Les derniers avis (105051 avis)

Par Ro
Note: 2/5
Couverture de la série Batman - L'Adaptation officielle du film en BD
Batman - L'Adaptation officielle du film en BD

A première vue, ces adaptations des films de Tim Burton me paraissaient de bonne qualité. J'ai trouvé que leur graphisme était plutôt bon, soigné, et ça ne choquait pas de voir les visages des acteurs représentés avec tant de ressemblance. Il faut dire que je connais tellement par coeur ces films qu'une représentation moins fidèle aux images que j'avais en tête m'aurait davantage déstabilisé. Et je connais aussi tellement les films que j'ai commencé par combler inconsciemment les trous de ces adaptations BD : la musique absente, la mise en scène qui pose cette ambiance si spéciale que sait instaurer Burton, mais aussi pas mal d'éléments manquants, de bouts de scène et de dialogues. Et c'est là que je me suis rendu compte de ce qui clochait avec cette BD, comme dans tellement d'adaptations de films. Avec l'obligation pour les auteurs de s'en tenir strictement aux images et au déroulé des scènes du film, il n'y a pas moyen de compenser les manques du média BD par rapport à un film animé avec son et musique. Tout parait creux, sans saveur. En outre, la majorité des scènes y sont expédiées à toute vitesse et il faut vraiment avoir le film en tête pour les apprécier à leur juste valeur : sans cette connaissance préalable, elles paraissent baclées, bousculées, sans intérêt. Si bien qu'au lieu de ces récits plein d'ambiance et de personnalité qu'étaient les films de Burton, on se retrouve avec de banales histoires d'action sans intelligence et à la narration trop abrupte et décousue pour captiver le lecteur.

14/04/2024 (modifier)
Par Cacal69
Note: 1/5
Couverture de la série Batman - L'Adaptation officielle du film en BD
Batman - L'Adaptation officielle du film en BD

Ces deux albums sont des catastrophes. Des adaptations des deux films sortis en 1989 et 1992 sous la houlette de Tim Burton. Je n'ai pas revu ces films depuis une éternité, mais j'en garde de bons souvenirs, une révolution visuelle à l'époque. Dennis O'Neil suit le déroulé des deux aventures du Batman, mais une narration indigeste, peu crédible et d'un ridicule. J'ai été chiffonné par la représentation graphique des personnages, ils sont les copies conformes des acteurs et donc bien différents des originaux. Je comprends ce choix, mais c'est déstabilisant. Et justement, le rendu graphique n'est pas beau, un travail bâclé des deux dessinateurs. Des produits commerciaux sans intérêt.

14/04/2024 (modifier)
Par Ro
Note: 3/5
Couverture de la série L’Illusion magnifique
L’Illusion magnifique

Une sorte de roman graphique d'aventure dans le cadre du New York des années 30 et plus particulièrement du monde des premiers créateurs de comics de super-héros. L'héroïne est une jeune femme issue d'une famille miséreuse du Kansas et qui débarque dans la grande ville dans l'espoir d'y vivre une vie meilleure, avec comme seul bagage une passion pour les pulp comics et un certain talent pour l'imagination. Son parcours sera complexe, en partie influencé par le parti communiste qu'elle rejoint suite à l'aide qu'une militante et future amie lui apporte à son arrivée, par l'amour qu'elle est éprouvera pour une belle danseuse rencontrée plus tard (et aussi par le fait qu'elle soit lesbienne dans un milieu qui ne l'acceptait pas encore vraiment), et par le combat acharné qu'elle va mener pour se faire une place dans le monde très masculin des créateurs de comics et plus particulièrement de ces super-héros dont la culture vient tout juste de naïtre. Ce combat se mêlera à celui de son premier associé et dessinateur, un immigré italien présentant les stéréotypes du genre, vantard et un peu roublard, mais finalement lui aussi complexe et dépendant d'elle car incapable d'imaginer une bonne histoire. Graphiquement, c'est un style un peu naïf, au trait rond, clair et plaisant à lire. Sur le plan narratif, c'est très lisible et agréable, même si les premières pages laissent un peu le doute sur ce qui est de l'ordre de la réalité ou du rêve. J'ai aimé cette plongée dans le New York de cette époque et le milieu des créateurs de comics. Cela a un côté légèrement documentaire sur comment cela se passait à l'époque, mais c'est avant tout l'aventure de l'héroïne que l'on suit avec la curiosité de voir comment elle va évoluer et comment elle va s'en sortir dans ce milieu et dans la vie en général.

