Silent Jenny

Note: 4/5
(4/5 pour 5 avis)

Dans un futur lointain, les insectes pollinisateurs ont disparu à la suite de grands bouleversements climatiques, poussant les humains à arpenter des paysages stériles à bord de "monades" ; des vaisseaux-villages motorisés. C'est dans l'une d'elle que vit Jenny, déterminée à récupérer les dernières traces ADN d'abeilles dans l'espoir de retrouver le monde d'avant...


Après l'apocalypse... Label 619 Nouveautés BD, comics et manga Petit peuple

Dans un monde stérile, recouvert d’immenses nuages que les rayons du soleil peinent à traverser, Jenny est biologiste pour le compte de la société MURAKAMI. Elle a pour mission de retrouver, au milieu d’une planète Terre désolée, les traces génétiques d’une espèce d’insectes disparue depuis longtemps : l’abeille. Depuis que cette dernière a été éradiquée voilà plusieurs siècles, la fin de la pollinisation des terres agricoles a mis en danger l’autonomie alimentaire des humains, qui ont vu leur nombre drastiquement diminuer au cours du temps.

Scénario
Dessin
Couleurs
Editeur / Collection
Genre / Public / Type
Date de parution 15 Octobre 2025
Statut histoire One shot 1 tome paru

Couverture de la série Silent Jenny © Rue de Sèvres 2025
Les notes
Note: 4/5
(4/5 pour 5 avis)
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15/10/2025 | nisaY_keciC
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Par Cacal69
Note: 3/5 Coups de coeur expiré
L'avatar du posteur Cacal69

J'ai découvert Mathieu Bablet avec Adrastée et depuis je ne loupe aucune de ses nouvelles productions. Ce "Silent Jenny" termine sa trilogie post-apocalyptique après Shangri-La et Carbone & Silicium. Bablet nous donne à voir un monde qui n'est plus le notre, une catastrophe inconnue l'a profondément changé, la vie animale et végétale a disparu. L'humanité survie tant bien que mal dans des conditions difficiles (températures très élevées, recherche d'eau et terre impropre à la culture). Pour faire revenir la vie, des expéditions sont rigoureusement programmées par une bureaucratie très pointilleuse sur le règlement. Point après point sur la carte, les recherches D’ADN d'abeille, le pollinisateur suprême, sont le Graal tant espéré. Des recherches qui amènent nos prospecteurs sous la surface de la terre, dans l'inframonde. Il est nécessaire pour cela de rapetisser à une taille d'insecte, et ce n'est pas sans danger. C'est le quotidien de Jenny, une femme introvertie, elle n'est pas très bavarde et ne respire pas la joie de vivre. Et ses visions récurrentes de la mort ne l'aident pas à aller mieux. Elle vit sur une monade, le Cherche-midi, un genre de bateau, bardé de technologie vieillissante, sur roue qui se traîne à la vitesse d'une limace. On y découvre un monde clos qui veut résister à Pyrrhocorp, une multinationale qui veut faire main mise sur ce monde désertique (thème récurrent chez l'auteur). Comme à son habitude Bablet nous offre un récit dense qui lorgne sur le philosophique, il pousse à la réflexion sur des sujets d'actualité. Une lecture qui n'a pas été un long fleuve tranquille, des choses m'ont échappé. Page 185, pourquoi la monade le Cherche-midi ne stoppe-t-elle pas les machines lorsqu'elle traverse un petit coin de paradis ? Malgré une relecture des dernières planches, je ne suis pas certain d'avoir tout bien compris. Je termine donc cet album sur une impression mitigée. J'adore le style graphique Bablet. Il m'en a encore mis plein les yeux, des décors fabuleux, la désolation transpire sur chaque planche et les design des monades et des costumes sont une totale réussite. Il s'améliore même dans la représentation des visages, ils sont toujours disgracieux mais beaucoup plus facilement reconnaissables. De superbes couleurs. De rares magnifiques doubles pages à rester bouche bée. Difficile de trouver une juste note... j'opte pour un 3,5 et un gros coup de cœur graphique.

