Profesor Furia a vu le jour dans le magazine (format comics) Lucha Libre, édité par Les humanoïdes associés entre 2006 et 2009 puis réédité en album ainsi que tous les protagonistes du magazine (Les Tikitis, Les Luchadores 5, Tequila, Les Luchadoritos,...).
L'humour de l'album ne sera forcément pas du goût de tout le monde car sans concession. Le Profesor ne fait pas dans la dentelle et c'est ça qui m'a fait rire.Sa phrase préférée "Ta gueule" est utilisée avec justesse et aux bons moments. Un pourri que l'on adore détester. Les dialogues sont savoureux, mêlés de philosophie manipulatrice et de grossièretés assez originales.
Le dessin est assez sympa sans être transcendantal (un mélange de Tardi et de Crumb).
J'ai vraiment accroché sur l'humour et le personnage du Profesor Furia ainsi que les réactions, les comportements et la naïveté de ses élèves.
Achat conseillé pour les amateurs d'humour vache.
Cette série de Chéret pour le journal Tintin en 1973, bénéficiait de la formule des maxi-chapitres mise en place lorsque Greg fut redac-chef du journal ; elle consistait en des chapitres plus longs de 8 ou 10 pages qui avaient leur fin propre, tout en ayant une continuité, à la différence du récit complet de 4 pages, formule trop restrictive ; et surtout, ça permettait une édition en album, ces maxi-chapitres mis bout à bout formaient un 44 planches classiques chez Lombard ou Dargaud.
Le scénario du premier épisode de Domino est de Greg, les autres de Van Hamme. C'est une série de cape et d'épée se déroulant à l'époque de la Régence, période courte et peu abordée en BD, mais où l'aspect comique côtoie le ton romanesque qu'on peut rencontrer dans Le Bossu.
C'est le temps des bretteurs de fer, des brigands de grand chemin et des cours des miracles ; le héros en est Dominique d'Exclut-Lynapte, dit Domino, garçon encore inexpérimenté mais intelligent, un doux rêveur que son parrain chanoine entreprend d'éduquer en nourrissant l'espoir d'en faire un homme d'épée plein d'audace et loyal, ce qu'il aurait voulu être si Dieu ne l'avait appelé. Mais ce filleul insouciant se complaît dans la maladresse et préfère la séduction des jeunes femmes qui lui tournent autour. Il se trouve bientôt opposé à Justicias et Démoniax, des gredins impétueux qui se jouent de lui, mais qu'il vaincra plus tard grâce à sa chance.
Ce scénario un peu léger permet cependant à Chéret d'assouplir son trait, moins vigoureux que dans Rahan, et de changer d'univers. Une bande sympathique et très plaisante, assez peu connue, et que je lisais toujours émerveillé dans Tintin, emporté par ma passion des duels à l'épée...
Allez, pour mon 50ème avis sur le site, je m'offre Astérix ! Que dire sur le petit Gaulois qui n'a pas encore été dit ? je ne voudrais pas trop répéter ce que les autres posteurs ont dit. C'est incontestablement pour moi une BD de référence, celle avec laquelle j'ai grandi, celle qui m'a appris à aimer la Gaule et les Gaulois, à connaître les noms de villes romaines (Condate, Lutèce, Burdigala, Durocortorum...eh oui, ils étaient tous authentiques).
Plus de 50 ans après sa création, c'est le plus gros succès éditorial de la BD francophone (et même française qui s'affranchit de toute belgitude), qui a vendu environ 325 millions d'albums (un Astérix tire aujourd'hui à 3 millions rien que pour la France, plus de 7 millions en Europe. Et pourtant, en 1961, Dargaud ne tire le premier album qu'à 6000 exemplaires, Goscinny et Uderzo étaient bien fébriles, car ce premier épisode est encore gauche, le dessin approximatif, les personnages mal définis, les éléments ne sont pas en place, puis peu à peu le succès s'installe, le second album, "la Serpe d'or", bien qu'encore mal dessiné, est tiré à 20 000 exemplaires.
