Perfection des dessins, du rythme du noir et blanc, originalité de l'idée, maîtrise du rythme, brutalité : il s'agit de mort par balle ! Et esthétisme. Dramatisation et détachement. Et enfin du rythme qui ne sonne pas il faut bien faire de l'action, mais quel ennui ! Quand on pense comme moi que la perfection est l'union et harmonie des contraires, comment ne pas donner la note maximum.
Et par-delà les raisons, il y a le coup de cœur pour cette œuvre. Ah, comme elle dédommage de tant où soit on radote, soit on croit innover mais pour finir par livrer une sorte de brouillon au lecteur ! Que dirait-on d'un cuisinier qui nous livrerait un plat censément cuit mais cru ? Tels sont trop de créateurs… Par contre, cette bd en petit format, pas longue, sans discours, nous laisse non pas sur notre faim, mais repus et dégustant longtemps son goût après l'avoir finie.
Je viens de lire le dernier Palmer, sur le vin, j'ai souri et ai presque ri, merci ! Autrefois un sur Apostrophe, une autre fois sur la Corse, sur le voile, et toujours cela semblait marcher sur l'eau, décalé et dans la cible, incisif sans être méchant… J'aime aussi que le décor puisse être riche sans étouffer l'humour, et qu'il puisse y avoir pas mal de personnages sans qu'on s'y perde… Aussi qu'on puisse apprendre une chose ou deux, ou bien que ce qu'on sache devienne rieur grâce à la bd. Le rythme est juste ce qu'il faut. Je ne saurais dire ce qu'il manque pour mieux noter, ça doit être comme pour le vin, se trouver à côté d'une appellation sans être l'appellation. Santé !
Une BD plaisante à lire, dont l'approche est originale. D'autant plus intéressante, certes, si l'on s'intéresse à Matisse et au Maghreb mais accessible également aux "profanes". Mon principal regret, qui m'a empêché de mettre une meilleure note, est le choix de la bichromie pour le dessin (par ailleurs agréable). Quel dommage, pour un ouvrage sur l'un des maîtres de la couleur, d'y avoir volontairement renoncé. Peut-être un choix des auteurs, mais dont l'objectif m'échappe alors. Quelle superbe BD ça aurait pu être si le dessin s'était davantage inspiré de l'œuvre de Matisse !
Qu'est-ce que c'est nul... C'est ça votre "oeuvre culte" ? Un scénario de série Z misogyne et aux dialogues ineptes, une conclusion idiote... J'ai jamais été bien fan de Manara, et ce n'est pas ça qui va me réconcilier avec le fameux dessinateur italien. Oui, *même* le Tome 1 est franchement bête, y a vraiment rien à sauver là-dedans.
Curieusement, les dessins du T01 me font un peu penser à Bilal, avec tous leurs petits traits. Ce n'est plus le cas dans les tomes ultérieurs. Bon, dans l'ensemble, passez votre chemin.
Deux minuscules alpinistes du peuple des Ahlalàààs se lancent un défi improbable : gravir le personnage d'Achille Talon comme s'il s'agissait d'une montagne. Leur ascension, mise en scène comme un exploit sportif sponsorisé, les conduit de la semelle à la tête du géant, chaque geste de celui-ci devenant pour eux un véritable cataclysme.
Il est étonnant de voir Derib, l'auteur de Yakari et Buddy Longway, s'aventurer dans une histoire humoristique aussi fantasque, et plus encore d'y faire intervenir de manière explicite le héros d'un autre auteur, Achille Talon, dont l'univers est à l'opposé de ses séries d'aventure. Il faut toutefois rappeler que cette courte série a été prépubliée dans l'éphémère magazine Achille Talon en 1975. J'imagine qu'elle a alors été conçue comme une récréation amusante pour Derib, et comme une fantaisie légère destinée aux lecteurs du magazine. Je l'ai moi-même abordée avec le sourire, comme une curiosité un peu insolite issue d'une époque évoquant la nostalgie.
