Dans un village enneigé d'inspiration médiévale, le jeune Pieter brave les interdits en recueillant une étrange créature capable de donner forme à ses rêves, au risque de déclencher un danger plus grand que prévu.
J'aime beaucoup le travail graphique d'Olivier Supiot, et c'est clairement la grande force de cet album. Son dessin m'accroche immédiatement, avec un vrai plaisir dans la mise en couleur, des teintes chaudes qui contrastent avec les paysages d'hiver, et une matière presque palpable dans les textures. J'ai aussi beaucoup apprécié les nombreux clins d'œil aux peintures de Pieter Brueghel l'Ancien : les scènes de village, les foules, les compositions… jusqu'au prénom du héros, dont je suppose que ce n'est pas un hasard. L'hommage est évident et vraiment réussi, au point de donner envie de s'attarder sur chaque planche.
Du côté du récit, on est sur un conte assez classique dans sa structure, avec une morale sur l'enfance, l'interdit et la désobéissance. L'histoire se lit facilement, avec quelques idées intéressantes et un déroulé qui fonctionne plutôt bien pour un jeune public. J'ai aussi apprécié que la figure du père ne soit pas caricaturale : il y a chez lui une forme de bon sens et de protection qui évite le cliché de l'adulte autoritaire et borné.
Cela dit, j'ai quand même ressenti une certaine frustration. D'abord parce que l'ensemble se lit bien vite, ce qui laisse peu de place au développement. Ensuite parce que certains éléments restent assez flous, en particulier autour des lokkens eux-mêmes : leur nature, ce qu'ils représentent vraiment, ce qu'ils font aux hommes, rien n'est jamais vraiment clarifié. Du coup, le message du conte m'a semblé un peu en retrait, me laissant assez circonspect.
Ça reste une lecture agréable, portée par un chouette graphisme et une ambiance de conte bien installée, mais avec un fond qui m'a laissé un peu plus perplexe que convaincu.
Sombre conspiration vietnamienne, espionnage industriel, affrontement idéologique est-ouest... il n'y a vraiment pas d'histoire ici, tout est farfelu.
Daniel Torres s'amuse avec les clichés et les utilise comme prétexte pour une démonstration de son style atome. Tout est dans l'esthétisme du design : voiture de rêve, architecture moderniste, personnages stéréotypés et fortement marqués par les années 50 américaines. Comble du sarcasme: au final, les « jaunes » sont prêts a gagner les 24 heures !
Une des bd qui m'a la plus titillé (à la Nicky Larson) et le plus dégouté par la fin et la mort du personnage principal. Celui qui était le plus attachant, l'auteur s'est vraiment tire une balle dans le pied alors que cette série aurait pu connaître de belles suites
Il m'a fallu un temps immense pour me décider ou non à émettre mon opinion sur le retour de Gaston sous la plume de Delaf. Au delà de l'aspect polémique de son retour, cette BD a été une succession de réflexions avant de l'avoir ouverte puis après l'avoir refermée. C'est en voyant l'annonce d'un nouveau Gaston dans les starting blocks que je me suis décidée à donner mon avis. Et il y a beaucoup de choses à dire.
La patte de Delaf, son trait "élastique" et rond pourtant aux antipodes de Franquin parvient à faire illusion sur plusieurs planches et il faut l'avouer, c'est un exercice de style difficile. Même si on retrouve parfois cette morphologie caoutchouteuse, proche du cartoon dans certaines expressions et postures, on sent la profonde envie de coller au mieux au style graphique rugueux et organique de Franquin. Comme dit précédemment, l'exercice est difficile, mais sur ce niveau c’est réussi ! Et ce n'est pas un scoop, c'est le premier point ressorti par la plupart des critiques, et à raison.
Pourtant un petit quelque chose cloche.
Mais continuons. On retrouve nombre de personnages iconiques. A la façon d'une immense fresque destinée aux fans de Gaston, Delaf arrose de références, de visages connus, ressuscitant même un Raoul Cauvin croisé au détour de quelques rares planches dans l’œuvre de Franquin ! De quoi faire plaisir à voir des visages longtemps laissés aux cartons.
Encore un petit quelque chose qui cloche... mais quoi ? Pour les gags, c'est là que ça commence à coincer. En vérité, ce sont des détails mais qui sautent aux yeux quand on y fait attention il y a quelque chose sur lequel il est difficile de mettre le doigt. Ce n'est pourtant pas la première reprise chez Dupuis d'un héros culte. Mais là c’est différent.
Alors parlons-en.
Spriou (que Franquin a popularisé grâce à sa reprise) a été re-repris par d'autres auteurs, et cela s'est fait sans trop de douleurs. À vrai dire, le petit groom était suffisamment malléable pour s'insinuer partout et être accordé à toutes les sauces, de l'exploration à l'aventure à l'uchronie, au drame ou à d'autres genres avec autant de styles, d'écritures et de réécriture différentes, une sorte de Spirou Cinématic Universe, existant dans de nombreux univers parallèles et diverses temporalités. Chaque album ayant ses forces et ses faiblesses, il ne devenait plus l'incarnation d'un auteur, mais permettait au contraire l'exploration d'un univers et d'une aventure où chacun pouvait faire jouer ses talents. Peut-être que le Gaston de Delaf a le "désavantage" de n'être que le premier exercice de ce style sur Gaston, mais un début de réponse se profile : Gaston est une œuvre profondément ancrée dans son temps et -pire- ancrée à son auteur.
Delaf a fait le choix conscient de laisser évoluer son Gaston dans un univers rétro, où rien n'a réellement changé dans la rédaction. Les années 70. Là où le Gaston de Franquin faisait irruption au milieu des pages de Spirou chaque semaine, provoquant moult catastrophes et retards, justifiant la mal-impression de certaines pages et autres impondérables, le Gaston de Delaf apparaît anachronique. Loin des thèmes chers à Franquin, de ses angoisses et de ses réflexions (discrètes chez Gaston, elles sont exacerbées dans les fameuses Idées Noires), le Gaston de Delaf est plat, et les personnages font la part belle à un sentiment que je n'ai pas vu dans les Gaston de Franquin : un profond cynisme et une forme de agressivité à la fois latente et passive. Cela se ressent dans certaines expressions, dans certains dialogues et c'est probablement là où j'ai le plus tiqué.
Malgré l'aspect gaffeur de Gaston et sa mauvaise foi évidente dans sa responsabilité, Gaston Lagaffe est un personnage profondément tendre, évoluant dans un univers inadapté pour lui (le travail), dans le rôle de celui qui va bousculer les codes, critiquer le militarisme, s’associer à GreenPeace ou à Amnesty. Et malgré sa présence presque parasite, personne n’a envie de le voir partir. On surprend Prunelle, Lebrac ou Fantasio sourire, ou rire franchement, apprécier sincèrement sa candeur et sa personnalité vive ou même apprécier ses inventions. Et ce malgré son manque évident d’implication. En vérité, ses gaffes ne font jamais mal bien longtemps car on finit par en rire en y repensant.
