J'ai récemment acquis ce volume. Je connaissais déjà auparavant beaucoup des dessins, surtout les idées noires de Franquin. Mais ce fut agréable de découvrir de petits trésors disséminés à travers les nombreuses pages: des dessins de Bilal, Moebius, Rosinsky, Tardi et bien d'autres. Mon appréciation la plus positive va aux couvertures, aux en-têtes délirants de Franquin. Quelque chose tenté plus tard dans (A suivre), sans toutefois rencontrer le même succès. Je recommande la consultation et l'achat éventuel, en prévoyant de l'espace libre dans votre bibliothèque.
Ayant lu les romans du Petit Nicolas dans ma jeunesse, j'étais curieux de voir quelles formes avaient initialement prises les idées de Sempé et Goscinny, et de mieux comprendre comment le personnage s'est construit avant de devenir celui que je connaissais.
Cela dit, ces gags en une planche ne m'ont globalement pas convaincu. Le dessin de Sempé, encore débutant, apparaît plus raide, moins expressif, et surtout dépourvu du charme et de la finesse qui feront plus tard la force de ses illustrations. Quant à l'humour, il m'a semblé très daté, trop prévisible et convenu, au point de donner régulièrement l'impression de lire des gags extraits de journaux du début du XXe siècle, voire de la fin du XIXe siècle.
La mécanique revient très souvent au même schéma : une petite gaffe de Nicolas qui dégénère en énervement et gaffe plus importante du père (souvent accompagné du voisin), sans réelle surprise dans la chute. Je n'ai pas vraiment ri, à l'exception de la chute du gag sur la course urgente à faire, et j'ai ressenti une certaine platitude dans la mise en scène. J'ai surtout eu l'impression que ce format ne mettait pas en valeur l'écriture de Goscinny telle qu'il réussira à la mettre en scène deux à trois ans plus tard avec les débuts d'Astérix.
C'est d'ailleurs ce que confirment les deux exemples proposés en fin d'album, où les mêmes idées de gag en BD sont reprises sous forme de récits illustrés. Là, grâce à une bien meilleure aisance d'écriture, l'humour fonctionne nettement mieux, les situations prennent plus d'ampleur et les dialogues gagnent en efficacité. Cela met clairement en évidence que Goscinny était bien plus à l'aise dans ce format, ce qui explique sans doute le succès des romans du Petit Nicolas, tandis que ces premières tentatives en BD sont tombées dans l'oubli.
Je retiens donc l'intérêt historique de l'ouvrage et le plaisir de découvrir les origines d'un univers devenu célèbre plus tard. En revanche, en tant que BD pure, j'ai trouvé l'ensemble limité, trop immature sur le plan graphique comme narratif, et finalement peu intéressant en dehors de cette dimension de curiosité.
Ro a très bien résumé l'intrigue, et surtout les gros défauts de celle-ci, qui font que le lecteur est forcé d'accepter bon nombre de facilités et d'improbabilités pour entrer dans ce récit SF, qui bénéficie d'un dessin dynamique et agréable.
Déjà la couverture est mauvaise, dans le sens où elle spoile d'entrée l'essentiel du suspens qui existait dans les vingt premières pages.
Ensuite, si cette aventure se laisse lire, elle m'a rapidement mis de côté, tant intrigue et personnages manquaient de crédibilité, au point que certains passages en sont presque caricaturaux et humoristiques.
Nous suivons une petite famille (un couple et leur fille adolescente) qui vivote de cambriolages, pour survivre dans une société gangrénée par la pollution et la misère. La société Eden Corp propose à ceux qui le peuvent de s'envoler vers une autre planète plus vivable, quelques familles étant tirées au sort pour bénéficier gratuitement de cette échappatoire. Bon, pourquoi pas ? (même si ça sent le déjà vu - voir par exemple le début de la série de Spielberg "Terra Nova").
Mais, dès le départ, on nous présente cette famille comme des champions tous terrains infaillibles : surpris lors d'un cambriolage ils éliminent 5 loubards lourdement armés. L'adolescente n'est pas en reste et, malgré les incessantes remarques de son père qui semble vouloir la surprotéger (c'est répétitif et usant durant tout l'album), elle cogne et tue sans trop se poser de questions.
La suite est une accumulation de facilités parfois risibles.
Notre famille prend la place d'une famille de voisins (coup de bol un couple avec une ado aussi) et sans vrai problème se retrouve dans le vaisseau à leur place.
Une fois dans le vaisseau et l'horrible réalité découverte, nos trois héros vont déjouer toutes les menaces, éliminant gardes et robots (notre ado se révélant une Mc Giver improbable, bricolant à peu près tout sans aucun outil). Au passage, comme dans les pires téléfilms, les gardes menaçant de leurs armes nos héros, palabrent deux heures sans tirer, et bien sûr se font désarmer tranquilou.
Quant aux négociations entre notre trio qui a pris les commandes du vaisseau et la méchante d'Eden Corp restée sur Terre, elles manquent elles aussi de crédibilité : le père reste quasiment jusqu'au bout naïf en croyant les promesses d'Eden Corp, continue à "protéger" sa fille (qui règle bien sûr tous les problèmes pendant ce temps), tandis que les menaces de dépressuriser des parties du vaisseau pour éliminer le trio peinent à convaincre (pourquoi cela n'a-t-il pas été utilisé dès le départ ???).