Astérix est donc devenu un héros majeur, voire même un véritable emblème national, les raisons de ce succès sont multiples:
- la bande est une savante réécriture de l'Histoire qui mise sur le chauvinisme, des gags judicieux, des mises en boîte follement drôles, des clins d'oeil suggestifs, des anachronismes volontaires, des pastiches référencés et des parodies subtiles où l'humour de Goscinny fait mouche (le combat des Belges contre César, avec Astérix en pointe sur le dialogue d'un poème de Victor Hugo, ''L'expiation'', est un détournement bien trouvé, ou encore la partie de cartes à Massilia, beau clin d'oeil à Pagnol).
- la bande se joue de l'Histoire, car les Romains sont grotesques, ridicules, de vraies têtes à baffes dont Obélix raffole.
- les trognes à gros nez, surtout celles des Romains, très savoureuses (Ballondebaudrus ou Romeomontaigus...), sans oublier les noms rigolos.
- la fibre patriotique retentit, surtout avec "le Bouclier Arverne", avec l'évocation de Vercingétorix; Astérix, c'est la revanche des Gaulois contre l'envahisseur romain. Et ça fait ressurgir tous les côtés franchouillards avec dérision, symbolisant ainsi un esprit français, qui étrangement fonctionne bien à l'étranger (nombreuses traductions), surtout en Allemagne où la bande connaît son plus gros tirage après la France; c'est assez étonnant quand on songe aux difficultés de traduction dans certaines langues de cet esprit gaulois, donc de cet esprit français, voire même cocardier.
- le duo complémentaire parfait entre le héros champion du bien et le livreur de menhirs amateur de sangliers; Obélix au départ était le faire-valoir, mais il est vite devenu héros associé.
- la lecture à plusieurs niveaux: en effet, les allusions gosciniennes et certaines subtilités sont souvent adressées aux adultes, les enfants appréciant la drôlerie des personnages et l'aspect visuel. La bande fait rire toutes les générations, toutes les classes sociales. Les enfants peuvent aussi apprendre l'Histoire antique d'une façon amusante avec les formules latines, les noms de villes, les dieux...tout est bien exact.
- comme dans Tintin ou Lucky Luke, l'une des richesses de cette bande est sa galerie de personnages secondaires tous très typés; d'abord ceux du village gaulois avec des gags récurrents (les poissons d'Ordralfabétix, la voix d'Assurancetourix, les porteurs de pavois d'Abraracourcix, les bagarres , les séances de potion du druide...). Du côté des Romains, César fait des apparitions fréquentes le temps d'être gentiment ridiculisé. Mais le plus intéressant, ce sont les "guest-stars" de chaque album, tels Numérobis, Prolix, Gueuselambix, Jolitorax, Grossebaf, Alambix, Caïus Detritus....et quelques épisodiques comme Falbala ou Epidemaïs et le facteur Pneumatix.
- Comme dans d'autres grosses séries vedettes, chaque aventure est constituée par des éléments immuables et récurrents: l'ouverture sur le village, le départ des héros vers une lointaine contrée, l'épisode amusant des pirates, une bagarre à cause des poissons d'Ordralfabétix, le banquet final, etc.
- la parodie des stéréotypes liés aux particularismes régionaux et nationaux est exagérée mais comporte toujours une part de vérité: les Bretons buveurs d'eau chaude, les Arvernes parlant bougnat, les Massiliens joueurs de pétanque, les Ibères dansant le flamenco, les Grecs au profil légendaire, les Corses susceptibles, les Helvètes fabricants de coucous, les Normands et leur cuisine à la crème, les Belges et leurs carabistouilles.... Et bien-sûr les Gaulois qui sont montrés comme des bons vivants qui mangent bien, qui se disputent mais toujours prêts à rigoler. Tout ça est le fruit de la richesse humoristique de Goscinny.
- le dessin d'Uderzo est en osmose avec son partenaire et ami, très expressif, riche de verve et bien affûté, qui se surpasse dans les décors fouillés de certains monuments (le théâtre de Condate dans Le Chaudron, le palais de César dans Les Lauriers, les édifices grecs dans Les Jeux...) et verse dans la drôlerie suggestive (le nez du Sphinx dans Cléopatre, ou la Statue de la Liberté dans La Grande Traversée). Uderzo fait aussi comme Morris de belles caricatures de célébrités (Lino Ventura en centurion, Chirac en spéculateur acharné, Sean Connery en espion Zérozérosix, Annie Cordy en femme de chef belge, Kirk Douglas en esclave Spartakis...).
