C'est le Pichard un peu psychédélique et avec un érotisme soft que j'aime bien.
Comme Noirdésir le mentionne, les personnages emploient un vocabulaire contrarié mais ça reste très compréhensible.
Faraldo a toujours utilisé le language de manière particulière, on pense à Themroc où les personnages s'exprimaient par onomatopées et borborygmes.
Sinon l'histoire est un gros délire, des jouets (des femmes à la Pichard en version miniature) prennent le pouvoir chez une famille de français moyen.
Une bande rare à conserver si on aime Pichard.
C'est d'abord la couverture, magnifique, qui a attiré mon attention.
Et m'a hanté, un moment, avant que je lise finalement cet album. Tout cela pour une histoire de hantise, que l'on pourrait peut-être qualifier de classique, de déjà-vu, de superficielle.
Mais pour ma part, j'ai été totalement embarqué dans cette histoire. D'abord séduit par le style, très mature à mon goût, franchement élégant, avec notamment ces enluminures sur certaines cases. Dans le choix de l'époque et du style architectural et vestimentaire, que je qualifierais de post-victorien, avant de constater, à la toute fin de l'histoire, que nous sommes finalement dans les années 1920. Un cadre pour un duo un peu inhabituel, un père (aux allures androgynes) et son fils, dans une immense demeure remplie d'histoires, d'odeurs, de présences invisibles. Cette hantise qui se dévoile peu à peu, d'abord à peine esquissée, puis de plus en plus évidente, à mesure que le père se souvient de son enfance. Cette étrangeté, savamment dosée, m'a tenu en haleine durant les 200 pages de l'album. J'ai bien aimé en particulier l'arc concernant les trois corneilles.
C'est le genre d'album dont on sait qu'on a adoré, sans pouvoir vraiment exprimer la raison de ce sentiment. Pour les amateurs et trices de romantisme, de maisons hantées...
La véritable sexualité débridée des animaux se présente comme un petit manuel de vulgarisation scientifique déguisé en BD humoristique, qui raconte les spécificités parfois très surprenantes de la sexualité d'espèces animales très diverses.
Chaque planche se concentre sur une espèce et ses pratiques reproductives, avec des explications claires, concises et basées sur des faits réels, le tout illustré de manière accessible et efficace. Ce n'est pas forcément une BD à mourir de rire. J'ai tout de même ri à plusieurs reprises, grâce à quelques bonnes mises en scène et certaines chutes bien trouvées, mais l'humour reste globalement assez classique. En revanche, là où l'album fonctionne vraiment bien, c'est dans sa dimension instructive. J'ai appris beaucoup de choses, souvent surprenantes, parfois franchement déroutantes, sur des comportements animaux dont je n'avais absolument pas idée.
Et c'est clairement ce qui fait tout l'intérêt de la lecture : cette accumulation d'anecdotes aussi improbables que fascinantes. Entre la baudroie et ses mécanismes de reproduction complètement hallucinants, ou cette femelle acarien qui naît directement enceinte, il y a une quantité de cas incroyables et marquants. Ce sont typiquement le genre d'informations que je retiens et que je ressors facilement ensuite.
Plus qu'une BD humoristique pure, c'est surtout un excellent réservoir d'anecdotes à raconter. Si l'objectif est de briller en société, lancer des discussions improbables ou simplement épater son entourage (voire sa femme), l'album remplit parfaitement son rôle. C'est ludique, instructif, souvent étonnant, et suffisamment bien rythmé pour ne jamais devenir ennuyeux.
Note : 3,5/5
Dans la forêt de Wickerson est une réédition augmentée de l'album La Sorcière de Wickerson, qui ne contenait à l'origine qu'une seule histoire. Ce nouvel album propose trois récits : la version recolorisée et enrichie de la Sorcière, devenue L'Ogresse de Wickerson, ainsi que deux histoires plus courtes qui introduisent les lieux et les personnages secondaires, notamment les deux taupes, avant de plonger dans la forêt sous la menace de l'ogresse, avec une sorte de souris Robin des Bois. L'ensemble est présenté comme si le héros devenu vieux racontait ces légendes aux lecteurs, donnant au récit une tonalité de conte raconté qui ne manquera pas de faire penser aux Légendes de la Garde en plus léger.
Graphiquement, le dessin est sympathique et dynamique, avec un trait expressif et des décors soignés. Les cadrages efficaces et le style rappelant l'animation renforcent cette impression de conte animé, et les références à la fantasy ou au cinéma ajoutent un petit plus pour les lecteurs attentifs. À noter qu'en fin d'album, l'éditeur propose de nombreuses pages et croquis montrant comment l'auteur a construit son histoire puis l'a remodelée pour cette réédition, offrant un regard instructif sur le processus créatif.
L'ambiance est légère et jeune, avec de nombreuses touches d'humour parfois un peu noir. On notera que la mort y est bien présente et que ce n'est donc pas forcément un album jeunesse. Le récit phare par exemple rappelle un peu un épisode des Schtroumpfs, sauf qu'ici ceux-ci seraient réellement tués et mangés par Gargamel/l'Ogresse et le héros se montre sans pitié envers elle. Cependant, malgré cette mise en scène originale et plaisante, l'ensemble se lit trop vite et reste assez classique. Les histoires manquent d'originalité et ne laissent qu'un souvenir anecdotique. J'apprécie le côté conte aventureux, la vivacité des personnages et l'atmosphère, mais je suis resté sur ma faim côté inventivité et densité narrative.
En résumé, Dans la forêt de Wickerson est un joli album tous publics, agréable à lire et vivant, mais qui se révèle trop vite parcouru et peu surprenant pour marquer durablement.
