Pour mon 7000ème avis sur ce formidable site je vais parler d'une bande dessinée qui m'a touché d'une manière qu'une bande dessinée ne l'a fait depuis un certain temps. En plus, j'ai un peu lu cette bande dessinée par hasard parce qu'il y avait le nom d'Eldiablo sur la couverture. Je m'attendais à un truc sympathique et j'ai eu un choc. C'est toujours un plaisir de tomber sur une œuvre exceptionnelle par hasard.
C'est l'adaptation d'un roman québécois que je n'ai jamais lu parce que je ne lis pas les romans modernes. Je ne peux donc pas comparer, mais de toute façon l'adaptation en BD est tellement bonne qu'on ne dirait même pas que c'est une adaptation. Il n'y a aucun texte inutile qui explique ce que l'on voit déjà avec le dessin. Il faut dire que les textes dans les cartouches sont uniquement les pensées du personnage principal qui raconte sa vie et ses pensées en général. Le scénario en lui-même, un homme asocial qui a été séparé de sa mère suicidaire par les services sociaux lorsqu'il était jeune et il veut la retrouver, est un peu banal et on devine vite que tout va mal finir pour cet homme au comportement autodestructeur et déconnecté de la réalité. Mais j'ai trouvé le scénario palpitant grâce à deux éléments importants.
La première est la qualité du texte. Les pensées du personnage principal sont savoureuses et très bien écrites. Je ne sais pas quels sont les dialogues issus du roman et quels ont été ceux inventés par Eldiablo, mais dans tous les cas le résultat est excellent. Et comme c'est écrit dans le langage populaire québécois, cela va sonner exotique pour un lecteur européen. Le scénario réussit aussi à me faire suivre sans problème la vie d'un personnage détestable. Il a certes grandit dans un mauvais environnement, mais cela n'excuse pas son comportement de salaud qui se fout des conséquences de ses actes et qui blâme tout le monde pour ses problèmes.
La seconde qualité est le dessin. Le style du dessinateur est particulier et je ne sais pas trop comment le décrire. Mais ce que je sais est que c'était un style parfait pour ce type de récit au ton cru. Avec un dessin plus conventionnel, j'aurais sûrement moins accroché. Pour moi ce dessin montre clairement tout le potentiel du médium de la bande dessinée, mon médium préféré. On sent la violence du personnage principal et du monde qui l'entoure. Le noir et blanc dont la seule couleur qui ressorte est le rouge est sublime. Ce mariage parfait entre le texte et le dessin me fait penser à quel point j'adore la BD.
Même si j'ai adoré, je préviens que ce n'est pas une bande dessinée pour tout le monde. Le langage est cru, il y a du sexe et de la violence. Peut-être même que je vais être le seul lecteur au monde qui va donner une note parfaite à cette œuvre, mais je m'en fous j'ai passé un excellent moment de lecture et j'espère que cela sera le cas pour d'autres lecteurs.
Michel Viau continue de raconter la vie de personnes qui ont marqué le Québec et pour l'instant je pense que c'est sa meilleure bande dessinée. En effet, les codes de la bande dessinée sont pleinement maitrisés et je vois clairement une amélioration depuis ses débuts. Il faut dire qu'il est bien aidé par un remarquable dessinateur qui a un beau style réaliste.
L'album raconte le combat du docteur Henry Morgentaler pour le droit des femmes à avorter. Il pratique des avortements alors qu'il n'en a pas le droit ce qui lui vaudra des ennuis avec une justice qui va s'acharner sur lui. Pareillement, on suit une jeune militante pro-avortement qui a elle-même avorté clandestinement dans des conditions atroces. En effet, au travers de la lutte pour l'avortement on va aussi voir l'évolution de la société québécoise de la fin des années 60 au milieu des années 70. C'est une période très particulière pour un Québec porté par une jeunesse revendicatrice qui rejette le conservatisme catholique qui a dominé pendant longtemps la province, mais qui est encore gouverné par des vieux souvent fervents catholiques. On verra d'ailleurs la fracture entre le peuple et les élites sur la question de l'avortement. Un lecteur européen qui s'intéresse à l'histoire va être gâté avec cet album où apparaissent plusieurs politiciens et personnalités de l'époque.
Un album riche et passionnant et qui est complété par un dossier sur l'histoire de l'avortement au Québec et au Canada en général.
Voici une histoire bien menée que j'aurai classée en Policier/Thriller, il est vrai qu'il y a aussi une touche de fantastique. C'est un album avec pas mal de pages qui a le temps de camper ses personnages, une petite fille un peu étrange et solitaire qui devient amie avec un épouvantail proche de la ferme familiale. Un père qui travaille, une belle-mère, on comprend que la mère a disparu tragiquement. Le dessin est aussi très bon, assez épuré. Cela se lit relativement rapidement malgré environ 150 pages. Concernant une trame parallèle sur un accident de voiture, on peut dire qu'on sent venir la fin mais le tout est de bon niveau.
Quelle belle évolution du travail de Daria Schmitt, depuis que je l’avais découverte avec Acqua Alta.
Une évolution notable au niveau graphique déjà. Ici dans un Noir et Blanc dont les hachures donnent un trait nerveux se rapprochant des gravures.
Une constante toutefois, avec toujours une petite touche d’étrange, d’onirique, ce qui est d’autant plus surprenant que le sujet – Descartes et la conservation de son squelette – est a priori plutôt « sérieux ».
L’album est assez dense, avec un texte abondant, texte lui-même rempli de réflexions, connaissances. Ça ne se lit pas en cinq minutes ! mais ça n’est pas non plus aride. En effet, quelques pointes d’humour se glissent dans le récit (autour des os disparaissant au fur et à mesure, faisant de la relique de Descartes quelque chose de plus en plus réduit à son simple chef).
Un récit original (sujet et construction), qui donne à voir l’Histoire et la science en mouvement. Une lecture relativement exigeante, mais intéressante et recommandable.
Maintenant, tout le monde emploie le mot Maraude, sans savoir d’où ça vient.
