Les derniers avis (279 avis)

Couverture de la série Comment réussir sa vie d'artiste
Comment réussir sa vie d'artiste

C'est rigolo, je suppose. En tout cas je n'ai pas ri, ni souris d'ailleurs. L'album se veut être une courte présentation du métier de créateur de bande-dessinées, pleine d'humour et de piques bien trouvées, mais tout est plat. Pas nécessairement mauvais, juste plat. C'est du vu, du revu, l'album ne surprend pas, ne propose finalement rien d'autre qu'une série d'anecdote pas forcément très drôle, pas forcément portant à la réflexion non plus. C'est pas mauvais, juste oubliable. (La dernière case/page aura au moins eu le mérite d'être bien trouvée, elle).

20/08/2025 (modifier)
Couverture de la série La Grande Piraterie
La Grande Piraterie

Dans la lignée du reste de la collection, c'est court. C'est court, c'est simple, mais ça marche, alors tout va bien ! C'est une histoire muette à chute, mêlant piraterie et haute couture, pillage et coquetterie. C'est mignon, rigolo, ça divertit, en sommes cela remplit son office de lecture rapide sans être creux, que demandez de plus ?

20/08/2025 (modifier)
Par Cacal69
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série La Machine à détruire - Pourquoi il faut en finir avec la finance
La Machine à détruire - Pourquoi il faut en finir avec la finance

Une lecture salutaire. Un album indispensable dans toutes les bibliothèques. Un album dont on ne peut ressortir que révolté, et le mot est faible. Je n'ai pas bien sûr attendu cette lecture pour savoir que notre société est gangrenée par le système capitaliste, mais elle m'a ouvert les yeux sur le monde de la finance. Un monde qui m'était obscure et un système qui détruit des vies mais aussi la planète. Aline Fares a travaillé de nombreuses années pour la banque Dexia, elle nous fait un constat sur la finance qui donne la gerbe. Elle se met en scène tout le long de l'album pour nous expliquer tous les rouages de la finance et des conséquences bien réelles dans notre quotidien. Alors oui la lecture est dense (avec une petite dose d'humour) et demande de la concentration (tout en restant accessible), elle permet de comprendre comment et pourquoi on en est arrivé là, mais surtout de désigner les responsables de notre société pourrie : les banques et les politiques (de tous pays). Et c'est toujours les mêmes qui payent l'addition quand ça dérape (crises financières) : les travailleurs qui doivent supporter l'austérité (ben voyons, il est question de nous retirer 2 jours fériés pour résorber la dette) comme remède miracle. Les seuls gagnants sont les gros actionnaires avec leurs dividendes. L'argent appelle l'argent, les riches sont de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres... Heureusement la lecture se termine avec une dose d'espoir, puisqu'Aline Fares propose des solutions pour casser le système, des propositions auxquelles nous tous pouvons apporter notre pierre à l'édifice. Il faut juste un peu de courage, se préparer à des moments difficiles et arrêter d'être spectateurs. Pas impossible ! Je tiens à souligner le très beau travail de Jérémy Van Houtte qui met son dessin simple et expressif au service des arguments d'Aline Fares avec une mise en page efficace et démonstrative. Un album à lire, indiscutablement. Coup de cœur.

