Les derniers avis (231 avis)

Par gruizzli
Note: 2/5
Couverture de la série Princesse Princesse
Princesse Princesse

Je rejoins totalement l'avis de Deretaline, qui a bien résumé l'idée de la BD : bonne intention, réalisation bancale et histoire bien trop rapide. Cette BD a envie de bien faire et de proposer une histoire pour jeunes qui brode sur le cadre des contes classiques, à savoir une princesse enfermée dans sa tour sauvée par un chevalier. Trope que j'ai du mal à comprendre puisqu'à part Raiponce je n'ai jamais vu cette idée, mais bref ! Le hic, c'est que la BD veut trop bien faire trop vite et accélère en permanence son histoire jusqu'à être carrément rater son final. C'est dommage, puisque je trouve que l'idée de base pourrait être bien même si j'ai pas spécialement l'impression que ce soit originale (l'idée de retourner des codes de récits patriarcaux est vraiment dans l'air du temps), mais la réalisation est maladroite. On a une rencontre assez stéréotypée, suivie de péripéties anecdotiques qui semblent créer un lien entre les personnes mais est tellement rapidement amené qu'on y croit presque pas et la résolution du conflit final est un peu ridicule. Deux cases et un deus ex machina qui n'a jamais été préparé. Le tout est servi par un dessin qui n'est pas hideux mais souffre d'une colorisation qui rend l'ensemble artificiel et surtout par un trait rond et souple qui joue trop sur les codes pour jeunesse. J'ai trouvé que ça faisait parfois trop dans le rendu, une impression de forcé dans les expressions et les postures. On y sent une volonté d'utiliser des codes (notamment ceux du manga) mais sans les maitriser, ce qui donne une sorte d'exagération perpétuelle. Bref, un rendu pas top, qui ne m'a pas convaincu. Au final une BD avec des bonnes intentions mais qui ne parvient pas du tout à les concrétiser, je ne recommande pas cette BD. Cela ne m'empêchera pas de voir les autres BD de l'autrice qui semblent déjà plus appréciées.

16/02/2026 (modifier)
Par Spooky
Note: 2/5
Couverture de la série Je te hais - Tu ne le sais pas encore, c’est tout
Je te hais - Tu ne le sais pas encore, c’est tout

Comme mon camarade, je suis un peu déçu de cet album présenté par son éditeur comme un vrai coup de poing. Car très très vite, on se rend compte que c'est très très mou, c'est plutôt une juxtaposition d'instantanés sur la vie de couple, les violences conjugales -qu'il ne faut pas banaliser, on est d'accord- qui montrent surtout que ces relations sont fragiles, instables, et parfois sujettes à des montagnes russes vertigineuses. Le style graphique est très figuratif, presque enfantin sans être naïf. On s'ennuie vite, mais heureusement cet album est tout petit. Bref, sur le sujet il y a heureusement beaucoup mieux.

16/02/2026 (modifier)
Par Spooky
Note: 2/5
Couverture de la série Le Vase de cristal
Le Vase de cristal

Les différentes communications de l'éditeur annonçaient des révélations fracassantes au sujet de Gisela, dont le fils et la petite-fille sont chargés de vider son appartement à sa mort. Partis d'Angleterre, père et fille traversent alors quatre pays afin de rejoindre Fribourg, en Allemagne, afin de faire rapidement du tri, et de charger vaille que vaille un gros fourgon pour tout ramener outre-Manche où le reste de la famille pourra se servir. L'occasion pour eux de discuter de l'histoire familiale, de l'exil de Gisela en Rhodésie, dans le sud du continent africain, alors qu'une autre branche de la famille part elle vers Amsterdam, la Guyane néerlandaise, et les Etats-Unis. Une véritable odyssée familiale, dont Astrid semble se désintéresser, pour mettre en avant l'inefficacité chronique dont semble souffrir l'intégralité de sa famille : l'enterrement de sa grand-mère ailleurs que dans le vieux cimetière juif de sa ville, saturé, les injonctions contradictoires de sa mère, de sa sœur, les penchants autoritaires d'une cousine... C'est, à ma connaissance, le premier album de l'autrice, dont le métier est celui d'une animatrice spécialiste du stop motion. Et ça se sent : la construction est chaotique, elle se perd dans les différents éléments sans les utiliser vraiment, et l'élément qui donne son nom à l'album apparaît lors d'une brève séquence à la fin de l'histoire. Il reste quand même quelques petits moments d'émotion, comme lorsque le père raconte une drôle d'anecdote de l'époque où il jouait dans une adaptation en théâtre de Peter Pan jeune... Le dessin quant à lui est statique la plupart du temps, un peu minimaliste, on dirait de la ligne claire par moments. Bref, c'est dommage que cette histoire arrive aussi tôt dans l'œuvre de l'autrice, avec plus de bouteille elle aurait pu en faire quelque chose de plus pêchu.

