C'est la bande qui m'a fait entrer dans l'univers de Pichard, et par conséquence directe, fait découvrir un grand auteur.
Le ton général rappelle beaucoup les productions avec Jacques Lob. Pichard était aussi capable d'adapter des classiques de la littérature tout seul. C'est difficile de mesurer sa contribution narrative.
On a l'impression d'être dans un récit qui mélange les aventures loufoques du baron de Munchausen avec la perversion du marquis de Sade.
C'est une sorte d'odyssée imaginaire qui est proposée au lecteur. Caroline éprouve directement le voyage à bord d'un train, d'un dirigeable dans le ciel, d'un navire anglais sur la mer.
Pichard détourne les codes visuels du conte pour mieux nous faire accepter les péripéties invraisemblables que traversent l'héroïne et son drôle de compagnon à poil.
Quand une héroïne comme Dracurella prônait à la même époque le matérialisme et le mariage, Caroline Choléra se veut elle résolument anticonformiste, c'est une femme qui peut vivre sans les hommes mais qui ne cesse de subir leurs outrages.
Il y aurait encore beaucoup de choses à dire, il y a un sous texte important chez Pichard, plein de références aussi. J'ai malheureusement rarement lu d'études intéressantes à son sujet.
Le Spirit a été la série qui a rendu Eisner célèbre. Avant les versions en couleur dans le journal Tintin, j'ai découvert les histoires dans des magazines brésiliens des années 40-50. On y remarquait déjà l'énorme créativité des dessins, les compositions originales des pages et la galerie de personnages insolites, des vilains hideux aux femmes fatales. Les intrigues, avec beaucoup d'humour noir, abordent des thèmes qui se distinguent de la plupart des héros et super-héros typiques de la production américaine de l'époque.
Le dessin pose un problème mais il s'améliore sans cesse. Tout de même ! A l'origine, s'imposent la maladresse et la grisaille du manga, on se croirait dans un brouillon qu'on aurait tenté de recouvrir d'une couche de crayon noir. Ceci dit, on reconnait les héros ! Et c'est plus qu'expressif… Je pense qu'on a plus de motivation à suivre le manga quand on a visionné la série qui reprend les bons côtés, histoire, dynamisme de la lutte contre les titans et horreur de ces derniers, à preuve j'en ai lu quelques uns après le covid où les DVD de l'attaque des des titans empruntés à la Bibliothèque m'ont aidé à tenir.
J'ai lu quelque part que le créateur voulait que quelqu'un dessine, mais que n'ayant trouvé personne, il s'y est astreint lui-même. Quel héros ! Ses imperfections, d'ailleurs paraît-il en voie de résolution et parfois aussi graves chez d'autres ? Je les trouve donc touchantes. Mais pour comparer, on n'est pas dans Golden Kamui ou dans Parasite dont j'ignore en passant quelle est le meilleure version. Par contre, je trouve la version DVD que j'ai acheté et que je ne cessais de repasser à une époque, bien plus, prenante… comme un main se saisissant d'une main !
Un be qui démarre un peu mal avec un personnage d'écrivain misanthrope et urbai qui se retrouve dans la vallée des merveilles. Je vous passe le prétexte de ce personnage et son objectif, car cette bd parle de la Vallée des Merveilles dans le massif du Mercantour.
Quelques planches sont très belles et très réussis. Après côté mise en page, personnages, et scénarios ça peche.
Cependant le coeur n'est pas là. Avec pas mal de subtilité, les autrices décrivent les enjeux de biodviserité, d'usages, d'humains, de fantasmes, d'archéologie, enjeux qui se retrouvent souvent en contradiction, opposition. On sent que les autrices connaissent bien leur sujet et les personnages qui incarnent les visions ou les usages et besoins différents de la montagnes sont bien campés. Ca sent le vécu même je dirais !
Et c'est là tout l'intérêt de cette bd.
A partir d'un fait divers célèbre, l'évasion de 3 prisonniers de la forteresse d'Alcatraz en juin 1962, les auteurs laissent libre cours à leur imagination pour nous proposer un thriller haletant. Les 3 hommes n'ont jamais été retrouvés et la version officielle est qu'il se sont noyés lors de leur tentative d'évasion. Dans cette fiction, leur destinée est tout autre et leur fuite ne sera pas de tout repos, il faut se cacher, se méfier, se cacher encore, fuir. Il leur faudra également de l'aide. Bref, ils ont ont beau être dehors, ils n'ont pas le sentiment d'une liberté totalement retrouvée.