20/08/2025 (modifier)
Couverture de la série Zaï Zaï Zaï Zaï
Zaï Zaï Zaï Zaï

Je suis un grand amateur des productions de Fabcaro – je crois bien que je possède tous ses albums, et j’ai très rarement été déçu. Et là, je dois dire que c’est clairement l’une de ses meilleures réussites. Je ne m’étonne pas que cet album ait reçu plusieurs prix, car il est vraiment bon, tout en restant relativement atypique. C’est clairement un florilège d’humour totalement absurde, parfois nonsensique, toujours très con, et parfois noir. Un excellent cocktail dont je suis très friand. Du sourire au rire franc, quasiment tous les gags (s’il y a une histoire « linéaire », toutes les pages ou les deux pages un gag ponctue ce « road movie » absurde) sont réussis. Si vous êtes adeptes de ce genre d’humour, n’hésitez pas, c’est franchement bien fichu ! Et le ton est donné dès le départ, puisque le déclenchement de cette traque est dû à l’oubli d’une carte de fidélité d’un grand magasin au moment de payer. On devine peu à peu que Fabcaro se met en scène lui-même comme victime de cette course poursuite surmédiatisée. Autodérision, travail autobiographique, réflexion ironique sur le métier de bédéiste : on retrouve là quelques sujets récurrents chez Fabcaro (en particulier dans ses albums publiés chez La Cafetière). Bref, d’une anecdote insignifiante, Fabcaro va pousser jusqu’au bout du bout l’emballement médiatique (on retrouve là quelques travers déjà moqués dans le second tome de Nic Oumouk de Larcenet). Les petites lâchetés du quotidien, les petits ou les grands cons de notre entourage ou des médias, la société de consommation, la dictature de la routine, les grands élans de générosité creuse (excellente parodie des « tubes humanitaires » !), tout est passé à la moulinette, dans une histoire dont on peut supposer que Fabcaro l’a menée en légère improvisation, emporté par son élan : j’étais prêt à le suivre encore plus loin et longtemps. C’est d’ailleurs mon seul regret après ma lecture, c’est que cette « connerie » s’arrête. Du coup, je l’ai déjà relue trois fois ! Et vous encourage à en faire autant. ******************************** 10 ans jour pour jour après la parution de ce joyau d'humour - et de leur plus gros succès (plus de 400 000 albums vendus à ce jour !), les éditions 6 pieds sous terre ont publié une édition anniversaire, avec une couverture rigide classieuse. Ça a été pour moi l'occasion de rererelire cette histoire (et donc de me marrer encore, même si la surprise ne joue plus). Je n'ai pas été convaincu par certaines "modifications" apportées par une dizaine d'auteurs (voir détails sur la fiche), intervention insérées au coeur du récit d'origine. Parmi les bonus et entretiens inclus en fin d'album (d'intérêt inégal), j'ai par contre été intéressé par la correspondance entre Fabcaro et son éditeur au moment de la genèse de l'ouvrage. Les amateurs de Fabcaro et de cet album apprécieront sans doute cet ajout. ZZZZ reste de toute façon un chef d'oeuvre d'humour absurde et intelligent qu'on ne peut laisser de côté !

10/11/2016 (MAJ le 20/08/2025) (modifier)
Couverture de la série Orbital
Orbital

Dernièrement Runberg m’a plutôt déçu avec ses séries SF, mais je dois dire que cette série me réconcilie avec lui. En effet, malgré une certaine inégalité, c’est globalement réussi et intéressant, la lecture est plaisante. D’abord grâce au travail graphique de Pellé. Son dessin est finalement simple, mais agréable et fluide, et j’ai aussi aimé sa colorisation. Il développe un univers dynamique et assez original, avec tous ces peuples extra-terrestres. Les décors ne sont pas trop développés, les races extra-terrestres ne sont pas forcément hyper originales, mais l’ambiance générale est vraiment plaisante. L’intrigue de Runberg est centrée sur deux personnages, qui travaillent pour une organisation tentant de régler les conflits entre « peuples » (l’ODI, sorte de transposition de l’ONU), un Humain, Caleb, et un/une Sandjarr, Mézoké. Caleb ressemble à Cosmik Roger (à tel point que j’ai un temps cru que Solé s’en était inspiré pour le parodier, mais en fait « Orbital » est postérieure). Si les luttes entre peuples, les complots, sur une planète ou dans l’espace sont pas mal vu ailleurs, Runberg a fait preuve d’une certaine originalité avec ces deux personnages plus diplomates que justiciers. Même si forcément on pense au duo de Valérian et Laureline ! Il n’y a pas non plus de bombasse – et d’ailleurs quasiment aucune femme – et la love story que je voyais poindre entre Caleb et Mézoké dès le premier tome n’existe pas. Les récits sont dynamiques, on ne s’ennuie pas. Runberg use de flash-backs, distillés tout au long des tomes, pour mieux nous faire connaître les deux héros, leur donnant une belle profondeur psychologique. Si les deux premiers albums posent bien décors et personnages, et forment un diptyque, il faut vraiment lire les albums dans l’ordre. Car de nombreux retours sur ce diptyque sont faits par la suite, et surtout le découpage en diptyque annoncé en quatrième de couverture ne correspond pas vraiment à ce que j’ai lu. En effet, les tomes 3 à 6 forment une histoire, un nouveau cycle commençant avec les tomes 7 et 8 (la frangine de Caleb revenant dans le jeu), même si, comme je l’ai dit, c’est davantage une histoire complète que des cycles hermétiquement découpés. D’ailleurs ce tome 8 se conclut avec le même type de cliffhanger qu’à la fin du tome 4 ! En tout cas, voilà une série que j’ai découverte tardivement, mais qui se révèle largement dans la bonne moyenne du genre SF, et qui devrait plaire aux amateurs. Note réelle 3,5/5.

