Si Marco Cannavo modifie quelques petits détails de l’histoire de Mary Shelley, il reste néanmoins relativement fidèle au récit d’origine, à son originelle noirceur, à son côté « drame antique » mâtiné de romantisme, avec ce destin implacable, cette machinerie funeste mise en branle par Frankenstein, une fois sa « créature » ramenée à la vie.
Avec une économie de moyens, de dialogues, il nous présente un Frankenstein cherchant vengeance et rédemption, en poursuivant – jusqu’au bout du monde – celui qui a ruiné sa vie et celle de ses proches, qui lui a échappé.
Sans être très prenant, le récit se laisse lire agréablement. Surtout que le dessin de Corrado Roi sort lui un peu plus des sentiers battus. En effet, son travail en Noir et Blanc, au lavis, donne un rendu quelque peu envoûtant. Il ajoute en tout au caractère désespéré et fantastique de la relation entre Frankenstein et sa créature. J’ai bien aimé ce travail graphique.
En fin d’album, un dossier d’une vingtaine de pages de Marco Grasso reprend la création de Mary Shelley, mais aussi ses adaptations ultérieures (au cinéma en particulier, mais aussi en littérature), ce qui est un petit plus pour les lecteurs.
Mouais. Gros bof me concernant.
Je trouve que cette collection, qui surfe sur des récits de genre, peine à sortir du tout-venant.
Mais ici, Bec ne s’est vraiment pas foulé ! En effet, il y a quand même une belle accumulation des poncifs du genre. Les gros plans sur les araignées, les serpents, le puma, etc. surjouent les dangers de la jungle (qui sont présentés et rappelé plusieurs fois au début dans des dialogues un peu lourdingues et prétextes). Le crash de l’avion a laissé quelques survivants, qui sont là, comme dans un mauvais film américain, pour disparaitre brusquement, sans que jamais leur personnalité ne soit réellement développée, tout reste superficiel.
Et les facilités ne sont pas rares. Les narcotrafiquants qui n’avaient même pas entendu apparemment le crash, et tombent par hasard sur l’hôtesse… Une hôtesse dont je n’ai absolument pas compris (ou cru) le modus operandi de sa « vengeance ».
Quant aux dialogues, ils ne planent eux non plus pas très haut, hélas.
Bref, ce sous téléfilm ne m’a jamais convaincu ou intéressé.
J'avais déjà eu l'occasion de lire "La cité qui rêve" chez Arédit/Artima il y a fort fort longtemps. Un bon souvenir.
Delirium nous propose la série complète (nous ne sommes qu'au troisième tome) dans un grand format avec de nombreux bonus très instructifs.
C'est Roy Thomas qui adapte l'œuvre de Michael Moorcock, il avait déjà fait apparaitre le personnage central, Elric de Melniboné, dans Conan The Barbarian #14-15 en 1972, avec Barry Windsor-Smith au dessin, une représentation graphique qui n'avait pas plu à Moorcock, trop éloignée de celle décrite dans ses romans. Ce ne sera pas le cas dans ce Elric, la première adaptation en BD (je mets de côté celle de Druillet en 1971).
Je vais commencer par faire un petit historique dans le foutoir des parutions VO. Roy Thomas et P. Craig Russell adapte le tome 3 en 1982 chez Marvel (Marvel Graphic Novel #2). Et en 1983 Elric #1-6 aidé de Michael Gilbert au dessin chez Pacific Comics repris dans les tomes 1 et 2. Puis en 1986/87 chez First Comics Elric-Weird-of-the-White-Wolf #1-5, en 1987 Elric: The Vanishing Tower #1 avec Jan Duursema au dessin et enfin en 1996/97 (sans Roy Thomas) chez Dark Horse Comics place à Elric-Stormbringer #0-7 pour les futurs tomes ? À noter que le numéro zéro de cette dernière série est une adaptation de Neil Gaiman... J'espère ne rien avoir oublié.
Pour ces trois tomes Roy Thomas s'applique à retranscrire le souffle épique, la complexité des personnages et la dramaturgie des romans, c'est plutôt réussi malgré des textes qui font leur grand âge. Forcément, en si peu de planches il n'est pas facile de condenser plusieurs centaines de pages et cela se ressent lors de la lecture.
Pour la partie graphique je vais dissocier les deux premiers tomes du troisième.
Pour les deux premiers, c'est le binome P. Craig Russell et Michael Gilbert qui sont aux commandes pour un résultat moyen. L'encrage de George Freeman ne rend pas hommage aux crayonnés de Russell et Gilbert. Pour les couleurs c'est typé année 80.
Pour le troisième tome, c'est P. Craig Russell qui s'occupe de tout, et boum changement de décor, un monde féerique s'ouvre à moi pour mon plus grand plaisir. Magnifique.
Une série avec un petit goût vintage. Je suis preneur, étant moi-même un peu vintage.
Un bon 3 étoiles.
Un petit cirque itinérant arrive dans une petite ville du bayou. Mal accueilli par une population hostile, ses membres sont en réalité là pour enquêter sur une série de disparitions inquiétantes, dans un cadre mêlant folklore local, ambiance horrifique et mystère aux accents fantastiques.
