C’est une étrange histoire que nous propose Ducoudray ! partant des conséquences de la politique de l’enfant unique (entre 1979 et 2015), il nous présente une vision de la Chine dans un futur proche (dans une cinquantaine d’année) assez noire – après avoir rapidement évoqué quelques chamboulements, crises et autres guerres ayant eu lieu dans l’intervalle.
En cette fin de XXIème siècle, un énorme déséquilibre entre sexes rend les femmes extrêmement rares et recherchées. Elles sont même devenues le principal « produit » trafiqué, vendu et exploité sous le manteau, avec en arrière-plan une dictature.
Le héros a vu sa petite sœur enlevée par des trafiquants, et il n’a depuis de cesse de la chercher, traversant mille épreuves – toutes plus glauques les unes que les autres. La chute est encore plus noire et ironique, Ducoudray nous proposant une vision noire de la nature humaine – et des femmes finalement aussi monstrueuses et froides que des hommes – ce qui est à la fois rassurant et inquiétant !
La narration est globalement fluide, même s’il y a clairement des sautes dans l’intensité, quelques longueurs (en particulier dans le passage dans le désert près de l’ancien chantier ferroviaire), et quelques facilités. Mais ça se laisse lire, sans que jamais on ne sorte d’une noirceur poisseuse – alors que le héros, prêt à tous les sacrifices pour retrouver sa sœur, semble être le seul à garder quelques sentiments « humains » dans le cloaque auquel ressemble la Chine dans cette dystopie.
Une histoire relativement originale, mais un peu monocorde, elle m’a un peu lassé avant la fin. Une fin qui ne donne pas foi en l’Homme (ou la femme…).
L’auteure raconte, au travers de l’expérience de son grand-père, l’exil vécu par beaucoup de Portugais.
Le récit est ici centré sur le voyage entre le Portugal et la France – ici en 1962. Les causes d’abord : fuir la misère, la dictature de Salazar et le Service militaire qui vous envoyait combattre dans les colonies africaines.
Et surtout ce voyage périlleux, qui vous fais franchir la frontière avec l’Espagne, éviter les militaires franquistes, guidé par une succession de passeurs, avec la mort qui plane au-dessus de vous en permanence.
Enfin l’arrivée, là où d’autres vous ont précédé, vous envoyant de France une vision idyllique de l’immigration, alors que les bidonvilles de la région parisienne seront votre seul horizon.
Le récit m’en a rappelé d’autres sur les dangers de ces migrations, le rôle des passeurs – qui semblent ici moins dangereux que sur d’autres continents. La fin m’a aussi rappelé ma récente lecture du documentaire Demain, demain, à propos des bidonvilles autour de Paris à cette époque.
Le titre reprend la consigne rappelée en permanence par les passeurs, ce « silence » nécessaire pour échapper à l’arrestation ou au tir des franquistes (qui visiblement n’hésitaient pas !).
La narration est fluide, mais manque sans doute un peu d’emphase, d’une certaine profondeur. Mais on ne peut que s’attacher à ces personnages – le grand-père de l’auteure en tête – et la volonté qui les animait, les sacrifices qu’ils ont dû endurer. Avec une fin ironique si on lit le petit dossier final, puisque quelques mois après ce « voyage », Espagnols et Français (pour des raisons différentes – qui n’ont hélas rien à voir avec la compassion) vont se montrer brusquement plus souples, facilitant ces migrations, dont la France des « Trente glorieuses » avait besoin.
Le dessin d’Adeline Casier (dont c’est apparemment le premier album) use d’un Noir et Blanc léger, avec des fonds parfois plus nerveux. C’est souvent minimaliste, mais ça va à l’essentiel et le rendu est plutôt agréable – comme la lecture de cet album en général.
J'ai énormément aimé cette BD, les dessins sont magnifiques et l’histoire est agréable, j'aime beaucoup la relire de temps en temps, j'aime énormément que ça parle de nature et que pourtant ce soit en noir et blanc jusqu'à là presque fin de l’œuvre.
