Les derniers avis (287 avis)

Par Vortex
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Monstrophobie
Monstrophobie

Incroyable et perturbant à la fois, c'est une pépite sur laquelle on ne tombe pas assez à mon goût ! Tout est pensé pour nous plonger dans un désir malsain de continuer à lire et c'est formidable ! Tout est si bien pensé, si bien fait, un tel respect de la communauté LGBTQIA+ ! C'est un manga qui mériterait une adaptation cinématographique !!

23/03/2026 (modifier)
Couverture de la série Amour, Fascisme et CDD
Amour, Fascisme et CDD

Hey, vous avez remarqué que le discours public et politique prenait un tournant dramatique dernièrement ? Ça vous dirait une série de gags où l'on caricaturerait la situation à fond pour en rire (et un peu pointer du doigt aussi) ? L'album est une succession de gags cons et sarcastiques, teintés d'un léger humour noir, parodiant la glissée dernière de notre société vers des tendances fascistes. Un nouveau ministre vient d'arriver au pouvoir, on privatise tout, on tente de ramener la méritocratie, on musèle et punit toute forme de contre-pouvoir, on met en place des termes valises que personne ne comprend vraiment pour manipuler l'opinion publique, on entretient un culte de la personnalité des leaders et une division militarisée de la société, … Bref, on pointe du doigt le caractère froid et inhumain de l'administratif à outrance joint aux dérives sectaires et fascistes qui ont de nouveau le vent en poupe dernièrement. Le dessin est minimaliste (bonhommes bâtons), la situation est caricaturale au possible, la formule est aujourd'hui bien connue mais le résultat reste bon. Pas révolutionnaire mais tout de même bon, avec quelques gags qui ont fait mouche. J'aurais sans doute préféré des dénonciations plus affirmées et des gags plus mordants (reproche que je fais mine de rien régulièrement face aux créations humoristiques se revendiquant également dénonciatrices), mais bon pour cela je n'aurais qu'à lire ou écouter des essais sur le sujet, en tant qu'album humoristique (mais tout de même un peu critique) le résultat est bon. Je regrette tout de même qu'avec toutes ces conneries de féministes hystériques et de wokistes radicalo-gauchistes on en oublie finalement de synergiser des solutions holistiques en garantissant un upscale des bulletpoints dans un cadre de libération économique !

23/03/2026 (modifier)
Par Vaudou
Note: 3/5
Couverture de la série La Religieuse
La Religieuse

La dernière œuvre de Pichard publiée de son vivant. Je ne suis pas en mesure de vérifier la fidélité de l'adaptation n'ayant pas lu le roman original de Diderot. Néanmoins la transposition par Pichard de ce classique en bd semblait une évidence. L'histoire d'une religieuse, enfermée en couvent et tourmentée par les sœurs car elle souhaitait renoncer à ses voeux et recouvrer la liberté, constitue un terreau parfait pour accueillir les obsessions de l'auteur : luxure, vanité, servitude... Je ne met que 3 car arrivé à la fin, on comprends que l'histoire n'est pas terminée (Suzanne prévoit de retrouver son bienfaiteur). Cela est certainement dû aux problèmes de santé de Pichard qui l'obligeront à arrêter de dessiner à la fin des années 90. Au niveau du dessin, on retrouve le trait de sa dernière période c'est à dire très hachuré mais toujours aussi talentueux. Une lecture recommandée (à condition de se confesser après).

23/03/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 2/5
Couverture de la série Les Chats d'Ulthar
Les Chats d'Ulthar

