Décidément, Cosimo Ferri ne lâche plus les grands classiques de la mythologie grecque ! Après Achille et Ulysse, il nous propose sa vision du héros Héraclès. Et, comme pour ses précédentes séries, après une version « soft » publiée chez Graph Zeppelin, il nous propose une version rallongée et surtout « corsée », pour adultes, chez Tabou.
Ferri est un amateur d’Histoire, et se documente solidement pour ses séries « antiques ». Ça se voit. Je dirais que je l’ai trouvé trop fidèle aux récits d’origine (il glisse de très nombreuses citations antiques – d’Apollodore essentiellement). En tout cas je m’attendais à ce qu’il s’en écarte un peu plus, tout du moins qu’il développe des récits annexes.
Ça n’est pas le cas, et nous suivons donc, de façon sans doute un chouia trop linéaire et « sec », la geste du héros (qui accomplit dans cet album inaugural ses quatre premiers « travaux », accompagné de son neveux). C’est donc un récit très classique, qui suit la trame connue, et le fait très bien, de façon fluide et agréable (malgré les petites frustrations évoquées plus haut).
Classique aussi le dessin de Ferri. Un peu trop avare de détails pour les décors, peu développés (presque escamotés), il est vraiment très bon pour les personnages – masculins ou féminins. Ce dessin très plaisant plaira aux amateurs de l’auteur, mais aussi à ceux qu’Héraclès et la mythologie grecque intéressent : c’est la version simple et fidèle d’un passionné qu’il nous est donné de lire ici.
Le dessin plaira aussi aux amateurs d’érotisme, puisque Ferri a glissé ici plusieurs scènes de sexe au cœur du récit, toujours bien rendues, scènes diverses, y compris bisexuelles.
Sur un scénario initialement prévu pour un dessin animé long métrage, puis transformé en bande dessinée (publiée en Italie à partir de 2005), les éditions Graph Zeppelin me permettent de découvrir cette série, prévue en cinq tomes, et qui possède de réelles qualités.
Le dessin d’Evangelisti est intéressant. Il y a quelque chose du trait de Beb Deum ou de Gimenez – pour rester dans la SF dans laquelle baigne l’intrigue. Il s’en dégage une certaine force, au niveau des personnages et des décors. La colorisation manque un peu de naturel, mais globalement, c’est plutôt plaisant à regarder.
Ce tome inaugural plante le décor, les enjeux (deux peuples opposés sur une lointaine planète, tous deux faisant face à une menace existentielle, avec une civilisation ancienne qui pourrait avoir laissé à portée la solution à leurs problèmes).
Voilà pour les grandes lignes. Pour les plus petites, deux personnages semblent devoir jouer un rôle important : et là aussi tout semble les opposer : deux peuples différents, mais surtout deux personnalités aux antipodes l’une de l’autre (un savant/intellectuel posé et un gros bourrin arriviste).
Seule la jeune femme, qui ouvre et clôt cet album, nous reste énigmatique quant à sa personne et au rôle – visiblement important – qu’elle est appelée à jouer. A elle seule elle sert de cliffhanger.
J’attends la suite avec impatience, car pour le moment ma curiosité est titillée, et j’ai plutôt bien aimé cette introduction. Et le titre reste pour le moment obscur…
Note réelle 3,5/5.
Une très bonne bande dessinée de piraterie, au ton volontairement cru et réaliste. Le récit adopte une approche assez classique du genre, mais l’utilisation de plusieurs trames temporelles apporte un dynamisme appréciable et évite l’écueil de l’aventure linéaire. Sans chercher à réinventer le mythe, l’album en maîtrise parfaitement les codes : navires, trésors, trahisons et affrontements sont tous au rendez-vous, avec une place notable accordée à l’intrigue plus qu’à la simple surenchère épique.
Les personnages sont correctement développés, même s’ils restent volontairement peu attachants. Ce choix fonctionne bien dans ce contexte brutal, où la piraterie est montrée sans romantisme excessif. On observe davantage des rapports de force et des jeux d’intérêts que de véritables trajectoires émotionnelles, ce qui renforce la cohérence globale du récit.
