Une bonne surprise que cette adaptation d'un roman que je connaissais pas !
Au début, on dirait que les thèmes de l'album porteront uniquement sur l'écriture et la littérature en général. En effet, le héros est un apprenti-écrivain qui va délibérément s'installer sur l'ile où vit un grand écrivain qui a abandonné l'écriture depuis 30 ans et qui vit en recluse. On s’attend tout bonnement à ce que petit à petit le héros va finir par se lier d'amitié avec l'écrivain et peut-être finir par apprendre pourquoi plusieurs décennies auparavant il a tout laissé tombé. Et puis soudainement il y a un meurtre et une mystérieuse journaliste apparait et tourne autour de l'écrivain et ce dernier semble cacher un gros secret.
Le scénario est prenant et le fait que cela soit bavard ne m'a pas dérangé parce que c'est très bien écrit. Des éléments qui semblent n'avoir aucun lien ensembles finissent par s'assembler et former un tout cohérent. L'histoire se révèle bien tordu et c'est un truc que j'aime bien lorsqu'il s'agit de polar. Évidemment, on n'échappe pas à quelques facilités scénaristiques (il y a quelques trop gros coïncidences à mon gout) et la fin arrive un peu trop brutalement, mais globalement c'est un bon polar.
Je suis tout de même un peu mitigé au sujet du dessin que j'ai trouvé inégale selon les cases. Par moment, c'est même un peu moche (je pense surtout au molosse qui est bien laid). Heureusement, c'est lisible.
Je ne connaissais pas encore Mattotti et j'espérais trouver une adaptation plus consensuelle du célèbre roman de R. L. Stevenson. Cependant, il s'agit d'une succession de tableaux expressionnistes, bons pour être exposés dans une galerie. C'est de l'art, oui, mais cela laisse beaucoup à désirer en tant que bande dessinée. Ce fut un choc et une déception pour laquelle je n'étais pas préparé.
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J'ai eu un poids sur la conscience, qui ne m'a pas quitté depuis que j'ai donné la note. J'ai relu l'histoire et regardé sérieusement les dessins. C'est de l'expressionnisme, bien sûr ! Georg Grosz, Otto Dix... Et l'intrigue ne s'en sort pas si mal. Ce n'était pas ce que j'attendais à l'époque, mais ça a de la valeur, je le reconnais aujourd'hui.
J'ai terminé de relire les deux albums et j'aime beaucoup. À l'époque, j'avais surtout apprécié les dessins, mais maintenant les sentiments et les émotions ont plus de poids. Le voyage en Italie est principalement un voyage au fond de soi, pour Art. J'ai été satisfait d'un certain bonheur qu'il a atteint. Au contraire, une certaine tristesse finale est restée en moi à propos de Shirley et beaucoup de peine pour Ian. Tout est dessiné avec une grande sensibilité par Cosey. Je ne suis pas très porté à exprimer mes émotions mais ici l'anonymat aide. Je trouve que l'image des couvertures, combinée, est très réussie.
Sam ! Regarde ! Elle a 6 étoiles sur son casque !
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Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Son édition originale date de 2026. Il a été réalisé par Michaël Salanville pour le scénario, le dessin, la couleur. Il comporte cent soixante-quatre planches de bande dessinée. Ce bédéaste a également réalisé ou participé aux séries Banana Sioule, Hollywood Jan, Lastman, Rocher Rouge.
Sur une aire d’autoroute, sous un beau soleil, dans le sud de la France non loin de la frontière avec l’Italie, le deux août 2023. La famille Sola fait une pause : le père, la mère, la grande adolescente Jolène de quatorze ans, Samantha la préadolescente, et la petite Mila qui voyage encore dans son siège enfant. Samantha est en train de rabrouer un autre enfant qui a poussé la petite Mila dans le toboggan. La maman appelle à la table de piquenique, en appâtant sa fille avec des pains au chocolat. Mila trempe ses doigts dans sa confiture, Jolène mange un chausson aux pommes. Les parents s’informent sur la suite du voyage : la météo annonce de la pluie pour tout le reste du trajet, il reste quatre-cents kilomètres à parcourir. Samantha ironise sur les papas avec leur voiture, le père sur les mamans et les distances de freinage, sur le fait que leur voiture soit équipée de pneus quatre saisons. Jolène joue sur sa console, Samantha prend la mouche et va s’isoler sous le toboggan, le père propose à Samantha de conduire, ce qu’elle décline. Le temps est venu de regagner la voiture, la maman s’assurant que tout le monde est passé aux toilettes. Et la petite famille reprend la route.
Rapidement Samantha demande s’ils sont bientôt arrivés, Mila remarque qu’il y a un géant chameau caché dans le paysage, Jolène joue sur sa console et refuse de jouer au jeu des animaux avec sa sœur. Le père accepte et ils commencent chacun leur tour énoncer un nom d’animal commençant par la lettre M. Très soudainement, leur Volvo se fait doubler par une Porsche circulant à toute allure. La maman porte un jugement de valeur : Une voiture aussi puissante sur des routes limitées à 130km/h… sur une planète à l’agonie… bien ! Samantha s’exclame qu’ils s’apprêtent à passer les 1.000 tunnels de l’Enfer ! Le père rectifie : une dizaine seulement. Le véhicule traverse le premier tunnel et Samantha fait mine qu’elle est un commandant de vaisseau spatial : On est à la dérive dans le vide spatial, on a totalement dépassé les limites de l’univers ! La famille sort du premier tunnel et s’apprête à pénétrer dans le second, la jeune fille reprenant son rôle. Le père s’est assoupi, il se réveille et demande à son épouse qui conduit, si son mal de dos s’est atténué. Ils roulent maintenant sur une petite route, avec un lac magnifique en contrebas dont la couleur de l’eau est sublime. Le papa ne saurait même pas dire si c’est bleu ou vert. Il remarque également que le GPS ne fonctionne plus, et la maman lui fait observer qu’elle n’a pas vu de panneaux depuis un long moment. Ils décident de s’arrêter dans cinq minutes. La Volvo est à nouveau doublée par un bolide, indistinct, émettant un boucan énorme mais pas reconnaissable.
