Divertissement jeunesse à succès basé sur une tranche de vie décrivant à partir de la préadolescence, le quotidien d'une jeune fille, une intrigante relation mère-fille et un éveil au sentiment amoureux. L'on pense évidemment à la merveilleuse trilogie de Vanyda Celle que... et à bien d'autres titres plus légers.
Si l'humour, les couleurs et les situations sont assez classiques, ce titre se singularise surtout par ses illustrations géométriques atypiques et cette capacité à saisir un air du temps à la fois singulier et ultra contemporain.
La force de cette BD est aussi sa faiblesse : la société décrite avec grande sympathie est à la fois désagréable de vulgarité et de conformisme, tandis que l'humour trop rare ne parvient ni à alléger l'ensemble, ni à mettre en perspective notre société via un regard pertinent.
Une BD bien sage, qu'un appréciable humanisme en ces temps obscurs sauve de l'anecdotique.
Pris comme un recueil d'illustrations, cet album a sûrement des qualités. Il dégage un charme rétro assez séduisant, quelque part entre art déco et imagerie pin-up, avec ces femmes aux corps sculpturaux et aux seins en obus, très caractéristiques. Il y a un vrai sens de la composition, des couleurs et de l'esthétique, avec un côté rock'n'roll assumé qui peut rendre l'ensemble plaisant à feuilleter.
Mais dès qu'on le lit comme une BD, ça ne fonctionne plus du tout. On a l'impression d'un assemblage d'images sans véritable lien entre elles, comme si l'auteur avait juxtaposé des séquences au gré de ses envies de dessiner de belles femmes, sans se soucier de narration. Les dialogues sont le plus souvent débiles ou abscons, les personnages posent plus qu'ils ne vivent, sans naturel, et la mise en page éclatée n'aide en rien : on lit les planches un peu dans tous les sens, sans fluidité.
Les différentes histoires, ou fragments d'histoires, donnent une impression de vide. Cela fait davantage penser à des clips musicaux, où une succession d'images esthétiques s'enchaînent pour créer une ambiance ou une illusion de cohérence, mais sans jamais construire un véritable récit.
Et malgré ses qualités visuelles, le dessin lui-même a aussi ses limites. Il dégage une forme de froideur assez marquée, qui étouffe presque totalement tout aspect érotique. Là où il devrait y avoir sensualité ou trouble, il n'y a qu'une belle surface, assez distante.
Pour de l'illustration, c'est sans doute intéressant. Mais pour de la bande dessinée, c'est largement illisible.
La couverture et le graphisme m'avaient fait imaginer un album érotique assez classe, avec un charme rétro assumé, dans la lignée de ces aventures exotiques à l'ancienne. Il y avait quelque chose de prometteur dans ce mélange de lavis élégant et d'imaginaire colonial suranné.
Au final, j'ai surtout découvert un objet déroutant, coincé entre un érotisme mièvre (digne d'un téléfilm cheap le dimanche soir sur M6 il y a trente ans), une histoire kitsch et mal fichue, et une forme de ridicule dont j'ai eu du mal à déterminer s'il était volontaire ou non. Je penche malgré tout pour une part de second degré (certains détails sont trop énormes pour être accidentels, comme cette scène finale avec un aveugle au lit accompagné de sa canne), mais la majorité du temps, ce décalage ne provoque pas le rire, plutôt un rictus circonspect et déçu.
Le scénario accumule les clichés et les facilités (Inde de pacotille, officier anglais héroïque, rajah caricatural, rivalités féminines convenues), avec des dialogues ampoulés et artificiels qui évoquent autant le roman-photo que le roman à l'eau de rose. L'ensemble a un côté daté, presque figé, qui peut se lire comme une parodie... sauf que je ne suis jamais vraiment sûr que ce soit assumé jusqu'au bout.
Côté dessin, il y a malgré tout un certain savoir-faire. Le lavis est élégant, certaines planches dégagent une sensualité indéniable, et il y a un fond de classe dans le trait, même si je ne le trouve pas exceptionnel non plus. En revanche, les scènes érotiques tombent le plus souvent à plat : raides, peu naturelles, parfois presque gênantes. Et je ne parle pas des gardiens indiens qui se masturbent avec des têtes ridicules en regardant les héros s'accoupler...