16/02/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 2/5
Couverture de la série Reliefs de l’Ancien Monde
Reliefs de l’Ancien Monde

Reliefs de l'ancien monde rassemble une série d’histoires courtes publiées entre la fin des années 80 et le début des années 2000 dans diverses revues et collectifs. Aucun réel lien entre elles, même si on y retrouve souvent des tranches de vie, souvent estivales, centrées sur des personnages ordinaires, entre petites ironies du quotidien et légères désillusions. J’aime beaucoup le dessin de Jean-Claude Denis. Sa ligne claire souple, immédiatement identifiable, me plaît énormément, surtout lorsqu’elle est associée à sa colorisation légèrement désaturée. Il y présente une élégance feutrée et une atmosphère un peu mélancolique qui fonctionnent très bien. Même si le style graphique n'est pas strictement identique pour chaque histoire de cet album et que certaines sont plus soignées que d'autres, l'ensemble est visuellement agréable à parcourir, avec des ambiances lumineuses, souvent estivales, qui donnent envie de s’attarder sur les planches. Malheureusement, aucune de ces histoires ne m'a convaincu. Elles donnent vraiment l’impression de “fonds de tiroir” : des récits mineurs, anecdotiques, le premier ayant même été stocké par l'Echo des Savanes qui n'a pas trouvé intéressant de le publier à l'époque. L’humour, censé être grinçant ou tendre, ne m’a quasiment jamais fait sourire. Certains personnages sont même franchement agaçants, enfermés dans des postures stériles ou stéréotypées. Trop souvent, je me suis demandé où l’auteur voulait en venir, sans ressentir d’émotion particulière. Seule l’histoire de l’amour de vacances m’a semblé sortir du lot, avec une petite touche de nostalgie et quelque chose de plus incarné. Je trouve aussi dommage que les notes explicatives sur l’origine et le contexte de création des récits soient regroupées en fin d’album. Elles sont intéressantes mais j’aurais aimé les avoir avant chaque histoire, ou juste après chacune d’elles. Cela m’aurait sans doute permis de mieux les apprécier, de les replacer dans leur contexte éditorial ou personnel, et peut-être d’y trouver davantage de relief. On a donc là un album globalement séduisant graphiquement, mais très dispensable à moins d'être un collectionneur de tout ce que JC Denis a pu réaliser.

16/02/2026 (modifier)
Par Spooky
Note: 3/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série L'Escadron de la Reine
L'Escadron de la Reine

Pendant le (court) règne d'Henri II et celui de ses fils, son épouse Catherine de Médicis a joué un rôle politique très important. On lui prête ainsi la création d'une brigade informelle, surnommée l'Escadron volant, au sin duquel un certain nombre de ses dames de compagnie ont joué le rôle d'espionnes, jouant les bretteuses et obtenant des secrets stratégiques sur l'oreiller. Techniquement, cela faisait de la Médicis une mère maquerelle, utilisant les charmes de ses courtisanes pour obtenir plus de pouvoir. Si cet escadron a réellement existé, il fut l'objet de nombreuses fables, certaines allant parfois très loin. Raule, scénariste espagnol connu notamment pour Jazz Maynard, s'en est emparé pour tourner l'idée à sa sauce, et nous livrer un récit d'aventure historique ma foi pas mal troussé, mêlant intrigues de la Cour et combats d'épées dans les rues de Paris. Avec en prime la présence d'une tueuse venue visiblement d'Orient. Le récit est mis en images par José Muñoz, vétéran de la BD argentine, qui a notamment travaillé avec Breccia et Pratt. Son style s'est affiné dans cette série, pour ressembler à ce que l'on faisait il y a une vingtaine d'années dans la collection (A suivre). C'est très plaisant, et on voit que le dessinateur s'amuse beaucoup à varier sa mise en scène, pour nous offrir de belles planches assez classiques. Curieux de savoir ce qu'il va arriver à Victoria, l'audacieuse débutante, dans la suite d ela série.

