Deux albums un peu oubliés dans la bibliographie de Dany, qui ne payent pas forcément de mine, mais qui se révèlent plutôt agréables à lire.
Le dessin de Dany est plutôt chouette (j’ai bien aimé les personnages et les décors). Un trait semi réaliste qui m’a un peu fait penser (les décors de jungle m’y ont aidé – même si ici elle est africaine et pas asiatique) à celui de Conrad sur Les Innommables.
Les aventures de Dereck (avec Caro, un amour platonique ?, personnage central du premier tome, secondaire du suivant) sont rythmées, poisseuses (Dany surjoue presque l’Afrique postcoloniale profonde), on ne s’ennuie pas, même si par contre il n’y a rien d’extraordinaire. Mais c’est du boulot bien fichu, dynamique et bien mis en images.
Et Dany n’abuse pas des jolies filles – et celles que l’on voit (Caro par exemple) sont mignonnes, mais pas systématiquement dénudées ou en tenue sexy – même si dans le deuxième tome Dany semble avoir été davantage tenté d’user des personnages féminins (deuxième tome où la personnalité du héros est davantage creusée, on en apprend plus sur son passé).
A noter qu’un troisième tome était annoncé (« Intikam »), mais n’a semble-t-il jamais paru.
Les deux albums peuvent se lire indépendamment l’un de l’autre. Des deux, je préfère un peu le premier (le second est parfois un peu trop bavard), mais l’ensemble se laisse lire agréablement, c’est de l’aventure africaine sympathique, pas prise de tête.
Même si je ne suis pas un inconditionnel du trait d’Étienne Davodeau, je serai un peu moins sévère que Lodi. Je le rejoins toutefois sur un point essentiel : la bande dessinée étant l'alliance du texte et de l'image, le dessin se doit d'être à la hauteur du récit. Sur le plan graphisme, certains détails m'ont dérangé, à commencer par le rendu parfois hésitant des mains de certains personnages. En revanche, il faut reconnaître à l'auteur un véritable talent dans le découpage des scènes et la fluidité de la narration.
Le concept de cette BD documentaire — un apprentissage croisé entre un vigneron de renom novice en BD et un auteur célèbre néophyte en œnologie — reste très original et peu commun. Malgré cela, je ne suis pas très friand de ce genre de récit pédagogique, qui devient à la longue un peu rébarbatif et manque d'évasion, si bien que j'ai mis du temps à le terminer. De plus, si l'apprentissage de la fabrication du vin est abordé de manière très détaillée et passionnante, le monde de la BD est plus en surface : Étienne Davodeau se contente d'organiser quelques rencontres et de citer des œuvres cultes, ce qui m'a un peu laissé sur ma faim.
Je rejoins également certaines critiques soulignant l'absence de traitement dans l'ouvrage des difficultés rencontrées par les auteurs débutants. On peut faire le même constat pour le volet viticole : si le travail et les efforts des viticulteurs cités dans cette BD sont indéniables et ont fini par payer, on parle à présent de vignerons de renom dont les bouteilles avoisinent la centaine d'euros... On est bien loin de la réalité des petits viticulteurs qui se lancent ou qui ont du mal à écluser leurs stocks dans un secteur de plus en plus mondialisé et en concurrence. C'est dommage que cela ne soit pas également abordé.
Il n'en reste pas moins que j'ai appris beaucoup de choses sur l’œnologie en général et plus particulièrement sur le processus de vinification. En sachant que travaillant moi-même dans l'environnement, j'étais déjà convaincu par l'intérêt de l'agriculture biologique et de la biodynamie pour préserver la vie des sols (et des rivières qui les drainent).
En résumé : une BD au concept original et enrichissante, dont je ne conseille pas forcément l'achat mais idéale à emprunter en médiathèque !
SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 6,5/10
GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 6,5/10
NOTE GLOBALE : 13/20
Màlphas est fourbe, Màlphas est cruelle, Màlphas est assoiffée de pouvoir, Màlphas est ignoble. En un mot comme en cent, Màlphas est une excellente archidémone. Il ne lui manque qu'un tout petit détail de rien du tout : une place officielle au conseil des démons et la reconnaissance des ses paires. Problème, Lucifer (son mentor et père adoptif) n'est pas préteur, et comme c'est là son moindre défaut il décide d'éliminer sa rivale en puissance en l'envoyant dans une quête impossible en espérant qu'elle mourra en route. Quelle quête ? Retrouver la descendance du christ.
Tout est là pour un récit bariolé et entraînant : la protagoniste éponyme abjecte en parfaite anti-héroïne, un chouïa d'humanisation sur certains de ses aspects (majoritairement son besoin de reconnaissance), la quête impossible promettant de nombreux passages absurdes et/ou comiques, un dessin vif et coloré, … Bref, le postulat est plus que bon.
