Corto Maltese

Note: 3.85/5
(3.85/5 pour 54 avis)

Angoulême 1976 : Prix œuvre réaliste étrangère pour La Ballade de la Mer Salée Le marin légendaire à la boucle d'oreille, qui traverse le monde, le temps, l'Histoire, les révolutions, les rêves...


1914 - 1918 : La Première Guerre Mondiale 1919 - 1929 : L'Après-Guerre et les Années Folles Angoulême : récapitulatif des séries primées Auteurs Italiens Best of 1970-1979 Casterman Les années (A SUIVRE) Noir et blanc Pratt

ORIGINE HISTORIQUE DE CORTO MALTESE : Un jeune marin, certainement italien, né à malte, voyageant avec un passeport britannique, s'est fait remarqué lors de ses actions à la bataille de Pékin en 1900. On le retrouve en 1905 dans les souvenirs du capitaine J.Conrad, à ses côtés sur un navire australien, ensuite à Trieste, avec l'écrivain irlandais James Joyce, puis sa célèbre alliance avec Jonh Reed le plaça sur la liste noire de la mafia des capitaines yankees, l'amenant par la suite dans le trafic de contrebande aux antilles et au brésil. La dernière allusion historique au personnages se trouve dans les rapports accusant Jack London, alors correspondant de guerre à Port-Arthur, en 1913. On reprochait alors au célèbre romancier d'être trop bavard, et surtout d'avoir des amis dangereux, comme ce certain maltais... LA NAISSANCE DU PERSONNAGE D'HUGO PRATT: Corto Maltese est né le 10 juillet 1887 à La Valette à Malte, d'un père marin britannique originaire des Cornouailles et d'une mère gitane, "la niña de Gibraltar", née à Séville. Corto Maltese est donc comme son père sujet britannique. Il réside officiellement à Antigua, aux Antilles, mais la seule demeure qu'on lui connaisse se situe à Hong-Kong. à 10 ans il habite à Cordoue le quartier juif. Une célèbre anecdote : quand la gitane Amalia, entreprend de lire l'avenir du garçon dans le creux de sa main, elle s'aperçoit qu'il lui manque la ligne de chance. Contrarié, il prit le rasoir de son père, et "dessine un long sillon profond" au creux de sa paume. Sa "chance" était traçée ! Au cours de l'été 1900, Corto Maltese fait un premier séjour en Chine, en pleine guerre des Boxers (juin-août 1900). Son premier fait d'arme : la destruction d'un canon. Il a 13 ans. L'appel du large le fait s'embarquer, en 1904, sur la goélette "vanita dorada" vers le Caire. On le retrouve en Mandchourie vers la fin de l'année 1904, durant la guerre russo-japonaise (février 1904-septembre 1905). Il devient l'ami de Jack London alors correspondant de guerre. Il rencontre aussi pour la première fois Raspoutine, déserteur de l'armée du tsar, avec lequel il embarque pour l'Afrique à la recherche de mines d'or en Ethiopie. (cf LA JEUNESSE DE CORTO MALTESE). Mais une mutinerie éclate à bord du navire, et c'est en Argentine que les deux hommes arrivent. Nous sommes en 1905, en Patagonie, Corto et Raspoutine rencontrent Butch Cassidy, Sundance Kid et Etta place, les célèbres hors-la-loi recherchés aux Etats-Unis. En 1907 Corto est en Italie, à Ancône, où il croise un certain Djougatchvili, le futur Staline, pour l'heure modeste portier de nuit dans un hôtel. (Grâce à cette amitié, Corto sortira sans dommage d'un mauvais pas, 14 ans plus tard, dans La maison dorée de Samarkand.) Retour en Argentine en 1908, il retrouve Jack London. En 1910 officier en second sur le Bostonian, un navire qui fait route de Boston à Liverpool. A bord, Corto prend la défense de John Reed, futur dirigeant de l'international communiste, alors jeune mousse, accusé par le capitaine du bateau d'avoir provoqué la mort d'un autre mousse. Corto parvient à innocenter Reed au moment de son procès. Il est dès lors inscrit sur la "liste noire" des capitaines. Voilà Corto devenu