Graphiquement, l’album est très solide. Le dessin est précis, presque rétro dans son souci du détail, tout en conservant une rondeur et une lisibilité modernes. Le soin apporté aux navires, aux décors naturels et au contexte historique est évident et participe fortement au plaisir de lecture. L’ensemble est très bien exécuté, sans être spectaculaire, mais avec une constance et une rigueur qui font clairement la différence.
Une bonne série fantastique, agréable à lire, sans ambition démesurée. L’univers fonctionne bien, porté par un contexte québécois marqué et un rapport crédible entre l’homme et une nature vaste, isolée, parfois franchement hostile. Le cadre participe clairement au plaisir de lecture et donne une identité propre à l’ensemble.
Le scénario reste classique mais plutôt bien ficelé. La progression est fluide, la montée en tension efficace, et le recours au folklore est intelligemment intégré sans surcharge explicative. Rien de réellement marquant ou surprenant, mais l’histoire se tient et se lit avec constance, ce qui suffit à maintenir l’intérêt jusqu’au bout.
Graphiquement, la série souffre d’une certaine inégalité. Le premier tome parait plus hésitants, tandis que les derniers gagnent nettement en maturité et en maîtrise. Dans l’ensemble, le dessin reste plaisant, lisible, et sert correctement l’ambiance, avec un folklore visuellement bien exploité. Une série recommandable pour les amateurs de fantastique accessible, plutôt orientée ado, qui cherchent une lecture efficace et dépaysante sans prise de risque majeure.
Surévalué. Dessiné pour faire mignon, écrit pour faire amusant, mais ça ne l'est pas. C'est si vide ! Du Calvin et Hobbes pour ne pas s'évanouir face à un tel vide. Trois enfants sans personnalité, un côté gentillet aussi désagréable que le côté Titeuf est moche. On dirait que ça a été fait pour traîner dans les salles d'attente où l'œil est prêt à s'attarder sur n'importe quoi. Les médecins gentils mettent des FMR - la plus belle revue du monde ! - ou des bandes dessinées à disposition, d'autres des journaux ordinaires avec des bd moins qu'ordinaires. Enfin, c'était comme ça avant le Covid, mais maintenant…. Il est aussi bien moins courant de lire des bd à la Fnac. Nostalgie ! Au fait, les triplés jouent sur la corde de la nostalgie, mais pour moi s'il y a un côté Babar au niveau des couleurs et du trait, on en est loin, très loin…
Je n'ai lu que les aventures se passant en Inde, pas du temps perdu : le plaisir n'est jamais une perte. Mais ce n'est pas à relire. Oui, l'Inde est cliché, et alors ? Par Indiana Jones, qui va chercher autre chose que de l'exotisme en pays étranger, exotique, a priori ? N'est pas Corto Maltese qui veut. Comme dans la patrouille des castors, on est là pour vivre des aventures, comme dans les jeux d'enfants avec courses poursuites, méchants bien identifiables, éventuel trésor à la clé. Tout ça, c'est de la bd d'aventure basique. Le dessin n'est pas mal, l'aventure assez rythmée, le sage hindou est le seul personnage un peu consistant, il n'a pas de mal.
Carmen Cru est méchante, mais surtout, marrante. On ne voudrait pas la fréquenter, mais peut-on lui donner totalement tort ? Quand on est vieux, on est facilement une proie, d'agression, de vols et escroquerie, d'être poussé en maison de retraite, ou d'une certaine condescendance. Gronder a une fonction dissuasive, d'ailleurs, elle en parle parfois, de ses craintes qu'on lui nuise. Qui osera dire que les vieux n'ont rien à redouter ? Pas moi. Autre chose, être désagréable semble être son dernier plaisir avec la solitude, quand elle reste dans son gourbi. Tout le monde n'a pas les moyens de se payer une île déserte, tout le monde n'a pas la force et la compétence d'être un aventurier. D'accord ! Mais Carmen Cru trace son chemin comme elle le peut dans la jungle de ses contemporains, désorientant l'ennemi potentiel par ses discours et son agressivité.
