C'est un bon album pour les admirateurs de la marque Dieppoise. Toute l'histoire, depuis les origines, est retraçée avec fidélité. Les voitures de compétition, des rallyes aux 24 heures du Mans, sont dessinées avec réalisme et précision. Je n'oublierai jamais la victoire de la Renault-Alpine n°2 lors de l'édition de 1978 !
Mon problème avec cette collection réside dans le décalage entre les machines, les décors réalistes et les protagonistes humains, comme le fondateur Jean Rédélé ou les grands pilotes français : trop caricaturaux à mon goût.
Un bon point quand-même : les Alpine de grand tourisme routier n'ont pas été oubliées.
Lorsque Petite Âme, la fantômette dont il est secrètement amoureux, disparaît après avoir été enlevée par un mystérieux sorcier, Fantomino et ses amis du cimetière se lancent dans une aventure pour la retrouver avant qu'il ne soit trop tard.
Fantomino (Penadinho dans sa version originale) est à l'origine un comics jeunesse brésilien créé par Mauricio de Sousa en 1963 et qui fait forcément penser à Casper : un petit fantôme attachant partage son quotidien dans un cimetière avec toute une galerie de gentils monstres d'Halloween. Cet album est une réinterprétation réalisée en 2015 par Paulo Crumbim et Cristina Eiko, deux auteurs issus du monde de l'animation, qui modernisent le personnage tout en conservant son univers. L'ambiance reste légère malgré son décor peuplé de fantômes, monstres et sorciers, ce qui en fait une lecture adaptée pour de jeunes lecteurs qui aiment frissonner sans jamais avoir réellement peur.
Le résultat est agréable à parcourir. Les personnages sont rapidement sympathiques, le dessin rond et expressif fonctionne bien pour ce type de récit jeunesse, avec un style qui emprunte parfois quelques codes du manga. On voit toutefois bien que les planches ont été créées à l'ordinateur/tablette graphique, les auteurs oubliant trop souvent dans ces cas là que le papier BD n'est pas rétroéclairé, lui, ce qui rend les scènes nocturnes parfois trop sombres à la lecture.
Quant au scénario , je le trouve assez convenu. La quête de Fantomino pour retrouver Petite Âme se laisse suivre sans déplaisir, mais elle manque un peu de surprises et donne parfois l'impression de tirer en longueur en s'attardant sur des détails inutiles. Certains enchaînements paraissent également un peu confus ou insuffisamment expliqués, ce qui nuit par moments à la fluidité du récit.
C'est donc une lecture jeunesse sympathique, portée par un univers attachant et des personnages que l'on prend facilement en affection, mais dont l'intrigue ne m'a pas vraiment marqué en tant que lecteur adulte.
Au grand désespoir de ses parents, la petite Zara dessine et peint partout, jusqu'au jour où ceux-ci décident de lui interdire les pinceaux. Mais la fillette n'a pas dit son dernier mot...
Ce petit album vaut avant tout pour sa partie graphique. Les planches sont magnifiques, littéralement portées par des couleurs d'une intensité remarquable qui attirent immédiatement le regard. J'ai d'ailleurs souvent pensé au travail de Yoann, avec un trait assez similaire pour les personnages et ce même goût pour les teintes franches, éclatantes, qui donnent beaucoup d'énergie aux dessins. Benjamin Flao s'en donne à cœur joie et réussit à transmettre le plaisir presque physique de manipuler la peinture, d'en découvrir la matière, les transparences, les mélanges et toutes les possibilités qu'elle offre.
L'histoire est elle aussi un bel hommage à la création artistique. Elle montre bien cette passion dévorante qui pousse une enfant à peindre sans cesse, à expérimenter les couleurs et à donner vie aux animaux et aux personnages qui naissent sous son pinceau. On retrouve cet émerveillement devant la découverte progressive de nouvelles teintes et de leurs combinaisons, comme si chaque mélange ouvrait un nouveau monde.
En revanche, le récit lui-même m'a un peu moins convaincu. Il se lit très vite et reste finalement assez peu développé. J'attendais que cette passion conduise à une conclusion un peu plus originale ou plus surprenante, alors que l'histoire choisit une direction assez convenue. C'est agréable, plein de tendresse, mais un peu trop sage à mon goût.
