Samuel Rimbault adapte le roman "Mes sincères condoléances" de Guillaume Bailly en BD. Une BD au titre trompeur, rien de réellement triste, bien que la mort soit notre compagnon de route, c'est l'humour noir qui prédomine.
Le personnage principal sera donc Guillaume Bailly lui-même, il nous fera part de ses anecdotes du haut de ses vingt ans d'expérience aux pompes funèbres. Une succession de petits récits sur une une à quatre planches. Un ensemble inégal plus ou moins drôle, la plus ahurissante de ces histoires est celle se passant dans un club échangiste. D'autres planches vous expliqueront la provenance de certains termes, les plus intéressants sont ceux sur "croque-mort" (non il ne fallait pas mordre violemment l'orteil du défunt) et "corbillard". Enfin, la BD sera parsemée de jeux sur le thème de la mort : un labyrinthe dans un cimetière, retrouver des objets (toujours dans un cimetière), retrouver la bonne ombre d'un brancard à la morgue, une grille de mots croisés et enfin celui des dix différences.
Le dessin est agréable, le trait expressif croque avec justesse ces moments de vie (si je puis dire) et la bichromie est un choix judicieux.
Une curiosité.
Un bon résumé de l'affaire Ben Barka, qui aurait sans doute été résolue depuis longtemps si elle n'était pas aussi politique.
J'avais déjà lu sur cette affaire et je n'ai pas trop appris rien de vraiment nouveau. C'est une bonne synthèse pour un lecteur qui ne connait pas grand chose de l'affaire. Tout est clair et précis même si on fait des allers-retours dans le temps. En effet, le récit n'est pas linéaire et la biographie de la vie de Ben Barka est éparpillée dans l'album. J'ai bien aimé comment chacune des hypothèses sur ce qui est arrivé et qui sont les gens impliqués dans cette affaire sont bien expliqués, et pourquoi elles seraient correctes ou non, c'est un peu dur de s'y retrouver dans une affaire où il y a clairement eu manipulation dans les informations recueillies par la presse.
Cela dit, malgré plusieurs qualités, je ne mets que 3 étoiles. Je trouve que le dessin et la mise en scène sont trop austères. Ce n'est pas très captivant à lire malgré le fait que cette affaire soit passionnante. C'est peut-être la volonté du fils de Ben Barka, qui si j'ai bien compris a participé à la réalisation de l'album, de ne pas faire un truc trop émotif et de traiter le sujet avec pudeur, mais je mentirais si je disais que j'ai aimé ce choix.
Un samouraï qui ne peut lutter qu'avec un sabre de bois aimé par une femme mystérieuse. J'avais peur que le sujet ne soit gâché, mais non… Marrant, bien plus tard, tous les samouraïs ont eu presque le même problème, avec l'époque d'Edo : ils pouvaient certes se battre mais avaient moins à le faire et étaient menacés de déclassement. Mais notre héros connait pire situation : il est tout seul ! Enfin sauf un vieux serviteur fidèle, le souvenir de sa mère et bientôt, comme dit plus haut, une femme mystérieuse dont les caractéristiques sont aussi fantastiques que le fait qu'il ne puisse se servir de fer. Le dessin peut être drôle mais est souvent de toute beauté.
Une lecture dense, qui nécessite de prendre son temps – il m’a fallu quelques heures pour la finir. Mais c’est une lecture recommandable.
Je lis régulièrement le Canard enchaîné, et surtout le Monde diplomatique, et l’essentiel des faits repris ici ne m’a pas surpris. Mais les voir compilés, remis en perspective donne du sens à des déclarations, des événements, des personnages épars. Par-delà la personne de Macron, c’est le néolibéralisme à l’œuvre, mais aussi le cynisme et le mépris de classe, la collusion des « journalistes » de révérence, le dévoiement de ce qui se fait appeler démocratie, l’omniprésence d’une communication aux airs de novlangue, la généralisation de violences policières pour juguler toute contestation ou maîtriser les « classes dangereuses », qu’il nous est donné à lire dans ce pavé, jamais indigeste, mais souvent – toujours – plus qu’énervant ! Quand l’envie de vomir nous quitte, on a alors une haine à canaliser pour ne pas se ruer sur ceux qui se fouttent de notre gueule à ce point.
