Marc-Antoine Mathieu ne m’a que rarement réellement déçu, et m’a souvent captivé, voire enthousiasmé avec ses séries qui, pour la plupart, c’est le moins que l’on puisse dire, ne manquent pas d’ambition.
Je me suis à plusieurs reprises fait la réflexion que lorsqu’il contacte Delcourt pour un nouveau projet, son éditeur doit marquer un temps d’arrêt, voire calmer une brusque palpitation, tant celui-ci est soumis à quelques lourdes contraintes. Et ici il y a en a, puisque Mathieu nous propose une sorte de livre lilliputien, sans doute l’un des plus petits du monde, qui n’est réellement lisible qu’avec la loupe fournie dans l’album/étui permettant à l’acheteur de ranger cet album au milieu des albums « normaux » de sa bibliothèque.
Amateur de paradoxes, Mathieu publie donc un livre minuscule traitant de l’infini. Le résultat ? Eh bien un ressenti très légèrement mitigé me concernant, mais globalement très positif.
En fait mon principal – et quasi unique – grief vient justement de la taille du livre lui-même. Car, une fois passée la stupeur de la prise en mains (en doigts devrais-je dire), la lecture est quand même quelque peu mal aisée. Une main occupée par la loupe – il faut trouver à chaque page le bon angle et la bonne distance pour déchiffrer les dialogues ! – ne reste plus que les doigts de l’autre pour tenir le livre, l’orienter vers la loupe, et tourner les pages – en posant la loupe à chaque fois. L’ergonomie est mise à rude épreuve, et c’est cette difficulté qui a sans doute un peu freiné mon plaisir de lecture.
Si le format est bien minuscule, Mathieu n’en a pas pour autant abandonné toute ambition, si ce n’est scénaristique, tout au moins narrative. C’est ainsi qu’il nous livre une sorte d’essai dialogué, le lecteur suivant deux personnages, dans leurs déambulations – au milieu des idées et des livres – et dans leur confrontation verbale, ininterrompue, avec comme centre d’intérêt l’infini. Les deux types discutent, se renvoient arguments et effets de mots – comme on le dit de manches – et Mathieu multiplient les jeux de mots, qui s’enchaînent de façon très fluide, en nourrissant parfaitement une réflexion pas si superficielle que ça.
J’ai trouvé qu’il y avait du Masse dans cet album. En particulier les deux bonhommes m’ont à plusieurs reprises fait penser à l’album Les Deux du balcon.
Ainsi, par-delà la prouesse éditoriale – et aussi la réelle difficulté de lecture – on a là un album ambitieux, qui satisfait plus que la curiosité des lecteurs, leur intellect ! Et si les deux philosophes jouent sur les mots, leurs échangent sont aussi ponctués d’humour – ce qui tend à alléger le propos.
Une nouvelle fois, je ne peux que m’incliner devant cet auteur, qui se renouvelle régulièrement, qui ne sacrifie jamais l’ambition narrative à ses propositions osées sur le médium BD. Je vous recommande chaudement de jeter plus qu’un œil sur cette loupe !
Avant toute chose je dois préciser que je n'ai jamais lu l'ouvrage de William Golding
Suite à un crash aérien un groupe d'enfants se retrouvent seul sur une île déserte. Bien qu'ils tentent de s'organiser afin de pouvoir survivre, les tensions et luttes incessantes pour savoir "qui est le chef" finissent rapidement par émerger jusqu'au drame.
C'est ma lecture appréciée de Jours de sable qui m'a donné envie de lire ce nouvel ouvrage d'Aimée de Jongh. J'aime beaucoup ses dessins et la colorisation qu'elle utilise est agréable à mes yeux. En parlant de couleurs je trouve qu'elle les utilise magnifiquement bien pour retranscrire une atmosphère.