Il n'empêche que j'ai apprécié de parcourir cet album tant il déborde de couleurs et de vitalité. Plus qu'une histoire marquante, c'est avant tout une jolie célébration de la peinture et du plaisir de créer.
La pagination est relativement conséquente (84 pages plus un cahier graphique), mais ça se lit finalement très rapidement. Et c’est peut-être ce que je regrette le plus.
En effet, malgré les qualités du récit, j’ai trouvé qu’il manquait de coffre, que certaines thématiques évoquées (comme les bouleversements économiques et sociaux en cours, avec la paupérisation des « cow-boys » avec l’arrivée du train, les inégalités économiques) aurait pu être davantage développées, exploitées. Surtout que le discours virulent d’un des accusés au départ (le récit commence par le procès de trois braqueurs, le reste est un flash-back menant à leur attaque d’un train) semblait vouloir orienter le récit sur ces thématiques.
Bon, malgré ces frustrations, ça reste quand même une lecture agréable.
En particulier j’ai bien aimé dessin et colorisation. Un trait moderne, nerveux, charbonneux plaisant.
Quant au récit lui-même, il est un peu crépusculaire. Une ambiance de fin d’un monde. D’abord pour les trois protagonistes, qui cherchent à s’en tirer avec le braquage des passagers d’un train, braquage qui dérape complètement et tourne au carnage – et à la catastrophe, car ils sont rapidement arrêtés : ces pieds-nickelés ont des airs de branquignoles désespérés. Et les rêves ou délires de l’un d’entre eux font clairement référence à la fin du monde sauvage et primitif, avec la disparition des bisons, mais aussi des Indiens qu’il a côtoyés (il a participé au massacre des deux !). L’ambiance prend parfois le pas sur l’intrigue elle-même.
Une lecture sympathique, même si je l’aurais imaginé plus prenante.
Étienne Davodeau accompagne sa compagne Françoise, qui intervient auprès de personnes atteintes de maladies neurodégénératives comme Alzheimer, pour raconter leur quotidien, celui de leurs proches et celui de ceux qui tentent de les aider à vivre le plus dignement possible.
Le sujet est évidemment intéressant et profondément humain, et j'ai appris pas mal de choses sur ces pathologies, sur la manière de les accompagner et sur le rôle souvent méconnu de ces intervenants qui soutiennent autant les malades que leurs aidants. On découvre par exemple des approches bien plus respectueuses de l'autonomie des patients que ce que j'imaginais, avec l'idée de s'adapter à leur réalité plutôt que de les ramener sans cesse à la nôtre.
En revanche, la construction du récit m'a laissé une impression plus mitigée. Durant une bonne partie de l'album, j'ai eu le sentiment que Davodeau retranscrivait les informations au fur et à mesure qu'il les découvrait auprès de sa compagne, sans véritable fil conducteur. Cela donne un côté spontané et sincère, mais aussi assez décousu. On passe d'une anecdote à une réflexion, puis à un autre cas, puis à une discussion entre l'auteur et son épouse. C'est instructif, mais je le propos manque parfois de structure, ce qui rend les informations difficiles à assimiler et à retenir.
Les témoignages plus développés, comme le dernier, consacré à cet homme du même âge que Davodeau, fonctionnent mieux. En suivant plus longuement une même personne, le récit gagne en force, en émotion et en profondeur. C'est ce type de narration qui reste en mémoire davantage que la succession des situations plus brèves du début.
Le dessin est fidèle au style documentaire de Davodeau : simple, sobre, efficace, sans chercher à attirer l'attention sur lui-même. Il accompagne bien le propos.
J'en retiens surtout à quel point ces maladies sont terribles. Voir disparaître progressivement les souvenirs et en réalité une grande partie de ce qui constitue l'identité d'un individu est sans doute ce qui m'effraie le plus. Je serais effondré qu'un de mes proches subisse une telle maladie. Malgré une construction qui ne m'a pas totalement convaincu, cet album a au moins le mérite de rappeler avec beaucoup d'humanité qu'au-delà de la maladie, ce sont avant tout des personnes qu'il faut continuer à accompagner et à considérer.
