Ouh, pas vraiment bonne cette biographie ! Je me suis forcé à la finir pour l'entrer sur le site mais j'avais pas envie de la finir, c'est dire.
J'aime beaucoup Angela Davis, une femme noire militante des droits humains, communiste et lesbienne dans les années 70. Disons que c'est pas un personnage ordinaire, professeure de philosophie et parlant très bien français de plus, une femme toujours sûre de nos jours dont les interviews en français sont consultables facilement en ligne. Bref une figure inspirante que j'avais envie de plus découvrir !
Et ben en sortant de cette BD, je ne connais rien de plus sur elle. Et c'est décevant. La BD est construite de façon à parler surtout des années 60 jusqu'à son emprisonnement début 70, son procès et sa libération. Sauf que la BD est un enchainement de réunion des clubs (notamment affiliés au Black Panthers), de coups de téléphone et d'échanges. Rien ne semble naturel, et je n'ai jamais compris où on était, ce qu'on faisait là. L'engagement d'Angela est définie avant la BD, jamais présenté, jamais détaillé, jamais contextualisé. Il manque toute la valeur du documentaire : les informations autour, le contexte (jamais détaillé), la pensée de Angela dans son ensemble, sa vie d'après, l'importance de son procès qui est construit comme un climax alors qu'il est présenté en deux pages. J'étais vite lassé des dialogues dont je ne comprenais ni le sens ni l'intérêt, jusqu'à un final qui semble vouloir montrer l'importance de tout ça sauf que rien n'est correctement introduit avant et permettrait de comprendre l'ensemble de sa vie.
Une biographie que je ne peux pas recommander, donc, d'autant que le dessin est franchement pas fameux. Les personnages sont assez raides et pas très détaillés, le graphisme est simple et pas toujours très clair, d'autant que l'enchainement ne fait pas toujours fluide. On dirait une biographie de commande mais l'autrice semble réellement avoir de l'intérêt pour la vie d'Angela Davis, et je trouve ça dommage qu'elle rate à ce point. C'est lisible mais franchement pas compréhensible. La fiche wikipédia m'a permis de comprendre pas mal d'éléments de la BD, et ça n'est pas normal que j'ai du faire des recherches extérieurs pour mieux comprendre.
De fait, je pense que pour comprendre cette femme admirable, je vais aller me pencher sur ses bouquins traduits en français.
Une BD assez difficile à noter car elle possède les défauts de ses qualités. En voulant vulgariser son propos et le rendre compréhensible de la plupart des lecteurs, Jancovici doit forcément faire des raccourcis et prendre des chemins de traverses.
De plus en tant qu'ingénieur travaillant sur ces thématiques de la transition climatique et énergétique (mais plutôt axé sur la protection de la ressource en eau), je ne suis clairement pas la première cible des messages véhiculés car baignant dedans au quotidien dans le cadre de mon boulot.
A chaud, je dirais que les constats réalisés sur notre dépendance progressive aux énergies fossiles entrainant une modification profonde de la société et un rapport à l'autre différents (en gros la première moitié du livre) devraient être enseignés dans tous les collèges et lycées de France pour une prise de conscience collective des jeunes générations. C'est très bien expliqué avec des exemples et des illustrations facilitant la compréhension.
Comme certains aviseurs précédents, je suis un peu plus gêné par la seconde moitié de l'ouvrage relatif aux solutions à mettre en œuvre pour se sortir de la spirale infernale dans laquelle le monde est plongé. L'éloge du nucléaire comme unique solution pour décarboner notre production électrique est de mon point de vue un peu trop tranchée et minimise ou élude certaines limites ou frein à cette solution (même si je comprends les arguments de l'auteur). La plupart des spécialistes prônent en effet la diversification des productions énergétiques (nucléaire, éolien, solaire, etc.), car un système qui se veut robuste ne doit pas tout miser sur une solution unique.
Deux exemples pour illustrer mon propos :
- Dans la première partie sur les constats, Jancovici aborde la multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes en lien avec l'aggravation du changement climatique (inondations, canicules, réchauffement des eaux, cyclones, etc.). Ce genre de phénomènes, en partie à l'origine de la catastrophe de Fukushima, ne fait généralement pas bon ménage avec le nucléaire et ne doit pas être minimisé dans un pays où les effets du changement climatique seront plus forts que dans la plupart du reste du monde (si on excepte la zone équatoriale).
- Le réchauffement estival des eaux rendra difficile à l'avenir la nécessité de refroidir les process avec de l'eau de mer ou de l'eau douce issue de fleuve. Durant certaines années particulièrement chaudes en France (2018 et 2022), ce fut déjà la cas avec le Rhône qui était déjà très chaud, et encore plus à l'aval des centrales nucléaires, aggravant l'impact sur la biodiversité aquatique.
Côté graphisme, je tiens à saluer la virtuosité du dessinateur pour mettre en images les théories et concepts développés par Jancovici avec un humour plutôt bienvenu, au vu de la gravité du thème traité...
Au final, une BD que je ne noterai pas en dessous de 4/5 car elle a le mérite de toucher d'autres publiques que celui habituellement intéressé par ce type de sujet tout en suscitant le débat sur les solutions à apporter pour s'adapter aux effets inéluctables du changement climatiques (on le voit au vu des avis précédents mais également du mien !). De plus, le dessin, le ton et les touches d'humour tentant de dédramatiser les messages permettent d'éviter de basculer dans l'écoanxiété la plus extrême en ayant refermé ce livre.
A lire et à partager pour en débattre.
SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 7/10
GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 8,5/10
NOTE GLOBALE : 15,5/20
Chalandon s’inspire ici de faits et de personnages réels, ça se sent au niveau de l’intensité des dialogues – ou des silences – alors même qu’il n’y a finalement que peu d’action ou de texte.
