Dragon Head commence pourtant très bien. Le début installe une ambiance oppressante et mystérieuse vraiment efficace : le tunnel, le chaos, la survie, la peur permanente… il y a un vrai sentiment de malaise qui donne envie de continuer. Les premières scènes réussissent parfaitement à créer de la tension et à intriguer le lecteur sur ce qui a pu arriver au monde extérieur.
Malheureusement, j’ai trouvé que le manga se perd complètement par la suite. Plus l’histoire avance, plus elle devient confuse et frustrante. Le mystère qui faisait toute la force du début finit par tourner en rond, et le récit donne souvent l’impression de ne jamais vraiment savoir où il veut aller. On enchaîne des scènes de souffrance, de folie et de désespoir sans que cela apporte grand-chose de nouveau.
L'École emportée m’a laissé une impression très mitigée. Je comprends son importance historique dans le manga d’horreur, mais la lecture m’a surtout paru étrange et décousue. Le récit donne souvent l’impression de passer brutalement d’une situation à une autre sans réelle logique ni transition naturelle. On enchaîne les événements absurdes, les réactions excessives et les retournements inattendus au point que j’ai eu du mal à m’impliquer émotionnellement dans l’histoire.
Les dessins n’aident pas non plus. Je sais que le style est ancien et représentatif de son époque, mais personnellement je l’ai trouvé daté et peu engageant. Les visages déformés, les expressions outrancières et le trait très chargé rendent la lecture parfois pénible plutôt qu’angoissante. Au lieu d’être happé par l’ambiance, j’avais surtout envie de décrocher.
Je n’ai pas aimé Nausicaä de la Vallée du Vent. Malgré sa réputation culte, j’ai trouvé le manga extrêmement pénible à lire. Le principal problème vient des dessins : les planches sont souvent surchargées, confuses, et l’action devient rapidement illisible. Entre les créatures, les machines, les décors détaillés et les mouvements esquissés dans tous les sens, j’avais constamment l’impression de devoir “déchiffrer” les pages plutôt que les lire.
Et surtout… que c’est mou. Le récit avance lentement, avec énormément de dialogues explicatifs et de passages contemplatifs qui cassent totalement le rythme. Là où certains verront une œuvre poétique et profonde, j’y ai surtout vu une narration interminable qui peine à captiver. Même les scènes censées être intenses manquent d’impact à cause du découpage confus et du rythme étiré.
Je comprends pourquoi le manga est admiré pour son univers et ses thèmes écologiques, mais personnellement, l’expérience de lecture a été laborieuse du début à la fin.
Première page : Jeanne d'Arc se fait brouter par un mouton. On va vivre un grand moment.
Je sais que les puristes préfèrent Gillon en NB mais de mon côté je privilégie son oeuvre en couleurs. J'ai donc lu uniquement le tome 1 et non l'intégrale.
J'ai trouvé justement que la colorisation était sublime, avec un travail à l'aquarelle remarquable.
Je tiens à préciser que la colorimétrie des scans présentés dans la galerie est peu fidèle et ne rend pas justice au dessin original.
Quelques planches sont moins élaborées que d'autres. J'en ignore la raison mais ce n'est pas choquant.
Le récit reprend la version classique de l'histoire de Jeanne d'Arc, celle que l'on a déjà vu dans d'autres œuvres, je pense au film Jeanne la Pucelle de Pialat.
Gillon y ajoute des touches d'érotisme qui s'intègrent bien.
Dans les autres qualités à citer, je dirai une recherche historique indéniable et une écriture de haute volée :
"L'aube incertaine esquisse les contours des contrevents quand Jehanne se dresse dans le froissement des draps éparpillés".
C'est beau !
Un grand cru de Gillon.
Dans les contes et les chansons épiques, c'est bien connu, les chevaliers délivrent et épousent les princesses. Que font les princesses en attendant d'être délivrées ? Ke-poui. Que font elle après ladite délivrance ? Bah rester à la maison pour faire le ménage et s'occuper des gosses, pardi !