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Ce tome contient un reportage complet qui se suffit à lui-même et qui ne nécessite pas de connaissances préalables. Son édition originale de 2017. Il a été réalisé par Aude Massot pour le scénario et les dessins. Il comprend cent-treize pages de bande dessinée. Il se termine avec un reportage réalisé dans le Burkina Fasso en juin 2017, puis à Moscou, sous forme d’un texte illustré de dix pages. Il commence par une introduction de deux pages, un texte rédigé par Xavier Emmanuelli (1938-2025), cofondateur de Médecins sans frontières et fondateur du SAMU social de Paris.
Rue des Pyrénées, le dix juillet 2015, Aude appelle le service communication du Samu Social de Paris. À son interlocuteur, elle explique qu’elle appelle concernant le projet BD qu’elle leur a soumis : elle voudrait réaliser une enquête sur le Samu Social, du coup elle voudrait demander si elle peut venir en observation. Aux questions posées, elle explique que son éditeur s’appelle Steinkis, et qu’elle voudrait faire une sorte de documentaire en BD. À l’autre bout du fil, la voix lui dit qu’il faut qu’elle en parle à sa direction, et qu’ils la rappelleront. Le cinq aout 2015, au métro Alésia, Aude rencontre pour la première fois Xavier Emmanuelli. Il l’invite à manger dans un restaurant où il commande un demi de vin noir, avec de la glace, et des calamars et crevettes à la provençale. Aude prend le poulet et elle pose son enregistreur sur la table. Une fois servi en vin, il commence à lui raconter l’histoire du SAMU Social.
Le Samu Social, c’est une création personnelle de Xavier Emmanuelli. C’est devenu un terme générique et il en est content. C’est quand même une réussite. Il est lié à son parcours personnel. Il va le lui expliquer en trois mots pour qu’elle comprenne d’où ça vient. Quand il a commencé sa carrière, il était médecin d’urgence à la marine marchande. Puis il a continué dans l’urgence au moment où naissait le SAMU. Ça a été une période dure mais aussi de bonheur, car on découvrait la médecine de première instance. Et bien qu’il fût médecin depuis longtemps, il a fait son apprentissage à l’hôpital Henri Mondor, à Créteil, où il y avait un mec exceptionnel, le professeur Pierre Huguenard. Il a été son élève, son disciple, ou comme il dit souvent, son premier couteau. À l’époque, c’était le fléau des accidents de voiture. On avait de sérieux cas en traumatologie. Médecins sans Frontières est né par la suite, en 1971. Cela leur a permis de passer de l’urgence individuelle à l’urgence collective. Il s’y est beaucoup intéressé, apportant du secours aux populations en détresse, victimes des guerres, catastrophes naturelles dans les zones sinistrées, ou les camps de réfugiés. Il a vu disparaître la variole et apparaître le SIDA. Puis il s’est fait nommer comme praticien à la prison de Fleury-Mérogis. C’est là qu’il a appris ce qu’était l’exclusion. Avec les quatre grands éléments qui structurent chaque individu, elle, lui, les uns, les autres, la perception du corps, du temps, de l’espace et des codes.
En fonction du lecteur, la couverture peut aussi bien constituer un repoussoir, qu’une invitation puissante. Certes l’ambiance ne va pas être au divertissement, et dans le même temps la composition de l’image constitue une promesse du respect des personnes à la rue puisque celui-ci est placé au premier plan et de la mise en scène des interventions du SAMU social, avec le véhicule au second plan. La construction de cet ouvrage repose sur un déroulé classique : une personne néophyte qui va effectuer un stage en immersion avec des équipes intervenantes. La narratrice découvre cette structure d’aide, et la fait découvrir en même temps au lecteur, par ses yeux, avec sa sensibilité bienveillante. Cette lecture offre plus que la description d’une ou deux maraudes, puisque l’autrice bénéficie d’un entretien en tête à tête avec Xavier Emmanuelli, le fondateur du SAMU social. Il lui explique d’où il vient : médecin d’urgence à la marine marchande, puis médecin urgentiste au moment où naissait le SAMU, premier couteau du professeur Pierre Huguenard, Médecins sans Frontières, praticien à la prison de Fleury-Mérogis, Nanterre. Et enfin création du SAMU social à Paris, avec l’aide Jacques Chirac (1932-2019) maire de Paris, avec des équipes mobiles ayant la mission d’aller à la rencontre des personnes qui, dans la rue, paraissent en détresse physique et sociale. Quand Chirac devient président, Emmanuelli accepte un poste de Secrétaire d’État, et il fait créer le 115, par analogie au 15, les Équipes Mobiles d’Aide, qu'il fait appeler Maraude.
Dès ce chapitre, le lecteur apprécie la narration visuelle : l’artiste mêle habilement quelques images des deux personnages en train de prendre leur repas, rappelant ainsi qu’il s’agit des propos d’Emmanuelli, et des reconstitutions de ce qu’il évoque. Elle sait faire usage de la diversité offerte par la bande dessinée : soit une simple illustration venant compléter le propos, soit une suite de deux ou trois cases pour montrer l’évolution d’une situation, et aussi des illustrations plus pédagogiques. Par exemple un stéthoscope posé sur une carte du monde pour évoquer l’institution de Médecins sans Frontières, une trentaine de petites silhouettes anonymes disposées en trois bandes de dix pour évoquer l’urgence collective, un pou grossi pas une loupe pour illustrer le détournement de l’abréviation PP (passant de Préfecture de Police à Poux & Puces), des dessins schématiques pour le parcours d’un véhicule de soins hors les murs ou pour l’opposition politique entre droite et gauche, une vue du ciel schématique d’un quartier de Paris, la statue du Commandeur pour un effet de métaphore, un noyau avec quatre cercles concentriques pour les quatre grandes catégories d’exclus, etc. Elle fait ainsi œuvre de pédagogie visuelle pour raconter le parcours de l’interviewé, et pour évoquer ses valeurs morales, ses conceptions, et les obstacles auxquels il se heurte.
Suivent ensuite quatre courts chapitres servant de transition, ayant pour objet une réflexion sur l’exclusion, le corps, le temps, l’espace et l’altérité, ces deux derniers thèmes étant traités ensemble. En termes simples et clairs, l’autrice réfléchit sur les raisons pour lesquelles la société crée des exclus, mettant à nouveau à profit les possibilités graphiques de la narration visuelle, pour évoquer l’ultra-moderne solitude et les mégapoles dont le fonctionnement favorise l’isolement, l’image que l’on a de soi, l’image que les autres peuvent avoir de soi, et l’idée qu’on se fait de cette image, la première perte de repère qui s’opère quand on est à la rue avec chaque jour qui se ressemble, et enfin la notion de proxémie, c’est-à-dire distance physique qu'acceptent ou souhaitent des personnes en interaction sociale. En octobre 2015, le secrétariat du SAMU social rappelle Aude pour lui indiquer que sa demande d’accompagner des maraudes a été acceptée. La dernière partie raconte donc ces maraudes réalisées en janvier 2016.
