Les derniers avis (9623 avis)

Par Pasukare
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Freaks' Squeele - Funérailles
Freaks' Squeele - Funérailles

Décidément, Florent Maudoux est un auteur de talent, que ce soit au scénario ou au dessin. Fan de la série mère Freaks' Squeele depuis ses débuts, je n'avais pas été tentée par le premier spin-off (dont il n'était que scénariste) mais Funérailles étant un de mes personnages préférés et Florent ayant cette fois aussi pris en charge le dessin, j'ai moins hésité (les trois avis précédemment postés ayant été décisifs). Ce premier tome nous conte les jeunes années du légendaire Prétorius, mal né dans un monde aux fondements et traditions admirablement bien pensés et mis en histoire. Ce savant mélange d'archaïsmes et de modernité, de points communs et de divergences avec notre propre monde donne un album d'une grande richesse (le nombre de pages, bien loin des standards commerciaux, n'y est pas étranger je pense, Ankama laisse de l'espace à ses auteurs et a bien raison de le faire). Je ne m'attendais pas à découvrir un monde aussi intrigant dans un spin off, je me demande si l'auteur avait déjà imaginé tout ça lorsqu'il a créé son personnage pour la série principale. Graphiquement c'est du Florent Maudoux dans toute sa splendeur (et tout en couleurs) : un style reconnaissable entre tous, une signature à lui tout seul. Je regrette peut-être juste que trop de personnages féminins aient un air de famille avec son héroïne Xiong Mao. Que dire de plus ? Rien si ce n'est "A quand la suite ??" !

09/06/2013 (modifier)
Par Chéreau
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Lucien
Lucien

Il restait donc une série culte de ma jeunesse que j'avais oublié de noter ! Combien d'heures de poilade ai-je pu passer sur les planches de Margerin en général et sur les histoires de Lucien en particulier ? Lucien le looser sympathique, fan de Harley et de rockabilly mais tellement Français moyen. Lucien le roi des plans foireux et ses potes aussi fumistes que lui : Ricky le rockeur de bal musette, Gillou, le roi du tuning, Riton, le bellâtre frimeur le plus célèbre de Malakoff, Nanard le cousin hippie parti élever des chèvres dans le Larzac... Margerin est d'autant plus drôle, dans les trois premiers albums, qu'il s'en tient au format de la nouvelle, croquée en quelques pages, sans souci d'organiser une véritable série et de faire progresser ses personnages. Chaque histoire est une saynète, à la façon de pastilles télévisuelles telles que Kaamelott ou Bref, qui se commence en général par l'idée fumante d'un des membres de la bande (un cachet pour un concert au fin fond de la Bretagne, une petite annonce pour une "belle américaine" vendue une bouchée de pain dans le journal, un grand appart à louer...) et se termine immanquablement en foirade magistrale. L'esprit d'Iznogoud n'est pas loin, si l'ambiance est ici plus Gauloises-Kronenbourg. Margerin farcit chacune de ses cases de gags visuels et verbaux éparpillés sur plusieurs plans, qui font tout le sel de ses albums et que j'échange encore, régulièrement, avec d'autres afficionados, comme on se récite la scène de la cuisine des Tontons flingueurs. Dans un rassemblement de motards, un vendeur ambulant de frites douteuses répond à un client mécontent "naze, mon huile ? De la Motul de première qualité !" Dans un train pour le Castellet (le Castellet dans les Pyrénées comme on le découvrira à la dernière case), un type raide comme un parapluie, vêtu comme un croque-mort et au menton orné d'une sévère barbe en collier lit un livre. Le titre est visible : "Bouquin chiant". C'est idiot, c'est potache, mais c'est tout Margerin et j'adore y retrouver mes fous rires d'ados, lorsqu'on lisait à deux ou trois une même planche en s'esclaffant à l'unisson. A partir de Lulu s'maque, la série s'assagit, prend de la longueur, s'empâte et s'embourgeoise comme le personnage principal. Mais elle garde son charme et ses savoureux détails d'arrière-plan. Margerin a souvent été critiqué comme un auteur de seconde zone, un gribouilleur de petits mickeys rigolos en ligne claire à la papa. Digne héritier de Goscinny ou Gotlib, il a au contraire créé une sorte de genre. Et ne compte plus ses fans. J'en suis.