Le système est huilé depuis belles lurettes, les princesses poireautent et s'occupent des taches ingrates pendant que les chevaliers font comme bon leur semble et s'inventent une soi-disante droiture morale pour justifier leur place avantageuse dans ce système bien pourri. Mais voilà : Anissa du Clos Pépouze ne l'entend pas de cette oreille là et coiffe régulièrement au poteau les chevaliers en allant délivrer elle-même les princesses et leur proposer de rejoindre sa communauté auto-gérée, loin des hommes et donc du bordel fourni en prime.
On le comprend vite au résumé, on va parler de patriarcat, des injonctions sociétales absurdes et du rôle que tout le monde joue, sciemment ou parfois inconsciemment, pour faire perdurer un tel système.
J'avoue avoir craint au début un gros manque de nuance et une hypocrisie malheureuse, surtout en constatant très tôt dans l'histoire qu'Anissa, avec son envie d'enfermer les princesses dans son clos au nom de leur protection et ne les laissant pas l'accompagner à l'aventure, perpétuait elle aussi des schémas sexistes, ne réduisant ses compagnonnes qu'à de frêles créatures. Mais en fait non, l'histoire pointe le doigt là-dessus à quelques reprises et la voix de la raison m'a surtout paru être la princesse ayant plus ou moins pris la direction logistique en l'absence d'Anissa (même s'il n'y a techniquement pas de hiérarchie stricte dans leur refuge). Bien évidemment que, critique du patriarcat oblige, la gente masculine est ici dépeinte sous ses traits les plus bas, mais sans pour autant y caser un message de "not all men" (and thank god for that) l'album nous présente tout de même deux/trois figures masculines louables, ne serait-ce que par leur capacité à traiter les femmes comme des égales et non comme des adjuvantes ou des esclaves (incroyable, je sais), ou encore leur capacité à s'améliorer et changer leur vision du monde et leur comportement mis enfin clairement face au problème.
Le récit n'est pas révolutionnaire, est plus que convenu même, mais la lecture est restée agréable tout du long. Le dessin de Clerpée est joli comme tout, simple dans ses traits de personnage mais suffisamment expressif, sachant aussi parfois proposer des décors plutôt sympathique et harmonieux dans leur sobriété (quoique, eh, certains décors sont tout de même bien détaillés, notamment les pages d'ouvertures de chapitre). L'histoire, bien que simple, est entraînante, ne serait-ce qu'avec les interjections régulières en "parlé", se jouant de la formule habituellement ampoulée de la chanson de geste et nous proposant un langage plus moderne, plus actuel - sans doute aussi pour rappeler le côté "toujours d'actualité" du sujet.
Pas un chef d'œuvre, pas mauvais pour autant, une petite lecture sympathique qui, même si elle ne se révèle pas transcendante, s'avère tout se même de bonne facture et c'est déjà une excellente qualité.
Si je ne me trompe pas, c'est la première bande dessinée de cet auteur que je lis et je n'ai pas trop envie de lire le reste de sa bibliographique...
Le dessin est pas trop mal même si la mise en scène est souvent plate avec des suites de cases qui se ressemblent hormis un ou deux changements. C'est un effet de style qui peut plaire à certains lecteurs, mais pas à moi. Ce sont des histoires courtes ayant pour thème le football et je n'ai pas beaucoup rigolé durant ma lecture et je me suis vite ennuyé. La faute en partie au fait que les histoires tiraient souvent en longueur. Je me demande peut-être si c'est un problème générationnel.
Je suis né au début des années 90, mais j'ai passé une bonne partie de ma jeunesse avec les vieux classiques de la BD Franco-Belge, une époque où les auteurs avaient un espace restreint pour s'exprimer et chez les plus grands auteurs on voit que chaque case est important et à un but précis . Maintenant on est pas obligé que chaque album fait 44 pages et cela permet plus de liberté aux auteurs, mais de plus en plus souvent j'ai l'impression qu'il y a trop de BD moderne où on prends inutilement son temps et cela casse le rythme. Ici, j'ai souvent eu l'impression qu'on prenait trop de cases pour raconter un gag qui aurait durer un ou deux pages si ça avait été produit dans les années 50-70.
