Les derniers avis (6334 avis)

Par grogro
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Le Morne au diable
Le Morne au diable

Le 50e festival d'Angoulême s'achève tout juste. Parmi les titres innombrables, j'ai déniché cette véritable pépite qui a sauté dans ma rétine. Ce titre, on le doit aux éditions de la Crypte Tonique qui a eu la bonne idée de rééditer les planches du Morne au diable, une adaptation du roman éponyme d'Eugène Sue par Georges Beuville parue entre février et octobre 1950 dans le Journal de Tintin. La réédition date déjà de 2018, mais qu'importe. Ce qui frappe d'emblée, c'est la fraicheur des dessins. Le trait est vif et enlevé, au point qu'on croirait une création de Christophe Blain ou Frantz Duchazeau. On y trouve cette habilité du mouvement, l'expressivité des visages et ce cadrage très filmographique qui caractérise la BD d'aujourd'hui. L'ensemble a un charme fou. Pourtant, l'auteur lui-même ne semblait pourtant pas avoir conscience de la modernité de son trait « haché et négligent », selon ses propres termes, évoquant sa contribution au Journal de Tintin ainsi : « Je ne vois en effet dans ce journal que des images au tracé impeccable auprès desquelles mes croquis hachurés, tremblotés, peu définis, font assez piètre figure ». Incroyable ! Les planches sont reproduites à l'échelle 1/1, ce qui respecte le format d'origine. Les dessins sont donc petits mais permettent d'évaluer la finesse d’exécution du bonhomme. Remarquable ! Et comment sais-je tout cela ? Et bien parce que cette réédition est accompagnée d'un petit livret qui fait la lumière sur le travail de Beuville, et présente deux points de vue sur l'auteur : celui de Cabu et celui de Hislaire, tous deux admiratifs. L'histoire, quant à elle, est une sorte de d'aventure vaudevillesque qui entraine le lecteur aux quatre coins du monde. L'ensemble ne manque pas d'humour, si bien que l'on pourrait rapprocher le style narratif de l'excellent La Fuite du cerveau de Pierre-Henry Gomont, même si il n'en possède pas la fougue. En effet, Le Morne au diable se traine un peu par moments, mais il faut à mon sens y voir le fait de la narration d'Eugène Sue. Beuville aura cherché à coller au plus près du texte qu'il a d 'ailleurs condensé lui-même. On pourra aussi regretté la mise en forme. Le texte, qui comprend également les dialogues, est directement inséré par blocs compacts sous les cases, qui plus est dans une couleur discutable, un genre de sépia que mes yeux de taupe myope ont péniblement déchiffré. A ce sujet, le petit livret permet de mieux comprendre ce choix. Beuville lui-même confiait : « La bande dessinée ne m'intéresse pas. Vous comprenez, vous autres, quand vous ne savez plus quoi faire, vous mettez un texte pour cacher le dessin ! C'est du remplissage ! ». J'ajoute simplement qu'étant donné le prix conséquent du livre (40€ tout de même), on aurait largement préféré une couverture rigide... Cela dit, ces récriminations ne gâtent en rien le plaisir. J'ai pris un pied formidable à lire Le Morne au diable jusqu'à la conclusion que j'ai personnellement trouvée admirable, avec de surcroit cette impression d'avoir découvert un artefact oublié, le chainon manquant entre la bande dessinée de grand-père et celle de ce troisième millénaire naissant. L'écrivain Jacques Perret admirait le travail de Beuville. En guise de conclusion, il nous livre ces mots : « il ne se contente pas d'avoir de l'esprit, chose difficile et tombée en désuétude, il y montre encore la virtuosité d'un style qui se moque des engouements éphémères ». Tout est dit.

