Connectez-vous pour cacher cette bannière publicitaire.

Les dernier avis (90876 avis)

Par cac
Note: 4/5
Couverture de la série Inanna Djoun
Inanna Djoun

Bien aimé cet album dont le titre déforme légèrement celui d'un archéologue américain. Sauf qu'ici on se trouve dans un monde différent où la puissance dominante en Europe est le royaume de Babylone, la France n'étant qu'un pays d'arriérés où les vaches voyagent dans les mêmes wagons que les passagers. Cette inversion est propice à plein de situations comiques à l'instar de Mondo Reverso chez le même éditeur. L'héroïne est une archéologue de cette contrée orientale qui vient en France, contrainte par son chef à collecter des objets archéologiques pour préparer une exposition dans un musée. Je me suis bien marré à la lecture, et pourtant je me considère comme un client plutôt difficile en la matière. C'est parsemé de clins d’œil notamment à Tintin. Le dessin n'est pas vilain non plus. Ne connaissant pas B-gnet avant cet album, j'essaierai de voir ce qu'il fait d'autre à l'occasion.

18/01/2021 (modifier)
Couverture de la série Le Maître de Benson Gate
Le Maître de Benson Gate

(Après lecture des tomes 1 à 4) C’est une série qui se laisse lire, mais qui est bien loin de l’excellent Il était une fois en France du même scénariste. Les scènes se succédaient, que ce soit les révélations sur les magouilles des uns et des autres, ou bien celles de règlements de comptes et autres flingages, sans que je sois vraiment passionné par aucune d’entre elles. Globalement, la narration est souvent trop rapide, on a l’impression de sauter du coq à l’âne sans que des scènes vraiment fortes se dégagent (j’avais le même reproche pour W.E.S.T du même scénariste, d’ailleurs). Je trouve l’évolution du personnage de Richard assez ratée et artificielle. Par ailleurs, le dessin ne rend pas toujours l’identification des personnages évidente, d’autant plus que les personnages secondaires ne sont pas vraiment marquants. Le passage sur la cathédrale au milieu de la jungle, dans le tome 4, m’a paru tomber un peu comme un cheveu sur la soupe. Il y a aussi pas mal de clichés du genre que je n’ai pas tellement appréciés. Bref, ce n’est pas mauvais mais je n’ai pas vraiment accroché. Il faut dire que je suis un peu lassé par ces séries sur des dynasties de mafieux et/ou d’hommes d’affaires véreux qui, à moins d’une vision très personnelle ou d’un talent narratif exceptionnel de l’auteur, ont un peu tendance à toutes se ressembler.

18/01/2021 (modifier)
Couverture de la série From Hell
From Hell

Moore présente cette histoire comme l’autopsie des crimes de Jack l’éventreur. Et le fait est qu’il y a quelque chose de scientifique, de méthodique, de très méticuleux, dans sa façon de procéder. Car c’est une véritable somme, il prend le temps de développer intrigue, personnalité des personnages clés. Il faut clairement prévoir du temps pour lire ce pavé ! D’autant plus que les textes sont parsemés de multiples références historiques – que ce soit autour de la société victorienne dans laquelle se déroule l’histoire, ou plus lointaines (voir la très longue balade dans Londres – qui occupe tout le chapitre 4 – au cours de laquelle le docteur Gull, dans un très long monologue, refait auprès d’un compagnon passif un historique des quartiers de Londres, de leur architecture, mais aussi des dieux, peuples qui, depuis l’antiquité, ont « habité » ces endroits). Si c’est bien la version personnelle et partiale de Moore que nous avons ici d’une des affaires criminelles les plus célèbres (et qui a fait couler d’autant plus d’encre qu’elle n’a jamais été officiellement résolue !), c’est en tout cas un ouvrage très documenté. Le long appendice, dans lequel Moore livre les sources, les clés de lecture de certains passages, en est la preuve. Quant au dessin de Campbell, nerveux et sec, à la fois précis et jouant sur les esquisses plus que sur une profusion de détails, il est globalement très bon (même si inégal, certains passages semblant même bizarrement bâclés). En tout cas j’aime bien son travail en hachures, ratures, assez rageur – un peu comme le dessin de Buzzelli parfois. Mais je pense qu’il aurait été plus lisible sur un format plus grand (même remarques d’ailleurs pour les textes abondants dans les phylactères) : la lecture est parfois difficile.

