Il y a quelques années, en pleine période d'écriture d'une de ses bandes-dessinées, Magali Le Huche a découvert qu'elle avait un cancer du sein. Une maladie dégénérative bien connue, de nom en tant cas, qui atteint une femme sur six en moyenne (et qui d'ailleurs attaque sans se soucier du sexe ou du genre), un mal rependu et qui pourtant nous parait presque toujours inconnu, incommensurable aussi. Une sorte de fantôme dont on ne pourrait échapper.
Magali Le Huche, comme beaucoup de gens, a vu sa vie, sa vision d'elle-même, son rapport au corps voler en éclat, du jour au lendemain, et nous partage dans cet album son parcours, sa remontée.
On pourrait se dire naïvement que ce genre de témoignage pullule mais je trouve chacune des itérations nécessaires. Dans cet album comme dans de nombreux précédents témoignages (et sans aucun doute dans la myriade qui suivront), ce n'est pas le caractère scientifique, vulgarisateur qui est intéressant, c'est le fait que le discours, l'expérience est personnelle, vivante et unique. Magali Le Huche nous partage son expérience, à la fois similaire à tant d'autres et, malgré tout, bien unique. On réalise pleinement, comme elle-même le dit dans l'album, que ce ne sont pas toujours les autres à qui ce genre de choses arrivent. Sur la deuxième moitié de l'album on a même droit à de courtes (mais toujours intéressantes) apartés sur la vie d'autres personnes vivant la même expérience qu'elle et de qui elle s'est rapprochée suite à la découverte de son cancer.
Tout ça c'est bien, vous entends-je dire (c'est faux, je ne vous entends pas, tout ceci est écrit à l'avance), mais quel est donc la touche unique de ce témoignage ? Déjà sa forme, puisque l'on retrouve le dessin simple et expressif de Magalie Le Huche, ainsi que sa tendance à rendre chaotique la narration en brisant les "cases" de la bande-dessinée et en multipliant les apartés et les digressions qui lui viennent parfois sur le tas ; mais il y a aussi le fond, puisque qu'au delà de nous parler de son cancer du sein elle nous dresse ici une sorte d'étude d'elle-même dans sa globalité lors de cette période. Son rapport à la musique, notamment, nous parlant de sa fascination pour les Beatles dans sa tendre jeunesse mais aussi (et surtout) de sa redécouverte du groupe The Clash, l'un des premiers groupes de Punk, et sa soudaine fascination pour Joe Strummer, sa vie, ses idéaux, ce qu'il représentait. Le parallèle entre la lutte contre un système oppressant et la réappropriation, la revendication de son corps est assez bien trouvée, je trouve.
Un album intéressant. Pas mon préféré dans son genre, il faut dire que je ne suis pas la plus sensible au style narratif de Magalie Le Huche, mais je reconnais aisément que l'œuvre est de bonne facture et, surtout, comme dit plus haut, toujours on ne peut plus nécessaire.
Les avis élogieux m'avaient poussé à intégrer cet album dans la liste de souhaits, un matériel de qualité, des couleurs chatoyantes, une promesse d'aventure, tant de choses qui partaient bien.
Et le premier récit rentre dans l'aventure avec des codes fantasy avec réussite. Les personnages parlent peu, la société matriarcale présentée donne envie de s'y intéresser plus mais nous ne pourrons pas car nous voici déjà en quête. les codes du genre sont là, il n'y a pas vraiment de surprise et difficile de s'attacher aux personnages, un peu quand même à ce paladin servant noblement la cause. Si l'on n'avait pas déjà compris, un peu de texte assez artificiel vient nous expliciter les piliers basés sur des faux semblants de la société que l'on a quitté, un survivant bien peu crédible étant donnés les dangers rencontrés offre un porte de sortie et sans qu'on l'ai vraiment compris notre héroïne accomplit son geste de bravoure avec une froideur qui fait peur et ne nous aide pas à l'apprécier. Le dessin a servi le propos, voyons maintenant l'autre facette.
