3.5
Une série jeunesse qui m'a bien captivé pour le moment.
Certes, le premier tome était surtout introductif, mais l'univers créé par les auteurs est assez riche pour que cela ne m’ait pas dérangé qu'on découvre petit à petit la vie sur l'Atlantide. Et puis tout le long de l'album il y avait des péripéties et je n'avais jamais eu l'impression qu'on faisait du surplace ou qu'on étirait inutilement une scène comme c'est le cas avec pleins de tomes 1 de séries que j'ai lu jusqu'à présent. Les deux premiers tomes sont de qualités égales selon moi et j'espère que la suite va être du même niveau.
Les personnages sont attachants même s'ils sont parfois un peu trop caricaturaux (en même temps c'est une série pour les jeunes), c'est remplis de rebondissement et le dessin est dynamique. Je pense que j'aurais adoré lire cette série durant ma propre jeunesse.
Je pense que c'est une BD qui mérite un 3.5 mais que je rehausse parce qu'elle m'a pris par surprise et qu'elle m'a gardé pendant un long moment dans le flou quant à son histoire. Presque jusqu'au climax, je me demandais où tout cela allait mener.
Cette histoire d'un homme qui craque et part à la campagne, contempler les éoliennes, a un petit gout de comédie française. Et d'ailleurs le début m'orientait dessus même si le personnage est justement en train d'écrire une comédie de ce genre. Un message de l'autrice annonciateur de la suite, c'est-à-dire une histoire bien différente de ces comédies qu'on nous ressert sur les néo-ruraux. Parce qu'ici le récit est mené très différemment, commençant dans une version presque idyllique de ces campagnes et du retour à la nature : nouvelle vie dans une maison, vue magnifique, voisine sympathique et charmante, des gens simples dans le bar local, l'inspiration qui revient, le dialogue avec ses filles ... Sauf que la vie n'est jamais aussi rose, et que progressivement il y aura le retour de manivelle.
Ce que j'ai apprécié, c'est que la BD parle de plusieurs sujets qu'elle arrive à corréler sans pour autant indiquer que ce sont des sujets importants. Ils servent plutôt de toile de fond à la crise que vivra le personnage principal. Que ce soit la question de ses filles et de la violence scolaire, les discours des piliers de comptoir qui commencent par la lutte anti-éolienne mais finissent sur du sexisme et du rejet primaire. Les éoliennes sont aussi au centre de beaucoup de débats, pour lesquelles l'autrice ne donne aucune réponse mais qui montre à quel point n'importe quoi devient sujet de débat qui finissent en conflit.
C'est une BD étrange, au ton assez triste malgré des personnages positifs (notamment Marjolaine qui doit supporter beaucoup), brocarde l'idée des néo-ruraux et amène des questions sur cet homme en crise. A qui la faute ? La BD est sans réponse claire même si elle montre au final des victimes d'une situation qui semble complexe. Pas vraiment de conclusion claire, mais une fin amère.
Le dessin de Cati Baur que je connaissais par d'autres BD va assez bien à l'ensemble. C'est faussement naïf, parfois déformé dans les visages lorsqu'on s'approche mais sans jamais être mauvais non plus. Coloré et agréable, il a un bon rendu final.
Lecture recommandée, franchement j'ai été surpris !
Série intéressante par la manière dont elle projette les tensions nord-irlandaises dans un cadre contemporain. Le récit s’appuie sur une vision clairement romancée, voire volontairement exagérée des résurgences de la violence, ce qui peut interroger sur sa vraisemblance factuelle, mais ce parti pris sert efficacement le propos. L’album interroge avec pertinence l’héritage des conflits, la transmission de la haine, la possibilité du pardon et la tentation de la vengeance, sans jamais se limiter à un simple rappel historique.
La dimension historique et politique constitue un socle solide, mais c’est surtout le traitement humain qui donne de l’épaisseur à l’ensemble. La relation amoureuse centrale, apporte une respiration bienvenue et une forme de rondeur émotionnelle à un récit globalement dur et tendu. Le cliché est présent, mais maîtrisé, et fonctionne comme un liant narratif plutôt que comme une facilité.
Graphiquement, le dessin de Vincent Bailly se fait plus sobre et moins caricatural que dans Coupures irlandaises. Même peine toujours un peu à me séduire, grâce à sa 'rondeur' supplémentaire, il finit par s’imposer par sa lisibilité et sa constance au fil des pages.