2.5
Un one-shot qui raconte le voyage du poète Antonin Artaud au Mexique. Désabusé par l'Europe des années 30, Artaud est allé au Mexique pour retrouver le monde spirituel des indiens, un monde que malheureusement il a un peu fantasmé et qui survit difficilement.
J'ai trouvé cet album correct, mais sans plus. Comme beaucoup d'albums de l'éditeur Futuropolis, ça se laisse lire sans problème parce qu'il y a souvent peu de textes et ça se lit vite malgré le nombre de pages, mais je dois dire que le voyage d'Artaud m'a moyennement intéressé et que je n'étais pas été particulièrement touché par la poésie qui se dégage de l'album.
Le dessin est pas trop mal.
Un documentaire sur une ferme qui est la première AMAP en France. Je ne sais pas trop c'est quoi un AMAP, mais ce n'est pas très important parce qu'on va surtout voir l'évolution d'une ferme dans la France moderne.
En effet, j'avais un peu peur de lire un truc très technique du genre comment on produit des fruits et des légumes de nos jours, mais on suit surtout ce qu'à subit un petit producteur agricole depuis l'arrivée des gros supermarchés et des techniques modernes qui ont complétement bouleversé la France. Pas facile d'être un petit agriculteur qui essai malgré tout de survivre en proposant de la qualité dans un monde moderne obsédé surtout par la quantité et le bas prix.
J'ai bien aimé découvrir comment une petite ferme est capable de survivre malgré tout dans un monde hyper capitaliste. Il y a des passages intéressants et l'album se lit bien. Le dessin est correct.
Trahi par ceux qui convoitaient sa fiancée et sa place, un capitaine de vaisseau est envoyé au bagne avant de s'évader pour préparer sa vengeance. Une relecture futuriste du Comte de Monte-Cristo qui transpose le roman de Dumas dans un univers de science-fiction aux accents de space opera.
Sur la majeure partie de l'album, il s'agit clairement d'une adaptation de Monte-Cristo, reprenant parfois de très près les principaux éléments du roman tout en les transposant dans un univers original. L'espace est finalement peu présent malgré les vaisseaux volants, puisque tout semble se dérouler sur une même planète, agrémentée de quelques îles flottantes qui lui donnent une légère touche extraterrestre. La transposition fonctionne bien : Edmond Dantès devient Redxan Samud, le château d'If est remplacé par une prison volante, l'abbé Faria trouve son équivalent, et toute la mécanique de la trahison, de l'évasion, du trésor puis de la vengeance est parfaitement reconnaissable.
L'ensemble tient bien la route. Le dessin manque un peu de personnalité mais il est solide techniquement, avec une narration très lisible, un bon découpage des scènes d'action et un rythme efficace. L'univers est crédible sans chercher à en faire trop, et l'ajout du robot chargé d'escorter puis de protéger le héros est une bonne idée qui apporte un élément inédit à cette adaptation.
En revanche, j'ai été assez surpris par la direction prise après un peu plus de la moitié de l'album. Alors que tout semblait s'orienter vers l'accomplissement méthodique de la vengeance, le récit abandonne assez brutalement la trame de Monte-Cristo pour se transformer en affrontement beaucoup plus classique entre une rébellion et un régime tyrannique. Le dernier quart est occupé par une véritable bataille rangée qui fonctionne correctement, mais qui fait perdre ce qui faisait selon moi tout le sel du récit. Là où Dumas construisait une vengeance patiente, subtile et psychologique, on bascule ici vers un conflit beaucoup plus convenu, avec le héros qui affronte le grand méchant avant de repartir une fois la victoire acquise.
Cela reste une lecture agréable et une adaptation globalement réussie, mais je trouve dommage d'avoir abandonné en cours de route ce qui faisait justement la force et l'élégance du Comte de Monte-Cristo. J'aurais préféré que l'auteur pousse jusqu'au bout cette réinterprétation plutôt que de conclure par une opposition beaucoup plus classique entre gentils et méchants. C'est une bonne BD de science-fiction, mais elle perd un peu de la classe et de l'intelligence du modèle auquel elle rend pourtant un bel hommage pendant une grande partie de son récit.
Trois aventuriers venus d'horizons très différents s'allient pour accomplir ce qui semble impossible : tuer le plus grand dragon ayant jamais existé en se faisant volontairement avaler afin de le détruire de l'intérieur.