Si le choix de l'autre personnage m'a surpris, la découverte de cet autre matriarcat est plus verbeux et hélas ce n'est pas une réussite car les textes sont remplis de redondances, très plats et franchement lourds par moments. On va retrouver tous les poncifs qu'il est de bon ton de promouvoir dans notre actualité : le patriarcat c'est moche, le lesbianisme c'est bien, les anciens raisonnent comme des fachos qui ne comprennent rien au monde actuel, sont trop ancrés sur leurs valeurs passéistes et corrompent une belle jeunesse pour qui la vérité doit se trouver en eux. Et on en ajoute des couches... Pff s'il n'y avait ce dessin magnifique en particulier un découpage franchement emballant, la mise en couleur étant réussie mais un poil trop saturée à mon goût, j'aurai fermé le livre depuis longtemps. Milles ans passent et c'est peu dire que de ire qu'on les sent bien passer en tant que lecteur, arrive ce qui unit les deux récits et même à ce moment où une attente d'amour aussi longue et idéale pourrait trouver un climax d'émotions, on n'a que des platitudes navrantes ce qui donne l’impression de voir des personnages qui surjouent. Enfin la chute qui réunit les deux récits et le vieux ringard qui dans un clin d’œil ultime avait bien raison dans sa prédiction à croire que tant d'effort pour montrer de magnifiques matriarcats finalement aussi remplis des mêmes limites que les autres modèles ! Mais là je m'égare et taquine un poil le manifeste qui ne veut probablement adouber cette interprétation.
Cette seconde partie est écœurante, j'ai rarement été aussi dégouté d'une BD et même certains ici m'ont semblé meilleurs.
Au final dur de donner un avis global, car autant la première partie serait entre un bof et un pas mal avec de bonnes choses sous exploitées au détriment d'autres sans intérêt tandis que la seconde me plonge dans une perplexité sur la vacuité en BD. Je n'ai vraiment pas aimé le scénario et les personnages ainsi que les textes, mais le dessin et l'environnement créé méritent mieux allons donc pour le bof, j'aurai tendance à penser que cet auteur devrait s'associer avec un scénariste pour donner le meilleur de lui même
Pas vraiment convaincu par cette BD ... C'est une réflexion sur la vie à l'aube de la cinquantaine, mais franchement c'est pas hyper intéressant lorsqu'on est pas concerné par le sujet.
Et je suis un peu déçu parce que j'avais un bon sentiment en ouvrant la BD. Ca commence bien sur cet homme largué dans sa vie qui remet en question ce qu'il a vécu et voit tout lui échapper. Sauf que très vite, ça devient des considérations personnelles notamment dans ses liens familiaux, il y a plein de petits moments sentimentaux sincères mais qui ne font pas avancer l'intrigue, il se tape la première femme qu'il recroise parce que c'était important de montrer un mec qui se tape une femme (je veux dire, quel autre état d'âme il aurait, ça reste un MEC, non ?). Le tout sans résolution réelle, avec pleins de détails qui manque. La question de son chômage forcé et sa peur de ne pas trouver de travail vu son âge et son statut, ça pourrait donner des considérations intéressantes sur le monde du travail. Mais on l'évoque à peine, de même sur la question des évolutions du couple, de la famille, de l'engagement pour la justice ou le climat ... Ces sujets existent en filigrane du récit mais on reste en surface et le personnage principal ne m'est pas particulièrement sympathique. De fait, je suis assez hermétique à ses problèmes qui ne me parlent pas et ne me concernent pas, de même que sa "dépression" est une petite baisse de moral passagère assez vite résolu. Au final, ça fait parenthèse de vie qui questionne ce qu'on a fait jusqu'à nos cinquante ans. Mais ce n'est ni mordant, ni particulièrement intéressant. Personnellement, ses états d'âmes ne me touchent pas et du coup, il ne reste pas grand chose du récit.
Niveau dessin Davodeau fait son style habituel, c'est propre mais ça ne rehausse pas l'ensemble. Pas sur qu'il y avait moyen de faire mieux, mais ça renforce l'aspect très "film d'auteur" du récit, qui n'arrive pas à m'intéresser. Je passe mon tour pour celle-là.
Je me suis plongé dans Une romance anglaise, la bande dessinée de Jean-Luc Fromental au scénario et Miles Hyman au dessin, qui s’inspire de l’affaire Profumo, ce scandale politico-sexuel qui a secoué l’Angleterre en 1963 – année de ma naissance ! Malheureusement, malgré le sujet prometteur, l’ensemble m’a laissé plutôt indifférent.
D’abord, le dessin : les couleurs sont trop vives, presque agressives, et le trait me semble grossier, manquant de finesse pour rendre l’atmosphère feutrée et sulfureuse de l’époque. Le découpage des planches, très classique, ne m’a pas surpris et m’a même paru stéréotypé, comme si on avait recyclé des codes sans vraiment les réinventer.