La présence d’un gaffeur dans un récit qui entretient la frontière avec l’autofiction permettait à Franquin des gags savoureux où en substance, la mouette allait indirectement traiter Dupuis d'abruti, où Gaston balançait des ventouses à la figure du patron, où son Gaffophone détruisait et re(rererere)détruisait la rédaction du journal... cet aspect profondément cathartique et critique presque méta n'avait pas de conséquences : c'est la faute de Gaston, et mieux ! Ça fait rire les lecteurs !
Plus encore : Gaston permettait la critique et la réflexion, sur l'écologie, les droits de l'homme, le respect animal et l’émergence d’une contre-culture auquel le personnage paraît sensible. On le voit entouré d’amis de la mouvance hippie, s’inspirer d’un yogi, tenter d’améliorer le monde à son échelle, des inspirations clairement en phase avec les problématiques de son époque. Même si ça rate, on aime voir Gaston au moins essayer, parce qu'on sent sa bonne volonté. On se dit “dans l’idée, c’était bien trouvé”. Au fond, si c’est raté, ça ne l’est jamais de grand chose. Il est facile de remarquer qu’il invente avec les meilleures intentions du monde (son invention va faciliter la vie au bureau, va permettre d'être plus rapide, etc.) et lorsque ça rate, il en est le premier surpris.
Ce qui rend Gaston heureux, c’est être utile. Et utile, au travail, d’un point de vue strict, évidemment qu’il ne l’est pas : il aspire à d’autres ambitions. Gaston c'est un ado rêveur et créatif qu'un stage en entreprise ne parvient pas à recadrer, un moment de détente dans un monde angoissé en pleine mutation, une bouffée d’air frais dans un univers carré et étouffant, tout comme Franquin n’a jamais pu vraiment cesser de dessiner, Gaston ne cesse jamais d’inventer.
Le Gaston de Delaf s’inscrit dans l’univers plutôt “Nombrilesque” de son auteur. Mais la crème tranche. Déjà pour ce qui est de la période choisie, Gaston vit dans un univers où l’auteur vit dans son avenir. Loin de pouvoir proposer une réflexion sur des sujets de la société actuelle, de proposer des inventions irréalistes dignes des meilleurs bricoleurs du concours Lépine, Delaf propose plutôt des gags référencés qui prennent sens dans notre actualité (Spider-man, le vélo électrique...) qui amène parfois le lecteur à regretter des chutes un peu convenues. Je pense notamment au gag sur le littéral téléphone-mobile qui termine par un navrant “Aïe-phone”. Il n’est plus question de pouvoir se dire “certes l’exécution pêche, mais sur le fond ce n’est pas une mauvaise idée”. L’invention existe déjà.
Autre extension de l’univers des Nombrils, un humour volontairement plus trash, parsemé de répliques qui touchent là où ça fait mal et qui ne manqueraient pas de charme dans les Nombrils, mais qui ne sied pas réellement à l’univers. Je pense à certaines répliques de Prunelle ou de Lebrac qui se montrent cassants, hautains, désagréables ou qui ont le “clash” facile avec des répliques du tac-au-tac. Pourquoi ça fonctionne à merveille dans les Nombrils ? Car on sent un profond désir de rendre des situations dramatiques et crues dans l’univers impitoyable d’adolescentes mal dans leur peau et qui cherchent à créer leur place, chercher ce qu’elles désirent vraiment dans un monde qui ne leur fait pas de cadeau.
L’univers de Gaston est mû par une grande légèreté parfois teintée de mélancolie mais certainement jamais d’une violence latente, et si c’est le cas, il est le premier à en être peiné. Le Gaston de Delaf se rapproche d’un Léonard Génie où ses collègues font offices de disciples malheureux, servant à la science à leurs dépends face à un Gaston dénué de toute empathie. Le Gaston de Franquin fait figure de clown blanc, de l’auguste, d’un personnage de slapstick à la Chaplin ou les héros bien que caractériels, incompétents et maladroits connaissent de grands moments de poésie et de douceur dans le mouvements, dans les répliques, dans les interactions, dans les dynamiques. La couverture du Gaston semble d’ailleurs résumer le décalage : là où les couvertures des Gaston de Franquin ne montrent aucun geste violent envers les collègues, la couverture du Gaston de Delaf se permet une porte en pleine face sur le nez du pauvre Prunelle.
Bref, exit les cases minimalistes, les ellipses, les gags où personne ne se fait mal ou ne souffre physiquement/psychiquement à cause de Gaston. A -quasi- chaque page semble résulter sa “chute” au sens physique et littéral, ce qui rend notre jeune utopiste plutôt détestable. On en vient à plaindre la rédaction de le garder dans ses bureaux. A contrario, Franquin se permettait des gags plus légers, absurdes, purement poétiques, des pages de calme ou sans réelle gaffe dans le sens physique du terme, justifiant d’ailleurs l’attachement des collègues de la rédaction pour ce garçon passionné et malgré tout extrêmement sympathique.
Le Gaston de Franquin m'a émue. Le Gaston de Delaf m'a agacée.
Pourtant, ce n'est pas faute de tenter de dépeindre un personnage bienveillant. Dans l'album de Delaf, on retrouve une planche avec un Gaston écolo dans l’âme et désireux de bien faire, militer contre la guerre, souhaiter le recyclage de son huile de moteur, aider ses amis, faisant contraste avec son attitude au travail. C’est un pas, mais trop peu pour comprendre que c’est son caractère qui est foncièrement bienveillant et non pas ses actions seules qui le sont.
Là où d’autres caractères sont plus lourds, plus sérieux, c’est sur la détresse des personnages. Ils consultent un psy, tombent dans l’alcool, la dépression ou les crises de larme de manière répétée, non pas par le biais de leurs propres défauts que Gaston met en évidence, mais bien à cause de lui. Le problème de Prunelle n’est pas son implication outrancière à faire un bon travail ou son stress face à tout impératif ou son manque de sang froid face aux imprévus. Non. Il le verbalise: son souci c’est Gaston.
