Je ne connaissais Albert Kahn que par la visite de ses jardins à Boulogne-Billancourt, sans avoir la moindre idée de qui il était réellement. J'ignorais qu'il s'agissait d'un riche banquier voyageur issu d'un petit village des Vosges, ni surtout l'ampleur de son projet d'archivage photographique du monde entier au début du XXe siècle. Ce projet avait pourtant tout pour motiver et fasciner mon esprit amoureux d'Histoire et de témoignages visuels d'à quoi ressemblait le Monde bien avant ma naissance. Ce biopic m'a permis de découvrir tout cela de manière a la fois accessible et agréable.
Graphiquement, l'album est très réussi. Le dessin et les couleurs sont soignés, avec un style légèrement semi-caricatural qui apporte beaucoup de charme aux personnages et rend l'ensemble visuellement plus doux et esthétique. Il y a une vraie élégance dans le trait, et l'ensemble se prête bien a une lecture biographique plus fluide qu'un documentaire trop académique.
J'ai toutefois été un peu désarçonné par la construction narrative dans la première partie, avec certains allers-retours chronologiques qui cassent légèrement la continuité. Ensuite, la seconde partie m'a parfois donné l'impression de survoler les événements, en passant rapidement d'une étape a une autre, d'une rencontre a une autre, sans toujours laisser le temps d'ancrer les choses. On comprend les grandes lignes, mais on a parfois plus une succession d'échos et de moments clés qu'une véritable immersion détaillée dans les projets eux-mêmes. Je m'y suis largement perdu parmi les nombreuses personnes rencontrées par Albert Kahn notamment.
J'ai le sentiment d'avoir appris beaucoup de choses sans pour autant avoir eu l'impression d'être totalement immergé dans le parcours ou dans le fonctionnement concret de ses initiatives. Cela reste néanmoins une découverte très intéressante, faite de manière fluide et globalement plaisante, avec un vrai plaisir de lecture malgré ces quelques réserves sur le rythme et le traitement du récit.
J'ai pour Frantz Duchazeau la même sensation qu'avec Edith, à savoir que lorsqu'il sort une nouvelle BD, je trouve son dessin encore meilleur que dans mon souvenir. Celle-ci ne fait pas exception à la règle. Dans Bascoulard, l'ami Frantz tutoie les étoiles. Est-ce son sujet qui l'a poussé à se surpasser une nouvelle fois ?
Le sujet ? Marcel Bascoulard, un artiste berruyer (de Bourges ! Non non, on ne dit pas bourgeois !) fort discret, mais surtout tout à fait hors cadre. Autodidacte, vivant de son œuvre (même mal), il était connu des habitants essentiellement par la manière dont il habitait le monde : Marcel s'habillait en femme (sans pour autant se raser), vivait dans une carcasse de camion à l'écart de la ville, ne se lavait plus, et semblait errer dans les rues étroites de Bourges en poussant un étrange véhicule à pédales. Je n'en dirai pas plus, laissant le soin aux lectrices et teurs de découvrir tout comme moi cet artiste sans collier.
Je le disais, le trait de Duchazeau se fait ici encore plus fin, pour se hisser sans doute à la hauteur de son sujet. J'ai réellement été transporté à travers le vieux centre médiéval de la ville, mais aussi dans ses faubourgs où s'étale une campagne un brin morne. La foule des personnages anonymes prend vie, du boucher amateur d'art aux vieilles peaux conservatrices toujours promptes à jeter le discrédit sur le paria. Oui, sans aucun doute, Bascoulard est à mes yeux sa BD la plus aboutie visuellement. Ajoutons que Bascoulard permet de découvrir un illustre inconnu, passé un peu à côté de la reconnaissance, ce qui constitue le dénominateur commun avec le personnage principal de sa précédente réalisation, Robert Johnson, qui reçu quant à lui une reconnaissance bien tardive, longtemps après sa mort.
J'ai découvert Torpedo il y a un moment maintenant, et j'ai récemment retrouvé quelques tomes, suffisamment pour me faire un avis.