KO la clope, le premier tome de la série À notre santé, suit une bande d'amis qui décident d'arrêter de fumer, chacun avec ses méthodes, ses motivations et ses rechutes, dans un parcours forcément chaotique mais amusant.
L'album est avant tout à visée pédagogique. Il propose régulièrement des conseils concrets et scientifiquement fondés pour accompagner l'arrêt du tabac, en abordant les différentes stratégies possibles (sport, substituts, défis collectifs, etc.) ainsi que les difficultés bien réelles du sevrage. De ce point de vue, le message passe plutôt bien : c'est clair, accessible, et surtout assez juste dans la manière de montrer que ce n'est pas simplement une question de volonté, mais un processus long, fait d'essais, d'erreurs et de petits progrès.
Les anecdotes humoristiques qui jalonnent le récit sont clairement là pour alléger le propos et rendre la lecture plus agréable. Elles remplissent leur rôle sur le fond, mais j'avoue qu'aucune ne m'a vraiment fait rire : les chutes sont souvent assez convenues, voire un peu stéréotypées, et manquent parfois de surprise. Cela dit, elles permettent de garder un ton léger sur un sujet qui pourrait vite devenir pesant.
Graphiquement, en revanche, j'ai été beaucoup plus convaincu. Le dessin de Juan est très agréable et gagne encore en aisance par rapport à ce que j'avais pu voir auparavant. Je lui trouvais déjà une proximité avec le style de Stuf (Passe-moi l'ciel), mais ici, il me fait aussi régulièrement penser à Tome (Le Petit Spirou), notamment dans l'expressivité des personnages, leur regard notamment, et le dynamisme des scènes. C'est fluide, lisible, vivant, et ça accompagne parfaitement le ton de l'album.
Au final, ce n'est pas une BD particulièrement drôle ni marquante sur le plan narratif, mais elle remplit son objectif : informer, dédramatiser et accompagner ceux qui envisagent d'arrêter de fumer ou qui sont en plein dedans.
Mouais.
J’ai été au bout du long premier cycle de 6 tomes, mais ma lecture a été assez laborieuse.
Trop de facilités scénaristiques, trop de clichés pour me passionner.
Ça peut se laisser lire, mais il y a trop de défauts selon moi pour que j’y retourne, ou même que j’y trouve mon compte.
La narration est hachée par les très nombreux flash-backs. Mais c’est très – et inutilement – répétitif, les mêmes vignettes sont réutilisées à plusieurs reprises dans chaque tome (je ne vois pas l’intérêt, à moins qu’on suppose que le lecteur soit tellement anesthésié par la narration qu’il faille lui rappeler ces événements).
Desberg fait dévier l’intrigue vers l’Allemagne nazie et là, il y a des longueurs ! Et surtout trop de facilités (Sherman et sa fille qui passent tranquillement la frontière en pleine guerre, qui peuvent mener un sabotage, alors que le Nazi Dimitar passe d’Auschwitz à l’autre bout de l’Allemagne en deux temps trois mouvements… Enfin, trop de monde semble être au courant de ce qui se passe dans les camps de la mort…).
Quant à Sherman lui-même, soi-disant sous haute protection, il passe l’essentiel de l’histoire à peine accompagné d’une agente du FBI, est presque toujours seul face à ceux qui le menacent.
Enfin, les fausses pistes semées par Desberg masquent mal le côté improbable de cette menace et, au moins pour une personne, on découvre rapidement son double jeu.
Autour de ça, un dessin qui fait le boulot, pas désagréable (quelques menus défauts sur les visages parfois), avec des nanas dénudées ou des scènes de sexe soft qui n’apportent pas grand-chose à l’intrigue.
Une série qui m’a clairement laissé sur ma faim.
Je continue de découvrir l'œuvre de Akiko Higashimura. Ce n'est pas mon autrice préférée, mais j'aime bien son dessin et la manière subtile dont elle décrit les émotions des personnages. J'aime bien aussi la variété de son œuvre, jusqu'à présent aucune des séries d'elle que j'ai lu ressemble à une autre. Aussi, elle essai de nouvelle chose comme c'est le cas ici. En effet, cette série a été publiée en webtoon sur un site coréen, ce qui explique que la série est en couleur contrairement à un manga traditionnel.
La série mets encore une fois une jeune femme dans la trentaine célibataire qui rencontre l'amour. Le twist est qu'à cause d'un quiproquo l'homme dont elle est tombée amoureuse pense qu'elle est une femme mariée et ça tome bien il veut vivre une aventure avec une femme mariée ! Tout le long de la série, l'autrice va explorer les problèmes des couples modernes japonais où l'adultère est un problème récurrent, le poids des mensonges et aussi on voit la Corée vu que le personnage principal masculin est coréen. L'histoire est pas trop mal avec de rebondissement à chaque tome. J'avoue toutefois que la romance entre l'héroïne et son beau photographe coréen ne m'a pas trop passionné, mais il faut dire que je ne suis pas le public-cible de la série. C'est clairement pour les femmes célibataires d'un certain âge qui rêve qu'un beau prince plus jeune qui débarque de nulle part et qui les rendrait heureuse. Vers la fin, j'en avais un peu marre et je m'intéressais plus au problème de couple de la sœur de l'héroïne et de son mari.
À emprunter si on aime bien l'autrice.
Je ne peux pas dire que j’aie une grande expérience pour distinguer ce qui fait d’un roman graphique une œuvre culte plutôt qu’un simple très bon titre, mais celui-ci est sans aucun doute l’un des plus intéressants, captivants et visuellement beaux que j’aie lus. De nombreux avis élogieux ont déjà été écrits à son sujet, et ils décrivent assez justement pourquoi cette série plaît autant et pourquoi elle marque autant les lecteurs.
