Voici venir une nouvelle série dans la collection Kbooks de chez Delcourt : PUBG Battlegrounds - 100.
Tiré semble-t-il d'un jeu vidéo (que je ne connaissais pas), cette adaptation en webtoon oscille entre "Battle Royal" et Fortnite. On ajoute une petite trame scénaristique et des personnages bien déglingos, et vas-y que ça va défourailler, gicler et clamser tranquillement. Notre personnage principal, Cheo Hoyoung est un agent des services de renseignement contraint d'intégrer ce jeu illégal pour tenter de sauver un homme politique caché parmi les participants. Petit détail : tous les autres participants sont des assassins ou des criminels de la pire espèce et tout ce petit monde est largué sur une île où tous les coups sont permis...
Alors oui, ça sent un peu le réchauffé et le déjà vu/lu, mais il faut reconnaître que certains personnages secondaires sont plutôt intéressants (et bien déjantés !), ce qui donne du peps au récit. C'est rythmé, les rebondissements s'enchainent et on se laisse porter par ce survival pour peu qu'on apprécie le genre. Côté dessin, ce n'est pas vraiment ma tasse de thé par contre, le graphisme fait très informatisé et ne brille pas par la qualité de ses décors. Heureusement, la gestion des scènes de combat ou d'action sont maîtrisées et donnent tout son élan à la série.
(2.5/5)
La belle déception que voilà !
BD sur les thématiques du désir féminin et de la chasse aux sorcières dont le traitement laisse assez songeur. Cette BD officiellement érotique (qui ne l'est dans les faits pas) nous propose un discours véritablement réactionnaire. La "sorcière" y mériterait son traitement, a minima pour avoir succombé (uniquement dans ses rêves) à des fantasmes charnels. Qui plus est avec une figure proche du Diable légitimant pleinement le procès en sorcellerie. Le conjoint est tout pardonné de condamner sa propre épouse, tout harassé qu'il est de "servir Dieu" et de "protéger les hommes". L'amoralité de la meilleure amie qui trahit pour se sauver révèle moins une perfidie intéressante dramatiquement que les faiblesses de l'intrigue un temps policière.
On pense à "Eyes wide shut" de Kubrick pour cet emballement autour de simples rêves, à la jolie BD L'Imprimerie du diable pour cette confrontation entre représentant de l'inquisition et femme supposée sorcière, mais l'on n'atteint nullement le niveau et l'intérêt de ces fictions-là.
L'Amérique réactionnaire nous surprendra toujours. Sa manière d'adopter faussement les discours et thématiques progressistes pour mieux disperser son fiel n'est nullement machiavélique et intelligente, mais simplement risible sinon pathétique.
Succession de saynètes absurdes sur les petites lâchetés et contradictions du quotidien des environs de 2020 : COVID, médias, couple, boulot, racisme ordinaire, égoïsme social… Avec un ton décalé et un peu d'humour noir, ça dresse un portrait assez grinçant de notre époque.
L'esprit m'a pas mal rappelé les ouvrages de Ruppert et Mulot, en un peu moins subversif et expérimental. On retrouve ce même goût pour le décalage, l'absurde froid, les dialogues qui tournent en rond jusqu'à la gêne, cette façon de pousser des raisonnements très ordinaires jusqu'au malaise comique.
Graphiquement, le trait paraît un peu raide, très informatisé, avec des personnages figés qui ont parfois l'air bêtement mécaniques. Mais paradoxalement, j'aime bien cette clarté. Les décors sont nets, lisibles, bien posés, comme par un auteur ayant bossé dans l'architecture. Et en même temps cette rigidité donne aux visages des personnages un côté un peu débile qui colle bien avec l'humour pince-sans-rire. Ça renforce le côté absurde plutôt que de le desservir.
Côté gags, c'est inégal. Tout ne fait pas mouche, certaines chutes sont prévisibles ou tombent un peu à plat, et sur la longueur la mécanique de ce type d'humour se voit. Mais malgré ça, j'ai sincèrement ri plusieurs fois, ce qui est pour moi un très bon indicateur.
Au final, pas un album révolutionnaire, ni indispensable, mais une lecture sympa, caustique sans être trop méchante, et dont je garde une bonne impression d'ensemble.
Voilà une BD documentaire de circonstance, vu la poussée sécuritaire qui nous attend avec l'état de notre monde et la poussée des extrêmes dont les traditionnels partis de droite emboîtent le pas, voire les dépassent dans leurs propositions.
