J'achète rarement des BD en ce moment, faute de place et de moyens, empruntant massivement à la bibliothèque municipale. Mais j'ai fait une exception pour celle-ci. Parce que j'avais envie de soutenir l'auteur, Bathroom Quest, que je suis assidument depuis ses débuts sur Glory Owl.
En effet, j'ai découvert l'auteur avec ce fameux blog de gags trash, potache et scato, mais jamais débile non plus. En les relisant, il y a déjà en essence dedans des thématiques qu'on retrouvera ici, comme la solitude contemporaine, l'absurdité de notre monde ou les considérations politiques. Et justement, c'est toute cette richesse sous-jacente d'un blog BD défouloir qui se retrouve ici.
La BD est bien plus sérieuse que son autre œuvre, avec une œuvre de fantasy qui parle avant tout de notre monde de la réalité véritable, parce que l'auteur à des choses à en dire. Cette histoire-ci est un détournement des récits de fantasy classique, avec ici une histoire principale dont nous sommes volontairement privés pour nous concentrer sur des gens du communs, de simples passants de cette grande histoire qui se déroule derrière. D'ailleurs tout ceci peut être frustrant pour certains, notamment parce qu'on sent qu'une vraie histoire se dessine derrière celle-ci, une histoire de trahison, de puissance et de monde qui change. Mais intelligemment, cette frustration du lecteur apporte le message de la BD : ne sommes-nous pas constamment spectateurs du monde, sans y participer et souvent en en subissant les effets ?
Car c'est bien le propos de la BD : les petites gens tentent de survivre, dans un monde où ceux qui ont le pouvoir s'arrogent des droits, et ceux qui trinquent, c'est ceux d'en bas. La BD montre un pouvoir utilisant l'énergie ... pardon, la magie pour son prestige plutôt que pour son peuple, des guerriers dont la violence se répercute sur ceux qui veulent juste vivre tranquillement, tandis que les guerres se font pour des égos de princes, etc ... C'est une critique de l'arrogance et de la morgue des puissants qui ne se soucient pas le moins du monde des conséquences de leurs actes, clairement, mais la BD va plus loin et c'est ce qui me l'a fait apprécier pleinement. La BD ne se contente pas de dire que le pouvoir c'est mal, il montre aussi une société qui est pleine de faille, à cause du capitalisme.
Je sais, on peut vite m'accuser d'extrapoler et d'appliquer ma propre vision du monde à une œuvre qui n'est pas explicite, mais franchement je ne pense pas être à côté de la plaque en disant que cette BD parle de capitalisme. Si l'histoire de la BD montre des gens subirent les conséquences des puissants, elle montre aussi un monde avide, rongé par l'argent et la cupidité, l'envie de toujours avoir plus quitte à arnaquer des gens ou les rouler. La guilde des marchands, présenté comme un mal nécessaire, exploite aussi la misère, s'enrichit sur les guerres et profite des autres. Comme la morale de "Mère courage et ses enfants", les gens qui profitent en marge des guerres se trompent tout autant que ceux qui font la guerre. Et j'aime bien que la BD soit surtout l'évolution de Elaine, personnage qui refuse ce monde parce qu'elle le trouve amoral. D'ailleurs la fin est assez explicite sur le sujet : presque brutal avec sa coupure par rapport au reste, Elaine prend une décision qui va dans le sens du reste : refus de la guerre, de la violence de l'argent, de l'hégémonie des guildes et des pouvoirs. J'extrapole sans doute, mais je trouve que le récit à un propos anarchiste, qui propose une lecture sans concession de notre réalité. Et ça fait plaisir !
Au-delà de cette lecture que j'ai apprécié et qui transpire à toute les pages, le récit prend le temps de se poser avec des jolies planches muettes et un voyage qui permettra de multiplier les rencontres enrichissant les points de vue proposés. Une très bonne façon de faire, au vu des thématiques abordées. Mais en parlant du dessin, je vais encore faire un écart bien trop long. L'auteur a exposé dans ses remerciements d'ouvertures une personne pour lui avoir soufflé l'idée de mettre des femmes en avant. L'idée est chouette mais j'ajouterais que le trait de Bathroom Quest propose un bestiaire étrange, une sorte de fantasy loin des codes. En dépouillant le dessin de bon nombre de détails, il propose des gens dont la race n'est jamais clairement identifié dans un bestiaire de fantasy classique (pas d'elfes, de nains, de trolls ...) mais des propositions de formes et morphologies étranges. Et combiné au ton du récit, l'ensemble donne quelque chose de très peu genré. Les personnages principaux sont des femmes, clairement, mais le récit ne prend aucun parti de genre. Ce serait des hommes, des trans, des non-binaires qu'on ne changerait ni le récit ni le déroulé. Et c'est franchement agréable de voir des récits qui embrassent pleinement cette idée : n'attacher aucune notion au genre du personnage. Contrairement à d'autres récits qui veulent trop appuyer le genre et finissent par tomber dans le cliché, même positif, ici Bathroom Quest arrive à faire un récit de personnages dont le lecteur peut se foutre du genre. C'est le genre de BD que j'aurais envie d'utiliser comme exemple pour montrer ce qu'est la déconstruction des genres, et je ne m'y attendais pas. Un excellent point selon moi.
Bon, je chante les louanges de la BD depuis un petit moment et maintenant, je dois bien dire en conclusion que cette BD est bonne, même très bonne. Mais pas parfaite, ni excellente non plus. Elle me plait beaucoup par ce qu'elle dit et la façon dont elle le dit. Cependant, la BD peut frustrer par l'absence de présentation du background qui fait riche et dense mais n'est pas le sujet, de même que la fin me parait un poil brutal. J'aurais apprécié deux trois pages de plus sur chaque personnage qui quitte l'histoire trop vite à mon gout. Cela dit, ça fait ressortir encore plus brutalement le choix de Elaine, ce qui est aussi un bon point.
Le problème d'écrire cet avis, c'est que je sens que je suis trop enthousiaste par rapport aux attentes que d'autres auront ensuite. C'est une bonne BD, qui a des choses à dire et le fait bien, présente une histoire au point de vue originale mais sans non plus en faire trop. Si vous en attendez plus, vous serez sans doute déçu. Mais pour ma part, je n'en attendais pas grand chose et je suis comblé, donc je m'épanche un peu trop sur ce qui ressort de bien. Et puis honnêtement, si ça vous encourage à la lire, je ne peux qu'être content !
Je dois dire qu'en parcourant les premières pages de ce one-shot emprunté à la médiathèque, je n'ai pas compris tout de suite de quoi il en retournait.
En effet, on passe d'un personnage en voyage à un autre, le lien étant indubitablement le sac qu'ils transportent. Au bout d'une vingtaine de pages, j'ai fini par comprendre qu'il s'agissait d'une œuvre métaphorique traitant du passage à l'âge adulte, de consumérisme et des modes de vie que l'on choisit, certains s’accommodant de la vie capitaliste dans laquelle on nous formate et d'autres préférant vivre en marge de la société et de tout matérialisme.
Bien que l'idée de départ est intéressante, le scénario reste quand même assez foutraque et je n'ai pas vraiment bien saisi ni le lien avec ce trognon de pomme que l'un des personnages tente de planter ni la chute finale. C'est donc très dubitatif que j'ai refermé cette BD.
