2.5
Je n'ai jamais été un grand fan de Thorgal, mais il y a quelques albums de la série et des spin-off que je trouve corrects, et cela faisait longtemps que j'avais lu un album Thorgal, alors je me suis dit pourquoi ne pas lire certains albums de cette nouvelle collection où des auteurs peuvent faire ce qu'ils veulent avec l'univers du Viking de l'espace.
On retrouve donc un Thorgal vieux qui vient de perdre sa tendre épouse et qui se retrouve dans le passé après avoir été piégé par le méchant serpent avec un nom trop compliqué pour que je m'en souvienne. On va donc aussi voir Thorgal et Aaricia jeunes, ainsi que le méchant père de cette dernière. Les meilleurs moments sont ceux où l'auteur prend des risques avec l'univers pour se l'approprier. Le problème est que ça se situe au début et à la fin de l'album. Le milieu est une aventure correcte, mais un peu poussive, avec des facilités (Thorgal est encore en forme pour un vieillard !). Ça se termine lorsqu'il se passe un événement qui risque de choquer quelques fans et j'aurais bien aimé voir ce qui se passe ensuite.
Sinon, j'ai bien aimé le dessin qui est dans l'esprit de la série.
Un grand auteur qui se moque des individus comme des groupes là où ça fait mal, comme d'habitude, peut-être un peu plus tendrement, m'a-t-il semblé, pour empathie pour soignants et malades, ou bien je me projette ? Les dessins sont expressifs et uniques même si j'avoue que comme d'habitude, ils ne me plaisent pas beaucoup. Difficile de noter, selon le plaisir ou selon ce qu'on sent de la grandeur de l'œuvre ? Quelque part, on a tous quelque chose de Bretecher au niveau de la socio et de la psycho, et donne moï un nuit gravement à la santé ! Tu iras voir ton boboloque après. Oui, parce que l'auteur ne sait pas que regarder, mais aussi écouter, et qu'elle nous déroule tous nos tics de langage !
Ce n'est pas palpitant mais a le mérite de dédiaboliser les avares - ou économes ? Autrefois, on pensait qu'il ne fallait pas jeter et que "la meilleure maison d'Auvergne s'est fait par l'épargne". De nos jours, on est conduit à dépenser plus qu'on a, avec comme menace le surendettement pouvant faire un grand mal à des individus voire à des nations entières.
Autrefois, on se demandait toujours comme ne pas dépenser, sauf quand on était un noble à Versailles ou autre qui devait tenir son rang avec le recours de se faire donner quelque chose par le roi ou de se marier avec quelque riche roturière tout en la méprisant. Donc, du point de vue d'autrefois, une personne dont nul ne dépendait, ni enfant, ni domestique qui puisse se sentir lésé, une telle personne dépensant peu n'était pas si mal vue que cela.
Et sur un plan plus affectif, si on a eu des grands parents de ce genre sans être avide de leur argent et qu'ils vous ont aimé, on ne juge pas leur avarice monstrueuse. Je trouve que la bd montre bien cette relation de même qu'elle entre dans la logique de la vieille dame.
Enfin, on n'aime pas souvent les avares, mais on ne leur nuit pas trop… Moi, j'attends une bd qui montre combien on pousse les gens à dépenser, et comme cela fait que des malheureux se trouvent mis sous tutelle. Eh oui, on se moque moins de ceux qui dépensent trop ! Mais en revanche, on ne les rate pas, notamment les personnes âgées. Comme je les plaints ! Trop souvent en maison de retraite trop souvent avec des abus et trop souvent sous tutelle… Alors voir une veille avare en liberté, ou même une Carmen Cru, moins réaliste sans doute, mais qui m'a bien amusé, c'est en somme réconfortant.
Luz a déjà publié plusieurs séries qui m’ont vraiment plu, de l’humour Charlie Hebdo (voir l’excellent Les Mégret Gèrent la Ville !) au plus récent et plus sérieux Deux Filles nues, alors que je suis resté davantage sur ma faim pour d’autres publication de cet auteur éclectique.
Cet album se range clairement du côté des déceptions me concernant. En effet, je n’ai jamais réussi à entrer dedans. Je crois n’avoir pas vu le film « Les désaxés », mais j’ai déjà lu ou entendu pas mal de chose sur son tournage, sur les relations entre Miller et Monroe à cette époque. Sans que cela m’ait réellement passionné. Et là, Luz n’est pas parvenu à le faire non plus.
Il faut dire que sa narration est un peu décousue, et que son dessin, pas inintéressant, ne convient pas forcément à ce type de récit. Si certains passages sont plus précis et peaufinés, la majorité des dessins relèvent du dessin de presse, « jetés » sur le papier. Ça n’est pas illisible – je mentirais – mais ça n’aide pas à accrocher une intrigue qui m’a laissé de côté.
Bon, la seconde partie du manga vient officiellement de s'achever hier, j'ai – comme beaucoup – vécu les hauts et les bas de cette seconde partie, pleine de potentiel et pourtant si frustrante dans son exécution. L'histoire a pris fin et je ne sais pas trop quoi penser de sa conclusion (sur laquelle je ne m'étendrais pas puisque ladite fin n'a pas encore été publiée sur papier).
Chainsaw Man est une série chère à mon cœur, facilement mon shonen préféré (la partie 1 en tout cas), ne serait-il pas temps pour moi de mettre à jour mon avis qui m'avait toujours semblé perfectible jusque là ?
