Pour la marine, elle sonne le glas de la construction en bois.
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Ce tome est le vingt-quatrième de la série, il constitue une histoire complète indépendante de toute autre, ne nécessitant pas de connaissances préalables pour pouvoir l’apprécier. Son édition originale date de 2025. Il a été réalisé par Jean-Yves Delitte pour le scénario, Sandro Masin pour les dessins, et le studio Logicfun pour les couleurs. Il comprend une courte introduction de Denis-Michel Boëll, conservateur général du patrimoine, sur les grandes batailles navales majeures (les historiens en dénombrent plus d’un demi-millier), et sur la présente collection. Il se termine avec un dossier historique de huit pages, réalisé par l’auteur, comprenant six chapitres illustrés par des documents d’archive, intitulés : D’abord un peu d’histoire, Un état des lieux bien triste, Une nouvelle arme dévastatrice, Une guerre de petits pas, Avant le désastre, La conclusion.
Dans un camp militaire de fortune, le lieutenant Dimitri est en train de lire un article de journal à Piotr, un autre lieutenant : La victoire remportée à Sinope en ce merveilleux mois de novembre témoigne de nouveau que notre flotte de la mer Noire a rempli dignement sa mission. C’est avec une joie sincère et cordiale que je remercie mes braves marins pour ce fait d’armes accompli à la gloire de la Russie. C’est grâce à votre belle vaillance que nous avons vaincu. Oui, je l’affirme haut et fort, vous faites ma fierté. Grâce à vous, mes braves marins, l’honneur du pavillon russe flotte haut. Nos ennemis ottomans, qui ont eu le tort et l’arrogance de nous défier, ne peuvent que le regretter. Piotr s’emporte : ce n’est pas un beau texte, c’est un torchon, ce discours remonte à l’année dernière, cette feuille de chou n’est plus qu’un torchon pour se frotter les fesses. Toujours énervé, il continue véhément : la situation est catastrophique, les Français et les Anglais les assiègent et Sébastopol finira par tomber. Alors le beau discours de leur tsar sur une bataille qui remonte à plus d’une année… Il poursuit : C’est parce qu’ils ont écrasé les Ottomans à cette maudite bataille que les Français et les Anglais sont entrés dans la danse.
Quelques temps plus tard, sur le rivage de la mer Noire, près de la forteresse de Saint-Nicolas en octobre 1853, le même régiment avance en colonne, pour rejoindre à pied la ville de Poti. La discussion a repris entre les deux lieutenants. Dimitri tance son collègue en lui rappelant qu’ils sont les seuls officiers qui restent, ils se doivent de faire bonne figure sinon les gars, tout moujiks qu’ils sont, vont finir par se poser des questions. Il met en avant qu’on leur a vanté d’être la plus puissante des armées et la forteresse est tombée en moins d’une journée ! Les deux officiers estiment que la faute en incombe au colonel Poutinich qui commandait la place : à l’entendre, Saint-Nicolas était inexpugnable ! Dimitri le revoit encore vanter les qualités de la forteresse en frisant sa petite moustache d’aristocrate avant qu’elle ne soit arrachée par un boulet. Répondant à Piotr, il lui fait observer qu’ils n’ont aucune noblesse : à la table des rangs leurs père ne sont même pas repris.
Une nouvelle bataille navale dans cette collection, un même dispositif narratif, avec des spécificités propres pour mettre en lumière les enjeux dans la perspective historique, et son importance dans l’évolution des affrontements maritimes. Le scénariste maîtrise totalement son dispositif pour une narration fluide et facile à lire, tout en comprenant de nombreuses informations de nature diverse, véhiculées par de nombreux autres moyens que les textes. Cette fois-ci, le point d’ancrage pour les lecteurs se compose de deux duos, chacun dans un camp différent. Comme d’habitude, le rôle des femmes est réduit à la portion congrue : ici, il est juste question de l’épouse du capitaine français par le biais d’une photographie qu’il a toujours avec lui dans un médaillon, et par les remarques railleuses de l‘officier supérieur de la Royal Navy qui estime que la sienne est une mégère. Ces deux officiers ont été envoyés en mission d’observation par leur gouvernement respectif : ils sont donc amenés à commenter l’organisation de la flotte ottomane, la qualification de leurs marins, et l’omniprésence de l’utilisation du bakchich, c’est-à-dire les pots-de-vin, et les dessous-de-table, ou autres passe-droits et faveurs. Par leurs commentaires acerbes, le lecteur se fait une idée du peu d’estime ou de considération que les nations européennes accordent à l’Empire ottoman, de l’analyse qu’elles font de l’inefficacité de leurs armées, et du caractère inéluctable de leur défaite quelle que soit la réalité des forces en présence.
Toutefois, cette description à charge d’une Marine rendue inefficace par la corruption trouve une forme de contraposée avec une remarque de l’officier français. Il évoque à son interlocuteur britannique ces officiers qui, forts de la réputation de leur marine, ont monnayé leurs services. Il raconte qu’il a un oncle qui se trouvait à la bataille de Navarin… Il commandait une frégate – turque ! Cet oncle n’a pas trouvé la mort à la bataille de Navarin : il y a trouvé la fortune. Non seulement les Turcs ont payé chèrement ses services, mais il a débarqué avant les premiers coups de canon, car il refusait de se battre contre des compatriotes. L’histoire des deux lieutenants russes contraste également avec celle de ces deux conseillers : le récit commence alors qu’ils sont dans un camp de fortune, puis ils s’éloignent de la forteresse de Saint-Nicolas qui vient d’être ravagée. Une fois arrivés à Poti, une ville portuaire de Géorgie, ils sont sèchement reçus par le major commandant la garnison, qui les affecte d’office sur un vraquier, le Ivanoz, car leur présence l’embarrasse. Quand enfin le navire quitte le port, trois semaines plus tard, ils constatent rapidement son piètre état, et il y a cafard dans la soupe. En suivant leur périple et leurs différentes affectations, le lecteur observe une autre forme de désorganisation, différente de l’impéritie des soldats ottomans.