Tous ces éléments font qu'après 1965, la bande devient carrément une des lectures préférées des adultes, et non plus du seul public enfantin. On a beau connaître tous les albums par coeur, on les relit toujours avec plaisir, Astérix c'est intemporel, le temps n'a pas de prise sur cette BD, chacun a ses préférés; moi, personnellement, j'aime le Bouclier Arverne, Les Bretons (excellent dans sa description et le dialogue qui se joue de la langue anglaise, c'est bourré d'astuces verbales et de jeux de mots qui sont un rendu extraordinairement drôle de ce peuple), le Tour de Gaule (qui permet de nommer les différentes spécialités de notre beau pays; un album qui marque une étape, le dessin s'affine, les ingrédients sont en place, et c'est l'apparition d'Idéfix), les Belges (tout y est dans les clichés, clins d'oeil, allusions, du plat pays de Jacques Brel jusqu'à l'invention des frites), A. en Corse (où les auteurs ont capté toute l'âme de l'ile de Beauté), et Obélix et Cie (une réussite pour sa caricature de la spéculation économique).
Voila, l'essentiel est dit, je n'épiloguerai pas sur les derniers albums, je serais moins sévère, car Chez Rahazade n'est pas si mal, et en plus, ça fait un pays que nos héros n'avaient pas visité; il reste la Chine qui serait une bonne idée plutôt que faire intervenir des extraterrestres. Par contre, je n'aime guère les films, y compris celui de Chabat, je préfère encore les dessins animés, malgré leurs défauts.
Longue vie aux Gaulois par Toutatis !
Baaaaffff !!!! Oulalalalalala... 3 semaines que je suis tombé sur cette BD et que je l'ai lue dans la foulée... et c'est maintenant que j'arrive à régurgiter ce que j'ai pris en pleine poire ! Le duo d'Antoine (Carrion au dessin et Ozanam à la plume) que j'avais déjà trouvé convainquant dans L'Ombre blanche parue il y a peu chez Soleil explose ici pleinement pour nous offrir un one-shot plus que bluffant, tant sur le récit que graphiquement.
Petite perle perdue au milieu de la désertique steppe mongole, ou BD noyée sous la tsunamiesque production mensuelle, cet album a failli échapper à ma curiosité et ne doit son "salut" qu'au bon goût d'un libraire que je ne visite pas plus que ça d'habitude. Comme quoi, changer de crèmerie, ça peut aussi avoir du bon :)
Interpellé par le nom d'Ozanam, j'ai mis un temps à retrouver pourquoi ce duo d'auteurs me disait quelque chose... et j'ai ouvert l'album... [BAMMM]
C'est là que le talent d'Antoine Carrion vous claque. J'suis pas spécialement le genre à tendre l'autre joue, mais là j'avoue, j'me la suis joué SM histoire d'en reprendre plein la gueule !
Rhaaa, rarement un album one-shot m'aura envouté à ce point ! C'est même la première fois que je mets un 5/5 à un album tout frais sorti.
Une fois réussi à s'extirper de l'hypnotique couverture, le coup de crayon, le découpage et la magnifique colorisation vous choppent au colbac pour vous transporter entre steppes, monts et vallées, transes, rêves et cruelle réalité avec en filigrane les traces laissées par l'autre Temudjin, plus connu sous le nom de Gengis Khan. Je n'en dirais pas plus sur l'histoire, je vous laisse tout comme moi le plaisir de la découvrir, comme une nouvelle contrée qu'il va vous falloir traverser...
C'est donc cette fantastique épopée, la naissance de cet autre Temudjin que nous allons suivre. Et Antoine Ozanam le fait avec talent. Cette aventure où le fantastique s'invite par le biais du chamanisme et des légendes, nous immerge dans cette autre planète des steppes mongoles et son mode de vie si éloigné du notre. Mais loin d'être perdu dans ce récit assez intemporel où Légende et Histoire se tirent la bourre, on se sent presque chez soi à courir derrière cette vitale soif de liberté.
Merci donc aux auteurs pour ce GRAND bol d'air pur, d'aventure, de transe et de voyage et cette magnifique invitation à la réflexion sur la prédestination. Je n'oublie pas non plus l'excellent travail de l'éditeur : grand format, qualité de papier et petit supplément sous forme de conte illustré qui clôt à merveille ce petit bijou.
A lire sans faute !