La lecture est plaisante et malgré un volume conséquent l'ouvrage se dévore assez rapidement, grâce à une écriture très aérée qui laisse toute la place au dessin (suffit de regarder la galerie pour s'en rendre compte)
Toutefois il y a un je ne sais quoi qui m'empêche de craquer complètement pour cet ouvrage ce qui fait, que pour ma part, il est un léger cran en dessous de Jours de sable. Ce qui m'aura laissé une légère déception à la fin de ma lecture.
Note réelle: 3,5/5
Je suis allé un peu à reculons pour lire cet album malgré les bonnes notes. En effet, je n'avais pas aimé Le Bestiaire du crépuscule de la même autrice parue dans la même collection.
Heureusement, j'ai vite trouvé cette histoire plus facile que le précédant one-shot. Il faut dire que malgré la prémisse un peu absurde, il y a un vrai scénario dont le but est facile à suivre: le crâne de Descartes dialogue avec les animaux sur le fameux débat sur si les animaux ont une âme ou non et autour de ça il y a d'autres intrigues qui se greffent, comme ce qui est arrivé au crâne depuis la mort du philosophe. Il y a un coté historique dans le scénario qui a retenu mon attention alors qu'avec Le Bestiaire du crépuscule on tombait vite dans un récit onirique difficile à comprendre.
La lecture est exigeante et ça prend plusieurs heures pour la finir tellement l'album est bavard. Personnellement, cela ne m'a pas dérangé parce que les sujets de discussions des personnages me passionnaient, mais je peux comprendre les lecteurs qui seraient passé à coté du scénario parce que c'est clairement pas une lecture pour tout le monde. Ce qui aide aussi à passer au travers cet album sont les touches d'humour qui fonctionnent bien.
Le dessin est très bon et la mise en scène est très bien maitrisée.
Voici une histoire toute en retenue autour d'une famille qui a des liens distendus. Le jour de l'enterrement de sa femme, ni le fils, ni la petite-fille ne sont présents. On ne sait pas les raisons, sont-ils fâchés à ce point ? Le vieux monsieur a une passion originale, du moins rarement traitée en manga, à savoir l'art du vitrail. Il réalise différentes oeuvres dont des lampes. Un jour une jeune fille se présente chez lui et il pense que c'est sa petite-fille qu'il n'a pas vue depuis des années, celle-ci ne dément pas. Petit à petit il réapprend à la connaitre, va la former à sa passion et aussi reprendre goût à son art alors qu'il n'en avait plus envie après la mort de sa femme.
L'auteure s'est directement inspirée de son histoire familiale pour écrire ce récit, un hommage à son aïeul qui aimait ce travail sur le vitrail. Le dessin est très bon et on se prend au jeu de la découpe de verre et des couleurs sur un sujet pas forcément aguicheur. Le format est assez grand, la qualité d'édition impeccable comme souvent chez cet éditeur. On peut pousser à 4/5.
J’étais un peu passé à côté de cet album lors d’une première lecture en 2002, déstabilisé par ce choix narratif qui consiste à passer d’un personnage à un autre, plutôt que de se concentrer sur un protagoniste unique. Je relis l’album en 2026, et je monte ma note d’un point.
Tardi capture parfaitement cette boucherie insensée que fut la Première Guerre Mondiale. Sa violence, son cynisme, la marche en avant du progrès industriel pour inventer de nouvelles façons de massacrer la jeunesse. L’auteur choisit de ne rien expliquer, pas de leçon d’Histoire, de cartes explicatives, de géopolitique. Il montre, tout simplement. Certaines scènes sont à la limite du supportable. Le choix narratif dont je parle ci-dessus renforce encore plus cette impression de massacre à la chaine.
Le noir et blanc de l’auteur fonctionne parfaitement pour ce genre d’histoire. Il est détaillé et maitrisé, et la représentation des personnages et de leurs émotions apporte une puissance inouïe au récit.
Une lecture difficile de par son contenu, mais indispensable pour se rappeler du calvaire vécu par des millions de jeunes hommes, il y a à peine plus de 100 ans.
