Sous des dehors de conte de fées détourné, cet album inverse les rôles traditionnels : ici, c'est une princesse à l'âme de chevalier qui vient délivrer une autre princesse, avant que toutes deux ne s'opposent à une reine tyrannique.
Reprendre les codes des contes classiques pour les renverser n'a plus grand-chose d'original, mais cela peut donner des récits amusants lorsqu'il y a suffisamment de rythme, d'humour ou de finesse. Malheureusement, j'ai eu du mal à être convaincu. L'histoire est très courte et donne l'impression de cocher des cases plutôt que de laisser les personnages et leurs relations se construire naturellement. Tout s'enchaîne à vive allure, les conflits se résolvent presque aussitôt qu'ils apparaissent et le final paraît expédié.
Ce qui m'a surtout gêné, c'est la manière dont le message prend régulièrement le pas sur le récit. Je n'ai évidemment aucun problème avec le fait de mettre en avant des héroïnes fortes ou de remettre en question les stéréotypes de genre. Au contraire, voir une princesse capable de rivaliser avec les chevaliers et une autre trouver la force d'assumer son rôle de souveraine constitue une évolution intéressante. En revanche, j'ai trouvé que tout cela était présenté avec bien peu de subtilité. Les personnages masculins servent de faire-valoir ridicules, comme s'il fallait forcément rabaisser les uns pour valoriser les autres. Cela donne l'impression d'un univers vu à travers le prisme du jeu de poupées d'une fillette où les héroïnes remportent systématiquement tous les rôles valorisants tandis que le seul garçon est relégué au rôle du benêt.
J'ai ressenti la même impression concernant la romance. Comme il n'y a que deux héroïnes importantes, leur histoire d'amour semble presque inévitable dès leur rencontre, alors même que la personnalité de Sadie est loin d'être attachante au départ. Cette évolution paraît davantage répondre à une volonté démonstrative qu'à une véritable alchimie entre les personnages.
Graphiquement, le dessin reste agréable, avec un style rond et coloré clairement destiné à un jeune public, même si je le trouve encore un peu approximatif et moins séduisant que celui de La Baie de l'aquicorne de la même autrice.
C'est un album porté par de bonnes intentions, mais qui manque de nuance et de naturel. À vouloir illustrer son discours de façon trop appuyée, il finit par sacrifier l'intérêt de son histoire et de ses personnages.
La pagination est relativement conséquente (84 pages plus un cahier graphique), mais ça se lit finalement très rapidement. Et c’est peut-être ce que je regrette le plus.
En effet, malgré les qualités du récit, j’ai trouvé qu’il manquait de coffre, que certaines thématiques évoquées (comme les bouleversements économiques et sociaux en cours, avec la paupérisation des « cow-boys » avec l’arrivée du train, les inégalités économiques) aurait pu être davantage développées, exploitées. Surtout que le discours virulent d’un des accusés au départ (le récit commence par le procès de trois braqueurs, le reste est un flash-back menant à leur attaque d’un train) semblait vouloir orienter le récit sur ces thématiques.
Bon, malgré ces frustrations, ça reste quand même une lecture agréable.
En particulier j’ai bien aimé dessin et colorisation. Un trait moderne, nerveux, charbonneux plaisant.
Quant au récit lui-même, il est un peu crépusculaire. Une ambiance de fin d’un monde. D’abord pour les trois protagonistes, qui cherchent à s’en tirer avec le braquage des passagers d’un train, braquage qui dérape complètement et tourne au carnage – et à la catastrophe, car ils sont rapidement arrêtés : ces pieds-nickelés ont des airs de branquignoles désespérés. Et les rêves ou délires de l’un d’entre eux font clairement référence à la fin du monde sauvage et primitif, avec la disparition des bisons, mais aussi des Indiens qu’il a côtoyés (il a participé au massacre des deux !). L’ambiance prend parfois le pas sur l’intrigue elle-même.
