Les derniers avis (359 avis)

Par Présence
Note: 3/5
Couverture de la série Trafalgar
Trafalgar

Comme un gallinacé sans tête, ça s’agite, ça s’affole et ça court dans les sens ! - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre, constituant le premier de cette série sur les batailles navales. Son édition originale date de 2017. Il a été réalisé par Jean-Yves Delitte, peintre officiel de la Marine, membre titulaire de l’académie des Arts & Sciences de la Mer, pour le scénario, par Denis Béchu pour les dessins et pour les couleurs. Il comprend quarante-six pages de bande dessinée. Il se termine par un dossier historique de huit pages, rédigé par le scénariste, agrémenté de documents visuels comprenant huit chapitres et un glossaire. Les différentes parties portent les titres suivants : L’histoire d’un projet fou, Vaisseau de ligne roi des batailles, Un navire de légende, Un héros, Un drôle de choix, Un tir chanceux, Badaboum, Que de monde ! Empire de France, au château de Saint-Cloud, le vingt-six avril 1806, un cavalier un peu crasseux se présente aux grilles devant les gardes, il porte un long manteau gris enveloppant, une capuche, et un cache sur l’œil droit. Il pénètre dans le château impérial par une petite porte et il accède aux appartements d’un haut gradé. Il lui indique que la chose est faite. Le militaire lui répond qu’il le sait, qu’on l’en a déjà avisé. Le messager lui fait observer qu’il ne semble pas satisfait. Le commandant réplique par : Six coups de couteau dans le cœur ! Cela est excessif et peut intriguer. Son interlocuteur explique que l’homme ne s’est pas laissé faire, mais qu’il a pris des dispositions avec la maréchaussée pour tout cela soit reconnu comme un suicide, et la dépouille sera inhumée dans le plus grand secret. À quoi il lui est répondu que l’empereur n’en sera pas informé, il a d’autres préoccupations, tout cela appartient au passé. À Cadix en Andalousie, le vingt-neuf septembre 1805, des vaisseaux mouillent dans la baie. À terre, dans le palais, un officier essaye de convaincre l’amiral De Villeneuve qu’ils ne peuvent rester éternellement rester ici. Il continue : Les équipages se démoralisent, voilà plus de six semaines qu’ils ont mouillé les ancres, il leur faut agir. L’amiral demande : Agir ? Pour aller où ? Pour faire quoi ? L’officier répond qu’ils ont des ordres, il n’est pas encore trop tard pour rejoindre la Manche et aider dans le plan d’invasion de l’Angleterre, toute la flotte du Ponant doit les attendre. Son supérieur l’informe que le plan a échoué, les Anglais ne sont pas laissés abuser, le blocus des ports français de l’Atlantique n’a pas été levé et ce n'est pas faute d’avoir essayé de les attirés aux Antilles. Il répète : Le plan a échoué, tout a été vain, aucune flotte ne les attend, elle est enfermée dans ses ports. Il ajoute : L’empereur est loin d’ici et il ignore tout de leur situation, sa critique indiffère De Villeneuve. Napoléon rêve d’envahir l’Angleterre, l’amiral le comprend, mais pour sa part, il se refuse à se laisser emporter par une ridicule fougue et à causer la perte de son escadre. Ses navires sont fatigués, ce long périple les a tous épuisés, ils ne sont plus en état de faire la guerre. Est-ce que le capitaine oserait le nier ? À tout seigneur tout honneur : la bataille de Trafalgar qui s’est déroulée le vingt-et-un octobre 1805, connu de tout le monde. En découvrant l’introduction de deux pages, le lecteur néophyte sent bien que l’auteur avait ce jugement de valeur en tête car il ne donne quasiment aucune information qui permette de comprendre cette scène si le lecteur ne dispose d’aucune notion de contexte. Pour lui, le doute sera levé avec la dernière séquence, servant de conclusion en trois pages quant à l’identité de ce mystérieux suicidé qui s’est donné six coups de couteau dans le cœur. En outre, en revenant à ces pages après avoir lu l’ouvrage, il mesure mieux l’ironie, et même le sarcasme, contenue dans la réplique indiquant que l’empereur a d’autres préoccupations et que tout cela appartient au passé. Il laisse alors agir cette narration toute en cases de la largeur de la page, avec une belle reconstitution de la façade du château impérial de Saint-Cloud, de ses grilles en fer forgé, des tenues militaires des soldats avec la houppette de leur casque, et le cimier orné d'un masque en forme de Gorgone. Le bureau dans lequel le messager fait son rapport apparaît tout aussi soigné dans sa dimension de reconstitution historique : le meuble de bureau et ses fauteuils, le sous-main, le beau lustre avec ses perles de verre, les boiseries murales et une draperie, le manteau de cheminée et sa pendulette également d’époque, les motifs géométriques sur les cadres en bois. À l’évidence, le dessinateur a effectué un solide travail de recherche de références pour s’assurer de l’authenticité de la reconstitution histoire sous ses différentes facettes. Le