Pas un album pour moi.
Je pense que j'ai tous les albums de David Snug ou quasi, et l'ouvrage ici présent est le seul de toute ma collection toutes bds confondues qui m'ait été dédicacé par l'auteur. Cela fait-il de moi un fan ? Je n'en sais rien, mais le fait est que j'aime toutes les bédés, comme dirait l'autre, de l'auteur. Et celle-ci ne fait pas exception à la règle. C'est même un bon cru.
Déjà, stylistiquement parlant côté dessin, c'est l'album le plus abouti de l'auteur. J'aime beaucoup ce style, qui n'est pas si naïf et "moche" que ce que David Snug veut en dire. Il suffit de regarder un peu ce qui se fait autour, notamment sur internet, pour se rendre compte qu'il s'en sort très bien. Le trait est d'ailleurs bien plus net que lors de ses premiers albums, et ca donne un rendu hyper propre. Son personnage principal a une bonne petite bouille et un air sympathique, il est mine de rien assez expressif. Et j'avoue que je trouve toujours assez drôle les têtes des personnalités politiques qui sont calquées. Ça reste un dessin simple mais bien réalisé, avec peu ou pas de décors outre les fameux petits cacas signatures.
Côté scénario, l'auteur nous fait le compte rendu des manifs auxquelles il a participé a l'occasion des mobilisations contre les retraites et en profite pour livrer son regard sur les situations politiques, sociétales du moment. C'est très souvent drôle, inspiré et redoutablement bien vu. Qu'on ne s'y trompe pas, derrière le dessin simpliste et l'apparente légèreté du propos et des réflexions du héros, il y a une solide culture politique derrière, comme dans chaque bd de Snug. Ça rejoint un peu en cela Koko n'aime pas le capitalisme, une apparente simplicité et de l'humour parfois absurde derrière lesquels se cache un propos politique précis, documenté et construit.
C'est donc intelligent mais aussi très drôle. Les expressions du personnage sont assez rigolotes. Et plusieurs planches franchement drôles dans leur narration, leur parti pris, j'aime beaucoup celle de Marlène Schiappa dans Playboy, pour n'en citer qu'une.
Allez, même si ça fait un petit bout de temps que je l'ai lue, un petit coup de coeur pour l'ami Snug. C'est sans doute ma deuxième bédé préférée de l'auteur après Dépôt de bilan de compétences et je trouve que son travail mérite de la lumière. Après tout, peut être que je suis vraiment fan.
A l'origine Black Out était le scénario d'un film que Gainsbourg souhaitait tourner. Il l'explique dans l'interview disponible en introduction.
Bon déjà cette bande étant l'unique incursion de Gainsbourg dans le 9eme art, c'est devenu un objet de collection très recherché. La superbe couverture aide beaucoup.
En tant que bande dessinée, c'est une sorte de roman graphique avant l'heure. C'est aussi un hommage moderne aux films noir.
C'est en effet très cinématographique, on retrouve certaines influences, je pense à Godard (le maniérisme quand les personnages se parlent) et Jacques Deray (le huis clos étouffant), toutes proportions gardées.
L'histoire est une mise en abîme : un réalisateur de film est bloqué dans sa villa à cause d'une panne de courant et le scénario du film qu'il souhaite tourner est en train d'arriver dans le réel.
Il y a souvent une impression de vacuité qui traverse les pages mais le récit se rattrape toujours in extremis. La fin confirme un sentiment d'inachevé.
Au final la bande est vraiment habitée par l'esprit de Gainsbourg et c'est ce que j'étais venu rechercher.
Lecture conseillée, à condition d'être amateur de l'homme à la tête de chou.
« Le Sursis » occupe une place particulière dans ma vie de BDphile : il s’agit de la première BD « adulte » que j’ai lue… c’était en 1999 lors de la parution du deuxième tome, et 2 ans avant la création de BDtheque… J’avais choisi ce diptyque grâce à son dessin, et 27 ans après, je réalise que j’avais eu la main heureuse !