J’adore les œuvres autobiographiques, et plus particulièrement ce genre de témoignage « brut de décoffrage » aux thématiques difficiles.
Il est question de crise identitaire (Jim Terry est un métis amérindien), du traitement des peuples indigènes nord-américains, mais aussi (et surtout) de déchirements familiaux et d’alcoolisme. Ce dernier point est central au récit, et est assez violent – l’auteur se raconte sans filtre, avec suffisamment d’autodérision pour que le récit ne tombe pas dans le misérabilisme larmoyant. J’ai trouvé le ton juste et les problèmes relationnels entre l’auteur et ses parents touchants et bien amenés.
La mise en image est réussie et m’a un peu rappelé le style de Will Eisner – il y a pire comme référence. L’auteur finit par avouer que Eisner fut une grande inspiration à ses débuts, ce qui ne m’étonne pas du tout. Par contre contrairement à Noirdésir, je ne comprends pas trop pourquoi l’avant-dernier chapitre est purement textuel (et lettré à la main dans la VO, donc pas super lisible). Il s’agit peut-être d’un choix narratif, mais j’ai vu ça comme un raccourci, une économie de moyens et de pages.
Cela étant dit, je reste sur une impression très positive… inutile de vous infliger la lecture de ce pavé si vous êtes allergiques aux autobiographies nombrilistes, mais moi, c’est ma came !
Au hasard d'un certain site de vente en ligne, je suis tombé sur cette bande. Les couvertures ont électrisé mon regard et j'ai craqué. Alors qu'est ce que ça vaut?
Blue est une bande appartenant au genre SF post apo, réalisée en 85 et 87 par deux jeunes auteurs. On les sent complètement passionnés par ce premier pied dans la bande dessinée.
J'ai adoré le style visuel. C'est un cocktail de plein d'influences. Un des personnages ressemble à Robert Smith. L'ambiance générale fait penser à des mangas comme Cobra ou Ken le survivant.
Les décors et les voitures sont sublimes tandis que les corps et les visages sont... Aléatoires. Parfois très beau et parfois dessinés en dépit du bon sens niveau proportions.
Le dessinateur a du mal à dessiner le mouvement. Les personnages de loin sont moches. Les coupes de cheveux sont ultra kitch.
Et pourtant on décèle l'influence de Klimt pour dessiner les visages, un peu comme dans Slaine.
Et pourtant il y a ce travail sur les tons de couleurs bleu et violet qui crée à lui tout seul tout un univers. Qui nous plonge dans une ambiance barbare faisant penser aux Guerriers de la nuit de Walter Hill...
Le scénario a été la bonne surprise. Je m'attendais à un navet de série Z mais on est plus sur de la série B ambiance fin du monde avec quelques touches de fun.
Bon je m'arrête là. J'ai adoré découvrir cette petite pépite qui a plein de défauts mais un charme unique. Avec cette impression d'être un archéologue dénichant un pur artefact des années 80.
Miville-Deschenes est un des rares dessinateurs des années 2000 qui m'intéressent, parce qu'il sait encore pratiquer le style réaliste. Il dessine très bien les corps, les animaux, les bâtiments.
C'est sa première collaboration avec Runberg. Actuellement ils sont en train de réaliser une autre série incontournable, Zaroff.
Ici Runberg nous livre un scénario de bonne facture avec cette alliance entre différentes tribus antiques/mythologiques.
J'ai juste regretté que la plupart des personnages secondaires (pas tous) soient un peu trop stéréotypés ou fades.
Une saga de fantasy très fortement conseillée.
Une longue composition autour du destin aventureux de deux jumeaux aux compétences musicales hors normes.
La reconstruction imaginaire de l'Europe à l'époque de Vivaldi et Bach est intéressante : on ne cherche pas du tout la description précise urbaine ou architecturale ( on ne reconnaîtra rien de Venise, Rome ou Amsterdam, malgré des noms à clefs assez parlants) mais les vêtements et les institutions politiques y font allusion.
Pour l'image, des collègues ont cité Gustave Doré, je pencherais plus vers Rembrandt. Mais avec une technique que j'imagine peut être à tort comme des lavis à l'encre, scannés et tramés, puis retravaillés pour y apposer les volutes de musique, blanches ou colorées. Cela déroute parce que cette technique de clair-obscure donne la texture d'un vieux journal où l'impression a bavé. Belle expérience visuelle ambivalente, à la fois somptueuse et sale.
