J'ai lu la réédition paru en 2020 dont la colorisation semble différente de la première édition. Cela ne m'a pas dérangé parce que j'aime bien comment sont utilisées les couleurs dans la version que j'ai lue.
Foerster s'approprie le personnage de Pinocchio (et il le refera plus tard avec sa série 'Gueule de bois') et comme les autres posteurs l'ont souligné, ce Pinocchio ressemble plus au monstre de Frankenstein qu'au Pinocchio qu'on connait. Un monstre de Frankenstein qui n'aurait pas été rejeté par son créateur (ou plutôt créatrice ici), mais comme ce Pinocchio ne connait pas sa force et ne comprend pas trop ce qui se passe autour de lui, cela va amener du drame....Le récit est classique, mais efficace. On retrouve un condensé du talent de Foerster et c'est vraiment un album que je recommanderais si on veut un bon aperçu de son œuvre.
Je recommanderais toutefois un emprunt parce que ça se lit un peu trop vite pour que ça soit une lecture marquante et mémorable. Cela reste un bon divertissement.
Les dessins de Tébo ont, selon moi, nettement perdu en qualité au fil des tomes. Là où les premiers albums proposaient un style dynamique, expressif et soigné, j’ai ressenti une vraie régression à partir du tome 6. Le trait me paraît plus approximatif, parfois même médiocre, avec des pages qui semblent bâclées ou remplies pour combler plutôt que pour servir l’histoire.
On a l’impression que certaines planches sont vides ou manquent d’inspiration, comme si l’auteur cherchait surtout à gagner du temps. Cela donne un sentiment de travail précipité. Je me demande d’ailleurs si l’éditeur ne met pas une forte pression pour respecter les délais, ce qui pourrait expliquer cette baisse de qualité, autant sur le plan graphique que scénaristique.
Car le problème ne se limite pas au dessin : le scénario aussi semble moins abouti. Les tomes 1 à 5 étaient bien plus inventifs, drôles et cohérents. Aujourd’hui, les gags paraissent plus répétitifs, et les nouveaux super-héros manquent souvent d’intérêt ou de personnalité.
Ce qui est particulièrement frustrant, c’est que même l’auteur semble en être conscient. Dans les tomes 7 et 8, il évoque lui-même son retard sur certaines pages, ce qui renforce cette impression d’un travail fait dans l’urgence. On sent qu’il essaie de grappiller du temps, au détriment de la qualité globale.
C’est vraiment dommage de voir une série aussi originale et drôle que Captain Biceps perdre en fraîcheur et en exigence. En tant que lecteur, la déception est réelle.
La principale qualité de cette série est de s’emparer d’une histoire connue de tous, et de la réinterpréter, de façon relativement originale, sans sombrer dans le n’importe quoi ou trop de facilités (même s’il y en a quand même !).
Je ne sais pas si le troisième tome conclut la série, ou un cycle (une suite est tout à fait possible). Il donne en tout cas l’acte de naissance de Robin des bois. J’étais étonné durant ma lecture de ne pas le voir justement, et son introduction – dans une personnalité multiple – en fin d’album, m’a à la fois rassuré et intrigué.
L’intrigue est bien ancrée dans l’histoire de la fin du XIIème siècle (cet aspect est intéressant, les petits hameaux – plus que les grosses villes, sont importants et bien représentés), et met en place progressivement personnages et fil rouge : le duo formé par Marianne en jeune châtelaine et le shérif de Nottingham est original, et tout chez eux n’est pas cousu de fils blancs.
Bon, ceci étant dit, malgré ces remarques positives, et le fait que l’histoire se laisse lire agréablement, ça ne m’a pas marqué plus que ça. Il y a quand même quelques passages « flous », des facilités (par exemple tout le long passage au début, sorte de « test » autour du shérif – qui s’en sort seul contre une demi-douzaine de types, sans que quiconque ne soit sévèrement blessé ou, dans le troisième tome, l’affrontement un peu bordélique entre Troglo et Merry men). Il y a aussi quelques longueurs, et ces trois premiers tomes semblent presque n’être qu’une mise en place (combien de tomes sont/étaient prévus ?).