20/08/2025 (modifier)
Par grogro
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Underground
Underground

Déjà le sous-titre (Rockers maudits et grandes prêtresses du son) résonne : tout un programme !!!! Il n'en fallait pas plus pour attirer un chaland tel que moi vers cette énÔrme BD rouge et noire dont la couverture magnifique évoque furieusement celle de l'indépassable Sgt Pepper's Lonely Hearts Club Band. Et bien m'en a pris car hormis quelques marronniers dont la présence dans ce copieux menu peut raisonnablement surprendre a priori (je pense en particulier à Patti Smith, mondialement connue), les autres artistes cités sont incontestablement des icones de l'underground. Au sommaire, parmi tous les noms énoncés, une dizaine ne m'évoque absolument rien. "C'est beaucoup" m'étonnais-je moi-même ! Je ne dis pas ça pour me vanter, mais en règle général, on s'étonne souvent de l'étendue de ma culture musicale. C'est comme ça, depuis que je suis tout minot, même pas encore en âge de parler, la musique est mon truc, la faute à mon grand refré qui m'a donné le virus (il est tout excusé). J'en écoute énormément, tous les jours. Ca rythme ma vie au quotidien. Comme si cela ne suffisait pas, il se trouve que je suis responsable du fonds rock (et BD accessoirement) d'une médiathèque. Le gars qui en veut quoi ! Pour dire : mon premier disque, qui était alors une K7, acheté avec mes propres deniers, c'était Thriller de Michael Jackson. On était en 1982, j'avais 8 ans... Mais ceci n'étant pas une chronique sur ma vie affligeante, je reprends le fil de mon propos. Donc oui ! Beaucoup de vrai(e)s inconnu(e)s au programme, et ça fait plaisir. Cette lecture est l'occasion d'approfondir, voire de découvrir des tonnes de trucs. Personnellement, j'ai (re)écouté tout Alex Chilton dont je connaissais déjà l'implication au sein de The Box Tops puis de Big Star. Et bien, ce n'est pas une surprise mais ce type est un génie. Dans l'album Bach's Bottom par exemple, enregistré principalement live en 1975 mais sorti en 1982 seulement, il a su capter l'énergie du punk naissant qu'il a abondement arrosé de soul, de rock'n'roll, de glam... J'ai aussi exploré l'œuvre de Moondog dont je ne connaissais que deux ou trois morceaux (que tout le monde connait par ailleurs sans le savoir, si si). J'ai tenté de dégoter des morceaux des Légions Noires, sans grand succès. J'ai découvert Eugene Chadbourne, John Fahey, Merrell Fankhauser... Enfin bref ! Arnaud Le Gouëfflec et Nicolas Moog signent avec Underground une petite Bible des artistes les plus emblématiques, si je puis dire, de la scène underground, tous genres confondus, dont les puristes ne pourront finalement que regretter la trop courte Guest List. Sortie en même temps que l'excellentissime Les Amants d'Hérouville dont le personnage principal, Michel Magne en l'occurrence, aurait tout à fait pu faire l'objet d'une insertion dans ce catalogue, Underground entretient la flamme d'un rock dont l'Histoire rhizomique se forge souvent dans les marges. Cet ouvrage n'a finalement qu'un inconvénient : il n'est que la base d'un travail d'exploration sonore que tout lecteur consciencieux accomplira avec délice en se lançant toutes oreilles cessantes dans l'écoute des tonnes de musique promises par nos deux complices... Oh yeah ! Et rebelotte pour le tome 2 ! Sauf qu'il figure encore plus d'inconnu-e-s au programme, que les deux compères Moog et Le Gouefflec donnent furieusement envie de découvrir ! Top ! Allez, je mets un cœur...

