Les derniers avis (359 avis)

Par grogro
Note: 4/5
Couverture de la série L'Envol du pélican
L'Envol du pélican

Il faut reconnaitre que cette BD est bien troussée. Le dessin est lumineux, et ce en dépit de son thème glauque : celui d'une enfance délaissée et violée. Dessin lumineux, oui, plein du soleil d'Amérique du Sud, ce soleil souvent voilé qui brille au-dessus de Lima. Si cette BD est vite lue, les personnages sont travaillés, et les situations émotionnelles parfaitement traduites par le crayon sensible d'Antonia Bañados. Les non-dits se révèlent au gré des pages, tout comme l'indicible, exercice pourtant au-combien difficile. On éprouve les sentiments du jeune Daniel jusque dans sa chair, on voit le mur de silence le cerner de toutes part, ainsi que sa parole se libérer. Tout est à échelle humaine, et trouve sa juste place. Les auteurs sont parvenu à donner corps à une floppée de sentiments que même celles et ceux qui ne les ont jamais éprouvés parviendront à en saisir la teneur. C'est fort, émouvant, concis, pudique.

24/07/2026 (modifier)
Par jp2008
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série La Petite Lumière
La Petite Lumière

Voici un livre qu'on ne peut s'empêcher de finir dès lors qu'on a ouvert la première page. On est captivé par l'histoire: mais que va-t-il arriver à ce vieil homme qui fait la connaissance d'un petit bonhomme étrange? Ce gamin n'est d'ailleurs pas sans rappeler les mômes de Gimenez dans Paracuellos . Le dessin surprend au départ puis, au fil des pages on finit par l'adorer. Même si quelques anecdotes restent en suspens: le chien aux pattes cassées, les cavalières qui passent devant chez lui un soir de pluie, les OVNI... le réalisme est souvent saisissant: les rituels de la vie quotidienne, le mégot au coin des lèvres, la Fiat Panda...Ce livre nous procure un rare moment de plaisir.

24/07/2026 (modifier)
Par Miguelof
Note: 3/5
Couverture de la série Le Bol maudit
Le Bol maudit

Huit courtes histoires de Bilal, en noir et blanc, publiées dans Pilote, entre 1971 et 1974, avant même La croisière des oubliés. J'ai réussi à dénicher cet album chez un bouquiniste un peu obscur et antipathique, mais je n'ai pas hésité. Il est en excellent état et n'était pas trop cher. C'était, je crois, le dernier qui me manquait de l'œuvre de Bilal. Les histoires mélangent fantastique, horreur (à la Lovecraft) et science-fiction. Ce n'est pas indispensable, mais ça vaut la peine de les lire. Les dessins sont d'un auteur encore en quête de son chemin, remplis de points et de petits traits qui se croisent fréquemment, annonçant ce que l'on retrouvera dans ses premières collaborations avec P. Christin. C'est d'ailleurs lui qui a écrit la présentation, louant le talent du dessinateur et prédisant de grandes réalisations à venir !

24/07/2026 (modifier)
Par Miguelof
Note: 3/5
Couverture de la série Histoire du Far West
Histoire du Far West

C’est une bonne série, compte tenu de l’époque à laquelle elle a été publiée. Je n’ai réussi à acquérir que dix des histoires, mais je leur accorde encore une certaine valeur. Les dessinateurs n’ont pas tous le même talent : J. Bielsa, Eduardo T. Coelho, G. Buzzelli, C. Marcelo et mon préféré ici, P. E. Serpieri. Le problème se pose aujourd'hui par rapport à certains scénarios, je crois. Le jugement historique concernant les conflits et, surtout, certaines personnages a évolué. Par exemple, Andrew Jackson : la vision présentée est trop bienveillante et simpliste, ne développant pas la question des massacres et même du génocide dont il est principalement responsable. On pourrait aussi en dire davantage au sujet des guerres indiennes, de l’esclavage ou du conflit avec le Mexique.

