Les derniers avis (269 avis)

Par Cacal69
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Les Fables du Roi des Aulnes
Les Fables du Roi des Aulnes

Un conte philosophique. Je n'ai pas pu résister à l'envie irrépressible de repartir avec cette BD en passant devant sa superbe couverture et en découvrant le nom de son auteur : Juni Ba. Pour les deux personnages principaux Juni Ba s'inspire du poème de Goethe Le Roi des Aulnes (Erlkönig) et des récits médiéviaux Le Roman de Renart. Mais il puise aussi dans ces deux univers pour créer un monde riche et fantastique où humains et animaux anthropomorphiques se côtoient, le chapitrage se fera en « branches » numérotées (référence au Roman de Renart). On va donc suivre deux personnages complexes aux destins liés. Notre renard est manipulateur, rusé et égoïste, il a aussi par malice déjoué la mort. Tandis que notre démon des bois est un solitaire qui profite du malheur des autres en pactisant avec eux, mais le prix à payer en vaut-il la chandelle ? Une narration non chronologique faite de « branches » plus ou moins longues sous la forme de petites fables, elles vont nous faire découvrir des personnages secondaires qui auront une importance forte. Cette construction non linéaire du récit rend la lecture captivante en ne dévoilant pas d'emblée les liens qui rattachent tous les protagonistes. En particulier cette petite fille qui se dit amie de notre goupil, pourtant celui-ci fera tout pour l'éviter. J'ai apprécié la nuance apporté à toutes ces fables, elles ne sont pas moralisatrices mais portent à la réflexion. J'ai classé ce comics en « tous publics », quelques scènes difficiles m'empêchent de l'identifier pour un jeune public, pour la simple et bonne raison que j'en conseille la lecture à un jeune lectorat accompagné d'un adulte. Les nombreux thèmes évoqués ne pourront que mieux les préparer à ce monde sans pitié et à en faire de bonnes personnes. Un album qui ne laisse pas insensible. Je suis fan du dessin de Juni Ba, il ne manque pas d'originalité avec son style caricatural, dynamique et on ne peut plus expressif. Les couleurs évoluent en fonction des différentes « branches », elles iront jusqu'à disparaître pour la numéro treize et ainsi accentuer la noirceur du récit. Mention spéciale pour la mise en page cinématographique et la variété des cadrages Magnifique. Un auteur et un album à découvrir ! Coup de cœur.

18/02/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série Don Quichotte de la Manche
Don Quichotte de la Manche

Je ne connaissais de Don Quichotte que le tout début de l'histoire et les grands clichés (le pitoyable chevalier sur sa monture famélique, le brave Sancho Panza, les moulins à vent), sans avoir jamais lu ni vu le récit dans son intégralité. Cette adaptation des frères Brizzi était donc pour moi l'occasion de le découvrir enfin dans son ensemble, au moins dans ses grandes lignes. Le graphisme est la plus grande force de cette BD : c'est très beau. Le trait est ample, vivant, expressif, et certaines pleines pages, notamment lorsque les décors prennent de l’ampleur ou que l’imaginaire de Don Quichotte envahit l’espace, sont vraiment magnifiques. Il y a une vraie maîtrise dans la mise en scène, et ces envolées visuelles donnent à l’album une dimension parfois épique. Je suis resté plus réservé sur le choix de représenter Don Quichotte avec cet air de vieil âne hirsute, presque idiot. Je comprends l’idée : accentuer le décalage, souligner la folie, rendre le personnage plus burlesque. Mais j’aurais aimé percevoir davantage de noblesse dans son allure, quitte à ce qu’elle ne soit qu’intellectuelle, intérieure. Là, son apparence le rend parfois plus ridicule que touchant, et ses aventures apparaissent de fait un peu plus grotesques que tragiques. Cela m’a tenu à distance alors que j’aurais voulu m’attacher davantage à lui. En revanche, j’ai trouvé la relation entre Sancho et son maître particulièrement réussie. Derrière l’ironie et les illusions, il y a une vraie tendresse qui s’installe, surtout dans les dernières pages. Sancho n’est pas qu’un faire-valoir pragmatique : il devient un compagnon fidèle, presque protecteur. Et c’est sans doute là que l’album m’a le plus touché. Une très belle adaptation visuellement, parfois un peu trop appuyée dans sa dimension burlesque à mon goût, mais qui trouve une vraie justesse dans le lien entre ses deux personnages.