De déconvenues en complices pas fiables, en passant par des curieux génants, cette fuite prend des allures de road movie sanglant. Au rythme des chapitres, on les suit sur les différentes étapes sensées les conduire vers une vie meilleure. Mais plus on avance dans le récit et moins cet avenir parait lumineux. Le présent non plus n'est pas confortable. Recherchés, accompagnés par une complice vénale plus que serviable, les péripéties vont bon train. Il faudra jouer des poings, et plus, et ne pas faire de sentiment pour essayer de s'en sortir.
L'idée de développer une fiction sur la base d'un évènement réel est bonne et bien développée. Au final le récit prend la forme d'un polar noir, rythmé et accrocheur. Pas forcément original dans son déroulement, c'est loin d'être la première histoire de gangsters en fuite. Mais l'histoire se démarque en exploitant très bien le postulat de départ. L'ambiance flirte sur cette ligne floue entre la réalité, enfin la version connue, et la fiction et ça fonctionne très bien.
Avec Skating Wilder, Aj Dungo (déjà remarqué pour In Waves) s’associe à Brandon Dumais pour proposer un roman graphique à la fois personnel et documentaire sur la culture skate.
L’ouvrage revient aux origines du skateboard, né dans les années 50 sur la côte ouest américaine, lorsque les surfeurs privés de vagues ont commencé à “surfer” le bitume. Mais loin d’être un simple récit historique, la BD s’appuie sur le vécu des auteurs, notamment le parcours d’un ami marqué par un déménagement, pour donner une dimension intime à cette exploration. Le skate devient alors plus qu’un sport : un refuge, un langage, une identité.
Ce qui frappe, c’est l’équilibre entre mémoire personnelle et fresque culturelle. On passe des “sidewalk surfers” aux figures emblématiques comme Tony Hawk, avec une fluidité qui rend la lecture aussi instructive que captivante.
Graphiquement, Aj Dungo propose un style différent de In Waves : plus rond, plus urbain, presque influencé par une esthétique hip-hop. Le choix de deux couleurs dominantes : orange pour le passé, violet pour le présent, renforce l’aspect nostalgique et donne une vraie identité visuelle à l’ensemble. C’est simple, lisible, mais surtout très dynamique.
Si l’émotion est moins intense que dans In Waves, Skating Wilder séduit par son authenticité et sa capacité à transmettre l’âme du skate : la liberté, les chutes, les rencontres, et cette culture née de la rue.
Quand le savoir vaut toutes les aventures.
La Bibliomule de Cordoue est une œuvre originale et intelligente.
L'histoire nous transporte dans la Cordoue du Xe siècle, où la grande bibliothèque du calife, l'une des plus importantes du monde médiéval, est menacée de destruction par des intégristes religieux fraîchement arrivés au pouvoir. Face à cette catastrophe annoncée, un vieux copiste, sa disciple et un jeune voyou s'allient pour tenter l'impossible : sauver un maximum de livres en les faisant fuir à dos de mule. Une course contre le temps semée d'embûches, portée par une écriture vive, drôle et pleine d'esprit. Derrière ce postulat simple se cache un message profond sur la transmission, la mémoire et la fragilité de la culture face à l'obscurantisme. On apprend sans jamais avoir l'impression de suivre un cours d'histoire. Et c'est là tout l'art de l'exercice.
Les personnages contribuent énormément à cette réussite. Tarid, le vieux copiste, émeut par sa dévotion totale aux livres : chaque volume sauvé est pour lui une victoire arrachée à l'oubli. Le jeune voyou apporte une énergie brute, un cynisme de façade qui se fissure à mesure que l'aventure le dépasse et le révèle. Entre eux, Loubna, esclave intelligente et rebelle, avec une présence forte et une lucidité qui tranche avec l'agitation des deux autres. Et puis il y a la mule, véritable quatrième compagnon autour duquel tout gravite : têtue, imprévisible, presque philosophique à sa manière. Ensemble, ils forment au final un quatuor improbable dont les échanges apportent de la légèreté au cœur d'un récit pourtant grave.
Un bémol tout de même : j'aurais aimé que le voyage offre un peu plus de piquant, un peu plus de danger. L'ensemble reste parfois trop sage, trop lisse. Pour une histoire aussi riche, un peu plus de mordant aurait donné encore plus de relief et de tension au récit.
Mais l'essentiel est ailleurs. La Bibliomule de Cordoue est une BD intelligente, accessible et pleine de sens. Le genre d'album qu'on recommande sans hésiter, et qui laisse derrière lui une envie simple mais essentielle : protéger ce qui mérite de ne jamais disparaître.
