Jean Torton entre au journal Tintin en 1962 et livrera 42 récits historiques (grande spécialité du journal), imposant son graphisme précis proche de l'hyperréalisme. Mais son oeuvre la plus importante commence en 1971 avec la gigantesque fresque qu'il dessine, encore pour Tintin : "Les Conquérants du Mexique", suivi de "Cortez à Mexico", sur des textes de Jean-Luc Vernal, connu pour sa passion de l'Histoire antique, notamment sur les scénarios de Jugurtha pour Hermann.
Traitée avec une grande fidélité historique, cette fresque publiée ensuite en gros album de 70 pages en 1981, adopte volontairement un ton didactique puisqu'elle relate la conquête du Mexique en 1519 par les Espagnols, épisode tragique qui provoquera la destruction complète des riches civilisations précolombiennes. Le récit est accompagné de pleines pages encyclopédiques à caractère éducatif qui renseignent sur les Mayas, les Aztèques, leurs dieux, leurs modes de vie ; c'est un peu scolaire, mais essentiel pour bien comprendre ces peuples complexes, et on l'oublie devant l'aspect graphique très soigné.
Mais l'épisode central est l'avancée vers Mexico, et le personnage-clé, celui de Cortez qui cherche à se faire des alliés des tribus ennemies de Tenochtitlan-Mexico où règne l'empereur Montezuma. C'est ce qui perdra ces peuples : leur trop grande division, car s'ils s'étaient unis en oubliant leurs querelles, ils seraient venus à bout des quelques 600 conquistadores, malgré leurs canons et leurs chevaux. Un prologue conte l'arrivée de Cristobal Colon en 1492 sur l'île de Cuba, et des autres aventuriers espagnols qui ont précédé Cortez, tel Guerrero.
Le dessin superbement travaillé de Torton, visible dans les visages et les décors, l'emploi très étudié de la couleur qui embellit les riches parures et costumes aztèques, apportent une indéniable qualité à cette fresque épique à l'intérêt soutenu, de même que les mots expliqués par des astérisques, éclairent le lecteur sur ces fabuleuses civilisations à jamais détruites par la folie des hommes.
J'ai eu l'occasion de parler de son travail avec Torton un jour à Angoulême lors d'une dédicace, c'est un type charmant qui est passionné par le précolombien ; ici, il assouvit donc sa passion avec un plaisir évident.
Ah Tounga, c'est encore un de mes héros de jeunesse dans le journal Tintin, puis il y eut Rahan, j'avoue que j'ai délaissé un peu Tounga qui s'enlisait, et j'y suis revenu plus tard, et depuis, j'ai toujours une certaine affection pour cette bande bien sympathique et son auteur Edouard Aidans avec qui j'ai eu le grand plaisir de parler de son travail il y a quelques années lors d'une dédicace à Angoulême.
Il est clair que l'influence d'Aidans a été ''La Guerre du feu'' de J.H. Rosny-Aîné, elle est à sa création en 1961 un véritable document sur la Préhistoire, probablement la seule Bd réaliste aussi documentée sur le sujet, bien avant Rahan née en 1969. Elle a beaucoup évolué en raison justement de la concurrence de Rahan, créant ainsi une émulation qui fut bénéfique pour Tounga et son auteur, dont le graphisme un peu désuet s'est vite essoufflé à la fin des années 60 pour finalement s'aérer et se renouveler un peu plus tard grâce à une mise en page plus dynamique et un dessin carrément plus musclé. Dans cette période, Aidans a imposé ce style plus vigoureux à ses autres créations comme Les Panthères, Tony Stark ou La Toile et la Dague.
Souvent violente pour son époque de parution, "Tounga" est devenue une référence sur la Préhistoire malgré ses anachronismes, le ton est un peu didactique mais les histoires sont passionnantes. Elle fait évoluer un guerrier habile chasseur et diplomate tenace qui erre sur de nombreux territoires, rencontre des clans cruels souvent en proie à la superstition, et affronte un cheptel de bêtes fabuleuses ; contrairement à Rahan, il n'est pas seul, il y a Noon le boiteux, également habile et rusé, dont le tigre des cavernes, Aramh est un protecteur bien utile, et il y a aussi Ohama la blonde compagne, un peu trop glamour pour une femme de l'Age de pierre (mais il fallait captiver le jeune lecteur) ; son évolution a été bien réussie par Aidans, car elle est plutôt chétive au début, pour devenir dans les derniers épisodes une vraie guerrière, avec une silhouette beaucoup plus sexy.
Bref, tous quatre connaissent bien des péripéties en faisant face aux rivalités de nombreuses hordes, il y avait un côté aventureux qui m'a toujours plu dès le début, je conseille l'achat, mais la série a subi un ordre anarchique d'édition par Le Lombard qui ne l'a au début pas vraiment prise au sérieux ; disons qu'elle devient plus intéressante avec l'épisode "le Combat des géants" où le dessin d'Aidans a fait de nets progrès. Un indice utile pour identifier la refonte graphique du personnage est de regarder l'année qui figure près de la signature de l'auteur, au bas d'une planche : à partir de 1971, c'est bon..
Cette bande est véritablement un précurseur de l'heroïc fantasy en France, puisqu'elle apparaît directement en albums en 1976. Copie presque conforme de Conan qui à l'époque restait la seule référence du genre, tendance "peaux de bête et gros serpents" pour la différencier de la fantasy plus "raffinée" genre Seigneur des Anneaux. Taar illustrait parfaitement l'univers merveilleux en dehors du temps qu'est la fantasy, peuplé de créatures fabuleuses, de dragons, de guerriers féroces, de barbares, de trolls et de redoutables sorciers...