pirate. Il travaille en 1913 pour le compte du mystérieux "Moine" et parcours le Pacifique Sud. Le 31 octobre, l'équipage de Corto se mutine ("l'autorité perd sa valeur quand elle doit être exercée..."). Il est abandonné en pleine mer, attaché sur une planche. Le lendemain, le 1er novembre 1913, il est recueilli par Raspoutine, lui-même membre de l'organisation secrète du Moine. C'est le début de « LA BALLADE DE LA MER SALEE ». Sur l'île imaginaire d'Escondida Corto Maltese et ses compagnons apprennent de la bouche du Moine le début de la guerre en Europe. Commence alors un traffic louche au profit de l'Allemagne. on découvre alors Pandora et Caïn Groovesnore, jeunes milliardaires en otage au profit de Raspoutine, ainsi que le maori Tarao. Et un jour quelconque de janvier 1915, Corto Maltese et Raspoutine quittent Escondida, en direction de l'île Pitcairn Début des aventures sud-américaines. En 1916, Corto Maltese, en compagnie du professeur Jeremiah Steiner de l'Université de Prague et du jeune Tristan Bantam, se balade successivement à Paramaribo, Saint-Laurent-du-Maroni, Salvador de Bahia, au Brésil et à l'embouchure de l'Amazonie. En 1917 il est à Saint-Kitts aux Antilles, au Honduras-Britannique (Belize), à Maracaibo au Vénézuela, au Honduras, à la Barbade, sur le delta de l'Orenoque et dans la forêt amazonienne péruvienne. Des aventures compilées dans « SOUS LE SIGNE DU CAPRICORNE » et « CORTO TOUJOURS UN PEU PLUS LOIN ». c'est ici qu'apparaissent les personnages de Bouche Dorée et Morgana Bantam, la voyante et sa disciple. On parlera aussi pour la première fois du royaume de Mû. Corto traverse l'Atlantique et achève l'année 1917 en Europe. « LES CELTIQUES » débutent à Venise où il entame une chasse au trésor avec Venexiana Stevenson, dangereuse aventurière. Puis c'est la mer Adriatique pendant la bataille de Carporetto (24 octobre 1917), Dublin dans une Irlande en lutte pour l'indépendance et Stonehenge, en Angleterre, au milieu des fées et des corbeaux bavards dans un songe d'un matin d'hiver. Il va y rencontrer Banshee Finn, femme porte-malheur, le major O'Sullivan et une fois encore Caïn Groovesnore. Au printemps 1918 Corto est en France où il assiste le 21 avril à la fin du baron rouge, abattu dans le ciel de Vaux-sur-Somme. L'album se termine sur les plages de la mer du Nord. Lorsque « LES ETHIOPIQUES » débutent un mois plus tard, Corto Matese est au Yémen, sous occupation turque. Cush, le guerrier Danakil, fait son apparition dans le premier épisode. En septembre, le 13, il passe en Somalie britannique, puis en Ethiopie et enfin une incursion en Afrique orientale allemande avec les hommes léopard. Il fera la connaissance de Shamael, "l'ange tentateur". C'est à Hong-Kong, chez lui, (il habite un quartier "là où se trouvent plein de voleurs et de jolies femmes") que Corto apprend la fin de la guerre le 11 novembre 1918. Raspoutine est là aussi, élégant dans son imperméable, impatient de vivre de nouvelles aventures. C'est le début de « CORTO MALTESE EN SIBERIE ». Mandatés par une société secrète chinoise, les Lanternes rouges, ils partent ensemble à la recherche du trésor fort convoité de la famille impériale russe. S'en accaparer ne sera pas aisé, car l'or circule dans un train blindé, celui de l'Amiral Kolchak. En 1919, Corto arrive à Shangaï, puis dans la région des trois frontières, aux confins de la Mandchourie, de la Mongolie et de la Sibérie. Une zone particulièrement trouble à cette époque, où s'affrontent les bolcheviks et les troupes de la Russie blanche, soutenues par les puissances occidentales. Corto rencontre Von Ungern-Sternberg, le baron fou, toujours à la recherche de ses gloires et de ses