C'est un très bon moment de lecture , on est en terrain balisé : la Taverne avec sa bagarre générale , les femmes sexy etc.. et en fin de compte on a un récit qui tient bien la route avec une fin inattendue, graphiquement c'est pas mauvais, tous les ingrédients sont réunis pour tous fans du Cimmerien. Il y a quelques belles passes d'armes et ça découpe allègrement.
C'est le genre de projet qui mériterait d'être réitéré.
Cléopâtre méritait bien évidemment d’intégrer cette collection – elle est même probablement l’incarnation idéale de la reine forte. Elle méritait tout autant de voir développées sa vie et sa personnalité sur un nombre conséquent de tomes. C’était un peu la frustration du Cléopâtre (Glénat).
Mais ici on est passé à cinq tomes, et je pense que c’est un de trop. En effet, les deux derniers auraient pu être réduits à un seul, c’est un peu dilué, avec en plus certaines ellipses brutales, pour les relations entre Cléopâtre et Marc-Antoine, et du coup ça développe surtout – parfois en délayant (voir aussi le rappel un peu inutile et artificiel des conquêtes d’Alexandre, racontées par Cléopâtre à Marc-Antoine) – un moment finalement court, et certes final, mais pas forcément le plus crucial ?
Mais globalement, ça reste une bonne biographie de cette dame qui a marqué l’Histoire. Gloris a certes « romancé » ou inventé certains passages (voir les moments où Cicéron drague – pour ne pas dire plus – Cléopâtre), mais il a essayé de rester le plus possible dans ce que l’on sait, ancrant son récit dans la grande Histoire au moyen de rappels guerriers (batailles, alliances entre grands noms de cette période charnière de Rome – et donc de l’Antiquité).
Le récit est plaisant à lire. Aussi parce que le dessin est agréable. J’ai été surpris au début par le rendu des visages, mais je m’y suis fait, et je dois dire que c’est plutôt du très bon travail (idem pour la colorisation).
Mourir au paradis est un one shot de Pierre Christin et Alain Mounier publié en 2005.
A l'époque, on a reproché à Pierre Christin d'avoir tapé à côté par rapport aux éléments qu'il dénonçait. Aujourd'hui nous sommes en 2026 et à la relecture, j'ai plutôt l'impression que Christin s'est montré assez visionnaire sur la direction que prenait l'Amérique...
Le repli sur soi, le traitement des latinos sans papier, le garçon Bart qui ressemble à un adhérent du mouvement Groypers... Il y a dans cette bande énormément d'échos à l'actualité américaine.
Comme quoi il faut être assez prudent quand on critique un auteur de la trempe de Christin et qu'on a pas son bagage géopolitique.
Le récit est bien mené, j'ai apprécié le caractère inéluctable et le cynisme ambiant, on dirait presque du Hermann parfois.
Au dessin, Alain Mounier livre un travail très appliqué. J'aime beaucoup ce dessinateur. Il parvient à donner énormément de sens au propos juste à travers les visages ou certains cadrages. Les cases sont vraiment détaillées.
C'est sans conteste un de ses meilleurs travaux avec L'ambulance 13.
Une bande de Pierre Christin à réhabiliter.
Eh bien ! Quelle lecture ! Une lecture monumentale par le nombre d'informations qu'elle contient, déjà. Le travail de Benoît Collombat et Étienne Davodeau est vraiment phénoménal, mais quand, comme moi, on ignore à peu près tout de la politique française dans les années 70-80 (en-dehors des principaux noms de présidents et de ministres), cela nécessite une remise à niveau... Cela dit, Collombat réussit globalement à nous la faire faire, cette remise à niveau. Il n'oublie pas que son lecteur n'a pas forcément connu cette période et qu'il ne peut donc attendre de sa part qu'il soit parfaitement calé sur le sujet. Ainsi, quoiqu'ardu quand même à la lecture, Cher pays de notre enfance a le mérite d'être extrêmement pédagogique, et de ne jamais perdre de vue son fil rouge, au fur et à mesure des différentes rencontres auxquelles les auteurs nous font assister.
Si on s'accroche, on assiste à quelque chose d'absolument captivant. On sait bien que tous ces complots et ces manœuvres mafieuses existent en très haut lieu. On peut même avoir de sérieuses raisons de penser qu'elles ont encore largement cours aujourd'hui (la mort du député Olivier Marleix en 2025 pourrait évoquer par bien des aspects celle du ministre Robert Boulin dont il est question dans la bande dessinée...). Mais pourtant, même en sachant tout ça, ça fait quelque chose de le voir écrit et démontré noir sur blanc sous nos yeux. C'est probablement ce qui donne toute sa portée au récit de Benoît Collombat et Étienne Davodeau. Oui, on sait que tout ça existe, mais on sait aussi que tout ça est tabou. Et pourtant, certains journalistes courageux sont capables de sortir ces magouilles de l'ombre et de questionner la vérité établie...
