Entre SF, polar et humour, cette BD aurait facilement eu sa place dans le magazine Métal hurlant.
C'est une histoire de sosies, où un paumé cherchant à fuir la vengeance de ses créanciers va se faire relooker par son serviteur robot. Manque de bol, son nouveau look le fait ressembler comme deux gouttes d'eau à un malfrat lui-même recherché par la police.
On est là dans une histoire légère, clairement destinée au divertissement.
Le dessin de Garcés est le point fort de l'ouvrage. Il a des allures de séries d'humour de Fluide Glacial (le quatrième de couverture cite Foerster, et c'est vrai qu'il y a un petit air), tout en proposant des décors futuristes qui évoquent Moebius. Le héros a une sale gueule, mais pour le reste je trouve ce dessin réussi et soigné, surtout pour une histoire aussi légère.
Celle-ci est plaisante sans plus. Pendant un long moment, je me suis dit que le fait d'intégrer un robot comme narrateur et serviteur était un peu dispensable car tout aurait pu se passer sans sa présence, aussi sympathique soit-il, mais c'est vers la fin de l'histoire qu'on comprend le petit intérêt qu'il apporte à l'intrigue. Elle se lit bien, amuse, et tout n'y est pas aussi prévisible qu'on pourrait le craindre.
Ce n'est toutefois pas particulièrement mémorable, mais comme l'album est court et se lit vite, on n'a pas le temps de s'ennuyer.
Une BD sur la difficulté d'être Tunisien en France (mais plus généralement maghrébin) avec les commentaires, les clichés, les détails de la vie de tout les jours.
C'est le récit de Bilal, jeune tunisien venu en France pour les études et découvrant la réalité du racisme systémique français, racisme autant présent dans les discours réacs et facho à la télé et dans nos médias que dans des commentaires insidieux de la vie de tout les jours. Des commentaires de gens bien intentionnés par ailleurs, mais dont la logique de pensée est conditionnée par ce monde. Le maghreb est un endroit dépaysant pour des jeunes gens ayant suffisamment de moyen, Marrakech est une destination touristique et l'arabe une langue exotique. L'orientalisme encore bien présent ...
La BD est sur ce regard des français sur "l'arabe", "l'autre", "le pas-comme-nous", soit par condescendance paternaliste soit par haine d'une religion et d'une ethnie. Le tout avec Bilal prisonnier de sa condition en France, ne sachant pas trop s'il a fuit un pays qui aurait besoin de lui pour venir être considéré comme un problème en France, ou s'il est un jeune étranger prometteur qui tente de s'en sortir, simplement. Les discussions avec sa copine et le monde qui l'entoure mettent en lumière cette problématique et la façon dont il vit tout cela alors que la Tunisie connait des mouvement populaires qui semblent vouloir changer les pouvoirs corrompus.
Dis comme cela, la BD est franchement attractive et bien faite, mais je dois dire qu'elle a des failles, notamment sa brièveté. Elle fait déjà une centaine de pages mais toutes n'ont pas la même force et les sujets sont nombreux. J'apprécie que l'autrice montre différentes facettes de notre société, de la plus évidente et frontale (contrôle de police abusifs) aux plus insidieux (préfecture en sous-effectif alors qu'il doit renouveler ses papiers). De même les différentes phrases et discours qui parsèment l'ouvrage donnent un aperçu assez clair de ce que peut entendre un jeune homme identifié comme "arabe" (terme fourre-tout n'ayant pas d'existence ethnique d'ailleurs). Mais les sujets sont simplement mis en lumière sans ajouts clairs sur les personnes qui arrivent à s'extraire de ce racisme sociétale, comme sa copine qui apprend progressivement à son contact. De même il n'y a pas la question que ça soulève sur d'autres ethnies ou la crispation identitaire qui en découle. La BD est bien, mais "simplement bien", en somme. Elle soulève le sujet, montre ce qui est, sans dépasser ce cadre et plonger un peu plus loin. En somme, un témoignage qui ne va pas au-delà du cadre.