Cette bande dessinée a quelque chose d'implacable, de terriblement efficace, comme son personnage. Il y a, je trouve, pas mal de défauts, comme la lourdeur, parfois, du scénario et de la narration, le manque d'originalité.. Mais tout est super bien raconté, on se prend a chacune des histoires, je ne me suis pas ennuyé une seule fois. Les personnages de la bd sont toujours hauts en couleur, et souvent intéressants. Pas de la grande lecture mais un divertissement diablement efficace.
Et tout ça est magnifié par un dessin que je trouve quand même assez remarquable. La profondeur dans les yeux des personnages, les visages, même les mouvements des héros, je trouve ça terriblement esthétique. Un gros point fort de l'oeuvre et une invitation a découvrir d'autres séries de Jordi Bernet.
Alors pourquoi seulement 3 ?
En premier lieu car je pense qu'il y aurait eu un peu mieux à faire que des histoires courtes, et que les auteurs auraient pu plus développer leur personnage. La, on a un peu toujours la même histoire, pas ancrée dans le temps, et c'est un peu redondant.
En deuxième lieu, exactement pour les mêmes raisons que Ro ; le machisme violent, qui est quand même très présent, a gêné ma lecture a plusieurs reprises. Le héros commet plusieurs viols, frappe des femmes, couche avec pour se "payer".
Ce n'est pas le fond de la BD mais c'est quand même présent, et très dérangeant ..
3/5 donc pour cette BD dont l'esthétique (surtout des premiers tomes) est une très grosse qualité.
C'était le premier écrit d'Edgar Rice Burroughs, publié en 1911 sous forme de feuilleton et, seulement après le succès de Tarzan, en livre.
Cette adaptation s'ajoute à d'autres, publiées il y a plusieurs années par DC et aussi par Marvel.
L'histoire est assez basique et pleine d'incohérences (l'arrivée de John sur Mars n'est jamais expliquée de manière satisfaisante...). Je n'ai jamais compris non plus comment quelqu'un d'aussi belle, la princesse Dejah, apparemment humaine, est apparue sur Mars, descendante d'êtres si effrayants.
Le dessin très stylisé et anguleux de Filipe Andrade peut plaire à certains lecteurs, mais je regrette qu'il ne rende pas justice à l'une des plus belles femmes de l'univers : la princesse Dejah Thoris !
Pour son 40e anniversaire, Delcourt réédite plusieurs albums et séries en intégrales, dont notre Robinson Crusoë de Christophe Gaultier.
J'avoue que j'étais passé complètement à côté de cette série au moment de sa sortie en 2007. C'est donc une très bonne surprise de découvrir cette adaptation de l'oeuvre de Daniel Defoe, surtout qu'on a du tout bon !
La première chose que je me suis dit en attaquant cette intégrale, c'est que le trait de Christophe Gaultier me faisait furieusement penser à celui de Christophe Blain dans Isaac le pirate. Ce qui n'est pas pour me déplaire, loin de là, j'ai toujours apprécié ce graphisme singulier ; un trait qui semble grossier de prime abord, mais tellement expressif et dynamique quand on s'y attarde.
Et pour ce Robinson, ça fonctionne plutôt très bien ! Je me suis même surpris à redécouvrir le roman de Defoe que je pensais bien connaître. J'avais complètement oublié la première partie de la vie de Robinson, avant son naufrage et son arrivée sur cette fameuse île déserte. Cette vie épique et rocambolesque de cet aristocrate anglais est assez jubilatoire. On reprend nos marques sur l'imaginaire universel légué par le personnage de Robinson après son naufrage et la rencontre de Vendredi. Puis vient la fin, que j'avais complètement oublié aussi.
Bref, ce fût un réel plaisir de redécouvrir cette histoire qui semble très fidèle au roman (ça m'a même donné envie de le relire), magnifiquement dessinée par un Christophe Gaultier au top ! Bravo à Delcourt pour ce choix servi dans une très belle maquette qui valorise à merveille cet série.
J'ai toujours été fasciné par le travail de Matsumoto. Je trouve qu'il se dégage de ses ouvrages un je ne sais quoi de magnétique qui irradie planche après planche.
Delcourt a la bonne idée de rééditer pas mal de ses mangas classiques, dont "Printemps bleu" fait parti.
