Les derniers avis (32314 avis)

Par Blue boy
Note: 4/5
Couverture de la série Chère historienne
Chère historienne

Huit ans après Courtes Distances, Joff Winterhart nous revient avec cette bande dessinée dont le titre sonne un peu comme une déclaration d’amour. Et comme précédemment, « Chère historienne » risque de déconcerter les amateurs de scénarios bien ficelés aux rebondissements imprévus. Et pourtant, il se passe beaucoup de choses durant les presque 200 pages de ce roman graphique intimiste, mais disons que cela se situe plutôt au niveau psychologique. La lecture, dense sur la partie textuelle, demande patience et concentration, mais une fois l’accord passé avec le lecteur, se révèle plutôt captivante. Winterhart a centré son récit autour de deux portraits féminins principaux, ceux de Margaret et de Lucy, ou plutôt deux et demi si l’on englobe celui du youtubeur Allan Hands en quête permanente d’audience et de notoriété. Ce dernier, prétendument historien, faire ressortir par un effet de contraste la personnalité de Margaret, personnage attachant de professeure d’université qui préfère quant à elle la discrétion pour s’effacer derrière le sujet de ses études. Celle dont le corps apparaît fatigué sous le poids des ans, a conservé toute sa vivacité d’esprit pour sonder avec finesse l’âme humaine et détecter les prétentieux à l’ego démesuré, incarnés par le personnage de Hands. L’autre portrait de femme, Lucy, est également très réaliste. De trente ans sa cadette, la productrice, soucieuse de faire ses preuves pour un job qui n’est pas vraiment ce dont elle rêvait mais qui lui permettrait d’oublier ses déboires conjugaux et financiers, va progressivement tomber le masque au contact de la professeure, révélant ses failles. Pourtant, son désir de la mettre en valeur en lui proposant d’apparaître dans une émission demeure des plus sincères. Mais sous l’aura empathique de Margaret, elle apprendra peu à peu à s’écouter et à briser sa cage de verre. Elle réalisera alors que pour accomplir une sorte d’épanouissement personnel, elle devra se détacher de la proximité insidieuse et toxique de Hands. On appréciera l’autre point fort de cet album, un humour subtil, certains diront « british », qui affleure dans les situations, doucement cocasses, et les propos en apparence insignifiants. Très méfiante envers la technologie et les moyens de communication modernes imposés par son métier, son poste de télé est la plupart du temps recouvert de torchons masquant « cette ennuyeuse surface noire ». Quant à son PC portable, elle ne le voit que comme un « satané toutou ». De son trait crayonné en noir et blanc si particulier, Joff Winterhart sait accompagner tout cela grâce à son sens aigu de l’observation, dans les gestes, les regards et le cadrage. Son approche, volontiers centrée sur les poses et les expressions, est appréciable même dans ses petits défauts qui fleurent bon l’authenticité, à mille lieux d’une IA insipide ou d’un dessin académique. L’auteur confie d’ailleurs utiliser la technique du monotype, proche de l’estampe, consistant à « dessiner un peu « à l’aveugle » sur du papier appliqué sur une plaque de plexiglas enduite d’une fine couche d’encre. D’où sans doute la tonalité intemporelle de l’objet graphique d’un auteur qui est autant artiste qu’artisan. « Chère historienne » est un récit très appréciable par son étude psychologique — et sociologique — dont la forme est parfaitement synchrone au contenu. Winterhart ne cherche pas à correspondre à une mode graphique tape-à-l’œil, et semble s’en contrefoutre totalement, et pourtant il parle très bien de notre époque « high-tech » où le fond est souvent relégué au second plan derrière les préoccupations les plus triviales. Cette lecture permettra peut-être à chacun de mieux analyser ce désir de reconnaissance dérisoire qui peut devenir vite encombrant, et, notamment à l’attention des divers influenceurs ou de ceux désireux de le devenir, de mettre à distance cette servitude volontaire qu’est la course à l’audience ou aux « likes ».