lecteur est bien sûr venu pour bénéficier d’une place au premier rang (mais en toute sécurité) à cette bataille historique, même si sa fierté patriotique peut en prendre un coup. Le choix de l’auteur lui appartient, et il consacre cinq pages à l’affrontement maritime, sans réellement développer la stratégie de chaque belligérant ou leurs tactiques, sans nommer les navires ou chaque commandant. Du coup, le lecteur apprécie de pouvoir se plonger dans le dossier historique qui comprend une carte du plan de bataille dressé sur la base des observations de Joans Tuby, officier à bord du HMS Euryalus, le chapitre intitulé Badaboum qui explicite en quoi consiste la science de tirer avec un canon, la hiérarchie sociale (ou militaire) régnant à bord d’un navire, et l’analyse du tir chanceux qui a atteint l’amiral Horatio Nelson (1758-1805). Il scrute alors ces quelques pages pour regarder dans le détail les navires en train de tanguer, les impacts des boulets de canon, les corps déchiquetés par la mitraille, la fumée générée par les tirs de canon, les embarcations de fortune ou les débris flottants auxquels s’accrochent les naufragés. Il voit les voiles et les bastingages de plus en plus perforés et brisés. Enfin les tirs cessent, le sort de la bataille en est jeté, et sous ses yeux les marins encore valides apportent leur aide aux blessés et estropiés. Ce choix de restreindre le nombre de pages allouées à la bataille navale induit que le dessinateur se retrouve à représenter de nombreuses situations variées. Il utilise un trait net et précis pour réaliser des dessins descriptifs et réalistes. Le lecteur prend plaisir à prendre le temps de regarder des détails : les arcades du palais de Cadix et les chapiteaux de ses colonnes, les toits de la ville avec un clocher en premier plan, les magnifiques bâtiments au mouillage dans le port avec leurs cordages de commandes des vergues et des voiles et du maintien des mâts, l’uniforme militaire des Anglais, le Charleville (mousquet modèle 1777, portée maximale 250 mètres, portée pratique jusqu’à 150 mètres), une simple barque de pêche halée par un cheval, les canons sur les murailles de Cadix, les longs manteaux des cavaliers voyageant de nuit, etc. Il ressent rapidement la qualité de la narration visuelle, en particulier les plans de prise de vue : les images et les bandes racontent l’histoire, sans se contenter d’illustrer les dialogues. Les personnages sont costauds, sans être exagérément musclés, plutôt physiquement résistants, et… il n’y a pas une seule femme à l’horizon, ni dans ces pages. L’artiste utilise les gros plans sur les visages avec le bon dosage, montrant plus volontiers ce qui est en train de se passer, environnement et actions des personnages. Il met régulièrement à profit des cases de la largeur de la page, évidemment pour l’immensité de la mer et pour donner de la place à ces grands navires, mais aussi pour faire ressortir le positionnement respectif de plusieurs paysages, pour montrer deux actions se déroulant en même à proximité, etc. Du coup, le scénariste dispose de place pour développer d’autres facettes de Trafalgar, pour l’aborder autrement que sur le plan de la stratégie militaire. Il emploie un procédé narratif que le lecteur retrouvera dans les autres tomes de cette série : accrocher l’attention du lecteur sur de simples marins, côté français et côté anglais, et un peu sur les deux amiraux, Nelson et De Villeneuve parce leur personnalité et leur parcours ont une incidence primordiale sur le déroulement de l’affrontement. D’un côté, le lecteur se trouve présent quand les officiers s’impatientent du fait du choix de l’inaction de Pierre Charles Silvestre de Villeneuve (1763-1806), il observe également le respect dont font preuve les officiers anglais à l’égard d’Horatio Nelson, ainsi que la forme de mélancolie ou de résignation qui habite ce dernier. De l’autre côté, il constate à quel point les simples marins sont le jouet de décisions sur lesquelles ils n’ont aucune influence, aucune prise, comment ils se représentent leur situation à partir d’informations tronquées ou orientées, de quelle manière leur histoire personnelle et leur milieu socioculturel leur ont inculqué des valeurs et des principes qui nourrissent leur comportement en tant que militaire, qui alimentent leur représentation de l’ennemi, leur façon d’envisager la bataille à venir. Un album qui raconte la bataille de Trafalgar en s’attachant à la manière dont ses circonstances sont appréhendées par quelques marins, comment les amiraux en place s’y dirigent, dans le cadre du métier qu’ils exercent. La narration visuelle est solide, et privilégie de raconter l’histoire, ainsi que la reconstitution historique, plutôt que le spectaculaire et le racoleur. Le néophyte y trouve son compte, à la fois pour la bande dessinée agréable à lire, à la fois pour le dossier historique bien conçu et abordable.