Le travail de Collombat, grand reporter à France Inter, est un véritable travail d'Hercule. Il s'ingénie à faire sortir la vérité des innombrables zones d'ombre où on a essayé de la maintenir. Ainsi, ce documentaire prend de vraies allures d'enquête policière à maintes reprises, tant ce qui est raconté semble tout droit sortir d'un film de gangsters type La French (excellent film, qui raconte une affaire évoquée dans la bande dessinée, au passage). On voudrait ne pas croire cela possible, et pourtant, tous les indices convergent... et si les preuves semblent trop évidentes pour être niées.
Petit à petit, Cher pays de notre enfance dessine ainsi un portrait qu'on sait réel mais qu'on aurait préféré ignorer de notre Ve République (et il y a peu de chances que les 4 précédentes aient été très différentes). Une République servie par des gens honnêtes et droits (les auteurs en rencontrent tout au long de la bande dessinée), mais aussi victime des cyniques qui veulent la diriger à tout prix.
Ce qui m'a fasciné et terrifié en même temps, dans ce récit, c'est de voir à quel point les pratiques mafieuses dépassent les clivages politiques. Ici, les auteurs s'intéressent au RPR, mais sont bien conscients qu'il était probablement loin d'être le seul à se financer de manière aussi peu légale. Au-delà de ça, c'est surtout la diversité des profils de personnes qui appartiennent au SAC qui étonne. Plusieurs membres de cette organisation étaient des ennemis lors de la Seconde Guerre mondiale ou surtout de la Guerre d'Algérie, et pourtant, ils ont œuvré ensemble au sein des barbouzeries du parti gaulliste... Tout comme les personnes ayant essayé de lutter contre le SAC vont de la gauche à la droite, y compris dans leurs nuances plus ou moins extrêmes. Un intéressant constat de la complexité de la société dans laquelle nous vivons aujourd'hui, et du peu de confiance à accorder aux étiquettes que les uns attribuent aux autres.
Une dernière question m'agite : le format BD était-il le plus adapté pour exposer toutes les horreurs dénoncées ici ? La lecture de cette BD a été si longue et si dense que j'avoue avoir du mal à voir la pertinence du recours à ce média. Le récit est très majoritairement constitué de dialogues, et honnêtement, la mise en scène d'Étienne Davodeau ne m'a pas paru suffisamment exceptionnelle pour justifier d'avoir raconté cette enquête sous formes de planches dessinées. Même si l'incroyable couverture mérite le détour à elle seule !
Et pourtant, si cette enquête avait paru uniquement sous forme de livre non dessiné, je ne m'y serais probablement pas intéressé... Alors oui, peut-être qu'in fine, Collombat et Davodeau ont atteint leur but avec cette enquête brillante et apparemment risquée, en touchant un public qu'ils n'auraient sans doute pas touché (ou pas autant) sans cela.
Quoiqu'il en soit, même si, pour moi, la lecture de cette bande dessinée équivaut plus ou moins à la lecture - austère et passionnante - d'un essai sur le sujet, je ne peux que remercier les auteurs pour l'incroyable qualité de leur travail qui m'est parvenue presque par hasard, et à côté duquel je serais passé sans ma passion pour la bande dessinée !
Alors c'est l'histoire d'un animal mutant avec une tête de rat qui s'allie avec deux humaines pour renverser les robots.
Ah j'allais oublier : le rat mutant est un super coup au lit.
Tu penses que c'est très très con comme canevas de depart ? Et bien tu as raison ! Oui mais c'est très joli aussi ! Et ça se prend pas au sérieux (ouf) !
A partir de la page 15, l'histoire décolle et prend la forme d'une épopée assez fun à suivre.
C'est sorti chez Himalaya en 1990 mais ça aurait pu sortir dans les années 80 au sein de la collection Pieds jaloux des humanoïdes associés.
Une bd effectivement sortie dans l’anonymat, dommage, car c’est une chouette bd d’aventure, de complots, d’espionnage, de cape et d’épée sous Louis XV pendant la Guerre de Sept Ans.
Un bon moment de détente.
Les personnages sont attachants et les « méchants » réussis.