Enfin, le complot d'Eden Corp en lui-même (tout ça pour dépouiller les victimes - les voyageurs doivent laisser ce qu'ils possèdent à cette société avant d'embarquer, sans que jamais personne ne se pose de questions sur Terre ???), et sa vision malthusienne de la survie terrestre sont eux-aussi hautement improbables.
Bref, c'est une lecture détente - rapide au demeurant - qui pêche beaucoup trop par manque de crédibilité. Si intrigue et personnages avaient été plus nuancés et davantage approfondis, je pense que cela aurait pu donner quelque chose de plus intéressant.
Note réelle 2,5/5.
Dans un cadre préhistorique situé au mésolithique, Euy, une jeune fille aux yeux vairons, est bannie de son village d'adoption après la disparition de son protecteur. Elle se retrouve livrée à elle-même et s'attache à un personnage ambigu, mi-sorcier mi-barde, rusé et manipulateur mais finalement pas si malveillant.
Au premier abord, cette BD laisse une impression assez déroutante. Le dessin, volontairement simple, presque enfantin, et le personnage d'Euy, très spontané, instinctif, avec une manière de s'exprimer volontairement approximative, presque mal dégrossie, donnent au départ le sentiment d'un récit soit très jeunesse, soit un peu simpliste.
Et pourtant, passé cette première impression, l'album révèle discrètement son intelligence. Derrière cette apparente candeur se construit un univers étonnamment cohérent et riche, qui propose une vision de la préhistoire à la fois fantaisiste et pourtant crédible. On y découvre différentes tribus, chacune avec ses coutumes, ses manières de parler, ses niveaux de développement technique, dans un monde où coexistent échanges, conflits, commerce et même formes d'esclavage. Le tout reste rudimentaire, mais sonne juste, comme une interprétation vivante et incarnée de ce que pouvaient être ces sociétés humaines en construction.
Le travail sur le langage est d'ailleurs intéressant. Sans chercher de vraie rigueur linguistique, l'auteur s'amuse avec les mots, les manières de s'exprimer, et donne à chaque groupe une identité propre. Cela peut déstabiliser et paraitre arbitraire au début, mais quand on constate qu'il y a une vraie logique dans les manières de parler de chacun, cela participe à l'immersion et à la singularité du récit.
Sur le plan narratif, l'histoire prend la forme d'un parcours initiatique teinté d'aventure. La relation entre les deux personnages principaux, faite de méfiance, d'intérêt mutuel et d'une forme d'attachement progressif, porte une bonne partie du récit. Les péripéties s'enchaînent avec énergie, parfois avec des touches d'humour ou des situations un peu absurdes, mais l'ensemble conserve sa propre cohérence.
Ce mélange de naïveté apparente et de richesse de fond donne une BD tous publics assez singulière, qui demande un petit temps d'adaptation mais qui finit par convaincre. Une vision de la préhistoire colorée, vivante et inventive, qui parvient à être à la fois accessible et étonnamment nuancée derrière son voile de loufoquerie.
Note : 3,5/5
Tome 1 : Une sorte de tranche de vie d'une communauté rurale dans le Québec des années 20. On suit le personnage principal, Marie, qui vient de perdre son mari. tout deux tenaient le magasin général, sorte de point névralgique du village, isolé de la ville. Beaucoup de personnages secondaires sont introduits de sorte que le lecteur a parfois du mal à cerner qui est qui... Dans ce tome 1, il n'y a pas de véritable fil conducteur mais on suit le quotidien de la communauté. Niveau dessin, c'est du pur Loisel, le trait un peu épais mais joli, tout comme la mise en couleur. dommage qu'il n'y ait pas de lexique en fin d'ouvrage pour mieux apprécier les expressions québecoises qui sont néanmoins savamment distillées afin que le lecteur français que je suis arrive à suivre et comprendre les échanges.
SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 7/10
GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 7/10
NOTE GLOBALE : 14/20
Tome 2 : le meilleur tome selon moi de la série. On suit ici l'arrivée de Serge et la révolution qu'il va entrainer dans la communauté privée de ses hommes partis plusieurs mois en forêt pour couper du bois.
SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 9/10
GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 7/10
NOTE GLOBALE : 16/20
Tome 3 : suite au retour des hommes, la vie de la communauté prend une tournure inattendue. Je ne m'attendait pas du tout à l'issue finale et au fait que Serge soit homosexuel. Beaucoup d'émotion dans ce tome qui sonne très juste..
SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 8/10
GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 7/10
NOTE GLOBALE : 15/20
Dans un décor très américain, cette série jeunesse mêle action et fantasy autour de deux jeunes héroïnes pleines d'énergie. Charlie, accompagnée de sa voisine Emma, découvre que de nombreux enfants, dont sa propre sœur, se rendent chaque nuit dans un mystérieux monde du Rêve pour affronter des créatures qui menacent directement l'imaginaire humain. Car derrière cette idée assez simple se cache un enjeu bien plus vaste : si ces forces venaient à l'emporter, les conséquences dans le monde réel pourraient être cataclysmiques.
