Connectez-vous pour cacher cette bannière publicitaire - Commander en ligne : pourquoi BDfugue ?

Les derniers avis (91853 avis)

Par cac
Note: 2/5
Couverture de la série Baby boom
Baby boom

J'avais déjà lu La Salle de la Mappemonde du même auteur et j'étais resté assez hermétique. Très conceptuel cet auteur japonais. Il le prouve à nouveau ici chez le même éditeur avec cet album qui n'a rien à voir graphiquement. Pour le dire péjorativement c'est presque comme si un enfant en était l'auteur avec une alternance de traits au feutre de différentes couleurs. En bien plus maîtrisé bien sûr, un enfant ne dessinera jamais aussi bien. Et il y a une certaine virtuosité pour faire passer l'idée de mouvement. De plus le choix des couleurs de feutre n'est pas anodin. Pour autant il m'a fallu lire (en partie) les notes très détaillées de la fin dans lesquelles l'auteur explique case par case pour quasiment toutes les planches ce qu'il a voulu montrer pour comprendre que l'homme à la tête noire, le 'papa', qu'on voit dans tout l'album est un oiseau. Pour qu'il y ait besoin d'expliciter à ce point tout ce qui a été dessiné, c'est quand même que ça ne s'appréhende pas facilement. Il y a des cases où on comprend bien ce qui se passe et l'auteur ne fait que confirmer ce qu'on a vu. Il faut dire aussi que je n'ai pas passé 5 minutes par planche à analyser le détail de l'action tant le dessin ne me fait pas rêver. De plus le rythme est plutôt vif donc je tourne les pages rapidement. Au-delà de son dessin, cet album partait déjà mal pour moi car il est muet, ce qui n'est généralement pas trop ma tasse de thé. On a juste le droit à quelques onomatopées illustrant les actions. Le style graphique est peut-être aussi en résonance avec l'histoire qui consiste en plusieurs scènes avec un père et un enfant, un oiseau donc, qu'on devine plutôt bébé dans les premières pages et qui semble un peu plus vieux dans d'autres car on le voit à l'école ou faire la cuisine tout seul. On a un bel éventail d'activités, le repas, le bain, à la mer pour pêcher, à la campagne, à la piscine, au parc etc. Et même en discothèque, ce qui n'est pas vraiment le lieu propice à un enfant. J'ai cru y déceler un peu d'humour, mais vraiment une fine couche, du saupoudrage. Je l'ai lu en entier tout de même, mais je suis à la frontière du 1/5 en terme de plaisir de lecture. Comme je n'ai toujours pas compris pourquoi cet éditeur adore cet auteur, j'en lirai peut-être d'autres...

09/04/2021 (modifier)
Par cac
Note: 3/5
Couverture de la série Le Baron (Masbou)
Le Baron (Masbou)

Un bel album aux jolies couleurs sur les aventures du baron de Münchhausen. C'est à la limite de la biographie car le baron était un officier qui a réellement existé et un livre sur ses péripéties rocambolesques a vraiment été édité de son vivant. Un jour le livre arrive dans le village et les habitants y reconnaissent leur châtelain local. Ils ne l'ont pas vu depuis quelque temps car son épouse, lasse de ses excès de boisson, lui a interdit de fréquenter la taverne. On ressent une certaine tendresse pour le personnage, un gentil affabulateur sur la fin de sa vie qui adore captiver son auditoire avec des anecdotes incroyables comme la fois où il a voyagé accroché à un boulet de canon. L'album nous sert un bon lot de petites histoires. Une bonne lecture fort bien illustrée.

09/04/2021 (modifier)
Par montane
Note: 4/5
Couverture de la série Celestia
Celestia