Le dessin, lui, est très sobre mais efficace. Les traits anguleux et les a-plats de couleurs fondent les couleurs de peaux qui font ressortir encore plus ceux qui sont blancs, clairement identifiables dans le récit de fait. La patte graphique donne un sentiment que le blanc détonne, et je pense que c'est l'idée de l'autrice qui nous montre une vie dans laquelle les blancs sont les différents. Un travail intéressant, peut-être un peu trop plat sur l'ensemble puisque la BD reste dans les tons oranges et bleu tout le temps, laissant une impression de froid du fait des couleurs. Mais un travail graphique qui fait mouche quand même.
Une BD sur le racisme systémique de la France et son impact réel au quotidien.
Origines est une bande dessinée de science-fiction exigeante, clairement pensée pour un lectorat averti. Le scénario multiplie les allers-retours temporels — flash-back et flash-forward — au point de rendre la lecture volontairement complexe, parfois même laborieuse. Les dialogues, souvent elliptiques et abstraits, accentuent ce sentiment d’opacité et demandent un réel investissement pour suivre les enjeux.
Le fond du propos est pourtant solide et stimulant. La réflexion sur l’hubris humaine, la création devenue dominante et la place résiduelle de l’homme dans un monde post-humain fonctionne sur le plan conceptuel, surtout pour un amateur de SF. En revanche, cette densité nuit à la transmission des thèmes : l’émotion reste étonnamment distante, alors même que le sujet s’y prêterait pleinement. L’ensemble donne l’impression d’une œuvre intellectuellement riche mais peu accessible, et clairement pas conçue pour une lecture de détente.
Le dessin est cohérent avec cette approche : esthétique travaillée, ambitieuse, mais chargée et parfois difficile à décrypter. La profusion d’informations visuelles renforce l’immersion mais peut aussi freiner la lisibilité et la fluidité. Au final, une BD de qualité, intéressante sur le fond, mais dont la complexité formelle limite l’impact émotionnel et la portée globale. On en attendait davantage.
Lecture fluide et accessible, portée par une intrigue que l’on suit sans effort. Le récit installe un cadre réaliste et crédible, mais reste ambigu dans ses intentions : hésitation persistante entre enquête de proximité et chronique quasi documentaire.
Les thématiques — vieillesse, isolement, responsabilité collective — sont présentes mais peu creusées à mon goûts et sans réelle montée en tension ni construction d’une morale lisible.
Les personnages sont bien caractérisés, humains et cohérents, ce qui maintient l’intérêt malgré une impression de flottement quant au propos. Le dessin, soigné et respectueux du monde villageois, joue une caricature mesurée : typologies reconnaissables, lisibilité constante, mise en scène au service du réel sans effet appuyé.
Ensemble agréable mais peu marquant, pertinent dans son observation, plus limité dans son impact émotionnel et narratif.
Une série sud-coréenne qui se passe dans le monde de l'entreprise et plus précisément qui raconte comment la société française Carrefour (dont le nom est changé dans la série bien sûr) a raté son implantation en Corée.
Pour faire simple, la compagnie exploite sans vergogne les employés, certains vont finir par se rebeller et vouloir monter un syndicat, ce qui bien sûr crée un gros bordel. Au travers de cette série, l'auteur montre la complexité de la société coréenne à un moment où la crise financière asiatique a fait des dégâts dans une société où on est habitué à obéir sans poser de questions. C'est pas mal, mais malgré le sujet passionnant je n'ai pas réussi à trouver cette série passionnante à lire. Je trouve qu'il y a des longueurs. Par exemple, on va voir le passé militaire d'un des personnages et j'ai fini par trouver que ce passage tournait en rond. Je comprends que cela fasse du sens de montrer la vie dans l'armée vu que la Corée du sud a été sous une dictature militaire pendant des décennies (on voit d'ailleurs ce que pensent les hauts gradés de la démocratie) et ce passage permet de comprendre la psychologie du personnage, mais la narration aurait gagné en dynamisme si ça avait été raconté avec moins de pages.
C'est le principal soucis avec cette série que j'aurais aimé adorer. On voit que l'auteur a travaillé son sujet et les personnages sont souvent plus complexes qu'ils semblaient l'être au début, mais voilà j'ai juste trouvé que c'était pas palpitant à lire. Cela reste intéressant de voir comment les patrons abusent et exploitent leurs employés, et malheureusement l'expérience de ces Sud-Coréens est sans doute universelle dans ce monde où les riches sont de plus en plus riches. En tout cas, je pense que n'importe quel lecteur occidental qui a travaillé dans un milieu non-syndiqué où le salaire minimum est la norme vont se reconnaitre dans certaines situations.
