Je comprends la comparaison faite par Hervé. Mais Giovanna Casotto a un style plus défini, presque clinique ou photoréaliste, aussi plus froid, je crois.
J’ai découvert El Bute d’abord dans les magazines Kiss Comix et Wet Comix, entre autres. Le dessin est attrayant, surtout avec les nuances de gris qui donnent du volume aux corps.
Les histoires, purement porno, s’inscrivent dans ce que j’appellerais l’« école espagnole » de ce genre. Elles ont un certain humour, mais le recours assez fréquent à la prostitution comme motif narratif me gêne un peu.
Une rencontre dispensable, à mon avis. Dans le texte, un Frank Miller élevé au rang de star et se croyant autorisé à réaliser ses fantasmes les plus délirants. Dans le dessin, Todd McFarlane, baroque et excessif comme d'habitude. L'histoire (?) se réduit presque à une succession de combats et de grimaces.
Quelques dessins en double page, plus calmes, sauvent un peu le tout et me permettent de ne pas attribuer la note minimale. En plus, j'ai toujours aimé le travail de Klaus Janson en tant qu'encreur, et pas seulement.
Houla la lecture douloureuse que voilà ! Je n’aime pas bien ça, coller des sales notes, et je suis bien désolé pour Julien Magnani (qui est aussi l’éditeur), mais bon, dans le cas présent, je ne vois guère que le dessin pour sauver in extremis cette BD du naufrage complet. Et encore !
Qu’est-ce qui cloche avec Manhattan Driver ? D’abord, il y a le texte. Ça, c’est le premier truc qui m’a cueilli à froid. Après une préface peu inspirée signée Jean-Baptiste Thoret, on entre dans la BD pour constater très vite que de larges parties des dialogues ne sont pas traduites ce qui fait qu’on a l’impression d’assister à une interview de Jean-Claude Vandamne en pire ! Un exemple avec cette réplique : « All Right Johnnie. Did you notice que Stumpie avait une jambe foutue ? He’s got no other choice que de trimer au dépôt. » Hé oh ! C’est un intérimaire le traducteur ? Outre le fait que ça m’a TRES rapidement agacé, je n’ai absolument pas compris ce que cela pouvait bien apporter au récit. En réalité, je crois que la seule justification à un tel parti pris est esthétique, pour faire genre. C’est complètement raté ! Perso, j'ai plutôt l'impression d'avoir eu entre les pattes un objet arty qui se la raconte
On l’aura compris : on est aux « States, man » ! Du coup, en plus de ces horripilants textes en english (en « american » plutôt), le récit accumule les clichés, à commencer par des successions d’images qu’on a toutes et tous vu mille et une fois dans moults films. Pour ce qui est de l’originalité, on repassera.
En ce qui concerne le récit en lui-même, il est bourré de petites incohérences et de marches inégales sur lesquelles la lecture vient buter, et cela dès la toute première case où il est précisé que l’histoire se passe en 1932, année où notre héros Johnnie prend le train. Pourtant, le reste du récit se déroule dans le New York des 70ies, et le personnage principal s’appelle bien Johnnie. Ok, d’accord. Bon, j’en prends mon parti et me dis qu’il s’agit d’un récit croisé, avec deux Johnnie différents, dont l’un serait l’ancêtre de l’autre… Voilà ! en tant que lecteur, on passe une partie de son temps à ne pas savoir, à ne pas comprendre, tout en pressentant que cette incompréhension provient d’avantage d’un travail scénaristique branlant que d’une quelconque volonté de l’auteur, sensation pénible, on en conviendra.
Quoi d’autre ? Ah oui ! quelques scènes sont carrément lunaires comme cet épisode où un des chauffeurs de la compagnie de taxis, afin d’éviter un retard trop important, coupe à travers Central Park, manquant d’écraser promeneurs et cyclistes. Ben ouais quoi ! On est aux States man ! Fallait bien une scène de poursuite en bagnole façon Bullitt !
Globalement, on s’emmerde sec à la lecture, parce qu’en plus de ne pas être certain de suivre le même personnage qu’au début, en plus d’avoir le sentiment qu’il y a des trous dans la narration (…), rien ne vient titiller la curiosité : les protagonistes sont tristes, chiants, pénibles, terriblement clichés, et ânonnent à longueur de page ce franglais si irritant pour les nerfs.
Bref ! Il y aurait encore beaucoup à dire, mais je préfère arrêter là ! Cette énumération me fatigue, tout comme cette lecture que je n’ai bien évidemment pas poussée à son terme. Mon seul et unique motif de satisfaction provient du dessin, réalisé principalement au pastel gras avec des touches de crayons de couleurs et de fusain, sans doute. De ce côté-là, c’est chouette, maitrisé, très vivant. Il y aussi la qualité d'édition qu'il faut souligner. Malgré tout, la bouée est crevée et ne parvient pas à maintenir cette BD hors de l’eau.
Amie lectrice, ami lecteur, si ce sont les récits de taxi qui vous font kiffer, orientez-vous plutôt vers la BD Un taxi nommé Nadir de Romain Multier et Gilles Tévessin, ou bien encore vers le surprenant film Ten de Kiarostami qui, lui, casse tous les clichés. On pourra aussi revoir Taxi Driver ou l’excellent Night On Earth de Jarmusch… Tout ça pour dire qu’avec un tel sujet, il y avait quand même matière à faire quelque chose de bien.
Ça ne va pas en fait. Se tenir à l’écart ne suffit pas.
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Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Son édition originale date de 2026. Il a été réalisé par Vincent Zabus pour le scénario, par Nicoby (Nicolas Bidet) pour les dessins, et les couleurs ont été réalisées par Pierre Jeanneau, Laurence et Salomé Ory. Il comprend cent-seize pages de bande dessinée. Il se termine avec une postface de cinq pages, écrite par le scénariste, intitulée : La poésie sur le bitume, dans laquelle il évoque sa pratique du théâtre de rue, et comment elle a changé sa vie. Ces deux créateurs ont déjà collaboré précédemment, en particulier pour : Le Monde de Sophie (2022), Le Génie de la forêt (2024).
