Il s'agit d'un Conan généreux et sans détour.
Oscar Martin et Leonel Castellani signent une écriture originale, efficace et très généreuse de Conan.
Ici, on est clairement en terrain connu… mais c’est aussi tout le plaisir. Taverne, baston générale, créatures, femmes fatales : tous les codes sont là, assumés à fond. Ça découpe, ça cogne, et ça ne cherche jamais à faire semblant. Pourtant, derrière cette façade très “bourrine”, le récit tient bien la route et réserve même quelques surprises bienvenues, jusqu’à une fin qu’on n’attend pas forcément.
Le vrai point fort reste le travail graphique de Castellani. Certaines planches, notamment en grand format, en mettent plein les yeux. Son trait donne du souffle à l’ensemble et accentue ce côté épique et viscéral. On est sur une lecture qui va à 100 à l’heure, sans temps mort.
Alors oui, ça ne révolutionne rien. Mais ce n’est pas le but. C’est du Conan pur jus, efficace, généreux, presque “pop-corn”, qui fait exactement ce qu’on attend de lui — et le fait bien.
Note : 3,5/5 – Un très bon moment de lecture, fun et maîtrisé, qui donne envie de revoir ce type de projet.
Une claque aussi ambitieuse que déroutante
Avec East of West, Hickman et Dragotta livrent une œuvre dense, exigeante, mais profondément marquante. Mélange improbable de western, de science-fiction et d’uchronie, le récit nous plonge dans une Amérique fracturée où les Cavaliers de l’Apocalypse ne sont jamais bien loin… et où la Mort elle-même décide de tracer sa propre route.
Dès les premières pages, on sent que Hickman ne prend pas son lecteur par la main. L’univers est riche, politique, parfois même opaque, mais c’est aussi ce qui fait toute sa force : on s’y perd pour mieux s’y retrouver. Derrière cette complexité se cache une histoire étonnamment intime, presque tragique, centrée sur la vengeance, l’amour et la fatalité.
Graphiquement, Dragotta fait un travail impressionnant. Son style anguleux, précis et ultra lisible donne une identité forte à la série. Certaines planches sont tout simplement iconiques, notamment grâce à une direction artistique et des designs mémorables.
Mais East of West n’est pas sans défauts. Son exigence narrative pourra en rebuter plus d’un, et le rythme, parfois inégal, demande un vrai investissement. C’est clairement une œuvre qui ne se livre pas facilement… mais qui récompense largement ceux qui s’y accrochent.
En résumé : un comics audacieux, dense et unique, qui ne plaira pas à tout le monde, mais qui mérite clairement d’être découvert si vous aimez les récits ambitieux et les univers forts.
Lorsque ma vengeance s’abattra sur vous propose un récit tendu et maîtrisé, avec une vraie ambiance qui s’installe dès le départ. Contrairement à ce qu’on pourrait attendre, le récit prend aussi le temps de respirer par moments, avec des pauses bienvenues qui renforcent encore la tension globale.
Le dessin de Rebalka est très particulier, presque dérangeant par instants, avec des corps et des visages qui semblent parfois déformés. Mais c’est justement ce qui fait sa force : ce style colle parfaitement au propos et au titre, et donne une identité visuelle forte à l’ensemble.
On se laisse vite embarquer… et c’est peut-être là le seul vrai regret. On aurait aimé en profiter plus longtemps. La fin, ouverte, fonctionne, mais elle arrive un peu trop vite et laisse un léger sentiment de frustration.
Au final, un bon titre, singulier et marquant, qui aurait mérité quelques pages de plus pour pleinement déployer son potentiel.
Je ne m’attendais pas à un truc aussi radical. L’Exécuteur te prend à la gorge dès le début et ne relâche jamais la pression.
On est sur un récit sombre, sec, sans concession. L’ambiance est étouffante, presque nihiliste par moments, avec une tension permanente qui rend la lecture hyper immersive.