14/04/2024 (modifier)
Par Ro
Note: 3/5
Couverture de la série Le Prince alchimiste
Le Prince alchimiste

Décidément, le genre Isekai est très à la mode en ce moment, ces histoires où un Japonais de notre temps est réincarné dans un monde de fantasy... même quand ça n'apporte pas grand chose au récit comme ici. En effet, ce manga raconte l'histoire du troisième prince d'un petit royaume miséreux qui apprend l'alchimie et va l'utiliser avec brio pour redonner la gloire à son pays. Qu'il s'agisse d'un Japonais réincarné ne sert que de prétexte à expliquer comment il a pu acquérir aussi vite ses talents d'alchimiste : simplement parce que le concept d'alchimie dans ce monde ressemble à la logique de la programmation informatique et qu'il était codeur dans sa vie d'avant. Un petit cheat-code pour faire avancer plus vite l'intrigue, quoi. Mais ce rapport à son ancienne vie n'est plus utilisé dès la fin du premier tome, et pour le reste l'histoire aurait pu très bien être une simple récit de fantasy avec un héros juste particulièrement doué. Et le résultat d'ensemble manque d'accroche. Certes le dessin est très bon. Ils sont deux à s'y être attelé, sans qu'on voit qui a fait quoi, et le résultat est très soigné, très maîtrisé. Certes la narration est également sans faute, avec une mise en scène claire et un rythme correct, voire même parfois un brin rapide. Mais rien ne vient différencier cette histoire des nombreux autres Isekai. Et surtout la série manga en quatre tomes n'est presque qu'un avant-goût du récit d'ensemble, le reste étant resté à l'état de roman et pas adapté, peut-être par manque de succès du manga. Car hormis la mise en place du début du développement de son pays par le héros, qui se solde au final par juste l'apport de sel et de nourriture basique, et l'acceptation du héros par tout son peuple et comme nouveau roi, l'intrigue ne va pas plus loin. On nous promet le risque de guerres avec les pays voisins, le besoin de développer l'armée, mais cela sera pour une autre histoire. Seule petite originalité dans cette histoire, la relation entre le héros et la jeune chevalière qui lui sert de garde du corps et de championne. Celle-ci s'amourache assez rapidement du héros et c'est appréciable de voir enfin une femme prendre les devants sur le plan amoureux dans un shonen, même si la relation entre ces deux là reste compliquée jusqu'au bout. Pour autant, cette série n'est pas mal, mais pas vraiment captivante et elle laisse sur un sentiment d'inachevé quand vient la fin du dernier tome.

05/06/2022 (MAJ le 14/04/2024) (modifier)
Couverture de la série Catch Family
Catch Family

Les vacances en gîte permettent de découvrir de belles régions. Et, parfois, de vieilles BD qu'il ne nous serait jamais arrivé de lire autrement. C'est le cas de cet album. Bon, clairement, je ne suis pas le cœur de cible, ça s'adresse à un jeune lectorat, pas trop exigeant. Je serai quand même moins dur dans ma notation que le précédent avis. L'humour est souvent poussif, ne passe pas la barrière de l'âge. Mais les plus jeunes peuvent être plus sensibles aux gags - certains n'étant pas trop mauvais. La bande de copains, le héros vivant avec sa mère - catcheuse et plutôt sexy, des petites histoires rythmées : c'est bien formaté pour le lectorat visé. Le dessin n'est pas mon truc, mais là aussi les plus jeunes y trouveront leur compte. Mais bon, c'est souvent simpliste, ça véhicule certains clichés (la banquière méchante ET moche - parce que grosse par exemple). Pas mon truc. Mais des gosses en vacances - dans un gîte - s'y retrouveraient peut-être davantage ?

13/04/2024 (modifier)
Par Tarmine
Note: 2/5
Couverture de la série Le Chat
Le Chat

Le Chat !! Tout un programme mais franchement ça ne m'a jamais trop amusée. Un gag par ci par là, c'est sympa. Je n'ai jamais trop compris pourquoi il faisait un tabac. Et puis voir son auteur faire ses courses dans ma grande surface, à l'époque, avec une certaine prétention à l'anonymat en pleine heure d'affluence, n'était pas des plus sympathique. Pas un sourire ..., à la crémière peut-être, mais pas aux citoyens lambdas. C'est dommage car l'auteur à une bonne tête et ses duos avec Jacques Mercier me plaisaient. Le Chat, c'est un peu du réchauffé.