Une couverture très étrange, avec une partie métallisée, une voiture qui semble collée au sol et à l’envers, et les personnages humains qui tombent sous l’effet de la gravité dans une zone qui correspond au ciel. Troublant. La narration commence avec une image en pleine page, des traits de contour très fins rendant l’image immédiatement lisible, des couleurs en aplats, avec quelques ombres portées. Cela donne une sensation d’image très simple, facile à lire, avec la sensation qu’elle présente une faible densité d’informations visuelles. Le lecteur tourne la page et la sensation de surface se confirme avec le choix de représentation des personnages. Des traits de contour toujours aussi fins, des couleurs en aplats, et une façon de dessiner empruntant à la fois au manga et aux bandes dessinées jeunesse. Cette sensibilité graphique se poursuit tout du long de l’ouvrage, dans une réussite remarquable, une apparence totalement intégrée, ayant assimilé ses influences d’origine, sans les singer, pour une expérience de lecture rapide, expressive et particulièrement dynamique. Une partie significative du récit, en termes de pagination, se focalise sur une forme de course de voitures spectaculaire, avec des carambolages brutaux. Les choix esthétiques servent à merveille ces moments de course-poursuite pour le mouvement des véhicules. En même temps, en y regardant de plus près, le lecteur constate que les techniques manga sont intégrées à d’autres, comme le jeu des couleurs pour des explosions d’une violence inouïe.
Le lecteur peut se trouver un peu déstabilisé par la structure narrative. L’auteur commence par installer la normalité de cette famille, en donnant une touche de personnalité à chacun, assez légère : la toute jeune Mila avec ses réactions émotionnelles et basiques, Samantha commençant à être en phase d’opposition et de colère, Jolène déjà plus autonome avec un sens des responsabilités consistant, les parents attentionnés et bienveillants, avec une touche d’homme qui contient ses émotions et fait face avec vaillance aux épreuves, et son épouse plus maternelle tout en étant également dans l’action et le courage. Puis une fois à la sortie du second tunnel en page vingt-cinq, l’action prend le dessus, mâtinée de suspense façon thriller. Le récit alterne entre l’angoisse qui monte dans la voiture chez les parents et les enfants qui ressentent qu’ils ne sont plus dans un environnement normal, ou lors d’un arrêt sur le bas-côté ou dans une station-service, et les moments de violence brusque et spectaculaire quand surgit un ou plusieurs de ces bolides mystérieux. En outre, dès la première page, le lecteur se rend compte que derrière l’évidence des images simplistes en apparence, se trouvent de nombreux détails donnant de la consistance aux lieux et aux personnages, ainsi qu’un art d’une efficacité redoutable de la mise en scène et du découpage. En fait cette première illustration en pleine qui montre une vue de dessus d’une aire d’autoroute et des voies de circulation comprend un nombre impressionnant d’informations. Pour commencer la vue elle-même épate par sa profondeur de champ, et l’intelligence visuelle avec laquelle elle montre la globalité de la zone. Le lecteur se rend compte qu’il peut s’y promener comme s’il circulait en voiture, ou comme piéton, à son choix. Cela va de l’auvent abritant les pompes, au bâtiment avec les commerces, jusqu’au petit village dans le lointain, en passant par le tunnel qui passe en-dessous des voies, et la table occupée par la famille Sola.
Cette capacité quasi surnaturelle à intégrer des détails pertinents et discrets se retrouve tout du long du récit : le modèle du toboggan et du pont suspendu de l’aire de jeux, le modèle de thermos, la tête de Bart Simpson comme porte-clé, l’exactitude des bretelles du siège bébé, l’emballage de la barre Twix, le câble spiralé des casques, les barres de renfort dans l’habitacle des bolides, le modèle de la petite cuillère pour bébé, la figurine de Bugs Bunny, les pinces à linge, les fauteuils de jardin en plastique, etc. Dans le même temps, le dessinateur joue admirablement de la simplification des formes pour donner plus de force à une composition : les lignes horizontales de vitesse de la Porsche parallèles aux lignes de la route, les néons du tunnel, des arbres en ombre chinoise, un bolide mangé par l’ombre devenant une silhouette quasi abstraite, des cases en bichromie (le rouge sur le noir), des arrière-plans réalisés en couleur directe sans trait de contour, des jeux sur les couleurs vives, des onomatopées devenant prépondérantes dans une case, etc. Tout cela participe au dynamisme de la narration visuelle, à son impact, à l’incroyable puissance des bolides à chaque apparition, et à la brutalité des collisions. Cela fonctionne tout aussi bien pour l’épilogue, qui constitue un chapitre à part entière, une forme de retrouvailles dix ans plus tard dans une petite maison à la campagne, une émotion irrésistible.
L’élégance de la narration visuelle emporte le lecteur. Il comprend en tournant la page après la séquence des tunnels qu’il vient d’assister au passage d’un monde dans un autre, sans s’en rendre compte, et pourtant s’il revient une page en arrière, l’artiste le lui a clairement montré sans solution de continuité. Il se retrouve tout aussi angoissé que les membres de la famille par la soudaineté des passages des bolides, par le langage incompréhensible de leurs pilotes, par ce léger décalage avec la réalité normale. Il se tient sur le bord de son siège pour savoir si la famille va s’en sortir, tellement la narration visuelle emporte tout sur son passage. Dans le même temps, il a conscience d’une forme de familiarité, car le scénario est très linéaire : cette famille se retrouve sur une sorte de circuit automobile dans une course aux règles implicites, à conduire à fond comme… dans un jeu vidéo, une version plus réaliste de Mario Kart. Et d’ailleurs, c’est Jolène qui s’en sort bien pour la conduite dans cet environnement, elle qui jouait sur sa console sur la banquette arrière. De ce point de vue, la fin arrive sans surprise, pour le retour vers la normale, ce qui aurait rendu la bande dessinée très divertissante en même temps que vite oubliable… si elle s’arrêtait là. L’épilogue et la dédicace finale viennent apporter une consistance supplémentaire tirant le récit vers le drame avec une sensibilité poignante. La dédicace finale de l’auteur : Aux parents qui doivent vivre sans jamais leur(s) enfant(s). Aux parents qui ne les verront jamais revenir. Aux enfants qui pleurent. Quand l’heure du départ sera venue, emportez le bonheur et laissez-nous l’ennui.