Un triptyque plaisant, qui possède de réelles qualités.
L’intrigue se déroule dans des espaces qui peuvent être précisément circonscrits, géographiquement et chronologiquement : l’Angleterre et l’Europe (mais aussi les Amériques) de la fin du XVIIIème ou du début du XIXème siècles. Mais l’auteure – que je découvre avec cette série – s’écarte régulièrement de ces repères.
Ainsi certains noms de lieux ou de pays sont modifiés ou inventés, certaines réalités ne correspondent pas forcément à cette époque (voir la rencontre avec les Indiens Mandans, sur le « Cinquième continent », qu’on croirait avoir lieu un siècle plus tôt). Cela bascule souvent vers une sorte d’uchronie.
Vers du fantastique aussi (même si j’ai apprécié que cet aspect ne vampirise pas trop le récit, et qu’on n’abuse pas des « pouvoirs » accordés à certains personnages – c’est quand même un peu plus présent dans le troisième tome), avec ces monstres marins étonnants, inspirés de dinosaures ou d’animaux mythiques (sirènes dont la tête ressemblent à celle des cœlacanthes par exemple). Il y a un peu de La Fille maudite du capitaine pirate, même si c’est moins poétique et si le dessin s’en écarte beaucoup.
Le dessin justement. Un trait moderne, plutôt fluide et agréable, et une colorisation que j’ai trouvé réussie, et très en accord avec la tonalité du récit (un rendu « chaud » et un peu mystérieux).
Une lecture sympathique donc.
Note réelle 3,5/5.
J'apprends grâce à Spooky que la bd a été dessinée par un vétéran ayant dessiné avec Breccia et Pratt. Pas étonnant : les images sont percutantes et ont du style comme de bonnes lames. Je voudrais bien lire la suite ! Cape et épée pour s'amuser, des femmes pour changer : que demander de plus ? J'aime bien la manière dont la nouvelle est "recrutée". La reine est aussi un personnage qui a un beau potentiel. Ici, il n'y a pas de bien et de mal, seulement un moindre mal : que ce soit dans le sauvetage d'une femme sur le point de subir un viol ou pour défendre le pays, les héroïnes ont le bon goût de ne pas prendre de poses moralisatrices. Pour une fois qu'une belle couverture n'ouvre pas sur une déception, je la propose pour la prochaine meilleure couverture, voilà, c'est dit, je n'y penserai pas plus tard.
Adaptée d'un roman éponyme, ce road movie met en scène deux frères dans le Texas profond. Troy, un petit voleur solitaire et sans envergure qui vit des vols qu'il commet dans les motels de la région, retourne dans son village natal pour aider son frère. Celui-ci vient de se faire larguer, et son ex femme a dérobé le peu qu'il possédait. S'ensuit un petit périple pour la retrouver qui va les mener sur les routes du Texas, de voitures volées en voitures volées, jusqu'à ce qu'ils découvrent une surprise inattendue sur la banquette arrière.
L'introduction est efficace, en quelques pages le décor est planté et la personnalité des protagonistes est cernée. Deux caractères affirmés, deux bourrus dans leurs styles, les retrouvailles des frangins ne sont pas accompagnées de chaleureuses accolades. Ca colle bien et on y croit volontiers quand ils se mettent en route pour retrouver l'ex belle soeur.
La petite surprise qui accompagne la découverte de la "passagère clandestine" fait son effet. Ce petit twist donne une touche d'originalité bien agréable à cette histoire. Cela lui permet de se distinguer d'un banal road movie avec deux gros bras sur la route d'un coup lambda. Cela modifie leurs plans, ils essayent de s'adapter sans changer leur cible finale. Cela amène quelques péripéties qui pimentent bien l'histoire.
On est en plein en train de se demander quelle tournure tout cela va prendre quand, la fin arrive brutalement. Expédiée littéralement en trois pages, c'est un peu trop radical et expéditif.