Ce recueil de sept nouvelles ne déroge pas à l'univers de Matsumoto et dérange, tant par sa composition que par ce qu'il raconte. Cette jeunesse perdue en quête d'on ne sait quoi (cherche-t-elle d'ailleurs quelque chose ?) nous est décrite par le prisme du lycée Kitano. C'est brut, désinhibé, à hauteur de jeunes adultes mâles livrés à eux même par des adultes également en perdition.
Côté graphisme, j'aime toujours autant ce trait si singulier qui fait la marque de fabrique de Matsumoto ; on aime ou on aime pas, moi j'adore.
A (re)lire ou à découvrir pour ceux qui voudraient sortir des sentiers battus des grosses productions japonaises.
(3.5/5)
3.5
Un bon album, mais qui est un peu exigeant. Je lis vite et cela m'a tout de même pris deux jours pour terminer ce one-shot qui est plutôt long et verbeux. Je me suis intéressé à cet album après avoir appris que c'était la deuxième bande dessinée qui a gagné le prestigieux prix Pulitzer, l'autre étant Maus. Si je n'avais pas vraiment envie de lire cet album, je l'aurais surement reposé sur une tablette après l'avoir feuilleté.
Le dessin est pas mal et l'autrice montre sa maitrise de la mise en scène à plusieurs occasions, mais la narration manque vraiment de dynamisme ce qui est un défaut et particulièrement quand c'est verbeux. Il y a aussi le fait qu'au début on dirait que le scénario est un peu décousu et qu'on va traiter de plein de sujets ce qui m'a fait un peu peur. Et puis petit a petit je suis rentré dans le récit et je me suis rendu compte que les thématiques abordées par l'autrice se complémentaient bien. J'ai nommé Maus au début de mon avis et Feeding Ghosts partagent plusieurs aspects avec cette œuvre. Alors qu'Art Spiegelman avait des problèmes avec son père qui a connu les horreurs de la shoah, Tessa Hulls a eu des problèmes avec une mère qui a connu les horreurs des communistes chinois et qui a toujours connu sa grand-mère comme une personne avec une maladie mentale qui communiquait uniquement en chinois avec sa mère. Ajoutons qu'en plus l'autrice est métis et ça ne marche pas trop aux États-Unis où on aime bien mettre les gens dans des cases (en gros, soit on est blanc, soit on est non-blanc) et cela va donner des problèmes d'identité à l'autrice qui va se faire dire des trucs comme 't'as pas l'air vraiment asiatique'.
L'autrice s'est lancé dans une quête pour bien comprendre l'histoire de sa famille (la grand-mère a écrit un livre autobiographie avant de tomber dans la folie et l'autrice va retrouver un exemplaire). On va donc voir comment les tragédies qui ont touché la Chine des années 30-60 a traumatisé la famille chinoise de l'autrice et transformé sa grand-mère ainsi que sa mère. Il y a des passages vraiment tristes. Hulls touche à plusieurs sujets pertinents et lorsqu'on faisait des aller-retour entre le présent et le passé, je n'étais jamais perdu ou eu l'impression que le scénario partait dans tous les sens. J'ai fini par trouver l'album captivant malgré certaines répétitions et des longueurs.
En fait, si j'ai globalement bien apprécié cet album, j'étais aussi bien content lorsque je l'ai enfin terminé. J'ai bien aimé le lire, mais je ne pense pas le relire un jour. Un album à lire une fois dans sa vie de bédéphile en somme. .
Belle mécanique, dessin acceptable, mais : et alors ? Je ne voudrais pas être désagréable, mais il y a tant et tant d'histoires de manipulateurs, de complots, de gens prêts à tout pour aller un peu moins mal que je proposerais presque un moratoire… Ou alors, il faudrait innover un peu ! J'ai bien oublié, seul pour moi surnage un peu un jeune qui a mon avis aurait pu massacrer sans le tentateur des gens qui le persécutaient, avec des armes, il y a un profil de gens se vengeant ainsi souvent adulés par des victimes de harcèlement scolaires comme eux.