Un récit à toute berzingue : une famille, le couple et leurs trois filles se retrouvent sur un circuit automobile de type jeu vidéo où la moindre erreur envoie valdinguer dans le décor avec perte et fracas. Une narration visuelle d’un dynamisme qui emporte tout, d’une facilité de lecture totale, tout en comprenant une densité d’informations insoupçonnable au premier regard. Une histoire rapide et linéaire, d’une efficacité formidable, qui acquiert une profondeur dramatique émouvante avec l’épilogue. Enthousiasmant et émouvant.
Pas aussi bien que le reste d'Orbital. Eh oui, le risque, quand on réduit la focale, avec un seul héros et un seul problème d'ailleurs banal, le sort de certains dominés avec la mafia et l'immigration comme espoir assez vain, est que… eh bien justement, le monde est bien moins riche, attrayant ! Les dessins, eux, restent de qualité, et c'est bien heureux.
Moi, je comprends pourquoi l'héroïne peu sympathique agrège autour d'elle : il y a une révolte latente chez les gens, sa colère peut entraîner en résonnance avec. Elle a certaines qualités de chef, et je rappelle en passant que les chefs ne sont pas toujours empathiques… Les gens les suivent parce qu'ils ne savent que faire, où aller, et qu'ils se mettent dans le sillage de qui suit un chemin. Enfin, sa jeunesse et son appartenance à la race humaine méprisée peuvent émouvoir des gens, par justice, parce qu'ils sont eux-mêmes méprisés ou pour le cumul de ces deux raisons. Par définition, dans les histoires héroïques, on favorise les cas où des gens réussissent des choses improbables. Cela ouvre l'imagination mais induit les gens en erreur, prenant l'exception pour la règle : comme on nettoie après les travaux, l'auteur devrait s'arranger pour rappeler qu'il n'en est rien. Créer un monde donne la responsabilité d'ouvrir à l'imaginaire, mais aussi de ne pas fermer les yeux sur la réalité du monde !
Bon, il y a du bon et du moins bon, je commence par quoi ?
Allez, disons le négatif, pour rester dans la note positive ensuite : la BD est un peu foutraque. C'est déjanté, pas très linéaire, ça part dans plein de sens, ce n'est pas une construction parfaitement droite et linéaire, un récit entrainant qui permet de comprendre les rouages d'une addiction. Faut s'accrocher, d'autant que la partie graphique est tout autant dans le conceptuel, osant et abusant des visuels, entrecoupés de textes qui se chevauchent et se télescopent, appelant à moult références pop culture qui feront parfois mouche et parfois non. Donc je recommanderais de regarder la galerie, de feuilleter et d'éventuellement ensuite accepter le style et se lancer dans la lecture.
Maintenant que c'est fini, passons à ce que j'en pense : j'ai adoré. C'est un livre qui m'évoque les références cités dedans. Ça part en tout sens comme du Bukowski qui vomit sa prose et son vin dans "Women", ça cite des références par palette juste pour la beauté du texte, de la sonorité, du bon mot et de la phrase qui claque. C'est pas du Molière, c'est du punk-rock alcoolisé qui sent les fonds de verre. Et ça parle, ça se déchaine visuellement, c'est du tout bon. Franchement, j'ai presque du mal à reconnaitre l'auteur de Il était une fois la famille - Systèmes familiaux et idéologie tant c'est inventif, fouillé, éloquent. Peut-être une plus grande liberté créative, peut-être un sujet plus proche, peut-être une volonté de s'amuser réellement. Mais franchement, j'ai adoré les visuels, ça claque et ça dépote. Continue comme ça et j'adhère à la suite sans mesure !
Et puis ça cite du Godspeed You ! Black Emperor dans les premières pages, enfin quelqu'un qui a le bon gout de reconnaitre ce groupe génial. Mais en dehors de toutes ces références balancées à la gueule du lecteur qui ne peut plus esquiver sous la masse, c'est un vrai récit d'alcoolique sincère et lucide. On ne dissèque pas les mécanismes, les effets ou les questions sur la place de l'alcool dans la société. C'est pas un traité d'addictologie, c'est un témoignage sous substance d'un type qui se soigne. Et l'alcool c'est pas cool, la cuite c'est triste, la dépendance c'est rude. On reconnait rarement ses déboires, mais la BD est touchante par la sincérité crue et presque violente de ce passé d'alcoolique qui fut le sien. Le déni, les rechutes, les soucis qui y ont conduit comme le poids de la famille ou un TDAH diagnostiqué tardivement (tiens, encore lui ! En même temps c'est un cas assez classique en addictologie ...), bref Terreur graphique parle de tout ce qu'est l'alcool pour lui. Pas de message au passé : un alcoolique le reste, c'est juste qu'il arrête de le boire. Mais l'alcool sera toujours là, le démon du verre le reprendra dès qu'il sera inattentif, et je reste toujours impressionné par la force morale de ceux qui arrivent à arrêter. Ce n'est pas si simple qu'on voudrait le croire ...
Cette BD, c'est une bonne tarte dans la gueule, le genre qu'on apprécie parce qu'elle est brute et sans concession, où qu'on déteste pour les mêmes raisons. Ça ne prend pas de gants pour montrer l'ampleur du carnage, la déchéance d'un homme miné par un mal ancestral, celui qu'on peine encore aujourd'hui à reconnaitre en face de nos amis, nos voisins, nos familles. "L'alcool et le tabac ont le droit de tuer, car aux comptes de l’État rapportent leurs deniers ...", peut-on chanter pour se rassurer. Après tout la BD se finit bien, non ?
Une BD à lire un verre de Kefir maison en main, une bonne citronnade triple sec ou un petit sirop sec si l'on a que ça. Parce qu'on a aussi le droit de ne pas boire, et souvent même le devoir. Un album qui m'a happé !
Dans Une nuit avec toi de Maran Hrachyan, on suit l’histoire de Brune, une jeune femme parisienne plutôt jolie. Comme beaucoup de femmes de son âge, Brune est angoissée lorsqu’elle se promène seule dans la rue. Alors qu’elle accepte de se laisser raccompagner par un ami en fin de soirée, Brune découvre que celui-ci est intéressé par elle et se montre de plus en plus insistant malgré ses refus. De cette situation (déjà vécue par de nombreuses femmes), la tension va monter et un drame (pas forcément là où on l’attendrait) va se produire, en découlera un véritable cauchemar pour Brune dont la situation ne fera qu’empirer.