Le graphisme est joyeux, dynamique, similaire à celui du Le Paris des merveilles.
Je serai au rendez-vous pour le tome 2.
Une belle adaptation du roman culte en Angleterre.
La mise en place pourra peut-être égarer certains lecteurs, mais je la trouve fidèle au livre de Richard Adams. Il faut se laisser porter et accepter d'être contaminé par la peur prophétique d'un lapin qui pressent une catastrophe et qui va être à l'origine de ce périple marquant. On retrouve dans cet album la dimension épique du roman, sa dureté aussi. La galerie (huhuhu) des lapins est vraiment réussie, on les reconnaît effectivement assez facilement et comme dans le roman, on tremble pour Fyveer, Hazel et leurs camarades. Parviendront-ils à trouver le terrier promis et à prospérer malgré les multiples ennemis qui rôdent ?
L'histoire est dans l'ensemble prenante, il faut dire que le matériau de base est excellent et je ne peux que recommander la lecture du roman qui a peut-être nourri des récits comme Walking dead (les points communs sont assez étonnants) ou La légende de la garde. Aurais-je autant apprécié cette BD si je n'avais lu le roman d'abord ? Je l'ignore, mais l'adaptation est convaincante, le dessin est une ode à la nature et met en scène avec brio un monde que nous oublions parfois de regarder, ah le bonheur est parfois à portée de patte quand on peut farfaler en liberté, réchauffé par un soleil d'été qui s'étire à l'horizon.
La fin, et ce n'était pas forcément évident, est également réussie et touchante. Les ultimes pages, suivant en tous points celles du roman, apportent une conclusion poétique à une saga qu'on n'oubliera pas de sitôt.
Voila une BD dont je me ferai l'acquéreur alors que je l'ai lue en l'empruntant à la bibliothèque. C'est parce qu'elle est tellement dense et chargée qu'elle doit être relue, du moins c'est ce que je vais faire. Et aussi parce que les concepts, les notions et les exemples qu'elle donne sont si intéressants qu'il va me falloir les réviser pour bien les assimiler.
La BD est le résultat d'une thèse produite en 2006, ici remise en image pour réussir à la faire parvenir au grand public. Et l'exercice est réussi, puisqu'il suit la logique de la recherche qui n'est pas facile à comprendre et intégrer pour le grand public. C'est tout le travail de comprendre, collecter les données, les étudier, les mettre en perspective, définir un axe de lecture, analyser, poser une hypothèse et la vérifier, puis poser une théorie. Le tout sans cesse recommencé, avec parfois la frustration de ne pas savoir !
La BD est dense, très dense, découpée en chapitres qui abordent chacun une thématique précise et en explicitent tout les tenants et aboutissants. Dit comme ça, il n'y a pas de quoi faire peur mais on peut facilement arrêter la lecture à chacun d'entre eux tant le contenu est riche. Il y a des concepts à assimiler, des préjugés à déconstruire et des idées à comprendre. La religion parait une chose si clair pour tous alors que quand on étudie la chose elle devient si complexe ! C'est la beauté de la recherche, ne pas s'arrêter aux évidences et aller plus loin.
Ce que je salue surtout, c'est le travail d'adaptation qui réussit le pari d'aller prendre ce genre d'idées, de les mettre à plat et les retranscrire par la BD. Ainsi nous aurons divers représentations conceptuelles qui reviennent ensuite, intriquant les différents messages pour en faire ressortir la complexité. Plusieurs reviendront à chaque chapitre, remettant en perspective ce que nous avons appris afin de l'emporter plus loin. D'ailleurs le dessin permet aussi de jouer sur divers approches, textuelles, graphiques et interconnectés. Le tout pour rendre l'ensemble plus digeste, même s'il est vrai qu'on est loin d'une BD lue en deux heures.
C'est une BD riche de sens et riche d'informations, qui nous remet en perspective ce qu'est une religion et ce que ça n'est pas, d'où peuvent bien apparaitre ces concepts et ce qu'ils sont réellement pour l'humain. Au final, la BD n'invite personne à ne pas croire ou à croire, même si le travail va clairement dans un sens précis quant à tout cet ensemble d'informations. Et je dois dire qu'elle invite à réfléchir même les athées sur la question de la croyance et de ce qu'on met dans nos têtes. L'esprit critique, mais pas seulement. En tout cas, cette BD sera relue pour ma part, parce que j'ai encore pas mal de choses à y trouver.