09/06/2013 (modifier)
Par fabfab00
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série De Cape et de Crocs
De Cape et de Crocs

Une bande dessinée qui sort de l'ordinaire, voilà la première pensée qui me vient à l'esprit pour parler de "De Cape et de Crocs". Les dialogues sont superbes, inspirés du théâtre du 17è siècle sans pour autant être pénible à lire pour ceux qui n'en raffolent pas, et nos héros nous entraînent dans des aventures rocambolesques et bourrées d'humour! Le dessin pour sa part n'est pas en reste, j'aime beaucoup la colorisation, avec un choix de couleur dominante par page ou double-page qui donne un rendu magnifique. Si je dois faire un petit reproche à cette série c'est qu'un ou deux albums de la série sont un peu en-dessous des autres pour le scénario(plutôt vers la fin), mais attention, nous parlons ici d'une série qui place la barre très haut à chaque volume! Dessin: 4.75/5 Scénario: 5/5 (vol 1-7) 4/5 (vol 8-10) Global: 4.5/5 Je recommande bien-entendu!

09/06/2013 (modifier)
Couverture de la série Quetzalcoatl
Quetzalcoatl

En 1997, J.Y. Mitton quitte Vae Victis et se lance seul dans cette aventure avec toujours un souci du détail remarquablement mis en valeur par son dessin clair et précis, où le décor a autant d'importance que les personnages. A plus forte raison ici où il choisit un sujet riche et complexe avec cette fresque épique, située peu après l'arrivée des Espagnols dans l'empire Aztèque. Une fresque d'amour et de sang, de fureur et de sexe, à travers le destin tragique d'une jeune aztèque, Maïana, où l'on croise Montezuma et Cortez. C'est elle qui conte à des moines horrifiés son histoire, depuis sa capture dans son village jusqu'à la destruction de Mexico. Comme dans ses autres créations, Mitton donne le premier rôle à une femme, et comme toujours chez lui, il y a beaucoup d'érotisme, qui se traduit ici par des images parfois un peu hard. Trop selon certains ? pas tout à fait vrai, quand on connaît les moeurs aztèques ; j'ai beaucoup lu sur cette civilisation, et leur goût en matière de sexe n'est pas trop loin de ce que montre Mitton même s'il en a rajouté beaucoup certes. J'adore discuter avec Mitton, à chaque dédicace, il se lâche et vous livre des tas de secrets de fabrication, c'est un épicurien, et quand on le connaît bien, on comprend pourquoi il met du sexe dans ses BD. Bon en dehors de ça, on suit en filigrane le génocide de tout un peuple et l'anéantissement d'une brillante civilisation, c'est la honte de l'Espagne comme le génocide indien est aussi la honte de l'Amérique. Les sacrifices humains et cette "orgie" de sang ? croyez-moi, rien n'est exagéré, Mitton n'a rien inventé ici ; ce qui est étrange, c'est que les conquistadores s'en soient horrifiés, alors qu'avec les tortures de l'Inquisition, ils n'avaient rien à envier aux Aztèques. Mitton va donc plus loin que Torton dans ses conquérants du mexique, en montrant des scènes violentes qui s'appuient sur la réalité historique. On pense beaucoup au roman "Azteca" de Gary Jennings, dont Mitton m'a avoué s'être inspiré ; il a notamment apporté un grand soin dans le vocabulaire nahuatl, langage parlé par les peuples amérindiens, de même que les coutumes sont bien décrites. Cette belle fresque qui brille aussi par ses couleurs, explore une période peu abordée aussi crûment en BD pour ses excès sanglants, elle figure parmi les plus fortes des sagas Vécu de l'éditeur Glénat, et en apprendra beaucoup sur ce peuple. Je la recommande.