Avec les deux premières parties, le regard du lecteur a déjà changé sur la notion d’exclusion, sur la démarche volontariste qui n’avait rien d’évidente qui a conduit à la création du 115, service d’aide dont il a vraisemblablement toujours connu l’existence. Et par voie de conséquence sur les personnes à la rue elles-mêmes. Avec un regard toujours aussi respectueux, l’autrice relate son expérience, avec des dessins dans un registre descriptif, réaliste et un peu simplifié. Le lecteur la découvre à côté d’Éva sur le plateau, une écoutante qui a pour mission d’accueillir les usagers qui composent le 115. Celle-ci explique ce qu’elle fait, à Aude, avec une grande pédagogie, tout en répondant à un appel qui sert d’exemple pour le lecteur, qui a bien conscience que la pédagogie de la séquence est également imputable à la bédéaste. Vient le temps du briefing puis de la première maraude. La narration visuelle reste dans un registre factuel, montrant les situations avec bienveillance et respect pour les personnes à la rue. Elle sait mettre en lumière le professionnalisme des membres du SAMU social, attirer l’attention avec une simple phrase sur un geste technique, sur le savoir-faire, qu’il s’agisse du vouvoiement, ou de la façon de se mettre à leur hauteur. Le lecteur peut également ressentir la force des émotions qui s’emparent d’Aude en face de ces situations de détresse sociale, d’exclusion. Il éprouve une forte empathie pour elle quand elle découvre les photographies qu’Emmanuelli lui a envoyées pour son livre, de différentes pathologies : syndrome de la chaussette, traumatologie, complications du diabète, nécrose, gale. Dans un autre format, les deux reportages, l’un au Burkina Faso, l’autre à Moscou, sont tout aussi touchants et éclairants sur le travail du SAMU social dans le contexte de deux autres pays, que ce soit avec les enfants orphelins dans les rues de Ouagadougou, ou les sans-abris bien obéissant en Russie.
A priori, le lecteur est venu à cet ouvrage intrigué de découvrir comment fonctionne le SAMU social, ce service d’aide également connu par son numéro d’appel le 115. Ayant feuilleté l’ouvrage, il a été rassuré par des dessins faciles à lire, dépourvus de voyeurisme, et par la diversité des dispositifs visuels mis en œuvre. Il comprend rapidement que l’autrice lui donne plus que son horizon d’attente : une synthèse de la création du SAMU social, racontée par son créateur, une réflexion personnelle sur le phénomène de l’exclusion, et sur ses principaux mécanismes (l’altération de la perception du corps, du temps, de l’espace et des codes), une immersion qui comprend une observation avec une équipe de maraude, et aussi la prise d’appels par une écoutante, la visite de l’hospice Saint-Michel à Saint-Mandé, et une ouverture grâce à l’expérience du SAMU social dans deux pays différents. Édifiant, bienveillant, épatant.
Une BD douce et agréable, qui aborde l’amour tardif avec une vraie subtilité. Les personnages sont attachants, bien construits, et gagnent en épaisseur au fil des pages. On les comprend sans jamais forcer l’empathie, grâce à un récit simple qui privilégie les trajectoires humaines plutôt que les effets dramatiques.
Le scénario reste assez prévisible, mais ce n’est clairement pas là que se situe l’intérêt de l’album. L’essentiel est dans le chemin parcouru, les petits ajustements émotionnels, les silences et les moments de fragilité. La fin peut laisser sceptique, mais elle ne déséquilibre pas l’ensemble tant le propos repose davantage sur le vécu que sur la conclusion. Quelques touches de morale et de philosophie émergent naturellement, sans lourdeur ni démonstration appuyée.
Graphiquement, le dessin est très soigné et expressif. Le trait rond et doux accompagne parfaitement le ton du récit. Le travail sur les corps vieillissants est particulièrement juste : sans caricature ni clichés, avec une attention sincère portée aux postures, aux regards et au temps qui passe. Une BD qui fait du bien, modeste dans ses ambitions, mais pleinement efficace.
J'aurais aimé que cette série marche aussi bien que les Schtroumpfs : l'utopie en bleue, le bonheur, et avec Johan et Pirlouit, la vie des humains, avec ses oppressions ordinaires. Quand les lutins essaient d'imiter les humains, il n'y a plus de joie chez eux, mais le grand Schtroumpf rétablit la situation… Cependant, nos joyeux lurons n'imitent les humains que par le plaisir du jeu, de la découverte.
Eux… Ils ne sont pas confrontés à par exemple une augmentation de la population diminuant les ressources : un bébé Schtroumpf à nourrir, c'est facile ! Pas de récolte détruite sans possibilité de manger autre chose que des rats et des cadavres, de peste, d'invasions, pas de femme sauf la Schtroumpfette, or la femme, plus faible physiquement que l'homme en général, et arrachée à son groupe par le mariage, fait qu'un modèle d'inégalité est très vite apparu dans les mentalités, ce qui contribue à en rendre l'effacement bien problématique ….
Si nos amis n'ont pas gâché leurs chances, que de privilèges ! Rêver d'être eux est formidable, mais franchement, je ne vois pas comment. C'est peut-être moins le succès des joyeux compagnons que le fait qu'on ne veut pas être renvoyés à notre impossibilité d'être comme eux qui a effacé Johan et Pirlouit. Au contraire, dans la série des lutins bleu, on ne voit que peu les humains, et c'est toujours également le privilège de quelques humains d'élite, Johan et Pirlouit, l'enchanteur, pas le paysan du coin. Or j'approuve ce retrait du monde : pour vivre heureux, vivons caché….
Grande différence d'avec les réconciliation chez les lutins bleu. Voyons, mon album préféré, La source des dieux. Quels déveinards que les humains ! En plus de nos malchances habituelles, des paysans sont très faibles physiquement à cause de la malédiction d'une sorcière. Les Mollassons sont donc d'autant plus exploités par un tyran, sans nul espoir de révolte, car bien trop faibles pour se soulever.
