Un western qui joue à fond la carte de l'humour en n'oubliant pas un zeste de violence.
Un scénario classique agrémenté de personnages attachants et surprenants. D'abord le ténébreux bandit Kentucky T. McBride, il ne supporte pas les animaux (il va être gâté) et ne veut pas divulguer ce qui se cache derrière son fameux "T". Ensuite la séduisante Dolorès Cordora de Sandoval, elle joue du couteau et du revolver comme personne. Elle est toujours accompagnée par son dogue allemand qui lui obéit au moindre sifflement. Et enfin le fougueux Cleveland Kirtley, un nain qui ne quitte pas du regard sa biquette (sans elle, pas d'argent). Tout ce petit monde va se serrer les coudes pour aller récupérer un joli magot caché à la frontière mexicaine.
Une lecture divertissante au rythme soutenu, à l'humour efficace et à l'intrigue qui ne révolutionne pas le genre mais très agréable à suivre. Je suis néanmoins sur la réserve avec ce rebondissement pour conclure cette histoire. Je vais positiver en me disant qu'elle amènera une suite possible, c'est ce que semble prévoir le mot "Fin ou presque...".
Un dessin caricatural qui convient merveilleusement pour ce type de récit. Il est plaisant à regarder et les couleurs sont chouettes. Un petit bémol pour la représentation du visage de la sexy Dolorès, il est parfois vraiment grossier.
Du bon boulot dans l'ensemble.
L'album se termine avec une galerie de portraits des seconds rôles (animaux inclus) sur trois planches.
Pour la note je penchais vers un 3,5 (j'arrondis toujours vers le bas), mais pour le bon moment de passé et pour ma première BD estampillée 2026, je mets un généreux 4 étoiles.
Une note qui pourra évoluer si une suite venait à voir le jour.
La fin du XIXe et le début du XXe siècle paraissent aujourd'hui comme une drôle de période, durant laquelle de jeunes femmes belles et fortunées pouvaient user de leur charme et de leur statut social pour devenir des célébrités évoluant dans des milieux artistiques et extrêmement privilégiés. J'ai l'impression d'avoir déjà croisé ce type de parcours féminin à plusieurs reprises, notamment dans La Casati - La Muse égoïste, Eve sur la balançoire - Conte cruel de Manhattan, et sans doute dans d'autres biographies que j'ai oubliées. Et je dois dire que j'ai peu de considération pour ces enfants gâtées par la vie, évoluant très au-dessus de la plèbe, dans des cercles ultra favorisés, portés par une certaine idée de l'Art et coupés de la réalité. C'est aussi le cas ici d'Elizabeth Miller, qui papillonne entre sa carrière de mannequin pour Vogue, ses voyages à travers le monde, et son statut de muse auprès de divers artistes ou riches admirateurs.
Mais comme l'indique le titre, Lee Miller a eu plusieurs vies. Au-delà de son activité réelle et reconnue de photographe portraitiste professionnelle, c'est surtout son engagement comme reporter pendant la Seconde Guerre mondiale qui force le respect. Elle s'est rendue sur le terrain, souvent dans des conditions difficiles, et s'est retrouvée en première ligne lorsqu'il a fallu documenter la libération des camps de concentration. La photographie la plus célèbre la représentant, dans la baignoire d'Hitler le jour même de son suicide, avec ses bottes encore couvertes de la boue de Dachau salissant le tapis de bain au premier plan, résume à elle seule le basculement radical de son parcours.
Avec cette BD, j'ai découvert la vie d'une personnalité que je ne connaissais absolument pas. J'ai éprouvé peu d'empathie pour elle, mais une certaine curiosité quant à ce qui pouvait la rendre digne d'intérêt. Autant je reste assez distant vis-à-vis de la première moitié de sa vie, autant je reconnais la valeur de son travail comme photographe de guerre. La mise en scène est solide, avec quelques originalités dans la mise en page, et une narration globalement claire et bien rythmée. Sans jamais m'emporter ni me passionner, le récit m'a néanmoins paru intéressant et correctement construit.