Cette trilogie possède beaucoup de qualités qui m'ont immédiatement séduit, même si mon enthousiasme s'est progressivement étiolé au fil des tomes.
La première est graphique. Pour commencer, les couvertures en jettent et mettent particulièrement en valeur les dragons, dont les designs sont très réussis. À l'intérieur, Christophe Swal signe un dessin d'heroic fantasy classique mais solide, avec des créatures impressionnantes, des scènes d'action lisibles et souvent épiques, et très bien accompagnées par la colorisation de Simon Champelovier.
La seconde qualité est la manière dont la série revisite le mythe des dragons. On retrouve des influences variées, mêlant aussi bien les dragons classiques de l'heroic fantasy que le Fafnir de Siegfried ou encore certains dragons asiatiques. Mais surtout, Mathieu Gabella leur construit une véritable société avec une biologie et des règles qui leur sont propres. Leur regard possède d'étranges pouvoirs de mutation et de transformation, leurs écailles deviennent de l'or lors de leur mue, leur corps produit des gemmes, leur mode de reproduction est particulièrement complexe, et chacun possède une pierre draconique qui constitue à la fois son esprit et la source de ses pouvoirs, pierre dont peuvent parfois s'emparer les humains. Toutes ces idées donnent beaucoup de personnalité à cet univers et ouvrent de nombreuses possibilités.
J'ai également bien apprécié le groupe de départ formé par le descendant de Siegfried, le savant alchimiste et le pirate asiatique puis soeur. Ce petit groupe d'aventuriers réunissant des profils très différents à la façon des Sept Mercenaires fonctionne plutôt bien et donne envie de suivre leur quête.
Le premier tome est celui que j'ai préféré. Il pose efficacement cet univers, présente progressivement toutes ces idées originales et conserve un véritable souffle épique autour de cette chasse au dragon hors normes. En revanche, une fois les héros véritablement entrés dans les entrailles du gigantesque dragon, donc à partir du second tome, le récit m'a moins convaincu. Les nouvelles originalités développées à l'intérieur de la créature, les explications sur la société draconique, les nombreuses révélations et la mythologie deviennent progressivement plus complexes, parfois un peu alambiquées, et j'ai trouvé que le récit perdait une partie de son efficacité. Le troisième tome conclut correctement l'ensemble en apportant les réponses attendues sur les personnages et sur les dragons. La fin tient plutôt bien la route, mais j'étais moins emporté qu'au début de la série.
Ça reste une bonne trilogie de fantasy qui sort du lot grâce à la richesse de son univers et à sa manière très personnelle de revisiter les dragons. J'aurais simplement préféré qu'elle conserve jusqu'au bout le souffle d'aventure et la simplicité épique qui faisaient, à mes yeux, la force de son premier tome.
Une histoire qui mélange roman graphique et quelques aspects polar (c’est peut-être dans cette dernière catégorie que j’aurais placé cette série d’ailleurs), dans un village paumé de la côte canadienne, dont les habitants (on ne voit que les femmes, les hommes étant morts ou à la pêche à la morue) vivotent. Quelques naufrages (parfois « facilités ») permettent de compléter l’ordinaire, alors que des cargaisons d’alcool clandestines circulent le long des côtes. Mais la disparition de certaines d’entre-elles amène deux mafieux sur les lieux, pour « enquêter », alors qu’un mystérieux marin, rescapé d’un naufrage mais ayant perdu la mémoire, intrigue tout le monde.
C’est ce personnage qui va se trouver au cœur de l’intrigue – jusqu’au bout, avec ce clin d’œil final amusant autour de célèbres naufrages, auxquels notre héros a été ou va être mêlé…
La narration est fluide, et distille petit à petit des informations sur les personnages, leurs interactions. Tout est crédible et attachant et, sans esbroufe, l’intrigue nous mène tranquillement au bout de cette centaine de pages, sans ennui.
Le dessin n’est pas forcément très fouillé (pour les décors en particulier), mais je l’ai trouvé globalement bon et très agréable. Idem pour la colorisation, très plaisante.
Une bonne pioche de cette collection Signé.
Note réelle 3,5/5.