Mais nos héros rétablissent la situation, et vengeurs, ne donnent pas de l'eau de la source des dieux guérisseuse au villageois traître assigné à travailler avec les anciens oppresseurs renversés. Les héros sont des héros, courageux et même altruistes, mais tout se paie et doit se payer pour diminuer les risques de récidives, qu'on se le dise ! Dans cet album, j'ai comme d'habitude adoré Pirlouit, attendrissant le gardien de la source en caressant ses serpents et en plaidant pour les pauvres Mollasson, une scène qui reste dans ma mémoire !
Vive Peyo ! D'abord, je passe le chasse-neige : je crois qu'on fait de mauvais procès à Peyo. Avant, bien avant que le racisme n'existe, tout ce qui était sombre était connoté négativement, on avait de noirs desseins, le bien était la lumière, divine, la nuit attendait que l'aube la traverse. Or donc, nos lutins bleus, pourquoi bleu ? Probablement car devenue la couleur préférée de la majorité des Occidentaux, sont menacés par un sorcier vêtus de noir et des lutins noirs. Et maintenant, la lutin bleu ! Création du méchant sorcier, la Schtroumpfette a été introduite comme cheval de Troie chez les lutins bleu. Cela ne veut pas plus dire que les femmes sont mauvaises qu'on ne diabolise les canassons à cause de la ruse d'Ulysse ! Cependant, notre héroïne trouve sa place, admirée par tous les Schtroumpfs. Chez Peyo, ce n'est pas d'où on vient, qui compte, mais ce qu'on fait, ainsi, un sale gosse ressemblant quelque peu au méchant sorcier parvient à changer pour ne pas être comme lui et grâce à l'amitié de nos amis.
Le méchant sorcier est bien vu : il y a plein de gens qui projettent le mal qu'ils font aux autres sur leurs victimes et parlent de s'en venger. Son chat est loyal au sorcier et prédateur avec les Schtroumpfs, ces de son point de vue souris qu'il chasse avec son maître. Le village de nos héros est une utopie qui n'aurait pas mal tournée : pour moi, plus incroyable que la magie ! Si le sorcier ne tramait pas de complots, si le grand Schtroumpf ne s'absentait pas, il ne se passerait presque rien, à part les quelques travaux et jeux de nos lutins. Le Schtroumpf financier m'a fait sourire. J'ai beaucoup aimé aussi un album qui n'est pas de Peyo : Les Schtroumpfs et le livre qui dit tout, qui pouvait faire penser à Google à l'époque, et à présent, aux agents conversationnels. Je ne reprocherais qu'aux albums d'être vraiment inégaux et à nos lutins d'avoir fait de l'ombre à Johan et Pirlouit. Ce n'est pas le méchant sorcier mais eux qui pourraient se plaindre que les Schtroumpfs leur ont fait du tort.
Je suis bien content de voir qu'une vieille série de Mitsuru Adachi a enfin été adapté en français et j'espère que ça sera aussi le cas dans le futur avec les titres de cet auteur encore inédit en français. À noter que c'est une des deux séries de type shojos de l'auteur et que l'adaptation en anime a été diffusé en France il y a longtemps.
C'était la deuxième série longue d'Adachi et cela se voit un peu au début de la série. La narration manque un peu de rythme et la romance entre les deux personnages principaux semblent un peu forcée, mais heureusement cela devient vite très bon. On retrouve les éléments qui on fait le succès de l'auteur et qu'il perfectionnera par la suite: de la romance d'adolescents pleins de non-dit, de l'humour, du sport, des personnages humains.....En fait un des problèmes avec Mitsuru Adachi est que c'est le mangaka type qui ne sait pas trop renouveler durant sa carrière et du coup on dirait que ses séries se ressemblent un peu trop. Bon on est encore au début de sa carrière lorsqu'il révolutionnait le manga et qu'il n'était pas en mode pilote automatique alors l'œuvre contient beaucoup de qualités. Disons que si on connait l'œuvre de l'auteur, on est vraiment en terrain connu.
La série se divise en deux parties. La première partie peut se lire comme une longue historie oû le talent dramatique de l'auteur se révèle au fil des pages pour atteindre des sommets lors du match de qualification de baseball. La seconde partie est constituée d'histoires dont le ton est souvent humoristique avec quelques parties plus sérieuses. Le résultat est toujours bon, mais avec quelques défauts. La relation entre les deux personnages principaux fait du surplace (et pendant un moment Adachi semble oublier que l'héroïne est amoureux d'un autre garçon) ce qui donne l'impression qu'on tourne en rond. Et puis vient la fin. J'ai toujours trouvé que l'auteur avait des problèmes pour conclure une œuvre et ici ça doit être le pire exemple. La série s'arrête brutalement sans que rien ne soit vraiment aboutit.
J'ai surtout critiqué la série dans mon avis. Je précise que globalement je me suis amusé. Les gags fonctionnent bien (j'adore le petit ado que personne ne remarque) et il y a des moments qui m'ont émus. C'est surtout que je suis un gros fan d'Adachi et que je suis un peu exigeant avec lui. Disons qu'il y a des défauts qui feront en sorte que si c'est une bonne série, je ne la mets pas dans mes préférés de l'auteur.
Bon… Je viens ajouter ma pierre à l'édifice des convaincus par cette bd. Là, on n’est pas dans la simple “bonne BD”, mais dans le genre d’album qui happe et ne lâche plus.
Graphiquement, c’est superbe. Les dessins sont magnifiques. Objet, cadrage, mise en page, de respiration… Rien n’est laissé au hasard.
Côté scénario, c'est carré, magnifiquement mené. Ça avance avec une sorte de mécanique implacable, on sent très vite qu’on marche vers quelque chose, qu’on ne pourra pas l’éviter, et pourtant on continue, hypnotisé. C’est tendu, maîtrisé, jamais gratuit : tout converge, tout se met en place, jusqu’à l’inéluctable.
A lire. Une BD qui reste en tête une fois refermée, qui donne envie d’y revenir juste pour savourer et en reprendre.