Je suis avant tout surpris quand au nombre d'avis négatifs, voire durs, sur cette oeuvre. Qu'elle soit primée ou non a Angoulême m'importe peu, ce qui m'importe c'est ce qu'elle me fait.
A l'inverse de pas mal de gens ici, j'ai été pour ma part subjugué par le dessin, d'une beauté rare. Chaque case est un tableau, j'aime à l'ouvrir pour en admirer les planches (j'ai eu la même sensation pour Ibicus, ou encore le bleu est une couleur chaude).
J'aimes les histoires de vie, mais il n'y a pas que çà, ça parle de relations humaines et çà en parle bien. J'entends des comparaisons avec Kundera, autant je peux m'emmerder sec avec Kundera, autant là j'ai été happé, et ma lecture m'est resté longtemps en tête, autant l'histoire, touchante, que le graphisme.
Je mets un 4,5 (arrondi au dessus), parce que c'est un coup de coeur, et parce que c'est une de mes plus belles lectures de ces dernières années. On a pas l'occasion de voir tous les jours des bds de cette qualité.
N.B : j'aurais aimé voir si les notes auraient été les mêmes si cette BD n'avait pas été primée à Angoulême et si ce prix n'avait pas déchaîné les passions.
Je ne savais pas trop à quoi m'attendre en achetant cet BD d'occaz', bien cotée sur le site, un peu au hasard.
J'ai eu un peu peur, après acquisition, en feuilletant les pages, car je ne suis pas fan de ce graphisme informatisé, très "dessin animé" moderne, que je qualifie personnellement de graphisme Totally spies.
Ma crainte s'est amplifiée lorsque j'ai découvert qu'il s'agissait d'une histoire de super héros, genre que je n'affectionne pas particulièrement...le summum étant la scène avec la super héros fan de Beethoven et son rayon plasma tiré par son violon, que j'ai trouvé un peu ridicule.
Néanmoins, la suite m'a bien plu. J'ai trouvé original l'idée de mettre un super vilain en tant que personnage principal, charismatique, au passé mystérieux.
Même si c'est du classique: il parait imbattable, et est devenu méchant après des brimades reçues pendant sa boutonneuse adolescence, en fait cette histoire ne manque pas d'un certain humour de second degré, mêlant volontairement des éléments kitsch et des clichés de série B.
Cet album ne manque pas de rythme, on ne s'ennuie pas un instant, le découpage est bien maîtrisé, notamment les scènes entre le passé et le présent.
Bref, je dois reconnaître que j'ai hâte de voir la suite.
Donc, un bon 3/5, susceptible d'être revu à la hausse selon le niveau des tomes suivants.
(215)
L'histoire d'un flic français, au Cambodge, de "la brigades des étrangers", qui lutte contre la pédophilie de ses compatriotes. Un peu sanguin, il ne suit pas forcément les règles imposées par sa hiérarchie et ça lui amène quelques soucis. Dit comme ça, ça peut faire penser aux histoires peu originales de vieux flics sur le retour, mais ce bonhomme là il est attachant, et ambigu aussi et on le suit volontiers.
Si le sujet est fort (mes prédécesseurs l'ont évoqué) et dur, pour moi ce n'est pas le seul atout de cette œuvre : le dessin mes aïeux ! Un beau noir et blanc, expressif, parfois fin et délicat, parfois plus gras, qui joue merveilleusement bien avec les ombres et me fait penser à Risso à ce niveau là. Vraiment beau, dès sa couverture. Une fois terminé, je suis revenu sur certaines planches.
Et la narration, le découpage, les dialogues, l'ambiance, bah c'est le genre qui fait que j'accroche, dès les premières pages. Ca se finit même limite un peu vite malgré ses 104 pages.
Un album franchement bien, un coup de coeur même, que je relirai pour sûr.
Ce récit en 28 planches fut publié dans Pilote à partir de novembre 1968, écrit et dessiné par Gébé (qui participait aussi aux fameuses pages d'actualité du journal, un rescapé de Hara-Kiri, le journal "bête et méchant"). C'est ainsi que je l'ai découvert en couleurs dans Pilote ; ça m'a un peu surpris vu que j'avais dans les 9 ou 10 ans, et que c'était un graphisme inhabituel, mais ça m'a marqué, et quand j'ai vu l'édition du Square bien plus tard en bibliothèque, j'étais bien étonné de voir une telle curiosité intéresser un éditeur, je l'ai relue et ça m'a rappelé plein de souvenirs agréables, parce que c'est indéfinissable, c'est vraiment une curiosité, qui aurait dû avoir une suite, mais son insuccès décida Gébé à abandonner et même à quitter la BD pour le dessin humoristique politique.