16/02/2026 (modifier)
Par gruizzli
Note: 3/5
Couverture de la série Victor Hugo et l'affaire des filles de Loth
Victor Hugo et l'affaire des filles de Loth

Je ne connaissais pas du tout le poème de Victor Hugo, mais j'ai bien aimé l'idée de reprendre cette histoire biblique un peu moins connu que d'autres en prétextant ce poème pour parler du passage en question. Je pensais le connaitre, mais en vérité je n'avais en tête que la fin de l'histoire, celle qui est souvent reprise dans les tableaux et œuvres d'art. Mais il y a pourtant bien plus ! Les deux volumes explorent donc toute l'histoire de Loth et de ses filles, tout en faisant une histoire secondaire de Victor Hugo qui la raconte à ses amis après une séance de spiritisme suite à la mort de sa fille. Cette seconde histoire aura un dénouement que j'avoue ne pas avoir bien saisi. D'accord, le poème ne serait pas de Hugo, mais franchement on s'en fiche un peu et ça semble un prétexte à apporter la présence de Georges Sand, qui n'était pas là auparavant. C'aurait été une bonne façon d'apporter la question du féminisme et de la place des femmes dans cette histoire, mais ce n'est jamais développé et c'est dommage. Cette seconde intrigue est donc assez anecdotique et je ne pense pas qu'elle soit nécessaire au récit. Par contre l'idée de représenter tout l'épisode biblique en commençant par l'arrivée de Loth et son peuple sur les bords de Sodome et Gomorrhe jusqu'à la destruction de ces deux villes. Et c'est un récit d'aventure assez classique avec un dénouement bien connu, mais le tout est bien raconté avec des personnages sympathiques. Le récit prend le temps de se développer mais réussit aussi à retransmettre des problématiques que je doute trouver dans le texte d'origine. Et c'est plaisant de lire un récit qui déborde de son cadre initial pour faire une vraie histoire complète. N'eut-été l'absence de liens clairs entre l'histoire principale et la secondaire, j'aurais dit que la BD est une vraie réussite. En l'état, c'est bien mais pas assez travaillé sur les liens entre les deux narrations pour que je note au-dessus. A lire à l'occasion, c'est plutôt bon !

16/02/2026 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Le Crétin qui a gagné la guerre froide
Le Crétin qui a gagné la guerre froide

J'ai découvert le personnage de Reagan avec cette BD, ma culture du bonhomme étant très limité à quelques blagues qu'il avait fait et l'idée que c'était sous sa présidence que le libéralisme était devenu triomphant avec l'influence des Chicago Boys ainsi que le retour au conservatisme américain. Bref, Reagan est pour moi l'image du néo-libéralisme qui arrive, des conservateurs et du retour à un ordre moral fantasmé, devenu symbole d'années fastes (les années 80) aujourd'hui célébrées jusqu'à la nausée. Bref, ces années-là ont marquées suffisamment pour rejaillir aujourd'hui, et cette BD m'a permis de comprendre un peu plus qui était l'homme à la tête des USA à ce moment-là. Et le titre est carrément éclairant : ce type semble être un crétin. La BD le rend sympathique, sans doute plus qu'il ne l'était en réalité, mais mon dieu que ce type semble bête, la caricature du texan avec des blagues à chaque discours et un égo surdimensionné. Ses sorties sont souvent problématiques, il a un bagout et une gouaille, il s'amuse sans prendre réellement en compte sa charge de président de l’État, déléguant à ses acolytes dont un certain Bush qui reviendra bientôt. Le tout alors même qu'il arrive finalement à se faire accepter d'un Gorbatchev qui semble comprendre l'idiot et traite avec ses ministres. La BD balaye vraiment les huit années de mandat, citant nombre de ses discours et de ses actes, dont une idée de guerre spatiale qui sera reprise par Trump plus tard. Le tout avec ce personnage dont on ne sait que penser : authentique idiot ou acteur jouant sur ce personnage dans une situation où il n'est pas en contrôle ? C'est une question non-résolue, mais elle reste en tête. En fait, j'ai surtout l'impression que les auteurs ont voulu montrer une facette sympathique d'un type pour lequel je n'ai aucune empathie au niveau des idées. En somme, une tentative de comprendre l'homme mais sans pouvoir être certain de la réalité. La fin est explicite sur la démarche, avec l'image de Trump qui débarque et qui semble reprendre nombre des éléments de son prédécesseur. En pire, sans aucun doute ... Une BD qui m'a bien plu, pas forcément une BD inoubliable mais qui apporte un éclairage sur la fin de la Guerre Froide dont les américains s'accapareront le mérite. Elle est assez drôle et bien faite pour qu'on suive ce politicien sans rien manquer, le tout avec un message clair et fort sur la puissance d'un chef d'état et ce qu'il advient du monde lorsqu'un guignol s'en empare. Un message qui résonne terriblement bien avec l'actualité, hélas.

