Une BD qui est sympathique mais dont le dessin est trop figé, tandis que les histoires s'enchainent avec leurs idées pas toujours bien amenées. Le fond est honnête, avec une volonté de questionner le fantasme des femmes, leur sexualité et de proposer une série de petites pistes pour mieux la vivre et l'accepter. On reste sur la frontière entre le réel et le fantasme, sur les tabous d'une société patriarcale, etc ...
Mais la BD est assez sommaire dans son dessin, trop classique et pas du tout bien exploitée. Le petit nombre de pages n'aide pas à la réalisation, d'autant que les planches font assez vite chargées, ne laissant pas vraiment l'aspect sensuel du dessin s'épanouir. C'est surtout que ce dessin est assez froid, la faute en revenant à la colorisation, mais aussi qu'il y a un aspect pas très abouti techniquement. Les visages manquent de vie et d'expression, de même avec les corps et les postures qui sont raides et souvent pas bien adaptés au format. L'ensemble donne un côté mal dégrossi, pas assez peaufiné. C'est le gros point noir de la BD pour moi, celui qui empêche de vraiment l'apprécier.
Les idées de fond sont bonnes, sympathiques mais avec un léger manque de corps et surtout ce dessin qui pêche vraiment. Dommage, mais j'encourage les auteurs à poursuivre et travailler leur matériaux, il y a de quoi faire mieux !
Comme beaucoup d'enfants nés au tout début des années 90, mon premier contact avec l'univers de Troy s'est fait sur les étagères du CDI de mon collège. Au milieu des ouvrages pédagogiques et des classiques imposés, la série détonnait : entre les effusions de sang et un côté "graveleux" assumé, ça marquait forcément l'imaginaire adolescent. Pourtant, à l'époque, j'ai délaissé Lanfeust au profit de l'explosion du manga, passant à côté de ce qui allait devenir un pilier de la fantasy française.
À 35 ans, alors que je me replonge sérieusement dans le "Médiéval-Fantastique", j'ai enfin décidé de franchir le pas, malgré quelques a priori. Je craignais de n'y trouver qu'une imagerie un peu datée, portée par des personnages féminins très "bimbos" et un humour potache de lycéen.
Le verdict après lecture de l'intégrale ? Une excellente surprise.
Certes, le "fan service" est omniprésent et parfois un peu lourd, mais derrière les décolletés, il y a une vraie proposition :
- Un univers riche : On sent une profondeur qui ne demande qu'à être explorée. Si huit tomes semblent presque trop courts pour faire le tour de ce monde, on comprend vite pourquoi tant de spin-offs ont vu le jour (au-delà de la simple logique commerciale).
- Une galerie de personnages attachants : Contre toute attente, l'évolution du groupe fonctionne très bien. Mention spéciale à Hébus le Troll, et à la gestion des relations amoureuses qui évitent les clichés habituels pour offrir une conclusion inattendue.
- Un parti pris graphique rafraîchissant : Le trait de Tarquin est efficace, mais c'est surtout la palette de couleurs qui détonne. Là où la fantasy moderne s'enfonce souvent dans le sombre et le désespoir, Lanfeust reste éclatant et lumineux.
Cette série mérite donc pour moi sa place dans toute bédéthèque de genre. C’est une porte d’entrée idéale pour les adolescents, même si je reste perplexe face au prix reçu à Angoulême dans la catégorie "9-12 ans". L'univers et le ton adopté s'apprécient pleinement qu'à partir de 14 ou 15 ans, pour garder un peu de recul.
Ouais, culte ! C'est pas souvent (c'est le 4e en 5 ans), mais ce premier tome de cette série m'a totalement conquis !
Pfiouuuu... Il y a en effet bien longtemps qu'une BD ne m'avait pas fait autant halluciner. Que ce soit par le fond et la forme, Anders Nilsen qui gère dessin et scénario, nous embarque dans une œuvre grandiose.
Oubliez déjà les cases, et je ne parle même pas de gaufrier ; Anders Nilsen explose les codes du découpage avec des planches renversantes de beauté où l'angle droit n'a pas sa place. Pas une case rectangle ou carré, tout s'agence en courbes ou en parallélépipèdes. Les pleines pages ou doubles pages qu'il intègre avec régularité nous ravissent les yeux et valorisent pleinement son graphisme et son imagination. Car la folie de son scénario lui donne l'occasion de nous en mettre plein la vue, mais jamais gratuitement. C'est beau sensuel, barré, mais jamais gratuit, toujours pour pousser plus loin graphiquement ce que son histoire raconte.
