites. Et la colorisation, volontairement tranchée, parfois terne, donne une patine un peu vintage intéressante.
L’ensemble est assez noir, même si la fin offre une respiration et presque un happy-end. Le personnage de Dee reste quand même jusqu’au bout un peu nihiliste et paumé.
Un petit polar plaisant, dynamique, dont les deux tomes se lisent relativement vite.
Note réelle 3,5/5.
Depuis quelques années, les éditions Cornélius ont entrepris de rééditer toute l’œuvre de Nicole Claveloux. Ils poursuivent leur travail avec cet album inédit. Comme à leur habitude ils le font très bien, avec un très beau travail éditorial, qui met en valeur une histoire très originale.
Dans ce récit, nous entrons dans le cerveau endormi de l’auteure, pour pénétrer au cœur de ses rêves. Mais rêves et réalité se mélangent. Comme se mélangent propos réalistes et décors et situations quasi surréalistes.
Durant son sommeil, le subconscient de Claveloux est très animé. Les très nombreux personnages se partagent l’animation, la mise en fonctionnement de ce qui pourrait s’apparenter à une petite entreprise, qui subit une sorte de « contrôle de gestion », de la part de Charles Chaposec, qui exige logique et raison, singulièrement éloignés du mode de fonctionnement d’autres personnages. Claveloux penche nettement vers ceux qui apportent imprévus et magie aux rêves (comme Loïc Lalune): l'imagination doit garder le pouvoir !
La plupart des cases sont très chargées. D’abord avec un texte très abondant (c’est un peu ce qui m’a parfois gêné, c’est parfois indigeste – même si finalement ça passe). Mais surtout avec ce dessin, qui mélange personnages humains et animaliers, avec des décors très riches (qui font penser parfois à ceux du Douanier Rousseau), avec une multitude de détails en arrière-plan.
Se chargeant elle-même de la colorisation (couleurs peintes avec des encres à eau), Claveloux nous propose ici quelque chose de très réussi, prouvant qu’à son « grand âge » elle n’a pas perdu la main.
Si le récit est parfois difficile à suivre, il est néanmoins plaisant à lire, et très original, avec une partie graphique que j’ai vraiment beaucoup aimée.
En voilà une super bd !
Claire Fauvel nous dépeint l'histoire d'Alex, jeune photographe, qui cherche un sujet pour le festival de la photographie d'Arles.
Elle lie cette recherche et ce projet a sa construction en tant que jeune adulte, et décide de travailler sur une série de nu masculin vu par le prisme du regard féminin, et plus précisément du désir féminin.
On suit la progression de son travail pour Arles en même temps que sa prise de conscience progressive de la surreprésentation du regard masculin dans la société, dans l'art et dans la représentation des désirs. L'héroïne, en même temps, lutte avec ses sentiments, ses angoisses.
C'est du très bon roman graphique qui explore un sujet hyper intéressant, tout en prenant le soin de développer le personnage principal qui est bien écrit et complexe ce qu'il faut. On alterne entre les angoisses / problèmes plus "personnels" et les réflexions plus globales sur la société.
Plus précisement, la question du "female gaze", ou regard féminin par opposition au mâle gaze est le sujet principal du livre : la plupart des médias sont fait par des mecs pour les mecs, et le désir montré est le désir par le prisme du regard masculin. C'est un sujet que je connais, mais je l'ai trouvé bien traité et intéressant. Parfois ça a un peu un côté didactique, explicatif qui peut être un peu lourd. Mais ça passe et peut être que ça plaira à certains lecteurs ou lectrices qui en apprendront.
Le récit est bien mené et j'ai beaucoup aimé le personnage principal. Alex réfléchit, doute mais est déterminée, bienveillante, curieuse. Bref une super héroïne, qui vampirise un peu les autres personnages. Je n'ai pas adoré en particulier les copines d'Alex que j'ai trouvé assez condescendantes, du genre a lui faire remarquer que tout ce qu'elle pensait, découvrait, était déjà théorisé, et bien connu. Je trouve que cette attitude peut être un peu décourageante. Bon, a la limite ça sert bien le récit et montre le cheminement d'Alex.
