Sonderkommando signifie littéralement "unités spéciales" en allemand. Il s'agit, dans les camps d'extermination nazis, de groupes de prisonniers, majoritairement juifs, contraints d'accomplir les tâches les plus macabres : trier les effets personnels des déportés, manipuler les corps et assurer la destruction des cadavres.
Ancien militant communiste polonais et membre des brigades internationales en Espagne, Alter Fajnzylberg a été l'un de ces hommes. Déporté à Auschwitz-Birkenau, il est contraint par ses geôliers d'intégrer un Sonderkommando : jeter les cadavres dans les fours crématoires ou finir lui-même dans l'un d'eux. Son parcours et les circonstances qui l'ont mené là, il les a consignés dès son retour en France en 1945, dans des cahiers d'écolier, pour mettre son témoignage par écrit. Son fils avait connaissance de ces cahiers mais n'a trouvé le courage de les ouvrir que bien des décennies plus tard, livrant alors le témoignage de son père aux historiens du monde entier.
Alter a eu une vie dense et complexe, marquée très tôt par l'engagement politique, puis par une succession d'exils et d'internements, de la Pologne à l'Espagne, puis en France dans les camps de réfugiés de la guerre d'Espagne, avant d'être transféré à Drancy puis à Auschwitz. Une fois arrivé là, le récit restitue avec une grande sobriété l'absurdité et la violence extrême du système concentrationnaire nazi, où la mort pouvait frapper sans raison et où la cruauté semblait n'obéir à aucune logique autre que la haine.
La bande dessinée adopte un style très sobre, presque académique, dans la lignée des ouvrages historiques qui cherchent avant tout à transmettre des faits. Le dessin est maîtrisé mais peu avenant car ce n'est pas son but : il ne cherche pas à séduire, seulement à montrer. La mise en scène s'attarde longuement sur les années qui ont précédé l'envoi du personnage dans les camps nazis. Cette période est instructive, avec un rythme suffisamment soutenu pour ne pas trop s'attarder sur une phase en particulier. Elle est cependant racontée avec une clarté parfois relative, certaines digressions chronologiques m'ayant amené, à une ou deux reprises, à me demander en quelle année et dans quel contexte on se trouvait, par exemple lors des travaux forcés d'Alter à Lorient.
Paradoxalement, le témoignage le plus important, celui de l'enfer des camps, est traité plus brièvement, avec davantage de texte que d'images. En particulier, ce fameux et terrible travail imposé par les nazis n'est jamais montré : il est seulement évoqué en quelques mots, tandis que l'image se limite globalement aux ruines du crématorium. C'est surprenant pour un récit théoriquement centré sur le fonctionnement des Sonderkommandos et toute son horreur. S'agit-il de pudeur, de retenue, ou d'une difficulté à représenter l'insoutenable ? Toujours est-il que, hormis l'absurdité des meurtres arbitraires et des violences physiques et morales infligées aux déportés, la BD montre finalement assez peu ce qui faisait la singularité du témoignage d'Alter Fajnzylberg. Elle se concentre davantage sur son engagement militant avant les camps, puis sur sa volonté de transmettre ce qu'il y a vu (une partie du récit faisant d'ailleurs écho à une autre BD Le Photographe de Mauthausen) et d'aider à l'évasion de certains prisonniers. La fin du camp, les marches de la mort dans la neige, et sa survie jusqu'à la libération ne sont, là encore, qu'évoquées sans être véritablement mises en images.
L'adaptation fait ainsi des choix qui donnent le sentiment d'un récit retenu, presque à distance, comme s'il cherchait à éviter de montrer frontalement l'horreur tout en restant strictement factuel. Cette approche, très académique, privilégie la biographie et la transmission au détriment de l'émotion, qui peine à émerger malgré la force du sujet. Elle interroge davantage qu'elle ne bouleverse, laissant le lecteur face à l'incompréhension persistante de ce que l'homme a été capable de produire.
Un travail de mémoire incontestablement précieux et nécessaire, mais dont la retenue et la distance atténuent l'impact émotionnel qu'un tel témoignage aurait pu porter.