Côté dessin, Derib reste fidèle à lui-même : un trait clair, souple et très lisible, des personnages expressifs et des couleurs simples mais agréables. Malgré des décors réduits à l'essentiel, la lecture reste fluide et parfaitement compréhensible. Achille Talon et son univers sont par ailleurs restitués avec beaucoup de tendresse, dans un style assez proche de celui de Greg.
Sur le fond, en revanche, l'ensemble demeure très anecdotique. L'idée de départ est amusante, certaines trouvailles d'échelle fonctionnent et deux ou trois gags font mouche, mais le récit reste léger et assez creux. Il n'y a ni véritable enjeu ni réelle surprise, et l'aventure se déroule rapidement, avec un sourire parfois un peu complaisant, sans provoquer de vrai rire. Cela ressemble davantage à une fantaisie récréative qu'à une histoire à part entière, avec un ton qui semble parfois clairement destiné à un jeune public.
Une curiosité sympathique et bien dessinée, mais qui ne s'adressera sans doute qu'aux amateurs de Greg et de Derib, ou aux collectionneurs.
Je suis très surpris de cette lecture, qui part sur des chapeaux de roues et s'embarque dans une histoire aux tournants imprévisibles. Je suis très fan de la direction prise par l'histoire après ce premier tome !
Ce tome introductif est parfaitement bien exécuté, avec une histoire vite campée et des personnages bien inspirés. Le protagoniste est ce bretteur amateur de bon mots, protecteur des pauvres gens dans une cité ressemblant un peu à Venise, dans un contexte de magie et de questionnements sociaux. En quelques pages l'histoire prend un envol avec cette congrégation de révolutionnaires qui entendent changer les choses dans le monde. Et si l'on a du classique dans le début de l'aventure, très vite le récit semble accélérer jusqu'à une révélation finale surprenante et qui augure du bon pour la suite. J'ai accroché tout de suite à l'histoire et j'ai envie de voir la suite, qui est prometteuse.
Le tout est servi par un dessin qui est appréciable. Je n'ai encore rien lu de sa part mais la dessinatrice a un coup de crayon qui fait ressortir les scènes d'actions et les intérieurs, tout en ayant un trait global qui rappelle tout à fait les films de capes et d'épées, une esthétique vénitienne et les visuels marquants. L'ensemble est clair et lisible, dynamique et coloré, une lecture franchement agréable ! Je ne peux que recommander la lecture de ce premier tome qui promet pour la suite.
Le deuxième tome poursuit l'histoire et l'accélère, allant dans une direction intéressante. J'aime beaucoup l'idée qui est présente du pouvoir avec contrepartie et ce que ça dit sur l'exercice du pouvoir. C'est une vraie question de la façon dont le pouvoir passe par des réseaux de domination, incarné ici par le Commodore qui distribue de la puissance, laquelle est chaque fois compensée par un cout négatif. De l'autre côté, Don Juan est (même si ça n'est pas encore confirmé) une sorte d'électron libre qui trace sa propre voie, presque anarchiste et social, faisant ses propres liens sociaux par son charisme et son bagout. De même, il semble disposer de pouvoirs sans contrepartie, métaphore peut-être d'une conception différente de la société et d'un pouvoir qui n'est pas vertical ?
Cette question du pouvoir et de la politique est au centre du récit de cape et d'épées, et ce deuxième tome confirme que le récit d'aventure est l'enrobage d'une réflexion sur la société. Sur la notre, sans aucun doute, mais avec l'aspect fun et prenant d'une comédie d'aventure aux personnages bien campés. C'est vraiment une lecture intéressante et que je recommande !
On suit la vie d'Anatole de sa naissance à sa mort, à raison d'une planche par année. Un destin parfaitement ordinaire, entre attentes parentales, désillusions scolaires, boulot alimentaire, relations bancales et petites humiliations du quotidien.
Graphiquement, c'est sans doute ce qui m'a le plus convaincu. Le trait est fin, propre, plutôt élégant, avec une vraie lisibilité. L'épure des décors fonctionne bien et donne un côté clair et posé à l'ensemble.