La toute toute fin m'a aussi un peu laissé sur ma faim, mais bon ça c'est un peu récurrent chez moi, j'aime bien que toutes les situations qu'on voit dans une histoire soient résolues. Mais c'est pas comme ça dans la vraie vie, et pour un roman graphique, normal que tout ne se résolve pas d'un coup de baguette magique. Et puis pour le coup, même si c'est un peu cliché, ça répond bien aux enjeux de la bd, professionnels et personnels avec l'acceptation de soi même notamment (j'essaie de pas spoiler).
J'ai vraiment beaucoup aimé le dessin, que j'ai trouvé chaleureux. Ça colle bien a l'atmosphère sudiste. Et les personnages sont vraiment hyper beaux, surtout Alex et Medhi. C'est peut être pas hyper réaliste mais j'avoue que j'aime bien quand les personnages sont beaux et belles gosses.
Je ne peux que recommander, et de mon côté, je vais me pencher sur les autres bds de Claire Fauvel.
Une bd effectivement sortie dans l’anonymat, dommage, car c’est une chouette bd d’aventure, de complots, d’espionnage, de cape et d’épée sous Louis XV pendant la Guerre de Sept Ans.
Un bon moment de détente.
Les personnages sont attachants et les « méchants » réussis.
Le graphisme est joyeux, dynamique, similaire à celui du Le Paris des merveilles.
> Mise à jour pour le tome 2
J’ai eu un plaisir de lecture égal au premier tome.
C’est un retour rafraîchissant à de la bonne bd d’aventures pleine de rebondissements et bien écrite.
Le dessin est toujours aussi agréable et dynamique.
L’ambiance, c’est un peu un mix OSS 117 / James Bond au temps de la Guerre de Sept Ans.
Une touche d’exotisme en plus, l’action se situant en partie aux Indes notamment au comptoir de Pondichéry.
Ce tome 2 clôt une première intrigue.
Je serai au rendez-vous pour le tome 3 prévu en Nouvelle-France.
Un homme retourne avec sa famille dans la maison de vacances de son enfance, où il replonge dans les souvenirs d'une semaine d'été déterminante, marquée par un mystère autour d'une demeure isolée surplombant la falaise.
J'ai envie de pousser cette BD, ne serait-ce que pour son dessin, que j'ai trouvé absolument magnifique. Le trait de Denis Bodart est d'une liberté et d'une assurance impressionnantes, avec ce côté légèrement crayonné qui apporte beaucoup de douceur et de vie aux planches. Même si je trouve que les cadrages sont parfois un peu trop serrés pour un album de grand format comme celui-ci, il y a une vraie richesse visuelle et une capacité à faire ressentir les ambiances qui m'ont clairement marqué.
J'ai aussi beaucoup aimé toute la dimension nostalgique du récit. Nostalgie de l'enfance, des vacances en famille en bord de mer, mais aussi des années 70-80. Le décor, qui m'évoque clairement Étretat, avec en plus cette maison perchée sur la falaise (un fantasme personnel, j'avoue), renforce encore ce charme. Il y a quelque chose de très évocateur dans ces paysages, dans cette lumière, dans ces petits moments du quotidien qui me parlent immédiatement.
Cela dit, malgré toutes ces qualités, je ne peux pas m'empêcher de rester un peu en retrait sur le fond. Toute la construction autour de ce souvenir d'enfance et du mystère lié à cette maison laisse espérer quelque chose de plus marquant. Et quand la révélation arrive, elle est certes touchante, traitée avec pudeur, mais elle m'a semblé finalement assez limitée, vite expédiée et presque trop simple par rapport à l'attente installée.
Il y a bien un petit supplément en toute fin qui vient légèrement enrichir l'ensemble, mais ça ne suffit pas totalement à donner au récit l'envergure que j'espérais. J'ai parfois eu l'impression que tout cela restait un peu trop contenu, un peu trop rapide aussi dans sa manière de dérouler les événements.
J'ai passé un très beau moment, porté par l'excellent dessin et cette atmosphère nostalgique particulièrement réussie, mais sans être complètement emporté par l'histoire. Ça reste une lecture qui m'aura laissé un joli souvenir.
La tâche n'était pas facile ! Aborder de manière synthétique et accessible, agréable pour le public non spécialisé, des penseurs aussi complexes et difficiles, était dès le départ un pari risqué. Les auteurs parviennent à relever le défi avec brio, je pense.
Le texte nous présente l'impact d'auteurs français contemporains, M. Foucault, J. Derrida, G. Deleuze et F. Guattari, J. Baudrillard et de leurs concepts centraux, aux États-Unis, dans leur environnement intellectuel, social, politique. Cela est fait avec fidélité mais avec un certain humour également. Le dessin est simple mais efficace et l'on reconnaît bien les protagonistes.