Ensuite, l’histoire : je me suis souvent perdu dans les méandres de l’intrigue, d’autant que les personnages se ressemblent visuellement beaucoup. Difficile de les distinguer, et donc de s’attacher à eux. Le scénario, pourtant inspiré d’un fait divers passionnant, ne parvient pas à captiver. On a l’impression de survoler les événements sans jamais s’y immerger.
Le seul intérêt de cette BD, à mes yeux, est d’avoir éveillé ma curiosité sur l’affaire Profumo, que je ne connaissais pas. Pour ça, merci. Mais en tant qu’œuvre graphique et narrative, je reste sur ma faim. Pour résumer... bof !
C'est l'histoire d'un homme qui vient d'être invité à entrer en franc-maçonnerie. C'est aussi l'histoire de celles et ceux qui vont l'y accueillir, hommes et femmes avec leurs qualités et leurs défauts, et qu'on voit évoluer au fil des années tandis que le héros progresse au sein de sa modeste loge.
Étant classée en catégorie humour, je croyais à tort que cette BD serait une critique humoristique de la Franc-Maçonnerie, de ses faiblesses et de ses défauts. Or, s'il y a bien de l'humour, j'y ai surtout perçu une œuvre touchante, qui présente avec le sourire et une certaine dérision mais aussi avec beaucoup de tendresse, ces personnes qui se réunissent et se parent de décorum et de symbolisme pour discuter de la société, mais aussi simplement pour se retrouver ensemble.
On les suit comme une galerie de personnages, chacun avec son caractère, son histoire, et sa manière d'interagir avec les autres. À vrai dire, je classerais cette série au même rang qu'une œuvre comme Monsieur Jean, à mi-chemin entre roman graphique et humour, avec en plus une légère touche documentaire. Les rouages pratiques d'une petite loge maçonnique apparaissent clairement, tout comme ses relations parfois compliquées avec les autres loges, sans rien dévoiler de trop secret. Cela suscite souvent le sourire, casse de nombreux stéréotypes sur une Franc-Maçonnerie fantasmée comme impressionnante et mystérieuse, et rend surtout ces personnages très humains.
Je me suis attaché à cette petite galerie et j'ai apprécié de les voir évoluer au fil des années, tandis que le héros gravissait les échelons d'une hiérarchie un peu bancale mais sympathique.
Amusant, instructif et touchant, ce n'est pas cet album qui me fera entrer en maçonnerie mais j'ai apprécié ma lecture.
L’Héritage des Taironas est une bande dessinée d’aventure solide, qui trouve un bon équilibre entre fresque historique et romance, sans jamais forcer le trait. Le récit navigue entre l’Europe, les États-Unis et la Colombie, avec une volonté manifeste de dépaysement et de souffle romanesque. La transition entre ces deux grands univers peut paraître un peu décousue, mais l’ensemble reste lisible et cohérent, porté par une narration fluide et bien rythmée.
Le fil symbolique de l’artefact précolombien est intéressant sur le principe, notamment pour ancrer le récit dans une dimension réelle et patrimoniale — renforcée par son lien avec le Musée du Louvre — mais son impact sur l’intrigue demeure relativement limité. Les personnages sont bien construits et compréhensibles, même s’ils restent parfois un peu caricaturaux.
Graphiquement, le dessin est soigné et agréable, avec de belles ambiances et une lisibilité constante. Le trait et les couleurs restent toutefois assez sages, sans prise de risque marquante. Rien de révolutionnaire donc, mais un travail propre et cohérent, parfaitement au service du récit.
Au final, une lecture plaisante, bien ficelée et sans longueur, idéale pour qui cherche une aventure historique courte, accessible et teintée de romantisme, sans complexité excessive.
L’Amourante est une très grande réussite, portée par une idée de départ volontairement simple mais d’une richesse thématique remarquable. Le concept d’immortalité conditionnée par l’amour permet d’interroger avec finesse le rapport au temps, à la dépendance affective et à l’identité. Le scénario ne cherche jamais l’esbroufe : il déroule son propos avec une vraie cohérence, sans rupture de ton ni essoufflement, et accorde une profondeur réelle à l’ensemble de ses personnages, tous compréhensibles et nuancés.