Mais mon principal problème reste la mise en page : le découpage est franchement chaotique, au point qu'il devient difficile de savoir dans quel ordre lire les cases et les bulles. Cela casse complètement le rythme et rend la lecture profondément confuse.
J'ai l'impression d'un album qui aurait pu fonctionner comme pastiche ou comme objet érotique rétro assumé, mais qui reste coincé entre plusieurs intentions sans en maîtriser une seule. J'ai trouvé ça mièvre et bêta, et surtout pas émoustillant.
Je ressors frustré de cette lecture, mais paradoxalement c'est l'effet voulu par la BD. Parce que si vous voulez la lire en espérant comprendre ce qu'est l'Europe, vous n'aurez pas la réponse. Et c'est justement ce que l'auteur transmet : lui même n'est pas sur d'avoir compris
Je suis donc partagé sur mon ressenti, entre la frustration de ne pas comprendre parce que la BD n'est pas un documentaire didactique, mais en même temps j'apprécie que la BD ait cette honnêteté et tente de faire ressentir à quel point cette Europe est impalpable au grand nombre. Qu'est-ce qu'elle est, comment fonctionne-t-elle, qu'est-ce que ce "Bruxelles" dont tout le monde parle ?
Ce qui est bien, c'est que la BD étant faite par quelqu'un qui se met au niveau du citoyen moyen, offrant un regard assez lucide sur la complexité de l'amas juridique de cette Union Européenne. D'ailleurs j'ai tout de même appris quelques petites choses, notamment l’obscurantisme des transactions effectuées en secret, les négociations entre État et l'équilibre difficile du tout, la pression financière et juridique qui empêchent les réelles prises de décisions fortes, mais aussi les victoires de l'Europe.
Je dirais qu'en sortant de cette BD, je comprends mieux les arguments envers cette Europe et pourquoi elle est si défendue. Je continue de trouver que cette Europe est une porte d'entrée massive du libéralisme et du capitalisme débridée, ce qui est assez peu abordé, mais je suis plus ouvert au débat. Ce qui est par contre dommage, c'est de voir la guerre en Ukraine s'introduire dans les débats et la façon dont tout ceci gangrène les autres débats, notamment écologique par exemple.
En définitive, cette BD est une matière a réfléchir sur l'UE, structure vaste et complexe qui influe énormément sur notre vie. Il y a une vraie réflexion dans la BD sur le fait que le citoyen européen ne comprend pas ce qu'est cette structure si importante, mais qu'elle est presque inaccessible sans connaissances politiques, juridiques et économiques solides. Et même avec, la compréhension de ses rouages est obscur, et il semblerait que la corruption ou les débats à huis-clos enrayent encore la clarté de celle-ci.
Bref, je ne sais pas ce qu'est l'Europe en sortant de la BD, mais je comprends un peu mieux l'étendue de mon ignorance. C'est déjà ça !
Une BD sympathique sur un été en camp de vacances, où l'originalité est d'être un camp de vacances pour russophones aux États-Unis. Mais l'histoire est surtout celle d'une jeune femme qui découvre à la dure que l'amitié n'est pas si simple ...
Le récit est assez classique, mais bien mené. La jeune fille est enthousiaste et volontaire pour aller dans ce camp de vacances, mais déchante vite au contact de la méchanceté d'autres enfants, le sentiment d'être perdu et l'exclusion. Son été sera donc un apprentissage jusqu'à arriver à trouver une place, des liens et passer un meilleur moment que ses premiers jours.
Le déroulé est donc classique, assez mignon dans certains détails et attachant, mais lorsque j'en suis ressorti je me suis dit que la BD ne m'avait pas marqué spécialement non plus. La lecture est fluide et plaisante, mais pas marquante. Sans doute parce que j'ai lu d'autres récits jeunesses qui m'ont plus marqués. L'autrice est sincère dans sa démarche, mais je dois avouer que ça n'a pas suffit à me satisfaire. Tant pis !
"L'homme est un loup pour l'homme" est bizarrement la phrase qui m'est venue à l'esprit à la fin de ma lecture.
Dans le Japon médiéval, un jeune homme sur la route d'Osaka, fait une halte dans un village dont les habitants lui refusent gîte et couvert.