Visuellement, le dessin du canadien Tri Vuong est une réussite. Très dynamique et moderne, il oscille entre le style de l'animation et une esthétique young adult, avec une mise en scène nerveuse qui accompagne bien l'action. L'ensemble dégage une ambiance très comic book, renforcée par le cadre américain et par le rythme soutenu du récit.
Ce premier tome mise clairement sur l'énergie et l'immersion plutôt que sur les explications. Le monde du Rêve est présenté comme une sorte de réalité parallèle, à la fois chaotique et organisée, avec des accents presque paramilitaires, sans que ses règles ou ses enjeux soient réellement clarifiés. On suit les héroïnes dans leur découverte en restant volontairement dans le flou, ce qui peut être à la fois intrigant et un peu frustrant. Il en va de même pour les éléments plus inquiétants, comme les corbeaux du Grand Kontrol, dont les tenues évoquent celles de Jin-Roh et qui laissent planer une menace encore assez opaque à ce stade du récit.
Le duo d'héroïnes fonctionne bien, notamment grâce au personnage d'Emma, voisine débrouillarde et inventive qui n'est pas sans rappeler le Data du film Les Goonies, avec ses gadgets bricolés et son enthousiasme communicatif. Cette dynamique apporte fraîcheur et humour à l'ensemble.
On se laisse facilement emporter par le rythme et l'énergie de cette série, mais ce premier tome donne surtout le sentiment d'une mise en place encore nébuleuse. Reste à voir si la suite parviendra à éclaircir les enjeux et à donner une véritable cohérence à cet univers riche mais encore très flou.
J'ai lu cette BD peu après La Tour de Babel - Voyages au coeur du grand bazar européen et je trouve qu'on a le même genre de BD, ce qui m'a fait ressortir encore plus les défauts.
Le premier d'entre eux, c'est ce gimmick qui m'agace de mettre deux personnages dont l'un explique à l'autre ce qu'il faut comprendre. C'est assez souvent une façon un peu fainéante de faire passer le message par des dialogues qui mettent un des personnages en avatar du lecteur, mais plusieurs BD que j'ai lu parviennent à faire mieux en imaginant quelque chose de plus ludique ou créatif narrativement. Le gros souci que j'ai avec, c'est qu'ici encore les explications sont souvent parasitées par les facéties d'un personnage qui s'amuse en arrière plan, comme si l'autrice avait peur de lasser par des explications rébarbatives et donc en laissant un peu d'amusement passer dans ces planches. Sauf qu'en tant que lecteur, ça me fait lire souvent deux fois la même planche, une fois pour comprendre le propos qui est dense, une fois pour apprécier ce qui est dit derrière dans les personnages rigolos. Cet artifice est souvent lourd dans la lecture puisqu'il casse une fluidité que j'attends de la BD.
Maintenant, le propos de la BD est intéressant sur ce fameux conseil constitutionnel, organisme garant de l’État de droit et qui semble sacrément intéressant en notre temps (je dis ça comme ça ...). Je ne connaissais pas toutes ses prérogatives ni son histoire, mais c'est intéressant. D'ailleurs je crois que cette BD complète bien d'autres ouvrages sur notre démocratie et les arcanes législatives qui gèrent notre vie. C'est dommage que la réalisation ne soit pas suffisamment léché pour arriver à faire ressentir l'essentiel de ce conseil constitutionnel, notamment par des schémas ou des métaphores bien senties qui font passer clairement l'essentiel de ces informations. J'ai quelques bribes en tête mais la majorité est déjà en train de s'effacer et la BD ne m'a pas suffisamment convaincu pour que je la relise. D'autres BD documentaires m'ont fait ressentir de manière bien plus efficace leurs sujets.
C'est donc une BD intéressante, dont la réalisation est fonctionnelle mais pas extraordinaire que je ne trouve pas particulièrement notable. De fait, la BD est un peu longue pour ce que j'en retiens, et je ne serais pas convaincu qu'il faille la lire. C'est une BD plus intéressante pour des jeunes qui découvrent les rouages de notre état.
Une BD lente sur un choix à faire dans sa vie. La BD commence par l'arrivée de Hélène, une femme d'une quarantaine d'années, chez ses parents. Sa mère a Alzheimer, son père est un peu artiste. La pluie commence à arriver et couper les routes. Elle doit rester pour la nuit. Et puis les questions essentielles arrivent, les discussions importantes aussi ...
La BD est lente, franchement lente, laissant le temps au propos de se développer. Certaines choses prennent sens dans la durée, jusqu'à certains moments clés et souvent muets. On comprend sans avoir besoin de texte pour nous souligner les choses, ce qui est franchement bien, d'autant plus pour un récit intimiste qui raconte les difficultés que traverse cette femme, et notamment la question de la prise de conscience qu'elle doit faire.