18/01/2021 (modifier)
Par Franz
Note: 5/5
Couverture de la série Le Photographe
Le Photographe

Le photographe. T. 1. Didier Lefèvre, reporter-photographe, est missionné en 1986 par Médecins sans frontières pour accompagner une équipe médicale itinérante, partant du Pakistan pour l’Afghanistan, alors en pleine guerre avec la Russie. Des années plus tard, il s’associe au dessinateur Emmanuel Guibert et à Frédéric Lemercier pour la mise en page et la couleur afin de raconter son voyage afghan. Les préparatifs de la caravane, la longue marche harassante dans les montagnes, les rencontres, les frictions, les opérations médicales de fortune, le quotidien des personnes est rendu avec une vérité étonnante. Les photographies en noir et blanc sont insérées au départ sous forme de bande contact et les dessins en couleur pallient aux manques. Le texte fait le lien entre toutes les images. La bande dessinée peut avoir un aspect austère de prime abord et être peu engageante au feuilletage mais dès qu’on commence la lecture, on est immédiatement capturé et conquis. On se rend compte très vite que les deux médias se marient admirablement. Pourtant, la vraie richesse du Photographe reste son texte. Le lecteur palpe le vécu de chacun. Quand l’électricité tombe en panne dans le quartier d’University Town, à Peshawar et que la climatisation s’arrête, le lecteur sent la chaleur le poisser. Emmanuel Guibert sait rendre son reportage non seulement vivant mais il parvient, en toute modestie, à montrer son talent de photographe. Après son immersion dans le paysage, il prévient le lecteur, à la fin de l’album : « Je sens qu’une bonne photo est à ma portée. […] Je retiens mon souffle chaque fois que j’appuie. Si j’ai bien fait mon boulot, elle devrait être là… ». Le lecteur ne voit pas grand-chose sur la bande contact. Il se dit : « Bof ! ». Il tourne la page et la photographie apparaît, se révèle, s’impose dans sa beauté formelle et son caractère insolite. Bravo l’artiste ! On n’a plus qu’une seule envie, celle de poursuivre l’aventure. Le photographe. T. 2 . Le second tome du Photographe est dans la continuité du premier volume. Le convoi afghan et les volontaires de Médecins sans frontières sont stoppés dans le passage d’un col car un hélicoptère russe surgit dans le ciel. A voir le beau dessin d’Emmanuel Guibert débutant l’histoire, le lecteur pourrait penser lire une aventure de Tintin mais la ligne épurée et les aplats nets de couleur ne racontent pas une aventure où le héros est bon et s’en sort avec les honneurs. La page suivante, les photographies en noir & blanc intercalées rappellent la réalité brutale. Le hiératisme des sentinelles afghanes scrutant le ciel témoigne d’une beauté immémoriale où le port, l’attitude, l’habillement des hommes les posent admirablement dans leurs montagnes altières et dépouillées. Les médecins arrivent enfin à destination et s’installent dans la vallée de Yaftal, à Zaragandara, dans un hôpital de fortune. « Vous allez vraiment travailler dans ce gourbi ? – Tu t’attendais à quoi ? La Salpêtrière ? – Non, mais quand même ! Un préau minable ouvert à tous les vents… - On verra mieux le paysage ». Les patients affluent. De l’accident domestique aux blessés de guerre, le travail des volontaires de MSF est incessant, harassant, exaltant aussi. Le lecteur est immergé dans la guerre et ses dégâts irrémédiables. Un adolescent a le bas du visage arraché par un éclat d’obus. On se croirait revenu aux mutilés de 14-18. Les médecins s’acharnent à tenter l’impossible en dépit du manque de tout. Avec une modestie qui les grandit encore, de simples hommes de science prennent une dimension exceptionnelle. Ils ne déplacent pas des montagnes ; ils les passent. Un des objectifs de la mission est d’apporter des rudiments de médecine aux montagnards pour qu’ils sachent dispenser les premiers soins quand MSF aura quitté les lieux. Il y a davantage de photographies que dans le précédent volume. L’histoire produit aussi plus d’émotions. La fin prépare au retour en solo du photographe prêt à sauter dans l’inconnu et dans le troisième et dernier tome d’une série unique et prenante. Le photographe. T. 3. Il est souvent malaisé de révéler sa vie aux autres, surtout au détour d’une phrase comme celles qui épiloguent le troisième volume du Photographe. La vie de Didier Lefèvre n’était peut-être pas à tirer au clair sous peine de voiler et flouter l’excellente adaptation faite par le trio Lefèvre, Guibert et Lemercier. Ainsi, le lecteur apprend que le temps a laminé la liaison de Didier et Dominique et que les privations de son voyage lui ont aussi valu un déchaussement carabiné de sa dentition, un carton de 17 dents. Le DVD d’accompagnement n’était peut-être pas non plus nécessaire. L’adaptation remarquable du voyage en Afghanistan pour le compte de MSF mélangeant photographies en noir et blanc et dessins en couleur se suffisait à elle-même. Dans ce 3e tome, Didier Lefèvre parcourt le chemin de l’aller mais ses guides n’en sont pas. Ils lambinent et finissent par l’abandonner en pleine montagne. Incapable de bâter son cheval, il remonte, comme Sisyphe son tonneau, le barda sur le canasson qui retombe sans cesse, jusqu’à épuisement de l’homme et de l’animal. On atteint une rare intensité avec le mort pressentie du photographe, roulé dans sa couverture de survie, à cinq mille mètres d’altitude, dans la neige, le froid intense et la solitude extrême. Dans la nuit, une caravane passe. On lui marche dessus mais personne ne s’arrête. Finalement, des Afghans peu charitables vont le tirer d’affaire mais lui soutirer aussi tout son argent. Didier Lefèvre craint à juste titre pour sa vie. Il n’ose plus dormir au bivouac, de peur de se faire trancher la gorge dans son sommeil. Il est au bord de l’épuisement. La fin de la tétralogie ne démérite pas. L’ensemble est cohérent et rend compte, avec nuance et précision, d’un voyage difficile dans un pays en guerre. L’humanité qui s’en dégage est bouleversante.