Quel dommage ! Cette histoire qui sentait bon la campagne profonde plongeait dans une ruralité nostalgique aux saines valeurs, au temps où l'on allait chercher son lait à la ferme avec un bidon, où les vieux cafés de village conservaient cet aspect vieillot plein de charme, où les chambres d'hôtel avaient des planchers qui craquent et des draps raides. J'ai un peu connu ça puisque je passais mes vacances à la campagne, j'en ai gardé un amour de la vie paysanne et des goûts simples ; à cette époque je dévorais mes Bd préférées dans les magazines et les petits formats.
L'action se passe dans un petit village rural où est né Clovis, vieillard têtu et volontaire qui se lance à la recherche d'un vieux camarade d'école communale, Casimir, qui devait lui rapporter une jolie plume de faisan, et qu'il n'a plus revu depuis 60 ans.
Cette histoire paraît banale comme ça, mais elle dégage une fraîcheur et un charme suranné, aidé par le graphisme de Gébé qui utilise la technique des pointillés et qui donne à ses personnages (surtout Clovis) des physionomies étonnantes qui renforcent l'aspect comique.
Cette création de 1997 m'a tout de suite emballé, car je suis très attiré par cette époque du Haut-Moyen Age encore mal connue, pleine d'obscurantisme, à un moment où la religion chrétienne commence à grandir dans cet empire Franc.
Malheureusement, cette série fut avortée pour cause d'insuccès et ne compte que 2 albums. Le thème choisi était pourtant riche et fut très peu exploité en BD. Le scénariste Cothias qui, à l'époque, était sur plusieurs autres séries de l'éditeur Glénat, a dû sûrement être débordé et n'a pas eu le temps de rectifier le tir...
Véritable épopée de sang, de barbarie et de passions, la série se déroule sous la royauté de Clothaire, fils de Clovis, et conte d'abord la rivalité des fils de Clothaire puis celle des 2 reines Brunehaut et Frédégonde. Cette succession d'affrontements, de complots, de scènes orgiaques et de débauches effrénées sont donc écrites par Patrick Cothias qui s'est bien documenté sur le sujet, et bien mises en images par Bernard Dufossé, qui change totalement de registre ici, après de nombreuses Bd enfantines et la bande de SF Tärhn, prince des étoiles ; son dessin se fait plus nerveux et plus fouillé, notamment dans les éléments de décor très fidèles au style mérovingien.
Une vraie réussite qui laisse beaucoup de regrets par son potentiel entrevu à la fin du second album, mais hélas inachevé. Je la recommande cependant.
Batchalo, malgré sa jolie couverture et le coup de coeur de mon libraire au moment de sa sortie, ne m'avait pas tentée. Il faut dire que j'ai un peu de mal à me lancer spontanément dans la BD historique. C'est à l'occasion d'un festival BD (Cibeins 2013 pour ne pas le citer) et d'une séance de dédicaces que je me suis décidée, il faut dire que le dessin d'Arnaud Bétend est tout simplement magnifique et une dédicace d'un artiste de ce talent sur un one shot, ça ne se refuse pas. A cette occasion j'ai notamment appris que toutes les planches ont été dessinées et colorisées entièrement "à la main", la seule touche informatique ayant été de mettre un filtre sépia sur des planches originales en noir et blanc.
Batchalo, c'est surtout une histoire édifiante dans un contexte bien mal connu : celui de la déportation et de l'extermination des roms dans les camps de concentration nazis pendant la seconde guerre mondiale.
Savant mélange de fiction et d'histoire avec un grand H, Batchalo nous emmène sur la route, en compagnie de gens du voyage (comme on les appelle maintenant) et d'un "gadjo", à la recherche d'enfants disparus, enlevés par les soldats allemands pour servir la recherche médicale du tristement célèbre Dr Mengele.