Tintin rassure par la ligne claire, le fait que des générations l'aient lu et le côté manichéen, le bien et le mal sont quasiment chimiquement pur et le bien triomphe. Pas étonnant que la série soit attaquée par où elle pêche, par le côté manichéen. Et comment ? En la passant au crible d'une morale certes valable, mais anachronique : antiraciste, féministe, et bientôt quoi, écologiste ? Le bilan carbone quand on va sur toute la Terre....Si on doit fouiller, le racisme de l'auteur, soit cesse avec l'ouverture à la Chine, soit se concentre sur les Noirs. Après tout, Hergé n'a jamais fait d'album où l'Afrique noire ait eu un rôle meilleur que dans Tintin au Congo, et je ne vois pas non plus plus tard de personnage de Noir intéressant. D'un autre côté, l'auteur a peut-être eu peur que tout soit mal pris après son exploit du Congo. De toute façon, on n'instruit que le procès à charge, avec Hergé : son album sur la Russie en a dénoncé le totalitarisme, et celui sur la Chine, l'attitude des colonisateurs : idem pour les deux sur l'Amérique. Cependant, la colonisation, elle, n'est pas dénoncée, on préfère s'en prendre à l'opium que de nos jours on commence à comprendre bien moins nocif qu'on 'l'a dit, en gros, comme le vin… Je pense qu'Hergé paie pour toutes les représentations dégradantes des Noirs et l'absence et l'inconsistance de personnages féminin dans la bande dessinée classique.
On tape sur ce qui dépasse, on tape aussi sur ce qui déçoit : quand on est un Noir ou une femme, on a moins de facilité à se glisser dans le monde d'Hergé, qui semble rassurant par la ligne claire. L'absence presque totale d'ombre, les couleurs éclatantes donnent l'impression de venir en droite ligne de l'enfance et d'y ramener. En plus, l'image est très dynamique : le mouvement est bien rendu et les cases peu encombrées de détails. Quand on est enfant, quand on est fatigué, on y accède facilement.
D'un point de vue visuel, l'auteur accueille tout le monde, quand dans ses histoires, non. Ah, j'oubliais, il y a le Juif caricatural, qu'on dénonce moins que d'autres injustices d'Hergé, mais pourquoi, pourquoi ? Je suppose que c'est parce que dans une bd manichéenne, il faut bien un méchant plus ou moins récurrent qui de plus fait sourire, et que cerise sur le gâteau, il est drôle. Je n'oserais pas insinuer que c'est aussi parce que l'antisémitisme passe mieux, bien sûr.
D'un autre côté, Hergé accueille beaucoup de monde dans ses histoires : les aventureux sous le masque de Tintin, le héros le moins caractérisé du monde, et les personnages secondaires, presque aussi caractérisés que les Schtroumpfs : il y a le savant distrait, les jumeaux, le capitaine alcoolique, le chien du héros....J'aime bien la Castafiore, pourquoi ? C'est une femme qui n'est ni transparente, ni réduite à son sexe, et si on la montre ridicule, on peut aussi trouver nos héros limités pour ne pas apprécier la musique classique. Les bijoux de la Castafiore sont sans guère d'aventure, et je dirais du pur comique, vraiment drôle, si Hergé ne défendait pas les Tziganes, ce que j'ajoute au dossier de la défense.
Dans chaque album, les décors sont bien travaillés, il y a des scènes bien dramatiques… Parfois, au dépens de la vérité : pardon de dire que le fait que Tintin sauve Haddock, Tournesol et lui même d'un sacrifice n'est pas possible. Tout simplement car les Indiens précolombiens des cités type aztèques et autres mayas, étaient obsédés par le calendrier, et les éclipses, il les anticipaient, merci pour eux. Et en plus, l'aventure se passe dans un monde où des Indiens de la cité cachée espionnent les colons et veillent sur leurs frères sous le joug. Et ils ne seraient pas informés des éclipses par les journaux ?
Bref, mais ça passe encore aujourd'hui, ce que je mets sur le compte de la peur de l'obscurité, de celle que le soleil ne revienne plus. Il est aussi possible qu'on pense que des gens pratiquant le sacrifice humain sont vraiment très arriérés, mais en somme, tandis que les Aztèques arrachaient les cœurs, l'Inquisition et ses bûchers sévissaient en Europe, ce que l'excellent romancier Haggard, créateur de Elle qui doit être obéie, met en scène ailleurs que dans ce cycle.