Si le dessin est globalement bon, je n’ai ni aimé ni compris ce tic de représenter « la capuche » d’une façon que son visage n’apparaisse pas du tout (ça donne un truc improbable). C’est d’autant plus dommage que déjà les visages sont souvent le point faible – en tout cas le résultat est plus inégal que pour les décors, bien mieux réussis.
Les planches de la galeries sont les premières pages et effrayent un peu par leur beauté ( dans le format de la BD, on dirait qu'elles sont faites au stylo-bille : magnifique travail) mélangée à une certaine absurdité en premiere approche. En réalité tout a un sens que l'on va comprendre au cours du récit. Cet album utilise beaucoup de dispositifs un peu clichés et réussit à en faire un objet unique et évocateur qui raconte une histoire à la fois personnelle et installée dans un contexte social.
C'est un voyage à deux en voiture américaine depuis Detroit jusqu'à Roma ( quel État ?) Il y a donc la caractérisation des deux personnages qui sont évidement construits en opposition. Socialement comme psychologiquement. On pense bien-sûr à Thelma et Louise mais finalement cela n'a rien d'une ode à la liberté feel good, c'est plutôt une psychanalyse reciproque.
Le road-movie est souvent un peut ennuyeux par sa construction linéaire et géographique et le seul suspens est en fait "Depuis le point A, va-t-on atteindre le point B et dans quel état ?" Ici la construction est plutot en caléïdoscope, faite de références cinématographiques, de dessins piqués dans le carnet d'une des protagonistes, de souvenirs, de dialogues et d'actes du quotidien. Et si la première partie semble nous perdre, la seconde rassemble tous les indices.
Par dessus le marché, une variété graphique, qui expérimente plein de techniques et de contrastes avec beaucoup d'inventivité. Au début, chaque page est un étonnement, et paradoxalement, cela peut décourager ; comme si cette virtuosité perdait de vue l'objectif narratif. Mais accrochez- vous, cela mène quelque part : en nous .
Ça se laisse lire, l’époque est très bien restituée et, globalement, l’arrière-plan historique est lui aussi bien utilisé. Avec un De Gaulle à la fois olympien et « tranquille », donnant des sueurs froides à ses gardes du corps.
Gardes du corps au cœur du récit donc, avec un petit nouveau qui arrive pour diriger trois anciens. Avec le titre, la couverture, je m’imaginais quelque chose jouant sur le même registre que les dialogues d’Audiard, avec bons mots et bourres-pifs qui fusent.
Et en fait ça n’est pas forcément le cas – en tout cas bien moins que je l’espérais au départ. Du coup, si la lecture s’est avérée fluide et plutôt agréable, je suis sorti un chouia frustré de ce premier album. Le très grand format, le papier épais font un peu classieux, un dossier en fin d’album apporte un petit plus. Mais, au vu de ce premier album, je ne sais pas si les dix albums semble-t-il prévus ne sont pas de trop, s’il y a vraiment matière à « tenir » sans étirer outre mesure les mêmes dialogues et situations.
A voir donc. Ce tome inaugural pose le décor – et quelques questions – mais j’attends la suite plutôt avec envie (le dessin est vraiment bon lui, et aide clairement à la fluidité et au plaisir de lecture).
Une très belle bd. Je rejoins entièrement l'avis de Grogro, que je trouve très pertinent.
Un sujet d'épinal pas souvent (bien) traité que celui de berger. J'ai beaucoup aimé le ton très sincère de l'auteur.
Graphiquement c'est très beau, élégant, efficace. Le grand format opté par Acte Sud est idéal (et correspond peut être à la taille des planches originales). J'ai pensé à F'murr et son génie des alpages sur certains graphismes, peut être le hasrad ou le rapprochement du thème.
Un récit fluide et très prenant, oscillant entre pragmatisme et poésie, qui rend à la montagne ce qui est à la montagne.
Montagnes des Pyrénées et heu
vous êtes mes amours oui mes amours
Montagnes des Pyrénées et heu
je vous aimerai toujours ho oui toujours
Chiqui de la Fuente (frére de Victor et de Ramón) a surtout travaillé pour des collections de classiques de la littérature destinées à la jeunesse. Il a obtenu à juste titre un certain succès avec ses adaptations BD dans plusieurs pays. Le style de son dessin est original et facilement identifiable, ayant réussi à s’émanciper de ses frères. Il s’agit ici de l’un des contes les plus célèbres de tous les temps, de la plume de Charles Dickens, connu comme « l’homme qui a inventé Noël ».
