J'aimerais pouvoir donner une meilleure note, mais je n'y arrive pas. L'histoire est un amalgame incompréhensible de mythes grecs et d'aventure contemporaine. Van Hamme en était à ses débuts en tant que scénariste et cela se remarque.
Les dessins de Cuvelier ne sont pas trop mauvais, mais on en ressent les limites. Il voulait être artiste peintre, mais a été obligé de faire de la bande dessinée. Grand dessinateur dans plusieurs séries que j'apprécie beaucoup (Line, Corentin). Il était excellent surtout dans l'anatomie humaine et celle des chevaux en mouvement, ce qui est si difficile! Mais ici, également en raison des limitations de l'époque, le sexe féminin est toujours commodément couvert et tout devient trop forcé et visuellement désagréable. Un érotisme qui ne l'était plus vraiment à cette époque.
J'ai découvert Sala récemment grâce à Le Joueur d'échecs que j'ai absolument a-do-ré. Je n'en dirais pas autant de cet album que je trouve "seulement" très bon, aspect visuel toujours aussi fascinant. Là, on a une multi-biographie réussie savoir celle du héros de la famille, de l'auteur, de sa mère, et accessoirement, des autres. Comment savoir si ce qui fait que je préfère Le joueur d'échec est une fiction supérieure à la réalité ou ma fascination pour les échecs ? Dur à dire.
Puisque je suis là, j'en profite pour inciter à lire Le gambit des étoiles, roman vraiment parfait de Klein. Je dois pourtant reconnaître que Sala fait un sans faute : on voit le poids de la transmission de la tragédie, dans la famille, mais aussi le bonheur d'une vie familiale où l'amour et la liberté règnent, ce qui n'est pas un mince privilège… Et parfois, le drame et le bonheur ne sont pas où on les attend. J'avais peur en ouvrant la bd, je l'ai fermé avec un presque sentiment de plénitude.
Buz Sawier est une série typique de la production américaine pendant la Seconde Guerre mondiale, exaltant les exploits de l'armée. Je préfère les histoires du personnage après son retour à la vie civile, en tant que détective.
Les dessins sont de très bonne qualité, cependant Roy Crane se plaignait du travail et du temps qu'il passait à dessiner les avions avec tant de détails. Mais il a été invité à la Maison-Blanche pour ses réalisations dans les comics ! Les aventures du héros sont un bon divertissement et ont évolué en termes d'humour, ainsi que dans le rôle de plus en plus important de belles jeunes filles très bien dessinées.
Un inspecteur de police mène une enquête autour de la mort de Pier Paolo Pasolini, une investigation qui le plonge peu à peu dans un entrelacs de faits, de souvenirs et de visions où sa propre identité semble se confondre avec celle du cinéaste.
Le dessin m’a laissé une impression globalement propre et de qualité, avec une vraie maîtrise et une lecture fluide des planches. Mais cette impression est contrebalancée par une certaine raideur des personnages et du trait, qui donne parfois un côté figé à l’ensemble.
L’histoire démarre comme un polar noir assez classique et bien construit, dans une ambiance elle aussi propre et posée. Puis progressivement, le récit bascule dans quelque chose de plus trouble, en mêlant réalité, enquête et flashbacks autour de Pasolini. On se retrouve dans un va-et-vient permanent où les frontières deviennent floues, avec des évocations quasi fantomatiques de Pasolini, au point qu’on ne sait plus si l’on suit le détective, le cinéaste, ou une forme de fusion des deux.
Ce brouillage finit par contaminer les motivations des personnages. Le détective semble s’aliéner peu à peu, obsédé par son enquête, jusqu’à adopter un comportement de plus en plus stéréotypé, notamment dans sa manière de séduire les femmes croisées, alors même qu’il a une jeune et belle épouse amoureuse de lui. Cette dérive rend son parcours de moins en moins lisible.
La conclusion arrive finalement de façon assez plate, sans réel impact, sans que l’on sache vraiment quoi retenir des enjeux ou des trajectoires. À force de mélanger les niveaux de lecture et de brouiller les repères, j’ai fini par être complètement perdu dans le récit.
C'était ma première série fantasy européenne et c'est encore, pour moi, la meilleure. J'ai suivi le développement de la Quête, année après année, toujours avec une attente croissante. Le dessin de Loisel s'est également amélioré au rythme des albums, je crois. Les personnages Pélisse et surtout Bragon restent des créations mémorables, ainsi que des personnages secondaires qui ont fini par jouer un rôle important. L'épisode de Bulrog dans le dernier tome m'a particulièrement touché.
Histoires sanglantes avec beaucoup d'humour noir. Bien que publié par l'éditeur Comics USA, les auteurs sont très européens : Bernet (Barcelone) et Abuli (Andorre) avaient déjà collaboré sur d'autres séries, notamment Torpedo. Les dessins de Bernet sont excellents, surtout comme ici, en noir et blanc. Les histoires avaient été publiées auparavant dans l'album Sur Liste Noire (1996) et en Espagne sous le titre Mr. Monster (1990).
Ah la figure paternelle….