Le résultat est bon mais m'a tout de même un peu laissée sur ma faim, la faute à des dialogues pas aussi drôles que ce à quoi je m'attendais et un scénario qui, toujours intéressant dans son évolution, finit par se ramollir un peu (alors que l'intrigue queer me botte au plus haut point sur le papier). Je ne m'étendrais pas ici sur cette petite déception, le diptyque n'était pas encore fini et le défaut pas si grand que ça, mais tout de même : petite déception.
Mais concentrons-nous sur le bon, voulez vous !
Il y a des démons extravagants, un propos queer (avec un personnage queer important en prime), un jeu amusant de temporalité - j'ai particulièrement aimé le jeu de flou temporel sur certains passages dans la première moitié - et une mise en scène qui, sans être révolutionnaire, reste fluide et entraînante.
Intriguée par la suite.
Je n’ai pas grandi avec les Bud Spencer & Terence Hill, donc pas d’attachement aux films pif paf boum de ce duo. De même pour le sujet, j’ai l’impression qu’il y a une mode dernièrement de mêler enfants et western (les Lucky Luke vu par Blutch ou Bonhomme, la ballade des frères Blood …).
Tout ça pour dire que je me suis lancé dans cette lecture sans engouement particulier mais j’en sorti plutôt satisfait et convaincu.
Rien de bien sorcier dans la formule mais quand la réalisation suit et qu’il y a une bonne énergie, bah un bon bon moment divertissement à la clé.
La partie graphique m’a tout de suite attrapé, fluide et dynamique, j’aime particulièrement les têtes des personnages. Un style qui convient parfaitement bien à l’ambiance.
L’histoire se laisse lire tout aussi agréablement, j’ai surtout savouré voir notre duo de gros bras se faire mener en bateau par un groupe d’orphelines, c’est la bonne idée du récit, tous ces passages sont réussis et amènent un vent de fraîcheur au classicisme de l’intrigue. Il y a de chouette idées, passages (la montgolfière …) et réparties.
À voir ce que ça donne par la suite, mais en l’état un généreux franchement bien pour ce 1er tome.
3,5
Un dimanche pluvieux, Zoé Marmelade ouvre un vieil abécédaire et se retrouve propulsée dans un univers où chaque lettre devient le point de départ d'une nouvelle aventure pleine de fantaisie, de jeux de mots et d'illustrations foisonnantes.
Voilà un album bien singulier, difficile à faire entrer dans une case. Ce n'est ni vraiment une bande dessinée, ni complètement un abécédaire, ni simplement un livre d'illustrations. C'est un peu tout cela à la fois. Après une courte introduction en BD mettant en scène Zoé Marmelade et son caniche Nunuche, l'ouvrage adopte une mécanique originale : pour chaque lettre de l'alphabet, une page présente une phrase amusante composée d'un maximum de mots commençant par cette lettre, suivie d'une illustration pleine page imaginée par Marie Pommepuy pour la mettre en scène. Et lorsque l'inspiration est plus forte, cette simple phrase donne naissance à une histoire plus développée, tantôt en BD, tantôt sous la forme d'un texte illustré, toujours avec ce même plaisir des sonorités et des allitérations.
J'ai apprécié ces phrases souvent drôles, et surtout le défi qu'elles représentent pour la dessinatrice. Certaines sont tellement absurdes ou loufoques qu'on se demande vraiment comment il est possible de les illustrer, et Marie Pommepuy s'en sort avec une imagination débordante. Son univers graphique, coloré et onirique, accompagne très bien ce festival de jeux de mots.
Les histoires qui viennent ponctuer l'abécédaire sont, elles aussi, très fantaisistes, souvent poétiques, parfois proches du rêve ou du nonsense à la Lewis Carroll. Elles ne sont toutefois pas toutes du même niveau. J'ai par exemple aimé le spectacle de cirque organisé dans le château du doryphore dodu, inventif et amusant dans sa mise en scène. À l'inverse, l'épisode de la limace géante m'a semblé traîner beaucoup trop en longueur (ce qui est plutôt approprié pour une limace...). L'histoire dans le train se situe quelque part entre les deux : agréable à lire, mais sans susciter autant d'amusement.
L'ensemble est donc un objet éditorial curieux, débordant de bonnes idées et d'inventivité. J'ai aimé son originalité, son humour, ses illustrations et cette manière de transformer un simple abécédaire en terrain de jeu littéraire et graphique. En revanche, son caractère très éclaté fait que l'intérêt varie selon les séquences. Certaines sont drôles et assez fascinantes, d'autres laissent plus perplexe.
