Charly 9

Note: 4/5
(4/5 pour 25 avis)

Charles IX fut de tous les rois de France l'un des plus calamiteux. À 22 ans, pour faire plaisir à sa mère, il ordonna le massacre de la Saint- Barthélemy qui épouvanta l'Europe entière. Abasourdi par l'énormité de son crime, il sombra dans la folie. Transpirant le sang par tous les pores de son pauvre corps décharné, Charles IX mourut à 23 ans, haï de tous... Pourtant, il avait un bon fonds. (4ème de couverture)


1454 - 1643 : Du début de la Renaissance à Louis XIII Adaptations de romans en BD BDs à offrir Delcourt Jean Teulé Les Guerres de Religion Les prix lecteurs BDTheque 2013 Mirages One-shots, le best-of Rois et Reines d'Europe

Charly 9 est un faible ; monté sur le trône de France à l'âge de 10 ans, il ne sait pas dire non à son dragon de mère, Catherine de Médicis. Alors, pour qu'elle lui lâche les poulaines, il accepte d'ordonner le massacre de la Saint-Barthélémy. Mais quand on a le meurtre de quelques milliers d'innocents sur la conscience, ça pèse lourd. Charly 9 commence à voir le sang de ses victimes recouvrir son quotidien. Le remord le pousse vers la folie… Entre la pratique frénétique de la chasse et les parties de jambes en l'air avec sa maîtresse, il délaisse les affaires de l'État. Il meurt jeune, peut-être empoisonné alors qu'il n'a pas encore 24 ans.

Scénariste
Auteur oeuvre originale
Dessinateur
Coloriste
Editeur / Collection
Genre / Public / Type
Date de parution 20 Novembre 2013
Statut histoire One shot 1 tome paru
Couverture de la série Charly 9
Les notes (25)
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25/11/2013 | Eric2Vzoul
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Par Blue Boy
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
L'avatar du posteur Blue Boy