Contraint à dormir dehors, le ventre vide, le jeune homme trouve refuge, dans une étrange maison, une Okiya (maison de plaisirs, ndlr).
Après une nuit passée où les occupantes de la demeure, quatre mystérieuses geishas, mettront ses “talents” du guerrier à rude épreuve, il décide de reprendre la route.
A peine sorti de l'Okiya, cette dernière disparait comme par enchantement. Par quel mystère cela est il possible ?
Cette fable érotique se lit assez facilement et on est rapidement intrigué par cette mystérieuse demeure et on suit l'enquête du héros avec un certain intérêt.
Héros, qui pour ma part, n'aura jamais su attirer ma sympathie sans que cela ne vienne pour autant gâché ma lecture.
Les quelques scènes "pour adulte" sont assez subjectives sans pour autant être trash.
Le dessin de Jung n'est pas spécialement typé manga, il est classique mais assez agréable
Au final une BD qui se révèle être plaisante sans pour autant être indispensable. Elle vaut toutefois la peine que l'on se penche dessus si l'occasion se présente.
Ces jours qui disparaissant a un très beau titre et une couverture d'album qui ne l'est pas moins. Se voir évincé par un alter ego qui n'est autre qu'une autre personnalité qu'on porte en soi : quelle angoisse pas assez traitée en art ! Ceci dit, je ne vois pas pourquoi plusieurs personnalités ne collaboreraient pas, sans compter que ce pourrait être un remède à la solitude. Je referme la parenthèse.
Donc un problème de personnalité est ressenti de manière fantastique par la première personnalité en piste de l'individu si je puis dire vu que l'individu se divise. Quand on ne comprend pas, on ressent les choses de manière fantastique, et cela donne de beaux dessins, comme la couverture… Une psy lui dit ce qu'il en est, mais sera-t-il sauvé pour autant ? Et d'ailleurs, quelle personnalité allons-nous préférer, au final ?
La beauté des dessins assez doux et la tendresse des couleurs me faisant penser à quelque musique discrètement mélancolique, porte le lecteur. Et bigre, tant mieux, sinon un lecteur quelque peu oublieux pourrait se demander si sans s'en rendre compte, une autre personnalité que la sienne n'est pas aux commandes de sa vie !
Très bon ! Mais je confesse avoir lu la suite qui se passe pendant la Première Guerre mondiale… En plus, j'ai préféré l'album de guerre ! Pourquoi ? Nostalgie de la vie d'avant, lors de la construction du phare de l'album et Trois éclats blancs, et tragédie de la guerre se mettaient mutuellement en valeur, créant une grande tension dramatique. Ici, on s'ennuie un peu, par moment, quand l'ingénieur ne parvient pas à construire son phare ! D'accord, on voit les éléments, l'administration, les Bretons et un triangle amoureux mais surtout, surtout, l'ennui ! Montrer l'ennui sans ennuyer est piégeux, je me demande même si c'est possible. En tout cas, ici, c'est raté. Les dessins sont beaux, mais ils devraient tous être sublimes pour que ça marche, or ils sont parfois sublimes, et c'est le hic. Il n'empêche que nous avons affaire à un très bon album.
2.5
Je suis un peu confus par rapport à cette collection sur Thorgal. Je pensais que c'était une collection "vue par", où les auteurs pouvaient montrer leur version d'un personnage connu comme c'est le cas avec Spirou et Lucky Luke. Le premier tome de Thorgal Saga, Adieu Aaricia, était selon moi comment un "vu par" devrait être avec un auteur qui fait des trucs qu'on ne verrait pas dans la série mère. Puis dans le second tome, Wendigo, on indique que l'aventure se passe après tel album de la série....Bon, vu que Thorgal est une série où les personnages vieillissent j'imagine que c'est normal de ne pas perdre le lecteur et d'indiquer où ça pourrait hypothétiquement se passer si c'était un album de la série mère....et là dans ce troisième one-shot on a droit à des auteurs qui ont non seulement déjà travaillé dans la série, mais en plus ça se passe clairement dans une période de la série-mère avec même des renvois de bas de pages pour d'autres albums de la série !
