Avec Department of Truth, James Tynion IV livre un concept aussi simple que vertigineux : la réalité n’est pas fixe, elle dépend de ce que les gens croient. Et si une théorie du complot devient suffisamment populaire… elle finit par devenir vraie.
On suit Cole Turner, que l’on peut voir comme un agent du FBI déjà immergé dans ces zones troubles, dont les repères vont progressivement s’effondrer lorsqu’il découvre le Department of Truth. Une organisation secrète qui ne protège pas la vérité… mais qui régule ce que le monde peut accepter comme réel.
Le récit explore les grandes figures du complotisme moderne sans jamais sombrer dans le gadget. James Tynion IV joue avec nos croyances, nos peurs et notre rapport à l’information, dans un récit aussi paranoïaque que profondément actuel.
Graphiquement, Martin Simmonds propose un travail remarquable. Peinture numérique, collages, textures granuleuses, visages déformés… Il déconstruit les codes classiques pour créer une sensation constante d’instabilité. Certaines planches ressemblent à des archives altérées, d’autres à des hallucinations. Le fond et la forme ne font qu’un.
Détail par tome :
Tome 1 : 5/5
Une entrée en matière brillante, dense et immédiatement immersive.
Tome 2 : 5/5
Confirme la qualité. L’univers gagne en profondeur et en tension.
Tome 3 : 5/5
Plus fragmenté dans sa narration, mais toujours aussi intéressant.
Tome 4 : 4/5
Hors trame principale, mais enrichit fortement le lore.
Tome 5 : 4/5
Même logique que le tome 4 : une respiration narrative utile et bien construite.
Tome 6 : 5/5
Un retour bienvenu à la trame principale, avec une intrigue qui relance clairement les enjeux. Le tome réussit aussi à intégrer une histoire annexe très bien menée, qui ne fait pas figure de remplissage mais apporte une vraie plus-value à l’ensemble. Un équilibre maîtrisé entre continuité et approfondissement.
Avis global : 4,5/5
Une série ambitieuse, intelligente et visuellement marquante. Department of Truth est une œuvre qui demande de l’attention mais qui le rend largement, en proposant une réflexion troublante sur notre rapport à la réalité. Une lecture qui laisse une empreinte durable.
Un récit qui m’a vraiment marqué par sa maîtrise. On est dans l’univers de Criminal, mais ici Ed Brubaker choisit de revenir en arrière et de suivre un adolescent, Ricky Lawless, pendant un été qui va clairement le façonner. Le début peut presque faire penser à un récit d’apprentissage, avec cette impression de fausse piste, un peu comme dans certains épisodes des Les Simpson qui démarrent sur un sujet avant de bifurquer complètement. Et c’est exactement ce qui se passe : sans prévenir, l’histoire glisse vers quelque chose de beaucoup plus sombre et tendu.
Le rythme est vraiment prenant, presque étouffant, avec une montée progressive où chaque scène semble nous rapprocher d’une issue inévitable. On sent très vite que tout ne peut que mal tourner, mais on reste accroché. Le thème de la famille est central, notamment la famille recomposée, avec des figures adultes défaillantes et une loyauté mal placée. Ici, la famille n’est jamais un refuge, plutôt un poids ou un piège.
Les personnages peuvent paraître esquissés au premier abord, mais en réalité chaque détail compte. En quelques dialogues ou attitudes, tout est dit. C’est une écriture très efficace, sans gras, qui va droit au but.
Graphiquement, Sean Phillips est fidèle à lui-même avec son trait sec et reconnaissable, parfaitement adapté à ce type de récit noir. Mais il faut aussi souligner le travail de Jacob Phillips, dont les couleurs apportent une vraie ambiance : un été lourd, poisseux, presque oppressant, qui renforce encore la tension du récit.
Au final, ce n’est peut-être pas le tome le plus spectaculaire de Criminal, mais c’est sans doute l’un des plus maîtrisés. Un récit court, intense, avec une vraie cohérence et une fin qui laisse une impression durable. Une très belle réussite.
Ayant l'édition originale en couleurs publiée par Glenat, j'ai voulu me replonger dans ce manga trente ans après ma première lecture.