Chainsaw Man c'est un récit mêlant “concept loufoque” et "exécution sérieuse", jouant souvent sur les attentes des lecteur-ice-s en allant à contrecourant de certains archétypes narratifs (tout en sachant quand bien amener des scènes plus convenues et dramatiques). Les personnages avec un code d'honneur (ou la façade d'un code d'honneur, a minima) sont souvent contrecarrés par des actes immoraux et/ou inattendus, bon nombre de situations dramatiques sont entrecoupées (voire purement et simplement interrompues) par des interventions décalées, humoristiques comme à la limite de la sociopathie, … Bref, la formule n'est pas nouvelle, on mélange humour et sérieux, moments de tension dramatiques et cassures humoristiques, mais ce qui fait la force de cette série à mes yeux c'est sa narration. Qu'il s'agisse des jolies idées de mise en scène jouant avec la pagination (comme les attaques du démon Malédiction qui proviennent toujours de l'interstice entre les cases ou encore tout le passage avec le démon Ténèbres), du travail sur l'ambiance bien souvent froide et morose du quotidien qui se fait constamment (mais imprévisiblement) percée par des scènes dramatiques, violentes et tragiques, ou encore de la composition et l'enchaînement de certaines cases qui proposent une narration que je trouve personnellement magnifiques, j'aime énormément la forme de cette série.
L'univers est suffisamment complexe dans ses enjeux et simple dans sa forme et son fonctionnement pour que le tout nous semble concret, que l'on se sente investi dedans. Ce monde pourrait être le nôtre (dans les années 90, certes) sauf qu'il s'agit d'une sorte d'uchronie où la quasi-totalité de l'histoire du monde reste inchangée… si ce n'est le fait qu'il existe une dimension infernale parallèle à la nôtre ! Dans cet enfer vivent les démons, tous-tes lié-e-s à un concept et donc né-e-s des esprits humains – de leurs peurs, plus précisément. Plus un concept est craint, plus le démon qui lui est associé se verra puissant, complexe aussi (il y a des strates d'intelligences et une sorte de chaîne alimentaire qui se crée parmi elleux). Rien à craindre pour l'humanité sur le papier, les deux mondes sont hermétiques (sauf cas extrêmement rare de démon pouvant passer de l'un à l'autre), mais le hic c'est que les démons possèdent un cycle de réincarnation bien particulier : tant que le concept associé existe lae démon-ne est immortel-le et renaîtra toujours (l'être, la conscience, l'incarnation précédente du démon n'est plus, mais un nouveau prendra immédiatement sa place) en alternant entre les deux plans d'existence. Si un démon meurt en enfer, sa prochaine incarnation naîtra sur Terre (et vice-versa). Les démons passant leur temps à s'entretuer, la grande majorité d'entre elleux va donc régulièrement se retrouver sur Terre à un moment de leur cycle de réincarnation. Les sociétés humaines sont donc en tout point similaires aux nôtres, si ce n'est que tout le monde est habitué à ce qu'à tout moment un massacre ait lieu et que des groupes (gouvernementaux comme privés) de “devil hunters” aient été mis en place pour assurer au mieux la sécurité des êtres humains.
Avec une telle prémisse on pourrait s'attendre à un récit sur le conflit entre les humains et les démons, une mise en parallèle entre les deux espèces se concluant par le fait qu'après tout elles ne seraient pas si différentes, mais en fait pas vraiment. Les démon-ne-s ont vraiment un fonctionnement mental différent des êtres humains, n'ont pas une conception morale similaire (on insiste là-dessus plusieurs fois), et même si de nombreux passages s'interprètent facilement comme une sorte de "après tout les humains sont tout aussi cruels que les démons" le récit se centre surtout sur la condition humaine au-delà du conflit inter-espèce. Les thèmes les plus évidents de la série sont son propos sur la société (japonaise, ça se passe au Japon) étouffante et aliénante qui déshumanise au possible au nom d'un fonctionnement “optimal”, la fascination/relation qu'ont certains démons avec l'humanité ou encore tout simplement l'impossibilité de créer un monde juste et humain. Les personnages sont tous bien loin de la figure héroïque, iels sont cruel-le-s, pathétiques, égoïstes mais indéniablement humains dans leurs imperfections. Notre protagoniste Denji s'en fiche pas mal de sauver le monde (si ce n'est si son petit monde à lui est impacté), n'a pas vraiment de code d'honneur et souhaite plus que tout sortir avec une fille (voire même coucher avec une fille – disons que le bonhomme confond tout du long son besoin de contact humain avec sa libido exacerbée). Denji s'en fiche des règles, des punitions, de la souffrance même (selon une certaine mesure), tout ce qui lui importe c'est de vivre une vie meilleure qu'avant, de protéger les gens qui lui sont chers (au détriment d'inconnu-e-s s'il le faut), il est loin de la figure exemplaire, et pourtant son sincère désir de créer des liens, les amitiés qu'il se forge et ses déboires successifs, le rendent extrêmement attachant.
Voilà, ça c'est la force de la première partie de Chainsaw Man, celle qui m'avait fait tomber amoureuse de cette histoire, de ces personnages (car même les plus abjects et petits sont marquants et intéressants), c'est un récit d'apparence foutraque mélangeant "comédie déjantée", “bastonnades gores” et “moments et relations tragiques” qui se révèle en fait surprenamment complexe.
Mais pourtant, malgré la fin (certes ouverte) on ne peut plus satisfaisante de cette première partie, une seconde a vu le jour.