24/07/2026 (modifier)
Par grogro
Note: 5/5
Couverture de la série Les Inaptes
Les Inaptes

Je n'osais même pas espérer une suite à la fabuleuse saga Les Indociles qui m'avait tant happé. C'est pourtant chose faite avec ce premier tome d'une série qui devrait en contenir trois en tout. Son titre même me parle tout à fait et tout grand tant je considère l'inaptitude à ce monde comme une condition de survie impérieuse. Aujourd'hui, être inapte, c'est préserver sa santé mentale. Quant à se faire traiter d'inapte, la chose doit être prise selon moi comme un compliment. Pour mémoire, on avait laissé nos chers indociles enlisés dans leurs désillusions au tournant du 21e siècle. Ce premier tome ravive la flamme en mettant en scène la nouvelle génération, les enfants de Lulu, de Chiara, de Joe... Qui à leur tour doivent faire face à ce monde brutal dont la puissance frappe s'est considérablement accrue. La donne a effectivement changé, et l'on mesurera le décalage à l'aune de cette réplique acerbe de l'une des inaptes (c'est à dire la jeune génération) à l'encontre des indociles (la vieille génération) : "C'est vraiment une génération inutile". Si l'on retrouve le charme des dessins, le ton se fait plus grave, et les couleurs, du coup, plus ternes (mais néanmoins très réussies). L'humour y est quasiment absent, à moins qu'il ne se soit fait plus cynique. Clairement, on a changé de monde pour basculer dans celui que nous connaissons aujourd'hui. Or, nous savons qu'il n'est guère réjouissant. A l'aube de ce troisième millénaire, le capitalisme est devenu extrêmement agressif, à l'image des vautours prêts à fondre sur l'entreprise horlogère de Joe pour se projeter sur le marché américain. Tout un symbole ! Conséquence logique, les situations sont aussi plus tragiques d'emblée (les indociles apportait aussi son lot de tragédies, mais celles-ci étaient plus étalées dans le temps). Je pense notamment au personnage de Mickaël, le fils de Joe, dont l'avenir s'annonce vraiment très incertain à la fin de ce premier tome. Même l'horripilant Alexandre Placy-Von Rothenburg, jeune cadre dynamique et parvenu, fraichement diplômé, est tout à fait susceptible de tourner comme le personnage de Nelson Hidalgo dans la série Treme. J'ai aimé cette tension palpable, cette incertitude incroyable qui plane sur ce volume. De manière générale, on ne sait pas comment les inaptes vont aborder les choses. S'ils ont hérité de la fibre rebelle de leurs ainés, ils paraissent tout aussi démunis, et leurs moyens tout aussi dérisoires, à l'image de l'âne Ueli Maurer, ainsi baptisé en référence à l'ancien président de l'UDC. Et puis on retrouve avec nostalgie les anciens ; Lulu Chèvre, plus largué et barbu que jamais, que certains nouveaux perçoivent désormais comme "un vieux con", même si Bianca pressent "qu'on pourra compter sur lui en temps voulu" ; Joseph Robert-Charrue (le fameux Joe), qui semble prêt a écrire une nouvelle page de sa vie alors qu'il vient de se délester de l'héritage familial pesant que représentait son entreprise ; Siddhartha, le fils de Lulu, devenu à son tour papa, lucide et par conséquent peut-être un peu amer et fataliste... Et puis on découvre aussi les petits-enfants, ceux qui composent la génération numérique, les fameux digital natives, bercés par la technologie d'où viendra peut-être la révolte (ou pas)... Que leur arrivera-t-il ? A quelle sauce seront-ils mangés ? Seront-ils en capacité de surmonter les affres du monde moderne ou se heurteront-ils eux-aussi au mur de leurs propres désillusions ? Affaire à suivre... Les dialogues conservent leur force, et les situations demeurent admirablement mises en scène. On pourra regretter le fait que certains protagonistes soient esquissés un peu rapidement à mon goût, ou bien que certains enchainements manquent d'un poil de fluidité, mais globalement, cette suite tient très largement le cap et apporte ce que l'on était en droit d'attendre. Pitch Comment et Camille Rebetez n'ont pas oublié de glisser dans ces pages ce supplément d'âme qui gonflait les Indociles d'humanité. J'ai lu que Camille avait déclaré que l'idée était "d'inscrire un exotisme jurassien dans une universalité". C'est exactement ça. Le pari est largement tenu. Et pour ce qui est de l'attente, elle sera quant à elle fébrile. TRES fébrile. Le tome deux est d'ores est déjà prévu pour le premier semestre 2027. Ca urge !!!!

