Revenir au Tarzan de Foster n'est pas seulement une expérience de nostalgie ou d'archéologie. C'est pure justice et réparation historique. C'était le premier comic réaliste ou naturaliste et la première adaptation BD du Tarzan de E. R. Burroughs. Même sans lire les légendes, les aventures et les séquences se suivent facilement et les dessins possèdent charme et grande compétence artistique. Son influence continue de se faire sentir dans de nombreux comics jusqu'à aujourd'hui.
En 1928, l’illustrateur publicitaire Hal Foster est engagé pour transformer le roman d’Edgar Rice Burroughs Tarzan chez les singes en un comic de presse en noir et blanc de 60 épisodes. Au départ, aucun journal américain n’en veut, si bien qu’il est d’abord publié en Angleterre, où il remporte un grand succès. Quand la presse américaine change d’avis et demande davantage d’épisodes, Foster ne veut rien entendre. Ce n’est qu’en 1931 qu’il accepte d’illustrer un comic dominical en couleur et en pleine page, bien qu’il trouve ce travail très mal payé.
Pendant sept ans, Tarzan devient le premier comic d’aventure et un des strips dominicaux favoris de l’Amérique. Les journaux se plaignent de ses excès de violence (critique que Burroughs contre en arguant que le succès de Tarzan provient du “faible qu’a l’humanité pour les situations horribles et sanglantes”) et de nudité (dans ses notes, l’auteur du script demandait “une bonne dose de nudité féminine”), mais les lecteurs, eux, sont captivés par les aventures de Tarzan avec des Égyptiens de l’Antiquité, des gangsters modernes, des Vikings, des dinosaures, des primates tueurs et une cohorte de reines et de princesses aguicheuses, jusqu’à ce que Foster passe la main à Burne Hogarth, à la mi-1937.
En édition multilingue, dirigée par Dian Hanson, les pages sont reproduites à partir des journaux originaux, en préservant la couleur et la texture du procédé d’impression tramée Benday typique des comics vintage. Hal Foster’s Tarzan fait (re)vivre ces dimanches passés à plat-ventre sur le tapis du salon avec une BD, plongés dans un univers exotique et trépident.
Ce Wolfskin s'inscrit clairement dans une veine très proche de Conan le Barbare en un peu plus bourrin, avec ce guerrier solitaire qui erre sans but et dont les puissants veulent s'accaparer les services. On retrouve ce même archétype du combattant quasi mythique, à la fois force brute incontrôlable et pourtant étonnamment mesuré dans certains de ses choix, comme une version encore plus radicalisée du barbare classique.
Le récit en lui-même est assez basique, centré sur un affrontement entre factions et sur la manière dont ce guerrier est pris dans une dynamique qui le dépasse. Il y a quelques éléments intéressants, notamment dans la culture des Noi (inspirée d'un imaginaire asiatique) et dans l'opposition entre cette vision du monde plus spirituelle et organique et celle, beaucoup plus matérialiste et politique, des peuples nordiques auxquels appartient le héros, ou encore dans les dialogues de ce dernier avec son dieu quand il vient à le rencontrer dans une circonstance spéciale. Cela apporte un léger relief thématique, sans toutefois suffire à réellement enrichir un scénario qui reste globalement trop simple.
Graphiquement, le dessin de Juan José Ryp est d'une bonne richesse, presque obsessionnelle dans le détail, ce qui donne une certaine puissance aux planches, qui n'est pas sans me rappeler le style de Geof Darrow. Mais cette maîtrise bascule trop souvent dans l'excès, en particulier dans les scènes de combat où le gore devient trop démonstratif : membres arrachés, explosions de tripes sanguinolentes, violence frontale poussée à l'extrême. À cela s'ajoute un aspect presque caricatural dans le rendu anatomique, avec le corps du héros hypertrophié, les muscles striés de veines saillantes à l'excès, jusqu'à une hypersexualisation du personnage quand il exhibe son anatomie épilée de façon assez gratuite.
