Les Carnets de Stamford Hawksmoor (The Casebook of Stamford Hawksmoor)
Préquelle de Grandville
Animalier Auteurs et autrices britanniques Les petits éditeurs indépendants Les Uchronies Londres Prequel Serial killers
Il y a deux cents ans, l’Angleterre perdit la guerre contre Napoléon. Comme le reste de l’Europe, elle fut envahie par la France et la famille royale fut guillotinée. Mais après une période d’insurrection marquée par des attentats meurtriers et une répression brutale, le jour tant attendu de l’Indépendance approche. Tandis que l’Empire français prépare sa retraite, un nouvel ordre tente de se mettre en place dans une période d’ébullition ou les ambitions politiques doivent composer avec les côtés sombres d’une société en plein bouleversement.
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| Date de parution | 05 Septembre 2025 |
| Statut histoire | One shot 1 tome paru |
Les avis
Une lecture intéressante, pour laquelle il faut prévoir d’investir du temps. En effet, la pagination est conséquente, et il y a beaucoup de textes. J’avais découvert cet univers développé par Talbot sur Grandville il y a pas mal d’années (il faudrait que je lise si j’en ai l’occasion l’intégralité de ce que Délirium a publié, je m’étais arrêté à ce qui était disponible à l’époque), et ça m’avait plutôt plu. J’ai retrouvé ici cet univers de polar animalier (dans un style différent de Blacksad, mais on pourrait aussi penser au plus récent et surprenant L'Orfèvre (Lozes)). Le dessin de Talbot est ici plus fin et léché que dans mon souvenir sur les débuts de « Grandville ». Très agréable pour les personnages et gros plans, même s’il est avare de détails concernant décors et arrière-plans. Je ne suis pas fan par contre de la façon de plaquer dans les cases les commentaires off du détective Stamford Hawksmoor, le rendu est un peu artificiel (comme si étaient collés des coupures de presse…). Autre petit regret : l’aspect steampunk davantage présent dans « Grandville », et ici quasiment absent. Mais cet album est censé se passer quelques temps avant « Grandville » (ça n’est pas réellement un préquel, il n’est pas nécessaire d’avoir lu Grandville pour lire cet album). Pour le reste, Talbot prend le temps de développer son intrigue, en maintenant comme pour « Grandville » l’ambiance d’uchronie, avec une Angleterre ayant été vaincue et occupée par Napoléon, les Français étant sur le point de définitivement quitter cette Angleterre, sur fond de mouvements indépendantistes terroristes, et de débats houleux et contradictoires. Je n’ai pu m’empêcher de faire à plusieurs reprises des parallèles entre certains dialogues ou pans de l’intrigue et l’histoire récente du Royaume-Uni autour du Brexit. Et je pense que ça a dû influencer Talbot au moment où il élaborait son récit. Sinon, l’intrigue centrale est assez classique, notre héros enquêteur faisant face à quelques dignitaires magouilleurs. Stamford fait immanquablement penser à Sherlock Holmes (il en porte même durant une case la même casquette), avec son assurance, sa façon de commenter son enquête, sa capacité déductive, etc. Au final, on a là un polar bien fichu, l’intrigue est assez dense, avec pas mal de personnages secondaires. L’uchronie ajoute quelques petits détails supplémentaires pour densifier l’intrigue – même si finalement elle n’est pas centrale ou si importante que ça. L’intrigue aurait tout aussi bien pu se développer quasiment de la même façon sans cet aspect.
Une superbe lecture que ces "Carnets de Stamford Hawksmoor" (je n'ai jamais lu les Grandville, mais si c'est aussi abouti, ça donne furieusement envie ! ), c'est un récit dense mais prenant jusqu'au bout avec des personnages riches, variés et fouillés. Si certaines cases sont peut-être légèrement figées, le dessin n'en demeure pas moins excellent et restitue formidablement les bas-fonds de Londres, les quartiers huppés, les pubs ou encore les bocages du sud-est de l'Angleterre. L'auteur a incontestablement soigné son ouvrage, il m'a fallu trois, quatre pages pour me faire à l'écriture, mais après, j'étais dedans jusqu'à la fin. Tout est bien fait : le zoomorphisme, l'uchronie (l'action se situe la veille de l'indépendance d'une Angleterre occupée par les troupes napoléonniennes), les décors, les costumes... Bryan Talbot, qui émaille son récit de nombreuses références littéraires et historiques, ne laisse rien au hasard et a incontestablement le sens du détail jusqu'à, comme il le précise en annexe, représenter sur les étagères d'un magasin de véritables jouets de l'ère victorienne. L'inspecteur Stamford, malgré ses qualités d'analyse et de déduction dignes du célèbre détective à la casquette, aura fort à faire pour élucider plusieurs meurtres qui viennent s'ajouter à un contexte social déjà explosif. Il prendra des coups au sens propre comme au sens figuré, devra composer avec un fils, il faut le reconnaître, particulièrement horripilant, se retrouvera plus d'une fois en fâcheuse posture, mais poursuivra malgré tout sa mission, quitte à franchir certaines lignes rouges. L'intrigue, complexe et rythmée, est menée de main de maître par l'auteur et fait la part belle aux personnages secondaires. Probablement une de mes lectures préférées de ces derniers mois.
Dire que j’attendais « Les Carnets de Stamford Hawksmoor » avec impatience est un doux euphémisme. J’adore la série mère Grandville, et de manière générale toutes les œuvres de Bryan Talbot. J’avais d’ailleurs longuement interviewé l’auteur à Angoulême en janvier 2024, et découvert la centaine de planches alors réalisées, sur sa tablette… presque 2 ans plus tard, je mets enfin les mains sur l’album, fébrilement, ayant peur d’être déçu, de trop en attendre. Et bien non, ouf. Je précise tout d’abord une chose importante : il n’est absolument pas nécessaire d’avoir lu Grandville pour lire et apprécier cette préquelle. L’histoire est complètement indépendante, et propose une enquête « à la Sherlock » absolument passionnante… les références au personnage de Conan Doyle abondent, à commencer par le nom du protagoniste (Stamford apparait dans le premier roman, « Une étude en rouge »). L’enquête est bien construite et parfaitement narrée, même si sa complexité nécessite une lecture attentive. Comme c’est souvent le cas, Bryan Talbot parsème son récit de parallèles et réflexions sur notre société… les allusions à la catastrophe « Brexit » sont évidentes, mais l’auteur en profite également pour parler de la montée de l’extrême droite et du nationalisme dans le monde, ou encore des déboulonnages de statues liées à l'esclavage, par exemple. La mise en image est magnifique. La représentation brumeuse du Londres victorien est des plus réussies, notamment grâce aux superbes couleurs aquarelles sépia, pour un rendu vintage. Les personnages animaliers sont toujours aussi réussis, ainsi que les fiacres Hansom et les costumes d’époque. Voilà, une enquête classique, certes, et parfois difficile à suivre, mais je me suis régalé, et je me prends à rêver d’une suite (même ce n’est pas du tout d’actualité). Un coup de cœur !
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