Donc voilà on n'est pas dans un album où un auteur présente sa vision du personnage, ce qui me semblait être le principal d'intérêt de ce type de collection. Alors on a donc un album qui est juste un autre album de plus avec Thorgal. On retrouve les défauts et les qualités de cette série. Il y a des scènes que j'ai bien aimées et le reste m'a laissé un peu indifférent comme c'était déjà le cas avec la série originale. Cela fait longtemps que j'ai lu un album de Thorgal alors peut-être que ma mémoire fait défaut, mais le personnage de Kriss de Valnor m'a semblé encore plus caricatural que dans la série originale. Il y a des scènes qui semblent exister juste pour montrer que Kriss est vraiment très méchante. Quant à Thorgal l'amnésique, son comportement envers Kriss change tellement souvent qu'il semble bipolaire. Peut-être que c'était déjà comme ça avec Van Hamme, je m'en souviens pas bien, mais ce ne serait pas la première fois que Yann dénature la personnalité de personnages connus.
Un album qui représente bien un des défauts récurrents dans ces séries de one-shot où le temps d'un album des auteurs reprennent un personnage de BD connu: on dirait que le récit aurait pu être fait sans problème sans les personnages de la série en question, mais en même temps un one-shot avec de nouveaux personnages doivent se vendre moins bien qu'un album avec Thorgal dans le titre.
Pourtant, l'idée de faire rencontrer Thorgal et des Amérindiens est une bonne idée, vu que les peuples nordiques ont eu des contacts avec eux plusieurs siècles avant Christophe Colomb, mais le résultat ne m'a pas enthousiasmé. Tout ce qui tourne autour de la guerre entre deux tribus ne m'a pas intéressé. J'ai mieux aimé les éléments fantastiques du récit, mais lorsqu'on les met finalement en avant, j'en avais plus grand chose à cirer. Le scénario est un peu long, mais il faut dire que les cases sont très grandes. Ce n'est pas dérangeant lorsque les cases sont superbes, mais il y en a aussi beaucoup qui sont un peu vides.
J'imagine que c'est pour les fans de la série et pas pour moi.
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
Lou !
Divertissement jeunesse à succès basé sur une tranche de vie décrivant à partir de la préadolescence, le quotidien d'une jeune fille, une intrigante relation mère-fille et un éveil au sentiment amoureux. L'on pense évidemment à la merveilleuse trilogie de Vanyda Celle que... et à bien d'autres titres plus légers. Si l'humour, les couleurs et les situations sont assez classiques, ce titre se singularise surtout par ses illustrations géométriques atypiques et cette capacité à saisir un air du temps à la fois singulier et ultra contemporain. La force de cette BD est aussi sa faiblesse : la société décrite avec grande sympathie est à la fois désagréable de vulgarité et de conformisme, tandis que l'humour trop rare ne parvient ni à alléger l'ensemble, ni à mettre en perspective notre société via un regard pertinent. Une BD bien sage, qu'un appréciable humanisme en ces temps obscurs sauve de l'anecdotique.
Lisa Bay
Pris comme un recueil d'illustrations, cet album a sûrement des qualités. Il dégage un charme rétro assez séduisant, quelque part entre art déco et imagerie pin-up, avec ces femmes aux corps sculpturaux et aux seins en obus, très caractéristiques. Il y a un vrai sens de la composition, des couleurs et de l'esthétique, avec un côté rock'n'roll assumé qui peut rendre l'ensemble plaisant à feuilleter. Mais dès qu'on le lit comme une BD, ça ne fonctionne plus du tout. On a l'impression d'un assemblage d'images sans véritable lien entre elles, comme si l'auteur avait juxtaposé des séquences au gré de ses envies de dessiner de belles femmes, sans se soucier de narration. Les dialogues sont le plus souvent débiles ou abscons, les personnages posent plus qu'ils ne vivent, sans naturel, et la mise en page éclatée n'aide en rien : on lit les planches un peu dans tous les sens, sans fluidité. Les différentes histoires, ou fragments d'histoires, donnent une impression de vide. Cela fait davantage penser à des clips musicaux, où une succession d'images esthétiques s'enchaînent pour créer une ambiance ou une illusion de cohérence, mais sans jamais construire un véritable récit. Et malgré ses qualités visuelles, le dessin lui-même a aussi ses limites. Il dégage une forme de froideur assez marquée, qui étouffe presque totalement tout aspect érotique. Là où il devrait y avoir sensualité ou trouble, il n'y a qu'une belle surface, assez distante. Pour de l'illustration, c'est sans doute intéressant. Mais pour de la bande dessinée, c'est largement illisible.