Par moments, en lisant, j’avais l’impression d’entendre le vent siffler dans mes oreilles — tant les flux d’air et ces étendues infinies sont rendus de manière vivante. Les visages des personnages et leurs expressions sont particulièrement bien travaillés, et cela m’a beaucoup plu (parfois, il suffit de regarder le visage de Golgoth le Prophète pour deviner ce qu’il va dire ou faire…).
Le dessin est très agréable sur le plan esthétique : des tons calmes et pastel, et un excellent travail sur les visages en gros plan — ils sont mémorables et transmettent parfaitement les émotions et les états d’esprit.
Chaque réponse apportée aux questions qui surgissent en découvrant cet univers en fait naître encore davantage. À chaque tome, on a de plus en plus envie d’explorer ce monde et d’en percer les secrets. Pendant la lecture, j’ai ressenti la même chose que lors de ma découverte de Made in Abyss : ce même sentiment de mystère, qui, à mesure qu’on tente de le comprendre, ne fait que s’approfondir.
En attendant la fin de l’histoire, je pense me tourner vers le roman original. Cet univers m’a véritablement captivé : j’ai envie de m’y plonger davantage, d’en comprendre les secrets, et de savoir s’il existe un but dans cette lutte contre le vent, s’il y a une origine… ou si seul le chemin compte — ou peut-être qu’un sens beaucoup plus profond ne se révélera qu’une fois la série achevée.
Bon, je suis partagé sur cette BD. C'est une lecture que j'avais envie de faire pour voir la façon dont était traité le TDAH en BD, et je suis assez... circonspect par l'ensemble.
L'histoire est celle d'une femme séparée du père de ses enfants et en couple avec un autre homme qui découvre que sa fille a un TDAH. La BD n'est pas concentrée sur l'enfant, pas plus qu'elle n'est très explicite sur le TDAH. C'est surtout une BD sur la famille qui le découvre et les difficultés pour les parents à vivre avec cette neuroatypie. Et je suis assez peu satisfait du résultat.
Il est évident que le sujet m'intéresse puisqu'il me touche, mais pour le coup je suis très regardant sur certains détails. La BD ne semble pas très explicite sur ce qu'elle veut dire : elle souligne que c'est compliqué pour cette femme, mais je me pose la question suivante "en quoi cette femme est représentative du parent moyen ?". Il y a les soucis de co-parentalité, les difficultés que ça entraine y compris au sein du couple, les soucis d'argent que ça entraine, les horaires des médecins pas pratiques...
Mais je me dis en sortant de la BD que c'est un exemple et que chez d'autres parents ça ne se passe pas comme ça. Et puis voilà... Encore une fois, je pense que le souci d'un témoignage c'est qu'on rate un peu la possibilité de rendre ce "simple" fait plus tangible. Il manque des chiffres, des données, des considérations : les TDAH sont mal adaptés à la société, pourquoi ne pas parler des soucis que notre société a qui sont révélés par ce fait ? Les rendez-vous que les parents doivent faire en tout sens, l'errance médicale, les diagnostics pas clairs sont aussi une porte pour parler de la façon dont sont traitées les neuroatypies par chez nous. On pourrait parler de la violence éducative et scolaire, ressenties comme des drames par les neuroatypiques et qui peuvent leur ruiner la confiance en eux. Bref, il manque un peu ce qui rendrait le témoignage intéressant au-delà de la simple représentation.
Ça c'est l'avis global, mais personnellement j'étais déçu par la lecture : on voit assez peu l'impact du TDAH, ce que ça provoque mais aussi les forces que ça développe. On sort de la BD avec l'idée que c'est pas simple d'avoir un gamin TDAH, mais je ne saurais dire pourquoi exactement. Par exemple j'ai eu l'impression que c'est surtout la mère qui s'occupait des problèmes médicaux, des rendez-vous et qui la gardait le plus. Je ne sais pas si c'est la réalité, mais de fait ça m'a plus fait penser à la charge mentale ordinaire qu'à une nouveauté sur le TDAH. Et surtout, ça semble être un souci que pourrait avoir un parent d'enfant handicapé, d'enfant avec n'importe quelle autre neuroatypie, d'un enfant avec une nécessité de soin régulier...
Bref, je ne suis pas spécialement intéressé par cette BD, l'histoire n'est pas mauvaise mais va vite dans sa conclusion, tandis que le début et le nombre de médecins vu est vite lourd et redondant. L'équilibre est assez mal dosé, avec des pages ayant beaucoup de textes et de bulles qui s'enchaînent un peu trop. Ça reste peu marquant, et je n'ai pas appris grand chose ni l'impression que ça parle bien du sujet. Dommage, donc.
J'achète rarement des BD en ce moment, faute de place et de moyens, empruntant massivement à la bibliothèque municipale. Mais j'ai fait une exception pour celle-ci. Parce que j'avais envie de soutenir l'auteur, Bathroom Quest, que je suis assidument depuis ses débuts sur Glory Owl.
En effet, j'ai découvert l'auteur avec ce fameux blog de gags trash, potache et scato, mais jamais débile non plus. En les relisant, il y a déjà en essence dedans des thématiques qu'on retrouvera ici, comme la solitude contemporaine, l'absurdité de notre monde ou les considérations politiques. Et justement, c'est toute cette richesse sous-jacente d'un blog BD défouloir qui se retrouve ici.