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La Bête à sa mère
Pour mon 7000ème avis sur ce formidable site je vais parler d'une bande dessinée qui m'a touché d'une manière qu'une bande dessinée ne l'a fait depuis un certain temps. En plus, j'ai un peu lu cette bande dessinée par hasard parce qu'il y avait le nom d'Eldiablo sur la couverture. Je m'attendais à un truc sympathique et j'ai eu un choc. C'est toujours un plaisir de tomber sur une œuvre exceptionnelle par hasard. C'est l'adaptation d'un roman québécois que je n'ai jamais lu parce que je ne lis pas les romans modernes. Je ne peux donc pas comparer, mais de toute façon l'adaptation en BD est tellement bonne qu'on ne dirait même pas que c'est une adaptation. Il n'y a aucun texte inutile qui explique ce que l'on voit déjà avec le dessin. Il faut dire que les textes dans les cartouches sont uniquement les pensées du personnage principal qui raconte sa vie et ses pensées en général. Le scénario en lui-même, un homme asocial qui a été séparé de sa mère suicidaire par les services sociaux lorsqu'il était jeune et il veut la retrouver, est un peu banal et on devine vite que tout va mal finir pour cet homme au comportement autodestructeur et déconnecté de la réalité. Mais j'ai trouvé le scénario palpitant grâce à deux éléments importants. La première est la qualité du texte. Les pensées du personnage principal sont savoureuses et très bien écrites. Je ne sais pas quels sont les dialogues issus du roman et quels ont été ceux inventés par Eldiablo, mais dans tous les cas le résultat est excellent. Et comme c'est écrit dans le langage populaire québécois, cela va sonner exotique pour un lecteur européen. Le scénario réussit aussi à me faire suivre sans problème la vie d'un personnage détestable. Il a certes grandit dans un mauvais environnement, mais cela n'excuse pas son comportement de salaud qui se fout des conséquences de ses actes et qui blâme tout le monde pour ses problèmes. La seconde qualité est le dessin. Le style du dessinateur est particulier et je ne sais pas trop comment le décrire. Mais ce que je sais est que c'était un style parfait pour ce type de récit au ton cru. Avec un dessin plus conventionnel, j'aurais sûrement moins accroché. Pour moi ce dessin montre clairement tout le potentiel du médium de la bande dessinée, mon médium préféré. On sent la violence du personnage principal et du monde qui l'entoure. Le noir et blanc dont la seule couleur qui ressorte est le rouge est sublime. Ce mariage parfait entre le texte et le dessin me fait penser à quel point j'adore la BD. Même si j'ai adoré, je préviens que ce n'est pas une bande dessinée pour tout le monde. Le langage est cru, il y a du sexe et de la violence. Peut-être même que je vais être le seul lecteur au monde qui va donner une note parfaite à cette œuvre, mais je m'en fous j'ai passé un excellent moment de lecture et j'espère que cela sera le cas pour d'autres lecteurs.
Morgentaler - Avec elles
Michel Viau continue de raconter la vie de personnes qui ont marqué le Québec et pour l'instant je pense que c'est sa meilleure bande dessinée. En effet, les codes de la bande dessinée sont pleinement maitrisés et je vois clairement une amélioration depuis ses débuts. Il faut dire qu'il est bien aidé par un remarquable dessinateur qui a un beau style réaliste. L'album raconte le combat du docteur Henry Morgentaler pour le droit des femmes à avorter. Il pratique des avortements alors qu'il n'en a pas le droit ce qui lui vaudra des ennuis avec une justice qui va s'acharner sur lui. Pareillement, on suit une jeune militante pro-avortement qui a elle-même avorté clandestinement dans des conditions atroces. En effet, au travers de la lutte pour l'avortement on va aussi voir l'évolution de la société québécoise de la fin des années 60 au milieu des années 70. C'est une période très particulière pour un Québec porté par une jeunesse revendicatrice qui rejette le conservatisme catholique qui a dominé pendant longtemps la province, mais qui est encore gouverné par des vieux souvent fervents catholiques. On verra d'ailleurs la fracture entre le peuple et les élites sur la question de l'avortement. Un lecteur européen qui s'intéresse à l'histoire va être gâté avec cet album où apparaissent plusieurs politiciens et personnalités de l'époque. Un album riche et passionnant et qui est complété par un dossier sur l'histoire de l'avortement au Québec et au Canada en général.
Épouvantail
Voici une histoire bien menée que j'aurai classée en Policier/Thriller, il est vrai qu'il y a aussi une touche de fantastique. C'est un album avec pas mal de pages qui a le temps de camper ses personnages, une petite fille un peu étrange et solitaire qui devient amie avec un épouvantail proche de la ferme familiale. Un père qui travaille, une belle-mère, on comprend que la mère a disparu tragiquement. Le dessin est aussi très bon, assez épuré. Cela se lit relativement rapidement malgré environ 150 pages. Concernant une trame parallèle sur un accident de voiture, on peut dire qu'on sent venir la fin mais le tout est de bon niveau.
La Tête de mort venue de Suède
Quelle belle évolution du travail de Daria Schmitt, depuis que je l’avais découverte avec Acqua Alta. Une évolution notable au niveau graphique déjà. Ici dans un Noir et Blanc dont les hachures donnent un trait nerveux se rapprochant des gravures. Une constante toutefois, avec toujours une petite touche d’étrange, d’onirique, ce qui est d’autant plus surprenant que le sujet – Descartes et la conservation de son squelette – est a priori plutôt « sérieux ». L’album est assez dense, avec un texte abondant, texte lui-même rempli de réflexions, connaissances. Ça ne se lit pas en cinq minutes ! mais ça n’est pas non plus aride. En effet, quelques pointes d’humour se glissent dans le récit (autour des os disparaissant au fur et à mesure, faisant de la relique de Descartes quelque chose de plus en plus réduit à son simple chef). Un récit original (sujet et construction), qui donne à voir l’Histoire et la science en mouvement. Une lecture relativement exigeante, mais intéressante et recommandable.