Tout de même, par rapport à ça, le Death note est un chef d'œuvre alors qu'il y a des longueurs mais du moins, il y a trois manipulateurs avec chacun son propre agenda, le dieu de la mort qui expérimente pour voir ce que fait un humain de son livre de mort, ce dernier qui se prend pour un héros, un justicier, et deux enquêteurs qui combattent le massacreur pris pour un dieu par ses partisans, vu que comme dans la réalité, trop s'enthousiasment pour de soi-disant sauveurs.
A raison d'un strip en quatre cases maximum par page, le premier tome parodie la série Dragon Ball complète du tout début de Dragon Ball à la fin de DBS. Quant au second tome, il rallonge la sauce avec des gags autour d'un tournoi d'arts martiaux là encore dans l'esprit de DBS.
Cette série s’adresse clairement à un public qui connaît l’intégralité de l’univers Dragon Ball (DB, DBZ, OAV, GT et Super compris), car une grande partie des gags repose sur des clins d’œil et des détournements de personnages ou de situations qui deviennent incompréhensibles sans des références parfois très précises. En ce sens, c’est une parodie très communautaire.
Le dessin et les couleurs sont propres, simples et efficaces, et s’accordent bien avec le registre parodique assumé de la série, qui reprend les codes du strip comics très court et rythmé, dans un esprit proche de ce qu’on peut retrouver sur les réseaux sociaux ou dans des formats humoristiques très condensés.
Malgré cela, même en tant que connaisseur de la série originale, je n’ai pas du tout accroché. J’ai trouvé l’humour bas de plafond, souvent lourdingue, et trop fréquemment basé sur des ressorts pipi-caca-prout ou des blagues volontairement grotesques mais sans finesse. Il m’est arrivé de sourire ou de pouffer sur une poignée de gags, mais cela reste extrêmement marginal, alors qu'au contraire j'étais navré de la nullité de la majorité des autres. Ils sont poussifs, voire franchement mauvais, avec un humour qui tombe à plat beaucoup trop souvent pour ne pas en avoir marre bien avant d'atteindre la moitié d'un album. L’ensemble donne davantage l’impression d’un délire potache entre initiés que d’une vraie parodie construite ou inventive.
Visuellement, ça fait le travail pour ce type de format, mais cela ne suffit pas à compenser un humour affligeant. Il existe déjà énormément de parodies de Dragon Ball, et celle-ci, à mes yeux, est très loin de faire partie des plus réussies.
J'avais manqué cette série dans ma jeunesse et ne l'avais pas lue dans le journal Spirou. Pourtant, c'est typiquement le type de dessin que j'aime, le style École de Marcinelle, souple et bien maîtrisé, et j'apprécie aussi les récits marins et autres histoires d'équipage. J'étais donc heureux de découvrir enfin cette BD. Mais j'aurais sans doute dû me méfier et me rappeler que son auteur, Francis, était aussi le dessinateur et co-scénariste de la série Marc Lebut et son voisin, que j'ai toujours détestée.
Alors oui, le dessin est plutôt chouette. J'aime son univers marin, ses personnages typiques du franco-belge globalement réussis, le capitaine notamment, et le souci du détail dans chaque case. Il y a une vraie maîtrise du trait et un soin évident apporté à l'ensemble. Ce n'est pas parfait ; la mise en scène est parfois un peu facile, comme si elle s'adressait à un public assez jeune, mais globalement, le graphisme reste le point fort de cette BD.
Dommage que le scénario ne soit pas du même niveau. Il y a une base intéressante, avec cet équipage de bras cassés incompétents au service d'un capitaine tantôt débonnaire tantôt colérique, et cette idée d'aventures maritimes se déroulant presque entièrement à bord d'un petit navire. Mais certains personnages sont assez pénibles, par exemple le passager autoritaire et capricieux de La Croisière mouvementée, et les gags ne fonctionnent pas toujours. Il y a trop de gags récurrents, trop de ressorts faciles où les personnages tombent, se cognent et crient beaucoup. Bref, on est sur un humour franco-belge basique, très convenu et sans grande finesse. Cela ne me fait pas rire, et au bout de quelques pages de situations répétitives sans intrigue prenante à côté, je finis par m'ennuyer.