Et je me suis rendu compte que je me souvenais exactement de chaque scène. Chaque détail.
Voilà, c'est ça Akira, un manga inoubliable, dans le top 5 des meilleurs mangas sortis en France. Une œuvre qui écrase toutes les autres, qui donne ses lettres de noblesse au seinen, qui nous permet de devenir adulte (à lire à 16 ans idéalement).
Niveau dessin on a jamais mieux dessiné de scènes d'apocalypse dans un environnement urbain même si le travail de Nihei est un solide concurrent. Un des premiers mangas à proposer un découpage cinématographique.
Aujourd'hui on a le choix du roi pour découvrir ce manga, en NB ou en couleurs. Indispensable.
La série s'inspire à la base de la Rubrique-à-Brac de Gotlib, avec ce principe de départ consistant à répondre avec humour à des questions animalières supposément envoyées par des lecteurs. Mais dans les faits, elle se rapproche davantage du travail de Marion Montaigne (Tu mourras moins bête), puisqu’elle propose un vrai contenu informatif, avec des explications scientifiques et des anecdotes intéressantes sur les animaux.
Le problème, c’est que l’équilibre entre humour et information ne fonctionne pas toujours très bien. L’ensemble est moins débridé et absurde que chez Gotlib, mais aussi moins percutant dans son comique que Marion Montaigne. L’humour reste souvent assez enfantin et, à mes yeux, pas toujours très efficace, même si certains passages m’ont fait sourire, notamment l’article sur les pigeons voyageurs.
Côté contenu, j’ai trouvé qu’il y avait malgré tout de vraies choses à apprendre, ce qui rend la lecture agréable et parfois instructive. En revanche, la présence d’informations volontairement fausses, disséminées parmi les vraies sans être clairement identifiées comme des blagues, m’a un peu gêné, comme par exemple dans la page sur les cris des animaux. Cela peut prêter à confusion quand on ne sait pas toujours facilement distinguer le vrai du faux, ce qui me semble problématique, surtout pour un jeune lectorat.
Si j'aime bien l’idée de départ d'articles informatifs et humoristiques sur les animaux, je suis un peu mitigé sur l’efficacité de l’humour et sur ce mélange parfois flou entre vulgarisation et fantaisie.
Le second cycle des Complaintes est un exemple en terme de continuité à rebours, puisqu'il a lieu avant l'époque de Sioban dans le temps.
Dufaux a compris qu'il avait de l'or dans les mains avec le monde d'Eruin Dulea et il s'amuse à en développer la chronologie et les acteurs sans fausse note.
J'ai trouvé le dessin de Delaby un peu trop propre au début, pas assez vénéneux. Ensuite le talent prend le dessus et le relais avec Jeremy ne change rien à la très grande qualité générale de l'ensemble.
Je suis d’accord avec Gaston. Cette histoire d’immigrés haïtiens (en tout cas celle des parents du narrateur) et de ses rapports avec la société québécoise, a des côtés intéressants, attachants. Mais aussi un traitement qui ne m’a pas vraiment convaincu.
La narration est un peu trop décousue. Mais le dessin, pourtant très lisible et pas désagréable en lui-même, ne me paraît pas forcément adapté à ce type de récit. C’est plus un dessin que j’aurais vu sur des récits d’action ou d’humour (voir les mimiques des personnages, souvent surjouées). Mais là, sur ce type de récit, il y a je trouve un petit décalage à ce niveau entre le côté graphique et l’histoire elle-même.
Bon, cela dit, la lecture n’est ni inintéressante ni déplaisante, et le travail éditorial de La Pastèque est, comme très souvent, très bon, avec couverture et papier épais.
Note réelle 2,5/5.
Sur un sujet clivant et casse-gueule (« l’assistance à l’interruption volontaire de vie »), cet album nous propose quelque chose d’intéressant et de réussi.
La mise en page et la narration sont aérées. Le dessin se focalise surtout sur les personnages – leurs visages essentiellement – sans que cela ne soit frustrant.