Au niveau du graphisme, c'est très épuré, tant dans le trait de l'auteur que dans la colorisation faite de dégradés de gris. Bien que ce soit globalement maîtrisé, ce n'est pas le dessin qui me plait le plus.
SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 4/10
GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 3/10
NOTE GLOBALE : 7/20
Je ne suis pas très western, peut-être que je m'extasie sur quelque chose que l'on retrouve mine de rien bien souvent dans le genre, mais j'avoue avoir beaucoup apprécié cet album.
On est loin de l'image propre de la conquête de l'ouest, pour tout dire l'ouest semble déjà avoir été conquis : les populations natives ont été écrasées, éliminées, assimilées, les révolutions ont été tues ou amalgamées par le statu quo instauré par les puissants, le pouvoir et le destin de milliers de vies résident entre les mains d'une poignée de richous ne quittant jamais le sommet de leur tour d'ivoire.
On suit l'histoire de deux personnages, un jeune amérindien du nom de Morning Bird désormais orphelin errant à travers l'ouest, et une mexicaine du nom d'Adelita (dont je me contenterais du début de nom, non pas par dénigrement culturel mais par crainte de faire des phrases trop longues - dis-je dans une loghorrée désormais habituelle) ayant subi les désillusions sexistes et rétrogrades après avoir tenté de participer à une révolte..
On traite de la froideur et de la cruauté de cette époque, de l'horreur que subissent les populations jugées comme "inférieures", on aborde aussi le cynisme et le degré de manipulation jusqu'où certaines personnes sont prêtes à aller pour conserver le statu quo, ... Bref, c'est intéressant.
J'avoue tout de même, léger petit défaut, que je n'aurais pas dit non à ce que tout cela soit davantage développé, que l'on s'étende plus sur nos personnages et leur situation on ne peut plus cruelle. Après, je l'avoue, le côté "récit éclair de vengeance n'ayant pas eu de conséquence lourde en apparence mais faisant tout de même passer un message à qui veut l'entendre" a son charme.
Le dessin de Fano Loco est atypique, son traitement des visages et des proportions des corps est assez original, j'avoue que j'aime plutôt bien. Son trait épais et ses visages durs, joints au joli travail de bichromie, appuient bien le caractère sale et noir de l'histoire.
Allez, je suis généreuse, j'arrondis au supérieur.
(Note réelle 3,5).
Trois ans après le cultissime Batman - Un long Halloween, Tim Sale et Jeph Loeb remettent le couvert.
L'histoire se situe ainsi un an après l'affaire Holiday, les meurtres reprenant de plus belle à chaque fête du calendrier. Le mode opératoire n'est toutefois plus tout à fait le même puisque la vague de meurtres ne concerne que des policiers qui se retrouvent pendus avec, ironie du sort, un jeu du pendu accroché sur leurs corps.
On se retrouve donc sur une enquête relativement similaire à la précédente et Tim Sale reprend tous les codes du précédent tome. C'est un peu d'ailleurs là où le bât blesse. Si cette nouvelle histoire est toujours aussi agréable à lire, l'effet de surprise et la magie du premier opus "un long Halloween" n'opère malheureusement plus... L'histoire est en effet beaucoup trop ressemblante à celle du premier opus, l'arc narratif le plus novateur et intéressant concernant, selon moi, l'introduction du personnage de Robin dans la vie de Batman.
Au niveau du dessin, la virtuosité de Tim Sale est toujours présente, dans la droite lignée du tome précédent, même si j'ai trouvé qu'il y avait beaucoup moins de pleines pages à admirer. S'agissant également d'un recueil des 14 numéros publiés par DC Comics entre 1999 et 2000, j'ai été un peu gêné par les nombreuses répétitions au début des chapitres synthétisant à chaque fois l'histoire qui s'est déroulée dans les parties précédentes. Ça ne m'avait pas autant sauté aux yeux dans "Un long Halloween". Bien qu'elle soit toujours aussi soignée, l'édition DC - Black Label que j'ai lue est d'ailleurs un peu imposante et lourde, ne facilitant pas la lecture.
En conclusion, bien que je me sois concentré sur ses quelques défauts, "Batman - Amère Victoire" reste une nouvelle histoire de notre homme chauve-souris de très bonne facture, dans la droite lignée de Batman - Un long Halloween et de Batman - Année Un (Year One) dont je recommande la lecture et l'achat.
Originalité - Histoire : 7,5/10
Dessin - Mise en couleurs : 8,5/10
NOTE GLOBALE : 16/20
Comme l'a écrit je ne sais plus qui, il faut bien sûr tenir compte de l'époque où est parue cette série pour l'apprécier à se juste valeur.
C'est une BD pionnière, parue il y a plus d'un siècle dans les journaux américains, et dépeignant une famille un brin bourgeoise dans les USA de l'époque. Le père travaille, mais profite de la moindre ocasion pour aller boire un verre ou jouer aux cartes avec ses copains. La mère est une oisive qui passe beaucoup de temps à acheter des chapeaux et taper son mari parce qu'il rentre tard. Et la fille est plus équilibrée dans ce que j'ai pu lire, mais ne semble pas faire grand-chose. Sur ce canevas Frank Fletcher a proposé des dizaines, voire des centaines de variations. Celles-ci, ma foi, sont assez sympathiques et reposent sur des mécanismes narratifs assez simples, mais répétitifs au fil de la lecture. Cela devait être sympa à lire chaque semaine, mais à force ça ne tient pas trop la route.
Encore une fois les mœurs ont changé en 100 ans, mais quand même. Le dessin paraît daté lui aussi, mais conserve toutefois une lisibilité assez élevée, ce qui fait passer cette pilule de la répétitivité.
A découvrir, pour la culture générale, mais sans s'obliger à tout lire, à mon avis.
C'est fou comme l'HIstoire est émaillée d'histoires de trahisons diverses et variées.
Ici nous avons plutôt des trahisons politiques, des gens dont les revirements, les magouilles et les manigances ont causé du tort à leurs nations ou leurs mentors. On commence -presque- par Judas, dont l'existence n'est pas avérée, mais qui est devenu un symbole au fil des interprétations de la Bible. Il y a des noms qui entrent en résonance avec l'actualité récente, dont un certain Quintus naevius Cordus Sutorius Macro, communément appelé... Macron, ou encore le traitre norvégien des années 1940 Vidkun Quisling, qui fonda un parti inféodé aux Nazis, et dont la traduction littérale est "Rassemblement national". D'ailleurs pour les anglophones le vocable quisling signifie traître. A la tête de différents pays, de différents partis, ces sombres personnages ont juré la perte de ceux qui les ont vus naître, les ont adoptés (comme Brutus avec César) ou les ont formés, comme Sarkozy avec Chirac. Tous l'ont payé cher de leur vie ou dans la postérité, certains ont carrément été oubliés de l'Histoire, et cet album, particulièrement mitonné par Didier Convard, passionné d'Histoire et par Jean-Christophe Camus.
Les historiettes sont comme toujours dans cette collection, habilement racontées, on ne s'ennuie pas, et il y a toujours cette touche d'humour, ici sous la forme d'un professeur-conférencier qui sert de respiration dans un ouvrage un peu didactique. Le dessin de Pascal Magnat, loin d'être celui d'un simple exécutant, se montre assez inventif et nerveux pour que l'ensemble constitue un moment de lecture très plaisant.