En découvrant la couverture, le lecteur a bien conscience que la narration visuelle est assurée par un autre artiste que Jean-Yves Delitte dont il a pu apprécier la solidité des illustrations dans d’autres tomes de cette série. Ce peintre de la Marine a toutefois réalisé la couverture, montrant un navire ottoman subir le feu des canons russes, devant la ville de Sinope justement. Bien évidemment, le lecteur est venu pour les visuels de la bataille navale, et pour les moments en mer, qui totalisent dix-sept pages. L‘artiste s’applique, comme attendu, sur les gréements (il ne manque pas un seul cordage), sur l’exactitude historique de la forme des différents navires (sans aucun doute supervisé par le scénariste). En page quatorze, il réalise un dessin occupant la largeur de la page et le tiers de la hauteur : l’ensemble des navires ottomans mouillant dans la rade de Sinope, avec la côte en arrière-plan, une belle escadre. En planche dix-sept, c’est le fragile navire ottoman de Piotr et Dimitri pris dans une tempête avec d’immenses vagues. Puis vient le temps de la bataille navale attendue : le lecteur assiste à l’avancée des navires russes fendant les flots en formation, il voit les premiers coups de canon avec la sensation d’entendre le bruit assourdissant et d’humer l’odeur de la poudre. Et enfin, les navires brûlent au-dessus de l’eau, au soir du combat.
L’artiste a également effectué les recherches indispensables et nécessaires pour les uniformes et les armes, ainsi que pour les objets du quotidien et les bâtiments : il s’agit d’une solide reconstitution historique. Le coloriste s’aligne sur les lignes directrices de Douchka Delitte, coloriste régulière de la série : une palette de couleurs un peu ternies et parfois sombres, pour souligner la dimension tragique et brutale de la vie militaire et des affrontements. La narration visuelle s’effectue dans des cases rectangulaires, bien alignées en bande. Régulièrement le lecteur peut relever un détail remarquable : les caractères cyrilliques sur un journal, des bois de construction à proximité d’une cale, les lanternes pendant du plafond pour éclairer une terrasse, la forme d’une fontaine d’ornementation et son bassin dans une luxueuse demeure, le boîtier dans lequel le capitaine français conserve le portrait de son épouse, etc. Il manque la sensation d’âpreté propre aux dessins de Delitte.
Au travers de la bande dessinée, le lecteur découvre le déroulement de la bataille, ainsi que les circonstances y menant. Il prend plaisir à lire le dossier en fin d’ouvrage, pour en apprendre plus sur le mécanisme de détérioration des relations entre Ottomans et Russes, sur l’état réel de la Marine des deux forces en présence, sur la ville de Sinop (pour laquelle l’auteur a préféré l’écriture avec un E final), et sur… le canon-obusier. Le récit passe sous silence l’importance de cette évolution dans l’armement des navires, et le dossier y revient en détail, expliquant sa puissance, et comment cette bataille navale a sonné le glas de la construction en bois. En filigrane, il est également question de diplomatie à l’échelle européenne, et, déjà, de militaires de carrière monnayant leurs services pour d’autres puissances, en tant que consultants extérieurs.
Une autre bataille dans la longue succession de guerres russo-ottomanes. Comme à son habitude, le scénariste excelle dans la conception synthétique de son intrigue, entre faits historiques, narration de la bataille et ancrage humain pour le lecteur avec des personnages de chaque camp. La narration visuelle présente un bon niveau, entre une solide reconstitution historique bien documentée, et une mise en scène classique à la lisibilité immédiate, manquant peut-être un peu de fougue, par rapport à d’autre tomes de la série. Le dossier final vient consolider les éléments historiques, et développer d’autres points, comme l’utilisation du canon-obusier.
L'Anarchie vaincra dans une Angleterre totalitaire ! Grâce à un héros des plus manipulateurs, ce qui n'est pas très éthique mais compréhensible et donne lieu à des péripéties bien tordues ! Comme et plus durement que Monte Cristo, il est mort et accompli sa vengeance, le long d'une vie qui se dévoile avec les turpitudes des pontes du régime qu'il fait tomber les uns après les autres. Le dessin est aussi oppressant que l'intrigue et le tout égale Watchemen, quel meilleur compliment ?
J'ai pourtant moins aimé cette lecture car bien que mon esprit l'égale à ce titre emblématique, mon cœur ne suivait pas, par exemple parce que la manière dont le héros manipule une jeune fille, dit-il pour son bien, ne me semble pas indispensable à la chute du régime, et bien cruelle… et que si décidément, les dessins sont très bons, ils me plaisaient bien moins que ceux de Watchemen.
Noir blanc et gris, dessin assez brutal pour s'accorder à celle de l'histoire sans parler d'un style reconnaissable : je dis que ça vaut au moins une lecture. Sans être un chef d'œuvre, il y a le pitch relativement original : une histoire de survie dans un train lancée dans le froid, arche de survie avec lutte entre les riches et les pauvres pour les ressources. Et qui accroche : on reste assis comme actuellement, sauf qu'on voyage vers nulle part : ce qui est absurde face au monde contemporain, mais qui ne l'est pas dans ce monde car cela assure la survie.
Le dernier des derniers, un des passagers de dernière classe remonte jusqu'à la première, on découvre ce monde, on s'attache au survivant, et peut-être surtout à une idéaliste promouvant de meilleures conditions de vie pour les dernières classes. Sinon, beaucoup de choses sont téléphonées, l'attitude des dirigeants, des privilégiés, de leurs servants. Cette bd me fait penser que j'aimerais en lire de meilleures sur la survie après quelque catastrophe, sur le train, ou un mélange des deux si cette bd et ses suites n'ont pas trop gâchées le sujet.
La superbe couverture a de suite attiré mon attention avec ce guerrier Iroquois sur un cheval.
L'histoire se déroule pendant la guerre de sept ans (1756-1763). Pierre Archange est un français expatrié en Nouvelle France, il a adopté la vie de coureur des bois. Il passe l'hiver chez les Shawnees où il trouve l'amour en la personne de Lune Pâle qui lui donne un fils. La guerre va le rattraper, il va devoir retourner sur le continent européen pour se battre contre les prussiens, en laissant son enfant au père de sa défunte épouse. Il aura eu le temps de se faire pour ennemi Akaash, un Iroquois qui ne rêve que de vengeance. A son retour en Nouvelle France, après plusieurs années, Archange part à la recherche de son fils.
Une fresque Historique, Stephen Desberg a bien bossé son sujet. Lieux, personnages illustres et batailles : rien à redire. Par contre, pour la géopolitique c'est plus succinct.