Le concept est sympathique : derrière des artistes de cirque hauts en couleur se cache en réalité une équipe de détectives, sorte de croisement entre troupe foraine et agence secrète. L'idée est certes assez artificielle, mais elle intrigue et fonctionne plutôt bien.
Le dessin, à mi-chemin entre réalisme et style franco-belge à gros nez, apporte un certain charme. Les décors sont réussis, et l'atmosphère nocturne, parfois un peu glauque, est bien rendue malgré des couleurs un peu sombres par moments.
L'intrigue de ce tome unique tient globalement la route. Certes, elle reste assez classique dans son genre, mais le rythme est soutenu, le récit suffisamment dense malgré le faible nombre de pages, et la lecture agréable. On sent une volonté de proposer un divertissement accessible, presque familial, avec un soupçon d'angoisse mais sans véritable noirceur. En revanche, la fin m'a moins convaincu : le dévoilement du secret repose sur une grosse facilité narrative (le coup de l'hypnose) et donne l'impression d'être expédié, comme s'il fallait conclure rapidement faute de place. J'ai refermé l'album avec un léger sentiment de précipitation.
La série était prévue en plusieurs histoires indépendantes, mais elle s'est arrêtée à ce seul premier album qui, heureusement, peut se lire comme un one-shot, tout en laissant la frustration de ne pas en savoir plus sur les origines de ce cirque détective ni sur ses futures aventures. C'est dommage : j'aurais volontiers lu d'autres aventures de ces personnages, d'autant que l'univers esquissé appelait clairement une suite.
On a donc un album unique divertissant, porté par un concept sympathique et un dessin réussi, mais qui laisse un petit goût d'inachevé.
Espoirs
Serpieri nous l'assure, dans l'avant propos, il travaille actuellement au chapitre 10 de sa série. En attendant, il a confié à Allessio Schreiner et à Eon le soin de nous présenter un préquel à sa série fétiche, préquel prévue en 3 volumes.
Eon se glisse dans la peau du maître ici, en nous offrant un dessin assez proche voire très proche de celui de Serpieri. Les adeptes de Druuna se seront guère perdus dans cette nouvelle série. Même le scénario, parfois confus, est digne d'un Serpieri (j'étais d'ailleurs parfois perdu dans la lecture).
Par contre, les scènes de sexe, très explicites, et surtout les dialogues relèvent plutôt d'un film porno basique. Ces scènes sont la plupart du temps gratuites, et la scène de viol est particulièrement révoltante.
Comme les autres albums de la série, l'album est complété par un cahier graphique de 14 pages, signé Serpieri.
La ligne éditoriale de cette série est très soignée et, j'avoue que je serai au rendez-vous pour le deuxième volume de ce préquel.
Genesis
Changement de dessinateur, changement de scénariste et presque changement de décor, j’ai envie de dire avec ce deuxième volume consacré au préquel de Druuna. Mais comment Serpieri a pu donner son aval à cette aventure de sa superbe créature, comme il le note dans la préface !
J’avais apprécié le tome 1 « Espoir », dessiné par Eon , dont le travail était soigné avec un dessin assez proche de celui de Paolo Serpieri mais là, je suis plus que déçu. Même la couverture est trop sage !
Le dessin des quelques pages couleurs de l’album est assez éloigné de ce que nous est proposé habituellement sur cette série ; quant aux pages centrales en noir et blanc, c’est une catastrophe !
Le scénario n’est qu’un prétexte qu’à maintenir en vie une série qui désormais ne trouve plus guère d’intérêt pour moi. Quelle idée de retracer les aventures de la grand-mère de Druuna lorsqu’elle était jeune ? Un tome pour rien, je pense tant il n’apporte rien, pour le moment, au préquel. D'où baisse (provisoire ?) de ma note sur cette série.
Ce préquel étant prévu en 3 volumes, j’espère tout de même que les auteurs remonteront le niveau de la série dans le prochain tome, que j’achèterai tout de même, n’aimant pas laisser une série inachevée dans ma bibliothèque.
Diabolicus Morbus
Avec une couverture qui tranche avec l'univers habituel de Druuna, les auteurs terminent, avec cet album, ce préquel en trois volumes.
Cet opus s'inspire, comme le précédent, d'éléments de la mythologie. Même si les scènes de sexe sont présentes (mais dans un degré moindre que dans la série mère), c'est surtout le côté science fiction qui domine. Le scénario n'est pas toujours limpide (pas compris l'histoire du commandant Jock ).
Si les planches en couleurs sont de qualité, je ne suis toujours pas convaincu par celles en noir et blanc.
Marco Cannavo, le scénariste, ne manque pas d'être raccord, à la fin de ce récit avec la première page de Morbus Gravis, premier album de Druuna.
Comme toujours dans cette collection, un cahier graphique d'une dizaine de page signé Serpieri, se trouve en fin d'album.