J'adore le travail graphique de Grun sur La Conjuration d'Opale. J'aime beaucoup le gap qu'il a franchi avec On Mars, scénarisé par Runberg. Je le retrouve ici, sur un scénario imaginé par sa compagne Laurine Clin, dans une ambiance fantasy dont il semble friand.
Et encore une fois c'est une sorte d'orgasme visuel. Grun nous propose des décors à la fois variés et très réalistes, sortis de l'imaginaire de générations d'autrices et d'auteurs du genre. Je me suis surpris à ralentir ma lecture pour contempler de nombreuses cases, tant elles vibrent de puissance et de beauté. Mention spéciale, bien sûr, pour les ciblètilles, ces êtres ressemblant à la fois à des hommes et à des insectes volants, d'une beauté à couper le souffle, et qui gardent leur part de mystère...
Il met donc en images une histoire de Laurine Clin, un récit somme toute assez simple qui parle de la recherche des origines, mais aussi de la passation entre les générations, et du vivre ensemble dans un monde que l'on peut regarder comme un miroir du nôtre. Son écriture est précise, sensible, et nous promet de belles choses si elle persiste dans cette voie. Je trouve d'ailleurs que l'univers, avec ses cinq races auxquelles une entité suprême a délégué le pouvoir de créer des hommes, mérite d'être exploré plus avant.
Une relative déception étant donné la belle réputation de l'oeuvre, qui se révèle assez inégale à mon goût.
Certaines séquences de l'intrigue sont assez basiques. L'écriture peine parfois à convaincre.
L'évolution de Juan est difficile à croire. Au départ c'est une sorte de Sun-Ken Rock diabolique, qui se transforme ensuite en pouilleux misérable.
Le dessin de Bess n'est pas toujours aussi appliqué qu'il devrait mais ça reste un très bon travail.
Finalement, j'ai parfois eu l'impression de lire un brouillon d'une oeuvre de Jodorowsky qui sera publiée 20 ans plus tard, Les Fils d'El Topo.
Une lecture indispensable pour les fans de Jodo, moins pour les autres.
J’avais apprécié le long premier cycle de la série « Le tueur ». Un personnage attachant malgré sa froideur et son cynisme, un ton original avec de longues digressions du héros, avec de longs monologues en off nous faisant partager ses états d’âme.
Je me suis donc plongé dans cette série, qui en prend la suite, toujours avec le même héros, toujours avec le même schéma narratif.
La nouveauté vient de l’employeur du tueur, dont les actions ont été « nationalisées », puisqu’il travaille désormais une officine de l’État, qui fait le « sale travail » de manière à la fois violente et discrète (presque "fonctionnaire", notre héros est-il prêt à se "ranger" ?). Ce qui, dans le premier cycle de trois albums que j’ai lu, l’amène à « nettoyer » la ville du Havre, gangrénée par des gangs, des trafics d’armes, et un maire ambitieux et peu scrupuleux (ça a dû faire plaisir à Édouard Philippe !). L’intrigue surfe sur des thèmes actuels (une trame déjà vu dans la série de Canal « Engrenages » (immersion dans une petite ville où politicien local et loubards naviguent de concert)…
Il est flanqué d’un collègue, et d’une « donneuse d’ordre ». Même si visiblement ça lui coûte, il n’est plus aussi « indépendant » que dans la série mère.
C’est rythmé (pour peu qu'on ne soit pas allergique aux longs commentaires du tueur), les scènes de violence alternent avec celles où notre héros reçoit ses instructions, ou lorsqu’il vit sa vie parallèle (pour sa couverture il travaille dans une société d’import-export, accepte quelques relations de travail – voire plus pour une jolie collègue entreprenante).
On y retrouve les points forts de la série mère. A savoir un héros atypique, qui ne cesse de se poser des questions. Qui tue froidement sans état d’âme si on lui en donne l’ordre, mais qui, en parallèle critique l’hypocrisie, le cynisme des autres, de la société, les faux-semblants (notre tueur est un intello qui s'ignore). Mais voilà, si le texte est intéressant (et si je suis souvent en accord avec lui), j’ai trouvé que ça devenait lassant au bout d’un moment, que ça « anesthésiait » un peu le récit.
Matz essaye de contrebalancer ça en amenant un duo de flics plus dégourdis que la moyenne, qui sentent l’embrouille, et qui eux aussi (surtout l’un d’entre eux) ont un regard critique sur le fonctionnement de la société (à l’échelle de leur ville) et qui devinent l’existence d’une équipe de tueur. Mais je trouve que le duo de tueurs et celui des flics aurait mérité d’être davantage exploité dans les interrelations, leurs conflits.
Le dessin de Jacamon est encore réussi, simple, efficace, dynamique. Mais les détails sont quand même pas mal escamotés, et la colorisation est parfois trop lisse et tranchée, un peu plus passe-partout, manquant un peu trop de nuance. Jacamon abuse parfois de l'effacement des traits (visages éloignés, décors).
La lassitude gagne autour de ce personnage et de ses ratiocinations, et sur la longueur, l’utilisation d’une recette qui a marché – et qui marche quand même encore – peine à se renouveler. C’est encore une lecture sympa, mais à petite dose.
Note réelle 3,5/5.
Comme un gallinacé sans tête, ça s’agite, ça s’affole et ça court dans les sens !
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Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre, constituant le premier de cette série sur les batailles navales. Son édition originale date de 2017. Il a été réalisé par Jean-Yves Delitte, peintre officiel de la Marine, membre titulaire de l’académie des Arts & Sciences de la Mer, pour le scénario, par Denis Béchu pour les dessins et pour les couleurs. Il comprend quarante-six pages de bande dessinée. Il se termine par un dossier historique de huit pages, rédigé par le scénariste, agrémenté de documents visuels comprenant huit chapitres et un glossaire. Les différentes parties portent les titres suivants : L’histoire d’un projet fou, Vaisseau de ligne roi des batailles, Un navire de légende, Un héros, Un drôle de choix, Un tir chanceux, Badaboum, Que de monde !
Empire de France, au château de Saint-Cloud, le vingt-six avril 1806, un cavalier un peu crasseux se présente aux grilles devant les gardes, il porte un long manteau gris enveloppant, une capuche, et un cache sur l’œil droit. Il pénètre dans le château impérial par une petite porte et il accède aux appartements d’un haut gradé. Il lui indique que la chose est faite. Le militaire lui répond qu’il le sait, qu’on l’en a déjà avisé. Le messager lui fait observer qu’il ne semble pas satisfait. Le commandant réplique par : Six coups de couteau dans le cœur ! Cela est excessif et peut intriguer. Son interlocuteur explique que l’homme ne s’est pas laissé faire, mais qu’il a pris des dispositions avec la maréchaussée pour tout cela soit reconnu comme un suicide, et la dépouille sera inhumée dans le plus grand secret. À quoi il lui est répondu que l’empereur n’en sera pas informé, il a d’autres préoccupations, tout cela appartient au passé.