La beauté du dessin contraste avec les horreurs vécues par les personnages de l'histoire. Il n'est sans doute pas facile de mettre en image cette triste page de l'histoire européenne. Mais Batchalo ce n'est pas que ça, c'est aussi une formidable plongée dans les traditions roms, la force des liens qui unissent les membres d'une même famille mais aussi ceux du même clan et même des clans entre eux.
Une bien belle BD à découvrir sans hésiter, pour le plaisir des yeux mais aussi pour tout ce qu'elle peut nous apprendre sur cet épisode assez méconnu. Un livret en fin d'ouvrage nous en dit d'ailleurs un peu plus sur tous les points historiques du récit.
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Profesor Furia
Profesor Furia a vu le jour dans le magazine (format comics) Lucha Libre, édité par Les humanoïdes associés entre 2006 et 2009 puis réédité en album ainsi que tous les protagonistes du magazine (Les Tikitis, Les Luchadores 5, Tequila, Les Luchadoritos,...). L'humour de l'album ne sera forcément pas du goût de tout le monde car sans concession. Le Profesor ne fait pas dans la dentelle et c'est ça qui m'a fait rire.Sa phrase préférée "Ta gueule" est utilisée avec justesse et aux bons moments. Un pourri que l'on adore détester. Les dialogues sont savoureux, mêlés de philosophie manipulatrice et de grossièretés assez originales. Le dessin est assez sympa sans être transcendantal (un mélange de Tardi et de Crumb). J'ai vraiment accroché sur l'humour et le personnage du Profesor Furia ainsi que les réactions, les comportements et la naïveté de ses élèves. Achat conseillé pour les amateurs d'humour vache.
Domino
Cette série de Chéret pour le journal Tintin en 1973, bénéficiait de la formule des maxi-chapitres mise en place lorsque Greg fut redac-chef du journal ; elle consistait en des chapitres plus longs de 8 ou 10 pages qui avaient leur fin propre, tout en ayant une continuité, à la différence du récit complet de 4 pages, formule trop restrictive ; et surtout, ça permettait une édition en album, ces maxi-chapitres mis bout à bout formaient un 44 planches classiques chez Lombard ou Dargaud. Le scénario du premier épisode de Domino est de Greg, les autres de Van Hamme. C'est une série de cape et d'épée se déroulant à l'époque de la Régence, période courte et peu abordée en BD, mais où l'aspect comique côtoie le ton romanesque qu'on peut rencontrer dans Le Bossu. C'est le temps des bretteurs de fer, des brigands de grand chemin et des cours des miracles ; le héros en est Dominique d'Exclut-Lynapte, dit Domino, garçon encore inexpérimenté mais intelligent, un doux rêveur que son parrain chanoine entreprend d'éduquer en nourrissant l'espoir d'en faire un homme d'épée plein d'audace et loyal, ce qu'il aurait voulu être si Dieu ne l'avait appelé. Mais ce filleul insouciant se complaît dans la maladresse et préfère la séduction des jeunes femmes qui lui tournent autour. Il se trouve bientôt opposé à Justicias et Démoniax, des gredins impétueux qui se jouent de lui, mais qu'il vaincra plus tard grâce à sa chance. Ce scénario un peu léger permet cependant à Chéret d'assouplir son trait, moins vigoureux que dans Rahan, et de changer d'univers. Une bande sympathique et très plaisante, assez peu connue, et que je lisais toujours émerveillé dans Tintin, emporté par ma passion des duels à l'épée...