L’histoire est rondement menée, il se passe tellement de choses dans ce petit village français sous l’occupation allemande : les petits drames de la vie, les amourettes, les débats politiques sur la terrasse du café, mais aussi la résistance qui s’organise, et la menace constante des Allemands et des collabos… tout ce cirque nous est conté par Julien, du haut de son grenier et lors de ses excursions nocturnes. J’ai pris beaucoup de plaisir à relire cette histoire champêtre, à suivre ce bal romantique entre nos deux protagonistes… surtout que le dessin de Gibrat est absolument magnifique… j’adore notamment ses personnages.
Un diptyque immanquable en ce qui me concerne.
La seule bande dessinée qui peut concurrencer Den de Corben.
Le parallèle m'a sauté aux yeux à la lecture.
Bien que Voss et Richard Corben aient des styles graphiques très distincts, j'ai retrouvé la même sève créative issue de l'âge d'or de la bd fantastique adulte, période Métal Hurlant.
On retrouve des points communs évidents à commencer par le canevas de base : Heilman va vivre un voyage initiatique dans un monde qui ne répond plus aux lois terrestres. Il lutte pour sa survie au sein d'environnements hostiles afin de trouver sa véritable identité.
On retrouve dans les deux cas l'influence de Lovecraft, cette idée de puissances anciennes qui règnent sur des mondes en perdition. Heilman rajoute le mythe de Faust par dessus.
Il y a chez l'un comme chez l'autre une exploration de l'inconscient, des pulsions primaires et de la douleur. La même volonté de transgression, de briser les codes.
Le dessin est bien sûr très différent. On pourrait dire que Den représente le feu et Heilman la glace. Un style froid et minéral, mais qui partage une obsession similaire pour l'anatomie, la même volonté de jeter le corps de son héros en pâture.
Heilman est l'autre face d'un des plus beaux diamants de la bande dessinée.
Et comme toutes les pierres précieuses, accrochez vous pour le récupérer car la côte appliquée est assez déraisonnable...
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Dragon Head
Dragon Head commence pourtant très bien. Le début installe une ambiance oppressante et mystérieuse vraiment efficace : le tunnel, le chaos, la survie, la peur permanente… il y a un vrai sentiment de malaise qui donne envie de continuer. Les premières scènes réussissent parfaitement à créer de la tension et à intriguer le lecteur sur ce qui a pu arriver au monde extérieur. Malheureusement, j’ai trouvé que le manga se perd complètement par la suite. Plus l’histoire avance, plus elle devient confuse et frustrante. Le mystère qui faisait toute la force du début finit par tourner en rond, et le récit donne souvent l’impression de ne jamais vraiment savoir où il veut aller. On enchaîne des scènes de souffrance, de folie et de désespoir sans que cela apporte grand-chose de nouveau.
L'Ecole emportée
L'École emportée m’a laissé une impression très mitigée. Je comprends son importance historique dans le manga d’horreur, mais la lecture m’a surtout paru étrange et décousue. Le récit donne souvent l’impression de passer brutalement d’une situation à une autre sans réelle logique ni transition naturelle. On enchaîne les événements absurdes, les réactions excessives et les retournements inattendus au point que j’ai eu du mal à m’impliquer émotionnellement dans l’histoire. Les dessins n’aident pas non plus. Je sais que le style est ancien et représentatif de son époque, mais personnellement je l’ai trouvé daté et peu engageant. Les visages déformés, les expressions outrancières et le trait très chargé rendent la lecture parfois pénible plutôt qu’angoissante. Au lieu d’être happé par l’ambiance, j’avais surtout envie de décrocher.