Par ailleurs, la composition découpée en chapitres où le temps semble égal d'étape en étape, donne une sorte de puissance à l'histoire, par moments enthousiasmante et à d'autre tragique.
Deux bémols (si j'ose dire, dans ce contexte érudit de la musique)
1. les dialogues et leur caractère guindé, peu en accord avec le milieu social de départ des 2 héros, et qui installent, dès les premières pages, une distance désagréable entre le lecteur et les personnages
2. le personnage de Hans, le frère auquel on peine à s'identifier, parce qu'il n'exprime pas sa frustration, et elle n'explose que tardivement et constitue un levier important de la part tragique.
Le garçon aime jouer et repousser ses limites. Hélas, nouveau jeu, nouvelles limites : il harcèle de plus en plus une malentendante ! Et ce petit salaud entraînes les autres derrière lui. A force d'aller trop loin, le groupe se retourne contre lui. Bien fait ? Si on se met à la place de la victime, on le dira, mais cette pauvre malheureuse est bien gentille : elle lui pardonne.
Plus facilement que le groupe, et ça se comprend. Les groupes, qu'on se le dise, carburent à l'exclusion, et n'est-il pas plus satisfaisant de se détourner d'un harceleur en chef que d'une handicapée ou tout autre innocent ? On le raye donc du paysage, et lui de même, raye les autres de son paysage, ce que le manga montre bien en rayant le visage de ceux dont le "héros" se détourne. Outre cela, le dessin est dynamique et précis, les personnages de la personne handicapée, du harceleur devenu rejeté, et des mères des deux protagonistes principaux font tout à fait réalistes. Le manga est gentil, l'apprenti salaud se fait apprenti repentant avec la même ardeur, il connait donc la rédemption, et pourquoi pas ? La romance. Si on était chez Disney, des animaux parleraient, mais on aurait aussi une bonne dose de niaiserie !
Je trouve les dessins bons pour une histoire dans le style superman, et les costumes pas aussi ridicules que les hommes en collants, mais c'est que nous avons fréquentons des dieux, ou assimilé, dans le cas de Loki ! Et puis, si les couleurs sont vives, elles ne piquent pas les yeux.
Pour en revenir à Loki, Loki il gagne, et comme il le remarque en passant à Odin, le dieu suprême ne l'a adopté que pour faire contraste avec son fils préféré, Thor, le condamnant au rôle de faire-valoir et de mauvais pour que l'autre joue plus aisément les héros. Il le relègue aussi à un rôle de perdant. Un point de vue intéressant…. D'ailleurs, tout l'est. Je ne m'attendais pas à ressentir surprise et compassion pour tous les êtres, enfin, pas vraiment pour le manipulateur Odin, j'ai mes limites ! Bref, il ne me déplait pas que quelqu'un subissant une injustice et étant des plus brillants gagne, d'un autre point de vue, ce n'est peut-être pas vraiment l'intérêt général qui triomphe avec son triomphe. Vous savez quoi ? Dans la mythologie égyptienne, on fait une meilleure place à tous les protagonistes, si Horus et les pharaons héritent de l'Egypte, l'opposant, Sept, exerce son pouvoir dans le désert. Je me demande ce qui fait une telle différence de traitement dans les mythologies. En tout cas, ici, Loki se débat comme un beau diable !
Luc Brunschwig nous propose ici un récit très dense, haletant, que j’ai bien aimé.
On y retrouve certains des thèmes déjà abordés dans plusieurs de ses séries, comme par exemple la politique intérieure américaine – et la volonté de certains d’accéder au pouvoir coûte que coûte. Mais on retrouve aussi dans ce triptyque une intrigue bien construite, avec des personnages qui ne sont pas monolithiques, et une très bonne utilisation d’un arrière-plan social et politique (ici le racisme et les revendications de Noirs-Américains, autour des Black Panthers).
En fait, l’aspect fantastique, et la présence de super-héros étaient ce que je craignais le plus. Mais finalement ça passe très bien, et les deux « mutants », mais aussi ce gamin pouvant communiquer avec les animaux s’imbriquent bien dans le récit.
Ce qui rend la lecture agréable, c’est aussi le dessin de Stéphane Perger – et sa colorisation, souvent lumineuse. Le rendu est vraiment bon, et accompagne très bien la tonalité du récit.
Mon principal reproche concernant cette série, c’est la fin, que j’ai trouvé un peu trop expédiée. Mais pour le reste, c’est une lecture des plus recommandables.