28/03/2026 (modifier)
Par Vaudou
Note: 2/5
Couverture de la série Antisocial
Antisocial

Ces histoires ont été publiés dans le célèbre magasine Métal Hurlant à l'époque. Si le trait de Cornillon est assez dynamique, les scénarios de Manœuvre ne brillent pas par leur intérêt. Des histoires de loubards fan de rock qui ont le chic pour tomber dans les embrouilles. Ca reste sympa de croiser le nom de Manœuvre quand on connaît un peu le personnage et sa carrière. Le dessin sauve la bd de la note minimale mais ne vous attendez pas à une pépite oubliée hélas.

28/03/2026 (modifier)
Par Gaston
Note: 3/5
Couverture de la série The Flash Chronicles
The Flash Chronicles

Mark Waid fait partie des scénaristes qui ont marqué l'univers de Flash et qui ont modernisé le personnage dans les années 90, alors c'est tout naturel qu'Urban Comics commence son intégrale de Flash avec son run. Un truc étonnant est que l'éditeur a commencé cette série avec tous les épisodes de Flash sortis en 1992 et pas directement avec le premier épisode de Waid. On a aussi droit aux derniers épisodes du run de William Messner-Loebs et c'est un peu difficile de se faire une idée sur ce qu'il a écrit parce qu'il met fin à des intrigues qui ont commencé dans des épisodes que je n'ai pas lus et j'étais un peu perdu vu que je connais mal Flash et les nombreux personnages secondaires qui l'entourent. Je ne dirais pas que c'est mauvais, mais c'est comme si on se faisait une idée sur une série télé en regardant uniquement les 3-4 derniers épisodes de la première saison. En plus, les premiers épisodes de Mark Waid sont une relecture de la vie de Wally West et c'est facilement accessible pour un lecteur qui ne connaît pas trop le personnage ! Sinon, les épisodes de Flash par Mark Waid sont du bon divertissement de comics. La particularité de la série est qu'à une époque où plusieurs séries de super-héros devenaient plus sombres et dramatiques, Waid livrait des scénarios à contre-courant, pleins d'optimisme et qui n'ont pas peur des cotés plus ridicules de la série. J'avoue que j'aime bien ce style et en plus les dessinateurs œuvrant sur la série n'ont pas le style extrême qui était populaire dans ses années-là. Je n'irais pas jusqu'à dire que c'est extraordinaire, mais pour l'instant ce qui a été traduit en français est sympathique à lire du moment qu'on n'est pas allergiques aux super-héros. C'est clairement une lecture pour les fans du genre, ce n'est pas une série que je recommanderais à quelqu'un qui n'aime pas trop les super-héros et qui n'a lu que les quelques one-shot qui ont attiré l'attention du grand public.