18/02/2026 (modifier)
Couverture de la série Au Crépuscule de la Beat Generation - Le Dernier clochard céleste
Au Crépuscule de la Beat Generation - Le Dernier clochard céleste

Je connaissais quelques petites choses sur cette « Beat Generation », j’avais lu quelques lignes de Grinsberg, le roman « Sur la route » de Kerouac, et quelques trucs divers à ce propos, de Jean-Jacques Lebel par exemple. Mais, le roman de Kerouac mis à part, rien dans cet univers ne m’avait réellement intéressé. C’est sans doute pourquoi j’ai lu cet album sans trop d’enthousiasme. Étienne Appert s’inspire des travaux et livres de Gilles Farcet dans les années 1980 (c’est-à-dire très tardivement pour ce qui concerne la Beat Generation), qui a rencontré plusieurs fois Ginsberg, et il a « romancé » ces rencontres. Il y a des passages intéressants, sur l’univers, et sur la personne de Ginsberg. Mais j’ai été un peu soulé par tous les passages faisant intervenir « Hank », personnage étonnant, sorte de clochard poétique hirsute, mais à la logorrhée usante. J’ai aussi été gêné par le côté « groupie » dans lequel l’auteur se place face à Ginsberg et toutes les personnes qu’il est sensé rencontrer dans son sillage. Cela fait perdre pas mal d’intérêt – pour moi en tout cas – au récit, qui tourne un peu à l’hagiographie béate d’un gourou « gentil ». Bon, d’autres pourront y trouver plus d’intérêt ou de satisfaction. Mais cet album – et peut-être son sujet ? – m’ont laissé un peu de côté. Note réelle 2,5/5.

18/02/2026 (modifier)
Couverture de la série Spirou et Fantasio Classique - La Baie des Cochons
Spirou et Fantasio Classique - La Baie des Cochons

Je n’ai pas du tout aimé cet album, que j’ai trouvé franchement raté, rempli de défauts. Seul le dessin m’empêche d’être encore plus sévère. En effet, les traits des personnages sont globalement plutôt réussis, il n’y a pas vraiment de trahison à ce niveau (même si arrière-plan et décors sont moins travaillés, et si bien sûr, c’est moins dynamique que Franquin – voire Fournier). Mais voilà ; le récit ne m’a jamais accroché, bien au contraire. D’abord, je trouve que c’est une erreur majeure, dans ce type de récit et avec des personnages déjà bien ancré dans l’imaginaire populaire, de les faire intervenir dans la grande Histoire. Je ne suis a priori pas bégueule, et veux bien admettre que l’on égratigne le Che, Castro et consorts, mais pas dans ce type de récit. Si les auteurs voulaient glisser une critique du castrisme et/ou de Cuba, ils auraient mieux fait de le faire de manière indirecte, plus subtile, au travers d’un pays et de personnages imaginaires, mais identifiables. Cela aurait même pu donner des ressors comiques plus efficaces. Au lieu de quoi le personnage transparent et ridicule du Che par exemple est fade et le lecteur est immanquablement freiné par la connaissance qu’il a du vrai personnage. Voilà pour le cadre général. Pour les détails, j’ai trouvé l’histoire sans réel intérêt. Surtout, non seulement je ne l’ai jamais trouvé drôle, mais je l’ai en plus trouvé très lourdingue. En effet, le principal – j’allais dire quasiment le seul ressors comique vient de personnages parlant avec un fort accent (espagnol, anglais), leurs dialogues mélangeant français et mots vaguement espingouins ou british. Dans cette collection, j’avais trouvé intéressante et plutôt très réussi Spirou chez les Soviets, intéressant et inégal "Le trésor de San Inferno". Mais cette « Baie des cochons » est en dessous de tout, et trahit quand même pas mal l’univers.