Commençons par saluer une nouvelle fois les éditions Polystyrène, un « petit éditeur » qui nous propose de très très beaux objets, de chouettes leporellos, avec des couleurs aux couleurs qui me plaisent à chaque fois.
Mais c’est aussi une collection à fortes contraintes pour les auteurs, au niveau du format, contraint et très court. Réussir à transcender ces contraintes, voire à s’en servir est donc une gageure pas toujours relevée.
Ici c’est encore l’occasion de découvrir un nouvel auteur, qui nous propose quelque chose de joli à regarder. Évidemment léger au niveau de l’histoire – très vite lue. Dans une sorte de moyen-âge onirique, un type courageux se joue des dragons pour voler un trésor caché. Il manque sans doute (format oblige – mais pas que je pense) un petit quelque chose en plus pour savourer complètement cet opus, un peu trop anecdotique. Quelques « à-côtés » (dans les décors ou la narration, un peu d’humour, je ne sais pas) auraient permis de densifier cette aventure.
Note réelle 2,5/5.
Commençons par saluer une nouvelle fois les éditions Polystyrène, un « petit éditeur » qui nous propose de très très beaux objets, de chouettes leporellos, avec des couleurs aux couleurs qui me plaisent à chaque fois.
Mais c’est aussi une collection à fortes contraintes pour les auteurs, au niveau du format, contraint et très court. Réussir à transcender ces contraintes, voire à s’en servir est donc une gageure pas toujours relevée.
Je découvre avec cet album cette auteure qui, avec les grosses contraintes imposées par le format de la collection, s’en sort plutôt bien.
Certes, c’est vite lu. Mais sa petite scène polar, avec une chute ironique – sur le mode de qui est pris qui croyait prendre – est assez bien vu. Je n’ai juste pas saisi ce que faisait la dame dans cette maison au départ ?
Le dessin est relativement minimaliste, presque stylisé, mais aéré et très lisible. Un petit exercice de style qui relève bien le défi de la collection Façades.
Commençons par saluer une nouvelle fois les éditions Polystyrène, un « petit éditeur » qui nous propose de très très beaux objets, de chouettes leporellos, avec des couleurs aux couleurs qui me plaisent à chaque fois.
Mais c’est aussi une collection à fortes contraintes pour les auteurs, au niveau du format, contraint et très court. Réussir à transcender ces contraintes, voire à s’en servir est donc une gageure pas toujours relevée.
Ici c’est Victor Hussenot qui s’y colle – un auteur plus « confirmé » que la plupart de ceux qui se sont lancés dans cette belle et originale collection.
Il joue ici sur une sorte de mise en abime, avec des personnages dont le visage n’est constitué que d’un œil, qui se retrouvent pour reconstituer la paire qui leur permet de » mieux voir le monde.
C’est certes léger comme intrigue, mais ça se laisse lire (les contraintes du format restreignent forcément les possibilités !).
Un petit exercice léger accompagné d’un dessin sympathique et fluide.
Note réelle 2,5/5.
J'avais pris une grosse claque en découvrant Downlands de Norm Konyu et c'est tout naturellement que je me suis procuré "The Junction" du même auteur.
1984, Lucas Jones et son père disparaissent. 1996, Lucas Jones réapparaît dans sa ville natale : Medford. La stupéfaction de sa tante et de son oncle de découvrir que Lucas n'a pas changé, il est toujours ce petit garçon de 11 ans...
Un récit qui commence sous la forme d'une enquête avec à sa tête un inspecteur aidé d'une psychologue pour expliquer cette réapparition et déterminer s'il s'agit bien de Lucas Jones, avec pour seul indice le journal du jeune garçon devant son mutisme. Un récit qui va doucement et naturellement basculer vers le fantastique. Pour ceux qui ont lu Downlands, ils y retrouveront des thèmes / points communs. La perte d'un être cher et la difficulté de faire son deuil, la mort omniprésente et cette jonction mort / vivant.