La BD est bien plus sérieuse que son autre œuvre, avec une œuvre de fantasy qui parle avant tout de notre monde de la réalité véritable, parce que l'auteur à des choses à en dire. Cette histoire-ci est un détournement des récits de fantasy classique, avec ici une histoire principale dont nous sommes volontairement privés pour nous concentrer sur des gens du communs, de simples passants de cette grande histoire qui se déroule derrière. D'ailleurs tout ceci peut être frustrant pour certains, notamment parce qu'on sent qu'une vraie histoire se dessine derrière celle-ci, une histoire de trahison, de puissance et de monde qui change. Mais intelligemment, cette frustration du lecteur apporte le message de la BD : ne sommes-nous pas constamment spectateurs du monde, sans y participer et souvent en en subissant les effets ?
Car c'est bien le propos de la BD : les petites gens tentent de survivre, dans un monde où ceux qui ont le pouvoir s'arrogent des droits, et ceux qui trinquent, c'est ceux d'en bas. La BD montre un pouvoir utilisant l'énergie ... pardon, la magie pour son prestige plutôt que pour son peuple, des guerriers dont la violence se répercute sur ceux qui veulent juste vivre tranquillement, tandis que les guerres se font pour des égos de princes, etc ... C'est une critique de l'arrogance et de la morgue des puissants qui ne se soucient pas le moins du monde des conséquences de leurs actes, clairement, mais la BD va plus loin et c'est ce qui me l'a fait apprécier pleinement. La BD ne se contente pas de dire que le pouvoir c'est mal, il montre aussi une société qui est pleine de faille, à cause du capitalisme.
Je sais, on peut vite m'accuser d'extrapoler et d'appliquer ma propre vision du monde à une œuvre qui n'est pas explicite, mais franchement je ne pense pas être à côté de la plaque en disant que cette BD parle de capitalisme. Si l'histoire de la BD montre des gens subirent les conséquences des puissants, elle montre aussi un monde avide, rongé par l'argent et la cupidité, l'envie de toujours avoir plus quitte à arnaquer des gens ou les rouler. La guilde des marchands, présenté comme un mal nécessaire, exploite aussi la misère, s'enrichit sur les guerres et profite des autres. Comme la morale de "Mère courage et ses enfants", les gens qui profitent en marge des guerres se trompent tout autant que ceux qui font la guerre. Et j'aime bien que la BD soit surtout l'évolution de Elaine, personnage qui refuse ce monde parce qu'elle le trouve amoral. D'ailleurs la fin est assez explicite sur le sujet : presque brutal avec sa coupure par rapport au reste, Elaine prend une décision qui va dans le sens du reste : refus de la guerre, de la violence de l'argent, de l'hégémonie des guildes et des pouvoirs. J'extrapole sans doute, mais je trouve que le récit à un propos anarchiste, qui propose une lecture sans concession de notre réalité. Et ça fait plaisir !
Au-delà de cette lecture que j'ai apprécié et qui transpire à toute les pages, le récit prend le temps de se poser avec des jolies planches muettes et un voyage qui permettra de multiplier les rencontres enrichissant les points de vue proposés. Une très bonne façon de faire, au vu des thématiques abordées. Mais en parlant du dessin, je vais encore faire un écart bien trop long. L'auteur a exposé dans ses remerciements d'ouvertures une personne pour lui avoir soufflé l'idée de mettre des femmes en avant. L'idée est chouette mais j'ajouterais que le trait de Bathroom Quest propose un bestiaire étrange, une sorte de fantasy loin des codes. En dépouillant le dessin de bon nombre de détails, il propose des gens dont la race n'est jamais clairement identifié dans un bestiaire de fantasy classique (pas d'elfes, de nains, de trolls ...) mais des propositions de formes et morphologies étranges. Et combiné au ton du récit, l'ensemble donne quelque chose de très peu genré. Les personnages principaux sont des femmes, clairement, mais le récit ne prend aucun parti de genre. Ce serait des hommes, des trans, des non-binaires qu'on ne changerait ni le récit ni le déroulé. Et c'est franchement agréable de voir des récits qui embrassent pleinement cette idée : n'attacher aucune notion au genre du personnage. Contrairement à d'autres récits qui veulent trop appuyer le genre et finissent par tomber dans le cliché, même positif, ici Bathroom Quest arrive à faire un récit de personnages dont le lecteur peut se foutre du genre. C'est le genre de BD que j'aurais envie d'utiliser comme exemple pour montrer ce qu'est la déconstruction des genres, et je ne m'y attendais pas. Un excellent point selon moi.
Bon, je chante les louanges de la BD depuis un petit moment et maintenant, je dois bien dire en conclusion que cette BD est bonne, même très bonne. Mais pas parfaite, ni excellente non plus. Elle me plait beaucoup par ce qu'elle dit et la façon dont elle le dit. Cependant, la BD peut frustrer par l'absence de présentation du background qui fait riche et dense mais n'est pas le sujet, de même que la fin me parait un poil brutal. J'aurais apprécié deux trois pages de plus sur chaque personnage qui quitte l'histoire trop vite à mon gout. Cela dit, ça fait ressortir encore plus brutalement le choix de Elaine, ce qui est aussi un bon point.
Le problème d'écrire cet avis, c'est que je sens que je suis trop enthousiaste par rapport aux attentes que d'autres auront ensuite. C'est une bonne BD, qui a des choses à dire et le fait bien, présente une histoire au point de vue originale mais sans non plus en faire trop. Si vous en attendez plus, vous serez sans doute déçu. Mais pour ma part, je n'en attendais pas grand chose et je suis comblé, donc je m'épanche un peu trop sur ce qui ressort de bien. Et puis honnêtement, si ça vous encourage à la lire, je ne peux qu'être content !