18/02/2026 (modifier)
Couverture de la série L'Abbé
L'Abbé

Je crois avoir lu tous les albums publiés par L’Abbé. Et je trouve qu’il a bien progressé depuis Docteur Peste, même si ce dernier était déjà un album intéressant. Adoubé ici par Maester (auteur que j’aime beaucoup), qui se fend d’une préface, d’une interview croisée en fin d’album, et de quelques petits crobars d’accompagnement en bas de page, L’Abbé reste dans la bonne moyenne des albums Fluide, en tout cas tout à fait dans le ton – dominant chez eux – de l’humour con, absurde. Le dessin n’est pas très détaillé, mais il fait très bien le boulot. L’auteur se permet même de varier ses styles. L’ensemble est inégal, mais la plupart des histoires m’ont au moins fait sourire. C’est généralement con, absurde donc, avec un humour plus ou moins « poussé ». La première histoire est atroce, avec ce gamin qui en prend plein la gueule (dans tous les sens du terme), alors que son père lui raconte une histoire familiale aussi noire qu’improbable. J’ai aussi particulièrement apprécié le gag très con, très noir (voir trash) de l’histoire « Le train », qui aurait plu aux auteurs de « Hitler = SS ». Voilà un album que les amateurs de l’humour Fluide tendance Goossens, Maester apprécieront sûrement. Ça a en tout cas été mon cas. Note réelle 3,5/5.

18/02/2026 (modifier)
Couverture de la série Sur la piste de Blueberry
Sur la piste de Blueberry

Je suis toujours circonspect en tombant sur ce genre d’album. D’abord parce que je ne suis a priori pas fan du mélange des genres – graphiques surtout – dans un même album. Ensuite parce que forcément aucun auteur n’a réellement l’espace suffisant pour développer une vraie intrigue – puisque nous ne sommes pas là dans du strip gags ! Ensuite on peut légitimement craindre que ça ne soit qu’une énième exploitation mercantile d’un univers. Enfin, concernant cet album en particulier, le fait que la série Blueberry soit l’une de celles que j’ai le plus lues et appréciée ne pouvait que renforcer mon appréhension. Alors, c’est sûr, il y a des noms clinquants, et des habitués des bons westerns. Mais cela ne garantit rien. Par exemple l’histoire dans laquelle Jonathan Cartland rencontre Blueberry est trop courte et très pauvre : le dessin de Blanc-Dumont est toujours bon, mais le scénario de Vivier – une rencontre fortuite et éphémère entre les deux hommes autour d’un point d’eau – manque d’intérêt, avec des dialogues ampoulés, et même peu crédible (Cartland demande à Blueberry s’il a fait la guerre de Sécession, pour lui dire deux cases plus loin qu’il a beaucoup entendu parler de lui, qu’il est une légende…). Certaines histoires veulent jouer l’originalité, mais manque de coffre (voir la première, proposant un épisode autour d’un Blueberry gamin – expliquant son surnom). L’histoire de Brugeas et Toulhoat bénéficie d’un plus grand espace pour se développer et se laisse lire, comme plusieurs autres histoires d’ailleurs. Je n’ai pas été convaincu par celles où le style du dessinateur s’éloigne trop de celui de Giraud, et j’ai à l’inverse apprécié ceux qui – sans cloner le style Giraud (est-ce possible ?) – ont proposé un dessin chouette et s’en approchant (même s’il n’y a jamais la profusion de détails en arrière-plan). Sinon, on est frustré par le manque de développement c’est sûr. Plusieurs auteurs (chacun déclare sa flamme dans un petit texte introductif présentant sa découverte de la série) ont choisi d’insérer leur histoire entre deux tomes, certains, en plus de Blueberry, MacClure et Red, font intervenir des second rôles marquant (deux fois « Prosit » Luckner, une Chihuahua toujours aussi « forte », et une évocation de Jethro). A noter que la première histoire tourne autour d’un Blueberry gamin, tandis que la dernière, crépusculaire, nous le montre vieillissant (mais finalement bien conservé pour son âge en 1910 !!!) et rangé, père de famille pépère… La boucle est bouclée. Au final, ça se laisse lire – surtout visuellement, la majorité des auteurs proposant un travail de haute qualité dans ce domaine, sans trahir l’esprit de Giraud. Les récits m’ont moins intéressé. Une lecture d’emprunt, pour les amateurs du héros de Charlier/Giraud. Peut-être aussi pour donner envie à ceux qui ont la chance de ne pas le connaitre d’aller se ruer sur ces albums qui m’ont procuré tant de plaisir.