Très bon western, dosé avec justesse. Le scénario reste volontairement simple, mais c’est précisément ce qu’on attend du genre : une galerie de figures charismatiques, une violence latente, une atmosphère sèche et poussiéreuse, et un récit qui va droit au but sans chercher à se surcharger. Tous les codes sont là, assumés, et fonctionnent efficacement.
Le choix de placer des héroïnes au centre du récit est particulièrement appréciable. La condition féminine est abordée avec intelligence : présente, lisible, mais jamais envahissante. Elle enrichit le propos sans détourner l’album de son identité de western, ce qui donne un équilibre convaincant entre fond et divertissement.
Graphiquement, l’album est très solide. Le dessin, résolument moderne, dynamise les codes classiques du genre sans les trahir. Les couleurs, vives et bien maîtrisées, renforcent l’impact visuel et participent pleinement à l’énergie du récit. Un ensemble cohérent et plaisant, qui se lit avec un réel plaisir.
3.5
Un polar sympathique qui se passe dans un cadre historique qu'on voit peu dans le monde de la bande dessinée: l'ile de Pâques au temps de la colonisation.
Le scénario est du polar classique, mais efficace. Le personnage principal est un inspecteur haut en couleurs dans la tradition des détectives un peu excentriques comme Sherlock Holmes et qui va se révéler être un personnage très complexe. J'ai bien aimé explorer cette ile où les colons et les indigènes ne sont pas traités de la même façon. L'intrigue est captivant pendant une bonne partie de l'album et malheureusement mon intérêt a un peu baissé une fois qu'on comprend pourquoi la victime a été tuée. Ce qui n'aide pas est qu'après qu'on a la résolution de l'énigme, l'intrigue traine un peu avec cette longue conclusion qui ne semble pas finir.
Quant au dessin, c'est du semi-réaliste dynamique et expressif comme je l'aime.
Adaptation légère et efficace d’une idée classique, l’album joue pleinement la carte du divertissement intelligent. Le scénario reste simple, lisible et volontairement sans prétention : on avance vite, on sourit souvent, et la réflexion affleure sans jamais alourdir le propos. L’humour, très britannique, fonctionne précisément parce qu’il ne cherche pas l’escalade permanente.
La dimension « feel-good » est clairement assumée. C’est une lecture courte, agréable, qui fait du bien, sans chercher à marquer durablement par une thèse ou une profondeur excessive. La satire est présente, mais dosée avec justesse : suffisamment pour stimuler, pas assez pour fatiguer.
Graphiquement, le dessin est fluide, lisible et léger. Le style, subjectivement à mon goût, accompagne parfaitement le ton du récit : expressif, dynamique, jamais envahissant. L’ensemble forme une BD cohérente, plaisante et maîtrisée, idéale quand on cherche une lecture amusante et bien exécutée.
Série de science-fiction d’anticipation solide, portée par une intrigue politico-scientifique cohérente mais sans réel effet de surprise. Le postulat est intéressant et les enjeux sont clairs, toutefois la progression narrative manque de tension : le récit avance lentement, avec des phases de stagnation et plusieurs questions laissées en suspens ou insuffisamment clarifiées. Les motivations de certains personnages restent floues, ce qui affaiblit l’impact global.
Malgré ces limites, l’ensemble demeure agréable à lire. La construction reste maîtrisée et l’univers fonctionne, sans dérives excessives ni complexité artificielle. On est sur une SF efficace, bien tenue, mais qui ne cherche ni ne parvient à marquer durablement.
Graphiquement, le dessin est propre et lisible, avec une approche pragmatique adaptée au genre. Rien de spectaculaire, mais une exécution sérieuse et cohérente, au service du récit sans le surplomber.
Lecture ambivalente. L’album assume pleinement une approche documentaire et contemplative, proche du carnet de voyage. Cette lenteur crée une belle atmosphère réflexive et offre un regard singulier sur Tchernobyl, volontairement décalé de la seule dimension catastrophiste. Le choix de se concentrer presque exclusivement sur l’humain — habitants, survivants, rencontres — apporte une profondeur sensible à un sujet largement médiatisé.