Les auteurs font ce que devrait faire les journalistes : ils utilisent leur mémoire, ils contextualisent les déclarations, et ils décrivent les conséquences de celles-ci, comparant les objectifs annoncés et les résultats constatés. Leur travail de présentation et de décryptage de ce dont Macron est le nom est vraiment bien fichu.
La narration est fluide, factuelle et jamais barbante, le dessin est agréable, lui aussi fluide. A lire et faire lire…
Eh bien moi, je n’ai pas vraiment aimé cette lecture. Ça n’est pas parce qu’un sujet est sensible, et parce que les auteurs défendent une cause qui parait « juste », que le lecteur doit absolument tout accepter – sur le fond et sur la forme. Les deux m’ont clairement laissé de côté.
En fait le côté graphique peut passer, mais ça n’est pas ma tasse de thé.
C’est ailleurs que le bât blesse selon moi. En fait, c’est un album qui relève d’une propagande maladroite qui, voulant défendre son point de vue (l’Ukraine est malmenée depuis très longtemps par la Russie), en oublie de rendre intéressante la narration, mais surtout de ne pas tomber dans les travers reprocher à « l’ennemi ».
Tout étant montré sous le seul prisme manichéen d’une Ukraine martyrisée par son voisin russe, on en oublie donc tout ce qui pourrait aller à l’encontre du « roman national » pour ne pas dire nationaliste. Exit donc la corruption des élites ukrainiennes après la fin de l’URSS. De la même façon, faire des Cosaques des précurseurs de la résistance et du nationalisme ukrainien est une réécriture de l’Histoire plus que maladroite. De la même façon, la présentation du Rus de Kiev comme uniquement ukrainienne est anachronique (cela concerne tout autant les actuels Biélorusse ou les Russes, et l’album n’évoque pas l’origine Viking de cette entité).
Pour revenir à l’époque proche, évacuer les ingérences étrangères (américaines en tête) dans les récents événements (manifestations de « Maïdan » par exemple est dommageable.
Bref, la souffrance des Ukrainiens est réelle (et comme un fil rouge nous suivons certains d’entre eux qui cherchent à se protéger des bombes tombant sur les civils), Poutine est sans aucun doute un salaud (mais il a de la concurrence !), mais lorsque j’ai emprunté – au hasard – cet album, je m’attendais à une présentation plus équilibrée et honnête de la situation. Déjà le sous-titre pose problème : la « longue guerre avec la Russie du moyen-âge à nos jours » oriente l’album de façon rétroactive et imprécise. C’est comme si on titrait un album « la longue guerre entre la France et l’Allemagne de Charlemagne à nos jours », faisant fi de la réalité historique et géographique ancienne, qui ne correspond pas à ce qui est celle que nous connaissons aujourd’hui.
Bref, vous l’avez compris, il y a là une réticence intellectuelle de ma part qui m’empêche d’apprécier cet album.
Même si je sais que je ne ferai jamais ce genre de voyage, cet album me l’a fait fortement regretter, tant il donne envie de se lancer dans ces vastes espaces où la nature garde encore une part de sa sauvagerie, et en tout cas toute sa beauté.
Le titre de l’album peut se lire littéralement, mais aussi comme une expérience intérieure, une sorte de purge/purification permettant aux trois copains participant à cette expédition en Kayak entre Canada et Alaska de « faire le point » sur leur vie, mais aussi de lui donner du sens.
Au fil de la préparation de ce périple, et durant la présentation du voyage, tout un tas d’informations nous sont livrées. Informations techniques, conseils pratiques, mais aussi observations sur la faune, les conséquences du réchauffement climatique, etc. Du militantisme qui passe bien et se glisse parfaitement dans le récit.
Quant au dessin, il est vraiment très chouette, beau, et rend bien grâce à la beauté de la nature environnant ce voyage – que ce soient les animaux croisés, mais aussi les superbes paysages.
Mon seul regret, moi qui suis vraiment captivé par les sociétés Haïdas ou Tlingit, c’est qu’ils n’apparaissent que comme des « rêves ». Leurs totems, leurs masques à fonction symbolique m’auraient enchantés – mais le trajet de nos trois voyageurs ne passait semble-t-il pas par ce qu’il reste visible de ces sociétés.
Chouette lecture en tout cas.
Note réelle 3,5/5.
La recette de Sulfur s'essouffle, je crois. Les dessins continuent très bons au quatrième tome mais les histoires et personnages sont presque toujours les mêmes. Il y a une nouveauté quand même: une fille munie de bite. Sinon n'y a pas de grandes surprises... c'est une valeur sûre et on sait a quoi s'attendre.