Au cœur d'une forêt, un jeune homme tient une sorte de bar-refuge. Les clients qui frappent à sa porte sont des animaux de compagnie : un chat, un chien, un oiseau, un hamster, venus raconter leurs doléances. Le garçon les écoute, essuie ses verres comme un barman patient, presque comme un psy compatissant face à des confidences, et ils préparent ensemble un mystérieux voyage loin des anciens maîtres de ces animaux.
Le début ne m'a pas vraiment convaincu. Le dessin est joli, tout en teintes sépia et beiges, d'une douceur indéniable, mais aussi assez simple, peut-être un peu trop épuré. Les échanges entre les animaux et le jeune homme m'ont paru quelque peu simplistes et décousus : chacun vient évoquer son ancien propriétaire, formuler un regret, une frustration ou un souhait. L'ensemble dégage une impression de répétition, presque mécanique, avec un léger parfum de manga mielleux sur la relation attendrissante entre humains et petits compagnons trop mignons.
Puis la suite permet de comprendre l'intention de l'autrice sans jamais tout dévoiler explicitement. Lorsque l'on découvre le contenu des lettres que les animaux envoient avant leur départ, l'émotion surgit avec force. Soudain, tout s'éclaire et les scènes précédentes prennent un autre sens. Pour quiconque a déjà traversé cette expérience particulière, l'impact est immédiat.
J'ai trouvé cette émotion puissante… mais aussi presque trop facile, parce que je fais partie de ceux directement concernés par ce vécu. Le thème touche une corde très sensible, et le livre appuie là où ça fait mal. Les larmes ne sont pas loin, mais on peut aussi avoir le sentiment que tout le dispositif narratif est construit pour provoquer cette réaction. Cela dit, le fait que le récit ne nomme jamais clairement ce dont il est question lui confère une forme de pudeur qui évite l'écueil d'une trop grande facilité.
C'est un ouvrage doux et mélancolique, qui gagne en force dans ses dernières pages, lorsque l'on comprend véritablement de quoi il retourne et à condition d'être sensible au sujet. Il se lit toutefois un peu trop vite et il ne touchera sans doute pleinement que ceux qui ont connu ce type de séparation.
Note : 2,5/5
J'ai terminé aujourd'hui la lecture du deuxième volume. J'ai aimé les dessins, comme c'est souvent le cas avec Manara. Mais je n'arrive pas à laisser tomber le roman et même le film. Ce sont trois objets différents et j'aime beaucoup les avoir chez moi. Je me suis beaucoup amusé avec le témoignage de J. J. Annaud à la fin de l'œuvre! Pourtant, le sentiment d'un manque ne m'abandonne pas : U. Eco était un grand écrivain (philosophe aussi) et il y a de la perte en toutes ces adaptations...
P. S. Je vais lire le roman, encore une fois, et j'aime bien plus les dessins de Manara en noir et blanc.
Une belle adaptation du roman culte en Angleterre.
La mise en place pourra peut-être égarer certains lecteurs, mais je la trouve fidèle au livre de Richard Adams. Il faut se laisser porter et accepter d'être contaminé par la peur prophétique d'un lapin qui pressent une catastrophe et qui va être à l'origine de ce périple marquant. On retrouve dans cet album la dimension épique du roman, sa dureté aussi. La galerie (huhuhu) des lapins est vraiment réussie, on les reconnaît effectivement assez facilement et comme dans le roman, on tremble pour Fyveer, Hazel et leurs camarades. Parviendront-ils à trouver le terrier promis et à prospérer malgré les multiples ennemis qui rôdent ?
L'histoire est dans l'ensemble prenante, il faut dire que le matériau de base est excellent et je ne peux que recommander la lecture du roman qui a peut-être nourri des récits comme Walking dead (les points communs sont assez étonnants) ou La légende de la garde. Aurais-je autant apprécié cette BD si je n'avais lu le roman d'abord ? Je l'ignore, mais l'adaptation est convaincante, le dessin est une ode à la nature et met en scène avec brio un monde que nous oublions parfois de regarder, ah le bonheur est parfois à portée de patte quand on peut farfaler en liberté, réchauffé par un soleil d'été qui s'étire à l'horizon.
La fin, et ce n'était pas forcément évident, est également réussie et touchante. Les ultimes pages, suivant en tous points celles du roman, apportent une conclusion poétique à une saga qu'on n'oubliera pas de sitôt.
Voila une BD dont je me ferais l'acquéreur alors que je l'ai lue en l'empruntant à la bibliothèque. C'est parce qu'elle est tellement dense et chargée qu'elle doit être relue, du moins c'est ce que je fais faire. Et aussi parce que les concepts, les notions et les exemples qu'elle donne sont si intéressant qu'il va me falloir les réviser pour bien les assimiler.
La BD est le résultat d'une thèse produite en 2006, ici remise en image pour réussir à la faire parvenir au grand public. Et l'exercice est réussi, puisqu'il suit la logique de la recherche qui n'est pas facile à comprendre et intégrer pour le grand public. C'est tout le travail de comprendre, collecter les données, les étudier, les mettre en perspectives, définir un axe de lecture, analyser, poser une hypothèse et la vérifier, puis poser une théorie. Le tout sans cesse recommencé, avec parfois la frustration de ne pas savoir !