Le personnage principal est un pur anti-héros, sans aucun vernis : un vrai connard, froid, méthodique, souvent implacable. Et pourtant… on s’y attache très vite, presque malgré soi, ce qui rend l’ensemble encore plus dérangeant.
Côté dessin, ça a forcément un peu vieilli (fin 90), mais ça reste très clair et efficace. Les personnages sont bien caractérisés, on les reconnaît immédiatement, et surtout l’action est toujours lisible. Ça va à l’essentiel, sans fioritures, avec un vrai sens du rythme.
La narration est du même niveau : pas de gras, pas de détour inutile. Chaque page compte, jusqu’à une fin qui marque.
Clairement, pour moi, c’est le genre de comics qui peut devenir culte. Une œuvre dure, assumée, et marquante.
Je n'étais pas né lorsque paraissait le Journal de Tintin, mais jeune j'avais réussi à trouver des vieux numéros des années 60-70 dans une brocante et plus tard j'avais trouvé des vieux recueils des années 80. J'ai donc une petite connaissance de l'ambiance du journal lors de certaines époques et des souvenirs de jeunesse reliés au journal.
Malgré tout, même si j'aime bien la série Tintin et plusieurs séries tirées de son journal, ce n'est pas le magazine de BD qui a le plus influencé mes lectures. En effet, je suis plus attiré par Spirou et Pilote ainsi que par les revues plus adultes À suivre et Fluide Glacial. La faute revient que le journal a fait beaucoup de place à des séries réalistes mettant en vedette des héros impeccables qui ont pris un bon coup de vieux selon moi. Malheureusement, une bonne partie de ce recueil traite de ces héros et cela donne des dizaines et des dizaines de récits qui ne m'ont pas intéressé parce que je n'aimais pas la série originale. Il faut dire aussi le ton de ces récits était souvent au premier degré, comme si on était encore dans les années 50-70, mais j'imagine que cela va plaire aux fans. En plus, plusieurs séries de Tintin que j'aime n'ont pas eu droit à un hommage (Chick Bill, Oumpah-Pah, Martin Milan....).
Bon maintenant que je me suis plaint, il y a quand même des belles choses dans ce recueil. J'ai bien aimé la plupart des hommages qui étaient tirés de séries que j'apprécie et certaines m'ont même ému (je pense notamment à l'histoire courte hommage à Modeste et Pompon ou celle de Prudence Petitpas). Les plus intéressantes sont celles où un auteur connu reprend une série et l'adapte à sa sauce. C'est selon moi pour ça que ce type de recueil devrait exister. C'est vraiment jubilatoire de voir Clifton revu par Foerster ou Lewis Trondheim s'amuser avec Blake et Mortimer.
Au final, c'est encore une fois un recueil collectif dont le niveau est inégal, mais la plupart du temps cela venait du fait que j'aimais ou pas la série à laquelle on rendait hommage. En fait, c'est comme lire un magazine de BD: on passe les séries qu'on aimait pas pour lire celles qu'on appréciait !
Suite au décès de leurs parents dans un crash aérien, Ashley et Joyce Ravencroft sont recueillis par leur oncle et leur tante, avant de recevoir un mystérieux colis envoyé peu avant le drame, qui va les entraîner dans une enquête pleine d'énigmes.
J'ai trouvé l'ensemble plutôt agréable, à commencer par le graphisme, qui est clairement l'un des gros points forts de la série à mon goût. Le style est très chouette, avec une vraie personnalité, un trait souple et expressif, et surtout de très belles couleurs qui apportent beaucoup de charme et d'énergie à l'ensemble. Il y a un côté à la fois dynamique et chaleureux qui fonctionne très bien et qui rend la lecture immédiatement plaisante.