Et de ce côté là on est plus que servis aussi. Ok, on est paumés pendant un bon petit moment, le temps que les multiples facettes se rapprochent, s'assemblent pour commencer à former un prisme qui va nous offrir une perspective renversante qui donne le vertige. Jouant sur le temps, la mythologie grecque et l'actualité brûlante de notre monde, Anders Nilsen compose une saga éblouissante qui remet étonnamment en perspective notre humanité... et sa connerie légendaire.
Bref, j'ai plus que hâte de découvrir la suite de ce premier opus, et je ne peux que recommander chaudement la lecture de cette série, même si je pense que certains y resteront hermétique ou passeront complètement à côté. Mais pour les curieux et ceux qui aiment ce qui ne rentre pas dans les cases, attention, c'est la grosse baffe !
Foenkinos est un auteur m'intéressant fort peu. Aussi une adaptation de son premier grand succès "La Délicatesse" n'était selon moi pas forcément une bonne idée. Il s'agit d'une romance reprenant tous les poncifs de la comédie romantique pour laquelle je suis très bon public, originalement placée dans l'univers de l'entreprise (belle idée, même si je goûte modérément le militantisme du discours si emphatique envers le libéralisme économique). Une romance du point de vue féminin, mais écrite par un homme et reprenant un fantasme masculin, celui du gentil garçon introverti, anonymement banal même si au fond original, évidemment remarqué par la merveilleuse et spectaculaire jeune femme à qui tout réussi, mais cachant intérieurement une profonde douleur que saura entendre le gentil garçon.
Le triangle amoureux au sein de l'entreprise, enrichi de rapports hiérarchiques permettant de discourir sur le harcèlement, n'apporte aucune mise en perspective intéressante, mais au contraire crée un malaise lié à l'énormité des situations, caricaturales davantage que désopilantes.
Ici ou là néanmoins, se glissent de petits moments de vie, une vérité de la relation amoureuse, une forme de délicatesse précieuse et plutôt touchante. Une lecture souvent honteuse, parfois plaisante, excessivement sucrée même quand parcourue à l'occasion de la St Valentin.
Quentin Zuttion est un auteur appréciant les BD "à thème". Ses dernières productions arrivaient néanmoins à s'évader de leur sujet pour gagner du souffle, de la vie, autrement dit à ne plus se contenter d'illustrer un thème pour mieux l'habiter. Voilà pourquoi je trouvais plus intéressants La Dame blanche et Toutes les princesses meurent après minuit, quand Appelez-moi Nathan et Touchées me laissaient un léger goût d'inachevé.
Avec "Sage", il s'essaie à l'autobiographie, proposant de décrire son extrême anxiété, notamment liée à son homosexualité. Les critiques lues ici ou là sont dithyrambiques, aussi je m'attendais au fameux album de la maturité, tout en craignant un égocentrisme forcément exacerbé susceptible de m'agacer aux entournures.
Malheureusement, me concernant, la balance penche plutôt vers le nombrilisme quelque peu agaçant. Cela me fait penser à la BD Impénétrable, pour laquelle j'avais également été assez circonspect malgré une sympathie évidente pour le projet. Et cela me fait réévaluer mes critiques à l'égard de Davodeau. Il n'est pas aisé pour un auteur de trouver le bon positionnement quand on aborde frontalement le témoignage. Parvenir à susciter auprès de son lectorat bienveillance et compassion pour ces histoires intimes révélées implique de générer de la curiosité et de ne pas forcer l'adhésion. D'une certaine manière, l'auteur doit obtenir le consentement de son lecteur, sous peine de le placer dans une position de voyeur condamné à se délecter des misères intimes révélées.
Zuttion se met à nu, présente ses traumas, sa misère sentimentale, ses peurs et désirs... Visuellement, ses personnages bleus aux yeux de lumière, expressionnistes et quasi arachnéens, sont une indéniable réussite, illustrent fort joliment ses angoisses. Mais le récit intime n’échappe pas au voyeurisme ; et je m'étonne que l'acceptation sociétale de l'homosexualité ne soit pas davantage conviée, que la psychanalyse soit autant écartée.