Le choix d’un récit au présent servant de cadre à une longue confession rétrospective est particulièrement pertinent. Cette mise en scène apporte une épaisseur psychologique forte et une lecture fluide des différentes époques traversées, tout en maintenant une tension émotionnelle constante. Le récit gagne ainsi en densité sans jamais devenir lourd ou démonstratif.
Graphiquement, l’album est très beau. Le dessin, moderne et sobre, se distingue par sa constance et sa lisibilité. Les couleurs sont assumées, élégantes, et accompagnent efficacement les changements d’univers historiques sans effet de rupture artificielle.
Reste un léger sentiment de retenue : malgré ses nombreuses qualités, l’album laisse l’impression d’un travail presque trop maîtrisé, qui touche juste mais surprend peu. L’émotion est bien là, mais sans ce surcroît d’impact ou d’audace qui ferait basculer l’œuvre sur une note maximale. Cela n’enlève rien à ses qualités intrinsèques : L’Amourante demeure une lecture fortement recommandée, intelligente et sensible, qui mérite largement sa place parmi les très belles bandes dessinées contemporaines.
ATYPIQUE !
Il va m'être difficile de parler de cette BD tant elle sort des sentiers battus et tant chacun en fera son interprétation (ou pas). Ce qui est certain c'est qu'elle ne laissera pas indifférente.
Un album où vont se succéder de petits récits autoporteurs mais formant un ensemble cohérent par les thèmes évoqués. Autre particularité, il n'y a pas de personnage principal, c'est le vivant qui tiendra ce rôle.
Jérémie Gasparutto nous guide sur différents chemins où le texte se fait rare, il est souvent énigmatique, parfois poétique et d'autre fois hermétique. Chacun en fera son interprétation. Personnellement j'y ai surtout vu une introspection sur nos peurs de l'inconnu, une reconnexion avec la nature et de s'ouvrir aux autres. Il veut faire tomber les remparts qui nous emprisonnent dans une société individualiste qui va à mille à l'heure.
Un album avec une patte graphique indéniable, elle permet une immersion dans cet environnement entre rêve et réalité. La narration s'appuie énormément sur la mise en page de Gasparutto pour cette expérience sensorielle.
Du très bon travail.
Je tiens à souligner le travail éditorial de qualité, comme toujours, pour le label 619.
Que dire en conclusion... Pas totalement séduit mais pas totalement réfractaire.
Un OVNI.
J'ai mis longtemps à me plonger dans ces Chroniques de Légion, après ma relative déception à la lecture de Je suis légion. C'est toutefois chose faite et j'ai été beaucoup plus séduit ! Cette histoire a beaucoup plus d'ampleur et même d'originalité, en plus d'être largement mieux dessinée. L'idée de faire dessiner chaque époque par un réalisateur différent est une excellente idée, d'autant que tous les dessinateurs convoqués sont bons (même si on aurait aimé que Henninot débarque plus tôt dans la saga).
C'est très agréable à lire, et sert parfaitement un récit savamment construit, qui ne manque jamais de puissance. Les dialogues et l'atmosphère sombre fonctionnent à merveille, et Nury se glisse avec une grande aisance dans le genre du récit de vampires (même s'il ne dépassera jamais le fabuleux D d'Alain Ayroles). Ce récit d'êtres immortels qui découvrent leur pouvoir et leur malédiction au fil des siècles est grandiose, épique, et joliment sanglant. Aucune époque n'est réellement décevante par rapport aux autres.
En revanche, il faut reconnaître que la multiplication des identités et la présence de deux frères rend parfois l'intrigue inutilement compliquée. La fluidité narrative en est affectée lorsqu'il faut reconstituer le fil du récit pour savoir si on est en présence de Radu ou de Vlad (mais ça, encore, ça va), et surtout, si tel personnage apparemment innocent est une des multiples identités de l'un ou de l'autre. Parfois, on le comprend facilement, parfois, pas du tout.
Néanmoins, cette légère confusion n'affecte que peu le plaisir de lecture pris devant cette saga captivante.
Le final fait d'ailleurs légèrement retomber le soufflé. Heureusement que le jeu d'échecs intemporel est dessiné par Henninot, car cela compense la petite perte d'intérêt qui accompagne ce final somme toute pas si époustouflant que l'auteur l'aurait probablement voulu. Rien de bien méchant, et je ressors néanmoins très satisfait de cette tétralogie épique. Au point de revoir à la hausse la saga-mère ? Pas sûr, mais à voir très prochainement.