Je tiens à préciser que la deuxième partie n'a rien de mauvais à ses débuts, elle est même très bien faite je trouve. L'idée d'introduire un second protagoniste à la série en la personne d'Asa, une adolescente névrosée et asociale propulsée malgré elle dans une quête cruelle et violente, était une jolie façon de redonner un second souffle à la série, une nouvelle histoire dans la continuité de la précédente, mais possédant tout de même sa propre identité. Les autres nouveaux personnages ne sont pas en reste, il y en a des particulièrement intéressants et prometteurs, mais c'est justement bien le problème. Prometteurs. Je n'ai pas boudé ma lecture de cette deuxième partie, les personnages ont énormément de potentiel, de nombreuses idées fortement intéressantes sont disséminées de ci de là dans les chapitres, mais rien ne mène vraiment nulle part. Encore une fois je ne spoilerais rien sur le final, mais je me contenterais tout de même de dire "tout ça pour ça ?". Ce n'est pas inintéressant, c'est juste bâclé.
Fort à parier que Fujimoto a fait un bon gros burn-out lors de cette deuxième partie, le dessin devient moins précis, moins lisible aussi parfois, de nombreuses sous-intrigues sont abandonnées sans raison, le rythme final ne prend pas le temps de se poser.
Malheureusement cette deuxième partie est une déception. Malheureusement cette deuxième partie est la conclusion, la note finale, ce qu'il nous reste.
Cette série reste importante à mes yeux, sa première partie reste un récit que je recommande avec joie, mais il est vrai que je ne saurais si je devrais recommander la seconde partie. Est-ce que la présence de bons personnages et intrigues en son sein vaut le coup d'œil si au final tout ça ne mène à rien ?
Je garde ma note à quatre étoiles, je ne regrette pas non plus mon coup de cœur, mais je me sens sincèrement flouée avec cette conclusion “finale”…
PS : Asa, tu méritais mieux ma pauvre…
Dans un futur où l'humanité s'est réfugiée sur Mars, une femme endeuillée, réfugiée dans un vieux château, tente de ramener sa fille à la vie avec l'aide d'un scientifique contraint de repousser les limites de la biologie.
Graphiquement, c'est une vraie réussite. Le dessin est somptueux, avec un travail de hachures et de rayures qui évoque fortement la gravure ancienne. Ce style donne une identité visuelle très forte à l'album, à la fois froide, précise et profondément immersive. Cela m'a rappelé le travail d'Andreas sur Cromwell Stone que j'adore, avec cette même capacité à créer une atmosphère dense et presque hypnotique.
Profitant de ce superbe dessin, j'ai beaucoup apprécié les deux premiers tiers de l'album. L'intrigue y est posée avec rigueur, dans un cadre intrigant et maîtrisé, presque hors du temps, et je me suis laissé porter sans difficulté malgré un certain classicisme et un lien avec Frankenstein parfois un peu trop appuyé. J'ai en revanche eu plus de mal à percevoir clairement le rattachement à l'univers de Niourk, au point de le trouver assez artificiel dans un premier temps, comme s'il s'agissait davantage d'un prétexte que d'une véritable continuité.
Malheureusement, le dernier tiers de l’album m'a complètement déçu. Le récit bascule dans quelque chose de beaucoup plus excessif et, à mes yeux, beaucoup moins maîtrisé. L'intrigue prend une tournure presque série B, mêlant horreur et science-fiction de manière grossière, où tout devient possible et surtout trop facile pour l'antagoniste. C'est trop irréaliste et surtout en décalage total avec l'élégance et la retenue de la première partie.
Cela me laisse sur une impression contrastée, entre la fascination d'un début captivant, porté par une direction artistique remarquable et une ambiance maîtrisée, et la forte déception d'une conclusion qui dilue tout ce qui faisait la force du récit pour basculer dans quelque chose de presque grotesque et facile. Au final, c'est la déception qui prime à mes yeux.
note : 2,5/5
J'aurais vraiment aimé aimer cette BD. D'abord parce que j'apprécie beaucoup le dessin de Clarke, y compris lorsqu'il adopte un style plus réaliste comme ici, et ensuite parce que les récits de science-fiction, en particulier ceux qui jouent avec le temps et les concepts complexes, font clairement partie de mes lectures de prédilection.
Sur le papier, ça aurait pu me plaire : une invasion extraterrestre d'un genre particulier, des phénomènes temporels, des enfants cobayes transformés en génies capables de résoudre l'impossible… Mais très vite, j'ai eu une impression de déjà-vu assez marquée. Le concept des jeunes surdoués manipulés rappelle beaucoup d'autres œuvres, tout comme l'idée d'une menace alien incompréhensible jouant avec le temps, ou encore celle de personnages capables d'anticiper toutes les probabilités pour parvenir à leurs fins. L'ensemble donne le sentiment d'un assemblage de thématiques déjà largement explorées ailleurs, sans véritable proposition nouvelle.
Cela aurait pu passer si la narration avait réussi à m'accrocher, mais c'est justement là que le bât blesse. Le récit est très décousu, multipliant les scènes courtes qui s'enchaînent sans toujours de lien évident, avec des transitions abruptes qui ne m'ont pas vraiment perdu mais un peu agacé. On passe d'un lieu à un autre, d'une situation à une autre, sans toujours comprendre immédiatement ce qui se joue, ni à quel moment on se situe. Cette construction finit par empêcher toute implication émotionnelle, d'autant que les personnages, en particulier les cinq jeunes cobayes, restent très peu développés et assez interchangeables.