De très jolis dessins qui servent à merveille cette histoire initiatique délicate.
Yé est attachant et son chemin parsemée d'embûches est prenant.
J'ai particulièrement apprécié la poésie qui en ressort et la délicatesse des dessins.
Une très belle découverte du 9e art brésilien dont je ne connaissais rien jusqu'alors.
Dans ce roman graphique délicat, la question du deuil rejoint celle du temps qui passe et active les souvenirs d’un âge où les oripeaux de l’enfance se désagrègent lentement face aux problématiques des adultes.
Si le sujet a été abondement traité, c’est toujours son approche qui distinguera l'œuvre du tout-venant. A ce titre, « Un été loin des hommes » est une réussite. L’ouvrage respire l’authenticité dans cette évocation des vacances, à partir de la mort d’un proche, en l’occurrence la mère de Frédérique qui repense à cet été 1985 en Corse, où ses parents avaient été à deux doigts de se séparer. La pré-adolescente qu’elle était alors est en proie à des questionnements liés à cet âge, mais pas seulement, car on la sent en quête d’elle-même, étrangement attirée par les filles, mal à l’aise dans un monde où elle peine à se construire, un sentiment aggravé par les fissures qui se creusent entre son père et sa mère, et la menace d’un divorce imminent… Comme si des nuages noirs étaient venus assombrir le soleil corse pourtant réputé inaltérable…
Dans ce contexte peu serein, la vie continue pourtant à s’écouler comme si de rien n’était au milieu de ce décor de rêve qu’est l’île de beauté, où les apparences de l’insouciance parviennent à masquer, et peut-être alléger aussi les tourments intérieurs des êtres. Et c’est en parsemant leur récit d’anecdotes anodines que Fabienne Blanchut et Catherine Locandro parviennent à y injecter l’authenticité en question. Des anecdotes qui font résonner en chacun de nous les flashs marquants d’une jeunesse qui s’éloigne…
Tout cela, Thomas Campi va le mettre en images de façon magistrale, tant sur le plan du dessin que de la couleur. Sa palette variée aux tonalités chatoyantes vient enrober son trait délicat d’une aura enchanteresse, conférant à cette Corse des années 80 un côté idyllique, où le réalisme s’accorde parfaitement avec une nostalgie bien dosée. Les références visuelles nous immergent dans cette époque qui avait tout de même meilleure mine sous les cieux estivaux de l’île de beauté, parce que quand on y pense, la crise économique avait déjà commencé à produire ses effets néfastes.
Malgré la gravité du sujet, on ressort apaisé d’une lecture jamais plombante, comme si par une sorte de magie, l’environnement lumineux de l’histoire avait exercé son influence sur les êtres en évitant les drames potentiels. Voilà pourquoi « Un été loin des hommes », dans sa simplicité, constitue une lecture éblouissante qui imprime sur nos rétines une couleur splendide.
Je l'ai déjà dit par le passé mais j'adore les contes, leur simplicité de forme, leur puissance évocatrice et leur capacité à se mouvoir et évoluer au fil des ans et des cultures. Qu'ici l'autrice assume complètement son travail de réécriture et de réinterprétation d'un vieux conte (déjà plusieurs fois réécris par le passé) et cherche à nous présenter ouvertement sa version du récit a ajouté à ma lecture un véritable plaisir de connivence (un point positif non négligeable, donc).
L'histoire est celle d'une jeune fille trimant toute la semaine qui décide un beau jour de partir récupérer le dimanche que l'on dit avoir été volé par une méchante sorcière. L'histoire est simple, archétypale même dans sa construction narrative (avec ses épreuves à la morale évidente), mais le conte fait mouche, la lecture est charmante (surtout avec le trait et les couleurs chaleureuses d'Ileana Surducan), les représentations métaphoriques des jours de la semaine en loups affamés mais "domesticables" est joliment trouvée, la morale sur la nécessité de se reposer sans pour autant tirer au flanc est ma foi louable à partager, … Bref, pour une lecture jeunesse visant à inculquer une morale et éveiller l'imaginaire, je dirais que l'album réussi son objectif.
Une lecture rapide mais que je ne regrette pas.
Allez, sans être chamboulée je ressors charmée et je vais même arrondir ma note au supérieur !