Côté intrigue, c'est également réussi dans l'ensemble. L'enquête est sympathique à suivre, avec des raisonnements plutôt bien amenés et des comportements crédibles de la part des deux jeunes héros, qui réfléchissent et agissent de manière assez intelligente. Les différents protagonistes apportent aussi un vrai plus, avec des personnalités marquées et parfois un peu loufoques qui enrichissent le récit, attisent le mystère et donnent du relief à l'ensemble.
Malheureusement, tout cela est un peu plombé par plusieurs facilités et incohérences qui finissent par nuire à la crédibilité de l'histoire. Certaines situations paraissent trop opportunes, comme cette capacité à se retrouver exactement au bon endroit au bon moment pour assister à une scène clé pourtant censée être secrète. Et surtout, la révélation finale m'a semblé vraiment trop artificielle, voire peu cohérente (sans spoiler, difficile de croire qu'un tel plan puisse réellement être mis en place de cette manière).
Du coup, malgré ses qualités évidentes, notamment visuelles, dans les personnages et dans la construction de son enquête, la série m'a laissé une impression un peu frustrante, avec une intrigue qui fonctionne bien sur le moment mais qui ne tient pas totalement sur la durée une fois qu'on prend un peu de recul.
En 1861, un garçon de 9 ans fugue pour rejoindre l'armée de l'Union, s'impose peu à peu au sein d'un régiment malgré son âge, et devient malgré lui une figure médiatique de la guerre de Sécession.
Il est assez surprenant de voir Johnny Clem intégré à cette collection de "héros de guerre" chez Grand Angle, tant son parcours tranche avec celui des autres figures mises en avant. On parle ici d'un enfant qui, sur un coup de tête presque incompréhensible, décide de suivre les soldats au front. D'abord toléré comme mascotte, puis utilisé comme tambour, il finit même par porter un fusil bien trop grand pour lui, dans un contexte où sa présence relève davantage de l'anomalie que de l'héroïsme classique.
Le récit insiste sur sa détermination hors norme, mais donne aussi l'image d'un gamin particulièrement borné, mû par une motivation difficile à rationaliser et prêt à aller au front au mépris total du danger. Son seul réel fait d'armes reste d'ailleurs assez limité et tient presque du hasard, mais son parcours suffira à en faire une figure médiatique, instrumentalisée à l'époque pour galvaniser les troupes et marquer les esprits. C'est finalement davantage la construction d'un symbole que le récit d'un véritable parcours militaire exceptionnel.
L'album reste néanmoins intéressant dans la manière dont il restitue ce destin singulier, entre fascination et malaise face à cette enfance happée par la guerre. On suit un parcours atypique, qui en dit autant sur l'époque que sur le personnage lui-même. La démobilisation forcée du jeune garçon, lorsque son âge finit par devenir impossible à ignorer, vient d'ailleurs rappeler le caractère profondément absurde de cette situation.
Côté dessin, le travail est solide et immersif, avec une reconstitution soignée de la guerre de Sécession et une vraie attention portée aux expressions et aux ambiances. Il a une bonne personnalité, même si cela suppose parfois des mâchoires et bouches étonnamment grosses chez certains personnages.
Reste une impression un peu ambivalente : celle d'un récit bien raconté, instructif, mais centré sur une figure dont l'héroïsation interroge plus qu'elle ne convainc.
Cet album retrace le parcours d'Audie Murphy, jeune Américain frêle qui parvient à s'engager pendant la Seconde Guerre mondiale, devient l'un des soldats les plus décorés de son pays, avant de revenir marqué à vie par les horreurs du front.
Son destin a de quoi intriguer, entre ascension fulgurante, actes de bravoure et traumatisme durable. Mais dans les faits, j'ai eu beaucoup de mal à m'immerger dans le récit, en grande partie à cause de son traitement graphique et narratif.
Le dessin m'a posé problème. Il est globalement trop imprécis, avec des personnages qui se ressemblent beaucoup, d'autant plus qu'ils portent presque tous le même uniforme. Cela rend rapidement les scènes confuses, surtout dans les moments d'action. Les couleurs, assez ternes, n'aident pas non plus à distinguer les plans ou à donner du relief à l'ensemble.