05/05/2026 (modifier)
Couverture de la série La Fille de l'Exposition Universelle
La Fille de l'Exposition Universelle

J’ai lu les deux premiers albums (chacun développant une histoire indépendante), et cette série se révèle très sympathique ! Le dessin déjà est agréable. Dynamique, avec un trait semi-réaliste intéressant, il fonctionne bien pour les aspects « réalistes », mais aussi pour accentuer certaines situations humoristiques. Le cadre est original, et permet de bien utiliser l’arrière-plan historique. Chaque album prend place durant une exposition universelle à Paris (on suit donc certains protagonistes qui ont vieilli – ce qui est le cas de Julie, l’héroïne, gamine dans le premier album, jeune femme dans le suivant une douzaine d’années plus tard). Et chaque album utilise la période et l’action de Napoléon III (évocation de certaines conséquences de la colonisation de l’Algérie dans le premier, des relations avec l’empereur russe dans le deuxième). J’ai trouvé que ce cadre historique était intéressant, que ça ne faisait pas trop artificiel. De bons décors donc (dessin et contexte), au sein desquels des intrigues plus ou moins policières se développent. Mais ce sont surtout les personnages et Julie et sa famille qui donne du peps aux récit. Julie bien sûr, pleine de gouaille, espiègle au départ, qui fait craquer tous les cœurs dans le deuxième album (on s'attache facilement à elle). Un personnage plus que dynamique, doté de capacités de voyance. Ce qui aide bien les intrigues, et accessoirement sa mère – qui est officiellement voyante, mais en fait peu douée. Cette mère est un personnage haut en couleurs, qui fait moult marmots (de « pères inconnus »). Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée de la faire disparaitre en fin du deuxième album, mais bon. Quant aux « marmots », les frères de Julie donc, ils apportent eux aussi leur pierre à l’édifice, teigneux, langage fleuri, mais attachants. Les intrigues sont bien huilées, les facilités scénaristiques passent généralement bien. Les résolutions sont quand même un peu trop rapides et faciles (surtout dans le premier album, dans le suivant c’est un peu plus nuancé). Petites cerises sur le gâteau : chaque album est conclu par un petit dossier présentant l’exposition universelle dont il est question dans l’album – et quelques à-côtés évoqués dans l’intrigue.

05/05/2026 (modifier)
Par Ju
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Merveilleux !
Merveilleux !

Sûrement la meilleure bd de Cookie Kalkair que j'aie lue. J'aime beaucoup l'auteur, et j'ai pas mal apprécié Pénis de table ou des planches que j'ai lues ici et là, notamment sur internet. Mais j'avoue que cette bd là est ma préférée. L'auteur, dont toutes les bds (du moins celles que j'ai lues) sont autobiographiques, nous livre ici un récit intime et juste, jamais pathos mais assez touchant. Cookie Kalkair donc, apprend un jour que son père a fait un AVC. Il s'en sort mais fortement diminué et en particulier, il ne garde que quelques mots de vocabulaire, dont le fameux merveilleux. On suit donc sa réadaptation au monde par les yeux de son fils, l'impact que cette situation a sur les membres de la famille, bref la vie après l'accident, qui ne sera plus jamais la même qu'avant. L'auteur nous raconte cette facette intime de sa vie sans fard, sans détour, avec son style et sa franchise habituelle. Je trouve qu'il a un certain talent pour se dévoiler intimement (sur sa vie intime dans Pénis de table et sur ses sentiments ici). Je ne sais pas trop comment le dire, mais c'est à la fois touchant sans tomber dans le pathos, et drôle. Oui, l'humour a toujours une place importante dans ses bds. C'est un humour qui se base à la fois sur un dessin très efficace pour les expressions des personnages et une narration diablement efficace avec un sens du dialogue et des mots qui fait mouche. Par exemple, je trouve que la scène vers la fin ou les personnages dinent ensemble au soleil et que la petite soeur apprend une "révélation" (avec de gros guillemets mais je ne veux pas spoiler) est très réussi, très drôle, et que c'est une combinaison de tous ces éléments : expressions des persos marrantes, mots bien choisis et situation bien narrée. Cet humour n'enlève rien à la dimension intime du livre, et j'ai été assez touché par cette histoire. Je crois que je me reconnais un peu dans les situations décrites, dans les réflexions du héros, dans son caractère aussi. Les moments où il râle, engueule son père, essaie de se remettre en question... tout ça, j'ai l'impression que c'est des réactions que je pourrais avoir, et j'ai plusieurs fois eu le sentiment que devant une telle situation, j'aurais pu réagir comme lui. Bref, je me suis identifié au héros, et c'est pas si souvent que ça dans les romans graphiques. Ca se lit très vite et très bien, presque trop vite. C'est mon problème avec les romans graphiques, je veux tout savoir, j'ai envie que tout le monde soit hyper transparent et je veux connaitre chaque parcelle de chaque sentiment de chaque personnage. Là, Ju, c'est de l'autobiographique donc on se stoppe, au delà ça va devenir du voyeurisme. Je termine par le dessin, même si j'en ai déjà un peu parlé. J'aime beaucoup le style, et c'est à ce jour la bd ou celui-ci est le plus développé et léché. Les personnages sont le gros point fort mais les décors sont très cools aussi, et la colorisation chaude est bien chouette. Bref... foncez ?