Les dialogues n'aident pas non plus, notamment lorsqu'ils cherchent à souligner le génie des personnages à coups de répliques un peu trop appuyées et artificielles. Cela sonne souvent faux et renforce la distance avec le récit.
Reste ce voile de mystère qui pousse malgré tout à continuer la lecture pour comprendre où tout cela mène. Mais là encore, la promesse n'est pas tenue. La résolution arrive tardivement et de manière assez bancale, avec des explications peu claires qui donnent davantage l'impression d'un enchevêtrement confus que d'un véritable aboutissement maîtrisé.
Malgré de bonnes intentions et un univers qui aurait pu fonctionner, je suis resté à distance de ce récit trop fragmenté et trop familier dans ses thèmes, dont la conclusion, loin d'éclairer l'ensemble, renforce surtout mon sentiment de déception.
BD humoristique sur le joli sujet de la désobéissance civile. La plutôt vilaine couverture annonce fort bien la couleur et si le sujet des ZAD sera à l'honneur, il est à craindre que son traitement soit pour le moins léger sinon bien caricatural et dépassionné.
De passion idéologique, il ne sera en effet nullement question ici. Si le récit évoque la désobéissance civile, c'est en réponse à un drame intime que les auteurs dénoueront à la manière d'un Zidrou, sous l'angle de la chronique douce-amère, en fin d'histoire, afin de créer un bien artificiel moteur à l'action.
L'inversion initiale des stéréotypes de classes sociales et l'humour lié à l'usage du subjonctif imparfait engendrent quelques bons moments de lecture, mais la BD ne parvient généralement pas à pleinement divertir tant la galerie de portraits apparaît bien fade et surtout caricaturale.
L'intrigue cousue de fil blanc engendre un léger désintérêt, que les derniers rebondissements, peu habilement développés, ne parviennent à surmonter.
Une lecture par moment sympathique, mais probablement bien vite oubliée. Et un auteur, Pelaez, qui déçoit une nouvelle fois ; l'habileté entraperçue dans Neuf semble n'avoir été qu'un heureux concours de circonstances, dommage !
BD de divertissement proposant un jeu intéressant sur le genre. L'ouverture laisse augurer un récit à la lisière du noir et du thriller en huis clos, le fantastique s'invite ensuite avant que tout ne se bouscule dans un grand final d'action. Cela confère à l'intrigue un dynamisme indéniable, mais déroute également à mesure que le grand-guignolesque se normalise, faisant disparaître l'essentiel de la tension que les premières pages étaient parvenues à installer. Le rocambolesque des rebondissements fantastiques touche également le passé des protagonistes dont les secrets révélés ne cessent de chambouler le jeu de dupes peu à peu installé.
Côté illustrations, le style évoquant les comics de Sean Murphy est incontestable, la gratuité formaliste également : fond noir, traits anguleux des visages, horizontalité de certaines cases sur la double page, postures archétypales des protagonistes, figuration excessive du mouvement et découpage cinématographique, etc. Le ridicule côtoie le très intéressant, renforçant l'impression laissée par le scénario.
Bref, une BD pop corn nous faisant avaler bien des couleuvres, dont les excès amusent et lassent tout à la fois. On regrette l'ambition de n'avoir recherché que la distraction, quand suffisamment d'éléments auraient permis de mettre en place un implacable thriller fantastique d'un calibre autrement supérieur.
Dans une uchronie rétrofuturiste située au début du XXe siècle, on suit Maddie, jeune inventrice, et Lewis, motard cascadeur un peu marginal, engagés dans une course transcontinentale à travers les États-Unis. L’enjeu : déterminer quelle technologie dominera les transports de demain, avec en toile de fond l’opposition entre une innovation plus propre et des intérêts financiers déjà largement acquis à la cause du pétrole.
Le dessin est sans doute l’un des aspects les plus marquants de l’album. Les décors, presque vectoriels, très propres et géométriques, contrastent avec des personnages plus typés animation avec un trait un peu anguleux évoquant celui d'Olivier Vatine. Il en résulte un style assez singulier, avec une vraie identité visuelle. J’ai trouvé cela intéressant et plutôt réussi, même si je comprends que cet aspect numérique pourrait rebuter tant il peut paraître froid ou artificiel par moments.
Sur le fond, on est face à un récit d’aventure et d’action clairement orienté vers un public adolescent. La grande course qui structure l’histoire évoque un peu Les Fous du Volant, avec une galerie de concurrents et de machines lancés à toute vitesse à travers des environnements variés. L’intrigue reste assez classique, avec des outsiders opposés à de puissants intérêts financiers peu scrupuleux, mais elle fonctionne : le rythme est soutenu, les personnages sont sympathiques quoique certains un peu trop manichéens, et l’ensemble se lit avec plaisir.
En revanche, quelque chose m’a vraiment manqué dans la narration. Si l’on nous présente rapidement les grandes figures industrielles qui financent les différents concurrents, on ne bénéficie jamais d’une explication claire des technologies en jeu, ni d’une identification précise des pilotes et de leurs véhicules. On comprend progressivement qui est qui au fil de la lecture, mais cela reste flou. C’est dommage pour un récit centré sur une course, où l’on a justement envie de savoir clairement quels concurrents s’affrontent et avec quels atouts, afin de mieux s’impliquer dans la compétition.
Cela reste donc une lecture sympathique, dynamique et accessible, portée par un univers visuel original, mais qui manque un peu de clarté et de précision dans sa mise en scène pour pleinement embarquer le lecteur dans sa course.