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Caroline Choléra
C'est la bande qui m'a fait entrer dans l'univers de Pichard, et par conséquence directe, fait découvrir un grand auteur. Le ton général rappelle beaucoup les productions avec Jacques Lob. Pichard était aussi capable d'adapter des classiques de la littérature tout seul. C'est difficile de mesurer sa contribution narrative. On a l'impression d'être dans un récit qui mélange les aventures loufoques du baron de Munchausen avec la perversion du marquis de Sade. C'est une sorte d'odyssée imaginaire qui est proposée au lecteur. Caroline éprouve directement le voyage à bord d'un train, d'un dirigeable dans le ciel, d'un navire anglais sur la mer. Pichard détourne les codes visuels du conte pour mieux nous faire accepter les péripéties invraisemblables que traversent l'héroïne et son drôle de compagnon à poil. Quand une héroïne comme Dracurella prônait à la même époque le matérialisme et le mariage, Caroline Choléra se veut elle résolument anticonformiste, c'est une femme qui peut vivre sans les hommes mais qui ne cesse de subir leurs outrages. Il y aurait encore beaucoup de choses à dire, il y a un sous texte important chez Pichard, plein de références aussi. J'ai malheureusement rarement lu d'études intéressantes à son sujet.
Le Spirit
Le Spirit a été la série qui a rendu Eisner célèbre. Avant les versions en couleur dans le journal Tintin, j'ai découvert les histoires dans des magazines brésiliens des années 40-50. On y remarquait déjà l'énorme créativité des dessins, les compositions originales des pages et la galerie de personnages insolites, des vilains hideux aux femmes fatales. Les intrigues, avec beaucoup d'humour noir, abordent des thèmes qui se distinguent de la plupart des héros et super-héros typiques de la production américaine de l'époque.
L'Attaque des Titans
Le dessin pose un problème mais il s'améliore sans cesse. Tout de même ! A l'origine, s'imposent la maladresse et la grisaille du manga, on se croirait dans un brouillon qu'on aurait tenté de recouvrir d'une couche de crayon noir. Ceci dit, on reconnait les héros ! Et c'est plus qu'expressif… Je pense qu'on a plus de motivation à suivre le manga quand on a visionné la série qui reprend les bons côtés, histoire, dynamisme de la lutte contre les titans et horreur de ces derniers, à preuve j'en ai lu quelques uns après le covid où les DVD de l'attaque des des titans empruntés à la Bibliothèque m'ont aidé à tenir. J'ai lu quelque part que le créateur voulait que quelqu'un dessine, mais que n'ayant trouvé personne, il s'y est astreint lui-même. Quel héros ! Ses imperfections, d'ailleurs paraît-il en voie de résolution et parfois aussi graves chez d'autres ? Je les trouve donc touchantes. Mais pour comparer, on n'est pas dans Golden Kamui ou dans Parasite dont j'ignore en passant quelle est le meilleure version. Par contre, je trouve la version DVD que j'ai acheté et que je ne cessais de repasser à une époque, bien plus, prenante… comme un main se saisissant d'une main !
À ceux qui viennent
Un be qui démarre un peu mal avec un personnage d'écrivain misanthrope et urbai qui se retrouve dans la vallée des merveilles. Je vous passe le prétexte de ce personnage et son objectif, car cette bd parle de la Vallée des Merveilles dans le massif du Mercantour. Quelques planches sont très belles et très réussis. Après côté mise en page, personnages, et scénarios ça peche. Cependant le coeur n'est pas là. Avec pas mal de subtilité, les autrices décrivent les enjeux de biodviserité, d'usages, d'humains, de fantasmes, d'archéologie, enjeux qui se retrouvent souvent en contradiction, opposition. On sent que les autrices connaissent bien leur sujet et les personnages qui incarnent les visions ou les usages et besoins différents de la montagnes sont bien campés. Ca sent le vécu même je dirais ! Et c'est là tout l'intérêt de cette bd.