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Punk à sein
Il y a quelques années, en pleine période d'écriture d'une de ses bandes-dessinées, Magali Le Huche a découvert qu'elle avait un cancer du sein. Une maladie dégénérative bien connue, de nom en tant cas, qui atteint une femme sur six en moyenne (et qui d'ailleurs attaque sans se soucier du sexe ou du genre), un mal rependu et qui pourtant nous parait presque toujours inconnu, incommensurable aussi. Une sorte de fantôme dont on ne pourrait échapper. Magali Le Huche, comme beaucoup de gens, a vu sa vie, sa vision d'elle-même, son rapport au corps voler en éclat, du jour au lendemain, et nous partage dans cet album son parcours, sa remontée. On pourrait se dire naïvement que ce genre de témoignage pullule mais je trouve chacune des itérations nécessaires. Dans cet album comme dans de nombreux précédents témoignages (et sans aucun doute dans la myriade qui suivront), ce n'est pas le caractère scientifique, vulgarisateur qui est intéressant, c'est le fait que le discours, l'expérience est personnelle, vivante et unique. Magali Le Huche nous partage son expérience, à la fois similaire à tant d'autres et, malgré tout, bien unique. On réalise pleinement, comme elle-même le dit dans l'album, que ce ne sont pas toujours les autres à qui ce genre de choses arrivent. Sur la deuxième moitié de l'album on a même droit à de courtes (mais toujours intéressantes) apartés sur la vie d'autres personnes vivant la même expérience qu'elle et de qui elle s'est rapprochée suite à la découverte de son cancer. Tout ça c'est bien, vous entends-je dire (c'est faux, je ne vous entends pas, tout ceci est écrit à l'avance), mais quel est donc la touche unique de ce témoignage ? Déjà sa forme, puisque l'on retrouve le dessin simple et expressif de Magalie Le Huche, ainsi que sa tendance à rendre chaotique la narration en brisant les "cases" de la bande-dessinée et en multipliant les apartés et les digressions qui lui viennent parfois sur le tas ; mais il y a aussi le fond, puisque qu'au delà de nous parler de son cancer du sein elle nous dresse ici une sorte d'étude d'elle-même dans sa globalité lors de cette période. Son rapport à la musique, notamment, nous parlant de sa fascination pour les Beatles dans sa tendre jeunesse mais aussi (et surtout) de sa redécouverte du groupe The Clash, l'un des premiers groupes de Punk, et sa soudaine fascination pour Joe Strummer, sa vie, ses idéaux, ce qu'il représentait. Le parallèle entre la lutte contre un système oppressant et la réappropriation, la revendication de son corps est assez bien trouvée, je trouve. Un album intéressant. Pas mon préféré dans son genre, il faut dire que je ne suis pas la plus sensible au style narratif de Magalie Le Huche, mais je reconnais aisément que l'œuvre est de bonne facture et, surtout, comme dit plus haut, toujours on ne peut plus nécessaire.
Fantasy - Yourcenar / Alma
Les avis élogieux m'avaient poussé à intégrer cet album dans la liste de souhaits, un matériel de qualité, des couleurs chatoyantes, une promesse d'aventure, tant de choses qui partaient bien. Et le premier récit rentre dans l'aventure avec des codes fantasy avec réussite. Les personnages parlent peu, la société matriarcale présentée donne envie de s'y intéresser plus mais nous ne pourrons pas car nous voici déjà en quête. les codes du genre sont là, il n'y a pas vraiment de surprise et difficile de s'attacher aux personnages, un peu quand même à ce paladin servant noblement la cause. Si l'on n'avait pas déjà compris, un peu de texte assez artificiel vient nous expliciter les piliers basés sur des faux semblants de la société que l'on a quitté, un survivant bien peu crédible étant donnés les dangers rencontrés offre un porte de sortie et sans qu'on l'ai vraiment compris notre héroïne accomplit son geste de bravoure avec une froideur qui fait peur et ne nous aide pas à l'apprécier. Le dessin a servi le propos, voyons maintenant l'autre facette. Si le choix de l'autre personnage m'a surpris, la découverte de cet autre matriarcat est plus verbeux et hélas ce n'est pas une réussite car les textes sont remplis de redondances, très plats et franchement lourds par moments. On va retrouver tous les poncifs qu'il est de bon ton de promouvoir dans notre actualité : le patriarcat c'est moche, le lesbianisme c'est bien, les anciens raisonnent comme des fachos qui ne comprennent rien au monde actuel, sont trop ancrés sur leurs valeurs passéistes et corrompent une belle jeunesse pour qui la vérité doit se trouver en eux. Et on en ajoute des couches... Pff s'il n'y avait ce dessin magnifique en particulier un découpage franchement emballant, la mise en couleur étant réussie mais un poil trop saturée à mon goût, j'aurai fermé le livre depuis longtemps. Milles ans passent et c'est peu dire que de ire qu'on les sent bien passer en tant que lecteur, arrive ce qui unit les deux récits et même à ce moment où une attente d'amour aussi longue et idéale pourrait trouver un climax d'émotions, on n'a que des platitudes navrantes ce qui donne l’impression de voir des personnages qui surjouent. Enfin la chute qui réunit les deux récits et le vieux ringard qui dans un clin d’œil ultime avait bien raison dans sa prédiction à croire que tant d'effort pour montrer de magnifiques matriarcats finalement aussi remplis des mêmes limites que les autres modèles ! Mais là je m'égare et taquine un poil le manifeste qui ne veut probablement adouber cette interprétation. Cette seconde partie est écœurante, j'ai rarement été aussi dégouté d'une BD et même certains
ici m'ont semblé meilleurs.