Cet homme qui est tout à la fois craint et admiré par sa progéniture. Il est bien souvent le premier modèle de sa progéniture avant que cette dernière prenne ses distances et finisse par regretter le temps passé loin l'un de l'autre. Mais que voulez vous il faut bien "tuer le père"
Jean-Louis Tripp nous livre ici un témoignage principalement de sa vie d'enfant mais dont il n'est pas le personnage central. Non ce rôle est dévolu à son papa, Francis, qui m'a parut être un homme d'une sincérité confondante, d'une humanité magnifique et aux convictions marquées.
Dans cette France des années 60-70 qui s'ouvre au progrès et au monde mais qui reste encore profondément traditionnelle, le fils nous raconte son père tel qu'il est dans ses souvenirs. et globalement ce sont de bons souvenirs même si comme n'importe quel adolescent ils connurent des passages compliqués.
C'est l'amour et la tendresse qui ressort de cet ouvrage.
Graphiquement c'est assez bien fait, dans la lignée de Magasin général
Note réelle : 3,5/5
Les coule-tout-seuls ! Cette flotte est consternante !
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Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre, constituant le quatrième de cette série sur les batailles navales. Son édition originale date de 2017. Il a été réalisé par Jean-Yves Delitte, peintre officiel de la Marine, membre titulaire de l’académie des Arts & Sciences de la Mer, pour le scénario, par Giuseppe Baiguera pour les dessins, par Denis Béchu pour les couleurs. Il comprend quarante-six pages de bande dessinée. Il se termine par un dossier historique de huit pages, rédigé par le scénariste, agrémenté de documents visuels comprenant sept chapitres et un glossaire. Les différentes parties portent les titres suivants : La disgrâce après la victoire, Trouver un allié, Une guerre peut en cacher une autre, Le nain jaune et l’ogre russe, L’armement de l’air moderne, Une nouvelle arme la torpille, Le jeu trouble des puissants, Une défaite annoncée.
En octobre 1904, à Saint-Pétersbourg dans l’Empire russe, un groupe de gradés et d’officiels est réuni sur une tribune, pour célébrer le départ de la flotte militaire qui prend le large, avec la foule sur le quai pour acclamer ce départ. Un peu éloignés des côtes, deux marins dans un petit voilier sont en train de ramener un filet de pêche. Ils commentent le départ, évoquant leur belle flotte de guerre qui prend le large. Il paraît qu’elle s’en va mater les nains jaunes qui de l’autre côté de leur bonne terre ont attaqué Port-Arthur ; il se dit même que le tsar a fait le déplacement avec tous ses généraux pour saluer le départ de ces fiers navires. Petro, le cousin de l’un des deux pêcheurs, est à bord du Kniaz Souvorov, le navire amiral. Ce moujik se trouve à bord d’un navire de guerre parce que les amiraux n’avaient pas assez de bras. Des paysans comme marins, il y a de quoi être pessimiste. Mais les temp sont durs, pour ce cousin, ça faisait plusieurs étés que ses champs ne donnent plus suffisamment de blé pour qu’il nourrisse sa famille.
À Port-Arthur, un clairon sonne la fin des combats. Malgré tout, dans les tranchées, le soldat Poutine arme son fusil et cherche une cible : il va en profiter pour tuer un macaque de plus. Un compagnon lui rappelle que ce sont eux qui se rendent aux Nippons, et non l’inverse, qu’ils doivent se montrer conciliant et courber l’échine. Poutine a sa cible dans son viseur et il tire, tuant un soldat japonais. Quelques instants après, une balle lui traverse le crâne et les soldats japonais se tiennent sur le bord de la tranchée, tenant les soldats russes en joue. En ce deux janvier 1905, la ville chinoise de Lüshunkou vient d’être prise aux Russes, par les Japonais après un siège débuté fin mai 1904. Quelques jours après, la nouvelle est annoncée au tsar Nicolas II (1868-1918) : ils se sont rendus, Port-Arthur est tombé. Le huit janvier 1905, la flotte russe mouille au large de l’île de Nosy Be à Madagascar, les matelots étant de corvée pour débarrasser les coques des navires des algues et des coquillages. Ils sont rejoints par le matelot Vladimir. Leurs discussions évoquent leur situation. Avec toutes les mers qu’ils ont parcourues depuis leur départ en octobre, ce sont des grappes de coquillages et des montagnes d’algues qui sont collées à la coque. Vladimir en attribue la faute à leurs gradés qui auraient pu aller au plus court plutôt que de contourner l’Afrique, en passant par le canal de Suez.