Le récit est centré sur quelques migrants qui rêvent de quitter la Tunisie pour rejoindre l’Europe (ils ont parfois déjà tenté ailleurs, et leur parcours a aussi commencé loin d’ici en Afrique subsaharienne), mais aussi sur Chamesddine, un homme qui consacre une bonne partie de son temps à recueillir les migrants, et, hélas, à donner une sépulture décente aux cadavres rejetés par la Méditerranée. Comme fil rouge, la destinée d’Abdoulaye, un gamin guinéen ayant échappé à un naufrage, qui recherche sa mère.
Un récit assez sec, documenté (un dossier photographique montre que Galandon est allé lui-même dans cette région de Tunisie), montrant de façon cruelle ce que vivent ces populations fuyant la misère pour l’eldorado supposé de l’Europe. Régulièrement, certains protagonistes regardent la télé, où les reportages sur l’accueil des réfugiés ukrainiens montrent évidemment l’inégalité de traitement de la part des décideurs européens.
Un documentaire intéressant, plutôt bien mené.
Le dessin de Castaldi est plein de qualités, mais j’ai eu du mal à m’y faire. Il est inégal, et pas forcément ma came a priori.
Bon je ne serai pas dès plus objectif à la vue des auteurs mais j’ai trouvé ce 1er tome fort réussi.
Précisons aussi que les Sentai sont loin d’être ma came et pourtant j’ai avalé l’album, j’ai adhéré à toutes les idées proposées, graphique comme scénaristique. Cette série amène un petit vent de fraîcheur, l’angle d’attaque est excellent et permet de développer bien bien plus que ce que le lecteur pourrait penser trouver dans ce registre.
Il n’y a pas de références directes (pas plus mal dans le cas présent), comme avec les albums sur Goldorak, Capitaine Flam … mais on touche à la part de l’enfance avec ce type de héros. Les auteurs réussissent haut la main leur pari de la modernisation.
Bravo à eux et vivement la suite.
Un petit pas mal à l’arrache, je suis bien trop partagé sur cet album, scénario comme dessins. Il y a des choses que j’ai trouvé vraiment sympa mais aussi d’autres trucs qui m’ont gentiment horripilé.
Le sans faute ira pour les couleurs que j’ai trouvé assez réussies.
Je serai plus critique sur le trait et narration, qui alternent le très bon et parfois le ridicule. Il y a des images iconiques (le guitariste dans la mine) et passages qui en jettent, mais à côté de ça on a un design de notre héroïne (en mode outlaw) que j’exècre. C’est quoi ces multi ceintures, cette carrure (alors qu’elle est toute fine), cette mèche rebelle … on la croirait sorti des années 90, tous les tics tapent à l’œil de l’époque sont là. Cette représentation m’a plusieurs fois fait sortir de ma lecture, ça a été le gros point noir pour moi.
Quand à l’histoire, j’aime l’idée de départ (et la fin) mais ça se traine pas mal en cours de route, les flash-back n’amènent pas grand chose, et surtout l’héroïne (en plus de sa représentation graphique) n’est pas des plus attachantes.
2,5
Je n’ai pas accroché à ce tome mais je reste toutefois curieux de découvrir les autres collaborations des auteurs.
Période et localisation dans lesquelles se déroule l’intrigue m’intéressent a priori beaucoup. Et ces cadres historiques et géographiques ont déjà pas mal été utilisés en bande dessinée. Mais cette série, sans trop innover, nous propose quelque chose d’agréable à suivre.
Deux tomes sont parus pour le moment (la conclusion viendra dans le prochain), et Duval nous livre une histoire plaisante, avec une narration fluide, des personnages auxquels on s’attache (seule Loutre m’est apparu un chouia trop « invincible » pour le moment), et suffisamment de rebondissements ou d’intrigues annexes pour captiver le lecteur.
Les digressions autour du passé pirates de certains personnages alimentent l’intrigue sans la faire dévier artificiellement vers le n’importe quoi, et les rivalités franco-anglaises (nous sommes à l’aube de la guerre de Sept ans), et en parallèle celles opposant Hurons et Iroquois, dynamisent intelligemment l’histoire.
Si le dessin de Brada n’est pas celui de Prugne ou de Pratt (pour citer deux auteurs ayant magnifié ces sous-bois), je l’ai trouvé agréable. La colorisation de Fernandez manque un peu de nuances, mais elle aussi fait le travail.
Bref, en attente de la conclusion, voilà une série d’aventure historiques plutôt bien menée.
Note réelle 3,5/5.
Se tenir la main...
Bliss édition nous gratifie d'un roman graphique qui se démarque dans sa collection Bad Idea. Ici, nous sommes dans le monde réel, tristement réel, hélas.
Nous sommes en 1985, la jeune Jen End vit dans une petite bourgade de Californie, elle fait partie d'une bande de skinheads dont son frère est le chef. Son père, soldat pendant la seconde guerre mondiale, est alcoolique et sa mère est régulièrement battue par ce dernier. On est loin de la famille idyllique. Elle est amoureuse d'Angelo, un jeune portoricain, il vit à Oceanside. Elle va le rejoindre cet été pour s'occuper de son grand-père malade. Leur relation amoureuse va prendre l'eau lorsque Angelo va découvrir la face cachée de Jen. Le pire est à venir lorsque le frère de Jen va découvrir l'existence de son petit copain, il organise un rassemblement de skinheads à Oceanside pour laver cet affront et déclencher une guerre civile. D'anciens soldats vont reprendre les armes pour faire régner l'ordre.
Un récit sombre avec le racisme, l'éducation et les séquelles post-traumatiques de la guerre comme files conducteurs. Un narration bien équilibrée entre le présent et les flash-back de la seconde guerre mondiale, elle prend aussi le temps d'éclairer nos lanternes sur la psychologie des nombreux personnages. Rien de manichéen. Une tragédie bien construite et bien réalisée, elle est le miroir d'une société qui crée des monstres. Et aussi une triste histoire d'amour.