C'est un bon album pour les admirateurs de la marque Dieppoise. Toute l'histoire, depuis les origines, est retraçée avec fidélité. Les voitures de compétition, des rallyes aux 24 heures du Mans, sont dessinées avec réalisme et précision. Je n'oublierai jamais la victoire de la Renault-Alpine n°2 lors de l'édition de 1978 !
Mon problème avec cette collection réside dans le décalage entre les machines, les décors réalistes et les protagonistes humains, comme le fondateur Jean Rédélé ou les grands pilotes français : trop caricaturaux à mon goût.
Un bon point quand-même : les Alpine de grand tourisme routier n'ont pas été oubliées.
Deux enfants séparés par le divorce de leurs parents entretiennent une correspondance secrète et imaginent les plans les plus improbables pour les remettre ensemble, sans mesurer jusqu'où leurs initiatives vont les conduire.
Pour une fois, mon ressenti est éloigné de celui de Mac Arthur, et je constate que nous avons appréhendé cette lecture de manière très différente. Là où il voit surtout des parents démissionnaires et des enfants presque monstrueux, j'y ai vu une histoire certes un peu artificielle dans sa mise en place, mais finalement assez crédible dans ce qu'elle raconte des réactions humaines. Les enfants sont forcément égoïstes, comme peuvent l'être tous les enfants lorsqu'ils souffrent : ils feraient tout pour que leurs parents s'aiment à nouveau et ne mesurent pas les conséquences de leurs actes. En face, les parents sont absorbés par leurs propres difficultés, communiquent mal avec leurs enfants et ne réalisent pas que leurs décisions les entraînent progressivement dans une spirale de plus en plus douloureuse.
Le début des échanges épistolaires est un peu convenu. Il m'a par exemple rappelé ce film de Disney : La Fiancée de Papa. Ce plan imaginé à distance pour rabibocher les parents prête parfois à un sourire attendri, et j'avoue avoir été moi aussi un peu agacé de voir un enfant de neuf ans accumuler autant de fautes d'orthographe. Malgré tout, je l'ai accueilli avec bienveillance, parce que cela participe aussi à la spontanéité et à la naïveté du récit.
Plus les cartes s'échangent, plus la relation avec la nouvelle compagne du père se dégrade, plus les conséquences pour les enfants sont graves, et plus les stratagèmes qu'ils imaginent deviennent dangereux. C'est à ce moment-là que la bande dessinée prend, à mes yeux, toute son ampleur. Derrière son apparente simplicité, elle montre avec pas mal de justesse les ravages du manque de communication au sein d'une famille et la façon dont des enfants peuvent glisser vers des comportements inquiétants ou néfastes pour eux-mêmes sans que les adultes ne s'en aperçoivent. Cela m'a fait penser à ces jeunes dont les résultats scolaires ou le comportement se dégradent parce que leur vie familiale s'effondre autour d'eux.
Contrairement à ce que son principe pourrait laisser croire, ce n'est d'ailleurs pas un récit léger ou purement humoristique. Les maladresses et les incompréhensions naïves des cartes postales font parfois sourire, mais plusieurs passages sont réellement durs et le récit n'hésite pas à s'approcher du tragique. Et d'ailleurs, sur la fin, j'ai été proche de verser ma petite larme lorsque les parents découvrent enfin la correspondance de leurs enfants et comprennent ce qu'ils ont vécu. En tant que parent, j'aurais été effondré de réaliser si, faute d'avoir su écouter et parler avec mes enfants, je les avais conduits à une telle détresse et à commettre des actes aussi graves.
J'ai également beaucoup aimé le dessin de Cyrielle. Son trait net, à l'encre de Chine, rehaussé de couleurs très intenses qui évoquent des feutres, renforce cette atmosphère enfantine. Les personnages sont expressifs et attachants, et l'ensemble possède une vraie douceur visuelle qui contraste avec la dureté de certains événements.
Enfin, j'ai sans doute été encore plus touché parce que cette histoire se déroule au début des années 90, quasiment à l'époque de mon enfance, celle du Club Dorothée. Les cartes postales échangées par Tom et Lili ont réveillé un souvenir assez personnel : moi aussi, enfant, j'écrivais de longues lettres à mes cousines et à mes amies. Cela a ajouté une dimension nostalgique qui a rendu cette lecture plus émouvante.
Oui, certains ressorts sont un peu cousus de fil blanc et quelques situations paraissent légèrement forcées. Mais je les ai acceptés sans difficulté, notamment parce que l'album s'adresse aussi à un jeune public. Derrière cette simplicité se cache une histoire sensible, touchante et pleine d'humanité, qui rappelle combien le dialogue au sein d'une famille est essentiel et combien les enfants peuvent souffrir en silence lorsque les adultes oublient de les écouter.