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Albert Kahn - L'Archiviste de la planète
Je ne connaissais Albert Kahn que par la visite de ses jardins à Boulogne-Billancourt, sans avoir la moindre idée de qui il était réellement. J'ignorais qu'il s'agissait d'un riche banquier voyageur issu d'un petit village des Vosges, ni surtout l'ampleur de son projet d'archivage photographique du monde entier au début du XXe siècle. Ce projet avait pourtant tout pour motiver et fasciner mon esprit amoureux d'Histoire et de témoignages visuels d'à quoi ressemblait le Monde bien avant ma naissance. Ce biopic m'a permis de découvrir tout cela de manière a la fois accessible et agréable. Graphiquement, l'album est très réussi. Le dessin et les couleurs sont soignés, avec un style légèrement semi-caricatural qui apporte beaucoup de charme aux personnages et rend l'ensemble visuellement plus doux et esthétique. Il y a une vraie élégance dans le trait, et l'ensemble se prête bien a une lecture biographique plus fluide qu'un documentaire trop académique. J'ai toutefois été un peu désarçonné par la construction narrative dans la première partie, avec certains allers-retours chronologiques qui cassent légèrement la continuité. Ensuite, la seconde partie m'a parfois donné l'impression de survoler les événements, en passant rapidement d'une étape a une autre, d'une rencontre a une autre, sans toujours laisser le temps d'ancrer les choses. On comprend les grandes lignes, mais on a parfois plus une succession d'échos et de moments clés qu'une véritable immersion détaillée dans les projets eux-mêmes. Je m'y suis largement perdu parmi les nombreuses personnes rencontrées par Albert Kahn notamment. J'ai le sentiment d'avoir appris beaucoup de choses sans pour autant avoir eu l'impression d'être totalement immergé dans le parcours ou dans le fonctionnement concret de ses initiatives. Cela reste néanmoins une découverte très intéressante, faite de manière fluide et globalement plaisante, avec un vrai plaisir de lecture malgré ces quelques réserves sur le rythme et le traitement du récit.
Bascoulard
J'ai pour Frantz Duchazeau la même sensation qu'avec Edith, à savoir que lorsqu'il sort une nouvelle BD, je trouve son dessin encore meilleur que dans mon souvenir. Celle-ci ne fait pas exception à la règle. Dans Bascoulard, l'ami Frantz tutoie les étoiles. Est-ce son sujet qui l'a poussé à se surpasser une nouvelle fois ? Le sujet ? Marcel Bascoulard, un artiste berruyer (de Bourges ! Non non, on ne dit pas bourgeois !) fort discret, mais surtout tout à fait hors cadre. Autodidacte, vivant de son œuvre (même mal), il était connu des habitants essentiellement par la manière dont il habitait le monde : Marcel s'habillait en femme (sans pour autant se raser), vivait dans une carcasse de camion à l'écart de la ville, ne se lavait plus, et semblait errer dans les rues étroites de Bourges en poussant un étrange véhicule à pédales. Je n'en dirai pas plus, laissant le soin aux lectrices et teurs de découvrir tout comme moi cet artiste sans collier. Je le disais, le trait de Duchazeau se fait ici encore plus fin, pour se hisser sans doute à la hauteur de son sujet. J'ai réellement été transporté à travers le vieux centre médiéval de la ville, mais aussi dans ses faubourgs où s'étale une campagne un brin morne. La foule des personnages anonymes prend vie, du boucher amateur d'art aux vieilles peaux conservatrices toujours promptes à jeter le discrédit sur le paria. Oui, sans aucun doute, Bascoulard est à mes yeux sa BD la plus aboutie visuellement. Ajoutons que Bascoulard permet de découvrir un illustre inconnu, passé un peu à côté de la reconnaissance, ce qui constitue le dénominateur commun avec le personnage principal de sa précédente réalisation, Robert Johnson, qui reçu quant à lui une reconnaissance bien tardive, longtemps après sa mort.