Pour mon 7000ème avis sur ce formidable site je vais parler d'une bande dessinée qui m'a touché d'une manière qu'une bande dessinée ne l'a fait depuis un certain temps. En plus, j'ai un peu lu cette bande dessinée par hasard parce qu'il y avait le nom d'Eldiablo sur la couverture. Je m'attendais à un truc sympathique et j'ai eu un choc. C'est toujours un plaisir de tomber sur une œuvre exceptionnelle par hasard.
C'est l'adaptation d'un roman québécois que je n'ai jamais lu parce que je ne lis pas les romans modernes. Je ne peux donc pas comparer, mais de toute façon l'adaptation en BD est tellement bonne qu'on ne dirait même pas que c'est une adaptation. Il n'y a aucun texte inutile qui explique ce que l'on voit déjà avec le dessin. Il faut dire que les textes dans les cartouches sont uniquement les pensées du personnage principal qui raconte sa vie et ses pensées en général. Le scénario en lui-même, un homme asocial qui a été séparé de sa mère suicidaire par les services sociaux lorsqu'il était jeune et il veut la retrouver, est un peu banal et on devine vite que tout va mal finir pour cet homme au comportement autodestructeur et déconnecté de la réalité. Mais j'ai trouvé le scénario palpitant grâce à deux éléments importants.
La première est la qualité du texte. Les pensées du personnage principal sont savoureuses et très bien écrites. Je ne sais pas quels sont les dialogues issus du roman et quels ont été ceux inventés par Eldiablo, mais dans tous les cas le résultat est excellent. Et comme c'est écrit dans le langage populaire québécois, cela va sonner exotique pour un lecteur européen. Le scénario réussit aussi à me faire suivre sans problème la vie d'un personnage détestable. Il a certes grandit dans un mauvais environnement, mais cela n'excuse pas son comportement de salaud qui se fout des conséquences de ses actes et qui blâme tout le monde pour ses problèmes.
La seconde qualité est le dessin. Le style du dessinateur est particulier et je ne sais pas trop comment le décrire. Mais ce que je sais est que c'était un style parfait pour ce type de récit au ton cru. Avec un dessin plus conventionnel, j'aurais sûrement moins accroché. Pour moi ce dessin montre clairement tout le potentiel du médium de la bande dessinée, mon médium préféré. On sent la violence du personnage principal et du monde qui l'entoure. Le noir et blanc dont la seule couleur qui ressorte est le rouge est sublime. Ce mariage parfait entre le texte et le dessin me fait penser à quel point j'adore la BD.
Même si j'ai adoré, je préviens que ce n'est pas une bande dessinée pour tout le monde. Le langage est cru, il y a du sexe et de la violence. Peut-être même que je vais être le seul lecteur au monde qui va donner une note parfaite à cette œuvre, mais je m'en fous j'ai passé un excellent moment de lecture et j'espère que cela sera le cas pour d'autres lecteurs.
Michel Viau continue de raconter la vie de personnes qui ont marqué le Québec et pour l'instant je pense que c'est sa meilleure bande dessinée. En effet, les codes de la bande dessinée sont pleines maitrisé et je vois clairement une amélioration depuis ses débuts. Il faut dire qu'il est bien aidé par un remarquable dessinateur qui a un style beau style réaliste.
L'album raconte le combat du docteur Henry Morgentaler pour le droit des femmes à avorter. Il pratique des avortements alors qu'il n'en a pas le droit ce qui lui vaudra des ennuis avec une justice qui va s'acharner sur lui. Pareillement, on suit une jeune militante pro-avortement qui a elle-même avorté clandestinement dans des conditions atroces. En effet, au travers de la lutte pour l'avortement on va aussi l'évolution de la société québécoise de la fin des années 60 au milieu des années 70. C'est une période très particulière pour un Québec porté par une jeunesse revendicatrice qui rejettent le conservatisme catholique qui a dominé pendant longtemps la province, mais qui est encore gouverné par des vieux souvent fervent catholiques. On verra d'ailleurs la fracture entre le peuple et les élites sur la question de l'avortement. Un lecteur européen qui s'intéresse à l'histoire va être gâté avec cet album où apparaissent plusieurs politiciens et personnalités de l'époque.
Un album riche et passionnant et qui est complété par un dossier sur l'histoire de l'avortement au Québec et au Canada en général.