31/01/2023 (modifier)
Couverture de la série Le Monde d'Edena
Le Monde d'Edena

Voilà une série que j’avais lue – lecture étalée sur une longue période d’ailleurs – il y a pas mal de temps, et sur laquelle je suis revenu avec la publication assez récente de l’intégrale. C’est clairement – pour un certain nombre de raisons – une série qui peut relever de la catégorie « culte », même si je me suis un temps vu ne lui attribuer « que » 4 étoiles. C’est une série partie d’une commande publicitaire et qui, d’une simple et modique plaquette, s’est d’abord transformée en un album complet, puis en une série accompagnée de plusieurs réminiscences publiées à part. Une trajectoire inhabituelle donc, mais qui explique en partie la construction de l’intrigue. En effet, on ressent à plusieurs reprises que Moebius n’avait pas de scénario linéaire à suivre, que l’intrigue s’est étoffée au fur et à mesure de son avancement. C’est même carrément une sorte d’écriture automatique, quasi surréaliste à laquelle Moebius confie parfois sa plume – dans les débuts un peu, mais c’est surtout visible dans l’album Sra je trouve. Si au départ – et de manière plus diffuse ensuite, un certain mysticisme effleure (reflet du questionnement de l’auteur), cela s’estompe, sans que ce soit pour me déplaire. Autre changement, si Moebius développe au départ une vision très positive, une Science-Fiction quasi béate (au rebours de la quasi-totalité des auteurs du genre de l’époque), cela se double au bout d’un moment d’un monde totalitaire, quoique surprenant. Enfin, les nombreuses mises en abimes (Est-ce que le personnage rêve qu’il rêve ? Où est la réalité ? etc.) dynamisent le récit, avec le personnage de la Paterne (de manière un peu trop touffue parfois quand même, dans une construction un peu trop psychédélique). Jusqu’au bout Moebius a voulu laisser planer le doute quant aux réponses à ces questions. Moebius alterne les passages très verbeux et ceux totalement muets, quasi méditatifs, mais cette remarque est aussi valable pour le côté graphique. Quelques passages relativement fouillés (des décors à la fois minutieux et pauvres, proches de certains paysages qu’il dessinait au même moment dans ses Blueberry), mais plus généralement un dessin épuré, jouant plus sur la couleur que sur la profondeur. Le style du dessin, de la colorisation, sont immédiatement reconnaissables et symboliques de cet auteur dont l’œuvre de Science-Fiction est fondamentale (et pas seulement avec cette série), comme elle l’a été pour le western : chapeau bas monsieur Moebius/Giraud !

02/05/2017 (MAJ le 23/01/2023) (modifier)
Par Alix
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Les Passagers du vent
Les Passagers du vent

Premier cycle de 5 tomes On retrouve dans « Les passagers du vent » tout ce qui caractérise les œuvres de Bourgeon. Des dessins superbes, une histoire pleine d’aventure et de dépaysement, des personnages variés et intéressants, et une précision dans les détails historiques ayant probablement nécessité beaucoup de recherches. Mais on retrouve aussi un côté un peu « difficile à suivre », l’histoire ralentissant parfois considérablement. On se retrouve alors bombardé de dialogues un peu longuets et de personnages secondaires moins intéressants. Le fait que les personnages féminins ne puissent pas s’empêcher de se dévêtir sans arrêt et de prendre des positions suggestives ne fera également pas l’unanimité. C’était certes la « norme » au début des années 80 ans, alors que la BD essayait de devenir plus adulte (cette œuvre avait débuté dans le magazine de BD adulte « Circus ») mais semble vraiment incongru voire déplacé en 2023. Reste qu’en refermant le cinquième tome, tous ces défauts me semblaient bien dérisoires, et j’avais vraiment l’impression que je venais de prendre part à une belle aventure que je ne suis pas près d’oublier. Deuxième cycle (tomes 6 et 7) Je revisite cette série 16 ans plus tard, avec la relecture du 1er cycle mais aussi de ce deuxième cycle qui m’a tout simplement passionné. Le background historique est riche et parfaitement dépeint, et j’ai pris beaucoup de plaisir à faire la connaissance de nouveaux personnages, mais aussi de revisiter le passé de Isa. Le dessin est absolument magnifique, Bourgeon est vraiment au sommet de son art. Un diptyque essentiel pour les amateurs d’aventures historiques. J’enchainerai sur le troisième cycle une fois celui-ci complété, et qui sait, je passerai peut-être ma note à 5/5 ! Troisième cycle (tomes 8 et 9) Et voilà, Bourgeon conclut magistralement sa première série en tant qu’auteur complet, qui avait débuté en janvier 1980, il y a 43 ans de cela. On retrouve dans ce troisième cycles les ingrédients habituels : des personnages féminins forts et attachants, du dépaysement (Paris, la Bretagne, la Nouvelle-Calédonie), un contexte social passionnant (La Commune de Paris), et une précision historique parfois assommante (il faut selon moi réviser un peu les grandes lignes de cette période trouble avant de se lancer) mais qui enrichit incroyablement le récit. La pagination généreuse (200 pages en 2 tomes) permet à l’auteur de développer une histoire complexe, parfaitement narrée via des flashbacks habiles. La fin est très belle, et m’a beaucoup ému… difficile de dire aurevoir à Zabo, peut-être le personnage le plus marquant de toute la série. C’est culte, sans aucun doute. Pas parfait, pas pour tout le monde, mais culte. J’espère la relire un jour accompagnée des tomes explicatifs de Michel Thiébaut (voir onglet « hors-séries » dans les albums).