Nausicaä de la vallée du vent
Je n’ai pas aimé Nausicaä de la Vallée du Vent. Malgré sa réputation culte, j’ai trouvé le manga extrêmement pénible à lire. Le principal problème vient des dessins : les planches sont souvent surchargées, confuses, et l’action devient rapidement illisible. Entre les créatures, les machines, les décors détaillés et les mouvements esquissés dans tous les sens, j’avais constamment l’impression de devoir “déchiffrer” les pages plutôt que les lire. Et surtout… que c’est mou. Le récit avance lentement, avec énormément de dialogues explicatifs et de passages contemplatifs qui cassent totalement le rythme. Là où certains verront une œuvre poétique et profonde, j’y ai surtout vu une narration interminable qui peine à captiver. Même les scènes censées être intenses manquent d’impact à cause du découpage confus et du rythme étiré. Je comprends pourquoi le manga est admiré pour son univers et ses thèmes écologiques, mais personnellement, l’expérience de lecture a été laborieuse du début à la fin.
Jehanne la Pucelle
Première page : Jeanne d'Arc se fait brouter par un mouton. On va vivre un grand moment. Je sais que les puristes préfèrent Gillon en NB mais de mon côté je privilégie son oeuvre en couleurs. J'ai donc lu uniquement le tome 1 et non l'intégrale. J'ai trouvé justement que la colorisation était sublime, avec un travail à l'aquarelle remarquable. Je tiens à préciser que la colorimétrie des scans présentés dans la galerie est peu fidèle et ne rend pas justice au dessin original. Quelques planches sont moins élaborées que d'autres. J'en ignore la raison mais ce n'est pas choquant. Le récit reprend la version classique de l'histoire de Jeanne d'Arc, celle que l'on a déjà vu dans d'autres œuvres, je pense au film Jeanne la Pucelle de Pialat. Gillon y ajoute des touches d'érotisme qui s'intègrent bien. Dans les autres qualités à citer, je dirai une recherche historique indéniable et une écriture de haute volée : "L'aube incertaine esquisse les contours des contrevents quand Jehanne se dresse dans le froissement des draps éparpillés". C'est beau ! Un grand cru de Gillon.
Pépouze
Dans les contes et les chansons épiques, c'est bien connu, les chevaliers délivrent et épousent les princesses. Que font les princesses en attendant d'être délivrées ? Ke-poui. Que font elle après ladite délivrance ? Bah rester à la maison pour faire le ménage et s'occuper des gosses, pardi ! Le système est huilé depuis belles lurettes, les princesses poireautent et s'occupent des taches ingrates pendant que les chevaliers font comme bon leur semble et s'inventent une soi-disante droiture morale pour justifier leur place avantageuse dans ce système bien pourri. Mais voilà : Anissa du Clos Pépouze ne l'entend pas de cette oreille là et coiffe régulièrement au poteau les chevaliers en allant délivrer elle-même les princesses et leur proposer de rejoindre sa communauté auto-gérée, loin des hommes et donc du bordel fourni en prime. On le comprend vite au résumé, on va parler de patriarcat, des injonctions sociétales absurdes et du rôle que tout le monde joue, sciemment ou parfois inconsciemment, pour faire perdurer un tel système. J'avoue avoir craint au début un gros manque de nuance et une hypocrisie malheureuse, surtout en constatant très tôt dans l'histoire qu'Anissa, avec son envie d'enfermer les princesses dans son clos au nom de leur protection et ne les laissant pas l'accompagner à l'aventure, perpétuait elle aussi des schémas sexistes, ne réduisant ses compagnonnes qu'à de frêles créatures. Mais en fait non, l'histoire pointe le doigt là-dessus à quelques reprises et la voix de la raison m'a surtout paru être la princesse ayant plus ou moins pris la direction logistique en l'absence d'Anissa (même s'il n'y a techniquement pas de hiérarchie stricte dans leur refuge). Bien évidemment que, critique du patriarcat oblige, la gente masculine est ici dépeinte sous ses traits les plus bas, mais sans pour autant y caser un message de "not all men" (and thank god for that) l'album nous présente tout de même deux/trois figures masculines louables, ne serait-ce que par leur capacité à traiter les femmes comme des égales et non comme des adjuvantes ou des esclaves (incroyable, je sais), ou encore leur capacité à s'améliorer et changer leur vision du monde et leur comportement mis enfin clairement face au problème. Le récit n'est pas révolutionnaire, est plus que convenu même, mais la lecture est restée agréable tout du long. Le dessin de Clerpée est joli comme tout, simple dans ses traits de personnage mais suffisamment expressif, sachant aussi parfois proposer des décors plutôt sympathique et harmonieux dans leur sobriété (quoique, eh, certains décors sont tout de même bien détaillés, notamment les pages d'ouvertures de chapitre). L'histoire, bien que simple, est entraînante, ne serait-ce qu'avec les interjections régulières en "parlé", se jouant de la formule habituellement ampoulée de la chanson de geste et nous proposant un langage plus moderne, plus actuel - sans doute aussi pour rappeler le côté "toujours d'actualité" du sujet. Pas un chef d'œuvre, pas mauvais pour autant, une petite lecture sympathique qui, même si elle ne se révèle pas transcendante, s'avère tout se même de bonne facture et c'est déjà une excellente qualité.