Il a fallu faire des choix, et quelques auteurs comme J. F. Lyotard ne sont mentionnés qu'en passant. En résumé, j'ai trouvé cela très instructif et je recommande la lecture, non seulement aux philosophes en herbe.
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Le Dieu vagabond
Quel beau voyage que ce "Dieu vagabond". Un voyage qui fait se côtoyer la mythologie grecque et notre monde contemporain. On va suivre Eustis, un satyre du cortège de Dionysos qui s'est fait bannir du monde des dieux pour se retrouver parmi les mortels. Un récit qui passe successivement du monde réel à la mythologie au fur et à mesure des pérégrinations d'Eustis et de ses diverses rencontres, mais il n'oubliera pas de taquiner la bouteille dès que cela est possible (on ne se refait pas). Le récit aux nombreuses références est bien structuré, onirique, poétique et il n'omet pas une petite dose de réflexion. Autres atouts : les protagonistes, ils sonnent justes et on peut s'identifier facilement à eux. Une bien belle et touchante odyssée. Si ma lecture fut si plaisante, elle doit énormément au graphisme singulier de Fabrizio Dori. Un dessin au trait fin, détaillé et expressif au rendu légèrement statistique. À cela s'ajoute un choix judicieux des couleurs qui lui donne du cachet. Mais surtout, ces deux composantes fluctuent suivant l'évolution du récit. Superbe ! Vraiment le point fort de cet album. Une BD à découvrir !
L'Orfèvre (Lozes)
3.5 Une œuvre bien particulière que voilà ! Après l'avoir lu une première fois il y a quelques jours et je me suis dit que je devrais la relire au moins une fois avant de poster mon avis pour bien comprendre les subtilités de cette BD. Je ne sais pas trop si j'ai bien tout compris parce que c'est une œuvre dense avec une structure particulière. Peut-être que je vais mieux comprendre cette partie du scénario au cours d'une autre relecture, mais je pense que j'ai assez lu ce one-shot pour le moment et j'en ai compris assez pour savoir que j'ai bien aimé. J'avoue que je me méfie toujours lorsqu'une BD a une narration qui sort du lot parce que parfois c'est un gimmick inutile qui sert juste à rendre original un scénario qui ne l'est pas. Cela semblait être un peu le cas ici au premier coup d'œil, un énième polar bien noir avec des animaux humanisés et puis au fil des pages on finit par s'apercevoir que ce n'est pas le cas. C'est un scénario riche et je ne vais pas en dire plus pour ne pas gâcher la lecture. J'ai commencé ma lecture avec le coté utilisé comme couverture sur ce site et je pense que c'est la meilleur façon de lire l'album. Le dessin est vraiment remarquable. Un premier coup d'essai réussi pour l'auteur.
Kariba
Une jeune fille dotée d'un lien mystérieux avec l'eau et la nature se retrouve au cœur d'un conflit entre traditions, forces mystiques et modernité destructrice, sur fond de construction d'un grand barrage. Mon avis sur cette BD est assez typiquement un "oui mais…". Oui, parce que c'est un ouvrage généreux, dense, visuellement très réussi. Le dessin est franchement beau, maîtrisé, avec des couleurs riches et une bonne capacité à embarquer dans un univers d'aventure. Il y a un vrai souffle, un sens du mouvement, des scènes marquantes, et globalement une qualité graphique qui donne envie de tourner les pages. Les personnages fonctionnent plutôt bien, même s'ils restent assez classiques, et certaines interactions ou moments d'aventure sont vraiment agréables à suivre. On sent une belle envie de raconter quelque chose, et ça se ressent. Mais en même temps, difficile de ne pas être freiné par un gros sentiment de déjà vu. L'histoire mélange tellement d'influences qu'elle finit par perdre de sa singularité. Influence de Miyazaki avant tout, car la trame globale, comme la relation entre les deux jeunes héros ou encore les braves pirates, fait énormément penser au Château dans le ciel, avec par moments des échos à Princesse Mononoké, voire même à Ponyo sur la falaise (je pense à la scène de course sous l'eau). À cela s'ajoutent d'autres influences plus larges du récit d'aventure, et même un parallèle avec le film La Forêt d'Émeraude pour toute la dimension autour du barrage menaçant les populations