Venu à cet ouvrage pour se familiariser avec cette bataille navale, le lecteur en découvre progressivement le contexte, avant d’aboutir à son déroulé en fin de récit. Dans ce tome, le scénariste a choisi, comme souvent de consacrer un nombre de pages réduit pour raconter l’affrontement en lui-même : en l’occurrence quatre pages, la partie majoritaire de l’histoire étant consacrée au contexte de cet affrontement, ainsi qu’à des points de vue différenciés, à partir des personnages comme les matelots ou les gradés. Comme pour chaque tome, le scénariste se concentre sur les informations principales dans le fil de la bande dessinée pour rendre intelligibles les enjeux, et il développe certaines facettes dans le dossier historique. Le néophyte aura vraisemblablement envie de compléter certaines informations par des recherches personnelles, à commencer par Port-Arthur, une ville portuaire chinoise, appelée Lüshunkou située à la pointe sud de la péninsule du Liaodong, ayant porté le nom de Port-Arthur pendant l’occupation russe, puis de Ryojun pendant la période d’administration japonaise. En fonction de là où le porte sa curiosité, il pourra aussi éprouver l’envie d’en savoir plus sur l’ingénieur naval Louis-Émile (1840-1924, sur l’amiral Togo Heihachiro (1848-1934), sur le canon Paixhans, ou encore sur la force de Coriolis…
S’il est déjà un habitué de cette série consacrée aux batailles navales, le lecteur sait que le scénariste maîtrise l’art de la composition de son récit : un dosage habile et expert entre le point de vue des militaires, simples marins et quelques gradés, une alternance de lieux (par exemple ces deux pages dans les tranchées pendant le siège de Port-Arthur, ou la page entière consacrée à l’annonce de sa chute à l’empereur), des discussions permettant d’exposer des informations sur l’état du monde (contexte politique de la bataille à venir) de manière organique, la violence de la bataille et les êtres humains morts, et… l’absence totale de femme, même dans les salons de l’empereur. Afin de bien apprécier le récit, le néophyte doit maintenir une attention correcte tout du long, certaines informations pouvant sembler anecdotiques, tout en ayant une incidence réelle dans le déroulement des événements, sa curiosité devant se porter sur chaque dimension, aussi bien politique que technique. En fonction de ses convictions, il peut s’attacher plus à l’amiral devant mener à bien sa mission, en s’adaptant à des ordres qu’il approuve plus ou moins, ou bien au matelot Vladimir et à ses convictions déjà révolutionnaires. Il reconnaît aisément le nom inscrit sur le couvre-chef du marin en train d’écouter un discours de Lénine à Saint-Pétersbourg en juin 1905 : Potemkine, celui d’un cuirassé pré-dreadnought de la flotte de la mer Noire rentré dans l’histoire pour la mutinerie qui y eut lieu en juin 1905, pendant la Révolution de 1905.
Le lecteur a bien identifié que ce tome est illustré par un autre dessinateur que JY Delitte, il entame sa lecture en toute connaissance de cause. Baiguera réalise des dessins dans un registre réaliste et descriptif comme il se doit pour cette série historique, respectant ainsi le cahier des charges établi par le scénariste. Bien évidemment, il a effectué les recherches de références nécessaires pour représenter les navires, les uniformes et les armes avec la meilleure véracité historique, ainsi que les autres éléments d’époque comme le bateau de pêche russe, les tranchées de Port-Arthur, le palais du tsar, les rues en terre de Port-Arthur, et la façade du palais d’Hiver à Saint-Pétersbourg. L’horizon d’attente du lecteur est comblé sur ce plan-là : mise en scène des navires, de leur armement et de leur puissance de feu, des militaires des différentes marines vaquant à leurs occupations et accomplissant les corvées, ou explicitant les ordres venus du commandement. La bataille est rondement racontée, mettant en avant les tirs de canons et les impacts correspondants, ainsi que la disproportion entre la capacité destructrice des obus et la fragilité des corps humains. S’il s’est habitué à la dureté des représentations de Delitte, le lecteur peut trouver la mise en scène et les plans de prise de vues un peu communs, manquant de tranchant et de percutant. Pour autant la narration visuelle remplit sa fonction, à la fois par le rythme régulier, et par la qualité des informations apportées.
Régulièrement, le lecteur ressent la justesse d’une image : Petrov pensif accoudé au bastingage, la hargne de Poutine à vouloir tuer un soldat japonais, Vladimir un peu tire-au-flanc et donneur de leçon sur l’exploitation du prolétariat et la révolution, le capitaine Stanislav blasé et trop conscient du manque de moyens et de préparation de leur flotte, le cynisme des observateurs français et anglais, la beauté paradisiaque de la plage de Nosy Be, la population chinoise réduite à l’état de commodités à Port-Arthur, la rage au combat, etc. Les images montrent et soulignent plusieurs facettes du récit : les simples matelots dont la vie devient régie par des décisions arbitraires sur lesquelles ils n’ont aucune prise, le fait que les gradés russes ont conscience de l’état laissant à désirer des navires de la flotte, l’impréparation de cette mission, l’ennui sur les navires, etc. En arrière-plan, le lecteur devine ou comprend en fonction de ses connaissances, que la marine russe se repose sur ses lauriers, que l’impérialisme japonais a commencé à prendre corps en prenant pied sur le territoire chinois, que d’autres puissances, les Français et les Britanniques, veillent en coulisse à leurs propres intérêts, plutôt qu’à la paix. En revanche, il prend conscience de deux autres thèmes dans le dossier historique : l‘armement de l’air moderne avec des éléments chiffrés sur la portée ainsi que le poids et la vitesse des obus, et également sur la montée en puissance de la torpille.
Une bataille navale restée célèbre pour les connaisseurs, que ce tome permet aux néophytes de découvrir. La narration visuelle s’avère solide, plus qu’il n’apparaît à la surface, apportant de nombreuses informations dans une reconstitution historique bien documentée. La construction du récit présente plusieurs facettes de l’environnement historique menant à cet affrontement, à la fois sur les nations impliquées et sur les circonstances techniques et stratégiques. Le lecteur prolonge cette découverte avec le dossier historique bien construit et disposant de documents visuels intéressants. Paix aux hommes morts au combat.