À Cadix en Andalousie, le vingt-neuf septembre 1805, des vaisseaux mouillent dans la baie. À terre, dans le palais, un officier essaye de convaincre l’amiral De Villeneuve qu’ils ne peuvent rester éternellement rester ici. Il continue : Les équipages se démoralisent, voilà plus de six semaines qu’ils ont mouillé les ancres, il leur faut agir. L’amiral demande : Agir ? Pour aller où ? Pour faire quoi ? L’officier répond qu’ils ont des ordres, il n’est pas encore trop tard pour rejoindre la Manche et aider dans le plan d’invasion de l’Angleterre, toute la flotte du Ponant doit les attendre. Son supérieur l’informe que le plan a échoué, les Anglais ne sont pas laissés abuser, le blocus des ports français de l’Atlantique n’a pas été levé et ce n'est pas faute d’avoir essayé de les attirés aux Antilles. Il répète : Le plan a échoué, tout a été vain, aucune flotte ne les attend, elle est enfermée dans ses ports. Il ajoute : L’empereur est loin d’ici et il ignore tout de leur situation, sa critique indiffère De Villeneuve. Napoléon rêve d’envahir l’Angleterre, l’amiral le comprend, mais pour sa part, il se refuse à se laisser emporter par une ridicule fougue et à causer la perte de son escadre. Ses navires sont fatigués, ce long périple les a tous épuisés, ils ne sont plus en état de faire la guerre. Est-ce que le capitaine oserait le nier ?
À tout seigneur tout honneur : la bataille de Trafalgar qui s’est déroulée le vingt-et-un octobre 1805, connu de tout le monde. En découvrant l’introduction de deux pages, le lecteur néophyte sent bien que l’auteur avait ce jugement de valeur en tête car il ne donne quasiment aucune information qui permette de comprendre cette scène si le lecteur ne dispose d’aucune notion de contexte. Pour lui, le doute sera levé avec la dernière séquence, servant de conclusion en trois pages quant à l’identité de ce mystérieux suicidé qui s’est donné six coups de couteau dans le cœur. En outre, en revenant à ces pages après avoir lu l’ouvrage, il mesure mieux l’ironie, et même le sarcasme, contenue dans la réplique indiquant que l’empereur a d’autres préoccupations et que tout cela appartient au passé. Il laisse alors agir cette narration toute en cases de la largeur de la page, avec une belle reconstitution de la façade du château impérial de Saint-Cloud, de ses grilles en fer forgé, des tenues militaires des soldats avec la houppette de leur casque, et le cimier orné d'un masque en forme de Gorgone. Le bureau dans lequel le messager fait son rapport apparaît tout aussi soigné dans sa dimension de reconstitution historique : le meuble de bureau et ses fauteuils, le sous-main, le beau lustre avec ses perles de verre, les boiseries murales et une draperie, le manteau de cheminée et sa pendulette également d’époque, les motifs géométriques sur les cadres en bois. À l’évidence, le dessinateur a effectué un solide travail de recherche de références pour s’assurer de l’authenticité de la reconstitution histoire sous ses différentes facettes.
Le lecteur est bien sûr venu pour bénéficier d’une place au premier rang (mais en toute sécurité) à cette bataille historique, même si sa fierté patriotique peut en prendre un coup. Le choix de l’auteur lui appartient, et il consacre cinq pages à l’affrontement maritime, sans réellement développer la stratégie de chaque belligérant ou leurs tactiques, sans nommer les navires ou chaque commandant. Du coup, le lecteur apprécie de pouvoir se plonger dans le dossier historique qui comprend une carte du plan de bataille dressé sur la base des observations de Joans Tuby, officier à bord du HMS Euryalus, le chapitre intitulé Badaboum qui explicite en quoi consiste la science de tirer avec un canon, la hiérarchie sociale (ou militaire) régnant à bord d’un navire, et l’analyse du tir chanceux qui a atteint l’amiral Horatio Nelson (1758-1805). Il scrute alors ces quelques pages pour regarder dans le détail les navires en train de tanguer, les impacts des boulets de canon, les corps déchiquetés par la mitraille, la fumée générée par les tirs de canon, les embarcations de fortune ou les débris flottants auxquels s’accrochent les naufragés. Il voit les voiles et les bastingages de plus en plus perforés et brisés. Enfin les tirs cessent, le sort de la bataille en est jeté, et sous ses yeux les marins encore valides apportent leur aide aux blessés et estropiés.
Ce choix de restreindre le nombre de pages allouées à la bataille navale induit que le dessinateur se retrouve à représenter de nombreuses situations variées. Il utilise un trait net et précis pour réaliser des dessins descriptifs et réalistes. Le lecteur prend plaisir à prendre le temps de regarder des détails : les arcades du palais de Cadix et les chapiteaux de ses colonnes, les toits de la ville avec un clocher en premier plan, les magnifiques bâtiments au mouillage dans le port avec leurs cordages de commandes des vergues et des voiles et du maintien des mâts, l’uniforme militaire des Anglais, le Charleville (mousquet modèle 1777, portée maximale 250 mètres, portée pratique jusqu’à 150 mètres), une simple barque de pêche halée par un cheval, les canons sur les murailles de Cadix, les longs manteaux des cavaliers voyageant de nuit, etc. Il ressent rapidement la qualité de la narration visuelle, en particulier les plans de prise de vue : les images et les bandes racontent l’histoire, sans se contenter d’illustrer les dialogues. Les personnages sont costauds, sans être exagérément musclés, plutôt physiquement résistants, et… il n’y a pas une seule femme à l’horizon, ni dans ces pages. L’artiste utilise les gros plans sur les visages avec le bon dosage, montrant plus volontiers ce qui est en train de se passer, environnement et actions des personnages. Il met régulièrement à profit des cases de la largeur de la page, évidemment pour l’immensité de la mer et pour donner de la place à ces grands navires, mais aussi pour faire ressortir le positionnement respectif de plusieurs paysages, pour montrer deux actions se déroulant en même à proximité, etc.
Du coup, le scénariste dispose de place pour développer d’autres facettes de Trafalgar, pour l’aborder autrement que sur le plan de la stratégie militaire. Il emploie un procédé narratif que le lecteur retrouvera dans les autres tomes de cette série : accrocher l’attention du lecteur sur de simples marins, côté français et côté anglais, et un peu sur les deux amiraux, Nelson et De Villeneuve parce leur personnalité et leur parcours ont une incidence primordiale sur le déroulement de l’affrontement. D’un côté, le lecteur se trouve présent quand les officiers s’impatientent du fait du choix de l’inaction de Pierre Charles Silvestre de Villeneuve (1763-1806), il observe également le respect dont font preuve les officiers anglais à l’égard d’Horatio Nelson, ainsi que la forme de mélancolie ou de résignation qui habite ce dernier. De l’autre côté, il constate à quel point les simples marins sont le jouet de décisions sur lesquelles ils n’ont aucune influence, aucune prise, comment ils se représentent leur situation à partir d’informations tronquées ou orientées, de quelle manière leur histoire personnelle et leur milieu socioculturel leur ont inculqué des valeurs et des principes qui nourrissent leur comportement en tant que militaire, qui alimentent leur représentation de l’ennemi, leur façon d’envisager la bataille à venir.
Un album qui raconte la bataille de Trafalgar en s’attachant à la manière dont ses circonstances sont appréhendées par quelques marins, comment les amiraux en place s’y dirigent, dans le cadre du métier qu’ils exercent. La narration visuelle est solide, et privilégie de raconter l’histoire, ainsi que la reconstitution historique, plutôt que le spectaculaire et le racoleur. Le néophyte y trouve son compte, à la fois pour la bande dessinée agréable à lire, à la fois pour le dossier historique bien conçu et abordable.