J’ai lu pour le moment les deux premiers albums (chacun se lit comme un one-shot, c’est presque plus une collection qu’une série, les auteurs changeant d’un album à l’autre).
Chaque album traite d’un train ou d’une voie ferrée plus ou moins « mythique ». Mais surtout le fait de façon très différente.
Dans le premier album, « L’Orient-express », c’est en fait une sorte d’enquête policière, autour d’un attentat ayant frappé un pont sur la ligne en 1931 (je ne connaissais pas cet événement – où Joséphine Baker fut impliquée, mais il est bien réel), tandis que le deuxième album, « Le Transcontinental », retrace uniquement la construction de la ligne traversant les Etats-Unis naissants.
« L’Orient-Express » se laisse lire, mais l’enquête est un peu poussive, l’arrière-plan historique (montée du Nazisme et plus généralement du fascisme en Europe) n’étant pas assez développé à mon goût. Surtout, l’Orient-Express lui-même n’est ici qu’un décor, et n’apparait finalement que très peu. Le dossier final complète bien le récit, en éclairant davantage l’histoire de ce train (y compris au niveau des romans et films qui l’ont utilisé comme décor), un dossier bien fichu.
« Le Transcontinental » possède a priori plus de potentiel, et m’intéressait aussi a priori davantage. Il alterne avec les deux équipes/sociétés impliquées dans sa construction, un tronçon partant de Sacramento, l’autre de Omaha, jusqu’à leur jonction à Promontary. Le train en lui-même est ici aussi escamoté, puisque seule la construction est traitée, mais le train est au moins au centre du récit et des préoccupations de tous les protagonistes.
Protagonistes qui sont du coup très nombreux, comme les sujets abordés. Mais, en 48 pages, soit les sujets ne sont qu’effleurés (utilisation de la main d’œuvre chinoise, réactions et impactes liés aux tribus indiennes dépossédées voire massacrées, conflits sociaux, etc.) soit ils sont tout simplement « oubliés » (tout ce qui concerne les « barons voleurs », les avantages obtenus de la part de l’Etat autour des voies, les concessions, etc.).
Sur cet album, je trouve le format 48 pages de BD trop court pour tous les aspects liés au sujet. Et, même si le sujet m’intéressait davantage que le précédent – ou à cause de cela – j’ai été un peu frustré (l’histoire se lit très bien par contre). Frustrant aussi le dossier final, car il n’est quasiment constitué que de courtes biographies des principaux personnages entrevus, et d’un court chapitre sur l’emploi des Chinois : tous les riches aspects connexes ne sont donc pas développés.
J'ai commencé à acheter et à lire la série depuis le premier numéro. Mais je n'ai réussi à tenir que jusqu'au huitième tome et ça a déjà été trop! Les dessins ne sont pas mauvais mais l'intrigue, dans cette version fantasy de Roméo et Juliette, s'étire péniblement sans grandes surprises ni même de vraies nouveautés. Bref, je pense qu'une lecture du premier tome suffit pour se faire une idée et au plus, je pense feuilleter le dernier un jour...
Très tiraillé entre 3 et 4... Voilà une BD qui se situe exactement à 3,5/5 à mon échelle. J'ai d'abord eu une énorme coup de cœur pour le dessin de Jean-Denis Pendanx. Il est vraiment somptueux et restitue à merveille la beauté, la pureté et la grandeur de la forêt. Il nous fait comprendre à merveille la fascination de Geoffroy Delorme pour les chevreuils et leur habitat naturel.
Aidés par le sens narratif toujours aigu de Vincent Zabus, on entre donc peu à peu dans l'esprit de Geoffroy, et on se plaît à s'immiscer avec lui dans cette vie au beau milieu des bois, pas si solitaire. J'ai beaucoup aimé le fait qu'à la suite de Geoffroy Delorme, la bande dessinée ne revendique aucun discours. Il n'est question d'aucun militantisme ou d'aucune dimension politique quelle qu'elle soit. Non, c'est l'expérience de vie de Geoffroy, son dégoût des humains et son incapacité à s'adapter aux normes du monde dans lequel il vit qui le pousse vers la forêt.