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Alpine
C'est un bon album pour les admirateurs de la marque Dieppoise. Toute l'histoire, depuis les origines, est retraçée avec fidélité. Les voitures de compétition, des rallyes aux 24 heures du Mans, sont dessinées avec réalisme et précision. Je n'oublierai jamais la victoire de la Renault-Alpine n°2 lors de l'édition de 1978 ! Mon problème avec cette collection réside dans le décalage entre les machines, les décors réalistes et les protagonistes humains, comme le fondateur Jean Rédélé ou les grands pilotes français : trop caricaturaux à mon goût. Un bon point quand-même : les Alpine de grand tourisme routier n'ont pas été oubliées.
Fantomino
Lorsque Petite Âme, la fantômette dont il est secrètement amoureux, disparaît après avoir été enlevée par un mystérieux sorcier, Fantomino et ses amis du cimetière se lancent dans une aventure pour la retrouver avant qu'il ne soit trop tard. Fantomino (Penadinho dans sa version originale) est à l'origine un comics jeunesse brésilien créé par Mauricio de Sousa en 1963 et qui fait forcément penser à Casper : un petit fantôme attachant partage son quotidien dans un cimetière avec toute une galerie de gentils monstres d'Halloween. Cet album est une réinterprétation réalisée en 2015 par Paulo Crumbim et Cristina Eiko, deux auteurs issus du monde de l'animation, qui modernisent le personnage tout en conservant son univers. L'ambiance reste légère malgré son décor peuplé de fantômes, monstres et sorciers, ce qui en fait une lecture adaptée pour de jeunes lecteurs qui aiment frissonner sans jamais avoir réellement peur. Le résultat est agréable à parcourir. Les personnages sont rapidement sympathiques, le dessin rond et expressif fonctionne bien pour ce type de récit jeunesse, avec un style qui emprunte parfois quelques codes du manga. On voit toutefois bien que les planches ont été créées à l'ordinateur/tablette graphique, les auteurs oubliant trop souvent dans ces cas là que le papier BD n'est pas rétroéclairé, lui, ce qui rend les scènes nocturnes parfois trop sombres à la lecture. Quant au scénario , je le trouve assez convenu. La quête de Fantomino pour retrouver Petite Âme se laisse suivre sans déplaisir, mais elle manque un peu de surprises et donne parfois l'impression de tirer en longueur en s'attardant sur des détails inutiles. Certains enchaînements paraissent également un peu confus ou insuffisamment expliqués, ce qui nuit par moments à la fluidité du récit. C'est donc une lecture jeunesse sympathique, portée par un univers attachant et des personnages que l'on prend facilement en affection, mais dont l'intrigue ne m'a pas vraiment marqué en tant que lecteur adulte.
Le Secret de Zara
Au grand désespoir de ses parents, la petite Zara dessine et peint partout, jusqu'au jour où ceux-ci décident de lui interdire les pinceaux. Mais la fillette n'a pas dit son dernier mot... Ce petit album vaut avant tout pour sa partie graphique. Les planches sont magnifiques, littéralement portées par des couleurs d'une intensité remarquable qui attirent immédiatement le regard. J'ai d'ailleurs souvent pensé au travail de Yoann, avec un trait assez similaire pour les personnages et ce même goût pour les teintes franches, éclatantes, qui donnent beaucoup d'énergie aux dessins. Benjamin Flao s'en donne à cœur joie et réussit à transmettre le plaisir presque physique de manipuler la peinture, d'en découvrir la matière, les transparences, les mélanges et toutes les possibilités qu'elle offre. L'histoire est elle aussi un bel hommage à la création artistique. Elle montre bien cette passion dévorante qui pousse une enfant à peindre sans cesse, à expérimenter les couleurs et à donner vie aux animaux et aux personnages qui naissent sous son pinceau. On retrouve cet émerveillement devant la découverte progressive de nouvelles teintes et de leurs combinaisons, comme si chaque mélange ouvrait un nouveau monde. En revanche, le récit lui-même m'a un peu moins convaincu. Il se lit très vite et reste finalement assez peu développé. J'attendais que cette passion conduise à une conclusion un peu plus originale ou plus surprenante, alors que l'histoire choisit une direction assez convenue. C'est agréable, plein de tendresse, mais un peu trop sage à mon goût. Il n'empêche que j'ai apprécié de parcourir cet album tant il déborde de couleurs et de vitalité. Plus qu'une histoire marquante, c'est avant tout une jolie célébration de la peinture et du plaisir de créer.