De nuit dans les rues de la ville de Mouais. Cette histoire commence ici, chez elle. Ici où rien ne se passe. Ici où personne ne parierait que les événements à venir auront bel et bien lieu. Et pourtant… Tout ce que la ville va raconter arrivera dans ses rues, ses parcs et ses murs. À Mouais. Jamais entendu parler de la belle ville de Mouais ? Normal. Elle est une petite commune perdue dans le ventre mou de la France profonde. Seuls celles et ceux qui y vivent connaissent son nom, et n’en rigole plus. Ici, à Mouais, les jeunes sont allés travailler ailleurs et les vieux sont morts. Ceux qui restent ont simplement oublié de partir. Le seul endroit un peu vivant de ses ruelles désertées ? Le café. Là, quelques-uns de ses habitants assoient leur solitude derrière une bière. Le protagoniste de son récit ? C’est lui… François. François Sauvage. Rarement quelqu’un aura aussi mal porté son nom. Il est un homme d’âge moyen, avec une vie banale… Un de ces caractères à l‘eau tiède. La seule chose qui le singularise quelque peu, c’est sa taille. Il est grand. Mais un de ces grands qui s’en excusent. Sa spécialité ? Il n’achève jamais ses phrases. Ça promet de beaux dialogues…
François Sauvage vient de faire un écart sur le trottoir au passage d’un bus, comme effrayé. Il pousse la porte du café, et il retrouve l’atmosphère familière, avec la télé qui fonctionne en continu, trois habitués dont un hébété par l’alcool, et un autre au comptoir, et Dimitri le patron qui se trompe régulièrement dans les boissons qu’il sert. François est rejoint au comptoir par son ami Michel qui sort des toilettes. La ville de Mouais reprend le fil de son commentaire : Ce soir ressemble à tous les autres soirs. Pourtant quelque chose d’inattendu, doucement, est en train d’arriver. Une de ces choses qui va bientôt emmener François dans des situations plus qu’improbables. L’amener à vivre toutes sortes d’émotions. Celles-là mêmes qu’il essaie d’ignorer depuis si longtemps. Mais pas trop vite ! Il faut reprendre les choses dans l’ordre. La ville ne voudrait pas se priver de raconter en détail tout ce qu’il s’est passé pour en arriver là. Michel entraîne son ami François dans l’arrière-salle désaffectée du bar, avec une bouteille de champagne à la main. Ils pénètrent dans une pièce abandonnée depuis belle lurette, servant de débarras, avec une scène au fond, quelques chaises empilées, une échelle pour accéder, et beaucoup de bric-à-brac. Michel lui explique que, dans le temps, on faisait du théâtre dans cette salles, des Mouaisiens jouaient et ceux qui ne jouaient pas venaient voir les autres. Devant l’apathie de son ami, il l’entraîne dehors, à l’arrêt de bus où ils ont souvent zoné pendant l’adolescence.
Houlà ! Une ville qui s’appelle Mouais et dans laquelle il ne se passe rien, des habitants qui restent là parce qu’ils ont oublié de partir, une animatrice venant glaner des histoires pour monter des séquences de théâtre de rue jouées par lesdits habitants, dont tous les hommes sont des taiseux. He bin, ça promet. Sans compter que le personnage principal ne finit jamais ses phrases, comme le dit la ville elle-même : ça promet de beaux dialogues. Des dessins de nature descriptive et réaliste, avec un degré de simplification pour les êtres humains, qui montrent la banalité totale des différents environnements, entre le bar purement fonctionnel et vieillot, les rues plus souvent désertes que fréquentées, l’arrêt de bus, la station-service, l’Établissement d'Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes (EHPAD), le cimetière, une aire de jeux pour enfants (mais sans enfants), etc. Dans tout ça, c’est encore les toilettes de François qui présentent le plus de caractère, avec ses rayonnages de livre. Le lecteur ressent tout de suite une forme d’apathie aggravée le gagner, au risque de verser dans l’indifférence. Pas de doute : cette ville mérite bien son nom, et seule la gentillesse dont font preuve les auteurs pour leurs personnages le retient.
La gentillesse dont bénéficient les personnages touche immédiatement le petit cœur du lecteur qui veut bien donner sa chance à cette ville sans réelle caractéristique, à ce grand échalas qui ne finit pas ses phrases, à ce projet peu enthousiasmant de théâtre de rue, à partir des petites histoires banales du quotidien des habitants. En fonction de ses habitudes, peut-être que le lecteur a commencé par jeter un coup d’œil à la postface dans laquelle le scénariste raconte sa propre expérience de la pratique de cet art : Pourtant, depuis vingt-cinq ans maintenant, Zabus pratique cette forme particulière de théâtre. Il a notamment travaillé ce type d’exercice appelé ici Glanage théâtral, qui consiste à recueillir la parole de non-professionnels pour en faire un spectacle. Dans cette bande dessinée, il a voulu partager cette expérience et tenter de transmettre aux lecteurs la singularité de cette expression artistique méconnue. De montrer comment elle transfigure l’espace quotidien en le mettant en valeur, comment elle bouscule des vies en les plaçant un court instant sous les projecteurs. […] Il conclut par : Le théâtre de rue porte notre regard sur des fleurs de pavé si familières qu’on en avait oublié la beauté. Peut-être aussi que le lecteur a apprécié Les petits métiers méconnus (2024) dans lequel le même scénariste réenchante le quotidien de manière poétique, et qu’il lui accorde une totale confiance.
Très vite, il apparaît que l’apparente banalité du quotidien tranquille voire atone de Mouais n’obère en rien une narration visuelle variée. Dès la deuxième planche, le lecteur découvre un dessin en pleine page, une vue du dessus en oblique de la petite ville déjà endormie en ce tout début de soirée. L’artiste en réalise quatre autres, dont deux avec des cases en incrustations : une très belle vue du dessus sur le quai d’une gare alors que François se dirige vers Fanny, le même François assis effondré le dos contre une des portes de son pavillon, la fin d’une scène dans le cimetière communal et François avec son bonnet se montrant plein d’entrain ou au moins sûr de sa résolution. Dans cette dernière, Nicoby a représenté le personnage quatre fois dans la même image pour montrer son mouvement, une technique narrative demandant un certain doigté pour qu’elle fonctionne. S’il y est sensible, le lecteur peut ainsi relever d’autres techniques totalement fondues dans la narration jusqu’à en être invisibles : une séquence de trois pages silencieuses dehors en pleine nuit finissant sous l’abri des pompes d’une station-service, un dispositif théâtral alors que François conduit une minipelle comme s’il se trouvait sur une scène dépourvue de décor, le passage en cases panoramiques de la largeur de la page alors que les amis sont accoudés au comptoir, un fac-similé de zoom sur une photographie dont la définition se dégrade au fur et à mesure de son grossissement, le leitmotiv visuel de François s’engouffrant dans une ruelle pour s’éloigner d’un bus, et bien sûr la direction d’acteurs très différente entre celle de François et celle de Fanny par exemple, exprimant avec sensibilité leur personnalité réciproque.
Le lecteur peut également percevoir une mise en abîme, elle aussi organique et transparente, de la narration brouillant la frontière entre le réel et le théâtre. La scène de la minipelle, les personnages en train de parler face au lecteur, l’inspection des costumes laissés à l’abandon dans ce qui fut une salle de représentation, etc. Le scénariste a conçu plusieurs scènes tirant partie de cette possibilité. Par exemple, François Sauvage utilise ladite minipelle dans un entrepôt pour démanteler l’usine dans laquelle il a travaillé pendant vingt ans. Le lecteur le voit ramasser et déplacer des portes, son collègue en profite pour jouer avec l’une d’elles qu’il a redressée, derrière laquelle il se met, puis qu’il ouvre : une mise en scène montrant que passer une porte est devenu vide de sens puisqu’il s’agit toujours du même espace. À quoi peut bien servir une porte qui ouvre sur le vide ? Dans un registre différent, le lecteur assiste à la répétition générale d’un groupe de six femmes toutes habillées de noir, dénonçant les viols commis par un contremaître, à la fois une séquence montrant comment se prépare une scène qui sera jouée dans la rue, à la fois une pratique totalement théâtrale de six personnes déclamant un texte dans une zone sans décor, fonctionnant à la perfection, le lecteur sentant son cœur se serrer en comprenant l’étendue des horreurs commises. Il y a aussi cette pluie d’oiseaux morts, à la fois littérale, à la fois constituant une métaphore sur la mort symbolique de la vie spirituelle des Mouaisiens.