Mademoiselle Jeanne n’est pas en reste en terme de détresse non plus ! En effet on retrouve une mademoiselle Jeanne qui a quitté sa candide attirance pour une attitude bien plus entreprenante, souhaitant clairement une relation concrète face à un Gaston stoïque à ses charmes, accusant clairement un retour en arrière dans leur relation. Même s’il est vrai que la relation entre Gaston et Jeanne n’est jamais explicitée et reste platonique (sauf en rêve, et encore !) elle semble dans le Gaston de Delaf n’être jamais allée au-delà d’une simple relation entre collègues et dans laquelle Gaston, visiblement grand ignorant des mystères amoureux, ne comprend aucun sous-entendus même les plus évidents.
De même, l’ami dessinateur n’est plus simplement rembarré parce que ses dessins ne plaisent pas au rédacteur en chef. Ses dessins sont physiquement douloureux à regarder, au point d’en faire saigner des yeux. Exit la possibilité d’un dessin plus underground ou au contraire très académique qui ne cadre pas avec ce que le journal veut, ce n’est plus une question de goûts, c’est un simple fait. Peut-être était-ce ma lecture de ce personnage qui faisait que je le ressentais ainsi, mais dans “Franquin créa La Gaffe” un passage parle précisément de ce personnage et m'a conforté dans mon ressenti : Franquin avait pour projet de gag de montrer une oeuvre qu’il a fait chez lui et inviter Gaston à constater son art par lui-même... il s’avérera que ce cher ami dessinateur avait peint chez lui une grande fresque digne d’un Michelangelo !
Pourquoi je m’étends ainsi sur les différences avec le Gaston de Franquin ? Car il semble que tout ait été fait dans cet album pour être une BD “à la Franquin”, les principaux points forts étant "regardez comme c'est ressemblant et que ça respecte le matériel d'origine". Aussi la démarche de s'éloigner de Franquin n'est plus le sujet, au contraire, le sujet est justement de coller au plus près de Franquin en tout et pour tout. Même si l'auteur en joue dans quelques planches (qu'on devine faites après les premières critiques qui ont émergées après l'annonce de l'album), le fait reste que l'album a été marketé et mis en avant pour cela. La démarche de Dupuis me semble donc ambigue.
D'autre part, même si Franquin n’a jamais posé son veto sur la reprise d’un Gaston, il semblait bien plus catégorique sur son style de dessin qualifié par lui même de “banal” et “ennuyeux”. La décision de recopier son style me paraît donc en opposition totale avec l’envie de Franquin de voir du sang neuf s’exprimer à travers son œuvre et c’est pourtant ce qui semblait motiver Dupuis pour proposer à Delaf de reprendre le flambeau. Avec une démarche proche d’un exercice de style, l’auteur n’a que peu de libertés créatives qui ne se remarquent que dans les attitudes non inspirées par un modèle. Pour les aficionados ou les plus attentifs, ces ruptures de style se remarquent et jurent un peu avec le reste. On en reste déçu de ne pas voir un Gaston plus “latex” et cartoon Nombrilesque, exploitant pleinement les talents de gestes, d’expressivité et de détails de Delaf sans devoir se conformer au plus près du maître Franquin qui avait une approche du geste et de la composition bien différente.
L’oeuvre est comme entre deux feux : l’ambition de rendre un hommage mais aussi celle de continuer l’oeuvre en changeant le moins possible, notamment son aspect graphique, cela peut-être (et j’ose espérer que non) pour que le public reçoive mieux la BD et qu’on ne parle pas d’une œuvre “dénaturée” par un changement de style trop brutal et pour caresser un peu les fans réticents dans le sens du poil.
Certes il a été maintes fois répété que Franquin n’avait jamais exprimé de "non" catégorique sur une potentielle suite à Lagaffe mais car cela semblait évident : la grande force de Lagaffe, c’était qu’il était le produit de son époque et de son auteur. De plus, ne pas dire "non" serait donc un gage de “oui” selon Dupuis ? La démarche pose question sur la gestion du monument de la BD qu’est Lagaffe et, par glissement, ce que chaque héros du plus multivisage comme Spirou au plus personnel comme Gaston représente réellement pour l’auteur, pour son public et pour sa maison d’édition.
Bref, la BD en elle-même prise seule hors de l’oeuvre globale n’a rien de scandaleuse. Delaf a sûrement repris la BD avec les meilleures intentions du monde ainsi qu'un profond respect pour Franquin et un amour immense pour Gaston, il n'en faut point douter. Mais pourquoi maintenant, après un deuil qu'on avait tous et toutes fini par accepter : celui de ne plus jamais revoir ce cher Gaston ?
Pour conclure, je ne puis que conseiller de lire ou relire le fabuleux “et Franquin créa Lagaffe” qui est une mine d’informations extraordinaire pour les fans de Gaston mais aussi un incroyable portrait de son créateur, tout en complexité, qui s'est bien souvent effacé derrière sa création.
Une série d'horreur imaginée par Garth Ennis et scénarisé par un autre. Malgré ce détail, on reconnait la patte d'Ennis avec des thèmes et des éléments scénaristiques qu'il a souvent utilisé dans sa carrière.
Le résultat est pas trop mal. Ça se laisse lire sans problème, mais aussi grande passionnant. Il faut dire que je ne suis pas particulièrement fan des films d'horreurs et cela semble être le lectorat visé par cette série. Un autre défaut est que même si la créature imaginé pour cette série est un peu original, les différents scénarios sont au final trop classique et un peu convenu (le meilleur exemple est ce qui arrive à tous ces types qui pensent pouvoir contrôler les créatures...je pense pas avoir en dire plus pour que vous vous faites une idée) pour être palpitant. Ajoutons aussi que le dessin est typique le style réaliste moderne des comics que je trouve fade et sans saveur, mais je comprends que ce style a des fans.
Au final, cela reste tout de même divertissant, mais je ne pense pas relire la série un jour.
Sans doute le chef d’œuvre de Georges Pichard.
L'Odyssée est un écrin parfait pour l'auteur. Jamais son trait n'aura mieux servi un univers aussi parfaitement adapté à son esthétique visuelle.
Pichard innove, étire les cases, libère les onomatopées, et produit un travail d'avant garde à l'époque de la bande dessinées à papa. Il invente des ambiances, dessine des monstres mythologiques et des déesses tentatrices qui nourrissent l'imaginaire, puisant son inspiration et ses références autant dans les sixties que dans la période médiévale.
Lob fait aussi un excellent travail. Retranscrire l’œuvre d’Homère en bande dessinée était un sacré défi pour un simple mortel ! Les aventures d'Ulysse sont captivantes et ludiques. La rigueur du texte antique est largement allégée afin de mieux fusionner avec l'anticonformisme visuel de Pichard.
Dans les très légers bémols, j'ai parfois eu l'impression que certaines planches originales étaient perdues, car la qualité d’impression est moindre sur certaines pages.
Un classique de la bande dessinée adulte qui n'a rien perdu de sa puissance d'évocation ni de sa superbe.