Cet album recueille l'adaptation de trois nouvelles de Lovecraft liées au Monde du Rêve, comme des préquels ou des spin-offs des aventures de Randolph Carter, sans que celui-ci apparaisse dans aucune d'entre elles. La première, Celephais, reprend presque la même trame que La Quête onirique de Kadath l'inconnue, avec un rêveur qui cherche à retrouver la belle cité dont il rêvait jadis. Les aventures de Kuranes sont néanmoins plus concises et plus évaporées, centrées sur un artiste paumé qui fuit la réalité pour vivre dans un monde rêvé idéal, parfois par le biais de drogues, avec une fin volontairement en demi-teinte qui diffère du ton plus classique de Lovecraft. Cela manque de structure et, pour qui a lu Kadath, cela ressemble trop à un brouillon imprécis et inabouti. La seconde raconte l'origine de la loi interdisant de tuer les chats de la ville d'Ulthar, éléments essentiels eux aussi de La Quête onirique de Kadath l'inconnue. L'histoire est basique et sans surprise pour qui connaît les aventures de Randolph Carter. Je n'ai pas aimé non plus Ulthar représentée comme une cité européenne trop contemporaine, loin de l'imaginaire fantasy que je me faisais du Monde du Rêve. Les faiblesses du dessin de Gou Tanabe m'ont aussi sauté aux yeux, notamment la laideur des chats, essentiels au récit mais mal rendus. La troisième commence elle aussi à Ulthar et suit deux personnages partant observer les dieux de la Terre danser sur leur ancienne montagne. Là encore, le sujet est déjà abordé dans La Quête onirique de Kadath l'inconnue, mais Lovecraft revient sur le thème pour montrer concrètement ce qui arrive à ceux qui commettent ce sacrilège d'orgueil. Pas de surprise ici non plus, pas de représentation graphique marquante. J'ai été de nouveau agacé de voir à Ulthar une église si chrétienne et une croix qui n'ont, à mon sens, pas leur place dans le Monde du Rêve. Il s'agit donc de l'adaptation de trois nouvelles dispensables car toutes largement supplantées par La Quête onirique de Kadath l'inconnue, pour lesquelles le dessin ainsi que les choix graphiques de Gou Tanabe contribuent peu à restituer la magie et l'étrangeté du Monde du Rêve. Cela manque de souffle et de cohérence avec l'univers original.

23/03/2026 (modifier)
Par Cacal69
Note: 3/5
Couverture de la série Allah n'est pas obligé
Allah n'est pas obligé

Alors que le film d'animation vient de sortir ce 4 mars, voici la version BD qui débarque. Ces deux adaptations du roman à succès d’Ahmadou Kourouma « Allah n'est pas obligé » (prix Renaudot 2000) sont réalisés par Zaven Najjar aidé de Karine Winczura au scénario. C'est l'histoire d'un garçon, Birahima 8 ans, qui doit partir chez sa tante après le décès de sa mère. Un voyage avec pour point de départ Togobala en Guinée et direction le Libéria où vit sa tutrice, il sera accompagné par Yacouba un grigriman. Nous sommes en 1990 et à cette période la situation géopolotique n'est pas simple dans cette partie de l'Afrique de l'Ouest. Un récit âpre, violent et parfois drôle qui mélange fiction et la terrible réalité historique. En effet, Birahima et son compagnon de voyage seront enrôlés de force par des factions armées qui vont lui mettre une Kalachnikov dans les mains et en faire un enfant soldat. Des milices qui se battent pour le pouvoir, celui de commercer avec les occidentaux à un prix défiant toutes concurrences les richesses du sous-sol (or et diamant) et pour cela elles commetteront les pires exactions : meurtres et viols sont les instruments de la terreur. Mais aussi, pour éviter une élection, une pratique barbare « manches longues ou manches courtes ? » et lorsqu'on voit arriver la machette... Une narration dominée par la voix off de Birahima avec son langage fait d'un français local (on s'y habitue rapidement). Un petit garçon qui ne quitte jamais ses dictionnaires et qui nous donnera régulièrement la signification de certains mots (pour appuyer là où ça fait mal). Une BD très instructive sur cette période de l'Histoire quelque peu oubliée, elle ne fait pas dans le sensationnel, les scènes cruelles ne sont que suggérées. Femmes, enfants et vieillards en sont les premières victimes. Mais voilà, il m'a manqué l'essentiel : l'émotion ! Graphiquement, j'ai aimé ce rendu très réaliste, on est véritablement en immersion dans cette Afrique de l'ouest. Je ne sais pas si Zaven Najjar a pioché dans les images de son film pour réaliser l'album. Par contre, ce que je sais c'est que cette BD est plus fidèle au roman et qu'il y a introduit des passages ne figurant pas dans son film. Du bon boulot. Lecture conseillée pour ce travail de mémoire. Note réelle : 3,5.