Graphiquement, David Lapham va à l'essentiel, pas d'esbroufes, avec son coup de crayon précis et expressif. Un rendu vintage qui est bien mis valeur par les couleurs de Bill Crabtree. La couverture est un superbe condensé du récit.
L'album se termine par de petits récits en noir et blanc. Ils permettent d'en apprendre un peu plus sur les différents personnages.
Lecture conseillée.
Se tenir la main...
Immersion totale ! Une des meilleures bande dessinée historique, voire BD que j'ai lu. Immersion totale ! Le dessin est parfait, l'histoire aussi. On s'immerge peu à peu dans le chaos, la violence, pour s'en détacher. En passant, un rappel des causes, de la religion et des mythes. On s'attache même aux pires personnages sans adhérer à leurs fautes, on le fait plus encore des victimes, pas réduites à ce qu'elles subissent, comme trop souvent. Mériterait d'innombrables relectures, mais problème, le lecteur veut-il se les infliger ? Le temps long, les causes lointaines, la culture locale, avec des références aux étoiles qui ouvrent les images sur le cosmos, donnent un arrière fond lointain, les blagues, la cabaretière et la bière de banane un peu de chaleur humaine, malgré tout.
Il y a des millions de gens qui s’habituent à l’abjection quand ils y trouvent leur intérêt.
-
Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre, ne nécessitant pas de connaissance préalable sur le sujet. Son édition originale date de 2018. Il a été réalisé par Jean van Hamme pour le scénario, et par Christophe Simon pour les dessins, avec une mise en couleurs réalisée par Alexandre Carpentier. Il comprend soixante-et-une pages de bande dessinée. Il s’ouvre avec une préface de Colette Braeckman (journaliste au quotidien Le Soir, spécialisée dans l’actualité africaine), de cinq pages, agrémentée de photographies, intitulée : Congo le dessin est aussi, un cri, pour déchirer l’empire du silence. Elle évoque la figure emblématique du docteur Denis Mukwege, les interventions du docteur Guy-Bernard Cadière à l’hôpital de Panzi, les atrocités commises au Congo à l’époque du roi Léopold II, la nature du coltan et son importance vitale dans les nouvelles technologies, l’exploitation des ressources du bassin du Congo depuis sa découverte par Henry Morton Stanley (1841-1904), l’assassinat de Patrice Lumumba (1925-1961) et la mise en place de Mobutu Sese Seko (1930-1997), et l’augmentation de l’exploitation des ressources sous le gouvernement de Joseph Kabila Kabange (1971-).
Dans la province du Sud-Kivu, à l’est de la République Démocratique du Congo, deux heures après le lever du soleil, le colonel Ernest Malumba explique aux membres de son commando ce qu’il attend d’eux, adultes comme pré-adolescents : un atroce massacre sans pitié. Non loin de là, Jérémie Kizongo et sa sœur Violette, douze ans, entendent les hurlements qui en résultent. Le garçon comprend que ce sont les Interahamwe qui attaquent le village. Ils s’en approchent tout en se cachant dans la végétation : ils peuvent voir les cahutes en flammes. Malheureusement, ils sont capturés par deux très jeunes soldats. L’un d’eux s’apprête à violer la jeune fille. Ils sont interrompus par le colonel lui-même qui explique qu’il ne faut pas l’abîmer car il pourra la vendre au Libanais pour cinq cents dollars. Les deux soldats s’en vont en courant, et Malumba s’apprête à violer lui-même Violette. Ainsi occupé, il ne s’aperçoit pas que Jérémie a ramassé une machette, qu’il enfonce dans le dos de l’agresseur, le tuant. Les deux enfants s’enfuient.
Deux jours plus tard, dans une capitale occidentale, au siège de la multinationale Metalurco, le président directeur général reçoit le jeune ingénieur François Daans dans son bureau. Le PDG entame l’entretien en rappelant le nom de son employé, qu’il est belge, célibataire, âgé de vingt-huit ans, quadrilingue et sorti ingénieur des Mines de l’ULB avec grande distinction. Il continue : Daans travaille pour l’entreprise depuis trois ans, au département marketing pour le Benelux. D’après ses supérieurs, il y a fait de l’excellent travail, mais il paraît qu’il s’y ennuie un peu. Le président explique que c’est la raison pour laquelle il l’a fait venir, car il a une mission à lui confier. Mais avant, il souhaite que l’ingénieur lui dise ce qu’il sait du coltan.
Le lecteur peut être tiraillé entre plusieurs a priori à la découverte de cette bande dessinée : le plaisir de retrouver l’écriture du scénariste avec ses spécificités, plutôt rôdées dans des récits avec une dimension d’aventure plus ou moins prépondérante, et le sujet à la fois économique, politique et très dur quant au massacre des populations. Concernant cette deuxième caractéristique, elle est mise en scène dès la première page avec les abominables consignes du colonel évoquant femmes et gamines, violées et mutilées devant leur famille, hommes à partir de douze ans, faits prisonniers, mains coupées pour ceux qui résistent, bébés et vieillards brûlés dans leur cahute, morts ou vifs. Le lecteur en ressort violemment éprouvé, ne s’attendant pas à un tel degré de brutalité sadique, même si ces exactions horrifiques ne sont pas montrées. Par la suite, plusieurs personnages détaillent d’autres atrocités insoutenables qui sont le lot de la population : les modalités concrètes par lesquelles les différentes factions font régner la terreur, soit pour chasser les paysans des terres qui recèlent des ressources minières, soit pour faire exploiter les mines par des enfants, la corruption quasi généralisée, y compris au sein de la police et du gouvernement, le manque d’hôpital et d’établissement de soin, ainsi que de moyens humains et matériels, etc. Daans bénéficie d’une explication détaillée des mutilations faites aux femmes, la destruction sur leur colon, leur vagin et leur anus. Et il assiste à une opération de reconstruction par chirurgie laparoscopique, à nouveau sans image graphique.