Une narration maîtrisée au rythme bien dosé avec des chapitres courts, ils alternent l'enquête de 1996 et les passages tirés du journal de Lucas. Au 3/4 du récit, la psychologue nous dévoile comment va se terminer cette histoire, mais cela n'enlève en rien à l'envie de découvrir les dernières planches et ses révélations.
Un comics émouvant et profondément humain, les personnages sont attachants et authentiques.
Le style si particulier de Norm Konyu m'a encore émerveillé. Un trait précis, anguleux à l'esthétisme jouant sur le déséquilibre des proportions humaines avec de grosses têtes et des bras / jambes filiformes. Un dessin ne ressemblant à aucun autre. L'ambiance surnaturelle est accentuée avec les couleurs froides et généralement sombres.
Un régal pour les yeux.
Mon premier coup de cœur de l'année.
Comme la plupart du temps avec cette belle collection, je ressors avec un sentiment ambivalent de ma lecture.
D’abord, comme toujours avec ce « petit éditeur », il faut saluer leur beau travail. C’est vraiment un bel objet, un chouette leporello, avec des couvertures aux belles couleurs. On prend vraiment plaisir à le déplier.
Maintenant, le format original de cette collection bride forcément toute velléité de construire un récit, de développer ne serait-ce qu’une idée. Ça reste le plus souvent frustrant pour le lecteur.
Et, si certaines fois j’ai davantage été réellement séduit, eh bien ici ça m’a moins captivé.
En fait, c’est encore plus vite lu que pour la plupart des autres opus de cette collection, puisque muet (seules deux petites onomatopées en toute fin…).
Moonhead (auteur que je découvre ici – c’est d’ailleurs le propre de ce type de collection de permettre à de « nouveaux » auteurs de se lancer, dans des projets originaux) rend ici hommage aux premiers jeux d’arcades, avec de gros, pixels. Le rendu est donc « vintage », mais pas toujours joli et/ou très lisible.
Un récit assez sec et pas toujours clair, mais un bel objet et un clin d’œil qui parlera aux amateurs de vieux jeux vidéos pour le design.
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Trop Humain
Entre SF, polar et humour, cette BD aurait facilement eu sa place dans le magazine Métal hurlant. C'est une histoire de sosies, où un paumé cherchant à fuir la vengeance de ses créanciers va se faire relooker par son serviteur robot. Manque de bol, son nouveau look le fait ressembler comme deux gouttes d'eau à un malfrat lui-même recherché par la police. On est là dans une histoire légère, clairement destinée au divertissement. Le dessin de Garcés est le point fort de l'ouvrage. Il a des allures de séries d'humour de Fluide Glacial (le quatrième de couverture cite Foerster, et c'est vrai qu'il y a un petit air), tout en proposant des décors futuristes qui évoquent Moebius. Le héros a une sale gueule, mais pour le reste je trouve ce dessin réussi et soigné, surtout pour une histoire aussi légère. Celle-ci est plaisante sans plus. Pendant un long moment, je me suis dit que le fait d'intégrer un robot comme narrateur et serviteur était un peu dispensable car tout aurait pu se passer sans sa présence, aussi sympathique soit-il, mais c'est vers la fin de l'histoire qu'on comprend le petit intérêt qu'il apporte à l'intrigue. Elle se lit bien, amuse, et tout n'y est pas aussi prévisible qu'on pourrait le craindre. Ce n'est toutefois pas particulièrement mémorable, mais comme l'album est court et se lit vite, on n'a pas le temps de s'ennuyer.