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Thorgal Saga - Adieu Aaricia
2.5 Je n'ai jamais été un grand fan de Thorgal, mais il y a quelques albums de la série et des spin-off que je trouve corrects, et cela faisait longtemps que j'avais lu un album Thorgal, alors je me suis dit pourquoi ne pas lire certains albums de cette nouvelle collection où des auteurs peuvent faire ce qu'ils veulent avec l'univers du Viking de l'espace. On retrouve donc un Thorgal vieux qui vient de perdre sa tendre épouse et qui se retrouve dans le passé après avoir été piégé par le méchant serpent avec un nom trop compliqué pour que je m'en souvienne. On va donc aussi voir Thorgal et Aaricia jeunes, ainsi que le méchant père de cette dernière. Les meilleurs moments sont ceux où l'auteur prend des risques avec l'univers pour se l'approprier. Le problème est que ça se situe au début et à la fin de l'album. Le milieu est une aventure correcte, mais un peu poussive, avec des facilités (Thorgal est encore en forme pour un vieillard !). Ça se termine lorsqu'il se passe un événement qui risque de choquer quelques fans et j'aurais bien aimé voir ce qui se passe ensuite. Sinon, j'ai bien aimé le dessin qui est dans l'esprit de la série.
Docteur Ventouse Bobologue
Un grand auteur qui se moque des individus comme des groupes là où ça fait mal, comme d'habitude, peut-être un peu plus tendrement, m'a-t-il semblé, pour empathie pour soignants et malades, ou bien je me projette ? Les dessins sont expressifs et uniques même si j'avoue que comme d'habitude, ils ne me plaisent pas beaucoup. Difficile de noter, selon le plaisir ou selon ce qu'on sent de la grandeur de l'œuvre ? Quelque part, on a tous quelque chose de Bretecher au niveau de la socio et de la psycho, et donne moï un nuit gravement à la santé ! Tu iras voir ton boboloque après. Oui, parce que l'auteur ne sait pas que regarder, mais aussi écouter, et qu'elle nous déroule tous nos tics de langage !
Tante Henriette ou l'Eloge de l'Avarice
Ce n'est pas palpitant mais a le mérite de dédiaboliser les avares - ou économes ? Autrefois, on pensait qu'il ne fallait pas jeter et que "la meilleure maison d'Auvergne s'est fait par l'épargne". De nos jours, on est conduit à dépenser plus qu'on a, avec comme menace le surendettement pouvant faire un grand mal à des individus voire à des nations entières. Autrefois, on se demandait toujours comme ne pas dépenser, sauf quand on était un noble à Versailles ou autre qui devait tenir son rang avec le recours de se faire donner quelque chose par le roi ou de se marier avec quelque riche roturière tout en la méprisant. Donc, du point de vue d'autrefois, une personne dont nul ne dépendait, ni enfant, ni domestique qui puisse se sentir lésé, une telle personne dépensant peu n'était pas si mal vue que cela. Et sur un plan plus affectif, si on a eu des grands parents de ce genre sans être avide de leur argent et qu'ils vous ont aimé, on ne juge pas leur avarice monstrueuse. Je trouve que la bd montre bien cette relation de même qu'elle entre dans la logique de la vieille dame. Enfin, on n'aime pas souvent les avares, mais on ne leur nuit pas trop… Moi, j'attends une bd qui montre combien on pousse les gens à dépenser, et comme cela fait que des malheureux se trouvent mis sous tutelle. Eh oui, on se moque moins de ceux qui dépensent trop ! Mais en revanche, on ne les rate pas, notamment les personnes âgées. Comme je les plaints ! Trop souvent en maison de retraite trop souvent avec des abus et trop souvent sous tutelle… Alors voir une veille avare en liberté, ou même une Carmen Cru, moins réaliste sans doute, mais qui m'a bien amusé, c'est en somme réconfortant.
Hollywood menteur
Luz a déjà publié plusieurs séries qui m’ont vraiment plu, de l’humour Charlie Hebdo (voir l’excellent Les Mégret Gèrent la Ville !) au plus récent et plus sérieux Deux Filles nues, alors que je suis resté davantage sur ma faim pour d’autres publication de cet auteur éclectique. Cet album se range clairement du côté des déceptions me concernant. En effet, je n’ai jamais réussi à entrer dedans. Je crois n’avoir pas vu le film « Les désaxés », mais j’ai déjà lu ou entendu pas mal de chose sur son tournage, sur les relations entre Miller et Monroe à cette époque. Sans que cela m’ait réellement passionné. Et là, Luz n’est pas parvenu à le faire non plus. Il faut dire que sa narration est un peu décousue, et que son dessin, pas inintéressant, ne convient pas forcément à ce type de récit. Si certains passages sont plus précis et peaufinés, la majorité des dessins relèvent du dessin de presse, « jetés » sur le papier. Ça n’est pas illisible – je mentirais – mais ça n’aide pas à accrocher une intrigue qui m’a laissé de côté.