Dans un premier temps, le lecteur se dit que ses a priori étaient fondés. Le scénariste crée un personnage principal intelligent, immédiatement révulsé par ce qu’il découvre, il est vrai que tout le monde le serait. Cet ingénieur devient un héros en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire : il démissionne et il décide de retrouver le jeune garçon disparu, après avoir pris en charge sa sœur… dans un pays qu’il ne connaît pas, avec la compréhension vague mais bien concrète qu’il met ainsi sa vie en danger. Fort heureusement, il peut bénéficier de l’aide d’un capitaine retraité Adam Songye, juste parce qu’il a une bonne tête. Encore mieux, cet ancien militaire a un fils qui manie les armes et qui n’a pas peur de s’en servir, que son père présente comme étant le plus grand guerrier du sud-Kivu. Il n’hésite d’ailleurs pas à faire usage d’une grenade pour faire exploser une jeep en déplacement. Il est également possible de mentionner la femme de ménage de l’hôtel au grand cœur, ou encore les méchants chefs militaires et rebelles tous avides de chair fraîche, c’est-à-dire de jeunes femmes, voire de jeunes filles, pour satisfaire leurs appétits sexuels à chaque instant. Et bien sûr le PDG, commanditaire de ces opérations, sait parfaitement ce qui se passe sur le terrain, le cautionne, l’encourage pour plus de profits, et ne cherche qu’à impliquer ce jeune cadre, de sorte à le rendre tout aussi coupable. C’est bon : le quota de clichés est rempli.
D’un autre côté, le dessinateur a fait ses classes dans le studio de Jacques Martin (1921-2010) pour qui il a illustré trois albums d’Alix (et un autre après le décès de son créateur), le tome deux de L’odyssée d’Alix, deux albums de la série Orion, deux albums de la série Lefranc. Le lecteur découvre des dessins dans une veine naturaliste, descriptive et réaliste, avec un très haut niveau de détails. L’artiste donne à voir de manière très documentée chaque lieu et chaque élément. Le lecteur peut ainsi prendre le temps de regarder les feuilles des arbres pour en déterminer leur essence, observer les cahutes des villages, ressentir le contraste entre la luxuriance de la forêt et la stérilité du bureau du PDG de Metalurco, voir les rues en terre de Bukavu, la différence de qualité des immeubles entre les beaux quartiers et le quartiers populaires, admirer la baie du lac Kivu, jauger du niveau de luxe de l’ameublement d’une des résidences du vice-gouverneur du sud-Kivu, visiter l’hôpital de Panzi, avoir un bref aperçu d’une mine, arriver dans un village qui est la proie des flammes. La mise en couleurs s’avère d’une grande qualité, nourrissant les formes détourées, sans jamais écraser les traits de contour, renforçant la sensation réaliste.
Tout du long du récit, y compris dans les quelques moments d’action, l’artiste reste dans un registre naturaliste, sans exagération dramatique, ou accentuation des mouvements pour un effet spectaculaire. Grâce à la narration visuelle, le récit s’apparente par moments à un reportage, avec des personnages qui expliquent en détail la situation politique ou économique. Le lecteur peut ainsi se fier à ce qui est montré en termes de tenues vestimentaires en particulier militaires ou paramilitaires, de véhicules, et bien sûr d’armes. Il apprécie particulièrement la sensibilité avec laquelle le dessinateur représente les moments de violence et de comportements abjects. Il n’y a aucune complaisance, ni aucun voyeurisme malsain dans ces pages : dans le même temps, les dessins indiquent clairement ce qui se passe, que ce soit une tentative de viol, une jeune fille renversée par une voiture, une tentative d’intimidation à coup de matraque, un corps tuméfié après avoir subi le troisième degré, etc. Le lecteur n’est pas pris en otage par les images, tout en ne pouvant pas ignorer les brutalités, et pire encore.
Le lecteur se retrouve ainsi dans cette région du monde, des environnements concrets et réalistes, à côtoyer des individus tout aussi plausibles et humains. Conscient de la nature de l’ouvrage, il accueille bien volontiers les phases d’exposition pour en apprendre plus sur ce pays, sur le coltan et la cassitérite, sur le docteur Denis Mukewege et l’hôpital de Panzi, sur les massacres insoutenables, et sur les conséquences des tortures barbares. Mine de rien, le scénariste sait intégrer de nombreuses facettes de la situation, la sensation initiale de manichéisme propre au récit d’aventure disparaissant progressivement, au fur et à mesure que le lecteur assimile l’ampleur des abominations, tellement énormes qu’elles ne peuvent qu’être relatées par étape. Après tant d’horreur, la conclusion du récit aborde un autre aspect de la situation, bien nécessaire au lecteur pour reprendre pied. Le dispositif narratif de l’aventure qui semblait convenu et en léger décalage apparaît alors comme adapté et constructif, entre colonne vertébrale permettant d’intégrer l’exposition des informations de type documentaire, et dynamique émotionnelle élégante.
Sous réserve d’avoir conscience de la nature du récit, une immersion dans une région de la République Démocratique du Congo dont les richesses minières attisent les convoitises d’exploiteurs de la pire espèce, le lecteur découvre une trame très classique d’aventure, permettant d’exposer les informations afférentes. La narration visuelle présente une grande rigueur et une grande richesse, rehaussant l’approche documentaire et réaliste. Au final, le lecteur apprécie d’avoir fait ce voyage avec un adulte idéaliste et téméraire, ce qui permet de mieux supporter la réalité des abominations et des exactions.
Dessin et couleurs nulles : du sous, mais vraiment sous-Bourgeon ! Les personnages, je me forçais à lire mais en vérité, m'en moquais totalement, et ai arrêté avant la fin. J'aurais vite oublié la BD mais Belem sonne bien, et dans l'ambiance BD après avoir avisé Daemon… je me suis dit, et si je sabordais ce truc, ni fait ni à faire ? Encore une belle couverture n'ouvrant que sur du vide. Je vais noter au prix de l'encre, pas de l'ancre !