Sans esprit de conquête ni même de survivalisme à proprement parler, il nous raconte comment il a découvert peu à peu la beauté mais aussi la dureté de la vie en forêt pour un être humain. Son récit prend souvent des airs documentaires quand il nous explique les meilleures manières de s'adapter à la vie au milieu des bois ou quand il décrit le mode de vie des chevreuils. Je n'aurais pas pensé être si intéressé par le sujet, et Zabus sait rendre cette histoire souvent captivante.
Malgré tout, ce qui m'empêche de monter à 4 étoiles, c'est tout de même cette absence de récit à proprement parler. On est davantage sur une bande dessinée à caractère informatif et documentaire que sur une histoire avec un début, un milieu, une fin... une narration, quoi. Le récit n'évolue que très peu, et il manque un semblant de climax ou d'émotion. J'aurais aimé partager les sentiments et les émotions que traverse Geoffroy, notamment quand il voit ses amis chevreuils mourir sous ses yeux. Mais la froideur de la narration nous en empêche, à moins que ce ne soit le côté très éclectique du récit, qui enchaîne plus des scénettes (avec un certain fil directeur, certes) qu'il ne raconte une histoire à proprement parler.
Dans l'ensemble, cette froideur de ton sert plus le récit qu'elle ne le dessert, mais je trouve que L'Homme-chevreuil manque alors d'une dimension qui aurait rendu l'histoire plus attachante ou émouvante. Cela ne m'a pas empêché de m'intéresser de très près à cette histoire d'autant plus étonnante qu'elle est vraie. J'ai tout de même appris beaucoup de choses et tiré beaucoup d'enseignements de cette histoire. Et encore une fois, le dessin est si beau qu'il justifie à lui seul la lecture de la bande dessinée.
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Pinocchio (Foerster)
J'ai lu la réédition paru en 2020 dont la colorisation semble différente de la première édition. Cela ne m'a pas dérangé parce que j'aime bien comment sont utilisées les couleurs dans la version que j'ai lue. Foerster s'approprie le personnage de Pinocchio (et il le refera plus tard avec sa série 'Gueule de bois') et comme les autres posteurs l'ont souligné, ce Pinocchio ressemble plus au monstre de Frankenstein qu'au Pinocchio qu'on connait. Un monstre de Frankenstein qui n'aurait pas été rejeté par son créateur (ou plutôt créatrice ici), mais comme ce Pinocchio ne connait pas sa force et ne comprend pas trop ce qui se passe autour de lui, cela va amener du drame....Le récit est classique, mais efficace. On retrouve un condensé du talent de Foerster et c'est vraiment un album que je recommanderais si on veut un bon aperçu de son œuvre. Je recommanderais toutefois un emprunt parce que ça se lit un peu trop vite pour que ça soit une lecture marquante et mémorable. Cela reste un bon divertissement.
Captain Biceps
Les dessins de Tébo ont, selon moi, nettement perdu en qualité au fil des tomes. Là où les premiers albums proposaient un style dynamique, expressif et soigné, j’ai ressenti une vraie régression à partir du tome 6. Le trait me paraît plus approximatif, parfois même médiocre, avec des pages qui semblent bâclées ou remplies pour combler plutôt que pour servir l’histoire. On a l’impression que certaines planches sont vides ou manquent d’inspiration, comme si l’auteur cherchait surtout à gagner du temps. Cela donne un sentiment de travail précipité. Je me demande d’ailleurs si l’éditeur ne met pas une forte pression pour respecter les délais, ce qui pourrait expliquer cette baisse de qualité, autant sur le plan graphique que scénaristique. Car le problème ne se limite pas au dessin : le scénario aussi semble moins abouti. Les tomes 1 à 5 étaient bien plus inventifs, drôles et cohérents. Aujourd’hui, les gags paraissent plus répétitifs, et les nouveaux super-héros manquent souvent d’intérêt ou de personnalité. Ce qui est particulièrement frustrant, c’est que même l’auteur semble en être conscient. Dans les tomes 7 et 8, il évoque lui-même son retard sur certaines pages, ce qui renforce cette impression d’un travail fait dans l’urgence. On sent qu’il essaie de grappiller du temps, au détriment de la qualité globale. C’est vraiment dommage de voir une série aussi originale et drôle que Captain Biceps perdre en fraîcheur et en exigence. En tant que lecteur, la déception est réelle.