L'ensemble donne une œuvre très typée, assumant pleinement son côté bourrin et excessif, mais qui finit par fatiguer par son absence de nuance. Entre un scénario trop simple pour vraiment captiver et un traitement graphique qui pousse la violence et l'exagération un peu trop loin pour ne pas friser le ridicule, je ne vois pas trop ce que cette série apporte de nouveau au genre.
Cette adaptation de Bilbo le Hobbit a clairement pris un coup de vieux, autant dans sa narration que dans son approche très illustrative de la BD. Le récit est souvent beaucoup trop verbeux, avec d'immenses pavés de texte qui ralentissent énormément le rythme et donnent parfois davantage l'impression d'un livre illustré qu'une véritable bande dessinée. Certaines séquences paraissent interminables, et l'ensemble manque souvent de souffle ou de dynamisme, surtout aujourd'hui après toutes les adaptations plus modernes de l'univers de Tolkien.
Le dessin de David Wenzel paraît daté, parfois figé, mais il dégage quelque chose de très britannique et très "jeunesse illustrée" qui m'a rappelé certains livres pour enfants que je lisais quand j'étais jeune en Angleterre (en séjours linguistiques). Les couleurs pastel, les visages expressifs, les paysages presque féériques et cette ambiance un peu naïve donnent au voyage de Bilbo une tonalité rêveuse qui colle bien à l'esprit du roman d'origine. Tout n'est pas réussi pour autant : certains designs de personnages ont vieilli, les nains manquent parfois de personnalité visuelle, et plusieurs passages auraient gagné à être raccourcis ou mieux rythmés.
Pourtant, malgré tous ces défauts, je n'arrive pas à être réellement sévère avec cette version. Déjà parce que j'ai une vraie tendresse pour cette histoire de Tolkien, avec ce mélange d'aventure, de merveilleux et de douceur. Mais aussi parce que cette adaptation possède un charme très particulier que j'ai plutôt apprécié. Évidemment, la fidélité assez stricte au texte de Tolkien a aussi son revers : la BD croule sous les descriptions et les cartouches narratifs, au point que certaines pages deviennent franchement lourdes à lire. Mais paradoxalement, c'est aussi ce qui lui donne ce côté ancien livre illustré que je trouve assez réconfortant.
C'est pourquoi, malgré ces longueurs, ce côté trop verbeux et ce classicisme très marqué, j'éprouve trop de tendresse pour cette adaptation pour lui mettre une moins bonne note.
Après lecture des deux tomes parus, je reste sur un ressenti mitigé.
En fait, au vu des premières pages, je m’attendais à quelque chose de plus drôle. Car il y a de bonnes idées, quelques dialogues, gags, situations qui font mouche, et qui permettent, grâce à certains décalages, anachronismes, de suivre plaisamment les aventures de ces « agents secrets » moyenâgeux.
Mais dans l’ensemble c’est inégal – au niveau de l’humour et du rythme – et peine à entretenir sur la durée ce que j’avais entrevu au début. Du loufoque parfois pas forcément drôle et quelques longueurs, c’est dommage.
Ça reste lisible, pas désagréable, mais ça me laisse avec l’impression d’un potentiel pas exploité au maximum. Sympathique, un peu frustrant.
Une aventure d'heroic fantasy maritime tournée autour d'un ancien secret occultiste, celui de l'Alkaest, une mystérieuse pierre légendaire liée à une confrérie disparue.
Ce premier tome d'une des innombrables séries abandonnées de Soleil ne fait qu'introduire son propos. L'ensemble n'est pas désagréable à lire, mais il souffre d'un fort sentiment de déjà-vu quand on a déjà Les Ailes du Phaéton ou Les Feux d'Askell qui étaient parues peu avant. On retrouve beaucoup d'éléments clichés du genre (secrets anciens, pirates, contrebandiers et magie oubliée) sans ajouter d'idée marquante qui permette à la série de se démarquer.
Graphiquement, le résultat est honnête mais il manque d'originalité tant il est typique des productions fantasy de l'époque. Les décors et les couleurs fonctionnent correctement, même si certains designs de personnages paraissent rigides ou datés.