Rapidement, le lecteur se prend au jeu : il comprend qu’il se trouve investi émotionnellement dans la réussite du projet de Michel, repris par François Sauvage. Il se rend vite compte qu’il n’y aura pas d’amourette ou de romance entre lui et Fanny (même si elle le voit nu dans des circonstances saugrenues), ce n’est pas ce genre de récit. Il sourit en découvrant les premières histoires glanées dans la maison de retraite, auprès de vieilles dames dignes, tout en ayant vécu. Il sent son cœur se serrer à l’évocation de la vie en cage d’une femme au foyer. Il s’indigne et s’emporte contre ce contremaître abusant de son pouvoir pour commettre des crimes ignobles. Et le voilà totalement pris dans cette petite commune perdue dans le ventre mou de la France profonde où rien ne se passe. Ce qui se produit insensiblement l’implique émotionnellement : mener à bien un projet de nature participative, découvrir des histoires de vies entre voisins et visages familiers, éprouver un mal-être indicible à se confronter à des émotions enfouies qui reviennent à la surface. Certes, il est possible de le voir comme laisser la vie à nouveau animer ces êtres humains et un effet du théâtre ; il est également possible de le voir comme des interactions plus vraies entre des êtres humains qui se côtoient de manière fonctionnelle, familiers les uns aux autres sans jamais se connaître, sans faire l’expérience du partage d’émotions. Comme le constate François : Ça ne va pas en fait, se tenir à l’écart ne suffit pas. Le lecteur se rend compte que la ville de Mouais peut aussi s’appréhender comme étant la métaphore de la façon dont François projette son apathie sur son environnement, réagissant automatiquement à tout par un Mouais tiède lui évitant toute forme d’implication.
Il faut oser : proposer au lecteur de côtoyer un individu mou et apathique dans une ville où il ne se passe rien, pour un projet à l’ambition dépourvu de tout spectaculaire. Mais bon, il est quand même sympathique, et son projet part d’une bonne intention. Puis le charme de la narration visuelle opère grâce à sa sensibilité et le savoir-faire remarquable de l’artisan qu’est le dessinateur. Finalement, les émotions des personnages refont surface, brisant l’inertie du refoulement, montrant que chaque individu possède sa propre histoire, sa propre identité, ses failles et ses traumatismes, le plaçant dans une communauté humaine prête à a bienveillance. Formidable.
J'ai eu beaucoup de mal à accrocher.
Pour vous dire, j'ai même dû relire a 0 les 2 premières pages, tellement je ne comprenais pas ce que j'étais entrain de lire.
- Un vrai quart de la BD concerne une natation et des dialogues sans intérêt.
- les dessins des personnages sont très similaires et surtout irrégulier aux fils des scènes. Tant, que j'ai beaucoup de mal a les différencier.
Bref. Je me suis perdu. J'ai peiné a terminé. L'histoire est incroyable. Mais elle mériterait 50 pages supplémentaires, un texte sans natation et sans fausse lourdeurs.
Je ressors franchement déçu du récit. Passé l'introduction et les explications de ce qui va avoir lieu (l'intrusion dans la psyché d'une personne coincée dans le coma), le récit prend très vite une tournure linéaire pas super intéressante, le tout débouchant sur une fin assez convenue et qui m'interroge sur le sens global du récit. Au point de me faire demander s'il y en a un.
Soyons honnête, malgré son pitch intéressant, la BD est un récit linéaire dans un monde post-apo où l'on recherche quelqu'un. Le reste est de la fioriture autour de ce récit central qui va être le cœur de l'histoire. Sauf que c'est vite linéaire, répétitif et pas super intéressant à suivre. L'idée qui aurait rendue ça intéressant à suivre aurait été les questions que ça soulevait sur la représentation mentale, la cartographie des souvenirs, émotions, etc ... Sauf que le récit ne développe jamais le moindre aspect de ce qu'on voit dans le monde mental, on en ressortira sans aucune clé de compréhension et le tout semble plus être là pour introduire le récit que pour réfléchir à l'ensemble. D'ailleurs le questionnement final, sur le poids de supporter toutes ces personnes disparus, me semble assez peu développé notamment parce qu'il me semble que des réponses concrètes et un peu évidentes peuvent apparaitre. Plusieurs choses auraient pu être soulevées par le récit, mais au final rien n'en ressort. C'est dommage, l'idée de base était une occasion en or pour extrapoler.
Le dessin est étrange, très schématique dans les cases et ne s'attardant pas sur les détails. C'est un peu difficile de rentrer dedans dans des premières pages assez chargées mais finalement j'ai été assez vite habitué, même si je n'en ressors pas convaincu par le style. C'est assez froid, et si les personnages ont tout de même assez d'expressions pour qu'on s'y attache, le reste est souvent trop schématique pour que j'arrive à m'y projeter vraiment. De fait, ma lecture est assez anecdotique, je ne pense pas que je retiendrais beaucoup de choses de cette BD si ce n'est l'impression qu'il y aurait eu tellement plus à faire.
En fermant cette BD, je repensais à A Fake Story (d'après le roman de Douglas Burroughs) avec sa thématique de questionner la vérité, les fakes news et la difficile recherche de la vérité.
Sauf que je dois avouer que j'ai été bien moins impressionné par le propos, qui est assez linéaire mais n'a pas l'effet "Waouh !" que j'espérais, notamment lorsque j'ai compris plus ou moins ce que serait le final. Et d'ailleurs je ne vois pas du tout l'idée : pourquoi tout cela n'a pas été divulgué plus tôt ? Même sans preuve, j'imagine mal l'URSS qui garde le tout sous silence, malgré les soucis. De fait, ça me donne surtout une impression de théorie très spéculative mise en histoire, mais sans que je me dise un seul instant que ça paraisse crédible. On dirait vraiment une théorie du complot qu'on trouverait sur internet.
D'autre part, j'ai trouvé que la BD a un problème de rythme avec les longues pages d'explications des experts, qui casse le temps de lecture plus fluide dans les pages précédentes. Et en ressenti personnel, j'ai un peu de mal avec l'argument final qui est "pas de preuves dans un sens ni l'autre donc les théories se valent". C'est un argument fallacieux qui est malheureusement souvent utilisé, et qui donne l'impression que tout avis se vaut. Mais c'est un autre débat !
Par contre j'ai adoré le dessin, magnifique et qui plonge directement dans la conquête spatiale et tout les détails incroyable que proposent ces incroyables modules qui ont amené l'humain aussi loin. C'est le dessin qui rehausse toute ma note, qui aurait été plus basse sur le seul scénario. Mais les noirs et blancs magnifiques, les pleines pages et le ressenti permanent de l'espace, le vide si inhospitalier et surtout l'angoisse que cela provoque est la réussite totale de la BD.
Bref, très beau visuellement, moins intéressant sur le plan narratif et qui contient quelques soucis qui m'ont un peu sortis du récit, donc une BD que je ne recommande pas vraiment. C'est une lecture sympathique, mais pas franchement inoubliable.
Emma entre en 5e avec l'envie de profiter encore de ses jeux d'enfant tout en découvrant peu à peu ce que signifie devenir adolescente. Entre amitiés qui changent, premiers sentiments amoureux et questionnements sur son identité, elle va devoir trouver sa propre voie.
