Je suis tombé sur cette BD dont le sujet m'a immédiatement interpelé : le wax ! Le fameux tissu "africain" dont on fait les chemises et les boubous. Or, je suis grand amateur de Wax !
Si cette BD est sortie opportunément pendant une exposition parisienne précisément consacrée au Wax (c'est même une commande), elle ne passe pas à côté de son sujet. La jeune autrice Justine Sow, métis de père guinéen, et dont il s'agit de la première BD, livre même une bonne histoire qui ne fait pas l'impasse sur l'émotion. En effet, elle livre quelques souvenirs familiaux poignants, et surtout comment elle niait sa propre situation. Comment aussi elle a subit le racisme invisible, y compris de la part de sa très proche famille. Tout cela est bien fait. L'intro pose parfaitement le cadre, et le rendu documentaire est distillé en parallèle de l'histoire familiale. Le dessin remplit parfaitement sa fonction, et on apprend des choses étonnantes sur le fameux tissu que les femmes africaines ont parfaitement investi, pour ne pas dire subverti.
On regrettera simplement une fin abrupte, ainsi que la fugacité des scènes de famille, certes concentrées autour d'anecdotes et de dialogues bien choisis. L'ensemble manque d'un poil de percussion, d'où un côté un peu froid peut-être. Perso, j'aurais aimé quelque chose de plus investi d'autant qu'il y avait largement matière à le faire. Un petit bémol proportionnel au plaisir que j'ai eu à lire Wax Paradoxe.
Malgré tout, c'est une excellente lecture, on-ne-peut-plus recommandable, dont le titre est parfaitement choisi puisque tout y ramène. Il ne s'agit pas d'une BD reportage. C'est bien mieux que ça, plus fin que ça : c'est un détissage (clin d'oeil clin d'oeil) d'une histoire familiale dont les fils (métaphore filée) s'entremêlent avec ceux de la vie du fameux tissu. Une petite merveille scénaristique de ce point de vue (et je mets un coup de cœur après relecture)
Adaptation d'un roman d'Italo Calvino, "Le Baron perché nous conte l'histoire de Côme, qui à la suite d'une brouille avec son père décida de ne plus mettre pied à terre, quitte à vivre de très loin les joies et les drames de sa vie.
L'histoire, que je ne connaissais pas, n'est pas dépourvue d'intérêt même si on a du mal à comprendre l'entêtement du baron à rester perché. On pourra toutefois saluer sa volonté à rester fidèle à sa promesse et ce jusqu'à la fin. Le petit garçon que j'étais envie la jolie cabane dans les arbres du jeune Côme.
Une fois dis ça, on est spectateur des différents évènements sans arriver à les vivre pleinement et c'est peut être le plus gros reproche que l'on peut faire à cette ouvrage
J'ai trouvé le graphisme très honorable (en tout cas je n'y suis pas allergique) mais assez figé. La colorisation est pour sa part assez bien faite.
Au final "Le Baron perché" permet à l'occasion de passer un bon moment mais ne restera pas forcément en mémoire.
Note réelle : 2,5/5
Cette critique est la conséquence d'un achat compulsif sur un site d'occasion.
Parce qu'il est toujours plaisant de découvrir des bandes totalement méconnues.
Parce que, outre la superbe dédicace à l'intérieur, la couverture m'a rappellé la meilleure époque de Ric Hochet.
Deuxième page : on a droit à une femme démoniaque à poil dans son bain. Bon, je pense que le lectorat visé n'est pas le même.
En fait, on est sur du fantastique de gare avec un soupçon d'érotisme.
Les dialogues utilisent le language courant, rien à voir avec le style ampoulé vu dans Les Esclaves de la torpeur du même scénariste.
Le dessin de Laverdure, qui sent bon les années 80, n'est vraiment pas vilain. On a de belles couleurs, la mise en page est dynamique. Le charme rétro opére à plein régime.
Dommage que la fin soit un peu bâclée, sinon j'aurai donné les trois étoiles sans honte.
La série a été abandonnée après la parution du premier tome. Le deuxième épisode devait s'appeler "le gène de Caïn".
Un exemple de bande dessinée bis. A collectionner pour les amateurs, à fuir pour les autres.
Un polar fantastique comme Dufaux savait les produire durant son premier âge d'or, que je situe grosso modo entre 1985 et le milieu des années 90.
L'histoire tisse des liens avec une autre de ses œuvres, Les Enfants de la Salamandre.
C'est un peu tiré par les cheveux mais on ne peut pas nier que ça donne plus d'ampleur à cette fiction.