Le tout est enrobé dans une histoire de pluie torrentielle et d'eau qui monte. Je ne sais pas trop de quand date l'idée de la BD mais ça m'a fait penser à ces inondations catastrophiques qui ont dévastées la Belgique en 2021. Cette idée introduit quelque chose d'inquiétant, une sorte de métaphore de tout ce qui remonte progressivement et nous isole des autres, mais aussi un refoulement d'émotion qui monte et gagne tout, dévastant nos vies jusqu'à un lever de soleil métaphorique sur une nouvelle étape de la vie. Hélène est une femme meurtrie, qui doit reconnaitre ses échecs et la réalité de ce qu'elle vit, forcée de rester chez ses parents qui sont gagnés par la maladie également.
Le tout est servi par un dessin étrange, avec des têtes que j'ai trouvé trop fixe pendant un long moment avant de comprendre que c'était une volonté de l'auteur, puisque Hélène va progressivement changer de tête et se dérider, tout en s'ouvrant aux autres. L'air hautain est une défense qu'elle adopte pour survivre.
En fait, en écrivant l'avis, j'ai un meilleur souvenir que la première impression que j'avais en écrivant l'avis. C'est une BD qui reste simple dans son déroulé, lent mais pas chiant, avec un rendu final plutôt tendre. Je vois quelques défauts, dont le principal selon moi est la disparition des parents étrangement fantastique. Je comprend que c'est une façon de continuer la métaphore du récit, mais cette disparition est si brusque et irréelle (presque irréaliste) qu'elle fait un peu tâche face au reste du récit qui est très réaliste. Cependant, en dehors de cette note que j'ai trouvé de trop, le reste est franchement bien tenu et arrive à me marquer plus que je n'aurais cru. En fin de compte je serais plus modéré dans ma note et mon avis, enclin à vous conseiller cette BD finalement.
Du bon post apo qui tâche, de la série B de qualité.
Cette bande est largement ignorée et pourtant c'est un très bon recueil d'histoires courtes qui n'a pas à rougir face aux autres productions de la catégorie SF post apo.
Le trait de Rubio, qui fait très années 90, est plein de charme.
Si on veut chercher la petite bête, cette bande se lit assez vite étant donné qu'on compte seulement 42 pages.
Lecture recommandée.
Je note large pour le dessin superbe et l'enthousiasme qui m'a porté tout au long de ma lecture, dans une ambiance parfaitement orchestrée entre son hommage et son propos.
Parce que cette histoire est avant tout un bel hommage à la fantasy pulp des années 30, clairement inspiré de la vie de Robert E. Howard et son célèbre Conan, mais pas seulement puisqu'il y a aussi l'esthétique renvoyant au comics pulp, notamment l'héroïne qui rappelle pas mal Red Sonja. C'est surtout cet hommage qui se ressent, mais l'esthétique de la BD en envoie plein les mirettes, entre les couvertures magnifiques, le dessin coloré et rappelant les bons vieux designs de fantasy héroïque de ces années-là, sans jamais faire dans le plagiat ni dans la reprise sans originalité. La dessinatrice s'est fait plaisir en mélangeant différents styles visuels, chacun absorbé et digéré, jamais saugrenue. C'est clairement une maitrise de sa part, avec la combinaison de tout ce qu'il veut référencer suffisamment bien mélangé pour qu'on ne voit pas uniquement là quelque chose de forcé. Ce dessin est un excellent point, si ce n'est le meilleur, de cette BD.
Pour autant, la BD n'est pas en reste sur l'histoire, prenante jusqu'au bout. C'est une histoire qui démarre doucement, avec cet interview d'une vieille femme par un type que je pensais plus important qu'il ne l'est finalement. Mais très vite, on comprend que ce sera une histoire scindée en deux parties : la narration de cette vieille femme, entrecoupée des cassettes enregistrées qui voyagent de propriétaire en propriétaire. Le tout est entrainant avec l'introduction progressive de ce monde de fantasy débridé, sans règles et qui ne se laisse jamais cerner ou appréhender totalement. L'histoire reste celle de cette gouvernante qui n'y va jamais, se contenant de tenir le rôle qu'on lui a donné tout en acceptant parfois de sortir de celui-ci pour obliger quelqu'un à se bouger.
Le seul défaut que je vois à cette histoire est là toute fin, qui semble montrer l'importance de ces histoires certes mais qui se finit sans réellement avoir de point final. C'est dommage, même si je comprends la portée de ce message : les histoires comme celles-ci ne s'arrêtent jamais et leurs héros vivent encore à travers nous. Cependant, je trouve que la fin est abrupte, pas spécialement marquante et peut-être un peu trop cryptique. La dernière planche semble vouloir dire quelque chose mais je n'ai pas compris quoi.
Bref, la BD est riche visuellement et franchement intéressante, prenante dans un récit épique mais aussi intime. C'est franchement bon, avec un dépaysement qui fait plaisir et me donnerait envie de revoir cette fantasy grand spectacle, débridée, s'autorisant tout et n'importe quoi pour faire rêver et proposer une inventivité de chaque instant. Bref, j'ai passé un excellent moment de lecture même si la fin m'a un peu déçu. Donc lecture conseillée !