Le Procès des affamés
La pagination est relativement conséquente (84 pages plus un cahier graphique), mais ça se lit finalement très rapidement. Et c’est peut-être ce que je regrette le plus. En effet, malgré les qualités du récit, j’ai trouvé qu’il manquait de coffre, que certaines thématiques évoquées (comme les bouleversements économiques et sociaux en cours, avec la paupérisation des « cow-boys » avec l’arrivée du train, les inégalités économiques) aurait pu être davantage développées, exploitées. Surtout que le discours virulent d’un des accusés au départ (le récit commence par le procès de trois braqueurs, le reste est un flash-back menant à leur attaque d’un train) semblait vouloir orienter le récit sur ces thématiques. Bon, malgré ces frustrations, ça reste quand même une lecture agréable. En particulier j’ai bien aimé dessin et colorisation. Un trait moderne, nerveux, charbonneux plaisant. Quant au récit lui-même, il est un peu crépusculaire. Une ambiance de fin d’un monde. D’abord pour les trois protagonistes, qui cherchent à s’en tirer avec le braquage des passagers d’un train, braquage qui dérape complètement et tourne au carnage – et à la catastrophe, car ils sont rapidement arrêtés : ces pieds-nickelés ont des airs de branquignoles désespérés. Et les rêves ou délires de l’un d’entre eux font clairement référence à la fin du monde sauvage et primitif, avec la disparition des bisons, mais aussi des Indiens qu’il a côtoyés (il a participé au massacre des deux !). L’ambiance prend parfois le pas sur l’intrigue elle-même. Une lecture sympathique, même si je l’aurais imaginé plus prenante.
Là où tu vas - Voyage au pays de la mémoire qui flanche
Étienne Davodeau accompagne sa compagne Françoise, qui intervient auprès de personnes atteintes de maladies neurodégénératives comme Alzheimer, pour raconter leur quotidien, celui de leurs proches et celui de ceux qui tentent de les aider à vivre le plus dignement possible. Le sujet est évidemment intéressant et profondément humain, et j'ai appris pas mal de choses sur ces pathologies, sur la manière de les accompagner et sur le rôle souvent méconnu de ces intervenants qui soutiennent autant les malades que leurs aidants. On découvre par exemple des approches bien plus respectueuses de l'autonomie des patients que ce que j'imaginais, avec l'idée de s'adapter à leur réalité plutôt que de les ramener sans cesse à la nôtre. En revanche, la construction du récit m'a laissé une impression plus mitigée. Durant une bonne partie de l'album, j'ai eu le sentiment que Davodeau retranscrivait les informations au fur et à mesure qu'il les découvrait auprès de sa compagne, sans véritable fil conducteur. Cela donne un côté spontané et sincère, mais aussi assez décousu. On passe d'une anecdote à une réflexion, puis à un autre cas, puis à une discussion entre l'auteur et son épouse. C'est instructif, mais je le propos manque parfois de structure, ce qui rend les informations difficiles à assimiler et à retenir. Les témoignages plus développés, comme le dernier, consacré à cet homme du même âge que Davodeau, fonctionnent mieux. En suivant plus longuement une même personne, le récit gagne en force, en émotion et en profondeur. C'est ce type de narration qui reste en mémoire davantage que la succession des situations plus brèves du début. Le dessin est fidèle au style documentaire de Davodeau : simple, sobre, efficace, sans chercher à attirer l'attention sur lui-même. Il accompagne bien le propos. J'en retiens surtout à quel point ces maladies sont terribles. Voir disparaître progressivement les souvenirs et en réalité une grande partie de ce qui constitue l'identité d'un individu est sans doute ce qui m'effraie le plus. Je serais effondré qu'un de mes proches subisse une telle maladie. Malgré une construction qui ne m'a pas totalement convaincu, cet album a au moins le mérite de rappeler avec beaucoup d'humanité qu'au-delà de la maladie, ce sont avant tout des personnes qu'il faut continuer à accompagner et à considérer.
