Évidemment, il eut été possible que ce soit encore meilleur : l'intrigue présente quelques longueurs, notamment durant la séquence de l'évasion, et les illustrations déçoivent légèrement (les couleurs et décors surtout, qui auraient mérité davantage de nuances et d'application), mais cette BD est indiscutablement une bien belle réussite !
C'est rocambolesque à souhait, amusant sinon truculent à l'occasion, généreux en personnages haut en couleur, bien rythmé (enlevé même !), original dans son intrigue historique et scientifique, tout autant dans son traitement. Bref, un beau moment de lecture.
J'ai beaucoup aimé ce premier tome.
C'est un conte mêlant un brin d'aventure avec de l'humour et des personnages attachants qui forment un duo improbable.
Le dessin et la couleur collent parfaitement à l'histoire.
Hâte de découvrir la suite et fin de cet excellent premier tome.
Après Irena, Morvan et Evrard recompose leur duo pour raconter l'histoire de Simone Lagrange. La jeune fille entre en résistance très jeune (13 ans) et supportera la torture de la main de Klaus Barbie. 30 ans plus tard elle fera partie de ceux qui le confondront.
Pour ceux qui ont apprécié la première œuvre des deux auteurs vous retrouverez les qualités de celle-ci dans "Simone". On suit donc l'histoire de la jeune fille et de la mère de famille qu'elle est devenue en alternant les deux histoires. Pour la première on nous raconte la guerre et les transformations qu'elle a engendré comme par exemple l'institutrice dont l'antisémitisme ressort avec l'Occupation alors qu'elle semblait proche de la famille de Simone (qui est juive). L'évolution des comportements est bien abordée même si on pourrait la trouver un peu extrême dans le traitement parfois mais nous sommes plus sur des grands traits de personnalité et des archétypes. Pour le présent (les années 70) on voit bien le débat intérieur de Simone symbolisé par ce personnage vert et à l'air méchant écho de son passé. Elle hésite, ne veut pas revivre l'enfer même en souvenir même si rattraper son tortionnaire et amener la Justice à le juger la pousse à réfléchir.
Le dessin jeunesse allège le propos notamment avec des petites touches d'humour mais la BD reste quand même à réserver à un public averti et crée un décalage entre l'illustration et la gravité des propos.
Une BD racontant le destin doublement bouleversé d'une jeune fille puis plus tard d'une mère de famille à lire.
Après lecture des 3 albums je recommande fortement cette BD aux plus jeunes (à partir de 11-12 ans quand même) qui comme pour Irena est une très bonne fiction inspirée de l'histoire vraie de Simone Lagrange.
Quand à la critique du fils Lagrange ci-dessous je suis surpris par son manque d'arguments étayés sur les erreurs de la BD et d'autant plus que l'une des petites filles de l'héroïne préface le tome 3 il semble donc que la famille ai été un minimum consulté. En attente de voir si ce monsieur complète son avis...
La première BD de Manon Debaye s'offre au lecteur brutalement : les thématiques secouent (le manque d'amour et les pensées suicidaires de deux jeunes adolescentes, le harcèlement), les illustrations griffent nos attendus (un crayonné au contour noir brut et aux atours enfantins, des couleurs laissant apparaître les traits des crayons), l'intrigue ne vise aucunement la formulation d'éléments explicatifs, privilégie le constat froid et percutant d'une réalité incomprise.
On pense souvent au chef-d’œuvre du réalisateur Gus Van Sant "Elephant", qui refusait similairement de proposer une trop simple explication des trajectoires individuelles de ses personnages via des déterminismes sociaux ou des parcours individuels chaotiques. On pense également à Lubitsch et à cette manière de gérer par ellipses la narration afin d'accentuer les effets (généralement comiques chez le merveilleux cinéaste, dramatiques ici ou inconfortablement déconnectés de la réalité). Il en découle une intrigue plus esquissée que structurée, abrupte, suspendue, pouvant éventuellement laisser sur sa faim son lecteur, possiblement perturbé d'être abandonné sans véritable réponse, un peu abasourdi de n'avoir eu accès aux paysages intérieurs et aux sentiments de ces jeunes filles, pré-adolescentes qui demeureront tristement incomprises, comme dans la vie.