A l'aide de son trait puissant et vigoureux, Brocal Remohi créait ici une heroïc fantasy à la française des plus séduisantes, même si le montage serré et rapide, aux nombreuses ellipses qui simplifient l'action, peut aujourd'hui faire sourire les adeptes d'une fantasy plus réfléchie. Ce manque de nuance et ces histoires un peu simplistes marquaient, faut-il le rappeler, les tout débuts d'un genre qui prendra son envol dans les années 80. De plus, Brocal qui a dessiné ''Ogan'' (une bande d'aventure viking) chez l'éditeur de petit format Impéria en 1963, a gardé de cette époque une cadence de travail rapide, comme la plupart des dessinateurs espagnols de sa génération, qui ont ensuite adopté un graphisme proche des auteurs américains de comic books. Brocal fut l'auteur en Espagne de "Kronan", héros musculeux très proche de Taar, une véritable ébauche, suivi de Arcane, le grand sorcier en 1974 pour le journal Pilote, un héros du même calibre ; il dessinera aussi un temps Tarzan, c'est dire s'il s'y connaît en héros costauds.
A la différence de Conan, Taar n'est pas un guerrier violent et rageur, ses instincts sont pacifiques, il met son épée au service des plus faibles, prône la paix et protège son peuple ; le plus souvent, il entre en action parce qu'on vient le chercher pour débarrasser la contrée d'un monstre ou d'un tyran, ou encore il part délivrer sa très belle compagne Khanala, aux tenues très sexy ; et d'ailleurs, les reines maléfiques qu'ils affrontent parfois sont d'une beauté renversante. Brocal excelle dans ses dessins de femmes superbes et fascinantes, aux yeux troublants, qu'il tempère par ceux des hommes aux corps massifs et trapus et aux muscles saillants ; cette vision de personnages musculeux et de très belles femmes est très espagnole, beaucoup de dessinateurs de l'époque comme Ortiz, De La Fuente ou Gimenez donnaient dans ce style.
Taar a connu une douzaine de traductions étrangères, son plus gros succès fut en Allemagne, mais ne fut pas reconnu à sa juste valeur chez nous, en tout cas, injustement ignorée et n'a pas trouvé son public. Elle mérite une autre chance aujourd'hui, en essayant d'oublier ses quelques défauts.
Avec Steve Pops, agent très spécial H2°, nous sommes en plein espionnage de bazar, mais aussi en plein délire. C'est une parodie totale de James Bond qui démythifie l'image du superbe agent et qui reprend tous les codes, tous les stéréotypes et tous les gimmicks que l'on rencontre dans les films de Bond, mais en beaucoup plus drôle. Steve Pops est le décalque complet de 007, période Sean Connery : il a un matricule, un patron qui remplace M, une licence de tuer, des gadgets, une voiture truffée de pièges, pratique les arts martiaux, est élégamment vêtu, et a pour ennemi le Dr Yes, contraire du fameux Dr No.
La ressemblance s'arrête là. Son auteur, Jacques Devos parsème la bande d'une succession de gags délirants, de clins d'oeil très savoureux à l'intention des fans de BD et de ciné, bref, le mythe est mis en pièces avec un sens aigu du loufoque, soutenu par un graphisme qui reste semi-caricatural au sein de décors réalistes, mais plus léché que dans les autres créations de Devos.
Hélas, ce personnage ne connaîtra que 2 épisodes édités directement en albums en 1967 et 1968, et ne sera pas poursuivi pour cause d'échec commercial; c'est vraiment dommage, car la bande était cent fois mieux que Génial Olivier du même Devos, et possédait un fort potentiel ; Un véritable chef-d'oeuvre d'humour injustement méconnu. Alors j'en recommande l'achat, certes, mais les 2 albums sont très difficiles à dénicher ; personnellement j'en possède un seul, "Opération Eclair" qui est une vraie perle d'origine.
En BD réaliste western, il y a Blueberry devant, et juste après, Comanche se hisse pour moi très prés. C'est dommage que cette série ait été un peu sabordée par Hermann qui à l'époque dessinait déjà comme un dieu, pour se consacrer à Jeremiah et d'autres Bd indépendantes, je trouve que Greg aurait dû conclure après 8 albums. Quoi qu'il en soit, c'était une de mes séries préférées dans le journal Tintin, et en fan de western, j'y retrouvais plein d'images cinématographiques.
Hermann va atteindre une perfection avec Comanche, et l'influence de Giraud est totalement assimilée, le trait est ici plus puissant, de même que l'influence du cinéma se reconnaît dans le découpage, les décors et les images cultes (voir la première apparition de Red Dust qui est un clin d'oeil évident à John Wayne dans "la Chevauchée fantastique" ; même posture du gars avec sa winchester et sa selle faisant signe à la diligence).
A la différence des autres grandes séries de l'époque comme Blueberry ou Jerry Spring, Comanche c'est le western de la terre, car c'est d'abord la vie d'un ranch situé près de la bourgade de Greenstone Falls au Wyoming ; l'action tourne donc presque essentiellement autour de cet environnement qu'il faut rendre attractif pour retenir le lecteur. Greg, avec son génie habituel, impose des personnages solidement typés : Comanche est une jeune et jolie métisse qui a hérité de son père le Tripe Six, elle garde longtemps son tempérament farouche qui l'aide à supporter l'adversité. C'est alors qu'apparaît un jour le rouquin frisé Red Dust, sorte de cowboy tête brûlée à la force tranquille, qui a roulé sa bosse un peu partout dans l'Ouest. Très vite subjuguée par cet inconnu très habile au revolver, Comanche lui offre la place de contremaître, et entre eux vont naître des sentiments que Greg sera obligé de réfreiner (on est en 1969, et la série est publiée dans un hebdo pour la jeunesse). Mais Red va en plus acquérir une épaisseur et devenir le vrai héros de la série.