"Celestia" c'est d'abord un bel objet, avec l'extrémité de ses pages de couleur bleues, avec la texture de sa couverture. Mais comme l'a signalé le précédent chroniqueur, "Célestia c'est aussi un conte futuriste, et le parallèle avec "la terre des fils" de GIPI est pertinent. Sauf que, si la vision d'une société future que nous propose GIPI se décline essentiellement sur le mode de la violence, il n'en va pas de même ici. En effet, si on retrouve un peu un coté "Orange Mécanique" avec cette bande qui croise le chemin des héros principaux, Pierrot et Dora, et qui donne lieu à des scènes de grande violence, la poésie et la contemplation dominent pourtant ce récit. Dora appartient à un groupe de télépathes dont les activités sont organisées par le père de Pierrot. Lui est en rupture de banc avec ce groupe, de même que Dora qui cherche à s'en extraire. Pour ce faire ils cherchent à quitter cette ville qui ressemble à s'y méprendre à Venise. On y apprend que cette ville était naguère reliée au continent; mais qu'à la suite d'une invasion dont on ne saura rien, le pont qui reliait la ville au Continent à été détruit. Echapper à son père , échapper à ces "amis" envahissants signifie donc gagner l'ailleurs, le monde au delà du pont. Pierrot et Célestia vont donc gagner en gondole, ce monde peuplés de gens étranges, vivant en vase clos, où les adultes semblent vivre en autarcie, voire retomber en enfance pour certains, tandis que les enfants semblent prendre la relève. C'est notamment un enfant qui sera le guide de PIERROT ET DORA dans leurs pérégrinations sur cet étrange Continent. Pierrot et Dora vont donc s'engager dans un voyage, mystérieux et contemplatif, dont ils reviendront finalement pour regagner leur ville d'origine. Il faudra pour Pierrot affronter cette bande en quête de revanche. Mais ce retour aux sources lui permettra de se réconcilier avec un père qui lui aussi se sent à l'étroit dans cette ville, et qui souhaite lui aussi gagner cet au delà même s'il est moins sécurisant. Ne cherchez pas de réponses évidentes dans cette histoire vous n'en trouverez pas. L'auteur laisse le lecteur libre de ses interprétations. L'auteur s'interroge et nous interroge sur la société du futur. Doit-on rester emmurés dans un environnement clos, coupé du monde pour préserver notre sécurité? Ou doit-on au contraire ne pas craindre d'aller ailleurs, quitte à prendre des risques et à se confronter à l'inconnu? Le dessin de FIOR est désormais affirmé, les couleurs et les ambiances sont superbes comme dans ses précédents albums. Point de phylactères superflus ici puisque les images parlent souvent d'elle même. Si vous aimez les histoires ambitieuses, les histoires à tiroir, laissez vous embarquer dans ce nouveau "one shot" de l'auteur Italien. En revanche si vous êtes un adepte d'une BD Franco Belge plus classique, passez vous chemin, car vous n'y trouverez pas votre compte.

09/04/2021 (modifier)
Par Yann135
Note: 5/5
Couverture de la série Akim
Akim

Il y a ceux qui sont Beatles et ceux qui sont plutôt Rolling Stones. Dans le monde enchanteur la BD, il y a ceux qui sont Tarzan et ceux qui sont plutôt Akim. Pour ma part je suis, sans l’ombre d’un doute, Rolling Stones et … Akim ! C’est juste cultissime cette série. Accrochez-vous à la balustrade ! Il y a eu … 756 albums en petit format de septembre 1958 à février 1991, bimensuel sur presque toute la durée de publication. Chaque numéro du fascicule propose un épisode entre 50 et 60 pages. Qui dit mieux ? Et tout ça sans aucune aide numérique. A la gomme et au crayon ! Je pense que c’est un record. Il faut dire que Roberto Renzi était un scénariste méga prolifique et qu’il avait beaucoup d’imagination. Ces albums ont bercé mon enfance et mon adolescence. J’étais accro ! Qu’est-ce que c’était bon ! ok ok ok certains vont dire que c’est une pâle copie de Tarzan. Je m’en fous un petit peu à vrai dire. Cela n’a jamais gâché mon plaisir. Jim Rank est le fils du consul de Calcutta, Frédérick Rank. Que du beau linge ! Alors que la famille rentre en Europe, leur bateau fait naufrage. Jim et sa mère échouent sur une plage africaine. Sa mère est peu après tuée par une panthère. Un gorille adopte Jim Rank, le soigne, le nourrit et lui enseigne le langage des animaux. Jim, désormais appelé Akim, devient le « roi de la jungle » et tous les animaux le reconnaissent comme tel. Akim sauve une femme « blanche » nommée Rita. Elle devient sa compagne et le couple vit dans un bungalow, avec le gorille Kar et deux espiègles guenons, Zig et Ming. La ménagerie Akim est magnifique ! Il est en effet entouré d'une cour d'animaux fidèles ! L'éléphant Baroi, le lion Rag, l'aigle Mol, l'éléphanteau Simbo, la cigogne Bek ou encore le panda Chuk. C’est délicieux. Dans les années 70, il y a eu des tee-shirts à l’effigie d’Akim. Bien évidemment j’arborais fièrement mon héros ! Je crois que franchement si tu n’as pas lu au moins une fois un album de cette série avant tes cinquante ans, tu as raté ta vie ! A lire, à relire, ou à découvrir.