Des lendemains sans nuage est une œuvre qui se lit facilement, rapidement et très agréablement. Mais j'avoue qu'il m'a manqué un petit quelque chose pour aller plus loin. L'esprit revendiqué de La Quatrième Dimension est plutôt bien maîtrisé, et les différentes histoires mises en scène ici sont presque toujours satisfaisantes, même si, comme dans la série pastichée, il arrive que la chute soit légèrement frustrante. J'aurais souvent aimé que les histoires courtes bénéficient de 2 ou 3 pages de plus, afin de développer chaque récit et prendre un peu plus le temps de rentrer dans chaque atmosphère. Quant au scénario global, il est plaisant mais sans grande surprise. On voit venir la fin avec beaucoup de facilité, et c'est peut-être ça aussi qui rend la bande dessinée pas tout à fait assez mémorable à mes yeux.
Au-delà de ça, le format joue largement en faveur de la BD. Le dessin de Meyer et Gazzotti est très efficace, et crée de belles images. Comme en outre, la dose de textes n'est jamais excessive, la lecture est d'une fluidité exemplaire, et réussit à faire passer des message sans jamais forcer la main du spectateur et sans jamais en faire trop. En cela, Des lendemains sans nuage est vraiment réussie et immersive.
Au bilan, c'est donc une lecture plaisante, que je ne regrette pas, mais qui, à mon sens, aurait pu être un peu plus impactante.
C'est la bande qui m'a fait entrer dans l'univers de Pichard, et par conséquence directe, fait découvrir un grand auteur.
Le ton général rappelle beaucoup les productions avec Jacques Lob. Pichard était aussi capable d'adapter des classiques de la littérature tout seul. C'est difficile de mesurer sa contribution narrative.
On a l'impression d'être dans un récit qui mélange les aventures loufoques du baron de Munchausen avec la perversion du marquis de Sade.
C'est une sorte d'odyssée imaginaire qui est proposée au lecteur. Caroline éprouve directement le voyage à bord d'un train, d'un dirigeable dans le ciel, d'un navire anglais sur la mer.
Pichard détourne les codes visuels du conte pour mieux nous faire accepter les péripéties invraisemblables que traversent l'héroïne et son drôle de compagnon à poil.
Quand une héroïne comme Dracurella prônait à la même époque le matérialisme et le mariage, Caroline Choléra se veut elle résolument anticonformiste, c'est une femme qui peut vivre sans les hommes mais qui ne cesse de subir leurs outrages.
Il y aurait encore beaucoup de choses à dire, il y a un sous texte important chez Pichard, plein de références aussi. J'ai malheureusement rarement lu d'études intéressantes à son sujet.
Le Spirit a été la série qui a rendu Eisner célèbre. Avant les versions en couleur dans le journal Tintin, j'ai découvert les histoires dans des magazines brésiliens des années 40-50. On y remarquait déjà l'énorme créativité des dessins, les compositions originales des pages et la galerie de personnages insolites, des vilains hideux aux femmes fatales. Les intrigues, avec beaucoup d'humour noir, abordent des thèmes qui se distinguent de la plupart des héros et super-héros typiques de la production américaine de l'époque.
Grand amateur d'aéronautique, j'accueille toujours avec une certaine joie ce genre de publications qui met les hélices en premier plan.
On retrouve donc une espèce d'escadrille de bric et de broc composée de surplus de la seconde guerre et des pilotes/mercenaires qui vont avec.
Les personnages un minimum élaborés sont:
-Le capitaine Moorhead, qui déclenche tous les évènements en venant chercher notre héros
-Héros justement, un pilote déserteur qui se la coulait douce sur une île appelé Fletcher Williams: le nom et tout le reste semblent être une transposition du lieutenant ayant commandé la mutinerie du Bounty
-Un as de la Luftwaffe qui vit caché sous un faux nom (ce qui n'a aucune logique, les pilotes était assez peu nazis, et il n'y avait pas vraiment de criminels de guerre parmi eux: même une exception, une saloperie comme Hans Ulrich Rudel, bien que brun de la tête au pieds, n'a jamais commis de crimes de guerre)
-Un pilote japonais qui avait déserté et qui semble être très heureux d'aider ses anciens ennemis (pareil ni crédible ni logique)
Et c'est tout. Il faut dire que c'est le gros défaut de cette série: des persos à peine creusés, pas intéressants, ce qui est normal car il y en a beaucoup trop!!!