Il s'agit de strips et de saynètes abordant des fragments du quotidien d'êtres humains très divers. On y croise surtout des urbains autour de la quarantaine, en couple ou non, avec ou sans enfants. Aude Picault y observe les relations sociales, la maternité, l'amitié, la charge mentale, les stéréotypes ou encore les dynamiques hommes/femmes avec un regard souvent plus féminin que féministe (même si j'ai aimé ces quelques strips où elle montre comment les femmes transmettent inconsciemment à leurs filles des normes de féminité qui perpétuent la société patriarcale) : c'est subtil, juste, jamais accusateur, et cela touche d'autant plus que c'est montré... l'air de rien.
Ce qui m'a séduit avant tout, c'est la finesse du regard. Beaucoup de planches ne cherchent pas à faire rire franchement, mais plutôt à faire sourire de reconnaissance : on se dit que c'est exactement ça. Il y a une sensibilité qui souligne avec douceur les petits ridicules, les contradictions, les non-dits qui empoisonnent parfois nos relations. On sent que l'autrice aime ses personnages, même lorsqu'elle les égratigne.
J'ai souvent pensé à Jean-Jacques Sempé et je suppose que l'autrice ne s'en cache pas : rien que le titre et la couverture rappellent déjà son style. Ce n'est pas tant pour une ressemblance graphique que pour l'esprit : cette manière de représenter des scènes ordinaires pour révéler, avec délicatesse, l'absurdité ou la mélancolie de nos comportements sociaux. Comme chez Sempé, ce sont les thématiques (la vie urbaine, les petites vanités, les illusions sentimentales, la solitude au milieu des autres) et le ton à la fois tendre et légèrement ironique qui rapprochent les deux univers. En revanche, Picault a sa propre écriture visuelle : un trait plus épuré, des corps esquissés, des décors réduits à l'essentiel, des aplats de couleurs pastel. Là où Sempé pouvait suggérer beaucoup par une seule image ample, Picault s'appuie davantage sur le rythme du strip et le dialogue pour faire émerger l'émotion, même si ce sont justement les quelques images pleine page de cet album qui ont facilité chez moi le rapprochement avec Sempé.
Tout n'est pas égal pour autant. Certains gags tombent un peu à plat : on devine l'intention, mais la chute manque de mordant. À la longue, la succession de strips peut aussi provoquer une légère lassitude ; c'est typiquement un album à picorer, à laisser reposer avant d'y revenir. Quelques planches paraissent un peu anecdotiques, parfois un brin bobo, et l'ensemble n'est pas irrésistiblement drôle, mais je ne lui en tiens pas rigueur car j'ai été très souvent touché par l'esprit qui s'en dégage. C'est une légèreté tendre, parfois teintée d'amertume discrète : sexisme ordinaire, incompréhensions conjugales, fatigue parentale, solitude urbaine...
Ce n'est pas un album qui déclenche des éclats de rire, mais un recueil fin et humain, qui capte avec intelligence et justesse ces petits riens du quotidien dans lesquels on se reconnaît, et qui, l'air de rien, disent beaucoup de notre époque.
Un chouia romancé – avec quelques personnages inventés et des noms de navires changés – on a quand même là un reportage tout à fait intéressant, et dont la lecture est hautement recommandée.
J’avais déjà lu un dossier sur la question dans Le Monde diplomatique je crois, mais cet album a le mérité de synthétiser les connaissances, et surtout de les présenter de façon très simples – mais pas simplistes. En particulier, j’ai beaucoup aimé l’idée, utilisée à plusieurs reprises, de mettre en parallèle le développement du pillage des mers par les navires usines européens ou chinois, et l’émigration des populations appauvries de l’Afrique vers l’Europe. Car si les pays riches savent bien critiquer l’immigration, ils sont plus discrets sur les causes. Et si nos médias se gargarisent de la lutte contre la piraterie des Africains (en Somalie anciennement, maintenant dans le Golfe de Guinée), on ne parle jamais de piraterie ou de vol lorsque des navires espagnols – ou chinois, mais balayons d’abord devant nos portes – pillent illégalement les ressources des pays africains incapables de surveiller ou protéger leurs ressources (ou alors gangrénés par la corruption).
Les questions du développement de l’aquaculture, et de la consommation de saumon hors périodes de fête, sont aussi intéressantes, et clairement mises en perspectives ici.
La narration est fluide, le dessin agréable, le propos fondé et étayé, tout en restant « vulgarisateur ». On a donc tous les ingrédients d’un bon documentaire.