Cet album mélange des pages de journal intime, des passages de pure bande dessinée et d'autres qui jouent entre les deux formes. Ce concept n'est pas nouveau, mais il fonctionne bien ici : on a vraiment l'impression d'être à la fois le confident d'Emma et le témoin de ce qu'elle traverse, de ses doutes, de ses enthousiasmes et de ses petites inquiétudes quotidiennes.
L'héroïne est immédiatement attachante. Son histoire est finalement assez classique (les amitiés qui évoluent, la peur de ne plus être comme les autres, les premiers émois), même si la nature de la personne dont elle tombe amoureuse apporte une dimension intéressante et traitée avec beaucoup de naturel. On suit avec plaisir ses hésitations, ses relations avec ses amies et sa famille, en ayant envie qu'elle trouve son équilibre et qu'elle soit heureuse.
En tant que père, ce récit m'a forcément renvoyé à cette période où l'on aimerait transmettre son expérience, donner des conseils et éviter quelques difficultés à ses enfants. Mais c'est aussi une époque où chacun doit faire ses propres expériences, où les adultes peuvent rarement résoudre les problèmes à la place des adolescents. C'est sans doute ce qui rend le récit assez juste dans sa manière de montrer cette transition entre l'enfance et l'adolescence.
Sans être totalement bouleversé ni trouver une originalité exceptionnelle, j'ai passé un bon moment avec Emma. Le récit est touchant, sincère et prenant, porté par une belle nostalgie de cette période de la vie (qui m'a rappelé mes propres années d'adolescent mais aussi les souvenirs de l'adolescence de ma fille). Le dénouement apporte une conclusion satisfaisante et laisse une impression chaleureuse.
Remington et Grany Smisse, un maigrichon rusé et un bourrin un peu concon, tous deux fils de l'éminent Kouto Smisse le roi des roublards, acceptent un beau jour une mission de cambriolage d'apparence suicidaire qui aura des conséquences… poilues ? Si votre frère se retrouvait transformé en chat du jour au lendemain et que vos compagnons d'infortunes étaient restés blessés derrière vous, que feriez-vous ?
Alliances, coups en traîtres, assassinats, corruption, propos sur la famille et l'attachement qu'on a aux autres, le tout saupoudré d'action à foison et même d'un chouïa de romance si on est sage. Bref, tous les éléments de ce genre de récit sont là. La formule n'est pas nouvelle et l'exécution ne prendra ici pas le moindre risque mais je dois avouer que la série n'est pas mal.
Un petit défaut ? Allez !
La série ayant été publiée à l'origine en formats kiosques, elle s'était permise d'être découpée en trois arcs distincts, chacun de quatres chapitres et chacun dessiné par un artiste différent. De cette découpe il en découle un rythme finale… un peu bizarre ?
Le premier arc et le plus vif, le plus classique aussi mais tout de même efficace. Le dessin d'Adrián est bon, son travail des expression et son découpage font mouche et, franchement, j'aurais été partante pour que toute la série soit dans ce style.
Et puis vient le second, et c'est là que le bas blesse. Non seulement le dessin me semble détonner avec celui de la première partie mais en plus le découpage et la mise en scène de l'action me semblent complètement discordants avec le début de notre histoire. Le fait que cet arc soit aussi mine de rien très séparé du fil rouge unissant la première et la troisième partie n'aide pas. Si le projet avait été d'illustrer les diverses aventures des frangins pendant leur année de recherche j'aurais dans ce cas-là préféré plus de récits, plus de variations de tons, parce qu'au final on se retrouve avec une espèce de parenthèse un peu bizarre au milieu du récit.
Le troisième et dernier arc revient sur l'esthétique et l'ambiance du premier, de nouveau centré sur les frangins et leur père, leurs potes laissés en plan et Ush Galesh, délicieux salopard opportuniste qui se révèle ici bien pensif. Le dessin de Julen Ribas se rapproche davantage de celui d'Adrián (en tout cas bien plus que celui de Dae Jin Kim), la mise en scène reste différente mais colle bien plus au récit que lors de la deuxième partie je trouve. La conclusion laisse un peu à désirer sur de nombreux points mais j'avoue qu'elle a su se montrer explosive et entraînante.
En sommes une bonne histoire de filous et d'assassin, pas transcendante ou révolutionnaire mais tout de même divertissante, qu'il me fait plaisir d'enfin posséder dans son ensemble (Ankama nous faisant enfin cadeau d'une intégrale complète pour fêter ses 25 ans).
Ankama fête ses 25 ans et pour l'occasion nous ressort cette série enfin au complet dans une intégrale.
Génial ! Je n'avais jamais pu aller plus loin que le quatrième numéro paru en kiosque (l'équivalent donc du premier et seul album édité auparavant) et j'adorais les Zobals quand je jouais à Dofus et Wakfu, donc en apprendre plus sur leur lore me bottait pas mal.
Qu'en est-il du résultat ? Euh… joker ?
Bon, commençons par le positif : c'est vif et entraînant. Qu'il s'agisse des remarques sarcastiques de Maskemane qui joue les narrateurs de fortune, de l'enchaînement de scènes d'actions bourrines et chorégraphié, des punchlines nanardesques qui fusent, des personnages hauts en couleurs qui forment un groupe de fortune et de l'idée originale des masques magiques qui donnent de puissant pouvoir au prix coûteux d'altérer complètement la personnalité de leur porteur, tout dans cette histoire donne envie de lire la suite.
C'est du bon, mais très rapidement le tout s'essouffle et, comble du malheur, devient même un peu chiant. Une succession de développements cousus de fils blancs comme les trahisons évidentes ou encore la romance sortie de nul part (grosso-merdo les personnages se sont vus et puis c'est tout, quelle alchimie mes ami-e-s), une exposition bateau, des personnages du lore qui passent dire coucou parfois sans même être véritablement introduits (je pense à la scène finale avec le Cornu Mollu et Goultard), un attachement général entre les personnages… là aussi sorti du trou du cul des scénaristes ! Non, vraiment, ça se casse la gueule fissa et c'est malheureux. Que notre éponyme Maskemane, homme à la psychée notoirement chaotique, s'attache de manière aléatoire je peux l'entendre, que la femme fatale polymorphe qui aimerait bien vivre une vie plus rangée se révèle avoir l'âme romantique et amicale je dis pourquoi pas, que le type qui commet des horreurs dans le seul but d'aider sa femme par tous les moyens décide de s'allier avec les autres n'est pas déconnant, mais que deux personnages qui n'ont jamais caché leurs pulsions meurtrières et leurs sincère antipathie les chapitres précédents se mettent subitement à jouer copain-copain avec le groupe, là j'avoue que je ne suis plus.
C'est con parce que, je maintiens, la prémisse est excellente, l'exécution était bonne au début - loin d'être excellente elle mais gentiment nanardesque - alors pourquoi tout gâcher par la suite ? C'est particulièrement dommage parce que c'est avec ce profond sentiment de déception que j'ai refermé cette intégrale.
La série a sans doute joué au fait que Maskemane (et avec lui le lore des Zobals en général) ait été rapidement mis de côté, malgré le projet intial d'en faire une sorte de rival/ennemi juré de Remington Smisse (si si, je me rappelle vaguement de ce projet évoqué dans un Dofus Mag). Le fait que la série dudit Remington m'ait paru de bien meilleure qualité ne me fera pas dire le contraire.