Yojimbot nous plonge dans un monde post-apocalyptique peuplé de robots, où l’on suit Hiro, un jeune garçon que plusieurs robots vont devoir protéger dans un environnement hostile. Un point de départ qui évoque forcément des récits de samouraïs solitaires, avec cette idée de protection, de transmission et de survie dans un monde en ruine.
Aux commandes, Sylvain Repos, à la fois scénariste et dessinateur, propose une œuvre cohérente, portée par une vraie vision. On sent rapidement où il veut nous emmener, les grandes lignes se dessinent assez vite à la lecture de la série, ce qui donne une direction claire… même si cela laisse parfois peu de surprises sur le fond.
L’univers est intéressant, avec ce mélange entre Japon féodal et science-fiction, et une ambiance qui pouvait clairement amener quelque chose de fort.
Mais voilà… j’ai trouvé l’ensemble un peu trop enfantin à mon goût. Ça manque de profondeur, de maturité dans le traitement des thèmes. On reste souvent en surface, là où il y avait clairement matière à aller plus loin, à proposer quelque chose de plus marquant.
C’est d’autant plus frustrant que visuellement, c’est très réussi. Le dessin est beau, lisible, avec une vraie identité. Et surtout, il y a un vrai travail sur les robots : ils parlent peu, mais ils existent énormément à travers leurs mouvements, leurs postures. Il y a un langage corporel très bien retranscrit, et ça, c’est clairement une réussite.
On croise aussi d’autres robots qui viennent enrichir l’univers, avec des chara-design vraiment réussis, variés et marquants. Il y a même tout un tas de jeux de mots dans leurs noms, ce qui apporte une petite touche maligne et légère. Dommage en revanche que l’antagoniste tombe un peu dans le caricatural, ce qui renforce ce côté “tout public” que j’aurais aimé voir dépassé.
Du coup, ça reste un bon moment de lecture. L’univers accroche, le visuel porte bien l’ensemble, mais il manque ce petit supplément d’âme, cette profondeur qui aurait pu en faire quelque chose de vraiment marquant.
Un album agréable, mais un peu trop sage pour vraiment s’imposer.
Je me retrouve plutôt dans l’avis d’Alix. C’est une lecture instructive, intéressante en elle-même, sur un sujet hélas de plus en plus d’actualité. Et l’avocate mise en avant, qui combat auprès des femmes victimes de violences sexistes ne peut qu’être soutenue.
Mais voilà, si l’album se laisse lire, je l’ai fait sans trop d’enthousiasme. On passe trop rapidement d’une affaire à l’autre, et notre avocate monopolise un chouia trop les cases et le récit, vampirisant un peu trop le sujet – et les victimes qu’elle défend.
Une lecture qui vaut donc avant tout pour le sujet traité, mais qui, au-delà de ce sujet, ne m’a emballé plus que ça.
Comme chaque été, Olivia rejoint le village de ses grands-parents, où elle retrouve ses amis, entre retrouvailles, premiers émois… et une obsession grandissante pour les phénomènes extraterrestres.
J'ai trouvé l'ensemble franchement immature, et pas seulement parce que la BD vise un jeune public. Le ton, les réactions des personnages et même la manière dont les situations sont écrites donnent souvent l'impression de suivre des enfants beaucoup plus jeunes que ce que l'histoire suggère. En dehors de quelques éléments de romance très pré-ado, tout sonne assez naïf, voire simpliste.
Le graphisme, lui, reprend les codes du manga shojo, mais sans en retrouver le charme ni la finesse. C'est coloré, certes, mais ça manque de soin et de détails, avec des visages parfois approximatifs et des expressions un peu caricaturales qui accentuent ce sentiment d'immaturité générale. Certains cadrages ou gros plans donnent même une impression de dessin bâclé. Et je ne parle pas du design de la créature qui apparait à un moment donné.
Côté scénario, ce n'est pas beaucoup plus convaincant. L'intrigue repose sur une idée de départ qui aurait pu fonctionner, mais elle est traitée de manière maladroite, avec beaucoup de passages téléphonés. Surtout, il y a un moment assez central où les enfants sont témoins de quelque chose de totalement incroyable… pour ensuite sembler l'avoir complètement oublié dès le lendemain. Non seulement ça casse toute crédibilité sur le moment, mais en plus ça devient incohérent avec ce que l'on comprend ensuite de l'histoire.
De manière générale, le récit accumule des situations assez absurdes ou mal amenées, avec des enchaînements parfois bancals et des moments qui frôlent le ridicule, autant dans ce qui est raconté que dans la manière dont c'est mis en scène.
Ça ressemble à une sorte de série B pour jeunes lecteurs : un dessin très moyen, un scénario immature, mais une lecture qui reste vaguement distrayante si on n'a rien d'autre sous la main.
De nos jours à Paris, une adolescente tente de sauver sa mère plongée dans une profonde dépression en affrontant dans son esprit une entité surnaturelle qui se nourrit des souvenirs heureux.
On sent que le récit s’adresse d’abord à un public adolescent, que ce soit dans son ton ou dans certains choix narratifs. Le fantastique est assumé sans chercher à être crédible : entre le monstre totalement noir et maléfique, ou encore ce professeur un peu excentrique, à mi-chemin entre Indiana Jones et Le Visiteur du Futur, avec ses artefacts improbables (gramophone, miroir pour entrer dans les rêves…), on est clairement dans un imaginaire codifié, accessible mais un peu naïf pour un lecteur adulte.
Cela dit, l’essentiel n’est pas là, et c’est ce qui fait que la BD fonctionne malgré tout. Derrière ces éléments un peu simplistes, il y a un fond solide : la manière dont le récit aborde la dépression et le deuil, à travers cette métaphore du monstre qui dévore les souvenirs heureux, est plutôt juste et parlante. J’ai apprécié le fait que le combat ne soit pas présenté comme quelque chose de facile ou de superficiel, mais comme une lutte qui nécessite une aide extérieure, un engagement réel, et surtout une forme de solidarité affective. Et la conclusion, sans être particulièrement surprenante, fonctionne bien, avec un vrai petit pic émotionnel au moment où l’héroïne atteint enfin son objectif.
Visuellement, l’album est assez réussi, avec un dessin lisible, des ambiances sombres bien rendues et un travail intéressant sur les contrastes entre souvenirs et réalité, même si tout cela reste dans une approche assez classique.
C’est donc une bonne BD, efficace et portée par un propos pertinent, mais dont la forme et certains ressorts restent un peu trop marqués jeunesse pour pleinement convaincre un lecteur adulte.