Inspirée de faits réels, l’intrigue tourne autour de quelques personnages, membres d’une association, « En toute conscience », qui aide et accompagne les personnes désireuses « d’en finir », en leur fournissant un moyen « un poison » et une assistance psychologique (ainsi qu’à leurs proches).
Un grain de sable arrive lorsqu’un jeune homme les contacte, voulant se suicider après un chagrin d’amour : c’est l’occasion pour tout le monde de réfléchir, ceci posant un « cas de conscience » (« normalement » seuls de vieilles personnes contactent l’association).
Si le fond est noir et le sujet sensible, le traitement relativement « léger » dans le ton permet d’éviter la pathos, et de laisser le lecteur à ses questionnements, tout en nourrissant un débat salutaire, loin des caricatures et de la propagande hargneuse des Eglises (fortement critiquée par plusieurs personnages).
Note réelle 3,5/5.
Pas grand-chose à dire de cet album, que j’ai lu jusqu’au bout, mais qui jamais n’a réussi à me captiver.
L’analogie, le parallèle, entre l’histoire de Frankenstein et la situation de Bagdad sous les bombes des attentats terroristes et de l’occupation américaine post 2003 m’est rapidement apparu bancale, le type même de la fausse bonne idée. Ici, le mélange des deux édulcore et affaiblit les deux thèmes.
Et surtout la narration est très saccadée, hachée, et l’intrigue ne m’a pas trop intéressé. On passe d’un personnage à l’autre, sans que rien ne soit clair ou précisé. Je ne sais pas si ça vient du roman (que je ne connais pas) ou de l’adaptation, mais ça m‘a laissé de côté.
Une lecture décevante en tout cas.
3.5
J'ai emprunté cet album sans rien savoir du scénario, tout ce que je savais sur cette série est qu'elle avait reçu d'excellentes notes sur ce site. J'avoue que j'avais un peu peur au début parce que la couverture ne donne vraiment pas envie de lire la BD et je pensais tomber sur un roman graphique qui parlerait de peine d'amour ou un autre truc cliché comme ça. J'ai été agréablement surpris de voir que c'était en fait un récit fantastique, l'héroïne étant immortelle tant que quelqu'un est amoureuse d'elle, mais évidement l'immortalité a ses désavantages.
Le concept est bien développé et maitrisé par l'auteur qui en profite pour traiter de plusieurs thèmes souvent d'actualité. Le récit est agréable à suivre pendant un moment. J'ai quand même fini par me lasser un peu du récit qui, après qu'on montre les mésaventures de l'héroïne avec un homme obsédé par elle, me semblait tourner en rond (en gros, l'héroïne continue d'utiliser les hommes pour continuer à être immortelle) même lorsque l'auteur ajoute une petite surprise au cours d'une des aventures amoureuses du personnage principal. Heureusement, le dénouement et la fin sont très bien réussis et cela a fait remonter mon intérêt pour l'histoire.
Alors voilà il y a des longueurs et le dessin lui-même est pas génial, mais cela reste malgré tout globalement un bon album avec un concept intéressant.
J’arrondis aux trois étoiles, parce que la seconde moitié de l’album est quand même plus engageante, et que j’aime bien ce format à l’italienne (et le travail éditorial d’Atrabile).
Mais je pense que cet album n’est pas vraiment ma came. Le gros premier tiers est même ennuyeux par endroit, avec une atmosphère étouffante, dans une famille un peu – beaucoup – dysfonctionnelle, une sorte de malaise/enfer familial. Quelques dialogues ou situations amusantes permettent de passer outre une certaine répétition, mais ce gros début m’a un peu soulé au bout d’un moment (et le dessin, un peu minimaliste mais lisible, n’est pas non plus ma tasse de thé).
La suite est un peu plus intéressante. On n’est plus sur le couple en crise et leurs enfants, d’autres personnages entrent en scène, on est moins souvent dans le huis-clos du logement de notre quatuor, ce qui aère le récit, et m’ont permis de finir ce récit avec un peu moins de réticences.
Mais, clairement, cet album m’a beaucoup moins captivé que mes prédécesseurs.