Une lecture sympathique, même si je l’aurais imaginé plus prenante.
Étienne Davodeau accompagne sa compagne Françoise, qui intervient auprès de personnes atteintes de maladies neurodégénératives comme Alzheimer, pour raconter leur quotidien, celui de leurs proches et celui de ceux qui tentent de les aider à vivre le plus dignement possible.
Le sujet est évidemment intéressant et profondément humain, et j'ai appris pas mal de choses sur ces pathologies, sur la manière de les accompagner et sur le rôle souvent méconnu de ces intervenants qui soutiennent autant les malades que leurs aidants. On découvre par exemple des approches bien plus respectueuses de l'autonomie des patients que ce que j'imaginais, avec l'idée de s'adapter à leur réalité plutôt que de les ramener sans cesse à la nôtre.
En revanche, la construction du récit m'a laissé une impression plus mitigée. Durant une bonne partie de l'album, j'ai eu le sentiment que Davodeau retranscrivait les informations au fur et à mesure qu'il les découvrait auprès de sa compagne, sans véritable fil conducteur. Cela donne un côté spontané et sincère, mais aussi assez décousu. On passe d'une anecdote à une réflexion, puis à un autre cas, puis à une discussion entre l'auteur et son épouse. C'est instructif, mais je le propos manque parfois de structure, ce qui rend les informations difficiles à assimiler et à retenir.
Les témoignages plus développés, comme le dernier, consacré à cet homme du même âge que Davodeau, fonctionnent mieux. En suivant plus longuement une même personne, le récit gagne en force, en émotion et en profondeur. C'est ce type de narration qui reste en mémoire davantage que la succession des situations plus brèves du début.
Le dessin est fidèle au style documentaire de Davodeau : simple, sobre, efficace, sans chercher à attirer l'attention sur lui-même. Il accompagne bien le propos.
J'en retiens surtout à quel point ces maladies sont terribles. Voir disparaître progressivement les souvenirs et en réalité une grande partie de ce qui constitue l'identité d'un individu est sans doute ce qui m'effraie le plus. Je serais effondré qu'un de mes proches subisse une telle maladie. Malgré une construction qui ne m'a pas totalement convaincu, cet album a au moins le mérite de rappeler avec beaucoup d'humanité qu'au-delà de la maladie, ce sont avant tout des personnes qu'il faut continuer à accompagner et à considérer.
C'est mieux !
Après une première album honorable et un second qui a assez mal vieilli. Christin et Bilal concluent leur trilogie fantastique par un album ambitieux sur le fond.
Exit l'humour à la papa, le ton est plus mélancolique, certaines séquences narratives préparent déja Partie de chasse, sommet de leur collaboration.
Leur vision de l'utopie sociale est cependant très caricaturale et datée.
Au dessin, beaucoup de ton de gris mais c'est l'histoire qui veut ça. La mise en page se veut plus recherchée et révèle les ambitions artistiques ultérieures du duo.
Bof. Beaucoup de bavardages inutiles dans le second tome de cette trilogie.
L'histoire n'est pas franchement passionnante. L'humour est toujours aussi vieillissant.
Par contre Enki Bilal a fait de gros progrès niveau dessin, il a rangé au placard les immondes hachures du premier album et les contours des personnages sont plus nets.
Je n'y connais rien à la danse alors je ne connaissais pas du tout Vaslav Nijinski. Je me disais que sa biographie serait au moins un peu intéressante à lire vu que c'est un polonais qui a traversé une époque turbulente, mais je me suis tellement ennuyé que j'ai arrêté après une centaine de pages.
Je ne suis jamais parvenu à trouver captivant la vie d'un danseur qui souvent semble un peu cliché (le pauvre Nijinski est victime d'intimidation dans sa jeunesse) même si c'est surement basé sur ce qu'il a vécu. Je pense que le problème est que je suis pas fan de danse et donc je ne me suis pas intéressé de voir la vie d'un génie de la danse.