Le scénario reste simple et prévisible, avec des personnages qui manquent de relief, même si certaines relations, comme celle autour du père absent et de ses enfants, apportent un minimum d'intérêt. Quelques figures secondaires, comme le Binapien et sa manière de parler, ajoutent aussi un peu de personnalité à l'ensemble. Mais son principal problème vient du fait que ce premier tome donne constamment l'impression que l'histoire pourrait décoller plus tard... sans y parvenir ici. Même le fameux "commandement d'Enarsölt" annoncé dans le titre reste flou et presque absent du récit, ce qui laisse une sensation frustrante une fois l'album terminé quand on sait qu'il n'y aura jamais de suite.
Je n'ai pas trouvé cette BD catastrophique, mais bien trop générique dans son genre et sans intérêt puisqu'abandonnée avant même de réellement commencer.
C’est typiquement le genre de BD que j’ai tendance à apprécier un peu plus que ce qu’elle “vaut objectivement” tant elle coche beaucoup de cases qui me plaisent : le côté Robin des Bois, le crime romancé, la critique sociale et surtout le vrai fond philosophique derrière le personnage. Mais même en essayant de prendre du recul, ça reste une très bonne lecture. Le scénario est cohérent de bout en bout et développe intelligemment la figure d’Alexandre Jacob sans tomber dans l’héroïsation totale. On comprend progressivement sa logique, ses convictions et son rapport à la société de l’époque.
La BD réussit aussi très bien à rendre son contexte humain crédible. On développe de la compassion pour son entourage et une vraie sensibilité aux injustices sociales et judiciaires de l’époque. Le fait que l’histoire soit inspirée d’un personnage réel apporte énormément de poids au récit et renforce l’intérêt global. On découvre une personnalité fascinante avec un parcours de vie franchement passionnant.
Graphiquement, c’est également très solide. Le dessin est dynamique, moderne dans la mise en scène, mais conserve une vraie cohérence avec la période historique. Les personnages sont expressifs, les ambiances fonctionnent bien et l’ensemble donne une lecture très fluide. Ce n’est peut-être pas une BD révolutionnaire dans sa structure, mais c’est une œuvre intelligente, bien racontée et portée par un personnage extrêmement fort.
N’ayant pas lu le roman auparavant, j’ai surtout découvert ici une œuvre de guerre très sombre, volontairement dérangeante et parfois assez insaisissable. On ne sait pas toujours exactement où le scénario veut nous emmener, mais c’est probablement aussi ce qui fait une partie de sa force. Le récit laisse souvent songeur et propose une vision particulièrement froide, dure et parfois gratuite de l’humain en temps de guerre.
Le scénario fonctionne davantage par tableaux successifs que par véritable fil rouge parfaitement structuré. Certaines scènes semblent presque divaguer autour du thème de la guerre et de la déchéance humaine plutôt que construire un récit totalement maîtrisé. Cela crée parfois quelques incohérences ou une impression de flottement narratif, même si cela participe aussi au malaise général recherché.
Graphiquement, le travail de Yslaire colle parfaitement au propos. Le dessin est cru, rugueux et très terne, avec quelques touches de couleurs bien utilisées pour donner de la profondeur et renforcer l’atmosphère glaciale du récit. Les visages sont expressifs, légèrement caricaturaux sans excès, et les faciès des personnages correspondent très bien à cet univers moralement sale et étouffant.
L’Âge d’or est une œuvre assez atypique, à mi-chemin entre le conte médiéval, la fable politique et la critique sociale. Le récit mélange aventure, réflexion philosophique et chronique des petites gens avec beaucoup de finesse. Certaines mécaniques restent un peu téléphonées et quelques zones paraissent volontairement floues ou incomplètement expliquées, mais l’ensemble reste extrêmement cohérent dans son intention et surtout porté par une vraie profondeur de lecture. Derrière le voyage et les luttes de pouvoir, la BD développe des thèmes assez riches autour de la liberté, des rapports de classe, de l’utopie et du pouvoir, sans tomber dans le discours lourd ou moralisateur.