Au final dur de donner un avis global, car autant la première partie serait entre un bof et un pas mal avec de bonnes choses sous exploitées au détriment d'autres sans intérêt tandis que la seconde me plonge dans une perplexité sur la vacuité en BD. Je n'ai vraiment pas aimé le scénario et les personnages ainsi que les textes, mais le dessin et l'environnement créé méritent mieux allons donc pour le bof, j'aurai tendance à penser que cet auteur devrait s'associer avec un scénariste pour donner le meilleur de lui même
Les Couloirs aériens
Pas vraiment convaincu par cette BD ... C'est une réflexion sur la vie à l'aube de la cinquantaine, mais franchement c'est pas hyper intéressant lorsqu'on est pas concerné par le sujet. Et je suis un peu déçu parce que j'avais un bon sentiment en ouvrant la BD. Ca commence bien sur cet homme largué dans sa vie qui remet en question ce qu'il a vécu et voit tout lui échapper. Sauf que très vite, ça devient des considérations personnelles notamment dans ses liens familiaux, il y a plein de petits moments sentimentaux sincères mais qui ne font pas avancer l'intrigue, il se tape la première femme qu'il recroise parce que c'était important de montrer un mec qui se tape une femme (je veux dire, quel autre état d'âme il aurait, ça reste un MEC, non ?). Le tout sans résolution réelle, avec pleins de détails qui manque. La question de son chômage forcé et sa peur de ne pas trouver de travail vu son âge et son statut, ça pourrait donner des considérations intéressantes sur le monde du travail. Mais on l'évoque à peine, de même sur la question des évolutions du couple, de la famille, de l'engagement pour la justice ou le climat ... Ces sujets existent en filigrane du récit mais on reste en surface et le personnage principal ne m'est pas particulièrement sympathique. De fait, je suis assez hermétique à ses problèmes qui ne me parlent pas et ne me concernent pas, de même que sa "dépression" est une petite baisse de moral passagère assez vite résolu. Au final, ça fait parenthèse de vie qui questionne ce qu'on a fait jusqu'à nos cinquante ans. Mais ce n'est ni mordant, ni particulièrement intéressant. Personnellement, ses états d'âmes ne me touchent pas et du coup, il ne reste pas grand chose du récit. Niveau dessin Davodeau fait son style habituel, c'est propre mais ça ne rehausse pas l'ensemble. Pas sur qu'il y avait moyen de faire mieux, mais ça renforce l'aspect très "film d'auteur" du récit, qui n'arrive pas à m'intéresser. Je passe mon tour pour celle-là.