09/06/2013 (modifier)
Par Chéreau
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Silas Corey
Silas Corey

Fabien Nury est en train de s'imposer comme un des tous grands scénaristes de sa génération. J'avais apprécié sa série Je suis légion, virtuose mais un peu complexe et cérébrale. Son chef d'oeuvre à ce jour, Il était une fois en France, oeuvre adulte, puissante et sombre, est un de mes grands coups de cœur de ces dernières années en BD. Toujours passionné par les grands conflits militaires du XXe siècle, il signe ici un diptyque plus récréatif, sur les traces d'une sorte de James Bond de la Grande Guerre, amateur de costumes en alpaga et d'hôtels de prestige, envoyé par trois employeurs différents aux trousses du mystérieux espion Aquila. Signe de sa grande maîtrise scénaristique, Nury parvient, sans perdre son lecteur, à multiplier les ellipses pour ne laisser place qu'à l'action : attentat et bagarre au revolver aux galeries Lafayette, poursuite sur les toits ou dans les égouts, corps-à-corps au Lutétia... Les monuments Art nouveau du Paris de la Belle époque offrent un décor grandiose à cette histoire d'espionnage à tiroirs. La guerre, pourtant, n'est jamais loin. Et l'horreur de la tuerie en cours affleure à chaque page, derrière la frivolité où s'étourdit la capitale. Le front couvert de cadavres servira d'ailleurs de décor à la scène finale de l'histoire, comme pour ramener in extremis le lecteur sur le lieu où se déroule la seule véritable tragédie du récit. Solidement documenté, Fabien Nury, tout en déployant son roman rocambolesque avec une diabolique maestria, nous fait découvrir les complots et coups bas qui permirent réellement à un Clemenceau plus retors que ne le décrivent les livres d'histoire de prendre le pouvoir, en novembre 1917, en éliminant son adversaire de toujours, Joseph Caillaux. Pour autant, il ne faut pas chercher une trop grande profondeur chez les différents protagonistes de cette histoire qui est avant tout un grand feuilleton d'aventure. Même si Nury s'attache à ce qu'aucun personnage ne soit totalement binaire, nous ne sommes pas ici dans une oeuvre d'analyse psychologique. Le dessin nerveux et énergique de Pierre Alary sert parfaitement le scénario. Avec quelques morceaux de bravoure, comme la grande scène des galeries Lafayette. On pourrait reprocher tout au plus au dessinateur de partager le maniérisme un peu outrancier si fréquent dans la BD actuelle. Ces détails n'enlèvent rien à mon appréciation globale : Silas Corey est un excellent divertissement, qui se lit d'une traite et se referme avec plaisir. De la grande et bonne BD d'aventure comme on aimerait en lire plus souvent.

09/06/2013 (modifier)
Couverture de la série Bernard Prince
Bernard Prince

Ce héros crée en 1966 était d'un genre nouveau, décontracté et élégant, alors que la plupart des héros d'aventure étaient jusqu'ici plutôt mal dégrossis, musclés et batailleurs. Greg insuffle une psychologie intéressante, et récidivera dans le même type de personnage l'année suivante avec Bruno Brazil. Prince et son allure de play-boy aux cheveux blanchis, donnait une nouvelle vision du héros, il sera l'un des plus fameux du journal Tintin, l'un de mes préférés en BD réaliste à l'époque. Ses premiers pas sont ceux d'un agent d'Interpol qui connaît 6 récits courts pour tester le personnage et permettre à Hermann, pour qui c'est la première grande série, un peu avant Jugurtha, de se faire la main. C'est durant cette période d'enquêtes policières classiques que Prince recueille le jeune Hindou Djinn, avant de mener ensuite une vie d'aventurier à bord de son yacht le Cormoran, dans des récits longs au dessin plus affûté. C'est au début de 1967 que Prince se lance dans l'aventure avec son premier grand récit "les Pirates du Lokanga" où il rencontre celui qui va devenir son compagnon d'aventure, l'Australien Barney Jordan, un ours mal léché, truculent rouquin barbu au nez cassé, et au coeur d'or, un bourlingueur expert en bagarres et à vider les bouteilles. Le trio va ainsi défier au gré du hasard des ruffians de haut vol, des révolutionnaires d'un petit pays d'Amérique du Sud ou de redoutables gangsters américains. La meillleure aventure reste pour moi "la Frontière de l'enfer" qui envoie Prince et Barney dans une prison de jungle asiatique sur un coup monté; les séquences de marais font penser à certains films américains de l'époque, et le dessin puissant de Hermann atteint des sommets dans les décors et le détail. Greg utilise tous les codes du genre avec un indéniable talent, en multipliant les images fortes et les scènes violentes, assez inhabituelles à l'époque dans un journal pour jeunes. Face à ces tensions dramatiques, il n'oublie pas la détente, et la bande cultive ainsi un humour souvent cynique avec un sens inné de la réplique dont Greg s'est fait une spécialité, et qu'on retrouve dans Bruno Brazil ou Comanche, mais ici encore plus affirmé. En 1977, après "le Port des fous", Hermann abandonne la série en plein succès, mais elle connaît encore de beaux moments avec Dany puis Aidans, même si les meilleurs moments sont les albums de Hermann. Je la considère comme une des meilleures séries du journal mais la cassure après le départ d'Hermann lui coûte la 5ème étoile que je voulais lui décerner... Avec cette série mythique, c'est non seulement l'association Greg-Hermann au sommet de son art, mais elle a aussi avec quelques autres séries du journal Tintin, marqué un pas vers une BD adulte et intelligente. Du très bel ouvrage donc, qui a peut-être un peu vieilli sur le plan idéologique, mais qu'il faut replacer dans son contexte d'époque.