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3.5 Une série jeunesse qui m'a bien captivé pour le moment. Certes, le premier tome était surtout introductif, mais l'univers créé par les auteurs est assez riche pour que cela ne m’ait pas dérangé qu'on découvre petit à petit la vie sur l'Atlantide. Et puis tout le long de l'album il y avait des péripéties et je n'avais jamais eu l'impression qu'on faisait du surplace ou qu'on étirait inutilement une scène comme c'est le cas avec pleins de tomes 1 de séries que j'ai lu jusqu'à présent. Les deux premiers tomes sont de qualités égales selon moi et j'espère que la suite va être du même niveau. Les personnages sont attachants même s'ils sont parfois un peu trop caricaturaux (en même temps c'est une série pour les jeunes), c'est remplis de rebondissement et le dessin est dynamique. Je pense que j'aurais adoré lire cette série durant ma propre jeunesse.
Vent mauvais
Je pense que c'est une BD qui mérite un 3.5 mais que je rehausse parce qu'elle m'a pris par surprise et qu'elle m'a gardé pendant un long moment dans le flou quant à son histoire. Presque jusqu'au climax, je me demandais où tout cela allait mener. Cette histoire d'un homme qui craque et part à la campagne, contempler les éoliennes, a un petit gout de comédie française. Et d'ailleurs le début m'orientait dessus même si le personnage est justement en train d'écrire une comédie de ce genre. Un message de l'autrice annonciateur de la suite, c'est-à-dire une histoire bien différente de ces comédies qu'on nous ressert sur les néo-ruraux. Parce qu'ici le récit est mené très différemment, commençant dans une version presque idyllique de ces campagnes et du retour à la nature : nouvelle vie dans une maison, vue magnifique, voisine sympathique et charmante, des gens simples dans le bar local, l'inspiration qui revient, le dialogue avec ses filles ... Sauf que la vie n'est jamais aussi rose, et que progressivement il y aura le retour de manivelle. Ce que j'ai apprécié, c'est que la BD parle de plusieurs sujets qu'elle arrive à corréler sans pour autant indiquer que ce sont des sujets importants. Ils servent plutôt de toile de fond à la crise que vivra le personnage principal. Que ce soit la question de ses filles et de la violence scolaire, les discours des piliers de comptoir qui commencent par la lutte anti-éolienne mais finissent sur du sexisme et du rejet primaire. Les éoliennes sont aussi au centre de beaucoup de débats, pour lesquelles l'autrice ne donne aucune réponse mais qui montre à quel point n'importe quoi devient sujet de débat qui finissent en conflit. C'est une BD étrange, au ton assez triste malgré des personnages positifs (notamment Marjolaine qui doit supporter beaucoup), brocarde l'idée des néo-ruraux et amène des questions sur cet homme en crise. A qui la faute ? La BD est sans réponse claire même si elle montre au final des victimes d'une situation qui semble complexe. Pas vraiment de conclusion claire, mais une fin amère. Le dessin de Cati Baur que je connaissais par d'autres BD va assez bien à l'ensemble. C'est faussement naïf, parfois déformé dans les visages lorsqu'on s'approche mais sans jamais être mauvais non plus. Coloré et agréable, il a un bon rendu final. Lecture recommandée, franchement j'ai été surpris !
Partitions irlandaises
Série intéressante par la manière dont elle projette les tensions nord-irlandaises dans un cadre contemporain. Le récit s’appuie sur une vision clairement romancée, voire volontairement exagérée des résurgences de la violence, ce qui peut interroger sur sa vraisemblance factuelle, mais ce parti pris sert efficacement le propos. L’album interroge avec pertinence l’héritage des conflits, la transmission de la haine, la possibilité du pardon et la tentation de la vengeance, sans jamais se limiter à un simple rappel historique. La dimension historique et politique constitue un socle solide, mais c’est surtout le traitement humain qui donne de l’épaisseur à l’ensemble. La relation amoureuse centrale, apporte une respiration bienvenue et une forme de rondeur émotionnelle à un récit globalement dur et tendu. Le cliché est présent, mais maîtrisé, et fonctionne comme un liant narratif plutôt que comme une facilité. Graphiquement, le dessin de Vincent Bailly se fait plus sobre et moins caricatural que dans Coupures irlandaises. Même peine toujours un peu à me séduire, grâce à sa 'rondeur' supplémentaire, il finit par s’imposer par sa lisibilité et sa constance au fil des pages.