Astérix
Allez, pour mon 50ème avis sur le site, je m'offre Astérix ! Que dire sur le petit Gaulois qui n'a pas encore été dit ? je ne voudrais pas trop répéter ce que les autres posteurs ont dit. C'est incontestablement pour moi une BD de référence, celle avec laquelle j'ai grandi, celle qui m'a appris à aimer la Gaule et les Gaulois, à connaître les noms de villes romaines (Condate, Lutèce, Burdigala, Durocortorum...eh oui, ils étaient tous authentiques). Plus de 50 ans après sa création, c'est le plus gros succès éditorial de la BD francophone (et même française qui s'affranchit de toute belgitude), qui a vendu environ 325 millions d'albums (un Astérix tire aujourd'hui à 3 millions rien que pour la France, plus de 7 millions en Europe. Et pourtant, en 1961, Dargaud ne tire le premier album qu'à 6000 exemplaires, Goscinny et Uderzo étaient bien fébriles, car ce premier épisode est encore gauche, le dessin approximatif, les personnages mal définis, les éléments ne sont pas en place, puis peu à peu le succès s'installe, le second album, "la Serpe d'or", bien qu'encore mal dessiné, est tiré à 20 000 exemplaires. Astérix est donc devenu un héros majeur, voire même un véritable emblème national, les raisons de ce succès sont multiples: - la bande est une savante réécriture de l'Histoire qui mise sur le chauvinisme, des gags judicieux, des mises en boîte follement drôles, des clins d'oeil suggestifs, des anachronismes volontaires, des pastiches référencés et des parodies subtiles où l'humour de Goscinny fait mouche (le combat des Belges contre César, avec Astérix en pointe sur le dialogue d'un poème de Victor Hugo, ''L'expiation'', est un détournement bien trouvé, ou encore la partie de cartes à Massilia, beau clin d'oeil à Pagnol). - la bande se joue de l'Histoire, car les Romains sont grotesques, ridicules, de vraies têtes à baffes dont Obélix raffole. - les trognes à gros nez, surtout celles des Romains, très savoureuses (Ballondebaudrus ou Romeomontaigus...), sans oublier les noms rigolos. - la fibre patriotique retentit, surtout avec "le Bouclier Arverne", avec l'évocation de Vercingétorix; Astérix, c'est la revanche des Gaulois contre l'envahisseur romain. Et ça fait ressurgir tous les côtés franchouillards avec dérision, symbolisant ainsi un esprit français, qui étrangement fonctionne bien à l'étranger (nombreuses traductions), surtout en Allemagne où la bande connaît son plus gros tirage après la France; c'est assez étonnant quand on songe aux difficultés de traduction dans certaines langues de cet esprit gaulois, donc de cet esprit français, voire même cocardier. - le duo complémentaire parfait entre le héros champion du bien et le livreur de menhirs amateur de sangliers; Obélix au départ était le faire-valoir, mais il est vite devenu héros associé. - la lecture à plusieurs niveaux: en effet, les allusions gosciniennes et certaines subtilités sont souvent adressées aux adultes, les enfants appréciant la drôlerie des personnages et l'aspect visuel. La bande fait rire toutes les générations, toutes les classes sociales. Les enfants peuvent aussi apprendre l'Histoire antique d'une façon amusante avec les formules latines, les noms de villes, les dieux...tout est bien exact. - comme dans Tintin ou Lucky Luke, l'une des richesses de cette bande est sa galerie de personnages secondaires tous très typés; d'abord ceux du village gaulois avec des gags récurrents (les poissons d'Ordralfabétix, la voix d'Assurancetourix, les porteurs de pavois d'Abraracourcix, les bagarres , les séances de potion du druide...). Du côté des Romains, César fait des apparitions fréquentes le temps d'être gentiment ridiculisé. Mais le plus intéressant, ce sont les "guest-stars" de chaque album, tels Numérobis, Prolix, Gueuselambix, Jolitorax, Grossebaf, Alambix, Caïus Detritus....et quelques épisodiques comme Falbala ou Epidemaïs et le facteur Pneumatix. - Comme dans d'autres grosses séries vedettes, chaque aventure est constituée par des éléments immuables et récurrents: l'ouverture sur le village, le départ des héros vers une lointaine contrée, l'épisode amusant des pirates, une bagarre à cause des poissons d'Ordralfabétix, le banquet final, etc. - la parodie des stéréotypes liés aux particularismes régionaux et nationaux est exagérée mais comporte toujours une part de vérité: les Bretons buveurs d'eau chaude, les Arvernes parlant bougnat, les Massiliens joueurs de pétanque, les Ibères dansant le flamenco, les Grecs au profil légendaire, les Corses susceptibles, les