folies, ainsi que la révolutionnaires Shangaï-Li. Après la destruction du train du général Tchang en février 1920, il regagne Honk-Kong. Cette aventure asiatique s'achève dans la province chinoise du Jiangxi, en avril 1920. Avant de regagner bientôt l'Asie, Corto Maltese fait escale du 19 au 25 avril 1921 à Venise pour une histoire présentée comme une pièce de théâtre : "FABLES DE VENISE" . L’action se déroule en avril 1921. le marin, va d’énigmes en énigmes pour découvrir la fabuleuse émeraude « clavicule de Salomon ». Il y rencontrera pour la première fois Louise Brookzowyk, dite la Belle de Milan, mais aussi Hipiaza Theone la philosophe, Petit Pied d’Argent, des chemises noires et des franc-maçons. Et comme de Venise à Rhodes, il n'y a que la Méditerranée à traverser, Corto arrive donc dans l'île de la mer Egée à l'automne. C'est le début d'un nouveau périple à travers l'Asie, « LA MAISON DOREE DE SAMARKAND » qui le mènera des côtes turques aux montagnes afghanes. Pendant près d'un an, Corto part à la recherche du trésor d'Alexandre le Grand. Il débarque à Adana, traverse la Turquie jusqu'à Van, sillonne l'Azerbaïdjan. Là, arrêté par des soldats de l'Armée rouge, il manque d'être fusillé par un commissaire du peuple un tantinet expéditif. Mais un coup de fil à Staline (devenu, depuis Ancône commissaire du peuple aux nationalité) le sauvera. Ensuite Corto traverse la mer Caspienne de Bakou à Krasnovodsk. Puis il rejoint Raspoutine dans l'émirat de Boukhara. Au Tadjikistan, les deux hommes sont témoins de la mort d'Enver Pacha, le 4 août 1922. Pour finir, ils gagnent l'Afghanistan où ils entrevoient (une hallucination ?) le trésor tant recherché. L’histoire prend fin alors que Corto et Raspoutine s'apprêtent à franchir la frontière avec le Pakistan en compagnie d'une colonne de soldats britanniques. Durant tout l’album, Corto jouera à cache-cache avec son double, le soldat Chevket. Juin 1923, Corto Maltese est en Argentine. Dans « TANGO » il enquête sur la disparition de Louise Brookzowyc, (hommage évident de Pratt à Louise Brooks) rencontrée dans « Fable de Venise ». Il devra se méfier de l'organisation "Warsavia", un réseau de prostitution pour lequel la jeune femme travaillait. Corto tue Estevez, le chef de la police, responsable de la mort de Louise. Il retrouve Fosforito et Butch Cassidy, rencontré 15 ans auparavant. Il quitte l'Argentine le soir du 20 juin. En 1924, Corto Maltese se promène dans les cantons suisses. C'est les Hélvétiques. Avec le professeur Steiner il se rend à Montagnola chez l'écrivain Herman Hesse. Malgré son sceptiscisme, Corto est confronté à la mythologie suisse, et rencontre la Mort, le chevalier Kinglsor, King Kong et Jeanne d’Arc. En songe, il boit le philtre de Paracelse, et devient immortel. Mais est-ce vraiment un songe ? LA FIN DE CORTO : C'est en 1925 que Corto Maltese, à l'invitation de Levi Colombia, part avec Raspoutine à la recherche de l'Atlantide, le continent « MU ». il y retrouve Tristan Bantam et Bouche Dorée. C’est le dernier tome de ses aventures. Décembre 1928, Corto est à Harar en Ethiopie en compagnie du romancier Henry de Monfreid et du paléontologue et théologien Teilhard de Chardin. Une aquarelle de Hugo Pratt parue dans la revue Corto l'atteste. En 1936 il s'engage dans les Brigades internationales et participe à la dernière des aventures romantiques, la guerre d'Espagne. En 1941, Cush,(rencontré dans « les Ethiopique ») raconte dans la l'album "LES SCORPIONS DU DESERT" :"Il paraît qu'il a disparu pendant la guerre d'Espagne". "Dans un monde où tout est électronique, où tout est calculé et industrialisé, il n'y a pas de place pour un type comme Corto Maltese." (sic HP).