Lorsque j’ai commencé à m’intéresser à la BD (contemporaine), je crois que cette BD a été la première à me faire un effet pareil. Plutôt que de nous expliquer ce que sont les VSS et l’importance du consentement, l’autrice parvient à nous faire ressentir l’insécurité ambiante que peut ressentir une femme dans des situations banales.
L’intrigue peut en effet paraître prévisible à certains passages mais l’intérêt se situe plutôt dans l’ambiance. Au premier regard, le dessin semble froid et peu agréable mais colle parfaitement au ton de la BD. La mise en scène et le rythme sont réussis, on prend plaisir à parcourir les planches (La BD se lit assez vite). La construction des planches est assez graphique avec peu de texte, on alterne entre gros plans (petites cases) et plans larges (cases plus grandes) ce qui renforce à mon sens le côté oppressant.
C'est via Le Poids des héros que j'ai connu David Sala. Une œuvre majestueuse, impressionnante et admirable visuellement, dont je regrettais le traitement scénaristique quelque peu maladroit, la faute à un enchevêtrement de thématiques ambitieuses et intimes imparfaitement agencées.
Avec Frankenstein, je me doutais que ce défaut disparaîtrait, le récit étant connu et limpide. Naturellement, quelques libertés scénaristiques sont prises avec l'œuvre de Shelley et Sala choisit de se focaliser sur la thématique de la vengeance, guidée par la colère née du violent rejet.
Côté illustrations, c'est à nouveau d'une puissance graphique incroyable, avec des hommages notamment aux peintures de Bacon, Schiele et Van Gogh. D'une beauté indéniable quand l'auteur fait le choix de couleurs froides, d'un mauvais goût intéressant dans les rares pages chaudement colorées renvoyant à l'humeur alors légère du monstre mélancolique.
Grandiose lorsque le récit parvient à associer le thriller à un sentiment d'urgence (la scène du retour à l'hôtel pour sauver sa femme), quand l'horreur est adoucie par une inattendue mélancolie, le récit est malheureusement un peu moins abouti quand il illustre froidement une implacable et inéluctable vengeance ou quand il tente d'associer le monstre à une tendre naïveté toute enfantine.
Que le chef-d'œuvre soit de peu loupé importe peu : ce roman graphique est une merveille, d'une puissance rare, imprégnant durablement nos rétines.
Jack Kirby est sans contredit l'une des figures les plus importants des comics books américains. Tout le long de sa carrière il va créer des personnages qui sont encore utilisés de nos jours et c'est lui qui a fait de la petite firme Marvel un des deux géants de l'industrie américaine.
Je connaissais déjà les grandes lignes de la vie de Kirby et je n'ai pas apprit grand chose de plus avec cette biographie, mais le récit est tellement prenant que cela ne m'a pas dérangé. L'auteur a fait beaucoup de recherches pour présenter la vie d'un grand dessinateur dont certains moments de sa vie sont controversé (encore aujourd'hui, il y a pleins de débats sur qui a vraiment fait quoi dans le duo Lee-Kirby). Cela dit, je n'ai pas trop aimé comment Scioli semble facilement croire tout ce que Joe Simon dit alors que tout comme Stan Lee, Simon avait tendance à jouer avec la vérité et à exagérer son rôle de créateur dans les années du duo Kirby-Simon. Je prends donc tout ce qu'il dit, notamment la scène qui explique pourquoi lui et Kirby se sont fait virer de Marvel dans les années 40 et la raison pourquoi Kirby a décidé de détester Stan Lee pour toute sa vie avec un gros grain de sel.
Au travers la vie de Kirby, on voit toute une partie de l'histoire du comics books et notamment comment tant de créateurs ont été pressé comme des citrons pour créer des personnages pour ensuite être jeté lorsqu'ils sont vieux et que des jeunes ont prit leur place. Et comme les personnages appartiennent à l'éditeur, c'est lui qui empoche tous les bénéfices. Il y a plusieurs situations vraiment révoltantes dans ce comics.
Quant au dessin, je l'ai bien aimé sauf pour un détail: avant d'avoir les cheveux gris, Kirby semble continuellement être un jeune enfant de 10-12 ans. Je sais qu’il n’était pas très grand de taille, mais là il ne change pratiquement pas de tête pendant des décennies et voir un type travailler ou aller à la guerre alors qu'on dirait qu'il a à peine atteint l'âge de la puberté cela donne une impression bizarre.
Germain, dix ans, rédige ses mémoires à la machine à écrire en revenant sur d'importants souvenirs de son enfance, qui dissimulent peu à peu un drame plus profond.
Cet album bénéficie d'une construction narrative originale et assez amusante. En se regardant lui-même comme un écrivain à l'ancienne, Germain raconte ses petites bêtises, ses maladresses et ses découvertes avec une candeur désarmante, sans toujours mesurer la portée des événements qui l'entourent, ce qui rend certains passages à la fois drôles et touchants. Chaque souvenir fonctionne comme une petite histoire indépendante, douce-amère, où l'humour et la spontanéité de l'enfance côtoient discrètement des réalités bien plus graves.
Ce procédé ainsi que le dessin de Valérie Vernay m'a fait penser au Petit Nicolas de Sempé et Goscinny. On retrouve cette même simplicité apparente, ces visages expressifs et cette capacité à observer le monde à hauteur d'enfant. Mais ici, c'est un Petit Nicolas plus mélancolique, traversé par le deuil, la culpabilité et la peur de grandir. La comparaison s'arrête là, mais j'ai retrouvé cette même justesse de ton qui permet d'aborder des sujets forts avec suffisamment de légèreté pour ne jamais sombrer dans le pathos.
J'ai été doucement touché au début, puis de plus en plus au fil des pages à mesure que le puzzle se reconstituait. Vincent Zabus fait preuve d'une belle sensibilité dans son écriture et parvient à évoquer des thèmes difficiles avec beaucoup de pudeur. L'émotion est bien présente, parfois même bouleversante, mais elle reste toujours accompagnée d'un léger sourire, un peu jaune parfois, qui empêche le récit de devenir écrasant.
Une très belle bande dessinée, tendre, délicate et profondément humaine, qui parle du deuil et de l'enfance avec finesse et légèreté.