23/03/2026 (modifier)
Par PAco
Note: 4/5
Couverture de la série La Mécanique
La Mécanique

Après Mezkal et Convoi, revoilà notre duo d'auteurs qui se lance dans une nouvelle série plus développée (3 tomes prévus). Nous voici projetés dans un univers SF bien noir qui pourrait faire penser à Blade Runner pour le background, même si l'action se situe dans une méta-cité de Lyon qui a bien changé avec le temps. Cette mégalopole est tenue d'une main de fer par le Mayor et sa milice et différentes factions mafieuses qui se partagent le marché de la drogue du moment : le Blast, seul échappatoire illusoire d'une populace essorée. Quand arrive sur le marché une contrefaçon meilleur prix, le fragile équilibre de ces magnats commence à vaciller et la mécanique du pire se pointe en ligne de mire... Si les personnages et l'intrigue fourmillent d'emprunts et de clins d'oeils, c'est avant tout le graphisme maîtrisé de Jeff qui nous accroche. Composition, dessin et colorisation sont une franche réussite. Côté scénario, ça sent quand même le déjà vu, même si (comme moi) les amateurs du genre ils trouveront leurs petits. La trame générale reste pour le moment avec ce tome introductif un peu floue, espérons que la suite développe davantage et ouvre de nouveaux horizons. En attendant, un bon premier tome qui donne l'eau à la bouche. *** Tome 2 *** Et voici donc le second volet de cette trilogie ! Moi qui attendait de la surprise et des rebondissements, et bien j'ai été servi ! Car dans ce deuxième opus, ça ne fait pas dans la demi mesure ! On pourrait même parfois reprocher au récit de s'emballer et de frôler le parapet. Certaines scènes s'enchainent tellement vite qu'il m'a fallu reprendre certaines pages pour bien comprendre les enjeux et ce qui se passait. Mais globalement tout se tient et déroule grand train, servi par le dessin de Jef qui pose à merveille ambiances et personnages. C'est sombre et glauque à souhait, maniant un équilibre très juste entre trait, cadrages et colorisation. Le résultat est bluffant. Vivement le tome 3 ! *** Tome 3 *** Voici donc la conclusion de cette trilogie. Une mécanique bien huilée à l'hémoglobine, qui réussit à retomber sur ses pattes sans trop de dommages. Car vu le nombre de personnages et le pourcentage élevé de pertes autorisées, faut s'accrocher pour ne pas perdre le fil. J'ai bien fait de relire le tome 2 avant de m'attaquer à sa conclusion, car son macrocosme et ses différentes parties prenantes sont légion et ventilent dans tous les sens. MétaCitéLyon est en ébullition et ça charcle à tout va ! Jef n'a dans cette série pas son pareil pour retranscrire cette ambiance futuriste sirupeuse et mortifère ; l'immersion est totale ! Une très bonne trilogie de SF bien noire comme je les aime !

18/01/2025 (MAJ le 23/03/2026) (modifier)
Par Ro
Note: 2/5
Couverture de la série Le Molosse
Le Molosse

Cet album recueille l'adaptation de trois histoires courtes de Lovecraft : une que j'ai appréciée, et deux que j'ai trouvées médiocres. La première, Le Temple, semble avoir marqué l'imaginaire de ses lecteurs puisqu'elle a visiblement inspiré la BD Sanctuaire ainsi que le film Abîmes de 2002. Le cadre, un sous-marin de la Première Guerre mondiale, offre un huis-clos idéal pour la montée en tension et le stress. L'histoire souffre toutefois de quelques incohérences techniques : un sous-marin n'aurait jamais de hublot, ni la capacité de descendre jusqu'à deux cents mètres, ni un sas permettant à un scaphandrier d'en sortir. Mais, une fois ces détails passés, le récit fonctionne très bien et est dessiné de manière claire et efficace. Il se divise en deux phases : d'abord la hantise de l'équipage, puis la découverte du temple. La scène où celui-ci s'illumine à travers le hublot est particulièrement réussie. Bref, c'est l'histoire que j'ai le plus appréciée. La seconde, Le Molosse, raconte la hantise d'un duo d'explorateurs ayant osé s'emparer d'une idole dont le gardien est féroce. L'intrigue m'a paru trop convenue et sans intérêt. Le dessin de Tanabe y est également plus fouillis avec plusieurs scènes difficiles à déchiffrer. Je n'ai pas aimé cette histoire. La troisième, La Cité sans nom, m'avait laissé un souvenir vague mais positif lors de ma lecture de la nouvelle il y a longtemps. Ici, je n'ai pas retrouvé cette impression. L'intrigue est trop simple et linéaire. Le design des créatures n'est pas mauvais, oscillant entre le ridicule et le dérangeant, mais je n'ai ressenti ni emprise narrative ni émotion particulière. Cette adaptation m'a laissé indifférent. En somme, si le premier récit vaut la lecture, les deux autres montrent les limites de l'adaptation manga de Tanabe pour qui le graphisme et le découpage ne suffisent pas à compenser des intrigues trop convenues ou simplifiées, me laissant le lecteur sur une impression de déception.