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Sexual Housewives
Je comprends la comparaison faite par Hervé. Mais Giovanna Casotto a un style plus défini, presque clinique ou photoréaliste, aussi plus froid, je crois. J’ai découvert El Bute d’abord dans les magazines Kiss Comix et Wet Comix, entre autres. Le dessin est attrayant, surtout avec les nuances de gris qui donnent du volume aux corps. Les histoires, purement porno, s’inscrivent dans ce que j’appellerais l’« école espagnole » de ce genre. Elles ont un certain humour, mais le recours assez fréquent à la prostitution comme motif narratif me gêne un peu.
Batman / Spawn 1994
Une rencontre dispensable, à mon avis. Dans le texte, un Frank Miller élevé au rang de star et se croyant autorisé à réaliser ses fantasmes les plus délirants. Dans le dessin, Todd McFarlane, baroque et excessif comme d'habitude. L'histoire (?) se réduit presque à une succession de combats et de grimaces. Quelques dessins en double page, plus calmes, sauvent un peu le tout et me permettent de ne pas attribuer la note minimale. En plus, j'ai toujours aimé le travail de Klaus Janson en tant qu'encreur, et pas seulement.
Manhattan Driver
Houla la lecture douloureuse que voilà ! Je n’aime pas bien ça, coller des sales notes, et je suis bien désolé pour Julien Magnani (qui est aussi l’éditeur), mais bon, dans le cas présent, je ne vois guère que le dessin pour sauver in extremis cette BD du naufrage complet. Et encore ! Qu’est-ce qui cloche avec Manhattan Driver ? D’abord, il y a le texte. Ça, c’est le premier truc qui m’a cueilli à froid. Après une préface peu inspirée signée Jean-Baptiste Thoret, on entre dans la BD pour constater très vite que de larges parties des dialogues ne sont pas traduites ce qui fait qu’on a l’impression d’assister à une interview de Jean-Claude Vandamne en pire ! Un exemple avec cette réplique : « All Right Johnnie. Did you notice que Stumpie avait une jambe foutue ? He’s got no other choice que de trimer au dépôt. » Hé oh ! C’est un intérimaire le traducteur ? Outre le fait que ça m’a TRES rapidement agacé, je n’ai absolument pas compris ce que cela pouvait bien apporter au récit. En réalité, je crois que la seule justification à un tel parti pris est esthétique, pour faire genre. C’est complètement raté ! Perso, j'ai plutôt l'impression d'avoir eu entre les pattes un objet arty qui se la raconte On l’aura compris : on est aux « States, man » ! Du coup, en plus de ces horripilants textes en english (en « american » plutôt), le récit accumule les clichés, à commencer par des successions d’images qu’on a toutes et tous vu mille et une fois dans moults films. Pour ce qui est de l’originalité, on repassera. En ce qui concerne le récit en lui-même, il est bourré de petites incohérences et de marches inégales sur lesquelles la lecture vient buter, et cela dès la toute première case où il est précisé que l’histoire se passe en 1932, année où notre héros Johnnie prend le train. Pourtant, le reste du récit se déroule dans le New York des 70ies, et le personnage principal s’appelle bien Johnnie. Ok, d’accord. Bon, j’en prends mon parti et me dis qu’il s’agit d’un récit croisé, avec deux Johnnie différents, dont l’un serait l’ancêtre de l’autre… Voilà ! en tant que lecteur, on passe une partie de son temps à ne pas savoir, à ne pas comprendre, tout en pressentant que cette incompréhension provient d’avantage d’un travail scénaristique branlant que d’une quelconque volonté de l’auteur, sensation pénible, on en conviendra. Quoi d’autre ? Ah oui ! quelques scènes sont carrément lunaires comme cet épisode où un des chauffeurs de la compagnie de taxis, afin d’éviter un retard trop important, coupe à travers Central Park, manquant d’écraser promeneurs et cyclistes. Ben ouais quoi ! On est aux States man ! Fallait bien une scène de poursuite en bagnole façon Bullitt ! Globalement, on s’emmerde sec à la lecture, parce qu’en plus de ne pas être certain de suivre le même personnage qu’au début, en plus d’avoir le sentiment qu’il y a des trous dans la narration (…), rien ne vient titiller la curiosité : les protagonistes sont tristes, chiants, pénibles, terriblement clichés, et ânonnent à longueur de page ce franglais si irritant pour les nerfs. Bref ! Il y aurait encore beaucoup à dire, mais je préfère arrêter là ! Cette énumération me fatigue, tout comme cette lecture que je n’ai bien évidemment pas poussée à son terme. Mon seul et unique motif de satisfaction provient du dessin, réalisé principalement au pastel gras avec des touches de crayons de couleurs et de fusain, sans doute. De ce côté-là, c’est chouette, maitrisé, très vivant. Il y aussi la qualité d'édition qu'il faut souligner. Malgré tout, la bouée est crevée et ne parvient pas à maintenir cette BD hors de l’eau. Amie lectrice, ami lecteur, si ce sont les récits de taxi qui vous font kiffer, orientez-vous plutôt vers la BD Un taxi nommé Nadir de Romain Multier et Gilles Tévessin, ou bien encore vers le surprenant film Ten de Kiarostami qui, lui, casse tous les clichés. On pourra aussi revoir Taxi Driver ou l’excellent Night On Earth de Jarmusch… Tout ça pour dire qu’avec un tel sujet, il y avait quand même matière à faire quelque chose de bien.