27/03/2026 (modifier)
Couverture de la série Slava
Slava

Une très chouette série, vraiment. J’ai trouvé le cœur du troisième tome un chouia en deçà des précédents, avec quelques longueurs, un texte très présent – comme dans les autres tomes, mais qui ici, par moments, était moins contrebalancé et « allégé » par la narration et les personnages virevoltants. Mais bon, ne chipotons pas, Gomont nous propose ici une lecture très agréable. La narration est globalement fluide et très dynamique. Grâce déjà à ce dessin presque minimaliste mais très expressif (ah, les coups de sang de Volodia ! – Volodia dont les baisses de tension dans le troisième tome coïncident à la relative baisse de rythme évoquée plus haut). Mais c’est tout le récit qui fait preuve de dynamisme, d’espièglerie, avec des dialogues – et des commentaires off – bien tournés, plaisants, souvent humoristiques (un humour un peu noir et cynique, caustique). Et des personnages bien campés, à qui Gomont donne une belle profondeur, dont il montre les forces et les faiblesses. Mention spéciale à Lavrine qui, avec Volodia (mais plus que lui, car il joue sur plusieurs registres), est le personnage qui m’a le plus intéressé et marqué. Au travers de Lavrine – et de quelques requins/apparatchiks – Gomont parvient aussi à formidablement bien retranscrire l’écroulement de l’URSS, et l’enrichissement éhonté et mafieux de ceux qui en ont profité. Le cynisme des commentaires off (et du personnage de Lavrine) passe d’autant mieux qu’on sent que rien n’est ici artificiel, improbable – hélas. J’ai parlé d’un troisième tome un peu en retrait. Mais Gomont parvient quand même, dans une ultime pirouette, à nous fouetter une dernière fois le sang, avec, encore et toujours ce sacré Lavrine, toujours aussi cynique et lucide, mais finalement grand cœur au grand air dès lors que sa cuirasse lui est ôtée : sa lettre dans l’épilogue apporte au final une touche dramatique et larmoyante. Jusqu’au bout Gomont a soigné ses personnages et son histoire. Une grande série ! Note réelle 4,5/5.

27/03/2026 (modifier)
Par Vaudou
Note: 3/5
Couverture de la série Gene Kong
Gene Kong

Première page : une androgyne sur le toit d'un building new-yorkais, à poil et avec un couteau de boucher à la main, saute dans le vide. Je me dis que j'ai trouvé la bande qui manquait à ma soirée. A chaque page, ça sent la bd bricolée chez soi avec un amour du dessin et l'envie d'en découdre. C'est parfois moche mais souvent stylé. On dirait du Gauckler par moment. Dommage que l'intrigue assez prometteuse fasse un peu plouf. Reste l'énergie authentique d'un auteur espagnol très influencé par l'univers du comics indé : Pepe Moreno.

27/03/2026 (modifier)
Couverture de la série Mauvaise fortune
Mauvaise fortune

Il y a des qualités dans ce récit, et j’aurais vraiment voulu mieux noter cet album. Mais la narration un peu décousue, et certains passages peut-être un peu trop elliptiques m’ont un peu freiné. Surtout, j’ai l’impression d’un empilement de bonnes idées, de causes à défendre, qui auraient gagné à être creusées, ou à être plus « individualisées ». Mais ça reste quand même quelque chose d’original. Un western crépusculaire. Parce qu’il se déroule dans les toutes premières années du XXème siècle. Mais aussi parce que noir, sonnant la fin d’un monde, et l’entrée dans l’ère du pognon, du capitalisme roi, du cynisme moteur, au détriment de l’humain, des minorités (ici indiennes) et des femmes. Et ce sont un Indien rescapé du massacre de son peuple, et une femme ayant perdu ses illusions au cœur d’une révolution, que nous suivons. Embarqués dans une sorte de cirque consumériste, orchestré par de cyniques hommes d’affaire spéculant sur la faiblesse des pauvres du haut de leur gratte-ciel, ils ne sont que les marionnettes d’un spectacle affreux. Sexisme/misogynie, racisme, lutte des classes, on voit que l’auteur a placé cette histoire sous des lumières « engagées ». La présentation est parfois brutale, sans transition (comme lorsque des capitalistes veulent se débarrasser des Indiens récalcitrants – dans une scène qui n’est pas sans rappeler le massacre de Wounded Knee). Malgré les quelques défauts pointés plus haut, les sujets brassés rendent la lecture intéressante. Et le dessin au scalpel, la bichromie usant d’un marron « doré », ajoutent à l’originalité de cet album, qui sort des sentiers battus.