Comme cela arrive à beaucoup de lecteurs, c'est ma série préférée de Bilal. Après avoir tout lu de sa collaboration avec Christin, ce fut un choc esthétique et libérateur de découvrir Alcide Nikopol, Jill Bioskop et toute la faune humaine et extraterrestre des histoires.
J'ai regardé Paris et Londres différemment et j'ai commencé à dessiner automatiquement des profils bilaliens partout.
Froid Équateur ne m'a plus impressionné autant, je commençais à devenir immunisé, peut-être...
P. S. mon exemplaire de «Libération» du 14 octobre 1993 commence à montrer son âge.
Déjà, il me parait utile de définir le titre de ce one-shot de Dark Fantasy qui constitue le premier essai du duo Crom / Freedman bien avant leur génial Birdking : les raiders ce sont simplement des chasseurs de trésor limite hors la loi dans un royaume marqué par la sorcellerie et une politique assez autoritaire.
On suit les pérégrinations de deux frères réputés pour être parmi les meilleurs dans ce genre de quêtes où il est nécessaire nettoyer des donjons par l'épée et l'élimination des monstres pour en ramener quelques piécettes et tout simplement y survivre.
Sauf que Marken le frère ainé veut raccrocher les wagons et tenter un dernier gros coup pour s'installer avec sa compagne à l'abri de tout danger et de toute contrainte de l'aventure. Le plus jeune ne voit pas du même oeil sa destinée et souhaite devenir le plus grand raider de la contrée mais en solo. Leurs routes se séparent donc et l'aventure commence...
Effectivement le scénario est basique, il serait dommage d'en dévoiler davantage mais on y trouve de façon classique tout ce qui fait le sel de ce genre de récits : de la tripaille, de la cruauté mais également de bons sentiments et un certain sens de l'honneur. En peu de mots, le lecteur est rapidement embarqué dans un univers qui lui est inconnu tout en gardant en mémoire les caractérisations simples mais bien définis des principaux protagonistes.
Je suis plutôt fan de ce récit qui va droit à l'essentiel sans s'embarrasser des détails superflus comme pouvait le faire un Sergio Leone dans un cadre bien différent : le western spaghetti. Et on y retrouve ici dans un autre contexte tout les éléments propres à apprécier un solide récit prévisible mais suffisamment bien ficelé pour avoir envie d'en connaitre la conclusion.
Car ce qui n'est pas basique ni prévisible c'est le dessin unique de Crom qui multiplie les scènes d'action avec un découpage frénétique. Le parti pris graphique peut déplaire par l'absence de décors ou de repères. Je trouve pour ma part qu'il colle parfaitement à l'histoire qui reste limpide et apporte même beaucoup de mélancolie.
Autant dire que je ne partage pas l'avis précèdent et je préfère 1000 fois un récit déjà vu mais qui m'en fout plein les mirettes sans temps mort à ces récits pompeux développant trop de personnages inutiles et être embarqué de la sorte. C'est donc une chouette réussite sur bien des niveaux que je relirais avec plaisir.
PS : la réédition des Humanos est remarquable en regard de la première plus chère et à la couverture souple MAIS qu’il est dommage de relever une ou deux fautes de grammaire par ci par là alors qu’il s’agit justement d’une réédition.
J’ai vraiment été happé par ce récit. Dès les premières pages, j’ai ressenti une tension constante et une atmosphère lourde, presque étouffante. L’histoire se déroule dans un monde anthropomorphique ravagé par une guerre qui rappelle directement la Seconde Guerre mondiale. On suit Milton Shaw, pilote de bombardier expérimenté, chargé de frapper une ville contrôlée par un empire de chauves-souris fascistes. Mais après sa mission, son avion est abattu et il se retrouve seul derrière les lignes ennemies, au milieu des ruines qu’il a lui-même contribué à créer.