Une demi-réussite donc, ambitieuse et susceptible de déplaire.
Je connaissais déjà ce type de récit sur la Shoah et les enfants cachés, et j’avoue que je craignais un peu de lire une énième variation sur le même thème. Au final, l’histoire est bonne et bien racontée : le choix d’adopter strictement le point de vue de l’enfant apporte un vrai plus et permet de mieux s'adresser à de jeunes lecteurs. En restant à hauteur de Dounia, le récit évite de sombrer dans une noirceur trop frontale ou une lourdeur démonstrative. Tout passe par ce qu’elle comprend (ou pas) et cela rend l’ensemble plus digeste pour un jeune public, sans pour autant nier la gravité des faits.
Le scénario trouve un équilibre délicat : il évoque les rafles, la séparation, la fuite, la solidarité et même le retour des survivants, mais avec pudeur. Certains passages vers la fin m’ont touché, notamment tout ce qui concerne les retrouvailles et les cicatrices laissées par l’absence. Il y a une émotion sincère, qui fonctionne sans tomber dans la sensiblerie.
Graphiquement, le trait rond et expressif correspond bien à cette approche. Les personnages aux grosses têtes accentuent l’identification et renforcent le point de vue enfantin. Cela contribue à adoucir visuellement un sujet extrêmement dur, même si ce style peut ne pas plaire à tout le monde.
Malgré ces qualités évidentes, je dois reconnaître que je suis resté un peu en retrait. J’ai tellement lu d’histoires similaires sur cette période que, même si celle-ci est réussie et pertinente, notamment pour un jeune lectorat, elle ne m’a pas emporté davantage que cela. Une lecture solide et touchante, surtout dans ses derniers chapitres, mais qui ne m’a pas surpris.
C'est la première fois que je lis un comics de Ben Hatke qui semble être un nom connu dans le monde des bandes dessinées pour la jeunesse.
Je peux comprendre pourquoi parce que son dessin est vraiment enthousiasmant. C'est le style de dessin qui me donne envie de lire une BD juste en regardant la couverture. L'idée de départ est une bonne idée parce qu'elle porte sur une sensation universelle: qui étant jeune n'a jamais eu peur d'aller dans une cave ?
Le scénario est inventif et sympathique à lire. Je pense que je suis rendu trop vieux pour trouver cet album incroyable, mais c'est sans doute ce que j'aurais pensé si je l'avais lu enfant. C'est donc un album que je recommande aux parents qui ont des enfants d'environs 8-12 ans.
J'aime bien quand la BD permet de mettre en lumière des évènements ou des personnages historiques qu'on a oubliés. On a une image d'Epinal où un pirate des mers de l'époque classique est un homme blanc, souvent barbu, assez costaud. Ici Shango est une force de la nature, mais il est noir de peau. Il a un destin exceptionnel, acquis à la force des bras et grâce à une détermination hors du commun. Des qualités qu'il montre dès le début de son aventure, an agissant pour se libérer des chaînes que lui ont posé ses compatriotes renégats, vendus aux marchands d'esclaves.
Cette histoire nous est contée par Marc de Banville, journaliste télé et documentariste spécialiste des zones de guerre, et Arnaud Delalande, connu pour avoir écrit de nombreuses séries historiques. Ils ont donc uni leurs centres d'intérêts et talents de conteurs pour ce récit, prévu en plusieurs tomes chez Robinson. Un récit qui a de forts accents de réalisme, mais qui est fictif, même si peut-être inspiré par des révoltes d'esclaves au XVIIème siècle. C'est bien raconté, on ne s'ennuie pas une seconde, et on a envie d'en savoir plus sur ce précurseur, quelque part, de Toussaint Louverture.
Pour mettre en images ce récit plein de bruit et de fureur, les deux co-scénaristes bénéficient de la fougue graphique de Guy Michel, dessinateur né en Haïti, et par conséquent concerné par ce sujet, mais surtout un très bon auteur, capable de mettre en scène des combats, des abordages, des tempêtes sur de beaux galions européens, et d'installer de belles ambiances en compagnie de Tyffenn Guerveno.
C'est assez prenant et plaisant à lire, j'aurai plaisir à prendre connaissance de la suite.