Chronique du 115 - Une histoire du SAMU social
Maintenant, tout le monde emploie le mot Maraude, sans savoir d’où ça vient. - Ce tome contient un reportage complet qui se suffit à lui-même et qui ne nécessite pas de connaissances préalables. Son édition originale de 2017. Il a été réalisé par Aude Massot pour le scénario et les dessins. Il comprend cent-treize pages de bande dessinée. Il se termine avec un reportage réalisé dans le Burkina Fasso en juin 2017, puis à Moscou, sous forme d’un texte illustré de dix pages. Il commence par une introduction de deux pages, un texte rédigé par Xavier Emmanuelli (1938-2025), cofondateur de Médecins sans frontières et fondateur du SAMU social de Paris. Rue des Pyrénées, le dix juillet 2015, Aude appelle le service communication du Samu Social de Paris. À son interlocuteur, elle explique qu’elle appelle concernant le projet BD qu’elle leur a soumis : elle voudrait réaliser une enquête sur le Samu Social, du coup elle voudrait demander si elle peut venir en observation. Aux questions posées, elle explique que son éditeur s’appelle Steinkis, et qu’elle voudrait faire une sorte de documentaire en BD. À l’autre bout du fil, la voix lui dit qu’il faut qu’elle en parle à sa direction, et qu’ils la rappelleront. Le cinq aout 2015, au métro Alésia, Aude rencontre pour la première fois Xavier Emmanuelli. Il l’invite à manger dans un restaurant où il commande un demi de vin noir, avec de la glace, et des calamars et crevettes à la provençale. Aude prend le poulet et elle pose son enregistreur sur la table. Une fois servi en vin, il commence à lui raconter l’histoire du SAMU Social. Le Samu Social, c’est une création personnelle de Xavier Emmanuelli. C’est devenu un terme générique et il en est content. C’est quand même une réussite. Il est lié à son parcours personnel. Il va le lui expliquer en trois mots pour qu’elle comprenne d’où ça vient. Quand il a commencé sa carrière, il était médecin d’urgence à la marine marchande. Puis il a continué dans l’urgence au moment où naissait le SAMU. Ça a été une période dure mais aussi de bonheur, car on découvrait la médecine de première instance. Et bien qu’il fût médecin depuis longtemps, il a fait son apprentissage à l’hôpital Henri Mondor, à Créteil, où il y avait un mec exceptionnel, le professeur Pierre Huguenard. Il a été son élève, son disciple, ou comme il dit souvent, son premier couteau. À l’époque, c’était le fléau des accidents de voiture. On avait de sérieux cas en traumatologie. Médecins sans Frontières est né par la suite, en 1971. Cela leur a permis de passer de l’urgence individuelle à l’urgence collective. Il s’y est beaucoup intéressé, apportant du secours aux populations en détresse, victimes des guerres, catastrophes naturelles dans les zones sinistrées, ou les camps de réfugiés. Il a vu disparaître la variole et apparaître le SIDA. Puis il s’est fait nommer comme praticien à la prison de Fleury-Mérogis. C’est là qu’il a appris ce qu’était l’exclusion. Avec les quatre grands éléments qui structurent chaque individu, elle, lui, les uns, les autres, la perception du corps, du temps, de l’espace et des codes. En fonction du lecteur, la couverture peut aussi bien constituer un repoussoir, qu’une invitation puissante. Certes l’ambiance ne va pas être au divertissement, et dans le même temps la composition de l’image constitue une promesse du respect des personnes à la rue puisque celui-ci est placé au premier plan et de la mise en scène des interventions du SAMU social, avec le véhicule au second plan. La construction de cet ouvrage repose sur un déroulé classique : une personne néophyte qui va effectuer un stage en immersion avec des équipes intervenantes. La narratrice découvre cette structure d’aide, et la fait découvrir en même temps au lecteur, par ses yeux, avec sa sensibilité bienveillante. Cette lecture offre plus que la description d’une ou deux maraudes, puisque l’autrice bénéficie d’un entretien en tête à tête avec Xavier Emmanuelli, le fondateur du SAMU social. Il lui explique d’où il vient : médecin d’urgence à la marine marchande, puis médecin urgentiste au moment où naissait le SAMU, premier couteau du professeur Pierre Huguenard, Médecins sans Frontières, praticien à la prison de Fleury-Mérogis, Nanterre. Et enfin création du SAMU social à Paris, avec l’aide Jacques Chirac (1932-2019) maire de Paris, avec des équipes mobiles ayant la mission d’aller à la rencontre des personnes qui, dans la rue, paraissent en détresse physique et sociale. Quand Chirac devient président, Emmanuelli accepte un poste de Secrétaire d’État, et il fait créer le 115, par analogie au 15, les Équipes Mobiles d’Aide, qu'il fait appeler Maraude. Dès ce chapitre, le lecteur apprécie la narration visuelle : l’artiste mêle habilement quelques images des deux personnages en train de prendre leur repas, rappelant ainsi qu’il s’agit des propos d’Emmanuelli, et des reconstitutions de ce qu’il évoque. Elle sait faire usage de la diversité offerte par la bande dessinée : soit une simple illustration venant compléter le propos, soit une suite de deux ou trois cases pour montrer l’évolution d’une situation, et aussi des illustrations plus pédagogiques. Par exemple un stéthoscope posé sur une carte du monde pour évoquer l’institution de Médecins sans Frontières, une trentaine de petites silhouettes anonymes disposées en trois bandes de dix pour évoquer l’urgence collective, un pou grossi pas une loupe pour illustrer le détournement de l’abréviation PP (passant de Préfecture de Police à Poux & Puces), des dessins schématiques pour le parcours d’un véhicule de soins hors les murs ou pour l’opposition politique entre droite et gauche, une vue du ciel schématique d’un quartier de Paris, la statue du Commandeur pour un effet de métaphore, un noyau avec quatre cercles concentriques pour les quatre grandes catégories d’exclus, etc. Elle fait ainsi œuvre de pédagogie visuelle pour raconter le parcours de l’interviewé, et pour évoquer ses valeurs morales, ses conceptions, et les obstacles auxquels il se heurte. Suivent ensuite quatre courts chapitres servant de transition, ayant pour objet une réflexion sur l’exclusion, le corps, le temps, l’espace et l’altérité, ces deux derniers thèmes étant traités ensemble. En termes simples et clairs, l’autrice réfléchit sur les raisons pour lesquelles la société crée des exclus, mettant à nouveau à profit les possibilités graphiques de la narration visuelle, pour évoquer l’ultra-moderne solitude et les mégapoles dont le fonctionnement favorise l’isolement, l’image que l’on a de soi, l’image que les autres peuvent avoir de soi, et l’idée qu’on se fait de cette image, la première perte de repère qui s’opère quand on est à la rue avec chaque jour qui se ressemble, et enfin la notion de proxémie, c’est-à-dire distance physique