14/11/2025 (modifier)
L'avatar du posteur Le Grand A

Quatre éditions avec couverture alternative : une classique, une Cultura, une FNAC et une Canal BD, partout placée en tête de gondole avec des bouquins qui dégueulent de partout, Silent Jenny est THE album de fin d’année que libraires et éditeur veulent nous faire acheter. C’est pas du niveau d’un Astérix bien sûr mais il y a du gros matraquage publicitaire autour de cette sortie. Alors moi je n’ai pas vraiment suivi le parcours de Mathieu Bablet. J’avais détesté La Belle Mort, un de mes premiers avis sur ce site il y a 13 ans, puis plus rien durant longtemps. J’ai été séduit par son affiche hommage à l’univers de Zelda réalisée dans le cadre d’une collaboration Caurettes Editions – Geekart.com, je passe devant tous les jours et il m’arrive encore d’admirer certains aspects. Et puis dernièrement son Shin Zero en tant que scénariste avec son pote Guillaume Singelin, que j’ai trouvé plutôt bon. Alors pourquoi pas Silent Jenny, laisse-toi tenter me suis-je dis. (Longue inspiration) Je ne sais pas sûr de quoi en penser de façon générale, honnêtement. Alors c’est beau, à part les personnages qui ont des physiques dégueulaaaaaasses ; pour le reste c’est hyper captivant. Il y a une finesse dans les détails, les couleurs sont variées, Mathieu Bablet nous régale là-dessus, c’est aussi pour ça que je l’ai acheté, immense respect pour le dessinateur. Je n’y ai pas vu du Miyazaki comme d’autres, moi ça m’a plutôt fait penser à un mix Alain Damasio (Horde du Contrevent) – Christopher Priest (Le Monde inverti) pour le côté recherche du mouvement perpétuel, contrées désertiques, arides, la rudesse du climat et de la vie, le sentiment de désolation permanent, de se battre contre des moulins à vent. Avec un gros nappage de Robert Silverberg (Les Monades urbaines) avec cette philosophie de vie à base d’inepties écolo-bolchéviques (« ce qui est à nous est à vous… car la propriété privée n’existe pas » énorme soupir…). Heureusement à un moment donnée les enfants de cette crasseuse colonie de baba cool geignard, une fois devenus des adolescents ; décident d’envoyer bouler Mèrepère, Jenny et toute cette bande de dingos hippies (on y est capitaine du navire au tour par tour), pour partir fonder leur propre monade qui ne sera pas basée sur des valeurs obscurantistes et dégénérées comme celles du Cherche-Midi. Ouf, après plus de 200 pages de lecture, enfin une autre perspective. Il y a des tentatives d’humour un peu inoffensif aussi où ça tape sur la méchante méga-corporation qui a tout raflé : La Pyrrhocorp, qui est une sorte d’enfer administratif et bureaucratique supra-mondiale, qui sous couvert de pseudo recherches scientifiques pour reverdir la planète n’est en réalité qu’une immense machine à brasser de l’air et de la paperasse. Les employés agissent comme des fonctionnaires qui attendent l’aval de leur N+1 pour faire mumuse avec la Deathstar, ça cause de la bouffe de la cantine, etc. Bref c’est la maison des fous dans Astérix, on a tous vu la réf’ du laisser-passer A38 ;) . Pas trop compris l’intérêt des mange-cailloux, hormis que c’étaient des espèces de gitans voleurs de cuivre qui font chier tout le monde. Voilà, oui et puis bon il y a Jenny, une meuf dépressive et suicidaire sur 280 pages et qui est un peu chiante on va pas se le cacher. On a envie de la secouer. Voilà, et à la fin tout le monde se prend une grosse faciale par une abeille géante. Merci, c'est tout.