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Héraclès (Ferri Tabou)
Décidément, Cosimo Ferri ne lâche plus les grands classiques de la mythologie grecque ! Après Achille et Ulysse, il nous propose sa vision du héros Héraclès. Et, comme pour ses précédentes séries, après une version « soft » publiée chez Graph Zeppelin, il nous propose une version rallongée et surtout « corsée », pour adultes, chez Tabou. Ferri est un amateur d’Histoire, et se documente solidement pour ses séries « antiques ». Ça se voit. Je dirais que je l’ai trouvé trop fidèle aux récits d’origine (il glisse de très nombreuses citations antiques – d’Apollodore essentiellement). En tout cas je m’attendais à ce qu’il s’en écarte un peu plus, tout du moins qu’il développe des récits annexes. Ça n’est pas le cas, et nous suivons donc, de façon sans doute un chouia trop linéaire et « sec », la geste du héros (qui accomplit dans cet album inaugural ses quatre premiers « travaux », accompagné de son neveux). C’est donc un récit très classique, qui suit la trame connue, et le fait très bien, de façon fluide et agréable (malgré les petites frustrations évoquées plus haut). Classique aussi le dessin de Ferri. Un peu trop avare de détails pour les décors, peu développés (presque escamotés), il est vraiment très bon pour les personnages – masculins ou féminins. Ce dessin très plaisant plaira aux amateurs de l’auteur, mais aussi à ceux qu’Héraclès et la mythologie grecque intéressent : c’est la version simple et fidèle d’un passionné qu’il nous est donné de lire ici. Le dessin plaira aussi aux amateurs d’érotisme, puisque Ferri a glissé ici plusieurs scènes de sexe au cœur du récit, toujours bien rendues, scènes diverses, y compris bisexuelles.
La fourmi blanche
Sur un scénario initialement prévu pour un dessin animé long métrage, puis transformé en bande dessinée (publiée en Italie à partir de 2005), les éditions Graph Zeppelin me permettent de découvrir cette série, prévue en cinq tomes, et qui possède de réelles qualités. Le dessin d’Evangelisti est intéressant. Il y a quelque chose du trait de Beb Deum ou de Gimenez – pour rester dans la SF dans laquelle baigne l’intrigue. Il s’en dégage une certaine force, au niveau des personnages et des décors. La colorisation manque un peu de naturel, mais globalement, c’est plutôt plaisant à regarder. Ce tome inaugural plante le décor, les enjeux (deux peuples opposés sur une lointaine planète, tous deux faisant face à une menace existentielle, avec une civilisation ancienne qui pourrait avoir laissé à portée la solution à leurs problèmes). Voilà pour les grandes lignes. Pour les plus petites, deux personnages semblent devoir jouer un rôle important : et là aussi tout semble les opposer : deux peuples différents, mais surtout deux personnalités aux antipodes l’une de l’autre (un savant/intellectuel posé et un gros bourrin arriviste). Seule la jeune femme, qui ouvre et clôt cet album, nous reste énigmatique quant à sa personne et au rôle – visiblement important – qu’elle est appelée à jouer. A elle seule elle sert de cliffhanger. J’attends la suite avec impatience, car pour le moment ma curiosité est titillée, et j’ai plutôt bien aimé cette introduction. Et le titre reste pour le moment obscur… Note réelle 3,5/5.
La Buse
Une très bonne bande dessinée de piraterie, au ton volontairement cru et réaliste. Le récit adopte une approche assez classique du genre, mais l’utilisation de plusieurs trames temporelles apporte un dynamisme appréciable et évite l’écueil de l’aventure linéaire. Sans chercher à réinventer le mythe, l’album en maîtrise parfaitement les codes : navires, trésors, trahisons et affrontements sont tous au rendez-vous, avec une place notable accordée à l’intrigue plus qu’à la simple surenchère épique. Les personnages sont correctement développés, même s’ils restent volontairement peu attachants. Ce choix fonctionne bien dans ce contexte brutal, où la piraterie est montrée sans romantisme excessif. On observe davantage des rapports de force et des jeux d’intérêts que de véritables trajectoires émotionnelles, ce qui renforce la cohérence globale du récit. Graphiquement, l’album est très solide. Le dessin est précis, presque rétro dans son souci du détail, tout en conservant une rondeur et une lisibilité modernes. Le soin apporté aux navires, aux décors naturels et au contexte historique est évident et participe fortement au plaisir de lecture. L’ensemble est très bien exécuté, sans être spectaculaire, mais avec une constance et une rigueur qui font clairement la différence.