Dans cette enquête, Julie Scheibling (scénario) et Rémi Torregrossa (dessin) nous expliquent comment nous avons insidieusement basculé dans des sociétés sur-surveillées, sans vraiment en comprendre les enjeux et les conséquences. Qu'il s'agisse de surveillances individuelles, de masse, des smartphones qui vampirisent nos données à des fins commerciales ou politiques, du business de cette surveillance au détriments de nos droits et des trop tardives tentatives de régulation, la nasse est déjà en place. Ces thèmes sont déclinés au fil de chapitres distincts qui exposent clairement les problèmes et les enjeux, portés par un dessin réaliste et efficace. La colorisation sobre jouant sur les monochromies est du meilleur effet pour ce genre d’exercice, nous recentrant sur le sujet.
Car même si nous sommes plus ou moins conscients des risques et des enjeux de ces nouvelles surveillances, remettre toutes ces facettes en perspective vous donne quand même froid dans le dos et vous donne juste envie de faire comme l'autrice : récupérer un bon vieux téléphone à clapet.
Je n'avais pas prêté attention au fait que ce soit l'auteur de Solo qui se lance dans cette réappropriation de Conan, mais Oscar Martin s'en sort plutôt très bien en s'attaquant à ce personnage mythique de la fantasy. Il s'adjoint l'efficace Leonel Castellani au dessin avec qui il avait déjà collaboré pour le spin-off Solo - Lyra. Le tout nous donne un one shot rondement mené et efficace.
L'avantage avec ce genre de personnage c'est qu'on y va pas par quatre chemins : ça turbine et ça bourine ! Le dessin de Leonel Castellani se prête parfaitement à l'exercice, nous gratifiant de magnifiques doubles pages qui mettent parfaitement son graphisme en valeur tout en imposant des ambiances adéquates. Côté scénario, si ça ne donne pas dans la dentelle (c'est Conan quoi !), le récit nous réserve pour autant son de surprises et de rebondissements, pimentant à loisir notre lecture.
Au final, un très bon moment pop-corn qui devrait ravir les amateurs de fantasy et certainement les fans du personnage.
(3.5/5)
Désolé mais je suis vraiment en contradiction avec l'avis précédent.
Concernant l'aspect graphique de cet ouvrage, on est sur de la génération procédurale par IA. Il y a des milliers de dessins identiques sur les plateformes d'hébergement de modèles d'IA donc la question du dessin est caduque.
Enfin il suffit de visionner les captures pour se rendre compte que le niveau du récit et des dialogues est égal au niveau de la mer.
Que Tabou ait décidé d'éditer ce truc et donc de gaspiller du papier ne les honore pas.
J'ai mis du temps avant d'écrire un avis sur Lefranc, tout simplement parce que je suis loin d'avoir lu toute la série et je n'ai lu quasiment aucun des albums parus après l'an 2000. Aucun d'entre eux ne m'a jamais vraiment passionné au point d'enchaîner les tomes, et je picore plutôt au hasard, au gré des trouvailles ou des relectures.
Globalement, je retrouve les limites habituelles de Jacques Martin : des dialogues très écrits, parfois pesants, des personnages un peu raides, très sérieux, et une narration qui manque de naturel. Lefranc lui-même est un héros lisse, presque caricatural dans sa perfection et donc difficilement attachant.
Et pourtant, malgré ça, j'y reviens régulièrement. Il y a un plaisir un peu régressif à feuilleter ces albums. Le dessin, certes guindé et rigide, possède ce charme rétro très ligne claire, élégant et presque académique, qui donne aux décors, aux voitures, aux architectures une vraie classe. Ce côté suranné fait aujourd'hui partie de l'attrait que je peux avoir pour cette série comme je peux l'avoir pour Alix ou Blake et Mortimer sans qu'aucune de ces séries ne soient une de mes passions.
Ce qui m'a aussi surpris chez Lefranc, c'est de voir à quel point certains scénarios osent carrément bifurquer vers la science-fiction ou le fantastique pur, parfois sans prévenir. Je ne m'attendais pas à ce que la série parte aussi franchement dans ces terrains-là, comme dans l'album Les Portes de l'Enfer par exemple, qui assume presque totalement une ambiance étrange et irréelle. C'est inattendu dans une série aussi classique sur le fond, voire datée dans le style, mais curieusement audacieux.