L'Esprit rouge - Antonin Artaud, un voyage mexicain
2.5 Un one-shot qui raconte le voyage du poète Antonin Artaud au Mexique. Désabusé par l'Europe des années 30, Artaud est allé au Mexique pour retrouver le monde spirituel des indiens, un monde que malheureusement il a un peu fantasmé et qui survit difficilement. J'ai trouvé cet album correct, mais sans plus. Comme beaucoup d'albums de l'éditeur Futuropolis, ça se laisse lire sans problème parce qu'il y a souvent peu de textes et ça se lit vite malgré le nombre de pages, mais je dois dire que le voyage d'Artaud m'a moyennement intéressé et que je n'étais pas été particulièrement touché par la poésie qui se dégage de l'album. Le dessin est pas trop mal.
Circuit court - Une histoire de la première AMAP
Un documentaire sur une ferme qui est la première AMAP en France. Je ne sais pas trop c'est quoi un AMAP, mais ce n'est pas très important parce qu'on va surtout voir l'évolution d'une ferme dans la France moderne. En effet, j'avais un peu peur de lire un truc très technique du genre comment on produit des fruits et des légumes de nos jours, mais on suit surtout ce qu'à subit un petit producteur agricole depuis l'arrivée des gros supermarchés et des techniques modernes qui ont complétement bouleversé la France. Pas facile d'être un petit agriculteur qui essai malgré tout de survivre en proposant de la qualité dans un monde moderne obsédé surtout par la quantité et le bas prix. J'ai bien aimé découvrir comment une petite ferme est capable de survivre malgré tout dans un monde hyper capitaliste. Il y a des passages intéressants et l'album se lit bien. Le dessin est correct.
L'Évadé de C.I.D. Island
Trahi par ceux qui convoitaient sa fiancée et sa place, un capitaine de vaisseau est envoyé au bagne avant de s'évader pour préparer sa vengeance. Une relecture futuriste du Comte de Monte-Cristo qui transpose le roman de Dumas dans un univers de science-fiction aux accents de space opera. Sur la majeure partie de l'album, il s'agit clairement d'une adaptation de Monte-Cristo, reprenant parfois de très près les principaux éléments du roman tout en les transposant dans un univers original. L'espace est finalement peu présent malgré les vaisseaux volants, puisque tout semble se dérouler sur une même planète, agrémentée de quelques îles flottantes qui lui donnent une légère touche extraterrestre. La transposition fonctionne bien : Edmond Dantès devient Redxan Samud, le château d'If est remplacé par une prison volante, l'abbé Faria trouve son équivalent, et toute la mécanique de la trahison, de l'évasion, du trésor puis de la vengeance est parfaitement reconnaissable. L'ensemble tient bien la route. Le dessin manque un peu de personnalité mais il est solide techniquement, avec une narration très lisible, un bon découpage des scènes d'action et un rythme efficace. L'univers est crédible sans chercher à en faire trop, et l'ajout du robot chargé d'escorter puis de protéger le héros est une bonne idée qui apporte un élément inédit à cette adaptation. En revanche, j'ai été assez surpris par la direction prise après un peu plus de la moitié de l'album. Alors que tout semblait s'orienter vers l'accomplissement méthodique de la vengeance, le récit abandonne assez brutalement la trame de Monte-Cristo pour se transformer en affrontement beaucoup plus classique entre une rébellion et un régime tyrannique. Le dernier quart est occupé par une véritable bataille rangée qui fonctionne correctement, mais qui fait perdre ce qui faisait selon moi tout le sel du récit. Là où Dumas construisait une vengeance patiente, subtile et psychologique, on bascule ici vers un conflit beaucoup plus convenu, avec le héros qui affronte le grand méchant avant de repartir une fois la victoire acquise. Cela reste une lecture agréable et une adaptation globalement réussie, mais je trouve dommage d'avoir abandonné en cours de route ce qui faisait justement la force et l'élégance du Comte de Monte-Cristo. J'aurais préféré que l'auteur pousse jusqu'au bout cette réinterprétation plutôt que de conclure par une opposition beaucoup plus classique entre gentils et méchants. C'est une bonne BD de science-fiction, mais elle perd un peu de la classe et de l'intelligence du modèle auquel elle rend pourtant un bel hommage pendant une grande partie de son récit.