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C'est le Pichard un peu psychédélique et avec un érotisme soft que j'aime bien. Comme Noirdésir le mentionne, les personnages emploient un vocabulaire contrarié mais ça reste très compréhensible. Faraldo a toujours utilisé le language de manière particulière, on pense à Themroc où les personnages s'exprimaient par onomatopées et borborygmes. Sinon l'histoire est un gros délire, des jouets (des femmes à la Pichard en version miniature) prennent le pouvoir chez une famille de français moyen. Une bande rare à conserver si on aime Pichard.
Minuit Passé
C'est d'abord la couverture, magnifique, qui a attiré mon attention. Et m'a hanté, un moment, avant que je lise finalement cet album. Tout cela pour une histoire de hantise, que l'on pourrait peut-être qualifier de classique, de déjà-vu, de superficielle. Mais pour ma part, j'ai été totalement embarqué dans cette histoire. D'abord séduit par le style, très mature à mon goût, franchement élégant, avec notamment ces enluminures sur certaines cases. Dans le choix de l'époque et du style architectural et vestimentaire, que je qualifierais de post-victorien, avant de constater, à la toute fin de l'histoire, que nous sommes finalement dans les années 1920. Un cadre pour un duo un peu inhabituel, un père (aux allures androgynes) et son fils, dans une immense demeure remplie d'histoires, d'odeurs, de présences invisibles. Cette hantise qui se dévoile peu à peu, d'abord à peine esquissée, puis de plus en plus évidente, à mesure que le père se souvient de son enfance. Cette étrangeté, savamment dosée, m'a tenu en haleine durant les 200 pages de l'album. J'ai bien aimé en particulier l'arc concernant les trois corneilles. C'est le genre d'album dont on sait qu'on a adoré, sans pouvoir vraiment exprimer la raison de ce sentiment. Pour les amateurs et trices de romantisme, de maisons hantées...
La Véritable Sexualité débridée des animaux
La véritable sexualité débridée des animaux se présente comme un petit manuel de vulgarisation scientifique déguisé en BD humoristique, qui raconte les spécificités parfois très surprenantes de la sexualité d'espèces animales très diverses. Chaque planche se concentre sur une espèce et ses pratiques reproductives, avec des explications claires, concises et basées sur des faits réels, le tout illustré de manière accessible et efficace. Ce n'est pas forcément une BD à mourir de rire. J'ai tout de même ri à plusieurs reprises, grâce à quelques bonnes mises en scène et certaines chutes bien trouvées, mais l'humour reste globalement assez classique. En revanche, là où l'album fonctionne vraiment bien, c'est dans sa dimension instructive. J'ai appris beaucoup de choses, souvent surprenantes, parfois franchement déroutantes, sur des comportements animaux dont je n'avais absolument pas idée. Et c'est clairement ce qui fait tout l'intérêt de la lecture : cette accumulation d'anecdotes aussi improbables que fascinantes. Entre la baudroie et ses mécanismes de reproduction complètement hallucinants, ou cette femelle acarien qui naît directement enceinte, il y a une quantité de cas incroyables et marquants. Ce sont typiquement le genre d'informations que je retiens et que je ressors facilement ensuite. Plus qu'une BD humoristique pure, c'est surtout un excellent réservoir d'anecdotes à raconter. Si l'objectif est de briller en société, lancer des discussions improbables ou simplement épater son entourage (voire sa femme), l'album remplit parfaitement son rôle. C'est ludique, instructif, souvent étonnant, et suffisamment bien rythmé pour ne jamais devenir ennuyeux. Note : 3,5/5
Dans la forêt de Wickerson (La Sorcière de Wickerson)
Dans la forêt de Wickerson est une réédition augmentée de l'album La Sorcière de Wickerson, qui ne contenait à l'origine qu'une seule histoire. Ce nouvel album propose trois récits : la version recolorisée et enrichie de la Sorcière, devenue L'Ogresse de Wickerson, ainsi que deux histoires plus courtes qui introduisent les lieux et les personnages secondaires, notamment les deux taupes, avant de plonger dans la forêt sous la menace de l'ogresse, avec une sorte de souris Robin des Bois. L'ensemble est présenté comme si le héros devenu vieux racontait ces légendes aux lecteurs, donnant au récit une tonalité de conte raconté qui ne manquera pas de faire penser aux Légendes de la Garde en plus léger. Graphiquement, le dessin est sympathique et dynamique, avec un trait expressif et des décors soignés. Les cadrages efficaces et le style rappelant l'animation renforcent cette impression de conte animé, et les références à la fantasy ou au cinéma ajoutent un petit plus pour les lecteurs attentifs. À noter qu'en fin d'album, l'éditeur propose de nombreuses pages et croquis montrant comment l'auteur a construit son histoire puis l'a remodelée pour cette réédition, offrant un regard instructif sur le processus créatif. L'ambiance est légère et jeune, avec de nombreuses touches d'humour parfois un peu noir. On notera que la mort y est bien présente et que ce n'est donc pas forcément un album jeunesse. Le récit phare par exemple rappelle un peu un épisode des Schtroumpfs, sauf qu'ici ceux-ci seraient réellement tués et mangés par Gargamel/l'Ogresse et le héros se montre sans pitié envers elle. Cependant, malgré cette mise en scène originale et plaisante, l'ensemble se lit trop vite et reste assez classique. Les histoires manquent d'originalité et ne laissent qu'un souvenir anecdotique. J'apprécie le côté conte aventureux, la vivacité des personnages et l'atmosphère, mais je suis resté sur ma faim côté inventivité et densité narrative. En résumé, Dans la forêt de Wickerson est un joli album tous publics, agréable à lire et vivant, mais qui se révèle trop vite parcouru et peu surprenant pour marquer durablement.