18/02/2026 (modifier)
Par sapajou
Note: 5/5
Couverture de la série Zorro Bolero
Zorro Bolero

Altan est pour moi dans le top 10 des auteurs atypiques. Commencez peut-être par Friz Melone et Columbo. Son graphisme, on n'aime ou pas, perso j'adore. Le plus jouissif pour moi se trouve dans les petits commentaires décalés en bas de cases. Certes, l'humour, c'est aussi comme les goûts et les couleurs. Les histoires sont souvent confuses, particulièrement celle de Zorro Bolero mais je viens de trouver un résumé sur un site italien qui va me permettre de relire l'album avec grand plaisir. (rudi, il blog... via google images avec zorro bolero). Je trouve Altan particulièrement visionnaire quand on repense au monde sans internet de l'époque. Ses dessins de villes qui grouillent et qui sont envahies d'écrans, de bruit, de religions et de corruption... Quand on voit aujourd'hui nos chaines en continu, le harcèlement téléphonique et les notifications incessantes sur nos smartphones qu'il est impossible de désactiver... Visionnaire, je trouve.

18/02/2026 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Héros de guerre - Albert Roche
Héros de guerre - Albert Roche

Il a encore sauvé une vie. - Ce tome contient une histoire complète de nature biographique qui ne nécessite aucune connaissance préalable. Son édition originale date de 2024. Il a été réalisé par Julien Hervieux pour le scénario, par Éric Stalner pour les dessins et les couleurs. Il comprend soixante-deux pages de bande dessinée. Le scénariste avait déjà consacré un chapitre à ce héros de la première guerre mondiale dans le tome Un de la série Le petite théâtre des opérations, réalisé avec Monsieur le Chien pour les dessins. Dans la boue et les barbelés, entre deux tranchées, avec une visibilité réduite à quelques mètres par le brouillard et les fumées, dans le bruit des tirs d’arme à feu, Albert Roche s’élance, courant puis s’arrêtant, puis reprenant son avancée, sous le regard apeuré de ses camarades soldats, certain qu’il va y rester. Il arrive devant une ligne de barbelés, il sort sa pince coupante pour aménager un passage. Il rampe et passe l’obstacle, puis s’arrête en entendant un tir nourri proche de lui, certain d’avoir été repéré. Non, ils tirent ailleurs, la chance est avec lui. Il parvient enfin au pied du bunker, sans avoir été repéré. Deux soldats allemands tirent à la mitrailleuse. Il se demande quoi, faire, et ce qu’il fait là. Il regarde un vol d’oiseaux dans le ciel et il se souvient de Réauville, dans la Drôme en 1913. Devant la ferme paternelle, il s’était arrêté de bêcher pour regarder passer un détachement militaire. Son père l’avait repris lui demandant d’arrêter de rêvasser, ce à quoi il avait réagi en émettant l’hypothèse de s’engager dans l’armée. Il revient au moment présent, en ayant pris sa décision : il grimpe sur le toit du bunker, il dégoupille une grenade et il la laisse tomber dans le conduit de cheminée. Puis il met le plus distance possible en courant. La grenade explose. Albert Roche saute alors dans la tranchée la plus proche, prenant totalement par surprise les soldats allemands présents, et il leur tire dessus. Aidé par deux autres soldats français, il les fait prisonniers. Quelques années plus tôt, le jeune Albert Roche se présente au bureau de recrutement militaire de son village. Une fois les examens passés, l’officier lui explique qu’il n’est pas taillé pour l’armée. Il continue : Albert fait 1,58m, il est à peine plus grand qu’un fusil, et très franchement probablement pas beaucoup plus lourd. Il conclut en demandant au jeune homme de rentrer chez lui, car il le refuse, et Albert peut se considérer chanceux, car beaucoup aimerait être à sa place. Une fois qu’il est rentré à la ferme, son père lui dit