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L'Odeur du fer
J'achète rarement des BD en ce moment, faute de place et de moyens, empruntant massivement à la bibliothèque municipale. Mais j'ai fait une exception pour celle-ci. Parce que j'avais envie de soutenir l'auteur, Bathroom Quest, que je suis assidument depuis ses débuts sur Glory Owl. En effet, j'ai découvert l'auteur avec ce fameux blog de gags trash, potache et scato, mais jamais débile non plus. En les relisant, il y a déjà en essence dedans des thématiques qu'on retrouvera ici, comme la solitude contemporaine, l'absurdité de notre monde ou les considérations politiques. Et justement, c'est toute cette richesse sous-jacente d'un blog BD défouloir qui se retrouve ici. La BD est bien plus sérieuse que son autre œuvre, avec une œuvre de fantasy qui parle avant tout de notre monde de la réalité véritable, parce que l'auteur à des choses à en dire. Cette histoire-ci est un détournement des récits de fantasy classique, avec ici une histoire principale dont nous sommes volontairement privés pour nous concentrer sur des gens du communs, de simples passants de cette grande histoire qui se déroule derrière. D'ailleurs tout ceci peut être frustrant pour certains, notamment parce qu'on sent qu'une vraie histoire se dessine derrière celle-ci, une histoire de trahison, de puissance et de monde qui change. Mais intelligemment, cette frustration du lecteur apporte le message de la BD : ne sommes-nous pas constamment spectateurs du monde, sans y participer et souvent en en subissant les effets ? Car c'est bien le propos de la BD : les petites gens tentent de survivre, dans un monde où ceux qui ont le pouvoir s'arrogent des droits, et ceux qui trinquent, c'est ceux d'en bas. La BD montre un pouvoir utilisant l'énergie ... pardon, la magie pour son prestige plutôt que pour son peuple, des guerriers dont la violence se répercute sur ceux qui veulent juste vivre tranquillement, tandis que les guerres se font pour des égos de princes, etc ... C'est une critique de l'arrogance et de la morgue des puissants qui ne se soucient pas le moins du monde des conséquences de leurs actes, clairement, mais la BD va plus loin et c'est ce qui me l'a fait apprécier pleinement. La BD ne se contente pas de dire que le pouvoir c'est mal, il montre aussi une société qui est pleine de faille, à cause du capitalisme. Je sais, on peut vite m'accuser d'extrapoler et d'appliquer ma propre vision du monde à une œuvre qui n'est pas explicite, mais franchement je ne pense pas être à côté de la plaque en disant que cette BD parle de capitalisme. Si l'histoire de la BD montre des gens subirent les conséquences des puissants, elle montre aussi un monde avide, rongé par l'argent et la cupidité, l'envie de toujours avoir plus quitte à arnaquer des gens ou les rouler. La guilde des marchands, présenté comme un mal nécessaire, exploite aussi la misère, s'enrichit sur les guerres et profite des autres. Comme la morale de "Mère courage et ses enfants", les gens qui profitent en marge des guerres se trompent tout autant que ceux qui font la guerre. Et j'aime bien que la BD soit surtout l'évolution de Elaine, personnage qui refuse ce monde parce qu'elle le trouve amoral. D'ailleurs la fin est assez explicite sur le sujet : presque brutal avec sa coupure par rapport au reste, Elaine prend une décision qui va dans le sens du reste : refus de la guerre, de la violence de l'argent, de l'hégémonie des guildes et des pouvoirs. J'extrapole sans doute, mais je trouve que le récit à un propos anarchiste, qui propose une lecture sans concession de notre réalité. Et ça fait plaisir ! Au-delà de cette lecture que j'ai apprécié et qui transpire à toute les pages, le récit prend le temps de se poser avec des jolies planches muettes et un voyage qui permettra de multiplier les rencontres enrichissant les points de vue proposés. Une très bonne façon de faire, au vu des thématiques abordées. Mais en parlant du dessin, je vais encore faire un écart bien trop long. L'auteur a exposé dans ses remerciements d'ouvertures une personne pour lui avoir soufflé l'idée de mettre des femmes en avant. L'idée est chouette mais j'ajouterais que le trait de Bathroom Quest propose un bestiaire étrange, une sorte de fantasy loin des codes. En dépouillant le dessin de bon nombre de détails, il propose des gens dont la race n'est jamais clairement identifié dans un bestiaire de fantasy classique (pas d'elfes, de nains, de trolls ...) mais des propositions de formes et morphologies étranges. Et combiné au ton du récit, l'ensemble donne quelque chose de très peu genré. Les personnages principaux sont des femmes, clairement, mais le récit ne prend aucun parti de genre. Ce serait des hommes, des trans, des non-binaires qu'on ne changerait ni le récit ni le déroulé. Et c'est franchement agréable de voir des récits qui embrassent pleinement cette idée : n'attacher aucune notion au genre du personnage. Contrairement à d'autres récits qui veulent trop appuyer le genre et finissent par tomber dans le cliché, même positif, ici Bathroom Quest arrive à faire un récit de personnages dont le lecteur peut se foutre du genre. C'est le genre de BD que j'aurais envie d'utiliser comme exemple pour montrer ce qu'est la déconstruction des genres, et je ne m'y attendais pas. Un excellent point selon moi. Bon, je chante les louanges de la BD depuis un petit moment et maintenant, je dois bien dire en conclusion que cette BD est bonne, même très bonne. Mais pas parfaite, ni excellente non plus. Elle me plait beaucoup par ce qu'elle dit et la façon dont elle le dit. Cependant, la BD peut frustrer par l'absence de présentation du background qui fait riche et dense mais n'est pas le sujet, de même que la fin me parait un poil brutal. J'aurais apprécié deux trois pages de plus sur chaque personnage qui quitte l'histoire trop vite à mon gout. Cela dit, ça fait ressortir encore plus brutalement le choix de Elaine, ce qui est aussi un bon point. Le problème d'écrire cet avis, c'est que je sens que je suis trop enthousiaste par rapport aux attentes que d'autres auront ensuite. C'est une bonne BD, qui a des choses à dire et le fait bien, présente une histoire au point de vue originale mais sans non plus en faire trop. Si vous en attendez plus, vous serez sans doute déçu. Mais pour ma part, je n'en attendais pas grand chose et je suis comblé, donc je m'épanche un peu trop sur ce qui ressort de bien. Et puis honnêtement, si ça vous encourage à la lire, je ne peux qu'être content !