Les Perles de l'Amour
La couverture et le graphisme m'avaient fait imaginer un album érotique assez classe, avec un charme rétro assumé, dans la lignée de ces aventures exotiques à l'ancienne. Il y avait quelque chose de prometteur dans ce mélange de lavis élégant et d'imaginaire colonial suranné. Au final, j'ai surtout découvert un objet déroutant, coincé entre un érotisme mièvre (digne d'un téléfilm cheap le dimanche soir sur M6 il y a trente ans), une histoire kitsch et mal fichue, et une forme de ridicule dont j'ai eu du mal à déterminer s'il était volontaire ou non. Je penche malgré tout pour une part de second degré (certains détails sont trop énormes pour être accidentels, comme cette scène finale avec un aveugle au lit accompagné de sa canne), mais la majorité du temps, ce décalage ne provoque pas le rire, plutôt un rictus circonspect et déçu. Le scénario accumule les clichés et les facilités (Inde de pacotille, officier anglais héroïque, rajah caricatural, rivalités féminines convenues), avec des dialogues ampoulés et artificiels qui évoquent autant le roman-photo que le roman à l'eau de rose. L'ensemble a un côté daté, presque figé, qui peut se lire comme une parodie... sauf que je ne suis jamais vraiment sûr que ce soit assumé jusqu'au bout. Côté dessin, il y a malgré tout un certain savoir-faire. Le lavis est élégant, certaines planches dégagent une sensualité indéniable, et il y a un fond de classe dans le trait, même si je ne le trouve pas exceptionnel non plus. En revanche, les scènes érotiques tombent le plus souvent à plat : raides, peu naturelles, parfois presque gênantes. Et je ne parle pas des gardiens indiens qui se masturbent avec des têtes ridicules en regardant les héros s'accoupler... Mais mon principal problème reste la mise en page : le découpage est franchement chaotique, au point qu'il devient difficile de savoir dans quel ordre lire les cases et les bulles. Cela casse complètement le rythme et rend la lecture profondément confuse. J'ai l'impression d'un album qui aurait pu fonctionner comme pastiche ou comme objet érotique rétro assumé, mais qui reste coincé entre plusieurs intentions sans en maîtriser une seule. J'ai trouvé ça mièvre et bêta, et surtout pas émoustillant.
La Tour de Babel - Voyages au coeur du grand bazar européen
Je ressors frustré de cette lecture, mais paradoxalement c'est l'effet voulu par la BD. Parce que si vous voulez la lire en espérant comprendre ce qu'est l'Europe, vous n'aurez pas la réponse. Et c'est justement ce que l'auteur transmet : lui même n'est pas sur d'avoir compris Je suis donc partagé sur mon ressenti, entre la frustration de ne pas comprendre parce que la BD n'est pas un documentaire didactique, mais en même temps j'apprécie que la BD ait cette honnêteté et tente de faire ressentir à quel point cette Europe est impalpable au grand nombre. Qu'est-ce qu'elle est, comment fonctionne-t-elle, qu'est-ce que ce "Bruxelles" dont tout le monde parle ? Ce qui est bien, c'est que la BD étant faite par quelqu'un qui se met au niveau du citoyen moyen, offrant un regard assez lucide sur la complexité de l'amas juridique de cette Union Européenne. D'ailleurs j'ai tout de même appris quelques petites choses, notamment l’obscurantisme des transactions effectuées en secret, les négociations entre État et l'équilibre difficile du tout, la pression financière et juridique qui empêchent les réelles prises de décisions fortes, mais aussi les victoires de l'Europe. Je dirais qu'en sortant de cette BD, je comprends mieux les arguments envers cette Europe et pourquoi elle est si défendue. Je continue de trouver que cette Europe est une porte d'entrée massive du libéralisme et du capitalisme débridée, ce qui est assez peu abordé, mais je suis plus ouvert au débat. Ce qui est par contre dommage, c'est de voir la guerre en Ukraine s'introduire dans les débats et la façon dont tout ceci gangrène les autres débats, notamment écologique par exemple. En définitive, cette BD est une matière a réfléchir sur l'UE, structure vaste et complexe qui influe énormément sur notre vie. Il y a une vraie réflexion dans la BD sur le fait que le citoyen européen ne comprend pas ce qu'est cette structure si importante, mais qu'elle est presque inaccessible sans connaissances politiques, juridiques et économiques solides. Et même avec, la compréhension de ses rouages est obscur, et il semblerait que la corruption ou les débats à huis-clos enrayent encore la clarté de celle-ci. Bref, je ne sais pas ce qu'est l'Europe en sortant de la BD, mais je comprends un peu mieux l'étendue de mon ignorance. C'est déjà ça !