Coté dessin, c'est simple mais efficace, on est bien dans l'ambiance chaleureuse de cet état désertique du sud des USA.
Etrange BD dont j'ai du mal à saisir l'intérêt. Et la BD elle-même semble le savoir, puisque la dernière page pose la question de l'intérêt qu'aurait le nom du patient zéro : qu'en faire une fois celui-ci obtenu ?
De fait, la BD est une reconstitution des premiers mois de Covid en France, avant que le confinement n'intervienne, tandis que les cas se multiplient tout comme les signaux d'alertes et que les foyers d'infection commencent à émerger. Très vite on s'interroge sur l'origine du virus, par quelle entrée a-t-il pénétré en France ? Comme beaucoup j'avais entendu l'histoire de l'avion de citoyens français rapatriés dans l'Oise qui aurait servi de porte d'entrée. La BD indique que cette piste est clairement rejetée aujourd'hui, tout en présentant les possibilités actuelles. De toute façon, on ne saura jamais, et ça ne sert pas à grand chose de savoir.
Ce qui m'interroge, c'est le but de la BD : est-ce une BD sur la méthode journalistique pour enquêter, une trace sur l'origine du covid, un rappel de ce que furent ces mois ? En sortant de la BD, j'étais surtout replongé dans les souvenirs de cette période étrange que nous avons vécus, mais je ne suis pas certain de retenir grand chose de ce qui fut dit ici. Peut-être que j'ai mal compris la BD, mais je n'en vois pas spécialement l'intérêt.
Je rejoins totalement l'avis de Deretaline, qui a bien résumé l'idée de la BD : bonne intention, réalisation bancale et histoire bien trop rapide.
Cette BD a envie de bien faire et de proposer une histoire pour jeunes qui brode sur le cadre des contes classiques, à savoir une princesse enfermée dans sa tour sauvée par un chevalier. Trope que j'ai du mal à comprendre puisqu'à part Raiponce je n'ai jamais vu cette idée, mais bref !
Le hic, c'est que la BD veut trop bien faire trop vite et accélère en permanence son histoire jusqu'à être carrément rater son final. C'est dommage, puisque je trouve que l'idée de base pourrait être bien même si j'ai pas spécialement l'impression que ce soit originale (l'idée de retourner des codes de récits patriarcaux est vraiment dans l'air du temps), mais la réalisation est maladroite. On a une rencontre assez stéréotypée, suivie de péripéties anecdotiques qui semblent créer un lien entre les personnes mais est tellement rapidement amené qu'on y croit presque pas et la résolution du conflit final est un peu ridicule. Deux cases et un deus ex machina qui n'a jamais été préparé.
Le tout est servi par un dessin qui n'est pas hideux mais souffre d'une colorisation qui rend l'ensemble artificiel et surtout par un trait rond et souple qui joue trop sur les codes pour jeunesse. J'ai trouvé que ça faisait parfois trop dans le rendu, une impression de forcé dans les expressions et les postures. On y sent une volonté d'utiliser des codes (notamment ceux du manga) mais sans les maitriser, ce qui donne une sorte d'exagération perpétuelle. Bref, un rendu pas top, qui ne m'a pas convaincu.
Au final une BD avec des bonnes intentions mais qui ne parvient pas du tout à les concrétiser, je ne recommande pas cette BD. Cela ne m'empêchera pas de voir les autres BD de l'autrice qui semblent déjà plus appréciées.
Comme mon camarade, je suis un peu déçu de cet album présenté par son éditeur comme un vrai coup de poing.
Car très très vite, on se rend compte que c'est très très mou, c'est plutôt une juxtaposition d'instantanés sur la vie de couple, les violences conjugales -qu'il ne faut pas banaliser, on est d'accord- qui montrent surtout que ces relations sont fragiles, instables, et parfois sujettes à des montagnes russes vertigineuses.
Le style graphique est très figuratif, presque enfantin sans être naïf. On s'ennuie vite, mais heureusement cet album est tout petit.
Bref, sur le sujet il y a heureusement beaucoup mieux.