qu'acceptent ou souhaitent des personnes en interaction sociale. En octobre 2015, le secrétariat du SAMU social rappelle Aude pour lui indiquer que sa demande d’accompagner des maraudes a été acceptée. La dernière partie raconte donc ces maraudes réalisées en janvier 2016. Avec les deux premières parties, le regard du lecteur a déjà changé sur la notion d’exclusion, sur la démarche volontariste qui n’avait rien d’évidente qui a conduit à la création du 115, service d’aide dont il a vraisemblablement toujours connu l’existence. Et par voie de conséquence sur les personnes à la rue elles-mêmes. Avec un regard toujours aussi respectueux, l’autrice relate son expérience, avec des dessins dans un registre descriptif, réaliste et un peu simplifié. Le lecteur la découvre à côté d’Éva sur le plateau, une écoutante qui a pour mission d’accueillir les usagers qui composent le 115. Celle-ci explique ce qu’elle fait, à Aude, avec une grande pédagogie, tout en répondant à un appel qui sert d’exemple pour le lecteur, qui a bien conscience que la pédagogie de la séquence est également imputable à la bédéaste. Vient le temps du briefing puis de la première maraude. La narration visuelle reste dans un registre factuel, montrant les situations avec bienveillance et respect pour les personnes à la rue. Elle sait mettre en lumière le professionnalisme des membres du SAMU social, attirer l’attention avec une simple phrase sur un geste technique, sur le savoir-faire, qu’il s’agisse du vouvoiement, ou de la façon de se mettre à leur hauteur. Le lecteur peut également ressentir la force des émotions qui s’emparent d’Aude en face de ces situations de détresse sociale, d’exclusion. Il éprouve une forte empathie pour elle quand elle découvre les photographies qu’Emmanuelli lui a envoyées pour son livre, de différentes pathologies : syndrome de la chaussette, traumatologie, complications du diabète, nécrose, gale. Dans un autre format, les deux reportages, l’un au Burkina Faso, l’autre à Moscou, sont tout aussi touchants et éclairants sur le travail du SAMU social dans le contexte de deux autres pays, que ce soit avec les enfants orphelins dans les rues de Ouagadougou, ou les sans-abris bien obéissant en Russie. A priori, le lecteur est venu à cet ouvrage intrigué de découvrir comment fonctionne le SAMU social, ce service d’aide également connu par son numéro d’appel le 115. Ayant feuilleté l’ouvrage, il a été rassuré par des dessins faciles à lire, dépourvus de voyeurisme, et par la diversité des dispositifs visuels mis en œuvre. Il comprend rapidement que l’autrice lui donne plus que son horizon d’attente : une synthèse de la création du SAMU social, racontée par son créateur, une réflexion personnelle sur le phénomène de l’exclusion, et sur ses principaux mécanismes (l’altération de la perception du corps, du temps, de l’espace et des codes), une immersion qui comprend une observation avec une équipe de maraude, et aussi la prise d’appels par une écoutante, la visite de l’hospice Saint-Michel à Saint-Mandé, et une ouverture grâce à l’expérience du SAMU social dans deux pays différents. Édifiant, bienveillant, épatant.
L'Obsolescence programmée de nos sentiments
Une BD douce et agréable, qui aborde l’amour tardif avec une vraie subtilité. Les personnages sont attachants, bien construits, et gagnent en épaisseur au fil des pages. On les comprend sans jamais forcer l’empathie, grâce à un récit simple qui privilégie les trajectoires humaines plutôt que les effets dramatiques. Le scénario reste assez prévisible, mais ce n’est clairement pas là que se situe l’intérêt de l’album. L’essentiel est dans le chemin parcouru, les petits ajustements émotionnels, les silences et les moments de fragilité. La fin peut laisser sceptique, mais elle ne déséquilibre pas l’ensemble tant le propos repose davantage sur le vécu que sur la conclusion. Quelques touches de morale et de philosophie émergent naturellement, sans lourdeur ni démonstration appuyée. Graphiquement, le dessin est très soigné et expressif. Le trait rond et doux accompagne parfaitement le ton du récit. Le travail sur les corps vieillissants est particulièrement juste : sans caricature ni clichés, avec une attention sincère portée aux postures, aux regards et au temps qui passe. Une BD qui fait du bien, modeste dans ses ambitions, mais pleinement efficace.
Johan et Pirlouit
J'aurais aimé que cette série marche aussi bien que les Schtroumpfs : l'utopie en bleue, le bonheur, et avec Johan et Pirlouit, la vie des humains, avec ses oppressions ordinaires. Quand les lutins essaient d'imiter les humains, il n'y a plus de joie chez eux, mais le grand Schtroumpf rétablit la situation… Cependant, nos joyeux lurons n'imitent les humains que par le plaisir du jeu, de la découverte. Eux… Ils ne sont pas confrontés à par exemple une augmentation de la population diminuant les ressources : un bébé Schtroumpf à nourrir, c'est facile ! Pas de récolte détruite sans possibilité de manger autre chose que des rats et des cadavres, de peste, d'invasions, pas de femme sauf la Schtroumpfette, or la femme, plus faible physiquement que l'homme en général, et arrachée à son groupe par le mariage, fait qu'un modèle d'inégalité est très vite apparu dans les mentalités, ce qui contribue à en rendre l'effacement bien problématique …. Si nos amis n'ont pas gâché leurs chances, que de privilèges ! Rêver d'être eux est formidable, mais franchement, je ne vois pas comment. C'est peut-être moins le succès des joyeux compagnons que le fait qu'on ne veut pas être renvoyés à notre impossibilité d'être comme eux qui a effacé Johan et Pirlouit. Au contraire, dans la série des lutins bleu, on ne voit que peu les humains, et c'est toujours également le privilège de quelques humains d'élite, Johan et Pirlouit, l'enchanteur, pas le paysan du coin. Or j'approuve ce retrait du monde : pour vivre heureux, vivons caché…. Grande différence d'avec les réconciliation chez les lutins bleu. Voyons, mon album préféré, La source des dieux. Quels déveinards que les humains ! En plus de nos malchances habituelles, des paysans sont très faibles physiquement à cause de la malédiction d'une sorcière. Les Mollassons sont donc d'autant plus exploités par un tyran, sans nul espoir de révolte, car bien trop faibles pour se soulever. Mais nos héros rétablissent la situation, et vengeurs, ne donnent pas de l'eau de la source des dieux guérisseuse au villageois traître assigné à travailler avec les anciens oppresseurs renversés. Les héros sont des héros, courageux et même altruistes, mais tout se paie et doit se payer pour diminuer les risques de récidives, qu'on se le dise ! Dans cet album, j'ai comme d'habitude adoré Pirlouit, attendrissant le gardien de la source en caressant ses serpents et en plaidant pour les pauvres Mollasson, une scène qui reste dans ma mémoire !