Il faut dire aussi que comme je ne connais rien à la danse, je ne vois pas trop en quoi les mouvements que fait Nijinski sont exceptionnels. Peut-être que je le verrais si je l'avais vu en personne j'aurais vu qu'il fait des trucs que peu de gens peuvent faire, mais la BD est un médium de dessin où les personnages peuvent faire n'importe quoi alors rien est spectaculaire. Et puis aussi le dessin est vraiment moyen, surtout les couleurs. Cela manque l'élégance que j'associe à un art comme la danse.
Je n'ai vu que deux films de Godard dans ma vie, À Bout de souffle et Alphaville et je n'ai même pas fini ce dernier tant je me suis ennuyé. Le premier film aussi m'avait ennuyé et je l'ai regardé jusqu'au bout uniquement parce que c'était court et que j'ai de la sympathie pour Belmondo.
Alors voilà je ne suis pas un fan de Godard et son univers ce qui doit expliquer pourquoi je n'ai pas accroché à cet album qui j'imagine parlera plus au fan du réalisateur. Les passages où Dupuy imagine parler création avec Godard ne m'ont pas du tout intéressé, pour moi c'était juste de la masturbation intellectuelle. Les différents dessins collages que Dupuy montre n'ont pas retenu mon attention non plus parce que je n'ai jamais été grand fan de son dessin et donc je reste indifférent à ce qu'il est capable de faire.
Un album que j'ai lu dans l'indifférence donc.
2.5
Un one-shot qui raconte le voyage du poète Antonin Artaud au Mexique. Désabusé par l'Europe des années 30, Artaud est allé au Mexique pour retrouver le monde spirituel des indiens, un monde que malheureusement il a un peu fantasmé et qui survit difficilement.
J'ai trouvé cet album correct, mais sans plus. Comme beaucoup d'albums de l'éditeur Futuropolis, ça se laisse lire sans problème parce qu'il y a souvent peu de textes et ça se lit vite malgré le nombre de pages, mais je dois dire que le voyage d'Artaud m'a moyennement intéressé et que je n'étais pas été particulièrement touché par la poésie qui se dégage de l'album.
Le dessin est pas trop mal.
Un documentaire sur une ferme qui est la première AMAP en France. Je ne sais pas trop c'est quoi un AMAP, mais ce n'est pas très important parce qu'on va surtout voir l'évolution d'une ferme dans la France moderne.
En effet, j'avais un peu peur de lire un truc très technique du genre comment on produit des fruits et des légumes de nos jours, mais on suit surtout ce qu'à subit un petit producteur agricole depuis l'arrivée des gros supermarchés et des techniques modernes qui ont complétement bouleversé la France. Pas facile d'être un petit agriculteur qui essai malgré tout de survivre en proposant de la qualité dans un monde moderne obsédé surtout par la quantité et le bas prix.
J'ai bien aimé découvrir comment une petite ferme est capable de survivre malgré tout dans un monde hyper capitaliste. Il y a des passages intéressants et l'album se lit bien. Le dessin est correct.
Trahi par ceux qui convoitaient sa fiancée et sa place, un capitaine de vaisseau est envoyé au bagne avant de s'évader pour préparer sa vengeance. Une relecture futuriste du Comte de Monte-Cristo qui transpose le roman de Dumas dans un univers de science-fiction aux accents de space opera.
Sur la majeure partie de l'album, il s'agit clairement d'une adaptation de Monte-Cristo, reprenant parfois de très près les principaux éléments du roman tout en les transposant dans un univers original. L'espace est finalement peu présent malgré les vaisseaux volants, puisque tout semble se dérouler sur une même planète, agrémentée de quelques îles flottantes qui lui donnent une légère touche extraterrestre. La transposition fonctionne bien : Edmond Dantès devient Redxan Samud, le château d'If est remplacé par une prison volante, l'abbé Faria trouve son équivalent, et toute la mécanique de la trahison, de l'évasion, du trésor puis de la vengeance est parfaitement reconnaissable.