Scénariste
Dessinateur
Editeur / Collection
Genre / Public / Type
Date de parution Mai 1975
Statut histoire Une histoire par tome 12 tomes parus
Couverture de la série Corto Maltese
Les notes (54)
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17/08/2001 | brunelle
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Par Ju
Note: 5/5
L'avatar du posteur Ju

Corto déchaine les passions, cela se ressent jusque dans les commentaires de bdtheque. La plupart des détracteurs trouvent ça ennuyeux au possible, pas particulièrement beau et franchement compliqué. Et je comprends tout à fait. En fait, chaque fois que je feuillette un des albums, sans véritablement rentrer dedans, je me demande pourquoi je les possède tous. C'est souvent assez compliqué, un peu perché et, parfois, les dessins de certaines cases sont assez brouillons. En réalité, je pense que Corto Maltese est une des bd les plus inaccessibles que je connaisse, dans le sens où c'est vraiment spécial, il faut accrocher. Et moi, dès que je me mets sérieusement dedans, je ne peux plus en sortir. Je me retrouve happé dans un univers poétique mais très ancré dans le réel et historiquement. En tant qu'amateur d'histoire, j'apprécie réellement la justesse et l'ancrage historiques. Et ce petit côté mystique qu'il y a dans les albums me branche bien. Il y a toujours des histoires de conte, de magie, de légende... Entrer dans Corto, c'est entrer dans un univers particulier et unique, avec des histoires toujours rocambolesques et des personnages souvent très hauts en couleur. Mention spéciale à "ce fou de Raspoutine", cet espèce de diable qui accompagne le héros même contre son gré et dont il ne peut, à son regret, se passer. L'autre personnage qui m'a marqué est Cush, le guerrier dans "Les Ethiopiques" qui massacre allègrement mais ne raterait pour rien au monde la pause thé. Certes, parfois, les dialogues sont assez compliqué et c'est assez intello. Mais je trouve que ça colle bien au dessin et au propos. Quant au dessin, je reconnais qu'il est assez spécial. Mais personnellement, je suis un grand fan. Je trouve ça magnifique (même si parfois inégal). Je pourrais contempler certaines planches pendant des heures, comme des tableaux. Après ça reste très personnel. Au final, je ne peux que conseiller. Mais il faut vraiment s'y plonger. Pour commencer, je ne conseille pas forcément La Ballade De La Mer Salée, car c'est assez lourd pour un début. Et comme il n'y a pas besoin de lire dans l'ordre, il vaut mieux commencer par Les Ethiopiques (qui est, je pense, mon préféré), par exemple, ou par La Jeunesse, qui sont bien plus courts.