Oui, cela pourrait servir d'évocation pour ceux qui ont beaucoup aimé le film. De manière très résumée, les personnages, Bob Parr, Hélène (ex-elastigirl), leurs trois enfants dotés de super-pouvoirs, et les principaux événements sont présents. Mais certaines des scènes les plus comiques se perdent, avec des dessins petits et des séquences trop concises. Je pense que l'album est vraiment une production d’origine Disney/Pixar, sortie en France peu de temps après le film (2004).
Problème principal pour moi : les images sont très lisses et brillantes, les couleurs trop vives et l'effet de troisième dimension se perd largement. Le deuxième tome, Les Indestructibles #2, souffre globalement des mêmes problèmes.
Lorsque Petite Âme, la fantômette dont il est secrètement amoureux, disparaît après avoir été enlevée par un mystérieux sorcier, Fantomino et ses amis du cimetière se lancent dans une aventure pour la retrouver avant qu'il ne soit trop tard.
Fantomino (Penadinho dans sa version originale) est à l'origine un comics jeunesse brésilien créé par Mauricio de Sousa en 1963 et qui fait forcément penser à Casper : un petit fantôme attachant partage son quotidien dans un cimetière avec toute une galerie de gentils monstres d'Halloween. Cet album est une réinterprétation réalisée en 2015 par Paulo Crumbim et Cristina Eiko, deux auteurs issus du monde de l'animation, qui modernisent le personnage tout en conservant son univers. L'ambiance reste légère malgré son décor peuplé de fantômes, monstres et sorciers, ce qui en fait une lecture adaptée pour de jeunes lecteurs qui aiment frissonner sans jamais avoir réellement peur.
Le résultat est agréable à parcourir. Les personnages sont rapidement sympathiques, le dessin rond et expressif fonctionne bien pour ce type de récit jeunesse, avec un style qui emprunte parfois quelques codes du manga. On voit toutefois bien que les planches ont été créées à l'ordinateur/tablette graphique, les auteurs oubliant trop souvent dans ces cas là que le papier BD n'est pas rétroéclairé, lui, ce qui rend les scènes nocturnes parfois trop sombres à la lecture.
Quant au scénario , je le trouve assez convenu. La quête de Fantomino pour retrouver Petite Âme se laisse suivre sans déplaisir, mais elle manque un peu de surprises et donne parfois l'impression de tirer en longueur en s'attardant sur des détails inutiles. Certains enchaînements paraissent également un peu confus ou insuffisamment expliqués, ce qui nuit par moments à la fluidité du récit.
C'est donc une lecture jeunesse sympathique, portée par un univers attachant et des personnages que l'on prend facilement en affection, mais dont l'intrigue ne m'a pas vraiment marqué en tant que lecteur adulte.
Au grand désespoir de ses parents, la petite Zara dessine et peint partout, jusqu'au jour où ceux-ci décident de lui interdire les pinceaux. Mais la fillette n'a pas dit son dernier mot...
Ce petit album vaut avant tout pour sa partie graphique. Les planches sont magnifiques, littéralement portées par des couleurs d'une intensité remarquable qui attirent immédiatement le regard. J'ai d'ailleurs souvent pensé au travail de Yoann, avec un trait assez similaire pour les personnages et ce même goût pour les teintes franches, éclatantes, qui donnent beaucoup d'énergie aux dessins. Benjamin Flao s'en donne à cœur joie et réussit à transmettre le plaisir presque physique de manipuler la peinture, d'en découvrir la matière, les transparences, les mélanges et toutes les possibilités qu'elle offre.
L'histoire est elle aussi un bel hommage à la création artistique. Elle montre bien cette passion dévorante qui pousse une enfant à peindre sans cesse, à expérimenter les couleurs et à donner vie aux animaux et aux personnages qui naissent sous son pinceau. On retrouve cet émerveillement devant la découverte progressive de nouvelles teintes et de leurs combinaisons, comme si chaque mélange ouvrait un nouveau monde.
En revanche, le récit lui-même m'a un peu moins convaincu. Il se lit très vite et reste finalement assez peu développé. J'attendais que cette passion conduise à une conclusion un peu plus originale ou plus surprenante, alors que l'histoire choisit une direction assez convenue. C'est agréable, plein de tendresse, mais un peu trop sage à mon goût.
Il n'empêche que j'ai apprécié de parcourir cet album tant il déborde de couleurs et de vitalité. Plus qu'une histoire marquante, c'est avant tout une jolie célébration de la peinture et du plaisir de créer.