Le scénario fonctionne aussi grâce à des personnages particulièrement bien écrits. Leur évolution est progressive et crédible, avec une vraie utilité narrative pour chacun d’eux. Il y a beaucoup de nuances dans les dialogues, du sarcasme, de l’humour et des réflexions parfois très pertinentes sur le fonctionnement du monde et des rapports humains. Le récit sait alterner moments intimistes, réflexion politique et passages plus épiques sans perdre son identité.
Mais la vraie claque reste probablement la partie graphique ; une esthétique de conte complètement survitaminée, avec quelque chose de très vivant, chaleureux et en même temps profondément sombre. L’utilisation des couleurs comme vecteur d’émotion et d’ambiance est particulièrement réussie et donne énormément de personnalité à l’ensemble. Certaines planches dégagent une vraie puissance visuelle sans jamais donner l’impression d’être purement démonstratives.
Delcourt développe sa collection des « reines de sang » et trouve tout naturellement dans les premiers temps de l’Empire romain des personnalités à même de l’intégrer. Sont d’ailleurs publiées quasiment en même temps trois séries, sur trois femmes contemporaines, Poppée, Agrippine, et donc cette Messaline (toutes ces séries ayant au scénario Luca Blengino).
Et d’ailleurs Agrippine apparait très souvent dans cet album – et joue un rôle central dans la chute de Messaline.
Si Messaline n’a été que peu longtemps au sommet de l’État – à partir du moment où son mari Claude devient empereur, elle appartient aux cercles du pouvoir, via sa famille, dès son plus jeune âge, et elle a été la maîtresse de Caligula.
Si Blengino nous la présente au départ pas mal ballottée par les événements, rapidement elle prend de l’assurance et, pour mieux contrôler le pouvoir qu’elle possède – même par procuration – et satisfaire ses besoins – sexuels par exemple – elle va plonger dans une surenchère d’assassinat, ce qui justifie sa présence dans la collection.
La biographie est bouclée en un tome (3 seront consacrés à Agrippine), ce qui montre le passage éphémère au sommet de l’État. L’album se laisse lire, plutôt agréablement, et le personnage de Messaline reste ambivalent. Presque attachant même, malgré le sang qu’elle a sur les mains.
La fin de l’album sert presque d’introduction à la série sur Agrippine…
Dessin et colorisation font honnêtement le travail, le rendu est suffisamment précis et agréable pour bien accompagner cette plongée dans les turpitudes du 1er siècle, durant lequel les empereurs se succèdent très rapidement – les impératrices aussi donc…
Gung Ho fait partie de ces séries post-apocalyptiques qui reprennent des codes très classiques du genre mais avec suffisamment de maîtrise pour rester vraiment prenantes. On est clairement dans une œuvre orientée ado/jeune adulte, mais qui ne tombe ni dans le survivalisme caricatural ni dans une version trop édulcorée de l’apocalypse. L’univers reste brutal et dangereux, mais la violence paraît cohérente avec le contexte et rarement gratuite. Le ton est cru sans chercher en permanence la surenchère.
Le vrai point fort de la série reste surtout ses personnages et leurs relations. Les tensions humaines, les rivalités, les rapports de groupe et les émotions sont bien travaillés et donnent beaucoup de crédibilité à l’ensemble. La petite dimension romantique fonctionne bien et apporte une respiration bienvenue dans un univers assez oppressant. Le scénario reste solide sur toute la lecture avec un bon rythme, des rebondissements réguliers et une évolution des personnages qui donne envie d’enchaîner les tomes sans difficulté.
Visuellement, la série est également très réussie. Le dessin semi-réaliste et très dynamique renforce énormément l’immersion. Les couleurs et l’ambiance générale participent vraiment au sentiment de danger permanent tout en gardant une identité visuelle forte.
Ce n’est peut-être pas la série la plus originale du genre, mais c’est une œuvre très efficace, maîtrisée et particulièrement agréable à lire pour les amateurs de récits post-apo orientés personnages.