08/06/2013 (modifier)
Couverture de la série Robin Dubois
Robin Dubois

Cette joyeuse parodie du légendaire héros de Sherwood m'a toujours bien fait rire dans le journal Tintin étant gosse, et même après tant d'années, ça tient encore la route, même si maintenant je souris plus que je ne ris aux éclats. Robin passe son temps à ridiculiser le shérif de Nottingham, lord Fritz Alwill, mais en fait, ils sont copains, et de nombreux gags les montrent attablés dans une auberge devant une chopine de bière, dans une ambiance festive, tandis que Cunégonde, la redoutable virago de Fritz, l'attend au château avec un rouleau à pâtisserie. Comme on le voit, l'humour se déchaîne dans ce Moyen Age de fantaisie ; les gags qui usent fréquemment des anachronismes, annoncent le côté dévastateur de Léonard, autre bande vedette du duo de créateurs. Pourtant, les débuts de "Robin Dubois" dans Tintin en 1968, sont timides, les gags sont éculés et sans saveur, la série va mettre un peu de temps pour accrocher ses lecteurs, et peu à peu, les gags ont plus de recherche et de folie pour devenir au fil du temps une des valeurs sûres du journal, souvent en tête des référendums organisés auprès des lecteurs. Son aspect graphique va en même temps s'affiner ; d'ailleurs, il a été difficile au début de déterminer la part exacte de chacun des co-auteurs de la bande, car De Groot est également dessinateur. Il va dessiner les tout premiers épisodes, ses personnages sont plus épais, plus carrés, avant d'être relayé par Turk qui assumera la partie dessin avec un trait plus fin et plus rond. D'autre part, au début, Robin apparaissait plus souvent, puis peu à peu, le shérif --au départ faire-valoir de Robin-- prend de plus en plus d'importance, si bien que Robin devient à son tour le propre faire-valoir du shérif ; il y a même des gags où Robin n'apparait pas, un comble pour un héros. Les scénarios se renouvellent habilement en recourant à des changements de personnages secondaires : les chevaliers Teutoniques avec leurs casques délirants et leur accent à couper au couteau, le prisonnier du cachot, la sorcière K. Raboss, le Viking et son drakkar dans les douves, le collecteur d'impôts, le facteur récalcitrant...qui feront disparaître peu à peu les compagnons de Robin et Aldebert le lieutenant crétin du shérif (qui sera remplacé par Cunégonde, au potentiel plus porteur). C'est à ce moment où les gags se focalisent sur Fritz-Cunégonde ou Fritz-Robin, en une sorte de duel à trois, que la série devient moins attirante, mais elle reste cependant très drôle dans son ensemble, et on ne peut que louer l'imagination des auteurs qui doivent alimenter 2 grosses séries humoristiques. Par contre, les histoires longues sont médiocres, préférer les planches-gags, où la qualité des décors est à signaler, ce qui est rare dans une BD d'humour.