Si le mérite de l’ouvrage revient d’abord à Jean Teulé, qui a effectué un travail de recherche conséquent sur la vie de Charles IX, révélant des faits peu connus de l’Histoire officielle, Richard Guérineau peut se targuer d’en avoir extrait toute la substantifique moelle pour l’accommoder avec brio aux codes du neuvième art. Si cela reste une œuvre de fiction, toutes les anecdotes sont authentiques, selon les propres termes de Jean Teulé, seul le surnom du roi qui a inspiré le titre est inventé. « Charly 9 » confirme le côté espiègle de l’écrivain qui en outre réhabilite d’une certaine manière ce souverain qui dut endosser seul le fardeau du massacre de la Saint Barthélemy, alors qu’au départ il y était opposé. Encore jeune et malléable, il le fit sous la pression de sa machiavélique mère Catherine de Médicis mais fut rongé ensuite par la culpabilité puis la folie, et ce jusqu’à sa mort, moins de deux ans après le tragique événement. Le récit en lui-même est vraiment passionnant et devrait rallier même les plus rétifs à l’Histoire. Une qualité renforcée par le traitement graphique plutôt original de Richard Guérineau, dans les limites du style issu de l’école franco-belge. Ce dernier s’en amuse d’ailleurs beaucoup avec quelques clins d’œil savoureux (Johan et Pirlouit, Lucky Luke), créant un contraste saisissant entre la quête de légèreté du Roi, déplacée mais compréhensible, et une atmosphère très assombrie par le massacre qu’il a lui-même ordonné, à laquelle l’auteur du « Chant des Stryges » sait insuffler la noirceur nécessaire. La mise en couleur y est pour beaucoup, alternant des styles chromatiques variés tout au long du livre en fonction du contexte, limitée à des dominantes rouge et noir pour les scènes les plus sanglantes. Tout cela produit quelque chose d’extrêmement vivant voire frénétique, ce qui correspond peut-être bien à l’état d’esprit de « Charly », à qui il ne restait que la folie après son acte sanglant. Et c’est bien ce roi ordinaire à la réputation sulfureuse, d’une nature influençable (il faut dire qu’il n’avait que 22 ans lors de la St Barthélemy), dépeint comme amateur de chasse et de poésie, qui risque de marquer le néophyte, et ce pour longtemps. A la lecture de l’ouvrage, on découvre un homme à la fois détestable dans sa violence et attachant dans sa fantaisie et sa fragilité, au fur et à mesure de son glissement vers la paranoïa. En outre, ce roi ne se privait pas de jurer à tout bout de champ et s’adonnait aux joies du sexe de plus en plus ouvertement alors qu’il sentait le souffle de la mort se rapprocher de lui. Peu à peu, le lecteur un tant soit peu sensible se sentira pris d’empathie pour cet être à la dérive (sans pour autant l’absoudre de ses actes), à l’évidence trop jeune pour connaître les affres du pouvoir (surtout dans un tel contexte). Sa déchéance fut aussi courte qu’effrayante, presque surnaturelle, comme si le sang versé lors de la St Barthélemy lui sortait par les pores de la peau, marquée par une solitude déchirante que sa mère dépourvue d’états d’âme ne chercha aucunement à combler. Tout cela est accentué par le dessin, qui rend compte de façon saisissante de la constante métamorphose du souverain tout au long du récit, Tout comme ses cheveux s’ébouriffent avec la folie, ses joues se creusent avec la maladie. Au crépuscule de sa vie, à 23 ans seulement, Charles IX avait l’aspect d’un vieillard. Cet épisode peu glorieux de l’Histoire de France traité ici nous rappelle l’absurdité des guerres de religion et la nécessité de combattre l’intolérance et l’obscurantisme. Il suffira d’une allusion bien placée (dont je préfère laisser la surprise au lecteur) pour établir une passerelle entre cette époque et la nôtre, qui semble traverser une phase de crispations identitaires peu réjouissantes, en particulier dans la « République bénie de France » de 2016. En un mot comme en cent, « Charly 9 » est une lecture chaudement recommandée. Non seulement par sa qualité graphique et son souci de restituer les faits historiques (les anecdotes sur le jour de l’an, les 1er avril et 1er mai, la mode vestimentaire…), mais aussi par la force du récit et le personnage finalement haut en couleurs de Charles IX. Quant à savoir si cela le réhabilite, chacun aura son avis sur la question…

06/09/2016 (modifier)
Par Ro
Note: 3/5
L'avatar du posteur Ro

Ça faisait un moment que je voulais lire cet album car j'en avais lu énormément de bien. Du coup, j'en attendais peut-être un peu trop. C'est un très bon album historique au ton légèrement iconoclaste et doté d'une bonne dose d'humour, mais je n'ai pas été foncièrement captivé. Le sujet est intéressant : le moment qui a mené le jeune roi Charles 9 à approuver le massacre de la Saint-Barthelemy presque contre son gré et la folie qui s'ensuivit pour cet homme rongé par le remords et en même temps empli d'amertume, de défi et de colère. Le dessin est très sympathique. Non seulement il est maîtrisé et offre un trait moderne et sûr, loin des séries historiques mornes et rébarbatives, mais il s'offre aussi le loisir de changer de style par moment, pour accentuer l'aspect absurde que peut prendre la réalité quand le drame est tel qu'il tourne presque à la farce. J'ai trouvé ce personnage de Charly 9 très amusant quand sa folie tourne à la vraie déconnade. Mais le récit a un peu tiré en longueur à mon goût et j'ai été moins captivé à partir de la moitié de l'album. D'où un léger regret, mais autrement c'est une très bonne BD.