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Deux albums un peu oubliés dans la bibliographie de Dany, qui ne payent pas forcément de mine, mais qui se révèlent plutôt agréables à lire. Le dessin de Dany est plutôt chouette (j’ai bien aimé les personnages et les décors). Un trait semi réaliste qui m’a un peu fait penser (les décors de jungle m’y ont aidé – même si ici elle est africaine et pas asiatique) à celui de Conrad sur Les Innommables. Les aventures de Dereck (avec Caro, un amour platonique ?, personnage central du premier tome, secondaire du suivant) sont rythmées, poisseuses (Dany surjoue presque l’Afrique postcoloniale profonde), on ne s’ennuie pas, même si par contre il n’y a rien d’extraordinaire. Mais c’est du boulot bien fichu, dynamique et bien mis en images. Et Dany n’abuse pas des jolies filles – et celles que l’on voit (Caro par exemple) sont mignonnes, mais pas systématiquement dénudées ou en tenue sexy – même si dans le deuxième tome Dany semble avoir été davantage tenté d’user des personnages féminins (deuxième tome où la personnalité du héros est davantage creusée, on en apprend plus sur son passé). A noter qu’un troisième tome était annoncé (« Intikam »), mais n’a semble-t-il jamais paru. Les deux albums peuvent se lire indépendamment l’un de l’autre. Des deux, je préfère un peu le premier (le second est parfois un peu trop bavard), mais l’ensemble se laisse lire agréablement, c’est de l’aventure africaine sympathique, pas prise de tête.
Les Ignorants
Même si je ne suis pas un inconditionnel du trait d’Étienne Davodeau, je serai un peu moins sévère que Lodi. Je le rejoins toutefois sur un point essentiel : la bande dessinée étant l'alliance du texte et de l'image, le dessin se doit d'être à la hauteur du récit. Sur le plan graphisme, certains détails m'ont dérangé, à commencer par le rendu parfois hésitant des mains de certains personnages. En revanche, il faut reconnaître à l'auteur un véritable talent dans le découpage des scènes et la fluidité de la narration. Le concept de cette BD documentaire — un apprentissage croisé entre un vigneron de renom novice en BD et un auteur célèbre néophyte en œnologie — reste très original et peu commun. Malgré cela, je ne suis pas très friand de ce genre de récit pédagogique, qui devient à la longue un peu rébarbatif et manque d'évasion, si bien que j'ai mis du temps à le terminer. De plus, si l'apprentissage de la fabrication du vin est abordé de manière très détaillée et passionnante, le monde de la BD est plus en surface : Étienne Davodeau se contente d'organiser quelques rencontres et de citer des œuvres cultes, ce qui m'a un peu laissé sur ma faim. Je rejoins également certaines critiques soulignant l'absence de traitement dans l'ouvrage des difficultés rencontrées par les auteurs débutants. On peut faire le même constat pour le volet viticole : si le travail et les efforts des viticulteurs cités dans cette BD sont indéniables et ont fini par payer, on parle à présent de vignerons de renom dont les bouteilles avoisinent la centaine d'euros... On est bien loin de la réalité des petits viticulteurs qui se lancent ou qui ont du mal à écluser leurs stocks dans un secteur de plus en plus mondialisé et en concurrence. C'est dommage que cela ne soit pas également abordé. Il n'en reste pas moins que j'ai appris beaucoup de choses sur l’œnologie en général et plus particulièrement sur le processus de vinification. En sachant que travaillant moi-même dans l'environnement, j'étais déjà convaincu par l'intérêt de l'agriculture biologique et de la biodynamie pour préserver la vie des sols (et des rivières qui les drainent). En résumé : une BD au concept original et enrichissante, dont je ne conseille pas forcément l'achat mais idéale à emprunter en médiathèque ! SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 6,5/10 GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 6,5/10 NOTE GLOBALE : 13/20
Màlphas
Màlphas est fourbe, Màlphas est cruelle, Màlphas est assoiffée de pouvoir, Màlphas est ignoble. En un mot comme en cent, Màlphas est une excellente archidémone. Il ne lui manque qu'un tout petit détail de rien du tout : une place officielle au conseil des démons et la reconnaissance des ses paires. Problème, Lucifer (son mentor et père adoptif) n'est pas préteur, et comme c'est là son moindre défaut il décide d'éliminer sa rivale en puissance en l'envoyant dans une quête impossible en espérant qu'elle mourra en route. Quelle quête ? Retrouver la descendance du christ. Tout est là pour un récit bariolé et entraînant : la protagoniste éponyme abjecte en parfaite anti-héroïne, un chouïa d'humanisation sur certains de ses aspects (majoritairement son besoin de reconnaissance), la quête impossible promettant de nombreux passages absurdes et/ou comiques, un dessin vif et coloré, … Bref, le postulat est plus que bon. Le résultat est bon mais m'a tout de même un peu laissée sur ma faim, la faute à des dialogues pas aussi drôles que ce à quoi je m'attendais et un scénario qui, toujours intéressant dans son évolution, finit par se ramollir un peu (alors que l'intrigue queer me botte au plus haut point sur le papier). Je ne m'étendrais pas ici sur cette petite déception, le diptyque n'était pas encore fini et le défaut pas si grand que ça, mais tout de même : petite déception. Mais concentrons-nous sur le bon, voulez vous ! Il y a des démons extravagants, un propos queer (avec un personnage queer important en prime), un jeu amusant de temporalité - j'ai particulièrement aimé le jeu de flou temporel sur certains passages dans la première moitié - et une mise en scène qui, sans être révolutionnaire, reste fluide et entraînante. Intriguée par la suite.