Dans les autres points de comparaison, on peut citer la qualité générale de l'intrigue qui est moins confuse. Elle se suit aisément sans que l'on ait besoin de revenir en arrière parce qu'on a loupé un détail.
Le trait de Renaud a passé un palier, surtout les décors. On retrouve cette centralité des visages mais avec un gaufrier mieux maitrisé, des échelles de plans qui gagnent en efficacité.
Son dessin reste très statique, même quand Dufaux intègre des phases d'action. Il est donc préférable d'apprécier son style pour rentrer dans l'histoire.
L'intégrale récemment publiée contient un épilogue inédit, mais celui ci n'apporte pas grand chose de plus.
Encore une réussite pour un des derniers mohicans de la bande dessinée.
Avant de se lancer dans la présente série, il est plus que conseillé de déjà connaître la 1ere trilogie : Valhalla hôtel.
Le lecteur se sera déjà fait une idée du ton assumé (un rien décalé et parfois un peu lourdingue), si vous n’avez pas un tantinet adhéré, inutile de poursuivre l’aventure, d’autant que l’on retrouve ici la même formule ainsi que les mêmes personnages mais « 10 ans après ».
J’avoue que ce n’est pas une suite que j’attendais spécialement, mais l’occasion s’étant présentée je n’ai pas boudé mon plaisir.
J’ai d’abord pesté sur le premier tome que j’ai trouvé un peu bavard et moins groovy qu’espérais, ne voyant pas de grande pertinence à ce 2eme cycle. Le 2eme tome se lâche un peu plus niveau action et moments WTF, j’y ai davantage adhéré, retrouvant mon plaisir de lecture dans les délires de l’auteur.
Finalement toujours dans la même veine que le 1er cycle niveau folie. Pas un indispensable mais une œuvre bien troussée pour les amateurs de série B.
Ce recueil enchaîne une dizaine de très courts récits d'horreur, dans le genre histoires à faire peur que les ados se racontent autour d'un feu de camp, avec auto-stoppeuses inquiétantes, métros hantés, monstres dans les bois, maisons isolées et autres apparitions démoniaques surgissant dans l'obscurité.
Visuellement, l'album fonctionne plutôt bien. Le dessin de Paskal Millet est solide, très chargé en noirs, avec une bonne maîtrise des ambiances nocturnes, des contrastes et des visages inquiétants. Certaines planches ont même un vrai impact graphique pour accentuer le malaise ou la surprise effrayante. On sent clairement l'influence des comics horrifiques américains et l'ensemble possède une vraie cohérence esthétique.
Mais tout cela manque énormément de subtilité dans sa mise en scène. Outre trop d'histoires plus ou moins déjà entendues ici et là, les scénarios jouent sur des effets extrêmement appuyés, comme un film d'horreur qui miserait trop sur ses screamers, des gros monstres noirs surgissant dans le champ ou des grimaces démoniaques. Beaucoup d'histoires reposent sur les réactions idiotes des personnages, du genre qui fait soupirer devant certains mauvais films d'horreur quand les protagonistes descendent seuls dans la cave inquiétante sans aucune lumière.
Les récits sont tellement courts qu'ils ressemblent parfois davantage à des résumés d'épisodes qu'à de véritables histoires. En quelques pages, quelqu'un croise une créature inquiétante, panique immédiatement, abandonne toute défense, pousse un cri et hop, fondu au noir. Cela devient presque comique par moments, comme si certains personnages mouraient simplement parce qu'un monstre leur a crié "bouh !". Les antagonistes affichent souvent d'énormes sourires carnassiers ultra démonstratifs censés suffire à terroriser leurs victimes, et le récit considère ensuite comme acquis que celles-ci vont se laisser mourir de peur sans opposer la moindre résistance.
Du coup, même si l'ambiance fonctionne parfois, on reste très loin de la subtilité psychologique ou du malaise progressif qu'on peut trouver chez Hitchcock ou dans certains récits de Lovecraft. Ici, tout est frontal, immédiat, démonstratif et trop souvent extrêmement prévisible. On devine quasiment toujours où chaque histoire va aboutir dès les premières pages, et les chutes tombent rarement autrement que comme des facilités.
La seule histoire qui m'a un peu marqué est celle du chalet avec le rieur aux fenêtres, justement parce que l'apparition possède pour une fois un petit côté réellement dérangeant et que l'atmosphère y fonctionne un peu mieux. Mais même là, la conclusion arrive trop vite et simplifie tout de manière assez frustrante.