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Hal Foster’s Tarzan - The Complete Sunday Comics 1931–1937
Revenir au Tarzan de Foster n'est pas seulement une expérience de nostalgie ou d'archéologie. C'est pure justice et réparation historique. C'était le premier comic réaliste ou naturaliste et la première adaptation BD du Tarzan de E. R. Burroughs. Même sans lire les légendes, les aventures et les séquences se suivent facilement et les dessins possèdent charme et grande compétence artistique. Son influence continue de se faire sentir dans de nombreux comics jusqu'à aujourd'hui. En 1928, l’illustrateur publicitaire Hal Foster est engagé pour transformer le roman d’Edgar Rice Burroughs Tarzan chez les singes en un comic de presse en noir et blanc de 60 épisodes. Au départ, aucun journal américain n’en veut, si bien qu’il est d’abord publié en Angleterre, où il remporte un grand succès. Quand la presse américaine change d’avis et demande davantage d’épisodes, Foster ne veut rien entendre. Ce n’est qu’en 1931 qu’il accepte d’illustrer un comic dominical en couleur et en pleine page, bien qu’il trouve ce travail très mal payé. Pendant sept ans, Tarzan devient le premier comic d’aventure et un des strips dominicaux favoris de l’Amérique. Les journaux se plaignent de ses excès de violence (critique que Burroughs contre en arguant que le succès de Tarzan provient du “faible qu’a l’humanité pour les situations horribles et sanglantes”) et de nudité (dans ses notes, l’auteur du script demandait “une bonne dose de nudité féminine”), mais les lecteurs, eux, sont captivés par les aventures de Tarzan avec des Égyptiens de l’Antiquité, des gangsters modernes, des Vikings, des dinosaures, des primates tueurs et une cohorte de reines et de princesses aguicheuses, jusqu’à ce que Foster passe la main à Burne Hogarth, à la mi-1937. En édition multilingue, dirigée par Dian Hanson, les pages sont reproduites à partir des journaux originaux, en préservant la couleur et la texture du procédé d’impression tramée Benday typique des comics vintage. Hal Foster’s Tarzan fait (re)vivre ces dimanches passés à plat-ventre sur le tapis du salon avec une BD, plongés dans un univers exotique et trépident.
Wolfskin
Ce Wolfskin s'inscrit clairement dans une veine très proche de Conan le Barbare en un peu plus bourrin, avec ce guerrier solitaire qui erre sans but et dont les puissants veulent s'accaparer les services. On retrouve ce même archétype du combattant quasi mythique, à la fois force brute incontrôlable et pourtant étonnamment mesuré dans certains de ses choix, comme une version encore plus radicalisée du barbare classique. Le récit en lui-même est assez basique, centré sur un affrontement entre factions et sur la manière dont ce guerrier est pris dans une dynamique qui le dépasse. Il y a quelques éléments intéressants, notamment dans la culture des Noi (inspirée d'un imaginaire asiatique) et dans l'opposition entre cette vision du monde plus spirituelle et organique et celle, beaucoup plus matérialiste et politique, des peuples nordiques auxquels appartient le héros, ou encore dans les dialogues de ce dernier avec son dieu quand il vient à le rencontrer dans une circonstance spéciale. Cela apporte un léger relief thématique, sans toutefois suffire à réellement enrichir un scénario qui reste globalement trop simple. Graphiquement, le dessin de Juan José Ryp est d'une bonne richesse, presque obsessionnelle dans le détail, ce qui donne une certaine puissance aux planches, qui n'est pas sans me rappeler le style de Geof Darrow. Mais cette maîtrise bascule trop souvent dans l'excès, en particulier dans les scènes de combat où le gore devient trop démonstratif : membres arrachés, explosions de tripes sanguinolentes, violence frontale poussée à l'extrême. À cela s'ajoute un aspect presque caricatural dans le rendu anatomique, avec le corps du héros hypertrophié, les muscles striés de veines saillantes à l'excès, jusqu'à une hypersexualisation du personnage quand il exhibe son anatomie épilée de façon assez gratuite. L'ensemble donne une œuvre très typée, assumant pleinement son côté bourrin et excessif, mais qui finit par fatiguer par son absence de nuance. Entre un scénario trop simple pour vraiment captiver et un traitement graphique qui pousse la violence et l'exagération un peu trop loin pour ne pas friser le ridicule, je ne vois pas trop ce que cette série apporte de nouveau au genre.