La Cendre et le Trognon
Je dois dire qu'en parcourant les premières pages de ce one-shot emprunté à la médiathèque, je n'ai pas compris tout de suite de quoi il en retournait. En effet, on passe d'un personnage en voyage à un autre, le lien étant indubitablement le sac qu'ils transportent. Au bout d'une vingtaine de pages, j'ai fini par comprendre qu'il s'agissait d'une œuvre métaphorique traitant du passage à l'âge adulte, de consumérisme et des modes de vie que l'on choisit, certains s’accommodant de la vie capitaliste dans laquelle on nous formate et d'autres préférant vivre en marge de la société et de tout matérialisme. Bien que l'idée de départ est intéressante, le scénario reste quand même assez foutraque et je n'ai pas vraiment bien saisi ni le lien avec ce trognon de pomme que l'un des personnages tente de planter ni la chute finale. C'est donc très dubitatif que j'ai refermé cette BD. Au niveau du graphisme, c'est très épuré, tant dans le trait de l'auteur que dans la colorisation faite de dégradés de gris. Bien que ce soit globalement maîtrisé, ce n'est pas le dessin qui me plait le plus. SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 4/10 GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 3/10 NOTE GLOBALE : 7/20
Mauvaise fortune
Je ne suis pas très western, peut-être que je m'extasie sur quelque chose que l'on retrouve mine de rien bien souvent dans le genre, mais j'avoue avoir beaucoup apprécié cet album. On est loin de l'image propre de la conquête de l'ouest, pour tout dire l'ouest semble déjà avoir été conquis : les populations natives ont été écrasées, éliminées, assimilées, les révolutions ont été tues ou amalgamées par le statu quo instauré par les puissants, le pouvoir et le destin de milliers de vies résident entre les mains d'une poignée de richous ne quittant jamais le sommet de leur tour d'ivoire. On suit l'histoire de deux personnages, un jeune amérindien du nom de Morning Bird désormais orphelin errant à travers l'ouest, et une mexicaine du nom d'Adelita (dont je me contenterais du début de nom, non pas par dénigrement culturel mais par crainte de faire des phrases trop longues - dis-je dans une loghorrée désormais habituelle) ayant subi les désillusions sexistes et rétrogrades après avoir tenté de participer à une révolte.. On traite de la froideur et de la cruauté de cette époque, de l'horreur que subissent les populations jugées comme "inférieures", on aborde aussi le cynisme et le degré de manipulation jusqu'où certaines personnes sont prêtes à aller pour conserver le statu quo, ... Bref, c'est intéressant. J'avoue tout de même, léger petit défaut, que je n'aurais pas dit non à ce que tout cela soit davantage développé, que l'on s'étende plus sur nos personnages et leur situation on ne peut plus cruelle. Après, je l'avoue, le côté "récit éclair de vengeance n'ayant pas eu de conséquence lourde en apparence mais faisant tout de même passer un message à qui veut l'entendre" a son charme. Le dessin de Fano Loco est atypique, son traitement des visages et des proportions des corps est assez original, j'avoue que j'aime plutôt bien. Son trait épais et ses visages durs, joints au joli travail de bichromie, appuient bien le caractère sale et noir de l'histoire. Allez, je suis généreuse, j'arrondis au supérieur. (Note réelle 3,5).
Batman - Amère victoire (Dark Victory)
Trois ans après le cultissime Batman - Un long Halloween, Tim Sale et Jeph Loeb remettent le couvert. L'histoire se situe ainsi un an après l'affaire Holiday, les meurtres reprenant de plus belle à chaque fête du calendrier. Le mode opératoire n'est toutefois plus tout à fait le même puisque la vague de meurtres ne concerne que des policiers qui se retrouvent pendus avec, ironie du sort, un jeu du pendu accroché sur leurs corps. On se retrouve donc sur une enquête relativement similaire à la précédente et Tim Sale reprend tous les codes du précédent tome. C'est un peu d'ailleurs là où le bât blesse. Si cette nouvelle histoire est toujours aussi agréable à lire, l'effet de surprise et la magie du premier opus "un long Halloween" n'opère malheureusement plus... L'histoire est en effet beaucoup trop ressemblante à celle du premier opus, l'arc narratif le plus novateur et intéressant concernant, selon moi, l'introduction du personnage de Robin dans la vie de Batman. Au niveau du dessin, la virtuosité de Tim Sale est toujours présente, dans la droite lignée du tome précédent, même si j'ai trouvé qu'il y avait beaucoup moins de pleines pages à admirer. S'agissant également d'un recueil des 14 numéros publiés par DC Comics entre 1999 et 2000, j'ai été un peu gêné par les nombreuses répétitions au début des chapitres synthétisant à chaque fois l'histoire qui s'est déroulée dans les parties précédentes. Ça ne m'avait pas autant sauté aux yeux dans "Un long Halloween". Bien qu'elle soit toujours aussi soignée, l'édition DC - Black Label que j'ai lue est d'ailleurs un peu imposante et lourde, ne facilitant pas la lecture. En conclusion, bien que je me sois concentré sur ses quelques défauts, "Batman - Amère Victoire" reste une nouvelle histoire de notre homme chauve-souris de très bonne facture, dans la droite lignée de Batman - Un long Halloween et de Batman - Année Un (Year One) dont je recommande la lecture et l'achat. Originalité - Histoire : 7,5/10 Dessin - Mise en couleurs : 8,5/10 NOTE GLOBALE : 16/20
La Famille Illico
Comme l'a écrit je ne sais plus qui, il faut bien sûr tenir compte de l'époque où est parue cette série pour l'apprécier à se juste valeur. C'est une BD pionnière, parue il y a plus d'un siècle dans les journaux américains, et dépeignant une famille un brin bourgeoise dans les USA de l'époque. Le père travaille, mais profite de la moindre ocasion pour aller boire un verre ou jouer aux cartes avec ses copains. La mère est une oisive qui passe beaucoup de temps à acheter des chapeaux et taper son mari parce qu'il rentre tard. Et la fille est plus équilibrée dans ce que j'ai pu lire, mais ne semble pas faire grand-chose. Sur ce canevas Frank Fletcher a proposé des dizaines, voire des centaines de variations. Celles-ci, ma foi, sont assez sympathiques et reposent sur des mécanismes narratifs assez simples, mais répétitifs au fil de la lecture. Cela devait être sympa à lire chaque semaine, mais à force ça ne tient pas trop la route. Encore une fois les mœurs ont changé en 100 ans, mais quand même. Le dessin paraît daté lui aussi, mais conserve toutefois une lisibilité assez élevée, ce qui fait passer cette pilule de la répétitivité. A découvrir, pour la culture générale, mais sans s'obliger à tout lire, à mon avis.
L'Incroyable Histoire des grands traîtres
C'est fou comme l'HIstoire est émaillée d'histoires de trahisons diverses et variées. Ici nous avons plutôt des trahisons politiques, des gens dont les revirements, les magouilles et les manigances ont causé du tort à leurs nations ou leurs mentors. On commence -presque- par Judas, dont l'existence n'est pas avérée, mais qui est devenu un symbole au fil des interprétations de la Bible. Il y a des noms qui entrent en résonance avec l'actualité récente, dont un certain Quintus naevius Cordus Sutorius Macro, communément appelé... Macron, ou encore le traitre norvégien des années 1940 Vidkun Quisling, qui fonda un parti inféodé aux Nazis, et dont la traduction littérale est "Rassemblement national". D'ailleurs pour les anglophones le vocable quisling signifie traître. A la tête de différents pays, de différents partis, ces sombres personnages ont juré la perte de ceux qui les ont vus naître, les ont adoptés (comme Brutus avec César) ou les ont formés, comme Sarkozy avec Chirac. Tous l'ont payé cher de leur vie ou dans la postérité, certains ont carrément été oubliés de l'Histoire, et cet album, particulièrement mitonné par Didier Convard, passionné d'Histoire et par Jean-Christophe Camus. Les historiettes sont comme toujours dans cette collection, habilement racontées, on ne s'ennuie pas, et il y a toujours cette touche d'humour, ici sous la forme d'un professeur-conférencier qui sert de respiration dans un ouvrage un peu didactique. Le dessin de Pascal Magnat, loin d'être celui d'un simple exécutant, se montre assez inventif et nerveux pour que l'ensemble constitue un moment de lecture très plaisant.