À notre santé
KO la clope, le premier tome de la série À notre santé, suit une bande d'amis qui décident d'arrêter de fumer, chacun avec ses méthodes, ses motivations et ses rechutes, dans un parcours forcément chaotique mais amusant. L'album est avant tout à visée pédagogique. Il propose régulièrement des conseils concrets et scientifiquement fondés pour accompagner l'arrêt du tabac, en abordant les différentes stratégies possibles (sport, substituts, défis collectifs, etc.) ainsi que les difficultés bien réelles du sevrage. De ce point de vue, le message passe plutôt bien : c'est clair, accessible, et surtout assez juste dans la manière de montrer que ce n'est pas simplement une question de volonté, mais un processus long, fait d'essais, d'erreurs et de petits progrès. Les anecdotes humoristiques qui jalonnent le récit sont clairement là pour alléger le propos et rendre la lecture plus agréable. Elles remplissent leur rôle sur le fond, mais j'avoue qu'aucune ne m'a vraiment fait rire : les chutes sont souvent assez convenues, voire un peu stéréotypées, et manquent parfois de surprise. Cela dit, elles permettent de garder un ton léger sur un sujet qui pourrait vite devenir pesant. Graphiquement, en revanche, j'ai été beaucoup plus convaincu. Le dessin de Juan est très agréable et gagne encore en aisance par rapport à ce que j'avais pu voir auparavant. Je lui trouvais déjà une proximité avec le style de Stuf (Passe-moi l'ciel), mais ici, il me fait aussi régulièrement penser à Tome (Le Petit Spirou), notamment dans l'expressivité des personnages, leur regard notamment, et le dynamisme des scènes. C'est fluide, lisible, vivant, et ça accompagne parfaitement le ton de l'album. Au final, ce n'est pas une BD particulièrement drôle ni marquante sur le plan narratif, mais elle remplit son objectif : informer, dédramatiser et accompagner ceux qui envisagent d'arrêter de fumer ou qui sont en plein dedans.
Sherman
Mouais. J’ai été au bout du long premier cycle de 6 tomes, mais ma lecture a été assez laborieuse. Trop de facilités scénaristiques, trop de clichés pour me passionner. Ça peut se laisser lire, mais il y a trop de défauts selon moi pour que j’y retourne, ou même que j’y trouve mon compte. La narration est hachée par les très nombreux flash-backs. Mais c’est très – et inutilement – répétitif, les mêmes vignettes sont réutilisées à plusieurs reprises dans chaque tome (je ne vois pas l’intérêt, à moins qu’on suppose que le lecteur soit tellement anesthésié par la narration qu’il faille lui rappeler ces événements). Desberg fait dévier l’intrigue vers l’Allemagne nazie et là, il y a des longueurs ! Et surtout trop de facilités (Sherman et sa fille qui passent tranquillement la frontière en pleine guerre, qui peuvent mener un sabotage, alors que le Nazi Dimitar passe d’Auschwitz à l’autre bout de l’Allemagne en deux temps trois mouvements… Enfin, trop de monde semble être au courant de ce qui se passe dans les camps de la mort…). Quant à Sherman lui-même, soi-disant sous haute protection, il passe l’essentiel de l’histoire à peine accompagné d’une agente du FBI, est presque toujours seul face à ceux qui le menacent. Enfin, les fausses pistes semées par Desberg masquent mal le côté improbable de cette menace et, au moins pour une personne, on découvre rapidement son double jeu. Autour de ça, un dessin qui fait le boulot, pas désagréable (quelques menus défauts sur les visages parfois), avec des nanas dénudées ou des scènes de sexe soft qui n’apportent pas grand-chose à l’intrigue. Une série qui m’a clairement laissé sur ma faim.
A Fake Affair
Je continue de découvrir l'œuvre de Akiko Higashimura. Ce n'est pas mon autrice préférée, mais j'aime bien son dessin et la manière subtile dont elle décrit les émotions des personnages. J'aime bien aussi la variété de son œuvre, jusqu'à présent aucune des séries d'elle que j'ai lu ressemble à une autre. Aussi, elle essai de nouvelle chose comme c'est le cas ici. En effet, cette série a été publiée en webtoon sur un site coréen, ce qui explique que la série est en couleur contrairement à un manga traditionnel. La série mets encore une fois une jeune femme dans la trentaine célibataire qui rencontre l'amour. Le twist est qu'à cause d'un quiproquo l'homme dont elle est tombée amoureuse pense qu'elle est une femme mariée et ça tome bien il veut vivre une aventure avec une femme mariée ! Tout le long de la série, l'autrice va explorer les problèmes des couples modernes japonais où l'adultère est un problème récurrent, le poids des mensonges et aussi on voit la Corée vu que le personnage principal masculin est coréen. L'histoire est pas trop mal avec de rebondissement à chaque tome. J'avoue toutefois que la romance entre l'héroïne et son beau photographe coréen ne m'a pas trop passionné, mais il faut dire que je ne suis pas le public-cible de la série. C'est clairement pour les femmes célibataires d'un certain âge qui rêve qu'un beau prince plus jeune qui débarque de nulle part et qui les rendrait heureuse. Vers la fin, j'en avais un peu marre et je m'intéressais plus au problème de couple de la sœur de l'héroïne et de son mari. À emprunter si on aime bien l'autrice.