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The Department of Truth
Avec Department of Truth, James Tynion IV livre un concept aussi simple que vertigineux : la réalité n’est pas fixe, elle dépend de ce que les gens croient. Et si une théorie du complot devient suffisamment populaire… elle finit par devenir vraie. On suit Cole Turner, que l’on peut voir comme un agent du FBI déjà immergé dans ces zones troubles, dont les repères vont progressivement s’effondrer lorsqu’il découvre le Department of Truth. Une organisation secrète qui ne protège pas la vérité… mais qui régule ce que le monde peut accepter comme réel. Le récit explore les grandes figures du complotisme moderne sans jamais sombrer dans le gadget. James Tynion IV joue avec nos croyances, nos peurs et notre rapport à l’information, dans un récit aussi paranoïaque que profondément actuel. Graphiquement, Martin Simmonds propose un travail remarquable. Peinture numérique, collages, textures granuleuses, visages déformés… Il déconstruit les codes classiques pour créer une sensation constante d’instabilité. Certaines planches ressemblent à des archives altérées, d’autres à des hallucinations. Le fond et la forme ne font qu’un. Détail par tome : Tome 1 : 5/5 Une entrée en matière brillante, dense et immédiatement immersive. Tome 2 : 5/5 Confirme la qualité. L’univers gagne en profondeur et en tension. Tome 3 : 5/5 Plus fragmenté dans sa narration, mais toujours aussi intéressant. Tome 4 : 4/5 Hors trame principale, mais enrichit fortement le lore. Tome 5 : 4/5 Même logique que le tome 4 : une respiration narrative utile et bien construite. Tome 6 : 5/5 Un retour bienvenu à la trame principale, avec une intrigue qui relance clairement les enjeux. Le tome réussit aussi à intégrer une histoire annexe très bien menée, qui ne fait pas figure de remplissage mais apporte une vraie plus-value à l’ensemble. Un équilibre maîtrisé entre continuité et approfondissement. Avis global : 4,5/5 Une série ambitieuse, intelligente et visuellement marquante. Department of Truth est une œuvre qui demande de l’attention mais qui le rend largement, en proposant une réflexion troublante sur notre rapport à la réalité. Une lecture qui laisse une empreinte durable.
Un été cruel
Un récit qui m’a vraiment marqué par sa maîtrise. On est dans l’univers de Criminal, mais ici Ed Brubaker choisit de revenir en arrière et de suivre un adolescent, Ricky Lawless, pendant un été qui va clairement le façonner. Le début peut presque faire penser à un récit d’apprentissage, avec cette impression de fausse piste, un peu comme dans certains épisodes des Les Simpson qui démarrent sur un sujet avant de bifurquer complètement. Et c’est exactement ce qui se passe : sans prévenir, l’histoire glisse vers quelque chose de beaucoup plus sombre et tendu. Le rythme est vraiment prenant, presque étouffant, avec une montée progressive où chaque scène semble nous rapprocher d’une issue inévitable. On sent très vite que tout ne peut que mal tourner, mais on reste accroché. Le thème de la famille est central, notamment la famille recomposée, avec des figures adultes défaillantes et une loyauté mal placée. Ici, la famille n’est jamais un refuge, plutôt un poids ou un piège. Les personnages peuvent paraître esquissés au premier abord, mais en réalité chaque détail compte. En quelques dialogues ou attitudes, tout est dit. C’est une écriture très efficace, sans gras, qui va droit au but. Graphiquement, Sean Phillips est fidèle à lui-même avec son trait sec et reconnaissable, parfaitement adapté à ce type de récit noir. Mais il faut aussi souligner le travail de Jacob Phillips, dont les couleurs apportent une vraie ambiance : un été lourd, poisseux, presque oppressant, qui renforce encore la tension du récit. Au final, ce n’est peut-être pas le tome le plus spectaculaire de Criminal, mais c’est sans doute l’un des plus maîtrisés. Un récit court, intense, avec une vraie cohérence et une fin qui laisse une impression durable. Une très belle réussite.