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Ouh, pas vraiment bonne cette biographie ! Je me suis forcé à la finir pour l'entrer sur le site mais j'avais pas envie de la finir, c'est dire. J'aime beaucoup Angela Davis, une femme noire militante des droits humains, communiste et lesbienne dans les années 70. Disons que c'est pas un personnage ordinaire, professeure de philosophie et parlant très bien français de plus, une femme toujours sûre de nos jours dont les interviews en français sont consultables facilement en ligne. Bref une figure inspirante que j'avais envie de plus découvrir ! Et ben en sortant de cette BD, je ne connais rien de plus sur elle. Et c'est décevant. La BD est construite de façon à parler surtout des années 60 jusqu'à son emprisonnement début 70, son procès et sa libération. Sauf que la BD est un enchainement de réunion des clubs (notamment affiliés au Black Panthers), de coups de téléphone et d'échanges. Rien ne semble naturel, et je n'ai jamais compris où on était, ce qu'on faisait là. L'engagement d'Angela est définie avant la BD, jamais présenté, jamais détaillé, jamais contextualisé. Il manque toute la valeur du documentaire : les informations autour, le contexte (jamais détaillé), la pensée de Angela dans son ensemble, sa vie d'après, l'importance de son procès qui est construit comme un climax alors qu'il est présenté en deux pages. J'étais vite lassé des dialogues dont je ne comprenais ni le sens ni l'intérêt, jusqu'à un final qui semble vouloir montrer l'importance de tout ça sauf que rien n'est correctement introduit avant et permettrait de comprendre l'ensemble de sa vie. Une biographie que je ne peux pas recommander, donc, d'autant que le dessin est franchement pas fameux. Les personnages sont assez raides et pas très détaillés, le graphisme est simple et pas toujours très clair, d'autant que l'enchainement ne fait pas toujours fluide. On dirait une biographie de commande mais l'autrice semble réellement avoir de l'intérêt pour la vie d'Angela Davis, et je trouve ça dommage qu'elle rate à ce point. C'est lisible mais franchement pas compréhensible. La fiche wikipédia m'a permis de comprendre pas mal d'éléments de la BD, et ça n'est pas normal que j'ai du faire des recherches extérieurs pour mieux comprendre. De fait, je pense que pour comprendre cette femme admirable, je vais aller me pencher sur ses bouquins traduits en français.
Le Monde sans fin
Une BD assez difficile à noter car elle possède les défauts de ses qualités. En voulant vulgariser son propos et le rendre compréhensible de la plupart des lecteurs, Jancovici doit forcément faire des raccourcis et prendre des chemins de traverses. De plus en tant qu'ingénieur travaillant sur ces thématiques de la transition climatique et énergétique (mais plutôt axé sur la protection de la ressource en eau), je ne suis clairement pas la première cible des messages véhiculés car baignant dedans au quotidien dans le cadre de mon boulot. A chaud, je dirais que les constats réalisés sur notre dépendance progressive aux énergies fossiles entrainant une modification profonde de la société et un rapport à l'autre différents (en gros la première moitié du livre) devraient être enseignés dans tous les collèges et lycées de France pour une prise de conscience collective des jeunes générations. C'est très bien expliqué avec des exemples et des illustrations facilitant la compréhension. Comme certains aviseurs précédents, je suis un peu plus gêné par la seconde moitié de l'ouvrage relatif aux solutions à mettre en œuvre pour se sortir de la spirale infernale dans laquelle le monde est plongé. L'éloge du nucléaire comme unique solution pour décarboner notre production électrique est de mon point de vue un peu trop tranchée et minimise ou élude certaines limites ou frein à cette solution (même si je comprends les arguments de l'auteur). La plupart des spécialistes prônent en effet la diversification des productions énergétiques (nucléaire, éolien, solaire, etc.), car un système qui se veut robuste ne doit pas tout miser sur une solution unique. Deux exemples pour illustrer mon propos : - Dans la première partie sur les constats, Jancovici aborde la multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes en lien avec l'aggravation du changement climatique (inondations, canicules, réchauffement des eaux, cyclones, etc.). Ce genre de phénomènes, en partie à l'origine de la catastrophe de Fukushima, ne fait généralement pas bon ménage avec le nucléaire et ne doit pas être minimisé dans un pays où les effets du changement climatique seront plus forts que dans la plupart du reste du monde (si on excepte la zone équatoriale). - Le réchauffement estival des eaux rendra difficile à l'avenir la nécessité de refroidir les process avec de l'eau de mer ou de l'eau douce issue de fleuve. Durant certaines années particulièrement chaudes en France (2018 et 2022), ce fut déjà la cas avec le Rhône qui était déjà très chaud, et encore plus à l'aval des centrales nucléaires, aggravant l'impact sur la biodiversité aquatique. Côté graphisme, je tiens à saluer la virtuosité du dessinateur pour mettre en images les théories et concepts développés par Jancovici avec un humour plutôt bienvenu, au vu de la gravité du thème traité... Au final, une BD que je ne noterai pas en dessous de 4/5 car elle a le mérite de toucher d'autres publiques que celui habituellement intéressé par ce type de sujet tout en suscitant le débat sur les solutions à apporter pour s'adapter aux effets inéluctables du changement climatiques (on le voit au vu des avis précédents mais également du mien !). De plus, le dessin, le ton et les touches d'humour tentant de dédramatiser les messages permettent d'éviter de basculer dans l'écoanxiété la plus extrême en ayant refermé ce livre. A lire et à partager pour en débattre. SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 7/10 GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 8,5/10 NOTE GLOBALE : 15,5/20
Le Dernier Costume n'a pas de poche
Chalandon s’inspire ici de faits et de personnages réels, ça se sent au niveau de l’intensité des dialogues – ou des silences – alors même qu’il n’y a finalement que peu d’action ou de texte. Le récit est centré sur quelques migrants qui rêvent de quitter la Tunisie pour rejoindre l’Europe (ils ont parfois déjà tenté ailleurs, et leur parcours a aussi commencé loin d’ici en Afrique subsaharienne), mais aussi sur Chamesddine, un homme qui consacre une bonne partie de son temps à recueillir les migrants, et, hélas, à donner une sépulture décente aux cadavres rejetés par la Méditerranée. Comme fil rouge, la destinée d’Abdoulaye, un gamin guinéen ayant échappé à un naufrage, qui recherche sa mère. Un récit assez sec, documenté (un dossier photographique montre que Galandon est allé lui-même dans cette région de Tunisie), montrant de façon cruelle ce que vivent ces populations fuyant la misère pour l’eldorado supposé de l’Europe. Régulièrement, certains protagonistes regardent la télé, où les reportages sur l’accueil des réfugiés ukrainiens montrent évidemment l’inégalité de traitement de la part des décideurs européens. Un documentaire intéressant, plutôt bien mené. Le dessin de Castaldi est plein de qualités, mais j’ai eu du mal à m’y faire. Il est inégal, et pas forcément ma came a priori.