05/05/2026 (modifier)
Par Cacal69
Note: 4/5
Couverture de la série Le Dieu vagabond
Le Dieu vagabond

Quel beau voyage que ce "Dieu vagabond". Un voyage qui fait se côtoyer la mythologie grecque et notre monde contemporain. On va suivre Eustis, un satyre du cortège de Dionysos qui s'est fait bannir du monde des dieux pour se retrouver parmi les mortels. Un récit qui passe successivement du monde réel à la mythologie au fur et à mesure des pérégrinations d'Eustis et de ses diverses rencontres, mais il n'oubliera pas de taquiner la bouteille dès que cela est possible (on ne se refait pas). Le récit aux nombreuses références est bien structuré, onirique, poétique et il n'omet pas une petite dose de réflexion. Autres atouts : les protagonistes, ils sonnent justes et on peut s'identifier facilement à eux. Une bien belle et touchante odyssée. Si ma lecture fut si plaisante, elle doit énormément au graphisme singulier de Fabrizio Dori. Un dessin au trait fin, détaillé et expressif au rendu légèrement statistique. À cela s'ajoute un choix judicieux des couleurs qui lui donne du cachet. Mais surtout, ces deux composantes fluctuent suivant l'évolution du récit. Superbe ! Vraiment le point fort de cet album. Une BD à découvrir !

05/05/2026 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5
Couverture de la série L'Orfèvre (Lozes)
L'Orfèvre (Lozes)

3.5 Une œuvre bien particulière que voilà ! Après l'avoir lu une première fois il y a quelques jours et je me suis dit que je devrais la relire au moins une fois avant de poster mon avis pour bien comprendre les subtilités de cette BD. Je ne sais pas trop si j'ai bien tout compris parce que c'est une œuvre dense avec une structure particulière. Peut-être que je vais mieux comprendre cette partie du scénario au cours d'une autre relecture, mais je pense que j'ai assez lu ce one-shot pour le moment et j'en ai compris assez pour savoir que j'ai bien aimé. J'avoue que je me méfie toujours lorsqu'une BD a une narration qui sort du lot parce que parfois c'est un gimmick inutile qui sert juste à rendre original un scénario qui ne l'est pas. Cela semblait être un peu le cas ici au premier coup d'œil, un énième polar bien noir avec des animaux humanisés et puis au fil des pages on finit par s'apercevoir que ce n'est pas le cas. C'est un scénario riche et je ne vais pas en dire plus pour ne pas gâcher la lecture. J'ai commencé ma lecture avec le coté utilisé comme couverture sur ce site et je pense que c'est la meilleur façon de lire l'album. Le dessin est vraiment remarquable. Un premier coup d'essai réussi pour l'auteur.

05/05/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série Kariba
Kariba

Une jeune fille dotée d'un lien mystérieux avec l'eau et la nature se retrouve au cœur d'un conflit entre traditions, forces mystiques et modernité destructrice, sur fond de construction d'un grand barrage. Mon avis sur cette BD est assez typiquement un "oui mais…". Oui, parce que c'est un ouvrage généreux, dense, visuellement très réussi. Le dessin est franchement beau, maîtrisé, avec des couleurs riches et une bonne capacité à embarquer dans un univers d'aventure. Il y a un vrai souffle, un sens du mouvement, des scènes marquantes, et globalement une qualité graphique qui donne envie de tourner les pages. Les personnages fonctionnent plutôt bien, même s'ils restent assez classiques, et certaines interactions ou moments d'aventure sont vraiment agréables à suivre. On sent une belle envie de raconter quelque chose, et ça se ressent. Mais en même temps, difficile de ne pas être freiné par un gros sentiment de déjà vu. L'histoire mélange tellement d'influences qu'elle finit par perdre de sa singularité. Influence de Miyazaki avant tout, car la trame globale, comme la relation entre les deux jeunes héros ou encore les braves pirates, fait énormément penser au Château dans le ciel, avec par moments des échos à Princesse Mononoké, voire même à Ponyo sur la falaise (je pense à la scène de course sous l'eau). À cela s'ajoutent d'autres influences plus larges du récit d'aventure, et même un parallèle avec le film La Forêt d'Émeraude pour toute la dimension autour du barrage menaçant les populations locales. Le problème, c'est que cet empilement finit par créer une certaine distance. Plutôt que d'être pleinement pris dans l'histoire, j'ai souvent eu l'impression de reconnaître des éléments déjà vus ailleurs, ce qui installe une forme d'indifférence. Même le cadre africain m'a laissé un peu perplexe : alors que les auteurs sont sud-africains, j'y ai rarement reconnu l'Afrique que je connais. J'avais plus souvent l'impression d'être dans une Amazonie fantasmée ou dans des îles du Pacifique, avec une vision assez stéréotypée de la terre d'aventure et d'exploration. Et puis il y a la conclusion, qui m'a laissé un peu sur ma faim. Elle mélange beaucoup d'éléments, au point qu'on ne sait plus très bien quelles sont les motivations des différents camps, ni même comment interpréter la fin : elle va tellement dans tous les sens qu'on ne sait plus trop si les gentils ont vraiment gagné, ni s'il y a lieu de se réjouir au final. Du coup, je reste partagé. Je n'ai pas été aussi captivé et emporté que je l'aurais voulu. Mais en même temps, il y a suffisamment de qualités (visuelles, rythmiques, d'ambiance) pour que je trouve que cette BD mérite d'être mise en avant. Ce n'est pas une réussite totale, mais c'est loin d'être une œuvre sans intérêt.