La mise en scène accentue encore cette impression. Le découpage est assez haché, avec de nombreux sauts chronologiques qui désorientent plus qu'ils ne structurent le récit. On passe d'une situation à une autre sans toujours bien comprendre le contexte, et certaines scènes, notamment les combats, manquent clairement de lisibilité. Il devient alors difficile de suivre précisément ce qui se joue ou de mesurer l'importance des événements.
À cela s'ajoute un personnage principal que j'ai trouvé étonnamment lisse et insaisissable. Malgré son statut de héros, je n'ai jamais vraiment réussi à comprendre ce qui le motive, ni à ressentir son évolution. Son parcours est là, factuellement, mais il peine à prendre vie ou à susciter une véritable implication émotionnelle. Il faut attendre la scène finale, spectaculaire, pour entrevoir quelque chose de plus marquant, avec cet acte au sommet d'un tank qui évoque presque une forme de geste de vengeance désespérée, voire suicidaire. Mais cela arrive tard et ne suffit pas à compenser le manque d'incarnation du reste du récit.
Alors qu'il tente de rendre hommage à une figure héroïque, cet album m'a semblé échouer à transmettre ce qui faisait sa singularité, tant sur le plan narratif que visuel. Le fond est intéressant, mais la forme m'a empêché d'y adhérer.
J’aurais tellement voulu mieux noter et apprécier cette série. En effet, l’époque et les lieux dans lesquels se déroulent les histoires m’intéressent a priori beaucoup. Mais c’est frustré et globalement déçu que je suis sorti de cette lecture.
D’abord je n’apprécie généralement pas le changement de dessinateur au sein d’une même série. Et là, il y en a une multitude ! Beaucoup de styles se ressemblent, mais il y a quand même de notables différences parfois, et ça me gêne. De plus, ce dessin lui-même n’est franchement pas toujours clair, voir agréable à l’œil (affaire de goûts sans doute, mais souvent ça ne m’a pas convenu).
C’est l’utilisation du matériau historique qui m’a aussi déçu. En effet, des raids vikings aux Varègues à l’Est, en passant par tous les royaumes et principautés nordiques (Suédois, Danois, etc.), il y a matière. Les Francs, les royaumes saxons d’Angleterre, les Byzantins qui les côtoient (commerce et/ou guerre) ajoutent un arrière-plan au fort potentiel.
Et le fait de s’inspirer (avec moult citations) de sagas et autres textes anciens, du norois et de la culture nordique permettent d’ancrer le récit dans quelque chose d’intéressant.
Mais le rendu m’a laissé sur ma faim.
D’abord c’est souvent très brouillon, et personnages et intrigues ne sont pas toujours clairement développées (dès la première histoire, le sort du gamin saxon trahissant les siens, pour devenir ensuite un chef viking, j’ai senti un manque, une histoire « expédiée » sans qu’on puisse s’attacher aux personnages). C’est parfois trop court, d’autres fois trop long (le siège de Paris par exemple dans le troisième tome s’étale trop sur certains détails).
Ensuite certains passages dévient vers du comics de super héros – même si ça ne sombre pas dans une revisite fantastique comme je l’ai un temps craint.
Note réelle 2,5/5.
C'est parmi le pire que j'aie lu de Manara, je pense. Le titre Piranese et ce que je connaissais déjà du dessinateur m'envoyaient vers des sommets artistiques. Mais non, j'ai trouvé une histoire de supposée science-fiction sans grande consistance, une banalité visuelle aussi, aggravée par des couleurs qui profitent rarement au travail de Manara.
Il ne me surprend pas que cette série ait été abandonnée. C'était peut-être la meilleure chose à faire.