Les amateurs de petites histoires horrifiques à l'ancienne pourront probablement y trouver leur compte grâce à l'ambiance graphique réussie. Mais pour ma part, cela m'a surtout donné l'impression d'une succession de déjà-vus ou d'idées trop faciles et sans finesse.
Marc-Antoine Mathieu ne m’a que rarement réellement déçu, et m’a souvent captivé, voire enthousiasmé avec ses séries qui, pour la plupart, c’est le moins que l’on puisse dire, ne manquent pas d’ambition.
Je me suis à plusieurs reprises fait la réflexion que lorsqu’il contacte Delcourt pour un nouveau projet, son éditeur doit marquer un temps d’arrêt, voire calmer une brusque palpitation, tant celui-ci est soumis à quelques lourdes contraintes. Et ici il y a en a, puisque Mathieu nous propose une sorte de livre lilliputien, sans doute l’un des plus petits du monde, qui n’est réellement lisible qu’avec la loupe fournie dans l’album/étui permettant à l’acheteur de ranger cet album au milieu des albums « normaux » de sa bibliothèque.
Amateur de paradoxes, Mathieu publie donc un livre minuscule traitant de l’infini. Le résultat ? Eh bien un ressenti très légèrement mitigé me concernant, mais globalement très positif.
En fait mon principal – et quasi unique – grief vient justement de la taille du livre lui-même. Car, une fois passée la stupeur de la prise en mains (en doigts devrais-je dire), la lecture est quand même quelque peu mal aisée. Une main occupée par la loupe – il faut trouver à chaque page le bon angle et la bonne distance pour déchiffrer les dialogues ! – ne reste plus que les doigts de l’autre pour tenir le livre, l’orienter vers la loupe, et tourner les pages – en posant la loupe à chaque fois. L’ergonomie est mise à rude épreuve, et c’est cette difficulté qui a sans doute un peu freiné mon plaisir de lecture.
Si le format est bien minuscule, Mathieu n’en a pas pour autant abandonné toute ambition, si ce n’est scénaristique, tout au moins narrative. C’est ainsi qu’il nous livre une sorte d’essai dialogué, le lecteur suivant deux personnages, dans leurs déambulations – au milieu des idées et des livres – et dans leur confrontation verbale, ininterrompue, avec comme centre d’intérêt l’infini. Les deux types discutent, se renvoient arguments et effets de mots – comme on le dit de manches – et Mathieu multiplient les jeux de mots, qui s’enchaînent de façon très fluide, en nourrissant parfaitement une réflexion pas si superficielle que ça.
J’ai trouvé qu’il y avait du Masse dans cet album. En particulier les deux bonhommes m’ont à plusieurs reprises fait penser à l’album Les Deux du balcon.
Ainsi, par-delà la prouesse éditoriale – et aussi la réelle difficulté de lecture – on a là un album ambitieux, qui satisfait plus que la curiosité des lecteurs, leur intellect ! Et si les deux philosophes jouent sur les mots, leurs échangent sont aussi ponctués d’humour – ce qui tend à alléger le propos.
Une nouvelle fois, je ne peux que m’incliner devant cet auteur, qui se renouvelle régulièrement, qui ne sacrifie jamais l’ambition narrative à ses propositions osées sur le médium BD. Je vous recommande chaudement de jeter plus qu’un œil sur cette loupe !
C’est le troisième volet du triptyque des mêmes auteurs, chaque album pouvant se lire séparément (je n’avais lu que le deuxième volet pour le moment). Si la lecture est sympathique et finalement très agréable, j’ai quand même eu plus de mal que pour le précédent opus à entrer dans l’histoire.
En effet, la première moitié est monocentrée sur l’héroïne, Mary, qu’on devine peu à peu fuyant un mari toxique, violent. Mais ce dernier n’apparait que via les messages agressifs qu’il laisse sur le téléphone de Mary, et on ne sait pas trop où Mary et l’intrigue vont nous mener.
Peu à peu les choses se mettent en place, et, comme Mary dans la seconde moitié du récit, on reprend pied.
La narration prend son temps (on pourrait presque reprocher à l’intrigue sa « légèreté », son manque de densité), pour un récit feel good ma foi sympathique (Mary a quand eu de la chance de tomber sur la famille de Lucy !).
Le dessin est lui aussi agréable, fluide, avec une colorisation elle aussi réussi.
Bref, avec cet album, les deux auteurs ont développé encore leur univers (ça n’est que dans les dernières pages que Mary fait le lien avec Jane, que j’avais pu croiser dans Lady Jane). Des albums sans prétention, mais loin d’être sans intérêt.