En revanche, j'ai beaucoup moins accroché au fond. Le concept est malin sur le papier, mais l'exécution m'a paru très monotone. L'humour grinçant tire surtout vers le désabusé, voire le misérabilisme, et l'ambiance générale de chaque planche est franchement morose, presque déprimante. Là où ça devrait faire sourire par la dérision, j'ai surtout ressenti une succession de petites lâchetés, de frustrations et de constats amers. Les gags tombent souvent à plat, je n'ai quasiment pas ri, et le personnage, trop passif et neurasthénique, finit par rendre la lecture assez pesante.
Une idée intéressante et un dessin soigné, mais une tonalité trop sombre pour moi, qui m'a plus plombé le moral qu'amusé.
Dans ce monde gentiment décalé, le Royaume de Babylone est évolué et dominateur, tandis que, dans la lointaine Europe blanche, la pauvre France est encore à demi sauvage, à peine en voie de développement. Une archéologue est envoyée en mission dans cette contrée exotique et arriérée afin d'y piller des reliques pour son musée.
Le principe est simple mais ingénieux : ici, c'est la France profonde qui devient le terrain d'aventure folklorique.
Je réalise avec cet album que j'ai finalement lu assez peu d'ouvrages de B-gnet, alors que cet album là se révèle excellent et me donne envie d'en découvrir davantage. Outre la parodie évidente mais finalement assez fine d'Indiana Jones et de Tintin, je ressens une forte influence des œuvres de Daniel Goossens, avec leur ton absurde et pince-sans-rire, et même des références directes à ce dernier (ce bébé qui pleure avec des Rrrr sous ses cris). Le concept est limpide et surtout parfaitement tenu sur la durée. Là où ce genre d'idée peut vite s'épuiser, le récit ne tourne jamais en rond, car l'auteur multiplie les variations, les détournements et les clins d'œil. L'inversion des regards fonctionne très bien, aussi bien pour la parodie pure que pour la petite satire du tourisme, de l'exotisme et de nos travers bien franchouillards.
L'humour m'a souvent fait rire, ce qui est déjà beaucoup, mais j'ai aussi été très agréablement surpris par la quantité de bonnes idées que contient cet album. C'est absurde, parfois très bête, parfois plus mordant, avec des gags visuels et des jeux de mots qui s'enchaînent sans temps mort.
Quant au dessin, il est dynamique et lisible, là encore avec un léger esprit Goossens dans la mise en scène, ainsi qu'un bon sens du rythme et de la narration humoristique. Et j'ai beaucoup aimé les fausses couvertures de Tintin qui ponctuent chaque chapitre.
Je n'en attendais rien et j'ai découvert là un album franchement drôle et bien mené, qui exploite son idée jusqu'au bout sans l'étirer artificiellement. Il me donne envie d'explorer davantage l'œuvre de son auteur.
Une série qui mérite vraiment le détour.
Se déroulant dans le Londres du dernier quart du XIXème siècle, elle multiplie les références : Frankenstein, Jack l’Éventreur, Sherlock Holmes (qui est même souvent évoqué, étant voisin des deux gamines qui aide Malcolm, etc., Malcolm Max étant une sorte de mixe entre Sherlock Holmes (pour le flegme et les déductions fines) et James Bond (pour son sex appeal), tandis que son acolyte Charisma – improbable demi vampire – allie charme (elle est vraiment sexy) et force (de caractère comme de frappe !).
Les trois albums sont assez denses, les textes sont très présents (c’est même parfois un peu trop envahissant, mais bon, globalement ça passe), et ils ne se lisent pas si rapidement que ça. Mais c’est quand même une lecture plaisante, divertissante.
Les dialogues justement, sont souvent caustiques, pimentés d’humour, entre Max et Charisma, mais aussi avec le commissaire – qui est bien évidemment à côté de la plaque.