Ce qui m’a le plus marqué, c’est l’évolution du regard de Milton. Au début, il bombarde sans réellement voir les conséquences humaines de ses actes. Depuis son avion, les victimes restent abstraites, lointaines, presque invisibles. Mais une fois au sol, confronté aux survivants, à leurs regards, à leurs blessures et à leur peur, il découvre peu à peu leur humanité. On ressent son malaise grandissant et cette culpabilité silencieuse qui s’installe en lui. Pourtant, malgré cela, Milton reste focalisé sur sa mission. Il continue d’avancer avec cette mentalité de soldat convaincu que son objectif doit être accompli coûte que coûte. J’ai trouvé ce contraste très fort émotionnellement : il comprend progressivement l’horreur de la guerre, tout en restant prisonnier de sa logique militaire.
J’ai aussi beaucoup aimé la manière dont les flashbacks sont intégrés au récit. Contrairement à certaines œuvres où ils cassent le rythme, ici je les ai trouvés très naturels et bien amenés. Ils enrichissent énormément l’univers, donnent plus de poids aux enjeux et permettent surtout de mieux comprendre la personnalité de Milton, ses motivations et ce qu’il laisse derrière lui. Ça renforce encore davantage l’attachement au personnage et l’impact émotionnel de certaines scènes.
Visuellement, Acuñalivre un travail magnifique. Les dessins sont ultra détaillés, dynamiques et immersifs. Les scènes de destruction dégagent une vraie brutalité, tandis que certaines expressions ou regards transmettent énormément d’émotions malgré l’apparence animale des personnages. L’ambiance visuelle participe énormément à cette sensation de guerre sale, oppressante et désespérée.
Au final, Escape m’a laissé une impression assez forte et mélancolique. Derrière son récit de survie et d’action, c’est surtout une BD qui parle de la déshumanisation provoquée par la guerre, du poids de la culpabilité et de la difficulté à continuer d’avancer quand on commence enfin à voir les victimes derrière les cibles.
Je relis cet album 22 ans après l’avoir découvert, et je passe ma note de 3/5 à 4/5.
Le Tendre nous propose une histoire juste et touchante sur les traumatismes causés par la guerre et sur la vie quotidienne dans les petits villages français de l’après-guerre, où les mentalités ont l’air aussi périmées que le vieux plâtre jaunâtre des bâtisses locales. La Provence et ses cigales, et le ton très humain rappellent un peu les romans de Pagnol. J’ai en tout cas pris beaucoup de plaisir à suivre le quotidien de notre « Boche » et des habitants de ce petit village.
Surtout que le dessin et les couleurs estivales de Jean-Paul Dethorey sont superbes et aident à se mettre dans l’ambiance du Midi.
Un album « feel good » que j’ai eu beaucoup de plaisir à relire… dommage qu’il ne semble plus être au catalogue de Dupuis, et uniquement trouvable en occasion.
L’homme que nous suivons a choisi, peu avant le confinement, de vivre plusieurs mois dans un arbre, dans une cabane frugale mais « pensée » qu’il s’est lui-même construit. Pour faire le point sur sa vie (il a dû arrêter son activité d’éleveur – et entre les lignes ont devine que des idées suicidaires lui sont passé par la tête), lui redonner sens. Ce choix est accompagné par sa famille (sa femme et ses enfants), qui vient le voir chaque semaine.
C’est une expérience originale, qui pousse immanquablement le lecteur à se poser des questions sur ses valeurs et sa vie. C’est aussi quelque chose qui pousse à réfléchir sur la société en général, les rapports entretenus avec la nature.
Le récit est ponctué de réflexions plus ou moins philosophiques (mais rien de prise de tête ni d’artificiel), et de jolies planches « naturalistes » : c’est souvent simple, mais beau, et plein d’optimisme, d’empathie pour la vie sous toutes ses formes.
En refermant l’album on a l’impression d’avoir participé à cette « cure ».
Une lecture agréable en tout cas, plaisante et qui fait intelligemment réfléchir – même si je ne me vois pas personnellement jouer à ce point à l’ermite.