J’ai l’impression que les autres avis sur cet album sont masculins. Donc un avis de fille hétéro que la chose intéresse :-).
J’ai trouvé l’intention de l’auteur très louable. Faire parler des hommes de leur rapport à la sexualité, sans tabou et en exprimant leur ressenti sur les différents angles d’attaque proposés par le meneur de jeu.
Belle réussite du projet et on sent l’implication des intervenants pour essayer de développer la façon dont ils appréhendent leur sexualité. Et bons les angles d’attaque justement, il me semble que c’est cette approche qui a permis de libérer la parole tout en canalisant la conversation, bien vu.
Parole libérée qui m’a semblé bien sincère et sans gêne ni tabou. Bien qu’il reste quand même un dernier bloquage sur le sujet (ultime ?) de ...la taille du pénis bien sur.
J’ai donc bien apprécié d’en apprendre un peu plus sur le regard que portent les hommes sur le sujet (c’est vrai que ce n’est pas celui qui vient spontanément dans mes conversations avec des potes).
Mais j’ai, un peu comme certains aviseurs précédents, quelques regrets sur la représentativité de l’échantillonnage de ces messieurs. Certes, on a une heureuse diversité des orientations sexuelles, peut-être un peu trop d’ailleurs, l’homme ‘’hétéro-classique’’ semble quasi minoritaire mais pourquoi pas, il est présent. En revanche j’aurais bien vu aussi plus de diversité dans les âges des protagonistes (c’est une vieille qui parle), pas de quinqua ou de soixantenaire (ou plus), c’est un peu dommage, j’aurais aimé aussi avoir leur ressenti.
Après, je ne sais pas si l'édition augmentée apporte quelque chose à ce niveau.
Mais c’est peu de chose, j’ai quand même apprécié le fond, et la forme qui ne manque pas d’humour dans la présentation.
Grosse curiosité que cet album qui intéressera forcément les fans de Régis Loisel. Les Nocturnes est un recueil d'histoires courtes dessinées entre 1973 et 1977 environ, issues de différentes publications de jeunesse de Loisel, notamment du fanzine Tousse-Bourrin qu'il avait cofondé à l'époque. Rien que pour cela, l'album possède un vrai intérêt historique et permet de découvrir les tout débuts d'un auteur qui deviendra ensuite célèbre avec La Quête de l'Oiseau du Temps puis Peter Pan.
On y découvre l'évolution rapide de son dessin sur seulement quelques années. Les premières histoires n'ont pratiquement rien à voir avec le style qu'on lui associe aujourd'hui. Le trait est encore assez rigide, parfois réaliste, avec des influences visibles et finalement assez peu de personnalité propre. On sent déjà du talent et une vraie énergie graphique, mais pas encore cette nervosité ni cette expressivité qui deviendront sa signature. Au fil des récits, notamment dans les différentes histoires intitulées Nocturnes, son dessin commence progressivement à se transformer et à devenir beaucoup plus vivant, souple et personnel. On se rapproche alors davantage du style de Norbert le Lézard, paru peu après, étape intermédiaire vers La Quête de l'Oiseau du Temps.
En revanche, il faut être honnête : en dehors de cet aspect "archéologie de carrière", l'ensemble reste très marqué par son origine fanzine. Les scénarios, pourtant parfois signés par des noms qui deviendront fameux plus tard, restent très adolescents dans l'esprit. L'humour noir, la gaudriole et le côté grand-guignol sont omniprésents, souvent avec un goût du mauvais esprit ou de la provocation gratuite typique des jeunes auteurs de l'époque. Certaines histoires fonctionnent mieux que d'autres, mais globalement cela reste assez prévisible, inégal et pas franchement mémorable sur le fond.
Même matériellement, l'album trahit son statut de publication de récupération patrimoniale. Les éditions Kesselring ont manifestement fait ce qu'elles pouvaient avec les sources disponibles, mais la qualité de reproduction est parfois médiocre, avec des images un peu abîmées et certains textes difficilement lisibles.
Les Nocturnes vaut surtout comme document de curiosité pour suivre les débuts et l'évolution graphique d'un futur très grand dessinateur. Pour les admirateurs de Loisel, c'est intéressant à feuilleter parce qu'on y voit littéralement son style se construire sous nos yeux. Mais comme véritable lecture de bande dessinée, c'est quand même très mineur et pas franchement indispensable en dehors de cet intérêt historique.