Torpedo
J'ai découvert Torpedo il y a un moment maintenant, et j'ai récemment retrouvé quelques tomes, suffisamment pour me faire un avis. Cette bande dessinée a quelque chose d'implacable, de terriblement efficace, comme son personnage. Il y a, je trouve, pas mal de défauts, comme la lourdeur, parfois, du scénario et de la narration, le manque d'originalité.. Mais tout est super bien raconté, on se prend a chacune des histoires, je ne me suis pas ennuyé une seule fois. Les personnages de la bd sont toujours hauts en couleur, et souvent intéressants. Pas de la grande lecture mais un divertissement diablement efficace. Et tout ça est magnifié par un dessin que je trouve quand même assez remarquable. La profondeur dans les yeux des personnages, les visages, même les mouvements des héros, je trouve ça terriblement esthétique. Un gros point fort de l'oeuvre et une invitation a découvrir d'autres séries de Jordi Bernet. Alors pourquoi seulement 3 ? En premier lieu car je pense qu'il y aurait eu un peu mieux à faire que des histoires courtes, et que les auteurs auraient pu plus développer leur personnage. La, on a un peu toujours la même histoire, pas ancrée dans le temps, et c'est un peu redondant. En deuxième lieu, exactement pour les mêmes raisons que Ro ; le machisme violent, qui est quand même très présent, a gêné ma lecture a plusieurs reprises. Le héros commet plusieurs viols, frappe des femmes, couche avec pour se "payer". Ce n'est pas le fond de la BD mais c'est quand même présent, et très dérangeant .. 3/5 donc pour cette BD dont l'esthétique (surtout des premiers tomes) est une très grosse qualité.
John Carter - Une princesse de Mars
C'était le premier écrit d'Edgar Rice Burroughs, publié en 1911 sous forme de feuilleton et, seulement après le succès de Tarzan, en livre. Cette adaptation s'ajoute à d'autres, publiées il y a plusieurs années par DC et aussi par Marvel. L'histoire est assez basique et pleine d'incohérences (l'arrivée de John sur Mars n'est jamais expliquée de manière satisfaisante...). Je n'ai jamais compris non plus comment quelqu'un d'aussi belle, la princesse Dejah, apparemment humaine, est apparue sur Mars, descendante d'êtres si effrayants. Le dessin très stylisé et anguleux de Filipe Andrade peut plaire à certains lecteurs, mais je regrette qu'il ne rende pas justice à l'une des plus belles femmes de l'univers : la princesse Dejah Thoris !
Robinson Crusoë de Daniel Defoe
Pour son 40e anniversaire, Delcourt réédite plusieurs albums et séries en intégrales, dont notre Robinson Crusoë de Christophe Gaultier. J'avoue que j'étais passé complètement à côté de cette série au moment de sa sortie en 2007. C'est donc une très bonne surprise de découvrir cette adaptation de l'oeuvre de Daniel Defoe, surtout qu'on a du tout bon ! La première chose que je me suis dit en attaquant cette intégrale, c'est que le trait de Christophe Gaultier me faisait furieusement penser à celui de Christophe Blain dans Isaac le pirate. Ce qui n'est pas pour me déplaire, loin de là, j'ai toujours apprécié ce graphisme singulier ; un trait qui semble grossier de prime abord, mais tellement expressif et dynamique quand on s'y attarde. Et pour ce Robinson, ça fonctionne plutôt très bien ! Je me suis même surpris à redécouvrir le roman de Defoe que je pensais bien connaître. J'avais complètement oublié la première partie de la vie de Robinson, avant son naufrage et son arrivée sur cette fameuse île déserte. Cette vie épique et rocambolesque de cet aristocrate anglais est assez jubilatoire. On reprend nos marques sur l'imaginaire universel légué par le personnage de Robinson après son naufrage et la rencontre de Vendredi. Puis vient la fin, que j'avais complètement oublié aussi. Bref, ce fût un réel plaisir de redécouvrir cette histoire qui semble très fidèle au roman (ça m'a même donné envie de le relire), magnifiquement dessinée par un Christophe Gaultier au top ! Bravo à Delcourt pour ce choix servi dans une très belle maquette qui valorise à merveille cet série.