Un autre recueil d'histoires d'horreur par Junji Ito. J'en avais déjà lu une dans un autre recueil publié par le même éditeur et j'ai vu qu'une autre a servit de titre dans un des bouquins publiés par Tonkam il y a une quinzaine d'années (La Ville sans rue). Ça serait bien d'éviter les doublons.
Les histoires de ce recueil ont été publiées dans la première moitié des années 90, lorsque l'auteur avait déjà quelques années de carrière professionnelle derrière lui. On retrouve son dessin si reconnaissable, mais il n'y a pas encore le style qui va avoir par la suite vers la fin des années 90-débuts années 00. La plupart des histoires ne sont pas trop mal. On retrouve quelques défauts récurrents de l'auteur comme des fins abruptes ou encore une histoire où le paranormal n'a pas d'explication alors que j'aime bien quand on m'explique la source du paranormal (un esprit vengeur, un monstre, etc) et je ne suis pas fan de 'il s'est passé un truc bizarre et puis s'est tout alors accepte-le'.
Un bon point de cet album est qu'Ito ne tombe pas dans le grandguignolesque comme c'est trop souvent le cas avec lui et d'autres auteurs japonais spécialisés dans l'horreur. Les émotions des personnages sont mesurés et l'histoire qui me semblait décousu fini par être plus cohérent lorsqu'on lit les dernières pages. Certaines histoires sont plus psychologique et c'est le type d'horreur que j'apprécie le plus.
Huit ans après Courtes Distances, Joff Winterhart nous revient avec cette bande dessinée dont le titre sonne un peu comme une déclaration d’amour. Et comme précédemment, « Chère historienne » risque de déconcerter les amateurs de scénarios bien ficelés aux rebondissements imprévus. Et pourtant, il se passe beaucoup de choses durant les presque 200 pages de ce roman graphique intimiste, mais disons que cela se situe plutôt au niveau psychologique. La lecture, dense sur la partie textuelle, demande patience et concentration, mais une fois l’accord passé avec le lecteur, se révèle plutôt captivante.
Winterhart a centré son récit autour de deux portraits féminins principaux, ceux de Margaret et de Lucy, ou plutôt deux et demi si l’on englobe celui du youtubeur Allan Hands en quête permanente d’audience et de notoriété. Ce dernier, prétendument historien, faire ressortir par un effet de contraste la personnalité de Margaret, personnage attachant de professeure d’université qui préfère quant à elle la discrétion pour s’effacer derrière le sujet de ses études. Celle dont le corps apparaît fatigué sous le poids des ans, a conservé toute sa vivacité d’esprit pour sonder avec finesse l’âme humaine et détecter les prétentieux à l’ego démesuré, incarnés par le personnage de Hands.
L’autre portrait de femme, Lucy, est également très réaliste. De trente ans sa cadette, la productrice, soucieuse de faire ses preuves pour un job qui n’est pas vraiment ce dont elle rêvait mais qui lui permettrait d’oublier ses déboires conjugaux et financiers, va progressivement tomber le masque au contact de la professeure, révélant ses failles. Pourtant, son désir de la mettre en valeur en lui proposant d’apparaître dans une émission demeure des plus sincères. Mais sous l’aura empathique de Margaret, elle apprendra peu à peu à s’écouter et à briser sa cage de verre. Elle réalisera alors que pour accomplir une sorte d’épanouissement personnel, elle devra se détacher de la proximité insidieuse et toxique de Hands.
On appréciera l’autre point fort de cet album, un humour subtil, certains diront « british », qui affleure dans les situations, doucement cocasses, et les propos en apparence insignifiants. Très méfiante envers la technologie et les moyens de communication modernes imposés par son métier, son poste de télé est la plupart du temps recouvert de torchons masquant « cette ennuyeuse surface noire ». Quant à son PC portable, elle ne le voit que comme un « satané toutou ».
De son trait crayonné en noir et blanc si particulier, Joff Winterhart sait accompagner tout cela grâce à son sens aigu de l’observation, dans les gestes, les regards et le cadrage. Son approche, volontiers centrée sur les poses et les expressions, est appréciable même dans ses petits défauts qui fleurent bon l’authenticité, à mille lieux d’une IA insipide ou d’un dessin académique. L’auteur confie d’ailleurs utiliser la technique du monotype, proche de l’estampe, consistant à « dessiner un peu « à l’aveugle » sur du papier appliqué sur une plaque de plexiglas enduite d’une fine couche d’encre. D’où sans doute la tonalité intemporelle de l’objet graphique d’un auteur qui est autant artiste qu’artisan.
« Chère historienne » est un récit très appréciable par son étude psychologique — et sociologique — dont la forme est parfaitement synchrone au contenu. Winterhart ne cherche pas à correspondre à une mode graphique tape-à-l’œil, et semble s’en contrefoutre totalement, et pourtant il parle très bien de notre époque « high-tech » où le fond est souvent relégué au second plan derrière les préoccupations les plus triviales. Cette lecture permettra peut-être à chacun de mieux analyser ce désir de reconnaissance dérisoire qui peut devenir vite encombrant, et, notamment à l’attention des divers influenceurs ou de ceux désireux de le devenir, de mettre à distance cette servitude volontaire qu’est la course à l’audience ou aux « likes ».