La première page nous présente le « Monde d’Azaria » (ou « Pays des démons ») comme divisé en deux entités : le Nord semble-t-il dirigé par des Humains, et le Sud dirigé par le Roi des Gorets et ses filles. Cet album inaugural se déroule uniquement dans le palais du roi des Gorets, et nous suivons essentiellement ses enfants, surtout l’une des filles, Winnefried de Dracone.
Les autres personnages croisés, de diverses origines (Elfes, Ogres, Démons, Humains) sont essentiellement là pour satisfaire Winnefried et sa fratrie, franchement obsédés par le sexe !
L’univers est relativement original pour une série porno, même si je m’attendais à ce qu’il soit davantage exploité (j’espère que ce sera le cas dans les prochains albums – la série étant prévue en trois tomes), pour donner un peu plus de consistance au récit (petite frustration à ce niveau pour le moment).
Il y a un peu d’humour. Surtout entre Winnefried et quelques membres de l’administration royal, ou lorsque sa nounou Frida – femme forte dans tous les sens du terme ! – intervient, frustrée d’être laissée à l’écart des orgies curiales.
La principale originalité de cette série vient du travail graphique de l’auteure (que je découvre ici). En effet, son travail – informatique semble-t-il – donne un rendu hyperréaliste étrange, mais pas inintéressant. Du coup certains personnages avec ce rendu m’ont fait penser à de l’animation (« Shrek » ou l’elfe Dobby dans « Harry Potter » - je pense que ça dû visuellement influencer l’auteure).
Un début original, mais qui mériterait d’être densifié par la suite. Mais c’est visuellement attractif. Je précise que les scène s de sexe sont bien rendues – et que le dessin en général est de très bonne qualité.
Cacal69 compare cet album à Hoka Hey !, ce qui d’emblée place la barre assez haute. Il y a en effet quelques points communs. Des personnages écorchés dont on devine peu à peu les fêlures, des associations éclectiques, un dessin très joli. Mais, malgré ses qualités, je placerai quand même cette « ballade » un peu en deçà de Hoka Hey !.
Ma principale surprise vient du dessin d’Eduardo Risso. Vraiment chouette, mais surtout différent de ce qu’il fait la plupart du temps. Pas de Noir et Blanc tranché, mais un travail à l’aquarelle semble-t-il dont j’ai bien aimé le rendu.
Quant à l’histoire, elle se laisse lire. Empreinte d’une grande violence, de quelques moments de grâce, d’une belle noirceur aussi, à l’image de cet Ouest lointain, sans pitié pour les idéalistes. Aucun des personnages n’est droit dans ses bottes, la frontière entre Bien et Mal est floue. Le personnage de la Comanche Chouette enragée est sans doute le plus surprenant, sans doute le plus « pur », et c’est sans doute pour ça que les gamins s’attachent à elle…
Un western relativement original, à l’ambiance crépusculaire – le soleil rougeoyant ressemblant à la mare du sang de tous ceux qui meurent durant ce récit.
Note réelle 3,5/5.
Avec cet album, on retrouve avec plaisir le trait énergique et dynamique de Johann Corgié, je j’avais déjà remarqué – et apprécié - dans la série Vermines. Son dessin, à la fois précis et expressif, donne une vie intense aux paysages et aux personnages, et vous transporte dans une aventure visuelle magnifique. Vos pupilles vont se dilater de plaisir.
Mais c’est surtout le cheminement narratif de l’album qui surprend et séduit. Après des débuts très tranquilles, presque contemplatifs, l’histoire bascule progressivement vers une atmosphère plus sombre, plus mystérieuse. Cette évolution, subtile et bien menée, confère à l’album une profondeur inattendue, mêlant poésie et une pointe de noirceur qui intrigue et fascine. C’est précisément cet enchaînement d’événements, cette lente montée en tension, qui rend la lecture de cet album aussi captivante. On se laisse porter par l’histoire, entre nostalgie et suspense, jusqu’à un dénouement final.
Cet album est à savourer sans modération - bien installé dans son canapé - idéalement durant une journée pluvieuse où l’on a envie de s’évader dans un récit à la fois doux et envoûtant, porté par un dessin qui ne laisse pas indifférent. Un album 3 étoiles.