06/11/2025 (modifier)
Par Blue boy
Note: 4/5
L'avatar du posteur Blue boy

« Silent Jenny » était l’une des BD les plus attendues de cette rentrée. Et sans trop se tromper, on peut affirmer que le résultat est tout à fait à la hauteur des attentes. L’objet en lui-même est déjà impressionnant : un pavé grand format de 311 pages, bénéficiant de la touche haut de gamme du « Label 619 » des éditions Rue de Sèvres. La couverture représentant la monade géante hébergeant le groupe de dissidents de ce road trip SF fait également son petit effet. Il ne s’agit là que de la « vitrine », mais lorsqu’on franchit la porte du magasin, la promesse est tenue, et l’émerveillement opère instantanément. Mathieu Bablet est un démiurge du neuvième art, cela va sans dire. Comme pour ses précédents opus, il a édifié ici un univers avec ses codes et une structure très élaborée. Et bien que l’action se déroule sur une Terre totalement ravagée, le lecteur aurait presque l’impression d’être transporté dans une autre galaxie, même si nombre de détails nous semblent familiers. Et pourtant, non. Il s’agit juste de notre planète en voie d’extinction, asséchée par un soleil brûlant et les diverses pollutions des siècles passés. Avant de poursuivre cet avis, peut-être serait-il utile de rappeler la signification du terme « monade ». Si dans cette histoire, il s’agit de ces mastodontes mécaniques errant à travers des paysages désolés, c’est à la base un concept philosophique, qui signifie étymologiquement « unité », l’unité parfaite qui est le principe absolu, ce qui prend ici tout son sens. Dans le roman de l’écrivain de science-fiction Robert Silverberg, « Les Monades urbaines » sont des tours gigantesques où s’entasse la population. Bref. C’est dans ce contexte cataclysmique que « Jenny la silencieuse » va effectuer des missions pour la Pyrrhocorp, l’entreprise tentaculaire qui contrôle ce qui reste du monde. La jeune femme est obsédée à l’idée de trouver de l’ADN d’abeilles qui permettrait de « repolliniser » le monde, un véritable sacerdoce pour elle, plus instinctif que raisonné. Mais la multinationale, si elle la rémunère pour ses actions, et plutôt mal d’ailleurs, n’est pas une organisation altruiste. Ankylosée par ses propres procédures administratives qui lui ont fait oublier le sens de ces missions, elle se contente de consigner les découvertes des prospecteurs dans d’immenses salles aux murs garnis de tiroirs, sans que l’on sache vraiment si celles-ci seront un jour exploitées. De plus, Jenny prend de très gros risques lors de ses expéditions. Dans sa combinaison usée qui laisse passer l’air vicié, elle doit se rendre sous terre (« l’inframonde ») après s’être miniaturisée, puis affronter les microïdes, des humains ayant échoué dans leur mission après avoir muté en zombies informes en voie de calcification. Mais il en faudrait plus pour dissuader la jeune femme de poursuivre son projet. Et même si elle se révèle une solitaire invétérée, elle reste fidèle à sa tribu de dissidents et ne s’éloigne jamais vraiment de l’itinéraire de la monade dans laquelle elle peut reprendre des forces. Sur cette planète devenue hostile, le danger est partout. La monade ne doit jamais s’arrêter, au risque d’être détruite par les canons de la Pyrrhocorp ou attaquée par les mange-cailloux, des parias cachant leur maladie sous des casques, espérant ainsi gagner les faveurs de la multinationale. On l’aura compris, « Silent Jenny » est une lecture riche et foisonnante, mais bénéficiant d’une narration fluide, même s’il faudra peut-être un peu de temps pour rentrer dedans. Mathieu Bablet prend le temps de poser son histoire, évite les rebondissements faciles et à outrance, et tant pis pour les lecteurs les plus impatients. Mais ici, la réflexion philosophique et l’action parviennent à trouver un point d’équilibre idéal, avec une tension omniprésente tout au long du récit. Les thématiques y sont nombreuses, en résonance avec notre époque. La trame principale du livre porte sur l’insoumission de ces « déserteurs » ayant opté pour le « nomadisme en monades », des monades énormes et passablement déglinguées se déplaçant à l’allure de l’escargot, face à une multinationale qui s’est substituée on ne sait trop comment au pouvoir politique, peu versée dans la démocratie et déterminée à mettre au pas les moutons égarés… En marge de ce duel larvé, il y a ces mange-cailloux, des hordes de pillards casqués, maladifs et teigneux. Ils sont à la fois les petits soldats et les idiots utiles d’un pouvoir autoritaire et sans visage, dont le seul but semble être le contrôle pour le contrôle. En s’en prenant au peuple des monades, ils espèrent obtenir de leurs maîtres une reconnaissance plus qu’hypothétique. Dans ce contexte anxiogène, les personnages sont bien campés psychologiquement, et on s’attache à ce petit groupe en résistance, même si on peut regretter une vision unilatérale voire manichéenne des choses, sachant que les personnages des camps adverses (ceux qui vivent sous l’emprise de la corp ou les mange-cailloux) sont réduits à de simples « silhouettes ». Quant à Jenny, la figure centrale, elle nous touche par son action sacrificielle et son sentiment de solitude inconsolable dissimulé sous un scaphandre usé. La jeune femme se burine à chacune de ses missions, la rapprochant un peu plus de la calcification donc de la mort, cette dernière représentée par cette faucheuse qui va la hanter tout au long du récit. Côté dessin, le trait de Mathieu Bablet est toujours très fouillé. On reste abasourdi devant l’abondance de détails et la richesse graphique, avec une bonne part d’onirisme, donnant l’impression que rien n’a été fait par hasard. L’influence d’un certain Moebius semble incontestable, mais un Moebius qui aurait intégré une dose de cyberpunk dans sa boîte à outil. L’imagination fertile de l’auteur fait le reste. Le Cherche-Midi, cette monade rafistolée, telle un Centre Pompidou zadiste à roulettes, est impressionnant, s’imposant comme une image forte, à l’instar du Nostromo dans « Alien ». Pour preuve sa mise à l’honneur en couverture. Dans ce style semi réaliste, les personnages ne sont pas lisses, avec des bizarreries dans les proportions, mais c’est un parti pris évident qu’on apprécie parce qu’il est à l’opposé d’un académisme rigide. Quant à la colorisation, très soignée, elle est raccord avec cet univers toxique et calciné, oscillant généralement du rouge ardent au brun oxydé en passant par le vert maladif, tandis que le bleu du ciel, plutôt rare, symbolise principalement l’espoir du renouveau. D’une ambition folle, « Silent Jenny » est une œuvre que certains jugeront peut-être un peu complexe, mais la puissance du propos et la sophistication graphique sont telles qu’elles battent potentiellement en brèche les critiques des plus réticents. Cet album en forme de road trip post-apo n’est assurément pas une balade de santé, mais s’apparenterait plutôt à un pèlerinage hasardeux et difficile sur une route très escarpée, une quête où il n’est pas seulement question de retour aux sources mais de résistance, de résilience et d’humanité. Incontestablement un des albums qui marquera l’année.