En contrepartie, le propos peine parfois à se structurer. On cherche un fil directeur plus net, un sens global plus affirmé. Le fond reste diffus, comme si l’errance volontaire du récit prenait le pas sur une véritable démonstration ou un point de vue clairement posé. Les codes du docu-aventure sont bien présents, mais ils accentuent ce sentiment de balade plus que d’analyse.
Graphiquement, l’album est déroutant. Le dessin est éclectique, hétérogène, parfois très beau — certaines planches sont réellement marquantes — mais aussi inégal. Certaines cases paraissent plus caricaturales, voire expédiées, donnant l’impression d’une application variable selon les passages. Un style qui ne correspond pas forcément au style et propos de la BD, mais qui participe malgré tout à l’identité du projet.
Œuvre remarquable, à la fois exigeante et profondément maîtrisée. L’entrée dans le récit m'a demandé un temps d’adaptation, tant sur le principe narratif que sur le dessin, mais une fois ce cap franchi, l’ensemble s’impose avec une évidence rare. Le choix de raconter l’Histoire depuis un point fixe — celui d’un tableau — est particulièrement pertinent. Ce regard immobile, contraint mais lucide, permet une lecture originale et puissante du XX? siècle, sans jamais tomber dans l’artifice.
Le scénario est solidement étayé sur le plan historique, avec une dimension presque pédagogique, mais toujours à la bonne dose. Le récit reste rythmé, fluide, et parvient à rendre les époques successives très lisibles à travers des fragments de vies, des situations, des silences. Les personnages, bien que souvent croisés brièvement, existent réellement, et l’on comprend beaucoup sans que tout soit montré ou appuyé.
Graphiquement, le style n'est pas forcément ma tasse de thé au niveau purement esthétique, mais il s’impose rapidement comme totalement cohérent avec le propos. Le dessin est expressif, artistique, parfois brut, et évoque volontairement l’univers de la peinture et du tableau. Ce choix renforce le fond et donne une vraie identité à l’ensemble.
Trilogie d’aventure historique solidement construite, qui coche exactement les attendus du genre sans chercher la rupture. L’univers d’une Italie de la Renaissance romancée fonctionne très bien : règles claires, enjeux politiques lisibles, sociétés secrètes, figures religieuses ambiguës et une romance dosée. Le récit privilégie l’efficacité et la progression continue, avec une vraie sensation de monde cohérent.
Le scénario s’appuie sur des personnages travaillés, jamais manichéens. Les trajectoires personnelles s’entrelacent avec les enjeux institutionnels autour du duel, ce qui donne de l’épaisseur morale sans alourdir la lecture. Rien de révolutionnaire, mais un équilibre maîtrisé entre action, intrigue et caractérisation.
Graphiquement, le dessin est un atout net : trait précis, composition dynamique, expressivité contenue. L’ensemble reste lisible dans l’action, sans caricature ni surcharge, et soutient efficacement le rythme du récit.
Une série d’aventure très aboutie, généreuse et plaisante, qui assume pleinement ses codes et les exécute avec rigueur.
Mouais.
Je suis sorti quand même moins convaincu ou enthousiaste que mes prédécesseurs de la lecture de ce diptyque.
Il se laisse lire, il y a une réelle dimension psychologique oppressante, une tension permanente, donc je comprends que des amateurs de polar nordique y aient trouvé leur compte.
Mais plusieurs petites choses m’ont chagriné. D’abord le dessin. Lisible, mais je n’aime pas trop le rendu des visages, parfois manquant de détails, parfois trop secs ou « ridés ». Mais bon, ça fait quand même le boulot.
La construction narrative ensuite. Certes, les allers-retours entre périodes et personnages différents apportent quelque chose. Mais ici ça hache un peu le récit et surtout ça n’est franchement pas toujours très clair ! j’ai dû à de nombreuses reprises revenir en arrière pour bien saisir qui était qui, qui faisait quoi (quelques personnages se ressemblent en plus physiquement). Bref, cette gymnastique m’a apporté moins de plaisir de lecture que cela semble avoir été le cas pour d’autres.