29/11/2015 (modifier)
L'avatar du posteur Agecanonix

N'ayant pas lu le roman de Jean Teulé dont il est adapté, je ne sais pas s'il est plus ou moins fidèle, mais je sais que Teulé a dit à Richard Guérineau de se débrouiller ("C'est ton bouquin, tu en fais ce que tu veux", ai-je lu quelque part). Guérineau s'en est donc donné à coeur joie tout en s'appliquant à donner vie, folie et agonie à ce roi Charles IX, qui de tous les Valois, est probablement l'un des plus mauvais souverains ayant gouverné la France, qui plus est dans une situation critique. Il faut savoir que c'est le massacre de Wassy en Champagne en mars 1562, perpétré par le duc de Guise, qui déclencha la première guerre de Religion. Roi chétif, souffreteux, déséquilibré (comme tous les enfants de Catherine de Médicis), faible et dominé par sa mère, il reste dans l'Histoire pour être celui qui a ordonné le massacre de la Saint Barthélémy, ordre arraché par sa terrible mère à travers lequel elle régna et qui ne fut pour elle qu'un pantin. Rongé par le remord et la tuberculose, il mourra 2 ans après ce funeste 24 aout 1572, à l'âge de 23-24 ans. Je ne m'attendais pas à trouver dans cet album une véracité historique absolue, mais au final, je fus agréablement surpris de constater que Guérineau conserve une ambiance historique conforme avec de nombreux détails réels (le début de l'année qui commence au 1er janvier, la tradition du poisson d'avril...), des mots historiques célèbres jugés parfois vrais ("Tuez-les tous pour qu'il n'en reste pas un pour me le reprocher") ou apocryphes ("Le corps d'un ennemi sent toujours bon" ; ce mot est aussi attribué à l'empereur Vitellius), ou encore des allusions aux poésies de Ronsard ("Mignonne, allons voir si la rose..."). Par contre, je doute que Charles IX étripait des lapins dans sa chambre et dans les couloirs du Louvre, mais les personnages sont également conformes à leur image (Coligny, Catherine de Médicis, Marie Touchet...), et surtout ce qui est intéressant, c'est que l'on suit une progression dans la folie de Charles ; suite à la nuit de la Saint Barthélémy, cette culpabilité le ronge, et ses crises sont de plus en plus bizarres, cet aspect est bien retranscrit dans un ton picaresque et parfois délirant, en plus avec un dessin remarquable et soigné qui hésite entre le réalisme et le caricatural, tout en respectant décors et costumes. Seul le parti pris adopté par Teulé qui est d'utiliser un ton et un vocabulaire très actuels, et que Guérineau conserve, détone un peu parfois dans ce XVIème siècle.. Je trouve d'autre part, que le petit format choisi n'est pas l'idéal pour cette Bd qui aurait gagné à adopter le format Delcourt normal pour mettre en valeur le dessin et les cadrages. Autre source d'étonnement : Guerineau opte pour quelques expérimentations graphiques avec ces passages imitant les graphismes de Peyo et Morris ; franchement, je ne vois pas trop l'utilité d'une telle fantaisie, car retrouver Lucky Luke dans ce type de bande, et du Peyo n'est pas très heureux, ce procédé provoque des ruptures graphiques qui cassent un peu le rythme de la lecture, ça surprend et ce n'est guère adéquat ici, alors que ce serait plus sûrement bienvenu dans une Bd humoristique. Certains lecteurs ont l'air de trouver ça amusant, mais personnellement, ça ne m'a plu qu'à moitié.. Le final avec la mort du roi dans un graphisme plus stylisé alliant rouge et gris, est par contre bien adapté. Voici donc une Bd qui relate les derniers jours d'un roi incompétent de façon atypique et outrancière, prouvant que Guérineau peut réaliser un travail original et intéressant sans avoir besoin d'un scénariste derrière lui, et livrant sa vision du sujet qui rappelons-le, n'est qu'une interprétation, car j'ai lu dans certains avis précédents que beaucoup ont appris des trucs sur ce roi ; on est pourtant bien d'accord que cette Bd n'adopte pas un point de vue encyclopédique, elle vise avant tout à divertir en utilisant un fond historique réel.