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La Vie Secrète des écrivains
Une bonne surprise que cette adaptation d'un roman que je connaissais pas ! Au début, on dirait que les thèmes de l'album porteront uniquement sur l'écriture et la littérature en général. En effet, le héros est un apprenti-écrivain qui va délibérément s'installer sur l'ile où vit un grand écrivain qui a abandonné l'écriture depuis 30 ans et qui vit en recluse. On s’attend tout bonnement à ce que petit à petit le héros va finir par se lier d'amitié avec l'écrivain et peut-être finir par apprendre pourquoi plusieurs décennies auparavant il a tout laissé tombé. Et puis soudainement il y a un meurtre et une mystérieuse journaliste apparait et tourne autour de l'écrivain et ce dernier semble cacher un gros secret. Le scénario est prenant et le fait que cela soit bavard ne m'a pas dérangé parce que c'est très bien écrit. Des éléments qui semblent n'avoir aucun lien ensembles finissent par s'assembler et former un tout cohérent. L'histoire se révèle bien tordu et c'est un truc que j'aime bien lorsqu'il s'agit de polar. Évidemment, on n'échappe pas à quelques facilités scénaristiques (il y a quelques trop gros coïncidences à mon gout) et la fin arrive un peu trop brutalement, mais globalement c'est un bon polar. Je suis tout de même un peu mitigé au sujet du dessin que j'ai trouvé inégale selon les cases. Par moment, c'est même un peu moche (je pense surtout au molosse qui est bien laid). Heureusement, c'est lisible.
Docteur Jekyll & Mister Hyde
Je ne connaissais pas encore Mattotti et j'espérais trouver une adaptation plus consensuelle du célèbre roman de R. L. Stevenson. Cependant, il s'agit d'une succession de tableaux expressionnistes, bons pour être exposés dans une galerie. C'est de l'art, oui, mais cela laisse beaucoup à désirer en tant que bande dessinée. Ce fut un choc et une déception pour laquelle je n'étais pas préparé. ________________________________________________________________________________________ J'ai eu un poids sur la conscience, qui ne m'a pas quitté depuis que j'ai donné la note. J'ai relu l'histoire et regardé sérieusement les dessins. C'est de l'expressionnisme, bien sûr ! Georg Grosz, Otto Dix... Et l'intrigue ne s'en sort pas si mal. Ce n'était pas ce que j'attendais à l'époque, mais ça a de la valeur, je le reconnais aujourd'hui.
Le Voyage en Italie
J'ai terminé de relire les deux albums et j'aime beaucoup. À l'époque, j'avais surtout apprécié les dessins, mais maintenant les sentiments et les émotions ont plus de poids. Le voyage en Italie est principalement un voyage au fond de soi, pour Art. J'ai été satisfait d'un certain bonheur qu'il a atteint. Au contraire, une certaine tristesse finale est restée en moi à propos de Shirley et beaucoup de peine pour Ian. Tout est dessiné avec une grande sensibilité par Cosey. Je ne suis pas très porté à exprimer mes émotions mais ici l'anonymat aide. Je trouve que l'image des couvertures, combinée, est très réussie.
Tunnels (Sanlaville)
Sam ! Regarde ! Elle a 6 étoiles sur son casque ! - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Son édition originale date de 2026. Il a été réalisé par Michaël Salanville pour le scénario, le dessin, la couleur. Il comporte cent soixante-quatre planches de bande dessinée. Ce bédéaste a également réalisé ou participé aux séries Banana Sioule, Hollywood Jan, Lastman, Rocher Rouge. Sur une aire d’autoroute, sous un beau soleil, dans le sud de la France non loin de la frontière avec l’Italie, le deux août 2023. La famille Sola fait une pause : le père, la mère, la grande adolescente Jolène de quatorze ans, Samantha la préadolescente, et la petite Mila qui voyage encore dans son siège enfant. Samantha est en train de rabrouer un autre enfant qui a poussé la petite Mila dans le toboggan. La maman appelle à la table de piquenique, en appâtant sa fille avec des pains au chocolat. Mila trempe ses doigts dans sa confiture, Jolène mange un chausson aux pommes. Les parents s’informent sur la suite du voyage : la météo annonce de la pluie pour tout le reste du trajet, il reste quatre-cents kilomètres à parcourir. Samantha ironise sur les papas avec leur voiture, le père sur les mamans et les distances de freinage, sur le fait que leur voiture soit équipée de pneus quatre saisons. Jolène joue sur sa console, Samantha prend la mouche et va s’isoler sous le toboggan, le père propose à Samantha de conduire, ce qu’elle décline. Le temps est venu de regagner la voiture, la maman s’assurant que tout le monde est passé aux toilettes. Et la petite famille reprend la route. Rapidement Samantha demande s’ils sont bientôt arrivés, Mila remarque qu’il y a un géant chameau caché dans le paysage, Jolène joue sur sa console et refuse de jouer au jeu des animaux avec sa sœur. Le père accepte et ils commencent chacun leur tour énoncer un nom d’animal commençant par la lettre M. Très soudainement, leur Volvo se fait doubler par une Porsche circulant à toute allure. La maman porte un jugement de valeur : Une voiture aussi puissante sur des routes limitées à 130km/h… sur une planète à l’agonie… bien ! Samantha s’exclame qu’ils s’apprêtent à passer les 1.000 tunnels de l’Enfer ! Le père rectifie : une dizaine seulement. Le véhicule traverse le premier tunnel et Samantha fait mine qu’elle est un commandant de vaisseau spatial : On est à la dérive dans le vide spatial, on a totalement dépassé les limites de l’univers ! La famille sort du premier tunnel et s’apprête à pénétrer dans le second, la jeune fille reprenant son rôle. Le père s’est assoupi, il se réveille et demande à son épouse qui conduit, si son mal de dos s’est atténué. Ils roulent maintenant sur une petite route, avec un lac magnifique en contrebas dont la couleur de l’eau est sublime. Le papa ne saurait même pas dire si c’est bleu ou vert. Il remarque également que le GPS ne fonctionne plus, et la maman lui fait observer qu’elle n’a pas vu de panneaux depuis un long moment. Ils décident de s’arrêter dans cinq minutes. La Volvo est à nouveau doublée par un bolide, indistinct, émettant un boucan énorme mais pas reconnaissable. Une couverture très étrange, avec une partie métallisée, une voiture qui semble collée au sol et à l’envers, et les personnages humains qui tombent sous l’effet de la gravité dans une zone qui correspond au ciel. Troublant. La narration commence avec une image en pleine page, des traits de contour très fins rendant l’image immédiatement lisible, des couleurs en aplats, avec quelques ombres portées. Cela donne une sensation d’image très simple, facile à lire, avec la sensation qu’elle présente une faible densité