26/02/2018 (modifier)
Par Puma
Note: 1/5

J'ai un vrai problème avec l'oeuvre de Pratt ; impossible de lire un de ses ouvrages sans le lâcher pour le reprendre plus tard, avec parfois six à dix aller-retours tant je me force et me fait violence pour tout de même terminer le récit. Celui-ci, par ailleurs le premier que j'ai lu de cet auteur, n'échappe pas à la règle. J'ai essayé de comprendre pourquoi j'ai ce rejet sur ce qu'il a produit. Je crois pouvoir aujourd'hui, après avoir très courageusement, voire héroïquement, lu 4 Corto, un Fort Weehling, et un Scorpion du Désert, y répondre. D'abord chez Corto, le héros me semble un pur produit irréel fantasmé (le mot est faible) par son auteur. A ce personnage là, j'y crois pas 5 secondes. Alors quant à suivre de bout en bout une de ses aventures, sans jeu de mot, ... c'est vraiment galère. Ensuite, je trouve fondamentalement le dessin de Pratt moche, totalement et invraisemblablement moche ! Tous les personnages sont figés comme des balais. Les scènes d'action sont celles dignes de plusieurs balais, bref toutes graphiquement ratées. Ses décors sont aussi riches que le plus mauvais manga, soit le degré zéro absolu de l'art graphique en BD. Pour moi, Pratt, j'ai donné, essayé, et n'y reviendrai plus ; c'est définitivement inbuvable et à fuir, en ce qui me concerne !

28/04/2016 (modifier)
Par Chéreau
Note: 2/5

Corto Maltese fait partie des séries, avec Buck Danny ou les Légendes des contrées oubliées, dont j'ai du mal à comprendre qu'elles soient cultes. Alors, oui, certes, les dessins d'Hugo Pratt font de très jolis posters, appréciés y compris des gens qui ne le lisent pas, mais ses albums me tombent des mains. J'en ai essayé plusieurs, fini quelques uns, je n'accroche pas. Je m'ennuie, je trouve les personnages caricaturaux, les histoires plates et sans grand intérêt. Le dessin lui-même, le point fort de Pratt, me semble parfois d'une désinvolture assez rebutante. Corto lui-même est un énième avatar de l'épuisant cliché du beau brun ténébreux, taiseux et moqueur. Un cousin de Han Solo, XIII, Blueberry et consorts, mais en plus fade. Etait-ce novateur dans les années 70 ? Sans doute. Mais je trouve que ça a mal vieilli. Je ne mettrai pas 1/5 parce que, moi aussi au fond, je mettrais bien un Pratt au mur de mon salon. Mais certainement pas dans la bibliothèque.

15/02/2014 (modifier)
Par jul
Note: 1/5

Je n'ai jamais compris l'engouement autour de Corto Maltese ou même le statut d'auteur culte d'Hugo Pratt. Je n'ai jamais apprécié son style graphique, ni ses scénarios, ni ses personnages. Cela me laisse froid. J'ai du lire 1 ou 2 albums de Corto il y a longtemps (la mer salée et un autre dont j'ai oublié le nom) mais cela ne m'a pas vraiment marqué. Cela m'a surtout ennuyé. Perso je ne trouve pas le dessin beau, je dirais qu'il est assez moche. Tout le temps des cases identiques sans recherche de mise en scène. Personnages au 1er plan, sans décors. C'est droit, ennuyeux, tout le temps les mêmes expressions. Des tartines de textes, un univers maritime qui ne me touche pas (en même temps on ne peut pas dire qu'on ait droit à des images qui fassent voyager). Bref Corto c'est pire que moyen. Les femmes ont des visages durs et tirent la tronche, Corto a une mono-expression. Plein de cases d'action extrêmement rigides (fameuse vue de côté), bref, je n'aime pas du tout Corto. Après j’admets qu'il y a une certaine ambiance mais je ne suis pas sensible à ce trait épuré à l’extrême (pour une bd d'aventure et de grands espaces il m'en faut plus pour que je rentre dedans). Et puis j'avais quand même vraiment apprécié quelques aquarelles sur la couverture des celtiques.