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Le Trombone Illustré
J'ai récemment acquis ce volume. Je connaissais déjà auparavant beaucoup des dessins, surtout les idées noires de Franquin. Mais ce fut agréable de découvrir de petits trésors disséminés à travers les nombreuses pages: des dessins de Bilal, Moebius, Rosinsky, Tardi et bien d'autres. Mon appréciation la plus positive va aux couvertures, aux en-têtes délirants de Franquin. Quelque chose tenté plus tard dans (A suivre), sans toutefois rencontrer le même succès. Je recommande la consultation et l'achat éventuel, en prévoyant de l'espace libre dans votre bibliothèque.
Le Petit Nicolas
Ayant lu les romans du Petit Nicolas dans ma jeunesse, j'étais curieux de voir quelles formes avaient initialement prises les idées de Sempé et Goscinny, et de mieux comprendre comment le personnage s'est construit avant de devenir celui que je connaissais. Cela dit, ces gags en une planche ne m'ont globalement pas convaincu. Le dessin de Sempé, encore débutant, apparaît plus raide, moins expressif, et surtout dépourvu du charme et de la finesse qui feront plus tard la force de ses illustrations. Quant à l'humour, il m'a semblé très daté, trop prévisible et convenu, au point de donner régulièrement l'impression de lire des gags extraits de journaux du début du XXe siècle, voire de la fin du XIXe siècle. La mécanique revient très souvent au même schéma : une petite gaffe de Nicolas qui dégénère en énervement et gaffe plus importante du père (souvent accompagné du voisin), sans réelle surprise dans la chute. Je n'ai pas vraiment ri, à l'exception de la chute du gag sur la course urgente à faire, et j'ai ressenti une certaine platitude dans la mise en scène. J'ai surtout eu l'impression que ce format ne mettait pas en valeur l'écriture de Goscinny telle qu'il réussira à la mettre en scène deux à trois ans plus tard avec les débuts d'Astérix. C'est d'ailleurs ce que confirment les deux exemples proposés en fin d'album, où les mêmes idées de gag en BD sont reprises sous forme de récits illustrés. Là, grâce à une bien meilleure aisance d'écriture, l'humour fonctionne nettement mieux, les situations prennent plus d'ampleur et les dialogues gagnent en efficacité. Cela met clairement en évidence que Goscinny était bien plus à l'aise dans ce format, ce qui explique sans doute le succès des romans du Petit Nicolas, tandis que ces premières tentatives en BD sont tombées dans l'oubli. Je retiens donc l'intérêt historique de l'ouvrage et le plaisir de découvrir les origines d'un univers devenu célèbre plus tard. En revanche, en tant que BD pure, j'ai trouvé l'ensemble limité, trop immature sur le plan graphique comme narratif, et finalement peu intéressant en dehors de cette dimension de curiosité.
Eden Corp
Ro a très bien résumé l'intrigue, et surtout les gros défauts de celle-ci, qui font que le lecteur est forcé d'accepter bon nombre de facilités et d'improbabilités pour entrer dans ce récit SF, qui bénéficie d'un dessin dynamique et agréable. Déjà la couverture est mauvaise, dans le sens où elle spoile d'entrée l'essentiel du suspens qui existait dans les vingt premières pages. Ensuite, si cette aventure se laisse lire, elle m'a rapidement mis de côté, tant intrigue et personnages manquaient de crédibilité, au point que certains passages en sont presque caricaturaux et humoristiques. Nous suivons une petite famille (un couple et leur fille adolescente) qui vivote de cambriolages, pour survivre dans une société gangrénée par la pollution et la misère. La société Eden Corp propose à ceux qui le peuvent de s'envoler vers une autre planète plus vivable, quelques familles étant tirées au sort pour bénéficier gratuitement de cette échappatoire. Bon, pourquoi pas ? (même si ça sent le déjà vu - voir par exemple le début de la série de Spielberg "Terra Nova"). Mais, dès le départ, on nous présente cette famille comme des champions tous terrains infaillibles : surpris lors d'un cambriolage ils éliminent 5 loubards lourdement armés. L'adolescente n'est pas en reste et, malgré les incessantes remarques de son père qui semble vouloir la surprotéger (c'est répétitif et usant durant tout l'album), elle cogne et tue sans trop se poser de questions. La suite est une accumulation de facilités parfois risibles. Notre famille prend la place d'une famille de voisins (coup de bol un couple avec une ado aussi) et sans vrai problème se retrouve dans le vaisseau à leur place. Une fois dans le vaisseau et l'horrible réalité découverte, nos trois héros vont déjouer toutes les menaces, éliminant gardes et robots (notre ado se révélant une Mc Giver improbable, bricolant à peu près tout sans aucun outil). Au passage, comme dans les pires téléfilms, les gardes menaçant de leurs armes nos héros, palabrent deux heures sans tirer, et bien sûr se font désarmer tranquilou. Quant aux négociations entre notre trio qui a pris les commandes du vaisseau et la méchante d'Eden Corp restée sur Terre, elles manquent elles aussi de crédibilité : le père reste quasiment jusqu'au bout naïf en croyant les promesses d'Eden Corp, continue à "protéger" sa fille (qui règle bien sûr tous les problèmes pendant ce temps), tandis que les menaces de dépressuriser des parties du vaisseau pour éliminer le trio peinent à convaincre (pourquoi cela n'a-t-il pas été utilisé dès le départ ???). Enfin, le complot d'Eden Corp en lui-même (tout ça pour dépouiller les victimes - les voyageurs doivent laisser ce qu'ils possèdent à cette société avant d'embarquer, sans que jamais personne ne se pose de questions sur Terre ???), et sa vision malthusienne de la survie terrestre sont eux-aussi hautement improbables. Bref, c'est une lecture détente - rapide au demeurant - qui pêche beaucoup trop par manque de crédibilité. Si intrigue et personnages avaient été plus nuancés et davantage approfondis, je pense que cela aurait pu donner quelque chose de plus intéressant. Note réelle 2,5/5.