L'ensemble tient bien la route. Le dessin manque un peu de personnalité mais il est solide techniquement, avec une narration très lisible, un bon découpage des scènes d'action et un rythme efficace. L'univers est crédible sans chercher à en faire trop, et l'ajout du robot chargé d'escorter puis de protéger le héros est une bonne idée qui apporte un élément inédit à cette adaptation.
En revanche, j'ai été assez surpris par la direction prise après un peu plus de la moitié de l'album. Alors que tout semblait s'orienter vers l'accomplissement méthodique de la vengeance, le récit abandonne assez brutalement la trame de Monte-Cristo pour se transformer en affrontement beaucoup plus classique entre une rébellion et un régime tyrannique. Le dernier quart est occupé par une véritable bataille rangée qui fonctionne correctement, mais qui fait perdre ce qui faisait selon moi tout le sel du récit. Là où Dumas construisait une vengeance patiente, subtile et psychologique, on bascule ici vers un conflit beaucoup plus convenu, avec le héros qui affronte le grand méchant avant de repartir une fois la victoire acquise.
Cela reste une lecture agréable et une adaptation globalement réussie, mais je trouve dommage d'avoir abandonné en cours de route ce qui faisait justement la force et l'élégance du Comte de Monte-Cristo. J'aurais préféré que l'auteur pousse jusqu'au bout cette réinterprétation plutôt que de conclure par une opposition beaucoup plus classique entre gentils et méchants. C'est une bonne BD de science-fiction, mais elle perd un peu de la classe et de l'intelligence du modèle auquel elle rend pourtant un bel hommage pendant une grande partie de son récit.
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Princesse Princesse
Sous des dehors de conte de fées détourné, cet album inverse les rôles traditionnels : ici, c'est une princesse à l'âme de chevalier qui vient délivrer une autre princesse, avant que toutes deux ne s'opposent à une reine tyrannique. Reprendre les codes des contes classiques pour les renverser n'a plus grand-chose d'original, mais cela peut donner des récits amusants lorsqu'il y a suffisamment de rythme, d'humour ou de finesse. Malheureusement, j'ai eu du mal à être convaincu. L'histoire est très courte et donne l'impression de cocher des cases plutôt que de laisser les personnages et leurs relations se construire naturellement. Tout s'enchaîne à vive allure, les conflits se résolvent presque aussitôt qu'ils apparaissent et le final paraît expédié. Ce qui m'a surtout gêné, c'est la manière dont le message prend régulièrement le pas sur le récit. Je n'ai évidemment aucun problème avec le fait de mettre en avant des héroïnes fortes ou de remettre en question les stéréotypes de genre. Au contraire, voir une princesse capable de rivaliser avec les chevaliers et une autre trouver la force d'assumer son rôle de souveraine constitue une évolution intéressante. En revanche, j'ai trouvé que tout cela était présenté avec bien peu de subtilité. Les personnages masculins servent de faire-valoir ridicules, comme s'il fallait forcément rabaisser les uns pour valoriser les autres. Cela donne l'impression d'un univers vu à travers le prisme du jeu de poupées d'une fillette où les héroïnes remportent systématiquement tous les rôles valorisants tandis que le seul garçon est relégué au rôle du benêt. J'ai ressenti la même impression concernant la romance. Comme il n'y a que deux héroïnes importantes, leur histoire d'amour semble presque inévitable dès leur rencontre, alors même que la personnalité de Sadie est loin d'être attachante au départ. Cette évolution paraît davantage répondre à une volonté démonstrative qu'à une véritable alchimie entre les personnages. Graphiquement, le dessin reste agréable, avec un style rond et coloré clairement destiné à un jeune public, même si je le trouve encore un peu approximatif et moins séduisant que celui de La Baie de l'aquicorne de la même autrice. C'est un album porté par de bonnes intentions, mais qui manque de nuance et de naturel. À vouloir illustrer son discours de façon trop appuyée, il finit par sacrifier l'intérêt de son histoire et de ses personnages.