Un été d'enfer !
Une BD sympathique sur un été en camp de vacances, où l'originalité est d'être un camp de vacances pour russophones aux États-Unis. Mais l'histoire est surtout celle d'une jeune femme qui découvre à la dure que l'amitié n'est pas si simple ... Le récit est assez classique, mais bien mené. La jeune fille est enthousiaste et volontaire pour aller dans ce camp de vacances, mais déchante vite au contact de la méchanceté d'autres enfants, le sentiment d'être perdu et l'exclusion. Son été sera donc un apprentissage jusqu'à arriver à trouver une place, des liens et passer un meilleur moment que ses premiers jours. Le déroulé est donc classique, assez mignon dans certains détails et attachant, mais lorsque j'en suis ressorti je me suis dit que la BD ne m'avait pas marqué spécialement non plus. La lecture est fluide et plaisante, mais pas marquante. Sans doute parce que j'ai lu d'autres récits jeunesses qui m'ont plus marqués. L'autrice est sincère dans sa démarche, mais je dois avouer que ça n'a pas suffit à me satisfaire. Tant pis !
Okiya - La Maison des plaisirs défendus
"L'homme est un loup pour l'homme" est bizarrement la phrase qui m'est venue à l'esprit à la fin de ma lecture. Dans le Japon médiéval, un jeune homme sur la route d'Osaka, fait une halte dans un village dont les habitants lui refusent gîte et couvert. Contraint à dormir dehors, le ventre vide, le jeune homme trouve refuge, dans une étrange maison, une Okiya (maison de plaisirs, ndlr). Après une nuit passée où les occupantes de la demeure, quatre mystérieuses geishas, mettront ses “talents” du guerrier à rude épreuve, il décide de reprendre la route. A peine sorti de l'Okiya, cette dernière disparait comme par enchantement. Par quel mystère cela est il possible ? Cette fable érotique se lit assez facilement et on est rapidement intrigué par cette mystérieuse demeure et on suit l'enquête du héros avec un certain intérêt. Héros, qui pour ma part, n'aura jamais su attirer ma sympathie sans que cela ne vienne pour autant gâché ma lecture. Les quelques scènes "pour adulte" sont assez subjectives sans pour autant être trash. Le dessin de Jung n'est pas spécialement typé manga, il est classique mais assez agréable Au final une BD qui se révèle être plaisante sans pour autant être indispensable. Elle vaut toutefois la peine que l'on se penche dessus si l'occasion se présente.
Ces jours qui disparaissent
Ces jours qui disparaissant a un très beau titre et une couverture d'album qui ne l'est pas moins. Se voir évincé par un alter ego qui n'est autre qu'une autre personnalité qu'on porte en soi : quelle angoisse pas assez traitée en art ! Ceci dit, je ne vois pas pourquoi plusieurs personnalités ne collaboreraient pas, sans compter que ce pourrait être un remède à la solitude. Je referme la parenthèse. Donc un problème de personnalité est ressenti de manière fantastique par la première personnalité en piste de l'individu si je puis dire vu que l'individu se divise. Quand on ne comprend pas, on ressent les choses de manière fantastique, et cela donne de beaux dessins, comme la couverture… Une psy lui dit ce qu'il en est, mais sera-t-il sauvé pour autant ? Et d'ailleurs, quelle personnalité allons-nous préférer, au final ? La beauté des dessins assez doux et la tendresse des couleurs me faisant penser à quelque musique discrètement mélancolique, porte le lecteur. Et bigre, tant mieux, sinon un lecteur quelque peu oublieux pourrait se demander si sans s'en rendre compte, une autre personnalité que la sienne n'est pas aux commandes de sa vie !