Les différentes communications de l'éditeur annonçaient des révélations fracassantes au sujet de Gisela, dont le fils et la petite-fille sont chargés de vider son appartement à sa mort.
Partis d'Angleterre, père et fille traversent alors quatre pays afin de rejoindre Fribourg, en Allemagne, afin de faire rapidement du tri, et de charger vaille que vaille un gros fourgon pour tout ramener outre-Manche où le reste de la famille pourra se servir. L'occasion pour eux de discuter de l'histoire familiale, de l'exil de Gisela en Rhodésie, dans le sud du continent africain, alors qu'une autre branche de la famille part elle vers Amsterdam, la Guyane néerlandaise, et les Etats-Unis. Une véritable odyssée familiale, dont Astrid semble se désintéresser, pour mettre en avant l'inefficacité chronique dont semble souffrir l'intégralité de sa famille : l'enterrement de sa grand-mère ailleurs que dans le vieux cimetière juif de sa ville, saturé, les injonctions contradictoires de sa mère, de sa sœur, les penchants autoritaires d'une cousine... C'est, à ma connaissance, le premier album de l'autrice, dont le métier est celui d'une animatrice spécialiste du stop motion. Et ça se sent : la construction est chaotique, elle se perd dans les différents éléments sans les utiliser vraiment, et l'élément qui donne son nom à l'album apparaît lors d'une brève séquence à la fin de l'histoire. Il reste quand même quelques petits moments d'émotion, comme lorsque le père raconte une drôle d'anecdote de l'époque où il jouait dans une adaptation en théâtre de Peter Pan jeune...
Le dessin quant à lui est statique la plupart du temps, un peu minimaliste, on dirait de la ligne claire par moments. Bref, c'est dommage que cette histoire arrive aussi tôt dans l'œuvre de l'autrice, avec plus de bouteille elle aurait pu en faire quelque chose de plus pêchu.
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Chen - les Enfants perdus
C’est une étrange histoire que nous propose Ducoudray ! partant des conséquences de la politique de l’enfant unique (entre 1979 et 2015), il nous présente une vision de la Chine dans un futur proche (dans une cinquantaine d’année) assez noire – après avoir rapidement évoqué quelques chamboulements, crises et autres guerres ayant eu lieu dans l’intervalle. En cette fin de XXIème siècle, un énorme déséquilibre entre sexes rend les femmes extrêmement rares et recherchées. Elles sont même devenues le principal « produit » trafiqué, vendu et exploité sous le manteau, avec en arrière-plan une dictature. Le héros a vu sa petite sœur enlevée par des trafiquants, et il n’a depuis de cesse de la chercher, traversant mille épreuves – toutes plus glauques les unes que les autres. La chute est encore plus noire et ironique, Ducoudray nous proposant une vision noire de la nature humaine – et des femmes finalement aussi monstrueuses et froides que des hommes – ce qui est à la fois rassurant et inquiétant ! La narration est globalement fluide, même s’il y a clairement des sautes dans l’intensité, quelques longueurs (en particulier dans le passage dans le désert près de l’ancien chantier ferroviaire), et quelques facilités. Mais ça se laisse lire, sans que jamais on ne sorte d’une noirceur poisseuse – alors que le héros, prêt à tous les sacrifices pour retrouver sa sœur, semble être le seul à garder quelques sentiments « humains » dans le cloaque auquel ressemble la Chine dans cette dystopie. Une histoire relativement originale, mais un peu monocorde, elle m’a un peu lassé avant la fin. Une fin qui ne donne pas foi en l’Homme (ou la femme…).