Une romance anglaise
Je me suis plongé dans Une romance anglaise, la bande dessinée de Jean-Luc Fromental au scénario et Miles Hyman au dessin, qui s’inspire de l’affaire Profumo, ce scandale politico-sexuel qui a secoué l’Angleterre en 1963 – année de ma naissance ! Malheureusement, malgré le sujet prometteur, l’ensemble m’a laissé plutôt indifférent. D’abord, le dessin : les couleurs sont trop vives, presque agressives, et le trait me semble grossier, manquant de finesse pour rendre l’atmosphère feutrée et sulfureuse de l’époque. Le découpage des planches, très classique, ne m’a pas surpris et m’a même paru stéréotypé, comme si on avait recyclé des codes sans vraiment les réinventer. Ensuite, l’histoire : je me suis souvent perdu dans les méandres de l’intrigue, d’autant que les personnages se ressemblent visuellement beaucoup. Difficile de les distinguer, et donc de s’attacher à eux. Le scénario, pourtant inspiré d’un fait divers passionnant, ne parvient pas à captiver. On a l’impression de survoler les événements sans jamais s’y immerger. Le seul intérêt de cette BD, à mes yeux, est d’avoir éveillé ma curiosité sur l’affaire Profumo, que je ne connaissais pas. Pour ça, merci. Mais en tant qu’œuvre graphique et narrative, je reste sur ma faim. Pour résumer... bof !
Deryn Du
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Grand Orient
C'est l'histoire d'un homme qui vient d'être invité à entrer en franc-maçonnerie. C'est aussi l'histoire de celles et ceux qui vont l'y accueillir, hommes et femmes avec leurs qualités et leurs défauts, et qu'on voit évoluer au fil des années tandis que le héros progresse au sein de sa modeste loge. Étant classée en catégorie humour, je croyais à tort que cette BD serait une critique humoristique de la Franc-Maçonnerie, de ses faiblesses et de ses défauts. Or, s'il y a bien de l'humour, j'y ai surtout perçu une œuvre touchante, qui présente avec le sourire et une certaine dérision mais aussi avec beaucoup de tendresse, ces personnes qui se réunissent et se parent de décorum et de symbolisme pour discuter de la société, mais aussi simplement pour se retrouver ensemble. On les suit comme une galerie de personnages, chacun avec son caractère, son histoire, et sa manière d'interagir avec les autres. À vrai dire, je classerais cette série au même rang qu'une œuvre comme Monsieur Jean, à mi-chemin entre roman graphique et humour, avec en plus une légère touche documentaire. Les rouages pratiques d'une petite loge maçonnique apparaissent clairement, tout comme ses relations parfois compliquées avec les autres loges, sans rien dévoiler de trop secret. Cela suscite souvent le sourire, casse de nombreux stéréotypes sur une Franc-Maçonnerie fantasmée comme impressionnante et mystérieuse, et rend surtout ces personnages très humains. Je me suis attaché à cette petite galerie et j'ai apprécié de les voir évoluer au fil des années, tandis que le héros gravissait les échelons d'une hiérarchie un peu bancale mais sympathique. Amusant, instructif et touchant, ce n'est pas cet album qui me fera entrer en maçonnerie mais j'ai apprécié ma lecture.
L'Héritage des Taironas
L’Héritage des Taironas est une bande dessinée d’aventure solide, qui trouve un bon équilibre entre fresque historique et romance, sans jamais forcer le trait. Le récit navigue entre l’Europe, les États-Unis et la Colombie, avec une volonté manifeste de dépaysement et de souffle romanesque. La transition entre ces deux grands univers peut paraître un peu décousue, mais l’ensemble reste lisible et cohérent, porté par une narration fluide et bien rythmée. Le fil symbolique de l’artefact précolombien est intéressant sur le principe, notamment pour ancrer le récit dans une dimension réelle et patrimoniale — renforcée par son lien avec le Musée du Louvre — mais son impact sur l’intrigue demeure relativement limité. Les personnages sont bien construits et compréhensibles, même s’ils restent parfois un peu caricaturaux. Graphiquement, le dessin est soigné et agréable, avec de belles ambiances et une lisibilité constante. Le trait et les couleurs restent toutefois assez sages, sans prise de risque marquante. Rien de révolutionnaire donc, mais un travail propre et cohérent, parfaitement au service du récit. Au final, une lecture plaisante, bien ficelée et sans longueur, idéale pour qui cherche une aventure historique courte, accessible et teintée de romantisme, sans complexité excessive.