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Un western qui joue à fond la carte de l'humour en n'oubliant pas un zeste de violence. Un scénario classique agrémenté de personnages attachants et surprenants. D'abord le ténébreux bandit Kentucky T. McBride, il ne supporte pas les animaux (il va être gâté) et ne veut pas divulguer ce qui se cache derrière son fameux "T". Ensuite la séduisante Dolorès Cordora de Sandoval, elle joue du couteau et du revolver comme personne. Elle est toujours accompagnée par son dogue allemand qui lui obéit au moindre sifflement. Et enfin le fougueux Cleveland Kirtley, un nain qui ne quitte pas du regard sa biquette (sans elle, pas d'argent). Tout ce petit monde va se serrer les coudes pour aller récupérer un joli magot caché à la frontière mexicaine. Une lecture divertissante au rythme soutenu, à l'humour efficace et à l'intrigue qui ne révolutionne pas le genre mais très agréable à suivre. Je suis néanmoins sur la réserve avec ce rebondissement pour conclure cette histoire. Je vais positiver en me disant qu'elle amènera une suite possible, c'est ce que semble prévoir le mot "Fin ou presque...". Un dessin caricatural qui convient merveilleusement pour ce type de récit. Il est plaisant à regarder et les couleurs sont chouettes. Un petit bémol pour la représentation du visage de la sexy Dolorès, il est parfois vraiment grossier. Du bon boulot dans l'ensemble. L'album se termine avec une galerie de portraits des seconds rôles (animaux inclus) sur trois planches. Pour la note je penchais vers un 3,5 (j'arrondis toujours vers le bas), mais pour le bon moment de passé et pour ma première BD estampillée 2026, je mets un généreux 4 étoiles. Une note qui pourra évoluer si une suite venait à voir le jour.
Les Cinq Vies de Lee Miller
La fin du XIXe et le début du XXe siècle paraissent aujourd'hui comme une drôle de période, durant laquelle de jeunes femmes belles et fortunées pouvaient user de leur charme et de leur statut social pour devenir des célébrités évoluant dans des milieux artistiques et extrêmement privilégiés. J'ai l'impression d'avoir déjà croisé ce type de parcours féminin à plusieurs reprises, notamment dans La Casati - La Muse égoïste, Eve sur la balançoire - Conte cruel de Manhattan, et sans doute dans d'autres biographies que j'ai oubliées. Et je dois dire que j'ai peu de considération pour ces enfants gâtées par la vie, évoluant très au-dessus de la plèbe, dans des cercles ultra favorisés, portés par une certaine idée de l'Art et coupés de la réalité. C'est aussi le cas ici d'Elizabeth Miller, qui papillonne entre sa carrière de mannequin pour Vogue, ses voyages à travers le monde, et son statut de muse auprès de divers artistes ou riches admirateurs. Mais comme l'indique le titre, Lee Miller a eu plusieurs vies. Au-delà de son activité réelle et reconnue de photographe portraitiste professionnelle, c'est surtout son engagement comme reporter pendant la Seconde Guerre mondiale qui force le respect. Elle s'est rendue sur le terrain, souvent dans des conditions difficiles, et s'est retrouvée en première ligne lorsqu'il a fallu documenter la libération des camps de concentration. La photographie la plus célèbre la représentant, dans la baignoire d'Hitler le jour même de son suicide, avec ses bottes encore couvertes de la boue de Dachau salissant le tapis de bain au premier plan, résume à elle seule le basculement radical de son parcours. Avec cette BD, j'ai découvert la vie d'une personnalité que je ne connaissais absolument pas. J'ai éprouvé peu d'empathie pour elle, mais une certaine curiosité quant à ce qui pouvait la rendre digne d'intérêt. Autant je reste assez distant vis-à-vis de la première moitié de sa vie, autant je reconnais la valeur de son travail comme photographe de guerre. La mise en scène est solide, avec quelques originalités dans la mise en page, et une narration globalement claire et bien rythmée. Sans jamais m'emporter ni me passionner, le récit m'a néanmoins paru intéressant et correctement construit.