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Pieter et le Lokken
Dans un village enneigé d'inspiration médiévale, le jeune Pieter brave les interdits en recueillant une étrange créature capable de donner forme à ses rêves, au risque de déclencher un danger plus grand que prévu. J'aime beaucoup le travail graphique d'Olivier Supiot, et c'est clairement la grande force de cet album. Son dessin m'accroche immédiatement, avec un vrai plaisir dans la mise en couleur, des teintes chaudes qui contrastent avec les paysages d'hiver, et une matière presque palpable dans les textures. J'ai aussi beaucoup apprécié les nombreux clins d'œil aux peintures de Pieter Brueghel l'Ancien : les scènes de village, les foules, les compositions… jusqu'au prénom du héros, dont je suppose que ce n'est pas un hasard. L'hommage est évident et vraiment réussi, au point de donner envie de s'attarder sur chaque planche. Du côté du récit, on est sur un conte assez classique dans sa structure, avec une morale sur l'enfance, l'interdit et la désobéissance. L'histoire se lit facilement, avec quelques idées intéressantes et un déroulé qui fonctionne plutôt bien pour un jeune public. J'ai aussi apprécié que la figure du père ne soit pas caricaturale : il y a chez lui une forme de bon sens et de protection qui évite le cliché de l'adulte autoritaire et borné. Cela dit, j'ai quand même ressenti une certaine frustration. D'abord parce que l'ensemble se lit bien vite, ce qui laisse peu de place au développement. Ensuite parce que certains éléments restent assez flous, en particulier autour des lokkens eux-mêmes : leur nature, ce qu'ils représentent vraiment, ce qu'ils font aux hommes, rien n'est jamais vraiment clarifié. Du coup, le message du conte m'a semblé un peu en retrait, me laissant assez circonspect. Ça reste une lecture agréable, portée par un chouette graphisme et une ambiance de conte bien installée, mais avec un fond qui m'a laissé un peu plus perplexe que convaincu.
Sabotage
Sombre conspiration vietnamienne, espionnage industriel, affrontement idéologique est-ouest... il n'y a vraiment pas d'histoire ici, tout est farfelu. Daniel Torres s'amuse avec les clichés et les utilise comme prétexte pour une démonstration de son style atome. Tout est dans l'esthétisme du design : voiture de rêve, architecture moderniste, personnages stéréotypés et fortement marqués par les années 50 américaines. Comble du sarcasme: au final, les « jaunes » sont prêts a gagner les 24 heures !
Cross Fire
Une des bd qui m'a la plus titillé (à la Nicky Larson) et le plus dégouté par la fin et la mort du personnage principal. Celui qui était le plus attachant, l'auteur s'est vraiment tire une balle dans le pied alors que cette série aurait pu connaître de belles suites
Gaston Lagaffe (Delaf d'après Franquin)
Il m'a fallu un temps immense pour me décider ou non à émettre mon opinion sur le retour de Gaston sous la plume de Delaf. Au delà de l'aspect polémique de son retour, cette BD a été une succession de réflexions avant de l'avoir ouverte puis après l'avoir refermée. C'est en voyant l'annonce d'un nouveau Gaston dans les starting blocks que je me suis décidée à donner mon avis. Et il y a beaucoup de choses à dire. La patte de Delaf, son trait "élastique" et rond pourtant aux antipodes de Franquin parvient à faire illusion sur plusieurs planches et il faut l'avouer, c'est un exercice de style difficile. Même si on retrouve parfois cette morphologie caoutchouteuse, proche du cartoon dans certaines expressions et postures, on sent la profonde envie de coller au mieux au style graphique rugueux et organique de Franquin. Comme dit précédemment, l'exercice est difficile, mais sur ce niveau c’est réussi ! Et ce n'est pas un scoop, c'est le premier point ressorti par la plupart des critiques, et à raison. Pourtant un petit quelque chose cloche. Mais continuons. On retrouve nombre de personnages iconiques. A la façon d'une immense fresque destinée aux fans de Gaston, Delaf arrose de références, de visages connus, ressuscitant même un Raoul Cauvin croisé au détour de quelques rares planches dans l’œuvre de Franquin ! De quoi faire plaisir à voir des visages longtemps laissés aux cartons. Encore un petit quelque chose qui cloche... mais quoi ? Pour les gags, c'est là que ça commence à coincer. En vérité, ce sont des détails mais qui sautent aux yeux quand on y fait attention il y a quelque chose sur lequel il est difficile de mettre le doigt. Ce n'est pourtant pas la première reprise chez Dupuis d'un héros culte. Mais là c’est différent. Alors parlons-en. Spriou (que Franquin a popularisé grâce à sa reprise) a été re-repris par d'autres auteurs, et cela s'est fait sans trop de douleurs. À vrai dire, le petit groom était suffisamment malléable pour s'insinuer partout et être accordé à toutes les sauces, de l'exploration à l'aventure à l'uchronie, au drame ou à d'autres genres avec autant de styles, d'écritures et de réécriture différentes, une sorte de Spirou Cinématic Universe, existant dans de nombreux univers parallèles et diverses temporalités. Chaque album ayant ses forces et ses faiblesses, il ne devenait plus l'incarnation d'un auteur, mais permettait au contraire l'exploration d'un univers et d'une aventure où chacun pouvait faire jouer ses talents. Peut-être que le Gaston de Delaf a le "désavantage" de n'être que le premier exercice de ce style sur Gaston, mais un début de réponse se profile : Gaston est une œuvre profondément ancrée dans son temps et -pire- ancrée à son auteur. Delaf a fait le choix conscient de laisser évoluer son Gaston dans un univers rétro, où rien n'a réellement changé dans la rédaction. Les années 70. Là où le Gaston de Franquin faisait irruption au milieu des pages de Spirou chaque semaine, provoquant moult catastrophes et retards, justifiant la mal-impression de certaines pages et autres impondérables, le Gaston de Delaf apparaît anachronique. Loin des thèmes chers à Franquin, de ses angoisses et de ses réflexions (discrètes chez Gaston, elles sont exacerbées dans les fameuses Idées Noires), le Gaston de Delaf est plat, et les personnages font la part belle à un sentiment que je n'ai pas vu dans les Gaston de Franquin : un profond cynisme et une forme de agressivité à la fois latente et passive. Cela se ressent dans certaines expressions, dans certains dialogues et c'est probablement là où j'ai le plus tiqué. Malgré l'aspect gaffeur de Gaston et sa mauvaise foi évidente dans sa responsabilité, Gaston Lagaffe est un personnage profondément tendre, évoluant dans un univers inadapté pour lui (le travail), dans le rôle de celui qui va bousculer les codes, critiquer le militarisme, s’associer