16/02/2026 (modifier)
Par gruizzli
Note: 3/5
Couverture de la série Eat, and Love Yourself
Eat, and Love Yourself

J'avais envie de voir ce que le sujet donnerait adapté en BD, la dysmorphisme d'un personnage. La BD finie, je suis content de l'avoir lu mais je dois avouer que la BD reste à la surface des choses. Un peu dommage, donc, malgré les bonnes qualités qu'elle contient. Cette BD semble avoir été faite suite à une campagne de Kickstarter lancée en 2016 aux États-Unis, avant d'être adaptée chez nous par Ankama. C'est donc une réalisation avec beaucoup de volonté de la part de l'autrice, ce qui se sent dans l'histoire autant que dans le propos. Par exemple la dédicace d'entrée est une invitation à apprécier son corps quel qu'il soit, on ne peut être plus clair. L'histoire de cette BD est donc celle d'une jeune femme atteinte de dysmorphisme, détestant son corps qui n'est pas celui qu'elle voudrait. Trop grosse, mal fichue, laide, elle se sent mal dans sa peau et semble subir son entourage, dans les commentaires ou les attentes. La BD va montrer ce que ce ressenti fait vivre de l'intérieur, le mal-être, les comportements alimentaires, les luttes internes, la violence qu'on subit sans qu'elle ne soit volontaire ... Plusieurs fois dans la BD, Mindy va éclater, laissant échapper à quel point sa condition lui remonte sans cesse au visage. Ces explosions de violences sont les moments où son entourage comprend enfin qu'elle est travaillée par des soucis personnels présents à chaque instant. Et qu'ils lui font du mal ... La narration de la BD passe par un chocolat rappelant des souvenirs, permettant de remonter la vie de cette jeune femme et la façon dont elle fut sans cesse confronté à ses troubles alimentaires, aux remarques sur son physique et à la confrontation sociale qu'elle dû subir. Maintenant, cette exploration du passé et du présent, concluant sur les commentaires que son psy lui a fait afin de l'aider dans sa vie de tout les jours manque un peu de conclusion, sans doute aussi de développement. Notamment au regard des personnes autour, quel impact ont ces révélations sur eux ? Quel sont les perspectives d'avenir suite à ces prises de conscience ? Quel est le résultat pour Mindy, comment envisage-t-elle son propre avenir ? Ces questions sont sans réponses et c'est dommage, la BD reste sur le ressenti de Mindy et son point de vue, sans jamais en sortir. De fait, je trouve que ça limite le résultat, avec une BD sympathique et honnête, apportant son propos sans jamais dépasser ce propos. De fait, ça reste limité, donc pas indispensable mais plutôt réussi !

16/02/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 3/5
Couverture de la série Passeur(s)
Passeur(s)