08/07/2015 (modifier)
L'avatar du posteur Noirdésir

Que voilà une belle réussite ! Je n’avais pas accroché à la précédente adaptation d’un roman de Teulé que j’avais lue (Le Montespan), et n’ai pas lu celui à l’origine de cette adaptation. Mais en tout cas c’est ici un album qui vaut le détour ! Tout d’abord le dessin est vraiment très très bon, dans un style semi réaliste, et j’ai aussi aimé la colorisation (et le jeu des couleurs sur Charly en fin d’album). Mais l’histoire en elle-même est captivante. Elle se déroule dans les dernières années du règne de Charles IX (cela commence au soir de la Saint-Barthélemy, qui est presque escamotée). Si l’essentiel des faits historiques majeurs de cette période y sont traités, y sont ajoutées des anecdotes plus ou moins véridiques qui rendent le personnage du roi plus vivant : c’est parfois du grand guignol, mais j’adhère. Personnage emporté par la folie des hommes – dans une époque de fous, et qui sombre dans une douce folie plus personnelle. C’est que le tragique de la période (fin des guerres de religion, intrigues de cour, Valois en fin de course) est ici enrobé dans un humour multiforme. Dès les premières pages, lors des négociations macabres autour des victimes probables du massacre de la Saint-Barthélemy, le ton est donné. Et les moments de folie du roi – qui deviennent de plus en plus récurrents, sont l’occasion de moments assez drôles. Et l’apparition de personnages de Peyo ou de Morris – avec les changements de style graphique qui les accompagnent, sont eux aussi à la fois réussis et drôles, cela ne crée pas de rupture dans la lecture. Bref, c’est clairement une grande réussite, et il serait vraiment dommage de passer à côté !

16/04/2015 (modifier)
Par sloane
Note: 4/5
L'avatar du posteur sloane

Mais que c'est bien! Échaudé par ma lecture de Le Montespan dont il était tiré, c'est un peu à reculons que j'ai attaqué cette adaptation d'un autre roman de Jean Teulé. Comme quoi ce métier d'adaptateur n'est pas facile et combien la présence d'un bon dessinateur rend la tâche plus aisée. Ici je ne vais pas m'étendre sur la véracité historique ou pas de l’œuvre mais la petite pointe d'humour noir, de cynisme est vraiment bienvenue. Ce roi appelé trop tôt à régner et qui plus est sous la férule de Madame sa mère, est rendu finalement assez sympathique dans sa folie qui se découvre lentement. Donc scénario aux petits oignons; dessin et couleurs à l'unisson, il faut acheter et lire cette BD d'urgence.

28/02/2015 (modifier)
Par Erik
Note: 4/5
L'avatar du posteur Erik

Je me suis toujours un peu méfié des récits qui réhabilitent de méchantes figures de l’Histoire. C’est un peu comme si on tentait de redonner une version plus positive de l’action d’Hitler ou de Staline. Pour autant, les historiens actuels s’accordent à dire que le roi Charles IX a été totalement manipulé par sa mère éprise de pouvoir à savoir la fameuse Catherine de Médicis. En effet, Charles IX n’avait qu’une dizaine d’année lorsqu’il est devenu roi. Il est mort sans doute empoisonné par sa mère à l’âge de 23 ans. Il restera comme celui qui a ordonné le massacre de la Saint-Barthélemy et qui a sombré par la suite dans la folie. La bd nous montre comment il a dû lâcher prise face à ses conseillers et la reine-mère pour prendre la plus terrible des décisions à savoir la mort de milliers d’innocents. Les arguments employés étaient fallacieux. Charles IX n’était pas fait pour devenir roi. Un autre n’aurait pas succombé aussi facilement. Il n’a été qu’un jouet alors qu’il était le roi de France. Certains ne sont pas faits pour diriger le pays et on le paye tôt ou tard… J’ai beaucoup apprécié le traitement de cette bd historique pas comme les autres. Il y a un brin d’originalité dans la mise en scène. Visuellement, c’est très fort comme cette page noire pour signifier les événements de la Saint-Barthélemy. Les couleurs sont expressives notamment le rouge sang. Elles vont d’ailleurs accompagner l’intensité dramatique du récit. Cette chronique historique d’un roi pas comme les autres restera dans les annales. On sait que l’auteur se penche déjà sur la suite à savoir le frère du roi Henri III qui va lui succéder. Or, ce Valois est également très spécial comme on peut déjà le voir. On verra également Henri de Navarre future Henri IV. En conclusion, un ouvrage parfaitement réalisé et qui apporte un nouvel éclairage. Note Dessin : 4.25/5 – Note Scénario : 4.75/5 – Note Globale : 4.5/5