La Horde du contrevent
Je ne peux pas dire que j’aie une grande expérience pour distinguer ce qui fait d’un roman graphique une œuvre culte plutôt qu’un simple très bon titre, mais celui-ci est sans aucun doute l’un des plus intéressants, captivants et visuellement beaux que j’aie lus. De nombreux avis élogieux ont déjà été écrits à son sujet, et ils décrivent assez justement pourquoi cette série plaît autant et pourquoi elle marque autant les lecteurs. Par moments, en lisant, j’avais l’impression d’entendre le vent siffler dans mes oreilles — tant les flux d’air et ces étendues infinies sont rendus de manière vivante. Les visages des personnages et leurs expressions sont particulièrement bien travaillés, et cela m’a beaucoup plu (parfois, il suffit de regarder le visage de Golgoth le Prophète pour deviner ce qu’il va dire ou faire…). Le dessin est très agréable sur le plan esthétique : des tons calmes et pastel, et un excellent travail sur les visages en gros plan — ils sont mémorables et transmettent parfaitement les émotions et les états d’esprit. Chaque réponse apportée aux questions qui surgissent en découvrant cet univers en fait naître encore davantage. À chaque tome, on a de plus en plus envie d’explorer ce monde et d’en percer les secrets. Pendant la lecture, j’ai ressenti la même chose que lors de ma découverte de Made in Abyss : ce même sentiment de mystère, qui, à mesure qu’on tente de le comprendre, ne fait que s’approfondir. En attendant la fin de l’histoire, je pense me tourner vers le roman original. Cet univers m’a véritablement captivé : j’ai envie de m’y plonger davantage, d’en comprendre les secrets, et de savoir s’il existe un but dans cette lutte contre le vent, s’il y a une origine… ou si seul le chemin compte — ou peut-être qu’un sens beaucoup plus profond ne se révélera qu’une fois la série achevée.
La Tête dans les nuages - Quand le TDAH s'invite à la maison
Bon, je suis partagé sur cette BD. C'est une lecture que j'avais envie de faire pour voir la façon dont était traité le TDAH en BD, et je suis assez... circonspect par l'ensemble. L'histoire est celle d'une femme séparée du père de ses enfants et en couple avec un autre homme qui découvre que sa fille a un TDAH. La BD n'est pas concentrée sur l'enfant, pas plus qu'elle n'est très explicite sur le TDAH. C'est surtout une BD sur la famille qui le découvre et les difficultés pour les parents à vivre avec cette neuroatypie. Et je suis assez peu satisfait du résultat. Il est évident que le sujet m'intéresse puisqu'il me touche, mais pour le coup je suis très regardant sur certains détails. La BD ne semble pas très explicite sur ce qu'elle veut dire : elle souligne que c'est compliqué pour cette femme, mais je me pose la question suivante "en quoi cette femme est représentative du parent moyen ?". Il y a les soucis de co-parentalité, les difficultés que ça entraine y compris au sein du couple, les soucis d'argent que ça entraine, les horaires des médecins pas pratiques... Mais je me dis en sortant de la BD que c'est un exemple et que chez d'autres parents ça ne se passe pas comme ça. Et puis voilà... Encore une fois, je pense que le souci d'un témoignage c'est qu'on rate un peu la possibilité de rendre ce "simple" fait plus tangible. Il manque des chiffres, des données, des considérations : les TDAH sont mal adaptés à la société, pourquoi ne pas parler des soucis que notre société a qui sont révélés par ce fait ? Les rendez-vous que les parents doivent faire en tout sens, l'errance médicale, les diagnostics pas clairs sont aussi une porte pour parler de la façon dont sont traitées les neuroatypies par chez nous. On pourrait parler de la violence éducative et scolaire, ressenties comme des drames par les neuroatypiques et qui peuvent leur ruiner la confiance en eux. Bref, il manque un peu ce qui rendrait le témoignage intéressant au-delà de la simple représentation. Ça c'est l'avis global, mais personnellement j'étais déçu par la lecture : on voit assez peu l'impact du TDAH, ce que ça provoque mais aussi les forces que ça développe. On sort de la BD avec l'idée que c'est pas simple d'avoir un gamin TDAH, mais je ne saurais dire pourquoi exactement. Par exemple j'ai eu l'impression que c'est surtout la mère qui s'occupait des problèmes médicaux, des rendez-vous et qui la gardait le plus. Je ne sais pas si c'est la réalité, mais de fait ça m'a plus fait penser à la charge mentale ordinaire qu'à une nouveauté sur le TDAH. Et surtout, ça semble être un souci que pourrait avoir un parent d'enfant handicapé, d'enfant avec n'importe quelle autre neuroatypie, d'un enfant avec une nécessité de soin régulier... Bref, je ne suis pas spécialement intéressé par cette BD, l'histoire n'est pas mauvaise mais va vite dans sa conclusion, tandis que le début et le nombre de médecins vu est vite lourd et redondant. L'équilibre est assez mal dosé, avec des pages ayant beaucoup de textes et de bulles qui s'enchaînent un peu trop. Ça reste peu marquant, et je n'ai pas appris grand chose ni l'impression que ça parle bien du sujet. Dommage, donc.