05/05/2026 (modifier)
Par Miguelof
Note: 4/5
Couverture de la série Egon Schiele
Egon Schiele

Il est important de ne pas confondre l'œuvre avec l'auteur, proclame la néo-herméneutique. Nous sommes face à une biographie romancée et critique qui ne cache pas les aspects les plus désagréables d'une personnalité égocentrique et auto-martyrisée. Je pense que le plus intéressant dans le récit est la rencontre avec Klimt et sa relation d'amitié mais aussi de rivalité mimétique. Au niveau du dessin et des couleurs, je crois que Coste a fait un bon travail. Ce n'est pas attrayant au premier contact, mais cela finit par correspondre, sans copier servilement, à l'esprit de la vie et de l'œuvre de Schiele, un Klimt moins décoratif et plus sombre. Je recommanderais surtout la contemplation des peintures en direct. Chose que j'ai faite, encore jeune, allant exprès aux musées Albertina et Belvédère de Vienne. À cette époque, j'admirais incontestablement l'art du peintre. En plus de la peinture érotique, il fut un grand portraitiste (au-delà des autoportraits) et paysagiste (tant la nature que la ville). Je regrette que l'album ne se soit pas davantage penché sur ces peintures, mais je comprends, nous ne sommes pas ici devant un essai d'esthétique philosophique ou de philosophie de l'histoire. Le contexte de la décadence viennoise, le démantèlement de l'Empire et le pessimisme régnant ont produit des génies. Freud, entre autres, pourrait avoir quelque chose à dire sur son concitoyen. Mais il a préféré attaquer d'autres génies, comme Dostoïevski... Souvent, je me suis demandé comment l'œuvre d'Egon aurait évolué s'il n'était pas mort à 28 ans. Comme le dit Xavier Coste à la fin, «tant de tableaux qui n'auront pas été peints».

04/05/2026 (modifier)
Couverture de la série November
November

Un polar très sympathique. L’histoire en elle-même se laisse lire, mais c’est surtout la « mise en scène » qui la fait sortir du lot et rend relativement prenante l’intrigue. En effet, c’est assez « déconstruit » au départ, avec ces personnages (féminins surtout) qui ne se connaissent pas et sur lesquels on nous livre au compte-gouttes quelques infos, jusqu’à ce que leurs trajectoires se croisent et que l’histoire prenne corps et sens. J’ai quand même eu un peu de mal au début à saisir ce qui se passait et qui était qui. Même si ça s’éclaire au fur et à mesure, c’est un petit bémol me concernant. Surtout que pas mal de scènes sont « revues », vécues sous différents angles en fonction des protagonistes. A ces allers-retours et multiplications d’angles de vue s’ajoute le travail graphique, lui aussi s’écartant du gaufrier classique. De grandes cases alternent avec plein de toute petites. Et la colorisation, volontairement tranchée, parfois terne, donne une patine un peu vintage intéressante. L’ensemble est assez noir, même si la fin offre une respiration et presque un happy-end. Le personnage de Dee reste quand même jusqu’au bout un peu nihiliste et paumé. Un petit polar plaisant, dynamique, dont les deux tomes se lisent relativement vite. Note réelle 3,5/5.