18/01/2021 (modifier)
Par Franz
Note: 3/5
Couverture de la série Jeremiah
Jeremiah

Jeremiah. L’intégrale. Vol. 7. – Dupuis, 2010. Et si un jour, la Terre... (T. 25, 2004) [2/5] Sous un ciel vert pomme, dans un no man’s land saumon aux arbres vitrifiés, Kurdy et Jeremiah chevauchent leurs bécanes mais le carburant vient à manquer et le pont qu’ils devaient franchir est effondré. Surviennent Percy et sa petite bande véhiculée proposant au duo d’amis de l’essence contre une escorte et l’histoire embraye au point mort, en patinage artistique dans la semoule. Avec un tueur aux trousses armé d’un fusil à lunette et une prisonnière illuminée qui fait bien la roue sans petite culotte, le lecteur s’écarquille les yeux afin de bien voir qu’il n’y a rien à voir. L’histoire sans queue ni tête, les multiples incohérences scénaristiques, les couleurs pénibles et le graphisme bâclé d’Hermann apportent à l’ensemble une allure bouffonne, décalée, presque fascinante : « Ha ! Ha ! Tu sais que tu m’amuses, voyageur ! ». Bah ouais ! Mais toi, pas trop ! Le lecteur aimerait bien trouver une ligne directrice à l’ensemble mais des thèmes sont esquissés et rapidement abandonnés, sans l’once d’une explication ou d’une cohérence quelconque ainsi d’une nature mutante, malmenée et vengeresse. Dans quel monde vivons-nous ? Un port dans l’ombre (T. 26, 2005) [5/5] Comme un poisson dans l’eau de mer, Kurdy porte secours à la jeune Milova en train de se noyer. Avec Jeremiah, ils vont au village de pêcheurs afin d’emmener Milova au bercail mais les gens du cru, pieux à empaler tous les étrangers considérés d’office comme des suppôts de Satan, les reçoivent avec une sourde hostilité. L’isolement et la rudesse de l’éducation incitent les adolescents à se rebeller. Une guerre sans issue se prépare en sourdine avec Kurdy et Jeremiah pris dans l’étau de la communauté sectaire. Enfin une histoire qui tient le haut du pavé. Bien que le canevas narratif soit connu d’avance, les héros surgissent, sont malmenés et réagissent, l’histoire ne supporte aucun temps mort. Au contraire, les fils se tendent à mesure que l’aventure avance. Elle est crédible et cohérente. Aucune intervention surnaturelle inexpliquée ne vient gâter la mise de départ. Les dialogues sont enlevés et parfois très drôles. Le dessin est travaillé et les couleurs directes apportent une atmosphère particulière en jouant sur une gamme restreinte de gris et de marron. Finalement, après cette lecture enthousiasmante, on peut penser qu’Hermann dispose encore de plus d’un tour dans son sac. Elsie et la rue (T. 27, 2007) [3/5] La vie post-apocalyptique qui ouvre la première aventure de Jeremiah apparaît, après 28 ans et 27 albums, bien conforme à notre époque. Rien ne dénote dans la ville de Langton. On se croirait dans une bourgade américaine près de la frontière mexicaine. Le malfrat de l'histoire est un poussah gominé à fines moustaches. Il commande un mafieux, Blitz, qui dirige violemment une bande de loqueteux. Il s'enrichit à partir des menus larcins, vols et extorsions diverses. Afin de rappeler les règles à ses ouailles, Blitz plonge les "dissimulateurs de gains" dans une baignoire glacée, long tube vertical transparent à la vue de toute la bande, pour leur édification. Elsie se rebelle. Elle veut faire bande à part. Les protagonistes, Kurdy, Jeremiah et Milova, rescapée de l'album précédent, jeune oie blanche bientôt mise au parfum par Elsie, vont croiser leurs chemins avec tout ce petit monde pourri. Tante Martha sermonne, admoneste, voit le mâle partout. Kurdy s'amuse. C'est lui qui va tirer... les ficelles même si le bain bouillant va le refroidir un peu. Les méchants sont curieusement emperruqués. En dépit de dialogues décalés : "Ecoute minable. Ou tu sors tout de suite par la porte qui est derrière toi ou par la fenêtre qui est derrière moi ! - Oh, je suis déçu. Je vous croyais plus