Il y a des facilités, des couleuvres à avaler (par exemple l’évasion de Max de la Tour de Londres – et même le fait qu’il aille ensuite chez lui, sans y être immédiatement recherché…). Mais ici je l’accepte aisément, car c’est au service d’une intrigue à la fois dynamique et farfelue, pleine d’allant. Le dernier tome mise sur de l’action survitaminée, avec apparition d’une reine Victoria ridicule avec sa mini couronne, de Nellie Bly…
Dernier détail, et pas des moindres, le dessin, que j’ai trouvé très agréable. Un trait fin, un peu anguleux pour certains visages, mais un rendu plaisant.
Une série divertissante qui me fait regretter que Mennigen n’ait pour le moment pas récidivé (que ce soit sur un autre cycle ou sur une autre série).
Il y a des choses originales et/ou intéressantes dans cette histoire. Mais ce premier album m’a quand même laissé de côté, au point que je ne suis pas sûr d’aller lire la suite et fin dans le prochain tome.
Le dessin est original – la colorisation aussi d’ailleurs. Foin de réalisme. Mais j’ai vraiment eu du mal avec.
L’histoire se développe dans une ambiance un peu glauque, en tout cas crépusculaire. Un brave type – qui élève seul ses deux mômes – se retrouve au chômage, multiplie les petits boulots, accusant les Niaks, les Juifs, d’être responsables de sa mouise, tout en ressassant ses souvenirs du Vietnam. Jusqu’à se voir proposer de devenir acteur porno…
Il y a dans ce récit une vision noire – et finalement pas si éloignée que ça de la réalité – d’une certaine société déclassée et reléguée de l’Amérique profonde. Et, si certaines couleurs flashy s’invitent, c’est plutôt le sombre qui domine.
Mais voilà, j’ai eu du mal à m’intéresser à cette histoire, et les dialogues, souvent – trop – abondants, rendent certains passages un peu indigestes.
Je pense en fait que ça n’est pas ma came.
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Perfection des dessins, du rythme du noir et blanc, originalité de l'idée, maîtrise du rythme, brutalité : il s'agit de mort par balle ! Et esthétisme. Dramatisation et détachement. Et enfin du rythme qui ne sonne pas il faut bien faire de l'action, mais quel ennui ! Quand on pense comme moi que la perfection est l'union et harmonie des contraires, comment ne pas donner la note maximum. Et par-delà les raisons, il y a le coup de cœur pour cette œuvre. Ah, comme elle dédommage de tant où soit on radote, soit on croit innover mais pour finir par livrer une sorte de brouillon au lecteur ! Que dirait-on d'un cuisinier qui nous livrerait un plat censément cuit mais cru ? Tels sont trop de créateurs… Par contre, cette bd en petit format, pas longue, sans discours, nous laisse non pas sur notre faim, mais repus et dégustant longtemps son goût après l'avoir finie.
Les Aventures de Jack Palmer
Je viens de lire le dernier Palmer, sur le vin, j'ai souri et ai presque ri, merci ! Autrefois un sur Apostrophe, une autre fois sur la Corse, sur le voile, et toujours cela semblait marcher sur l'eau, décalé et dans la cible, incisif sans être méchant… J'aime aussi que le décor puisse être riche sans étouffer l'humour, et qu'il puisse y avoir pas mal de personnages sans qu'on s'y perde… Aussi qu'on puisse apprendre une chose ou deux, ou bien que ce qu'on sache devienne rieur grâce à la bd. Le rythme est juste ce qu'il faut. Je ne saurais dire ce qu'il manque pour mieux noter, ça doit être comme pour le vin, se trouver à côté d'une appellation sans être l'appellation. Santé !
Tanger sous la pluie
Une BD plaisante à lire, dont l'approche est originale. D'autant plus intéressante, certes, si l'on s'intéresse à Matisse et au Maghreb mais accessible également aux "profanes". Mon principal regret, qui m'a empêché de mettre une meilleure note, est le choix de la bichromie pour le dessin (par ailleurs agréable). Quel dommage, pour un ouvrage sur l'un des maîtres de la couleur, d'y avoir volontairement renoncé. Peut-être un choix des auteurs, mais dont l'objectif m'échappe alors. Quelle superbe BD ça aurait pu être si le dessin s'était davantage inspiré de l'œuvre de Matisse !