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Wax paradoxe
Je suis tombé sur cette BD dont le sujet m'a immédiatement interpelé : le wax ! Le fameux tissu "africain" dont on fait les chemises et les boubous. Or, je suis grand amateur de Wax ! Si cette BD est sortie opportunément pendant une exposition parisienne précisément consacrée au Wax (c'est même une commande), elle ne passe pas à côté de son sujet. La jeune autrice Justine Sow, métis de père guinéen, et dont il s'agit de la première BD, livre même une bonne histoire qui ne fait pas l'impasse sur l'émotion. En effet, elle livre quelques souvenirs familiaux poignants, et surtout comment elle niait sa propre situation. Comment aussi elle a subit le racisme invisible, y compris de la part de sa très proche famille. Tout cela est bien fait. L'intro pose parfaitement le cadre, et le rendu documentaire est distillé en parallèle de l'histoire familiale. Le dessin remplit parfaitement sa fonction, et on apprend des choses étonnantes sur le fameux tissu que les femmes africaines ont parfaitement investi, pour ne pas dire subverti. On regrettera simplement une fin abrupte, ainsi que la fugacité des scènes de famille, certes concentrées autour d'anecdotes et de dialogues bien choisis. L'ensemble manque d'un poil de percussion, d'où un côté un peu froid peut-être. Perso, j'aurais aimé quelque chose de plus investi d'autant qu'il y avait largement matière à le faire. Un petit bémol proportionnel au plaisir que j'ai eu à lire Wax Paradoxe. Malgré tout, c'est une excellente lecture, on-ne-peut-plus recommandable, dont le titre est parfaitement choisi puisque tout y ramène. Il ne s'agit pas d'une BD reportage. C'est bien mieux que ça, plus fin que ça : c'est un détissage (clin d'oeil clin d'oeil) d'une histoire familiale dont les fils (métaphore filée) s'entremêlent avec ceux de la vie du fameux tissu. Une petite merveille scénaristique de ce point de vue (et je mets un coup de cœur après relecture)
Le Baron perché
Adaptation d'un roman d'Italo Calvino, "Le Baron perché nous conte l'histoire de Côme, qui à la suite d'une brouille avec son père décida de ne plus mettre pied à terre, quitte à vivre de très loin les joies et les drames de sa vie. L'histoire, que je ne connaissais pas, n'est pas dépourvue d'intérêt même si on a du mal à comprendre l'entêtement du baron à rester perché. On pourra toutefois saluer sa volonté à rester fidèle à sa promesse et ce jusqu'à la fin. Le petit garçon que j'étais envie la jolie cabane dans les arbres du jeune Côme. Une fois dis ça, on est spectateur des différents évènements sans arriver à les vivre pleinement et c'est peut être le plus gros reproche que l'on peut faire à cette ouvrage J'ai trouvé le graphisme très honorable (en tout cas je n'y suis pas allergique) mais assez figé. La colorisation est pour sa part assez bien faite. Au final "Le Baron perché" permet à l'occasion de passer un bon moment mais ne restera pas forcément en mémoire. Note réelle : 2,5/5
Le Syndrome des sorciers
Cette critique est la conséquence d'un achat compulsif sur un site d'occasion. Parce qu'il est toujours plaisant de découvrir des bandes totalement méconnues. Parce que, outre la superbe dédicace à l'intérieur, la couverture m'a rappellé la meilleure époque de Ric Hochet. Deuxième page : on a droit à une femme démoniaque à poil dans son bain. Bon, je pense que le lectorat visé n'est pas le même. En fait, on est sur du fantastique de gare avec un soupçon d'érotisme. Les dialogues utilisent le language courant, rien à voir avec le style ampoulé vu dans Les Esclaves de la torpeur du même scénariste. Le dessin de Laverdure, qui sent bon les années 80, n'est vraiment pas vilain. On a de belles couleurs, la mise en page est dynamique. Le charme rétro opére à plein régime. Dommage que la fin soit un peu bâclée, sinon j'aurai donné les trois étoiles sans honte. La série a été abandonnée après la parution du premier tome. Le deuxième épisode devait s'appeler "le gène de Caïn". Un exemple de bande dessinée bis. A collectionner pour les amateurs, à fuir pour les autres.