Je ne dirais pas que c'est une grande série ni que je la recommanderais avec enthousiasme. Mais j'y trouve un petit confort nostalgique, une lecture tranquille quoique souvent trop bavarde, un témoin d'une autre époque de la BD. Pas passionnant, rarement prenant, mais étrangement attachant à sa façon.
Note : 2,5/5
Je ne suis pas un grand fan de Blake et Mortimer, même si j'ai toujours apprécié leur esthétique très rétro, leurs décors soignés et l'élégance un peu surannée qui se dégage de leurs aventures. Du coup, je n'avais aucun attachement sacré à préserver ni de réticence particulière face à une parodie. Ma seule crainte, c'était plutôt de passer à côté de trop de références.
Finalement, Pierre Veys et Nicolas Barral trouvent le bon équilibre.
Le dessin reprend clairement les codes de E.P. Jacobs (mise en page classique, décors détaillés, ambiance très british), mais avec un trait plus souple et plus expressif qui accentue le côté burlesque. Les personnages sont plus caricaturaux, les tronches exagérées, et ça sert très bien l'humour sans jamais trahir complètement l'esprit d'origine.
Côté scénario, ça part assez facilement dans le délire. Blake devient un grand enfant un peu immature, Mortimer un savant bedonnant dont les inventions tournent systématiquement à la catastrophe, et Olrik un méchant pathétique. L'ensemble enchaîne les situations absurdes, les détournements de scènes cultes et les clins d'œil. Tout ne fait pas mouche, il y a quelques longueurs et des gags plus faciles, mais quand ça fonctionne, c'est vraiment drôle. Le premier tome est d'ailleurs le plus libre et le plus réussi à mes yeux, les suivants me paraissent un peu plus inégaux.
Même sans être un connaisseur pointu de la série originale, j'ai pris beaucoup de plaisir à la lecture. Une parodie respectueuse, souvent très amusante, qui fonctionne même sans tout saisir. Pas indispensable, mais clairement une série sympathique.
Samuel Rimbault adapte le roman "Mes sincères condoléances" de Guillaume Bailly en BD. Une BD au titre trompeur, rien de réellement triste, bien que la mort soit notre compagnon de route, c'est l'humour noir qui prédomine.
Le personnage principal sera donc Guillaume Bailly lui-même, il nous fera part de ses anecdotes du haut de ses vingt ans d'expérience aux pompes funèbres. Une succession de petits récits sur une une à quatre planches. Un ensemble inégal plus ou moins drôle, la plus ahurissante de ces histoires est celle se passant dans un club échangiste. D'autres planches vous expliqueront la provenance de certains termes, les plus intéressants sont ceux sur "croque-mort" (non il ne fallait pas mordre violemment l'orteil du défunt) et "corbillard". Enfin, la BD sera parsemée de jeux sur le thème de la mort : un labyrinthe dans un cimetière, retrouver des objets (toujours dans un cimetière), retrouver la bonne ombre d'un brancard à la morgue, une grille de mots croisés et enfin celui des dix différences.
Le dessin est agréable, le trait expressif croque avec justesse ces moments de vie (si je puis dire) et la bichromie est un choix judicieux.
Une curiosité.
Un bon résumé de l'affaire Ben Barka, qui aurait sans doute été résolue depuis longtemps si elle n'était pas aussi politique.
J'avais déjà lu sur cette affaire et je n'ai pas trop appris rien de vraiment nouveau. C'est une bonne synthèse pour un lecteur qui ne connait pas grand chose de l'affaire. Tout est clair et précis même si on fait des allers-retours dans le temps. En effet, le récit n'est pas linéaire et la biographie de la vie de Ben Barka est éparpillée dans l'album. J'ai bien aimé comment chacune des hypothèses sur ce qui est arrivé et qui sont les gens impliqués dans cette affaire sont bien expliqués, et pourquoi elles seraient correctes ou non, c'est un peu dur de s'y retrouver dans une affaire où il y a clairement eu manipulation dans les informations recueillies par la presse.
Cela dit, malgré plusieurs qualités, je ne mets que 3 étoiles. Je trouve que le dessin et la mise en scène sont trop austères. Ce n'est pas très captivant à lire malgré le fait que cette affaire soit passionnante. C'est peut-être la volonté du fils de Ben Barka, qui si j'ai bien compris a participé à la réalisation de l'album, de ne pas faire un truc trop émotif et de traiter le sujet avec pudeur, mais je mentirais si je disais que j'ai aimé ce choix.