Nottingham
La principale qualité de cette série est de s’emparer d’une histoire connue de tous, et de la réinterpréter, de façon relativement originale, sans sombrer dans le n’importe quoi ou trop de facilités (même s’il y en a quand même !). Je ne sais pas si le troisième tome conclut la série, ou un cycle (une suite est tout à fait possible). Il donne en tout cas l’acte de naissance de Robin des bois. J’étais étonné durant ma lecture de ne pas le voir justement, et son introduction – dans une personnalité multiple – en fin d’album, m’a à la fois rassuré et intrigué. L’intrigue est bien ancrée dans l’histoire de la fin du XIIème siècle (cet aspect est intéressant, les petits hameaux – plus que les grosses villes, sont importants et bien représentés), et met en place progressivement personnages et fil rouge : le duo formé par Marianne en jeune châtelaine et le shérif de Nottingham est original, et tout chez eux n’est pas cousu de fils blancs. Bon, ceci étant dit, malgré ces remarques positives, et le fait que l’histoire se laisse lire agréablement, ça ne m’a pas marqué plus que ça. Il y a quand même quelques passages « flous », des facilités (par exemple tout le long passage au début, sorte de « test » autour du shérif – qui s’en sort seul contre une demi-douzaine de types, sans que quiconque ne soit sévèrement blessé ou, dans le troisième tome, l’affrontement un peu bordélique entre Troglo et Merry men). Il y a aussi quelques longueurs, et ces trois premiers tomes semblent presque n’être qu’une mise en place (combien de tomes sont/étaient prévus ?). Si le dessin est globalement bon, je n’ai ni aimé ni compris ce tic de représenter « la capuche » d’une façon que son visage n’apparaisse pas du tout (ça donne un truc improbable). C’est d’autant plus dommage que déjà les visages sont souvent le point faible – en tout cas le résultat est plus inégal que pour les décors, bien mieux réussis.
Detroit Roma
Les planches de la galeries sont les premières pages et effrayent un peu par leur beauté ( dans le format de la BD, on dirait qu'elles sont faites au stylo-bille : magnifique travail) mélangée à une certaine absurdité en premiere approche. En réalité tout a un sens que l'on va comprendre au cours du récit. Cet album utilise beaucoup de dispositifs un peu clichés et réussit à en faire un objet unique et évocateur qui raconte une histoire à la fois personnelle et installée dans un contexte social. C'est un voyage à deux en voiture américaine depuis Detroit jusqu'à Roma ( quel État ?) Il y a donc la caractérisation des deux personnages qui sont évidement construits en opposition. Socialement comme psychologiquement. On pense bien-sûr à Thelma et Louise mais finalement cela n'a rien d'une ode à la liberté feel good, c'est plutôt une psychanalyse reciproque. Le road-movie est souvent un peut ennuyeux par sa construction linéaire et géographique et le seul suspens est en fait "Depuis le point A, va-t-on atteindre le point B et dans quel état ?" Ici la construction est plutot en caléïdoscope, faite de références cinématographiques, de dessins piqués dans le carnet d'une des protagonistes, de souvenirs, de dialogues et d'actes du quotidien. Et si la première partie semble nous perdre, la seconde rassemble tous les indices. Par dessus le marché, une variété graphique, qui expérimente plein de techniques et de contrastes avec beaucoup d'inventivité. Au début, chaque page est un étonnement, et paradoxalement, cela peut décourager ; comme si cette virtuosité perdait de vue l'objectif narratif. Mais accrochez- vous, cela mène quelque part : en nous .