Les Évadés d'Alcatraz
A partir d'un fait divers célèbre, l'évasion de 3 prisonniers de la forteresse d'Alcatraz en juin 1962, les auteurs laissent libre cours à leur imagination pour nous proposer un thriller haletant. Les 3 hommes n'ont jamais été retrouvés et la version officielle est qu'il se sont noyés lors de leur tentative d'évasion. Dans cette fiction, leur destinée est tout autre et leur fuite ne sera pas de tout repos, il faut se cacher, se méfier, se cacher encore, fuir. Il leur faudra également de l'aide. Bref, ils ont ont beau être dehors, ils n'ont pas le sentiment d'une liberté totalement retrouvée. De déconvenues en complices pas fiables, en passant par des curieux génants, cette fuite prend des allures de road movie sanglant. Au rythme des chapitres, on les suit sur les différentes étapes sensées les conduire vers une vie meilleure. Mais plus on avance dans le récit et moins cet avenir parait lumineux. Le présent non plus n'est pas confortable. Recherchés, accompagnés par une complice vénale plus que serviable, les péripéties vont bon train. Il faudra jouer des poings, et plus, et ne pas faire de sentiment pour essayer de s'en sortir. L'idée de développer une fiction sur la base d'un évènement réel est bonne et bien développée. Au final le récit prend la forme d'un polar noir, rythmé et accrocheur. Pas forcément original dans son déroulement, c'est loin d'être la première histoire de gangsters en fuite. Mais l'histoire se démarque en exploitant très bien le postulat de départ. L'ambiance flirte sur cette ligne floue entre la réalité, enfin la version connue, et la fiction et ça fonctionne très bien.
Skating Wilder
Avec Skating Wilder, Aj Dungo (déjà remarqué pour In Waves) s’associe à Brandon Dumais pour proposer un roman graphique à la fois personnel et documentaire sur la culture skate. L’ouvrage revient aux origines du skateboard, né dans les années 50 sur la côte ouest américaine, lorsque les surfeurs privés de vagues ont commencé à “surfer” le bitume. Mais loin d’être un simple récit historique, la BD s’appuie sur le vécu des auteurs, notamment le parcours d’un ami marqué par un déménagement, pour donner une dimension intime à cette exploration. Le skate devient alors plus qu’un sport : un refuge, un langage, une identité. Ce qui frappe, c’est l’équilibre entre mémoire personnelle et fresque culturelle. On passe des “sidewalk surfers” aux figures emblématiques comme Tony Hawk, avec une fluidité qui rend la lecture aussi instructive que captivante. Graphiquement, Aj Dungo propose un style différent de In Waves : plus rond, plus urbain, presque influencé par une esthétique hip-hop. Le choix de deux couleurs dominantes : orange pour le passé, violet pour le présent, renforce l’aspect nostalgique et donne une vraie identité visuelle à l’ensemble. C’est simple, lisible, mais surtout très dynamique. Si l’émotion est moins intense que dans In Waves, Skating Wilder séduit par son authenticité et sa capacité à transmettre l’âme du skate : la liberté, les chutes, les rencontres, et cette culture née de la rue.
La Bibliomule de Cordoue
Quand le savoir vaut toutes les aventures. La Bibliomule de Cordoue est une œuvre originale et intelligente. L'histoire nous transporte dans la Cordoue du Xe siècle, où la grande bibliothèque du calife, l'une des plus importantes du monde médiéval, est menacée de destruction par des intégristes religieux fraîchement arrivés au pouvoir. Face à cette catastrophe annoncée, un vieux copiste, sa disciple et un jeune voyou s'allient pour tenter l'impossible : sauver un maximum de livres en les faisant fuir à dos de mule. Une course contre le temps semée d'embûches, portée par une écriture vive, drôle et pleine d'esprit. Derrière ce postulat simple se cache un message profond sur la transmission, la mémoire et la fragilité de la culture face à l'obscurantisme. On apprend sans jamais avoir l'impression de suivre un cours d'histoire. Et c'est là tout l'art de l'exercice. Les personnages contribuent énormément à cette réussite. Tarid, le vieux copiste, émeut par sa dévotion totale aux livres : chaque volume sauvé est pour lui une victoire arrachée à l'oubli. Le jeune voyou apporte une énergie brute, un cynisme de façade qui se fissure à mesure que l'aventure le dépasse et le révèle. Entre eux, Loubna, esclave intelligente et rebelle, avec une présence forte et une lucidité qui tranche avec l'agitation des deux autres. Et puis il y a la mule, véritable quatrième compagnon autour duquel tout gravite : têtue, imprévisible, presque philosophique à sa manière. Ensemble, ils forment au final un quatuor improbable dont les échanges apportent de la légèreté au cœur d'un récit pourtant grave. Un bémol tout de même : j'aurais aimé que le voyage offre un peu plus de piquant, un peu plus de danger. L'ensemble reste parfois trop sage, trop lisse. Pour une histoire aussi riche, un peu plus de mordant aurait donné encore plus de relief et de tension au récit. Mais l'essentiel est ailleurs. La Bibliomule de Cordoue est une BD intelligente, accessible et pleine de sens. Le genre d'album qu'on recommande sans hésiter, et qui laisse derrière lui une envie simple mais essentielle : protéger ce qui mérite de ne jamais disparaître.