Bilbo le Hobbit
Cette adaptation de Bilbo le Hobbit a clairement pris un coup de vieux, autant dans sa narration que dans son approche très illustrative de la BD. Le récit est souvent beaucoup trop verbeux, avec d'immenses pavés de texte qui ralentissent énormément le rythme et donnent parfois davantage l'impression d'un livre illustré qu'une véritable bande dessinée. Certaines séquences paraissent interminables, et l'ensemble manque souvent de souffle ou de dynamisme, surtout aujourd'hui après toutes les adaptations plus modernes de l'univers de Tolkien. Le dessin de David Wenzel paraît daté, parfois figé, mais il dégage quelque chose de très britannique et très "jeunesse illustrée" qui m'a rappelé certains livres pour enfants que je lisais quand j'étais jeune en Angleterre (en séjours linguistiques). Les couleurs pastel, les visages expressifs, les paysages presque féériques et cette ambiance un peu naïve donnent au voyage de Bilbo une tonalité rêveuse qui colle bien à l'esprit du roman d'origine. Tout n'est pas réussi pour autant : certains designs de personnages ont vieilli, les nains manquent parfois de personnalité visuelle, et plusieurs passages auraient gagné à être raccourcis ou mieux rythmés. Pourtant, malgré tous ces défauts, je n'arrive pas à être réellement sévère avec cette version. Déjà parce que j'ai une vraie tendresse pour cette histoire de Tolkien, avec ce mélange d'aventure, de merveilleux et de douceur. Mais aussi parce que cette adaptation possède un charme très particulier que j'ai plutôt apprécié. Évidemment, la fidélité assez stricte au texte de Tolkien a aussi son revers : la BD croule sous les descriptions et les cartouches narratifs, au point que certaines pages deviennent franchement lourdes à lire. Mais paradoxalement, c'est aussi ce qui lui donne ce côté ancien livre illustré que je trouve assez réconfortant. C'est pourquoi, malgré ces longueurs, ce côté trop verbeux et ce classicisme très marqué, j'éprouve trop de tendresse pour cette adaptation pour lui mettre une moins bonne note.
Les Mantes Religieuses
Après lecture des deux tomes parus, je reste sur un ressenti mitigé. En fait, au vu des premières pages, je m’attendais à quelque chose de plus drôle. Car il y a de bonnes idées, quelques dialogues, gags, situations qui font mouche, et qui permettent, grâce à certains décalages, anachronismes, de suivre plaisamment les aventures de ces « agents secrets » moyenâgeux. Mais dans l’ensemble c’est inégal – au niveau de l’humour et du rythme – et peine à entretenir sur la durée ce que j’avais entrevu au début. Du loufoque parfois pas forcément drôle et quelques longueurs, c’est dommage. Ça reste lisible, pas désagréable, mais ça me laisse avec l’impression d’un potentiel pas exploité au maximum. Sympathique, un peu frustrant.
L'Alkaest
Une aventure d'heroic fantasy maritime tournée autour d'un ancien secret occultiste, celui de l'Alkaest, une mystérieuse pierre légendaire liée à une confrérie disparue. Ce premier tome d'une des innombrables séries abandonnées de Soleil ne fait qu'introduire son propos. L'ensemble n'est pas désagréable à lire, mais il souffre d'un fort sentiment de déjà-vu quand on a déjà Les Ailes du Phaéton ou Les Feux d'Askell qui étaient parues peu avant. On retrouve beaucoup d'éléments clichés du genre (secrets anciens, pirates, contrebandiers et magie oubliée) sans ajouter d'idée marquante qui permette à la série de se démarquer. Graphiquement, le résultat est honnête mais il manque d'originalité tant il est typique des productions fantasy de l'époque. Les décors et les couleurs fonctionnent correctement, même si certains designs de personnages paraissent rigides ou datés. Le scénario reste simple et prévisible, avec des personnages qui manquent de relief, même si certaines relations, comme celle autour du père absent et de ses enfants, apportent un minimum d'intérêt. Quelques figures secondaires, comme le Binapien et sa manière de parler, ajoutent aussi un peu de personnalité à l'ensemble. Mais son principal problème vient du fait que ce premier tome donne constamment l'impression que l'histoire pourrait décoller plus tard... sans y parvenir ici. Même le fameux "commandement d'Enarsölt" annoncé dans le titre reste flou et presque absent du récit, ce qui laisse une sensation frustrante une fois l'album terminé quand on sait qu'il n'y aura jamais de suite. Je n'ai pas trouvé cette BD catastrophique, mais bien trop générique dans son genre et sans intérêt puisqu'abandonnée avant même de réellement commencer.