d’informations visuelles. Le lecteur tourne la page et la sensation de surface se confirme avec le choix de représentation des personnages. Des traits de contour toujours aussi fins, des couleurs en aplats, et une façon de dessiner empruntant à la fois au manga et aux bandes dessinées jeunesse. Cette sensibilité graphique se poursuit tout du long de l’ouvrage, dans une réussite remarquable, une apparence totalement intégrée, ayant assimilé ses influences d’origine, sans les singer, pour une expérience de lecture rapide, expressive et particulièrement dynamique. Une partie significative du récit, en termes de pagination, se focalise sur une forme de course de voitures spectaculaire, avec des carambolages brutaux. Les choix esthétiques servent à merveille ces moments de course-poursuite pour le mouvement des véhicules. En même temps, en y regardant de plus près, le lecteur constate que les techniques manga sont intégrées à d’autres, comme le jeu des couleurs pour des explosions d’une violence inouïe. Le lecteur peut se trouver un peu déstabilisé par la structure narrative. L’auteur commence par installer la normalité de cette famille, en donnant une touche de personnalité à chacun, assez légère : la toute jeune Mila avec ses réactions émotionnelles et basiques, Samantha commençant à être en phase d’opposition et de colère, Jolène déjà plus autonome avec un sens des responsabilités consistant, les parents attentionnés et bienveillants, avec une touche d’homme qui contient ses émotions et fait face avec vaillance aux épreuves, et son épouse plus maternelle tout en étant également dans l’action et le courage. Puis une fois à la sortie du second tunnel en page vingt-cinq, l’action prend le dessus, mâtinée de suspense façon thriller. Le récit alterne entre l’angoisse qui monte dans la voiture chez les parents et les enfants qui ressentent qu’ils ne sont plus dans un environnement normal, ou lors d’un arrêt sur le bas-côté ou dans une station-service, et les moments de violence brusque et spectaculaire quand surgit un ou plusieurs de ces bolides mystérieux. En outre, dès la première page, le lecteur se rend compte que derrière l’évidence des images simplistes en apparence, se trouvent de nombreux détails donnant de la consistance aux lieux et aux personnages, ainsi qu’un art d’une efficacité redoutable de la mise en scène et du découpage. En fait cette première illustration en pleine qui montre une vue de dessus d’une aire d’autoroute et des voies de circulation comprend un nombre impressionnant d’informations. Pour commencer la vue elle-même épate par sa profondeur de champ, et l’intelligence visuelle avec laquelle elle montre la globalité de la zone. Le lecteur se rend compte qu’il peut s’y promener comme s’il circulait en voiture, ou comme piéton, à son choix. Cela va de l’auvent abritant les pompes, au bâtiment avec les commerces, jusqu’au petit village dans le lointain, en passant par le tunnel qui passe en-dessous des voies, et la table occupée par la famille Sola. Cette capacité quasi surnaturelle à intégrer des détails pertinents et discrets se retrouve tout du long du récit : le modèle du toboggan et du pont suspendu de l’aire de jeux, le modèle de thermos, la tête de Bart Simpson comme porte-clé, l’exactitude des bretelles du siège bébé, l’emballage de la barre Twix, le câble spiralé des casques, les barres de renfort dans l’habitacle des bolides, le modèle de la petite cuillère pour bébé, la figurine de Bugs Bunny, les pinces à linge, les fauteuils de jardin en plastique, etc. Dans le même temps, le dessinateur joue admirablement de la simplification des formes pour donner plus de force à une composition : les lignes horizontales de vitesse de la Porsche parallèles aux lignes de la route, les néons du tunnel, des arbres en ombre chinoise, un bolide mangé par l’ombre devenant une silhouette quasi abstraite, des cases en bichromie (le rouge sur le noir), des arrière-plans réalisés en couleur directe sans trait de contour, des jeux sur les couleurs vives, des onomatopées devenant prépondérantes dans une case, etc. Tout cela participe au dynamisme de la narration visuelle, à son impact, à l’incroyable puissance des bolides à chaque apparition, et à la brutalité des collisions. Cela fonctionne tout aussi bien pour l’épilogue, qui constitue un chapitre à part entière, une forme de retrouvailles dix ans plus tard dans une petite maison à la campagne, une émotion irrésistible. L’élégance de la narration visuelle emporte le lecteur. Il comprend en tournant la page après la séquence des tunnels qu’il vient d’assister au passage d’un monde dans un autre, sans s’en rendre compte, et pourtant s’il revient une page en arrière, l’artiste le lui a clairement montré sans solution de continuité. Il se retrouve tout aussi angoissé que les membres de la famille par la soudaineté des passages des bolides, par le langage incompréhensible de leurs pilotes, par ce léger décalage avec la réalité normale. Il se tient sur le bord de son siège pour savoir si la famille va s’en sortir, tellement la narration visuelle emporte tout sur son passage. Dans le même temps, il a conscience d’une forme de familiarité, car le scénario est très linéaire : cette famille se retrouve sur une sorte de circuit automobile dans une course aux règles implicites, à conduire à fond comme… dans un jeu vidéo, une version plus réaliste de Mario Kart. Et d’ailleurs, c’est Jolène qui s’en sort bien pour la conduite dans cet environnement, elle qui jouait sur sa console sur la banquette arrière. De ce point de vue, la fin arrive sans surprise, pour le retour vers la normale, ce qui aurait rendu la bande dessinée très divertissante en même temps que vite oubliable… si elle s’arrêtait là. L’épilogue et la dédicace finale viennent apporter une consistance supplémentaire tirant le récit vers le drame avec une sensibilité poignante. La dédicace finale de l’auteur : Aux parents qui doivent vivre sans jamais leur(s) enfant(s). Aux parents qui ne les verront jamais revenir. Aux enfants qui pleurent. Quand l’heure du départ sera venue, emportez le bonheur et laissez-nous l’ennui. Un récit à toute berzingue : une famille, le couple et leurs trois filles se retrouvent sur un circuit automobile de type jeu vidéo où la moindre erreur envoie valdinguer dans le décor avec perte et fracas. Une narration visuelle d’un dynamisme qui emporte tout, d’une facilité de lecture totale, tout en comprenant une densité d’informations insoupçonnable au premier regard. Une histoire rapide et linéaire, d’une efficacité formidable, qui acquiert une profondeur dramatique émouvante avec l’épilogue. Enthousiasmant et émouvant.