Akira
Ayant l'édition originale en couleurs publiée par Glenat, j'ai voulu me replonger dans ce manga trente ans après ma première lecture. Et je me suis rendu compte que je me souvenais exactement de chaque scène. Chaque détail. Voilà, c'est ça Akira, un manga inoubliable, dans le top 5 des meilleurs mangas sortis en France. Une œuvre qui écrase toutes les autres, qui donne ses lettres de noblesse au seinen, qui nous permet de devenir adulte (à lire à 16 ans idéalement). Niveau dessin on a jamais mieux dessiné de scènes d'apocalypse dans un environnement urbain même si le travail de Nihei est un solide concurrent. Un des premiers mangas à proposer un découpage cinématographique. Aujourd'hui on a le choix du roi pour découvrir ce manga, en NB ou en couleurs. Indispensable.
Wikipanda
La série s'inspire à la base de la Rubrique-à-Brac de Gotlib, avec ce principe de départ consistant à répondre avec humour à des questions animalières supposément envoyées par des lecteurs. Mais dans les faits, elle se rapproche davantage du travail de Marion Montaigne (Tu mourras moins bête), puisqu’elle propose un vrai contenu informatif, avec des explications scientifiques et des anecdotes intéressantes sur les animaux. Le problème, c’est que l’équilibre entre humour et information ne fonctionne pas toujours très bien. L’ensemble est moins débridé et absurde que chez Gotlib, mais aussi moins percutant dans son comique que Marion Montaigne. L’humour reste souvent assez enfantin et, à mes yeux, pas toujours très efficace, même si certains passages m’ont fait sourire, notamment l’article sur les pigeons voyageurs. Côté contenu, j’ai trouvé qu’il y avait malgré tout de vraies choses à apprendre, ce qui rend la lecture agréable et parfois instructive. En revanche, la présence d’informations volontairement fausses, disséminées parmi les vraies sans être clairement identifiées comme des blagues, m’a un peu gêné, comme par exemple dans la page sur les cris des animaux. Cela peut prêter à confusion quand on ne sait pas toujours facilement distinguer le vrai du faux, ce qui me semble problématique, surtout pour un jeune lectorat. Si j'aime bien l’idée de départ d'articles informatifs et humoristiques sur les animaux, je suis un peu mitigé sur l’efficacité de l’humour et sur ce mélange parfois flou entre vulgarisation et fantaisie.
Complainte des landes perdues - Les Chevaliers du Pardon
Le second cycle des Complaintes est un exemple en terme de continuité à rebours, puisqu'il a lieu avant l'époque de Sioban dans le temps. Dufaux a compris qu'il avait de l'or dans les mains avec le monde d'Eruin Dulea et il s'amuse à en développer la chronologie et les acteurs sans fausse note. J'ai trouvé le dessin de Delaby un peu trop propre au début, pas assez vénéneux. Ensuite le talent prend le dessus et le relais avec Jeremy ne change rien à la très grande qualité générale de l'ensemble.
Migrasyon
Je suis d’accord avec Gaston. Cette histoire d’immigrés haïtiens (en tout cas celle des parents du narrateur) et de ses rapports avec la société québécoise, a des côtés intéressants, attachants. Mais aussi un traitement qui ne m’a pas vraiment convaincu. La narration est un peu trop décousue. Mais le dessin, pourtant très lisible et pas désagréable en lui-même, ne me paraît pas forcément adapté à ce type de récit. C’est plus un dessin que j’aurais vu sur des récits d’action ou d’humour (voir les mimiques des personnages, souvent surjouées). Mais là, sur ce type de récit, il y a je trouve un petit décalage à ce niveau entre le côté graphique et l’histoire elle-même. Bon, cela dit, la lecture n’est ni inintéressante ni déplaisante, et le travail éditorial de La Pastèque est, comme très souvent, très bon, avec couverture et papier épais. Note réelle 2,5/5.