Le Travailleur de la nuit
C’est typiquement le genre de BD que j’ai tendance à apprécier un peu plus que ce qu’elle “vaut objectivement” tant elle coche beaucoup de cases qui me plaisent : le côté Robin des Bois, le crime romancé, la critique sociale et surtout le vrai fond philosophique derrière le personnage. Mais même en essayant de prendre du recul, ça reste une très bonne lecture. Le scénario est cohérent de bout en bout et développe intelligemment la figure d’Alexandre Jacob sans tomber dans l’héroïsation totale. On comprend progressivement sa logique, ses convictions et son rapport à la société de l’époque. La BD réussit aussi très bien à rendre son contexte humain crédible. On développe de la compassion pour son entourage et une vraie sensibilité aux injustices sociales et judiciaires de l’époque. Le fait que l’histoire soit inspirée d’un personnage réel apporte énormément de poids au récit et renforce l’intérêt global. On découvre une personnalité fascinante avec un parcours de vie franchement passionnant. Graphiquement, c’est également très solide. Le dessin est dynamique, moderne dans la mise en scène, mais conserve une vraie cohérence avec la période historique. Les personnages sont expressifs, les ambiances fonctionnent bien et l’ensemble donne une lecture très fluide. Ce n’est peut-être pas une BD révolutionnaire dans sa structure, mais c’est une œuvre intelligente, bien racontée et portée par un personnage extrêmement fort.
La Neige était sale
N’ayant pas lu le roman auparavant, j’ai surtout découvert ici une œuvre de guerre très sombre, volontairement dérangeante et parfois assez insaisissable. On ne sait pas toujours exactement où le scénario veut nous emmener, mais c’est probablement aussi ce qui fait une partie de sa force. Le récit laisse souvent songeur et propose une vision particulièrement froide, dure et parfois gratuite de l’humain en temps de guerre. Le scénario fonctionne davantage par tableaux successifs que par véritable fil rouge parfaitement structuré. Certaines scènes semblent presque divaguer autour du thème de la guerre et de la déchéance humaine plutôt que construire un récit totalement maîtrisé. Cela crée parfois quelques incohérences ou une impression de flottement narratif, même si cela participe aussi au malaise général recherché. Graphiquement, le travail de Yslaire colle parfaitement au propos. Le dessin est cru, rugueux et très terne, avec quelques touches de couleurs bien utilisées pour donner de la profondeur et renforcer l’atmosphère glaciale du récit. Les visages sont expressifs, légèrement caricaturaux sans excès, et les faciès des personnages correspondent très bien à cet univers moralement sale et étouffant.