17/09/2006 (MAJ le 22/01/2023) (modifier)
Par Lucie
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Comme un garçon
Comme un garçon

Ce livre est incroyable. Je suis tombée dessus et j'ai adoré . L'histoire est super sympa, le style de dessin aussi est parfait, on a vraiment l'impression que l'histoire est vraie. Charlotte se retrouve devant un problème et on découvrira bientôt comment elle s'en sortira. Et j'espère que le tome 6 sortira bientôt. Je n'ai jamais été autant attachée à une BD.

17/01/2023 (modifier)
Par Cacal69
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Monsieur Apothéoz
Monsieur Apothéoz

Quel album, mais quel album ! Théo Apothéoz est persuadé que son nom de famille porte malheur, il est vrai que son père, son grand-père et son arrière grand-père n'ont pas été gâté par la vie (voir la galerie). Sa rencontre avec l'écrivain à succès, Antoine Pépin (si si), va chambouler son destin. A partir de cet instant, le récit va prendre une tournure inimaginable. Impossible d'en dire plus. J'avais déjà apprécié le talent de Julien Frey avec Lisa et Mohamed, mais là, il se surpasse. On a affaire un roman graphique de premier ordre qui traite de la réussite professionnelle et amoureuse, bref de réussir sa vie ou pas. Le choix narratif que propose Frey est jubilatoire, tout le long du récit vous aurez le sourire aux lèvres et pourtant les situations ne sont pas des plus drôles. Il emploie un humour décalé, pythonesque qui fait mouche à chaque fois. Le ton est juste, le rythme soutenu est fluide et les personnages sont pittoresques et attachants. Il vous sera impossible de lâcher le bouquin tant les situations cocasses et incongrues se succèdent. Une histoire déroutante qui vous laissera sur le cul. Une fin en apothéose ? Surprise. Je découvre Dawid et là aussi, grosse surprise. Des planches magnifiques dans un style semi-réaliste. Un dessin expressif, de superbes couleurs et une mise en page dynamique. Du très très beau boulot. En conclusion, j'ai passé un merveilleux moment avec Théo, Antoine et Camille. Je veux aussi signaler l'excellent travail des éditions Vents d'Ouest pour ce très bon rapport qualité/prix. Un gros coup de cœur.