Un roman graphique imparfaitement construit, ayant le charme maladroit des œuvres de jeunesse et le style déjà acéré d'une artiste en devenir.
J’avais moi aussi adoré La Bibliomule de Cordoue, je me suis donc procuré « Le Mètre des Caraïbes » des mêmes auteurs sans hésiter.
J’y ai retrouvé le même genre d’histoire, à savoir un fait historique intéressant et peu connu (un savant français qui tente de transmettre le system métrique aux américains), raconté via une intrigue enjouée, remplie d’humour et de personnages complètement barrés.
La narration est parfaitement maitrisée, la lecture est fluide, et la mise en image est réussie, même si je ne suis pas fan des ciels en dégradé de couleurs informatiques.
Un chouette moment de lecture.
J'hésite un peu entre 3 et 4, mais allez, j'arrondis en haut. Ce nouvel épisode des reprises Disney de Glénat voit le retour de Joris Chamblain au scénario, après l'excellent Picsou - Le Dragon de Glasgow. Là où cet épisode dans la jeunesse de Picsou jouait avec beaucoup de réussite sur une tonalité nostalgique et sur une certaine émotion, il n'en est rien dans Mickey et le roi des pirates. Revendiquant une identité à mi-chemin entre Dickens et Pirates des Caraïbes, on admettra tout de même qu'hormis le décor londonien du XIXe siècle, la patte Dickens est relativement inexistante. De Pirates des Caraïbes, on retrouvera toutefois un peu plus l'ambiance, grâce à une virée à Tortuga plutôt réussie, avec un antagoniste particulièrement convaincant.
On voit surtout que Chamblain et Dav s'amusent comme des petits fous à glisser un maximum de personnages Disney dans leur bande dessinée (jusqu'au chien Dante du Coco de Pixar ou au lézard à collerette Frank de Bernard et Bianca), et les amateurs partiront avec grand plaisir à cette chasse au trésor. Le dessin de Dav, d'ailleurs, fonctionne particulièrement bien, avec ses couleurs chaudes, et son trait rigoureux. On retrouve les personnages Disney, mais avec une petite patte bien spécifique, qui colle mieux à un univers type XIXe siècle que ce que ne l'aurait fait le trait rond habituel de la plupart des productions Disney. Mais on commence à être habitué aux excellents dessinateurs chez Glénat... Ce tome-là, en tous cas, ne rompt pas la tradition !
Quant à l'histoire, j'avoue avoir été un peu moins embarqué que dans Le Dragon de Glasgow, les personnages n'ayant pas la même profondeur ici. Néanmoins, son ton aventureux fonctionne très bien, jusqu'à un finale vraiment grandiose, qui clôt très dignement cet album. D'où mon choix de 4 étoiles, même si, en réalité, je serais plus à 3,5/5. Quoiqu'il en soit, c'est une lecture que je regrette pas !
PF Radice signe une très belle adaptation du roman noir de Richard Morgiève (Le Cherokee) : « l'histoire d'un shérif et d'un agent du FBI sur les traces d'un tueur et d'une bombe ». Une relecture originale et très convaincante.
Pierre-François Radice est ... professeur de sculpture ! Côté dessin, il a donné dans les albums jeunesse et d'autres comme "La cuisine en BD" !
On avait donc peu de chances de le croiser jusqu'à ce God bless America, adaptation d'un roman noir de Richard Morgiève : Le Cherokee, une histoire un peu étrange qu'on avait lue en 2020.
PF Radice avait également publié un album sur Al Capone.
Utah. 1954, en pleine guerre froide, les américains ont peur de tout le monde.
« C'est l'histoire d'un shérif et d'un agent du FBI sur les traces d'un tueur et d'une bombe. »
La nuit du 26 septembre, des phénomènes étranges commencent à survenir.
Quelques disparitions, une voiture abandonnée au bord de la route, le crash d'un avion de chasse ... sans pilote à bord.
Le lendemain, la bombe atomique de l'avion n'est plus là, « beaucoup de citoyens ont aperçu l'avion hier soir », l'armée investit la région et le standard du poste de police reçoit « de nombreux appels pour des extraterrestres, les communistes qui attaquent, les militaires qui arrivent et une soucoupe volante ... ».