On les appelle Junior & Senior
Je n’ai pas grandi avec les Bud Spencer & Terence Hill, donc pas d’attachement aux films pif paf boum de ce duo. De même pour le sujet, j’ai l’impression qu’il y a une mode dernièrement de mêler enfants et western (les Lucky Luke vu par Blutch ou Bonhomme, la ballade des frères Blood …). Tout ça pour dire que je me suis lancé dans cette lecture sans engouement particulier mais j’en sorti plutôt satisfait et convaincu. Rien de bien sorcier dans la formule mais quand la réalisation suit et qu’il y a une bonne énergie, bah un bon bon moment divertissement à la clé. La partie graphique m’a tout de suite attrapé, fluide et dynamique, j’aime particulièrement les têtes des personnages. Un style qui convient parfaitement bien à l’ambiance. L’histoire se laisse lire tout aussi agréablement, j’ai surtout savouré voir notre duo de gros bras se faire mener en bateau par un groupe d’orphelines, c’est la bonne idée du récit, tous ces passages sont réussis et amènent un vent de fraîcheur au classicisme de l’intrigue. Il y a de chouette idées, passages (la montgolfière …) et réparties. À voir ce que ça donne par la suite, mais en l’état un généreux franchement bien pour ce 1er tome. 3,5
L'Extraordinaire Abécédaire de Zoé Marmelade
Un dimanche pluvieux, Zoé Marmelade ouvre un vieil abécédaire et se retrouve propulsée dans un univers où chaque lettre devient le point de départ d'une nouvelle aventure pleine de fantaisie, de jeux de mots et d'illustrations foisonnantes. Voilà un album bien singulier, difficile à faire entrer dans une case. Ce n'est ni vraiment une bande dessinée, ni complètement un abécédaire, ni simplement un livre d'illustrations. C'est un peu tout cela à la fois. Après une courte introduction en BD mettant en scène Zoé Marmelade et son caniche Nunuche, l'ouvrage adopte une mécanique originale : pour chaque lettre de l'alphabet, une page présente une phrase amusante composée d'un maximum de mots commençant par cette lettre, suivie d'une illustration pleine page imaginée par Marie Pommepuy pour la mettre en scène. Et lorsque l'inspiration est plus forte, cette simple phrase donne naissance à une histoire plus développée, tantôt en BD, tantôt sous la forme d'un texte illustré, toujours avec ce même plaisir des sonorités et des allitérations. J'ai apprécié ces phrases souvent drôles, et surtout le défi qu'elles représentent pour la dessinatrice. Certaines sont tellement absurdes ou loufoques qu'on se demande vraiment comment il est possible de les illustrer, et Marie Pommepuy s'en sort avec une imagination débordante. Son univers graphique, coloré et onirique, accompagne très bien ce festival de jeux de mots. Les histoires qui viennent ponctuer l'abécédaire sont, elles aussi, très fantaisistes, souvent poétiques, parfois proches du rêve ou du nonsense à la Lewis Carroll. Elles ne sont toutefois pas toutes du même niveau. J'ai par exemple aimé le spectacle de cirque organisé dans le château du doryphore dodu, inventif et amusant dans sa mise en scène. À l'inverse, l'épisode de la limace géante m'a semblé traîner beaucoup trop en longueur (ce qui est plutôt approprié pour une limace...). L'histoire dans le train se situe quelque part entre les deux : agréable à lire, mais sans susciter autant d'amusement. L'ensemble est donc un objet éditorial curieux, débordant de bonnes idées et d'inventivité. J'ai aimé son originalité, son humour, ses illustrations et cette manière de transformer un simple abécédaire en terrain de jeu littéraire et graphique. En revanche, son caractère très éclaté fait que l'intérêt varie selon les séquences. Certaines sont drôles et assez fascinantes, d'autres laissent plus perplexe.