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La Bête du nord
C'est un très bon moment de lecture , on est en terrain balisé : la Taverne avec sa bagarre générale , les femmes sexy etc.. et en fin de compte on a un récit qui tient bien la route avec une fin inattendue, graphiquement c'est pas mauvais, tous les ingrédients sont réunis pour tous fans du Cimmerien. Il y a quelques belles passes d'armes et ça découpe allègrement. C'est le genre de projet qui mériterait d'être réitéré.
Cléopâtre - La Reine fatale
Cléopâtre méritait bien évidemment d’intégrer cette collection – elle est même probablement l’incarnation idéale de la reine forte. Elle méritait tout autant de voir développées sa vie et sa personnalité sur un nombre conséquent de tomes. C’était un peu la frustration du Cléopâtre (Glénat). Mais ici on est passé à cinq tomes, et je pense que c’est un de trop. En effet, les deux derniers auraient pu être réduits à un seul, c’est un peu dilué, avec en plus certaines ellipses brutales, pour les relations entre Cléopâtre et Marc-Antoine, et du coup ça développe surtout – parfois en délayant (voir aussi le rappel un peu inutile et artificiel des conquêtes d’Alexandre, racontées par Cléopâtre à Marc-Antoine) – un moment finalement court, et certes final, mais pas forcément le plus crucial ? Mais globalement, ça reste une bonne biographie de cette dame qui a marqué l’Histoire. Gloris a certes « romancé » ou inventé certains passages (voir les moments où Cicéron drague – pour ne pas dire plus – Cléopâtre), mais il a essayé de rester le plus possible dans ce que l’on sait, ancrant son récit dans la grande Histoire au moyen de rappels guerriers (batailles, alliances entre grands noms de cette période charnière de Rome – et donc de l’Antiquité). Le récit est plaisant à lire. Aussi parce que le dessin est agréable. J’ai été surpris au début par le rendu des visages, mais je m’y suis fait, et je dois dire que c’est plutôt du très bon travail (idem pour la colorisation).
Mourir au paradis
Mourir au paradis est un one shot de Pierre Christin et Alain Mounier publié en 2005. A l'époque, on a reproché à Pierre Christin d'avoir tapé à côté par rapport aux éléments qu'il dénonçait. Aujourd'hui nous sommes en 2026 et à la relecture, j'ai plutôt l'impression que Christin s'est montré assez visionnaire sur la direction que prenait l'Amérique... Le repli sur soi, le traitement des latinos sans papier, le garçon Bart qui ressemble à un adhérent du mouvement Groypers... Il y a dans cette bande énormément d'échos à l'actualité américaine. Comme quoi il faut être assez prudent quand on critique un auteur de la trempe de Christin et qu'on a pas son bagage géopolitique. Le récit est bien mené, j'ai apprécié le caractère inéluctable et le cynisme ambiant, on dirait presque du Hermann parfois. Au dessin, Alain Mounier livre un travail très appliqué. J'aime beaucoup ce dessinateur. Il parvient à donner énormément de sens au propos juste à travers les visages ou certains cadrages. Les cases sont vraiment détaillées. C'est sans conteste un de ses meilleurs travaux avec L'ambulance 13. Une bande de Pierre Christin à réhabiliter.
Cher pays de notre enfance
Eh bien ! Quelle lecture ! Une lecture monumentale par le nombre d'informations qu'elle contient, déjà. Le travail de Benoît Collombat et Étienne Davodeau est vraiment phénoménal, mais quand, comme moi, on ignore à peu près tout de la politique française dans les années 70-80 (en-dehors des principaux noms de présidents et de ministres), cela nécessite une remise à niveau... Cela dit, Collombat réussit globalement à nous la faire faire, cette remise à niveau. Il n'oublie pas que son lecteur n'a pas forcément connu cette période et qu'il ne peut donc attendre de sa part qu'il soit parfaitement calé sur le sujet. Ainsi, quoiqu'ardu quand même à la lecture, Cher pays de notre enfance a le mérite d'être extrêmement pédagogique, et de ne jamais perdre de vue son fil rouge, au fur et à mesure des différentes rencontres auxquelles les auteurs nous font assister. Si on s'accroche, on assiste à quelque chose d'absolument captivant. On sait bien que tous ces complots et ces manœuvres mafieuses existent en très haut lieu. On peut même avoir de sérieuses raisons de penser qu'elles ont encore largement cours aujourd'hui (la mort du député Olivier Marleix en 2025 pourrait évoquer par bien des aspects celle du ministre Robert Boulin dont il est question dans la bande dessinée...). Mais pourtant, même en sachant tout ça, ça fait quelque chose de le voir