Chainsaw Man
Bon, la seconde partie du manga vient officiellement de s'achever hier, j'ai – comme beaucoup – vécu les hauts et les bas de cette seconde partie, pleine de potentiel et pourtant si frustrante dans son exécution. L'histoire a pris fin et je ne sais pas trop quoi penser de sa conclusion (sur laquelle je ne m'étendrais pas puisque ladite fin n'a pas encore été publiée sur papier). Chainsaw Man est une série chère à mon cœur, facilement mon shonen préféré (la partie 1 en tout cas), ne serait-il pas temps pour moi de mettre à jour mon avis qui m'avait toujours semblé perfectible jusque là ? Chainsaw Man c'est un récit mêlant “concept loufoque” et "exécution sérieuse", jouant souvent sur les attentes des lecteur-ice-s en allant à contrecourant de certains archétypes narratifs (tout en sachant quand bien amener des scènes plus convenues et dramatiques). Les personnages avec un code d'honneur (ou la façade d'un code d'honneur, a minima) sont souvent contrecarrés par des actes immoraux et/ou inattendus, bon nombre de situations dramatiques sont entrecoupées (voire purement et simplement interrompues) par des interventions décalées, humoristiques comme à la limite de la sociopathie, … Bref, la formule n'est pas nouvelle, on mélange humour et sérieux, moments de tension dramatiques et cassures humoristiques, mais ce qui fait la force de cette série à mes yeux c'est sa narration. Qu'il s'agisse des jolies idées de mise en scène jouant avec la pagination (comme les attaques du démon Malédiction qui proviennent toujours de l'interstice entre les cases ou encore tout le passage avec le démon Ténèbres), du travail sur l'ambiance bien souvent froide et morose du quotidien qui se fait constamment (mais imprévisiblement) percée par des scènes dramatiques, violentes et tragiques, ou encore de la composition et l'enchaînement de certaines cases qui proposent une narration que je trouve personnellement magnifiques, j'aime énormément la forme de cette série. L'univers est suffisamment complexe dans ses enjeux et simple dans sa forme et son fonctionnement pour que le tout nous semble concret, que l'on se sente investi dedans. Ce monde pourrait être le nôtre (dans les années 90, certes) sauf qu'il s'agit d'une sorte d'uchronie où la quasi-totalité de l'histoire du monde reste inchangée… si ce n'est le fait qu'il existe une dimension infernale parallèle à la nôtre ! Dans cet enfer vivent les démons, tous-tes lié-e-s à un concept et donc né-e-s des esprits humains – de leurs peurs, plus précisément. Plus un concept est craint, plus le démon qui lui est associé se verra puissant, complexe aussi (il y a des strates d'intelligences et une sorte de chaîne alimentaire qui se crée parmi elleux). Rien à craindre pour l'humanité sur le papier, les deux mondes sont hermétiques (sauf cas extrêmement rare de démon pouvant passer de l'un à l'autre), mais le hic c'est que les démons possèdent un cycle de réincarnation bien particulier : tant que le concept associé existe lae démon-ne est immortel-le et renaîtra toujours (l'être, la conscience, l'incarnation précédente du démon n'est plus, mais un nouveau prendra immédiatement sa place) en alternant entre les deux plans d'existence. Si un démon meurt en enfer, sa prochaine incarnation naîtra sur Terre (et vice-versa). Les démons passant leur temps à s'entretuer, la grande majorité d'entre elleux va donc régulièrement se retrouver sur Terre à un moment de leur cycle de réincarnation. Les sociétés humaines sont donc en tout point similaires aux nôtres, si ce n'est que tout le monde est habitué à ce qu'à tout moment un massacre ait lieu et que des groupes (gouvernementaux comme privés) de “devil hunters” aient été mis en place pour assurer au mieux la sécurité des êtres humains. Avec une telle prémisse on pourrait s'attendre à un récit sur le conflit entre les humains et les démons, une mise en parallèle entre les deux espèces se concluant par le fait qu'après tout elles ne seraient pas si différentes, mais en fait pas vraiment. Les démon-ne-s ont vraiment un fonctionnement mental différent des êtres humains, n'ont pas une conception morale similaire (on insiste là-dessus plusieurs fois), et même si de nombreux passages s'interprètent facilement comme une sorte de "après tout les humains sont tout aussi cruels que les démons" le récit se centre surtout sur la condition humaine au-delà du conflit inter-espèce. Les thèmes les plus évidents de la série sont son propos sur la société (japonaise, ça se passe au Japon) étouffante et aliénante qui déshumanise au possible au nom d'un fonctionnement “optimal”, la fascination/relation qu'ont certains démons avec l'humanité ou encore tout simplement l'impossibilité de créer un monde juste et humain. Les personnages sont tous bien loin de la figure héroïque, iels sont cruel-le-s, pathétiques, égoïstes mais indéniablement humains dans leurs imperfections. Notre protagoniste Denji s'en fiche pas mal de sauver le monde (si ce n'est si son petit monde à lui est impacté), n'a pas vraiment de code d'honneur et souhaite plus que tout sortir avec une fille (voire même coucher avec une fille – disons que le bonhomme confond tout du long son besoin de contact humain avec sa libido exacerbée). Denji s'en fiche des règles, des punitions, de la souffrance même (selon une certaine mesure), tout ce qui lui importe c'est de vivre une vie meilleure qu'avant, de protéger les gens qui lui sont chers (au détriment d'inconnu-e-s s'il le faut), il est loin de la figure exemplaire, et pourtant son sincère désir de créer des liens, les amitiés qu'il se forge et ses déboires successifs, le rendent extrêmement attachant. Voilà, ça c'est la force de la première partie de Chainsaw Man, celle qui m'avait fait tomber amoureuse de cette histoire, de ces personnages (car même les plus abjects et petits sont marquants et intéressants), c'est un récit d'apparence foutraque mélangeant "comédie déjantée", “bastonnades gores” et “moments et relations tragiques” qui se révèle en fait surprenamment complexe. Mais pourtant, malgré la fin (certes ouverte) on ne peut plus satisfaisante de cette première partie, une seconde a vu le jour. Je tiens à préciser que la deuxième partie n'a rien de mauvais à ses débuts, elle est même très bien faite je trouve. L'idée