23/03/2026 (modifier)
Couverture de la série Chère historienne
Chère historienne

J’avais découvert Joff Winterhart sur son précédent album (« Courtes Distances »). Un récit qui m’avait marqué par son dessin sans concession, un humour très anglais et une sensibilité dans l’écriture qui m’avait démontré combien l’auteur aimait ses personnages bien plus grâce à leurs défauts qu’au travers de leurs qualités. « Chère historienne » fait office de confirmation. L’auteur nous offre en effet et à nouveau un double portrait de personnages attachants réunis par la vie malgré une grande différence d’âge et des trajectoires sans similitudes. L’une est historienne et cache une vivacité d’esprit, un humour et sa grande humilité derrière une apparence austère. L’autre travaille pour une boite de production, vient de se faire larguer par son fiancé (en plein enterrement de vie de jeune fille), picole de trop et cherche sa place dans l’univers. Entre les deux va naitre une histoire d’amitié, une connexion profonde alors que la première est sollicitée par la seconde pour animer une série télévisée consacrée à l’Histoire. Les deux personnages n’ont pas une grande opinion d’elles-mêmes mais elles font leur bonhomme de chemin, soucieuses de ne pas déplaire à leur entourage tout en restant fidèles à leur vision des choses. J’ai été très sensible à la douce ironie qui se dégage du récit. Margaret Crypt, l’historienne, pose sur son entourage un regard à la fois tendre et spirituel. J’ai beaucoup aimé ses « décrochages » lors des réunions, durant lesquels elle passe son temps à penser à autre chose ou à observer les autres intervenants. J’ai aimé ce regard sur la vie, la sienne, l’actuelle comme la vie passée, mais aussi celle des autres, sans jugement mais avec amusement. Le dessin de Joff Winterhart est en osmose avec le récit par sa tendance obsessive à aller chercher le petit détail grotesque, à le mettre en avant mais à ne pas le caricaturer. Il y a ainsi des enchainements de cases, des cadrages, des expressions de visage disséminés tout au long du récit qui restent gravés dans ma mémoire bien après ma lecture. La technique employée par l’auteur pour dessiner ses planches offre un rendu assez proche du trait de « Courtes Distances » mais implique une part de hasard (le résultat final n’est visible qu’après réalisation de la planche ou ‘en trichant’, en soulevant une plaque en cours de réalisation pour voir ce que ça donne). Je trouve le procédé intéressant mais j’y vois aussi une certaine logique avec le récit : cette part de hasard qui influence le résultat final vient faire écho à la part de hasard qui oriente la vie des personnages (et, d’une manière plus générale, nos vies à tous). Je regrette certes quelques longueurs mais, dans l’ensemble, je peux dire que j’ai vraiment bien aimé. Par contre, si vous n’avez pas accroché à « Courtes Distances », je ne vois pas pourquoi vous accrocheriez à cet album, qui offre exactement les mêmes qualités et défauts. Mais pour les autres (Alix, Blue Boy), je ne peux que conseiller ce nouvel opus, qui vient magnifiquement clore la trilogie Bon Jovi de l’auteur (c’est du moins ainsi qu’il l’appelle, démontrant par cette appellation le caractère décalé de son humour).

23/03/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 3/5
Couverture de la série Ce que j’ai vu à Auschwitz - Les Cahiers d'Alter
Ce que j’ai vu à Auschwitz - Les Cahiers d'Alter