Hors-jeu
Si je ne me trompe pas, c'est la première bande dessinée de cet auteur que je lis et je n'ai pas trop envie de lire le reste de sa bibliographique... Le dessin est pas trop mal même si la mise en scène est souvent plate avec des suites de cases qui se ressemblent hormis un ou deux changements. C'est un effet de style qui peut plaire à certains lecteurs, mais pas à moi. Ce sont des histoires courtes ayant pour thème le football et je n'ai pas beaucoup rigolé durant ma lecture et je me suis vite ennuyé. La faute en partie au fait que les histoires tiraient souvent en longueur. Je me demande peut-être si c'est un problème générationnel. Je suis né au début des années 90, mais j'ai passé une bonne partie de ma jeunesse avec les vieux classiques de la BD Franco-Belge, une époque où les auteurs avaient un espace restreint pour s'exprimer et chez les plus grands auteurs on voit que chaque case est important et à un but précis . Maintenant on est pas obligé que chaque album fait 44 pages et cela permet plus de liberté aux auteurs, mais de plus en plus souvent j'ai l'impression qu'il y a trop de BD moderne où on prends inutilement son temps et cela casse le rythme. Ici, j'ai souvent eu l'impression qu'on prenait trop de cases pour raconter un gag qui aurait durer un ou deux pages si ça avait été produit dans les années 50-70. Pas un album pour moi.
En marche ou grève
Je pense que j'ai tous les albums de David Snug ou quasi, et l'ouvrage ici présent est le seul de toute ma collection toutes bds confondues qui m'ait été dédicacé par l'auteur. Cela fait-il de moi un fan ? Je n'en sais rien, mais le fait est que j'aime toutes les bédés, comme dirait l'autre, de l'auteur. Et celle-ci ne fait pas exception à la règle. C'est même un bon cru. Déjà, stylistiquement parlant côté dessin, c'est l'album le plus abouti de l'auteur. J'aime beaucoup ce style, qui n'est pas si naïf et "moche" que ce que David Snug veut en dire. Il suffit de regarder un peu ce qui se fait autour, notamment sur internet, pour se rendre compte qu'il s'en sort très bien. Le trait est d'ailleurs bien plus net que lors de ses premiers albums, et ca donne un rendu hyper propre. Son personnage principal a une bonne petite bouille et un air sympathique, il est mine de rien assez expressif. Et j'avoue que je trouve toujours assez drôle les têtes des personnalités politiques qui sont calquées. Ça reste un dessin simple mais bien réalisé, avec peu ou pas de décors outre les fameux petits cacas signatures. Côté scénario, l'auteur nous fait le compte rendu des manifs auxquelles il a participé a l'occasion des mobilisations contre les retraites et en profite pour livrer son regard sur les situations politiques, sociétales du moment. C'est très souvent drôle, inspiré et redoutablement bien vu. Qu'on ne s'y trompe pas, derrière le dessin simpliste et l'apparente légèreté du propos et des réflexions du héros, il y a une solide culture politique derrière, comme dans chaque bd de Snug. Ça rejoint un peu en cela Koko n'aime pas le capitalisme, une apparente simplicité et de l'humour parfois absurde derrière lesquels se cache un propos politique précis, documenté et construit. C'est donc intelligent mais aussi très drôle. Les expressions du personnage sont assez rigolotes. Et plusieurs planches franchement drôles dans leur narration, leur parti pris, j'aime beaucoup celle de Marlène Schiappa dans Playboy, pour n'en citer qu'une. Allez, même si ça fait un petit bout de temps que je l'ai lue, un petit coup de coeur pour l'ami Snug. C'est sans doute ma deuxième bédé préférée de l'auteur après Dépôt de bilan de compétences et je trouve que son travail mérite de la lumière. Après tout, peut être que je suis vraiment fan.