La BD est dense, très dense, découpée en chapitres qui abordent chacun une thématique précise et en explicitent tout les tenants et aboutissants. Dis comme ça, il n'y a pas de quoi faire peur mais on peut facilement arrêter la lecture à chacun d'entre eux tant le contenu est riche. Il y a des concepts à assimiler, des préjugés à déconstruire et des idées à comprendre. La religion parait une chose si clair pour tous alors que quand on étudie la chose elle devient si complexe ! C'est la beauté de la recherche, ne pas s'arrêter aux évidences et aller plus loin.
Ce que je salue surtout, c'est le travail d'adaptation qui réussit le pari d'aller prendre ce genre d'idées, de les mettre à plat et les retranscrire par la BD. Ainsi nous aurons divers représentations conceptuelles qui reviennent ensuite, intriquant les différents messages pour en faire ressortir la complexité. Plusieurs reviendront à chaque chapitre, remettant en perspective ce que nous avons appris afin de l'emporter plus loin. D'ailleurs le dessin permet aussi de jouer sur divers approches, textuelles, graphiques et interconnectés. Le tout pour rendre l'ensemble plus digeste, même s'il est vrai qu'on est loin d'une BD lue en deux heures.
C'est une BD riche de sens et riche d'informations, qui nous remet en perspective ce qu'est une religion et ce que ça n'est pas, d'où peuvent bien apparaitre ces concepts et ce qu'ils sont réellement pour l'humain. Au final, la BD n'invite personne à ne pas croire ou à croire, même si le travail va clairement dans un sens précis quant à tout cet ensemble d'informations. Et je dois dire qu'elle invite à réfléchir même les athées sur la question de la croyance et de ce qu'on met dans nos têtes. L'esprit critique, mais pas seulement. En tout cas, cette BD sera relue pour ma part, parce que j'ai encore pas mal de choses à y trouver.
Il s'agit de strips et de saynètes abordant des fragments du quotidien d'êtres humains très divers. On y croise surtout des urbains autour de la quarantaine, en couple ou non, avec ou sans enfants. Aude Picault y observe les relations sociales, la maternité, l'amitié, la charge mentale, les stéréotypes ou encore les dynamiques hommes/femmes avec un regard souvent plus féminin que féministe (même si j'ai aimé ces quelques strips où elle montre comment les femmes transmettent inconsciemment à leurs filles des normes de féminité qui perpétuent la société patriarcale) : c'est subtil, juste, jamais accusateur, et cela touche d'autant plus que c'est montré... l'air de rien.
Ce qui m'a séduit avant tout, c'est la finesse du regard. Beaucoup de planches ne cherchent pas à faire rire franchement, mais plutôt à faire sourire de reconnaissance : on se dit que c'est exactement ça. Il y a une sensibilité qui souligne avec douceur les petits ridicules, les contradictions, les non-dits qui empoisonnent parfois nos relations. On sent que l'autrice aime ses personnages, même lorsqu'elle les égratigne.
J'ai souvent pensé à Jean-Jacques Sempé et je suppose que l'autrice ne s'en cache pas : rien que le titre et la couverture rappellent déjà son style. Ce n'est pas tant pour une ressemblance graphique que pour l'esprit : cette manière de représenter des scènes ordinaires pour révéler, avec délicatesse, l'absurdité ou la mélancolie de nos comportements sociaux. Comme chez Sempé, ce sont les thématiques (la vie urbaine, les petites vanités, les illusions sentimentales, la solitude au milieu des autres) et le ton à la fois tendre et légèrement ironique qui rapprochent les deux univers. En revanche, Picault a sa propre écriture visuelle : un trait plus épuré, des corps esquissés, des décors réduits à l'essentiel, des aplats de couleurs pastel. Là où Sempé pouvait suggérer beaucoup par une seule image ample, Picault s'appuie davantage sur le rythme du strip et le dialogue pour faire émerger l'émotion, même si ce sont justement les quelques images pleine page de cet album qui ont facilité chez moi le rapprochement avec Sempé.
Tout n'est pas égal pour autant. Certains gags tombent un peu à plat : on devine l'intention, mais la chute manque de mordant. À la longue, la succession de strips peut aussi provoquer une légère lassitude ; c'est typiquement un album à picorer, à laisser reposer avant d'y revenir. Quelques planches paraissent un peu anecdotiques, parfois un brin bobo, et l'ensemble n'est pas irrésistiblement drôle, mais je ne lui en tiens pas rigueur car j'ai été très souvent touché par l'esprit qui s'en dégage. C'est une légèreté tendre, parfois teintée d'amertume discrète : sexisme ordinaire, incompréhensions conjugales, fatigue parentale, solitude urbaine...
Ce n'est pas un album qui déclenche des éclats de rire, mais un recueil fin et humain, qui capte avec intelligence et justesse ces petits riens du quotidien dans lesquels on se reconnaît, et qui, l'air de rien, disent beaucoup de notre époque.