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PUBG - Battleground 100
Voici venir une nouvelle série dans la collection Kbooks de chez Delcourt : PUBG Battlegrounds - 100. Tiré semble-t-il d'un jeu vidéo (que je ne connaissais pas), cette adaptation en webtoon oscille entre "Battle Royal" et Fortnite. On ajoute une petite trame scénaristique et des personnages bien déglingos, et vas-y que ça va défourailler, gicler et clamser tranquillement. Notre personnage principal, Cheo Hoyoung est un agent des services de renseignement contraint d'intégrer ce jeu illégal pour tenter de sauver un homme politique caché parmi les participants. Petit détail : tous les autres participants sont des assassins ou des criminels de la pire espèce et tout ce petit monde est largué sur une île où tous les coups sont permis... Alors oui, ça sent un peu le réchauffé et le déjà vu/lu, mais il faut reconnaître que certains personnages secondaires sont plutôt intéressants (et bien déjantés !), ce qui donne du peps au récit. C'est rythmé, les rebondissements s'enchainent et on se laisse porter par ce survival pour peu qu'on apprécie le genre. Côté dessin, ce n'est pas vraiment ma tasse de thé par contre, le graphisme fait très informatisé et ne brille pas par la qualité de ses décors. Heureusement, la gestion des scènes de combat ou d'action sont maîtrisées et donnent tout son élan à la série. (2.5/5)
Somna
La belle déception que voilà ! BD sur les thématiques du désir féminin et de la chasse aux sorcières dont le traitement laisse assez songeur. Cette BD officiellement érotique (qui ne l'est dans les faits pas) nous propose un discours véritablement réactionnaire. La "sorcière" y mériterait son traitement, a minima pour avoir succombé (uniquement dans ses rêves) à des fantasmes charnels. Qui plus est avec une figure proche du Diable légitimant pleinement le procès en sorcellerie. Le conjoint est tout pardonné de condamner sa propre épouse, tout harassé qu'il est de "servir Dieu" et de "protéger les hommes". L'amoralité de la meilleure amie qui trahit pour se sauver révèle moins une perfidie intéressante dramatiquement que les faiblesses de l'intrigue un temps policière. On pense à "Eyes wide shut" de Kubrick pour cet emballement autour de simples rêves, à la jolie BD L'Imprimerie du diable pour cette confrontation entre représentant de l'inquisition et femme supposée sorcière, mais l'on n'atteint nullement le niveau et l'intérêt de ces fictions-là. L'Amérique réactionnaire nous surprendra toujours. Sa manière d'adopter faussement les discours et thématiques progressistes pour mieux disperser son fiel n'est nullement machiavélique et intelligente, mais simplement risible sinon pathétique.
Vivons décomplexés
Succession de saynètes absurdes sur les petites lâchetés et contradictions du quotidien des environs de 2020 : COVID, médias, couple, boulot, racisme ordinaire, égoïsme social… Avec un ton décalé et un peu d'humour noir, ça dresse un portrait assez grinçant de notre époque. L'esprit m'a pas mal rappelé les ouvrages de Ruppert et Mulot, en un peu moins subversif et expérimental. On retrouve ce même goût pour le décalage, l'absurde froid, les dialogues qui tournent en rond jusqu'à la gêne, cette façon de pousser des raisonnements très ordinaires jusqu'au malaise comique. Graphiquement, le trait paraît un peu raide, très informatisé, avec des personnages figés qui ont parfois l'air bêtement mécaniques. Mais paradoxalement, j'aime bien cette clarté. Les décors sont nets, lisibles, bien posés, comme par un auteur ayant bossé dans l'architecture. Et en même temps cette rigidité donne aux visages des personnages un côté un peu débile qui colle bien avec l'humour pince-sans-rire. Ça renforce le côté absurde plutôt que de le desservir. Côté gags, c'est inégal. Tout ne fait pas mouche, certaines chutes sont prévisibles ou tombent un peu à plat, et sur la longueur la mécanique de ce type d'humour se voit. Mais malgré ça, j'ai sincèrement ri plusieurs fois, ce qui est pour moi un très bon indicateur. Au final, pas un album révolutionnaire, ni indispensable, mais une lecture sympa, caustique sans être trop méchante, et dont je garde une bonne impression d'ensemble.