D'autres personnages gravitent autour de ce faux couple pour égayer quelques séquences et donner encore plus de corps aux récits. Après un ton classique centré autour du ranch, Greg décrit un Ouest en pleine mutation, la jeune métisse est récupérée par la bourgeoisie montante et n'a plus rien de la fière rebelle au grand coeur des débuts, de même que Dust est lui aussi happé par le système en développement et devient sheriff de Greenstone Falls qui s'agrandit et reçoit le chemin de fer, il est donc responsable d'une communauté. Cet aspect est très bien démontré au fil des albums, et les derniers récits atteindront ainsi une curieuse ambiguïté.
Le succès rejaillit sur Hermann, mais en 1982, il décide de se consacrer à des séries plus personnelles ; repris par Rouge, la série perd un peu en aura, mais le tout forme un ensemble d'une grande richesse, très plaisant à lire, n'hésitez pas un instant, c'est de la grande BD, surtout les 4 premiers albums qui forment un cycle tout à fait prodigieux.
Pour un gros lecteur et collectionneur de bds comme moi, il est rare de découvrir une série dont il était totalement passé à côté. Outre ce plaisir déjà non négligeable quand cette découverte est brillante c'est encore mieux.
Pour être franc, cela fait longtemps qu'une série bd surtout écrite et dessinée par des français ne m'avait pas autant enthousiasmé. J'ai dévoré la première intégrale en une soirée et j'ai couru dès le lendemain matin acheter la deuxième qui fut lue le soir même.
Le gloubi boulga concocté par les auteurs m'a rassasié comme rarement. Il n'est pas facile de réussir une alchimie entre différents genres sans que cela paraisse indigeste, parodique ou vain.
Le tour de force des auteurs est d'avoir créé un univers cohérent à travers cette cité 14 qui semble être la cité de tous les possibles. Des personnages humains côtoient des personnages anthropomorphes. Des aliens échoués sur cette planète vivent pour la plupart dans un ghetto qui n'est pas sans rappeler celui du film District 9. On croise des chats qui lévitent et hypnotisent, un superhéros superméchant, un gangster cerf unijambiste, un crapaud mafieux et ses sbires têtards, des tueurs grabataires et séniles, un éléphant déformé etc. L'univers décrit est un mélange de polar à la Dick Tracy, un hommage à la Sf de sérieB , de comics de superhéros. On trouve même une tour gigantesque dont l'architecture totalement folle n'est pas sans évoquer les œuvres de Schuiten et Peeters.
Devant tant de folies, on pourrait craindre que les auteurs aient oublié de mettre un fil conducteur ou qu'ils ne sachent pas vers ou faire aller leur histoire. Et bien non malgré les différentes orientations prises par l'histoire, tout est maitrisé et on peut considérer que l'histoire est bien conclue avec la fin de la seconde intégrale bien qu'on espère une suite dans ce merveilleux univers.
Jusqu'ici il n'y avait que les comics comme Bone ou ceux de Kirkman qui me semblaient avoir réussi à tirer des histoires lisibles d'univers si barrés.
En conclusion un véritable coup de coeur. 4.5/5
En tant que fan de western hollywoodien et spaghetti, je ne peux que conseiller cette splendide création de Swolfs que je place un cran en-dessous de Blueberry, mais à l'égal des meilleures BD western comme Comanche, Buddy Longway ou Mac Coy.
La bande est fortement influencée par le western italien et surtout le personnage de l'étranger au cigarillo qu'incarnait ce bon vieux Clint dans les films de Sergio Leone : pistolero solitaire peu loquace et quasi énigmatique qui use de son arme d'une façon redoutable, chapeau à large bord qui cache un regard ténébreux, barbe de 3 jours, aspect crasseux...bref, une série de clichés qui sont repris de façon magistrale par un dessinateur au mieux de sa forme, alors que c'était sa première grande série. Tout semble inspiré par Clint, puisque Durango venge son frère Harry comme le faisait Clint dans "l'Homme des hautes plaines".
Graphiquement, le dessin de Swolfs est proche de celui de Giraud, en plus vigoureux; il profite du travail accompli par Gir et Hermann sur leurs séries, en intégrant l'univers du western spaghetti très à la mode encore au début des années 80, avec des cadrages, un découpage, un ton cinématographiques, et des codes bien précis qui donnent indéniablement une ambiance; il ne manque plus que la musique de Morricone.
Le premier épisode, "Les Chiens meurent en hiver" est quasiment un décalque du "Grand Silence", western étrange de Corbucci, interprété par J.L. Trintignant et Klaus Kinski dans un décor neigeux; Swolfs reprend l'idée et donne la physionomie de Kinski au méchant qui s'oppose à Durango. Par la suite, d'autres personnages auront des visages d'acteurs, et l'on guette les clins d'oeil (tel celui de l'album "Piège pour un tueur" où l'on aperçoit la silhouette d'Eastwood avec son poncho).
Il n'est pas étonnant que Thierry Girod ait repris cette série, il a dû d'ailleurs s'en inspirer pour créer sa propre série Wanted, au ton très proche.
Croyez-moi, les amateurs du genre ne seront pas déçus avec Durango, c'est une très belle collection à constituer, un vrai plaisir à lire et à relire.