04/09/2021 (MAJ le 20/08/2025) (modifier)
Par PAco
Note: 3/5
Couverture de la série Les Maîtres de guerre - Attila
Les Maîtres de guerre - Attila

C'est avec ce titre que je découvre cette collection de chez Delcourt sur les Maitres de Guerre. Nous retrouvons Jean-Pierre Pécau au scénario, un vétéran de la BD historique, et Dragan Paunovic au dessin, que j'avais découvert et beaucoup apprécié dans la série La Kahina - La Reine berbère. Cette fois, pas de reine, mais une légende vivante qui sema l'effroi de l’Asie à la pointe de l'Europe : Attila. Si nous avons tous en tête le déferlement des Huns à travers l'Europe, le détail des batailles et le talent stratégique d'Attila m'étaient inconnus. Tout comme l'existence de son frère avec qui il a partagé le trône... Et c'est face à la Rome divisée qu'il va tracer son sillon sanglant, s'attaquant à des citées pourtant réputées inexpugnables. La violence des batailles et leur sauvagerie sont vraiment bien rendues ; j'ai par contre trouvé étrange la façon de représenter les Huns. En effet, ils sont tous grands, baraques et limite "beaux gosses", ce qui me parait assez étrange. L'autre bémol tient aussi au fait que cette épopée soit condensée en un seul tome, ce qui implique de nombreux raccourcis. Mais dans l'ensemble, c'est un album plaisant et instructif malgré ses petits défauts inhérents à ce genre de collection.

20/08/2025 (modifier)
Par grogro
Note: 2/5
Couverture de la série La Vie pleine de joie du triste chien Cornelius
La Vie pleine de joie du triste chien Cornelius

Merci à Cac pour son avis sur ce gros pavé que j'avais lu un peu avant Angoulême, voyant qu'il figurait dans la sélection, histoire de ! Cependant, je n'avais pu me résoudre à poster un avis, d'abord parce que je n'ai pas achevé ma lecture (une bonne grosse moitié tout de même), et ensuite parce que cette lecture m'a laissé complètement dubitatif. L'avis de Cac résume très bien la chose : c'est long, on met un moment à rentrer dedans, à se mettre au diapason car le ton est assez particulier, froid, tour à tour absurde, ironique, cruel... Et puis on finit par se mettre dedans. Après quelques dizaine de pages, j'ai fini par trouver l'exercice intéressant. En effet, l'auteur créé un mythe, faisant de son personnage Cornélius le chien une figure d'histoires populaire se diffusant à travers les âges, un peu l'équivalent du personnage de Nasreddine pour le monde arabe. Pour cela, il juxtapose des scènes plus ou moins longues, et utilise différentes techniques graphiques avec à chaque fois un effet adapté à l'époque dont la séquence narrative est censée être issue. C'est assez chouette. Pourtant, je ne me suis jamais vraiment départi d'un ennui lancinant. Je ne voyais pas bien où tout cela allait mener le lecteur. C'est long, il y a beaucoup de redites, si bien qu'après plus de 250 pages, j'ai plié les gaules. Oui, bel effort, chouette exercice de style, mais finalement assez vain et éreintant.