Sonderkommando signifie littéralement "unités spéciales" en allemand. Il s'agit, dans les camps d'extermination nazis, de groupes de prisonniers, majoritairement juifs, contraints d'accomplir les tâches les plus macabres : trier les effets personnels des déportés, manipuler les corps et assurer la destruction des cadavres. Ancien militant communiste polonais et membre des brigades internationales en Espagne, Alter Fajnzylberg a été l'un de ces hommes. Déporté à Auschwitz-Birkenau, il est contraint par ses geôliers d'intégrer un Sonderkommando : jeter les cadavres dans les fours crématoires ou finir lui-même dans l'un d'eux. Son parcours et les circonstances qui l'ont mené là, il les a consignés dès son retour en France en 1945, dans des cahiers d'écolier, pour mettre son témoignage par écrit. Son fils avait connaissance de ces cahiers mais n'a trouvé le courage de les ouvrir que bien des décennies plus tard, livrant alors le témoignage de son père aux historiens du monde entier. Alter a eu une vie dense et complexe, marquée très tôt par l'engagement politique, puis par une succession d'exils et d'internements, de la Pologne à l'Espagne, puis en France dans les camps de réfugiés de la guerre d'Espagne, avant d'être transféré à Drancy puis à Auschwitz. Une fois arrivé là, le récit restitue avec une grande sobriété l'absurdité et la violence extrême du système concentrationnaire nazi, où la mort pouvait frapper sans raison et où la cruauté semblait n'obéir à aucune logique autre que la haine. La bande dessinée adopte un style très sobre, presque académique, dans la lignée des ouvrages historiques qui cherchent avant tout à transmettre des faits. Le dessin est maîtrisé mais peu avenant car ce n'est pas son but : il ne cherche pas à séduire, seulement à montrer. La mise en scène s'attarde longuement sur les années qui ont précédé l'envoi du personnage dans les camps nazis. Cette période est instructive, avec un rythme suffisamment soutenu pour ne pas trop s'attarder sur une phase en particulier. Elle est cependant racontée avec une clarté parfois relative, certaines digressions chronologiques m'ayant amené, à une ou deux reprises, à me demander en quelle année et dans quel contexte on se trouvait, par exemple lors des travaux forcés d'Alter à Lorient. Paradoxalement, le témoignage le plus important, celui de l'enfer des camps, est traité plus brièvement, avec davantage de texte que d'images. En particulier, ce fameux et terrible travail imposé par les nazis n'est jamais montré : il est seulement évoqué en quelques mots, tandis que l'image se limite globalement aux ruines du crématorium. C'est surprenant pour un récit théoriquement centré sur le fonctionnement des Sonderkommandos et toute son horreur. S'agit-il de pudeur, de retenue, ou d'une difficulté à représenter l'insoutenable ? Toujours est-il que, hormis l'absurdité des meurtres arbitraires et des violences physiques et morales infligées aux déportés, la BD montre finalement assez peu ce qui faisait la singularité du témoignage d'Alter Fajnzylberg. Elle se concentre davantage sur son engagement militant avant les camps, puis sur sa volonté de transmettre ce qu'il y a vu (une partie du récit faisant d'ailleurs écho à une autre BD Le Photographe de Mauthausen) et d'aider à l'évasion de certains prisonniers. La fin du camp, les marches de la mort dans la neige, et sa survie jusqu'à la libération ne sont, là encore, qu'évoquées sans être véritablement mises en images. L'adaptation fait ainsi des choix qui donnent le sentiment d'un récit retenu, presque à distance, comme s'il cherchait à éviter de montrer frontalement l'horreur tout en restant strictement factuel. Cette approche, très académique, privilégie la biographie et la transmission au détriment de l'émotion, qui peine à émerger malgré la force du sujet. Elle interroge davantage qu'elle ne bouleverse, laissant le lecteur face à l'incompréhension persistante de ce que l'homme a été capable de produire. Un travail de mémoire incontestablement précieux et nécessaire, mais dont la retenue et la distance atténuent l'impact émotionnel qu'un tel témoignage aurait pu porter.

23/03/2026 (modifier)
Par Josq
Note: 3/5
Couverture de la série Des lendemains sans nuage
Des lendemains sans nuage

Des lendemains sans nuage est une œuvre qui se lit facilement, rapidement et très agréablement. Mais j'avoue qu'il m'a manqué un petit quelque chose pour aller plus loin. L'esprit revendiqué de La Quatrième Dimension est plutôt bien maîtrisé, et les différentes histoires mises en scène ici sont presque toujours satisfaisantes, même si, comme dans la série pastichée, il arrive que la chute soit légèrement frustrante. J'aurais souvent aimé que les histoires courtes bénéficient de 2 ou 3 pages de plus, afin de développer chaque récit et prendre un peu plus le temps de rentrer dans chaque atmosphère. Quant au scénario global, il est plaisant mais sans grande surprise. On voit venir la fin avec beaucoup de facilité, et c'est peut-être ça aussi qui rend la bande dessinée pas tout à fait assez mémorable à mes yeux. Au-delà de ça, le format joue largement en faveur de la BD. Le dessin de Meyer et Gazzotti est très efficace, et crée de belles images. Comme en outre, la dose de textes n'est jamais excessive, la lecture est d'une fluidité exemplaire, et réussit à faire passer des message sans jamais forcer la main du spectateur et sans jamais en faire trop. En cela, Des lendemains sans nuage est vraiment réussie et immersive. Au bilan, c'est donc une lecture plaisante, que je ne regrette pas, mais qui, à mon sens, aurait pu être un peu plus impactante.

23/03/2026 (modifier)