Un peu tombé dessus par hasard, ne connaissant pas l'auteur, je fus très agréablement surpris par cette petite bd.
Dès les premières planches, je suis tombé sous le charme du style désinvolte et légèrement cynique. Le dessin est enfantin mais ça rend le comique de l'histoire plus efficace (c'est pas de la SF). Ce sont surtout les dialogues que j'ai adorés ainsi que la critique que fait l'auteur sur l'esprit rap.
Avec ce héros crée en 1966, François Craenhals, déja connu pour les séries Pom et Teddy puis Les 4 As, pouvait rivaliser avec le Prince Valiant d'outre-atlantique.
Probablement ma fascination et mon intérêt pour le médiéval et la chevalerie viennent de Chevalier Ardent que j'ai découvert dans Tintin, c'était l'un de mes héros préférés avec Bernard Prince, Tounga, Michel Vaillant, Olivier Rameau puis Buddy Longway... toute une époque de Bd au ton héroïque et aventureux, et aux belles qualités humaines. En Europe, les bandes médiévales réalistes étaient moins nombreuses dans les années 60 qu'elles ne le sont maintenant, sauf dans les petits formats comme Ivanhoe, Oliver, Lancelot ou Ogan....
Craenhals lance donc Ardent de Walburge, qui dans les premiers épisodes, est un "damné fol", un jouvenceau ayant tous les défauts de l'adolescence, effronté, audacieux, obstiné et fier ; la bande saura très justement faire évoluer le personnage au fur et à mesure qu'il prend de l'âge. Dans un Moyen Age de Table Ronde, il grandit, s'assagit et connaît l'amour courtois auprès de la douce Gwendoline, fille du roi Arthus. Leur amour devient plus fort au fil des années, mais Arthus voit d'un mauvais oeil cette idylle, il la tolère cependant en éprouvant la loyauté d'Ardent qui accomplit des missions dans de lointaines contrées, et pour le garder soumis à son autorité, Arthus lui offre le grand fief ardennais de Rougecogne, faisant ainsi d'Ardent son plus puissant vassal.
Au fil des épisodes, dont les meilleurs sont incontestablement les 3 premiers ("le Prince Noir", "Les Loups de Rougecogne", "la Loi de la steppe"), Craenhals décrit ces démêlés entre Ardent et ce roi tout puissant, adepte des combines politiques ambiguës, au sein d'ambiances tendues et fantastiques, avec notamment l'apparition d'êtres étranges comme le mage Thamatos ; un cap est d'ailleurs franchi en 1970 avec l'épisode "le Secret du roi Arthus", et cet aspect un peu tourmenté culmine avec des épisodes comme ''Les cavaliers de l'Apocalypse'' ou ''Le Passage'', où le découpage en pleine page très travaillée exprime le cauchemar. La série ira en même temps vers un aspect de plus en plus fantastique, après quelques épisodes de transition un peu fades.
De plus, et c'est là toute la subtilité de la série, au contraire des autres Bd médiévales comme Jhen (Xan), Vasco ou Les Aigles décapitées, Chevalier Ardent évolue dans un Moyen Age totalement fictif, sans aucune référence à des événements réels, et aucun personnage historique célèbre n’apparaît ou n'est cité ; le Prince Noir qui donne son titre au premier récit, n'est pas le grand prince anglais fils d'Edouard III que l'on connaît, mais un seigneur félon imaginaire. Seuls le contexte d'époque, les décors et les costumes empruntent au Moyen Age. Malgré ça, c'est une des plus belles réussites du genre qui exploite une chevalerie pleine de loyauté, de vertus, mais aussi de cruauté ; cet élément est étrangement bien présent dès le début, alors que la bande paraissait dans un journal pour jeunes, mais je crois qu'au fil des années, Craenhals a voulu toucher un public un peu plus âgé. Les intrigues sont recherchées et passionnantes, le dessin nerveux et soigné.
Une série aujourd'hui recherchée et bien cotée, je la recommande vivement.
Ah les 3 A, c'était une de mes séries préférées dans Tintin, et comme toutes ces bandes des années 60, elle conserve aujourd'hui un cachet rétro que j'affectionne, mais je doute qu'elle puisse intéresser les jeunes d'aujourd'hui par son graphisme très franco-belge d'époque et son idéologie bien proprette; ça ne peut plaire qu'à des nostalgiques de ma génération...mais qui sait ? Ces 3 jeunes gens intrépides sont un trio de scouts qui partent à l'aventure dans de beaux endroits de nature; il y a André, le grand blond qui fait figure de chef, Alain aux fines lunettes, plus porté sur la réflexion, et Aldebert le plus jeune, celui par qui arrivent les évènements, c'est aussi le comique de service.
Cette BD attachante et sympathique, prônant des valeurs saines pour la jeunesse des années 60, connut son petit succès pendant 5 ans entre 1962 et 1967, elle fut hélas délaissée au profit de Ric Hochet que ses auteurs menaient vers une gloire encore plus grande. A.P. Duchâteau, sous le pseudo de Michel Vasseur, imaginera des scénarios inventifs aux allures policières, tandis que Tibet, assisté de Mitteï aux décors, se cachera derrière celui-ci, lui laissant la paternité des dessins; mais le connaisseur saura reconnaître le graphisme réaliste de Tibet sur les personnages, dont il exécute le crayonné, et qui par ailleurs, ne peut s'empêcher de donner à André un physique à la Ric Hochet. Une bien chouette série comme on n'en fait plus.