13/04/2024 (modifier)
Couverture de la série Les Blagues du Bled
Les Blagues du Bled

Pas mieux que mon prédécesseur. Une lecture au hasard d'une découverte dans un gîte, qui m'a laissé totalement froid, ne me faisant esquisser aucun sourire. C'est de l'humour pas drôle et sans réelle saveur - ou surprise. En effet c'est de l'humour passe-partout, qui pourrait prendre place dans nombre de séries de supermarché. Et rien de spécifiquement maghrebin je trouve. Seul le mot " bled" du titre, et des mots arabes traduits en bas de page tentent de faire exotique, artificiellement et sans que ça ne relève vraiment le plat. Le dessin enfantin est dynamique, la colorisation plutôt bonne. Mais la lecture manque d'intérêt.

13/04/2024 (modifier)
Par Alix
Note: 3/5
Couverture de la série Pippin le Bon à rien
Pippin le Bon à rien

« Pippin le Bon à rien » est un joli conte inspiré de Grimm, par 2 auteurs suisses inconnus au bataillon. L’histoire est un peu foutraque et suit les mésaventures d’un anti-héros qui ne souhaite que se prélasser dans les jardins du château, mais qui se retrouve bien malgré lui embarqué dans une quête improbable remplie de rebondissements et de rencontres inattendues. J’ai suivi l’intrigue avec un intérêt constamment renouvelé, les auteurs font preuves d’une créativité impressionnante. La narration est parfaite, la lecture est fluide et agréable. Par contre je trouve le récit un peu long, 94 pages, ça fait beaucoup, et le soufflet retombe un peu sur la fin. Le dessin et les couleurs de Chrigel Farner sont absolument magnifiques, et contribuent beaucoup à l’ambiance surréaliste du récit. J’ai adoré les passages contemplatifs et les paysages alpins. Un album que je recommande aux amateurs de contes.

13/04/2024 (modifier)
Couverture de la série Le Royaume sans nom
Le Royaume sans nom

Je tourne autour depuis sa sortie, j’ai finalement craqué sur le bon retour de mon libraire. Et bin ça ne révolutionnera pas grand chose mais une lecture forte agréable au final. Pourtant pas spécialement jouasse de prime abord, une couverture plutôt moyenne, des couleurs informatiques, un dessin tout droit sorti du Roi lion … et surtout ce sentiment que ça surfe gentiment sur le succès des 5 Terres. Les récits Fantasy anthropomorphiques ont le vent en poupe : L'Ogre Lion, Sa Majesté des Ours… Le royaume sans nom ajoute sa petite pierre à l’édifice en ajoutant modérément une dramaturgie toute shakespearienne. Passé les premières pages, je suis vite rentré dans cet univers, on peut reprocher des trucs mais j’en suis sorti pas mal conquis. Pas d’énormes surprises au menu cependant les ingrédients fonctionnent très bien. C’est admirablement raconté, malgré la multitude de personnages nous ne sommes jamais perdu, franchement hâte de connaître la suite. Un bel équilibre entre sérieux et humour discret, le dessin est parfait. Je n’attendais pas les auteurs de Blind Dog Rhapsody dans ce registre, bravo à eux. MàJ après tome 2 : Un 2ème tome dans la lignée du premier, c’est toujours bien agréable à suivre. Les persos sont toujours aussi sympas, les masques commencent à tomber, l’histoire avance à grands pas sans se laisser deviner et tout délivrer … bref du chouette boulot. J’attends de pied ferme la conclusion et conseille de bon cœur la série aux amateurs de Game of thrones.

15/01/2024 (MAJ le 13/04/2024) (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Kent State, quatre morts dans l'Ohio
Kent State, quatre morts dans l'Ohio