24/07/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série Jules et Jim - Frères d'armes
Jules et Jim - Frères d'armes

Attention, malgré son titre, Jules et Jim n'a rien à voir avec le film de François Truffaut ni avec le roman dont il est adapté. Il s'agit ici de l'histoire de deux jeunes Canadiens, nés le même jour à quelques minutes d'intervalle, qui grandissent ensemble comme des frères avant d'être entraînés dans l'horreur des tranchées de la Première Guerre mondiale. Jacques Goldstyn raconte avant tout une histoire d'amitié fraternelle, celle de deux garçons que tout oppose mais que tout unit, puis un récit sur l'absurdité de la guerre et le deuil. Dès les premières pages, on devine où l'histoire va mener, notamment pour ceux qui connaissent un peu la réalité de la Première Guerre mondiale, mais cela n'enlève rien à la force du récit. L'auteur parvient à rendre cette histoire profondément humaine, en alternant les moments de tendresse, les touches d'humour et la brutalité d'un conflit qui dépasse ceux qui y participent. La grande réussite de l'album vient de sa narration graphique. Le dessin, avec son trait rond et ses couleurs douces, rappelle les illustrations des livres jeunesse de Roald Dahl. Les planches sont très aérées et l'auteur raconte énormément par l'image : on pourrait presque suivre l'histoire sans lire les textes narratifs tant les expressions, les attitudes et les compositions transmettent clairement les émotions et les informations importantes. C'est une vraie bande dessinée où le dessin ne se contente pas d'accompagner le scénario mais porte une grande partie du message. Malgré un sujet lourd et une intrigue prévisible, l'album reste agréable à lire grâce à son équilibre entre émotion, simplicité et quelques moments plus légers qui évitent de tomber dans le pathos. Une belle manière de rendre hommage aux soldats de 14-18, et plus particulièrement ici aux combattants canadiens, avec beaucoup de délicatesse. Note : 3,5/5

24/07/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 3/5
Couverture de la série Yennega - La Femme Lion
Yennega - La Femme Lion

Après Saba et la plante magique, Yann Dégruel poursuit son exploration des contes africains. On retrouve d'ailleurs un lien direct entre les deux albums puisque l'introduction fait référence au précédent récit et que c'est un conteur du même village qui transmet cette nouvelle légende. Cette fois, l'histoire nous emmène non plus dans la Corne de l'Afrique mais au Burkina Faso, ce que rappellera d'ailleurs la page de fin aux lecteurs qui connaissent le pays. Comme pour Saba, le grand intérêt de l'album vient de son ambiance de conte africain traditionnel, à la fois dépaysante et respectueuse de son cadre historique et culturel. Le dessin de Yann Dégruel est toujours aussi réussi, avec ses aquarelles aux couleurs chaudes, ses paysages magnifiques et cette impression d'ouvrir un ancien livre de légendes. Certaines pages dégagent une vraie poésie. L'histoire de Yennega, authentique princesse devenue figure légendaire de la culture Mossi, se lit très agréablement. Elle propose un joli récit sur une femme qui refuse les limites imposées par son époque et qui cherche à trouver sa propre voie entre exploits guerriers et désir de maternité. Le message est simple mais efficace pour un jeune public. J'ai toutefois été frustré par la grande rapidité du récit. L'album se termine presque au moment où l'intrigue commence réellement à prendre son envol, lorsque les personnages et les enjeux sont enfin installés et qu'on attend de voir comment les choses vont évoluer. L'histoire aurait mérité davantage de développement, tant le personnage de Yennega et son univers semblaient pouvoir offrir beaucoup plus. Je n'ai pas le cœur à noter cet album plus sévèrement car il conserve toutes les qualités graphiques et l'atmosphère charmante des contes africains. Mais cette impression de récit écourté laisse malgré tout un goût d'inachevé : une belle légende, joliment illustrée, mais qui aurait gagné à prendre davantage son temps. Note : 2,5/5

24/07/2026 (modifier)
Par Simili
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Quai d'Orsay
Quai d'Orsay