Trois éclats blancs
Très bon ! Mais je confesse avoir lu la suite qui se passe pendant la Première Guerre mondiale… En plus, j'ai préféré l'album de guerre ! Pourquoi ? Nostalgie de la vie d'avant, lors de la construction du phare de l'album et Trois éclats blancs, et tragédie de la guerre se mettaient mutuellement en valeur, créant une grande tension dramatique. Ici, on s'ennuie un peu, par moment, quand l'ingénieur ne parvient pas à construire son phare ! D'accord, on voit les éléments, l'administration, les Bretons et un triangle amoureux mais surtout, surtout, l'ennui ! Montrer l'ennui sans ennuyer est piégeux, je me demande même si c'est possible. En tout cas, ici, c'est raté. Les dessins sont beaux, mais ils devraient tous être sublimes pour que ça marche, or ils sont parfois sublimes, et c'est le hic. Il n'empêche que nous avons affaire à un très bon album.
Thorgal Saga - Shaïgan
2.5 Je suis un peu confus par rapport à cette collection sur Thorgal. Je pensais que c'était une collection "vue par", où les auteurs pouvaient montrer leur version d'un personnage connu comme c'est le cas avec Spirou et Lucky Luke. Le premier tome de Thorgal Saga, Adieu Aaricia, était selon moi comment un "vu par" devrait être avec un auteur qui fait des trucs qu'on ne verrait pas dans la série mère. Puis dans le second tome, Wendigo, on indique que l'aventure se passe après tel album de la série....Bon, vu que Thorgal est une série où les personnages vieillissent j'imagine que c'est normal de ne pas perdre le lecteur et d'indiquer où ça pourrait hypothétiquement se passer si c'était un album de la série mère....et là dans ce troisième one-shot on a droit à des auteurs qui ont non seulement déjà travaillé dans la série, mais en plus ça se passe clairement dans une période de la série-mère avec même des renvois de bas de pages pour d'autres albums de la série ! Donc voilà on n'est pas dans un album où un auteur présente sa vision du personnage, ce qui me semblait être le principal d'intérêt de ce type de collection. Alors on a donc un album qui est juste un autre album de plus avec Thorgal. On retrouve les défauts et les qualités de cette série. Il y a des scènes que j'ai bien aimées et le reste m'a laissé un peu indifférent comme c'était déjà le cas avec la série originale. Cela fait longtemps que j'ai lu un album de Thorgal alors peut-être que ma mémoire fait défaut, mais le personnage de Kriss de Valnor m'a semblé encore plus caricatural que dans la série originale. Il y a des scènes qui semblent exister juste pour montrer que Kriss est vraiment très méchante. Quant à Thorgal l'amnésique, son comportement envers Kriss change tellement souvent qu'il semble bipolaire. Peut-être que c'était déjà comme ça avec Van Hamme, je m'en souviens pas bien, mais ce ne serait pas la première fois que Yann dénature la personnalité de personnages connus.
Thorgal Saga - Wendigo
Un album qui représente bien un des défauts récurrents dans ces séries de one-shot où le temps d'un album des auteurs reprennent un personnage de BD connu: on dirait que le récit aurait pu être fait sans problème sans les personnages de la série en question, mais en même temps un one-shot avec de nouveaux personnages doivent se vendre moins bien qu'un album avec Thorgal dans le titre. Pourtant, l'idée de faire rencontrer Thorgal et des Amérindiens est une bonne idée, vu que les peuples nordiques ont eu des contacts avec eux plusieurs siècles avant Christophe Colomb, mais le résultat ne m'a pas enthousiasmé. Tout ce qui tourne autour de la guerre entre deux tribus ne m'a pas intéressé. J'ai mieux aimé les éléments fantastiques du récit, mais lorsqu'on les met finalement en avant, j'en avais plus grand chose à cirer. Le scénario est un peu long, mais il faut dire que les cases sont très grandes. Ce n'est pas dérangeant lorsque les cases sont superbes, mais il y en a aussi beaucoup qui sont un peu vides. J'imagine que c'est pour les fans de la série et pas pour moi.