poli. - Bon ! J'vois que t'as choisi la fenêtre !", les coups sont accompagnés de jets d'hémoglobine : un coup de crosse par-ci, un coup de poing par là. La morale de l'histoire est qu'il ne faut pas se fier aux apparences : Blitz, le faux dur est un vrai mou ; l'homme de main, Tico, est un penseur. Il aime les prises de tête ; Kurdy se gondole dans la baignoire bouillante en pensant aux petits seins d'Elsie ; Jeremiah est assommant (avec ses poings aussi) ; Milova dissimule un corps de Vénus sous sa robe de bure ; même si Elsie, lesbienne, se laisse bien entreprendre par Kurdy, est-ce bien convenu ? Le gros président véreux reste intouchable mais là les apparences sont pour lui. Hermann réussit son histoire. Il enfonce un peu moins le clou que d'habitude. Les couleurs directes sont bien appliquées et le trait est lisible. La mise en page est nerveuse. Les cadrages sont efficaces. Il manque évidemment un liant à la série. Peut-être que l'aspect décousu de l’ensemble cherche à montrer la vacuité et l'incohérence du monde ? Les personnages vont et viennent d'une histoire à l'autre, en âne, à cheval, en moto, sans but. Les récits s'accumulent. Où tout cela va-t-il mener ? Esra va bien (T. 28, 2008) [2,5/5] Dans un bled posé dans le désert, sur l’ancienne frontière américano-mexicaine, les contrôles de routine sont la règle depuis qu’une série de meurtres et de décapitations se multiplient. Des scientifiques retraités tremblent et craignent les retombées d’anciennes manipulations génétiques dont ils seraient les artisans car les défunts faisaient partie de leur cénacle. Kurdy et Jeremiah, de passage, sont jetés en prison le temps de se faire des ennemis des deux gorilles à la solde du maire, Bart et Marvin, violents, vaniteux et vains. Afin de se venger de l’altercation et de la honte subies à la prison, ils prennent en chasse les deux amis libérés qui ont repris la piste. Leurs motos sabotées vont les laisser à la merci des sinistres mercenaires mais un saurien humain veille. Hermann rabâche ses thématiques jamais développées et assez peu convaincantes. L’homme est un pourri pour l’homme, la nature, les animaux et pour lui-même. Rien à redire mais c’est un peu court, vieil homme ! Tout l’album consiste en une traque dans le désert et là le « sanglier des Ardennes » y excelle : découpage, cadrage, dessin souple et délié, couleurs directes, paysages parfois somptueux. Si les raisons et l’intrigue échappent au lecteur, le comportement de Kurdy et de Jeremiah, redresseurs de torts malgré eux, fait toujours plaisir à voir mais là s’arrête l’intérêt et c’est trop peu pour un aussi talentueux dessinateur et un aussi piètre scénariste. Le bât blesse là. Hermann Huppen (né en 1938) est sans conteste un dessinateur belge d’une envergure exceptionnelle. Fou de travail, il accumule les séries et les one-shots avec une régularité qui force l’admiration. Son graphisme a évolué depuis les pinceaux des débuts et le rotring et ses mises en couleurs directes. Quand les ambiances sont suffisamment travaillées, elles frappent et bluffent le lecteur le plus blasé. Lorsqu’Hermann accepte le joug d’un bon scénariste (Duval, Greg, Van Hamme, à leurs époques), l’œuvre qui surgit fait mouche sans tache. Dès lors où il travaille sur les histoires de son fils ou sur les siennes, le récit part souvent à vau-l’eau et l’attention du lecteur se délite. Jeremiah est dans cette mouvance décousue et avortée. C’est un mal qui touche les plus grands dessinateurs de bédé. Rares sont ceux qui ont pu imaginer et dessiner une œuvre forte, cohérente et durable à l’instar d’Hergé. Maintenant, si les intégrales parues chez Dupuis sont rafraîchies et complétées d’un dossier comme pour Spirou, elles justifient leur place. Dans le cas de Jeremiah, elles réunissent les albums à l’identique sans rien ajouter d’autre. Quatre aventures pour le prix de trois mais à quoi bon ?