01/11/2025 (modifier)
L'avatar du posteur Deretaline

Quelle claque ! Connaissant les précédents travaux de l'auteur je m'attendais à du bon, du très bon même. Qu'il s'agisse de ses talents graphiques ou narratifs j'ai toujours grandement apprécié ses créations, je le considère même comme l'un de mes auteur-ice-s favori-e-s. Mais j'avoue que là, c'est du très fort ! Silent Jenny, comme très souvent chez Bablet, nous propose un monde post-apocalyptique, dystopique également, où psychologie et philosophie seront au centre de l'intrigue. Ici le monde est délabré, on ne sait pas vraiment ce qui a causé la chute de l'ancien monde, aucune personne ne l'ayant connu n'est encore en vie de toute façon, mais l'on sait que l'on recherche désespérément des abeilles, des pollinisatrices capables de ramener la vie dans ce monde. Pour cela, il existe les microïdes, des aventurier-e-s employé-e-s par une méga-corporation explorant l'infiniment petit dans l'espoir désespéré de trouver une solution au problème mondial (dans le meilleur des cas, un miracle, pouvoir trouver une abeille en vie). Sauf que cette méga-corporation, malgré le fait que l'humanité vive ses heures les plus sombres, continue de vouloir contrôler le monde d'une main de fer et de régler son fonctionnement avec toute la froideur bureaucratique qu'elle connaît. En réponse à cela, des tranches de la population ont fondé des Monades, des forteresses mobiles faites de bric et de broc dans lesquelles des micro-communautés independantes tentent tant bien que mal de survivre. La méga-corporation cherche le contrôle, les Monades errent à travers le monde en cherchant un but, de l'espoir même, des peuples nomades terrestres suivent un chemin qu'elleux seul-e-s connaissent, des infecté-e-s immunodéprimé-e-s écument les étendus désertiques pour chasser les Monades, les microïdes explorent l'infiniment petit et tentent tant bien que mal de survivre face à la folie et l'infection qui y règnent. Bref, on comprend très vite que, tout mourant qu'il soit, ce monde est vivant, habité. Il fourmille de factions, de cultures, de visions du monde, de gens cherchant désespérément à survivre mais ne s'accordant pas nécessairement sur le but à atteindre, ni sur les méthodes. Il est surtout question d'espoir, de lien avec les autres et du besoin de contact humain. L'éponyme Jenny est une microïde vivant pourtant sur une Monade, elle tente désespérément d'allier son envie de liberté et son désir de sauver le monde, sans savoir comment lier les deux au début. Dans sa quête toujours plus désespérée, toujours plus folle, elle s'isole chaque fois un peu plus de sa famille, de ses ami-e-s, elle ne reconnait plus le monde. Pire : elle commence à voir la mort elle-même qui l'accompagne dans chacun de ses voyages. La folie et la dépression croissantes de Jenny seront le fil rouge de l'intrigue principale, une intrigue prenante et qui est parvenue à me chambouler sur son point culminant, alors même que l'intrigue n'était pas si révolutionnaire. Rien que par le rythme de la narration, la montée en tension, l'incroyable travail graphique contrastant le sale et le coloré, le terrifiant et le merveilleux, le voyage de Jenny est à couper le souffle. Autour de Jenny, nous suivons également la vie du reste des habitant-e-s du Cherche Midi, la Monade où elle réside. La doyenne, la cartographe, le tempestaire, ... c'est tout un écosystème qui tente de survivre au sein de ce colosse d'acier. Entre chaque voyage de Jenny les années passent, certain-e-s passager-e-s disparaissent, d'autres les rejoignent, les enfants grandissent et les conflits naissent. C'est par ce monde et cette vie qui continue, en dehors de la froideur du monde et de la méga-corporation, au-delà de l'obsession de Jenny que l'on appuie sa chute, sa lente chute dans une sorte de folie. Ce monde est angoissant, ce monde est mourant, les gens ne savent plus s'il faut garder espoir ou se résigner à un avenir sombre, certain-e-s continuent désespérément d'avancer et d'autres souhaiteraient s'arrêter. Les métaphores foisonnent dans cet album, le récit est riche, l'histoire est prenante et les émotions transmises sont fortes. Permettez-moi de davantage chanter les louanges de Bablet et d'applaudir son travail graphique (j'en profite car bien que j'ai lu d'autres de ses œuvres c'est bien celle-ci que j'avise en premier). Qu'il s'agisse des décors pleins de détails, où tout semble mort (ou mourrant) mais où l'on sent qu'il y a bel et bien eu de la vie autrefois, qu'il s'agisse de l'ajout régulier des notes de Jenny, de ses cartes et des documents qu'elle reçoit qui concrétisent toujours plus le sérieux de ses explorations, ou bien qu'il s'agisse encore de l'excellent travail des expressions, sobres mais animées, qui appuie le drame et la lente progression de la folie de Jenny, c'est du bon, du très bon. Je sais que la manière qu'a Bablet de dessiner les corps humains ne fait sans doute pas l'unanimité mais personnellement je l'ai toujours trouvée magnifique. Ses corps sont déformés, imparfaits (surtout dans ce genre de récit où il s'en donne à cœur joie pour les déformations et mutations), mais il les rend par là-même étrangement humains. Ses personnages sont variés, peu esthétiques selon les standards de beauté conventionnels, mais cet aspect atypique me les rend attachants et réels. Je ne sais pas, j'ai toujours eu un faible pour les styles graphiques où l'on tord un peu les règles anatomiques conventionnelles, où l'on s'amuse à rendre les humains joliment imparfaits. Et si j'aime cet auteur et son travail, je dois bien avouer que ce dernier album me semble être son plus abouti, son plus complet. En tout cas c'est celui qui m'a le plus parlé de ceux que j'ai lus (et pourtant Carbone & Silicium m'avait déjà été un gros coup de cœur à sa sortie). De par ses thématiques et sa narration c'est celui là qui a le plus fait vibrer mon cœur jusqu'à présent. Je ne vais pas ternir sa réputation, l'album est excellent.