La jeunesse fait bouger les choses. - Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre, parue d'un seul tenant, sans prépublication. La première édition de cette bande dessinée date de 2020. Elle a été réalisée par Derf Backderf. Elle est en noir & blanc. Une introduction de 4 lignes explicite l'intention de l'auteur : une re-création, sur la base de recherches documentées, et de témoignages directs. Suivent deux cartes : celle du campus universitaire, et celle de du centre-ville permettant de localiser les appartements de plusieurs étudiants. Le tome se termine avec 26 pages de notes, expliquant les sources de chaque fait. La toute dernière page revient au format bande dessinée, et laisse le mot de la fin (atterrant de cynisme) à Richard Nixon (1913-1994). À Richfield dans l'Ohio, le jeudi 30 avril 1970, la mère de Derf le conduit à un rendez-vous médical en voiture. Ils passent devant une rangée de soldats de la Gare Nationale de chaque côté de la chaussée, baïonnette pointée vers le ciel, pour assurer la sécurité des usagers de la route. Un peu en retrait, un groupe de routiers est en grève, et l'état craint des débordements. Le sergent ordonne à ses hommes de se tenir prêts. Plusieurs chauffeurs s'avancent vers eux et jettent des objets divers, comme des bouteilles vides, des tuyaux, des briques. Le soir même, le trente-septième président des États-Unis s'adresse au peuple dans un message télévisé : le père de Derf comprend qu'il annonce son intention d'envahir le Cambodge, et il se dit que dès le lendemain les étudiants de tous les campus du pays vont manifester. Vendredi premier mai 1970, sur le campus de l'université de Kent State, un étudiant fait résonner la cloche installée sur la grande pelouse, et il s'adresse aux étudiants présents avec un micro. Il annonce la formation d'une association qui déclare l'invasion du Cambodge comme étant anticonstitutionnelle. Il enterre un livret de la constitution pour marquer les esprits, et il annonce une marche d'opposition pour le lundi 4 mai. Quelques étudiants applaudissent mollement. Parmi les étudiants vaguement concernés, voire pas du tout : Bill Shroeder, 19 ans, et son ami : ils discutent de la probabilité de cette invasion, et des études de Bill qui veut devenir psychologue militaire, et qui suit une formation de soldat volontaire en parallèle de ses études, appelée ROTC (Junior Reserve Officers' Training Corps) en espérant apporter une vraie contribution, ne pas être que juste un officier de plus. Un peu plus loin sur la pelouse, Terry Norman (2 ans) est de train de prendre des photographies. Il est pris à parti par un autre étudiant, interpelé par son attitude peu naturelle, et qui pense qu'il est un agent de la brigade des stupéfiants. Un peu plus loin, assis sur la pelouse, Alison Krause (19 ans) lit le journal à son copain Barry Levine (19 ans) : les gardes nationaux et les étudiants de du campus d'Ohio State se sont affrontés dans des échauffourées pour la deuxième journée. Bilan : 300 étudiants arrêtés. L'université de l'état de Kent a été implantée dans une zone campagnarde en 1910. En 1970, c'était la vingt-quatrième plus grande université publique des États-Unis. En 1955, elle comptait 6.000 étudiants ; 21.000 en 1970, à 85% originaire de l'état d'Ohio. Elle est située à 61km au sud de Cleveland, et à 22,5km à l'est d'Akron. Elle est passée de 29 bâtiments en 1963, à 97 en 1970. Elle dispense des formations en commerce, journalisme, psychologie et arts, jugées de bonne qualité. Après la biographie d'un tueur en série Mon ami Dahmer (2012) et un reportage sur le métier d'éboueur Trashed (2015), Derf Backderf réalise une reconstitution d'un événement qui a marqué l'esprit collectif des américains. Lors de la fusillade de l'université d'État de Kent, le 04 mai 1970, la Garde nationale a tiré à 67 reprises en 13 secondes sur des étudiants manifestant de manière pacifique. Cette tragédie a entraîné une grève et des manifestations de quatre millions d'étudiants, contribuant de manière significative à faire évoluer l'opinion publique américaine lambda sur la présence militaire des États-Unis au Viêt Nam. Il est donc vraisemblable que le lecteur américain ait déjà une connaissance superficielle des événements et un sens de leur importance dans l'histoire de leur pays, ce qui n'est pas forcément le cas d'un lecteur européen. La brève introduction indique que l'auteur se livre à un exercice de reconstitution fortement documenté, s'appuyant sur les déclarations de personnes ayant vécu les événements. Régulièrement il utilise une disposition s'apparentant à un texte avec une illustration pour apporter les informations nécessaires : sur la construction de l'université d'État de Kent et l'insertion des étudiants dans la vie de la ville, sur l'organisation étudiante contestataire SDC (Students for a Democratic Society), sur la loterie de conscription, sur les 5 organisations de police ayant délégation pour intervenir sur le campus (la police