Outlaws
Pas aussi bien que le reste d'Orbital. Eh oui, le risque, quand on réduit la focale, avec un seul héros et un seul problème d'ailleurs banal, le sort de certains dominés avec la mafia et l'immigration comme espoir assez vain, est que… eh bien justement, le monde est bien moins riche, attrayant ! Les dessins, eux, restent de qualité, et c'est bien heureux. Moi, je comprends pourquoi l'héroïne peu sympathique agrège autour d'elle : il y a une révolte latente chez les gens, sa colère peut entraîner en résonnance avec. Elle a certaines qualités de chef, et je rappelle en passant que les chefs ne sont pas toujours empathiques… Les gens les suivent parce qu'ils ne savent que faire, où aller, et qu'ils se mettent dans le sillage de qui suit un chemin. Enfin, sa jeunesse et son appartenance à la race humaine méprisée peuvent émouvoir des gens, par justice, parce qu'ils sont eux-mêmes méprisés ou pour le cumul de ces deux raisons. Par définition, dans les histoires héroïques, on favorise les cas où des gens réussissent des choses improbables. Cela ouvre l'imagination mais induit les gens en erreur, prenant l'exception pour la règle : comme on nettoie après les travaux, l'auteur devrait s'arranger pour rappeler qu'il n'en est rien. Créer un monde donne la responsabilité d'ouvrir à l'imaginaire, mais aussi de ne pas fermer les yeux sur la réalité du monde !
L'Addiction s'il vous plaît !
Bon, il y a du bon et du moins bon, je commence par quoi ? Allez, disons le négatif, pour rester dans la note positive ensuite : la BD est un peu foutraque. C'est déjanté, pas très linéaire, ça part dans plein de sens, ce n'est pas une construction parfaitement droite et linéaire, un récit entrainant qui permet de comprendre les rouages d'une addiction. Faut s'accrocher, d'autant que la partie graphique est tout autant dans le conceptuel, osant et abusant des visuels, entrecoupés de textes qui se chevauchent et se télescopent, appelant à moult références pop culture qui feront parfois mouche et parfois non. Donc je recommanderais de regarder la galerie, de feuilleter et d'éventuellement ensuite accepter le style et se lancer dans la lecture. Maintenant que c'est fini, passons à ce que j'en pense : j'ai adoré. C'est un livre qui m'évoque les références cités dedans. Ça part en tout sens comme du Bukowski qui vomit sa prose et son vin dans "Women", ça cite des références par palette juste pour la beauté du texte, de la sonorité, du bon mot et de la phrase qui claque. C'est pas du Molière, c'est du punk-rock alcoolisé qui sent les fonds de verre. Et ça parle, ça se déchaine visuellement, c'est du tout bon. Franchement, j'ai presque du mal à reconnaitre l'auteur de Il était une fois la famille - Systèmes familiaux et idéologie tant c'est inventif, fouillé, éloquent. Peut-être une plus grande liberté créative, peut-être un sujet plus proche, peut-être une volonté de s'amuser réellement. Mais franchement, j'ai adoré les visuels, ça claque et ça dépote. Continue comme ça et j'adhère à la suite sans mesure ! Et puis ça cite du Godspeed You ! Black Emperor dans les premières pages, enfin quelqu'un qui a le bon gout de reconnaitre ce groupe génial. Mais en dehors de toutes ces références balancées à la gueule du lecteur qui ne peut plus esquiver sous la masse, c'est un vrai récit d'alcoolique sincère et lucide. On ne dissèque pas les mécanismes, les effets ou les questions sur la place de l'alcool dans la société. C'est pas un traité d'addictologie, c'est un témoignage sous substance d'un type qui se soigne. Et l'alcool c'est pas cool, la cuite c'est triste, la dépendance c'est rude. On reconnait rarement ses déboires, mais la BD est touchante par la sincérité crue et presque violente de ce passé d'alcoolique qui fut le sien. Le déni, les rechutes, les soucis qui y ont conduit comme le poids de la famille ou un TDAH diagnostiqué tardivement (tiens, encore lui ! En même temps c'est un cas assez classique en addictologie ...), bref Terreur graphique parle de tout ce qu'est l'alcool pour lui. Pas de message au passé : un alcoolique le reste, c'est juste qu'il arrête de le boire. Mais l'alcool sera toujours là, le démon du verre le reprendra dès qu'il sera inattentif, et je reste toujours impressionné par la force morale de ceux qui arrivent à arrêter. Ce n'est pas si simple qu'on voudrait le croire ... Cette BD, c'est une bonne tarte dans la gueule, le genre qu'on apprécie parce qu'elle est brute et sans concession, où qu'on déteste pour les mêmes raisons. Ça ne prend pas de gants pour montrer l'ampleur du carnage, la déchéance d'un homme miné par un mal ancestral, celui qu'on peine encore aujourd'hui à reconnaitre en face de nos amis, nos voisins, nos familles. "L'alcool et le tabac ont le droit de tuer, car aux comptes de l’État rapportent leurs deniers ...", peut-on chanter pour se rassurer. Après tout la BD se finit bien, non ? Une BD à lire un verre de Kefir maison en main, une bonne citronnade triple sec ou un petit sirop sec si l'on a que ça. Parce qu'on a aussi le droit de ne pas boire, et souvent même le devoir. Un album qui m'a happé !