04/05/2026 (modifier)
Couverture de la série Ce soir c'est cauchemar
Ce soir c'est cauchemar

Depuis quelques années, les éditions Cornélius ont entrepris de rééditer toute l’œuvre de Nicole Claveloux. Ils poursuivent leur travail avec cet album inédit. Comme à leur habitude ils le font très bien, avec un très beau travail éditorial, qui met en valeur une histoire très originale. Dans ce récit, nous entrons dans le cerveau endormi de l’auteure, pour pénétrer au cœur de ses rêves. Mais rêves et réalité se mélangent. Comme se mélangent propos réalistes et décors et situations quasi surréalistes. Durant son sommeil, le subconscient de Claveloux est très animé. Les très nombreux personnages se partagent l’animation, la mise en fonctionnement de ce qui pourrait s’apparenter à une petite entreprise, qui subit une sorte de « contrôle de gestion », de la part de Charles Chaposec, qui exige logique et raison, singulièrement éloignés du mode de fonctionnement d’autres personnages. Claveloux penche nettement vers ceux qui apportent imprévus et magie aux rêves (comme Loïc Lalune): l'imagination doit garder le pouvoir ! La plupart des cases sont très chargées. D’abord avec un texte très abondant (c’est un peu ce qui m’a parfois gêné, c’est parfois indigeste – même si finalement ça passe). Mais surtout avec ce dessin, qui mélange personnages humains et animaliers, avec des décors très riches (qui font penser parfois à ceux du Douanier Rousseau), avec une multitude de détails en arrière-plan. Se chargeant elle-même de la colorisation (couleurs peintes avec des encres à eau), Claveloux nous propose ici quelque chose de très réussi, prouvant qu’à son « grand âge » elle n’a pas perdu la main. Si le récit est parfois difficile à suivre, il est néanmoins plaisant à lire, et très original, avec une partie graphique que j’ai vraiment beaucoup aimée.

04/05/2026 (modifier)
Par Ju
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Les Yeux d'Alex
Les Yeux d'Alex

En voilà une super bd ! Claire Fauvel nous dépeint l'histoire d'Alex, jeune photographe, qui cherche un sujet pour le festival de la photographie d'Arles. Elle lie cette recherche et ce projet a sa construction en tant que jeune adulte, et décide de travailler sur une série de nu masculin vu par le prisme du regard féminin, et plus précisément du désir féminin. On suit la progression de son travail pour Arles en même temps que sa prise de conscience progressive de la surreprésentation du regard masculin dans la société, dans l'art et dans la représentation des désirs. L'héroïne, en même temps, lutte avec ses sentiments, ses angoisses. C'est du très bon roman graphique qui explore un sujet hyper intéressant, tout en prenant le soin de développer le personnage principal qui est bien écrit et complexe ce qu'il faut. On alterne entre les angoisses / problèmes plus "personnels" et les réflexions plus globales sur la société. Plus précisement, la question du "female gaze", ou regard féminin par opposition au mâle gaze est le sujet principal du livre : la plupart des médias sont fait par des mecs pour les mecs, et le désir montré est le désir par le prisme du regard masculin. C'est un sujet que je connais, mais je l'ai trouvé bien traité et intéressant. Parfois ça a un peu un côté didactique, explicatif qui peut être un peu lourd. Mais ça passe et peut être que ça plaira à certains lecteurs ou lectrices qui en apprendront. Le récit est bien mené et j'ai beaucoup aimé le personnage principal. Alex réfléchit, doute mais est déterminée, bienveillante, curieuse. Bref une super héroïne, qui vampirise un peu les autres personnages. Je n'ai pas adoré en particulier les copines d'Alex que j'ai trouvé assez condescendantes, du genre a lui faire remarquer que tout ce qu'elle pensait, découvrait, était déjà théorisé, et bien connu. Je trouve que cette attitude peut être un peu décourageante. Bon, a la limite ça sert bien le récit et montre le cheminement d'Alex. La toute toute fin m'a aussi un peu laissé sur ma faim, mais bon ça c'est un peu récurrent chez moi, j'aime bien que toutes les situations qu'on voit dans une histoire soient résolues. Mais c'est pas comme ça dans la vraie vie, et pour un roman graphique, normal que tout ne se résolve pas d'un coup de baguette magique. Et puis pour le coup, même si c'est un peu cliché, ça répond bien aux enjeux de la bd, professionnels et personnels avec l'acceptation de soi même notamment (j'essaie de pas spoiler). J'ai vraiment beaucoup aimé le dessin, que j'ai trouvé chaleureux. Ça colle bien a l'atmosphère sudiste. Et les personnages sont vraiment hyper beaux, surtout Alex et Medhi. C'est peut être pas hyper réaliste mais j'avoue que j'aime bien quand les personnages sont beaux et belles gosses. Je ne peux que recommander, et de mon côté, je vais me pencher sur les autres bds de Claire Fauvel.

03/05/2026 (modifier)