Euy
Dans un cadre préhistorique situé au mésolithique, Euy, une jeune fille aux yeux vairons, est bannie de son village d'adoption après la disparition de son protecteur. Elle se retrouve livrée à elle-même et s'attache à un personnage ambigu, mi-sorcier mi-barde, rusé et manipulateur mais finalement pas si malveillant. Au premier abord, cette BD laisse une impression assez déroutante. Le dessin, volontairement simple, presque enfantin, et le personnage d'Euy, très spontané, instinctif, avec une manière de s'exprimer volontairement approximative, presque mal dégrossie, donnent au départ le sentiment d'un récit soit très jeunesse, soit un peu simpliste. Et pourtant, passé cette première impression, l'album révèle discrètement son intelligence. Derrière cette apparente candeur se construit un univers étonnamment cohérent et riche, qui propose une vision de la préhistoire à la fois fantaisiste et pourtant crédible. On y découvre différentes tribus, chacune avec ses coutumes, ses manières de parler, ses niveaux de développement technique, dans un monde où coexistent échanges, conflits, commerce et même formes d'esclavage. Le tout reste rudimentaire, mais sonne juste, comme une interprétation vivante et incarnée de ce que pouvaient être ces sociétés humaines en construction. Le travail sur le langage est d'ailleurs intéressant. Sans chercher de vraie rigueur linguistique, l'auteur s'amuse avec les mots, les manières de s'exprimer, et donne à chaque groupe une identité propre. Cela peut déstabiliser et paraitre arbitraire au début, mais quand on constate qu'il y a une vraie logique dans les manières de parler de chacun, cela participe à l'immersion et à la singularité du récit. Sur le plan narratif, l'histoire prend la forme d'un parcours initiatique teinté d'aventure. La relation entre les deux personnages principaux, faite de méfiance, d'intérêt mutuel et d'une forme d'attachement progressif, porte une bonne partie du récit. Les péripéties s'enchaînent avec énergie, parfois avec des touches d'humour ou des situations un peu absurdes, mais l'ensemble conserve sa propre cohérence. Ce mélange de naïveté apparente et de richesse de fond donne une BD tous publics assez singulière, qui demande un petit temps d'adaptation mais qui finit par convaincre. Une vision de la préhistoire colorée, vivante et inventive, qui parvient à être à la fois accessible et étonnamment nuancée derrière son voile de loufoquerie. Note : 3,5/5
Magasin général
Tome 1 : Une sorte de tranche de vie d'une communauté rurale dans le Québec des années 20. On suit le personnage principal, Marie, qui vient de perdre son mari. tout deux tenaient le magasin général, sorte de point névralgique du village, isolé de la ville. Beaucoup de personnages secondaires sont introduits de sorte que le lecteur a parfois du mal à cerner qui est qui... Dans ce tome 1, il n'y a pas de véritable fil conducteur mais on suit le quotidien de la communauté. Niveau dessin, c'est du pur Loisel, le trait un peu épais mais joli, tout comme la mise en couleur. dommage qu'il n'y ait pas de lexique en fin d'ouvrage pour mieux apprécier les expressions québecoises qui sont néanmoins savamment distillées afin que le lecteur français que je suis arrive à suivre et comprendre les échanges. SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 7/10 GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 7/10 NOTE GLOBALE : 14/20 Tome 2 : le meilleur tome selon moi de la série. On suit ici l'arrivée de Serge et la révolution qu'il va entrainer dans la communauté privée de ses hommes partis plusieurs mois en forêt pour couper du bois. SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 9/10 GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 7/10 NOTE GLOBALE : 16/20 Tome 3 : suite au retour des hommes, la vie de la communauté prend une tournure inattendue. Je ne m'attendait pas du tout à l'issue finale et au fait que Serge soit homosexuel. Beaucoup d'émotion dans ce tome qui sonne très juste.. SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 8/10 GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 7/10 NOTE GLOBALE : 15/20
Les Grands Rêveurs