Printemps bleu
J'ai toujours été fasciné par le travail de Matsumoto. Je trouve qu'il se dégage de ses ouvrages un je ne sais quoi de magnétique qui irradie planche après planche. Delcourt a la bonne idée de rééditer pas mal de ses mangas classiques, dont "Printemps bleu" fait parti. Ce recueil de sept nouvelles ne déroge pas à l'univers de Matsumoto et dérange, tant par sa composition que par ce qu'il raconte. Cette jeunesse perdue en quête d'on ne sait quoi (cherche-t-elle d'ailleurs quelque chose ?) nous est décrite par le prisme du lycée Kitano. C'est brut, désinhibé, à hauteur de jeunes adultes mâles livrés à eux même par des adultes également en perdition. Côté graphisme, j'aime toujours autant ce trait si singulier qui fait la marque de fabrique de Matsumoto ; on aime ou on aime pas, moi j'adore. A (re)lire ou à découvrir pour ceux qui voudraient sortir des sentiers battus des grosses productions japonaises. (3.5/5)
Feeding Ghosts
3.5 Un bon album, mais qui est un peu exigeant. Je lis vite et cela m'a tout de même pris deux jours pour terminer ce one-shot qui est plutôt long et verbeux. Je me suis intéressé à cet album après avoir appris que c'était la deuxième bande dessinée qui a gagné le prestigieux prix Pulitzer, l'autre étant Maus. Si je n'avais pas vraiment envie de lire cet album, je l'aurais surement reposé sur une tablette après l'avoir feuilleté. Le dessin est pas mal et l'autrice montre sa maitrise de la mise en scène à plusieurs occasions, mais la narration manque vraiment de dynamisme ce qui est un défaut et particulièrement quand c'est verbeux. Il y a aussi le fait qu'au début on dirait que le scénario est un peu décousu et qu'on va traiter de plein de sujets ce qui m'a fait un peu peur. Et puis petit a petit je suis rentré dans le récit et je me suis rendu compte que les thématiques abordées par l'autrice se complémentaient bien. J'ai nommé Maus au début de mon avis et Feeding Ghosts partagent plusieurs aspects avec cette œuvre. Alors qu'Art Spiegelman avait des problèmes avec son père qui a connu les horreurs de la shoah, Tessa Hulls a eu des problèmes avec une mère qui a connu les horreurs des communistes chinois et qui a toujours connu sa grand-mère comme une personne avec une maladie mentale qui communiquait uniquement en chinois avec sa mère. Ajoutons qu'en plus l'autrice est métis et ça ne marche pas trop aux États-Unis où on aime bien mettre les gens dans des cases (en gros, soit on est blanc, soit on est non-blanc) et cela va donner des problèmes d'identité à l'autrice qui va se faire dire des trucs comme 't'as pas l'air vraiment asiatique'. L'autrice s'est lancé dans une quête pour bien comprendre l'histoire de sa famille (la grand-mère a écrit un livre autobiographie avant de tomber dans la folie et l'autrice va retrouver un exemplaire). On va donc voir comment les tragédies qui ont touché la Chine des années 30-60 a traumatisé la famille chinoise de l'autrice et transformé sa grand-mère ainsi que sa mère. Il y a des passages vraiment tristes. Hulls touche à plusieurs sujets pertinents et lorsqu'on faisait des aller-retour entre le présent et le passé, je n'étais jamais perdu ou eu l'impression que le scénario partait dans tous les sens. J'ai fini par trouver l'album captivant malgré certaines répétitions et des longueurs. En fait, si j'ai globalement bien apprécié cet album, j'étais aussi bien content lorsque je l'ai enfin terminé. J'ai bien aimé le lire, mais je ne pense pas le relire un jour. Un album à lire une fois dans sa vie de bédéphile en somme. .
Enchaînés
Belle mécanique, dessin acceptable, mais : et alors ? Je ne voudrais pas être désagréable, mais il y a tant et tant d'histoires de manipulateurs, de complots, de gens prêts à tout pour aller un peu moins mal que je proposerais presque un moratoire… Ou alors, il faudrait innover un peu ! J'ai bien oublié, seul pour moi surnage un peu un jeune qui a mon avis aurait pu massacrer sans le tentateur des gens qui le persécutaient, avec des armes, il y a un profil de gens se vengeant ainsi souvent adulés par des victimes de harcèlement scolaires comme eux. Tout de même, par rapport à ça, le Death note est un chef d'œuvre alors qu'il y a des longueurs mais du moins, il y a trois manipulateurs avec chacun son propre agenda, le dieu de la mort qui expérimente pour voir ce que fait un humain de son livre de mort, ce dernier qui se prend pour un héros, un justicier, et deux enquêteurs qui combattent le massacreur pris pour un dieu par ses partisans, vu que comme dans la réalité, trop s'enthousiasment pour de soi-disant sauveurs.