Leave them alone
Très bon western, dosé avec justesse. Le scénario reste volontairement simple, mais c’est précisément ce qu’on attend du genre : une galerie de figures charismatiques, une violence latente, une atmosphère sèche et poussiéreuse, et un récit qui va droit au but sans chercher à se surcharger. Tous les codes sont là, assumés, et fonctionnent efficacement. Le choix de placer des héroïnes au centre du récit est particulièrement appréciable. La condition féminine est abordée avec intelligence : présente, lisible, mais jamais envahissante. Elle enrichit le propos sans détourner l’album de son identité de western, ce qui donne un équilibre convaincant entre fond et divertissement. Graphiquement, l’album est très solide. Le dessin, résolument moderne, dynamise les codes classiques du genre sans les trahir. Les couleurs, vives et bien maîtrisées, renforcent l’impact visuel et participent pleinement à l’énergie du récit. Un ensemble cohérent et plaisant, qui se lit avec un réel plaisir.
Caballero Bueno - Une enquête de l'inspecteur Valverde
3.5 Un polar sympathique qui se passe dans un cadre historique qu'on voit peu dans le monde de la bande dessinée: l'ile de Pâques au temps de la colonisation. Le scénario est du polar classique, mais efficace. Le personnage principal est un inspecteur haut en couleurs dans la tradition des détectives un peu excentriques comme Sherlock Holmes et qui va se révéler être un personnage très complexe. J'ai bien aimé explorer cette ile où les colons et les indigènes ne sont pas traités de la même façon. L'intrigue est captivant pendant une bonne partie de l'album et malheureusement mon intérêt a un peu baissé une fois qu'on comprend pourquoi la victime a été tuée. Ce qui n'aide pas est qu'après qu'on a la résolution de l'énigme, l'intrigue traine un peu avec cette longue conclusion qui ne semble pas finir. Quant au dessin, c'est du semi-réaliste dynamique et expressif comme je l'aime.
L'Homme qui pouvait accomplir des miracles
Adaptation légère et efficace d’une idée classique, l’album joue pleinement la carte du divertissement intelligent. Le scénario reste simple, lisible et volontairement sans prétention : on avance vite, on sourit souvent, et la réflexion affleure sans jamais alourdir le propos. L’humour, très britannique, fonctionne précisément parce qu’il ne cherche pas l’escalade permanente. La dimension « feel-good » est clairement assumée. C’est une lecture courte, agréable, qui fait du bien, sans chercher à marquer durablement par une thèse ou une profondeur excessive. La satire est présente, mais dosée avec justesse : suffisamment pour stimuler, pas assez pour fatiguer. Graphiquement, le dessin est fluide, lisible et léger. Le style, subjectivement à mon goût, accompagne parfaitement le ton du récit : expressif, dynamique, jamais envahissant. L’ensemble forme une BD cohérente, plaisante et maîtrisée, idéale quand on cherche une lecture amusante et bien exécutée.
L'Histoire de Siloë
Série de science-fiction d’anticipation solide, portée par une intrigue politico-scientifique cohérente mais sans réel effet de surprise. Le postulat est intéressant et les enjeux sont clairs, toutefois la progression narrative manque de tension : le récit avance lentement, avec des phases de stagnation et plusieurs questions laissées en suspens ou insuffisamment clarifiées. Les motivations de certains personnages restent floues, ce qui affaiblit l’impact global. Malgré ces limites, l’ensemble demeure agréable à lire. La construction reste maîtrisée et l’univers fonctionne, sans dérives excessives ni complexité artificielle. On est sur une SF efficace, bien tenue, mais qui ne cherche ni ne parvient à marquer durablement. Graphiquement, le dessin est propre et lisible, avec une approche pragmatique adaptée au genre. Rien de spectaculaire, mais une exécution sérieuse et cohérente, au service du récit sans le surplomber.