Yé
De très jolis dessins qui servent à merveille cette histoire initiatique délicate. Yé est attachant et son chemin parsemée d'embûches est prenant. J'ai particulièrement apprécié la poésie qui en ressort et la délicatesse des dessins. Une très belle découverte du 9e art brésilien dont je ne connaissais rien jusqu'alors.
Un été loin des hommes
Dans ce roman graphique délicat, la question du deuil rejoint celle du temps qui passe et active les souvenirs d’un âge où les oripeaux de l’enfance se désagrègent lentement face aux problématiques des adultes. Si le sujet a été abondement traité, c’est toujours son approche qui distinguera l'œuvre du tout-venant. A ce titre, « Un été loin des hommes » est une réussite. L’ouvrage respire l’authenticité dans cette évocation des vacances, à partir de la mort d’un proche, en l’occurrence la mère de Frédérique qui repense à cet été 1985 en Corse, où ses parents avaient été à deux doigts de se séparer. La pré-adolescente qu’elle était alors est en proie à des questionnements liés à cet âge, mais pas seulement, car on la sent en quête d’elle-même, étrangement attirée par les filles, mal à l’aise dans un monde où elle peine à se construire, un sentiment aggravé par les fissures qui se creusent entre son père et sa mère, et la menace d’un divorce imminent… Comme si des nuages noirs étaient venus assombrir le soleil corse pourtant réputé inaltérable… Dans ce contexte peu serein, la vie continue pourtant à s’écouler comme si de rien n’était au milieu de ce décor de rêve qu’est l’île de beauté, où les apparences de l’insouciance parviennent à masquer, et peut-être alléger aussi les tourments intérieurs des êtres. Et c’est en parsemant leur récit d’anecdotes anodines que Fabienne Blanchut et Catherine Locandro parviennent à y injecter l’authenticité en question. Des anecdotes qui font résonner en chacun de nous les flashs marquants d’une jeunesse qui s’éloigne… Tout cela, Thomas Campi va le mettre en images de façon magistrale, tant sur le plan du dessin que de la couleur. Sa palette variée aux tonalités chatoyantes vient enrober son trait délicat d’une aura enchanteresse, conférant à cette Corse des années 80 un côté idyllique, où le réalisme s’accorde parfaitement avec une nostalgie bien dosée. Les références visuelles nous immergent dans cette époque qui avait tout de même meilleure mine sous les cieux estivaux de l’île de beauté, parce que quand on y pense, la crise économique avait déjà commencé à produire ses effets néfastes. Malgré la gravité du sujet, on ressort apaisé d’une lecture jamais plombante, comme si par une sorte de magie, l’environnement lumineux de l’histoire avait exercé son influence sur les êtres en évitant les drames potentiels. Voilà pourquoi « Un été loin des hommes », dans sa simplicité, constitue une lecture éblouissante qui imprime sur nos rétines une couleur splendide.
Le Dimanche perdu (À la recherche du dimanche perdu)
Je l'ai déjà dit par le passé mais j'adore les contes, leur simplicité de forme, leur puissance évocatrice et leur capacité à se mouvoir et évoluer au fil des ans et des cultures. Qu'ici l'autrice assume complètement son travail de réécriture et de réinterprétation d'un vieux conte (déjà plusieurs fois réécris par le passé) et cherche à nous présenter ouvertement sa version du récit a ajouté à ma lecture un véritable plaisir de connivence (un point positif non négligeable, donc). L'histoire est celle d'une jeune fille trimant toute la semaine qui décide un beau jour de partir récupérer le dimanche que l'on dit avoir été volé par une méchante sorcière. L'histoire est simple, archétypale même dans sa construction narrative (avec ses épreuves à la morale évidente), mais le conte fait mouche, la lecture est charmante (surtout avec le trait et les couleurs chaleureuses d'Ileana Surducan), les représentations métaphoriques des jours de la semaine en loups affamés mais "domesticables" est joliment trouvée, la morale sur la nécessité de se reposer sans pour autant tirer au flanc est ma foi louable à partager, … Bref, pour une lecture jeunesse visant à inculquer une morale et éveiller l'imaginaire, je dirais que l'album réussi son objectif. Une lecture rapide mais que je ne regrette pas. Allez, sans être chamboulée je ressors charmée et je vais même arrondir ma note au supérieur ! (Note réelle 3,5)