En toute conscience
Sur un sujet clivant et casse-gueule (« l’assistance à l’interruption volontaire de vie »), cet album nous propose quelque chose d’intéressant et de réussi. La mise en page et la narration sont aérées. Le dessin se focalise surtout sur les personnages – leurs visages essentiellement – sans que cela ne soit frustrant. Inspirée de faits réels, l’intrigue tourne autour de quelques personnages, membres d’une association, « En toute conscience », qui aide et accompagne les personnes désireuses « d’en finir », en leur fournissant un moyen « un poison » et une assistance psychologique (ainsi qu’à leurs proches). Un grain de sable arrive lorsqu’un jeune homme les contacte, voulant se suicider après un chagrin d’amour : c’est l’occasion pour tout le monde de réfléchir, ceci posant un « cas de conscience » (« normalement » seuls de vieilles personnes contactent l’association). Si le fond est noir et le sujet sensible, le traitement relativement « léger » dans le ton permet d’éviter la pathos, et de laisser le lecteur à ses questionnements, tout en nourrissant un débat salutaire, loin des caricatures et de la propagande hargneuse des Eglises (fortement critiquée par plusieurs personnages). Note réelle 3,5/5.
Frankenstein à Bagdad
Pas grand-chose à dire de cet album, que j’ai lu jusqu’au bout, mais qui jamais n’a réussi à me captiver. L’analogie, le parallèle, entre l’histoire de Frankenstein et la situation de Bagdad sous les bombes des attentats terroristes et de l’occupation américaine post 2003 m’est rapidement apparu bancale, le type même de la fausse bonne idée. Ici, le mélange des deux édulcore et affaiblit les deux thèmes. Et surtout la narration est très saccadée, hachée, et l’intrigue ne m’a pas trop intéressé. On passe d’un personnage à l’autre, sans que rien ne soit clair ou précisé. Je ne sais pas si ça vient du roman (que je ne connais pas) ou de l’adaptation, mais ça m‘a laissé de côté. Une lecture décevante en tout cas.
L'Amourante
3.5 J'ai emprunté cet album sans rien savoir du scénario, tout ce que je savais sur cette série est qu'elle avait reçu d'excellentes notes sur ce site. J'avoue que j'avais un peu peur au début parce que la couverture ne donne vraiment pas envie de lire la BD et je pensais tomber sur un roman graphique qui parlerait de peine d'amour ou un autre truc cliché comme ça. J'ai été agréablement surpris de voir que c'était en fait un récit fantastique, l'héroïne étant immortelle tant que quelqu'un est amoureuse d'elle, mais évidement l'immortalité a ses désavantages. Le concept est bien développé et maitrisé par l'auteur qui en profite pour traiter de plusieurs thèmes souvent d'actualité. Le récit est agréable à suivre pendant un moment. J'ai quand même fini par me lasser un peu du récit qui, après qu'on montre les mésaventures de l'héroïne avec un homme obsédé par elle, me semblait tourner en rond (en gros, l'héroïne continue d'utiliser les hommes pour continuer à être immortelle) même lorsque l'auteur ajoute une petite surprise au cours d'une des aventures amoureuses du personnage principal. Heureusement, le dénouement et la fin sont très bien réussis et cela a fait remonter mon intérêt pour l'histoire. Alors voilà il y a des longueurs et le dessin lui-même est pas génial, mais cela reste malgré tout globalement un bon album avec un concept intéressant.
Why don't you love me?
J’arrondis aux trois étoiles, parce que la seconde moitié de l’album est quand même plus engageante, et que j’aime bien ce format à l’italienne (et le travail éditorial d’Atrabile). Mais je pense que cet album n’est pas vraiment ma came. Le gros premier tiers est même ennuyeux par endroit, avec une atmosphère étouffante, dans une famille un peu – beaucoup – dysfonctionnelle, une sorte de malaise/enfer familial. Quelques dialogues ou situations amusantes permettent de passer outre une certaine répétition, mais ce gros début m’a un peu soulé au bout d’un moment (et le dessin, un peu minimaliste mais lisible, n’est pas non plus ma tasse de thé). La suite est un peu plus intéressante. On n’est plus sur le couple en crise et leurs enfants, d’autres personnages entrent en scène, on est moins souvent dans le huis-clos du logement de notre quatuor, ce qui aère le récit, et m’ont permis de finir ce récit avec un peu moins de réticences. Mais, clairement, cet album m’a beaucoup moins captivé que mes prédécesseurs.