08/06/2013 (modifier)
Couverture de la série La Ribambelle
La Ribambelle

Ce fut une de mes premières lectures dans un recueil Spirou, et pourtant, je n'étais pas tendance Spirou, mais plutôt Tintin. Retrouver cette bande aujourd'hui après tant d'années, ça fout un peu le cafard parce qu'on se dit qu'on vieillit, mais ces lectures rappellent de doux souvenirs d'enfant... ah nostalgie, quand tu nous tiens! Voici l'exemple d'une très intéressante série pour jeune public qui fut éclipsée par le succès d'une bande vedette du même auteur, Boule et Bill, à laquelle elle était bien supérieure en qualité, inventivité, personnages, scénario... On y retrouve en tout cas le même humour espiègle et le dessin attrayant de Roba, assisté pour les décors par Jidéhem, l'auteur de Sophie, au graphisme voisin. Les scénarios excellents de Delporte, Tillieux ou Vicq contribuaient à la qualité de cette Bd où 6 intrépides gamins affrontaient des méchants tenaces parfois inquiétants ou franchement ridicules. On y trouve Phil, grand garçon blond qui fait figure de chef, Dizzi, un petit Noir futé, les jumeaux japonais Atchi et Atcha à l'érudition fleurie et champions d'arts martiaux, le petit Ecossais Archibald à l'accent à couper au couteau, riche fils de famille dont James, le "butler" très british et stylé, est d'une aide souvent précieuse ; enfin Grenadine à la chevelure rousse, est la seule fille du clan. Leur q-g est un vieux bus désaffecté au milieu d'un terrain truffé de pièges destinés à éloigner les intrus ; cette idée a été piquée à Tibet et Greg, créateurs de Le Club des Peur-de-rien (Junior) en 1958 dans le journal Tintin, sur une bande de gamins farceurs dont le q-g. était la cabane d'un terrain vague. Une bonne lecture de jeunesse qui peut plaire à un public enfantin d'aujourd'hui, sans vulgarité ni violence, au même titre que Le Scrameustache ou Sophie et plein d'autres Bd du journal Spirou des 60's.

08/06/2013 (modifier)
Couverture de la série Moi René Tardi prisonnier de guerre au stalag IIb
Moi René Tardi prisonnier de guerre au stalag IIb

Il y a des séries dont la lecture vous laisse un sentiment particulier, vous change, titille votre esprit au point que vous y repensez souvent. Ca été le cas pour moi avec cette série, véritable coup de coeur. Pourtant, un peu déçu par Adèle Blanc-Sec du même auteur, qui constituait alors ma seule expérience avec Tardi, je n'attendais pas grand chose de cet album, juste de la curiosité, attisée par les avis favorables du site. Tout d'abord, la couverture est remarquable, d'un rouge pétant, elle saute au yeux, c'est la couleur du sang, tant versé à cette époque qu'elle en a dégoûté la famille Tardi, père et fils, les deux personnages principaux de ce récit biographique. Le rouge est présent par petites touches dans cet ouvrage en noir et blanc, ce qui permet de souligner un détail particulier comme un drapeau nazi dans les rues de Berlin par exemple. J'ai beaucoup aimé la façon dont la narration était menée. L'idée pour l'auteur de se mettre en abyme en tant qu'enfant, aux côtés de son père, tout au long de l'histoire, est fantastique. On sent bien que Jacques Tardi redécouvre son père dans cet ouvrage, et qu'il a eu une relation très particulière avec ce dernier, René, dont le caractère a été changé par des années de détention, puis par l'absence de reconnaissance, voire un certain dédain envers lui après la guerre. La richesse de ce témoignage authentique est inestimable. On apprend que les faits, authentiques, retranscrits dans les années 80 par René Tardi sur des cahiers d'écolier, ont été à peine modifiés. On sent que ce travail, mené en famille, a mûri longtemps, comme un bon vin se bonifie. J'ai donc dévoré cette série, avide que j'étais de savoir ce qui s'était passé dans ces Stalag, au sujet desquels on parle peu, car en effet, de cette guerre, on parle beaucoup des résistants et des camps d'extermination, mais pas de ces camps là, dont les conditions de vie était très rudes elles aussi... J'ai apprécié le fait que l'humour n'était pas totalement absent de cet ouvrage pourtant pas spécialement gai. J'ai beaucoup aimé l'anecdote de "Hello boy (prononcer bois !)", très drôle, preuve supplémentaire s'il en est besoin, que l'humour est un don permettant parfois de s'évader du quotidien le plus morne. Amateur d'histoire, cette lecture m'a donné envie d'en savoir plus sur mon propre grand-père. J'ignorais qu'il avait fait toute la guerre dans l'armée française puis l'armée alliée, et son périple a été hallucinant. Je découvre les témoignages concret de cette époque, son livret militaire, sa croix de la guerre du désert, son sarouel, vestige de la progresion des alliés vers le nord est africain. Cette lecture m'a passionné, changé quelque part, et m'a fait découvrir une facette de ma propre famille que je ne soupçonnais pas. Inoubliable pour moi... (213)