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La Bête du nord
Il s'agit d'un Conan généreux et sans détour. Oscar Martin et Leonel Castellani signent une écriture originale, efficace et très généreuse de Conan. Ici, on est clairement en terrain connu… mais c’est aussi tout le plaisir. Taverne, baston générale, créatures, femmes fatales : tous les codes sont là, assumés à fond. Ça découpe, ça cogne, et ça ne cherche jamais à faire semblant. Pourtant, derrière cette façade très “bourrine”, le récit tient bien la route et réserve même quelques surprises bienvenues, jusqu’à une fin qu’on n’attend pas forcément. Le vrai point fort reste le travail graphique de Castellani. Certaines planches, notamment en grand format, en mettent plein les yeux. Son trait donne du souffle à l’ensemble et accentue ce côté épique et viscéral. On est sur une lecture qui va à 100 à l’heure, sans temps mort. Alors oui, ça ne révolutionne rien. Mais ce n’est pas le but. C’est du Conan pur jus, efficace, généreux, presque “pop-corn”, qui fait exactement ce qu’on attend de lui — et le fait bien. Note : 3,5/5 – Un très bon moment de lecture, fun et maîtrisé, qui donne envie de revoir ce type de projet.
East of West
Une claque aussi ambitieuse que déroutante Avec East of West, Hickman et Dragotta livrent une œuvre dense, exigeante, mais profondément marquante. Mélange improbable de western, de science-fiction et d’uchronie, le récit nous plonge dans une Amérique fracturée où les Cavaliers de l’Apocalypse ne sont jamais bien loin… et où la Mort elle-même décide de tracer sa propre route. Dès les premières pages, on sent que Hickman ne prend pas son lecteur par la main. L’univers est riche, politique, parfois même opaque, mais c’est aussi ce qui fait toute sa force : on s’y perd pour mieux s’y retrouver. Derrière cette complexité se cache une histoire étonnamment intime, presque tragique, centrée sur la vengeance, l’amour et la fatalité. Graphiquement, Dragotta fait un travail impressionnant. Son style anguleux, précis et ultra lisible donne une identité forte à la série. Certaines planches sont tout simplement iconiques, notamment grâce à une direction artistique et des designs mémorables. Mais East of West n’est pas sans défauts. Son exigence narrative pourra en rebuter plus d’un, et le rythme, parfois inégal, demande un vrai investissement. C’est clairement une œuvre qui ne se livre pas facilement… mais qui récompense largement ceux qui s’y accrochent. En résumé : un comics audacieux, dense et unique, qui ne plaira pas à tout le monde, mais qui mérite clairement d’être découvert si vous aimez les récits ambitieux et les univers forts.
Et lorsque ma vengeance s'abattra sur vous
Lorsque ma vengeance s’abattra sur vous propose un récit tendu et maîtrisé, avec une vraie ambiance qui s’installe dès le départ. Contrairement à ce qu’on pourrait attendre, le récit prend aussi le temps de respirer par moments, avec des pauses bienvenues qui renforcent encore la tension globale. Le dessin de Rebalka est très particulier, presque dérangeant par instants, avec des corps et des visages qui semblent parfois déformés. Mais c’est justement ce qui fait sa force : ce style colle parfaitement au propos et au titre, et donne une identité visuelle forte à l’ensemble. On se laisse vite embarquer… et c’est peut-être là le seul vrai regret. On aurait aimé en profiter plus longtemps. La fin, ouverte, fonctionne, mais elle arrive un peu trop vite et laisse un léger sentiment de frustration. Au final, un bon titre, singulier et marquant, qui aurait mérité quelques pages de plus pour pleinement déployer son potentiel.