Em Silêncio
L’auteure raconte, au travers de l’expérience de son grand-père, l’exil vécu par beaucoup de Portugais. Le récit est ici centré sur le voyage entre le Portugal et la France – ici en 1962. Les causes d’abord : fuir la misère, la dictature de Salazar et le Service militaire qui vous envoyait combattre dans les colonies africaines. Et surtout ce voyage périlleux, qui vous fais franchir la frontière avec l’Espagne, éviter les militaires franquistes, guidé par une succession de passeurs, avec la mort qui plane au-dessus de vous en permanence. Enfin l’arrivée, là où d’autres vous ont précédé, vous envoyant de France une vision idyllique de l’immigration, alors que les bidonvilles de la région parisienne seront votre seul horizon. Le récit m’en a rappelé d’autres sur les dangers de ces migrations, le rôle des passeurs – qui semblent ici moins dangereux que sur d’autres continents. La fin m’a aussi rappelé ma récente lecture du documentaire Demain, demain, à propos des bidonvilles autour de Paris à cette époque. Le titre reprend la consigne rappelée en permanence par les passeurs, ce « silence » nécessaire pour échapper à l’arrestation ou au tir des franquistes (qui visiblement n’hésitaient pas !). La narration est fluide, mais manque sans doute un peu d’emphase, d’une certaine profondeur. Mais on ne peut que s’attacher à ces personnages – le grand-père de l’auteure en tête – et la volonté qui les animait, les sacrifices qu’ils ont dû endurer. Avec une fin ironique si on lit le petit dossier final, puisque quelques mois après ce « voyage », Espagnols et Français (pour des raisons différentes – qui n’ont hélas rien à voir avec la compassion) vont se montrer brusquement plus souples, facilitant ces migrations, dont la France des « Trente glorieuses » avait besoin. Le dessin d’Adeline Casier (dont c’est apparemment le premier album) use d’un Noir et Blanc léger, avec des fonds parfois plus nerveux. C’est souvent minimaliste, mais ça va à l’essentiel et le rendu est plutôt agréable – comme la lecture de cet album en général.
Verts
J'ai énormément aimé cette BD, les dessins sont magnifiques et l’histoire est agréable, j'aime beaucoup la relire de temps en temps, j'aime énormément que ça parle de nature et que pourtant ce soit en noir et blanc jusqu'à là presque fin de l’œuvre.
La Fille des Cendres
Un triptyque plaisant, qui possède de réelles qualités. L’intrigue se déroule dans des espaces qui peuvent être précisément circonscrits, géographiquement et chronologiquement : l’Angleterre et l’Europe (mais aussi les Amériques) de la fin du XVIIIème ou du début du XIXème siècles. Mais l’auteure – que je découvre avec cette série – s’écarte régulièrement de ces repères. Ainsi certains noms de lieux ou de pays sont modifiés ou inventés, certaines réalités ne correspondent pas forcément à cette époque (voir la rencontre avec les Indiens Mandans, sur le « Cinquième continent », qu’on croirait avoir lieu un siècle plus tôt). Cela bascule souvent vers une sorte d’uchronie. Vers du fantastique aussi (même si j’ai apprécié que cet aspect ne vampirise pas trop le récit, et qu’on n’abuse pas des « pouvoirs » accordés à certains personnages – c’est quand même un peu plus présent dans le troisième tome), avec ces monstres marins étonnants, inspirés de dinosaures ou d’animaux mythiques (sirènes dont la tête ressemblent à celle des cœlacanthes par exemple). Il y a un peu de La Fille maudite du capitaine pirate, même si c’est moins poétique et si le dessin s’en écarte beaucoup. Le dessin justement. Un trait moderne, plutôt fluide et agréable, et une colorisation que j’ai trouvé réussie, et très en accord avec la tonalité du récit (un rendu « chaud » et un peu mystérieux). Une lecture sympathique donc. Note réelle 3,5/5.
L'Escadron de la Reine
J'apprends grâce à Spooky que la bd a été dessinée par un vétéran ayant dessiné avec Breccia et Pratt. Pas étonnant : les images sont percutantes et ont du style comme de bonnes lames. Je voudrais bien lire la suite ! Cape et épée pour s'amuser, des femmes pour changer : que demander de plus ? J'aime bien la manière dont la nouvelle est "recrutée". La reine est aussi un personnage qui a un beau potentiel. Ici, il n'y a pas de bien et de mal, seulement un moindre mal : que ce soit dans le sauvetage d'une femme sur le point de subir un viol ou pour défendre le pays, les héroïnes ont le bon goût de ne pas prendre de poses moralisatrices. Pour une fois qu'une belle couverture n'ouvre pas sur une déception, je la propose pour la prochaine meilleure couverture, voilà, c'est dit, je n'y penserai pas plus tard.