Come Home Indio
J’adore les œuvres autobiographiques, et plus particulièrement ce genre de témoignage « brut de décoffrage » aux thématiques difficiles. Il est question de crise identitaire (Jim Terry est un métis amérindien), du traitement des peuples indigènes nord-américains, mais aussi (et surtout) de déchirements familiaux et d’alcoolisme. Ce dernier point est central au récit, et est assez violent – l’auteur se raconte sans filtre, avec suffisamment d’autodérision pour que le récit ne tombe pas dans le misérabilisme larmoyant. J’ai trouvé le ton juste et les problèmes relationnels entre l’auteur et ses parents touchants et bien amenés. La mise en image est réussie et m’a un peu rappelé le style de Will Eisner – il y a pire comme référence. L’auteur finit par avouer que Eisner fut une grande inspiration à ses débuts, ce qui ne m’étonne pas du tout. Par contre contrairement à Noirdésir, je ne comprends pas trop pourquoi l’avant-dernier chapitre est purement textuel (et lettré à la main dans la VO, donc pas super lisible). Il s’agit peut-être d’un choix narratif, mais j’ai vu ça comme un raccourci, une économie de moyens et de pages. Cela étant dit, je reste sur une impression très positive… inutile de vous infliger la lecture de ce pavé si vous êtes allergiques aux autobiographies nombrilistes, mais moi, c’est ma came !
Blue (Humanos)
Au hasard d'un certain site de vente en ligne, je suis tombé sur cette bande. Les couvertures ont électrisé mon regard et j'ai craqué. Alors qu'est ce que ça vaut? Blue est une bande appartenant au genre SF post apo, réalisée en 85 et 87 par deux jeunes auteurs. On les sent complètement passionnés par ce premier pied dans la bande dessinée. J'ai adoré le style visuel. C'est un cocktail de plein d'influences. Un des personnages ressemble à Robert Smith. L'ambiance générale fait penser à des mangas comme Cobra ou Ken le survivant. Les décors et les voitures sont sublimes tandis que les corps et les visages sont... Aléatoires. Parfois très beau et parfois dessinés en dépit du bon sens niveau proportions. Le dessinateur a du mal à dessiner le mouvement. Les personnages de loin sont moches. Les coupes de cheveux sont ultra kitch. Et pourtant on décèle l'influence de Klimt pour dessiner les visages, un peu comme dans Slaine. Et pourtant il y a ce travail sur les tons de couleurs bleu et violet qui crée à lui tout seul tout un univers. Qui nous plonge dans une ambiance barbare faisant penser aux Guerriers de la nuit de Walter Hill... Le scénario a été la bonne surprise. Je m'attendais à un navet de série Z mais on est plus sur de la série B ambiance fin du monde avec quelques touches de fun. Bon je m'arrête là. J'ai adoré découvrir cette petite pépite qui a plein de défauts mais un charme unique. Avec cette impression d'être un archéologue dénichant un pur artefact des années 80.
Reconquêtes
Miville-Deschenes est un des rares dessinateurs des années 2000 qui m'intéressent, parce qu'il sait encore pratiquer le style réaliste. Il dessine très bien les corps, les animaux, les bâtiments. C'est sa première collaboration avec Runberg. Actuellement ils sont en train de réaliser une autre série incontournable, Zaroff. Ici Runberg nous livre un scénario de bonne facture avec cette alliance entre différentes tribus antiques/mythologiques. J'ai juste regretté que la plupart des personnages secondaires (pas tous) soient un peu trop stéréotypés ou fades. Une saga de fantasy très fortement conseillée.
Soli Deo Gloria
Une longue composition autour du destin aventureux de deux jumeaux aux compétences musicales hors normes. La reconstruction imaginaire de l'Europe à l'époque de Vivaldi et Bach est intéressante : on ne cherche pas du tout la description précise urbaine ou architecturale ( on ne reconnaîtra rien de Venise, Rome ou Amsterdam, malgré des noms à clefs assez parlants) mais les vêtements et les institutions politiques y font allusion. Pour l'image, des collègues ont cité Gustave Doré, je pencherais plus vers Rembrandt. Mais avec une technique que j'imagine peut être à tort comme des lavis à l'encre, scannés et tramés, puis retravaillés pour y apposer les volutes de musique, blanches ou colorées. Cela déroute parce que cette technique de clair-obscure donne la texture d'un vieux journal où l'impression a bavé. Belle expérience visuelle ambivalente, à la fois somptueuse et sale. Par ailleurs, la composition découpée en chapitres où le temps semble égal d'étape en étape, donne une sorte de puissance à l'histoire, par moments enthousiasmante et à d'autre tragique. Deux bémols (si j'ose dire, dans ce contexte érudit de la musique) 1. les dialogues et leur caractère guindé, peu en accord avec le milieu social de départ des 2 héros, et qui installent, dès les premières pages, une distance désagréable entre le lecteur et les personnages 2. le personnage de Hans, le frère auquel on peine à s'identifier, parce qu'il n'exprime pas sa frustration, et elle n'explose que tardivement et constitue un levier important de la part tragique.