locales. Le problème, c'est que cet empilement finit par créer une certaine distance. Plutôt que d'être pleinement pris dans l'histoire, j'ai souvent eu l'impression de reconnaître des éléments déjà vus ailleurs, ce qui installe une forme d'indifférence. Même le cadre africain m'a laissé un peu perplexe : alors que les auteurs sont sud-africains, j'y ai rarement reconnu l'Afrique que je connais. J'avais plus souvent l'impression d'être dans une Amazonie fantasmée ou dans des îles du Pacifique, avec une vision assez stéréotypée de la terre d'aventure et d'exploration. Et puis il y a la conclusion, qui m'a laissé un peu sur ma faim. Elle mélange beaucoup d'éléments, au point qu'on ne sait plus très bien quelles sont les motivations des différents camps, ni même comment interpréter la fin : elle va tellement dans tous les sens qu'on ne sait plus trop si les gentils ont vraiment gagné, ni s'il y a lieu de se réjouir au final. Du coup, je reste partagé. Je n'ai pas été aussi captivé et emporté que je l'aurais voulu. Mais en même temps, il y a suffisamment de qualités (visuelles, rythmiques, d'ambiance) pour que je trouve que cette BD mérite d'être mise en avant. Ce n'est pas une réussite totale, mais c'est loin d'être une œuvre sans intérêt.
Egon Schiele
Il est important de ne pas confondre l'œuvre avec l'auteur, proclame la néo-herméneutique. Nous sommes face à une biographie romancée et critique qui ne cache pas les aspects les plus désagréables d'une personnalité égocentrique et auto-martyrisée. Je pense que le plus intéressant dans le récit est la rencontre avec Klimt et sa relation d'amitié mais aussi de rivalité mimétique. Au niveau du dessin et des couleurs, je crois que Coste a fait un bon travail. Ce n'est pas attrayant au premier contact, mais cela finit par correspondre, sans copier servilement, à l'esprit de la vie et de l'œuvre de Schiele, un Klimt moins décoratif et plus sombre. Je recommanderais surtout la contemplation des peintures en direct. Chose que j'ai faite, encore jeune, allant exprès aux musées Albertina et Belvédère de Vienne. À cette époque, j'admirais incontestablement l'art du peintre. En plus de la peinture érotique, il fut un grand portraitiste (au-delà des autoportraits) et paysagiste (tant la nature que la ville). Je regrette que l'album ne se soit pas davantage penché sur ces peintures, mais je comprends, nous ne sommes pas ici devant un essai d'esthétique philosophique ou de philosophie de l'histoire. Le contexte de la décadence viennoise, le démantèlement de l'Empire et le pessimisme régnant ont produit des génies. Freud, entre autres, pourrait avoir quelque chose à dire sur son concitoyen. Mais il a préféré attaquer d'autres génies, comme Dostoïevski... Souvent, je me suis demandé comment l'œuvre d'Egon aurait évolué s'il n'était pas mort à 28 ans. Comme le dit Xavier Coste à la fin, «tant de tableaux qui n'auront pas été peints».
November
Un polar très sympathique. L’histoire en elle-même se laisse lire, mais c’est surtout la « mise en scène » qui la fait sortir du lot et rend relativement prenante l’intrigue. En effet, c’est assez « déconstruit » au départ, avec ces personnages (féminins surtout) qui ne se connaissent pas et sur lesquels on nous livre au compte-gouttes quelques infos, jusqu’à ce que leurs trajectoires se croisent et que l’histoire prenne corps et sens. J’ai quand même eu un peu de mal au début à saisir ce qui se passait et qui était qui. Même si ça s’éclaire au fur et à mesure, c’est un petit bémol me concernant. Surtout que pas mal de scènes sont « revues », vécues sous différents angles en fonction des protagonistes. A ces allers-retours et multiplications d’angles de vue s’ajoute le travail graphique, lui aussi s’écartant du gaufrier classique. De grandes cases alternent avec plein de toute petites. Et la colorisation, volontairement tranchée, parfois terne, donne une patine un peu vintage intéressante. L’ensemble est assez noir, même si la fin offre une respiration et presque un happy-end. Le personnage de Dee reste quand même jusqu’au bout un peu nihiliste et paumé. Un petit polar plaisant, dynamique, dont les deux tomes se lisent relativement vite. Note réelle 3,5/5.