qu’il est bien plus utile ici que dans une caserne, et qu’il sera bien mieux ici plutôt que de parader du matin au soir, de faire de l’escrime de baïonnette au son du clairon. En août 1914, l’ordre de mobilisation est publié. Son père lui explique qu’il n’a pas à y aller car il a été réformé. La nuit même, le jeune homme quitte subrepticement le domicile familial, car il sait que son père n’approuverait jamais, mais il doit aller là-bas, au front. Une fois arrivé à la caserne, Albert essuie le refus de la sentinelle, puis d’un premier médecin, d’un second, et enfin un troisième l’accepte. Les classes peuvent commencer. Dans les neuf pages qu’il avait consacrées à cet illustre militaire, le scénariste avait établi sa bravoure, dans le ton de la série Le petit théâtre des opérations, mêlant sarcasme et dérision, insistant sur son béret bleu, et sur ses hauts faits d’armes : blessé neuf fois, ayant capturé 1.180 soldats allemands, et surnommé le premier soldat de France par le maréchal Ferdinand Foch (le scénariste le surnommant le Captain America français). Ici, le récit se fait dans un ton plus traditionnel, respectueux, avec quelques rares remarques humoristiques, sans la dérision omniprésente du Petit théâtre des opérations, avec le même profond respect vis-à-vis de la valeur de ce militaire et de ses actes héroïques. Le registre de la narration visuelle change également, dépourvu de gags, pour une approche réaliste et descriptive, avec le même niveau d’attention porté à l’exactitude de la reconstitution historique. Pour autant, les deux auteurs conservent intacte une forme de distanciation élégante. Ils se tiennent à l’écart d’une hagiographie, évitant une mise en scène qui glorifierait cet homme aux actes pourtant héroïques. Ils se tiennent également à distance des soldats ennemis : ils ne les diabolisent pas, ni ne les humanisent, ne leur conférant pas de personnalité distincte, tout en les montrant comme des êtres humains. Ils ne questionnent pas non plus frontalement les questions morales de la guerre, même si la narration induit un point de vue. Visuellement, le lecteur trouve ce à quoi il s’attend dans une bande dessinée de ce genre : des dessins réalistes pour une reconstitution historique rigoureuse et bien documentée. Les uniformes militaires, les armes, les tranchées recrées d’après documents d’époque. Lors des séquences en civil, la vie à la ferme, avec une apparence concrète, et des dessins un peu allégés, complétés par une mise en couleurs sophistiquées. Par exemple en page quinze : un dessin de la largeur de la page montrant les trois bâtiments du corps de ferme vus de loin, un muret de pierre et une charrette en premier plan, avec une touche de vert pour la végétation. Pas sûr de pouvoir reconnaître l’essence des arbres, ou de pouvoir nommer les plantes grimpantes, les pierres du muret sont un petit peu trop de la même taille. La mise en couleur vient habiller tout ça pour lui donner de la consistance et accentuer le relief. Le résultat fonctionne parfaitement pour montrer l’environnement, pour le rendre tangible et plausible, et en même temps il pourrait y avoir plus de détails, plus de traces de l’activité humaine, plus d’outils, etc. D’un côté, le lecteur peut éprouver un ressenti d’une forme d’économie ; de l’autre côté il éprouve la sensation d’être bien à cet endroit, que celui-ci existe vraiment. Alors ? Alors… Le premier haut fait d’Albert Roche, l’assaut à lui tout seul du bunker occupé par les soldats allemands est raconté de manière claire et efficace, sans fioriture, sans exagération dramatique pour glorifier l’héroïsme ou la témérité exceptionnelle de ce soldat, juste un homme normal qui accomplit la mission qui lui a été confiée en faisant preuve de d’assurance et