à GreenPeace ou à Amnesty. Et malgré sa présence presque parasite, personne n’a envie de le voir partir. On surprend Prunelle, Lebrac ou Fantasio sourire, ou rire franchement, apprécier sincèrement sa candeur et sa personnalité vive ou même apprécier ses inventions. Et ce malgré son manque évident d’implication. En vérité, ses gaffes ne font jamais mal bien longtemps car on finit par en rire en y repensant. La présence d’un gaffeur dans un récit qui entretient la frontière avec l’autofiction permettait à Franquin des gags savoureux où en substance, la mouette allait indirectement traiter Dupuis d'abruti, où Gaston balançait des ventouses à la figure du patron, où son Gaffophone détruisait et re(rererere)détruisait la rédaction du journal... cet aspect profondément cathartique et critique presque méta n'avait pas de conséquences : c'est la faute de Gaston, et mieux ! Ça fait rire les lecteurs ! Plus encore : Gaston permettait la critique et la réflexion, sur l'écologie, les droits de l'homme, le respect animal et l’émergence d’une contre-culture auquel le personnage paraît sensible. On le voit entouré d’amis de la mouvance hippie, s’inspirer d’un yogi, tenter d’améliorer le monde à son échelle, des inspirations clairement en phase avec les problématiques de son époque. Même si ça rate, on aime voir Gaston au moins essayer, parce qu'on sent sa bonne volonté. On se dit “dans l’idée, c’était bien trouvé”. Au fond, si c’est raté, ça ne l’est jamais de grand chose. Il est facile de remarquer qu’il invente avec les meilleures intentions du monde (son invention va faciliter la vie au bureau, va permettre d'être plus rapide, etc.) et lorsque ça rate, il en est le premier surpris. Ce qui rend Gaston heureux, c’est être utile. Et utile, au travail, d’un point de vue strict, évidemment qu’il ne l’est pas : il aspire à d’autres ambitions. Gaston c'est un ado rêveur et créatif qu'un stage en entreprise ne parvient pas à recadrer, un moment de détente dans un monde angoissé en pleine mutation, une bouffée d’air frais dans un univers carré et étouffant, tout comme Franquin n’a jamais pu vraiment cesser de dessiner, Gaston ne cesse jamais d’inventer. Le Gaston de Delaf s’inscrit dans l’univers plutôt “Nombrilesque” de son auteur. Mais la crème tranche. Déjà pour ce qui est de la période choisie, Gaston vit dans un univers où l’auteur vit dans son avenir. Loin de pouvoir proposer une réflexion sur des sujets de la société actuelle, de proposer des inventions irréalistes dignes des meilleurs bricoleurs du concours Lépine, Delaf propose plutôt des gags référencés qui prennent sens dans notre actualité (Spider-man, le vélo électrique...) qui amène parfois le lecteur à regretter des chutes un peu convenues. Je pense notamment au gag sur le littéral téléphone-mobile qui termine par un navrant “Aïe-phone”. Il n’est plus question de pouvoir se dire “certes l’exécution pêche, mais sur le fond ce n’est pas une mauvaise idée”. L’invention existe déjà. Autre extension de l’univers des Nombrils, un humour volontairement plus trash, parsemé de répliques qui touchent là où ça fait mal et qui ne manqueraient pas de charme dans les Nombrils, mais qui ne sied pas réellement à l’univers. Je pense à certaines répliques de Prunelle ou de Lebrac qui se montrent cassants, hautains, désagréables ou qui ont le “clash” facile avec des répliques du tac-au-tac. Pourquoi ça fonctionne à merveille dans les Nombrils ? Car on sent un profond désir de rendre des situations dramatiques et crues dans l’univers impitoyable d’adolescentes mal dans leur peau et qui cherchent à créer leur place, chercher ce qu’elles désirent vraiment dans un monde qui ne leur fait pas de cadeau. L’univers de Gaston est mû par une grande légèreté parfois teintée de mélancolie mais certainement jamais d’une violence latente, et si c’est le cas, il est le premier à en être peiné. Le Gaston de Delaf se rapproche d’un Léonard Génie où ses collègues font offices de disciples malheureux, servant à la science à leurs dépends face à un Gaston dénué de toute empathie. Le Gaston de Franquin fait figure de clown blanc, de l’auguste, d’un personnage de slapstick à la Chaplin ou les héros bien que caractériels, incompétents et maladroits connaissent de grands moments de poésie et de douceur dans le mouvements, dans les répliques, dans les interactions, dans les dynamiques. La couverture du Gaston semble d’ailleurs résumer le décalage : là où les couvertures des Gaston de Franquin ne montrent aucun geste violent envers les collègues, la couverture du Gaston de Delaf se permet une porte en pleine face sur le nez du pauvre Prunelle. Bref, exit les cases minimalistes, les ellipses, les gags où personne ne se fait mal ou ne souffre physiquement/psychiquement à cause de Gaston. A -quasi- chaque page semble résulter sa “chute” au sens physique et littéral, ce qui rend notre jeune utopiste plutôt détestable. On en vient à plaindre la rédaction de le garder dans ses bureaux. A contrario, Franquin se permettait des gags plus légers, absurdes, purement poétiques, des pages de calme ou sans réelle gaffe dans le sens physique du terme, justifiant d’ailleurs l’attachement des collègues de la rédaction pour ce garçon passionné et malgré tout extrêmement sympathique. Le Gaston de Franquin m'a émue. Le Gaston de Delaf m'a agacée. Pourtant, ce n'est pas faute de tenter de dépeindre un personnage bienveillant. Dans l'album de Delaf, on retrouve une planche avec un Gaston écolo dans l’âme et désireux de bien faire, militer contre la guerre, souhaiter le recyclage de son huile de moteur, aider ses amis, faisant contraste avec son attitude au travail. C’est un pas, mais trop peu pour comprendre que c’est son caractère qui est foncièrement bienveillant et non pas ses actions seules qui le sont. Là où d’autres caractères sont plus lourds, plus sérieux, c’est sur la détresse des personnages. Ils consultent un psy, tombent dans l’alcool, la dépression ou les crises de larme de manière répétée, non pas par le biais de leurs propres défauts que Gaston met en évidence, mais bien à cause de lui. Le problème de Prunelle n’est pas son implication outrancière à faire un bon travail ou son stress face à tout impératif ou son manque de sang froid face aux imprévus. Non. Il le verbalise: son souci c’est Gaston. Mademoiselle Jeanne n’est pas en reste en terme de détresse non plus ! En effet on retrouve une mademoiselle Jeanne qui a quitté sa candide attirance pour une attitude bien plus entreprenante, souhaitant clairement une relation concrète face à un Gaston stoïque à ses charmes, accusant clairement un retour en arrière dans leur relation. Même s’il est vrai que la relation entre