Dans le ventre du dragon
Trois aventuriers venus d'horizons très différents s'allient pour accomplir ce qui semble impossible : tuer le plus grand dragon ayant jamais existé en se faisant volontairement avaler afin de le détruire de l'intérieur. Cette trilogie possède beaucoup de qualités qui m'ont immédiatement séduit, même si mon enthousiasme s'est progressivement étiolé au fil des tomes. La première est graphique. Pour commencer, les couvertures en jettent et mettent particulièrement en valeur les dragons, dont les designs sont très réussis. À l'intérieur, Christophe Swal signe un dessin d'heroic fantasy classique mais solide, avec des créatures impressionnantes, des scènes d'action lisibles et souvent épiques, et très bien accompagnées par la colorisation de Simon Champelovier. La seconde qualité est la manière dont la série revisite le mythe des dragons. On retrouve des influences variées, mêlant aussi bien les dragons classiques de l'heroic fantasy que le Fafnir de Siegfried ou encore certains dragons asiatiques. Mais surtout, Mathieu Gabella leur construit une véritable société avec une biologie et des règles qui leur sont propres. Leur regard possède d'étranges pouvoirs de mutation et de transformation, leurs écailles deviennent de l'or lors de leur mue, leur corps produit des gemmes, leur mode de reproduction est particulièrement complexe, et chacun possède une pierre draconique qui constitue à la fois son esprit et la source de ses pouvoirs, pierre dont peuvent parfois s'emparer les humains. Toutes ces idées donnent beaucoup de personnalité à cet univers et ouvrent de nombreuses possibilités. J'ai également bien apprécié le groupe de départ formé par le descendant de Siegfried, le savant alchimiste et le pirate asiatique puis soeur. Ce petit groupe d'aventuriers réunissant des profils très différents à la façon des Sept Mercenaires fonctionne plutôt bien et donne envie de suivre leur quête. Le premier tome est celui que j'ai préféré. Il pose efficacement cet univers, présente progressivement toutes ces idées originales et conserve un véritable souffle épique autour de cette chasse au dragon hors normes. En revanche, une fois les héros véritablement entrés dans les entrailles du gigantesque dragon, donc à partir du second tome, le récit m'a moins convaincu. Les nouvelles originalités développées à l'intérieur de la créature, les explications sur la société draconique, les nombreuses révélations et la mythologie deviennent progressivement plus complexes, parfois un peu alambiquées, et j'ai trouvé que le récit perdait une partie de son efficacité. Le troisième tome conclut correctement l'ensemble en apportant les réponses attendues sur les personnages et sur les dragons. La fin tient plutôt bien la route, mais j'étais moins emporté qu'au début de la série. Ça reste une bonne trilogie de fantasy qui sort du lot grâce à la richesse de son univers et à sa manière très personnelle de revisiter les dragons. J'aurais simplement préféré qu'elle conserve jusqu'au bout le souffle d'aventure et la simplicité épique qui faisaient, à mes yeux, la force de son premier tome.
Sœurs des vagues
Une histoire qui mélange roman graphique et quelques aspects polar (c’est peut-être dans cette dernière catégorie que j’aurais placé cette série d’ailleurs), dans un village paumé de la côte canadienne, dont les habitants (on ne voit que les femmes, les hommes étant morts ou à la pêche à la morue) vivotent. Quelques naufrages (parfois « facilités ») permettent de compléter l’ordinaire, alors que des cargaisons d’alcool clandestines circulent le long des côtes. Mais la disparition de certaines d’entre-elles amène deux mafieux sur les lieux, pour « enquêter », alors qu’un mystérieux marin, rescapé d’un naufrage mais ayant perdu la mémoire, intrigue tout le monde. C’est ce personnage qui va se trouver au cœur de l’intrigue – jusqu’au bout, avec ce clin d’œil final amusant autour de célèbres naufrages, auxquels notre héros a été ou va être mêlé… La narration est fluide, et distille petit à petit des informations sur les personnages, leurs interactions. Tout est crédible et attachant et, sans esbroufe, l’intrigue nous mène tranquillement au bout de cette centaine de pages, sans ennui. Le dessin n’est pas forcément très fouillé (pour les décors en particulier), mais je l’ai trouvé globalement bon et très agréable. Idem pour la colorisation, très plaisante. Une bonne pioche de cette collection Signé. Note réelle 3,5/5.