Un conte philosophique.
Je n'ai pas pu résister à l'envie irrépressible de repartir avec cette BD en passant devant sa superbe couverture et en découvrant le nom de son auteur : Juni Ba.
Pour les deux personnages principaux Juni Ba s'inspire du poème de Goethe Le Roi des Aulnes (Erlkönig) et des récits médiéviaux Le Roman de Renart. Mais il puise aussi dans ces deux univers pour créer un monde riche et fantastique où humains et animaux anthropomorphiques se côtoient, le chapitrage se fera en « branches » numérotées (référence au Roman de Renart).
On va donc suivre deux personnages complexes aux destins liés. Notre renard est manipulateur, rusé et égoïste, il a aussi par malice déjoué la mort. Tandis que notre démon des bois est un solitaire qui profite du malheur des autres en pactisant avec eux, mais le prix à payer en vaut-il la chandelle ?
Une narration non chronologique faite de « branches » plus ou moins longues sous la forme de petites fables, elles vont nous faire découvrir des personnages secondaires qui auront une importance forte. Cette construction non linéaire du récit rend la lecture captivante en ne dévoilant pas d'emblée les liens qui rattachent tous les protagonistes. En particulier cette petite fille qui se dit amie de notre goupil, pourtant celui-ci fera tout pour l'éviter.
J'ai apprécié la nuance apporté à toutes ces fables, elles ne sont pas moralisatrices mais portent à la réflexion.
J'ai classé ce comics en « tous publics », quelques scènes difficiles m'empêchent de l'identifier pour un jeune public, pour la simple et bonne raison que j'en conseille la lecture à un jeune lectorat accompagné d'un adulte. Les nombreux thèmes évoqués ne pourront que mieux les préparer à ce monde sans pitié et à en faire de bonnes personnes.
Un album qui ne laisse pas insensible.
Je suis fan du dessin de Juni Ba, il ne manque pas d'originalité avec son style caricatural, dynamique et on ne peut plus expressif. Les couleurs évoluent en fonction des différentes « branches », elles iront jusqu'à disparaître pour la numéro treize et ainsi accentuer la noirceur du récit. Mention spéciale pour la mise en page cinématographique et la variété des cadrages
Magnifique.
Un auteur et un album à découvrir !
Coup de cœur.
Je ne connaissais de Don Quichotte que le tout début de l'histoire et les grands clichés (le pitoyable chevalier sur sa monture famélique, le brave Sancho Panza, les moulins à vent), sans avoir jamais lu ni vu le récit dans son intégralité. Cette adaptation des frères Brizzi était donc pour moi l'occasion de le découvrir enfin dans son ensemble, au moins dans ses grandes lignes.
Le graphisme est la plus grande force de cette BD : c'est très beau. Le trait est ample, vivant, expressif, et certaines pleines pages, notamment lorsque les décors prennent de l’ampleur ou que l’imaginaire de Don Quichotte envahit l’espace, sont vraiment magnifiques. Il y a une vraie maîtrise dans la mise en scène, et ces envolées visuelles donnent à l’album une dimension parfois épique.
Je suis resté plus réservé sur le choix de représenter Don Quichotte avec cet air de vieil âne hirsute, presque idiot. Je comprends l’idée : accentuer le décalage, souligner la folie, rendre le personnage plus burlesque. Mais j’aurais aimé percevoir davantage de noblesse dans son allure, quitte à ce qu’elle ne soit qu’intellectuelle, intérieure. Là, son apparence le rend parfois plus ridicule que touchant, et ses aventures apparaissent de fait un peu plus grotesques que tragiques. Cela m’a tenu à distance alors que j’aurais voulu m’attacher davantage à lui.
En revanche, j’ai trouvé la relation entre Sancho et son maître particulièrement réussie. Derrière l’ironie et les illusions, il y a une vraie tendresse qui s’installe, surtout dans les dernières pages. Sancho n’est pas qu’un faire-valoir pragmatique : il devient un compagnon fidèle, presque protecteur. Et c’est sans doute là que l’album m’a le plus touché.
Une très belle adaptation visuellement, parfois un peu trop appuyée dans sa dimension burlesque à mon goût, mais qui trouve une vraie justesse dans le lien entre ses deux personnages.