Shin Zero
Bon je ne serai pas dès plus objectif à la vue des auteurs mais j’ai trouvé ce 1er tome fort réussi. Précisons aussi que les Sentai sont loin d’être ma came et pourtant j’ai avalé l’album, j’ai adhéré à toutes les idées proposées, graphique comme scénaristique. Cette série amène un petit vent de fraîcheur, l’angle d’attaque est excellent et permet de développer bien bien plus que ce que le lecteur pourrait penser trouver dans ce registre. Il n’y a pas de références directes (pas plus mal dans le cas présent), comme avec les albums sur Goldorak, Capitaine Flam … mais on touche à la part de l’enfance avec ce type de héros. Les auteurs réussissent haut la main leur pari de la modernisation. Bravo à eux et vivement la suite.
Aucune tombe assez profonde
Un petit pas mal à l’arrache, je suis bien trop partagé sur cet album, scénario comme dessins. Il y a des choses que j’ai trouvé vraiment sympa mais aussi d’autres trucs qui m’ont gentiment horripilé. Le sans faute ira pour les couleurs que j’ai trouvé assez réussies. Je serai plus critique sur le trait et narration, qui alternent le très bon et parfois le ridicule. Il y a des images iconiques (le guitariste dans la mine) et passages qui en jettent, mais à côté de ça on a un design de notre héroïne (en mode outlaw) que j’exècre. C’est quoi ces multi ceintures, cette carrure (alors qu’elle est toute fine), cette mèche rebelle … on la croirait sorti des années 90, tous les tics tapent à l’œil de l’époque sont là. Cette représentation m’a plusieurs fois fait sortir de ma lecture, ça a été le gros point noir pour moi. Quand à l’histoire, j’aime l’idée de départ (et la fin) mais ça se traine pas mal en cours de route, les flash-back n’amènent pas grand chose, et surtout l’héroïne (en plus de sa représentation graphique) n’est pas des plus attachantes. 2,5 Je n’ai pas accroché à ce tome mais je reste toutefois curieux de découvrir les autres collaborations des auteurs.
Ohio - La Belle Rivière
Période et localisation dans lesquelles se déroule l’intrigue m’intéressent a priori beaucoup. Et ces cadres historiques et géographiques ont déjà pas mal été utilisés en bande dessinée. Mais cette série, sans trop innover, nous propose quelque chose d’agréable à suivre. Deux tomes sont parus pour le moment (la conclusion viendra dans le prochain), et Duval nous livre une histoire plaisante, avec une narration fluide, des personnages auxquels on s’attache (seule Loutre m’est apparu un chouia trop « invincible » pour le moment), et suffisamment de rebondissements ou d’intrigues annexes pour captiver le lecteur. Les digressions autour du passé pirates de certains personnages alimentent l’intrigue sans la faire dévier artificiellement vers le n’importe quoi, et les rivalités franco-anglaises (nous sommes à l’aube de la guerre de Sept ans), et en parallèle celles opposant Hurons et Iroquois, dynamisent intelligemment l’histoire. Si le dessin de Brada n’est pas celui de Prugne ou de Pratt (pour citer deux auteurs ayant magnifié ces sous-bois), je l’ai trouvé agréable. La colorisation de Fernandez manque un peu de nuances, mais elle aussi fait le travail. Bref, en attente de la conclusion, voilà une série d’aventure historiques plutôt bien menée. Note réelle 3,5/5.
The Ends - Un été à Oceanside
Se tenir la main... Bliss édition nous gratifie d'un roman graphique qui se démarque dans sa collection Bad Idea. Ici, nous sommes dans le monde réel, tristement réel, hélas. Nous sommes en 1985, la jeune Jen End vit dans une petite bourgade de Californie, elle fait partie d'une bande de skinheads dont son frère est le chef. Son père, soldat pendant la seconde guerre mondiale, est alcoolique et sa mère est régulièrement battue par ce dernier. On est loin de la famille idyllique. Elle est amoureuse d'Angelo, un jeune portoricain, il vit à Oceanside. Elle va le rejoindre cet été pour s'occuper de son grand-père malade. Leur relation amoureuse va prendre l'eau lorsque Angelo va découvrir la face cachée de Jen. Le pire est à venir lorsque le frère de Jen va découvrir l'existence de son petit copain, il organise un rassemblement de skinheads à Oceanside pour laver cet affront et déclencher une guerre civile. D'anciens soldats vont reprendre les armes pour faire régner l'ordre. Un récit sombre avec le racisme, l'éducation et les séquelles post-traumatiques de la guerre comme files conducteurs. Un narration bien équilibrée entre le présent et les flash-back de la seconde guerre mondiale, elle prend aussi le temps d'éclairer nos lanternes sur la psychologie des nombreux personnages. Rien de manichéen. Une tragédie bien construite et bien réalisée, elle est le miroir d'une société qui crée des monstres. Et aussi une triste histoire d'amour. Graphiquement, David Lapham va à l'essentiel, pas d'esbroufes, avec son coup de crayon précis et expressif. Un rendu vintage qui est bien mis valeur par les couleurs de Bill Crabtree. La couverture est un superbe condensé du récit. L'album se termine par de petits récits en noir et blanc. Ils permettent d'en apprendre un peu plus sur les différents personnages. Lecture conseillée. Se tenir la main...