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J'aimerais pouvoir donner une meilleure note, mais je n'y arrive pas. L'histoire est un amalgame incompréhensible de mythes grecs et d'aventure contemporaine. Van Hamme en était à ses débuts en tant que scénariste et cela se remarque. Les dessins de Cuvelier ne sont pas trop mauvais, mais on en ressent les limites. Il voulait être artiste peintre, mais a été obligé de faire de la bande dessinée. Grand dessinateur dans plusieurs séries que j'apprécie beaucoup (Line, Corentin). Il était excellent surtout dans l'anatomie humaine et celle des chevaux en mouvement, ce qui est si difficile! Mais ici, également en raison des limitations de l'époque, le sexe féminin est toujours commodément couvert et tout devient trop forcé et visuellement désagréable. Un érotisme qui ne l'était plus vraiment à cette époque.
Le Poids des héros
J'ai découvert Sala récemment grâce à Le Joueur d'échecs que j'ai absolument a-do-ré. Je n'en dirais pas autant de cet album que je trouve "seulement" très bon, aspect visuel toujours aussi fascinant. Là, on a une multi-biographie réussie savoir celle du héros de la famille, de l'auteur, de sa mère, et accessoirement, des autres. Comment savoir si ce qui fait que je préfère Le joueur d'échec est une fiction supérieure à la réalité ou ma fascination pour les échecs ? Dur à dire. Puisque je suis là, j'en profite pour inciter à lire Le gambit des étoiles, roman vraiment parfait de Klein. Je dois pourtant reconnaître que Sala fait un sans faute : on voit le poids de la transmission de la tragédie, dans la famille, mais aussi le bonheur d'une vie familiale où l'amour et la liberté règnent, ce qui n'est pas un mince privilège… Et parfois, le drame et le bonheur ne sont pas où on les attend. J'avais peur en ouvrant la bd, je l'ai fermé avec un presque sentiment de plénitude.
Buz Sawyer
Buz Sawier est une série typique de la production américaine pendant la Seconde Guerre mondiale, exaltant les exploits de l'armée. Je préfère les histoires du personnage après son retour à la vie civile, en tant que détective. Les dessins sont de très bonne qualité, cependant Roy Crane se plaignait du travail et du temps qu'il passait à dessiner les avions avec tant de détails. Mais il a été invité à la Maison-Blanche pour ses réalisations dans les comics ! Les aventures du héros sont un bon divertissement et ont évolué en termes d'humour, ainsi que dans le rôle de plus en plus important de belles jeunes filles très bien dessinées.
Pasolini - Pig ! Pig ! Pig !
Un inspecteur de police mène une enquête autour de la mort de Pier Paolo Pasolini, une investigation qui le plonge peu à peu dans un entrelacs de faits, de souvenirs et de visions où sa propre identité semble se confondre avec celle du cinéaste. Le dessin m’a laissé une impression globalement propre et de qualité, avec une vraie maîtrise et une lecture fluide des planches. Mais cette impression est contrebalancée par une certaine raideur des personnages et du trait, qui donne parfois un côté figé à l’ensemble. L’histoire démarre comme un polar noir assez classique et bien construit, dans une ambiance elle aussi propre et posée. Puis progressivement, le récit bascule dans quelque chose de plus trouble, en mêlant réalité, enquête et flashbacks autour de Pasolini. On se retrouve dans un va-et-vient permanent où les frontières deviennent floues, avec des évocations quasi fantomatiques de Pasolini, au point qu’on ne sait plus si l’on suit le détective, le cinéaste, ou une forme de fusion des deux. Ce brouillage finit par contaminer les motivations des personnages. Le détective semble s’aliéner peu à peu, obsédé par son enquête, jusqu’à adopter un comportement de plus en plus stéréotypé, notamment dans sa manière de séduire les femmes croisées, alors même qu’il a une jeune et belle épouse amoureuse de lui. Cette dérive rend son parcours de moins en moins lisible. La conclusion arrive finalement de façon assez plate, sans réel impact, sans que l’on sache vraiment quoi retenir des enjeux ou des trajectoires. À force de mélanger les niveaux de lecture et de brouiller les repères, j’ai fini par être complètement perdu dans le récit.
La Quête de l'Oiseau du Temps
C'était ma première série fantasy européenne et c'est encore, pour moi, la meilleure. J'ai suivi le développement de la Quête, année après année, toujours avec une attente croissante. Le dessin de Loisel s'est également amélioré au rythme des albums, je crois. Les personnages Pélisse et surtout Bragon restent des créations mémorables, ainsi que des personnages secondaires qui ont fini par jouer un rôle important. L'épisode de Bulrog dans le dernier tome m'a particulièrement touché.
Histoires noires
Histoires sanglantes avec beaucoup d'humour noir. Bien que publié par l'éditeur Comics USA, les auteurs sont très européens : Bernet (Barcelone) et Abuli (Andorre) avaient déjà collaboré sur d'autres séries, notamment Torpedo. Les dessins de Bernet sont excellents, surtout comme ici, en noir et blanc. Les histoires avaient été publiées auparavant dans l'album Sur Liste Noire (1996) et en Espagne sous le titre Mr. Monster (1990).