Alpine
C'est un bon album pour les admirateurs de la marque Dieppoise. Toute l'histoire, depuis les origines, est retraçée avec fidélité. Les voitures de compétition, des rallyes aux 24 heures du Mans, sont dessinées avec réalisme et précision. Je n'oublierai jamais la victoire de la Renault-Alpine n°2 lors de l'édition de 1978 ! Mon problème avec cette collection réside dans le décalage entre les machines, les décors réalistes et les protagonistes humains, comme le fondateur Jean Rédélé ou les grands pilotes français : trop caricaturaux à mon goût. Un bon point quand-même : les Alpine de grand tourisme routier n'ont pas été oubliées.
Les Petites Cartes Secrètes
Deux enfants séparés par le divorce de leurs parents entretiennent une correspondance secrète et imaginent les plans les plus improbables pour les remettre ensemble, sans mesurer jusqu'où leurs initiatives vont les conduire. Pour une fois, mon ressenti est éloigné de celui de Mac Arthur, et je constate que nous avons appréhendé cette lecture de manière très différente. Là où il voit surtout des parents démissionnaires et des enfants presque monstrueux, j'y ai vu une histoire certes un peu artificielle dans sa mise en place, mais finalement assez crédible dans ce qu'elle raconte des réactions humaines. Les enfants sont forcément égoïstes, comme peuvent l'être tous les enfants lorsqu'ils souffrent : ils feraient tout pour que leurs parents s'aiment à nouveau et ne mesurent pas les conséquences de leurs actes. En face, les parents sont absorbés par leurs propres difficultés, communiquent mal avec leurs enfants et ne réalisent pas que leurs décisions les entraînent progressivement dans une spirale de plus en plus douloureuse. Le début des échanges épistolaires est un peu convenu. Il m'a par exemple rappelé ce film de Disney : La Fiancée de Papa. Ce plan imaginé à distance pour rabibocher les parents prête parfois à un sourire attendri, et j'avoue avoir été moi aussi un peu agacé de voir un enfant de neuf ans accumuler autant de fautes d'orthographe. Malgré tout, je l'ai accueilli avec bienveillance, parce que cela participe aussi à la spontanéité et à la naïveté du récit. Plus les cartes s'échangent, plus la relation avec la nouvelle compagne du père se dégrade, plus les conséquences pour les enfants sont graves, et plus les stratagèmes qu'ils imaginent deviennent dangereux. C'est à ce moment-là que la bande dessinée prend, à mes yeux, toute son ampleur. Derrière son apparente simplicité, elle montre avec pas mal de justesse les ravages du manque de communication au sein d'une famille et la façon dont des enfants peuvent glisser vers des comportements inquiétants ou néfastes pour eux-mêmes sans que les adultes ne s'en aperçoivent. Cela m'a fait penser à ces jeunes dont les résultats scolaires ou le comportement se dégradent parce que leur vie familiale s'effondre autour d'eux. Contrairement à ce que son principe pourrait laisser croire, ce n'est d'ailleurs pas un récit léger ou purement humoristique. Les maladresses et les incompréhensions naïves des cartes postales font parfois sourire, mais plusieurs passages sont réellement durs et le récit n'hésite pas à s'approcher du tragique. Et d'ailleurs, sur la fin, j'ai été proche de verser ma petite larme lorsque les parents découvrent enfin la correspondance de leurs enfants et comprennent ce qu'ils ont vécu. En tant que parent, j'aurais été effondré de réaliser si, faute d'avoir su écouter et parler avec mes enfants, je les avais conduits à une telle détresse et à commettre des actes aussi graves. J'ai également beaucoup aimé le dessin de Cyrielle. Son trait net, à l'encre de Chine, rehaussé de couleurs très intenses qui évoquent des feutres, renforce cette atmosphère enfantine. Les personnages sont expressifs et attachants, et l'ensemble possède une vraie douceur visuelle qui contraste avec la dureté de certains événements. Enfin, j'ai sans doute été encore plus touché parce que cette histoire se déroule au début des années 90, quasiment à l'époque de mon enfance, celle du Club Dorothée. Les cartes postales échangées par Tom et Lili ont réveillé un souvenir assez personnel : moi aussi, enfant, j'écrivais de longues lettres à mes cousines et à mes amies. Cela a ajouté une dimension nostalgique qui a rendu cette lecture plus émouvante. Oui, certains ressorts sont un peu cousus de fil blanc et quelques situations paraissent légèrement forcées. Mais je les ai acceptés sans difficulté, notamment parce que l'album s'adresse aussi à un jeune public. Derrière cette simplicité se cache une histoire sensible, touchante et pleine d'humanité, qui rappelle combien le dialogue au sein d'une famille est essentiel et combien les enfants peuvent souffrir en silence lorsque les adultes oublient de les écouter.