Déogratias
Immersion totale ! Une des meilleures bande dessinée historique, voire BD que j'ai lu. Immersion totale ! Le dessin est parfait, l'histoire aussi. On s'immerge peu à peu dans le chaos, la violence, pour s'en détacher. En passant, un rappel des causes, de la religion et des mythes. On s'attache même aux pires personnages sans adhérer à leurs fautes, on le fait plus encore des victimes, pas réduites à ce qu'elles subissent, comme trop souvent. Mériterait d'innombrables relectures, mais problème, le lecteur veut-il se les infliger ? Le temps long, les causes lointaines, la culture locale, avec des références aux étoiles qui ouvrent les images sur le cosmos, donnent un arrière fond lointain, les blagues, la cabaretière et la bière de banane un peu de chaleur humaine, malgré tout.
Kivu
Il y a des millions de gens qui s’habituent à l’abjection quand ils y trouvent leur intérêt. - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre, ne nécessitant pas de connaissance préalable sur le sujet. Son édition originale date de 2018. Il a été réalisé par Jean van Hamme pour le scénario, et par Christophe Simon pour les dessins, avec une mise en couleurs réalisée par Alexandre Carpentier. Il comprend soixante-et-une pages de bande dessinée. Il s’ouvre avec une préface de Colette Braeckman (journaliste au quotidien Le Soir, spécialisée dans l’actualité africaine), de cinq pages, agrémentée de photographies, intitulée : Congo le dessin est aussi, un cri, pour déchirer l’empire du silence. Elle évoque la figure emblématique du docteur Denis Mukwege, les interventions du docteur Guy-Bernard Cadière à l’hôpital de Panzi, les atrocités commises au Congo à l’époque du roi Léopold II, la nature du coltan et son importance vitale dans les nouvelles technologies, l’exploitation des ressources du bassin du Congo depuis sa découverte par Henry Morton Stanley (1841-1904), l’assassinat de Patrice Lumumba (1925-1961) et la mise en place de Mobutu Sese Seko (1930-1997), et l’augmentation de l’exploitation des ressources sous le gouvernement de Joseph Kabila Kabange (1971-). Dans la province du Sud-Kivu, à l’est de la République Démocratique du Congo, deux heures après le lever du soleil, le colonel Ernest Malumba explique aux membres de son commando ce qu’il attend d’eux, adultes comme pré-adolescents : un atroce massacre sans pitié. Non loin de là, Jérémie Kizongo et sa sœur Violette, douze ans, entendent les hurlements qui en résultent. Le garçon comprend que ce sont les Interahamwe qui attaquent le village. Ils s’en approchent tout en se cachant dans la végétation : ils peuvent voir les cahutes en flammes. Malheureusement, ils sont capturés par deux très jeunes soldats. L’un d’eux s’apprête à violer la jeune fille. Ils sont interrompus par le colonel lui-même qui explique qu’il ne faut pas l’abîmer car il pourra la vendre au Libanais pour cinq cents dollars. Les deux soldats s’en vont en courant, et Malumba s’apprête à violer lui-même Violette. Ainsi occupé, il ne s’aperçoit pas que Jérémie a ramassé une machette, qu’il enfonce dans le dos de l’agresseur, le tuant. Les deux enfants s’enfuient. Deux jours plus tard, dans une capitale occidentale, au siège de la multinationale Metalurco, le président directeur général reçoit le jeune ingénieur François Daans dans son bureau. Le PDG entame l’entretien en rappelant le nom de son employé, qu’il est belge, célibataire, âgé de vingt-huit ans, quadrilingue et sorti ingénieur des Mines de l’ULB avec grande distinction. Il continue : Daans travaille pour l’entreprise depuis trois ans, au département marketing pour le Benelux. D’après ses supérieurs, il y a fait de l’excellent travail, mais il paraît qu’il s’y ennuie un peu. Le président explique que c’est la raison pour laquelle il l’a fait venir, car il a une mission à lui confier. Mais avant, il souhaite que l’ingénieur lui dise ce qu’il sait du coltan. Le lecteur peut être tiraillé entre plusieurs a priori à la découverte de cette bande dessinée : le plaisir de retrouver l’écriture du scénariste avec ses spécificités, plutôt rôdées dans des récits avec une dimension d’aventure plus ou moins prépondérante, et le sujet à la fois économique, politique et très dur quant au massacre des populations. Concernant cette deuxième caractéristique, elle est mise en scène dès la première page avec les abominables consignes du colonel évoquant femmes et gamines, violées et mutilées devant leur famille, hommes à partir de douze ans, faits prisonniers, mains coupées pour ceux qui résistent, bébés et vieillards brûlés dans leur cahute, morts ou vifs. Le lecteur en ressort violemment éprouvé, ne s’attendant pas à un tel degré de brutalité sadique, même si ces exactions horrifiques ne sont pas montrées. Par la suite, plusieurs personnages détaillent d’autres atrocités insoutenables qui sont le lot de la population : les modalités concrètes par lesquelles les différentes factions font régner la terreur, soit pour chasser les paysans des terres qui recèlent des ressources minières, soit pour faire exploiter les mines par des enfants, la corruption quasi généralisée, y compris au sein de la police et du gouvernement, le manque d’hôpital et d’établissement de soin, ainsi que de moyens humains et matériels, etc. Daans bénéficie d’une explication détaillée des mutilations faites aux femmes, la destruction sur leur colon, leur vagin et leur anus. Et il assiste à une opération de reconstruction par chirurgie laparoscopique, à nouveau sans image graphique. Dans un premier temps, le lecteur se dit que ses a priori étaient fondés. Le scénariste crée un personnage principal intelligent, immédiatement révulsé par ce qu’il découvre, il est vrai que tout le monde le serait. Cet ingénieur devient un héros