Santiag
Un polar fantastique comme Dufaux savait les produire durant son premier âge d'or, que je situe grosso modo entre 1985 et le milieu des années 90. L'histoire tisse des liens avec une autre de ses œuvres, Les Enfants de la Salamandre. C'est un peu tiré par les cheveux mais on ne peut pas nier que ça donne plus d'ampleur à cette fiction. Dans les autres points de comparaison, on peut citer la qualité générale de l'intrigue qui est moins confuse. Elle se suit aisément sans que l'on ait besoin de revenir en arrière parce qu'on a loupé un détail. Le trait de Renaud a passé un palier, surtout les décors. On retrouve cette centralité des visages mais avec un gaufrier mieux maitrisé, des échelles de plans qui gagnent en efficacité. Son dessin reste très statique, même quand Dufaux intègre des phases d'action. Il est donc préférable d'apprécier son style pour rentrer dans l'histoire. L'intégrale récemment publiée contient un épilogue inédit, mais celui ci n'apporte pas grand chose de plus. Encore une réussite pour un des derniers mohicans de la bande dessinée.
Valhalla Bunker
Avant de se lancer dans la présente série, il est plus que conseillé de déjà connaître la 1ere trilogie : Valhalla hôtel. Le lecteur se sera déjà fait une idée du ton assumé (un rien décalé et parfois un peu lourdingue), si vous n’avez pas un tantinet adhéré, inutile de poursuivre l’aventure, d’autant que l’on retrouve ici la même formule ainsi que les mêmes personnages mais « 10 ans après ». J’avoue que ce n’est pas une suite que j’attendais spécialement, mais l’occasion s’étant présentée je n’ai pas boudé mon plaisir. J’ai d’abord pesté sur le premier tome que j’ai trouvé un peu bavard et moins groovy qu’espérais, ne voyant pas de grande pertinence à ce 2eme cycle. Le 2eme tome se lâche un peu plus niveau action et moments WTF, j’y ai davantage adhéré, retrouvant mon plaisir de lecture dans les délires de l’auteur. Finalement toujours dans la même veine que le 1er cycle niveau folie. Pas un indispensable mais une œuvre bien troussée pour les amateurs de série B.
Seule l'ombre
Ce recueil enchaîne une dizaine de très courts récits d'horreur, dans le genre histoires à faire peur que les ados se racontent autour d'un feu de camp, avec auto-stoppeuses inquiétantes, métros hantés, monstres dans les bois, maisons isolées et autres apparitions démoniaques surgissant dans l'obscurité. Visuellement, l'album fonctionne plutôt bien. Le dessin de Paskal Millet est solide, très chargé en noirs, avec une bonne maîtrise des ambiances nocturnes, des contrastes et des visages inquiétants. Certaines planches ont même un vrai impact graphique pour accentuer le malaise ou la surprise effrayante. On sent clairement l'influence des comics horrifiques américains et l'ensemble possède une vraie cohérence esthétique. Mais tout cela manque énormément de subtilité dans sa mise en scène. Outre trop d'histoires plus ou moins déjà entendues ici et là, les scénarios jouent sur des effets extrêmement appuyés, comme un film d'horreur qui miserait trop sur ses screamers, des gros monstres noirs surgissant dans le champ ou des grimaces démoniaques. Beaucoup d'histoires reposent sur les réactions idiotes des personnages, du genre qui fait soupirer devant certains mauvais films d'horreur quand les protagonistes descendent seuls dans la cave inquiétante sans aucune lumière. Les récits sont tellement courts qu'ils ressemblent parfois davantage à des résumés d'épisodes qu'à de véritables histoires. En quelques pages, quelqu'un croise une créature inquiétante, panique immédiatement, abandonne toute défense, pousse un cri et hop, fondu au noir. Cela devient presque comique par moments, comme si certains personnages mouraient simplement parce qu'un monstre leur a crié "bouh !". Les antagonistes affichent souvent d'énormes sourires carnassiers ultra démonstratifs censés suffire à terroriser leurs victimes, et le récit considère ensuite comme acquis que celles-ci vont se laisser mourir de peur sans opposer la moindre résistance. Du coup, même si l'ambiance fonctionne parfois, on reste très loin de la subtilité psychologique ou du malaise progressif qu'on peut trouver chez Hitchcock ou dans certains récits de Lovecraft. Ici, tout est frontal, immédiat, démonstratif et trop souvent extrêmement prévisible. On devine quasiment toujours où chaque histoire va aboutir dès les premières pages, et les chutes tombent rarement autrement que comme des facilités. La seule histoire qui m'a un peu marqué est celle du chalet avec le rieur aux fenêtres, justement parce que l'apparition possède pour une fois un petit côté réellement dérangeant et que l'atmosphère y fonctionne un peu mieux. Mais même là, la conclusion arrive trop vite et simplifie tout de manière assez frustrante. Les amateurs de petites histoires horrifiques à l'ancienne pourront probablement y trouver leur compte grâce à l'ambiance graphique réussie. Mais pour ma part, cela m'a surtout donné l'impression d'une succession de déjà-vus ou d'idées trop faciles et sans finesse.