20/08/2025 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Ogoniok
Ogoniok

Obéissez à la loi, mais attention à vos âmes, elles sont en danger… - Ce tome est une anthologie regroupant trois récits indépendants autour du thème des légendes et des contes. Son édition originale française date de 2013, et une réédition en 2025 avec une nouvelle couverture. Il a été réalisé par Sergio Toppi (1932-2012) pour le scénario et les dessins. Ce tome comprend cinquante-trois pages de bande dessinée. Ogoniok, publié pour la première fois en 1992, quatorze pages. Semion Gennadovich Polumin marchait depuis de longues heures dans la taïga sur les traces d’un renard. Il avait perdu le contact avec son expédition de chasse, mais il ne s’inquiète pas. N’est-il pas directeur de deuxième classe au ministère des finances ? Fidèle serviteur du tsar, un homme de poids… Il est sûr de lui. Il arrive devant une grande tente où il est accueilli par trois indigènes, à qui il demande du thé. Ceux-ci lui en offrent un de bon cœur, sans contrepartie. Il fait observer qu’il a vu beaucoup de traces de gibier : c’est une bonne zone de chasse par ici. Il continue : le coin paraît bon, en attendant qu’on vienne le chercher, il va faire quelques cartons. La quatrième de couverture annonce : Trois histoires russes avec des chamans qu’il aurait mieux valu ne pas provoquer… Dans cette première histoire, le lecteur relève le nom du protagoniste qui sonne indubitablement russe. Le commentaire du narrateur omniscient indique qu’il marche depuis de longues heures dans la taïga, c’est-à-dire une forêt de conifères de climat boréal. Il est accueilli dans une tente par trois autochtones certainement nomades. L’un d’eux raconte l’histoire de la belle Koticq et de son union avec un esprit dont naquit Ogoniok, qui dispose de pouvoirs surnaturels, ce qui fait de lui un chaman. La promesse est bien tenue. Le scénariste se montre facétieux : le chasseur venu de la ville n’a aucune chance, c’est une évidence dès la première page. Il se retrouve dans une situation de décalage culturel dont il s’avère incapable de mesurer la portée et les conséquences. Les trois nomades se montrent accueillants, honnêtes et soucieux de la sécurité de leur hôte. Ce dernier se montre incapable de les écouter et d’entendre ce qu’ils disent, d’accepter leur sagesse, de prendre en compte leur avertissement, pourtant explicite. D’un autre côté, il est vraisemblable que le lecteur, amateur de ce créateur ou novice, ait été attiré par la saisissante illustration de couverture, ou après avoir feuilleté l’ouvrage et être tombé sous le charme unique des dessins finement ouvragés, avec une saveur à nulle autre pareille. Dès la première planche, il retrouve cette forme de composition très personnelle : des illustrations comme mises côte à côte, avec un texte dans un cartouche, ou une tirade copieuse d’un personnage. C’est particulier. Pour la première planche : quatre cases. Une de la hauteur de la page pour mettre en valeur un long tronc dénudé, avec un oiseau perché sur une fine branche fragile en hauteur. Puis à gauche, la case comprenant le titre, ainsi que la moitié supérieure du crâne d’un renne avec ses bois. En dessous deux cases, une case également tout en finesse pour mettre en valeur une loutre dont le museau dépasse sur la case adjacente, et enfin une vue en plan éloigné avec les arbres au premier plan, et la petite silhouette du chasseur en arrière-plan marchant sur la neige immaculée. Le texte lie ces différentes vues, expliquant qui est le chasseur et ce qu’il fait là. Ainsi cette première histoire fait la part belle aux cases illustratives, qui trouvent cependant leur place naturelle dans la narration séquentielle. Le lecteur se délecte des différents animaux : des chiens attachés à la tente, la tête d’un mammouth aux longues défenses recourbées, un magnifique oiseau aux ailes complexes ornées de motifs intriqués (un exemple remarquable du travail de texture à l’encre), un extraordinaire élan d’Europe avec des bois exceptionnels et un pelage remarquable, et enfin un lapin très commun. Le lecteur se trouve subjugué par cette chasse enchantée, devenant soupçonneux comme Semion Gennadovich Polumin quant à ce que pouvait contenir le thé qu’on lui a offert. Le récit se termine dans une forme de justice immanente venant châtier l’hubris de ce chasseur. Kas-Cej, publié pour la première fois en 1994, vingt-cinq pages. Dans son riche appartement, Viktor Tikonovitch Barushkin reçoit son ami le Conseiller. Ce dernier est ravi de son retour et le félicite pour la qualité de son champagne en lui demandant l’autorisation de féliciter sa cuisinière. L’hôte demande à Eudoxie Arkadovia si elle a entendu monsieur le Conseiller, il leur rend hommage à tous les deux, elle pour son art culinaire, lui pour son amitié. C’est un honneur exceptionnel pour un modeste universitaire comme lui. Puis à la demande de son invité, il commence à raconter la dernière mission que lui a confiée l’institution : Il s’agissait d’aller exhumer de vieux ossements d’une tribu sibérienne insignifiante, qui fut décimée par la