Le Procès des affamés
La pagination est relativement conséquente (84 pages plus un cahier graphique), mais ça se lit finalement très rapidement. Et c’est peut-être ce que je regrette le plus. En effet, malgré les qualités du récit, j’ai trouvé qu’il manquait de coffre, que certaines thématiques évoquées (comme les bouleversements économiques et sociaux en cours, avec la paupérisation des « cow-boys » avec l’arrivée du train, les inégalités économiques) aurait pu être davantage développées, exploitées. Surtout que le discours virulent d’un des accusés au départ (le récit commence par le procès de trois braqueurs, le reste est un flash-back menant à leur attaque d’un train) semblait vouloir orienter le récit sur ces thématiques. Bon, malgré ces frustrations, ça reste quand même une lecture agréable. En particulier j’ai bien aimé dessin et colorisation. Un trait moderne, nerveux, charbonneux plaisant. Quant au récit lui-même, il est un peu crépusculaire. Une ambiance de fin d’un monde. D’abord pour les trois protagonistes, qui cherchent à s’en tirer avec le braquage des passagers d’un train, braquage qui dérape complètement et tourne au carnage – et à la catastrophe, car ils sont rapidement arrêtés : ces pieds-nickelés ont des airs de branquignoles désespérés. Et les rêves ou délires de l’un d’entre eux font clairement référence à la fin du monde sauvage et primitif, avec la disparition des bisons, mais aussi des Indiens qu’il a côtoyés (il a participé au massacre des deux !). L’ambiance prend parfois le pas sur l’intrigue elle-même. Une lecture sympathique, même si je l’aurais imaginé plus prenante.
Là où tu vas - Voyage au pays de la mémoire qui flanche
Étienne Davodeau accompagne sa compagne Françoise, qui intervient auprès de personnes atteintes de maladies neurodégénératives comme Alzheimer, pour raconter leur quotidien, celui de leurs proches et celui de ceux qui tentent de les aider à vivre le plus dignement possible. Le sujet est évidemment intéressant et profondément humain, et j'ai appris pas mal de choses sur ces pathologies, sur la manière de les accompagner et sur le rôle souvent méconnu de ces intervenants qui soutiennent autant les malades que leurs aidants. On découvre par exemple des approches bien plus respectueuses de l'autonomie des patients que ce que j'imaginais, avec l'idée de s'adapter à leur réalité plutôt que de les ramener sans cesse à la nôtre. En revanche, la construction du récit m'a laissé une impression plus mitigée. Durant une bonne partie de l'album, j'ai eu le sentiment que Davodeau retranscrivait les informations au fur et à mesure qu'il les découvrait auprès de sa compagne, sans véritable fil conducteur. Cela donne un côté spontané et sincère, mais aussi assez décousu. On passe d'une anecdote à une réflexion, puis à un autre cas, puis à une discussion entre l'auteur et son épouse. C'est instructif, mais je le propos manque parfois de structure, ce qui rend les informations difficiles à assimiler et à retenir. Les témoignages plus développés, comme le dernier, consacré à cet homme du même âge que Davodeau, fonctionnent mieux. En suivant plus longuement une même personne, le récit gagne en force, en émotion et en profondeur. C'est ce type de narration qui reste en mémoire davantage que la succession des situations plus brèves du début. Le dessin est fidèle au style documentaire de Davodeau : simple, sobre, efficace, sans chercher à attirer l'attention sur lui-même. Il accompagne bien le propos. J'en retiens surtout à quel point ces maladies sont terribles. Voir disparaître progressivement les souvenirs et en réalité une grande partie de ce qui constitue l'identité d'un individu est sans doute ce qui m'effraie le plus. Je serais effondré qu'un de mes proches subisse une telle maladie. Malgré une construction qui ne m'a pas totalement convaincu, cet album a au moins le mérite de rappeler avec beaucoup d'humanité qu'au-delà de la maladie, ce sont avant tout des personnes qu'il faut continuer à accompagner et à considérer.