Dragon Boule
A raison d'un strip en quatre cases maximum par page, le premier tome parodie la série Dragon Ball complète du tout début de Dragon Ball à la fin de DBS. Quant au second tome, il rallonge la sauce avec des gags autour d'un tournoi d'arts martiaux là encore dans l'esprit de DBS. Cette série s’adresse clairement à un public qui connaît l’intégralité de l’univers Dragon Ball (DB, DBZ, OAV, GT et Super compris), car une grande partie des gags repose sur des clins d’œil et des détournements de personnages ou de situations qui deviennent incompréhensibles sans des références parfois très précises. En ce sens, c’est une parodie très communautaire. Le dessin et les couleurs sont propres, simples et efficaces, et s’accordent bien avec le registre parodique assumé de la série, qui reprend les codes du strip comics très court et rythmé, dans un esprit proche de ce qu’on peut retrouver sur les réseaux sociaux ou dans des formats humoristiques très condensés. Malgré cela, même en tant que connaisseur de la série originale, je n’ai pas du tout accroché. J’ai trouvé l’humour bas de plafond, souvent lourdingue, et trop fréquemment basé sur des ressorts pipi-caca-prout ou des blagues volontairement grotesques mais sans finesse. Il m’est arrivé de sourire ou de pouffer sur une poignée de gags, mais cela reste extrêmement marginal, alors qu'au contraire j'étais navré de la nullité de la majorité des autres. Ils sont poussifs, voire franchement mauvais, avec un humour qui tombe à plat beaucoup trop souvent pour ne pas en avoir marre bien avant d'atteindre la moitié d'un album. L’ensemble donne davantage l’impression d’un délire potache entre initiés que d’une vraie parodie construite ou inventive. Visuellement, ça fait le travail pour ce type de format, mais cela ne suffit pas à compenser un humour affligeant. Il existe déjà énormément de parodies de Dragon Ball, et celle-ci, à mes yeux, est très loin de faire partie des plus réussies.
Capitaine Lahuche
J'avais manqué cette série dans ma jeunesse et ne l'avais pas lue dans le journal Spirou. Pourtant, c'est typiquement le type de dessin que j'aime, le style École de Marcinelle, souple et bien maîtrisé, et j'apprécie aussi les récits marins et autres histoires d'équipage. J'étais donc heureux de découvrir enfin cette BD. Mais j'aurais sans doute dû me méfier et me rappeler que son auteur, Francis, était aussi le dessinateur et co-scénariste de la série Marc Lebut et son voisin, que j'ai toujours détestée. Alors oui, le dessin est plutôt chouette. J'aime son univers marin, ses personnages typiques du franco-belge globalement réussis, le capitaine notamment, et le souci du détail dans chaque case. Il y a une vraie maîtrise du trait et un soin évident apporté à l'ensemble. Ce n'est pas parfait ; la mise en scène est parfois un peu facile, comme si elle s'adressait à un public assez jeune, mais globalement, le graphisme reste le point fort de cette BD. Dommage que le scénario ne soit pas du même niveau. Il y a une base intéressante, avec cet équipage de bras cassés incompétents au service d'un capitaine tantôt débonnaire tantôt colérique, et cette idée d'aventures maritimes se déroulant presque entièrement à bord d'un petit navire. Mais certains personnages sont assez pénibles, par exemple le passager autoritaire et capricieux de La Croisière mouvementée, et les gags ne fonctionnent pas toujours. Il y a trop de gags récurrents, trop de ressorts faciles où les personnages tombent, se cognent et crient beaucoup. Bref, on est sur un humour franco-belge basique, très convenu et sans grande finesse. Cela ne me fait pas rire, et au bout de quelques pages de situations répétitives sans intrigue prenante à côté, je finis par m'ennuyer.