30/10/2025 (modifier)
L'avatar du posteur nisaY_keciC

Silent Jenny de Mathieu Bablet est une bande dessinée fascinante qui réussit à combiner science-fiction, tension et réflexion humaine. L’histoire suit Jenny dans un monde post-apocalyptique où les abeilles ont disparu et où la survie de l’humanité repose sur des cités mobiles et des technologies complexes. L’univers évoque immédiatement des ambiances connues : le désert et la lutte pour la survie rappellent Mad Max, la poésie et la contemplation de la nature font penser à Nausicaa, tandis que les séquences de voyage solitaire et de reconstruction du monde évoquent Death Stranding. Les dialogues sont bien choisis, donnant du rythme et révélant les relations entre les personnages sans jamais alourdir l’histoire. Ils viennent ponctuer des moments plus contemplatifs, où le silence et les images seules suffisent à transmettre l’émotion. Chaque plan est pensé avec précision : les décors sont grandioses et détaillés, et les couleurs contribuent à rendre l’univers à la fois désolé et poétique. J’ai particulièrement aimé la référence à Akira sur la planche page 32. Jenny est un personnage attachant et complexe, dont les doutes et les espoirs se reflètent dans ses actions. Son parcours nous fait ressentir à la fois la fragilité et la résilience humaines, dans un monde où la nature et l’humanité semblent sur le point de se perdre. Les « monades », ces vaisseaux-villages motorisés, font quant à elles penser au Château ambulant, ajoutant une dimension presque féérique à ce monde mécanique et désolé. Malgré la gravité de la situation, Bablet réussit à laisser une lueur d’espoir et à montrer que même dans la destruction, des possibilités de renaissance existent. En résumé, Silent Jenny est une lecture immersive et émotive, où la beauté des images rencontre la profondeur des thèmes. Les références cinématographiques et culturelles enrichissent l’expérience, et chaque plan est un véritable plaisir pour les yeux. C’est une BD marquante, qui fait réfléchir à notre impact écologique sur la biodiversité et qui reste longtemps en mémoire après avoir tourné la dernière page.

15/10/2025 (modifier)