Un récit qui part sur de bonnes bases, mêmes si très classiques, mais il s'essouffle vite hélas. Une narration trop centré sur la partie Histoire et sur la dénonciation de la guerre, elle en devient trop studieuse, chaotique et manquant de lyrisme. Un coureur des bois qui m'a laissé indifférent. Je trouve la conclusion fade et prévisible.
Le point fort de cet album c'est le dessin de Bernard Vrancken, il est magnifié par des couleurs directes, je pense même à l'aquarelle pour certains paysages. Le rendu est magnifique avec le travail sur la luminosité et le dépaysement est garanti (forêt enneigée). La mise en page aérée fait la part belle aux grands espaces en n'omettant pas les gros plans sur les personnages.
Je me dois de louer la qualité du bouquin des éditions Daniel Maghen, comme toujours.
Pour les amateurs du genre.
Un album étrange, original, sur une personne et un sujet qui l’est tout autant.
Dabitch a visiblement été envoûté par le personnage d’Eugénie. Elle a laissé très peu de traces – essentiellement dans quelques archives de police, mais suffisamment pour intriguer l’auteur, qui cherche à nous transmettre le virus. Il faut dire qu’Eugénie est des plus atypiques. Ayant reçu une très bonne éducation, mais ayant souffert du déclassement consécutif à la ruine de ses parents, elle devient nonne, puis, peu à peu de retour à Paris, devient une sorte de prostituée/proxénète, adepte d’un certain SM.
Peu de document pour étayer cette biographie. Dabitch invente donc pas mal, et développe, en plusieurs chapitres, une sorte de dialogue entre lui et Eugénie, comme s’il recevait témoignage ou confession, comme si d’enquêteur -et elle en a connu des enquêteurs de police qui la traquait !) il se transformait en confident. Le procédé est étonnant, mais donne vie à cette femme à la fois libre et pleine de contradictions, emportée par son élan, se cherchant jusqu’au bout.
L’ensemble est inégal, avec des longueurs, des passages un peu obscurs (à plusieurs reprises Dabitch intercale entre les chapitres quelques pages de texte, mêlant monologue et commentaires ressemblant à un documentaire). Mais ça se laisse lire agréablement, on est immanquablement intrigué par cette destinée improbable.
Pour accompagner ce récit, je retrouve le dessin de Jorge Gonzalez. Un travail à l’aquarelle, qui vire parfois à l’abstrait. Comme pour la vie d’Eugénie, on ne peut qu’être intrigué par l’aspect graphique. Gonzalez a vraiment beaucoup de talent. Son style ne conviendra sans doute pas à tous (on est à des années lumières du franco-belge classique, et parfois proche de la peinture), mais on ne peut lui dénier de la force et de la beauté. Il convient bien au sujet, avec une ambiguïté, une vision un peu diaphane des choses – même si parfois éclate la couleur.
A noter que les auteurs, sur un sujet qui aurait pu être scabreux, ne tombent jamais dans le voyeurisme, l’obscénité.
Bon, ça se laisse lire, c’est dynamique, et les amateurs de comics moderne tendance violente y trouveront sans doute leur compte – d’où les trois étoiles. Me concernant, je suis resté un chouia sur ma faim.
Le dessin n’est pas forcément mon truc, mais c’est vraiment dans la lignée des comics modernes, et c’est globalement lisible. Mais colorisation et dessin ne cherchent pas à peaufiner les détails, c’est du travail à gros trait je trouve.
Mais c’est raccord avec l’intrigue et le ton développé finalement, car là aussi on ne joue pas dans la finasse (voir en particulier les nombreux gros plans sur les personnages massacrés à coups de battes, ou sur les personnages marchant dans de la merde de chien !).
Une ambiance violente et presque nihiliste, dans une Amérique profonde quasi caricaturale. On est dans du thriller poisseux, dans lequel la frontière entre Bien et Mal est tenue, où la morale et la loi se sont égarées, loin.
Aaron use d’une technique classique faisant intervenir les uns après les autres les personnages, qui n’apparaissent qu’une fois que le personnage précédent a épuisé toutes les possibilités scénaristiques. C’est un peu artificiel, mais globalement efficace (voir par exemple la fille du héros), même si je ne suis pas convaincu par certains personnages – comme le sauve qui vit et chasse à l’arc dans les marais par exemple).
Par-delà les facilités habituelles (c’est fou quand même ce qui peut se passer dans ce type de coin paumé, sans que cela ne transpire « à l’extérieur » - police, justice, etc…), les très très nombreux passages autour du football américain m’ont lassé. C’est trop long (parfois répétitif) et cela aurait pu et dû être élagué. Outre que le sujet ne me passionne pas a priori, c’est long et n’apporte pas toujours quelque chose à l’intrigue, cela fait parfois un peu remplissage.
Et l'abandon nous laisse en plan concernant le pétage de plomb annoncé de la fille...
Rhésus, un singe issu d'une capsule spatiale, atterrit au sein d'une tribu de macaques dominée par un chef brutal. Profitant de leur crédulité, il se fait passer pour un prophète et fonde un culte qui, de croyances en dogmes, finit par installer un nouveau système de pouvoir, tout aussi oppressif que l'ancien.
Athée depuis toujours, et ayant déjà beaucoup réfléchi aux religions comme mécanismes sociaux et politiques de domination, je n'ai rien trouvé de vraiment édifiant ou nouveau dans le propos. La démonstration est limpide, mais très frontale, presque scolaire par moments. Tout ce qui arrive est prévisible : l'invention du dogme, l'assimilation par une populace trop naïve, la récupération du pouvoir, la concurrence entre prêtres, la manipulation des foules... J'avais souvent l'impression d'assister à une thèse illustrée plutôt qu'à un vrai récit. En plus, j'avais déjà lu il y a longtemps le diptyque Destin Farceur dans la série Pacush Blues, qui racontait sensiblement la même chose dans un décor animalier comparable, avec plus de finesse et de mordant. Du coup, difficile pour moi de ne pas ressentir un fort goût de déjà-vu.
Côté dessin, c'est plutôt réussi. Le trait est dynamique, expressif, les singes sont très vivants et les planches à l'aquarelle apportent une belle atmosphère. La lecture est fluide et agréable. Cela dit, la mise en scène reste assez répétitive et les décors évoluent peu, ce qui accentue encore la sensation de longueur sur près de 300 pages. Par ailleurs, cette société de singes comme miroir instinctif de l'humanité m'a aussi rappelé Le Singe qui aimait les fleurs du même auteur, ce qui renforce cette impression de redite.