Nick Corey est le shérif de Panguitch. Un homme à l'enfance difficile et à la vie agitée (l'écrivain Richard Morgiève également d'ailleurs).
Avec l'aide d'un agent du FBI, Corey se lance à la poursuite d'un tueur en série surnommé le dindon à cause de son rire sinistre (à moins que ce ne soit le tueur qui pourchasse Nick Corey ?) .
Au milieu de tout ce bazar, le shérif Corey est « obligé d'aller au bout de toutes les voies du labyrinthe, en espérant que l'une d'elles ne se terminerait pas en cul-de-sac ». Il traîne ses bottes de faux cow-boy sans trop y croire, un brin désabusé.
« Je me sentais bien dans mes bottes. Par la fenêtre, le far-west crevait. Dans pas longtemps, il n'y aurait plus que des lignes électriques, des routes et des distributeurs de coca. Les hommes avaient tout foutu en l'air et continuaient. Faudrait aller sur Mars pour continuer à tout démolir. »
Pendant quelques pages, une lueur d'espoir : quand Nick file le parfait amour avec ..., mais chut ! on va quand même pas tout vous dire !
Très fidèle au roman de Morgiève (une sorte de pastiche d'un thriller très américain, écrit par un frenchy bien de chez nous), cet album en est une belle adaptation.
Le bouquin original était un peu longuet, voire touffu, et le format de la BD oblige à réduire, à mettre en avant certains aspects, certains moments et à en occulter d'autres. Cela ne nuit nullement au récit mais PF Radice nous propose plutôt, avec intelligence, sa relecture personnelle de l'original.
Le résultat est un sacré bon roman noir qui ravira les fans de Morgiève mais qui surtout pourra plaire à tous ceux qui n'ont pas encore lu Le Cherokee. Sacrée réussite.
Un excellent polar en images qui se balance au rythme chaloupé du pickup bringuebalant sur les pistes, celui des rednecks des hauts plateaux.
Le noir et blanc est très à la mode et le dessin de PF Radice est un crayonnage aux dégradés de gris du plus bel effet qui sert parfaitement le propos un peu sombre de cette histoire qui est tout sauf un conte de fées.
Le grand format (22 x 32) laisse une large place aux dessins qui ne se laissent pas envahir par les phylactères, pourtant nombreux.
Avec sa couverture originale et réussie, l'album est un bel objet de plus de 200 grandes pages tirées sur papier épais.
Je rejoins l'enthousiasme général concernant cet album, que je n'aurais sans doute pas lu sans les critiques ici... et si je n'avais pas déjà lu et beaucoup aimé "Jean-doux et le mystère de la disquette molle" du même auteur.
Changement radical d'ambiance et de style ici. Exit le genre loufoque de Jean-Doux, on embarque dans un récit de SF pur, à la découverte d'une planète à l'autre bout du système solaire. L'humanité doit la coloniser pour assurer la survie de notre espèce. Ca ressemble à un pitch déjà lu pas mal de fois, et ce n'est pas forcément le type de récit qui m'attire de prime abord. Pourtant ça fonctionne hyper bien ici et on se prend vraiment à l'histoire.
La narration est sacrément bien fichue. C'est pas dense en dialogue, on suit un homme et une petite fille qui déambulent sur cette planète. On ne sait pas trop ce qu'ils recherchent, la petite fille est curieuse et questionne l'homme sur ses origines. Il est plutôt avare en réponse et cela entretien un vent de mystère plutôt agréable. En alternance avec ces passages, on a droit a un autre arc narratif qui raconte le voyage spatial des 4 colons originaux. Evidement le voyage ne va pas se passer comme prévu. L'auteur a su me séduire avec son idée de fossilisation à travers le temps. Les situations qui en découlent et les questions éthiques que doivent se poser nos astronautes pour assurer, non pas leur propre survie, mais celle de l'espèce humaine sont saisissantes.