variole, il y a fort longtemps. Un travail ingrat et inutile, une preuve tangible de sa disgrâce… Un véritable exil… Cette deuxième histoire présente une plus grande consistance du fait sa pagination. Un autre conte, à la morale bien différente. Un autre homme de la ville qui se trouve à se rendre dans un petit village perdu dans la taïga. Il s’agit cette fois d’un universitaire, venant faire des recherches sur un peuple autochtone samoyède de Russie, ayant vécu à proximité du cercle polaire : les Nénètses, une des vingt-six ethnies de la Sibérie. L’auteur met à nouveau en scène un individu venant d’un environnement socioculturel plus sophistiqué, et qui est accueilli avec les honneurs, protégé par le gendarme Ghennadj Efimovitc, qui fait travailler la population pour les fouilles, le maintien de l’ordre étant assuré par le fait qu’il possède un fusil. Le récit se développe alors suivant deux thématiques : celle de l’individu ayant fait des études et intervenant dans un monde paysan, et celle de la manière dont s’exerce le pouvoir du tsar dans un village si reculé. En fonction des séquences, le bédéaste réalise des planches à la composition plus classique, avec des cases disposées en bande. Pour autant, le lecteur voit bien que sa personnalité déborde de partout : que ce soient les copieux phylactères qui dépassent sur la case adjacente, ou les illustrations très composées. L’artiste est au summum de son art : fins traits venant donner de la texture et du volume dans des entrelacs sophistiqués, aplats de noir aux contours irréguliers venant donner du poids à un ou plusieurs éléments de la composition, zones de blanc immaculé offrant une respiration dans la page. Chaque protagoniste dégage une personnalité intense : le très chic Barushkin avec ses incroyables moustaches, le plus solennel conseiller et ses petites moustaches, le vieux sage du village et sa barbe blanche, le gendarme, sa coupe improbable et sa bouille ronde, le pope avec sa toque et son regard intense et habité, les paysans méfiants. Cette histoire donne lieu à de magnifiques paysages, et la découverte du cadavre de Kas-Cej dans un état de conservation exceptionnel. Une narration visuelle somptueuse et minutieuse, une intrigue consistante, donnant pour une fois le beau rôle à l’étranger cultivé, même si le flambeau de la science contraint de battre en retraite devant les forces de l’obscurantisme qui écrase les âmes des gens simples… Transibérien, publié pour la première fois en 2011, quatorze pages. C’est ici que le fleuve impétueux traversait la taïga, s’élargissait et que ses eaux s’apaisaient. C’est là que Gennady Efremovic attendait, et c’est à cet endroit qu’il travaillait comme son père avant lui et sans doute son grand-père. Pour quelques kopecks, il transbordait sur l’autre rive tous ceux qui le lui demandaient. Gennady Efremovic se moquait bien de savoir à qui il rendait ce service pourvu qu’on le payât. Venus des sentiers cachés de la taïga, des chasseurs arrivaient des fugitifs, des marchands, des saints hommes, des gens qui ne desserraient pas les dents et ne posaient aucune question. Une seule chose causait souci à Gennady Efremovic… C’était le petit sac en peau dans lequel s’accumulaient, bien cachés, les kopecks durement gagnés. Le lecteur ressent tout de suite que deux décennies ont passé : les traits encrés sont plus secs, un peu plus lâches, plus bruts. La narration visuelle prend ainsi un ton plus âpre, plus direct, plus à l’essentiel. L’artiste se focalise plus sur les personnages et sur les visages, des individus évoluant dans un environnement sans pitié, endurcis jusqu’au mutisme, consacrant toute leur énergie à vivre. Le récit se fait également plus cruel. Le personnage est un passeur qui fait traverser le fleuve pour quelques kopecks dans une région perdue dans la taïga. Il constate progressivement qu’il n’a plus de client. Finalement l’un des derniers lui apprend que le train traverse cette zone depuis peu. Après plusieurs jours sans voir personne, arrive un dernier client, un baladin avec un singe sur son épaule, un conteur qui raconte des histoires niaises de gens qui sont morts, comme cela arrivera à tous, comme lui fait observer le passeur. L’auteur se montre sans illusion sur la nature humaine que ce soient les espoirs sans lendemain, ou que tous les moyens sont bons pour vivre, y compris escroquer plus pauvre ou moins malin que soi. Trois histoires se déroulant dans la taïga, trois personnages principaux différents, trois accueils différents. La narration visuelle enchante à chaque page, un élégant dosage entre des illustrations exceptionnelles, et une narration séquentielle, de copieux phylactères où les personnages exposent le récit ou leurs remarques… Et pourtant la lecture s’avère fluide et facile, agréable et incroyablement dépaysante. Sergio Toppi sait créer comme personne l’enchantement visuel, un délice de roi. Des contes avec une chute, comprenant aussi quelques observations sociales adultes, et des comportements allant de la mise en œuvre de l’intelligence, à la prédation du plus faible. Magnifique et pénétrant.