Presidio
Adaptée d'un roman éponyme, ce road movie met en scène deux frères dans le Texas profond. Troy, un petit voleur solitaire et sans envergure qui vit des vols qu'il commet dans les motels de la région, retourne dans son village natal pour aider son frère. Celui-ci vient de se faire larguer, et son ex femme a dérobé le peu qu'il possédait. S'ensuit un petit périple pour la retrouver qui va les mener sur les routes du Texas, de voitures volées en voitures volées, jusqu'à ce qu'ils découvrent une surprise inattendue sur la banquette arrière. L'introduction est efficace, en quelques pages le décor est planté et la personnalité des protagonistes est cernée. Deux caractères affirmés, deux bourrus dans leurs styles, les retrouvailles des frangins ne sont pas accompagnées de chaleureuses accolades. Ca colle bien et on y croit volontiers quand ils se mettent en route pour retrouver l'ex belle soeur. La petite surprise qui accompagne la découverte de la "passagère clandestine" fait son effet. Ce petit twist donne une touche d'originalité bien agréable à cette histoire. Cela lui permet de se distinguer d'un banal road movie avec deux gros bras sur la route d'un coup lambda. Cela modifie leurs plans, ils essayent de s'adapter sans changer leur cible finale. Cela amène quelques péripéties qui pimentent bien l'histoire. On est en plein en train de se demander quelle tournure tout cela va prendre quand, la fin arrive brutalement. Expédiée littéralement en trois pages, c'est un peu trop radical et expéditif. Coté dessin, c'est simple mais efficace, on est bien dans l'ambiance chaleureuse de cet état désertique du sud des USA.
Patient zéro - À l'origine du coronavirus en France
Etrange BD dont j'ai du mal à saisir l'intérêt. Et la BD elle-même semble le savoir, puisque la dernière page pose la question de l'intérêt qu'aurait le nom du patient zéro : qu'en faire une fois celui-ci obtenu ? De fait, la BD est une reconstitution des premiers mois de Covid en France, avant que le confinement n'intervienne, tandis que les cas se multiplient tout comme les signaux d'alertes et que les foyers d'infection commencent à émerger. Très vite on s'interroge sur l'origine du virus, par quelle entrée a-t-il pénétré en France ? Comme beaucoup j'avais entendu l'histoire de l'avion de citoyens français rapatriés dans l'Oise qui aurait servi de porte d'entrée. La BD indique que cette piste est clairement rejetée aujourd'hui, tout en présentant les possibilités actuelles. De toute façon, on ne saura jamais, et ça ne sert pas à grand chose de savoir. Ce qui m'interroge, c'est le but de la BD : est-ce une BD sur la méthode journalistique pour enquêter, une trace sur l'origine du covid, un rappel de ce que furent ces mois ? En sortant de la BD, j'étais surtout replongé dans les souvenirs de cette période étrange que nous avons vécus, mais je ne suis pas certain de retenir grand chose de ce qui fut dit ici. Peut-être que j'ai mal compris la BD, mais je n'en vois pas spécialement l'intérêt.