La tension va crescendo, et l'envie de connaitre le dénouement ne fait qu'augmenter avec les pages qui défilent. Evidement les 2 histoires se rejoignent vers la fin. Et de quelle manière ! La aussi j'ai trouvé ça hyper malin, hyper efficace. Que dire des dernières pages ? Brutales, elles offrent un final majestueux à ce récit.
Un sans faute, lecture vivement recommandée.
Apprendre en s'amusant dans une histoire atypique : chouette ! Si je chipotais : le vrai dieu Hadès ne se comporterait pas si mal, il ne passe pas, lui, son temps à enlever, violer et s'amuser des mortels d'une façon ou d'une autre, un des dieux les plus juste qui soit, mais passons.
On apprend les mécanismes du vivant, donc, et que le dieu soit désagréable fait passer sur la question de mais comment nourrir les masses humaines sans polluer ? Un indifférent aux humains s'en moque bien, à l'instar de bien des écolos se moquant totalement du sort des peuples premiers qu'on ne met en avant que pour défendre des milieux soi-disant sauvages, sans humains… dont ils expulsent les habitants immémoriaux pour faire des réserves naturelles :
https://www.survivalinternational.fr/sur/refugies-de-la-conservation
https://www.courrierinternational.com/article/2007/02/22/les-tribus-victimes-de-l-ecologie
Les écolos sacralisant la nature sont comme les multinationales qu'ils critiquent ? Non, ils les battent à plate couture en hypocrisie, et en plus, ils ont moins de contre-pouvoir que ces dernières donc une bien plus grande marge d'abus qu'elles. Un nouveau problème documenté par des livres d'enquête et replacés dans le contexte de la vision occidentale de la nature. Bref, mais ne faisons pas ce procès à une bd bien innocente, en comparaison ! Elle ne se mêle pas de politique, elle instruit et fait réfléchir avec un dessin que je trouve adapté à défaut d'être beau. Et le dynamisme de l'action ! Et le retournement final ! Bravo.
César est un couillon au mental d'enfant de dix ans, et Brutus n'en peut plus de ses conneries. C'est décidé, il va mettre en place un complot pour l'assassiner, pour le bien de Rome. Sauf que ses complices sont tous aussi couillons.
Je découvre le duo Karibou et Duparcmeur avec cet album, et il donne très envie de lire leurs autres productions. Humour absurde et percutant, élégance du dessin et efficacité de la mise en scène se combinent ici pour un résultat qui m'a fait éclater de rire à de nombreuses reprises.
Graphiquement, on est sur un dessin réaliste, volontairement figé et minimaliste, en bichromie bleutée, utilisant régulièrement l'itération iconique. Les décors sont souvent vides, mais les personnages sont très soignés et très réussis, et leurs airs impassibles accentuent le côté pince-sans-rire de l'humour. Cela rappelle clairement les BD de Fabcaro, et ce choix fonctionne bien ici : le dessin s'efface au profit du texte et renforce même l'absurdité des dialogues par son extrême neutralité. La lecture est fluide, les personnages immédiatement identifiables, et la mise en scène reste claire malgré la simplicité du dispositif.
L'humour repose essentiellement sur l'absurde, les anachronismes et les dialogues. César est constamment en décalage avec les situations, et c'est souvent dans ce contraste que les gags fonctionnent le mieux. J'ai apprécié que l'humour ne repose pas uniquement sur la chute finale, mais aussi sur le déroulement même des scènes et des échanges, avec des situations qui dégénèrent progressivement. Les running gags sont présents mais restent globalement maîtrisés, sans jamais devenir trop lourds.
Tout n'est pas parfaitement équilibré pour autant. La volonté de relier tous ces gags afin d'en faire une histoire continue entraîne quelques baisses de rythme, surtout sur la fin, où l'assassinat s'étire un peu trop. J'ai beaucoup ri sur certains gags et situations, simplement souri sur d'autres, et quelques pages tombent légèrement à plat, mais l'ensemble demeure globalement très réussi.
Si l'on aime l'humour absurde, le contraste entre des personnages très sérieux et des situations loufoques, ainsi qu'une relecture anachronique de l'Histoire, c'est clairement une lecture recommandable.