Au final, je reconnais la cohérence et l'efficacité du propos, mais entre la longueur, le côté démonstratif et le déjà-vu, je ne me suis certes pas ennuyé mais je n'ai jamais été vraiment transporté.
Même avis que mes prédécesseurs, cette lecture me parait assez oubliable. On a droit à une satire du réchauffement climatique sur la banquise, avec des pingouins anthropomorphes et des humains caricaturaux, structurée en gaufriers de quatre cases avec une chute par page... mais dans les faits, ça ne prend jamais vraiment.
La majorité des gags tombe à plat : j'ai dû esquisser deux ou trois sourires, notamment concernant El Pinguino qui est le seul personnage assez amusant. Pour le reste, c'est de la déconne facile, avec des clichés déjà vus mille fois (Trump débile, militaires bourrins, scientifique écolo paniquée, télé-réalité crétine, politiciens incompétents). Rien de très mordant ni vraiment surprenant. C'est un humour parodique assez cliché et un peu lourd.
Le message est là, mais il manque de finesse et d'efficacité comique pour vraiment marquer.
A mon tour de donner un avis et je dois avouer que j'étais anxieux à l'idée d'être le premier à ne pas aimer : j'avais en effet feuilleté l'album et la noirceur de ses planches ainsi que le thème abordé de la musique qui en général ne ressort jamais correctement en BD avait retardé longtemps mon envie d'acheter l'album. Finalement, après lecture, je ne peux qu'abonder dans le sens qu'il s'agit d'une très belle BD, à tous points de vue.
Bel objet pour commencer, avec son grand format, son épaisse pagination, sa couverture comme dorée à l'or fin et ses pages cousues. Seul regret, mon exemplaire, le dernier encore en vente chez mon libraire avait le marque-page arraché.
Beau graphisme ensuite. Les premières pages donnent une impression de gravure à l'ancienne. Mais si l'on y regarde de près, il est composé d'une forme de tramage probablement informatique qui donne un très bon rendu des lumières et ombrages. C'est parfois très sombre, un peu étouffant, mais c'est aussi souvent très beau. Le trait n'est pas en reste, d'une grande finesse, avec de belles compositions parfaitement maitrisées. Il y a aussi un subtil jeu sur les couleurs alors que l'ensemble est en noir et blanc, couleurs qui permettent de faire ressortir l'émotion artistique puisqu'on les retrouve dans la représentation de la musique et des chants quand ils atteignent une forme de grâce intense, mais aussi discrètement présent dans les tableaux du personnage peintre qui apparait vers la fin de l'album. Et enfin la représentation de la musique elle-même est sans doute la première qui me convainc dans le média BD. Elle ne représente pas un air ou une chanson en particulier mais plus une forme d'émotion, de ressenti, avec plus ou moins d'intensité, de mordant ou de douceur. Et cette représentation de l'émotion, l'auteur l'utilise aussi pour les sons et les scènes choc, qui marqueront ainsi autant les protagonistes que le lecteur. C'est très bien fait, très bien trouvé. Et c'est ce choix de représentation qui m'a rendu très intense et fort le moment du Ressurectio en fin d'histoire. Remarquable !
Et enfin très bonne histoire, dense et intense. Elle commence dans l'obscurité et l'étouffement, avec une forme de ténèbres qui aurait facilement pu me rebuter mais est heureusement compensée par l'humanité et la bienveillance de la relation entre les deux jumeaux. Et peu à peu les chapitres remontent vers la lumière, vers la civilisation et la finesse artistique, alors que la relation entre les héros s'étiole doucement mais sûrement. Il y aurait beaucoup à en dire, les thématiques se mêlent, les intrigues se croisent et se succèdent. C'est souvent fort, régulièrement cruel, mais aussi intense et beau. Je n'ai pas été fondamentalement emporté par ce récit, et en particulier par cette opposition entre humilité et vanité qui forme la clé de son intrigue à partir de la moitié de l'album, mais certains moments sont marquants de beauté. Et surtout tout le scénario est très intelligemment mené, très subtil en matière de création de personnages et de relations humaines et artistiques. On touche là au chef-d'œuvre, ou au moins à la grande œuvre qui sort des sentiers battus.
Une lecture à ne pas manquer même si elle m'a moins touché que d'autres.
Dans un Japon qui a légalisé le mariage entre homosexuels, deux amies finissent par se marier entre elles pour ne pas finir seules. Mais vont-elles seulement rester des amies ou leurs sentiments vont changer ? Est-ce que c'est facile pour deux amies de vivre ensemble ?
C'est le postulat de cette série yuri qui sort un peu de l'ordinaire ou du moins on est pas dans le style de yuri que j'ai lu jusqu'à présent. Pour une fois, ce n'est pas une histoire tragique mettant en vedette des étudiants ou une série pour mecs qui trouve ça chaud de voir deux filles se toucher les seins toutes les 5 pages. Malheureusement, malgré une idée de départ intéressante je me suis vite ennuyé. On est dans un manga qui décrit la vie quotidienne des personnages dans un ton souvent feel good. Je ne sais pas si c'est un problème de différences culturelles, mais les mangas qui racontent la vie quotidienne m'ennuient souvent. Il ne se passe pas grand chose d'intéressant. Le plus grand drame dans les deux premiers tomes (j'ai pas eu la force de lire le troisième tome) est qu'une des amies veut acheter des produits ménagères et l'autre ne veut pas.
En même temps, j'ai l'impression de ne pas être le public-cible. Je veux dire, l'action se passe dans un Japon plus tolérant que dans la vraie vie. Le Japon n'a toujours pas légalisé le mariage gay et ici c'est le cas et personne ne semble juger les couples homosexuels. Les deux femmes ont des problèmes de couples 'normaux' qui ne sont pas liés à leur possible orientation... Bref, ça va peut-être être plus apprécié par des lecteurs LGBT ou par des lecteurs hétéros en couple qui pourraient se reconnaitre dans des situations. Moi je suis célibataire endurci alors les problèmes du couple me sont passés au-dessus de la tête.