d'introduire un second protagoniste à la série en la personne d'Asa, une adolescente névrosée et asociale propulsée malgré elle dans une quête cruelle et violente, était une jolie façon de redonner un second souffle à la série, une nouvelle histoire dans la continuité de la précédente, mais possédant tout de même sa propre identité. Les autres nouveaux personnages ne sont pas en reste, il y en a des particulièrement intéressants et prometteurs, mais c'est justement bien le problème. Prometteurs. Je n'ai pas boudé ma lecture de cette deuxième partie, les personnages ont énormément de potentiel, de nombreuses idées fortement intéressantes sont disséminées de ci de là dans les chapitres, mais rien ne mène vraiment nulle part. Encore une fois je ne spoilerais rien sur le final, mais je me contenterais tout de même de dire "tout ça pour ça ?". Ce n'est pas inintéressant, c'est juste bâclé. Fort à parier que Fujimoto a fait un bon gros burn-out lors de cette deuxième partie, le dessin devient moins précis, moins lisible aussi parfois, de nombreuses sous-intrigues sont abandonnées sans raison, le rythme final ne prend pas le temps de se poser. Malheureusement cette deuxième partie est une déception. Malheureusement cette deuxième partie est la conclusion, la note finale, ce qu'il nous reste. Cette série reste importante à mes yeux, sa première partie reste un récit que je recommande avec joie, mais il est vrai que je ne saurais si je devrais recommander la seconde partie. Est-ce que la présence de bons personnages et intrigues en son sein vaut le coup d'œil si au final tout ça ne mène à rien ? Je garde ma note à quatre étoiles, je ne regrette pas non plus mon coup de cœur, mais je me sens sincèrement flouée avec cette conclusion “finale”… PS : Asa, tu méritais mieux ma pauvre…
La Mort vivante
Dans un futur où l'humanité s'est réfugiée sur Mars, une femme endeuillée, réfugiée dans un vieux château, tente de ramener sa fille à la vie avec l'aide d'un scientifique contraint de repousser les limites de la biologie. Graphiquement, c'est une vraie réussite. Le dessin est somptueux, avec un travail de hachures et de rayures qui évoque fortement la gravure ancienne. Ce style donne une identité visuelle très forte à l'album, à la fois froide, précise et profondément immersive. Cela m'a rappelé le travail d'Andreas sur Cromwell Stone que j'adore, avec cette même capacité à créer une atmosphère dense et presque hypnotique. Profitant de ce superbe dessin, j'ai beaucoup apprécié les deux premiers tiers de l'album. L'intrigue y est posée avec rigueur, dans un cadre intrigant et maîtrisé, presque hors du temps, et je me suis laissé porter sans difficulté malgré un certain classicisme et un lien avec Frankenstein parfois un peu trop appuyé. J'ai en revanche eu plus de mal à percevoir clairement le rattachement à l'univers de Niourk, au point de le trouver assez artificiel dans un premier temps, comme s'il s'agissait davantage d'un prétexte que d'une véritable continuité. Malheureusement, le dernier tiers de l’album m'a complètement déçu. Le récit bascule dans quelque chose de beaucoup plus excessif et, à mes yeux, beaucoup moins maîtrisé. L'intrigue prend une tournure presque série B, mêlant horreur et science-fiction de manière grossière, où tout devient possible et surtout trop facile pour l'antagoniste. C'est trop irréaliste et surtout en décalage total avec l'élégance et la retenue de la première partie. Cela me laisse sur une impression contrastée, entre la fascination d'un début captivant, porté par une direction artistique remarquable et une ambiance maîtrisée, et la forte déception d'une conclusion qui dilue tout ce qui faisait la force du récit pour basculer dans quelque chose de presque grotesque et facile. Au final, c'est la déception qui prime à mes yeux. note : 2,5/5
Akkad
J'aurais vraiment aimé aimer cette BD. D'abord parce que j'apprécie beaucoup le dessin de Clarke, y compris lorsqu'il adopte un style plus réaliste comme ici, et ensuite parce que les récits de science-fiction, en particulier ceux qui jouent avec le temps et les concepts complexes, font clairement partie de mes lectures de prédilection. Sur le papier, ça aurait pu me plaire : une invasion extraterrestre d'un genre particulier, des phénomènes temporels, des enfants cobayes transformés en génies capables de résoudre l'impossible… Mais très vite, j'ai eu une impression de déjà-vu assez marquée. Le concept des jeunes surdoués manipulés rappelle beaucoup d'autres œuvres, tout comme l'idée d'une menace alien incompréhensible jouant avec le temps, ou encore celle de personnages capables d'anticiper toutes les probabilités pour parvenir à leurs fins. L'ensemble donne le sentiment d'un assemblage de thématiques déjà largement explorées ailleurs, sans véritable proposition nouvelle. Cela aurait pu passer si la narration avait réussi à m'accrocher, mais c'est justement là que le bât blesse. Le récit est très décousu, multipliant les scènes courtes qui s'enchaînent sans toujours de lien évident, avec des transitions abruptes qui ne m'ont pas vraiment perdu mais un peu agacé. On passe d'un lieu à un autre, d'une situation à une autre, sans toujours comprendre immédiatement ce qui se joue, ni à quel moment on se situe. Cette construction finit par empêcher toute implication émotionnelle, d'autant que les personnages, en particulier les cinq jeunes cobayes, restent très peu développés et assez interchangeables. Les dialogues n'aident pas non plus, notamment lorsqu'ils cherchent à souligner le génie des personnages à coups de répliques un peu trop appuyées et artificielles. Cela sonne souvent faux et renforce la distance avec le récit. Reste ce voile de mystère qui pousse malgré tout à continuer la lecture pour comprendre où tout cela mène. Mais là encore, la promesse n'est pas tenue. La résolution arrive tardivement et de manière assez bancale, avec des explications peu claires qui donnent davantage l'impression d'un enchevêtrement confus que d'un véritable aboutissement maîtrisé. Malgré de bonnes intentions et un univers qui aurait pu fonctionner, je suis resté à distance de ce récit trop fragmenté et trop familier dans ses thèmes, dont la conclusion, loin d'éclairer l'ensemble, renforce surtout mon sentiment de déception.