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Nos sincères condoléances
Samuel Rimbault adapte le roman "Mes sincères condoléances" de Guillaume Bailly en BD. Une BD au titre trompeur, rien de réellement triste, bien que la mort soit notre compagnon de route, c'est l'humour noir qui prédomine. Le personnage principal sera donc Guillaume Bailly lui-même, il nous fera part de ses anecdotes du haut de ses vingt ans d'expérience aux pompes funèbres. Une succession de petits récits sur une une à quatre planches. Un ensemble inégal plus ou moins drôle, la plus ahurissante de ces histoires est celle se passant dans un club échangiste. D'autres planches vous expliqueront la provenance de certains termes, les plus intéressants sont ceux sur "croque-mort" (non il ne fallait pas mordre violemment l'orteil du défunt) et "corbillard". Enfin, la BD sera parsemée de jeux sur le thème de la mort : un labyrinthe dans un cimetière, retrouver des objets (toujours dans un cimetière), retrouver la bonne ombre d'un brancard à la morgue, une grille de mots croisés et enfin celui des dix différences. Le dessin est agréable, le trait expressif croque avec justesse ces moments de vie (si je puis dire) et la bichromie est un choix judicieux. Une curiosité.
Ben Barka - La disparition
Un bon résumé de l'affaire Ben Barka, qui aurait sans doute été résolue depuis longtemps si elle n'était pas aussi politique. J'avais déjà lu sur cette affaire et je n'ai pas trop appris rien de vraiment nouveau. C'est une bonne synthèse pour un lecteur qui ne connait pas grand chose de l'affaire. Tout est clair et précis même si on fait des allers-retours dans le temps. En effet, le récit n'est pas linéaire et la biographie de la vie de Ben Barka est éparpillée dans l'album. J'ai bien aimé comment chacune des hypothèses sur ce qui est arrivé et qui sont les gens impliqués dans cette affaire sont bien expliqués, et pourquoi elles seraient correctes ou non, c'est un peu dur de s'y retrouver dans une affaire où il y a clairement eu manipulation dans les informations recueillies par la presse. Cela dit, malgré plusieurs qualités, je ne mets que 3 étoiles. Je trouve que le dessin et la mise en scène sont trop austères. Ce n'est pas très captivant à lire malgré le fait que cette affaire soit passionnante. C'est peut-être la volonté du fils de Ben Barka, qui si j'ai bien compris a participé à la réalisation de l'album, de ne pas faire un truc trop émotif et de traiter le sujet avec pudeur, mais je mentirais si je disais que j'ai aimé ce choix.
La Danse du Soleil et de la Lune
Un samouraï qui ne peut lutter qu'avec un sabre de bois aimé par une femme mystérieuse. J'avais peur que le sujet ne soit gâché, mais non… Marrant, bien plus tard, tous les samouraïs ont eu presque le même problème, avec l'époque d'Edo : ils pouvaient certes se battre mais avaient moins à le faire et étaient menacés de déclassement. Mais notre héros connait pire situation : il est tout seul ! Enfin sauf un vieux serviteur fidèle, le souvenir de sa mère et bientôt, comme dit plus haut, une femme mystérieuse dont les caractéristiques sont aussi fantastiques que le fait qu'il ne puisse se servir de fer. Le dessin peut être drôle mais est souvent de toute beauté.