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Histoires d'Elles
Une BD qui est sympathique mais dont le dessin est trop figé, tandis que les histoires s'enchainent avec leurs idées pas toujours bien amenées. Le fond est honnête, avec une volonté de questionner le fantasme des femmes, leur sexualité et de proposer une série de petites pistes pour mieux la vivre et l'accepter. On reste sur la frontière entre le réel et le fantasme, sur les tabous d'une société patriarcale, etc ... Mais la BD est assez sommaire dans son dessin, trop classique et pas du tout bien exploitée. Le petit nombre de pages n'aide pas à la réalisation, d'autant que les planches font assez vite chargées, ne laissant pas vraiment l'aspect sensuel du dessin s'épanouir. C'est surtout que ce dessin est assez froid, la faute en revenant à la colorisation, mais aussi qu'il y a un aspect pas très abouti techniquement. Les visages manquent de vie et d'expression, de même avec les corps et les postures qui sont raides et souvent pas bien adaptés au format. L'ensemble donne un côté mal dégrossi, pas assez peaufiné. C'est le gros point noir de la BD pour moi, celui qui empêche de vraiment l'apprécier. Les idées de fond sont bonnes, sympathiques mais avec un léger manque de corps et surtout ce dessin qui pêche vraiment. Dommage, mais j'encourage les auteurs à poursuivre et travailler leur matériaux, il y a de quoi faire mieux !
Lanfeust de Troy
Comme beaucoup d'enfants nés au tout début des années 90, mon premier contact avec l'univers de Troy s'est fait sur les étagères du CDI de mon collège. Au milieu des ouvrages pédagogiques et des classiques imposés, la série détonnait : entre les effusions de sang et un côté "graveleux" assumé, ça marquait forcément l'imaginaire adolescent. Pourtant, à l'époque, j'ai délaissé Lanfeust au profit de l'explosion du manga, passant à côté de ce qui allait devenir un pilier de la fantasy française. À 35 ans, alors que je me replonge sérieusement dans le "Médiéval-Fantastique", j'ai enfin décidé de franchir le pas, malgré quelques a priori. Je craignais de n'y trouver qu'une imagerie un peu datée, portée par des personnages féminins très "bimbos" et un humour potache de lycéen. Le verdict après lecture de l'intégrale ? Une excellente surprise. Certes, le "fan service" est omniprésent et parfois un peu lourd, mais derrière les décolletés, il y a une vraie proposition : - Un univers riche : On sent une profondeur qui ne demande qu'à être explorée. Si huit tomes semblent presque trop courts pour faire le tour de ce monde, on comprend vite pourquoi tant de spin-offs ont vu le jour (au-delà de la simple logique commerciale). - Une galerie de personnages attachants : Contre toute attente, l'évolution du groupe fonctionne très bien. Mention spéciale à Hébus le Troll, et à la gestion des relations amoureuses qui évitent les clichés habituels pour offrir une conclusion inattendue. - Un parti pris graphique rafraîchissant : Le trait de Tarquin est efficace, mais c'est surtout la palette de couleurs qui détonne. Là où la fantasy moderne s'enfonce souvent dans le sombre et le désespoir, Lanfeust reste éclatant et lumineux. Cette série mérite donc pour moi sa place dans toute bédéthèque de genre. C’est une porte d’entrée idéale pour les adolescents, même si je reste perplexe face au prix reçu à Angoulême dans la catégorie "9-12 ans". L'univers et le ton adopté s'apprécient pleinement qu'à partir de 14 ou 15 ans, pour garder un peu de recul.