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Frankenstein - au nom du père
Si Marco Cannavo modifie quelques petits détails de l’histoire de Mary Shelley, il reste néanmoins relativement fidèle au récit d’origine, à son originelle noirceur, à son côté « drame antique » mâtiné de romantisme, avec ce destin implacable, cette machinerie funeste mise en branle par Frankenstein, une fois sa « créature » ramenée à la vie. Avec une économie de moyens, de dialogues, il nous présente un Frankenstein cherchant vengeance et rédemption, en poursuivant – jusqu’au bout du monde – celui qui a ruiné sa vie et celle de ses proches, qui lui a échappé. Sans être très prenant, le récit se laisse lire agréablement. Surtout que le dessin de Corrado Roi sort lui un peu plus des sentiers battus. En effet, son travail en Noir et Blanc, au lavis, donne un rendu quelque peu envoûtant. Il ajoute en tout au caractère désespéré et fantastique de la relation entre Frankenstein et sa créature. J’ai bien aimé ce travail graphique. En fin d’album, un dossier d’une vingtaine de pages de Marco Grasso reprend la création de Mary Shelley, mais aussi ses adaptations ultérieures (au cinéma en particulier, mais aussi en littérature), ce qui est un petit plus pour les lecteurs.
Survival - Guna Yala
Mouais. Gros bof me concernant. Je trouve que cette collection, qui surfe sur des récits de genre, peine à sortir du tout-venant. Mais ici, Bec ne s’est vraiment pas foulé ! En effet, il y a quand même une belle accumulation des poncifs du genre. Les gros plans sur les araignées, les serpents, le puma, etc. surjouent les dangers de la jungle (qui sont présentés et rappelé plusieurs fois au début dans des dialogues un peu lourdingues et prétextes). Le crash de l’avion a laissé quelques survivants, qui sont là, comme dans un mauvais film américain, pour disparaitre brusquement, sans que jamais leur personnalité ne soit réellement développée, tout reste superficiel. Et les facilités ne sont pas rares. Les narcotrafiquants qui n’avaient même pas entendu apparemment le crash, et tombent par hasard sur l’hôtesse… Une hôtesse dont je n’ai absolument pas compris (ou cru) le modus operandi de sa « vengeance ». Quant aux dialogues, ils ne planent eux non plus pas très haut, hélas. Bref, ce sous téléfilm ne m’a jamais convaincu ou intéressé.
Elric (Roy Thomas)
J'avais déjà eu l'occasion de lire "La cité qui rêve" chez Arédit/Artima il y a fort fort longtemps. Un bon souvenir. Delirium nous propose la série complète (nous ne sommes qu'au troisième tome) dans un grand format avec de nombreux bonus très instructifs. C'est Roy Thomas qui adapte l'œuvre de Michael Moorcock, il avait déjà fait apparaitre le personnage central, Elric de Melniboné, dans Conan The Barbarian #14-15 en 1972, avec Barry Windsor-Smith au dessin, une représentation graphique qui n'avait pas plu à Moorcock, trop éloignée de celle décrite dans ses romans. Ce ne sera pas le cas dans ce Elric, la première adaptation en BD (je mets de côté celle de Druillet en 1971). Je vais commencer par faire un petit historique dans le foutoir des parutions VO. Roy Thomas et P. Craig Russell adapte le tome 3 en 1982 chez Marvel (Marvel Graphic Novel #2). Et en 1983 Elric #1-6 aidé de Michael Gilbert au dessin chez Pacific Comics repris dans les tomes 1 et 2. Puis en 1986/87 chez First Comics Elric-Weird-of-the-White-Wolf #1-5, en 1987 Elric: The Vanishing Tower #1 avec Jan Duursema au dessin et enfin en 1996/97 (sans Roy Thomas) chez Dark Horse Comics place à Elric-Stormbringer #0-7 pour les futurs tomes ? À noter que le numéro zéro de cette dernière série est une adaptation de Neil Gaiman... J'espère ne rien avoir oublié. Pour ces trois tomes Roy Thomas s'applique à retranscrire le souffle épique, la complexité des personnages et la dramaturgie des romans, c'est plutôt réussi malgré des textes qui font leur grand âge. Forcément, en si peu de planches il n'est pas facile de condenser plusieurs centaines de pages et cela se ressent lors de la lecture. Pour la partie graphique je vais dissocier les deux premiers tomes du troisième. Pour les deux premiers, c'est le binome P. Craig Russell et Michael Gilbert qui sont aux commandes pour un résultat moyen. L'encrage de George Freeman ne rend pas hommage aux crayonnés de Russell et Gilbert. Pour les couleurs c'est typé année 80. Pour le troisième tome, c'est P. Craig Russell qui s'occupe de tout, et boum changement de décor, un monde féerique s'ouvre à moi pour mon plus grand plaisir. Magnifique. Une série avec un petit goût vintage. Je suis preneur, étant moi-même un peu vintage. Un bon 3 étoiles.