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Marc-Antoine Mathieu ne m’a que rarement réellement déçu, et m’a souvent captivé, voire enthousiasmé avec ses séries qui, pour la plupart, c’est le moins que l’on puisse dire, ne manquent pas d’ambition. Je me suis à plusieurs reprises fait la réflexion que lorsqu’il contacte Delcourt pour un nouveau projet, son éditeur doit marquer un temps d’arrêt, voire calmer une brusque palpitation, tant celui-ci est soumis à quelques lourdes contraintes. Et ici il y a en a, puisque Mathieu nous propose une sorte de livre lilliputien, sans doute l’un des plus petits du monde, qui n’est réellement lisible qu’avec la loupe fournie dans l’album/étui permettant à l’acheteur de ranger cet album au milieu des albums « normaux » de sa bibliothèque. Amateur de paradoxes, Mathieu publie donc un livre minuscule traitant de l’infini. Le résultat ? Eh bien un ressenti très légèrement mitigé me concernant, mais globalement très positif. En fait mon principal – et quasi unique – grief vient justement de la taille du livre lui-même. Car, une fois passée la stupeur de la prise en mains (en doigts devrais-je dire), la lecture est quand même quelque peu mal aisée. Une main occupée par la loupe – il faut trouver à chaque page le bon angle et la bonne distance pour déchiffrer les dialogues ! – ne reste plus que les doigts de l’autre pour tenir le livre, l’orienter vers la loupe, et tourner les pages – en posant la loupe à chaque fois. L’ergonomie est mise à rude épreuve, et c’est cette difficulté qui a sans doute un peu freiné mon plaisir de lecture. Si le format est bien minuscule, Mathieu n’en a pas pour autant abandonné toute ambition, si ce n’est scénaristique, tout au moins narrative. C’est ainsi qu’il nous livre une sorte d’essai dialogué, le lecteur suivant deux personnages, dans leurs déambulations – au milieu des idées et des livres – et dans leur confrontation verbale, ininterrompue, avec comme centre d’intérêt l’infini. Les deux types discutent, se renvoient arguments et effets de mots – comme on le dit de manches – et Mathieu multiplient les jeux de mots, qui s’enchaînent de façon très fluide, en nourrissant parfaitement une réflexion pas si superficielle que ça. J’ai trouvé qu’il y avait du Masse dans cet album. En particulier les deux bonhommes m’ont à plusieurs reprises fait penser à l’album Les Deux du balcon. Ainsi, par-delà la prouesse éditoriale – et aussi la réelle difficulté de lecture – on a là un album ambitieux, qui satisfait plus que la curiosité des lecteurs, leur intellect ! Et si les deux philosophes jouent sur les mots, leurs échangent sont aussi ponctués d’humour – ce qui tend à alléger le propos. Une nouvelle fois, je ne peux que m’incliner devant cet auteur, qui se renouvelle régulièrement, qui ne sacrifie jamais l’ambition narrative à ses propositions osées sur le médium BD. Je vous recommande chaudement de jeter plus qu’un œil sur cette loupe !