L'Infiniment Moyen et plus si infinités dans les limites finies d'une édition minimaliste
Marc-Antoine Mathieu ne m’a que rarement réellement déçu, et m’a souvent captivé, voire enthousiasmé avec ses séries qui, pour la plupart, c’est le moins que l’on puisse dire, ne manquent pas d’ambition. Je me suis à plusieurs reprises fait la réflexion que lorsqu’il contacte Delcourt pour un nouveau projet, son éditeur doit marquer un temps d’arrêt, voire calmer une brusque palpitation, tant celui-ci est soumis à quelques lourdes contraintes. Et ici il y a en a, puisque Mathieu nous propose une sorte de livre lilliputien, sans doute l’un des plus petits du monde, qui n’est réellement lisible qu’avec la loupe fournie dans l’album/étui permettant à l’acheteur de ranger cet album au milieu des albums « normaux » de sa bibliothèque. Amateur de paradoxes, Mathieu publie donc un livre minuscule traitant de l’infini. Le résultat ? Eh bien un ressenti très légèrement mitigé me concernant, mais globalement très positif. En fait mon principal – et quasi unique – grief vient justement de la taille du livre lui-même. Car, une fois passée la stupeur de la prise en mains (en doigts devrais-je dire), la lecture est quand même quelque peu mal aisée. Une main occupée par la loupe – il faut trouver à chaque page le bon angle et la bonne distance pour déchiffrer les dialogues ! – ne reste plus que les doigts de l’autre pour tenir le livre, l’orienter vers la loupe, et tourner les pages – en posant la loupe à chaque fois. L’ergonomie est mise à rude épreuve, et c’est cette difficulté qui a sans doute un peu freiné mon plaisir de lecture. Si le format est bien minuscule, Mathieu n’en a pas pour autant abandonné toute ambition, si ce n’est scénaristique, tout au moins narrative. C’est ainsi qu’il nous livre une sorte d’essai dialogué, le lecteur suivant deux personnages, dans leurs déambulations – au milieu des idées et des livres – et dans leur confrontation verbale, ininterrompue, avec comme centre d’intérêt l’infini. Les deux types discutent, se renvoient arguments et effets de mots – comme on le dit de manches – et Mathieu multiplient les jeux de mots, qui s’enchaînent de façon très fluide, en nourrissant parfaitement une réflexion pas si superficielle que ça. J’ai trouvé qu’il y avait du Masse dans cet album. En particulier les deux bonhommes m’ont à plusieurs reprises fait penser à l’album Les Deux du balcon. Ainsi, par-delà la prouesse éditoriale – et aussi la réelle difficulté de lecture – on a là un album ambitieux, qui satisfait plus que la curiosité des lecteurs, leur intellect ! Et si les deux philosophes jouent sur les mots, leurs échangent sont aussi ponctués d’humour – ce qui tend à alléger le propos. Une nouvelle fois, je ne peux que m’incliner devant cet auteur, qui se renouvelle régulièrement, qui ne sacrifie jamais l’ambition narrative à ses propositions osées sur le médium BD. Je vous recommande chaudement de jeter plus qu’un œil sur cette loupe !
Deviation
C’est le troisième volet du triptyque des mêmes auteurs, chaque album pouvant se lire séparément (je n’avais lu que le deuxième volet pour le moment). Si la lecture est sympathique et finalement très agréable, j’ai quand même eu plus de mal que pour le précédent opus à entrer dans l’histoire. En effet, la première moitié est monocentrée sur l’héroïne, Mary, qu’on devine peu à peu fuyant un mari toxique, violent. Mais ce dernier n’apparait que via les messages agressifs qu’il laisse sur le téléphone de Mary, et on ne sait pas trop où Mary et l’intrigue vont nous mener. Peu à peu les choses se mettent en place, et, comme Mary dans la seconde moitié du récit, on reprend pied. La narration prend son temps (on pourrait presque reprocher à l’intrigue sa « légèreté », son manque de densité), pour un récit feel good ma foi sympathique (Mary a quand eu de la chance de tomber sur la famille de Lucy !). Le dessin est lui aussi agréable, fluide, avec une colorisation elle aussi réussi. Bref, avec cet album, les deux auteurs ont développé encore leur univers (ça n’est que dans les dernières pages que Mary fait le lien avec Jane, que j’avais pu croiser dans Lady Jane). Des albums sans prétention, mais loin d’être sans intérêt.