écrit et démontré noir sur blanc sous nos yeux. C'est probablement ce qui donne toute sa portée au récit de Benoît Collombat et Étienne Davodeau. Oui, on sait que tout ça existe, mais on sait aussi que tout ça est tabou. Et pourtant, certains journalistes courageux sont capables de sortir ces magouilles de l'ombre et de questionner la vérité établie... Le travail de Collombat, grand reporter à France Inter, est un véritable travail d'Hercule. Il s'ingénie à faire sortir la vérité des innombrables zones d'ombre où on a essayé de la maintenir. Ainsi, ce documentaire prend de vraies allures d'enquête policière à maintes reprises, tant ce qui est raconté semble tout droit sortir d'un film de gangsters type La French (excellent film, qui raconte une affaire évoquée dans la bande dessinée, au passage). On voudrait ne pas croire cela possible, et pourtant, tous les indices convergent... et si les preuves semblent trop évidentes pour être niées. Petit à petit, Cher pays de notre enfance dessine ainsi un portrait qu'on sait réel mais qu'on aurait préféré ignorer de notre Ve République (et il y a peu de chances que les 4 précédentes aient été très différentes). Une République servie par des gens honnêtes et droits (les auteurs en rencontrent tout au long de la bande dessinée), mais aussi victime des cyniques qui veulent la diriger à tout prix. Ce qui m'a fasciné et terrifié en même temps, dans ce récit, c'est de voir à quel point les pratiques mafieuses dépassent les clivages politiques. Ici, les auteurs s'intéressent au RPR, mais sont bien conscients qu'il était probablement loin d'être le seul à se financer de manière aussi peu légale. Au-delà de ça, c'est surtout la diversité des profils de personnes qui appartiennent au SAC qui étonne. Plusieurs membres de cette organisation étaient des ennemis lors de la Seconde Guerre mondiale ou surtout de la Guerre d'Algérie, et pourtant, ils ont œuvré ensemble au sein des barbouzeries du parti gaulliste... Tout comme les personnes ayant essayé de lutter contre le SAC vont de la gauche à la droite, y compris dans leurs nuances plus ou moins extrêmes. Un intéressant constat de la complexité de la société dans laquelle nous vivons aujourd'hui, et du peu de confiance à accorder aux étiquettes que les uns attribuent aux autres. Une dernière question m'agite : le format BD était-il le plus adapté pour exposer toutes les horreurs dénoncées ici ? La lecture de cette BD a été si longue et si dense que j'avoue avoir du mal à voir la pertinence du recours à ce média. Le récit est très majoritairement constitué de dialogues, et honnêtement, la mise en scène d'Étienne Davodeau ne m'a pas paru suffisamment exceptionnelle pour justifier d'avoir raconté cette enquête sous formes de planches dessinées. Même si l'incroyable couverture mérite le détour à elle seule ! Et pourtant, si cette enquête avait paru uniquement sous forme de livre non dessiné, je ne m'y serais probablement pas intéressé... Alors oui, peut-être qu'in fine, Collombat et Davodeau ont atteint leur but avec cette enquête brillante et apparemment risquée, en touchant un public qu'ils n'auraient sans doute pas touché (ou pas autant) sans cela. Quoiqu'il en soit, même si, pour moi, la lecture de cette bande dessinée équivaut plus ou moins à la lecture - austère et passionnante - d'un essai sur le sujet, je ne peux que remercier les auteurs pour l'incroyable qualité de leur travail qui m'est parvenue presque par hasard, et à côté duquel je serais passé sans ma passion pour la bande dessinée !
L'Au-delà - Sous la peau du temps
Alors c'est l'histoire d'un animal mutant avec une tête de rat qui s'allie avec deux humaines pour renverser les robots. Ah j'allais oublier : le rat mutant est un super coup au lit. Tu penses que c'est très très con comme canevas de depart ? Et bien tu as raison ! Oui mais c'est très joli aussi ! Et ça se prend pas au sérieux (ouf) ! A partir de la page 15, l'histoire décolle et prend la forme d'une épopée assez fun à suivre. C'est sorti chez Himalaya en 1990 mais ça aurait pu sortir dans les années 80 au sein de la collection Pieds jaloux des humanoïdes associés.
Le Secret du Roi
Une bd effectivement sortie dans l’anonymat, dommage, car c’est une chouette bd d’aventure, de complots, d’espionnage, de cape et d’épée sous Louis XV pendant la Guerre de Sept Ans. Un bon moment de détente. Les personnages sont attachants et les « méchants » réussis. Le graphisme est joyeux, dynamique, similaire à celui du Le Paris des merveilles. Je serai au rendez-vous pour le tome 2.