Dans un décor très américain, cette série jeunesse mêle action et fantasy autour de deux jeunes héroïnes pleines d'énergie. Charlie, accompagnée de sa voisine Emma, découvre que de nombreux enfants, dont sa propre sœur, se rendent chaque nuit dans un mystérieux monde du Rêve pour affronter des créatures qui menacent directement l'imaginaire humain. Car derrière cette idée assez simple se cache un enjeu bien plus vaste : si ces forces venaient à l'emporter, les conséquences dans le monde réel pourraient être cataclysmiques. Visuellement, le dessin du canadien Tri Vuong est une réussite. Très dynamique et moderne, il oscille entre le style de l'animation et une esthétique young adult, avec une mise en scène nerveuse qui accompagne bien l'action. L'ensemble dégage une ambiance très comic book, renforcée par le cadre américain et par le rythme soutenu du récit. Ce premier tome mise clairement sur l'énergie et l'immersion plutôt que sur les explications. Le monde du Rêve est présenté comme une sorte de réalité parallèle, à la fois chaotique et organisée, avec des accents presque paramilitaires, sans que ses règles ou ses enjeux soient réellement clarifiés. On suit les héroïnes dans leur découverte en restant volontairement dans le flou, ce qui peut être à la fois intrigant et un peu frustrant. Il en va de même pour les éléments plus inquiétants, comme les corbeaux du Grand Kontrol, dont les tenues évoquent celles de Jin-Roh et qui laissent planer une menace encore assez opaque à ce stade du récit. Le duo d'héroïnes fonctionne bien, notamment grâce au personnage d'Emma, voisine débrouillarde et inventive qui n'est pas sans rappeler le Data du film Les Goonies, avec ses gadgets bricolés et son enthousiasme communicatif. Cette dynamique apporte fraîcheur et humour à l'ensemble. On se laisse facilement emporter par le rythme et l'énergie de cette série, mais ce premier tome donne surtout le sentiment d'une mise en place encore nébuleuse. Reste à voir si la suite parviendra à éclaircir les enjeux et à donner une véritable cohérence à cet univers riche mais encore très flou.
Dans les couloirs du Conseil constitutionnel
J'ai lu cette BD peu après La Tour de Babel - Voyages au coeur du grand bazar européen et je trouve qu'on a le même genre de BD, ce qui m'a fait ressortir encore plus les défauts. Le premier d'entre eux, c'est ce gimmick qui m'agace de mettre deux personnages dont l'un explique à l'autre ce qu'il faut comprendre. C'est assez souvent une façon un peu fainéante de faire passer le message par des dialogues qui mettent un des personnages en avatar du lecteur, mais plusieurs BD que j'ai lu parviennent à faire mieux en imaginant quelque chose de plus ludique ou créatif narrativement. Le gros souci que j'ai avec, c'est qu'ici encore les explications sont souvent parasitées par les facéties d'un personnage qui s'amuse en arrière plan, comme si l'autrice avait peur de lasser par des explications rébarbatives et donc en laissant un peu d'amusement passer dans ces planches. Sauf qu'en tant que lecteur, ça me fait lire souvent deux fois la même planche, une fois pour comprendre le propos qui est dense, une fois pour apprécier ce qui est dit derrière dans les personnages rigolos. Cet artifice est souvent lourd dans la lecture puisqu'il casse une fluidité que j'attends de la BD. Maintenant, le propos de la BD est intéressant sur ce fameux conseil constitutionnel, organisme garant de l’État de droit et qui semble sacrément intéressant en notre temps (je dis ça comme ça ...). Je ne connaissais pas toutes ses prérogatives ni son histoire, mais c'est intéressant. D'ailleurs je crois que cette BD complète bien d'autres ouvrages sur notre démocratie et les arcanes législatives qui gèrent notre vie. C'est dommage que la réalisation ne soit pas suffisamment léché pour arriver à faire ressentir l'essentiel de ce conseil constitutionnel, notamment par des schémas ou des métaphores bien senties qui font passer clairement l'essentiel de ces informations. J'ai quelques bribes en tête mais la majorité est déjà en train de s'effacer et la BD ne m'a pas suffisamment convaincu pour que je la relise. D'autres BD documentaires m'ont fait ressentir de manière bien plus efficace leurs sujets. C'est donc une BD intéressante, dont la réalisation est fonctionnelle mais pas extraordinaire que je ne trouve pas particulièrement notable. De fait, la BD est un peu longue pour ce que j'en retiens, et je ne serais pas convaincu qu'il faille la lire. C'est une BD plus intéressante pour des jeunes qui découvrent les rouages de notre état.