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Pour la marine, elle sonne le glas de la construction en bois. - Ce tome est le vingt-quatrième de la série, il constitue une histoire complète indépendante de toute autre, ne nécessitant pas de connaissances préalables pour pouvoir l’apprécier. Son édition originale date de 2025. Il a été réalisé par Jean-Yves Delitte pour le scénario, Sandro Masin pour les dessins, et le studio Logicfun pour les couleurs. Il comprend une courte introduction de Denis-Michel Boëll, conservateur général du patrimoine, sur les grandes batailles navales majeures (les historiens en dénombrent plus d’un demi-millier), et sur la présente collection. Il se termine avec un dossier historique de huit pages, réalisé par l’auteur, comprenant six chapitres illustrés par des documents d’archive, intitulés : D’abord un peu d’histoire, Un état des lieux bien triste, Une nouvelle arme dévastatrice, Une guerre de petits pas, Avant le désastre, La conclusion. Dans un camp militaire de fortune, le lieutenant Dimitri est en train de lire un article de journal à Piotr, un autre lieutenant : La victoire remportée à Sinope en ce merveilleux mois de novembre témoigne de nouveau que notre flotte de la mer Noire a rempli dignement sa mission. C’est avec une joie sincère et cordiale que je remercie mes braves marins pour ce fait d’armes accompli à la gloire de la Russie. C’est grâce à votre belle vaillance que nous avons vaincu. Oui, je l’affirme haut et fort, vous faites ma fierté. Grâce à vous, mes braves marins, l’honneur du pavillon russe flotte haut. Nos ennemis ottomans, qui ont eu le tort et l’arrogance de nous défier, ne peuvent que le regretter. Piotr s’emporte : ce n’est pas un beau texte, c’est un torchon, ce discours remonte à l’année dernière, cette feuille de chou n’est plus qu’un torchon pour se frotter les fesses. Toujours énervé, il continue véhément : la situation est catastrophique, les Français et les Anglais les assiègent et Sébastopol finira par tomber. Alors le beau discours de leur tsar sur une bataille qui remonte à plus d’une année… Il poursuit : C’est parce qu’ils ont écrasé les Ottomans à cette maudite bataille que les Français et les Anglais sont entrés dans la danse. Quelques temps plus tard, sur le rivage de la mer Noire, près de la forteresse de Saint-Nicolas en octobre 1853, le même régiment avance en colonne, pour rejoindre à pied la ville de Poti. La discussion a repris entre les deux lieutenants. Dimitri tance son collègue en lui rappelant qu’ils sont les seuls officiers qui restent, ils se doivent de faire bonne figure sinon les gars, tout moujiks qu’ils sont, vont finir par se poser des questions. Il met en avant qu’on leur a vanté d’être la plus puissante des armées et la forteresse est tombée en moins d’une journée ! Les deux officiers estiment que la faute en incombe au colonel Poutinich qui commandait la place : à l’entendre, Saint-Nicolas était inexpugnable ! Dimitri le revoit encore vanter les qualités de la forteresse en frisant sa petite moustache d’aristocrate avant qu’elle ne soit arrachée par un boulet. Répondant à Piotr, il lui fait observer qu’ils n’ont aucune noblesse : à la table des rangs leurs père ne sont même pas repris. Une nouvelle bataille navale dans cette collection, un même dispositif narratif, avec des spécificités propres pour mettre en lumière les enjeux dans la perspective historique, et son importance dans l’évolution des affrontements maritimes. Le scénariste maîtrise totalement son dispositif pour une narration fluide et facile à lire, tout en comprenant de nombreuses informations de nature diverse, véhiculées par de nombreux autres moyens que les textes. Cette fois-ci, le point d’ancrage pour les lecteurs se compose de deux duos, chacun dans un camp différent. Comme d’habitude, le rôle des femmes est réduit à la portion congrue : ici, il est juste question de l’épouse du capitaine français par le biais d’une photographie qu’il a toujours avec lui dans un médaillon, et par les remarques railleuses de l‘officier supérieur de la Royal Navy qui estime que la sienne est une mégère. Ces deux officiers ont été envoyés en mission d’observation par leur gouvernement respectif : ils sont donc amenés à commenter l’organisation de la flotte ottomane, la qualification de leurs marins, et l’omniprésence de l’utilisation du bakchich, c’est-à-dire les pots-de-vin, et les dessous-de-table, ou autres passe-droits et faveurs. Par leurs commentaires acerbes, le lecteur se fait une idée du peu d’estime ou de considération que les nations européennes accordent à l’Empire ottoman, de l’analyse qu’elles font de l’inefficacité de leurs armées, et du caractère inéluctable de leur défaite quelle que soit la réalité des forces en présence. Toutefois, cette description à charge d’une Marine rendue inefficace par la corruption trouve une forme de contraposée avec une remarque de l’officier français. Il évoque à son interlocuteur britannique ces officiers qui, forts de la réputation de leur marine, ont monnayé leurs services. Il raconte qu’il a un oncle qui se trouvait à la bataille de Navarin… Il commandait une frégate – turque ! Cet oncle n’a pas trouvé la mort à la bataille de Navarin : il y a trouvé la fortune. Non seulement les Turcs ont payé chèrement ses services, mais il a débarqué avant les premiers coups de canon, car il refusait de se battre contre des compatriotes. L’histoire des deux lieutenants russes contraste également avec celle de ces deux conseillers : le récit commence alors qu’ils sont dans un camp de fortune, puis ils s’éloignent de la forteresse de Saint-Nicolas qui vient d’être ravagée. Une fois arrivés à Poti, une ville portuaire de Géorgie, ils sont sèchement reçus par le major commandant la garnison, qui les affecte d’office sur un vraquier, le Ivanoz, car leur présence l’embarrasse. Quand enfin le navire quitte le port, trois semaines plus tard, ils constatent rapidement son piètre état, et il y a cafard dans la soupe. En suivant leur périple et leurs différentes affectations, le lecteur observe une autre forme de désorganisation, différente de l’impéritie des soldats ottomans. En découvrant la couverture, le lecteur a bien conscience que la narration visuelle est assurée par un autre artiste que Jean-Yves Delitte dont il a pu apprécier la solidité des illustrations dans d’autres tomes de cette série. Ce peintre de la Marine a toutefois réalisé la couverture, montrant un navire ottoman subir le feu des canons russes, devant la ville de Sinope justement. Bien évidemment, le lecteur est venu pour les visuels de la bataille navale, et pour les moments en mer, qui totalisent dix-sept pages. L‘artiste s’applique, comme attendu, sur les gréements (il ne manque pas un seul cordage), sur l’exactitude historique de la forme des différents navires (sans aucun doute supervisé par le scénariste). En page quatorze, il réalise un dessin