Watership Down
Une belle adaptation du roman culte en Angleterre. La mise en place pourra peut-être égarer certains lecteurs, mais je la trouve fidèle au livre de Richard Adams. Il faut se laisser porter et accepter d'être contaminé par la peur prophétique d'un lapin qui pressent une catastrophe et qui va être à l'origine de ce périple marquant. On retrouve dans cet album la dimension épique du roman, sa dureté aussi. La galerie (huhuhu) des lapins est vraiment réussie, on les reconnaît effectivement assez facilement et comme dans le roman, on tremble pour Fyveer, Hazel et leurs camarades. Parviendront-ils à trouver le terrier promis et à prospérer malgré les multiples ennemis qui rôdent ? L'histoire est dans l'ensemble prenante, il faut dire que le matériau de base est excellent et je ne peux que recommander la lecture du roman qui a peut-être nourri des récits comme Walking dead (les points communs sont assez étonnants) ou La légende de la garde. Aurais-je autant apprécié cette BD si je n'avais lu le roman d'abord ? Je l'ignore, mais l'adaptation est convaincante, le dessin est une ode à la nature et met en scène avec brio un monde que nous oublions parfois de regarder, ah le bonheur est parfois à portée de patte quand on peut farfaler en liberté, réchauffé par un soleil d'été qui s'étire à l'horizon. La fin, et ce n'était pas forcément évident, est également réussie et touchante. Les ultimes pages, suivant en tous points celles du roman, apportent une conclusion poétique à une saga qu'on n'oubliera pas de sitôt.
Et l'homme créa les dieux
Voila une BD dont je me ferai l'acquéreur alors que je l'ai lue en l'empruntant à la bibliothèque. C'est parce qu'elle est tellement dense et chargée qu'elle doit être relue, du moins c'est ce que je vais faire. Et aussi parce que les concepts, les notions et les exemples qu'elle donne sont si intéressants qu'il va me falloir les réviser pour bien les assimiler. La BD est le résultat d'une thèse produite en 2006, ici remise en image pour réussir à la faire parvenir au grand public. Et l'exercice est réussi, puisqu'il suit la logique de la recherche qui n'est pas facile à comprendre et intégrer pour le grand public. C'est tout le travail de comprendre, collecter les données, les étudier, les mettre en perspective, définir un axe de lecture, analyser, poser une hypothèse et la vérifier, puis poser une théorie. Le tout sans cesse recommencé, avec parfois la frustration de ne pas savoir ! La BD est dense, très dense, découpée en chapitres qui abordent chacun une thématique précise et en explicitent tout les tenants et aboutissants. Dit comme ça, il n'y a pas de quoi faire peur mais on peut facilement arrêter la lecture à chacun d'entre eux tant le contenu est riche. Il y a des concepts à assimiler, des préjugés à déconstruire et des idées à comprendre. La religion parait une chose si clair pour tous alors que quand on étudie la chose elle devient si complexe ! C'est la beauté de la recherche, ne pas s'arrêter aux évidences et aller plus loin. Ce que je salue surtout, c'est le travail d'adaptation qui réussit le pari d'aller prendre ce genre d'idées, de les mettre à plat et les retranscrire par la BD. Ainsi nous aurons divers représentations conceptuelles qui reviennent ensuite, intriquant les différents messages pour en faire ressortir la complexité. Plusieurs reviendront à chaque chapitre, remettant en perspective ce que nous avons appris afin de l'emporter plus loin. D'ailleurs le dessin permet aussi de jouer sur divers approches, textuelles, graphiques et interconnectés. Le tout pour rendre l'ensemble plus digeste, même s'il est vrai qu'on est loin d'une BD lue en deux heures. C'est une BD riche de sens et riche d'informations, qui nous remet en perspective ce qu'est une religion et ce que ça n'est pas, d'où peuvent bien apparaitre ces concepts et ce qu'ils sont réellement pour l'humain. Au final, la BD n'invite personne à ne pas croire ou à croire, même si le travail va clairement dans un sens précis quant à tout cet ensemble d'informations. Et je dois dire qu'elle invite à réfléchir même les athées sur la question de la croyance et de ce qu'on met dans nos têtes. L'esprit critique, mais pas seulement. En tout cas, cette BD sera relue pour ma part, parce que j'ai encore pas mal de choses à y trouver.