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Les Conquérants du Mexique
Jean Torton entre au journal Tintin en 1962 et livrera 42 récits historiques (grande spécialité du journal), imposant son graphisme précis proche de l'hyperréalisme. Mais son oeuvre la plus importante commence en 1971 avec la gigantesque fresque qu'il dessine, encore pour Tintin : "Les Conquérants du Mexique", suivi de "Cortez à Mexico", sur des textes de Jean-Luc Vernal, connu pour sa passion de l'Histoire antique, notamment sur les scénarios de Jugurtha pour Hermann. Traitée avec une grande fidélité historique, cette fresque publiée ensuite en gros album de 70 pages en 1981, adopte volontairement un ton didactique puisqu'elle relate la conquête du Mexique en 1519 par les Espagnols, épisode tragique qui provoquera la destruction complète des riches civilisations précolombiennes. Le récit est accompagné de pleines pages encyclopédiques à caractère éducatif qui renseignent sur les Mayas, les Aztèques, leurs dieux, leurs modes de vie ; c'est un peu scolaire, mais essentiel pour bien comprendre ces peuples complexes, et on l'oublie devant l'aspect graphique très soigné. Mais l'épisode central est l'avancée vers Mexico, et le personnage-clé, celui de Cortez qui cherche à se faire des alliés des tribus ennemies de Tenochtitlan-Mexico où règne l'empereur Montezuma. C'est ce qui perdra ces peuples : leur trop grande division, car s'ils s'étaient unis en oubliant leurs querelles, ils seraient venus à bout des quelques 600 conquistadores, malgré leurs canons et leurs chevaux. Un prologue conte l'arrivée de Cristobal Colon en 1492 sur l'île de Cuba, et des autres aventuriers espagnols qui ont précédé Cortez, tel Guerrero. Le dessin superbement travaillé de Torton, visible dans les visages et les décors, l'emploi très étudié de la couleur qui embellit les riches parures et costumes aztèques, apportent une indéniable qualité à cette fresque épique à l'intérêt soutenu, de même que les mots expliqués par des astérisques, éclairent le lecteur sur ces fabuleuses civilisations à jamais détruites par la folie des hommes. J'ai eu l'occasion de parler de son travail avec Torton un jour à Angoulême lors d'une dédicace, c'est un type charmant qui est passionné par le précolombien ; ici, il assouvit donc sa passion avec un plaisir évident.
Tounga
Ah Tounga, c'est encore un de mes héros de jeunesse dans le journal Tintin, puis il y eut Rahan, j'avoue que j'ai délaissé un peu Tounga qui s'enlisait, et j'y suis revenu plus tard, et depuis, j'ai toujours une certaine affection pour cette bande bien sympathique et son auteur Edouard Aidans avec qui j'ai eu le grand plaisir de parler de son travail il y a quelques années lors d'une dédicace à Angoulême. Il est clair que l'influence d'Aidans a été ''La Guerre du feu'' de J.H. Rosny-Aîné, elle est à sa création en 1961 un véritable document sur la Préhistoire, probablement la seule Bd réaliste aussi documentée sur le sujet, bien avant Rahan née en 1969. Elle a beaucoup évolué en raison justement de la concurrence de Rahan, créant ainsi une émulation qui fut bénéfique pour Tounga et son auteur, dont le graphisme un peu désuet s'est vite essoufflé à la fin des années 60 pour finalement s'aérer et se renouveler un peu plus tard grâce à une mise en page plus dynamique et un dessin carrément plus musclé. Dans cette période, Aidans a imposé ce style plus vigoureux à ses autres créations comme Les Panthères, Tony Stark ou La Toile et la Dague. Souvent violente pour son époque de parution, "Tounga" est devenue une référence sur la Préhistoire malgré ses anachronismes, le ton est un peu didactique mais les histoires sont passionnantes. Elle fait évoluer un guerrier habile chasseur et diplomate tenace qui erre sur de nombreux territoires, rencontre des clans cruels souvent en proie à la superstition, et affronte un cheptel de bêtes fabuleuses ; contrairement à Rahan, il n'est pas seul, il y a Noon le boiteux, également habile et rusé, dont le tigre des cavernes, Aramh est un protecteur bien utile, et il y a aussi Ohama la blonde compagne, un peu trop glamour pour une femme de l'Age de pierre (mais il fallait captiver le jeune lecteur) ; son évolution a été bien réussie par Aidans, car elle est plutôt chétive au début, pour devenir dans les derniers épisodes une vraie guerrière, avec une silhouette beaucoup plus sexy. Bref, tous quatre connaissent bien des péripéties en faisant face aux rivalités de nombreuses hordes, il y avait un côté aventureux qui m'a toujours plu dès le début, je conseille l'achat, mais la série a subi un ordre anarchique d'édition par Le Lombard qui ne l'a au début pas vraiment prise au sérieux ; disons qu'elle devient plus intéressante avec l'épisode "le Combat des géants" où le dessin d'Aidans a fait de nets progrès. Un indice utile pour identifier la refonte graphique du personnage est de regarder l'année qui figure près de la signature de l'auteur, au bas d'une planche : à partir de 1971, c'est bon..