Un père
Ah la figure paternelle…. Cet homme qui est tout à la fois craint et admiré par sa progéniture. Il est bien souvent le premier modèle de sa progéniture avant que cette dernière prenne ses distances et finisse par regretter le temps passé loin l'un de l'autre. Mais que voulez vous il faut bien "tuer le père" Jean-Louis Tripp nous livre ici un témoignage principalement de sa vie d'enfant mais dont il n'est pas le personnage central. Non ce rôle est dévolu à son papa, Francis, qui m'a parut être un homme d'une sincérité confondante, d'une humanité magnifique et aux convictions marquées. Dans cette France des années 60-70 qui s'ouvre au progrès et au monde mais qui reste encore profondément traditionnelle, le fils nous raconte son père tel qu'il est dans ses souvenirs. et globalement ce sont de bons souvenirs même si comme n'importe quel adolescent ils connurent des passages compliqués. C'est l'amour et la tendresse qui ressort de cet ouvrage. Graphiquement c'est assez bien fait, dans la lignée de Magasin général Note réelle : 3,5/5
Tsushima
Les coule-tout-seuls ! Cette flotte est consternante ! - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre, constituant le quatrième de cette série sur les batailles navales. Son édition originale date de 2017. Il a été réalisé par Jean-Yves Delitte, peintre officiel de la Marine, membre titulaire de l’académie des Arts & Sciences de la Mer, pour le scénario, par Giuseppe Baiguera pour les dessins, par Denis Béchu pour les couleurs. Il comprend quarante-six pages de bande dessinée. Il se termine par un dossier historique de huit pages, rédigé par le scénariste, agrémenté de documents visuels comprenant sept chapitres et un glossaire. Les différentes parties portent les titres suivants : La disgrâce après la victoire, Trouver un allié, Une guerre peut en cacher une autre, Le nain jaune et l’ogre russe, L’armement de l’air moderne, Une nouvelle arme la torpille, Le jeu trouble des puissants, Une défaite annoncée. En octobre 1904, à Saint-Pétersbourg dans l’Empire russe, un groupe de gradés et d’officiels est réuni sur une tribune, pour célébrer le départ de la flotte militaire qui prend le large, avec la foule sur le quai pour acclamer ce départ. Un peu éloignés des côtes, deux marins dans un petit voilier sont en train de ramener un filet de pêche. Ils commentent le départ, évoquant leur belle flotte de guerre qui prend le large. Il paraît qu’elle s’en va mater les nains jaunes qui de l’autre côté de leur bonne terre ont attaqué Port-Arthur ; il se dit même que le tsar a fait le déplacement avec tous ses généraux pour saluer le départ de ces fiers navires. Petro, le cousin de l’un des deux pêcheurs, est à bord du Kniaz Souvorov, le navire amiral. Ce moujik se trouve à bord d’un navire de guerre parce que les amiraux n’avaient pas assez de bras. Des paysans comme marins, il y a de quoi être pessimiste. Mais les temp sont durs, pour ce cousin, ça faisait plusieurs étés que ses champs ne donnent plus suffisamment de blé pour qu’il nourrisse sa famille. À Port-Arthur, un clairon sonne la fin des combats. Malgré tout, dans les tranchées, le soldat Poutine arme son fusil et cherche une cible : il va en profiter pour tuer un macaque de plus. Un compagnon lui rappelle que ce sont eux qui se rendent aux Nippons, et non l’inverse, qu’ils doivent se montrer conciliant et courber l’échine. Poutine a sa cible dans son viseur et il tire, tuant un soldat japonais. Quelques instants après, une balle lui traverse le crâne et les soldats japonais se tiennent sur le bord de la tranchée, tenant les soldats russes en joue. En ce deux janvier 1905, la ville chinoise de Lüshunkou vient d’être prise aux Russes, par les Japonais après un siège débuté fin mai 1904. Quelques jours après, la nouvelle est annoncée au tsar Nicolas II (1868-1918) : ils se sont rendus, Port-Arthur est tombé. Le huit janvier 1905, la flotte russe mouille au large de l’île de Nosy Be à Madagascar, les matelots étant de corvée pour débarrasser les coques des navires des algues et des coquillages. Ils sont rejoints par le matelot Vladimir. Leurs discussions évoquent leur situation. Avec toutes les mers qu’ils ont parcourues depuis leur départ en octobre, ce sont des grappes de coquillages et des montagnes d’algues qui sont collées à la coque. Vladimir en attribue la faute à leurs gradés qui auraient pu aller au plus court plutôt que de contourner l’Afrique, en passant par le canal de Suez. Venu à cet ouvrage pour se familiariser avec cette bataille navale, le lecteur en découvre progressivement le contexte, avant d’aboutir à son déroulé en fin de récit. Dans ce tome, le scénariste a choisi, comme souvent de consacrer un nombre de pages réduit pour raconter l’affrontement en lui-même : en l’occurrence quatre pages, la partie majoritaire de l’histoire étant consacrée au contexte de cet affrontement, ainsi qu’à des points de vue différenciés, à partir des personnages comme les matelots ou les gradés. Comme pour chaque tome, le scénariste se concentre sur les informations principales dans le fil de la bande dessinée pour rendre intelligibles les enjeux, et il développe certaines facettes dans le dossier historique. Le néophyte aura vraisemblablement envie de compléter certaines informations par des recherches personnelles, à commencer par Port-Arthur, une ville portuaire chinoise, appelée Lüshunkou située à la pointe sud de la péninsule du Liaodong, ayant porté le nom de Port-Arthur pendant l’occupation