Ce soir c'est cauchemar
Depuis quelques années, les éditions Cornélius ont entrepris de rééditer toute l’œuvre de Nicole Claveloux. Ils poursuivent leur travail avec cet album inédit. Comme à leur habitude ils le font très bien, avec un très beau travail éditorial, qui met en valeur une histoire très originale. Dans ce récit, nous entrons dans le cerveau endormi de l’auteure, pour pénétrer au cœur de ses rêves. Mais rêves et réalité se mélangent. Comme se mélangent propos réalistes et décors et situations quasi surréalistes. Durant son sommeil, le subconscient de Claveloux est très animé. Les très nombreux personnages se partagent l’animation, la mise en fonctionnement de ce qui pourrait s’apparenter à une petite entreprise, qui subit une sorte de « contrôle de gestion », de la part de Charles Chaposec, qui exige logique et raison, singulièrement éloignés du mode de fonctionnement d’autres personnages. Claveloux penche nettement vers ceux qui apportent imprévus et magie aux rêves (comme Loïc Lalune): l'imagination doit garder le pouvoir ! La plupart des cases sont très chargées. D’abord avec un texte très abondant (c’est un peu ce qui m’a parfois gêné, c’est parfois indigeste – même si finalement ça passe). Mais surtout avec ce dessin, qui mélange personnages humains et animaliers, avec des décors très riches (qui font penser parfois à ceux du Douanier Rousseau), avec une multitude de détails en arrière-plan. Se chargeant elle-même de la colorisation (couleurs peintes avec des encres à eau), Claveloux nous propose ici quelque chose de très réussi, prouvant qu’à son « grand âge » elle n’a pas perdu la main. Si le récit est parfois difficile à suivre, il est néanmoins plaisant à lire, et très original, avec une partie graphique que j’ai vraiment beaucoup aimée.
Les Yeux d'Alex
En voilà une super bd ! Claire Fauvel nous dépeint l'histoire d'Alex, jeune photographe, qui cherche un sujet pour le festival de la photographie d'Arles. Elle lie cette recherche et ce projet a sa construction en tant que jeune adulte, et décide de travailler sur une série de nu masculin vu par le prisme du regard féminin, et plus précisément du désir féminin. On suit la progression de son travail pour Arles en même temps que sa prise de conscience progressive de la surreprésentation du regard masculin dans la société, dans l'art et dans la représentation des désirs. L'héroïne, en même temps, lutte avec ses sentiments, ses angoisses. C'est du très bon roman graphique qui explore un sujet hyper intéressant, tout en prenant le soin de développer le personnage principal qui est bien écrit et complexe ce qu'il faut. On alterne entre les angoisses / problèmes plus "personnels" et les réflexions plus globales sur la société. Plus précisement, la question du "female gaze", ou regard féminin par opposition au mâle gaze est le sujet principal du livre : la plupart des médias sont fait par des mecs pour les mecs, et le désir montré est le désir par le prisme du regard masculin. C'est un sujet que je connais, mais je l'ai trouvé bien traité et intéressant. Parfois ça a un peu un côté didactique, explicatif qui peut être un peu lourd. Mais ça passe et peut être que ça plaira à certains lecteurs ou lectrices qui en apprendront. Le récit est bien mené et j'ai beaucoup aimé le personnage principal. Alex réfléchit, doute mais est déterminée, bienveillante, curieuse. Bref une super héroïne, qui vampirise un peu les autres personnages. Je n'ai pas adoré en particulier les copines d'Alex que j'ai trouvé assez condescendantes, du genre a lui faire remarquer que tout ce qu'elle pensait, découvrait, était déjà théorisé, et bien connu. Je trouve que cette attitude peut être un peu décourageante. Bon, a la limite ça sert bien le récit et montre le cheminement d'Alex. La toute toute fin m'a aussi un peu laissé sur ma faim, mais bon ça c'est un peu récurrent chez moi, j'aime bien que toutes les situations qu'on voit dans une histoire soient résolues. Mais c'est pas comme ça dans la vraie vie, et pour un roman graphique, normal que tout ne se résolve pas d'un coup de baguette magique. Et puis pour le coup, même si c'est un peu cliché, ça répond bien aux enjeux de la bd, professionnels et personnels avec l'acceptation de soi même notamment (j'essaie de pas spoiler). J'ai vraiment beaucoup aimé le dessin, que j'ai trouvé chaleureux. Ça colle bien a l'atmosphère sudiste. Et les personnages sont vraiment hyper beaux, surtout Alex et Medhi. C'est peut être pas hyper réaliste mais j'avoue que j'aime bien quand les personnages sont beaux et belles gosses. Je ne peux que recommander, et de mon côté, je vais me pencher sur les autres bds de Claire Fauvel.