occupant la largeur de la page et le tiers de la hauteur : l’ensemble des navires ottomans mouillant dans la rade de Sinope, avec la côte en arrière-plan, une belle escadre. En planche dix-sept, c’est le fragile navire ottoman de Piotr et Dimitri pris dans une tempête avec d’immenses vagues. Puis vient le temps de la bataille navale attendue : le lecteur assiste à l’avancée des navires russes fendant les flots en formation, il voit les premiers coups de canon avec la sensation d’entendre le bruit assourdissant et d’humer l’odeur de la poudre. Et enfin, les navires brûlent au-dessus de l’eau, au soir du combat. L’artiste a également effectué les recherches indispensables et nécessaires pour les uniformes et les armes, ainsi que pour les objets du quotidien et les bâtiments : il s’agit d’une solide reconstitution historique. Le coloriste s’aligne sur les lignes directrices de Douchka Delitte, coloriste régulière de la série : une palette de couleurs un peu ternies et parfois sombres, pour souligner la dimension tragique et brutale de la vie militaire et des affrontements. La narration visuelle s’effectue dans des cases rectangulaires, bien alignées en bande. Régulièrement le lecteur peut relever un détail remarquable : les caractères cyrilliques sur un journal, des bois de construction à proximité d’une cale, les lanternes pendant du plafond pour éclairer une terrasse, la forme d’une fontaine d’ornementation et son bassin dans une luxueuse demeure, le boîtier dans lequel le capitaine français conserve le portrait de son épouse, etc. Il manque la sensation d’âpreté propre aux dessins de Delitte. Au travers de la bande dessinée, le lecteur découvre le déroulement de la bataille, ainsi que les circonstances y menant. Il prend plaisir à lire le dossier en fin d’ouvrage, pour en apprendre plus sur le mécanisme de détérioration des relations entre Ottomans et Russes, sur l’état réel de la Marine des deux forces en présence, sur la ville de Sinop (pour laquelle l’auteur a préféré l’écriture avec un E final), et sur… le canon-obusier. Le récit passe sous silence l’importance de cette évolution dans l’armement des navires, et le dossier y revient en détail, expliquant sa puissance, et comment cette bataille navale a sonné le glas de la construction en bois. En filigrane, il est également question de diplomatie à l’échelle européenne, et, déjà, de militaires de carrière monnayant leurs services pour d’autres puissances, en tant que consultants extérieurs. Une autre bataille dans la longue succession de guerres russo-ottomanes. Comme à son habitude, le scénariste excelle dans la conception synthétique de son intrigue, entre faits historiques, narration de la bataille et ancrage humain pour le lecteur avec des personnages de chaque camp. La narration visuelle présente un bon niveau, entre une solide reconstitution historique bien documentée, et une mise en scène classique à la lisibilité immédiate, manquant peut-être un peu de fougue, par rapport à d’autre tomes de la série. Le dossier final vient consolider les éléments historiques, et développer d’autres points, comme l’utilisation du canon-obusier.
V pour Vendetta
L'Anarchie vaincra dans une Angleterre totalitaire ! Grâce à un héros des plus manipulateurs, ce qui n'est pas très éthique mais compréhensible et donne lieu à des péripéties bien tordues ! Comme et plus durement que Monte Cristo, il est mort et accompli sa vengeance, le long d'une vie qui se dévoile avec les turpitudes des pontes du régime qu'il fait tomber les uns après les autres. Le dessin est aussi oppressant que l'intrigue et le tout égale Watchemen, quel meilleur compliment ? J'ai pourtant moins aimé cette lecture car bien que mon esprit l'égale à ce titre emblématique, mon cœur ne suivait pas, par exemple parce que la manière dont le héros manipule une jeune fille, dit-il pour son bien, ne me semble pas indispensable à la chute du régime, et bien cruelle… et que si décidément, les dessins sont très bons, ils me plaisaient bien moins que ceux de Watchemen.
Le Transperceneige
Noir blanc et gris, dessin assez brutal pour s'accorder à celle de l'histoire sans parler d'un style reconnaissable : je dis que ça vaut au moins une lecture. Sans être un chef d'œuvre, il y a le pitch relativement original : une histoire de survie dans un train lancée dans le froid, arche de survie avec lutte entre les riches et les pauvres pour les ressources. Et qui accroche : on reste assis comme actuellement, sauf qu'on voyage vers nulle part : ce qui est absurde face au monde contemporain, mais qui ne l'est pas dans ce monde car cela assure la survie. Le dernier des derniers, un des passagers de dernière classe remonte jusqu'à la première, on découvre ce monde, on s'attache au survivant, et peut-être surtout à une idéaliste promouvant de meilleures conditions de vie pour les dernières classes. Sinon, beaucoup de choses sont téléphonées, l'attitude des dirigeants, des privilégiés, de leurs servants. Cette bd me fait penser que j'aimerais en lire de meilleures sur la survie après quelque catastrophe, sur le train, ou un mélange des deux si cette bd et ses suites n'ont pas trop gâchées le sujet.
Nouvelle France
La superbe couverture a de suite attiré mon attention avec ce guerrier Iroquois sur un cheval. L'histoire se déroule pendant la guerre de sept ans (1756-1763). Pierre Archange est un français expatrié en Nouvelle France, il a adopté la vie de coureur des bois. Il passe l'hiver chez les Shawnees où il trouve l'amour en la personne de Lune Pâle qui lui donne un fils. La guerre va le rattraper, il va devoir retourner sur le continent européen pour se battre contre les prussiens, en laissant son enfant au père de sa défunte épouse. Il aura eu le temps de se faire pour ennemi Akaash, un Iroquois qui ne rêve que de vengeance. A son retour en Nouvelle France, après plusieurs années, Archange part à la recherche de son fils. Une fresque Historique, Stephen Desberg a bien bossé son sujet. Lieux, personnages illustres et batailles : rien à redire. Par contre, pour la géopolitique c'est plus succinct. Un récit qui part sur de bonnes bases, mêmes si très classiques, mais il s'essouffle vite hélas. Une narration trop centré sur la partie Histoire et sur la dénonciation de la guerre, elle en devient trop studieuse, chaotique et manquant de lyrisme. Un coureur des bois qui m'a laissé indifférent. Je trouve la conclusion fade et prévisible. Le point fort de cet album c'est le dessin de Bernard Vrancken, il est magnifié par des couleurs directes, je pense même à l'aquarelle pour certains paysages. Le rendu est magnifique avec le travail sur la luminosité et le dépaysement est garanti (forêt enneigée). La mise en page aérée fait la part belle aux grands espaces en n'omettant pas les gros plans sur les personnages. Je me dois de louer la qualité du bouquin des éditions Daniel Maghen, comme toujours. Pour les amateurs du genre.