Le Déclic
Qu'est-ce que c'est nul... C'est ça votre "oeuvre culte" ? Un scénario de série Z misogyne et aux dialogues ineptes, une conclusion idiote... J'ai jamais été bien fan de Manara, et ce n'est pas ça qui va me réconcilier avec le fameux dessinateur italien. Oui, *même* le Tome 1 est franchement bête, y a vraiment rien à sauver là-dedans. Curieusement, les dessins du T01 me font un peu penser à Bilal, avec tous leurs petits traits. Ce n'est plus le cas dans les tomes ultérieurs. Bon, dans l'ensemble, passez votre chemin.
Les Ahlalaaas
Deux minuscules alpinistes du peuple des Ahlalàààs se lancent un défi improbable : gravir le personnage d'Achille Talon comme s'il s'agissait d'une montagne. Leur ascension, mise en scène comme un exploit sportif sponsorisé, les conduit de la semelle à la tête du géant, chaque geste de celui-ci devenant pour eux un véritable cataclysme. Il est étonnant de voir Derib, l'auteur de Yakari et Buddy Longway, s'aventurer dans une histoire humoristique aussi fantasque, et plus encore d'y faire intervenir de manière explicite le héros d'un autre auteur, Achille Talon, dont l'univers est à l'opposé de ses séries d'aventure. Il faut toutefois rappeler que cette courte série a été prépubliée dans l'éphémère magazine Achille Talon en 1975. J'imagine qu'elle a alors été conçue comme une récréation amusante pour Derib, et comme une fantaisie légère destinée aux lecteurs du magazine. Je l'ai moi-même abordée avec le sourire, comme une curiosité un peu insolite issue d'une époque évoquant la nostalgie. Côté dessin, Derib reste fidèle à lui-même : un trait clair, souple et très lisible, des personnages expressifs et des couleurs simples mais agréables. Malgré des décors réduits à l'essentiel, la lecture reste fluide et parfaitement compréhensible. Achille Talon et son univers sont par ailleurs restitués avec beaucoup de tendresse, dans un style assez proche de celui de Greg. Sur le fond, en revanche, l'ensemble demeure très anecdotique. L'idée de départ est amusante, certaines trouvailles d'échelle fonctionnent et deux ou trois gags font mouche, mais le récit reste léger et assez creux. Il n'y a ni véritable enjeu ni réelle surprise, et l'aventure se déroule rapidement, avec un sourire parfois un peu complaisant, sans provoquer de vrai rire. Cela ressemble davantage à une fantaisie récréative qu'à une histoire à part entière, avec un ton qui semble parfois clairement destiné à un jeune public. Une curiosité sympathique et bien dessinée, mais qui ne s'adressera sans doute qu'aux amateurs de Greg et de Derib, ou aux collectionneurs.