27/03/2026 (modifier)
Couverture de la série Crazy Food Truck
Crazy Food Truck

Une série assez loufoque, qui possède certaines qualités, mais qui au final m’a laissé sur ma faim et déçu. Le pitch de départ est original et intriguant, avec ce type (Gordon) conduisant un food truck au milieu de nulle part (on est dans une sorte d’ambiance post apocalypse), accompagné d’une jeune femme (ou grande ado), Alisa, rencontrée par hasard. Très dissemblables, ils vont bien s’entendre, face aux dangers qui les menacent (le premier tome est presque une course-poursuite), le food truck recelant bien des surprises (canon ou mitrailleuse jaillissent et font des ravages !). L’autre terrain d’entente, c’est la bouffe, Gordon passant son temps à en préparer (chaque chapitre est l’occasion d’expérimenter une nouvelle recette) tandis qu’Alisa a un appétit d’ogre et engloutit tout en grande quantité. Le côté bizarre de l’intrigue et du duo, certaines situations, certains dialogues un peu décalés ou outranciers sont sympas. Mais l’intrigue tourne rapidement en rond (la bouffe devient accessoire pour l’intrigue, et m’a lassé au bout d’un moment, ça fait un peu remplissage parfois). A partir du deuxième tome, on s’éloigne du pitch un peu linéaire des débuts, sans que cela m’ait vraiment intéressé. Alisa est toujours court vêtue – parfois à poil (sans que cela (voir la longue scène de baignade) ne soit justifié par autre chose que montrer une nana à poil. Et puis, certaines choses spécifiques au manga que je n’apprécie pas. Les scènes de baston trop longues et bien trop confuses à regarder. Et Gordon et Alisa sont vraiment invincibles ! Il y a aussi des visages qui ne me conviennent pas (et même qui varient : parfois les traits d’Alisa en font une gamine). Relativement rythmé, un début original, mais un gros bof au final.

27/03/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 3/5
Couverture de la série La Longue Route
La Longue Route

La Longue Route raconte le périple en solitaire de Bernard Moitessier lors de la première course autour du monde sans escale en 1968. Alors qu'il est en tête et pourrait gagner, il décide de ne pas franchir la ligne d'arrivée et poursuit sa route vers les mers du Sud, en communion avec l'océan, laissant derrière lui la société et les honneurs pour "sauver son âme", comme il le dira. Graphiquement, le travail de Younn Locard est à la hauteur : le dessin épouse les vagues, les lumières, les silences et la solitude de la mer. La mer devient vivante, tantôt apaisante, tantôt déchaînée, et on ressent pleinement la transe marine de Moitessier. Les silences, le chant du bateau et de la mer, les espaces vides et le rythme du récit accentuent cette immersion, donnant au lecteur la sensation d'etre seul avec le navigateur et son voilier, Joshua, personnage à part entière du récit. Dans les premières pages, c'est d'abord un récit de technique et de plongée dans le bain du voyage, avant de devenir de plus en plus intime au fil de la lecture. J'ai été porté par le récit et le voyage, comme je peux l'être en suivant le Vendée Globe à distance. Les passages dans les mers du Sud, loin de tout et en communion avec la Nature, sont particulièrement intenses, et le moment clé du Cap Horn constitue une apothéose d'émotion et de tension. La BD restitue bien l'âme du marin et son refus des routes toutes tracées. J'ai apprécié la dimension sensorielle et méditative du voyage, même si la dernière partie de l'album m'a semblé un peu moins captivante. En effet, après le Horn, l'intensité retombe : le demi-tour du monde supplémentaire m'a paru plus morne, le bateau et Moitessier plus fatigués, et j'ai été moins happé par le désir du navigateur de continuer. J'ai aussi l'impression que cette BD s'adresse avant tout aux connaisseurs de la voile, car sa narration, par la bouche de Moitessier, utilise en permanence des termes marins qui ne parleront probablement pas aux néophytes. Même moi, qui connais bien la voile, j'ai été pris de court par certains textes très techniques, notamment concernant un voilier plus gros et plus ancien que ceux que je pratique habituellement. Le lexique en fin d'album aide, mais ne remplace pas l'expérience immersive que procure la compréhension des subtilités maritimes. Je pense qu'un néophyte aura du mal à lire l'album, car il risque de ne pas comprendre une grande partie de ce qu'il s'y dit, ou de devoir le déchiffrer péniblement avec le lexique. La Longue Route a un côté fascinant qui mêle aventure maritime, introspection et poésie de la mer. Cette adaptation constitue un bel hommage à Bernard Moitessier et à la beauté des océans, mais sa longueur et ses termes souvent très techniques la destinent principalement à ceux qui ont déjà une passion pour le monde de la voile.

27/03/2026 (modifier)
Couverture de la série Qui a volé mes jambes ?
Qui a volé mes jambes ?