09/04/2021 (modifier)
Par Erik
Note: 4/5
Couverture de la série Le Sucre de la pierre
Le Sucre de la pierre

"Le sucre de la pierre" est une BD assez onirique sur un monde étrange qui ressemble à notre planète. Il est question de neuf géants tout puissants qui ont créé un monde nouveau ou du moins l'un d'entre-eux. Pour autant, il s'agit surtout de croyances et de religion dont se sert un prêtre dirigeant pour asseoir son pouvoir sur une peuplade primitive vivant dans d'immenses cavernes.  Il est relativement aisé de trouver des arguments pour encenser ou démonter une bande dessinée que l’on aime ou l’on déteste. Cependant, l’exercice s’avère délicat quand l’œuvre est spéciale. En effet, c'est comme une invitation au songe. C'est presque un voyage époustouflant dans un univers d'ailleurs assez hermétique et onirique. Cette manière de tout relier est sublime mais parfois éprouvante car nous n'aurons pas toutes les explications utiles. Deux mots me viennent à l'esprit pour qualifier cette œuvre : singulière et brillante. Il est vrai que l'auteur Hervé Leblan a façonné des planches à la beauté asphyxiante, voire une élégance du trait omniprésent. On aura droit soit à des plans reculés ou soit des angles plutôt intimistes. Les décors sont absolument fabuleux. Le graphisme est réellement d’un esthétisme absolu avec un trait fin et précis. En effet, chaque case suggère une profondeur presque démentielle, libérant son lecteur abasourdi dans des cadrages relevant du virtuose. On observera également une générosité dans le détail et une lumière exceptionnelle de maîtrise. Graphiquement, c’est plus qu’honnête. J'ai bien aimé les deux personnages principaux qui forment un beau couple qui se complète. J'ai aimé leur impudeur physique et psychologique dans une férocité crue et presque sensuelle. L’immersion dans cet étrange univers ayant ses propres codes semble être totale et le pouvoir d’attraction irrémédiable. On vit cet album comme une apnée à la fois sensorielle et tragique dans son déroulé. Il faut juste se laisser emporter par le récit. Je note un petit bémol en ce qui concerne la conclusion de ce récit, à moins de considérer d'être à la fin d'un rêve ou au début d'un éternel recommencement. Il est question de liberté mais également d'un triomphe de l'éphémère face à l'éternel comme une prise de revanche sur les dieux. Pour l'inspiration, je sens des influences un peu diverses comme le film culte « Avatar » de James Cameron ou encore une vieille œuvre BD de science-fiction comme Le Cycle de Cyann de François Bourgeon. Que des œuvres de qualité avec un certain dogmatisme ! Je voudrais remercier celui qui m'a permis de bénéficier de cet album et qui se reconnaîtra. C'est tout ce que j'aime et je le dis avec sincérité. A noter une édition tout à fait exceptionnelle qui met le graphisme en valeur. C'est tout à fait dommage que cette sortie soit intervenue dans une période un peu particulière, ce qui fait que c'est passé un peu inaperçu. Il s'agit de combler cela car à la fermeture de cet album, persiste une agréable sensation. Voici un nouvel auteur à découvrir. Et le meilleur est à venir ! Je n’en doute pas. En tout cas, c’est à lire sans aucune hésitation. Je lui réserve la place d’honneur de ma bibliothèque. Un scénario captivant, un graphisme impressionnant d’une très grande beauté ainsi qu'une fabrication hors pair. Trois éléments pour un mariage flamboyant et quatre étoiles amplement méritées. Je terminerai ma dernière chronique sur une citation : "Oublie tout ce qu'ils t'ont appris ; commence par rêver".