On s'y perd un peu.
Le but est de retrouver un Milliardaire calqué sur Howard Hughes. Le clone de Hughes est appelé Fogg, comme le personnage du tour du monde en 80 jours.
Cela fait un peu comme une histoire pulp sans les filles: belles machines, beaux dessins, mais tout le reste est sans grand intérêt. Malgré tout, c'est distrayant et suffisamment intriguant pour vouloir lire la suite.
Le dessin pose un problème mais il s'améliore sans cesse. Tout de même ! A l'origine, s'imposent la maladresse et la grisaille du manga, on se croirait dans un brouillon qu'on aurait tenté de recouvrir d'une couche de crayon noir. Ceci dit, on reconnait les héros ! Et c'est plus qu'expressif… Je pense qu'on a plus de motivation à suivre le manga quand on a visionné la série qui reprend les bons côtés, histoire, dynamisme de la lutte contre les titans et horreur de ces derniers, à preuve j'en ai lu quelques uns après le covid où les DVD de l'attaque des des titans empruntés à la Bibliothèque m'ont aidé à tenir.
J'ai lu quelque part que le créateur voulait que quelqu'un dessine, mais que n'ayant trouvé personne, il s'y est astreint lui-même. Quel héros ! Ses imperfections, d'ailleurs paraît-il en voie de résolution et parfois aussi graves chez d'autres ? Je les trouve donc touchantes. Mais pour comparer, on n'est pas dans Golden Kamui ou dans Parasite dont j'ignore en passant quelle est le meilleure version. Par contre, je trouve la version DVD que j'ai acheté et que je ne cessais de repasser à une époque, bien plus, prenante… comme un main se saisissant d'une main !
Un be qui démarre un peu mal avec un personnage d'écrivain misanthrope et urbai qui se retrouve dans la vallée des merveilles. Je vous passe le prétexte de ce personnage et son objectif, car cette bd parle de la Vallée des Merveilles dans le massif du Mercantour.
Quelques planches sont très belles et très réussis. Après côté mise en page, personnages, et scénarios ça peche.
Cependant le coeur n'est pas là. Avec pas mal de subtilité, les autrices décrivent les enjeux de biodviserité, d'usages, d'humains, de fantasmes, d'archéologie, enjeux qui se retrouvent souvent en contradiction, opposition. On sent que les autrices connaissent bien leur sujet et les personnages qui incarnent les visions ou les usages et besoins différents de la montagnes sont bien campés. Ca sent le vécu même je dirais !
Et c'est là tout l'intérêt de cette bd.
Je crois que Tarzan, le personnage et son univers, ne sont pas ma tasse de thé. J’ai des souvenirs de gamin des films avec Weissmuller (films irregardables aujourd’hui !), j’avais plutôt bien aimé le film « Greystoke, la légende de Tarzan », mais sinon, j’ai vraiment du mal à accrocher.
La version de Corbeyran m’avait déçu, et celle de Bec ne m’a pas davantage convaincu. Affaire de goûts sans doute, mais pas seulement. Il y a trop de facilité, de grande naïveté dans cette intrigue. L’apprentissage et la maîtrise du langage (et carrément en plusieurs langues ?), voire de l’écriture en pleine autonomie, par le jeune gamin adopté par des singes parait peu crédible, comme son adaptation express au monde animal, puis au monde « civilisé ». Un Tarzan qui, en quelques minutes, est capable de dépecer une bête, de lui enlever sa peau, et d’en faire un vêtement (pour lui, puis plus tard dans le premier tome pour un homme qu’il a secouru – après avoir massacré tout un village), c’est franchement trop ! De la même manière, vouloir absolument donner à Tarzan une carrure à la Conan le Barbare (alors que ses parents anglais ne semblaient pas particulièrement baraqués) nous fait tomber dans la caricature. Les raccourcis inévitables de l'adaptation accentuent le ressenti de facilité de l'intrigue.