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Le Mètre des Caraïbes
Évidemment, il eut été possible que ce soit encore meilleur : l'intrigue présente quelques longueurs, notamment durant la séquence de l'évasion, et les illustrations déçoivent légèrement (les couleurs et décors surtout, qui auraient mérité davantage de nuances et d'application), mais cette BD est indiscutablement une bien belle réussite ! C'est rocambolesque à souhait, amusant sinon truculent à l'occasion, généreux en personnages haut en couleur, bien rythmé (enlevé même !), original dans son intrigue historique et scientifique, tout autant dans son traitement. Bref, un beau moment de lecture.
Le Pêcheur et la Salamandre
J'ai beaucoup aimé ce premier tome. C'est un conte mêlant un brin d'aventure avec de l'humour et des personnages attachants qui forment un duo improbable. Le dessin et la couleur collent parfaitement à l'histoire. Hâte de découvrir la suite et fin de cet excellent premier tome.
Simone
Après Irena, Morvan et Evrard recompose leur duo pour raconter l'histoire de Simone Lagrange. La jeune fille entre en résistance très jeune (13 ans) et supportera la torture de la main de Klaus Barbie. 30 ans plus tard elle fera partie de ceux qui le confondront. Pour ceux qui ont apprécié la première œuvre des deux auteurs vous retrouverez les qualités de celle-ci dans "Simone". On suit donc l'histoire de la jeune fille et de la mère de famille qu'elle est devenue en alternant les deux histoires. Pour la première on nous raconte la guerre et les transformations qu'elle a engendré comme par exemple l'institutrice dont l'antisémitisme ressort avec l'Occupation alors qu'elle semblait proche de la famille de Simone (qui est juive). L'évolution des comportements est bien abordée même si on pourrait la trouver un peu extrême dans le traitement parfois mais nous sommes plus sur des grands traits de personnalité et des archétypes. Pour le présent (les années 70) on voit bien le débat intérieur de Simone symbolisé par ce personnage vert et à l'air méchant écho de son passé. Elle hésite, ne veut pas revivre l'enfer même en souvenir même si rattraper son tortionnaire et amener la Justice à le juger la pousse à réfléchir. Le dessin jeunesse allège le propos notamment avec des petites touches d'humour mais la BD reste quand même à réserver à un public averti et crée un décalage entre l'illustration et la gravité des propos. Une BD racontant le destin doublement bouleversé d'une jeune fille puis plus tard d'une mère de famille à lire. Après lecture des 3 albums je recommande fortement cette BD aux plus jeunes (à partir de 11-12 ans quand même) qui comme pour Irena est une très bonne fiction inspirée de l'histoire vraie de Simone Lagrange. Quand à la critique du fils Lagrange ci-dessous je suis surpris par son manque d'arguments étayés sur les erreurs de la BD et d'autant plus que l'une des petites filles de l'héroïne préface le tome 3 il semble donc que la famille ai été un minimum consulté. En attente de voir si ce monsieur complète son avis...
La Falaise
La première BD de Manon Debaye s'offre au lecteur brutalement : les thématiques secouent (le manque d'amour et les pensées suicidaires de deux jeunes adolescentes, le harcèlement), les illustrations griffent nos attendus (un crayonné au contour noir brut et aux atours enfantins, des couleurs laissant apparaître les traits des crayons), l'intrigue ne vise aucunement la formulation d'éléments explicatifs, privilégie le constat froid et percutant d'une réalité incomprise. On pense souvent au chef-d’œuvre du réalisateur Gus Van Sant "Elephant", qui refusait similairement de proposer une trop simple explication des trajectoires individuelles de ses personnages via des déterminismes sociaux ou des parcours individuels chaotiques. On pense également à Lubitsch et à cette manière de gérer par ellipses la narration afin d'accentuer les effets (généralement comiques chez le merveilleux cinéaste, dramatiques ici ou inconfortablement déconnectés de la réalité). Il en découle une intrigue plus esquissée que structurée, abrupte, suspendue, pouvant éventuellement laisser sur sa faim son lecteur, possiblement perturbé d'être abandonné sans véritable réponse, un peu abasourdi de n'avoir eu accès aux paysages intérieurs et aux sentiments de ces jeunes filles, pré-adolescentes qui demeureront tristement incomprises, comme dans la vie. Un roman graphique imparfaitement construit, ayant le charme maladroit des œuvres de jeunesse et le style déjà acéré d'une artiste en devenir.