Un printemps à Tchernobyl
Lecture ambivalente. L’album assume pleinement une approche documentaire et contemplative, proche du carnet de voyage. Cette lenteur crée une belle atmosphère réflexive et offre un regard singulier sur Tchernobyl, volontairement décalé de la seule dimension catastrophiste. Le choix de se concentrer presque exclusivement sur l’humain — habitants, survivants, rencontres — apporte une profondeur sensible à un sujet largement médiatisé. En contrepartie, le propos peine parfois à se structurer. On cherche un fil directeur plus net, un sens global plus affirmé. Le fond reste diffus, comme si l’errance volontaire du récit prenait le pas sur une véritable démonstration ou un point de vue clairement posé. Les codes du docu-aventure sont bien présents, mais ils accentuent ce sentiment de balade plus que d’analyse. Graphiquement, l’album est déroutant. Le dessin est éclectique, hétérogène, parfois très beau — certaines planches sont réellement marquantes — mais aussi inégal. Certaines cases paraissent plus caricaturales, voire expédiées, donnant l’impression d’une application variable selon les passages. Un style qui ne correspond pas forcément au style et propos de la BD, mais qui participe malgré tout à l’identité du projet.
Deux Filles nues
Œuvre remarquable, à la fois exigeante et profondément maîtrisée. L’entrée dans le récit m'a demandé un temps d’adaptation, tant sur le principe narratif que sur le dessin, mais une fois ce cap franchi, l’ensemble s’impose avec une évidence rare. Le choix de raconter l’Histoire depuis un point fixe — celui d’un tableau — est particulièrement pertinent. Ce regard immobile, contraint mais lucide, permet une lecture originale et puissante du XX? siècle, sans jamais tomber dans l’artifice. Le scénario est solidement étayé sur le plan historique, avec une dimension presque pédagogique, mais toujours à la bonne dose. Le récit reste rythmé, fluide, et parvient à rendre les époques successives très lisibles à travers des fragments de vies, des situations, des silences. Les personnages, bien que souvent croisés brièvement, existent réellement, et l’on comprend beaucoup sans que tout soit montré ou appuyé. Graphiquement, le style n'est pas forcément ma tasse de thé au niveau purement esthétique, mais il s’impose rapidement comme totalement cohérent avec le propos. Le dessin est expressif, artistique, parfois brut, et évoque volontairement l’univers de la peinture et du tableau. Ce choix renforce le fond et donne une vraie identité à l’ensemble.
Horacio d'Alba
Trilogie d’aventure historique solidement construite, qui coche exactement les attendus du genre sans chercher la rupture. L’univers d’une Italie de la Renaissance romancée fonctionne très bien : règles claires, enjeux politiques lisibles, sociétés secrètes, figures religieuses ambiguës et une romance dosée. Le récit privilégie l’efficacité et la progression continue, avec une vraie sensation de monde cohérent. Le scénario s’appuie sur des personnages travaillés, jamais manichéens. Les trajectoires personnelles s’entrelacent avec les enjeux institutionnels autour du duel, ce qui donne de l’épaisseur morale sans alourdir la lecture. Rien de révolutionnaire, mais un équilibre maîtrisé entre action, intrigue et caractérisation. Graphiquement, le dessin est un atout net : trait précis, composition dynamique, expressivité contenue. L’ensemble reste lisible dans l’action, sans caricature ni surcharge, et soutient efficacement le rythme du récit. Une série d’aventure très aboutie, généreuse et plaisante, qui assume pleinement ses codes et les exécute avec rigueur.
Trahie
Mouais. Je suis sorti quand même moins convaincu ou enthousiaste que mes prédécesseurs de la lecture de ce diptyque. Il se laisse lire, il y a une réelle dimension psychologique oppressante, une tension permanente, donc je comprends que des amateurs de polar nordique y aient trouvé leur compte. Mais plusieurs petites choses m’ont chagriné. D’abord le dessin. Lisible, mais je n’aime pas trop le rendu des visages, parfois manquant de détails, parfois trop secs ou « ridés ». Mais bon, ça fait quand même le boulot. La construction narrative ensuite. Certes, les allers-retours entre périodes et personnages différents apportent quelque chose. Mais ici ça hache un peu le récit et surtout ça n’est franchement pas toujours très clair ! j’ai dû à de nombreuses reprises revenir en arrière pour bien saisir qui était qui, qui faisait quoi (quelques personnages se ressemblent en plus physiquement). Bref, cette gymnastique m’a apporté moins de plaisir de lecture que cela semble avoir été le cas pour d’autres.