18/01/2021 (modifier)
Couverture de la série Servitude
Servitude

Voici un récit riche et dense, digne représentant du genre fantasy ! Petit avertissement d’emblée : si vous n’aimez pas lire, oubliez cette série car les textes introductifs et les dossiers qui concluent chaque tome sont essentiels pour les premiers et très enrichissants pour les seconds dans la compréhension globale de l’histoire. Et là où ça coince quelque peu, c’est que les dossiers, surtout, sont présentés d’une manière peu engageante et tiennent finalement plus d’un mode d’emploi que d’une œuvre littéraire. C’est vraiment le gros bémol que j’émettrais au sujet de la série. Un petit bémol ensuite au sujet de la colorisation. Alors, certes le choix de ces teintes monochromes permet une conclusion visuellement forte de la série mais, en cours de route, on ne peut pas dire qu’elle facilite la lecture et surtout l’identification des différents personnages. Ce manque de clarté, malgré un trait excellent de maitrise et de lisibilité, force le lecteur à rester concentré car s’il perd un tant soit peu le fil du récit, il risque fort de se demander « mais qui c’est, celui-là ?!? » Ces remarques faites, tout le reste –et je dis bien TOUT LE RESTE- est excellent. L’univers est riche. L’idée de départ est très bien vue. Le fait de voyager d’un personnage à un autre, d’un lieu à un autre, d’une Puissance à une autre permet de varier les points de vue et d’approfondir cet univers envoutant. Les couvertures ont de la gueule. La conclusion est graphiquement belle et tout à fait satisfaisante au niveau du scénario. C’est une lecture exigeante, qui va vous imposer quelques lectures rébarbatives, qui va vous demander un effort de concentration certain… mais c’est une superbe histoire de fantasy.