L'Air de rien
Il s'agit de strips et de saynètes abordant des fragments du quotidien d'êtres humains très divers. On y croise surtout des urbains autour de la quarantaine, en couple ou non, avec ou sans enfants. Aude Picault y observe les relations sociales, la maternité, l'amitié, la charge mentale, les stéréotypes ou encore les dynamiques hommes/femmes avec un regard souvent plus féminin que féministe (même si j'ai aimé ces quelques strips où elle montre comment les femmes transmettent inconsciemment à leurs filles des normes de féminité qui perpétuent la société patriarcale) : c'est subtil, juste, jamais accusateur, et cela touche d'autant plus que c'est montré... l'air de rien. Ce qui m'a séduit avant tout, c'est la finesse du regard. Beaucoup de planches ne cherchent pas à faire rire franchement, mais plutôt à faire sourire de reconnaissance : on se dit que c'est exactement ça. Il y a une sensibilité qui souligne avec douceur les petits ridicules, les contradictions, les non-dits qui empoisonnent parfois nos relations. On sent que l'autrice aime ses personnages, même lorsqu'elle les égratigne. J'ai souvent pensé à Jean-Jacques Sempé et je suppose que l'autrice ne s'en cache pas : rien que le titre et la couverture rappellent déjà son style. Ce n'est pas tant pour une ressemblance graphique que pour l'esprit : cette manière de représenter des scènes ordinaires pour révéler, avec délicatesse, l'absurdité ou la mélancolie de nos comportements sociaux. Comme chez Sempé, ce sont les thématiques (la vie urbaine, les petites vanités, les illusions sentimentales, la solitude au milieu des autres) et le ton à la fois tendre et légèrement ironique qui rapprochent les deux univers. En revanche, Picault a sa propre écriture visuelle : un trait plus épuré, des corps esquissés, des décors réduits à l'essentiel, des aplats de couleurs pastel. Là où Sempé pouvait suggérer beaucoup par une seule image ample, Picault s'appuie davantage sur le rythme du strip et le dialogue pour faire émerger l'émotion, même si ce sont justement les quelques images pleine page de cet album qui ont facilité chez moi le rapprochement avec Sempé. Tout n'est pas égal pour autant. Certains gags tombent un peu à plat : on devine l'intention, mais la chute manque de mordant. À la longue, la succession de strips peut aussi provoquer une légère lassitude ; c'est typiquement un album à picorer, à laisser reposer avant d'y revenir. Quelques planches paraissent un peu anecdotiques, parfois un brin bobo, et l'ensemble n'est pas irrésistiblement drôle, mais je ne lui en tiens pas rigueur car j'ai été très souvent touché par l'esprit qui s'en dégage. C'est une légèreté tendre, parfois teintée d'amertume discrète : sexisme ordinaire, incompréhensions conjugales, fatigue parentale, solitude urbaine... Ce n'est pas un album qui déclenche des éclats de rire, mais un recueil fin et humain, qui capte avec intelligence et justesse ces petits riens du quotidien dans lesquels on se reconnaît, et qui, l'air de rien, disent beaucoup de notre époque.
Pillages
Un chouia romancé – avec quelques personnages inventés et des noms de navires changés – on a quand même là un reportage tout à fait intéressant, et dont la lecture est hautement recommandée. J’avais déjà lu un dossier sur la question dans Le Monde diplomatique je crois, mais cet album a le mérité de synthétiser les connaissances, et surtout de les présenter de façon très simples – mais pas simplistes. En particulier, j’ai beaucoup aimé l’idée, utilisée à plusieurs reprises, de mettre en parallèle le développement du pillage des mers par les navires usines européens ou chinois, et l’émigration des populations appauvries de l’Afrique vers l’Europe. Car si les pays riches savent bien critiquer l’immigration, ils sont plus discrets sur les causes. Et si nos médias se gargarisent de la lutte contre la piraterie des Africains (en Somalie anciennement, maintenant dans le Golfe de Guinée), on ne parle jamais de piraterie ou de vol lorsque des navires espagnols – ou chinois, mais balayons d’abord devant nos portes – pillent illégalement les ressources des pays africains incapables de surveiller ou protéger leurs ressources (ou alors gangrénés par la corruption). Les questions du développement de l’aquaculture, et de la consommation de saumon hors périodes de fête, sont aussi intéressantes, et clairement mises en perspectives ici. La narration est fluide, le dessin agréable, le propos fondé et étayé, tout en restant « vulgarisateur ». On a donc tous les ingrédients d’un bon documentaire.