Le Mangeur d'âmes (La Bête du lac)
Une bonne série fantastique, agréable à lire, sans ambition démesurée. L’univers fonctionne bien, porté par un contexte québécois marqué et un rapport crédible entre l’homme et une nature vaste, isolée, parfois franchement hostile. Le cadre participe clairement au plaisir de lecture et donne une identité propre à l’ensemble. Le scénario reste classique mais plutôt bien ficelé. La progression est fluide, la montée en tension efficace, et le recours au folklore est intelligemment intégré sans surcharge explicative. Rien de réellement marquant ou surprenant, mais l’histoire se tient et se lit avec constance, ce qui suffit à maintenir l’intérêt jusqu’au bout. Graphiquement, la série souffre d’une certaine inégalité. Le premier tome parait plus hésitants, tandis que les derniers gagnent nettement en maturité et en maîtrise. Dans l’ensemble, le dessin reste plaisant, lisible, et sert correctement l’ambiance, avec un folklore visuellement bien exploité. Une série recommandable pour les amateurs de fantastique accessible, plutôt orientée ado, qui cherchent une lecture efficace et dépaysante sans prise de risque majeure.
Les Triplés
Surévalué. Dessiné pour faire mignon, écrit pour faire amusant, mais ça ne l'est pas. C'est si vide ! Du Calvin et Hobbes pour ne pas s'évanouir face à un tel vide. Trois enfants sans personnalité, un côté gentillet aussi désagréable que le côté Titeuf est moche. On dirait que ça a été fait pour traîner dans les salles d'attente où l'œil est prêt à s'attarder sur n'importe quoi. Les médecins gentils mettent des FMR - la plus belle revue du monde ! - ou des bandes dessinées à disposition, d'autres des journaux ordinaires avec des bd moins qu'ordinaires. Enfin, c'était comme ça avant le Covid, mais maintenant…. Il est aussi bien moins courant de lire des bd à la Fnac. Nostalgie ! Au fait, les triplés jouent sur la corde de la nostalgie, mais pour moi s'il y a un côté Babar au niveau des couleurs et du trait, on en est loin, très loin…
Jacques Le Gall
Je n'ai lu que les aventures se passant en Inde, pas du temps perdu : le plaisir n'est jamais une perte. Mais ce n'est pas à relire. Oui, l'Inde est cliché, et alors ? Par Indiana Jones, qui va chercher autre chose que de l'exotisme en pays étranger, exotique, a priori ? N'est pas Corto Maltese qui veut. Comme dans la patrouille des castors, on est là pour vivre des aventures, comme dans les jeux d'enfants avec courses poursuites, méchants bien identifiables, éventuel trésor à la clé. Tout ça, c'est de la bd d'aventure basique. Le dessin n'est pas mal, l'aventure assez rythmée, le sage hindou est le seul personnage un peu consistant, il n'a pas de mal.
Carmen Cru
Carmen Cru est méchante, mais surtout, marrante. On ne voudrait pas la fréquenter, mais peut-on lui donner totalement tort ? Quand on est vieux, on est facilement une proie, d'agression, de vols et escroquerie, d'être poussé en maison de retraite, ou d'une certaine condescendance. Gronder a une fonction dissuasive, d'ailleurs, elle en parle parfois, de ses craintes qu'on lui nuise. Qui osera dire que les vieux n'ont rien à redouter ? Pas moi. Autre chose, être désagréable semble être son dernier plaisir avec la solitude, quand elle reste dans son gourbi. Tout le monde n'a pas les moyens de se payer une île déserte, tout le monde n'a pas la force et la compétence d'être un aventurier. D'accord ! Mais Carmen Cru trace son chemin comme elle le peut dans la jungle de ses contemporains, désorientant l'ennemi potentiel par ses discours et son agressivité.