russe, puis de Ryojun pendant la période d’administration japonaise. En fonction de là où le porte sa curiosité, il pourra aussi éprouver l’envie d’en savoir plus sur l’ingénieur naval Louis-Émile (1840-1924, sur l’amiral Togo Heihachiro (1848-1934), sur le canon Paixhans, ou encore sur la force de Coriolis… S’il est déjà un habitué de cette série consacrée aux batailles navales, le lecteur sait que le scénariste maîtrise l’art de la composition de son récit : un dosage habile et expert entre le point de vue des militaires, simples marins et quelques gradés, une alternance de lieux (par exemple ces deux pages dans les tranchées pendant le siège de Port-Arthur, ou la page entière consacrée à l’annonce de sa chute à l’empereur), des discussions permettant d’exposer des informations sur l’état du monde (contexte politique de la bataille à venir) de manière organique, la violence de la bataille et les êtres humains morts, et… l’absence totale de femme, même dans les salons de l’empereur. Afin de bien apprécier le récit, le néophyte doit maintenir une attention correcte tout du long, certaines informations pouvant sembler anecdotiques, tout en ayant une incidence réelle dans le déroulement des événements, sa curiosité devant se porter sur chaque dimension, aussi bien politique que technique. En fonction de ses convictions, il peut s’attacher plus à l’amiral devant mener à bien sa mission, en s’adaptant à des ordres qu’il approuve plus ou moins, ou bien au matelot Vladimir et à ses convictions déjà révolutionnaires. Il reconnaît aisément le nom inscrit sur le couvre-chef du marin en train d’écouter un discours de Lénine à Saint-Pétersbourg en juin 1905 : Potemkine, celui d’un cuirassé pré-dreadnought de la flotte de la mer Noire rentré dans l’histoire pour la mutinerie qui y eut lieu en juin 1905, pendant la Révolution de 1905. Le lecteur a bien identifié que ce tome est illustré par un autre dessinateur que JY Delitte, il entame sa lecture en toute connaissance de cause. Baiguera réalise des dessins dans un registre réaliste et descriptif comme il se doit pour cette série historique, respectant ainsi le cahier des charges établi par le scénariste. Bien évidemment, il a effectué les recherches de références nécessaires pour représenter les navires, les uniformes et les armes avec la meilleure véracité historique, ainsi que les autres éléments d’époque comme le bateau de pêche russe, les tranchées de Port-Arthur, le palais du tsar, les rues en terre de Port-Arthur, et la façade du palais d’Hiver à Saint-Pétersbourg. L’horizon d’attente du lecteur est comblé sur ce plan-là : mise en scène des navires, de leur armement et de leur puissance de feu, des militaires des différentes marines vaquant à leurs occupations et accomplissant les corvées, ou explicitant les ordres venus du commandement. La bataille est rondement racontée, mettant en avant les tirs de canons et les impacts correspondants, ainsi que la disproportion entre la capacité destructrice des obus et la fragilité des corps humains. S’il s’est habitué à la dureté des représentations de Delitte, le lecteur peut trouver la mise en scène et les plans de prise de vues un peu communs, manquant de tranchant et de percutant. Pour autant la narration visuelle remplit sa fonction, à la fois par le rythme régulier, et par la qualité des informations apportées. Régulièrement, le lecteur ressent la justesse d’une image : Petrov pensif accoudé au bastingage, la hargne de Poutine à vouloir tuer un soldat japonais, Vladimir un peu tire-au-flanc et donneur de leçon sur l’exploitation du prolétariat et la révolution, le capitaine Stanislav blasé et trop conscient du manque de moyens et de préparation de leur flotte, le cynisme des observateurs français et anglais, la beauté paradisiaque de la plage de Nosy Be, la population chinoise réduite à l’état de commodités à Port-Arthur, la rage au combat, etc. Les images montrent et soulignent plusieurs facettes du récit : les simples matelots dont la vie devient régie par des décisions arbitraires sur lesquelles ils n’ont aucune prise, le fait que les gradés russes ont conscience de l’état laissant à désirer des navires de la flotte, l’impréparation de cette mission, l’ennui sur les navires, etc. En arrière-plan, le lecteur devine ou comprend en fonction de ses connaissances, que la marine russe se repose sur ses lauriers, que l’impérialisme japonais a commencé à prendre corps en prenant pied sur le territoire chinois, que d’autres puissances, les Français et les Britanniques, veillent en coulisse à leurs propres intérêts, plutôt qu’à la paix. En revanche, il prend conscience de deux autres thèmes dans le dossier historique : l‘armement de l’air moderne avec des éléments chiffrés sur la portée ainsi que le poids et la vitesse des obus, et également sur la montée en puissance de la torpille. Une bataille navale restée célèbre pour les connaisseurs, que ce tome permet aux néophytes de découvrir. La narration visuelle s’avère solide, plus qu’il n’apparaît à la surface, apportant de nombreuses informations dans une reconstitution historique bien documentée. La construction du récit présente plusieurs facettes de l’environnement historique menant à cet affrontement, à la fois sur les nations impliquées et sur les circonstances techniques et stratégiques. Le lecteur prolonge cette découverte avec le dossier historique bien construit et disposant de documents visuels intéressants. Paix aux hommes morts au combat.