Ce qui nous sépare
Une BD sur la difficulté d'être Tunisien en France (mais plus généralement maghrébin) avec les commentaires, les clichés, les détails de la vie de tout les jours. C'est le récit de Bilal, jeune tunisien venu en France pour les études et découvrant la réalité du racisme systémique français, racisme autant présent dans les discours réacs et facho à la télé et dans nos médias que dans des commentaires insidieux de la vie de tout les jours. Des commentaires de gens bien intentionnés par ailleurs, mais dont la logique de pensée est conditionnée par ce monde. Le maghreb est un endroit dépaysant pour des jeunes gens ayant suffisamment de moyen, Marrakech est une destination touristique et l'arabe une langue exotique. L'orientalisme encore bien présent ... La BD est sur ce regard des français sur "l'arabe", "l'autre", "le pas-comme-nous", soit par condescendance paternaliste soit par haine d'une religion et d'une ethnie. Le tout avec Bilal prisonnier de sa condition en France, ne sachant pas trop s'il a fuit un pays qui aurait besoin de lui pour venir être considéré comme un problème en France, ou s'il est un jeune étranger prometteur qui tente de s'en sortir, simplement. Les discussions avec sa copine et le monde qui l'entoure mettent en lumière cette problématique et la façon dont il vit tout cela alors que la Tunisie connait des mouvement populaires qui semblent vouloir changer les pouvoirs corrompus. Dis comme cela, la BD est franchement attractive et bien faite, mais je dois dire qu'elle a des failles, notamment sa brièveté. Elle fait déjà une centaine de pages mais toutes n'ont pas la même force et les sujets sont nombreux. J'apprécie que l'autrice montre différentes facettes de notre société, de la plus évidente et frontale (contrôle de police abusifs) aux plus insidieux (préfecture en sous-effectif alors qu'il doit renouveler ses papiers). De même les différentes phrases et discours qui parsèment l'ouvrage donnent un aperçu assez clair de ce que peut entendre un jeune homme identifié comme "arabe" (terme fourre-tout n'ayant pas d'existence ethnique d'ailleurs). Mais les sujets sont simplement mis en lumière sans ajouts clairs sur les personnes qui arrivent à s'extraire de ce racisme sociétale, comme sa copine qui apprend progressivement à son contact. De même il n'y a pas la question que ça soulève sur d'autres ethnies ou la crispation identitaire qui en découle. La BD est bien, mais "simplement bien", en somme. Elle soulève le sujet, montre ce qui est, sans dépasser ce cadre et plonger un peu plus loin. En somme, un témoignage qui ne va pas au-delà du cadre. Le dessin, lui, est très sobre mais efficace. Les traits anguleux et les a-plats de couleurs fondent les couleurs de peaux qui font ressortir encore plus ceux qui sont blancs, clairement identifiables dans le récit de fait. La patte graphique donne un sentiment que le blanc détonne, et je pense que c'est l'idée de l'autrice qui nous montre une vie dans laquelle les blancs sont les différents. Un travail intéressant, peut-être un peu trop plat sur l'ensemble puisque la BD reste dans les tons oranges et bleu tout le temps, laissant une impression de froid du fait des couleurs. Mais un travail graphique qui fait mouche quand même. Une BD sur le racisme systémique de la France et son impact réel au quotidien.
Origines
Origines est une bande dessinée de science-fiction exigeante, clairement pensée pour un lectorat averti. Le scénario multiplie les allers-retours temporels — flash-back et flash-forward — au point de rendre la lecture volontairement complexe, parfois même laborieuse. Les dialogues, souvent elliptiques et abstraits, accentuent ce sentiment d’opacité et demandent un réel investissement pour suivre les enjeux. Le fond du propos est pourtant solide et stimulant. La réflexion sur l’hubris humaine, la création devenue dominante et la place résiduelle de l’homme dans un monde post-humain fonctionne sur le plan conceptuel, surtout pour un amateur de SF. En revanche, cette densité nuit à la transmission des thèmes : l’émotion reste étonnamment distante, alors même que le sujet s’y prêterait pleinement. L’ensemble donne l’impression d’une œuvre intellectuellement riche mais peu accessible, et clairement pas conçue pour une lecture de détente. Le dessin est cohérent avec cette approche : esthétique travaillée, ambitieuse, mais chargée et parfois difficile à décrypter. La profusion d’informations visuelles renforce l’immersion mais peut aussi freiner la lisibilité et la fluidité. Au final, une BD de qualité, intéressante sur le fond, mais dont la complexité formelle limite l’impact émotionnel et la portée globale. On en attendait davantage.