Hypersurveillance - Enquête sur les nouveaux outils de surveillance
Voilà une BD documentaire de circonstance, vu la poussée sécuritaire qui nous attend avec l'état de notre monde et la poussée des extrêmes dont les traditionnels partis de droite emboîtent le pas, voire les dépassent dans leurs propositions. Dans cette enquête, Julie Scheibling (scénario) et Rémi Torregrossa (dessin) nous expliquent comment nous avons insidieusement basculé dans des sociétés sur-surveillées, sans vraiment en comprendre les enjeux et les conséquences. Qu'il s'agisse de surveillances individuelles, de masse, des smartphones qui vampirisent nos données à des fins commerciales ou politiques, du business de cette surveillance au détriments de nos droits et des trop tardives tentatives de régulation, la nasse est déjà en place. Ces thèmes sont déclinés au fil de chapitres distincts qui exposent clairement les problèmes et les enjeux, portés par un dessin réaliste et efficace. La colorisation sobre jouant sur les monochromies est du meilleur effet pour ce genre d’exercice, nous recentrant sur le sujet. Car même si nous sommes plus ou moins conscients des risques et des enjeux de ces nouvelles surveillances, remettre toutes ces facettes en perspective vous donne quand même froid dans le dos et vous donne juste envie de faire comme l'autrice : récupérer un bon vieux téléphone à clapet.
La Bête du nord
Je n'avais pas prêté attention au fait que ce soit l'auteur de Solo qui se lance dans cette réappropriation de Conan, mais Oscar Martin s'en sort plutôt très bien en s'attaquant à ce personnage mythique de la fantasy. Il s'adjoint l'efficace Leonel Castellani au dessin avec qui il avait déjà collaboré pour le spin-off Solo - Lyra. Le tout nous donne un one shot rondement mené et efficace. L'avantage avec ce genre de personnage c'est qu'on y va pas par quatre chemins : ça turbine et ça bourine ! Le dessin de Leonel Castellani se prête parfaitement à l'exercice, nous gratifiant de magnifiques doubles pages qui mettent parfaitement son graphisme en valeur tout en imposant des ambiances adéquates. Côté scénario, si ça ne donne pas dans la dentelle (c'est Conan quoi !), le récit nous réserve pour autant son de surprises et de rebondissements, pimentant à loisir notre lecture. Au final, un très bon moment pop-corn qui devrait ravir les amateurs de fantasy et certainement les fans du personnage. (3.5/5)
Le Monde d'Azaria
Désolé mais je suis vraiment en contradiction avec l'avis précédent. Concernant l'aspect graphique de cet ouvrage, on est sur de la génération procédurale par IA. Il y a des milliers de dessins identiques sur les plateformes d'hébergement de modèles d'IA donc la question du dessin est caduque. Enfin il suffit de visionner les captures pour se rendre compte que le niveau du récit et des dialogues est égal au niveau de la mer. Que Tabou ait décidé d'éditer ce truc et donc de gaspiller du papier ne les honore pas.
Lefranc
J'ai mis du temps avant d'écrire un avis sur Lefranc, tout simplement parce que je suis loin d'avoir lu toute la série et je n'ai lu quasiment aucun des albums parus après l'an 2000. Aucun d'entre eux ne m'a jamais vraiment passionné au point d'enchaîner les tomes, et je picore plutôt au hasard, au gré des trouvailles ou des relectures. Globalement, je retrouve les limites habituelles de Jacques Martin : des dialogues très écrits, parfois pesants, des personnages un peu raides, très sérieux, et une narration qui manque de naturel. Lefranc lui-même est un héros lisse, presque caricatural dans sa perfection et donc difficilement attachant. Et pourtant, malgré ça, j'y reviens régulièrement. Il y a un plaisir un peu régressif à feuilleter ces albums. Le dessin, certes guindé et rigide, possède ce charme rétro très ligne claire, élégant et presque académique, qui donne aux décors, aux voitures, aux architectures une vraie classe. Ce côté suranné fait aujourd'hui partie de l'attrait que je peux avoir pour cette série comme je peux l'avoir pour Alix ou Blake et Mortimer sans qu'aucune de ces séries ne soient une de mes passions. Ce qui m'a aussi surpris chez Lefranc, c'est de voir à quel point certains scénarios osent carrément bifurquer vers la science-fiction ou le fantastique pur, parfois sans prévenir. Je ne m'attendais pas à ce que la série parte aussi franchement dans ces terrains-là, comme dans l'album Les Portes de l'Enfer par exemple, qui assume presque totalement une ambiance étrange et irréelle. C'est inattendu dans une série aussi classique sur le fond, voire datée dans le style, mais curieusement audacieux. Je ne dirais pas que c'est une grande série ni que je la recommanderais avec enthousiasme. Mais j'y trouve un petit confort nostalgique, une lecture tranquille quoique souvent trop bavarde, un témoin d'une autre époque de la BD. Pas passionnant, rarement prenant, mais étrangement attachant à sa façon. Note : 2,5/5