Res Publica
Une lecture dense, qui nécessite de prendre son temps – il m’a fallu quelques heures pour la finir. Mais c’est une lecture recommandable. Je lis régulièrement le Canard enchaîné, et surtout le Monde diplomatique, et l’essentiel des faits repris ici ne m’a pas surpris. Mais les voir compilés, remis en perspective donne du sens à des déclarations, des événements, des personnages épars. Par-delà la personne de Macron, c’est le néolibéralisme à l’œuvre, mais aussi le cynisme et le mépris de classe, la collusion des « journalistes » de révérence, le dévoiement de ce qui se fait appeler démocratie, l’omniprésence d’une communication aux airs de novlangue, la généralisation de violences policières pour juguler toute contestation ou maîtriser les « classes dangereuses », qu’il nous est donné à lire dans ce pavé, jamais indigeste, mais souvent – toujours – plus qu’énervant ! Quand l’envie de vomir nous quitte, on a alors une haine à canaliser pour ne pas se ruer sur ceux qui se fouttent de notre gueule à ce point. Les auteurs font ce que devrait faire les journalistes : ils utilisent leur mémoire, ils contextualisent les déclarations, et ils décrivent les conséquences de celles-ci, comparant les objectifs annoncés et les résultats constatés. Leur travail de présentation et de décryptage de ce dont Macron est le nom est vraiment bien fichu. La narration est fluide, factuelle et jamais barbante, le dessin est agréable, lui aussi fluide. A lire et faire lire…
Ukraine
Eh bien moi, je n’ai pas vraiment aimé cette lecture. Ça n’est pas parce qu’un sujet est sensible, et parce que les auteurs défendent une cause qui parait « juste », que le lecteur doit absolument tout accepter – sur le fond et sur la forme. Les deux m’ont clairement laissé de côté. En fait le côté graphique peut passer, mais ça n’est pas ma tasse de thé. C’est ailleurs que le bât blesse selon moi. En fait, c’est un album qui relève d’une propagande maladroite qui, voulant défendre son point de vue (l’Ukraine est malmenée depuis très longtemps par la Russie), en oublie de rendre intéressante la narration, mais surtout de ne pas tomber dans les travers reprocher à « l’ennemi ». Tout étant montré sous le seul prisme manichéen d’une Ukraine martyrisée par son voisin russe, on en oublie donc tout ce qui pourrait aller à l’encontre du « roman national » pour ne pas dire nationaliste. Exit donc la corruption des élites ukrainiennes après la fin de l’URSS. De la même façon, faire des Cosaques des précurseurs de la résistance et du nationalisme ukrainien est une réécriture de l’Histoire plus que maladroite. De la même façon, la présentation du Rus de Kiev comme uniquement ukrainienne est anachronique (cela concerne tout autant les actuels Biélorusse ou les Russes, et l’album n’évoque pas l’origine Viking de cette entité). Pour revenir à l’époque proche, évacuer les ingérences étrangères (américaines en tête) dans les récents événements (manifestations de « Maïdan » par exemple est dommageable. Bref, la souffrance des Ukrainiens est réelle (et comme un fil rouge nous suivons certains d’entre eux qui cherchent à se protéger des bombes tombant sur les civils), Poutine est sans aucun doute un salaud (mais il a de la concurrence !), mais lorsque j’ai emprunté – au hasard – cet album, je m’attendais à une présentation plus équilibrée et honnête de la situation. Déjà le sous-titre pose problème : la « longue guerre avec la Russie du moyen-âge à nos jours » oriente l’album de façon rétroactive et imprécise. C’est comme si on titrait un album « la longue guerre entre la France et l’Allemagne de Charlemagne à nos jours », faisant fi de la réalité historique et géographique ancienne, qui ne correspond pas à ce qui est celle que nous connaissons aujourd’hui. Bref, vous l’avez compris, il y a là une réticence intellectuelle de ma part qui m’empêche d’apprécier cet album.
Le Passage intérieur
Même si je sais que je ne ferai jamais ce genre de voyage, cet album me l’a fait fortement regretter, tant il donne envie de se lancer dans ces vastes espaces où la nature garde encore une part de sa sauvagerie, et en tout cas toute sa beauté. Le titre de l’album peut se lire littéralement, mais aussi comme une expérience intérieure, une sorte de purge/purification permettant aux trois copains participant à cette expédition en Kayak entre Canada et Alaska de « faire le point » sur leur vie, mais aussi de lui donner du sens. Au fil de la préparation de ce périple, et durant la présentation du voyage, tout un tas d’informations nous sont livrées. Informations techniques, conseils pratiques, mais aussi observations sur la faune, les conséquences du réchauffement climatique, etc. Du militantisme qui passe bien et se glisse parfaitement dans le récit. Quant au dessin, il est vraiment très chouette, beau, et rend bien grâce à la beauté de la nature environnant ce voyage – que ce soient les animaux croisés, mais aussi les superbes paysages. Mon seul regret, moi qui suis vraiment captivé par les sociétés Haïdas ou Tlingit, c’est qu’ils n’apparaissent que comme des « rêves ». Leurs totems, leurs masques à fonction symbolique m’auraient enchantés – mais le trajet de nos trois voyageurs ne passait semble-t-il pas par ce qu’il reste visible de ces sociétés. Chouette lecture en tout cas. Note réelle 3,5/5.
KIFF
La recette de Sulfur s'essouffle, je crois. Les dessins continuent très bons au quatrième tome mais les histoires et personnages sont presque toujours les mêmes. Il y a une nouveauté quand même: une fille munie de bite. Sinon n'y a pas de grandes surprises... c'est une valeur sûre et on sait a quoi s'attendre.