17/01/2023 (modifier)
Couverture de la série Les Sept Ours Nains
Les Sept Ours Nains

Je suis un grand fan de la série de Spirou d' Èmile Bravo. J'étais donc très curieux de découvrir ce que cet artiste pouvait proposer pour un public assez jeune. Je n'ai pas été déçu. Sa relecture des nombreux contes populaires qui ont bercé notre enfance m'a vraiment beaucoup plu. J'ai la chance d'avoir lu les quatre récits à la suite via la dernière intégrale chez Seuil Jeunesse ( à un prix très abordable). Je conseille donc aux futurs lecteurs/lectrices le choix de cette intrégrale qui crée un ensemble favorisant la dynamique du récit. J'ai compté 16 références aux contes les plus célèbre de la littérature européenne ( j'en ai peut être zappé). La mise en scène est si minutieuse que toutes ces princesses, princes, fées, veaux-vaches-cochons s'articulent avec brio et humour autour de nos sept oursons aussi empathiques que nos premiers nounours. Série pour les enfants peut-être mais les grands y trouvent leur compte tellement l'humour apporté par les détournements des oeuvres premières est drôle. Le graphisme d'Èmile Bravo est à la hauteur du récit : très bon. C'est un peu déroutant en début de lecture car ce n'est pas dans les standards d'un dessin pour enfants assez jeunes. Bravo joue constamment dans son dessin avec les contrastes entre deux mondes: le monde merveilleux et féérique pour enfants ( les belles robes, les châteaux ou trésors) et un arrière plan réaliste plus sombre ( les oursons émaciés, Hansel et Gretel au look un peu brun). L'excellente mise en couleur renforce ce contraste entre les cases très colorées et celle beaucoup plus grises ou brunes qui préfigurent certains passages de Spirou sous l'Occupation. Un mot sur le découpage qui nous offre une grande variété de cases et beaucoup de pleines pages très belles , détaillées qui sont de véritables invites à entrer dans le récit. Cette série est pour moi une des meilleures série Jeunesse que j'ai lu. Elle se distingue de mes autres préférées( Bergères Guerrières, Lulu et Nelson) par un esprit d'humour qui favorise le développement du sens critique. Incontestablement un ouvrage à avoir dans sa bobliothèque pour tous.

17/01/2023 (modifier)
Par karibou79
Note: 5/5
Couverture de la série Elisabeth Bathory (Caceres)
Elisabeth Bathory (Caceres)

Le mot qui me vient immédiatement à l'esprit: Fascinant. Un 5/5 oui mais dans sa catégorie, celle du vice et de la perversion. Ici, tous les fluides existants se mêlent, se déversent dans des pages N&B ultra-chargées. J'ai vu que Caceres dessine aussi en couleur mais elles se retrouvent noyées par tout ce noir claustrophobique qui enferme les personnages dans leurs cases. Le blanc y est tout à sa place. Dans ce récit cependant, on ne voit pas beaucoup de gens blanc sur soi, disons plutôt que certains sont plus sadiques que d'autres. Et pourtant tous sont sacrément inventifs! Etonnant que les corps ne restent pas difformes après les actes commis mais on peut mettre cela sur le compte du surnaturel qui enveloppe l'intrigue. Une intrigue touffue, trop touffue, mais qui donne une belle couche mythologique. Après tout, les Grecs ont anticipé avec leurs satyres lubriques et charmeurs (il y a aussi parfois charme mais 1 phrase suffit à obtenir tout ce qu'un corps est capable d'offrir). Et avec un humour mordant pour ne pas sombrer dans le glauque gratuit. On voit qu'il avait potassé les livres de Sade avant même d'attaquer son album Justine & Juliette de Sade. Ce qui est stupéfiant dans ce livre A NE VRAIMENT PAS METTRE DANS TOUTES LES MAINS (les images proposées sur cette page ne sont qu'une cacahuète d'apéro comparé à ce qui vous attend), c'est l'énergie qui se dégage de chaque action. Une décharge (ou plutôt de nombreuses décharges) de vitalité atteint son paroxysme et disparaît sur chaque double-page, sans que cela vienne atténuer l'impact de la double-page suivante. Vraiment je ne suis pas client de cette catégorie littéraire mais ce bouquin me laisse bouche bée. De plus, l'auteur est à l'opposé complet de ce qu'il met sous presse et offre de magnifiques dédicaces. Chapeau l'artiste.