Les Hautes Herbes
J'adore le travail graphique de Grun sur La Conjuration d'Opale. J'aime beaucoup le gap qu'il a franchi avec On Mars, scénarisé par Runberg. Je le retrouve ici, sur un scénario imaginé par sa compagne Laurine Clin, dans une ambiance fantasy dont il semble friand. Et encore une fois c'est une sorte d'orgasme visuel. Grun nous propose des décors à la fois variés et très réalistes, sortis de l'imaginaire de générations d'autrices et d'auteurs du genre. Je me suis surpris à ralentir ma lecture pour contempler de nombreuses cases, tant elles vibrent de puissance et de beauté. Mention spéciale, bien sûr, pour les ciblètilles, ces êtres ressemblant à la fois à des hommes et à des insectes volants, d'une beauté à couper le souffle, et qui gardent leur part de mystère... Il met donc en images une histoire de Laurine Clin, un récit somme toute assez simple qui parle de la recherche des origines, mais aussi de la passation entre les générations, et du vivre ensemble dans un monde que l'on peut regarder comme un miroir du nôtre. Son écriture est précise, sensible, et nous promet de belles choses si elle persiste dans cette voie. Je trouve d'ailleurs que l'univers, avec ses cinq races auxquelles une entité suprême a délégué le pouvoir de créer des hommes, mérite d'être exploré plus avant.
Juan Solo
Une relative déception étant donné la belle réputation de l'oeuvre, qui se révèle assez inégale à mon goût. Certaines séquences de l'intrigue sont assez basiques. L'écriture peine parfois à convaincre. L'évolution de Juan est difficile à croire. Au départ c'est une sorte de Sun-Ken Rock diabolique, qui se transforme ensuite en pouilleux misérable. Le dessin de Bess n'est pas toujours aussi appliqué qu'il devrait mais ça reste un très bon travail. Finalement, j'ai parfois eu l'impression de lire un brouillon d'une oeuvre de Jodorowsky qui sera publiée 20 ans plus tard, Les Fils d'El Topo. Une lecture indispensable pour les fans de Jodo, moins pour les autres.
Le Tueur - Affaires d'Etat
J’avais apprécié le long premier cycle de la série « Le tueur ». Un personnage attachant malgré sa froideur et son cynisme, un ton original avec de longues digressions du héros, avec de longs monologues en off nous faisant partager ses états d’âme. Je me suis donc plongé dans cette série, qui en prend la suite, toujours avec le même héros, toujours avec le même schéma narratif. La nouveauté vient de l’employeur du tueur, dont les actions ont été « nationalisées », puisqu’il travaille désormais une officine de l’État, qui fait le « sale travail » de manière à la fois violente et discrète (presque "fonctionnaire", notre héros est-il prêt à se "ranger" ?). Ce qui, dans le premier cycle de trois albums que j’ai lu, l’amène à « nettoyer » la ville du Havre, gangrénée par des gangs, des trafics d’armes, et un maire ambitieux et peu scrupuleux (ça a dû faire plaisir à Édouard Philippe !). L’intrigue surfe sur des thèmes actuels (une trame déjà vu dans la série de Canal « Engrenages » (immersion dans une petite ville où politicien local et loubards naviguent de concert)… Il est flanqué d’un collègue, et d’une « donneuse d’ordre ». Même si visiblement ça lui coûte, il n’est plus aussi « indépendant » que dans la série mère. C’est rythmé (pour peu qu'on ne soit pas allergique aux longs commentaires du tueur), les scènes de violence alternent avec celles où notre héros reçoit ses instructions, ou lorsqu’il vit sa vie parallèle (pour sa couverture il travaille dans une société d’import-export, accepte quelques relations de travail – voire plus pour une jolie collègue entreprenante). On y retrouve les points forts de la série mère. A savoir un héros atypique, qui ne cesse de se poser des questions. Qui tue froidement sans état d’âme si on lui en donne l’ordre, mais qui, en parallèle critique l’hypocrisie, le cynisme des autres, de la société, les faux-semblants (notre tueur est un intello qui s'ignore). Mais voilà, si le texte est intéressant (et si je suis souvent en accord avec lui), j’ai trouvé que ça devenait lassant au bout d’un moment, que ça « anesthésiait » un peu le récit. Matz essaye de contrebalancer ça en amenant un duo de flics plus dégourdis que la moyenne, qui sentent l’embrouille, et qui eux aussi (surtout l’un d’entre eux) ont un regard critique sur le fonctionnement de la société (à l’échelle de leur ville) et qui devinent l’existence d’une équipe de tueur. Mais je trouve que le duo de tueurs et celui des flics aurait mérité d’être davantage exploité dans les interrelations, leurs conflits. Le dessin de Jacamon est encore réussi, simple, efficace, dynamique. Mais les détails sont quand même pas mal escamotés, et la colorisation est parfois trop lisse et tranchée, un peu plus passe-partout, manquant un peu trop de nuance. Jacamon abuse parfois de l'effacement des traits (visages éloignés, décors). La lassitude gagne autour de ce personnage et de ses ratiocinations, et sur la longueur, l’utilisation d’une recette qui a marché – et qui marche quand même encore – peine à se renouveler. C’est encore une lecture sympa, mais à petite dose. Note réelle 3,5/5.