Bon, le premier tome reprend l’histoire classique des débuts, la rencontre avec « Jane » (qui tombe amoureuse là aussi en deux temps trois mouvements…). Pas de surprise, c’est de l’aventure classique, avec les couleuvres évoquées ci-dessus à avaler.
Le deuxième tome n’en est pas la suite, mais c’est un autre roman qui est adapté, autour du personnage de Tarzan – on retourne donc dans la jungle. On y mélange un peu les époques, hommes préhistoriques, animaux préhistoriques de toutes périodes (si possibles gigantesques et menaçants), etc. Quelque chose qui emprunte à Wells, Verne, ou se rapproche du film King Kong de Jackson. Avec toujours un Tarzan géant et bodybuildé, affrontant les dangers de plus en plus improbables.
C’est sans doute divertissant, mais ça n’est clairement pas mon truc. Bec a sans doute ajouté sa touche fantastique à un récit qui l’y invitait. Le résultat ne m’a pas convaincu. Si d’autres albums sortent par la suite, je ne me jetterai pas déçu, c’est clair.
Un manga très doux.
L'extrême naïveté de Sasaki, personnage principal, et son côté empoté le rende attachant.
Les discussions, par petits bouts, chaque soir entre Sasaki et Tayama l'employé rock n'roll et complice.
Une petite romance, avec un 1er tome parfois un peu longuet. Une licence poétique un peu étonnante est utilisée sur les personnages de Yamada/Tayama, cependant ça reste très mignon. J'ai beaucoup apprécié les dessins, et une certaine sensualité qui se dégage régulièrement.
Pour les amatrices et amateurs de romances doucerettes.
Dès les premières planches, on installe une ambiance furieusement western, seule la moto du héros – Nevada – dénotant dans des décors qu’on croirait sortis de Blueberry : décors naturels, ou reconstitués à Hollywood.
Mais c’est en fait à la fin des années 1920 que nous sommes, ce mélange, cette ambivalence, volontairement entretenus, m’ont fait penser à la série Les Gringos.
Si les albums ultérieurs s’éloignent parfois de l’esthétique western, l’intrigue y revient régulièrement (on a même droit à un duel au soleil en fin de troisième tome !), c’est la marque de fabrique de cette série – et c’est plutôt bien fait.
Le personnage de Nevada, ses rapports avec sa « donneuse d’ordre », la productrice Louise Hathaway m’ont fait penser à la série américaine des années 1980 « L’homme qui tombe à pic », dans laquelle un cascadeur jouait les chasseurs de prime pour une femme ayant avancé des cautions.
Si chaque album peut se lire comme un one-shot, il y a quand même un fil rouge qui, outre l’approfondissement des personnalités (entre Nevada et Louise, aussi avec la jeune journaliste rencontrée dans le tome 2), concerne la traque d’un « méchant », ayant joué un rôle dans le passé des deux principaux protagonistes, Carlsen. Série et personnages gagnent en consistance, les parties consolidant le tout.
Reste que le diptyque des deux derniers albums m'a paru moins dynamique, plus dilué. Un peu l'impression que les auteurs ont tenté de caser trop de choses: la personnalité et l'amitié de Jack London; de longs flash-back expliquant la genèse des relations entre Louise et Nevada; les hobos; les luttes syndicales, en plus de l'origine du conflit avec Carlsen.
Pas mal de clins d'oeil aussi à des films célèbres (Psychose; 3h10 pour Yuma, etc.). Je suis par ailleurs grandement surpris qu'un film comme Le chien andalou ait pu être vu et connu aux États-Unis l'année de sa "sortie (qui plus est rapidement censurée) en France !
Au final, c'est une série intéressante, divertissante. C'est déjà pas mal.