Gaston et Jeanne n’est jamais explicitée et reste platonique (sauf en rêve, et encore !) elle semble dans le Gaston de Delaf n’être jamais allée au-delà d’une simple relation entre collègues et dans laquelle Gaston, visiblement grand ignorant des mystères amoureux, ne comprend aucun sous-entendus même les plus évidents. De même, l’ami dessinateur n’est plus simplement rembarré parce que ses dessins ne plaisent pas au rédacteur en chef. Ses dessins sont physiquement douloureux à regarder, au point d’en faire saigner des yeux. Exit la possibilité d’un dessin plus underground ou au contraire très académique qui ne cadre pas avec ce que le journal veut, ce n’est plus une question de goûts, c’est un simple fait. Peut-être était-ce ma lecture de ce personnage qui faisait que je le ressentais ainsi, mais dans “Franquin créa La Gaffe” un passage parle précisément de ce personnage et m'a conforté dans mon ressenti : Franquin avait pour projet de gag de montrer une oeuvre qu’il a fait chez lui et inviter Gaston à constater son art par lui-même... il s’avérera que ce cher ami dessinateur avait peint chez lui une grande fresque digne d’un Michelangelo ! Pourquoi je m’étends ainsi sur les différences avec le Gaston de Franquin ? Car il semble que tout ait été fait dans cet album pour être une BD “à la Franquin”, les principaux points forts étant "regardez comme c'est ressemblant et que ça respecte le matériel d'origine". Aussi la démarche de s'éloigner de Franquin n'est plus le sujet, au contraire, le sujet est justement de coller au plus près de Franquin en tout et pour tout. Même si l'auteur en joue dans quelques planches (qu'on devine faites après les premières critiques qui ont émergées après l'annonce de l'album), le fait reste que l'album a été marketé et mis en avant pour cela. La démarche de Dupuis me semble donc ambigue. D'autre part, même si Franquin n’a jamais posé son veto sur la reprise d’un Gaston, il semblait bien plus catégorique sur son style de dessin qualifié par lui même de “banal” et “ennuyeux”. La décision de recopier son style me paraît donc en opposition totale avec l’envie de Franquin de voir du sang neuf s’exprimer à travers son œuvre et c’est pourtant ce qui semblait motiver Dupuis pour proposer à Delaf de reprendre le flambeau. Avec une démarche proche d’un exercice de style, l’auteur n’a que peu de libertés créatives qui ne se remarquent que dans les attitudes non inspirées par un modèle. Pour les aficionados ou les plus attentifs, ces ruptures de style se remarquent et jurent un peu avec le reste. On en reste déçu de ne pas voir un Gaston plus “latex” et cartoon Nombrilesque, exploitant pleinement les talents de gestes, d’expressivité et de détails de Delaf sans devoir se conformer au plus près du maître Franquin qui avait une approche du geste et de la composition bien différente. L’oeuvre est comme entre deux feux : l’ambition de rendre un hommage mais aussi celle de continuer l’oeuvre en changeant le moins possible, notamment son aspect graphique, cela peut-être (et j’ose espérer que non) pour que le public reçoive mieux la BD et qu’on ne parle pas d’une œuvre “dénaturée” par un changement de style trop brutal et pour caresser un peu les fans réticents dans le sens du poil. Certes il a été maintes fois répété que Franquin n’avait jamais exprimé de "non" catégorique sur une potentielle suite à Lagaffe mais car cela semblait évident : la grande force de Lagaffe, c’était qu’il était le produit de son époque et de son auteur. De plus, ne pas dire "non" serait donc un gage de “oui” selon Dupuis ? La démarche pose question sur la gestion du monument de la BD qu’est Lagaffe et, par glissement, ce que chaque héros du plus multivisage comme Spirou au plus personnel comme Gaston représente réellement pour l’auteur, pour son public et pour sa maison d’édition. Bref, la BD en elle-même prise seule hors de l’oeuvre globale n’a rien de scandaleuse. Delaf a sûrement repris la BD avec les meilleures intentions du monde ainsi qu'un profond respect pour Franquin et un amour immense pour Gaston, il n'en faut point douter. Mais pourquoi maintenant, après un deuil qu'on avait tous et toutes fini par accepter : celui de ne plus jamais revoir ce cher Gaston ? Pour conclure, je ne puis que conseiller de lire ou relire le fabuleux “et Franquin créa Lagaffe” qui est une mine d’informations extraordinaire pour les fans de Gaston mais aussi un incroyable portrait de son créateur, tout en complexité, qui s'est bien souvent effacé derrière sa création.
Stitched
Une série d'horreur imaginée par Garth Ennis et scénarisé par un autre. Malgré ce détail, on reconnait la patte d'Ennis avec des thèmes et des éléments scénaristiques qu'il a souvent utilisé dans sa carrière. Le résultat est pas trop mal. Ça se laisse lire sans problème, mais aussi grande passionnant. Il faut dire que je ne suis pas particulièrement fan des films d'horreurs et cela semble être le lectorat visé par cette série. Un autre défaut est que même si la créature imaginé pour cette série est un peu original, les différents scénarios sont au final trop classique et un peu convenu (le meilleur exemple est ce qui arrive à tous ces types qui pensent pouvoir contrôler les créatures...je pense pas avoir en dire plus pour que vous vous faites une idée) pour être palpitant. Ajoutons aussi que le dessin est typique le style réaliste moderne des comics que je trouve fade et sans saveur, mais je comprends que ce style a des fans. Au final, cela reste tout de même divertissant, mais je ne pense pas relire la série un jour.
Ulysse
Sans doute le chef d’œuvre de Georges Pichard. L'Odyssée est un écrin parfait pour l'auteur. Jamais son trait n'aura mieux servi un univers aussi parfaitement adapté à son esthétique visuelle. Pichard innove, étire les cases, libère les onomatopées, et produit un travail d'avant garde à l'époque de la bande dessinées à papa. Il invente des ambiances, dessine des monstres mythologiques et des déesses tentatrices qui nourrissent l'imaginaire, puisant son inspiration et ses références autant dans les sixties que dans la période médiévale. Lob fait aussi un excellent travail. Retranscrire l’œuvre d’Homère en bande dessinée était un sacré défi pour un simple mortel ! Les aventures d'Ulysse sont captivantes et ludiques. La rigueur du texte antique est largement allégée afin de mieux fusionner avec l'anticonformisme visuel de Pichard. Dans les très légers bémols, j'ai parfois eu l'impression que certaines planches originales étaient perdues, car la qualité d’impression est moindre sur certaines pages. Un classique de la bande dessinée adulte qui n'a rien perdu de sa puissance d'évocation ni de sa superbe.