Le Secret du Roi
Une bd effectivement sortie dans l’anonymat, dommage, car c’est une chouette bd d’aventure, de complots, d’espionnage, de cape et d’épée sous Louis XV pendant la Guerre de Sept Ans. Un bon moment de détente. Les personnages sont attachants et les « méchants » réussis. Le graphisme est joyeux, dynamique, similaire à celui du Le Paris des merveilles. > Mise à jour pour le tome 2 J’ai eu un plaisir de lecture égal au premier tome. C’est un retour rafraîchissant à de la bonne bd d’aventures pleine de rebondissements et bien écrite. Le dessin est toujours aussi agréable et dynamique. L’ambiance, c’est un peu un mix OSS 117 / James Bond au temps de la Guerre de Sept Ans. Une touche d’exotisme en plus, l’action se situant en partie aux Indes notamment au comptoir de Pondichéry. Ce tome 2 clôt une première intrigue. Je serai au rendez-vous pour le tome 3 prévu en Nouvelle-France.
Si je t'écris...
Un homme retourne avec sa famille dans la maison de vacances de son enfance, où il replonge dans les souvenirs d'une semaine d'été déterminante, marquée par un mystère autour d'une demeure isolée surplombant la falaise. J'ai envie de pousser cette BD, ne serait-ce que pour son dessin, que j'ai trouvé absolument magnifique. Le trait de Denis Bodart est d'une liberté et d'une assurance impressionnantes, avec ce côté légèrement crayonné qui apporte beaucoup de douceur et de vie aux planches. Même si je trouve que les cadrages sont parfois un peu trop serrés pour un album de grand format comme celui-ci, il y a une vraie richesse visuelle et une capacité à faire ressentir les ambiances qui m'ont clairement marqué. J'ai aussi beaucoup aimé toute la dimension nostalgique du récit. Nostalgie de l'enfance, des vacances en famille en bord de mer, mais aussi des années 70-80. Le décor, qui m'évoque clairement Étretat, avec en plus cette maison perchée sur la falaise (un fantasme personnel, j'avoue), renforce encore ce charme. Il y a quelque chose de très évocateur dans ces paysages, dans cette lumière, dans ces petits moments du quotidien qui me parlent immédiatement. Cela dit, malgré toutes ces qualités, je ne peux pas m'empêcher de rester un peu en retrait sur le fond. Toute la construction autour de ce souvenir d'enfance et du mystère lié à cette maison laisse espérer quelque chose de plus marquant. Et quand la révélation arrive, elle est certes touchante, traitée avec pudeur, mais elle m'a semblé finalement assez limitée, vite expédiée et presque trop simple par rapport à l'attente installée. Il y a bien un petit supplément en toute fin qui vient légèrement enrichir l'ensemble, mais ça ne suffit pas totalement à donner au récit l'envergure que j'espérais. J'ai parfois eu l'impression que tout cela restait un peu trop contenu, un peu trop rapide aussi dans sa manière de dérouler les événements. J'ai passé un très beau moment, porté par l'excellent dessin et cette atmosphère nostalgique particulièrement réussie, mais sans être complètement emporté par l'histoire. Ça reste une lecture qui m'aura laissé un joli souvenir.
French Theory
La tâche n'était pas facile ! Aborder de manière synthétique et accessible, agréable pour le public non spécialisé, des penseurs aussi complexes et difficiles, était dès le départ un pari risqué. Les auteurs parviennent à relever le défi avec brio, je pense. Le texte nous présente l'impact d'auteurs français contemporains, M. Foucault, J. Derrida, G. Deleuze et F. Guattari, J. Baudrillard et de leurs concepts centraux, aux États-Unis, dans leur environnement intellectuel, social, politique. Cela est fait avec fidélité mais avec un certain humour également. Le dessin est simple mais efficace et l'on reconnaît bien les protagonistes. Il a fallu faire des choix, et quelques auteurs comme J. F. Lyotard ne sont mentionnés qu'en passant. En résumé, j'ai trouvé cela très instructif et je recommande la lecture, non seulement aux philosophes en herbe.