Trafalgar
Comme un gallinacé sans tête, ça s’agite, ça s’affole et ça court dans les sens ! - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre, constituant le premier de cette série sur les batailles navales. Son édition originale date de 2017. Il a été réalisé par Jean-Yves Delitte, peintre officiel de la Marine, membre titulaire de l’académie des Arts & Sciences de la Mer, pour le scénario, par Denis Béchu pour les dessins et pour les couleurs. Il comprend quarante-six pages de bande dessinée. Il se termine par un dossier historique de huit pages, rédigé par le scénariste, agrémenté de documents visuels comprenant huit chapitres et un glossaire. Les différentes parties portent les titres suivants : L’histoire d’un projet fou, Vaisseau de ligne roi des batailles, Un navire de légende, Un héros, Un drôle de choix, Un tir chanceux, Badaboum, Que de monde ! Empire de France, au château de Saint-Cloud, le vingt-six avril 1806, un cavalier un peu crasseux se présente aux grilles devant les gardes, il porte un long manteau gris enveloppant, une capuche, et un cache sur l’œil droit. Il pénètre dans le château impérial par une petite porte et il accède aux appartements d’un haut gradé. Il lui indique que la chose est faite. Le militaire lui répond qu’il le sait, qu’on l’en a déjà avisé. Le messager lui fait observer qu’il ne semble pas satisfait. Le commandant réplique par : Six coups de couteau dans le cœur ! Cela est excessif et peut intriguer. Son interlocuteur explique que l’homme ne s’est pas laissé faire, mais qu’il a pris des dispositions avec la maréchaussée pour tout cela soit reconnu comme un suicide, et la dépouille sera inhumée dans le plus grand secret. À quoi il lui est répondu que l’empereur n’en sera pas informé, il a d’autres préoccupations, tout cela appartient au passé. À Cadix en Andalousie, le vingt-neuf septembre 1805, des vaisseaux mouillent dans la baie. À terre, dans le palais, un officier essaye de convaincre l’amiral De Villeneuve qu’ils ne peuvent rester éternellement rester ici. Il continue : Les équipages se démoralisent, voilà plus de six semaines qu’ils ont mouillé les ancres, il leur faut agir. L’amiral demande : Agir ? Pour aller où ? Pour faire quoi ? L’officier répond qu’ils ont des ordres, il n’est pas encore trop tard pour rejoindre la Manche et aider dans le plan d’invasion de l’Angleterre, toute la flotte du Ponant doit les attendre. Son supérieur l’informe que le plan a échoué, les Anglais ne sont pas laissés abuser, le blocus des ports français de l’Atlantique n’a pas été levé et ce n'est pas faute d’avoir essayé de les attirés aux Antilles. Il répète : Le plan a échoué, tout a été vain, aucune flotte ne les attend, elle est enfermée dans ses ports. Il ajoute : L’empereur est loin d’ici et il ignore tout de leur situation, sa critique indiffère De Villeneuve. Napoléon rêve d’envahir l’Angleterre, l’amiral le comprend, mais pour sa part, il se refuse à se laisser emporter par une ridicule fougue et à causer la perte de son escadre. Ses navires sont fatigués, ce long périple les a tous épuisés, ils ne sont plus en état de faire la guerre. Est-ce que le capitaine oserait le nier ? À tout seigneur tout honneur : la bataille de Trafalgar qui s’est déroulée le vingt-et-un octobre 1805, connu de tout le monde. En découvrant l’introduction de deux pages, le lecteur néophyte sent bien que l’auteur avait ce jugement de valeur en tête car il ne donne quasiment aucune information qui permette de comprendre cette scène si le lecteur ne dispose d’aucune notion de contexte. Pour lui, le doute sera levé avec la dernière séquence, servant de conclusion en trois pages quant à l’identité de ce mystérieux suicidé qui s’est donné six coups de couteau dans le cœur. En outre, en revenant à ces pages après avoir lu l’ouvrage, il mesure mieux l’ironie, et même le sarcasme, contenue dans la réplique indiquant que l’empereur a d’autres préoccupations et que tout cela appartient au passé. Il laisse alors agir cette narration toute en cases de la largeur de la page, avec une belle reconstitution de la façade du château impérial de Saint-Cloud, de ses grilles en fer forgé, des tenues militaires des soldats avec la houppette de leur casque, et le cimier orné d'un masque en forme de Gorgone. Le bureau dans lequel le messager fait son rapport apparaît tout aussi soigné dans sa dimension de reconstitution historique : le meuble de bureau et ses fauteuils, le sous-main, le beau lustre avec ses perles de verre, les boiseries murales et une draperie, le manteau de cheminée et sa pendulette également d’époque, les motifs géométriques sur les cadres en bois. À l’évidence, le dessinateur a effectué un solide travail de recherche de références pour s’assurer de l’authenticité de la reconstitution histoire sous ses différentes facettes. Le lecteur est bien sûr venu pour bénéficier d’une place au premier rang (mais en toute sécurité) à cette bataille historique, même si sa fierté patriotique peut en prendre un coup. Le choix de l’auteur lui appartient, et il consacre cinq pages à l’affrontement maritime, sans réellement développer la stratégie de chaque belligérant ou leurs tactiques, sans nommer les navires ou chaque commandant. Du coup, le lecteur apprécie de pouvoir se plonger dans le dossier historique qui comprend une carte du plan de bataille dressé sur la base des observations de Joans Tuby, officier à bord du HMS Euryalus, le chapitre intitulé Badaboum qui explicite en quoi consiste la science de tirer avec un canon, la hiérarchie sociale (ou militaire) régnant à bord d’un navire, et l’analyse du tir chanceux qui a atteint l’amiral Horatio Nelson (1758-1805). Il scrute alors ces quelques pages pour regarder dans le détail les navires en train de tanguer, les impacts des boulets de canon, les corps déchiquetés par la mitraille, la fumée générée par les tirs de canon, les embarcations de fortune ou les débris flottants auxquels s’accrochent les naufragés. Il voit les voiles et les bastingages de plus en plus perforés et brisés. Enfin les tirs cessent, le sort de la bataille en est jeté, et sous ses yeux les marins encore valides apportent leur aide aux blessés et estropiés. Ce choix de restreindre le nombre de pages allouées à la bataille navale induit que le dessinateur se retrouve à représenter de nombreuses situations variées. Il utilise un trait net et précis pour réaliser des dessins descriptifs et réalistes. Le lecteur prend plaisir à prendre le temps de regarder des détails : les arcades du palais de Cadix et les chapiteaux de ses colonnes, les toits de la ville avec un clocher en premier plan, les magnifiques bâtiments au mouillage dans le port avec leurs cordages de commandes des vergues et des voiles et du maintien des mâts, l’uniforme militaire des Anglais, le Charleville (mousquet modèle 1777, portée maximale 250 mètres, portée pratique jusqu’à 150 mètres), une simple barque de pêche halée par un cheval, les canons sur les murailles de Cadix, les longs manteaux des cavaliers voyageant de nuit, etc. Il ressent rapidement la qualité de la narration visuelle, en particulier les plans de prise de vue : les images et les bandes racontent l’histoire, sans se contenter d’illustrer les dialogues. Les personnages sont costauds, sans être exagérément musclés, plutôt physiquement résistants, et… il n’y a pas une seule femme à l’horizon, ni dans ces pages. L’artiste utilise les gros plans sur les visages avec le bon dosage, montrant plus volontiers ce qui est en train de se passer, environnement et actions des personnages. Il met régulièrement à profit des cases de la largeur de la page, évidemment pour l’immensité de la mer et pour donner de la place à ces grands navires, mais aussi pour faire ressortir le positionnement respectif de plusieurs paysages, pour montrer deux actions se déroulant en même à proximité, etc. Du coup, le scénariste dispose de place pour développer d’autres facettes de Trafalgar, pour l’aborder autrement que sur le plan de la stratégie militaire. Il emploie un procédé narratif que le lecteur retrouvera dans les autres tomes de cette série : accrocher l’attention du lecteur sur de simples marins, côté français et côté anglais, et un peu sur les deux amiraux, Nelson et De Villeneuve parce leur personnalité et leur parcours ont une incidence primordiale sur le déroulement de l’affrontement. D’un côté, le lecteur se trouve présent quand les officiers s’impatientent du fait du choix de l’inaction de Pierre Charles Silvestre de Villeneuve (1763-1806), il observe également le respect dont font preuve les officiers anglais à l’égard d’Horatio Nelson, ainsi que la forme de mélancolie ou de résignation qui habite ce dernier. De l’autre côté, il constate à quel point les simples marins sont le jouet de décisions sur lesquelles ils n’ont aucune influence, aucune prise, comment ils se représentent leur situation à partir d’informations tronquées ou orientées, de quelle manière leur histoire personnelle et leur milieu socioculturel leur ont inculqué des valeurs et des principes qui nourrissent leur comportement en tant que militaire, qui alimentent leur représentation de l’ennemi, leur façon d’envisager la bataille à venir. Un album qui raconte la bataille de Trafalgar en s’attachant à la manière dont ses circonstances sont appréhendées par quelques marins, comment les amiraux en place s’y dirigent, dans le cadre du métier qu’ils exercent. La narration visuelle est solide, et privilégie de raconter l’histoire, ainsi que la reconstitution historique, plutôt que le spectaculaire et le racoleur. Le néophyte y trouve son compte, à la fois pour la bande dessinée agréable à lire, à la fois pour le dossier historique bien conçu et abordable.