Taar le rebelle
Cette bande est véritablement un précurseur de l'heroïc fantasy en France, puisqu'elle apparaît directement en albums en 1976. Copie presque conforme de Conan qui à l'époque restait la seule référence du genre, tendance "peaux de bête et gros serpents" pour la différencier de la fantasy plus "raffinée" genre Seigneur des Anneaux. Taar illustrait parfaitement l'univers merveilleux en dehors du temps qu'est la fantasy, peuplé de créatures fabuleuses, de dragons, de guerriers féroces, de barbares, de trolls et de redoutables sorciers... A l'aide de son trait puissant et vigoureux, Brocal Remohi créait ici une heroïc fantasy à la française des plus séduisantes, même si le montage serré et rapide, aux nombreuses ellipses qui simplifient l'action, peut aujourd'hui faire sourire les adeptes d'une fantasy plus réfléchie. Ce manque de nuance et ces histoires un peu simplistes marquaient, faut-il le rappeler, les tout débuts d'un genre qui prendra son envol dans les années 80. De plus, Brocal qui a dessiné ''Ogan'' (une bande d'aventure viking) chez l'éditeur de petit format Impéria en 1963, a gardé de cette époque une cadence de travail rapide, comme la plupart des dessinateurs espagnols de sa génération, qui ont ensuite adopté un graphisme proche des auteurs américains de comic books. Brocal fut l'auteur en Espagne de "Kronan", héros musculeux très proche de Taar, une véritable ébauche, suivi de Arcane, le grand sorcier en 1974 pour le journal Pilote, un héros du même calibre ; il dessinera aussi un temps Tarzan, c'est dire s'il s'y connaît en héros costauds. A la différence de Conan, Taar n'est pas un guerrier violent et rageur, ses instincts sont pacifiques, il met son épée au service des plus faibles, prône la paix et protège son peuple ; le plus souvent, il entre en action parce qu'on vient le chercher pour débarrasser la contrée d'un monstre ou d'un tyran, ou encore il part délivrer sa très belle compagne Khanala, aux tenues très sexy ; et d'ailleurs, les reines maléfiques qu'ils affrontent parfois sont d'une beauté renversante. Brocal excelle dans ses dessins de femmes superbes et fascinantes, aux yeux troublants, qu'il tempère par ceux des hommes aux corps massifs et trapus et aux muscles saillants ; cette vision de personnages musculeux et de très belles femmes est très espagnole, beaucoup de dessinateurs de l'époque comme Ortiz, De La Fuente ou Gimenez donnaient dans ce style. Taar a connu une douzaine de traductions étrangères, son plus gros succès fut en Allemagne, mais ne fut pas reconnu à sa juste valeur chez nous, en tout cas, injustement ignorée et n'a pas trouvé son public. Elle mérite une autre chance aujourd'hui, en essayant d'oublier ses quelques défauts.
Steve Pops
Avec Steve Pops, agent très spécial H2°, nous sommes en plein espionnage de bazar, mais aussi en plein délire. C'est une parodie totale de James Bond qui démythifie l'image du superbe agent et qui reprend tous les codes, tous les stéréotypes et tous les gimmicks que l'on rencontre dans les films de Bond, mais en beaucoup plus drôle. Steve Pops est le décalque complet de 007, période Sean Connery : il a un matricule, un patron qui remplace M, une licence de tuer, des gadgets, une voiture truffée de pièges, pratique les arts martiaux, est élégamment vêtu, et a pour ennemi le Dr Yes, contraire du fameux Dr No. La ressemblance s'arrête là. Son auteur, Jacques Devos parsème la bande d'une succession de gags délirants, de clins d'oeil très savoureux à l'intention des fans de BD et de ciné, bref, le mythe est mis en pièces avec un sens aigu du loufoque, soutenu par un graphisme qui reste semi-caricatural au sein de décors réalistes, mais plus léché que dans les autres créations de Devos. Hélas, ce personnage ne connaîtra que 2 épisodes édités directement en albums en 1967 et 1968, et ne sera pas poursuivi pour cause d'échec commercial; c'est vraiment dommage, car la bande était cent fois mieux que Génial Olivier du même Devos, et possédait un fort potentiel ; Un véritable chef-d'oeuvre d'humour injustement méconnu. Alors j'en recommande l'achat, certes, mais les 2 albums sont très difficiles à dénicher ; personnellement j'en possède un seul, "Opération Eclair" qui est une vraie perle d'origine.
Comanche
En BD réaliste western, il y a Blueberry devant, et juste après, Comanche se hisse pour moi très prés. C'est dommage que cette série ait été un peu sabordée par Hermann qui à l'époque dessinait déjà comme un dieu, pour se consacrer à Jeremiah et d'autres Bd indépendantes, je trouve que Greg aurait dû conclure après 8 albums. Quoi qu'il en soit, c'était une de mes séries préférées dans le journal Tintin, et en fan de western, j'y retrouvais plein d'images cinématographiques. Hermann va atteindre une perfection avec Comanche, et l'influence de Giraud est totalement assimilée, le trait est ici plus puissant, de même que l'influence du cinéma se reconnaît dans le découpage, les décors et les images cultes (voir la première apparition de Red Dust qui est un clin d'oeil évident à John Wayne dans "la Chevauchée fantastique" ; même posture du gars avec sa winchester et sa selle faisant signe à la diligence). A la différence des autres grandes séries de l'époque comme Blueberry ou Jerry Spring, Comanche c'est le western de la terre, car c'est d'abord la vie d'un ranch situé près de la bourgade de Greenstone Falls au Wyoming ; l'action tourne donc presque essentiellement autour de cet environnement qu'il faut rendre attractif pour retenir le lecteur. Greg, avec son génie habituel, impose des personnages solidement typés : Comanche est une jeune et jolie métisse qui a hérité de son père le Tripe Six, elle garde longtemps son tempérament farouche qui l'aide à supporter l'adversité. C'est alors qu'apparaît un jour le rouquin frisé Red Dust, sorte de cowboy tête brûlée à la force tranquille, qui a roulé sa bosse un peu partout dans l'Ouest. Très vite subjuguée par cet inconnu très habile au revolver, Comanche lui offre la place de contremaître, et entre eux vont naître des sentiments que Greg sera obligé de réfreiner (on est en 1969, et la série est publiée dans un hebdo pour la jeunesse). Mais Red va en plus acquérir une épaisseur et devenir le vrai héros de la série. D'autres personnages gravitent autour de ce faux couple pour égayer quelques séquences et donner encore plus de corps aux récits. Après un ton classique centré autour du ranch, Greg décrit un Ouest en pleine mutation, la jeune métisse est récupérée par la bourgeoisie montante et n'a plus rien de la fière rebelle au grand coeur des débuts, de même que Dust est lui aussi happé par le système en développement et devient sheriff de Greenstone Falls qui s'agrandit et reçoit le chemin de fer, il est donc responsable d'une communauté. Cet aspect est très bien démontré au fil des albums, et les derniers récits atteindront ainsi une curieuse ambiguïté. Le succès rejaillit sur Hermann, mais en 1982, il décide de se consacrer à des séries plus personnelles ; repris par Rouge, la série perd un peu en aura, mais le tout forme un ensemble d'une grande richesse, très plaisant à lire, n'hésitez pas un instant, c'est de la grande BD, surtout les 4 premiers albums qui forment un cycle tout à fait prodigieux.