Barzoon Circus
Un petit cirque itinérant arrive dans une petite ville du bayou. Mal accueilli par une population hostile, ses membres sont en réalité là pour enquêter sur une série de disparitions inquiétantes, dans un cadre mêlant folklore local, ambiance horrifique et mystère aux accents fantastiques. Le concept est sympathique : derrière des artistes de cirque hauts en couleur se cache en réalité une équipe de détectives, sorte de croisement entre troupe foraine et agence secrète. L'idée est certes assez artificielle, mais elle intrigue et fonctionne plutôt bien. Le dessin, à mi-chemin entre réalisme et style franco-belge à gros nez, apporte un certain charme. Les décors sont réussis, et l'atmosphère nocturne, parfois un peu glauque, est bien rendue malgré des couleurs un peu sombres par moments. L'intrigue de ce tome unique tient globalement la route. Certes, elle reste assez classique dans son genre, mais le rythme est soutenu, le récit suffisamment dense malgré le faible nombre de pages, et la lecture agréable. On sent une volonté de proposer un divertissement accessible, presque familial, avec un soupçon d'angoisse mais sans véritable noirceur. En revanche, la fin m'a moins convaincu : le dévoilement du secret repose sur une grosse facilité narrative (le coup de l'hypnose) et donne l'impression d'être expédié, comme s'il fallait conclure rapidement faute de place. J'ai refermé l'album avec un léger sentiment de précipitation. La série était prévue en plusieurs histoires indépendantes, mais elle s'est arrêtée à ce seul premier album qui, heureusement, peut se lire comme un one-shot, tout en laissant la frustration de ne pas en savoir plus sur les origines de ce cirque détective ni sur ses futures aventures. C'est dommage : j'aurais volontiers lu d'autres aventures de ces personnages, d'autant que l'univers esquissé appelait clairement une suite. On a donc un album unique divertissant, porté par un concept sympathique et un dessin réussi, mais qui laisse un petit goût d'inachevé.
Druuna - Au commencement
Espoirs Serpieri nous l'assure, dans l'avant propos, il travaille actuellement au chapitre 10 de sa série. En attendant, il a confié à Allessio Schreiner et à Eon le soin de nous présenter un préquel à sa série fétiche, préquel prévue en 3 volumes. Eon se glisse dans la peau du maître ici, en nous offrant un dessin assez proche voire très proche de celui de Serpieri. Les adeptes de Druuna se seront guère perdus dans cette nouvelle série. Même le scénario, parfois confus, est digne d'un Serpieri (j'étais d'ailleurs parfois perdu dans la lecture). Par contre, les scènes de sexe, très explicites, et surtout les dialogues relèvent plutôt d'un film porno basique. Ces scènes sont la plupart du temps gratuites, et la scène de viol est particulièrement révoltante. Comme les autres albums de la série, l'album est complété par un cahier graphique de 14 pages, signé Serpieri. La ligne éditoriale de cette série est très soignée et, j'avoue que je serai au rendez-vous pour le deuxième volume de ce préquel. Genesis Changement de dessinateur, changement de scénariste et presque changement de décor, j’ai envie de dire avec ce deuxième volume consacré au préquel de Druuna. Mais comment Serpieri a pu donner son aval à cette aventure de sa superbe créature, comme il le note dans la préface ! J’avais apprécié le tome 1 « Espoir », dessiné par Eon , dont le travail était soigné avec un dessin assez proche de celui de Paolo Serpieri mais là, je suis plus que déçu. Même la couverture est trop sage ! Le dessin des quelques pages couleurs de l’album est assez éloigné de ce que nous est proposé habituellement sur cette série ; quant aux pages centrales en noir et blanc, c’est une catastrophe ! Le scénario n’est qu’un prétexte qu’à maintenir en vie une série qui désormais ne trouve plus guère d’intérêt pour moi. Quelle idée de retracer les aventures de la grand-mère de Druuna lorsqu’elle était jeune ? Un tome pour rien, je pense tant il n’apporte rien, pour le moment, au préquel. D'où baisse (provisoire ?) de ma note sur cette série. Ce préquel étant prévu en 3 volumes, j’espère tout de même que les auteurs remonteront le niveau de la série dans le prochain tome, que j’achèterai tout de même, n’aimant pas laisser une série inachevée dans ma bibliothèque. Diabolicus Morbus Avec une couverture qui tranche avec l'univers habituel de Druuna, les auteurs terminent, avec cet album, ce préquel en trois volumes. Cet opus s'inspire, comme le précédent, d'éléments de la mythologie. Même si les scènes de sexe sont présentes (mais dans un degré moindre que dans la série mère), c'est surtout le côté science fiction qui domine. Le scénario n'est pas toujours limpide (pas compris l'histoire du commandant Jock ). Si les planches en couleurs sont de qualité, je ne suis toujours pas convaincu par celles en noir et blanc. Marco Cannavo, le scénariste, ne manque pas d'être raccord, à la fin de ce récit avec la première page de Morbus Gravis, premier album de Druuna. Comme toujours dans cette collection, un cahier graphique d'une dizaine de page signé Serpieri, se trouve en fin d'album.