09/04/2021 (modifier)
Couverture de la série Beauté
Beauté

Très chouette lecture que celle-ci. Pourtant rien d’extraordinaire a priori, mais un récit simple (même s’il n’est pas avare de complexités souterraines), et un dessin lui aussi simple mais plein d’attraits, voilà donc une série pleine de qualités, une lecture agréable que je vous recommande. Le personnage principal, Morue, est emblématique de cette histoire, où les apparences sont trompeuses, et où rien n’est manichéen ou définitif. En effet, on passe avec ce personnage de la Morue/Beauté, de la compassion (c’est au départ une sorte de souillon, une cendrillon revisitée) au mépris, à l’incompréhension, pour revenir à une certaine forme d’empathie. Insatisfaite, source du mal en cherchant le bien et le bonheur, elle irrite comme elle attire. Questionnement sur la notion de beauté aussi, du caractère factice et dangereux des rapports de séduction, cette histoire est aussi triste que belle, intelligente. Une lecture sympathique en tout cas. Note réelle 3,5/5.

09/04/2021 (modifier)
Par Ro
Note: 2/5
Couverture de la série Le Voisin
Le Voisin

El Vecino est une BD espagnole datant des années 2000 qui s'approprie le thème du super-héros pour en faire un pur roman graphique où l'action laisse la place aux relations intimes entre les personnages, à leur vie urbaine et à leurs soucis du quotidien. En 2019, elle a d'été adaptée en série télévisée par Netflix. C'est l'histoire de José Ramon, brave étudiant en littérature un peu coincé et préparant sa thèse, qui découvre un jour que son voisin de palier est le fameux super-héros Titan. Ce dernier comprend qu'il peut lui faire confiance et devient du jour au lendemain son ami, s'incrustant chez lui dès qu'il a besoin de soutien moral, d'une bière, ou quand il a besoin d'aide pour cacher son identité secrète ou pour l'aider avec la jolie journaliste qui se doute qu'il cache une identité secrète. Car en réalité Javier, celui qui se transforme en Titan quand il avale une pilule magique, est un gars un peu paumé, faussement sûr de lui quand il joue le rôle du grand super-héros mais accumulant les faux pas et gâchant sa vie dans la réalité. Il peut même se révéler franchement minable par moment. L'album publié chez Dargaud est en réalité une intégrale comportant les 3 tomes parus en Espagne. Les deux premiers sont en couleurs tandis que le dernier est en noir et blanc, avec juste un peu de rouge par-ci par-là. Le graphisme est dans la veine nouvelle BD des années 2000, Pepo Pérez étant issu du monde des fanzines. Les couleurs ses deux premiers tomes sont assez bariolées, pas très engageantes, hormis sur la fin du second tome où soudain j'ai trouvé les planches plus esthétiques et aérées. Et le style change encore avec le dernier tome où le noir et blanc laisse apparaitre un trait moins anguleux et plus doux, mais aussi une mise en page différente avec davantage de cases par page. Les tomes sont chacun différent dans leur ton, donnant même l'impression que le personnage de Javier y a une nouvelle personnalité à chaque fois. Le premier tome est celui qui se rapproche le plus de l'univers des super-héros même si on ne verra aucun combat, à peine en entendrons-nous parler en toile de fond. C'est la découverte rocambolesque de ce que peut être la vie intime d'un super-héros assez gauche et sa relation avec son voisin. Très vite, on va réaliser que les thèmes principaux sont éloignés de ceux des récits de super-héros : ce sont plutôt des thématiques de roman graphique, relations compliquées entre personnes, tentatives d'amourettes et autres prises de tête du quotidien. Il y a un soupçon d'humour dans l'aspect un peu ringard du héros, et il y a même un passage qui m'a fait rire, quand le grand ennemi du super-héros Titan s'invite à son anniversaire raté en croyant pouvoir tuer tous ses proches mais qu'ils se retrouvent finalement avec Javier et son voisin comme trois paumés à parler de choses futiles sur un canapé en picorant des toasts. Le second tome se déroule quelques temps plus tard. Javier/Titan a disparu et son voisin et la journaliste le recherchent partout dans la ville. On découvre bien assez tôt qu'en réalité, il est tombé en pleine dépression et a décidé de vivre dans un tunnel avec un groupe de clochards. Et tout l'album va se concentrer sur l'état de délabrement du personnage et sur ceux qui gravitent autour de lui. Le troisième et dernier tome se déroule encore plus tard. Javier y a remonté la pente et vit avec sa copine journaliste, mais par contre il s'est fâché sans comprenne bien pourquoi avec son voisin. Du coup, les deux ne se parlent plus et mènent leurs vies personnelles et de couple chacun de leur côté, avec leurs boires et déboires, notamment le cousin envahissant de José Ramon qui drague sa copine. Aussi originale que soit l'idée de base et le désir de le traiter ensuite sous la forme d'un roman graphique, j'avoue m'être ennuyé à la lecture de cette BD. Il s'y passe plein de choses mais en même temps rien de vraiment palpitant. L'album Dargaud est très dense avec ses plus de 200 pages et j'avais hâte d'en venir à bout car j'avais l'impression que l'intrigue ne décollait jamais. D'autant que le personnage de Javier est régulièrement assez détestable, ou du moins minable. En plus son caractère semble différent sur chaque des trois tome, comme s'il s'agissait d'un autre personnage à chaque fois, mais aucun de ces trois aspects ne me l'a rendu attachant. Quant à son voisin, José Ramon, il est plus sympathique mais lui non plus pas exempt de défauts et la façon si peu expansive dont il est mis en scène maintient une certaine distance entre le lecteur et lui, empêchant là encore de ressentir suffisamment d'empathie pour s'y intéresser pour de bon. Il est possible que cette série charme davantage les amateurs de romans graphiques intimistes que moi. En ce qui me concerne, elle ne marquera pas ma mémoire.