Awar est un passeur, à la tête de convois de migrants vers le Royaume-Uni pour le compte d'un réseau aux méthodes mafieuses. L'arrivée d'une jeune Kurde fuyant la Syrie ravive chez lui de douloureux souvenirs et une humanité qu'il croyait étouffée par ce système cruel dont il n'est qu'un rouage. Basé sur les enquêtes de terrain du journaliste Frederic Loore, cette BD raconte de l'intérieur le fonctionnement du trafic de migrants, en adoptant, fait assez rare, le point de vue des passeurs. La tonalité oscille entre thriller et drame social. Filières, intermédiaires, hiérarchie, méthodes de pression, marchandisation des corps : l'ensemble se veut instructif et documenté, et il y a un solide travail d'enquête derrière la fiction (ainsi qu'un cahier documentaire sur le trafic d'êtres humains en fin d'album). L'objet en lui-même est une bel et grand album, un ouvrage éditorialement soigné qui impose immédiatement sa présence. Le dessin, sombre et réaliste, travaille surtout en teintes de gris, relevées de quelques rares touches de couleur venant souligner certains éléments symboliques, comme le foulard de combattante kurde de la jeune femme. Cette palette restreinte renforce la rudesse du propos. L'atmosphère est lourde, oppressante, bien en accord avec ce récit dur, presque sans échappatoire. Sur le fond, la description du trafic est implacable. On mesure la violence du système, l'exploitation cynique, la peur constante des migrants, l'humiliation organisée par les trafiquants. C'est âpre, parfois glaçant, et probablement crédible au regard de la documentation revendiquée. Pourtant, une question persiste : le traitement des antagonistes m'a semblé très manichéen. Les trafiquants apparaissent comme revanchards, haineux, brutaux, arrogants : de véritables salopards sans nuance, à l'exception relative du héros qui dissimule son humanité derrière un masque d'impassibilité. Leur violence est telle qu'on en vient à s'interroger : est-ce la représentation fidèle d'une réalité déjà insoutenable, ou une accentuation dramatique destinée à renforcer l'impact ? De la même manière, la passivité apparente des migrants face à ces exactions interroge (tout comme leur focalisation quasi exclusive sur le Royaume-Uni comme terre d'accueil, mais c'est un autre sujet). On conçoit que leur situation soit désespérée, que la guerre et l'absence de perspectives puissent rendre acceptable l'inacceptable. Mais face aux abus montrés ici, j'ai parfois eu du mal à comprendre pourquoi aucune révolte ne semblait possible. Je me suis demandé s'il s'agissait du reflet d'un rapport de force si écrasant qu'il annihile toute résistance, ou si le récit ne forçait pas le trait pour dénoncer l'horreur du système au détriment d'un peu de nuance. Je ne peux que supposer que l'histoire est conforme à la triste réalité documentée. Passeur(s) est une œuvre dure, sombre et solidement construite. Un récit instructif et engagé, qui éclaire efficacement les mécanismes du trafic de migrants. Mais son traitement très frontal, presque sans nuance dans la caractérisation des bourreaux, laisse planer un doute : sommes-nous face à une réalité brute, aussi terrible que cela, ou à une vision volontairement accentuée pour frapper les consciences ? Quoi qu'il en soit, la lecture ne laisse pas indifférent.

16/02/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 3/5
Couverture de la série Monstrophobie
Monstrophobie

Arashiro, lycéen harcelé incapable d'assumer son homosexualité, se transforme en monstre après avoir été blessé par les propos homophobes d'un professeur qu'il admirait. Cette métamorphose devient une carapace : une protection contre le regard des autres, mais aussi un moyen de l'affronter pour de bon. Avec Monstrophobie, Kazuki Minamoto livre un conte moderne assez rude sur l'homophobie, le harcèlement scolaire, la lâcheté institutionnelle et l'acceptation de soi. À partir du rejet et de la honte intériorisée, le récit élargit son propos : la victime peut devenir violente, le harcelé peut à son tour harceler, et les adultes se montrent parfois profondément défaillants. Si la thématique LGBT est centrale, l'enjeu dépasse cette seule question : il est aussi affaire d'identité, de pression sociale et de difficulté à s'accepter. Le propos, sur le fond, est sincère. Le dessin, expressif et efficace, soutient bien les scènes de transformation et de crise intérieure. Le monstre, avec sa drôle d'allure à la frontière entre ridicule et effrayant, matérialise visuellement le mal-être, et certaines planches traduisent avec force la détresse d'Arashiro comme celle d'autres personnages. C'est surtout le ton qui m'a laissé partagé. L'aspect allégorique rend parfois flou le fonctionnement de cette métamorphose, dont les effets semblent variables et narrativement un peu artificiels. Quant à la manière d'aborder les thématiques principales, par moments les réflexions sont profondes, justes et intelligentes dans leur manière d’éviter le manichéisme. Et à d’autres, certains comportements m’ont semblé étranges, voire maladroits. Le héros, notamment, franchit assez tôt une limite problématique lorsqu’il agresse sexuellement celui qu’il aime : une scène un peu violente, aussi surprenante que dérangeante, qui semble ensuite presque éludée. Difficile de ne pas rester gêné par ce traitement, mais on n'en parlera plus jamais dans la suite du manga ce qui m'a laissé circonspect. De même, le professeur admiré apparaît constamment médiocre, mollasson et réactionnaire, au point qu'il devient difficile de comprendre l'attachement d'Arashiro. C'est un manga surprenant, parfois subtil, parfois maladroit, qui peut déconcerter mais qui me semble néanmoins pertinent pour de jeunes lecteurs en quête de réponses sur eux-mêmes et sur le regard des autres.

16/02/2026 (modifier)