Sa Majesté des Mouches
Avant toute chose je dois préciser que je n'ai jamais lu l'ouvrage de William Golding Suite à un crash aérien un groupe d'enfants se retrouvent seul sur une île déserte. Bien qu'ils tentent de s'organiser afin de pouvoir survivre, les tensions et luttes incessantes pour savoir "qui est le chef" finissent rapidement par émerger jusqu'au drame. C'est ma lecture appréciée de Jours de sable qui m'a donné envie de lire ce nouvel ouvrage d'Aimée de Jongh. J'aime beaucoup ses dessins et la colorisation qu'elle utilise est agréable à mes yeux. En parlant de couleurs je trouve qu'elle les utilise magnifiquement bien pour retranscrire une atmosphère. La lecture est plaisante et malgré un volume conséquent l'ouvrage se dévore assez rapidement, grâce à une écriture très aérée qui laisse toute la place au dessin (suffit de regarder la galerie pour s'en rendre compte) Toutefois il y a un je ne sais quoi qui m'empêche de craquer complètement pour cet ouvrage ce qui fait, que pour ma part, il est un léger cran en dessous de Jours de sable. Ce qui m'aura laissé une légère déception à la fin de ma lecture. Note réelle: 3,5/5
La Tête de mort venue de Suède
Je suis allé un peu à reculons pour lire cet album malgré les bonnes notes. En effet, je n'avais pas aimé Le Bestiaire du crépuscule de la même autrice parue dans la même collection. Heureusement, j'ai vite trouvé cette histoire plus facile que le précédant one-shot. Il faut dire que malgré la prémisse un peu absurde, il y a un vrai scénario dont le but est facile à suivre: le crâne de Descartes dialogue avec les animaux sur le fameux débat sur si les animaux ont une âme ou non et autour de ça il y a d'autres intrigues qui se greffent, comme ce qui est arrivé au crâne depuis la mort du philosophe. Il y a un coté historique dans le scénario qui a retenu mon attention alors qu'avec Le Bestiaire du crépuscule on tombait vite dans un récit onirique difficile à comprendre. La lecture est exigeante et ça prend plusieurs heures pour la finir tellement l'album est bavard. Personnellement, cela ne m'a pas dérangé parce que les sujets de discussions des personnages me passionnaient, mais je peux comprendre les lecteurs qui seraient passé à coté du scénario parce que c'est clairement pas une lecture pour tout le monde. Ce qui aide aussi à passer au travers cet album sont les touches d'humour qui fonctionnent bien. Le dessin est très bon et la mise en scène est très bien maitrisée.
Akari
Voici une histoire toute en retenue autour d'une famille qui a des liens distendus. Le jour de l'enterrement de sa femme, ni le fils, ni la petite-fille ne sont présents. On ne sait pas les raisons, sont-ils fâchés à ce point ? Le vieux monsieur a une passion originale, du moins rarement traitée en manga, à savoir l'art du vitrail. Il réalise différentes oeuvres dont des lampes. Un jour une jeune fille se présente chez lui et il pense que c'est sa petite-fille qu'il n'a pas vue depuis des années, celle-ci ne dément pas. Petit à petit il réapprend à la connaitre, va la former à sa passion et aussi reprendre goût à son art alors qu'il n'en avait plus envie après la mort de sa femme. L'auteure s'est directement inspirée de son histoire familiale pour écrire ce récit, un hommage à son aïeul qui aimait ce travail sur le vitrail. Le dessin est très bon et on se prend au jeu de la découpe de verre et des couleurs sur un sujet pas forcément aguicheur. Le format est assez grand, la qualité d'édition impeccable comme souvent chez cet éditeur. On peut pousser à 4/5.
C'était la guerre des tranchées
J’étais un peu passé à côté de cet album lors d’une première lecture en 2002, déstabilisé par ce choix narratif qui consiste à passer d’un personnage à un autre, plutôt que de se concentrer sur un protagoniste unique. Je relis l’album en 2026, et je monte ma note d’un point. Tardi capture parfaitement cette boucherie insensée que fut la Première Guerre Mondiale. Sa violence, son cynisme, la marche en avant du progrès industriel pour inventer de nouvelles façons de massacrer la jeunesse. L’auteur choisit de ne rien expliquer, pas de leçon d’Histoire, de cartes explicatives, de géopolitique. Il montre, tout simplement. Certaines scènes sont à la limite du supportable. Le choix narratif dont je parle ci-dessus renforce encore plus cette impression de massacre à la chaine. Le noir et blanc de l’auteur fonctionne parfaitement pour ce genre d’histoire. Il est détaillé et maitrisé, et la représentation des personnages et de leurs émotions apporte une puissance inouïe au récit. Une lecture difficile de par son contenu, mais indispensable pour se rappeler du calvaire vécu par des millions de jeunes hommes, il y a à peine plus de 100 ans.