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Ce que j’ai vu à Auschwitz - Les Cahiers d'Alter
Sonderkommando signifie littéralement "unités spéciales" en allemand. Il s'agit, dans les camps d'extermination nazis, de groupes de prisonniers, majoritairement juifs, contraints d'accomplir les tâches les plus macabres : trier les effets personnels des déportés, manipuler les corps et assurer la destruction des cadavres. Ancien militant communiste polonais et membre des brigades internationales en Espagne, Alter Fajnzylberg a été l'un de ces hommes. Déporté à Auschwitz-Birkenau, il est contraint par ses geôliers d'intégrer un Sonderkommando : jeter les cadavres dans les fours crématoires ou finir lui-même dans l'un d'eux. Son parcours et les circonstances qui l'ont mené là, il les a consignés dès son retour en France en 1945, dans des cahiers d'écolier, pour mettre son témoignage par écrit. Son fils avait connaissance de ces cahiers mais n'a trouvé le courage de les ouvrir que bien des décennies plus tard, livrant alors le témoignage de son père aux historiens du monde entier. Alter a eu une vie dense et complexe, marquée très tôt par l'engagement politique, puis par une succession d'exils et d'internements, de la Pologne à l'Espagne, puis en France dans les camps de réfugiés de la guerre d'Espagne, avant d'être transféré à Drancy puis à Auschwitz. Une fois arrivé là, le récit restitue avec une grande sobriété l'absurdité et la violence extrême du système concentrationnaire nazi, où la mort pouvait frapper sans raison et où la cruauté semblait n'obéir à aucune logique autre que la haine. La bande dessinée adopte un style très sobre, presque académique, dans la lignée des ouvrages historiques qui cherchent avant tout à transmettre des faits. Le dessin est maîtrisé mais peu avenant car ce n'est pas son but : il ne cherche pas à séduire, seulement à montrer. La mise en scène s'attarde longuement sur les années qui ont précédé l'envoi du personnage dans les camps nazis. Cette période est instructive, avec un rythme suffisamment soutenu pour ne pas trop s'attarder sur une phase en particulier. Elle est cependant racontée avec une clarté parfois relative, certaines digressions chronologiques m'ayant amené, à une ou deux reprises, à me demander en quelle année et dans quel contexte on se trouvait, par exemple lors des travaux forcés d'Alter à Lorient. Paradoxalement, le témoignage le plus important, celui de l'enfer des camps, est traité plus brièvement, avec davantage de texte que d'images. En particulier, ce fameux et terrible travail imposé par les nazis n'est jamais montré : il est seulement évoqué en quelques mots, tandis que l'image se limite globalement aux ruines du crématorium. C'est surprenant pour un récit théoriquement centré sur le fonctionnement des Sonderkommandos et toute son horreur. S'agit-il de pudeur, de retenue, ou d'une difficulté à représenter l'insoutenable ? Toujours est-il que, hormis l'absurdité des meurtres arbitraires et des violences physiques et morales infligées aux déportés, la BD montre finalement assez peu ce qui faisait la singularité du témoignage d'Alter Fajnzylberg. Elle se concentre davantage sur son engagement militant avant les camps, puis sur sa volonté de transmettre ce qu'il y a vu (une partie du récit faisant d'ailleurs écho à une autre BD Le Photographe de Mauthausen) et d'aider à l'évasion de certains prisonniers. La fin du camp, les marches de la mort dans la neige, et sa survie jusqu'à la libération ne sont, là encore, qu'évoquées sans être véritablement mises en images. L'adaptation fait ainsi des choix qui donnent le sentiment d'un récit retenu, presque à distance, comme s'il cherchait à éviter de montrer frontalement l'horreur tout en restant strictement factuel. Cette approche, très académique, privilégie la biographie et la transmission au détriment de l'émotion, qui peine à émerger malgré la force du sujet. Elle interroge davantage qu'elle ne bouleverse, laissant le lecteur face à l'incompréhension persistante de ce que l'homme a été capable de produire. Un travail de mémoire incontestablement précieux et nécessaire, mais dont la retenue et la distance atténuent l'impact émotionnel qu'un tel témoignage aurait pu porter.