Cité 14 - Saison 1
Pour un gros lecteur et collectionneur de bds comme moi, il est rare de découvrir une série dont il était totalement passé à côté. Outre ce plaisir déjà non négligeable quand cette découverte est brillante c'est encore mieux. Pour être franc, cela fait longtemps qu'une série bd surtout écrite et dessinée par des français ne m'avait pas autant enthousiasmé. J'ai dévoré la première intégrale en une soirée et j'ai couru dès le lendemain matin acheter la deuxième qui fut lue le soir même. Le gloubi boulga concocté par les auteurs m'a rassasié comme rarement. Il n'est pas facile de réussir une alchimie entre différents genres sans que cela paraisse indigeste, parodique ou vain. Le tour de force des auteurs est d'avoir créé un univers cohérent à travers cette cité 14 qui semble être la cité de tous les possibles. Des personnages humains côtoient des personnages anthropomorphes. Des aliens échoués sur cette planète vivent pour la plupart dans un ghetto qui n'est pas sans rappeler celui du film District 9. On croise des chats qui lévitent et hypnotisent, un superhéros superméchant, un gangster cerf unijambiste, un crapaud mafieux et ses sbires têtards, des tueurs grabataires et séniles, un éléphant déformé etc. L'univers décrit est un mélange de polar à la Dick Tracy, un hommage à la Sf de sérieB , de comics de superhéros. On trouve même une tour gigantesque dont l'architecture totalement folle n'est pas sans évoquer les œuvres de Schuiten et Peeters. Devant tant de folies, on pourrait craindre que les auteurs aient oublié de mettre un fil conducteur ou qu'ils ne sachent pas vers ou faire aller leur histoire. Et bien non malgré les différentes orientations prises par l'histoire, tout est maitrisé et on peut considérer que l'histoire est bien conclue avec la fin de la seconde intégrale bien qu'on espère une suite dans ce merveilleux univers. Jusqu'ici il n'y avait que les comics comme Bone ou ceux de Kirkman qui me semblaient avoir réussi à tirer des histoires lisibles d'univers si barrés. En conclusion un véritable coup de coeur. 4.5/5
Durango
En tant que fan de western hollywoodien et spaghetti, je ne peux que conseiller cette splendide création de Swolfs que je place un cran en-dessous de Blueberry, mais à l'égal des meilleures BD western comme Comanche, Buddy Longway ou Mac Coy. La bande est fortement influencée par le western italien et surtout le personnage de l'étranger au cigarillo qu'incarnait ce bon vieux Clint dans les films de Sergio Leone : pistolero solitaire peu loquace et quasi énigmatique qui use de son arme d'une façon redoutable, chapeau à large bord qui cache un regard ténébreux, barbe de 3 jours, aspect crasseux...bref, une série de clichés qui sont repris de façon magistrale par un dessinateur au mieux de sa forme, alors que c'était sa première grande série. Tout semble inspiré par Clint, puisque Durango venge son frère Harry comme le faisait Clint dans "l'Homme des hautes plaines". Graphiquement, le dessin de Swolfs est proche de celui de Giraud, en plus vigoureux; il profite du travail accompli par Gir et Hermann sur leurs séries, en intégrant l'univers du western spaghetti très à la mode encore au début des années 80, avec des cadrages, un découpage, un ton cinématographiques, et des codes bien précis qui donnent indéniablement une ambiance; il ne manque plus que la musique de Morricone. Le premier épisode, "Les Chiens meurent en hiver" est quasiment un décalque du "Grand Silence", western étrange de Corbucci, interprété par J.L. Trintignant et Klaus Kinski dans un décor neigeux; Swolfs reprend l'idée et donne la physionomie de Kinski au méchant qui s'oppose à Durango. Par la suite, d'autres personnages auront des visages d'acteurs, et l'on guette les clins d'oeil (tel celui de l'album "Piège pour un tueur" où l'on aperçoit la silhouette d'Eastwood avec son poncho). Il n'est pas étonnant que Thierry Girod ait repris cette série, il a dû d'ailleurs s'en inspirer pour créer sa propre série Wanted, au ton très proche. Croyez-moi, les amateurs du genre ne seront pas déçus avec Durango, c'est une très belle collection à constituer, un vrai plaisir à lire et à relire.