09/04/2021 (modifier)
Couverture de la série Anaïs Nin - Sur la mer des mensonges
Anaïs Nin - Sur la mer des mensonges

Chaque homme à qui j'ai fait lire mes textes a tenté de changer mon écriture. Écrire comme un homme ne m'intéresse pas. Je veux écrire comme une femme. Cette présentation m'avait mis l'eau à la bouche. En ressortant de ce livre, je n'ai pas l'impression d'avoir eu un quelconque développement sur ce sujet. Anaïs Nin a de sacrés problèmes. Elle a visiblement baigné dans un milieu familial toxique et pervers. Elle est loin, très loin d'être au clair avec elle-même. Elle attire d'abord involontairement les hommes comme le miel les mouches et ne sait pas leur dire non, et ensuite elle les attire volontairement. Elle voudrait bien écrire des trucs super bien qui révolutionneraient les genres et casseraient les codes, et on la voit discuter de quel mot il faudrait mettre à la place de celui-ci... En terme de priorité, peut-être la structure ou le fond seraient-ils plus importants ? Elle fréquente June, la femme d'Henry Miller, et fait des commentaires sur sa vacuité et le fait qu'elle n'existe que dans le regard des autres. Par contre, elle, pour exister, couche avec à peu près tous les hommes qu'elle rencontre. Intéressant... Anaïs Nin, pour aller mieux, devrait sans doute faire une psychanalyse. Ce qu'elle fait. Mais elle couche avec son analyste. Alors elle fait une autre psychanalyse, avec un analyste vachement mieux, un disciple de Freud. Manque de bol, elle couche aussi avec. Quel dommage. Anaïs Nin, pour aller mieux, ne doit pas changer, elle doit s'accepter telle qu'elle est. Alors elle couche avec son père dans lequel elle cherche son image et des réponses, qu'elle croit trouver mais non. Alors elle cherche des réponses en elle-même, mais a quand même couché avec son père. Au final, Anaïs Nin, pour rester celle qu'elle veut être, réussira à perdre son enfant. Alors excusez-moi, mais sans connaître le personnage à part par ce récit et sans avoir lu un seul extrait de sa prose, je trouve Anaïs Nin d'un égoïsme sans borne, d'abord esclave de ses travers, puis esclave volontaire de ses travers. Victime de perversité, et elle-même perverse et dénuée de toute morale. Ne cherchant pas de solution pour s'améliorer mais s'enfonçant au contraire pour réussir à se sentir mieux. Ce récit est malsain, et il ne s'agit pas d'exploration de la féminité, mais d'exploration d'une personnalité. Même si à côté de ça les analyses psychologiques à deux balles fusent parfois, tel un épisode d'Anaïs et les garçons. Dans toute cette histoire, le seul personnage à peu près normal bienveillant est le mari d'Anaïs, cocu jusqu'au cou et auquel elle ment pour le préserver (ou se préserver elle-même ? ©Psychologie de quartier). On pourra dire qu'Anaïs Nin a trop d'amour pour un seul homme, et on gagnera ainsi le badge du club des excuses foireuses pour justifier l'infidélité. J'ai su au bout d'un demi-chapitre que ce livre ne me plairait pas. Je ne m'attendais pas que ça soit à ce point-là. Sinon, oui, le dessin est très beau.