16/01/2023 (modifier)
Couverture de la série Aya de Yopougon
Aya de Yopougon

Je ne pouvais pas passer à côté de la série à succès de Marguerite Abouet. Ce "Dallas" made in Abidjan mérite à mon avis tout le bien écrit et dit sur cette série. Ce type de récit soap n'est pas l'apanage des tv mexicaines ou brésiliennes. Les producteurs nigérians, camerounais ou ivoiriens savent très bien en proposer à leurs publics qui en sont friands. Il n'est donc pas surprenant que l'autrice ait pu puiser dans cette veine. Ici les auteurs s'adressent avant tout à un public français qui ne possède pas forcément toutes les clés de compréhension des traditions familiales africaines. La magie du scénario de Marguerite Abouet est que son récit possède une vitalité, une authenticité et une fraicheur qui suffisent à captiver le lecteur. Il y a une prouesse au niveau de la mise en scène et du découpage pour faire intervenir quatre familles principales plus des personnages (importants) isolés sans que cela ne devienne un horrible imbroglio incompréhensible. On pourrait un peu reprocher à l'autrice, pour des raisons scénaristiques, de réduire les fratries à quelque chose de rare en Afrique, voire quelque chose d'incongru. En effet un homme d'importance peut difficilement accepter de se contenter d'un ou deux enfants. C'est un peu la seule entorse à l'authenticité africaine du récit que je note. Pour le reste, c'est un vrai régal. Maguerite Abouet fait rentrer pendant les six premiers tomes, le pays, le quartier et le village dans nos froids salons européens. Tout y est, l'autorité par strate générationnelle, les relations au sein d'un même groupe horizontal (les frères et soeurs au sens africain), les problèmes avec le village et son chef qui possède une autorité incontournable. Il y a beaucoup d'autres thématiques développées avec un plein d'humour, ce qui alimente le rythme de la série. Le tome 7 ne m'a pas autant enthousiasmé car les auteurs reprennent la série avec des thématiques plus européennes à mon goût (politique et manifs). Il y a aussi une perte dans la personnalité de certains personnages comme Moussa, Adjoua ou Mamadou. Car dans les six premiers tomes on suit le parcours d'un nombre important de personnages avec un équilibre remarquable. Aya n'est même que secondaire dans beaucoup de parcours. J'ai beaucoup aimé les récits autour d'Innocent, de Moussa et particulièrement celui du retour forcé de Félicité. Bien sûr le plus de la série tient dans les dialogues truculents et fruités que nous délivre l'autrice. Entendre chanter cette langue franco-ivoirienne m'a procuré des émotions dignes des meilleures poésies et des rires à n'en plus finir. Le graphisme de Clément Oubrerie n'est pas, pour moi, à ce niveau d'excellence, mais il fait bien le travail dans un style humoristique. Les personnages sont bien reconnaissables, leurs gestuelles sont bien dans les rôles attribués à chacun. Le travail des regards est très bon et donne une formidable expressivité aux intervenants. La mise en couleur participe au récit en soulignant les différences entre Paris et Abidjan. Cette série est une vraie réussite et procure une lecture plaisir qui réchauffe le coeur.

14/01/2023 (modifier)
Par duriel
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série La Dernière Reine (Rochette)
La Dernière Reine (Rochette)