L'Executeur
Je ne m’attendais pas à un truc aussi radical. L’Exécuteur te prend à la gorge dès le début et ne relâche jamais la pression. On est sur un récit sombre, sec, sans concession. L’ambiance est étouffante, presque nihiliste par moments, avec une tension permanente qui rend la lecture hyper immersive. Le personnage principal est un pur anti-héros, sans aucun vernis : un vrai connard, froid, méthodique, souvent implacable. Et pourtant… on s’y attache très vite, presque malgré soi, ce qui rend l’ensemble encore plus dérangeant. Côté dessin, ça a forcément un peu vieilli (fin 90), mais ça reste très clair et efficace. Les personnages sont bien caractérisés, on les reconnaît immédiatement, et surtout l’action est toujours lisible. Ça va à l’essentiel, sans fioritures, avec un vrai sens du rythme. La narration est du même niveau : pas de gras, pas de détour inutile. Chaque page compte, jusqu’à une fin qui marque. Clairement, pour moi, c’est le genre de comics qui peut devenir culte. Une œuvre dure, assumée, et marquante.
Journal Tintin - Spécial 77 ans
Je n'étais pas né lorsque paraissait le Journal de Tintin, mais jeune j'avais réussi à trouver des vieux numéros des années 60-70 dans une brocante et plus tard j'avais trouvé des vieux recueils des années 80. J'ai donc une petite connaissance de l'ambiance du journal lors de certaines époques et des souvenirs de jeunesse reliés au journal. Malgré tout, même si j'aime bien la série Tintin et plusieurs séries tirées de son journal, ce n'est pas le magazine de BD qui a le plus influencé mes lectures. En effet, je suis plus attiré par Spirou et Pilote ainsi que par les revues plus adultes À suivre et Fluide Glacial. La faute revient que le journal a fait beaucoup de place à des séries réalistes mettant en vedette des héros impeccables qui ont pris un bon coup de vieux selon moi. Malheureusement, une bonne partie de ce recueil traite de ces héros et cela donne des dizaines et des dizaines de récits qui ne m'ont pas intéressé parce que je n'aimais pas la série originale. Il faut dire aussi le ton de ces récits était souvent au premier degré, comme si on était encore dans les années 50-70, mais j'imagine que cela va plaire aux fans. En plus, plusieurs séries de Tintin que j'aime n'ont pas eu droit à un hommage (Chick Bill, Oumpah-Pah, Martin Milan....). Bon maintenant que je me suis plaint, il y a quand même des belles choses dans ce recueil. J'ai bien aimé la plupart des hommages qui étaient tirés de séries que j'apprécie et certaines m'ont même ému (je pense notamment à l'histoire courte hommage à Modeste et Pompon ou celle de Prudence Petitpas). Les plus intéressantes sont celles où un auteur connu reprend une série et l'adapte à sa sauce. C'est selon moi pour ça que ce type de recueil devrait exister. C'est vraiment jubilatoire de voir Clifton revu par Foerster ou Lewis Trondheim s'amuser avec Blake et Mortimer. Au final, c'est encore une fois un recueil collectif dont le niveau est inégal, mais la plupart du temps cela venait du fait que j'aimais ou pas la série à laquelle on rendait hommage. En fait, c'est comme lire un magazine de BD: on passe les séries qu'on aimait pas pour lire celles qu'on appréciait !