L'Âge d'or
L’Âge d’or est une œuvre assez atypique, à mi-chemin entre le conte médiéval, la fable politique et la critique sociale. Le récit mélange aventure, réflexion philosophique et chronique des petites gens avec beaucoup de finesse. Certaines mécaniques restent un peu téléphonées et quelques zones paraissent volontairement floues ou incomplètement expliquées, mais l’ensemble reste extrêmement cohérent dans son intention et surtout porté par une vraie profondeur de lecture. Derrière le voyage et les luttes de pouvoir, la BD développe des thèmes assez riches autour de la liberté, des rapports de classe, de l’utopie et du pouvoir, sans tomber dans le discours lourd ou moralisateur. Le scénario fonctionne aussi grâce à des personnages particulièrement bien écrits. Leur évolution est progressive et crédible, avec une vraie utilité narrative pour chacun d’eux. Il y a beaucoup de nuances dans les dialogues, du sarcasme, de l’humour et des réflexions parfois très pertinentes sur le fonctionnement du monde et des rapports humains. Le récit sait alterner moments intimistes, réflexion politique et passages plus épiques sans perdre son identité. Mais la vraie claque reste probablement la partie graphique ; une esthétique de conte complètement survitaminée, avec quelque chose de très vivant, chaleureux et en même temps profondément sombre. L’utilisation des couleurs comme vecteur d’émotion et d’ambiance est particulièrement réussie et donne énormément de personnalité à l’ensemble. Certaines planches dégagent une vraie puissance visuelle sans jamais donner l’impression d’être purement démonstratives.
Messaline - La Déesse aux miroirs
Delcourt développe sa collection des « reines de sang » et trouve tout naturellement dans les premiers temps de l’Empire romain des personnalités à même de l’intégrer. Sont d’ailleurs publiées quasiment en même temps trois séries, sur trois femmes contemporaines, Poppée, Agrippine, et donc cette Messaline (toutes ces séries ayant au scénario Luca Blengino). Et d’ailleurs Agrippine apparait très souvent dans cet album – et joue un rôle central dans la chute de Messaline. Si Messaline n’a été que peu longtemps au sommet de l’État – à partir du moment où son mari Claude devient empereur, elle appartient aux cercles du pouvoir, via sa famille, dès son plus jeune âge, et elle a été la maîtresse de Caligula. Si Blengino nous la présente au départ pas mal ballottée par les événements, rapidement elle prend de l’assurance et, pour mieux contrôler le pouvoir qu’elle possède – même par procuration – et satisfaire ses besoins – sexuels par exemple – elle va plonger dans une surenchère d’assassinat, ce qui justifie sa présence dans la collection. La biographie est bouclée en un tome (3 seront consacrés à Agrippine), ce qui montre le passage éphémère au sommet de l’État. L’album se laisse lire, plutôt agréablement, et le personnage de Messaline reste ambivalent. Presque attachant même, malgré le sang qu’elle a sur les mains. La fin de l’album sert presque d’introduction à la série sur Agrippine… Dessin et colorisation font honnêtement le travail, le rendu est suffisamment précis et agréable pour bien accompagner cette plongée dans les turpitudes du 1er siècle, durant lequel les empereurs se succèdent très rapidement – les impératrices aussi donc…
Gung Ho
Gung Ho fait partie de ces séries post-apocalyptiques qui reprennent des codes très classiques du genre mais avec suffisamment de maîtrise pour rester vraiment prenantes. On est clairement dans une œuvre orientée ado/jeune adulte, mais qui ne tombe ni dans le survivalisme caricatural ni dans une version trop édulcorée de l’apocalypse. L’univers reste brutal et dangereux, mais la violence paraît cohérente avec le contexte et rarement gratuite. Le ton est cru sans chercher en permanence la surenchère. Le vrai point fort de la série reste surtout ses personnages et leurs relations. Les tensions humaines, les rivalités, les rapports de groupe et les émotions sont bien travaillés et donnent beaucoup de crédibilité à l’ensemble. La petite dimension romantique fonctionne bien et apporte une respiration bienvenue dans un univers assez oppressant. Le scénario reste solide sur toute la lecture avec un bon rythme, des rebondissements réguliers et une évolution des personnages qui donne envie d’enchaîner les tomes sans difficulté. Visuellement, la série est également très réussie. Le dessin semi-réaliste et très dynamique renforce énormément l’immersion. Les couleurs et l’ambiance générale participent vraiment au sentiment de danger permanent tout en gardant une identité visuelle forte. Ce n’est peut-être pas la série la plus originale du genre, mais c’est une œuvre très efficace, maîtrisée et particulièrement agréable à lire pour les amateurs de récits post-apo orientés personnages.