Mécaniques du fouet
Un album étrange, original, sur une personne et un sujet qui l’est tout autant. Dabitch a visiblement été envoûté par le personnage d’Eugénie. Elle a laissé très peu de traces – essentiellement dans quelques archives de police, mais suffisamment pour intriguer l’auteur, qui cherche à nous transmettre le virus. Il faut dire qu’Eugénie est des plus atypiques. Ayant reçu une très bonne éducation, mais ayant souffert du déclassement consécutif à la ruine de ses parents, elle devient nonne, puis, peu à peu de retour à Paris, devient une sorte de prostituée/proxénète, adepte d’un certain SM. Peu de document pour étayer cette biographie. Dabitch invente donc pas mal, et développe, en plusieurs chapitres, une sorte de dialogue entre lui et Eugénie, comme s’il recevait témoignage ou confession, comme si d’enquêteur -et elle en a connu des enquêteurs de police qui la traquait !) il se transformait en confident. Le procédé est étonnant, mais donne vie à cette femme à la fois libre et pleine de contradictions, emportée par son élan, se cherchant jusqu’au bout. L’ensemble est inégal, avec des longueurs, des passages un peu obscurs (à plusieurs reprises Dabitch intercale entre les chapitres quelques pages de texte, mêlant monologue et commentaires ressemblant à un documentaire). Mais ça se laisse lire agréablement, on est immanquablement intrigué par cette destinée improbable. Pour accompagner ce récit, je retrouve le dessin de Jorge Gonzalez. Un travail à l’aquarelle, qui vire parfois à l’abstrait. Comme pour la vie d’Eugénie, on ne peut qu’être intrigué par l’aspect graphique. Gonzalez a vraiment beaucoup de talent. Son style ne conviendra sans doute pas à tous (on est à des années lumières du franco-belge classique, et parfois proche de la peinture), mais on ne peut lui dénier de la force et de la beauté. Il convient bien au sujet, avec une ambiguïté, une vision un peu diaphane des choses – même si parfois éclate la couleur. A noter que les auteurs, sur un sujet qui aurait pu être scabreux, ne tombent jamais dans le voyeurisme, l’obscénité.
Southern Bastards
Bon, ça se laisse lire, c’est dynamique, et les amateurs de comics moderne tendance violente y trouveront sans doute leur compte – d’où les trois étoiles. Me concernant, je suis resté un chouia sur ma faim. Le dessin n’est pas forcément mon truc, mais c’est vraiment dans la lignée des comics modernes, et c’est globalement lisible. Mais colorisation et dessin ne cherchent pas à peaufiner les détails, c’est du travail à gros trait je trouve. Mais c’est raccord avec l’intrigue et le ton développé finalement, car là aussi on ne joue pas dans la finasse (voir en particulier les nombreux gros plans sur les personnages massacrés à coups de battes, ou sur les personnages marchant dans de la merde de chien !). Une ambiance violente et presque nihiliste, dans une Amérique profonde quasi caricaturale. On est dans du thriller poisseux, dans lequel la frontière entre Bien et Mal est tenue, où la morale et la loi se sont égarées, loin. Aaron use d’une technique classique faisant intervenir les uns après les autres les personnages, qui n’apparaissent qu’une fois que le personnage précédent a épuisé toutes les possibilités scénaristiques. C’est un peu artificiel, mais globalement efficace (voir par exemple la fille du héros), même si je ne suis pas convaincu par certains personnages – comme le sauve qui vit et chasse à l’arc dans les marais par exemple). Par-delà les facilités habituelles (c’est fou quand même ce qui peut se passer dans ce type de coin paumé, sans que cela ne transpire « à l’extérieur » - police, justice, etc…), les très très nombreux passages autour du football américain m’ont lassé. C’est trop long (parfois répétitif) et cela aurait pu et dû être élagué. Outre que le sujet ne me passionne pas a priori, c’est long et n’apporte pas toujours quelque chose à l’intrigue, cela fait parfois un peu remplissage. Et l'abandon nous laisse en plan concernant le pétage de plomb annoncé de la fille...
Le Crépuscule des Idiots
Rhésus, un singe issu d'une capsule spatiale, atterrit au sein d'une tribu de macaques dominée par un chef brutal. Profitant de leur crédulité, il se fait passer pour un prophète et fonde un culte qui, de croyances en dogmes, finit par installer un nouveau système de pouvoir, tout aussi oppressif que l'ancien. Athée depuis toujours, et ayant déjà beaucoup réfléchi aux religions comme mécanismes sociaux et politiques de domination, je n'ai rien trouvé de vraiment édifiant ou nouveau dans le propos. La démonstration est limpide, mais très frontale, presque scolaire par moments. Tout ce qui arrive est prévisible : l'invention du dogme, l'assimilation par une populace trop naïve, la récupération du pouvoir, la concurrence entre prêtres, la manipulation des foules... J'avais souvent l'impression d'assister à une thèse illustrée plutôt qu'à un vrai récit. En plus, j'avais déjà lu il y a longtemps le diptyque Destin Farceur dans la série Pacush Blues, qui racontait sensiblement la même chose dans un décor animalier comparable, avec plus de finesse et de mordant. Du coup, difficile pour moi de ne pas ressentir un fort goût de déjà-vu. Côté dessin, c'est plutôt réussi. Le trait est dynamique, expressif, les singes sont très vivants et les planches à l'aquarelle apportent une belle atmosphère. La lecture est fluide et agréable. Cela dit, la mise en scène reste assez répétitive et les décors évoluent peu, ce qui accentue encore la sensation de longueur sur près de 300 pages. Par ailleurs, cette société de singes comme miroir instinctif de l'humanité m'a aussi rappelé Le Singe qui aimait les fleurs du même auteur, ce qui renforce cette impression de redite. Au final, je reconnais la cohérence et l'efficacité du propos, mais entre la longueur, le côté démonstratif et le déjà-vu, je ne me suis certes pas ennuyé mais je n'ai jamais été vraiment transporté.