La Fragilité des hommes
Ça ne va pas en fait. Se tenir à l’écart ne suffit pas. - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Son édition originale date de 2026. Il a été réalisé par Vincent Zabus pour le scénario, par Nicoby (Nicolas Bidet) pour les dessins, et les couleurs ont été réalisées par Pierre Jeanneau, Laurence et Salomé Ory. Il comprend cent-seize pages de bande dessinée. Il se termine avec une postface de cinq pages, écrite par le scénariste, intitulée : La poésie sur le bitume, dans laquelle il évoque sa pratique du théâtre de rue, et comment elle a changé sa vie. Ces deux créateurs ont déjà collaboré précédemment, en particulier pour : Le Monde de Sophie (2022), Le Génie de la forêt (2024). De nuit dans les rues de la ville de Mouais. Cette histoire commence ici, chez elle. Ici où rien ne se passe. Ici où personne ne parierait que les événements à venir auront bel et bien lieu. Et pourtant… Tout ce que la ville va raconter arrivera dans ses rues, ses parcs et ses murs. À Mouais. Jamais entendu parler de la belle ville de Mouais ? Normal. Elle est une petite commune perdue dans le ventre mou de la France profonde. Seuls celles et ceux qui y vivent connaissent son nom, et n’en rigole plus. Ici, à Mouais, les jeunes sont allés travailler ailleurs et les vieux sont morts. Ceux qui restent ont simplement oublié de partir. Le seul endroit un peu vivant de ses ruelles désertées ? Le café. Là, quelques-uns de ses habitants assoient leur solitude derrière une bière. Le protagoniste de son récit ? C’est lui… François. François Sauvage. Rarement quelqu’un aura aussi mal porté son nom. Il est un homme d’âge moyen, avec une vie banale… Un de ces caractères à l‘eau tiède. La seule chose qui le singularise quelque peu, c’est sa taille. Il est grand. Mais un de ces grands qui s’en excusent. Sa spécialité ? Il n’achève jamais ses phrases. Ça promet de beaux dialogues… François Sauvage vient de faire un écart sur le trottoir au passage d’un bus, comme effrayé. Il pousse la porte du café, et il retrouve l’atmosphère familière, avec la télé qui fonctionne en continu, trois habitués dont un hébété par l’alcool, et un autre au comptoir, et Dimitri le patron qui se trompe régulièrement dans les boissons qu’il sert. François est rejoint au comptoir par son ami Michel qui sort des toilettes. La ville de Mouais reprend le fil de son commentaire : Ce soir ressemble à tous les autres soirs. Pourtant quelque chose d’inattendu, doucement, est en train d’arriver. Une de ces choses qui va bientôt emmener François dans des situations plus qu’improbables. L’amener à vivre toutes sortes d’émotions. Celles-là mêmes qu’il essaie d’ignorer depuis si longtemps. Mais pas trop vite ! Il faut reprendre les choses dans l’ordre. La ville ne voudrait pas se priver de raconter en détail tout ce qu’il s’est passé pour en arriver là. Michel entraîne son ami François dans l’arrière-salle désaffectée du bar, avec une bouteille de champagne à la main. Ils pénètrent dans une pièce abandonnée depuis belle lurette, servant de débarras, avec une scène au fond, quelques chaises empilées, une échelle pour accéder, et beaucoup de bric-à-brac. Michel lui explique que, dans le temps, on faisait du théâtre dans cette salles, des Mouaisiens jouaient et ceux qui ne jouaient pas venaient voir les autres. Devant l’apathie de son ami, il l’entraîne dehors, à l’arrêt de bus où ils ont souvent zoné pendant l’adolescence. Houlà ! Une ville qui s’appelle Mouais et dans laquelle il ne se passe rien, des habitants qui restent là parce qu’ils ont oublié de partir, une animatrice venant glaner des histoires pour monter des séquences de théâtre de rue jouées par lesdits habitants, dont tous les hommes sont des taiseux. He bin, ça promet. Sans compter que le personnage principal ne finit jamais ses phrases, comme le dit la ville elle-même : ça promet de beaux dialogues. Des dessins de nature descriptive et réaliste, avec un degré de simplification pour les êtres humains, qui montrent la banalité totale des différents environnements, entre le bar purement fonctionnel et vieillot, les rues plus souvent désertes que fréquentées, l’arrêt de bus, la station-service, l’Établissement d'Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes (EHPAD), le cimetière, une aire de jeux pour enfants (mais sans enfants), etc. Dans tout ça, c’est encore les toilettes de François qui présentent le plus de caractère, avec ses rayonnages de livre. Le lecteur ressent tout de suite une forme d’apathie aggravée le gagner, au risque de verser dans l’indifférence. Pas de doute : cette ville mérite bien son nom, et seule la gentillesse dont font preuve les auteurs pour leurs personnages le retient. La gentillesse dont bénéficient les personnages touche immédiatement le petit cœur du lecteur qui veut bien donner sa chance à cette ville sans réelle caractéristique, à ce grand échalas qui ne finit pas ses phrases, à ce projet peu enthousiasmant de théâtre de rue, à partir des petites histoires banales du quotidien des habitants. En fonction de ses habitudes, peut-être que le lecteur a commencé par jeter un coup d’œil à la postface dans laquelle le scénariste raconte sa propre expérience de la pratique de cet art : Pourtant, depuis vingt-cinq ans maintenant, Zabus pratique cette forme particulière de théâtre. Il a notamment travaillé ce type d’exercice appelé ici Glanage théâtral, qui consiste à recueillir la parole de non-professionnels pour en faire un spectacle. Dans cette bande dessinée, il a voulu partager cette expérience et tenter de transmettre aux lecteurs la singularité de cette expression artistique méconnue. De montrer comment elle transfigure l’espace quotidien en le mettant en valeur, comment elle bouscule des vies en les plaçant un court instant sous les projecteurs. […] Il conclut par : Le théâtre de rue porte notre regard sur des fleurs de pavé si familières qu’on en avait oublié la beauté. Peut-être aussi que le lecteur a apprécié Les petits métiers méconnus (2024) dans lequel le même scénariste réenchante le quotidien de manière poétique, et qu’il lui accorde une totale confiance. Très vite, il apparaît que l’apparente banalité du quotidien tranquille voire atone de Mouais n’obère en rien une narration visuelle variée. Dès la deuxième planche, le lecteur découvre un dessin en pleine page, une vue du dessus en oblique de la petite ville déjà endormie en ce tout début de soirée. L’artiste en réalise quatre autres, dont deux avec des cases en incrustations : une très belle vue du dessus sur le quai d’une gare alors que François se dirige vers Fanny, le même François assis effondré le dos contre une des portes de son pavillon, la fin d’une scène dans le cimetière communal et François avec son bonnet se montrant plein d’entrain ou au moins sûr de sa résolution. Dans cette dernière, Nicoby a représenté le personnage quatre fois dans la même image pour montrer son mouvement, une technique narrative demandant un certain doigté pour qu’elle fonctionne. S’il y est sensible, le lecteur peut ainsi relever d’autres techniques totalement fondues dans la narration jusqu’à en être invisibles : une séquence de trois pages silencieuses dehors en pleine nuit finissant sous l’abri des pompes d’une station-service, un dispositif théâtral alors que François conduit une minipelle comme s’il se trouvait sur une scène dépourvue de décor, le passage en cases panoramiques de la largeur de la page alors que les amis sont accoudés au comptoir, un fac-similé de zoom sur une photographie dont la définition se dégrade au fur et à mesure de son grossissement, le leitmotiv visuel de François s’engouffrant dans une ruelle pour s’éloigner d’un bus, et bien sûr la direction d’acteurs très différente entre celle de François et celle de Fanny par exemple, exprimant avec sensibilité leur personnalité réciproque. Le lecteur peut également percevoir une mise en abîme, elle aussi organique et transparente, de la narration brouillant la frontière entre le réel et le théâtre. La scène de la minipelle, les personnages en train de parler face au lecteur, l’inspection des costumes laissés à l’abandon dans ce qui fut une salle de représentation, etc. Le scénariste a conçu plusieurs scènes tirant partie de cette possibilité. Par