Tongues
Ouais, culte ! C'est pas souvent (c'est le 4e en 5 ans), mais ce premier tome de cette série m'a totalement conquis ! Pfiouuuu... Il y a en effet bien longtemps qu'une BD ne m'avait pas fait autant halluciner. Que ce soit par le fond et la forme, Anders Nilsen qui gère dessin et scénario, nous embarque dans une œuvre grandiose. Oubliez déjà les cases, et je ne parle même pas de gaufrier ; Anders Nilsen explose les codes du découpage avec des planches renversantes de beauté où l'angle droit n'a pas sa place. Pas une case rectangle ou carré, tout s'agence en courbes ou en parallélépipèdes. Les pleines pages ou doubles pages qu'il intègre avec régularité nous ravissent les yeux et valorisent pleinement son graphisme et son imagination. Car la folie de son scénario lui donne l'occasion de nous en mettre plein la vue, mais jamais gratuitement. C'est beau sensuel, barré, mais jamais gratuit, toujours pour pousser plus loin graphiquement ce que son histoire raconte. Et de ce côté là on est plus que servis aussi. Ok, on est paumés pendant un bon petit moment, le temps que les multiples facettes se rapprochent, s'assemblent pour commencer à former un prisme qui va nous offrir une perspective renversante qui donne le vertige. Jouant sur le temps, la mythologie grecque et l'actualité brûlante de notre monde, Anders Nilsen compose une saga éblouissante qui remet étonnamment en perspective notre humanité... et sa connerie légendaire. Bref, j'ai plus que hâte de découvrir la suite de ce premier opus, et je ne peux que recommander chaudement la lecture de cette série, même si je pense que certains y resteront hermétique ou passeront complètement à côté. Mais pour les curieux et ceux qui aiment ce qui ne rentre pas dans les cases, attention, c'est la grosse baffe !
La Délicatesse
Foenkinos est un auteur m'intéressant fort peu. Aussi une adaptation de son premier grand succès "La Délicatesse" n'était selon moi pas forcément une bonne idée. Il s'agit d'une romance reprenant tous les poncifs de la comédie romantique pour laquelle je suis très bon public, originalement placée dans l'univers de l'entreprise (belle idée, même si je goûte modérément le militantisme du discours si emphatique envers le libéralisme économique). Une romance du point de vue féminin, mais écrite par un homme et reprenant un fantasme masculin, celui du gentil garçon introverti, anonymement banal même si au fond original, évidemment remarqué par la merveilleuse et spectaculaire jeune femme à qui tout réussi, mais cachant intérieurement une profonde douleur que saura entendre le gentil garçon. Le triangle amoureux au sein de l'entreprise, enrichi de rapports hiérarchiques permettant de discourir sur le harcèlement, n'apporte aucune mise en perspective intéressante, mais au contraire crée un malaise lié à l'énormité des situations, caricaturales davantage que désopilantes. Ici ou là néanmoins, se glissent de petits moments de vie, une vérité de la relation amoureuse, une forme de délicatesse précieuse et plutôt touchante. Une lecture souvent honteuse, parfois plaisante, excessivement sucrée même quand parcourue à l'occasion de la St Valentin.
Sage
Quentin Zuttion est un auteur appréciant les BD "à thème". Ses dernières productions arrivaient néanmoins à s'évader de leur sujet pour gagner du souffle, de la vie, autrement dit à ne plus se contenter d'illustrer un thème pour mieux l'habiter. Voilà pourquoi je trouvais plus intéressants La Dame blanche et Toutes les princesses meurent après minuit, quand Appelez-moi Nathan et Touchées me laissaient un léger goût d'inachevé. Avec "Sage", il s'essaie à l'autobiographie, proposant de décrire son extrême anxiété, notamment liée à son homosexualité. Les critiques lues ici ou là sont dithyrambiques, aussi je m'attendais au fameux album de la maturité, tout en craignant un égocentrisme forcément exacerbé susceptible de m'agacer aux entournures. Malheureusement, me concernant, la balance penche plutôt vers le nombrilisme quelque peu agaçant. Cela me fait penser à la BD Impénétrable, pour laquelle j'avais également été assez circonspect malgré une sympathie évidente pour le projet. Et cela me fait réévaluer mes critiques à l'égard de Davodeau. Il n'est pas aisé pour un auteur de trouver le bon positionnement quand on aborde frontalement le témoignage. Parvenir à susciter auprès de son lectorat bienveillance et compassion pour ces histoires intimes révélées implique de générer de la curiosité et de ne pas forcer l'adhésion. D'une certaine manière, l'auteur doit obtenir le consentement de son lecteur, sous peine de le placer dans une position de voyeur condamné à se délecter des misères intimes révélées. Zuttion se met à nu, présente ses traumas, sa misère sentimentale, ses peurs et désirs... Visuellement, ses personnages bleus aux yeux de lumière, expressionnistes et quasi arachnéens, sont une indéniable réussite, illustrent fort joliment ses angoisses. Mais le récit intime n’échappe pas au voyeurisme ; et je m'étonne que l'acceptation sociétale de l'homosexualité ne soit pas davantage conviée, que la psychanalyse soit autant écartée. Une demi-réussite donc, ambitieuse et susceptible de déplaire.