Banquiz
Même avis que mes prédécesseurs, cette lecture me parait assez oubliable. On a droit à une satire du réchauffement climatique sur la banquise, avec des pingouins anthropomorphes et des humains caricaturaux, structurée en gaufriers de quatre cases avec une chute par page... mais dans les faits, ça ne prend jamais vraiment. La majorité des gags tombe à plat : j'ai dû esquisser deux ou trois sourires, notamment concernant El Pinguino qui est le seul personnage assez amusant. Pour le reste, c'est de la déconne facile, avec des clichés déjà vus mille fois (Trump débile, militaires bourrins, scientifique écolo paniquée, télé-réalité crétine, politiciens incompétents). Rien de très mordant ni vraiment surprenant. C'est un humour parodique assez cliché et un peu lourd. Le message est là, mais il manque de finesse et d'efficacité comique pour vraiment marquer.
Soli Deo Gloria
A mon tour de donner un avis et je dois avouer que j'étais anxieux à l'idée d'être le premier à ne pas aimer : j'avais en effet feuilleté l'album et la noirceur de ses planches ainsi que le thème abordé de la musique qui en général ne ressort jamais correctement en BD avait retardé longtemps mon envie d'acheter l'album. Finalement, après lecture, je ne peux qu'abonder dans le sens qu'il s'agit d'une très belle BD, à tous points de vue. Bel objet pour commencer, avec son grand format, son épaisse pagination, sa couverture comme dorée à l'or fin et ses pages cousues. Seul regret, mon exemplaire, le dernier encore en vente chez mon libraire avait le marque-page arraché. Beau graphisme ensuite. Les premières pages donnent une impression de gravure à l'ancienne. Mais si l'on y regarde de près, il est composé d'une forme de tramage probablement informatique qui donne un très bon rendu des lumières et ombrages. C'est parfois très sombre, un peu étouffant, mais c'est aussi souvent très beau. Le trait n'est pas en reste, d'une grande finesse, avec de belles compositions parfaitement maitrisées. Il y a aussi un subtil jeu sur les couleurs alors que l'ensemble est en noir et blanc, couleurs qui permettent de faire ressortir l'émotion artistique puisqu'on les retrouve dans la représentation de la musique et des chants quand ils atteignent une forme de grâce intense, mais aussi discrètement présent dans les tableaux du personnage peintre qui apparait vers la fin de l'album. Et enfin la représentation de la musique elle-même est sans doute la première qui me convainc dans le média BD. Elle ne représente pas un air ou une chanson en particulier mais plus une forme d'émotion, de ressenti, avec plus ou moins d'intensité, de mordant ou de douceur. Et cette représentation de l'émotion, l'auteur l'utilise aussi pour les sons et les scènes choc, qui marqueront ainsi autant les protagonistes que le lecteur. C'est très bien fait, très bien trouvé. Et c'est ce choix de représentation qui m'a rendu très intense et fort le moment du Ressurectio en fin d'histoire. Remarquable ! Et enfin très bonne histoire, dense et intense. Elle commence dans l'obscurité et l'étouffement, avec une forme de ténèbres qui aurait facilement pu me rebuter mais est heureusement compensée par l'humanité et la bienveillance de la relation entre les deux jumeaux. Et peu à peu les chapitres remontent vers la lumière, vers la civilisation et la finesse artistique, alors que la relation entre les héros s'étiole doucement mais sûrement. Il y aurait beaucoup à en dire, les thématiques se mêlent, les intrigues se croisent et se succèdent. C'est souvent fort, régulièrement cruel, mais aussi intense et beau. Je n'ai pas été fondamentalement emporté par ce récit, et en particulier par cette opposition entre humilité et vanité qui forme la clé de son intrigue à partir de la moitié de l'album, mais certains moments sont marquants de beauté. Et surtout tout le scénario est très intelligemment mené, très subtil en matière de création de personnages et de relations humaines et artistiques. On touche là au chef-d'œuvre, ou au moins à la grande œuvre qui sort des sentiers battus. Une lecture à ne pas manquer même si elle m'a moins touché que d'autres.
Mariée à ma meilleure amie
Dans un Japon qui a légalisé le mariage entre homosexuels, deux amies finissent par se marier entre elles pour ne pas finir seules. Mais vont-elles seulement rester des amies ou leurs sentiments vont changer ? Est-ce que c'est facile pour deux amies de vivre ensemble ? C'est le postulat de cette série yuri qui sort un peu de l'ordinaire ou du moins on est pas dans le style de yuri que j'ai lu jusqu'à présent. Pour une fois, ce n'est pas une histoire tragique mettant en vedette des étudiants ou une série pour mecs qui trouve ça chaud de voir deux filles se toucher les seins toutes les 5 pages. Malheureusement, malgré une idée de départ intéressante je me suis vite ennuyé. On est dans un manga qui décrit la vie quotidienne des personnages dans un ton souvent feel good. Je ne sais pas si c'est un problème de différences culturelles, mais les mangas qui racontent la vie quotidienne m'ennuient souvent. Il ne se passe pas grand chose d'intéressant. Le plus grand drame dans les deux premiers tomes (j'ai pas eu la force de lire le troisième tome) est qu'une des amies veut acheter des produits ménagères et l'autre ne veut pas. En même temps, j'ai l'impression de ne pas être le public-cible. Je veux dire, l'action se passe dans un Japon plus tolérant que dans la vraie vie. Le Japon n'a toujours pas légalisé le mariage gay et ici c'est le cas et personne ne semble juger les couples homosexuels. Les deux femmes ont des problèmes de couples 'normaux' qui ne sont pas liés à leur possible orientation... Bref, ça va peut-être être plus apprécié par des lecteurs LGBT ou par des lecteurs hétéros en couple qui pourraient se reconnaitre dans des situations. Moi je suis célibataire endurci alors les problèmes du couple me sont passés au-dessus de la tête.