Black Out (Gainsbourg)
A l'origine Black Out était le scénario d'un film que Gainsbourg souhaitait tourner. Il l'explique dans l'interview disponible en introduction. Bon déjà cette bande étant l'unique incursion de Gainsbourg dans le 9eme art, c'est devenu un objet de collection très recherché. La superbe couverture aide beaucoup. En tant que bande dessinée, c'est une sorte de roman graphique avant l'heure. C'est aussi un hommage moderne aux films noir. C'est en effet très cinématographique, on retrouve certaines influences, je pense à Godard (le maniérisme quand les personnages se parlent) et Jacques Deray (le huis clos étouffant), toutes proportions gardées. L'histoire est une mise en abîme : un réalisateur de film est bloqué dans sa villa à cause d'une panne de courant et le scénario du film qu'il souhaite tourner est en train d'arriver dans le réel. Il y a souvent une impression de vacuité qui traverse les pages mais le récit se rattrape toujours in extremis. La fin confirme un sentiment d'inachevé. Au final la bande est vraiment habitée par l'esprit de Gainsbourg et c'est ce que j'étais venu rechercher. Lecture conseillée, à condition d'être amateur de l'homme à la tête de chou.
Le Sursis
« Le Sursis » occupe une place particulière dans ma vie de BDphile : il s’agit de la première BD « adulte » que j’ai lue… c’était en 1999 lors de la parution du deuxième tome, et 2 ans avant la création de BDtheque… J’avais choisi ce diptyque grâce à son dessin, et 27 ans après, je réalise que j’avais eu la main heureuse ! L’histoire est rondement menée, il se passe tellement de choses dans ce petit village français sous l’occupation allemande : les petits drames de la vie, les amourettes, les débats politiques sur la terrasse du café, mais aussi la résistance qui s’organise, et la menace constante des Allemands et des collabos… tout ce cirque nous est conté par Julien, du haut de son grenier et lors de ses excursions nocturnes. J’ai pris beaucoup de plaisir à relire cette histoire champêtre, à suivre ce bal romantique entre nos deux protagonistes… surtout que le dessin de Gibrat est absolument magnifique… j’adore notamment ses personnages. Un diptyque immanquable en ce qui me concerne.
Heilman
La seule bande dessinée qui peut concurrencer Den de Corben. Le parallèle m'a sauté aux yeux à la lecture. Bien que Voss et Richard Corben aient des styles graphiques très distincts, j'ai retrouvé la même sève créative issue de l'âge d'or de la bd fantastique adulte, période Métal Hurlant. On retrouve des points communs évidents à commencer par le canevas de base : Heilman va vivre un voyage initiatique dans un monde qui ne répond plus aux lois terrestres. Il lutte pour sa survie au sein d'environnements hostiles afin de trouver sa véritable identité. On retrouve dans les deux cas l'influence de Lovecraft, cette idée de puissances anciennes qui règnent sur des mondes en perdition. Heilman rajoute le mythe de Faust par dessus. Il y a chez l'un comme chez l'autre une exploration de l'inconscient, des pulsions primaires et de la douleur. La même volonté de transgression, de briser les codes. Le dessin est bien sûr très différent. On pourrait dire que Den représente le feu et Heilman la glace. Un style froid et minéral, mais qui partage une obsession similaire pour l'anatomie, la même volonté de jeter le corps de son héros en pâture. Heilman est l'autre face d'un des plus beaux diamants de la bande dessinée. Et comme toutes les pierres précieuses, accrochez vous pour le récupérer car la côte appliquée est assez déraisonnable...