Les Gorilles du Général
Ça se laisse lire, l’époque est très bien restituée et, globalement, l’arrière-plan historique est lui aussi bien utilisé. Avec un De Gaulle à la fois olympien et « tranquille », donnant des sueurs froides à ses gardes du corps. Gardes du corps au cœur du récit donc, avec un petit nouveau qui arrive pour diriger trois anciens. Avec le titre, la couverture, je m’imaginais quelque chose jouant sur le même registre que les dialogues d’Audiard, avec bons mots et bourres-pifs qui fusent. Et en fait ça n’est pas forcément le cas – en tout cas bien moins que je l’espérais au départ. Du coup, si la lecture s’est avérée fluide et plutôt agréable, je suis sorti un chouia frustré de ce premier album. Le très grand format, le papier épais font un peu classieux, un dossier en fin d’album apporte un petit plus. Mais, au vu de ce premier album, je ne sais pas si les dix albums semble-t-il prévus ne sont pas de trop, s’il y a vraiment matière à « tenir » sans étirer outre mesure les mêmes dialogues et situations. A voir donc. Ce tome inaugural pose le décor – et quelques questions – mais j’attends la suite plutôt avec envie (le dessin est vraiment bon lui, et aide clairement à la fluidité et au plaisir de lecture).
Démontagner
Une très belle bd. Je rejoins entièrement l'avis de Grogro, que je trouve très pertinent. Un sujet d'épinal pas souvent (bien) traité que celui de berger. J'ai beaucoup aimé le ton très sincère de l'auteur. Graphiquement c'est très beau, élégant, efficace. Le grand format opté par Acte Sud est idéal (et correspond peut être à la taille des planches originales). J'ai pensé à F'murr et son génie des alpages sur certains graphismes, peut être le hasrad ou le rapprochement du thème. Un récit fluide et très prenant, oscillant entre pragmatisme et poésie, qui rend à la montagne ce qui est à la montagne. Montagnes des Pyrénées et heu vous êtes mes amours oui mes amours Montagnes des Pyrénées et heu je vous aimerai toujours ho oui toujours
Un Conte de Noël (De La Fuente)
Chiqui de la Fuente (frére de Victor et de Ramón) a surtout travaillé pour des collections de classiques de la littérature destinées à la jeunesse. Il a obtenu à juste titre un certain succès avec ses adaptations BD dans plusieurs pays. Le style de son dessin est original et facilement identifiable, ayant réussi à s’émanciper de ses frères. Il s’agit ici de l’un des contes les plus célèbres de tous les temps, de la plume de Charles Dickens, connu comme « l’homme qui a inventé Noël ».
Trains de légende
J’ai lu pour le moment les deux premiers albums (chacun se lit comme un one-shot, c’est presque plus une collection qu’une série, les auteurs changeant d’un album à l’autre). Chaque album traite d’un train ou d’une voie ferrée plus ou moins « mythique ». Mais surtout le fait de façon très différente. Dans le premier album, « L’Orient-express », c’est en fait une sorte d’enquête policière, autour d’un attentat ayant frappé un pont sur la ligne en 1931 (je ne connaissais pas cet événement – où Joséphine Baker fut impliquée, mais il est bien réel), tandis que le deuxième album, « Le Transcontinental », retrace uniquement la construction de la ligne traversant les Etats-Unis naissants. « L’Orient-Express » se laisse lire, mais l’enquête est un peu poussive, l’arrière-plan historique (montée du Nazisme et plus généralement du fascisme en Europe) n’étant pas assez développé à mon goût. Surtout, l’Orient-Express lui-même n’est ici qu’un décor, et n’apparait finalement que très peu. Le dossier final complète bien le récit, en éclairant davantage l’histoire de ce train (y compris au niveau des romans et films qui l’ont utilisé comme décor), un dossier bien fichu. « Le Transcontinental » possède a priori plus de potentiel, et m’intéressait aussi a priori davantage. Il alterne avec les deux équipes/sociétés impliquées dans sa construction, un tronçon partant de Sacramento, l’autre de Omaha, jusqu’à leur jonction à Promontary. Le train en lui-même est ici aussi escamoté, puisque seule la construction est traitée, mais le train est au moins au centre du récit et des préoccupations de tous les protagonistes. Protagonistes qui sont du coup très nombreux, comme les sujets abordés. Mais, en 48 pages, soit les sujets ne sont qu’effleurés (utilisation de la main d’œuvre chinoise, réactions et impactes liés aux tribus indiennes dépossédées voire massacrées, conflits sociaux, etc.) soit ils sont tout simplement « oubliés » (tout ce qui concerne les « barons voleurs », les avantages obtenus de la part de l’Etat autour des voies, les concessions, etc.). Sur cet album, je trouve le format 48 pages de BD trop court pour tous les aspects liés au sujet. Et, même si le sujet m’intéressait davantage que le précédent – ou à cause de cela – j’ai été un peu frustré (l’histoire se lit très bien par contre). Frustrant aussi le dossier final, car il n’est quasiment constitué que de courtes biographies des principaux personnages entrevus, et d’un court chapitre sur l’emploi des Chinois : tous les riches aspects connexes ne sont donc pas développés.