Après l'orage (Cremers)
Une BD lente sur un choix à faire dans sa vie. La BD commence par l'arrivée de Hélène, une femme d'une quarantaine d'années, chez ses parents. Sa mère a Alzheimer, son père est un peu artiste. La pluie commence à arriver et couper les routes. Elle doit rester pour la nuit. Et puis les questions essentielles arrivent, les discussions importantes aussi ... La BD est lente, franchement lente, laissant le temps au propos de se développer. Certaines choses prennent sens dans la durée, jusqu'à certains moments clés et souvent muets. On comprend sans avoir besoin de texte pour nous souligner les choses, ce qui est franchement bien, d'autant plus pour un récit intimiste qui raconte les difficultés que traverse cette femme, et notamment la question de la prise de conscience qu'elle doit faire. Le tout est enrobé dans une histoire de pluie torrentielle et d'eau qui monte. Je ne sais pas trop de quand date l'idée de la BD mais ça m'a fait penser à ces inondations catastrophiques qui ont dévastées la Belgique en 2021. Cette idée introduit quelque chose d'inquiétant, une sorte de métaphore de tout ce qui remonte progressivement et nous isole des autres, mais aussi un refoulement d'émotion qui monte et gagne tout, dévastant nos vies jusqu'à un lever de soleil métaphorique sur une nouvelle étape de la vie. Hélène est une femme meurtrie, qui doit reconnaitre ses échecs et la réalité de ce qu'elle vit, forcée de rester chez ses parents qui sont gagnés par la maladie également. Le tout est servi par un dessin étrange, avec des têtes que j'ai trouvé trop fixe pendant un long moment avant de comprendre que c'était une volonté de l'auteur, puisque Hélène va progressivement changer de tête et se dérider, tout en s'ouvrant aux autres. L'air hautain est une défense qu'elle adopte pour survivre. En fait, en écrivant l'avis, j'ai un meilleur souvenir que la première impression que j'avais en écrivant l'avis. C'est une BD qui reste simple dans son déroulé, lent mais pas chiant, avec un rendu final plutôt tendre. Je vois quelques défauts, dont le principal selon moi est la disparition des parents étrangement fantastique. Je comprend que c'est une façon de continuer la métaphore du récit, mais cette disparition est si brusque et irréelle (presque irréaliste) qu'elle fait un peu tâche face au reste du récit qui est très réaliste. Cependant, en dehors de cette note que j'ai trouvé de trop, le reste est franchement bien tenu et arrive à me marquer plus que je n'aurais cru. En fin de compte je serais plus modéré dans ma note et mon avis, enclin à vous conseiller cette BD finalement.
Persecution
Du bon post apo qui tâche, de la série B de qualité. Cette bande est largement ignorée et pourtant c'est un très bon recueil d'histoires courtes qui n'a pas à rougir face aux autres productions de la catégorie SF post apo. Le trait de Rubio, qui fait très années 90, est plein de charme. Si on veut chercher la petite bête, cette bande se lit assez vite étant donné qu'on compte seulement 42 pages. Lecture recommandée.
Helen de Wyndhorn
Je note large pour le dessin superbe et l'enthousiasme qui m'a porté tout au long de ma lecture, dans une ambiance parfaitement orchestrée entre son hommage et son propos. Parce que cette histoire est avant tout un bel hommage à la fantasy pulp des années 30, clairement inspiré de la vie de Robert E. Howard et son célèbre Conan, mais pas seulement puisqu'il y a aussi l'esthétique renvoyant au comics pulp, notamment l'héroïne qui rappelle pas mal Red Sonja. C'est surtout cet hommage qui se ressent, mais l'esthétique de la BD en envoie plein les mirettes, entre les couvertures magnifiques, le dessin coloré et rappelant les bons vieux designs de fantasy héroïque de ces années-là, sans jamais faire dans le plagiat ni dans la reprise sans originalité. La dessinatrice s'est fait plaisir en mélangeant différents styles visuels, chacun absorbé et digéré, jamais saugrenue. C'est clairement une maitrise de sa part, avec la combinaison de tout ce qu'il veut référencer suffisamment bien mélangé pour qu'on ne voit pas uniquement là quelque chose de forcé. Ce dessin est un excellent point, si ce n'est le meilleur, de cette BD. Pour autant, la BD n'est pas en reste sur l'histoire, prenante jusqu'au bout. C'est une histoire qui démarre doucement, avec cet interview d'une vieille femme par un type que je pensais plus important qu'il ne l'est finalement. Mais très vite, on comprend que ce sera une histoire scindée en deux parties : la narration de cette vieille femme, entrecoupée des cassettes enregistrées qui voyagent de propriétaire en propriétaire. Le tout est entrainant avec l'introduction progressive de ce monde de fantasy débridé, sans règles et qui ne se laisse jamais cerner ou appréhender totalement. L'histoire reste celle de cette gouvernante qui n'y va jamais, se contenant de tenir le rôle qu'on lui a donné tout en acceptant parfois de sortir de celui-ci pour obliger quelqu'un à se bouger. Le seul défaut que je vois à cette histoire est là toute fin, qui semble montrer l'importance de ces histoires certes mais qui se finit sans réellement avoir de point final. C'est dommage, même si je comprends la portée de ce message : les histoires comme celles-ci ne s'arrêtent jamais et leurs héros vivent encore à travers nous. Cependant, je trouve que la fin est abrupte, pas spécialement marquante et peut-être un peu trop cryptique. La dernière planche semble vouloir dire quelque chose mais je n'ai pas compris quoi. Bref, la BD est riche visuellement et franchement intéressante, prenante dans un récit épique mais aussi intime. C'est franchement bon, avec un dépaysement qui fait plaisir et me donnerait envie de revoir cette fantasy grand spectacle, débridée, s'autorisant tout et n'importe quoi pour faire rêver et proposer une inventivité de chaque instant. Bref, j'ai passé un excellent moment de lecture même si la fin m'a un peu déçu. Donc lecture conseillée !