Don Juan des Flots
Je suis très surpris de cette lecture, qui part sur des chapeaux de roues et s'embarque dans une histoire aux tournants imprévisibles. Je suis très fan de la direction prise par l'histoire après ce premier tome ! Ce tome introductif est parfaitement bien exécuté, avec une histoire vite campée et des personnages bien inspirés. Le protagoniste est ce bretteur amateur de bon mots, protecteur des pauvres gens dans une cité ressemblant un peu à Venise, dans un contexte de magie et de questionnements sociaux. En quelques pages l'histoire prend un envol avec cette congrégation de révolutionnaires qui entendent changer les choses dans le monde. Et si l'on a du classique dans le début de l'aventure, très vite le récit semble accélérer jusqu'à une révélation finale surprenante et qui augure du bon pour la suite. J'ai accroché tout de suite à l'histoire et j'ai envie de voir la suite, qui est prometteuse. Le tout est servi par un dessin qui est appréciable. Je n'ai encore rien lu de sa part mais la dessinatrice a un coup de crayon qui fait ressortir les scènes d'actions et les intérieurs, tout en ayant un trait global qui rappelle tout à fait les films de capes et d'épées, une esthétique vénitienne et les visuels marquants. L'ensemble est clair et lisible, dynamique et coloré, une lecture franchement agréable ! Je ne peux que recommander la lecture de ce premier tome qui promet pour la suite. Le deuxième tome poursuit l'histoire et l'accélère, allant dans une direction intéressante. J'aime beaucoup l'idée qui est présente du pouvoir avec contrepartie et ce que ça dit sur l'exercice du pouvoir. C'est une vraie question de la façon dont le pouvoir passe par des réseaux de domination, incarné ici par le Commodore qui distribue de la puissance, laquelle est chaque fois compensée par un cout négatif. De l'autre côté, Don Juan est (même si ça n'est pas encore confirmé) une sorte d'électron libre qui trace sa propre voie, presque anarchiste et social, faisant ses propres liens sociaux par son charisme et son bagout. De même, il semble disposer de pouvoirs sans contrepartie, métaphore peut-être d'une conception différente de la société et d'un pouvoir qui n'est pas vertical ? Cette question du pouvoir et de la politique est au centre du récit de cape et d'épées, et ce deuxième tome confirme que le récit d'aventure est l'enrobage d'une réflexion sur la société. Sur la notre, sans aucun doute, mais avec l'aspect fun et prenant d'une comédie d'aventure aux personnages bien campés. C'est vraiment une lecture intéressante et que je recommande !
Anatole(s)
On suit la vie d'Anatole de sa naissance à sa mort, à raison d'une planche par année. Un destin parfaitement ordinaire, entre attentes parentales, désillusions scolaires, boulot alimentaire, relations bancales et petites humiliations du quotidien. Graphiquement, c'est sans doute ce qui m'a le plus convaincu. Le trait est fin, propre, plutôt élégant, avec une vraie lisibilité. L'épure des décors fonctionne bien et donne un côté clair et posé à l'ensemble. En revanche, j'ai beaucoup moins accroché au fond. Le concept est malin sur le papier, mais l'exécution m'a paru très monotone. L'humour grinçant tire surtout vers le désabusé, voire le misérabilisme, et l'ambiance générale de chaque planche est franchement morose, presque déprimante. Là où ça devrait faire sourire par la dérision, j'ai surtout ressenti une succession de petites lâchetés, de frustrations et de constats amers. Les gags tombent souvent à plat, je n'ai quasiment pas ri, et le personnage, trop passif et neurasthénique, finit par rendre la lecture assez pesante. Une idée intéressante et un dessin soigné, mais une tonalité trop sombre pour moi, qui m'a plus plombé le moral qu'amusé.
Inanna Djoun
Dans ce monde gentiment décalé, le Royaume de Babylone est évolué et dominateur, tandis que, dans la lointaine Europe blanche, la pauvre France est encore à demi sauvage, à peine en voie de développement. Une archéologue est envoyée en mission dans cette contrée exotique et arriérée afin d'y piller des reliques pour son musée. Le principe est simple mais ingénieux : ici, c'est la France profonde qui devient le terrain d'aventure folklorique. Je réalise avec cet album que j'ai finalement lu assez peu d'ouvrages de B-gnet, alors que cet album là se révèle excellent et me donne envie d'en découvrir davantage. Outre la parodie évidente mais finalement assez fine d'Indiana Jones et de Tintin, je ressens une forte influence des œuvres de Daniel Goossens, avec leur ton absurde et pince-sans-rire, et même des références directes à ce dernier (ce bébé qui pleure avec des Rrrr sous ses cris). Le concept est limpide et surtout parfaitement tenu sur la durée. Là où ce genre d'idée peut vite s'épuiser, le récit ne tourne jamais en rond, car l'auteur multiplie les variations, les détournements et les clins d'œil. L'inversion des regards fonctionne très bien, aussi bien pour la parodie pure que pour la petite satire du tourisme, de l'exotisme et de nos travers bien franchouillards. L'humour m'a souvent fait rire, ce qui est déjà beaucoup, mais j'ai aussi été très agréablement surpris par la quantité de bonnes idées que contient cet album. C'est absurde, parfois très bête, parfois plus mordant, avec des gags visuels et des jeux de mots qui s'enchaînent sans temps mort. Quant au dessin, il est dynamique et lisible, là encore avec un léger esprit Goossens dans la mise en scène, ainsi qu'un bon sens du rythme et de la narration humoristique. Et j'ai beaucoup aimé les fausses couvertures de Tintin qui ponctuent chaque chapitre. Je n'en attendais rien et j'ai découvert là un album franchement drôle et bien mené, qui exploite son idée jusqu'au bout sans l'étirer artificiellement. Il me donne envie d'explorer davantage l'œuvre de son auteur.