20/08/2025 (modifier)
Par Canarde
Note: 3/5
Couverture de la série Blankets - Manteau de neige
Blankets - Manteau de neige

Après 56 avis, on se demande si c'est utile de rajouter sa pierre à l'édifice... J'essaye. J'ai longtemps repoussé la lecture de cet album parce que son titre n'évoquait rien pour moi. Quelque chose de blanc ( la chèvre de monsieur Seguin ? ) voire dans les moments de fringale, une blanquette de veau ? A croire que pendant les va-et vient linguistiques France/Angleterre, les couvertures étaient blanches, de la laine bouillie brute peut-être... L'ajout de "manteau de neige" ne m'apparaît qu'en venant sur bdthèque et insiste donc sur la couleur avec son caractère neigeux et froid. On peut aussi y ajouter une nuance d'innocence puisqu'il s'agit d'un premier amour sous la neige et sous une couverture faite à la main pendant des mois par Raina. Ce titre, laissé en anglais, comme pour les films américains à gros budget m'a fait classer l'œuvre dans le même panier. Mais après avoir lu Habibi puis Ginseng roots, du même auteur, j'ai révisé mon jugement, et j'ai cherché comment traduire blankets. Couvertures. En français, cela aurait fait penser à un roman noir, des filatures, de l'espionnage, bref à côté de la plaque. D'ailleurs, est-ce vraiment une couverture ? Plutôt un couvre-lit en patchwork. Mais Patchwork aurait indiqué une multiplicité aléatoire très loin de la composition hyper concentrée sur le sujet qu'est cet album. Couvre-lit a une nuance vieillotte qui aurait été en contre-sens avec l'amour naissant et révolté de Craig et Raina vis-à-vis de leur monde étriqué et religieux. Même chose pour couverture piquée avec un caractère technique inutile. Boutis : encore pire sur le côté précis avec un arrière-goût de catalogue La Redoute. En refaisant un peu le chemin de l'éditeur, j'abandonne le côté couches superposées de neige et de laine, qui reste dans l'indéfini : sans article. J'aurais plutôt proposé "La couverture". Ou "Sa couverture". Comme je l'ai dit c'est une oeuvre très bien composée et concentrée, le dessin au trait appuyé caractéristique de l'auteur est très habile. Il se trouve que je le lis juste après "Une sœur" de Vivès et Cet été-là et que j'ai un peu une over-dose de récits initiatiques d'adolescence ... Par ailleurs cela me paraît moins proche de moi, sans-doute du fait du milieu sectaire familial décrit... J'ai du mal à percevoir la qualité d'observation sociale que j'ai vu dans les deux autres. Comme j'ai vraiment apprécié Ginseng Roots où Craig Johnson arrive à tirer un sens politique de son expérience personnelle, j'ai du mal à accrocher ici où on reste dans une sorte de souffrance qui n'a pas de remède.

20/08/2025 (modifier)