exemple, François Sauvage utilise ladite minipelle dans un entrepôt pour démanteler l’usine dans laquelle il a travaillé pendant vingt ans. Le lecteur le voit ramasser et déplacer des portes, son collègue en profite pour jouer avec l’une d’elles qu’il a redressée, derrière laquelle il se met, puis qu’il ouvre : une mise en scène montrant que passer une porte est devenu vide de sens puisqu’il s’agit toujours du même espace. À quoi peut bien servir une porte qui ouvre sur le vide ? Dans un registre différent, le lecteur assiste à la répétition générale d’un groupe de six femmes toutes habillées de noir, dénonçant les viols commis par un contremaître, à la fois une séquence montrant comment se prépare une scène qui sera jouée dans la rue, à la fois une pratique totalement théâtrale de six personnes déclamant un texte dans une zone sans décor, fonctionnant à la perfection, le lecteur sentant son cœur se serrer en comprenant l’étendue des horreurs commises. Il y a aussi cette pluie d’oiseaux morts, à la fois littérale, à la fois constituant une métaphore sur la mort symbolique de la vie spirituelle des Mouaisiens. Rapidement, le lecteur se prend au jeu : il comprend qu’il se trouve investi émotionnellement dans la réussite du projet de Michel, repris par François Sauvage. Il se rend vite compte qu’il n’y aura pas d’amourette ou de romance entre lui et Fanny (même si elle le voit nu dans des circonstances saugrenues), ce n’est pas ce genre de récit. Il sourit en découvrant les premières histoires glanées dans la maison de retraite, auprès de vieilles dames dignes, tout en ayant vécu. Il sent son cœur se serrer à l’évocation de la vie en cage d’une femme au foyer. Il s’indigne et s’emporte contre ce contremaître abusant de son pouvoir pour commettre des crimes ignobles. Et le voilà totalement pris dans cette petite commune perdue dans le ventre mou de la France profonde où rien ne se passe. Ce qui se produit insensiblement l’implique émotionnellement : mener à bien un projet de nature participative, découvrir des histoires de vies entre voisins et visages familiers, éprouver un mal-être indicible à se confronter à des émotions enfouies qui reviennent à la surface. Certes, il est possible de le voir comme laisser la vie à nouveau animer ces êtres humains et un effet du théâtre ; il est également possible de le voir comme des interactions plus vraies entre des êtres humains qui se côtoient de manière fonctionnelle, familiers les uns aux autres sans jamais se connaître, sans faire l’expérience du partage d’émotions. Comme le constate François : Ça ne va pas en fait, se tenir à l’écart ne suffit pas. Le lecteur se rend compte que la ville de Mouais peut aussi s’appréhender comme étant la métaphore de la façon dont François projette son apathie sur son environnement, réagissant automatiquement à tout par un Mouais tiède lui évitant toute forme d’implication. Il faut oser : proposer au lecteur de côtoyer un individu mou et apathique dans une ville où il ne se passe rien, pour un projet à l’ambition dépourvu de tout spectaculaire. Mais bon, il est quand même sympathique, et son projet part d’une bonne intention. Puis le charme de la narration visuelle opère grâce à sa sensibilité et le savoir-faire remarquable de l’artisan qu’est le dessinateur. Finalement, les émotions des personnages refont surface, brisant l’inertie du refoulement, montrant que chaque individu possède sa propre histoire, sa propre identité, ses failles et ses traumatismes, le plaçant dans une communauté humaine prête à a bienveillance. Formidable.
L'Obéissance
J'ai eu beaucoup de mal à accrocher. Pour vous dire, j'ai même dû relire a 0 les 2 premières pages, tellement je ne comprenais pas ce que j'étais entrain de lire. - Un vrai quart de la BD concerne une natation et des dialogues sans intérêt. - les dessins des personnages sont très similaires et surtout irrégulier aux fils des scènes. Tant, que j'ai beaucoup de mal a les différencier. Bref. Je me suis perdu. J'ai peiné a terminé. L'histoire est incroyable. Mais elle mériterait 50 pages supplémentaires, un texte sans natation et sans fausse lourdeurs.
Le Long des ruines
Je ressors franchement déçu du récit. Passé l'introduction et les explications de ce qui va avoir lieu (l'intrusion dans la psyché d'une personne coincée dans le coma), le récit prend très vite une tournure linéaire pas super intéressante, le tout débouchant sur une fin assez convenue et qui m'interroge sur le sens global du récit. Au point de me faire demander s'il y en a un. Soyons honnête, malgré son pitch intéressant, la BD est un récit linéaire dans un monde post-apo où l'on recherche quelqu'un. Le reste est de la fioriture autour de ce récit central qui va être le cœur de l'histoire. Sauf que c'est vite linéaire, répétitif et pas super intéressant à suivre. L'idée qui aurait rendue ça intéressant à suivre aurait été les questions que ça soulevait sur la représentation mentale, la cartographie des souvenirs, émotions, etc ... Sauf que le récit ne développe jamais le moindre aspect de ce qu'on voit dans le monde mental, on en ressortira sans aucune clé de compréhension et le tout semble plus être là pour introduire le récit que pour réfléchir à l'ensemble. D'ailleurs le questionnement final, sur le poids de supporter toutes ces personnes disparus, me semble assez peu développé notamment parce qu'il me semble que des réponses concrètes et un peu évidentes peuvent apparaitre. Plusieurs choses auraient pu être soulevées par le récit, mais au final rien n'en ressort. C'est dommage, l'idée de base était une occasion en or pour extrapoler. Le dessin est étrange, très schématique dans les cases et ne s'attardant pas sur les détails. C'est un peu difficile de rentrer dedans dans des premières pages assez chargées mais finalement j'ai été assez vite habitué, même si je n'en ressors pas convaincu par le style. C'est assez froid, et si les personnages ont tout de même assez d'expressions pour qu'on s'y attache, le reste est souvent trop schématique pour que j'arrive à m'y projeter vraiment. De fait, ma lecture est assez anecdotique, je ne pense pas que je retiendrais beaucoup de choses de cette BD si ce n'est l'impression qu'il y aurait eu tellement plus à faire.
Kosmos
En fermant cette BD, je repensais à A Fake Story (d'après le roman de Douglas Burroughs) avec sa thématique de questionner la vérité, les fakes news et la difficile recherche de la vérité. Sauf que je dois avouer que j'ai été bien moins impressionné par le propos, qui est assez linéaire mais n'a pas l'effet "Waouh !" que j'espérais, notamment lorsque j'ai compris plus ou moins ce que serait le final. Et d'ailleurs je ne vois pas du tout l'idée : pourquoi tout cela n'a pas été divulgué plus tôt ? Même sans preuve, j'imagine mal l'URSS qui garde le tout sous silence, malgré les soucis. De fait, ça me donne surtout une impression de théorie très spéculative mise en histoire, mais sans que je me dise un seul instant que ça paraisse crédible. On dirait vraiment une théorie du complot qu'on trouverait sur internet. D'autre part, j'ai trouvé que la BD a un problème de rythme avec les longues pages d'explications des experts, qui casse le temps de lecture plus fluide dans les pages précédentes. Et en ressenti personnel, j'ai un peu de mal avec l'argument final qui est "pas de preuves dans un sens ni l'autre donc les théories se valent". C'est un argument fallacieux qui est malheureusement souvent utilisé, et qui donne l'impression que tout avis se vaut. Mais c'est un autre débat ! Par contre j'ai adoré le dessin, magnifique et qui plonge directement dans la conquête spatiale et tout les détails incroyable que proposent ces incroyables modules qui ont amené l'humain aussi loin. C'est le dessin qui rehausse toute ma note, qui aurait été plus basse sur le seul scénario. Mais les noirs et blancs magnifiques, les pleines pages et le ressenti permanent de l'espace, le vide si inhospitalier et surtout l'angoisse que cela provoque est la réussite totale de la BD. Bref, très beau visuellement, moins intéressant sur le plan narratif et qui contient quelques soucis qui m'ont un peu sortis du récit, donc une BD que je ne recommande pas vraiment. C'est une lecture sympathique, mais pas franchement inoubliable.