Des lendemains sans nuage
Des lendemains sans nuage est une œuvre qui se lit facilement, rapidement et très agréablement. Mais j'avoue qu'il m'a manqué un petit quelque chose pour aller plus loin. L'esprit revendiqué de La Quatrième Dimension est plutôt bien maîtrisé, et les différentes histoires mises en scène ici sont presque toujours satisfaisantes, même si, comme dans la série pastichée, il arrive que la chute soit légèrement frustrante. J'aurais souvent aimé que les histoires courtes bénéficient de 2 ou 3 pages de plus, afin de développer chaque récit et prendre un peu plus le temps de rentrer dans chaque atmosphère. Quant au scénario global, il est plaisant mais sans grande surprise. On voit venir la fin avec beaucoup de facilité, et c'est peut-être ça aussi qui rend la bande dessinée pas tout à fait assez mémorable à mes yeux. Au-delà de ça, le format joue largement en faveur de la BD. Le dessin de Meyer et Gazzotti est très efficace, et crée de belles images. Comme en outre, la dose de textes n'est jamais excessive, la lecture est d'une fluidité exemplaire, et réussit à faire passer des message sans jamais forcer la main du spectateur et sans jamais en faire trop. En cela, Des lendemains sans nuage est vraiment réussie et immersive. Au bilan, c'est donc une lecture plaisante, que je ne regrette pas, mais qui, à mon sens, aurait pu être un peu plus impactante.
Caroline Choléra
C'est la bande qui m'a fait entrer dans l'univers de Pichard, et par conséquence directe, fait découvrir un grand auteur. Le ton général rappelle beaucoup les productions avec Jacques Lob. Pichard était aussi capable d'adapter des classiques de la littérature tout seul. C'est difficile de mesurer sa contribution narrative. On a l'impression d'être dans un récit qui mélange les aventures loufoques du baron de Munchausen avec la perversion du marquis de Sade. C'est une sorte d'odyssée imaginaire qui est proposée au lecteur. Caroline éprouve directement le voyage à bord d'un train, d'un dirigeable dans le ciel, d'un navire anglais sur la mer. Pichard détourne les codes visuels du conte pour mieux nous faire accepter les péripéties invraisemblables que traversent l'héroïne et son drôle de compagnon à poil. Quand une héroïne comme Dracurella prônait à la même époque le matérialisme et le mariage, Caroline Choléra se veut elle résolument anticonformiste, c'est une femme qui peut vivre sans les hommes mais qui ne cesse de subir leurs outrages. Il y aurait encore beaucoup de choses à dire, il y a un sous texte important chez Pichard, plein de références aussi. J'ai malheureusement rarement lu d'études intéressantes à son sujet.
Le Spirit
Le Spirit a été la série qui a rendu Eisner célèbre. Avant les versions en couleur dans le journal Tintin, j'ai découvert les histoires dans des magazines brésiliens des années 40-50. On y remarquait déjà l'énorme créativité des dessins, les compositions originales des pages et la galerie de personnages insolites, des vilains hideux aux femmes fatales. Les intrigues, avec beaucoup d'humour noir, abordent des thèmes qui se distinguent de la plupart des héros et super-héros typiques de la production américaine de l'époque.
Ghost Squadron
Grand amateur d'aéronautique, j'accueille toujours avec une certaine joie ce genre de publications qui met les hélices en premier plan. On retrouve donc une espèce d'escadrille de bric et de broc composée de surplus de la seconde guerre et des pilotes/mercenaires qui vont avec. Les personnages un minimum élaborés sont: -Le capitaine Moorhead, qui déclenche tous les évènements en venant chercher notre héros -Héros justement, un pilote déserteur qui se la coulait douce sur une île appelé Fletcher Williams: le nom et tout le reste semblent être une transposition du lieutenant ayant commandé la mutinerie du Bounty -Un as de la Luftwaffe qui vit caché sous un faux nom (ce qui n'a aucune logique, les pilotes était assez peu nazis, et il n'y avait pas vraiment de criminels de guerre parmi eux: même une exception, une saloperie comme Hans Ulrich Rudel, bien que brun de la tête au pieds, n'a jamais commis de crimes de guerre) -Un pilote japonais qui avait déserté et qui semble être très heureux d'aider ses anciens ennemis (pareil ni crédible ni logique) Et c'est tout. Il faut dire que c'est le gros défaut de cette série: des persos à peine creusés, pas intéressants, ce qui est normal car il y en a beaucoup trop!!! On s'y perd un peu. Le but est de retrouver un Milliardaire calqué sur Howard Hughes. Le clone de Hughes est appelé Fogg, comme le personnage du tour du monde en 80 jours. Cela fait un peu comme une histoire pulp sans les filles: belles machines, beaux dessins, mais tout le reste est sans grand intérêt. Malgré tout, c'est distrayant et suffisamment intriguant pour vouloir lire la suite.