en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire : il démissionne et il décide de retrouver le jeune garçon disparu, après avoir pris en charge sa sœur… dans un pays qu’il ne connaît pas, avec la compréhension vague mais bien concrète qu’il met ainsi sa vie en danger. Fort heureusement, il peut bénéficier de l’aide d’un capitaine retraité Adam Songye, juste parce qu’il a une bonne tête. Encore mieux, cet ancien militaire a un fils qui manie les armes et qui n’a pas peur de s’en servir, que son père présente comme étant le plus grand guerrier du sud-Kivu. Il n’hésite d’ailleurs pas à faire usage d’une grenade pour faire exploser une jeep en déplacement. Il est également possible de mentionner la femme de ménage de l’hôtel au grand cœur, ou encore les méchants chefs militaires et rebelles tous avides de chair fraîche, c’est-à-dire de jeunes femmes, voire de jeunes filles, pour satisfaire leurs appétits sexuels à chaque instant. Et bien sûr le PDG, commanditaire de ces opérations, sait parfaitement ce qui se passe sur le terrain, le cautionne, l’encourage pour plus de profits, et ne cherche qu’à impliquer ce jeune cadre, de sorte à le rendre tout aussi coupable. C’est bon : le quota de clichés est rempli. D’un autre côté, le dessinateur a fait ses classes dans le studio de Jacques Martin (1921-2010) pour qui il a illustré trois albums d’Alix (et un autre après le décès de son créateur), le tome deux de L’odyssée d’Alix, deux albums de la série Orion, deux albums de la série Lefranc. Le lecteur découvre des dessins dans une veine naturaliste, descriptive et réaliste, avec un très haut niveau de détails. L’artiste donne à voir de manière très documentée chaque lieu et chaque élément. Le lecteur peut ainsi prendre le temps de regarder les feuilles des arbres pour en déterminer leur essence, observer les cahutes des villages, ressentir le contraste entre la luxuriance de la forêt et la stérilité du bureau du PDG de Metalurco, voir les rues en terre de Bukavu, la différence de qualité des immeubles entre les beaux quartiers et le quartiers populaires, admirer la baie du lac Kivu, jauger du niveau de luxe de l’ameublement d’une des résidences du vice-gouverneur du sud-Kivu, visiter l’hôpital de Panzi, avoir un bref aperçu d’une mine, arriver dans un village qui est la proie des flammes. La mise en couleurs s’avère d’une grande qualité, nourrissant les formes détourées, sans jamais écraser les traits de contour, renforçant la sensation réaliste. Tout du long du récit, y compris dans les quelques moments d’action, l’artiste reste dans un registre naturaliste, sans exagération dramatique, ou accentuation des mouvements pour un effet spectaculaire. Grâce à la narration visuelle, le récit s’apparente par moments à un reportage, avec des personnages qui expliquent en détail la situation politique ou économique. Le lecteur peut ainsi se fier à ce qui est montré en termes de tenues vestimentaires en particulier militaires ou paramilitaires, de véhicules, et bien sûr d’armes. Il apprécie particulièrement la sensibilité avec laquelle le dessinateur représente les moments de violence et de comportements abjects. Il n’y a aucune complaisance, ni aucun voyeurisme malsain dans ces pages : dans le même temps, les dessins indiquent clairement ce qui se passe, que ce soit une tentative de viol, une jeune fille renversée par une voiture, une tentative d’intimidation à coup de matraque, un corps tuméfié après avoir subi le troisième degré, etc. Le lecteur n’est pas pris en otage par les images, tout en ne pouvant pas ignorer les brutalités, et pire encore. Le lecteur se retrouve ainsi dans cette région du monde, des environnements concrets et réalistes, à côtoyer des individus tout aussi plausibles et humains. Conscient de la nature de l’ouvrage, il accueille bien volontiers les phases d’exposition pour en apprendre plus sur ce pays, sur le coltan et la cassitérite, sur le docteur Denis Mukewege et l’hôpital de Panzi, sur les massacres insoutenables, et sur les conséquences des tortures barbares. Mine de rien, le scénariste sait intégrer de nombreuses facettes de la situation, la sensation initiale de manichéisme propre au récit d’aventure disparaissant progressivement, au fur et à mesure que le lecteur assimile l’ampleur des abominations, tellement énormes qu’elles ne peuvent qu’être relatées par étape. Après tant d’horreur, la conclusion du récit aborde un autre aspect de la situation, bien nécessaire au lecteur pour reprendre pied. Le dispositif narratif de l’aventure qui semblait convenu et en léger décalage apparaît alors comme adapté et constructif, entre colonne vertébrale permettant d’intégrer l’exposition des informations de type documentaire, et dynamique émotionnelle élégante. Sous réserve d’avoir conscience de la nature du récit, une immersion dans une région de la République Démocratique du Congo dont les richesses minières attisent les convoitises d’exploiteurs de la pire espèce, le lecteur découvre une trame très classique d’aventure, permettant d’exposer les informations afférentes. La narration visuelle présente une grande rigueur et une grande richesse, rehaussant l’approche documentaire et réaliste. Au final, le lecteur apprécie d’avoir fait ce voyage avec un adulte idéaliste et téméraire, ce qui permet de mieux supporter la réalité des abominations et des exactions.
Belem
Dessin et couleurs nulles : du sous, mais vraiment sous-Bourgeon ! Les personnages, je me forçais à lire mais en vérité, m'en moquais totalement, et ai arrêté avant la fin. J'aurais vite oublié la BD mais Belem sonne bien, et dans l'ambiance BD après avoir avisé Daemon… je me suis dit, et si je sabordais ce truc, ni fait ni à faire ? Encore une belle couverture n'ouvrant que sur du vide. Je vais noter au prix de l'encre, pas de l'ancre !