Dans l'ombre (Ito)
Un autre recueil d'histoires d'horreur par Junji Ito. J'en avais déjà lu une dans un autre recueil publié par le même éditeur et j'ai vu qu'une autre a servit de titre dans un des bouquins publiés par Tonkam il y a une quinzaine d'années (La Ville sans rue). Ça serait bien d'éviter les doublons. Les histoires de ce recueil ont été publiées dans la première moitié des années 90, lorsque l'auteur avait déjà quelques années de carrière professionnelle derrière lui. On retrouve son dessin si reconnaissable, mais il n'y a pas encore le style qui va avoir par la suite vers la fin des années 90-débuts années 00. La plupart des histoires ne sont pas trop mal. On retrouve quelques défauts récurrents de l'auteur comme des fins abruptes ou encore une histoire où le paranormal n'a pas d'explication alors que j'aime bien quand on m'explique la source du paranormal (un esprit vengeur, un monstre, etc) et je ne suis pas fan de 'il s'est passé un truc bizarre et puis s'est tout alors accepte-le'. Un bon point de cet album est qu'Ito ne tombe pas dans le grandguignolesque comme c'est trop souvent le cas avec lui et d'autres auteurs japonais spécialisés dans l'horreur. Les émotions des personnages sont mesurés et l'histoire qui me semblait décousu fini par être plus cohérent lorsqu'on lit les dernières pages. Certaines histoires sont plus psychologique et c'est le type d'horreur que j'apprécie le plus.
Chère historienne
Huit ans après Courtes Distances, Joff Winterhart nous revient avec cette bande dessinée dont le titre sonne un peu comme une déclaration d’amour. Et comme précédemment, « Chère historienne » risque de déconcerter les amateurs de scénarios bien ficelés aux rebondissements imprévus. Et pourtant, il se passe beaucoup de choses durant les presque 200 pages de ce roman graphique intimiste, mais disons que cela se situe plutôt au niveau psychologique. La lecture, dense sur la partie textuelle, demande patience et concentration, mais une fois l’accord passé avec le lecteur, se révèle plutôt captivante. Winterhart a centré son récit autour de deux portraits féminins principaux, ceux de Margaret et de Lucy, ou plutôt deux et demi si l’on englobe celui du youtubeur Allan Hands en quête permanente d’audience et de notoriété. Ce dernier, prétendument historien, faire ressortir par un effet de contraste la personnalité de Margaret, personnage attachant de professeure d’université qui préfère quant à elle la discrétion pour s’effacer derrière le sujet de ses études. Celle dont le corps apparaît fatigué sous le poids des ans, a conservé toute sa vivacité d’esprit pour sonder avec finesse l’âme humaine et détecter les prétentieux à l’ego démesuré, incarnés par le personnage de Hands. L’autre portrait de femme, Lucy, est également très réaliste. De trente ans sa cadette, la productrice, soucieuse de faire ses preuves pour un job qui n’est pas vraiment ce dont elle rêvait mais qui lui permettrait d’oublier ses déboires conjugaux et financiers, va progressivement tomber le masque au contact de la professeure, révélant ses failles. Pourtant, son désir de la mettre en valeur en lui proposant d’apparaître dans une émission demeure des plus sincères. Mais sous l’aura empathique de Margaret, elle apprendra peu à peu à s’écouter et à briser sa cage de verre. Elle réalisera alors que pour accomplir une sorte d’épanouissement personnel, elle devra se détacher de la proximité insidieuse et toxique de Hands. On appréciera l’autre point fort de cet album, un humour subtil, certains diront « british », qui affleure dans les situations, doucement cocasses, et les propos en apparence insignifiants. Très méfiante envers la technologie et les moyens de communication modernes imposés par son métier, son poste de télé est la plupart du temps recouvert de torchons masquant « cette ennuyeuse surface noire ». Quant à son PC portable, elle ne le voit que comme un « satané toutou ». De son trait crayonné en noir et blanc si particulier, Joff Winterhart sait accompagner tout cela grâce à son sens aigu de l’observation, dans les gestes, les regards et le cadrage. Son approche, volontiers centrée sur les poses et les expressions, est appréciable même dans ses petits défauts qui fleurent bon l’authenticité, à mille lieux d’une IA insipide ou d’un dessin académique. L’auteur confie d’ailleurs utiliser la technique du monotype, proche de l’estampe, consistant à « dessiner un peu « à l’aveugle » sur du papier appliqué sur une plaque de plexiglas enduite d’une fine couche d’encre. D’où sans doute la tonalité intemporelle de l’objet graphique d’un auteur qui est autant artiste qu’artisan. « Chère historienne » est un récit très appréciable par son étude psychologique — et sociologique — dont la forme est parfaitement synchrone au contenu. Winterhart ne cherche pas à correspondre à une mode graphique tape-à-l’œil, et semble s’en contrefoutre totalement, et pourtant il parle très bien de notre époque « high-tech » où le fond est souvent relégué au second plan derrière les préoccupations les plus triviales. Cette lecture permettra peut-être à chacun de mieux analyser ce désir de reconnaissance dérisoire qui peut devenir vite encombrant, et, notamment à l’attention des divers influenceurs ou de ceux désireux de le devenir, de mettre à distance cette servitude volontaire qu’est la course à l’audience ou aux « likes ».