de courage, en s’y prenant de façon pragmatique et avec une forme (relative) de prudence. Il capture les Allemands, beaucoup plus nombreux que lui avec naturel, sans panache. Le lecteur se rend mieux compte de la sensation lors de la seconde scène dans les tranchées, dans un foutu secteur. La narration visuelle reste évidente et un petit peu épurée, les silhouettes avancent sur une terre ravagée, au milieu des fils barbelés, et les Allemands mitraillent avec méthodologie. Et les corps tombent. Puis une deuxième fois arrive de nouveau les paysages désolés, la fatigue, la saleté, le froid qui pénètre partout et l’attente avec la boule au ventre en permanence. Des dessins toujours clairs et factuels : l’art et la manière de représenter l’essentiel révèle toute sa force. L’impression d’économie laisse la place à un ressenti viscéral, à une expérience intense, celle du chaos des bombardements, des balles qui sifflent, de la boue, de la terreur d’être à la merci de forces arbitraires. Les combats reprennent dans de nouvelles tranchées, Roche se retrouve à nouveau seul coupé du reste de son unité, isolé dans le noir dans le no man’s land, la férocité des explosions, l’enfer des bombardements et des combats reprend vite, mêlant indistinctement la terre au sang allemand et français. Le lecteur se retrouve submergé par ces expériences inhumaines. Grâce à cette narration visuelle primale, les courtes phrases, dialogues ou commentaires, acquièrent plus d’impact. Étrangement, les hauts faits de Roche deviennent juste des actions qui s’imposent sur le moment, des réactions à l’environnement de combat, presque dictées par les circonstances, sans que le libre arbitre ne soit sollicité. Guidé par ses habitudes, ce militaire sort des tranchées pour accomplir une mission, se retrouve tout seul et continue faute d’une autre possibilité, s’élance sur l’ennemi sans douter du résultat. L’humour du Petit théâtre des opérations manque pour faire ressortir ces hauts faits. En outre, le scénariste ne donne pas accès au flux de pensée de Roche, laissant le lecteur se faire son propre film, ou même se contenter de suivre sa progression. Sauf qu’au fur et à mesure, il en vient à s’interroger sur la motivation d’un tel homme, sur ce qui le fait avancer, entre opiniâtreté et absence d’alternative, vaincre ou périr, vaincre parce qu’on se bat pour sa patrie, pour défendre les civils. En fonction de sa sensibilité, le lecteur peut voir un guerrier entouré par la mort sur chaque champ de bataille et aggravant encore le nombre de morts, ou bien un homme animé d’une conviction profonde, se battant pour des valeurs morales admirables. La fin de la guerre survient, les honneurs sont rendus à Albert Roche comme il se doit (même si en réalité de nombreux héros militaires ont pu être oubliés ou pas reconnus), et la victoire des alliés s’impose, évidente car enseignée par l’Histoire. Albert Roche n’a fait que son devoir… Non, il a fait bien plus que ça, il a été exemplaire en temps de guerre, des circonstances extraordinaires, un traumatisme de chaque instant dans les tranchées, une bravoure exceptionnelle qui force l’admiration quelles que soient les convictions profondes du lecteur. Rendre hommage à la valeur d’un militaire de la première guerre mondiale : une gageure nécessitant de glorifier les prouesses au combat, de tuer les ennemis ? Rien de tout cela dans ce récit : une narration visuelle sans fioritures prenant aux tripes, des dialogues et des commentaires circonscrits à l’essentiel, sans questionnement moral. Au final, un individu accomplissant son devoir, un combat après l’autre, encaissant et surmontant une situation traumatisante après l’autre, accomplissant son devoir pour sauver son prochain en temps de guerre. Admirable.