Le Monde d'Azaria
La première page nous présente le « Monde d’Azaria » (ou « Pays des démons ») comme divisé en deux entités : le Nord semble-t-il dirigé par des Humains, et le Sud dirigé par le Roi des Gorets et ses filles. Cet album inaugural se déroule uniquement dans le palais du roi des Gorets, et nous suivons essentiellement ses enfants, surtout l’une des filles, Winnefried de Dracone. Les autres personnages croisés, de diverses origines (Elfes, Ogres, Démons, Humains) sont essentiellement là pour satisfaire Winnefried et sa fratrie, franchement obsédés par le sexe ! L’univers est relativement original pour une série porno, même si je m’attendais à ce qu’il soit davantage exploité (j’espère que ce sera le cas dans les prochains albums – la série étant prévue en trois tomes), pour donner un peu plus de consistance au récit (petite frustration à ce niveau pour le moment). Il y a un peu d’humour. Surtout entre Winnefried et quelques membres de l’administration royal, ou lorsque sa nounou Frida – femme forte dans tous les sens du terme ! – intervient, frustrée d’être laissée à l’écart des orgies curiales. La principale originalité de cette série vient du travail graphique de l’auteure (que je découvre ici). En effet, son travail – informatique semble-t-il – donne un rendu hyperréaliste étrange, mais pas inintéressant. Du coup certains personnages avec ce rendu m’ont fait penser à de l’animation (« Shrek » ou l’elfe Dobby dans « Harry Potter » - je pense que ça dû visuellement influencer l’auteure). Un début original, mais qui mériterait d’être densifié par la suite. Mais c’est visuellement attractif. Je précise que les scène s de sexe sont bien rendues – et que le dessin en général est de très bonne qualité.
La Ballade des frères Blood
Cacal69 compare cet album à Hoka Hey !, ce qui d’emblée place la barre assez haute. Il y a en effet quelques points communs. Des personnages écorchés dont on devine peu à peu les fêlures, des associations éclectiques, un dessin très joli. Mais, malgré ses qualités, je placerai quand même cette « ballade » un peu en deçà de Hoka Hey !. Ma principale surprise vient du dessin d’Eduardo Risso. Vraiment chouette, mais surtout différent de ce qu’il fait la plupart du temps. Pas de Noir et Blanc tranché, mais un travail à l’aquarelle semble-t-il dont j’ai bien aimé le rendu. Quant à l’histoire, elle se laisse lire. Empreinte d’une grande violence, de quelques moments de grâce, d’une belle noirceur aussi, à l’image de cet Ouest lointain, sans pitié pour les idéalistes. Aucun des personnages n’est droit dans ses bottes, la frontière entre Bien et Mal est floue. Le personnage de la Comanche Chouette enragée est sans doute le plus surprenant, sans doute le plus « pur », et c’est sans doute pour ça que les gamins s’attachent à elle… Un western relativement original, à l’ambiance crépusculaire – le soleil rougeoyant ressemblant à la mare du sang de tous ceux qui meurent durant ce récit. Note réelle 3,5/5.
Les Lumières de l'Aérotrain
Avec cet album, on retrouve avec plaisir le trait énergique et dynamique de Johann Corgié, je j’avais déjà remarqué – et apprécié - dans la série Vermines. Son dessin, à la fois précis et expressif, donne une vie intense aux paysages et aux personnages, et vous transporte dans une aventure visuelle magnifique. Vos pupilles vont se dilater de plaisir. Mais c’est surtout le cheminement narratif de l’album qui surprend et séduit. Après des débuts très tranquilles, presque contemplatifs, l’histoire bascule progressivement vers une atmosphère plus sombre, plus mystérieuse. Cette évolution, subtile et bien menée, confère à l’album une profondeur inattendue, mêlant poésie et une pointe de noirceur qui intrigue et fascine. C’est précisément cet enchaînement d’événements, cette lente montée en tension, qui rend la lecture de cet album aussi captivante. On se laisse porter par l’histoire, entre nostalgie et suspense, jusqu’à un dénouement final. Cet album est à savourer sans modération - bien installé dans son canapé - idéalement durant une journée pluvieuse où l’on a envie de s’évader dans un récit à la fois doux et envoûtant, porté par un dessin qui ne laisse pas indifférent. Un album 3 étoiles.