08/06/2013 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série L'Atelier Mastodonte
L'Atelier Mastodonte

Moi, quand on me dit d'imaginer des auteurs que j'aime tels que Lewis Trondheim, Cyril Pedrosa, Yoann, Alfred, Julien Neel, Guillaume Bianco et Tebo, ainsi que plein d'auteurs célèbres de leurs amis qu'ils invitent aussi à participer, tous réunis dans un collectif pour déconner ensemble et se répondre les uns les autres par le biais de gags en une demi-planche, j'ai presque l'impression d'une résurection du fameux Trombone Illustré !... et je suis aux anges ! Surtout qu'à part en avoir aperçu 2 ou 3 strips dans le journal Spirou, je ne connaissais rien de cette initiative et je l'ai découverte d'un coup par le biais du très joli petit album au format à l'italienne édité par Dupuis et enserré dans un fourreau dont la couverture est dessinée ni plus ni moins que par Bilal lui-même. Et voir Bilal dessiner des personnages à la manière de Trondheim, ça vaut son pesant de cacahuètes ! Qu'est-ce donc que l'Atelier Mastodonte ? C'est un atelier, à priori fictif mais c'est bien dommage, qui regroupe dans un même appartement les auteurs de ce collectif pour travailler ensemble et se motiver les uns les autres, même si l'ambiance semble plus dissipée qu'autre chose. La petite troupe va donc vivre tout le temps ensemble, sous la houlette rigide du contremaître Trondheim, et chaque auteur va produire alternativement des gags en demi-planches dans leurs propres styles graphiques et humoristiques racontant leurs relations ensemble, leurs déconnades, leurs comportements de groupe puis aussi leur séjour à Angoulême. Les gags se répondent les uns aux autres et forment peu à peu une histoire, donnant vie à cet atelier. S'agissant d'auteurs que j'aime tout particulièrement, j'ai adoré suivre leur vie commune imaginaire et retrouver le mélange de leurs différents styles et humours. Cela donne vraiment l'envie d'y participer. Certains gags m'ont régulièrement fait exploser de rire. Il n'y a que l'humour de l'un des auteurs en particulier que je n'aime pas trop, mais je ne dirais pas qui c'est, il se reconnaîtra. :) Graphiquement, c'est aussi un bonheur, avec des auteurs dont j'aime déjà le trait mais aussi certains des invités qui les rejoignent le temps de quelques gags qui offrent de bien jolies planches. Je pense notamment à Nob, l'auteur de Mamette, qui a pris la peine de dessiner et coloriser très soigneusement ses quelques gags. L'humour est assez référencé puisqu'il faut un peu connaître le monde de la BD pour vraiment comprendre tous les clins d'oeil et références. Le niveau n'est pas toujours constant, il s'étiolle parfois un peu et j'ai notamment un peu moins apprécié le passage à Angoulême. Mais j'ai beaucoup ri dans l'ensemble. C'est le genre d'oeuvre collective à laquelle nombre d'auteurs ont dû avoir envie de participer et c'est une vie collective imaginaire à laquelle nombre de lecteurs auraient probablement aimé s'intégrer. Vraiment sympa !

08/06/2013 (modifier)