L'Odeur du fer
J'achète rarement des BD en ce moment, faute de place et de moyens, empruntant massivement à la bibliothèque municipale. Mais j'ai fait une exception pour celle-ci. Parce que j'avais envie de soutenir l'auteur, Bathroom Quest, que je suis assidument depuis ses débuts sur Glory Owl. En effet, j'ai découvert l'auteur avec ce fameux blog de gags trash, potache et scato, mais jamais débile non plus. En les relisant, il y a déjà en essence dedans des thématiques qu'on retrouvera ici, comme la solitude contemporaine, l'absurdité de notre monde ou les considérations politiques. Et justement, c'est toute cette richesse sous-jacente d'un blog BD défouloir qui se retrouve ici. La BD est bien plus sérieuse que son autre œuvre, avec une œuvre de fantasy qui parle avant tout de notre monde de la réalité véritable, parce que l'auteur à des choses à en dire. Cette histoire-ci est un détournement des récits de fantasy classique, avec ici une histoire principale dont nous sommes volontairement privés pour nous concentrer sur des gens du communs, de simples passants de cette grande histoire qui se déroule derrière. D'ailleurs tout ceci peut être frustrant pour certains, notamment parce qu'on sent qu'une vraie histoire se dessine derrière celle-ci, une histoire de trahison, de puissance et de monde qui change. Mais intelligemment, cette frustration du lecteur apporte le message de la BD : ne sommes-nous pas constamment spectateurs du monde, sans y participer et souvent en en subissant les effets ? Car c'est bien le propos de la BD : les petites gens tentent de survivre, dans un monde où ceux qui ont le pouvoir s'arrogent des droits, et ceux qui trinquent, c'est ceux d'en bas. La BD montre un pouvoir utilisant l'énergie ... pardon, la magie pour son prestige plutôt que pour son peuple, des guerriers dont la violence se répercute sur ceux qui veulent juste vivre tranquillement, tandis que les guerres se font pour des égos de princes, etc ... C'est une critique de l'arrogance et de la morgue des puissants qui ne se soucient pas le moins du monde des conséquences de leurs actes, clairement, mais la BD va plus loin et c'est ce qui me l'a fait apprécier pleinement. La BD ne se contente pas de dire que le pouvoir c'est mal, il montre aussi une société qui est pleine de faille, à cause du capitalisme. Je sais, on peut vite m'accuser d'extrapoler et d'appliquer ma propre vision du monde à une œuvre qui n'est pas explicite, mais franchement je ne pense pas être à côté de la plaque en disant que cette BD parle de capitalisme. Si l'histoire de la BD montre des gens subirent les conséquences des puissants, elle montre aussi un monde avide, rongé par l'argent et la cupidité, l'envie de toujours avoir plus quitte à arnaquer des gens ou les rouler. La guilde des marchands, présenté comme un mal nécessaire, exploite aussi la misère, s'enrichit sur les guerres et profite des autres. Comme la morale de "Mère courage et ses enfants", les gens qui profitent en marge des guerres se trompent tout autant que ceux qui font la guerre. Et j'aime bien que la BD soit surtout l'évolution de Elaine, personnage qui refuse ce monde parce qu'elle le trouve amoral. D'ailleurs la fin est assez explicite sur le sujet : presque brutal avec sa coupure par rapport au reste, Elaine prend une décision qui va dans le sens du reste : refus de la guerre, de la violence de l'argent, de l'hégémonie des guildes et des pouvoirs. J'extrapole sans doute, mais je trouve que le récit à un propos anarchiste, qui propose une lecture sans concession de notre réalité. Et ça fait plaisir ! Au-delà de cette lecture que j'ai apprécié et qui transpire à toute les pages, le récit prend le temps de se poser avec des jolies planches muettes et un voyage qui permettra de multiplier les rencontres enrichissant les points de vue proposés. Une très bonne façon de faire, au vu des thématiques abordées. Mais en parlant du dessin, je vais encore faire un écart bien trop long. L'auteur a exposé dans ses remerciements d'ouvertures une personne pour lui avoir soufflé l'idée de mettre des femmes en avant. L'idée est chouette mais j'ajouterais que le trait de Bathroom Quest propose un bestiaire étrange, une sorte de fantasy loin des codes. En dépouillant le dessin de bon nombre de détails, il propose des gens dont la race n'est jamais clairement identifié dans un bestiaire de fantasy classique (pas d'elfes, de nains, de trolls ...) mais des propositions de formes et morphologies étranges. Et combiné au ton du récit, l'ensemble donne quelque chose de très peu genré. Les personnages principaux sont des femmes, clairement, mais le récit ne prend aucun parti de genre. Ce serait des hommes, des trans, des non-binaires qu'on ne changerait ni le récit ni le déroulé. Et c'est franchement agréable de voir des récits qui embrassent pleinement cette idée : n'attacher aucune notion au genre du personnage. Contrairement à d'autres récits qui veulent trop appuyer le genre et finissent par tomber dans le cliché, même positif, ici Bathroom Quest arrive à faire un récit de personnages dont le lecteur peut se foutre du genre. C'est le genre de BD que j'aurais envie d'utiliser comme exemple pour montrer ce qu'est la déconstruction des genres, et je ne m'y attendais pas. Un excellent point selon moi. Bon, je chante les louanges de la BD depuis un petit moment et maintenant, je dois bien dire en conclusion que cette BD est bonne, même très bonne. Mais pas parfaite, ni excellente non plus. Elle me plait beaucoup par ce qu'elle dit et la façon dont elle le dit. Cependant, la BD peut frustrer par l'absence de présentation du background qui fait riche et dense mais n'est pas le sujet, de même que la fin me parait un poil brutal. J'aurais apprécié deux trois pages de plus sur chaque personnage qui quitte l'histoire trop vite à mon gout. Cela dit, ça fait ressortir encore plus brutalement le choix de Elaine, ce qui est aussi un bon point. Le problème d'écrire cet avis, c'est que je sens que je suis trop enthousiaste par rapport aux attentes que d'autres auront ensuite. C'est une bonne BD, qui a des choses à dire et le fait bien, présente une histoire au point de vue originale mais sans non plus en faire trop. Si vous en attendez plus, vous serez sans doute déçu. Mais pour ma part, je n'en attendais pas grand chose et je suis comblé, donc je m'épanche un peu trop sur ce qui ressort de bien. Et puis honnêtement, si ça vous encourage à la lire, je ne peux qu'être content !