L'Année où je suis devenue ado
Emma entre en 5e avec l'envie de profiter encore de ses jeux d'enfant tout en découvrant peu à peu ce que signifie devenir adolescente. Entre amitiés qui changent, premiers sentiments amoureux et questionnements sur son identité, elle va devoir trouver sa propre voie. Cet album mélange des pages de journal intime, des passages de pure bande dessinée et d'autres qui jouent entre les deux formes. Ce concept n'est pas nouveau, mais il fonctionne bien ici : on a vraiment l'impression d'être à la fois le confident d'Emma et le témoin de ce qu'elle traverse, de ses doutes, de ses enthousiasmes et de ses petites inquiétudes quotidiennes. L'héroïne est immédiatement attachante. Son histoire est finalement assez classique (les amitiés qui évoluent, la peur de ne plus être comme les autres, les premiers émois), même si la nature de la personne dont elle tombe amoureuse apporte une dimension intéressante et traitée avec beaucoup de naturel. On suit avec plaisir ses hésitations, ses relations avec ses amies et sa famille, en ayant envie qu'elle trouve son équilibre et qu'elle soit heureuse. En tant que père, ce récit m'a forcément renvoyé à cette période où l'on aimerait transmettre son expérience, donner des conseils et éviter quelques difficultés à ses enfants. Mais c'est aussi une époque où chacun doit faire ses propres expériences, où les adultes peuvent rarement résoudre les problèmes à la place des adolescents. C'est sans doute ce qui rend le récit assez juste dans sa manière de montrer cette transition entre l'enfance et l'adolescence. Sans être totalement bouleversé ni trouver une originalité exceptionnelle, j'ai passé un bon moment avec Emma. Le récit est touchant, sincère et prenant, porté par une belle nostalgie de cette période de la vie (qui m'a rappelé mes propres années d'adolescent mais aussi les souvenirs de l'adolescence de ma fille). Le dénouement apporte une conclusion satisfaisante et laisse une impression chaleureuse.
Remington
Remington et Grany Smisse, un maigrichon rusé et un bourrin un peu concon, tous deux fils de l'éminent Kouto Smisse le roi des roublards, acceptent un beau jour une mission de cambriolage d'apparence suicidaire qui aura des conséquences… poilues ? Si votre frère se retrouvait transformé en chat du jour au lendemain et que vos compagnons d'infortunes étaient restés blessés derrière vous, que feriez-vous ? Alliances, coups en traîtres, assassinats, corruption, propos sur la famille et l'attachement qu'on a aux autres, le tout saupoudré d'action à foison et même d'un chouïa de romance si on est sage. Bref, tous les éléments de ce genre de récit sont là. La formule n'est pas nouvelle et l'exécution ne prendra ici pas le moindre risque mais je dois avouer que la série n'est pas mal. Un petit défaut ? Allez ! La série ayant été publiée à l'origine en formats kiosques, elle s'était permise d'être découpée en trois arcs distincts, chacun de quatres chapitres et chacun dessiné par un artiste différent. De cette découpe il en découle un rythme finale… un peu bizarre ? Le premier arc et le plus vif, le plus classique aussi mais tout de même efficace. Le dessin d'Adrián est bon, son travail des expression et son découpage font mouche et, franchement, j'aurais été partante pour que toute la série soit dans ce style. Et puis vient le second, et c'est là que le bas blesse. Non seulement le dessin me semble détonner avec celui de la première partie mais en plus le découpage et la mise en scène de l'action me semblent complètement discordants avec le début de notre histoire. Le fait que cet arc soit aussi mine de rien très séparé du fil rouge unissant la première et la troisième partie n'aide pas. Si le projet avait été d'illustrer les diverses aventures des frangins pendant leur année de recherche j'aurais dans ce cas-là préféré plus de récits, plus de variations de tons, parce qu'au final on se retrouve avec une espèce de parenthèse un peu bizarre au milieu du récit. Le troisième et dernier arc revient sur l'esthétique et l'ambiance du premier, de nouveau centré sur les frangins et leur père, leurs potes laissés en plan et Ush Galesh, délicieux salopard opportuniste qui se révèle ici bien pensif. Le dessin de Julen Ribas se rapproche davantage de celui d'Adrián (en tout cas bien plus que celui de Dae Jin Kim), la mise en scène reste différente mais colle bien plus au récit que lors de la deuxième partie je trouve. La conclusion laisse un peu à désirer sur de nombreux points mais j'avoue qu'elle a su se montrer explosive et entraînante. En sommes une bonne histoire de filous et d'assassin, pas transcendante ou révolutionnaire mais tout de même divertissante, qu'il me fait plaisir d'enfin posséder dans son ensemble (Ankama nous faisant enfin cadeau d'une intégrale complète pour fêter ses 25 ans).
Maskemane
Ankama fête ses 25 ans et pour l'occasion nous ressort cette série enfin au complet dans une intégrale. Génial ! Je n'avais jamais pu aller plus loin que le quatrième numéro paru en kiosque (l'équivalent donc du premier et seul album édité auparavant) et j'adorais les Zobals quand je jouais à Dofus et Wakfu, donc en apprendre plus sur leur lore me bottait pas mal. Qu'en est-il du résultat ? Euh… joker ? Bon, commençons par le positif : c'est vif et entraînant. Qu'il s'agisse des remarques sarcastiques de Maskemane qui joue les narrateurs de fortune, de l'enchaînement de scènes d'actions bourrines et chorégraphié, des punchlines nanardesques qui fusent, des personnages hauts en couleurs qui forment un groupe de fortune et de l'idée originale des masques magiques qui donnent de puissant pouvoir au prix coûteux d'altérer complètement la personnalité de leur porteur, tout dans cette histoire donne envie de lire la suite. C'est du bon, mais très rapidement le tout s'essouffle et, comble du malheur, devient même un peu chiant. Une succession de développements cousus de fils blancs comme les trahisons évidentes ou encore la romance sortie de nul part (grosso-merdo les personnages se sont vus et puis c'est tout, quelle alchimie mes ami-e-s), une exposition bateau, des personnages du lore qui passent dire coucou parfois sans même être véritablement introduits (je pense à la scène finale avec le Cornu Mollu et Goultard), un attachement général entre les personnages… là aussi sorti du trou du cul des scénaristes ! Non, vraiment, ça se casse la gueule fissa et c'est malheureux. Que notre éponyme Maskemane, homme à la psychée notoirement chaotique, s'attache de manière aléatoire je peux l'entendre, que la femme fatale polymorphe qui aimerait bien vivre une vie plus rangée se révèle avoir l'âme romantique et amicale je dis pourquoi pas, que le type qui commet des horreurs dans le seul but d'aider sa femme par tous les moyens décide de s'allier avec les autres n'est pas déconnant, mais que deux personnages qui n'ont jamais caché leurs pulsions meurtrières et leurs sincère antipathie les chapitres précédents se mettent subitement à jouer copain-copain avec le groupe, là j'avoue que je ne suis plus. C'est con parce que, je maintiens, la prémisse est excellente, l'exécution était bonne au début - loin d'être excellente elle mais gentiment nanardesque - alors pourquoi tout gâcher par la suite ? C'est particulièrement dommage parce que c'est avec ce profond sentiment de déception que j'ai refermé cette intégrale. La série a sans doute joué au fait que Maskemane (et avec lui le lore des Zobals en général) ait été rapidement mis de côté, malgré le projet intial d'en faire une sorte de rival/ennemi juré de Remington Smisse (si si, je me rappelle vaguement de ce projet évoqué dans un Dofus Mag). Le fait que la série dudit Remington m'ait paru de bien meilleure qualité ne me fera pas dire le contraire.