Les Aventures de Tintin
Tintin rassure par la ligne claire, le fait que des générations l'aient lu et le côté manichéen, le bien et le mal sont quasiment chimiquement pur et le bien triomphe. Pas étonnant que la série soit attaquée par où elle pêche, par le côté manichéen. Et comment ? En la passant au crible d'une morale certes valable, mais anachronique : antiraciste, féministe, et bientôt quoi, écologiste ? Le bilan carbone quand on va sur toute la Terre....Si on doit fouiller, le racisme de l'auteur, soit cesse avec l'ouverture à la Chine, soit se concentre sur les Noirs. Après tout, Hergé n'a jamais fait d'album où l'Afrique noire ait eu un rôle meilleur que dans Tintin au Congo, et je ne vois pas non plus plus tard de personnage de Noir intéressant. D'un autre côté, l'auteur a peut-être eu peur que tout soit mal pris après son exploit du Congo. De toute façon, on n'instruit que le procès à charge, avec Hergé : son album sur la Russie en a dénoncé le totalitarisme, et celui sur la Chine, l'attitude des colonisateurs : idem pour les deux sur l'Amérique. Cependant, la colonisation, elle, n'est pas dénoncée, on préfère s'en prendre à l'opium que de nos jours on commence à comprendre bien moins nocif qu'on 'l'a dit, en gros, comme le vin… Je pense qu'Hergé paie pour toutes les représentations dégradantes des Noirs et l'absence et l'inconsistance de personnages féminin dans la bande dessinée classique. On tape sur ce qui dépasse, on tape aussi sur ce qui déçoit : quand on est un Noir ou une femme, on a moins de facilité à se glisser dans le monde d'Hergé, qui semble rassurant par la ligne claire. L'absence presque totale d'ombre, les couleurs éclatantes donnent l'impression de venir en droite ligne de l'enfance et d'y ramener. En plus, l'image est très dynamique : le mouvement est bien rendu et les cases peu encombrées de détails. Quand on est enfant, quand on est fatigué, on y accède facilement. D'un point de vue visuel, l'auteur accueille tout le monde, quand dans ses histoires, non. Ah, j'oubliais, il y a le Juif caricatural, qu'on dénonce moins que d'autres injustices d'Hergé, mais pourquoi, pourquoi ? Je suppose que c'est parce que dans une bd manichéenne, il faut bien un méchant plus ou moins récurrent qui de plus fait sourire, et que cerise sur le gâteau, il est drôle. Je n'oserais pas insinuer que c'est aussi parce que l'antisémitisme passe mieux, bien sûr. D'un autre côté, Hergé accueille beaucoup de monde dans ses histoires : les aventureux sous le masque de Tintin, le héros le moins caractérisé du monde, et les personnages secondaires, presque aussi caractérisés que les Schtroumpfs : il y a le savant distrait, les jumeaux, le capitaine alcoolique, le chien du héros....J'aime bien la Castafiore, pourquoi ? C'est une femme qui n'est ni transparente, ni réduite à son sexe, et si on la montre ridicule, on peut aussi trouver nos héros limités pour ne pas apprécier la musique classique. Les bijoux de la Castafiore sont sans guère d'aventure, et je dirais du pur comique, vraiment drôle, si Hergé ne défendait pas les Tziganes, ce que j'ajoute au dossier de la défense. Dans chaque album, les décors sont bien travaillés, il y a des scènes bien dramatiques… Parfois, au dépens de la vérité : pardon de dire que le fait que Tintin sauve Haddock, Tournesol et lui même d'un sacrifice n'est pas possible. Tout simplement car les Indiens précolombiens des cités type aztèques et autres mayas, étaient obsédés par le calendrier, et les éclipses, il les anticipaient, merci pour eux. Et en plus, l'aventure se passe dans un monde où des Indiens de la cité cachée espionnent les colons et veillent sur leurs frères sous le joug. Et ils ne seraient pas informés des éclipses par les journaux ? Bref, mais ça passe encore aujourd'hui, ce que je mets sur le compte de la peur de l'obscurité, de celle que le soleil ne revienne plus. Il est aussi possible qu'on pense que des gens pratiquant le sacrifice humain sont vraiment très arriérés, mais en somme, tandis que les Aztèques arrachaient les cœurs, l'Inquisition et ses bûchers sévissaient en Europe, ce que l'excellent romancier Haggard, créateur de Elle qui doit être obéie, met en scène ailleurs que dans ce cycle.