06/01/2015 (modifier)
Par jul
Note: 4/5 Coups de coeur expiré

J'avais découvert Jean Teulé avec la très bonne BD Je, François Villon. A vrai dire, j'en avais déjà entendu parler mais vaguement avec (Le Magasin des Suicides, ses anciennes BD chez Metal Hurlant. Bref ce nom me disait quelque chose. Il y a 2 ans environ, je me suis lu à la suite "Mangez-le si vous voulez", "Charly 9" et "Darling". Et là, gros coup de cœur pour cet auteur. C'est noir, ironique, cruel et passionnant. La sortie de cette BD m'a interpellé tout de suite, et les critiques élogieuse apparaissant au fur et à mesure sur BDtheque n'ont fait qu'augmenter mon envie de lire cette adaptation. Serait-ce aussi bien que le bouquin ? Apparemment ça en avait tout l'air. Après lecture, effectivement ça l'est. L'auteur Guérineau a vraiment fait un excellent travail, ce qui n'était pas chose aisée. J'ai tout d'abord été surpris par le dessin semi réaliste (très beau) mais qui tranche avec le côté historique, noir et cruel de cette histoire. Finalement, c'est un excellent choix qui fait sortir cette oeuvre du tout venant des BD historiques. Cela ajoute une certaine modernité (tout comme le bouquin de Teulé à la base). C'est passionnant de bout en bout et les légers changements de styles s'accordent à merveille avec la personnalité plus que tourmentée du pauvre Charles (en même temps qui aurait envie d'être à sa place), même les clins d’œils à la culture BD (les séquences "WTF" de Johan et Pirlouit ou Lucky luke s'incrustent bizarrement parfaitement bien dans l'histoire et ajoutent au côté borderline de cette histoire). On ne compte plus les séquences déjantées où le roi perd complètement les pédales (les chasses à cour dans le palais !) au grand dam de sa mère et de l’ensemble des sujets, qui quant à eux sont parfaitement à l'aise dans cette époque de traîtrises, de coups bas et d'horreurs en tous genre. Je ne sais pas si historiquement tout cela est très exact (j'en doute fort). Je ne suis pas spécialiste mais je m'en fous. C'est avant tout la vision de Teulé et son style qui se sert d’événements historiques pour y imprimer sa patte acide drôle et cruelle. Personnellement j'adore. J'aurais aimé que le récit s'attarde un peu plus sur le massacre de la Saint Barthélemy et aux atrocités qui vont avec mais la BD respecte le parti pris du bouquin qui fait l'impasse sur cette nuit d'horreur. Le sujet étant plus la personnalité et la destinée de ce pauvre roi complètement largué, pris en étau par sa famille et par l'ultra violence ambiante. Quelqu'un qui n'est pas né à la bonne place ni à la bonne époque. J'hésite entre 5 ou 4. Disons un 4,5. A acheter les yeux fermés (tout comme le bouquin de Jean Teulé).