27/01/2014 (modifier)
L'avatar du posteur Agecanonix

Le Maltais taciturne et solitaire crée par Hugo Pratt en 1967 est devenu une figure emblématique du 9ème art, mais je n'ai jamais pu m'y attacher; je n'ai lu que La Ballade de la mer salée et Fables de Venise, mais ça m'a suffit pour approcher cet univers dans lequel je ne parviens pas à rentrer. Le premier récit qui rompt avec la narration classique, met en scène de nombreux personnages à la riche complexité et n'accorde qu'un rôle secondaire à Corto qui n'est pas encore totalement cerné, mais il est le plus intriguant, et captivant dans le sens où il renvoie au romanesque évocateur des aventuriers d'antan, inspiré par les romans de Melville ou le Lord Jim de Joseph Conrad. Son statut de marin-aventurier indéfinissable rend le personnage difficile à cerner, mystérieux et ambigu, et tous les personnages qui évoluent autour de lui sont également troubles, aux motivations incertaines. Ses aventures se déroulent au début du 20ème siècle dans des lieux chargés d'exotisme aux parfums très divers, à une époque où la géopolitique était cosmopolite, et où il peut tutoyer l'aventure en étant tantôt indifférent, tantôt impliqué. Graphiquement, le style de Pratt est épuré à l'extrême, sa maîtrise du noir et blanc et l'emploi subtil des masses d'ombre héritées au début du style de Milton Caniff, a surpris plus d'un lecteur, notamment lorsque Corto arrive dans Pif-Gadget en 1970. Cette innovation reste louable (Pratt était encore un quasi inconnu en France), mais proposer à de jeunes lecteurs une Bd déroutante, voire difficile était un pari audacieux, car la bande a rebuté la plupart du lectorat de ce journal habitué à un genre de Bd plus traditionnelles, moi le premier, c'est sans doute à cette période où je n'ai pas compris cette Bd que je m'en suis fait une idée d'exclusion (bien que les récits complets proposés étaient dessinés parfois en exclusivité pour Pif-Gadget). Cependant, lors de cette période, entre 1970 et 1973 où paraitront une vingtaine de récits de 20 planches, l'occasion sera donnée à Pratt de mieux définir son personnage, en lui donnant plus de relief et en levant quelques zones d'ombre, sans jamais lui ôter ce côté ambigu qui l'habite. L'effet sera sensiblement identique et ne fera pas l'unanimité parmi les lecteurs du journal Tintin lors de la publication de 2 récits en 1975 et 76. Il faudra attendre 1978 lorsque les aventures de Corto seront publiées dans le mensuel A Suivre pour qu'un public adulte découvre vraiment la torpeur et le côté hypnotique des récits du Maltais, en le propulsant vers un inexplicable firmament qui surestimera souvent de façon exagérée cette série. Malgré d'autres essais plus tard dans le mensuel A Suivre, puis des lectures en bibliothèque, je reste hermétique à Corto Maltese, mais je peux comprendre la fascination qu'il exerce sur d'autres lecteurs.

26/06/2013 (modifier)
Par McClure
Note: 4/5

Je viens de boucler la relecture de l'œuvre et j'y prends toujours autant de plaisir. Déjà, le dessin de Pratt, c'est pour moi du pur chef d'œuvre. Peu de choses, peu de fioritures, mais on est dans le grandiose. Son trait nous fait vraiment ressentir l'histoire, les personnages etc. Ensuite le background historique est excellent, les références aux différents conflits, passant de l'occupation japonaise en Chine, des alliances pré-première guerre partout dans les colonies, c'est vraiment documenté. Et les différents personnages secondaires (Raspoutine/Jack London entre autres) viennent appuyer ce point. Enfin, Corto c'est un peu le dernier aventurier romantique, à une époque où l'inconnu géographique était presque mort mais où les voyageurs étaient encore confrontés à de redoutables autochtones que les civilisations modernes n'avaient pas encore (étaient en train de) écrasées. On retrouve d'ailleurs une partie des écrits de London au travers de Corto. Et puis il y a une critique de cette colonisation et des blancs "civilisés" au travers de ce batard apatride pour qui aucun patriotisme ne vaut la mort des petits soldats et autres populations opprimées (et là il s'éloigne de London). Après, ce genre de bouquin a un peu vieilli, mais pour certains (dont moi) cela reste incontournable même s'il est compréhensible que cela rebute certains lecteurs. Vraiment j'aime bien.