Le Mètre des Caraïbes
J’avais moi aussi adoré La Bibliomule de Cordoue, je me suis donc procuré « Le Mètre des Caraïbes » des mêmes auteurs sans hésiter. J’y ai retrouvé le même genre d’histoire, à savoir un fait historique intéressant et peu connu (un savant français qui tente de transmettre le system métrique aux américains), raconté via une intrigue enjouée, remplie d’humour et de personnages complètement barrés. La narration est parfaitement maitrisée, la lecture est fluide, et la mise en image est réussie, même si je ne suis pas fan des ciels en dégradé de couleurs informatiques. Un chouette moment de lecture.
Mickey et le roi des pirates
J'hésite un peu entre 3 et 4, mais allez, j'arrondis en haut. Ce nouvel épisode des reprises Disney de Glénat voit le retour de Joris Chamblain au scénario, après l'excellent Picsou - Le Dragon de Glasgow. Là où cet épisode dans la jeunesse de Picsou jouait avec beaucoup de réussite sur une tonalité nostalgique et sur une certaine émotion, il n'en est rien dans Mickey et le roi des pirates. Revendiquant une identité à mi-chemin entre Dickens et Pirates des Caraïbes, on admettra tout de même qu'hormis le décor londonien du XIXe siècle, la patte Dickens est relativement inexistante. De Pirates des Caraïbes, on retrouvera toutefois un peu plus l'ambiance, grâce à une virée à Tortuga plutôt réussie, avec un antagoniste particulièrement convaincant. On voit surtout que Chamblain et Dav s'amusent comme des petits fous à glisser un maximum de personnages Disney dans leur bande dessinée (jusqu'au chien Dante du Coco de Pixar ou au lézard à collerette Frank de Bernard et Bianca), et les amateurs partiront avec grand plaisir à cette chasse au trésor. Le dessin de Dav, d'ailleurs, fonctionne particulièrement bien, avec ses couleurs chaudes, et son trait rigoureux. On retrouve les personnages Disney, mais avec une petite patte bien spécifique, qui colle mieux à un univers type XIXe siècle que ce que ne l'aurait fait le trait rond habituel de la plupart des productions Disney. Mais on commence à être habitué aux excellents dessinateurs chez Glénat... Ce tome-là, en tous cas, ne rompt pas la tradition ! Quant à l'histoire, j'avoue avoir été un peu moins embarqué que dans Le Dragon de Glasgow, les personnages n'ayant pas la même profondeur ici. Néanmoins, son ton aventureux fonctionne très bien, jusqu'à un finale vraiment grandiose, qui clôt très dignement cet album. D'où mon choix de 4 étoiles, même si, en réalité, je serais plus à 3,5/5. Quoiqu'il en soit, c'est une lecture que je regrette pas !