Une nuit avec toi
Dans Une nuit avec toi de Maran Hrachyan, on suit l’histoire de Brune, une jeune femme parisienne plutôt jolie. Comme beaucoup de femmes de son âge, Brune est angoissée lorsqu’elle se promène seule dans la rue. Alors qu’elle accepte de se laisser raccompagner par un ami en fin de soirée, Brune découvre que celui-ci est intéressé par elle et se montre de plus en plus insistant malgré ses refus. De cette situation (déjà vécue par de nombreuses femmes), la tension va monter et un drame (pas forcément là où on l’attendrait) va se produire, en découlera un véritable cauchemar pour Brune dont la situation ne fera qu’empirer. Lorsque j’ai commencé à m’intéresser à la BD (contemporaine), je crois que cette BD a été la première à me faire un effet pareil. Plutôt que de nous expliquer ce que sont les VSS et l’importance du consentement, l’autrice parvient à nous faire ressentir l’insécurité ambiante que peut ressentir une femme dans des situations banales. L’intrigue peut en effet paraître prévisible à certains passages mais l’intérêt se situe plutôt dans l’ambiance. Au premier regard, le dessin semble froid et peu agréable mais colle parfaitement au ton de la BD. La mise en scène et le rythme sont réussis, on prend plaisir à parcourir les planches (La BD se lit assez vite). La construction des planches est assez graphique avec peu de texte, on alterne entre gros plans (petites cases) et plans larges (cases plus grandes) ce qui renforce à mon sens le côté oppressant.
Frankenstein (Sala)
C'est via Le Poids des héros que j'ai connu David Sala. Une œuvre majestueuse, impressionnante et admirable visuellement, dont je regrettais le traitement scénaristique quelque peu maladroit, la faute à un enchevêtrement de thématiques ambitieuses et intimes imparfaitement agencées. Avec Frankenstein, je me doutais que ce défaut disparaîtrait, le récit étant connu et limpide. Naturellement, quelques libertés scénaristiques sont prises avec l'œuvre de Shelley et Sala choisit de se focaliser sur la thématique de la vengeance, guidée par la colère née du violent rejet. Côté illustrations, c'est à nouveau d'une puissance graphique incroyable, avec des hommages notamment aux peintures de Bacon, Schiele et Van Gogh. D'une beauté indéniable quand l'auteur fait le choix de couleurs froides, d'un mauvais goût intéressant dans les rares pages chaudement colorées renvoyant à l'humeur alors légère du monstre mélancolique. Grandiose lorsque le récit parvient à associer le thriller à un sentiment d'urgence (la scène du retour à l'hôtel pour sauver sa femme), quand l'horreur est adoucie par une inattendue mélancolie, le récit est malheureusement un peu moins abouti quand il illustre froidement une implacable et inéluctable vengeance ou quand il tente d'associer le monstre à une tendre naïveté toute enfantine. Que le chef-d'œuvre soit de peu loupé importe peu : ce roman graphique est une merveille, d'une puissance rare, imprégnant durablement nos rétines.
La Vie extraordinaire de Jack Kirby
Jack Kirby est sans contredit l'une des figures les plus importants des comics books américains. Tout le long de sa carrière il va créer des personnages qui sont encore utilisés de nos jours et c'est lui qui a fait de la petite firme Marvel un des deux géants de l'industrie américaine. Je connaissais déjà les grandes lignes de la vie de Kirby et je n'ai pas apprit grand chose de plus avec cette biographie, mais le récit est tellement prenant que cela ne m'a pas dérangé. L'auteur a fait beaucoup de recherches pour présenter la vie d'un grand dessinateur dont certains moments de sa vie sont controversé (encore aujourd'hui, il y a pleins de débats sur qui a vraiment fait quoi dans le duo Lee-Kirby). Cela dit, je n'ai pas trop aimé comment Scioli semble facilement croire tout ce que Joe Simon dit alors que tout comme Stan Lee, Simon avait tendance à jouer avec la vérité et à exagérer son rôle de créateur dans les années du duo Kirby-Simon. Je prends donc tout ce qu'il dit, notamment la scène qui explique pourquoi lui et Kirby se sont fait virer de Marvel dans les années 40 et la raison pourquoi Kirby a décidé de détester Stan Lee pour toute sa vie avec un gros grain de sel. Au travers la vie de Kirby, on voit toute une partie de l'histoire du comics books et notamment comment tant de créateurs ont été pressé comme des citrons pour créer des personnages pour ensuite être jeté lorsqu'ils sont vieux et que des jeunes ont prit leur place. Et comme les personnages appartiennent à l'éditeur, c'est lui qui empoche tous les bénéfices. Il y a plusieurs situations vraiment révoltantes dans ce comics. Quant au dessin, je l'ai bien aimé sauf pour un détail: avant d'avoir les cheveux gris, Kirby semble continuellement être un jeune enfant de 10-12 ans. Je sais qu’il n’était pas très grand de taille, mais là il ne change pratiquement pas de tête pendant des décennies et voir un type travailler ou aller à la guerre alors qu'on dirait qu'il a à peine atteint l'âge de la puberté cela donne une impression bizarre.
Mémoires d'un garçon agité
Germain, dix ans, rédige ses mémoires à la machine à écrire en revenant sur d'importants souvenirs de son enfance, qui dissimulent peu à peu un drame plus profond. Cet album bénéficie d'une construction narrative originale et assez amusante. En se regardant lui-même comme un écrivain à l'ancienne, Germain raconte ses petites bêtises, ses maladresses et ses découvertes avec une candeur désarmante, sans toujours mesurer la portée des événements qui l'entourent, ce qui rend certains passages à la fois drôles et touchants. Chaque souvenir fonctionne comme une petite histoire indépendante, douce-amère, où l'humour et la spontanéité de l'enfance côtoient discrètement des réalités bien plus graves. Ce procédé ainsi que le dessin de Valérie Vernay m'a fait penser au Petit Nicolas de Sempé et Goscinny. On retrouve cette même simplicité apparente, ces visages expressifs et cette capacité à observer le monde à hauteur d'enfant. Mais ici, c'est un Petit Nicolas plus mélancolique, traversé par le deuil, la culpabilité et la peur de grandir. La comparaison s'arrête là, mais j'ai retrouvé cette même justesse de ton qui permet d'aborder des sujets forts avec suffisamment de légèreté pour ne jamais sombrer dans le pathos. J'ai été doucement touché au début, puis de plus en plus au fil des pages à mesure que le puzzle se reconstituait. Vincent Zabus fait preuve d'une belle sensibilité dans son écriture et parvient à évoquer des thèmes difficiles avec beaucoup de pudeur. L'émotion est bien présente, parfois même bouleversante, mais elle reste toujours accompagnée d'un léger sourire, un peu jaune parfois, qui empêche le récit de devenir écrasant. Une très belle bande dessinée, tendre, délicate et profondément humaine, qui parle du deuil et de l'enfance avec finesse et légèreté.