La Trilogie Nikopol
Comme cela arrive à beaucoup de lecteurs, c'est ma série préférée de Bilal. Après avoir tout lu de sa collaboration avec Christin, ce fut un choc esthétique et libérateur de découvrir Alcide Nikopol, Jill Bioskop et toute la faune humaine et extraterrestre des histoires. J'ai regardé Paris et Londres différemment et j'ai commencé à dessiner automatiquement des profils bilaliens partout. Froid Équateur ne m'a plus impressionné autant, je commençais à devenir immunisé, peut-être... P. S. mon exemplaire de «Libération» du 14 octobre 1993 commence à montrer son âge.
Raiders
Déjà, il me parait utile de définir le titre de ce one-shot de Dark Fantasy qui constitue le premier essai du duo Crom / Freedman bien avant leur génial Birdking : les raiders ce sont simplement des chasseurs de trésor limite hors la loi dans un royaume marqué par la sorcellerie et une politique assez autoritaire. On suit les pérégrinations de deux frères réputés pour être parmi les meilleurs dans ce genre de quêtes où il est nécessaire nettoyer des donjons par l'épée et l'élimination des monstres pour en ramener quelques piécettes et tout simplement y survivre. Sauf que Marken le frère ainé veut raccrocher les wagons et tenter un dernier gros coup pour s'installer avec sa compagne à l'abri de tout danger et de toute contrainte de l'aventure. Le plus jeune ne voit pas du même oeil sa destinée et souhaite devenir le plus grand raider de la contrée mais en solo. Leurs routes se séparent donc et l'aventure commence... Effectivement le scénario est basique, il serait dommage d'en dévoiler davantage mais on y trouve de façon classique tout ce qui fait le sel de ce genre de récits : de la tripaille, de la cruauté mais également de bons sentiments et un certain sens de l'honneur. En peu de mots, le lecteur est rapidement embarqué dans un univers qui lui est inconnu tout en gardant en mémoire les caractérisations simples mais bien définis des principaux protagonistes. Je suis plutôt fan de ce récit qui va droit à l'essentiel sans s'embarrasser des détails superflus comme pouvait le faire un Sergio Leone dans un cadre bien différent : le western spaghetti. Et on y retrouve ici dans un autre contexte tout les éléments propres à apprécier un solide récit prévisible mais suffisamment bien ficelé pour avoir envie d'en connaitre la conclusion. Car ce qui n'est pas basique ni prévisible c'est le dessin unique de Crom qui multiplie les scènes d'action avec un découpage frénétique. Le parti pris graphique peut déplaire par l'absence de décors ou de repères. Je trouve pour ma part qu'il colle parfaitement à l'histoire qui reste limpide et apporte même beaucoup de mélancolie. Autant dire que je ne partage pas l'avis précèdent et je préfère 1000 fois un récit déjà vu mais qui m'en fout plein les mirettes sans temps mort à ces récits pompeux développant trop de personnages inutiles et être embarqué de la sorte. C'est donc une chouette réussite sur bien des niveaux que je relirais avec plaisir. PS : la réédition des Humanos est remarquable en regard de la première plus chère et à la couverture souple MAIS qu’il est dommage de relever une ou deux fautes de grammaire par ci par là alors qu’il s’agit justement d’une réédition.