Yojimbot
Yojimbot nous plonge dans un monde post-apocalyptique peuplé de robots, où l’on suit Hiro, un jeune garçon que plusieurs robots vont devoir protéger dans un environnement hostile. Un point de départ qui évoque forcément des récits de samouraïs solitaires, avec cette idée de protection, de transmission et de survie dans un monde en ruine. Aux commandes, Sylvain Repos, à la fois scénariste et dessinateur, propose une œuvre cohérente, portée par une vraie vision. On sent rapidement où il veut nous emmener, les grandes lignes se dessinent assez vite à la lecture de la série, ce qui donne une direction claire… même si cela laisse parfois peu de surprises sur le fond. L’univers est intéressant, avec ce mélange entre Japon féodal et science-fiction, et une ambiance qui pouvait clairement amener quelque chose de fort. Mais voilà… j’ai trouvé l’ensemble un peu trop enfantin à mon goût. Ça manque de profondeur, de maturité dans le traitement des thèmes. On reste souvent en surface, là où il y avait clairement matière à aller plus loin, à proposer quelque chose de plus marquant. C’est d’autant plus frustrant que visuellement, c’est très réussi. Le dessin est beau, lisible, avec une vraie identité. Et surtout, il y a un vrai travail sur les robots : ils parlent peu, mais ils existent énormément à travers leurs mouvements, leurs postures. Il y a un langage corporel très bien retranscrit, et ça, c’est clairement une réussite. On croise aussi d’autres robots qui viennent enrichir l’univers, avec des chara-design vraiment réussis, variés et marquants. Il y a même tout un tas de jeux de mots dans leurs noms, ce qui apporte une petite touche maligne et légère. Dommage en revanche que l’antagoniste tombe un peu dans le caricatural, ce qui renforce ce côté “tout public” que j’aurais aimé voir dépassé. Du coup, ça reste un bon moment de lecture. L’univers accroche, le visuel porte bien l’ensemble, mais il manque ce petit supplément d’âme, cette profondeur qui aurait pu en faire quelque chose de vraiment marquant. Un album agréable, mais un peu trop sage pour vraiment s’imposer.
Les Femmes ne meurent pas par hasard
Je me retrouve plutôt dans l’avis d’Alix. C’est une lecture instructive, intéressante en elle-même, sur un sujet hélas de plus en plus d’actualité. Et l’avocate mise en avant, qui combat auprès des femmes victimes de violences sexistes ne peut qu’être soutenue. Mais voilà, si l’album se laisse lire, je l’ai fait sans trop d’enthousiasme. On passe trop rapidement d’une affaire à l’autre, et notre avocate monopolise un chouia trop les cases et le récit, vampirisant un peu trop le sujet – et les victimes qu’elle défend. Une lecture qui vaut donc avant tout pour le sujet traité, mais qui, au-delà de ce sujet, ne m’a emballé plus que ça.
Un été sous les étoiles
Comme chaque été, Olivia rejoint le village de ses grands-parents, où elle retrouve ses amis, entre retrouvailles, premiers émois… et une obsession grandissante pour les phénomènes extraterrestres. J'ai trouvé l'ensemble franchement immature, et pas seulement parce que la BD vise un jeune public. Le ton, les réactions des personnages et même la manière dont les situations sont écrites donnent souvent l'impression de suivre des enfants beaucoup plus jeunes que ce que l'histoire suggère. En dehors de quelques éléments de romance très pré-ado, tout sonne assez naïf, voire simpliste. Le graphisme, lui, reprend les codes du manga shojo, mais sans en retrouver le charme ni la finesse. C'est coloré, certes, mais ça manque de soin et de détails, avec des visages parfois approximatifs et des expressions un peu caricaturales qui accentuent ce sentiment d'immaturité générale. Certains cadrages ou gros plans donnent même une impression de dessin bâclé. Et je ne parle pas du design de la créature qui apparait à un moment donné. Côté scénario, ce n'est pas beaucoup plus convaincant. L'intrigue repose sur une idée de départ qui aurait pu fonctionner, mais elle est traitée de manière maladroite, avec beaucoup de passages téléphonés. Surtout, il y a un moment assez central où les enfants sont témoins de quelque chose de totalement incroyable… pour ensuite sembler l'avoir complètement oublié dès le lendemain. Non seulement ça casse toute crédibilité sur le moment, mais en plus ça devient incohérent avec ce que l'on comprend ensuite de l'histoire. De manière générale, le récit accumule des situations assez absurdes ou mal amenées, avec des enchaînements parfois bancals et des moments qui frôlent le ridicule, autant dans ce qui est raconté que dans la manière dont c'est mis en scène. Ça ressemble à une sorte de série B pour jeunes lecteurs : un dessin très moyen, un scénario immature, mais une lecture qui reste vaguement distrayante si on n'a rien d'autre sous la main.
Le Mangeur d'espoir
De nos jours à Paris, une adolescente tente de sauver sa mère plongée dans une profonde dépression en affrontant dans son esprit une entité surnaturelle qui se nourrit des souvenirs heureux. On sent que le récit s’adresse d’abord à un public adolescent, que ce soit dans son ton ou dans certains choix narratifs. Le fantastique est assumé sans chercher à être crédible : entre le monstre totalement noir et maléfique, ou encore ce professeur un peu excentrique, à mi-chemin entre Indiana Jones et Le Visiteur du Futur, avec ses artefacts improbables (gramophone, miroir pour entrer dans les rêves…), on est clairement dans un imaginaire codifié, accessible mais un peu naïf pour un lecteur adulte. Cela dit, l’essentiel n’est pas là, et c’est ce qui fait que la BD fonctionne malgré tout. Derrière ces éléments un peu simplistes, il y a un fond solide : la manière dont le récit aborde la dépression et le deuil, à travers cette métaphore du monstre qui dévore les souvenirs heureux, est plutôt juste et parlante. J’ai apprécié le fait que le combat ne soit pas présenté comme quelque chose de facile ou de superficiel, mais comme une lutte qui nécessite une aide extérieure, un engagement réel, et surtout une forme de solidarité affective. Et la conclusion, sans être particulièrement surprenante, fonctionne bien, avec un vrai petit pic émotionnel au moment où l’héroïne atteint enfin son objectif. Visuellement, l’album est assez réussi, avec un dessin lisible, des ambiances sombres bien rendues et un travail intéressant sur les contrastes entre souvenirs et réalité, même si tout cela reste dans une approche assez classique. C’est donc une bonne BD, efficace et portée par un propos pertinent, mais dont la forme et certains ressorts restent un peu trop marqués jeunesse pour pleinement convaincre un lecteur adulte.