Les Indestructibles
Oui, cela pourrait servir d'évocation pour ceux qui ont beaucoup aimé le film. De manière très résumée, les personnages, Bob Parr, Hélène (ex-elastigirl), leurs trois enfants dotés de super-pouvoirs, et les principaux événements sont présents. Mais certaines des scènes les plus comiques se perdent, avec des dessins petits et des séquences trop concises. Je pense que l'album est vraiment une production d’origine Disney/Pixar, sortie en France peu de temps après le film (2004). Problème principal pour moi : les images sont très lisses et brillantes, les couleurs trop vives et l'effet de troisième dimension se perd largement. Le deuxième tome, Les Indestructibles #2, souffre globalement des mêmes problèmes.
Fantomino
Lorsque Petite Âme, la fantômette dont il est secrètement amoureux, disparaît après avoir été enlevée par un mystérieux sorcier, Fantomino et ses amis du cimetière se lancent dans une aventure pour la retrouver avant qu'il ne soit trop tard. Fantomino (Penadinho dans sa version originale) est à l'origine un comics jeunesse brésilien créé par Mauricio de Sousa en 1963 et qui fait forcément penser à Casper : un petit fantôme attachant partage son quotidien dans un cimetière avec toute une galerie de gentils monstres d'Halloween. Cet album est une réinterprétation réalisée en 2015 par Paulo Crumbim et Cristina Eiko, deux auteurs issus du monde de l'animation, qui modernisent le personnage tout en conservant son univers. L'ambiance reste légère malgré son décor peuplé de fantômes, monstres et sorciers, ce qui en fait une lecture adaptée pour de jeunes lecteurs qui aiment frissonner sans jamais avoir réellement peur. Le résultat est agréable à parcourir. Les personnages sont rapidement sympathiques, le dessin rond et expressif fonctionne bien pour ce type de récit jeunesse, avec un style qui emprunte parfois quelques codes du manga. On voit toutefois bien que les planches ont été créées à l'ordinateur/tablette graphique, les auteurs oubliant trop souvent dans ces cas là que le papier BD n'est pas rétroéclairé, lui, ce qui rend les scènes nocturnes parfois trop sombres à la lecture. Quant au scénario , je le trouve assez convenu. La quête de Fantomino pour retrouver Petite Âme se laisse suivre sans déplaisir, mais elle manque un peu de surprises et donne parfois l'impression de tirer en longueur en s'attardant sur des détails inutiles. Certains enchaînements paraissent également un peu confus ou insuffisamment expliqués, ce qui nuit par moments à la fluidité du récit. C'est donc une lecture jeunesse sympathique, portée par un univers attachant et des personnages que l'on prend facilement en affection, mais dont l'intrigue ne m'a pas vraiment marqué en tant que lecteur adulte.
Le Secret de Zara
Au grand désespoir de ses parents, la petite Zara dessine et peint partout, jusqu'au jour où ceux-ci décident de lui interdire les pinceaux. Mais la fillette n'a pas dit son dernier mot... Ce petit album vaut avant tout pour sa partie graphique. Les planches sont magnifiques, littéralement portées par des couleurs d'une intensité remarquable qui attirent immédiatement le regard. J'ai d'ailleurs souvent pensé au travail de Yoann, avec un trait assez similaire pour les personnages et ce même goût pour les teintes franches, éclatantes, qui donnent beaucoup d'énergie aux dessins. Benjamin Flao s'en donne à cœur joie et réussit à transmettre le plaisir presque physique de manipuler la peinture, d'en découvrir la matière, les transparences, les mélanges et toutes les possibilités qu'elle offre. L'histoire est elle aussi un bel hommage à la création artistique. Elle montre bien cette passion dévorante qui pousse une enfant à peindre sans cesse, à expérimenter les couleurs et à donner vie aux animaux et aux personnages qui naissent sous son pinceau. On retrouve cet émerveillement devant la découverte progressive de nouvelles teintes et de leurs combinaisons, comme si chaque mélange ouvrait un nouveau monde. En revanche, le récit lui-même m'a un peu moins convaincu. Il se lit très vite et reste finalement assez peu développé. J'attendais que cette passion conduise à une conclusion un peu plus originale ou plus surprenante, alors que l'histoire choisit une direction assez convenue. C'est agréable, plein de tendresse, mais un peu trop sage à mon goût. Il n'empêche que j'ai apprécié de parcourir cet album tant il déborde de couleurs et de vitalité. Plus qu'une histoire marquante, c'est avant tout une jolie célébration de la peinture et du plaisir de créer.