God bless America
PF Radice signe une très belle adaptation du roman noir de Richard Morgiève (Le Cherokee) : « l'histoire d'un shérif et d'un agent du FBI sur les traces d'un tueur et d'une bombe ». Une relecture originale et très convaincante. Pierre-François Radice est ... professeur de sculpture ! Côté dessin, il a donné dans les albums jeunesse et d'autres comme "La cuisine en BD" ! On avait donc peu de chances de le croiser jusqu'à ce God bless America, adaptation d'un roman noir de Richard Morgiève : Le Cherokee, une histoire un peu étrange qu'on avait lue en 2020. PF Radice avait également publié un album sur Al Capone. Utah. 1954, en pleine guerre froide, les américains ont peur de tout le monde. « C'est l'histoire d'un shérif et d'un agent du FBI sur les traces d'un tueur et d'une bombe. » La nuit du 26 septembre, des phénomènes étranges commencent à survenir. Quelques disparitions, une voiture abandonnée au bord de la route, le crash d'un avion de chasse ... sans pilote à bord. Le lendemain, la bombe atomique de l'avion n'est plus là, « beaucoup de citoyens ont aperçu l'avion hier soir », l'armée investit la région et le standard du poste de police reçoit « de nombreux appels pour des extraterrestres, les communistes qui attaquent, les militaires qui arrivent et une soucoupe volante ... ». Nick Corey est le shérif de Panguitch. Un homme à l'enfance difficile et à la vie agitée (l'écrivain Richard Morgiève également d'ailleurs). Avec l'aide d'un agent du FBI, Corey se lance à la poursuite d'un tueur en série surnommé le dindon à cause de son rire sinistre (à moins que ce ne soit le tueur qui pourchasse Nick Corey ?) . Au milieu de tout ce bazar, le shérif Corey est « obligé d'aller au bout de toutes les voies du labyrinthe, en espérant que l'une d'elles ne se terminerait pas en cul-de-sac ». Il traîne ses bottes de faux cow-boy sans trop y croire, un brin désabusé. « Je me sentais bien dans mes bottes. Par la fenêtre, le far-west crevait. Dans pas longtemps, il n'y aurait plus que des lignes électriques, des routes et des distributeurs de coca. Les hommes avaient tout foutu en l'air et continuaient. Faudrait aller sur Mars pour continuer à tout démolir. » Pendant quelques pages, une lueur d'espoir : quand Nick file le parfait amour avec ..., mais chut ! on va quand même pas tout vous dire ! Très fidèle au roman de Morgiève (une sorte de pastiche d'un thriller très américain, écrit par un frenchy bien de chez nous), cet album en est une belle adaptation. Le bouquin original était un peu longuet, voire touffu, et le format de la BD oblige à réduire, à mettre en avant certains aspects, certains moments et à en occulter d'autres. Cela ne nuit nullement au récit mais PF Radice nous propose plutôt, avec intelligence, sa relecture personnelle de l'original. Le résultat est un sacré bon roman noir qui ravira les fans de Morgiève mais qui surtout pourra plaire à tous ceux qui n'ont pas encore lu Le Cherokee. Sacrée réussite. Un excellent polar en images qui se balance au rythme chaloupé du pickup bringuebalant sur les pistes, celui des rednecks des hauts plateaux. Le noir et blanc est très à la mode et le dessin de PF Radice est un crayonnage aux dégradés de gris du plus bel effet qui sert parfaitement le propos un peu sombre de cette histoire qui est tout sauf un conte de fées. Le grand format (22 x 32) laisse une large place aux dessins qui ne se laissent pas envahir par les phylactères, pourtant nombreux. Avec sa couverture originale et réussie, l'album est un bel objet de plus de 200 grandes pages tirées sur papier épais.
L'Héritage fossile
Je rejoins l'enthousiasme général concernant cet album, que je n'aurais sans doute pas lu sans les critiques ici... et si je n'avais pas déjà lu et beaucoup aimé "Jean-doux et le mystère de la disquette molle" du même auteur. Changement radical d'ambiance et de style ici. Exit le genre loufoque de Jean-Doux, on embarque dans un récit de SF pur, à la découverte d'une planète à l'autre bout du système solaire. L'humanité doit la coloniser pour assurer la survie de notre espèce. Ca ressemble à un pitch déjà lu pas mal de fois, et ce n'est pas forcément le type de récit qui m'attire de prime abord. Pourtant ça fonctionne hyper bien ici et on se prend vraiment à l'histoire. La narration est sacrément bien fichue. C'est pas dense en dialogue, on suit un homme et une petite fille qui déambulent sur cette planète. On ne sait pas trop ce qu'ils recherchent, la petite fille est curieuse et questionne l'homme sur ses origines. Il est plutôt avare en réponse et cela entretien un vent de mystère plutôt agréable. En alternance avec ces passages, on a droit a un autre arc narratif qui raconte le voyage spatial des 4 colons originaux. Evidement le voyage ne va pas se passer comme prévu. L'auteur a su me séduire avec son idée de fossilisation à travers le temps. Les situations qui en découlent et les questions éthiques que doivent se poser nos astronautes pour assurer, non pas leur propre survie, mais celle de l'espèce humaine sont saisissantes. La tension va crescendo, et l'envie de connaitre le dénouement ne fait qu'augmenter avec les pages qui défilent. Evidement les 2 histoires se rejoignent vers la fin. Et de quelle manière ! La aussi j'ai trouvé ça hyper malin, hyper efficace. Que dire des dernières pages ? Brutales, elles offrent un final majestueux à ce récit. Un sans faute, lecture vivement recommandée.