Malcolm Max
Une série qui mérite vraiment le détour. Se déroulant dans le Londres du dernier quart du XIXème siècle, elle multiplie les références : Frankenstein, Jack l’Éventreur, Sherlock Holmes (qui est même souvent évoqué, étant voisin des deux gamines qui aide Malcolm, etc., Malcolm Max étant une sorte de mixe entre Sherlock Holmes (pour le flegme et les déductions fines) et James Bond (pour son sex appeal), tandis que son acolyte Charisma – improbable demi vampire – allie charme (elle est vraiment sexy) et force (de caractère comme de frappe !). Les trois albums sont assez denses, les textes sont très présents (c’est même parfois un peu trop envahissant, mais bon, globalement ça passe), et ils ne se lisent pas si rapidement que ça. Mais c’est quand même une lecture plaisante, divertissante. Les dialogues justement, sont souvent caustiques, pimentés d’humour, entre Max et Charisma, mais aussi avec le commissaire – qui est bien évidemment à côté de la plaque. Il y a des facilités, des couleuvres à avaler (par exemple l’évasion de Max de la Tour de Londres – et même le fait qu’il aille ensuite chez lui, sans y être immédiatement recherché…). Mais ici je l’accepte aisément, car c’est au service d’une intrigue à la fois dynamique et farfelue, pleine d’allant. Le dernier tome mise sur de l’action survitaminée, avec apparition d’une reine Victoria ridicule avec sa mini couronne, de Nellie Bly… Dernier détail, et pas des moindres, le dessin, que j’ai trouvé très agréable. Un trait fin, un peu anguleux pour certains visages, mais un rendu plaisant. Une série divertissante qui me fait regretter que Mennigen n’ait pour le moment pas récidivé (que ce soit sur un autre cycle ou sur une autre série).
Rust River City
Il y a des choses originales et/ou intéressantes dans cette histoire. Mais ce premier album m’a quand même laissé de côté, au point que je ne suis pas sûr d’aller lire la suite et fin dans le prochain tome. Le dessin est original – la colorisation aussi d’ailleurs. Foin de réalisme. Mais j’ai vraiment eu du mal avec. L’histoire se développe dans une ambiance un peu glauque, en tout cas crépusculaire. Un brave type – qui élève seul ses deux mômes – se retrouve au chômage, multiplie les petits boulots, accusant les Niaks, les Juifs, d’être responsables de sa mouise, tout en ressassant ses souvenirs du Vietnam. Jusqu’à se voir proposer de devenir acteur porno… Il y a dans ce récit une vision noire – et finalement pas si éloignée que ça de la réalité – d’une certaine société déclassée et reléguée de l’Amérique profonde. Et, si certaines couleurs flashy s’invitent, c’est plutôt le sombre qui domine. Mais voilà, j’ai eu du mal à m’intéresser à cette histoire, et les dialogues, souvent – trop – abondants, rendent certains passages un peu indigestes. Je pense en fait que ça n’est pas ma came. Note réelle 2,5/5.