Citer au revoir la haut pour la dernière reine est un contresens énorme. Point commun on parle de gueules cassées de 14 dans les 2 cas et de beauté et de monstruosité (si ça a effleuré le neurone, sinon oubliez la fin de la phrase on peut rester juste sur 2 gueules cassées) . Pour le reste, le propos n'est pas du tout le même. Au revoir la haut parle de l'amitié de 2 soldats, du lien humain de redevabilité du sauveur-sauvé, et aussi de l'ambition d'un officier prêt à tout. (entre autres, il y a encore plein d'autres détails, famille par ex etc...) De ce qu'on a encore à perdre quand on est plus rien(1 gueule cassée) ou quand on a une énorme ambition (1 officier marié à une riche héritière). Le roman présentera de gigantesques escroqueries qui ont réellement existé. J'attends la venue du masque de fer et du fantôme de l'opéra ou pourquoi pas de fantomas (ça va être un peu plus dur à justifier, ce ne sont pas des gueules cassées - exit 1er degré - , ça serait amusant de trouver des points communs s'il y en a). Tout ça pour dire que ça n'a rien à voir avec le propos de Rochette. La dernière reine c'est l'histoire d'une extinction d'une espèce adaptée à son milieu mais inadaptée au milieu humain. Roux (heureusement, il s'appelle pas Gaston), c'est l'histoire d'un humain adapté à son milieu mais inadapté à la société humaine. C'est l'environnement extérieur,la société, les autres humains qui vont condamner Roux (métaphore et parallélisme avec notre ours, que c'est compliqué cette bd !) Roux est un géant, il est pleinement adapté à la guerre humaine, fort comme un ours pour insister et cette couleur bizarre (roux ça serait pas la couleur du renard Gaston ? tiens on pourrait aussi parler du renard dans la dernière reine...). Mais la guerre de 14 est la 1ere guerre mécanisée, la guerre des gaz et des obus, tout son régiment y passe. Il en reviendra (parallélisme avec le roi de la nature, l'ours, le dernier à mourir dans un système naturel) C'est un récit anarchiste misanthrope naturaliste. La dernière reine, Roux (et l'auteur?) n'ont pas besoin de la société des hommes, ils aiment la montagne et cette solitude et cette contemplation (que c'est pénible de regarder une montagne ou de la dessiner Gaston) et le temps qu'il faut pour faire pousser chaque chose ou/et découvrir chaque détail. Pire que ça, c'est la société des hommes qui les condamnent à mort. Voila ce que je lis dans la dernière reine. J'ai lu dans des commentaires que certains passages sont miévreux. Je crois là aussi que c'est un contresens. Je pense que Rochette veut montrer que Roux (et son genre de héros) n'est pas inadapté (comme l'ours) puisqu'il trouve le bonheur, c'est possible même pour une gueule cassée. On ne condamne pas l'anomalie, l'exception ou le nuisible mais un être adapté qui pourrait vivre si on lui laissait la place. Comme pour la vie, rien n'est simple, le bonheur est éphémère, Rochette continuera son propos avec des évènements plus sombres, on peut bien laisser un peu de moments de bonheur (mièvres)? Il y a encore d'autres facettes à développer, la vision de Paris et de Grenoble en 1920, du milieu des arts de cette époque, de cette vision de l'héritage pour cette ourse ou pour cette famille Roux, plein de choses que vous pourrez découvrir en lisant cette bd.

13/01/2023 (modifier)
Par Alix
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Colorado train
Colorado train

Baf ! Grosse claque dans la tronche. J’ai tout aimé dans ce pavé. L‘histoire, sombre et désespérée au possible, se déroule dans une ancienne communauté minière pauvre et rongée par l’alcool et la drogue. Le lecteur suit le quotidien d’un groupe d’ados un peu rebelles et abandonnés à eux-mêmes, qui se retrouvent mêlés à une sombre histoire de meurtres. Les personnages sont attachants et l’intrigue est passionnante - la fin m’a pris à la gorge, je tournais les pages à toute vitesse pour arriver au dénouement… dénouement un peu trop ouvert pour moi, mais ça n’a pas du tout gâché ma lecture. J’ai beaucoup aimé le chapitre sur le passé du meurtrier, c’est vraiment bien vu. Je ne suis généralement pas fan de la lecture en musique, j’aime le silence pour me concentrer… cet album propose cependant une playlist Spotify (une chanson par chapitre) que j’ai écoutée lors de ma lecture, et je dois avouer que les morceaux (adaptés à chaque scène) ont vraiment contribué à l’ambiance. Génial ! C’est mon genre de musique en même temps (rock, grunge, punk). Je suis d’ailleurs en train de la réécouter en écrivant cet avis. Dommage d’avoir mis le lien en fin d’album, par contre. La mise en image est parfaite. Le noir et blanc colle parfaitement à l’atmosphère du récit. Un gros coup de cœur !

10/01/2023 (modifier)