18/02/2026 (modifier)
Par Gaston
Note: 3/5
Couverture de la série Punisher - Soviet
Punisher - Soviet

2.5 Un autre récit du Punisher par Ennis et il ne se renouvelle pas trop. Je n'ai jamais été un grand du personnage du Punisher, mais j'aimais bien les premiers récits de ce anti-héros par Garth Ennis car il y avait de l'humour noir qui donnait un coté un peu cartoon qui rendait les récits agréables. Puis ensuite il a fait des récits plus adulte et sérieux avec ce personnage et j'ai un peu décroché. Ce one-shot est dans la droite ligne des récits avec peu d'humour. La nouveauté est que le Punisher rencontre un ancien soldat russe qui a la même croisade contre les criminels et c'est une idée intéressante parce que Punisher est tout de même peu sociable et je me demandais ce que ça allait donner de le voir interagir avec un homme qui est comme lui. Malheureusement, une bonne partie de l'album s'est le russe qui raconte sa vie dans l'armée russe et comment il est devenu désillusionner de voir des simples soldats mourir pendant que l'élite bien pourrit fait ce qu'elle veut. C'est pas une mauvaise idée, mais Ennis a déjà fait trop de récits de ce genre et il n'ajoute rien de nouveau. Comme c'est Ennis, cela reste un récit qui se laisse lire bien rythmé avec des bons dialogues et quelques bonnes scènes, mais il est en mode pilote-automatique et n'a fait que reprendre les mêmes thèmes qu'il utilise encore et encore. Si on a jamais lu un Punisher par Garth Ennis, cela peut être un bon début, mais je conseil plutôt la série ''Punisher (Ennis/Dillon)''.

18/02/2026 (modifier)
Couverture de la série La Terre verte
La Terre verte

Je possède l’album depuis sa sortie mais ce n’est que tout dernièrement que je l’ai lu. Je ne sais pas trop pourquoi je repoussais ma lecture, le temps sans doute (ça reste un beau pavé) et aussi les retours « relativement » versatiles. Bref tout ça pour dire que j’en ai gentiment fait un objet qui se laissait désirer et que mes attentes se sont doucement atténuées avec le temps. Verdict aujourd’hui. A mon goût, un album de très très haute volée. J’ai tout aimé, emporté par l'aventure et le décorum proposés. Précisons également que j’ai pris le récit comme tel, je suis bien trop inculte pour comparer à la dramaturgie de Richard III ou à la verve Shakespearienne. Un album qui m’a fait voyager et impeccablement réalisé. Le truc que je conseillerai et que je relirai avec le même intérêt. Trois auteurs que j’admirais déjà et trois auteurs au diapason pour mon plus grand bonheur. J’ai particulièrement dégusté l’ambiance du récit, des personnages peu attachants mais savoureux, la localisation et l’époque ajoutent au dépaysement pour cette saga/hommage d’Ayroles. J’avoue que l’on a sans doute déjà vu plus grandiose en terme d’aventure mais tous les ingrédients sont bien positionnés, et l’auteur brasse de nombreuses thématiques humaines comme locales. Ça déroule comme une pièce de théâtre, actes, scènes … jusqu’au final sans grande surprise mais réussi. J’ai franchement aimé me perdre sur cette terre désolée. Ajoutons à ça un duo qui fonctionne parfaitement pour la partie graphique, le dessin d’Hervé Tanquerelle n’est jamais aussi beau que quand il est mis en lumière par Isabelle Merlet, une harmonie rare qui participe à immerger le lecteur. Perso j’adore. Je salue aussi l’initiative de ne pas avoir scinder l’histoire en plusieurs tomes, l’expérience aurait été tout autre. Là j’ai apprécié, dégusté, savouré en un bloc cette leçon de bandes dessinées. Un petit culte généreux mais mérité, il y a tout ce que j’attends d’une bd (ça m’a même poussé à faire des recherches sur la pièce et celle colonie viking). 4,5

17/02/2026 (modifier)