Les Ravencroft
Suite au décès de leurs parents dans un crash aérien, Ashley et Joyce Ravencroft sont recueillis par leur oncle et leur tante, avant de recevoir un mystérieux colis envoyé peu avant le drame, qui va les entraîner dans une enquête pleine d'énigmes. J'ai trouvé l'ensemble plutôt agréable, à commencer par le graphisme, qui est clairement l'un des gros points forts de la série à mon goût. Le style est très chouette, avec une vraie personnalité, un trait souple et expressif, et surtout de très belles couleurs qui apportent beaucoup de charme et d'énergie à l'ensemble. Il y a un côté à la fois dynamique et chaleureux qui fonctionne très bien et qui rend la lecture immédiatement plaisante. Côté intrigue, c'est également réussi dans l'ensemble. L'enquête est sympathique à suivre, avec des raisonnements plutôt bien amenés et des comportements crédibles de la part des deux jeunes héros, qui réfléchissent et agissent de manière assez intelligente. Les différents protagonistes apportent aussi un vrai plus, avec des personnalités marquées et parfois un peu loufoques qui enrichissent le récit, attisent le mystère et donnent du relief à l'ensemble. Malheureusement, tout cela est un peu plombé par plusieurs facilités et incohérences qui finissent par nuire à la crédibilité de l'histoire. Certaines situations paraissent trop opportunes, comme cette capacité à se retrouver exactement au bon endroit au bon moment pour assister à une scène clé pourtant censée être secrète. Et surtout, la révélation finale m'a semblé vraiment trop artificielle, voire peu cohérente (sans spoiler, difficile de croire qu'un tel plan puisse réellement être mis en place de cette manière). Du coup, malgré ses qualités évidentes, notamment visuelles, dans les personnages et dans la construction de son enquête, la série m'a laissé une impression un peu frustrante, avec une intrigue qui fonctionne bien sur le moment mais qui ne tient pas totalement sur la durée une fois qu'on prend un peu de recul.
Héros de guerre - Johnny Clem
En 1861, un garçon de 9 ans fugue pour rejoindre l'armée de l'Union, s'impose peu à peu au sein d'un régiment malgré son âge, et devient malgré lui une figure médiatique de la guerre de Sécession. Il est assez surprenant de voir Johnny Clem intégré à cette collection de "héros de guerre" chez Grand Angle, tant son parcours tranche avec celui des autres figures mises en avant. On parle ici d'un enfant qui, sur un coup de tête presque incompréhensible, décide de suivre les soldats au front. D'abord toléré comme mascotte, puis utilisé comme tambour, il finit même par porter un fusil bien trop grand pour lui, dans un contexte où sa présence relève davantage de l'anomalie que de l'héroïsme classique. Le récit insiste sur sa détermination hors norme, mais donne aussi l'image d'un gamin particulièrement borné, mû par une motivation difficile à rationaliser et prêt à aller au front au mépris total du danger. Son seul réel fait d'armes reste d'ailleurs assez limité et tient presque du hasard, mais son parcours suffira à en faire une figure médiatique, instrumentalisée à l'époque pour galvaniser les troupes et marquer les esprits. C'est finalement davantage la construction d'un symbole que le récit d'un véritable parcours militaire exceptionnel. L'album reste néanmoins intéressant dans la manière dont il restitue ce destin singulier, entre fascination et malaise face à cette enfance happée par la guerre. On suit un parcours atypique, qui en dit autant sur l'époque que sur le personnage lui-même. La démobilisation forcée du jeune garçon, lorsque son âge finit par devenir impossible à ignorer, vient d'ailleurs rappeler le caractère profondément absurde de cette situation. Côté dessin, le travail est solide et immersif, avec une reconstitution soignée de la guerre de Sécession et une vraie attention portée aux expressions et aux ambiances. Il a une bonne personnalité, même si cela suppose parfois des mâchoires et bouches étonnamment grosses chez certains personnages. Reste une impression un peu ambivalente : celle d'un récit bien raconté, instructif, mais centré sur une figure dont l'héroïsation interroge plus qu'elle ne convainc.