Au printemps 2003, le monde diplomatique est en ébullition. Les Etats Unis de Georges W Bush veulent attaquer l'Irak et s'oppose à la volonté du conseil de sécurité de l'ONU de trouver une solution diplomatique plutôt que militaire. La France, par l'intermédiaire de son ministre Dominique de Villepin, tient bon et en ressort grandie en obtenant une visite d'expert indépendant afin de déterminer la présence ou non d'arme de destruction massive. Quelque temps plus tard les Etats Unis envahiront l'Irak, mais qu'importe Dominique de Villepin reste dans les mémoires pour avoir été celui qui a menacé les "maîtres du monde". Quai d'Orsay nous offre une immersion dans le ministère des affaires étrangères de l'époque. Et cette plongée est tout simplement brillante, prenante, haletante et … poilante Le dessin de Christophe Blain est hyper énergique, il est aussi speed que son ministre et tout va à 2000 à l'heure. Il soutient parfaitement le rythme de l'intrigue et on a peu de mal à imaginer les nuits blanches qui ont dû animer le Quai d'Orsay de l'époque. Et pour ne rien gâcher elle manie un humour par moment désopilant. J'ai ainsi eu la banane tout au long de ma lecture et j'ai été pris de 2 fous rires exceptionnels. La première fois lors de l'échange entre Monsieur le Ministre et sa secrétaire au sujet de Stabilo qui ne marchent pas. La deuxième lors de la préparation et le voyage en Falcon pour rejoindre la Russie. J'ai du arrêter ma lecture pour laisser passer ces fous rire. Et pour la peine j'étais très loin d'imaginer me retrouver dans cette situation lorsque j'ai attaqué ma lecture. Ces 2 moments de pur bonheur ne peuvent que m'inciter à décerner un coup de cœur à ce diptyque. J'espère qu'il provoquera la même réaction chez de nombreux lecteurs

24/07/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 2/5
Couverture de la série L'Humanité invisible
L'Humanité invisible

Après un cataclysme ayant rendu la Terre inhabitable, le dernier survivant d'une arche spatiale revient sur sa planète d'origine et découvre qu'une partie de l'humanité a survécu... sous une forme totalement inattendue. Il s'agit d'une science-fiction spéculative bâtie autour d'une idée assez étonnante : une humanité miniaturisée jusqu'à devenir microscopique. Le concept n'est pas inintéressant. On peut facilement imaginer qu'une civilisation aussi petite n'aurait plus les mêmes problèmes de ressources, de pollution ou de conflits territoriaux qui rythment notre histoire. En revanche, toute la construction de cet univers m'a paru beaucoup trop bancale pour être crédible. L'idée que ces humains minuscules deviendraient presque indestructibles, capables notamment de survivre à un gigantesque flash solaire ayant ravagé la Terre simplement grâce à leur changement d'échelle, m'a laissé très sceptique. Leur société, présentée comme une communauté perpétuellement joyeuse et presque enfantine, où tout le monde chante en chœur, évoque davantage un manga jeunesse qu'une réflexion de SF. Et malgré leur taille infinitésimale, ils semblent capables d'accomplir autant, voire davantage, qu'une civilisation normale, comme si les distances démultipliées n'avaient aucune conséquence sur leurs transports, leur industrie ou leurs capacités d'action. Leur comportement dans son ensemble paraît d'ailleurs tellement étrange qu'il devient difficile de prendre cette science-fiction au sérieux. Le récit souffre également d'un vrai manque de matière. Une fois la rencontre effectuée, il ne se passe quasiment rien : les survivants expliquent leur mode de vie, tout le monde se réjouit de cette découverte, évoque quelques projets communs... puis l'album s'arrête. Il n'y a ni péripéties, ni tension dramatique, ni aucun développement. Le dessin est passable assez quelconque, avec un contraste parfois déroutant entre le traitement plutôt réaliste du monde "normal" et l'esthétique très colorée, manga, réservée aux humains miniaturisés. J'ai refermé cet album avec perplexité. Son postulat de départ suscite la curiosité, mais son développement manque de crédibilité comme d'ambition narrative. Une étrange utopie miniature, pas foncièrement mauvaise mais vraiment pas convaincante.

24/07/2026 (modifier)
Par Vaudou
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Alvar Mayor
Alvar Mayor

Surement la plus grande bd argentine que j'ai pu lire. Si le ton de départ et la structure sont profondément picaresques, on bascule ensuite progressivement vers le réalisme magique typiquement sud-américain. Les aventures débouchent souvent sur des songes, des paraboles métaphysiques et des cités chimériques. Tous ces colons à la recherche de trésors imaginaires rappellent la quête du fameux Aguirre. Alvar Mayor est un héros très attachant. Le noir et blanc de Breccia est à tomber. Dire qu'il a fallu attendre 2020 pour avoir une publication à la hauteur. Combien de trésors de la bd argentine sont encore enfouis profondément dans les jungles de l'édition ?

24/07/2026 (modifier)