du campus, la police du comté, la police de la ville de Kent, le FBI, les agents secrets de l'armée), le service d'entraînement des officiers de réserve, le groupuscule terroriste des Weathermen, les rumeurs et la désinformation sur les mouvements estudiantins, etc. Dans le cadre de cette reconstitution historique, le lecteur accueille avec plaisir ces pages car elles lui ouvrent les yeux sur différentes facettes du contexte de la situation. Il est possible qu'en détaillant la couverture les idiosyncrasies graphiques de l'artiste n'apparaissent pas au lecteur, mais dès la première page, elles sont bien présentes. Il a une façon bien à lui de représenter les visages : un tout petit peu trop gros par rapport au reste du corps, avec des expressions parfois exagérées, et d'autres fois très subtiles et très justes. Les chevelures semblent un peu figées, comme une perruque un peu raide. Les corps des personnages semblent parfois un peu faussés, comme si une proportion n'était pas juste, par exemple un avant-bras un peu trop long. Une fois passée l'éventuelle période d'adaptation ces caractéristiques visuelles prononcées, le lecteur se rend compte qu'il n'y prête plus attention, qu'elles ne font aucunement obstacle à son plaisir de lecture. Derf Backderf ne récite pas une leçon d'histoire, ne fait pas du journalisme, ne donne pas un cours magistral. Le lecteur voit évoluer devant lui de vrais personnages dont les vies s'entrecroisent naturellement. Il s'agit bien d'une bande dessinée, et il est visible que le dessinateur en a soigné la reconstitution pour une véracité maximale. Le lecteur peut s'amuser à regarder les pages sous l'angle des tenues vestimentaires pour se faire une idée de la mode de l'époque. Il est probable que l'habitant de la ville de Kent jouera à reconnaître les lieux, la cohérence de leur disposition spatiale étant assurée par les schémas mis en préambule. Le lecteur peut aussi s'attarder sur les uniformes militaires et les armes employées. Le mode narratif qui prend le dessus est celui de la chronique quotidienne, portée par la vie de plusieurs individus qui se croisent au gré des événements. Chaque séquence est découpée en cases en fonction de sa nature, avec un passage de temps variable entre elles, de très court pour la description d'une action, à plus conséquent quand le récit passe d'une journée à une autre. Les scènes sont variées, allant de la préparation d'un repas à une avancée de la Garde nationale avec usage de bombes lacrymogènes, en passant par des soirées entre étudiants. Conscient de la nature du récit, l'horizon d'attente du lecteur est de comprendre ce qui s'est passé : le déroulement chronologique des événements, le contexte social, politique et culturel. Tous ces éléments sont présents de manière claire, soit dispensés par bribes au cours des conversations, soit exposés le temps d'une page d'une ou plusieurs cases sous la forme de texte avec des illustrations. S'il connaît l'auteur, le lecteur sait quelle est sa sensibilité politique, et cela se voit un peu dans la manière de présenter les choses. Néanmoins, il n'a pas l'impression de lire un récit à charge uniquement dans l'accusation et la dénonciation. Certes les étudiants ont le beau rôle et les adultes sont au pire des réactionnaires incompétents, au moins pire des parents inquiets pour leur progéniture. Les étudiants sont des personnes avec une conscience politique, certains plus bûcheurs, d'autres plus dans l'action politique, mais sans aucun rapport avec une quelconque activité de type terroriste, même de loin. Bien sûr, il n'y a pas de suspense quant à l'issue du récit puisqu'il s'agit de faits historiques. Son intérêt réside donc dans la reconstitution elle-même : la vie des étudiants, la façon dont l'état gère des mouvements de contestation, de remise en cause d'une politique, de remise en cause d'une autorité. D'un côté, il est facile d'y voir une forme de rébellion adolescente ou de la jeunesse, une phase de développement personnelle qui trouve écho dans un comportement de groupe, avec une forme d'inconscience quant aux risques bien réels encourus. D'un autre côté, l'histoire a entériné que ces mouvements de protestation d'étudiants ont eu pour effet de faire bouger l'opinion publique, que la jeunesse refuse d'accepter d'être complice des exactions des générations précédentes, qu'elle se bat pour des valeurs admirables, même si un peu intéressé pour éviter d'être appelé et de devoir partir au Vietnam. Avec cet ouvrage, Derf Backderf réalise une reconstitution historique d'un événement clef dans l'histoire des États-Unis, avec un naturel et une fluidité extraordinaire. Sa narration visuelle n'a l'air de rien et elle se fait rapidement oublier devenant comme allant de soi, tandis que les individus se comportent de manière naturelle, existant avec leur personnalité, tout en apportant les informations nécessaires pour comprendre ce qui passe, et aussi apporter le recul nécessaire.

13/04/2024 (modifier)