Avant de partir
Au cœur d'une forêt, un jeune homme tient une sorte de bar-refuge. Les clients qui frappent à sa porte sont des animaux de compagnie : un chat, un chien, un oiseau, un hamster, venus raconter leurs doléances. Le garçon les écoute, essuie ses verres comme un barman patient, presque comme un psy compatissant face à des confidences, et ils préparent ensemble un mystérieux voyage loin des anciens maîtres de ces animaux. Le début ne m'a pas vraiment convaincu. Le dessin est joli, tout en teintes sépia et beiges, d'une douceur indéniable, mais aussi assez simple, peut-être un peu trop épuré. Les échanges entre les animaux et le jeune homme m'ont paru quelque peu simplistes et décousus : chacun vient évoquer son ancien propriétaire, formuler un regret, une frustration ou un souhait. L'ensemble dégage une impression de répétition, presque mécanique, avec un léger parfum de manga mielleux sur la relation attendrissante entre humains et petits compagnons trop mignons. Puis la suite permet de comprendre l'intention de l'autrice sans jamais tout dévoiler explicitement. Lorsque l'on découvre le contenu des lettres que les animaux envoient avant leur départ, l'émotion surgit avec force. Soudain, tout s'éclaire et les scènes précédentes prennent un autre sens. Pour quiconque a déjà traversé cette expérience particulière, l'impact est immédiat. J'ai trouvé cette émotion puissante… mais aussi presque trop facile, parce que je fais partie de ceux directement concernés par ce vécu. Le thème touche une corde très sensible, et le livre appuie là où ça fait mal. Les larmes ne sont pas loin, mais on peut aussi avoir le sentiment que tout le dispositif narratif est construit pour provoquer cette réaction. Cela dit, le fait que le récit ne nomme jamais clairement ce dont il est question lui confère une forme de pudeur qui évite l'écueil d'une trop grande facilité. C'est un ouvrage doux et mélancolique, qui gagne en force dans ses dernières pages, lorsque l'on comprend véritablement de quoi il retourne et à condition d'être sensible au sujet. Il se lit toutefois un peu trop vite et il ne touchera sans doute pleinement que ceux qui ont connu ce type de séparation. Note : 2,5/5
Le Nom de la Rose
J'ai terminé aujourd'hui la lecture du deuxième volume. J'ai aimé les dessins, comme c'est souvent le cas avec Manara. Mais je n'arrive pas à laisser tomber le roman et même le film. Ce sont trois objets différents et j'aime beaucoup les avoir chez moi. Je me suis beaucoup amusé avec le témoignage de J. J. Annaud à la fin de l'œuvre! Pourtant, le sentiment d'un manque ne m'abandonne pas : U. Eco était un grand écrivain (philosophe aussi) et il y a de la perte en toutes ces adaptations... P. S. Je vais lire le roman, encore une fois, et j'aime bien plus les dessins de Manara en noir et blanc.
Watership Down
Une belle adaptation du roman culte en Angleterre. La mise en place pourra peut-être égarer certains lecteurs, mais je la trouve fidèle au livre de Richard Adams. Il faut se laisser porter et accepter d'être contaminé par la peur prophétique d'un lapin qui pressent une catastrophe et qui va être à l'origine de ce périple marquant. On retrouve dans cet album la dimension épique du roman, sa dureté aussi. La galerie (huhuhu) des lapins est vraiment réussie, on les reconnaît effectivement assez facilement et comme dans le roman, on tremble pour Fyveer, Hazel et leurs camarades. Parviendront-ils à trouver le terrier promis et à prospérer malgré les multiples ennemis qui rôdent ? L'histoire est dans l'ensemble prenante, il faut dire que le matériau de base est excellent et je ne peux que recommander la lecture du roman qui a peut-être nourri des récits comme Walking dead (les points communs sont assez étonnants) ou La légende de la garde. Aurais-je autant apprécié cette BD si je n'avais lu le roman d'abord ? Je l'ignore, mais l'adaptation est convaincante, le dessin est une ode à la nature et met en scène avec brio un monde que nous oublions parfois de regarder, ah le bonheur est parfois à portée de patte quand on peut farfaler en liberté, réchauffé par un soleil d'été qui s'étire à l'horizon. La fin, et ce n'était pas forcément évident, est également réussie et touchante. Les ultimes pages, suivant en tous points celles du roman, apportent une conclusion poétique à une saga qu'on n'oubliera pas de sitôt.