Albertine a disparu
Lecture fluide et accessible, portée par une intrigue que l’on suit sans effort. Le récit installe un cadre réaliste et crédible, mais reste ambigu dans ses intentions : hésitation persistante entre enquête de proximité et chronique quasi documentaire. Les thématiques — vieillesse, isolement, responsabilité collective — sont présentes mais peu creusées à mon goûts et sans réelle montée en tension ni construction d’une morale lisible. Les personnages sont bien caractérisés, humains et cohérents, ce qui maintient l’intérêt malgré une impression de flottement quant au propos. Le dessin, soigné et respectueux du monde villageois, joue une caricature mesurée : typologies reconnaissables, lisibilité constante, mise en scène au service du réel sans effet appuyé. Ensemble agréable mais peu marquant, pertinent dans son observation, plus limité dans son impact émotionnel et narratif.
Intraitable
Une série sud-coréenne qui se passe dans le monde de l'entreprise et plus précisément qui raconte comment la société française Carrefour (dont le nom est changé dans la série bien sûr) a raté son implantation en Corée. Pour faire simple, la compagnie exploite sans vergogne les employés, certains vont finir par se rebeller et vouloir monter un syndicat, ce qui bien sûr crée un gros bordel. Au travers de cette série, l'auteur montre la complexité de la société coréenne à un moment où la crise financière asiatique a fait des dégâts dans une société où on est habitué à obéir sans poser de questions. C'est pas mal, mais malgré le sujet passionnant je n'ai pas réussi à trouver cette série passionnante à lire. Je trouve qu'il y a des longueurs. Par exemple, on va voir le passé militaire d'un des personnages et j'ai fini par trouver que ce passage tournait en rond. Je comprends que cela fasse du sens de montrer la vie dans l'armée vu que la Corée du sud a été sous une dictature militaire pendant des décennies (on voit d'ailleurs ce que pensent les hauts gradés de la démocratie) et ce passage permet de comprendre la psychologie du personnage, mais la narration aurait gagné en dynamisme si ça avait été raconté avec moins de pages. C'est le principal soucis avec cette série que j'aurais aimé adorer. On voit que l'auteur a travaillé son sujet et les personnages sont souvent plus complexes qu'ils semblaient l'être au début, mais voilà j'ai juste trouvé que c'était pas palpitant à lire. Cela reste intéressant de voir comment les patrons abusent et exploitent leurs employés, et malheureusement l'expérience de ces Sud-Coréens est sans doute universelle dans ce monde où les riches sont de plus en plus riches. En tout cas, je pense que n'importe quel lecteur occidental qui a travaillé dans un milieu non-syndiqué où le salaire minimum est la norme vont se reconnaitre dans certaines situations.
Les Gardiens
Commençons par saluer une nouvelle fois les éditions Polystyrène, un « petit éditeur » qui nous propose de très très beaux objets, de chouettes leporellos, avec des couleurs aux couleurs qui me plaisent à chaque fois. Mais c’est aussi une collection à fortes contraintes pour les auteurs, au niveau du format, contraint et très court. Réussir à transcender ces contraintes, voire à s’en servir est donc une gageure pas toujours relevée. Ici c’est encore l’occasion de découvrir un nouvel auteur, qui nous propose quelque chose de joli à regarder. Évidemment léger au niveau de l’histoire – très vite lue. Dans une sorte de moyen-âge onirique, un type courageux se joue des dragons pour voler un trésor caché. Il manque sans doute (format oblige – mais pas que je pense) un petit quelque chose en plus pour savourer complètement cet opus, un peu trop anecdotique. Quelques « à-côtés » (dans les décors ou la narration, un peu d’humour, je ne sais pas) auraient permis de densifier cette aventure. Note réelle 2,5/5.
To catch a cat
Commençons par saluer une nouvelle fois les éditions Polystyrène, un « petit éditeur » qui nous propose de très très beaux objets, de chouettes leporellos, avec des couleurs aux couleurs qui me plaisent à chaque fois. Mais c’est aussi une collection à fortes contraintes pour les auteurs, au niveau du format, contraint et très court. Réussir à transcender ces contraintes, voire à s’en servir est donc une gageure pas toujours relevée. Je découvre avec cet album cette auteure qui, avec les grosses contraintes imposées par le format de la collection, s’en sort plutôt bien. Certes, c’est vite lu. Mais sa petite scène polar, avec une chute ironique – sur le mode de qui est pris qui croyait prendre – est assez bien vu. Je n’ai juste pas saisi ce que faisait la dame dans cette maison au départ ? Le dessin est relativement minimaliste, presque stylisé, mais aéré et très lisible. Un petit exercice de style qui relève bien le défi de la collection Façades.