Saga
J'ai commencé à acheter et à lire la série depuis le premier numéro. Mais je n'ai réussi à tenir que jusqu'au huitième tome et ça a déjà été trop! Les dessins ne sont pas mauvais mais l'intrigue, dans cette version fantasy de Roméo et Juliette, s'étire péniblement sans grandes surprises ni même de vraies nouveautés. Bref, je pense qu'une lecture du premier tome suffit pour se faire une idée et au plus, je pense feuilleter le dernier un jour...
L'Homme-chevreuil - Sept ans de vie sauvage
Très tiraillé entre 3 et 4... Voilà une BD qui se situe exactement à 3,5/5 à mon échelle. J'ai d'abord eu une énorme coup de cœur pour le dessin de Jean-Denis Pendanx. Il est vraiment somptueux et restitue à merveille la beauté, la pureté et la grandeur de la forêt. Il nous fait comprendre à merveille la fascination de Geoffroy Delorme pour les chevreuils et leur habitat naturel. Aidés par le sens narratif toujours aigu de Vincent Zabus, on entre donc peu à peu dans l'esprit de Geoffroy, et on se plaît à s'immiscer avec lui dans cette vie au beau milieu des bois, pas si solitaire. J'ai beaucoup aimé le fait qu'à la suite de Geoffroy Delorme, la bande dessinée ne revendique aucun discours. Il n'est question d'aucun militantisme ou d'aucune dimension politique quelle qu'elle soit. Non, c'est l'expérience de vie de Geoffroy, son dégoût des humains et son incapacité à s'adapter aux normes du monde dans lequel il vit qui le pousse vers la forêt. Sans esprit de conquête ni même de survivalisme à proprement parler, il nous raconte comment il a découvert peu à peu la beauté mais aussi la dureté de la vie en forêt pour un être humain. Son récit prend souvent des airs documentaires quand il nous explique les meilleures manières de s'adapter à la vie au milieu des bois ou quand il décrit le mode de vie des chevreuils. Je n'aurais pas pensé être si intéressé par le sujet, et Zabus sait rendre cette histoire souvent captivante. Malgré tout, ce qui m'empêche de monter à 4 étoiles, c'est tout de même cette absence de récit à proprement parler. On est davantage sur une bande dessinée à caractère informatif et documentaire que sur une histoire avec un début, un milieu, une fin... une narration, quoi. Le récit n'évolue que très peu, et il manque un semblant de climax ou d'émotion. J'aurais aimé partager les sentiments et les émotions que traverse Geoffroy, notamment quand il voit ses amis chevreuils mourir sous ses yeux. Mais la froideur de la narration nous en empêche, à moins que ce ne soit le côté très éclectique du récit, qui enchaîne plus des scénettes (avec un certain fil directeur, certes) qu'il ne raconte une histoire à proprement parler. Dans l'ensemble, cette froideur de ton sert plus le récit qu'elle ne le dessert, mais je trouve que L'Homme-chevreuil manque alors d'une dimension qui aurait rendu l'histoire plus attachante ou émouvante. Cela ne m'a pas empêché de m'intéresser de très près à cette histoire d'autant plus étonnante qu'elle est vraie. J'ai tout de même appris beaucoup de choses et tiré beaucoup d'enseignements de cette histoire. Et encore une fois, le dessin est si beau qu'il justifie à lui seul la lecture de la bande dessinée.