L'Attaque des Titans
Le dessin pose un problème mais il s'améliore sans cesse. Tout de même ! A l'origine, s'imposent la maladresse et la grisaille du manga, on se croirait dans un brouillon qu'on aurait tenté de recouvrir d'une couche de crayon noir. Ceci dit, on reconnait les héros ! Et c'est plus qu'expressif… Je pense qu'on a plus de motivation à suivre le manga quand on a visionné la série qui reprend les bons côtés, histoire, dynamisme de la lutte contre les titans et horreur de ces derniers, à preuve j'en ai lu quelques uns après le covid où les DVD de l'attaque des des titans empruntés à la Bibliothèque m'ont aidé à tenir. J'ai lu quelque part que le créateur voulait que quelqu'un dessine, mais que n'ayant trouvé personne, il s'y est astreint lui-même. Quel héros ! Ses imperfections, d'ailleurs paraît-il en voie de résolution et parfois aussi graves chez d'autres ? Je les trouve donc touchantes. Mais pour comparer, on n'est pas dans Golden Kamui ou dans Parasite dont j'ignore en passant quelle est le meilleure version. Par contre, je trouve la version DVD que j'ai acheté et que je ne cessais de repasser à une époque, bien plus, prenante… comme un main se saisissant d'une main !
À ceux qui viennent
Un be qui démarre un peu mal avec un personnage d'écrivain misanthrope et urbai qui se retrouve dans la vallée des merveilles. Je vous passe le prétexte de ce personnage et son objectif, car cette bd parle de la Vallée des Merveilles dans le massif du Mercantour. Quelques planches sont très belles et très réussis. Après côté mise en page, personnages, et scénarios ça peche. Cependant le coeur n'est pas là. Avec pas mal de subtilité, les autrices décrivent les enjeux de biodviserité, d'usages, d'humains, de fantasmes, d'archéologie, enjeux qui se retrouvent souvent en contradiction, opposition. On sent que les autrices connaissent bien leur sujet et les personnages qui incarnent les visions ou les usages et besoins différents de la montagnes sont bien campés. Ca sent le vécu même je dirais ! Et c'est là tout l'intérêt de cette bd.