L'Amourante
L’Amourante est une très grande réussite, portée par une idée de départ volontairement simple mais d’une richesse thématique remarquable. Le concept d’immortalité conditionnée par l’amour permet d’interroger avec finesse le rapport au temps, à la dépendance affective et à l’identité. Le scénario ne cherche jamais l’esbroufe : il déroule son propos avec une vraie cohérence, sans rupture de ton ni essoufflement, et accorde une profondeur réelle à l’ensemble de ses personnages, tous compréhensibles et nuancés. Le choix d’un récit au présent servant de cadre à une longue confession rétrospective est particulièrement pertinent. Cette mise en scène apporte une épaisseur psychologique forte et une lecture fluide des différentes époques traversées, tout en maintenant une tension émotionnelle constante. Le récit gagne ainsi en densité sans jamais devenir lourd ou démonstratif. Graphiquement, l’album est très beau. Le dessin, moderne et sobre, se distingue par sa constance et sa lisibilité. Les couleurs sont assumées, élégantes, et accompagnent efficacement les changements d’univers historiques sans effet de rupture artificielle. Reste un léger sentiment de retenue : malgré ses nombreuses qualités, l’album laisse l’impression d’un travail presque trop maîtrisé, qui touche juste mais surprend peu. L’émotion est bien là, mais sans ce surcroît d’impact ou d’audace qui ferait basculer l’œuvre sur une note maximale. Cela n’enlève rien à ses qualités intrinsèques : L’Amourante demeure une lecture fortement recommandée, intelligente et sensible, qui mérite largement sa place parmi les très belles bandes dessinées contemporaines.
Le Chemin derrière la maison
ATYPIQUE ! Il va m'être difficile de parler de cette BD tant elle sort des sentiers battus et tant chacun en fera son interprétation (ou pas). Ce qui est certain c'est qu'elle ne laissera pas indifférente. Un album où vont se succéder de petits récits autoporteurs mais formant un ensemble cohérent par les thèmes évoqués. Autre particularité, il n'y a pas de personnage principal, c'est le vivant qui tiendra ce rôle. Jérémie Gasparutto nous guide sur différents chemins où le texte se fait rare, il est souvent énigmatique, parfois poétique et d'autre fois hermétique. Chacun en fera son interprétation. Personnellement j'y ai surtout vu une introspection sur nos peurs de l'inconnu, une reconnexion avec la nature et de s'ouvrir aux autres. Il veut faire tomber les remparts qui nous emprisonnent dans une société individualiste qui va à mille à l'heure. Un album avec une patte graphique indéniable, elle permet une immersion dans cet environnement entre rêve et réalité. La narration s'appuie énormément sur la mise en page de Gasparutto pour cette expérience sensorielle. Du très bon travail. Je tiens à souligner le travail éditorial de qualité, comme toujours, pour le label 619. Que dire en conclusion... Pas totalement séduit mais pas totalement réfractaire. Un OVNI.
Les Chroniques de Légion
J'ai mis longtemps à me plonger dans ces Chroniques de Légion, après ma relative déception à la lecture de Je suis légion. C'est toutefois chose faite et j'ai été beaucoup plus séduit ! Cette histoire a beaucoup plus d'ampleur et même d'originalité, en plus d'être largement mieux dessinée. L'idée de faire dessiner chaque époque par un réalisateur différent est une excellente idée, d'autant que tous les dessinateurs convoqués sont bons (même si on aurait aimé que Henninot débarque plus tôt dans la saga). C'est très agréable à lire, et sert parfaitement un récit savamment construit, qui ne manque jamais de puissance. Les dialogues et l'atmosphère sombre fonctionnent à merveille, et Nury se glisse avec une grande aisance dans le genre du récit de vampires (même s'il ne dépassera jamais le fabuleux D d'Alain Ayroles). Ce récit d'êtres immortels qui découvrent leur pouvoir et leur malédiction au fil des siècles est grandiose, épique, et joliment sanglant. Aucune époque n'est réellement décevante par rapport aux autres. En revanche, il faut reconnaître que la multiplication des identités et la présence de deux frères rend parfois l'intrigue inutilement compliquée. La fluidité narrative en est affectée lorsqu'il faut reconstituer le fil du récit pour savoir si on est en présence de Radu ou de Vlad (mais ça, encore, ça va), et surtout, si tel personnage apparemment innocent est une des multiples identités de l'un ou de l'autre. Parfois, on le comprend facilement, parfois, pas du tout. Néanmoins, cette légère confusion n'affecte que peu le plaisir de lecture pris devant cette saga captivante. Le final fait d'ailleurs légèrement retomber le soufflé. Heureusement que le jeu d'échecs intemporel est dessiné par Henninot, car cela compense la petite perte d'intérêt qui accompagne ce final somme toute pas si époustouflant que l'auteur l'aurait probablement voulu. Rien de bien méchant, et je ressors néanmoins très satisfait de cette tétralogie épique. Au point de revoir à la hausse la saga-mère ? Pas sûr, mais à voir très prochainement.