Héros de guerre - Audie Murphy
Cet album retrace le parcours d'Audie Murphy, jeune Américain frêle qui parvient à s'engager pendant la Seconde Guerre mondiale, devient l'un des soldats les plus décorés de son pays, avant de revenir marqué à vie par les horreurs du front. Son destin a de quoi intriguer, entre ascension fulgurante, actes de bravoure et traumatisme durable. Mais dans les faits, j'ai eu beaucoup de mal à m'immerger dans le récit, en grande partie à cause de son traitement graphique et narratif. Le dessin m'a posé problème. Il est globalement trop imprécis, avec des personnages qui se ressemblent beaucoup, d'autant plus qu'ils portent presque tous le même uniforme. Cela rend rapidement les scènes confuses, surtout dans les moments d'action. Les couleurs, assez ternes, n'aident pas non plus à distinguer les plans ou à donner du relief à l'ensemble. La mise en scène accentue encore cette impression. Le découpage est assez haché, avec de nombreux sauts chronologiques qui désorientent plus qu'ils ne structurent le récit. On passe d'une situation à une autre sans toujours bien comprendre le contexte, et certaines scènes, notamment les combats, manquent clairement de lisibilité. Il devient alors difficile de suivre précisément ce qui se joue ou de mesurer l'importance des événements. À cela s'ajoute un personnage principal que j'ai trouvé étonnamment lisse et insaisissable. Malgré son statut de héros, je n'ai jamais vraiment réussi à comprendre ce qui le motive, ni à ressentir son évolution. Son parcours est là, factuellement, mais il peine à prendre vie ou à susciter une véritable implication émotionnelle. Il faut attendre la scène finale, spectaculaire, pour entrevoir quelque chose de plus marquant, avec cet acte au sommet d'un tank qui évoque presque une forme de geste de vengeance désespérée, voire suicidaire. Mais cela arrive tard et ne suffit pas à compenser le manque d'incarnation du reste du récit. Alors qu'il tente de rendre hommage à une figure héroïque, cet album m'a semblé échouer à transmettre ce qui faisait sa singularité, tant sur le plan narratif que visuel. Le fond est intéressant, mais la forme m'a empêché d'y adhérer.
Northlanders
J’aurais tellement voulu mieux noter et apprécier cette série. En effet, l’époque et les lieux dans lesquels se déroulent les histoires m’intéressent a priori beaucoup. Mais c’est frustré et globalement déçu que je suis sorti de cette lecture. D’abord je n’apprécie généralement pas le changement de dessinateur au sein d’une même série. Et là, il y en a une multitude ! Beaucoup de styles se ressemblent, mais il y a quand même de notables différences parfois, et ça me gêne. De plus, ce dessin lui-même n’est franchement pas toujours clair, voir agréable à l’œil (affaire de goûts sans doute, mais souvent ça ne m’a pas convenu). C’est l’utilisation du matériau historique qui m’a aussi déçu. En effet, des raids vikings aux Varègues à l’Est, en passant par tous les royaumes et principautés nordiques (Suédois, Danois, etc.), il y a matière. Les Francs, les royaumes saxons d’Angleterre, les Byzantins qui les côtoient (commerce et/ou guerre) ajoutent un arrière-plan au fort potentiel. Et le fait de s’inspirer (avec moult citations) de sagas et autres textes anciens, du norois et de la culture nordique permettent d’ancrer le récit dans quelque chose d’intéressant. Mais le rendu m’a laissé sur ma faim. D’abord c’est souvent très brouillon, et personnages et intrigues ne sont pas toujours clairement développées (dès la première histoire, le sort du gamin saxon trahissant les siens, pour devenir ensuite un chef viking, j’ai senti un manque, une histoire « expédiée » sans qu’on puisse s’attacher aux personnages). C’est parfois trop court, d’autres fois trop long (le siège de Paris par exemple dans le troisième tome s’étale trop sur certains détails). Ensuite certains passages dévient vers du comics de super héros – même si ça ne sombre pas dans une revisite fantastique comme je l’ai un temps craint. Note réelle 2,5/5.
Piranese
C'est parmi le pire que j'aie lu de Manara, je pense. Le titre Piranese et ce que je connaissais déjà du dessinateur m'envoyaient vers des sommets artistiques. Mais non, j'ai trouvé une histoire de supposée science-fiction sans grande consistance, une banalité visuelle aussi, aggravée par des couleurs qui profitent rarement au travail de Manara. Il ne me surprend pas que cette série ait été abandonnée. C'était peut-être la meilleure chose à faire.