La Ville qui n'existait pas
C'est mieux ! Après une première album honorable et un second qui a assez mal vieilli. Christin et Bilal concluent leur trilogie fantastique par un album ambitieux sur le fond. Exit l'humour à la papa, le ton est plus mélancolique, certaines séquences narratives préparent déja Partie de chasse, sommet de leur collaboration. Leur vision de l'utopie sociale est cependant très caricaturale et datée. Au dessin, beaucoup de ton de gris mais c'est l'histoire qui veut ça. La mise en page se veut plus recherchée et révèle les ambitions artistiques ultérieures du duo.
Le Vaisseau de Pierre
Bof. Beaucoup de bavardages inutiles dans le second tome de cette trilogie. L'histoire n'est pas franchement passionnante. L'humour est toujours aussi vieillissant. Par contre Enki Bilal a fait de gros progrès niveau dessin, il a rangé au placard les immondes hachures du premier album et les contours des personnages sont plus nets.
Nijinski - L'Ange brûlé
Je n'y connais rien à la danse alors je ne connaissais pas du tout Vaslav Nijinski. Je me disais que sa biographie serait au moins un peu intéressante à lire vu que c'est un polonais qui a traversé une époque turbulente, mais je me suis tellement ennuyé que j'ai arrêté après une centaine de pages. Je ne suis jamais parvenu à trouver captivant la vie d'un danseur qui souvent semble un peu cliché (le pauvre Nijinski est victime d'intimidation dans sa jeunesse) même si c'est surement basé sur ce qu'il a vécu. Je pense que le problème est que je suis pas fan de danse et donc je ne me suis pas intéressé de voir la vie d'un génie de la danse. Il faut dire aussi que comme je ne connais rien à la danse, je ne vois pas trop en quoi les mouvements que fait Nijinski sont exceptionnels. Peut-être que je le verrais si je l'avais vu en personne j'aurais vu qu'il fait des trucs que peu de gens peuvent faire, mais la BD est un médium de dessin où les personnages peuvent faire n'importe quoi alors rien est spectaculaire. Et puis aussi le dessin est vraiment moyen, surtout les couleurs. Cela manque l'élégance que j'associe à un art comme la danse.
J'aurais voulu voir Godard
Je n'ai vu que deux films de Godard dans ma vie, À Bout de souffle et Alphaville et je n'ai même pas fini ce dernier tant je me suis ennuyé. Le premier film aussi m'avait ennuyé et je l'ai regardé jusqu'au bout uniquement parce que c'était court et que j'ai de la sympathie pour Belmondo. Alors voilà je ne suis pas un fan de Godard et son univers ce qui doit expliquer pourquoi je n'ai pas accroché à cet album qui j'imagine parlera plus au fan du réalisateur. Les passages où Dupuy imagine parler création avec Godard ne m'ont pas du tout intéressé, pour moi c'était juste de la masturbation intellectuelle. Les différents dessins collages que Dupuy montre n'ont pas retenu mon attention non plus parce que je n'ai jamais été grand fan de son dessin et donc je reste indifférent à ce qu'il est capable de faire. Un album que j'ai lu dans l'indifférence donc.
L'Esprit rouge - Antonin Artaud, un voyage mexicain
2.5 Un one-shot qui raconte le voyage du poète Antonin Artaud au Mexique. Désabusé par l'Europe des années 30, Artaud est allé au Mexique pour retrouver le monde spirituel des indiens, un monde que malheureusement il a un peu fantasmé et qui survit difficilement. J'ai trouvé cet album correct, mais sans plus. Comme beaucoup d'albums de l'éditeur Futuropolis, ça se laisse lire sans problème parce qu'il y a souvent peu de textes et ça se lit vite malgré le nombre de pages, mais je dois dire que le voyage d'Artaud m'a moyennement intéressé et que je n'étais pas été particulièrement touché par la poésie qui se dégage de l'album. Le dessin est pas trop mal.