Escape
J’ai vraiment été happé par ce récit. Dès les premières pages, j’ai ressenti une tension constante et une atmosphère lourde, presque étouffante. L’histoire se déroule dans un monde anthropomorphique ravagé par une guerre qui rappelle directement la Seconde Guerre mondiale. On suit Milton Shaw, pilote de bombardier expérimenté, chargé de frapper une ville contrôlée par un empire de chauves-souris fascistes. Mais après sa mission, son avion est abattu et il se retrouve seul derrière les lignes ennemies, au milieu des ruines qu’il a lui-même contribué à créer. Ce qui m’a le plus marqué, c’est l’évolution du regard de Milton. Au début, il bombarde sans réellement voir les conséquences humaines de ses actes. Depuis son avion, les victimes restent abstraites, lointaines, presque invisibles. Mais une fois au sol, confronté aux survivants, à leurs regards, à leurs blessures et à leur peur, il découvre peu à peu leur humanité. On ressent son malaise grandissant et cette culpabilité silencieuse qui s’installe en lui. Pourtant, malgré cela, Milton reste focalisé sur sa mission. Il continue d’avancer avec cette mentalité de soldat convaincu que son objectif doit être accompli coûte que coûte. J’ai trouvé ce contraste très fort émotionnellement : il comprend progressivement l’horreur de la guerre, tout en restant prisonnier de sa logique militaire. J’ai aussi beaucoup aimé la manière dont les flashbacks sont intégrés au récit. Contrairement à certaines œuvres où ils cassent le rythme, ici je les ai trouvés très naturels et bien amenés. Ils enrichissent énormément l’univers, donnent plus de poids aux enjeux et permettent surtout de mieux comprendre la personnalité de Milton, ses motivations et ce qu’il laisse derrière lui. Ça renforce encore davantage l’attachement au personnage et l’impact émotionnel de certaines scènes. Visuellement, Acuñalivre un travail magnifique. Les dessins sont ultra détaillés, dynamiques et immersifs. Les scènes de destruction dégagent une vraie brutalité, tandis que certaines expressions ou regards transmettent énormément d’émotions malgré l’apparence animale des personnages. L’ambiance visuelle participe énormément à cette sensation de guerre sale, oppressante et désespérée. Au final, Escape m’a laissé une impression assez forte et mélancolique. Derrière son récit de survie et d’action, c’est surtout une BD qui parle de la déshumanisation provoquée par la guerre, du poids de la culpabilité et de la difficulté à continuer d’avancer quand on commence enfin à voir les victimes derrière les cibles.
L'oiseau noir
Je relis cet album 22 ans après l’avoir découvert, et je passe ma note de 3/5 à 4/5. Le Tendre nous propose une histoire juste et touchante sur les traumatismes causés par la guerre et sur la vie quotidienne dans les petits villages français de l’après-guerre, où les mentalités ont l’air aussi périmées que le vieux plâtre jaunâtre des bâtisses locales. La Provence et ses cigales, et le ton très humain rappellent un peu les romans de Pagnol. J’ai en tout cas pris beaucoup de plaisir à suivre le quotidien de notre « Boche » et des habitants de ce petit village. Surtout que le dessin et les couleurs estivales de Jean-Paul Dethorey sont superbes et aident à se mettre dans l’ambiance du Midi. Un album « feel good » que j’ai eu beaucoup de plaisir à relire… dommage qu’il ne semble plus être au catalogue de Dupuis, et uniquement trouvable en occasion.
Par la force des arbres
L’homme que nous suivons a choisi, peu avant le confinement, de vivre plusieurs mois dans un arbre, dans une cabane frugale mais « pensée » qu’il s’est lui-même construit. Pour faire le point sur sa vie (il a dû arrêter son activité d’éleveur – et entre les lignes ont devine que des idées suicidaires lui sont passé par la tête), lui redonner sens. Ce choix est accompagné par sa famille (sa femme et ses enfants), qui vient le voir chaque semaine. C’est une expérience originale, qui pousse immanquablement le lecteur à se poser des questions sur ses valeurs et sa vie. C’est aussi quelque chose qui pousse à réfléchir sur la société en général, les rapports entretenus avec la nature. Le récit est ponctué de réflexions plus ou moins philosophiques (mais rien de prise de tête ni d’artificiel), et de jolies planches « naturalistes » : c’est souvent simple, mais beau, et plein d’optimisme, d’empathie pour la vie sous toutes ses formes. En refermant l’album on a l’impression d’avoir participé à cette « cure ». Une lecture agréable en tout cas, plaisante et qui fait intelligemment réfléchir – même si je ne me vois pas personnellement jouer à ce point à l’ermite.