Pénis de table
J’ai l’impression que les autres avis sur cet album sont masculins. Donc un avis de fille hétéro que la chose intéresse :-). J’ai trouvé l’intention de l’auteur très louable. Faire parler des hommes de leur rapport à la sexualité, sans tabou et en exprimant leur ressenti sur les différents angles d’attaque proposés par le meneur de jeu. Belle réussite du projet et on sent l’implication des intervenants pour essayer de développer la façon dont ils appréhendent leur sexualité. Et bons les angles d’attaque justement, il me semble que c’est cette approche qui a permis de libérer la parole tout en canalisant la conversation, bien vu. Parole libérée qui m’a semblé bien sincère et sans gêne ni tabou. Bien qu’il reste quand même un dernier bloquage sur le sujet (ultime ?) de ...la taille du pénis bien sur. J’ai donc bien apprécié d’en apprendre un peu plus sur le regard que portent les hommes sur le sujet (c’est vrai que ce n’est pas celui qui vient spontanément dans mes conversations avec des potes). Mais j’ai, un peu comme certains aviseurs précédents, quelques regrets sur la représentativité de l’échantillonnage de ces messieurs. Certes, on a une heureuse diversité des orientations sexuelles, peut-être un peu trop d’ailleurs, l’homme ‘’hétéro-classique’’ semble quasi minoritaire mais pourquoi pas, il est présent. En revanche j’aurais bien vu aussi plus de diversité dans les âges des protagonistes (c’est une vieille qui parle), pas de quinqua ou de soixantenaire (ou plus), c’est un peu dommage, j’aurais aimé aussi avoir leur ressenti. Après, je ne sais pas si l'édition augmentée apporte quelque chose à ce niveau. Mais c’est peu de chose, j’ai quand même apprécié le fond, et la forme qui ne manque pas d’humour dans la présentation.
Les Nocturnes
Grosse curiosité que cet album qui intéressera forcément les fans de Régis Loisel. Les Nocturnes est un recueil d'histoires courtes dessinées entre 1973 et 1977 environ, issues de différentes publications de jeunesse de Loisel, notamment du fanzine Tousse-Bourrin qu'il avait cofondé à l'époque. Rien que pour cela, l'album possède un vrai intérêt historique et permet de découvrir les tout débuts d'un auteur qui deviendra ensuite célèbre avec La Quête de l'Oiseau du Temps puis Peter Pan. On y découvre l'évolution rapide de son dessin sur seulement quelques années. Les premières histoires n'ont pratiquement rien à voir avec le style qu'on lui associe aujourd'hui. Le trait est encore assez rigide, parfois réaliste, avec des influences visibles et finalement assez peu de personnalité propre. On sent déjà du talent et une vraie énergie graphique, mais pas encore cette nervosité ni cette expressivité qui deviendront sa signature. Au fil des récits, notamment dans les différentes histoires intitulées Nocturnes, son dessin commence progressivement à se transformer et à devenir beaucoup plus vivant, souple et personnel. On se rapproche alors davantage du style de Norbert le Lézard, paru peu après, étape intermédiaire vers La Quête de l'Oiseau du Temps. En revanche, il faut être honnête : en dehors de cet aspect "archéologie de carrière", l'ensemble reste très marqué par son origine fanzine. Les scénarios, pourtant parfois signés par des noms qui deviendront fameux plus tard, restent très adolescents dans l'esprit. L'humour noir, la gaudriole et le côté grand-guignol sont omniprésents, souvent avec un goût du mauvais esprit ou de la provocation gratuite typique des jeunes auteurs de l'époque. Certaines histoires fonctionnent mieux que d'autres, mais globalement cela reste assez prévisible, inégal et pas franchement mémorable sur le fond. Même matériellement, l'album trahit son statut de publication de récupération patrimoniale. Les éditions Kesselring ont manifestement fait ce qu'elles pouvaient avec les sources disponibles, mais la qualité de reproduction est parfois médiocre, avec des images un peu abîmées et certains textes difficilement lisibles. Les Nocturnes vaut surtout comme document de curiosité pour suivre les débuts et l'évolution graphique d'un futur très grand dessinateur. Pour les admirateurs de Loisel, c'est intéressant à feuilleter parce qu'on y voit littéralement son style se construire sous nos yeux. Mais comme véritable lecture de bande dessinée, c'est quand même très mineur et pas franchement indispensable en dehors de cet intérêt historique.