09/04/2021 (modifier)
Couverture de la série Gérard, cinq années dans les pattes de Depardieu
Gérard, cinq années dans les pattes de Depardieu

Une BD que j'ai lue plusieurs fois, et surtout que j'ouvre parfois à n'importe quelle page pour m'étonner, rire, réfléchir. J'ai toujours aimé le style de Mathieu Sapin, c'est son style petit bonhomme, on aime ou pas, c'est le même dans ses derniers volumes. Il sait en tous cas comme personne rapporter les détails insignifiants et pourtant tellement instructifs qu'il perçoit avec une grande sagacité. Clairement, avec Gérard il y avait de la matière à exploiter, tandis que dans "le Château", son passage à l'Elysée était très creux. Par contre, les deux BD se répondent puisque Gérard et François se croisent, ce qui est très fun. Gérard Depardieu, je ne suis pas dans son fan club, le personnage lui-même m'avait toujours rebuté (je ne l'apprécie que dans ses rôles comiques). Je dois dire que cette BD m'a permis de comprendre l'engin, c'est stupéfiant ce mélange de raffinement et de grossièreté, sa richesse intérieure, sa souffrance. Loin de tout voyeurisme stupide ou de toute starification, cette BD qui aurait pu s'appeler "dans la peau de Gérard Depardieu", nous fait voir autrement cet être, et tous les êtres humains. On en vient à comprendre toutes les contradictions de Gérard, ses phrases tranchées : on n'en tombe pas d'accord, mais on en comprend l'origine et on la respecte. Imaginez la vie d'un Pascal Brutal qui ne serait pas macho et qui serait tout en sensibilité, (et en puissance 10), et vous avez la vie de Gérard. Pour moi, j'y vois quantité de citations pénétrantes, philosophiques qui font échos avec d'autres lectures, il y a un second sens derrière chaque incongruité. Si vous lisez attentivement, vous apprendrez des détails très importants sur comment survivre dans ces conditions émotionnelles extrêmes, sur la relation aux autres, sur le plaisir. Le plus étonnant, c'est que je n'ai jamais autant prêté une BD à autant de monde, peut-être douze à quinze personnes, là où mon meilleur score devait être de trois prêts. Tout le monde voulait lire Gérard ! La plupart ont bien aimé et une minorité a détesté.

08/04/2021 (modifier)
Par Jetjet
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Séquelles
Séquelles

Une fois n'est pas coutume, amenons directement ce dialogue puisé dans l'épilogue : "- trop de questions sans réponse. - Elle est toute simple la réponse : l'action mon vieux, le mouvement" Avec ces quelques lignes, Hugues Micol vient de résumer parfaitement les 320 pages de son pavé graphique qui se peut se lire comme une suite de sa première oeuvre Romanji (3) mais également comme un reboot totalement indépendant. Rappelons rapidement que cet OVNI pouvait facilement diviser (l'avis de Ro en est un bel exemple en contrepartie du mien). Il y a au moins de la consistance dans cette haletante course-poursuite qui renvoie autant aux dialogues d'un Michel Audiard pour certaines réparties pas piquées des hannetons qu'à un polar bien noir et craspec. On retrouve le valeureux agent Sabre qui n'en a décidément pas terminé avec son enquête surréaliste en croisant quelques créatures fantastiques et même quelques divinités. Hugues Micol dont le trait s'apparente désormais à celui plus charbonneux de Blutch arrive à captiver son lectorat tout en le désorientant par quelques effets temporels de mise en scène dont il est préférable de ne rien dévoiler. Il y aura de l'action, de l'absurde, de l'humour noir et pas mal de gunfights. La frénésie initiale laisse ici place à une subtilité narrative efficace. Et c'est même assez joli à regarder si on adhère au style survolté de son auteur. Séquelles ne plaira pas au plus grand nombre mais offre de belles perspectives de relecture pour qui veut bien abandonner un peu de sa rigueur cartésienne. Hugues Micol n'aura jamais été aussi généreux quitte de présenter un plat à la limite indigeste par la multitude de ses ingrédients.

08/04/2021 (modifier)