L'Enfant cachée
Je connaissais déjà ce type de récit sur la Shoah et les enfants cachés, et j’avoue que je craignais un peu de lire une énième variation sur le même thème. Au final, l’histoire est bonne et bien racontée : le choix d’adopter strictement le point de vue de l’enfant apporte un vrai plus et permet de mieux s'adresser à de jeunes lecteurs. En restant à hauteur de Dounia, le récit évite de sombrer dans une noirceur trop frontale ou une lourdeur démonstrative. Tout passe par ce qu’elle comprend (ou pas) et cela rend l’ensemble plus digeste pour un jeune public, sans pour autant nier la gravité des faits. Le scénario trouve un équilibre délicat : il évoque les rafles, la séparation, la fuite, la solidarité et même le retour des survivants, mais avec pudeur. Certains passages vers la fin m’ont touché, notamment tout ce qui concerne les retrouvailles et les cicatrices laissées par l’absence. Il y a une émotion sincère, qui fonctionne sans tomber dans la sensiblerie. Graphiquement, le trait rond et expressif correspond bien à cette approche. Les personnages aux grosses têtes accentuent l’identification et renforcent le point de vue enfantin. Cela contribue à adoucir visuellement un sujet extrêmement dur, même si ce style peut ne pas plaire à tout le monde. Malgré ces qualités évidentes, je dois reconnaître que je suis resté un peu en retrait. J’ai tellement lu d’histoires similaires sur cette période que, même si celle-ci est réussie et pertinente, notamment pour un jeune lectorat, elle ne m’a pas emporté davantage que cela. Une lecture solide et touchante, surtout dans ses derniers chapitres, mais qui ne m’a pas surpris.
Milo & les créatures du grand escalier.
C'est la première fois que je lis un comics de Ben Hatke qui semble être un nom connu dans le monde des bandes dessinées pour la jeunesse. Je peux comprendre pourquoi parce que son dessin est vraiment enthousiasmant. C'est le style de dessin qui me donne envie de lire une BD juste en regardant la couverture. L'idée de départ est une bonne idée parce qu'elle porte sur une sensation universelle: qui étant jeune n'a jamais eu peur d'aller dans une cave ? Le scénario est inventif et sympathique à lire. Je pense que je suis rendu trop vieux pour trouver cet album incroyable, mais c'est sans doute ce que j'aurais pensé si je l'avais lu enfant. C'est donc un album que je recommande aux parents qui ont des enfants d'environs 8-12 ans.
Shango
J'aime bien quand la BD permet de mettre en lumière des évènements ou des personnages historiques qu'on a oubliés. On a une image d'Epinal où un pirate des mers de l'époque classique est un homme blanc, souvent barbu, assez costaud. Ici Shango est une force de la nature, mais il est noir de peau. Il a un destin exceptionnel, acquis à la force des bras et grâce à une détermination hors du commun. Des qualités qu'il montre dès le début de son aventure, an agissant pour se libérer des chaînes que lui ont posé ses compatriotes renégats, vendus aux marchands d'esclaves. Cette histoire nous est contée par Marc de Banville, journaliste télé et documentariste spécialiste des zones de guerre, et Arnaud Delalande, connu pour avoir écrit de nombreuses séries historiques. Ils ont donc uni leurs centres d'intérêts et talents de conteurs pour ce récit, prévu en plusieurs tomes chez Robinson. Un récit qui a de forts accents de réalisme, mais qui est fictif, même si peut-être inspiré par des révoltes d'esclaves au XVIIème siècle. C'est bien raconté, on ne s'ennuie pas une seconde, et on a envie d'en savoir plus sur ce précurseur, quelque part, de Toussaint Louverture. Pour mettre en images ce récit plein de bruit et de fureur, les deux co-scénaristes bénéficient de la fougue graphique de Guy Michel, dessinateur né en Haïti, et par conséquent concerné par ce sujet, mais surtout un très bon auteur, capable de mettre en scène des combats, des abordages, des tempêtes sur de beaux galions européens, et d'installer de belles ambiances en compagnie de Tyffenn Guerveno. C'est assez prenant et plaisant à lire, j'aurai plaisir à prendre connaissance de la suite.