Tarzan (Bec)
Je crois que Tarzan, le personnage et son univers, ne sont pas ma tasse de thé. J’ai des souvenirs de gamin des films avec Weissmuller (films irregardables aujourd’hui !), j’avais plutôt bien aimé le film « Greystoke, la légende de Tarzan », mais sinon, j’ai vraiment du mal à accrocher. La version de Corbeyran m’avait déçu, et celle de Bec ne m’a pas davantage convaincu. Affaire de goûts sans doute, mais pas seulement. Il y a trop de facilité, de grande naïveté dans cette intrigue. L’apprentissage et la maîtrise du langage (et carrément en plusieurs langues ?), voire de l’écriture en pleine autonomie, par le jeune gamin adopté par des singes parait peu crédible, comme son adaptation express au monde animal, puis au monde « civilisé ». Un Tarzan qui, en quelques minutes, est capable de dépecer une bête, de lui enlever sa peau, et d’en faire un vêtement (pour lui, puis plus tard dans le premier tome pour un homme qu’il a secouru – après avoir massacré tout un village), c’est franchement trop ! De la même manière, vouloir absolument donner à Tarzan une carrure à la Conan le Barbare (alors que ses parents anglais ne semblaient pas particulièrement baraqués) nous fait tomber dans la caricature. Les raccourcis inévitables de l'adaptation accentuent le ressenti de facilité de l'intrigue. Bon, le premier tome reprend l’histoire classique des débuts, la rencontre avec « Jane » (qui tombe amoureuse là aussi en deux temps trois mouvements…). Pas de surprise, c’est de l’aventure classique, avec les couleuvres évoquées ci-dessus à avaler. Le deuxième tome n’en est pas la suite, mais c’est un autre roman qui est adapté, autour du personnage de Tarzan – on retourne donc dans la jungle. On y mélange un peu les époques, hommes préhistoriques, animaux préhistoriques de toutes périodes (si possibles gigantesques et menaçants), etc. Quelque chose qui emprunte à Wells, Verne, ou se rapproche du film King Kong de Jackson. Avec toujours un Tarzan géant et bodybuildé, affrontant les dangers de plus en plus improbables. C’est sans doute divertissant, mais ça n’est clairement pas mon truc. Bec a sans doute ajouté sa touche fantastique à un récit qui l’y invitait. Le résultat ne m’a pas convaincu. Si d’autres albums sortent par la suite, je ne me jetterai pas déçu, c’est clair.
Smoking behind the supermarket with you
Un manga très doux. L'extrême naïveté de Sasaki, personnage principal, et son côté empoté le rende attachant. Les discussions, par petits bouts, chaque soir entre Sasaki et Tayama l'employé rock n'roll et complice. Une petite romance, avec un 1er tome parfois un peu longuet. Une licence poétique un peu étonnante est utilisée sur les personnages de Yamada/Tayama, cependant ça reste très mignon. J'ai beaucoup apprécié les dessins, et une certaine sensualité qui se dégage régulièrement. Pour les amatrices et amateurs de romances doucerettes.
Nevada (Delcourt)
Dès les premières planches, on installe une ambiance furieusement western, seule la moto du héros – Nevada – dénotant dans des décors qu’on croirait sortis de Blueberry : décors naturels, ou reconstitués à Hollywood. Mais c’est en fait à la fin des années 1920 que nous sommes, ce mélange, cette ambivalence, volontairement entretenus, m’ont fait penser à la série Les Gringos. Si les albums ultérieurs s’éloignent parfois de l’esthétique western, l’intrigue y revient régulièrement (on a même droit à un duel au soleil en fin de troisième tome !), c’est la marque de fabrique de cette série – et c’est plutôt bien fait. Le personnage de Nevada, ses rapports avec sa « donneuse d’ordre », la productrice Louise Hathaway m’ont fait penser à la série américaine des années 1980 « L’homme qui tombe à pic », dans laquelle un cascadeur jouait les chasseurs de prime pour une femme ayant avancé des cautions. Si chaque album peut se lire comme un one-shot, il y a quand même un fil rouge qui, outre l’approfondissement des personnalités (entre Nevada et Louise, aussi avec la jeune journaliste rencontrée dans le tome 2), concerne la traque d’un « méchant », ayant joué un rôle dans le passé des deux principaux protagonistes, Carlsen. Série et personnages gagnent en consistance, les parties consolidant le tout. Reste que le diptyque des deux derniers albums m'a paru moins dynamique, plus dilué. Un peu l'impression que les auteurs ont tenté de caser trop de choses: la personnalité et l'amitié de Jack London; de longs flash-back expliquant la genèse des relations entre Louise et Nevada; les hobos; les luttes syndicales, en plus de l'origine du conflit avec Carlsen. Pas mal de clins d'oeil aussi à des films célèbres (Psychose; 3h10 pour Yuma, etc.). Je suis par ailleurs grandement surpris qu'un film comme Le chien andalou ait pu être vu et connu aux États-Unis l'année de sa "sortie (qui plus est rapidement censurée) en France ! Au final, c'est une série intéressante, divertissante. C'est déjà pas mal.