14/12/2014 (modifier)
L'avatar du posteur Le Grand A

Tout d’abord il faut bien préciser qu’il s’agit ici de l’adaptation d’un roman de Jean Teulé, une biographie romancée de la fin de règne du roi Charles IX. La BD n’a donc pas vocation à être un texte universitaire hyper rigoureux sur le plan de la vérité historique, les critiques sur le manque de véracité historique de certains faits n’ont pas trop lieu d’être je pense. Catherine de Médicis a eu un rôle plus nuancé voire controversé dans le massacre de la Saint-Barthélemy, cherchant même à apaiser les tensions entre catholiques et protestants, alors qu’ici elle est complètement avide de sang et à l’origine de l’idée du massacre. Ceci dit, je n’ai jamais lu de livres de Jean Teulé mais c’est un écrivain qui m’intéresse car il semble s’être fait une spécialité de prendre un sujet historique sérieux et dramatique comme le massacre des huguenots, et d’y mêler un humour noir cynique, souvent odieux et parfois décalé. C’est ce qui rend cette BD si attirante. On ne sait pas trop si on doit en rire ou en pleurer. On apprend d’un côté des choses très intéressantes, pour peu que l’on soit passionné d’histoire, comme l’origine du 1er avril, la célébration du nouvel an ou juste mettre un nom sur le roi auteur de l’un des massacres les plus honteux de notre histoire. Et d’un autre côté on peut se payer une bonne tranche de rigolade avec les turpitudes et la folie (ou la connerie on ne sait jamais trop) de ce roi pathétique. Charles IX fait partie des rois les plus minables de l’histoire de France, un de mes préférés, avec Charles VIII mort en se cognant la tête sur une poutre à 27 ans. Je n’ai pas des masses apprécié le dessin de Guérineau sur Le Chant des Stryges (pour ne pas dire détesté), mais là je l’ai trouvé sublime. Ajoutez à cela des cadrages, des choix de couleurs et un découpage intelligents. J’ai découvert un autre auteur, le contraste est saisissant pour moi. Je crois qu’on peut parler de must-have dans le genre historique. J’ai entendu dire que Guérineau préparait une « suite » toujours durant les guerres de religion, centrée cette fois-ci sur l’assassinat du duc de Guise par les « 45 » d’Henri III, frère cadet de Charles IX. J’attends de voir si ça se confirme impatiemment.

02/09/2014 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5
L'avatar du posteur Gaston

Un excellent album sur un roi qui semble maudit. Je suis tout d'abord épaté par le dessin. L'auteur est capable de changer de style facilement et sa mise en scène est efficace et parfois originale. Bref, visuellement, c'est très fort ! Le scénario m'a passionné dès le début et je n'ai pas décroché une seule fois durant ma lecture. La folie du roi est très bien exploitée et je me suis demandé si son entourage ne l'était pas aussi car plusieurs veulent tuer des gens uniquement parce qu'ils sont protestants ! J'ai aussi rigolé plusieurs fois à l'humour très noir (je pense notamment lorsque le roi tue son chien par erreur) comme je l'aime. Le personnage de Charles IX est très attachant et j'ai fini par avoir de la pitié pour ce pauvre gars qui n'était même pas sensé être roi (il y a apparemment un frère aîné qui est mort).

13/08/2014 (modifier)
Par Chéreau
Note: 4/5 Coups de coeur expiré

Le pauvre Charles IX a déclenché la Saint-Barthélémy pour faire plaisir à sa mère. Plusieurs autres de ses initiatives, pourtant louables, se sont soldées par des centaines de morts et il a fini fou après une douzaine d’années de règne sous la coupe maternelle. Mais il avait un bon fonds, rappelle la 4e de couverture… Teulé et Guérineau en rajoutent un peu dans la description de ce que les psychiatres appelleraient aujourd’hui une famille pathologique : mère castratrice et peu aimante, fils cadet et préféré (le futur Henri III) méchant comme une teigne et vêtu comme un adepte de Cure mal sorti d’une adolescence torturée, fille carrément gothique qui se balade avec des crânes dans du formol sous le bras (la fameuse reine Margot). Au milieu de cette bande de cinglés, le pauvre Charles, mal préparé à devenir roi à la place d’un grand frère mort trop tôt, tente tant bien que mal de s’en sortir. Plutôt mal que bien. Le souvenir de la Saint-Barthélémy, qui ouvre le récit, ne va pas l’y aider. L’histoire raconte en réalité les deux dernières années de règne –et de vie- de Charles IX, et sa plongée dans la folie, jusqu’à se mettre à chasser le cerf dans son château, nu comme un ver sur son cheval. Guérineau n’y va pas avec le dos de la cuillère. Certes l’époque était assez gratinée. Mais le récit est souvent un poil démonstratif et les personnages trop caricaturaux. La farce macabre l’emporte sur l’étude de caractères. Le dessin souple et nerveux, les personnages aux gueules marquées renforcent encore ce parti pris théâtral et outrancier. Il y a du Shakespeare dans cette histoire, la complexité et l’introspection en moins. Bravo pour finir à la mise en page dynamique et aux couleurs très réussies. Pas un chef d’œuvre impérissable mais un très bel album et une excellente surprise de ce millésime 2014.

01/08/2014 (modifier)