18/01/2021 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série Le Réveil du Tigre
Le Réveil du Tigre

Note : 3.5/5 Publié sous la forme d'un gros one-shot dans la collection Aire Libre, cet album aurait pu s'appeler "Chinaman, 20 ans après". Il s'agit en effet du grand finale de la série Chinaman de Le Tendre et Taduc. A la fin du tome 7 de la série, la compagne du héros le quittait en raison du danger qui l'accompagnait en permanence et on apprenait qu'elle était en réalité enceinte. Chen Long, le héros de Chinaman, avait alors vécu encore deux aventures supplémentaires de son côté puis les auteurs avaient arrêté là la série en 2007. Dans Le Réveil du Tigre, plus d'une vingtaine d'années s'est écoulée. L'enfant de Chen Long et Ada est devenu un jeune adulte, détective dans la célèbre agence Pinkerton. Alors qu'il enquête sur une série de kidnapping, sa route va croiser celle de son père qu'il n'a jamais connu. Ce dernier a sombré dans la misère et l'opium, ne s'étant pas remis des traumatismes de la Guerre de Sécession. Mais quand son meilleur ami va se faire tuer sous ses yeux, le désir de vengeance et de sauver l'honneur va réveiller le tigre qui est en lui. C'est un très bon western. Dès la première page, je me suis confortablement installé, la bande son de Red Dead Redemption 2 dans les oreilles pour le savourer calmement. Le graphisme et la couleur y sont superbes. C'est un dessin réaliste et beau, plus détaillé et plus adulte que le style légèrement épuré des derniers tomes de Chinaman. Vraiment rien à redire, il est impeccable et un vrai plaisir pour les yeux et pour la fluidité de la lecture. On sent l'expérience et la maitrise acquise au cours des années. L'intrigue est prenante dès les premiers instants. Elle se scinde en deux parties, presque comme deux albums à la suite. La première est une histoire de vengeance et de course poursuite mouvementée, Chinaman et les agents de Pinkerton étant sur la piste des malfrats qui ont kidnappé les jeunes filles et tué le vieil ami du héros. La seconde partie va poursuivre l'enquête plus avant pour déterminer qui avait planifié dans l'ombre ces enlèvements. Pour forcément aboutir à un final en apothéose avec son lot d'action et de dénouements tragiques. J'ai beaucoup apprécié ma lecture mais un tout petit peu moins que je l'espérais. Je dois admettre que certains rebondissements sont trop attendus, de même que la fin qu'on pouvait prévoir longtemps à l'avance. On est en terrain balisé, comme sur un parcours obligé, un passage de relais inéluctable pour un western crépusculaire. Et puis, il y a un problème de chronologie qui m'a fait tiquer. L'action se déroule en 1895. Je passe sur l'apparition de l'une des premières automobiles de l'époque, qu'on voit ici deux ans trop tôt en Californie, ce serait pinailler. Mais le vrai soucis, et je suis sûr que les auteurs s'en sont rendus compte, tient dans la place de la Guerre de Sécession dans le récit. Le fils de Chinaman a 22 ans ici, donc Ada devrait avoir quitté Chen Long en 1873. Or d'après le récit et les paroles du héros lui-même, c'est après qu'elle l'ait quitté qu'il s'est engagé et a vécu la Guerre de Sécession, or celle-ci s'est en réalité terminé 10 ans plus tôt. Ca ne colle pas, malheureusement. Je ne sais pas si nombreux seront les lecteurs férus d'Histoire qui seront troublés comme je l'ai été. J'ai heureusement réussi à passer outre ce soucis de chronologie historique pour savourer pour de bon la lecture de cet album qui se révèle très bon et qui fera plaisir aux amateurs de la série Chinaman en offrant une grande et belle conclusion aux aventures de Chen Long.