Je n'avais jamais vraiment lu de roman-photo, si ce n'est quelques créations courtes et indépendantes en ligne, et j'avais souvent voulu en essayer une, voir de quoi il retournait. J'ai vu cet album lors d'une séance de flânage en librairie, je ne connaissais aucun des noms à la réalisation, n'avait entendu aucun écho, aucune recommandation, mais je me suis dit "allez, let's go, pourquoi pas tenter une découverte à l'aveugle ?". Peut-être aurait-il mieux valu pour moi essayer avec l'un des romans photos m'ayant attiré l'œil depuis longtemps plutôt que de me reposer sur ma bonne étoile, cela m'aurait au moins assuré une meilleure "entrée" dans l'univers, mais l'initiation a tout de même marché : j'ai pu constater des forces et, malheureusement, des faiblesses du médium. L'histoire qui nous est présentée est absurde, comme bien souvent, à base d'une prémisse décalée, des personnages cons comme des chaises et des dialogues enchaînant les répliques bien débiles (points doublés lorsque les remarques absurdes proviennent de didascalies). Formule classique mais qui marche tout de même, et si la majorité des blagues me semble trop grasses, trop évidentes, je reconnais qu'un petit sentiment de connivence s'installe (je souligne bien le mot "con" dans "connivence", ici), certaines blagues font tout de même sourire, alors oui, même si ce n'est pas révolutionnaire je ne passe pas pour autant un mauvais moment. Ce n'est pas un chef d'œuvre, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, l'album a échappé de peu à un bon gros deux étoiles des familles. En vient alors la dimension "photographique" de l'œuvre, le sel du format, le truc qui m'a véritablement fait acheter l'album pour m'essayer aux fameux "romans photos". Verdict ? Le format est plein de potentiel, particulièrement en comédie puisqu'un décalage peut facilement se former entre la forme "concrète/réelle" de la photo et la narration absurde construite autour, mais malheureusement cet album m'a bien fait comprendre que n'importe qui ne peut pas pour autant jouer les personnages. Les acteur-ice-s en font des caisses, c'est du burlesque d'une manière, en soi pas de problème, c'est même bien souvent charmant dans l'album, mais malheureusement tous-tes les acteur-ice-s ne se valent pas et les moues et gestuelles de certain-e-s m'ont faite sortir du délire bien trop souvent, à commencer par notre protagoniste, le fougueux, fantasque et raciste comptable au doux nom de Vincent Moltenne. Je ne vois plus un personnage délirant lors de ces moments-là mais bien un gars qui fait le mariole. Pas le personnage, mais un gars qui fait le con. Sans doute un petit rien, peut-être suis-je trop dure, trop hermétique au final à cette forme, mais du peu que j'avais pu voir d'autres créations similaires, ce qui m'avait attiré aussi, c'est qu'avec une bonne mise en scène, un bon "jeu d'acteur-ice", il y a vraiment moyen de faire des trucs bons, même en visant le burlesque et l'absurde. Allez, encore une fois, ce n'est pas affligeant, je n'ai pas passé un mauvais moment et ai même pu sourire à plusieurs reprises. En tant que divertissement con-con (et je dis ça sans nécessairement de dénigrement) c'est acceptable et je suis sûre que je ne fais simplement pas partie du public ciblé. Dommage quand-même. (Note réelle 2,5)

27/03/2026 (modifier)
Par Spooky
Note: 4/5
Couverture de la série L'Homme-chevreuil - Sept ans de vie sauvage
L'Homme-chevreuil - Sept ans de vie sauvage

Geoffroy Delorme a décidé, un beau jour, de quitter la société des hommes et de vivre en forât, auprès des chevreuils. Pendant sept ans, il a découvert un monde secret, ses codes, ses peurs, ses joies, et n'a jamais oublié cela. il en a parlé dans un livre, L'Homme-chevreuil, plébiscité par plus de 100 000 lectrices et lecteurs. C'est l'adaptation de cet ouvrage, autobiographique, que nous propose Vincent Zabus, sous forme de chapitres (reprenant ceux du livre ?) avec Geoffroy qui apprivoise des chevreuils, se fait apprivoiser par eux, apprend leur langage, leurs postures, et leur enseigne à son tour comment éviter la présence humaine souvent synonyme de danger mortel. C'est assez étonnant, et on a même droit à des moments incroyables, comme lorsqu'une chevrette vient lui lécher le visage ou qu'un jeune chevreuil vient dormir à ses côtés, en parfaite confiance. Ces beaux moments de communion avec la nature sont mis en images et en couleurs par Jean-Denis Pendanx, l'un des meilleurs dessinateurs naturalistes de la franco-belge, qui nous propose de superbes pages, pleines de poésie et de sensibilité. Un bel ouvrage, en tous points, et qui permet en outre de nous délivrer un beau message de respect de la nature.

27/03/2026 (modifier)