Les Aventures de Philip et Francis
Je ne suis pas un grand fan de Blake et Mortimer, même si j'ai toujours apprécié leur esthétique très rétro, leurs décors soignés et l'élégance un peu surannée qui se dégage de leurs aventures. Du coup, je n'avais aucun attachement sacré à préserver ni de réticence particulière face à une parodie. Ma seule crainte, c'était plutôt de passer à côté de trop de références. Finalement, Pierre Veys et Nicolas Barral trouvent le bon équilibre. Le dessin reprend clairement les codes de E.P. Jacobs (mise en page classique, décors détaillés, ambiance très british), mais avec un trait plus souple et plus expressif qui accentue le côté burlesque. Les personnages sont plus caricaturaux, les tronches exagérées, et ça sert très bien l'humour sans jamais trahir complètement l'esprit d'origine. Côté scénario, ça part assez facilement dans le délire. Blake devient un grand enfant un peu immature, Mortimer un savant bedonnant dont les inventions tournent systématiquement à la catastrophe, et Olrik un méchant pathétique. L'ensemble enchaîne les situations absurdes, les détournements de scènes cultes et les clins d'œil. Tout ne fait pas mouche, il y a quelques longueurs et des gags plus faciles, mais quand ça fonctionne, c'est vraiment drôle. Le premier tome est d'ailleurs le plus libre et le plus réussi à mes yeux, les suivants me paraissent un peu plus inégaux. Même sans être un connaisseur pointu de la série originale, j'ai pris beaucoup de plaisir à la lecture. Une parodie respectueuse, souvent très amusante, qui fonctionne même sans tout saisir. Pas indispensable, mais clairement une série sympathique.
Nos sincères condoléances
Samuel Rimbault adapte le roman "Mes sincères condoléances" de Guillaume Bailly en BD. Une BD au titre trompeur, rien de réellement triste, bien que la mort soit notre compagnon de route, c'est l'humour noir qui prédomine. Le personnage principal sera donc Guillaume Bailly lui-même, il nous fera part de ses anecdotes du haut de ses vingt ans d'expérience aux pompes funèbres. Une succession de petits récits sur une une à quatre planches. Un ensemble inégal plus ou moins drôle, la plus ahurissante de ces histoires est celle se passant dans un club échangiste. D'autres planches vous expliqueront la provenance de certains termes, les plus intéressants sont ceux sur "croque-mort" (non il ne fallait pas mordre violemment l'orteil du défunt) et "corbillard". Enfin, la BD sera parsemée de jeux sur le thème de la mort : un labyrinthe dans un cimetière, retrouver des objets (toujours dans un cimetière), retrouver la bonne ombre d'un brancard à la morgue, une grille de mots croisés et enfin celui des dix différences. Le dessin est agréable, le trait expressif croque avec justesse ces moments de vie (si je puis dire) et la bichromie est un choix judicieux. Une curiosité.
Ben Barka - La disparition
Un bon résumé de l'affaire Ben Barka, qui aurait sans doute été résolue depuis longtemps si elle n'était pas aussi politique. J'avais déjà lu sur cette affaire et je n'ai pas trop appris rien de vraiment nouveau. C'est une bonne synthèse pour un lecteur qui ne connait pas grand chose de l'affaire. Tout est clair et précis même si on fait des allers-retours dans le temps. En effet, le récit n'est pas linéaire et la biographie de la vie de Ben Barka est éparpillée dans l'album. J'ai bien aimé comment chacune des hypothèses sur ce qui est arrivé et qui sont les gens impliqués dans cette affaire sont bien expliqués, et pourquoi elles seraient correctes ou non, c'est un peu dur de s'y retrouver dans une affaire où il y a clairement eu manipulation dans les informations recueillies par la presse. Cela dit, malgré plusieurs qualités, je ne mets que 3 étoiles. Je trouve que le dessin et la mise en scène sont trop austères. Ce n'est pas très captivant à lire malgré le fait que cette affaire soit passionnante. C'est peut-être la volonté du fils de Ben Barka, qui si j'ai bien compris a participé à la réalisation de l'album, de ne pas faire un truc trop émotif et de traiter le sujet avec pudeur, mais je mentirais si je disais que j'ai aimé ce choix.