La Bête à sa mère
Pour mon 7000ème avis sur ce formidable site je vais parler d'une bande dessinée qui m'a touché d'une manière qu'une bande dessinée ne l'a fait depuis un certain temps. En plus, j'ai un peu lu cette bande dessinée par hasard parce qu'il y avait le nom d'Eldiablo sur la couverture. Je m'attendais à un truc sympathique et j'ai eu un choc. C'est toujours un plaisir de tomber sur une œuvre exceptionnelle par hasard. C'est l'adaptation d'un roman québécois que je n'ai jamais lu parce que je ne lis pas les romans modernes. Je ne peux donc pas comparer, mais de toute façon l'adaptation en BD est tellement bonne qu'on ne dirait même pas que c'est une adaptation. Il n'y a aucun texte inutile qui explique ce que l'on voit déjà avec le dessin. Il faut dire que les textes dans les cartouches sont uniquement les pensées du personnage principal qui raconte sa vie et ses pensées en général. Le scénario en lui-même, un homme asocial qui a été séparé de sa mère suicidaire par les services sociaux lorsqu'il était jeune et il veut la retrouver, est un peu banal et on devine vite que tout va mal finir pour cet homme au comportement autodestructeur et déconnecté de la réalité. Mais j'ai trouvé le scénario palpitant grâce à deux éléments importants. La première est la qualité du texte. Les pensées du personnage principal sont savoureuses et très bien écrites. Je ne sais pas quels sont les dialogues issus du roman et quels ont été ceux inventés par Eldiablo, mais dans tous les cas le résultat est excellent. Et comme c'est écrit dans le langage populaire québécois, cela va sonner exotique pour un lecteur européen. Le scénario réussit aussi à me faire suivre sans problème la vie d'un personnage détestable. Il a certes grandit dans un mauvais environnement, mais cela n'excuse pas son comportement de salaud qui se fout des conséquences de ses actes et qui blâme tout le monde pour ses problèmes. La seconde qualité est le dessin. Le style du dessinateur est particulier et je ne sais pas trop comment le décrire. Mais ce que je sais est que c'était un style parfait pour ce type de récit au ton cru. Avec un dessin plus conventionnel, j'aurais sûrement moins accroché. Pour moi ce dessin montre clairement tout le potentiel du médium de la bande dessinée, mon médium préféré. On sent la violence du personnage principal et du monde qui l'entoure. Le noir et blanc dont la seule couleur qui ressorte est le rouge est sublime. Ce mariage parfait entre le texte et le dessin me fait penser à quel point j'adore la BD. Même si j'ai adoré, je préviens que ce n'est pas une bande dessinée pour tout le monde. Le langage est cru, il y a du sexe et de la violence. Peut-être même que je vais être le seul lecteur au monde qui va donner une note parfaite à cette œuvre, mais je m'en fous j'ai passé un excellent moment de lecture et j'espère que cela sera le cas pour d'autres lecteurs.
Morgentaler - Avec elles
Michel Viau continue de raconter la vie de personnes qui ont marqué le Québec et pour l'instant je pense que c'est sa meilleure bande dessinée. En effet, les codes de la bande dessinée sont pleines maitrisé et je vois clairement une amélioration depuis ses débuts. Il faut dire qu'il est bien aidé par un remarquable dessinateur qui a un style beau style réaliste. L'album raconte le combat du docteur Henry Morgentaler pour le droit des femmes à avorter. Il pratique des avortements alors qu'il n'en a pas le droit ce qui lui vaudra des ennuis avec une justice qui va s'acharner sur lui. Pareillement, on suit une jeune militante pro-avortement qui a elle-même avorté clandestinement dans des conditions atroces. En effet, au travers de la lutte pour l'avortement on va aussi l'évolution de la société québécoise de la fin des années 60 au milieu des années 70. C'est une période très particulière pour un Québec porté par une jeunesse revendicatrice qui rejettent le conservatisme catholique qui a dominé pendant longtemps la province, mais qui est encore gouverné par des vieux souvent fervent catholiques. On verra d'ailleurs la fracture entre le peuple et les élites sur la question de l'avortement. Un lecteur européen qui s'intéresse à l'histoire va être gâté avec cet album où apparaissent plusieurs politiciens et personnalités de l'époque. Un album riche et passionnant et qui est complété par un dossier sur l'histoire de l'avortement au Québec et au Canada en général.