18/01/2021 (modifier)
Par PatrikGC
Note: 4/5
Couverture de la série Cadavre exquis
Cadavre exquis

Une mignonne histoire dont la progression est au début menée lentement mais sûrement. Pas très originale, la trame se laisse lire, aidée par un dessin plutôt mignon (girly diront les experts en la matière), mais certainement pas réaliste. On assiste au lent naufrage de l'héroïne (assez cruche, il faut le dire) puis à sa remontée vers la surface en compagnie d'un prince pas si charmant que ça, mais on fait avec ce qu'on a sous la main. Une grosse partie de la BD consiste en un huis-clos avec 3 personnages, quasiment une pièce de théâtre. C'est bien amené, et on lit vite les sentiments des protagonistes, les tenants et les aboutissants. Néanmoins, amis de la bonne et haute moralité, ce n'est pas ici que vous trouverez votre pitance. La fin est peu crédible, comme déjà indiqué dans un autre avis, il serait très facile pour l'écrivain de prouver le contraire, mais bon, ce n'est pas la 1ère BD qui contient une énormité scénaristique. Et puis, à bien y réfléchir, cette façon de faire, c'est du court terme ! Je vais dire que la lecture a été plaisante durant la majeure partie de cette BD. C'est vers la fin que 2 choses me gênent. J'en ai déjà cité une. L'autre est la "poupée" qu'on voit apparaître à la télé. C'est très cliché... surtout de la part d'une dessinatrice (en tout cas, je ne pense pas que ce soit satirique). Néanmoins, je vais mettre 4 étoiles (en réalité un 3.5), parce que 90 ? la BD m'a plu et délassé. La pirouette finale m'a aussi amusé mais aurait pu être présentée autrement, ça gâche un peu.

18/01/2021 (modifier)
Par Titanick
Note: 2/5
Couverture de la série L'Invention de Morel
L'Invention de Morel

Curieuse histoire que celle-là. J'aurais hésité à la classer entre le fantastique et la science-fiction ; mais à mes yeux, l'oeuvre (la bd j'entends) a l'aspect d'un roman graphique dans son traitement graphique justement. Alors je n'ai pas lu le roman dont est tirée cette bd, et j'avoue que je n'en connaissais même pas l'existence. Le scénario laisse une bonne part au fantastique dans la première partie, tant qu'on ne s'explique pas l'expérience vécue par le héros. Mais c'est là que j'ai eu un peu de mal à entrer dans l'histoire. Pour moi, pour que le fantastique fonctionne, il faut que les éléments inexpliqués et inquiétants aient lieu dans un contexte qui ait l'air à priori « normal ». Or là, je n'arrive pas vraiment à croire à la vie solitaire de ce fugitif. En milieu hostile marécageux, souvent inondé, seul, à manger « des racines » (ben voyons le cliché), il devrait avoir d'autres préoccupations que de rester en costume, rasé de frais et de faire le joli cœur avec une belle. Je ne veux pas spolier la deuxième partie mais il résout le mystère trop facilement : il est un méga-ingénieur hyper doué ou quoi. Je dois être trop rationnelle pour apprécier. Même l'histoire d'amour me paraît futile dans ces conditions, je n'arrive pas à ressentir de l'empathie pour ce monsieur. Le dessin me laisse également une impression mitigée, je le trouve un peu trop gras et brouillon mais j'aime plutôt bien les bichromies utilisées. En tout cas il ne m'a pas paru servir l'histoire pour les raisons évoquées avant. Peut-être que le roman m'aurait laissé une autre impression mais la bd ne m'a pas donné envie de le lire. J'ai quand même réussi à finir l'ouvrage, l'interrogation reste néanmoins entière tant qu'on n'a pas l'explication et j'ai continué pour ce motif.

17/01/2021 (modifier)
Par cac
Note: 3/5
Couverture de la série Sapiens
Sapiens

J'ai plongé dans ce grand album carré car j'aime généralement bien ce que fait M. Pontarolo. Une fois encore j'ai bien apprécié son dessin où on retrouve les couleurs un peu rouille de Naciré et les machines, les visages allongés et anguleux des personnages comme taillés au couteau. Après quelques pages, on passe subitement dans un monde étrange, on suppose que le personnage principal qui est un écrivain en manque d'inspiration est plongé dans un rêve. Il y croise une vache humanoïde et une petite fille lunaire qui semble muette. C'est un peu abstrait et je ne suis pas sûr d'avoir compris l'intégralité du message de l'auteur. Pour autant j'ai bien aimé être embarqué dans ce voyage onirique.

17/01/2021 (modifier)