La Dernière CroiZAD
BD humoristique sur le joli sujet de la désobéissance civile. La plutôt vilaine couverture annonce fort bien la couleur et si le sujet des ZAD sera à l'honneur, il est à craindre que son traitement soit pour le moins léger sinon bien caricatural et dépassionné. De passion idéologique, il ne sera en effet nullement question ici. Si le récit évoque la désobéissance civile, c'est en réponse à un drame intime que les auteurs dénoueront à la manière d'un Zidrou, sous l'angle de la chronique douce-amère, en fin d'histoire, afin de créer un bien artificiel moteur à l'action. L'inversion initiale des stéréotypes de classes sociales et l'humour lié à l'usage du subjonctif imparfait engendrent quelques bons moments de lecture, mais la BD ne parvient généralement pas à pleinement divertir tant la galerie de portraits apparaît bien fade et surtout caricaturale. L'intrigue cousue de fil blanc engendre un léger désintérêt, que les derniers rebondissements, peu habilement développés, ne parviennent à surmonter. Une lecture par moment sympathique, mais probablement bien vite oubliée. Et un auteur, Pelaez, qui déçoit une nouvelle fois ; l'habileté entraperçue dans Neuf semble n'avoir été qu'un heureux concours de circonstances, dommage !
Le Serment
BD de divertissement proposant un jeu intéressant sur le genre. L'ouverture laisse augurer un récit à la lisière du noir et du thriller en huis clos, le fantastique s'invite ensuite avant que tout ne se bouscule dans un grand final d'action. Cela confère à l'intrigue un dynamisme indéniable, mais déroute également à mesure que le grand-guignolesque se normalise, faisant disparaître l'essentiel de la tension que les premières pages étaient parvenues à installer. Le rocambolesque des rebondissements fantastiques touche également le passé des protagonistes dont les secrets révélés ne cessent de chambouler le jeu de dupes peu à peu installé. Côté illustrations, le style évoquant les comics de Sean Murphy est incontestable, la gratuité formaliste également : fond noir, traits anguleux des visages, horizontalité de certaines cases sur la double page, postures archétypales des protagonistes, figuration excessive du mouvement et découpage cinématographique, etc. Le ridicule côtoie le très intéressant, renforçant l'impression laissée par le scénario. Bref, une BD pop corn nous faisant avaler bien des couleuvres, dont les excès amusent et lassent tout à la fois. On regrette l'ambition de n'avoir recherché que la distraction, quand suffisamment d'éléments auraient permis de mettre en place un implacable thriller fantastique d'un calibre autrement supérieur.
L'Equipée du siècle
Dans une uchronie rétrofuturiste située au début du XXe siècle, on suit Maddie, jeune inventrice, et Lewis, motard cascadeur un peu marginal, engagés dans une course transcontinentale à travers les États-Unis. L’enjeu : déterminer quelle technologie dominera les transports de demain, avec en toile de fond l’opposition entre une innovation plus propre et des intérêts financiers déjà largement acquis à la cause du pétrole. Le dessin est sans doute l’un des aspects les plus marquants de l’album. Les décors, presque vectoriels, très propres et géométriques, contrastent avec des personnages plus typés animation avec un trait un peu anguleux évoquant celui d'Olivier Vatine. Il en résulte un style assez singulier, avec une vraie identité visuelle. J’ai trouvé cela intéressant et plutôt réussi, même si je comprends que cet aspect numérique pourrait rebuter tant il peut paraître froid ou artificiel par moments. Sur le fond, on est face à un récit d’aventure et d’action clairement orienté vers un public adolescent. La grande course qui structure l’histoire évoque un peu Les Fous du Volant, avec une galerie de concurrents et de machines lancés à toute vitesse à travers des environnements variés. L’intrigue reste assez classique, avec des outsiders opposés à de puissants intérêts financiers peu scrupuleux, mais elle fonctionne : le rythme est soutenu, les personnages sont sympathiques quoique certains un peu trop manichéens, et l’ensemble se lit avec plaisir. En revanche, quelque chose m’a vraiment manqué dans la narration. Si l’on nous présente rapidement les grandes figures industrielles qui financent les différents concurrents, on ne bénéficie jamais d’une explication claire des technologies en jeu, ni d’une identification précise des pilotes et de leurs véhicules. On comprend progressivement qui est qui au fil de la lecture, mais cela reste flou. C’est dommage pour un récit centré sur une course, où l’on a justement envie de savoir clairement quels concurrents s’affrontent et avec quels atouts, afin de mieux s’impliquer dans la compétition. Cela reste donc une lecture sympathique, dynamique et accessible, portée par un univers visuel original, mais qui manque un peu de clarté et de précision dans sa mise en scène pour pleinement embarquer le lecteur dans sa course.