Princesse Princesse
Je rejoins totalement l'avis de Deretaline, qui a bien résumé l'idée de la BD : bonne intention, réalisation bancale et histoire bien trop rapide. Cette BD a envie de bien faire et de proposer une histoire pour jeunes qui brode sur le cadre des contes classiques, à savoir une princesse enfermée dans sa tour sauvée par un chevalier. Trope que j'ai du mal à comprendre puisqu'à part Raiponce je n'ai jamais vu cette idée, mais bref ! Le hic, c'est que la BD veut trop bien faire trop vite et accélère en permanence son histoire jusqu'à être carrément rater son final. C'est dommage, puisque je trouve que l'idée de base pourrait être bien même si j'ai pas spécialement l'impression que ce soit originale (l'idée de retourner des codes de récits patriarcaux est vraiment dans l'air du temps), mais la réalisation est maladroite. On a une rencontre assez stéréotypée, suivie de péripéties anecdotiques qui semblent créer un lien entre les personnes mais est tellement rapidement amené qu'on y croit presque pas et la résolution du conflit final est un peu ridicule. Deux cases et un deus ex machina qui n'a jamais été préparé. Le tout est servi par un dessin qui n'est pas hideux mais souffre d'une colorisation qui rend l'ensemble artificiel et surtout par un trait rond et souple qui joue trop sur les codes pour jeunesse. J'ai trouvé que ça faisait parfois trop dans le rendu, une impression de forcé dans les expressions et les postures. On y sent une volonté d'utiliser des codes (notamment ceux du manga) mais sans les maitriser, ce qui donne une sorte d'exagération perpétuelle. Bref, un rendu pas top, qui ne m'a pas convaincu. Au final une BD avec des bonnes intentions mais qui ne parvient pas du tout à les concrétiser, je ne recommande pas cette BD. Cela ne m'empêchera pas de voir les autres BD de l'autrice qui semblent déjà plus appréciées.
Je te hais - Tu ne le sais pas encore, c’est tout
Comme mon camarade, je suis un peu déçu de cet album présenté par son éditeur comme un vrai coup de poing. Car très très vite, on se rend compte que c'est très très mou, c'est plutôt une juxtaposition d'instantanés sur la vie de couple, les violences conjugales -qu'il ne faut pas banaliser, on est d'accord- qui montrent surtout que ces relations sont fragiles, instables, et parfois sujettes à des montagnes russes vertigineuses. Le style graphique est très figuratif, presque enfantin sans être naïf. On s'ennuie vite, mais heureusement cet album est tout petit. Bref, sur le sujet il y a heureusement beaucoup mieux.
Le Vase de cristal
Les différentes communications de l'éditeur annonçaient des révélations fracassantes au sujet de Gisela, dont le fils et la petite-fille sont chargés de vider son appartement à sa mort. Partis d'Angleterre, père et fille traversent alors quatre pays afin de rejoindre Fribourg, en Allemagne, afin de faire rapidement du tri, et de charger vaille que vaille un gros fourgon pour tout ramener outre-Manche où le reste de la famille pourra se servir. L'occasion pour eux de discuter de l'histoire familiale, de l'exil de Gisela en Rhodésie, dans le sud du continent africain, alors qu'une autre branche de la famille part elle vers Amsterdam, la Guyane néerlandaise, et les Etats-Unis. Une véritable odyssée familiale, dont Astrid semble se désintéresser, pour mettre en avant l'inefficacité chronique dont semble souffrir l'intégralité de sa famille : l'enterrement de sa grand-mère ailleurs que dans le vieux cimetière juif de sa ville, saturé, les injonctions contradictoires de sa mère, de sa sœur, les penchants autoritaires d'une cousine... C'est, à ma connaissance, le premier album de l'autrice, dont le métier est celui d'une animatrice spécialiste du stop motion. Et ça se sent : la construction est chaotique, elle se perd dans les différents éléments sans les utiliser vraiment, et l'élément qui donne son nom à l'album apparaît lors d'une brève séquence à la fin de l'histoire. Il reste quand même quelques petits moments d'émotion, comme lorsque le père raconte une drôle d'anecdote de l'époque où il jouait dans une adaptation en théâtre de Peter Pan jeune... Le dessin quant à lui est statique la plupart du temps, un peu minimaliste, on dirait de la ligne claire par moments. Bref, c'est dommage que cette histoire arrive aussi tôt dans l'œuvre de l'autrice, avec plus de bouteille elle aurait pu en faire quelque chose de plus pêchu.