Sous Terre
Apprendre en s'amusant dans une histoire atypique : chouette ! Si je chipotais : le vrai dieu Hadès ne se comporterait pas si mal, il ne passe pas, lui, son temps à enlever, violer et s'amuser des mortels d'une façon ou d'une autre, un des dieux les plus juste qui soit, mais passons. On apprend les mécanismes du vivant, donc, et que le dieu soit désagréable fait passer sur la question de mais comment nourrir les masses humaines sans polluer ? Un indifférent aux humains s'en moque bien, à l'instar de bien des écolos se moquant totalement du sort des peuples premiers qu'on ne met en avant que pour défendre des milieux soi-disant sauvages, sans humains… dont ils expulsent les habitants immémoriaux pour faire des réserves naturelles : https://www.survivalinternational.fr/sur/refugies-de-la-conservation https://www.courrierinternational.com/article/2007/02/22/les-tribus-victimes-de-l-ecologie Les écolos sacralisant la nature sont comme les multinationales qu'ils critiquent ? Non, ils les battent à plate couture en hypocrisie, et en plus, ils ont moins de contre-pouvoir que ces dernières donc une bien plus grande marge d'abus qu'elles. Un nouveau problème documenté par des livres d'enquête et replacés dans le contexte de la vision occidentale de la nature. Bref, mais ne faisons pas ce procès à une bd bien innocente, en comparaison ! Elle ne se mêle pas de politique, elle instruit et fait réfléchir avec un dessin que je trouve adapté à défaut d'être beau. Et le dynamisme de l'action ! Et le retournement final ! Bravo.
Salade César
César est un couillon au mental d'enfant de dix ans, et Brutus n'en peut plus de ses conneries. C'est décidé, il va mettre en place un complot pour l'assassiner, pour le bien de Rome. Sauf que ses complices sont tous aussi couillons. Je découvre le duo Karibou et Duparcmeur avec cet album, et il donne très envie de lire leurs autres productions. Humour absurde et percutant, élégance du dessin et efficacité de la mise en scène se combinent ici pour un résultat qui m'a fait éclater de rire à de nombreuses reprises. Graphiquement, on est sur un dessin réaliste, volontairement figé et minimaliste, en bichromie bleutée, utilisant régulièrement l'itération iconique. Les décors sont souvent vides, mais les personnages sont très soignés et très réussis, et leurs airs impassibles accentuent le côté pince-sans-rire de l'humour. Cela rappelle clairement les BD de Fabcaro, et ce choix fonctionne bien ici : le dessin s'efface au profit du texte et renforce même l'absurdité des dialogues par son extrême neutralité. La lecture est fluide, les personnages immédiatement identifiables, et la mise en scène reste claire malgré la simplicité du dispositif. L'humour repose essentiellement sur l'absurde, les anachronismes et les dialogues. César est constamment en décalage avec les situations, et c'est souvent dans ce contraste que les gags fonctionnent le mieux. J'ai apprécié que l'humour ne repose pas uniquement sur la chute finale, mais aussi sur le déroulement même des scènes et des échanges, avec des situations qui dégénèrent progressivement. Les running gags sont présents mais restent globalement maîtrisés, sans jamais devenir trop lourds. Tout n'est pas parfaitement équilibré pour autant. La volonté de relier tous ces gags afin d'en faire une histoire continue entraîne quelques baisses de rythme, surtout sur la fin, où l'assassinat s'étire un peu trop. J'ai beaucoup ri sur certains gags et situations, simplement souri sur d'autres, et quelques pages tombent légèrement à plat, mais l'ensemble demeure globalement très réussi. Si l'on aime l'humour absurde, le contraste entre des personnages très sérieux et des situations loufoques, ainsi qu'une relecture anachronique de l'Histoire, c'est clairement une lecture recommandable.