A Silent voice
Le garçon aime jouer et repousser ses limites. Hélas, nouveau jeu, nouvelles limites : il harcèle de plus en plus une malentendante ! Et ce petit salaud entraînes les autres derrière lui. A force d'aller trop loin, le groupe se retourne contre lui. Bien fait ? Si on se met à la place de la victime, on le dira, mais cette pauvre malheureuse est bien gentille : elle lui pardonne. Plus facilement que le groupe, et ça se comprend. Les groupes, qu'on se le dise, carburent à l'exclusion, et n'est-il pas plus satisfaisant de se détourner d'un harceleur en chef que d'une handicapée ou tout autre innocent ? On le raye donc du paysage, et lui de même, raye les autres de son paysage, ce que le manga montre bien en rayant le visage de ceux dont le "héros" se détourne. Outre cela, le dessin est dynamique et précis, les personnages de la personne handicapée, du harceleur devenu rejeté, et des mères des deux protagonistes principaux font tout à fait réalistes. Le manga est gentil, l'apprenti salaud se fait apprenti repentant avec la même ardeur, il connait donc la rédemption, et pourquoi pas ? La romance. Si on était chez Disney, des animaux parleraient, mais on aurait aussi une bonne dose de niaiserie !
Thor - Loki
Je trouve les dessins bons pour une histoire dans le style superman, et les costumes pas aussi ridicules que les hommes en collants, mais c'est que nous avons fréquentons des dieux, ou assimilé, dans le cas de Loki ! Et puis, si les couleurs sont vives, elles ne piquent pas les yeux. Pour en revenir à Loki, Loki il gagne, et comme il le remarque en passant à Odin, le dieu suprême ne l'a adopté que pour faire contraste avec son fils préféré, Thor, le condamnant au rôle de faire-valoir et de mauvais pour que l'autre joue plus aisément les héros. Il le relègue aussi à un rôle de perdant. Un point de vue intéressant…. D'ailleurs, tout l'est. Je ne m'attendais pas à ressentir surprise et compassion pour tous les êtres, enfin, pas vraiment pour le manipulateur Odin, j'ai mes limites ! Bref, il ne me déplait pas que quelqu'un subissant une injustice et étant des plus brillants gagne, d'un autre point de vue, ce n'est peut-être pas vraiment l'intérêt général qui triomphe avec son triomphe. Vous savez quoi ? Dans la mythologie égyptienne, on fait une meilleure place à tous les protagonistes, si Horus et les pharaons héritent de l'Egypte, l'opposant, Sept, exerce son pouvoir dans le désert. Je me demande ce qui fait une telle différence de traitement dans les mythologies. En tout cas, ici, Loki se débat comme un beau diable !
Luminary
Luc Brunschwig nous propose ici un récit très dense, haletant, que j’ai bien aimé. On y retrouve certains des thèmes déjà abordés dans plusieurs de ses séries, comme par exemple la politique intérieure américaine – et la volonté de certains d’accéder au pouvoir coûte que coûte. Mais on retrouve aussi dans ce triptyque une intrigue bien construite, avec des personnages qui ne sont pas monolithiques, et une très bonne utilisation d’un arrière-plan social et politique (ici le racisme et les revendications de Noirs-Américains, autour des Black Panthers). En fait, l’aspect fantastique, et la présence de super-héros étaient ce que je craignais le plus. Mais finalement ça passe très bien, et les deux « mutants », mais aussi ce gamin pouvant communiquer avec les animaux s’imbriquent bien dans le récit. Ce qui rend la lecture agréable, c’est aussi le dessin de Stéphane Perger – et sa colorisation, souvent lumineuse. Le rendu est vraiment bon, et accompagne très bien la tonalité du récit. Mon principal reproche concernant cette série, c’est la fin, que j’ai trouvé un peu trop expédiée. Mais pour le reste, c’est une lecture des plus recommandables.