Les Schtroumpfs
Vive Peyo ! D'abord, je passe le chasse-neige : je crois qu'on fait de mauvais procès à Peyo. Avant, bien avant que le racisme n'existe, tout ce qui était sombre était connoté négativement, on avait de noirs desseins, le bien était la lumière, divine, la nuit attendait que l'aube la traverse. Or donc, nos lutins bleus, pourquoi bleu ? Probablement car devenue la couleur préférée de la majorité des Occidentaux, sont menacés par un sorcier vêtus de noir et des lutins noirs. Et maintenant, la lutin bleu ! Création du méchant sorcier, la Schtroumpfette a été introduite comme cheval de Troie chez les lutins bleu. Cela ne veut pas plus dire que les femmes sont mauvaises qu'on ne diabolise les canassons à cause de la ruse d'Ulysse ! Cependant, notre héroïne trouve sa place, admirée par tous les Schtroumpfs. Chez Peyo, ce n'est pas d'où on vient, qui compte, mais ce qu'on fait, ainsi, un sale gosse ressemblant quelque peu au méchant sorcier parvient à changer pour ne pas être comme lui et grâce à l'amitié de nos amis. Le méchant sorcier est bien vu : il y a plein de gens qui projettent le mal qu'ils font aux autres sur leurs victimes et parlent de s'en venger. Son chat est loyal au sorcier et prédateur avec les Schtroumpfs, ces de son point de vue souris qu'il chasse avec son maître. Le village de nos héros est une utopie qui n'aurait pas mal tournée : pour moi, plus incroyable que la magie ! Si le sorcier ne tramait pas de complots, si le grand Schtroumpf ne s'absentait pas, il ne se passerait presque rien, à part les quelques travaux et jeux de nos lutins. Le Schtroumpf financier m'a fait sourire. J'ai beaucoup aimé aussi un album qui n'est pas de Peyo : Les Schtroumpfs et le livre qui dit tout, qui pouvait faire penser à Google à l'époque, et à présent, aux agents conversationnels. Je ne reprocherais qu'aux albums d'être vraiment inégaux et à nos lutins d'avoir fait de l'ombre à Johan et Pirlouit. Ce n'est pas le méchant sorcier mais eux qui pourraient se plaindre que les Schtroumpfs leur ont fait du tort.
Hiatari Ryôkô ! - Une vie nouvelle
Je suis bien content de voir qu'une vieille série de Mitsuru Adachi a enfin été adapté en français et j'espère que ça sera aussi le cas dans le futur avec les titres de cet auteur encore inédit en français. À noter que c'est une des deux séries de type shojos de l'auteur et que l'adaptation en anime a été diffusé en France il y a longtemps. C'était la deuxième série longue d'Adachi et cela se voit un peu au début de la série. La narration manque un peu de rythme et la romance entre les deux personnages principaux semblent un peu forcée, mais heureusement cela devient vite très bon. On retrouve les éléments qui on fait le succès de l'auteur et qu'il perfectionnera par la suite: de la romance d'adolescents pleins de non-dit, de l'humour, du sport, des personnages humains.....En fait un des problèmes avec Mitsuru Adachi est que c'est le mangaka type qui ne sait pas trop renouveler durant sa carrière et du coup on dirait que ses séries se ressemblent un peu trop. Bon on est encore au début de sa carrière lorsqu'il révolutionnait le manga et qu'il n'était pas en mode pilote automatique alors l'œuvre contient beaucoup de qualités. Disons que si on connait l'œuvre de l'auteur, on est vraiment en terrain connu. La série se divise en deux parties. La première partie peut se lire comme une longue historie oû le talent dramatique de l'auteur se révèle au fil des pages pour atteindre des sommets lors du match de qualification de baseball. La seconde partie est constituée d'histoires dont le ton est souvent humoristique avec quelques parties plus sérieuses. Le résultat est toujours bon, mais avec quelques défauts. La relation entre les deux personnages principaux fait du surplace (et pendant un moment Adachi semble oublier que l'héroïne est amoureux d'un autre garçon) ce qui donne l'impression qu'on tourne en rond. Et puis vient la fin. J'ai toujours trouvé que l'auteur avait des problèmes pour conclure une œuvre et ici ça doit être le pire exemple. La série s'arrête brutalement sans que rien ne soit vraiment aboutit. J'ai surtout critiqué la série dans mon avis. Je précise que globalement je me suis amusé. Les gags fonctionnent bien (j'adore le petit ado que personne ne remarque) et il y a des moments qui m'ont émus. C'est surtout que je suis un gros fan d'Adachi et que je suis un peu exigeant avec lui. Disons qu'il y a des défauts qui feront en sorte que si c'est une bonne série, je ne la mets pas dans mes préférés de l'auteur.
Soli Deo Gloria
Bon… Je viens ajouter ma pierre à l'édifice des convaincus par cette bd. Là, on n’est pas dans la simple “bonne BD”, mais dans le genre d’album qui happe et ne lâche plus. Graphiquement, c’est superbe. Les dessins sont magnifiques. Objet, cadrage, mise en page, de respiration… Rien n’est laissé au hasard. Côté scénario, c'est carré, magnifiquement mené. Ça avance avec une sorte de mécanique implacable, on sent très vite qu’on marche vers quelque chose, qu’on ne pourra pas l’éviter, et pourtant on continue, hypnotisé. C’est tendu, maîtrisé, jamais gratuit : tout converge, tout se met en place, jusqu’à l’inéluctable. A lire. Une BD qui reste en tête une fois refermée, qui donne envie d’y revenir juste pour savourer et en reprendre.