Les Fables du Roi des Aulnes
Un conte philosophique. Je n'ai pas pu résister à l'envie irrépressible de repartir avec cette BD en passant devant sa superbe couverture et en découvrant le nom de son auteur : Juni Ba. Pour les deux personnages principaux Juni Ba s'inspire du poème de Goethe Le Roi des Aulnes (Erlkönig) et des récits médiéviaux Le Roman de Renart. Mais il puise aussi dans ces deux univers pour créer un monde riche et fantastique où humains et animaux anthropomorphiques se côtoient, le chapitrage se fera en « branches » numérotées (référence au Roman de Renart). On va donc suivre deux personnages complexes aux destins liés. Notre renard est manipulateur, rusé et égoïste, il a aussi par malice déjoué la mort. Tandis que notre démon des bois est un solitaire qui profite du malheur des autres en pactisant avec eux, mais le prix à payer en vaut-il la chandelle ? Une narration non chronologique faite de « branches » plus ou moins longues sous la forme de petites fables, elles vont nous faire découvrir des personnages secondaires qui auront une importance forte. Cette construction non linéaire du récit rend la lecture captivante en ne dévoilant pas d'emblée les liens qui rattachent tous les protagonistes. En particulier cette petite fille qui se dit amie de notre goupil, pourtant celui-ci fera tout pour l'éviter. J'ai apprécié la nuance apporté à toutes ces fables, elles ne sont pas moralisatrices mais portent à la réflexion. J'ai classé ce comics en « tous publics », quelques scènes difficiles m'empêchent de l'identifier pour un jeune public, pour la simple et bonne raison que j'en conseille la lecture à un jeune lectorat accompagné d'un adulte. Les nombreux thèmes évoqués ne pourront que mieux les préparer à ce monde sans pitié et à en faire de bonnes personnes. Un album qui ne laisse pas insensible. Je suis fan du dessin de Juni Ba, il ne manque pas d'originalité avec son style caricatural, dynamique et on ne peut plus expressif. Les couleurs évoluent en fonction des différentes « branches », elles iront jusqu'à disparaître pour la numéro treize et ainsi accentuer la noirceur du récit. Mention spéciale pour la mise en page cinématographique et la variété des cadrages Magnifique. Un auteur et un album à découvrir ! Coup de cœur.
Don Quichotte de la Manche
Je ne connaissais de Don Quichotte que le tout début de l'histoire et les grands clichés (le pitoyable chevalier sur sa monture famélique, le brave Sancho Panza, les moulins à vent), sans avoir jamais lu ni vu le récit dans son intégralité. Cette adaptation des frères Brizzi était donc pour moi l'occasion de le découvrir enfin dans son ensemble, au moins dans ses grandes lignes. Le graphisme est la plus grande force de cette BD : c'est très beau. Le trait est ample, vivant, expressif, et certaines pleines pages, notamment lorsque les décors prennent de l’ampleur ou que l’imaginaire de Don Quichotte envahit l’espace, sont vraiment magnifiques. Il y a une vraie maîtrise dans la mise en scène, et ces envolées visuelles donnent à l’album une dimension parfois épique. Je suis resté plus réservé sur le choix de représenter Don Quichotte avec cet air de vieil âne hirsute, presque idiot. Je comprends l’idée : accentuer le décalage, souligner la folie, rendre le personnage plus burlesque. Mais j’aurais aimé percevoir davantage de noblesse dans son allure, quitte à ce qu’elle ne soit qu’intellectuelle, intérieure. Là, son apparence le rend parfois plus ridicule que touchant, et ses aventures apparaissent de fait un peu plus grotesques que tragiques. Cela m’a tenu à distance alors que j’aurais voulu m’attacher davantage à lui. En revanche, j’ai trouvé la relation entre Sancho et son maître particulièrement réussie. Derrière l’ironie et les illusions, il y a une vraie tendresse qui s’installe, surtout dans les dernières pages. Sancho n’est pas qu’un faire-valoir pragmatique : il devient un compagnon fidèle, presque protecteur. Et c’est sans doute là que l’album m’a le plus touché. Une très belle adaptation visuellement, parfois un peu trop appuyée dans sa dimension burlesque à mon goût, mais qui trouve une vraie justesse dans le lien entre ses deux personnages.