Les Pupilles
Commençons par saluer une nouvelle fois les éditions Polystyrène, un « petit éditeur » qui nous propose de très très beaux objets, de chouettes leporellos, avec des couleurs aux couleurs qui me plaisent à chaque fois. Mais c’est aussi une collection à fortes contraintes pour les auteurs, au niveau du format, contraint et très court. Réussir à transcender ces contraintes, voire à s’en servir est donc une gageure pas toujours relevée. Ici c’est Victor Hussenot qui s’y colle – un auteur plus « confirmé » que la plupart de ceux qui se sont lancés dans cette belle et originale collection. Il joue ici sur une sorte de mise en abime, avec des personnages dont le visage n’est constitué que d’un œil, qui se retrouvent pour reconstituer la paire qui leur permet de » mieux voir le monde. C’est certes léger comme intrigue, mais ça se laisse lire (les contraintes du format restreignent forcément les possibilités !). Un petit exercice léger accompagné d’un dessin sympathique et fluide. Note réelle 2,5/5.
The Junction
J'avais pris une grosse claque en découvrant Downlands de Norm Konyu et c'est tout naturellement que je me suis procuré "The Junction" du même auteur. 1984, Lucas Jones et son père disparaissent. 1996, Lucas Jones réapparaît dans sa ville natale : Medford. La stupéfaction de sa tante et de son oncle de découvrir que Lucas n'a pas changé, il est toujours ce petit garçon de 11 ans... Un récit qui commence sous la forme d'une enquête avec à sa tête un inspecteur aidé d'une psychologue pour expliquer cette réapparition et déterminer s'il s'agit bien de Lucas Jones, avec pour seul indice le journal du jeune garçon devant son mutisme. Un récit qui va doucement et naturellement basculer vers le fantastique. Pour ceux qui ont lu Downlands, ils y retrouveront des thèmes / points communs. La perte d'un être cher et la difficulté de faire son deuil, la mort omniprésente et cette jonction mort / vivant. Une narration maîtrisée au rythme bien dosé avec des chapitres courts, ils alternent l'enquête de 1996 et les passages tirés du journal de Lucas. Au 3/4 du récit, la psychologue nous dévoile comment va se terminer cette histoire, mais cela n'enlève en rien à l'envie de découvrir les dernières planches et ses révélations. Un comics émouvant et profondément humain, les personnages sont attachants et authentiques. Le style si particulier de Norm Konyu m'a encore émerveillé. Un trait précis, anguleux à l'esthétisme jouant sur le déséquilibre des proportions humaines avec de grosses têtes et des bras / jambes filiformes. Un dessin ne ressemblant à aucun autre. L'ambiance surnaturelle est accentuée avec les couleurs froides et généralement sombres. Un régal pour les yeux. Mon premier coup de cœur de l'année.
The Necratmancer
Comme la plupart du temps avec cette belle collection, je ressors avec un sentiment ambivalent de ma lecture. D’abord, comme toujours avec ce « petit éditeur », il faut saluer leur beau travail. C’est vraiment un bel objet, un chouette leporello, avec des couvertures aux belles couleurs. On prend vraiment plaisir à le déplier. Maintenant, le format original de cette collection bride forcément toute velléité de construire un récit, de développer ne serait-ce qu’une idée. Ça reste le plus souvent frustrant pour le lecteur. Et, si certaines fois j’ai davantage été réellement séduit, eh bien ici ça m’a moins captivé. En fait, c’est encore plus vite lu que pour la plupart des autres opus de cette collection, puisque muet (seules deux petites onomatopées en toute fin…). Moonhead (auteur que je découvre ici – c’est d’ailleurs le propre de ce type de collection de permettre à de « nouveaux » auteurs de se lancer, dans des projets originaux) rend ici hommage aux premiers jeux d’arcades, avec de gros, pixels. Le rendu est donc « vintage », mais pas toujours joli et/ou très lisible. Un récit assez sec et pas toujours clair, mais un bel objet et un clin d’œil qui parlera aux amateurs de vieux jeux vidéos pour le design.