24/07/2012 (modifier)
Par Alix
Note: 1/5
L'avatar du posteur Alix

J’ai essayé de lire deux albums de Corto : « La Ballade de la mer salée » et « Corto Maltese en Sibérie ». Et je n’ai pas du tout accroché. Je n’ai pas ressenti la poésie dont parlent certains posteurs. J’ai trouvé les histoires vieillottes et les personnages stéréotypés (à commencer par Corto Maltese). Les dialogues sont lourds et ont mal vieilli, les scènes d’action sont ridicules dans leur mise en scène, et je n’ai pas spécialement accroché au dessin. Je manque peut-être de culture ? Les aventures de Corto plairont sans doute aux amateurs d’Histoire avec un grand H. Elles semblent en effet comporter de nombreuses références à des conflits connus et autres situations géopolitiques. Moi, tout ça m’est complètement passé au dessus de la tête. En conclusion : une lecture vraiment pénible et interminable, et de l’argent bien mal dépensé.

18/12/2009 (modifier)
Par pissenlix
Note: 5/5 Coups de coeur expiré

Ah! Corto Maltese, dire qu'il m'a fallu plus d'un an entre ma première lecture (évidemment j'avais commencé par Mû) avant de m'y replonger dedans. Mais cette fois là je l'avais prise par le bon bout, d'abord la ballade de la mer salée puis les éthiopiques puis les celtiques, et évidemment c'est la crise, la boulimie, un monde envoûtant, fait de fulgurances et de poésie un monde où dès que l'on a entrouvert la porte on est happé. Sur le personnage de Corto et ses acolytes on a déjà tout dit mais quelle humanisme quel souffle épique, quand je m'engouffre dans ses aventures je rêve d'être à ses côtés et je vis l'aventure. Bref béni soit saint Hugo Pratt. Vous l'aurez compris c'est une série qui m'a plu.

13/11/2009 (modifier)

Personnellement, je ne suis pas un fan de Corto Maltese. Certaines des aventures ne me touchent pas. Cependant, La ballade de la mer salée m'a conquis. J'aime beaucoup le caractère onirique et l'ambiance de l'histoire. Les aventures ne sont pas faites de succession d'évènements mais plutôt de rencontres entre les personnages haut en couleur, heu, en noir et blanc, je veux dire. Car le graphisme inimitable d'Hugo Prat, sert à exacerber les caractères des personnages en leur faisant arborer tout un panel d'expressions. En clair, l'ouvrage fait partie de la liste des ouvrages nécessaires dans toute bibliothèque.

13/11/2009 (modifier)
Par GiZeus
Note: 3/5

De Corto Maltese je n'ai lu que Ballade de la Mer Salée, qui a l'air d'être considéré comme un des meilleurs albums. J'ai également lu la version colorisée. Ce que j'ai retiré de cette lecture c'est une ambiance. En effet le dépaysement est total. Sur ce point là le dessin remplit bien son office, on est transporté autre part, dans une portion exotique de notre planète. J'ai trouvé la colorisation agréable, flattant la plupart du temps ma rétine. Je n'ai pas connu la version N&B, ce qui ne me permet pas de juger si celle ci est supérieure à la version colorisée. Cependant, je pense que les différentes teintes me permettent une immersion que la version N&B ne serait pas capable de me fournir, simple question de sensibilité. Quant au scénario, je ne l'ai pas trouvé attractif. Pas que je n'aime pas l'aventure, loin de là. J'ai ressenti une certaine lourdeur dans la trame, je n'ai pas ressenti le suspens intenable qui me donne la folie furieuse de continuer. Les personnages ne m'ont pas paru attachants non plus. Il me semble qu'une plus grande part consacrée au développement psychologique des protagonistes n'aurait pas été inutile. Au final, une oeuvre que je ne peux que conseiller de lire puisque son prestige en fait une oeuvre culte.

13/08/2009 (modifier)