Lionel J. et les PD du cul
Un peu tombé dessus par hasard, ne connaissant pas l'auteur, je fus très agréablement surpris par cette petite bd. Dès les premières planches, je suis tombé sous le charme du style désinvolte et légèrement cynique. Le dessin est enfantin mais ça rend le comique de l'histoire plus efficace (c'est pas de la SF). Ce sont surtout les dialogues que j'ai adorés ainsi que la critique que fait l'auteur sur l'esprit rap.
Chevalier Ardent
Avec ce héros crée en 1966, François Craenhals, déja connu pour les séries Pom et Teddy puis Les 4 As, pouvait rivaliser avec le Prince Valiant d'outre-atlantique. Probablement ma fascination et mon intérêt pour le médiéval et la chevalerie viennent de Chevalier Ardent que j'ai découvert dans Tintin, c'était l'un de mes héros préférés avec Bernard Prince, Tounga, Michel Vaillant, Olivier Rameau puis Buddy Longway... toute une époque de Bd au ton héroïque et aventureux, et aux belles qualités humaines. En Europe, les bandes médiévales réalistes étaient moins nombreuses dans les années 60 qu'elles ne le sont maintenant, sauf dans les petits formats comme Ivanhoe, Oliver, Lancelot ou Ogan.... Craenhals lance donc Ardent de Walburge, qui dans les premiers épisodes, est un "damné fol", un jouvenceau ayant tous les défauts de l'adolescence, effronté, audacieux, obstiné et fier ; la bande saura très justement faire évoluer le personnage au fur et à mesure qu'il prend de l'âge. Dans un Moyen Age de Table Ronde, il grandit, s'assagit et connaît l'amour courtois auprès de la douce Gwendoline, fille du roi Arthus. Leur amour devient plus fort au fil des années, mais Arthus voit d'un mauvais oeil cette idylle, il la tolère cependant en éprouvant la loyauté d'Ardent qui accomplit des missions dans de lointaines contrées, et pour le garder soumis à son autorité, Arthus lui offre le grand fief ardennais de Rougecogne, faisant ainsi d'Ardent son plus puissant vassal. Au fil des épisodes, dont les meilleurs sont incontestablement les 3 premiers ("le Prince Noir", "Les Loups de Rougecogne", "la Loi de la steppe"), Craenhals décrit ces démêlés entre Ardent et ce roi tout puissant, adepte des combines politiques ambiguës, au sein d'ambiances tendues et fantastiques, avec notamment l'apparition d'êtres étranges comme le mage Thamatos ; un cap est d'ailleurs franchi en 1970 avec l'épisode "le Secret du roi Arthus", et cet aspect un peu tourmenté culmine avec des épisodes comme ''Les cavaliers de l'Apocalypse'' ou ''Le Passage'', où le découpage en pleine page très travaillée exprime le cauchemar. La série ira en même temps vers un aspect de plus en plus fantastique, après quelques épisodes de transition un peu fades. De plus, et c'est là toute la subtilité de la série, au contraire des autres Bd médiévales comme Jhen (Xan), Vasco ou Les Aigles décapitées, Chevalier Ardent évolue dans un Moyen Age totalement fictif, sans aucune référence à des événements réels, et aucun personnage historique célèbre n’apparaît ou n'est cité ; le Prince Noir qui donne son titre au premier récit, n'est pas le grand prince anglais fils d'Edouard III que l'on connaît, mais un seigneur félon imaginaire. Seuls le contexte d'époque, les décors et les costumes empruntent au Moyen Age. Malgré ça, c'est une des plus belles réussites du genre qui exploite une chevalerie pleine de loyauté, de vertus, mais aussi de cruauté ; cet élément est étrangement bien présent dès le début, alors que la bande paraissait dans un journal pour jeunes, mais je crois qu'au fil des années, Craenhals a voulu toucher un public un peu plus âgé. Les intrigues sont recherchées et passionnantes, le dessin nerveux et soigné. Une série aujourd'hui recherchée et bien cotée, je la recommande vivement.
Les Aventures des 3A
Ah les 3 A, c'était une de mes séries préférées dans Tintin, et comme toutes ces bandes des années 60, elle conserve aujourd'hui un cachet rétro que j'affectionne, mais je doute qu'elle puisse intéresser les jeunes d'aujourd'hui par son graphisme très franco-belge d'époque et son idéologie bien proprette; ça ne peut plaire qu'à des nostalgiques de ma génération...mais qui sait ? Ces 3 jeunes gens intrépides sont un trio de scouts qui partent à l'aventure dans de beaux endroits de nature; il y a André, le grand blond qui fait figure de chef, Alain aux fines lunettes, plus porté sur la réflexion, et Aldebert le plus jeune, celui par qui arrivent les évènements, c'est aussi le comique de service. Cette BD attachante et sympathique, prônant des valeurs saines pour la jeunesse des années 60, connut son petit succès pendant 5 ans entre 1962 et 1967, elle fut hélas délaissée au profit de Ric Hochet que ses auteurs menaient vers une gloire encore plus grande. A.P. Duchâteau, sous le pseudo de Michel Vasseur, imaginera des scénarios inventifs aux allures policières, tandis que Tibet, assisté de Mitteï aux décors, se cachera derrière celui-ci, lui laissant la paternité des dessins; mais le connaisseur saura reconnaître le graphisme réaliste de Tibet sur les personnages, dont il exécute le crayonné, et qui par ailleurs, ne peut s'empêcher de donner à André un physique à la Ric Hochet. Une bien chouette série comme on n'en fait plus.