Circuit court - Une histoire de la première AMAP
Un documentaire sur une ferme qui est la première AMAP en France. Je ne sais pas trop c'est quoi un AMAP, mais ce n'est pas très important parce qu'on va surtout voir l'évolution d'une ferme dans la France moderne. En effet, j'avais un peu peur de lire un truc très technique du genre comment on produit des fruits et des légumes de nos jours, mais on suit surtout ce qu'à subit un petit producteur agricole depuis l'arrivée des gros supermarchés et des techniques modernes qui ont complétement bouleversé la France. Pas facile d'être un petit agriculteur qui essai malgré tout de survivre en proposant de la qualité dans un monde moderne obsédé surtout par la quantité et le bas prix. J'ai bien aimé découvrir comment une petite ferme est capable de survivre malgré tout dans un monde hyper capitaliste. Il y a des passages intéressants et l'album se lit bien. Le dessin est correct.
L'Évadé de C.I.D. Island
Trahi par ceux qui convoitaient sa fiancée et sa place, un capitaine de vaisseau est envoyé au bagne avant de s'évader pour préparer sa vengeance. Une relecture futuriste du Comte de Monte-Cristo qui transpose le roman de Dumas dans un univers de science-fiction aux accents de space opera. Sur la majeure partie de l'album, il s'agit clairement d'une adaptation de Monte-Cristo, reprenant parfois de très près les principaux éléments du roman tout en les transposant dans un univers original. L'espace est finalement peu présent malgré les vaisseaux volants, puisque tout semble se dérouler sur une même planète, agrémentée de quelques îles flottantes qui lui donnent une légère touche extraterrestre. La transposition fonctionne bien : Edmond Dantès devient Redxan Samud, le château d'If est remplacé par une prison volante, l'abbé Faria trouve son équivalent, et toute la mécanique de la trahison, de l'évasion, du trésor puis de la vengeance est parfaitement reconnaissable. L'ensemble tient bien la route. Le dessin manque un peu de personnalité mais il est solide techniquement, avec une narration très lisible, un bon découpage des scènes d'action et un rythme efficace. L'univers est crédible sans chercher à en faire trop, et l'ajout du robot chargé d'escorter puis de protéger le héros est une bonne idée qui apporte un élément inédit à cette adaptation. En revanche, j'ai été assez surpris par la direction prise après un peu plus de la moitié de l'album. Alors que tout semblait s'orienter vers l'accomplissement méthodique de la vengeance, le récit abandonne assez brutalement la trame de Monte-Cristo pour se transformer en affrontement beaucoup plus classique entre une rébellion et un régime tyrannique. Le dernier quart est occupé par une véritable bataille rangée qui fonctionne correctement, mais qui fait perdre ce qui faisait selon moi tout le sel du récit. Là où Dumas construisait une vengeance patiente, subtile et psychologique, on bascule ici vers un conflit beaucoup plus convenu, avec le héros qui affronte le grand méchant avant de repartir une fois la victoire acquise. Cela reste une lecture agréable et une adaptation globalement réussie, mais je trouve dommage d'avoir abandonné en cours de route ce qui faisait justement la force et l'élégance du Comte de Monte-Cristo. J'aurais préféré que l'auteur pousse jusqu'au bout cette réinterprétation plutôt que de conclure par une opposition beaucoup plus classique entre gentils et méchants. C'est une bonne BD de science-fiction, mais elle perd un peu de la classe et de l'intelligence du modèle auquel elle rend pourtant un bel hommage pendant une grande partie de son récit.