Et l'homme créa les dieux
Voila une BD dont je me ferais l'acquéreur alors que je l'ai lue en l'empruntant à la bibliothèque. C'est parce qu'elle est tellement dense et chargée qu'elle doit être relue, du moins c'est ce que je fais faire. Et aussi parce que les concepts, les notions et les exemples qu'elle donne sont si intéressant qu'il va me falloir les réviser pour bien les assimiler. La BD est le résultat d'une thèse produite en 2006, ici remise en image pour réussir à la faire parvenir au grand public. Et l'exercice est réussi, puisqu'il suit la logique de la recherche qui n'est pas facile à comprendre et intégrer pour le grand public. C'est tout le travail de comprendre, collecter les données, les étudier, les mettre en perspectives, définir un axe de lecture, analyser, poser une hypothèse et la vérifier, puis poser une théorie. Le tout sans cesse recommencé, avec parfois la frustration de ne pas savoir ! La BD est dense, très dense, découpée en chapitres qui abordent chacun une thématique précise et en explicitent tout les tenants et aboutissants. Dis comme ça, il n'y a pas de quoi faire peur mais on peut facilement arrêter la lecture à chacun d'entre eux tant le contenu est riche. Il y a des concepts à assimiler, des préjugés à déconstruire et des idées à comprendre. La religion parait une chose si clair pour tous alors que quand on étudie la chose elle devient si complexe ! C'est la beauté de la recherche, ne pas s'arrêter aux évidences et aller plus loin. Ce que je salue surtout, c'est le travail d'adaptation qui réussit le pari d'aller prendre ce genre d'idées, de les mettre à plat et les retranscrire par la BD. Ainsi nous aurons divers représentations conceptuelles qui reviennent ensuite, intriquant les différents messages pour en faire ressortir la complexité. Plusieurs reviendront à chaque chapitre, remettant en perspective ce que nous avons appris afin de l'emporter plus loin. D'ailleurs le dessin permet aussi de jouer sur divers approches, textuelles, graphiques et interconnectés. Le tout pour rendre l'ensemble plus digeste, même s'il est vrai qu'on est loin d'une BD lue en deux heures. C'est une BD riche de sens et riche d'informations, qui nous remet en perspective ce qu'est une religion et ce que ça n'est pas, d'où peuvent bien apparaitre ces concepts et ce qu'ils sont réellement pour l'humain. Au final, la BD n'invite personne à ne pas croire ou à croire, même si le travail va clairement dans un sens précis quant à tout cet ensemble d'informations. Et je dois dire qu'elle invite à réfléchir même les athées sur la question de la croyance et de ce qu'on met dans nos têtes. L'esprit critique, mais pas seulement. En tout cas, cette BD sera relue pour ma part, parce que j'ai encore pas mal de choses à y trouver.
L'Air de rien
Il s'agit de strips et de saynètes abordant des fragments du quotidien d'êtres humains très divers. On y croise surtout des urbains autour de la quarantaine, en couple ou non, avec ou sans enfants. Aude Picault y observe les relations sociales, la maternité, l'amitié, la charge mentale, les stéréotypes ou encore les dynamiques hommes/femmes avec un regard souvent plus féminin que féministe (même si j'ai aimé ces quelques strips où elle montre comment les femmes transmettent inconsciemment à leurs filles des normes de féminité qui perpétuent la société patriarcale) : c'est subtil, juste, jamais accusateur, et cela touche d'autant plus que c'est montré... l'air de rien. Ce qui m'a séduit avant tout, c'est la finesse du regard. Beaucoup de planches ne cherchent pas à faire rire franchement, mais plutôt à faire sourire de reconnaissance : on se dit que c'est exactement ça. Il y a une sensibilité qui souligne avec douceur les petits ridicules, les contradictions, les non-dits qui empoisonnent parfois nos relations. On sent que l'autrice aime ses personnages, même lorsqu'elle les égratigne. J'ai souvent pensé à Jean-Jacques Sempé et je suppose que l'autrice ne s'en cache pas : rien que le titre et la couverture rappellent déjà son style. Ce n'est pas tant pour une ressemblance graphique que pour l'esprit : cette manière de représenter des scènes ordinaires pour révéler, avec délicatesse, l'absurdité ou la mélancolie de nos comportements sociaux. Comme chez Sempé, ce sont les thématiques (la vie urbaine, les petites vanités, les illusions sentimentales, la solitude au milieu des autres) et le ton à la fois tendre et légèrement ironique qui rapprochent les deux univers. En revanche, Picault a sa propre écriture visuelle : un trait plus épuré, des corps esquissés, des décors réduits à l'essentiel, des aplats de couleurs pastel. Là où Sempé pouvait suggérer beaucoup par une seule image ample, Picault s'appuie davantage sur le rythme du strip et le dialogue pour faire émerger l'émotion, même si ce sont justement les quelques images pleine page de cet album qui ont facilité chez moi le rapprochement avec Sempé. Tout n'est pas égal pour autant. Certains gags tombent un peu à plat : on devine l'intention, mais la chute manque de mordant. À la longue, la succession de strips peut aussi provoquer une légère lassitude ; c'est typiquement un album à picorer, à laisser reposer avant d'y revenir. Quelques planches paraissent un peu anecdotiques, parfois un brin bobo, et l'ensemble n'est pas irrésistiblement drôle, mais je ne lui en tiens pas rigueur car j'ai été très souvent touché par l'esprit qui s'en dégage. C'est une légèreté tendre, parfois teintée d'amertume discrète : sexisme ordinaire, incompréhensions conjugales, fatigue parentale, solitude urbaine... Ce n'est pas un album qui déclenche des éclats de rire, mais un recueil fin et humain, qui capte avec intelligence et justesse ces petits riens du quotidien dans lesquels on se reconnaît, et qui, l'air de rien, disent beaucoup de notre époque.