Helvètes fabricants de coucous, les Normands et leur cuisine à la crème, les Belges et leurs carabistouilles.... Et bien-sûr les Gaulois qui sont montrés comme des bons vivants qui mangent bien, qui se disputent mais toujours prêts à rigoler. Tout ça est le fruit de la richesse humoristique de Goscinny. - le dessin d'Uderzo est en osmose avec son partenaire et ami, très expressif, riche de verve et bien affûté, qui se surpasse dans les décors fouillés de certains monuments (le théâtre de Condate dans Le Chaudron, le palais de César dans Les Lauriers, les édifices grecs dans Les Jeux...) et verse dans la drôlerie suggestive (le nez du Sphinx dans Cléopatre, ou la Statue de la Liberté dans La Grande Traversée). Uderzo fait aussi comme Morris de belles caricatures de célébrités (Lino Ventura en centurion, Chirac en spéculateur acharné, Sean Connery en espion Zérozérosix, Annie Cordy en femme de chef belge, Kirk Douglas en esclave Spartakis...). Tous ces éléments font qu'après 1965, la bande devient carrément une des lectures préférées des adultes, et non plus du seul public enfantin. On a beau connaître tous les albums par coeur, on les relit toujours avec plaisir, Astérix c'est intemporel, le temps n'a pas de prise sur cette BD, chacun a ses préférés; moi, personnellement, j'aime le Bouclier Arverne, Les Bretons (excellent dans sa description et le dialogue qui se joue de la langue anglaise, c'est bourré d'astuces verbales et de jeux de mots qui sont un rendu extraordinairement drôle de ce peuple), le Tour de Gaule (qui permet de nommer les différentes spécialités de notre beau pays; un album qui marque une étape, le dessin s'affine, les ingrédients sont en place, et c'est l'apparition d'Idéfix), les Belges (tout y est dans les clichés, clins d'oeil, allusions, du plat pays de Jacques Brel jusqu'à l'invention des frites), A. en Corse (où les auteurs ont capté toute l'âme de l'ile de Beauté), et Obélix et Cie (une réussite pour sa caricature de la spéculation économique). Voila, l'essentiel est dit, je n'épiloguerai pas sur les derniers albums, je serais moins sévère, car Chez Rahazade n'est pas si mal, et en plus, ça fait un pays que nos héros n'avaient pas visité; il reste la Chine qui serait une bonne idée plutôt que faire intervenir des extraterrestres. Par contre, je n'aime guère les films, y compris celui de Chabat, je préfère encore les dessins animés, malgré leurs défauts. Longue vie aux Gaulois par Toutatis !
Temudjin
Baaaaffff !!!! Oulalalalalala... 3 semaines que je suis tombé sur cette BD et que je l'ai lue dans la foulée... et c'est maintenant que j'arrive à régurgiter ce que j'ai pris en pleine poire ! Le duo d'Antoine (Carrion au dessin et Ozanam à la plume) que j'avais déjà trouvé convainquant dans L'Ombre blanche parue il y a peu chez Soleil explose ici pleinement pour nous offrir un one-shot plus que bluffant, tant sur le récit que graphiquement. Petite perle perdue au milieu de la désertique steppe mongole, ou BD noyée sous la tsunamiesque production mensuelle, cet album a failli échapper à ma curiosité et ne doit son "salut" qu'au bon goût d'un libraire que je ne visite pas plus que ça d'habitude. Comme quoi, changer de crèmerie, ça peut aussi avoir du bon :) Interpellé par le nom d'Ozanam, j'ai mis un temps à retrouver pourquoi ce duo d'auteurs me disait quelque chose... et j'ai ouvert l'album... [BAMMM] C'est là que le talent d'Antoine Carrion vous claque. J'suis pas spécialement le genre à tendre l'autre joue, mais là j'avoue, j'me la suis joué SM histoire d'en reprendre plein la gueule ! Rhaaa, rarement un album one-shot m'aura envouté à ce point ! C'est même la première fois que je mets un 5/5 à un album tout frais sorti. Une fois réussi à s'extirper de l'hypnotique couverture, le coup de crayon, le découpage et la magnifique colorisation vous choppent au colbac pour vous transporter entre steppes, monts et vallées, transes, rêves et cruelle réalité avec en filigrane les traces laissées par l'autre Temudjin, plus connu sous le nom de Gengis Khan. Je n'en dirais pas plus sur l'histoire, je vous laisse tout comme moi le plaisir de la découvrir, comme une nouvelle contrée qu'il va vous falloir traverser... C'est donc cette fantastique épopée, la naissance de cet autre Temudjin que nous allons suivre. Et Antoine Ozanam le fait avec talent. Cette aventure où le fantastique s'invite par le biais du chamanisme et des légendes, nous immerge dans cette autre planète des steppes mongoles et son mode de vie si éloigné du notre. Mais loin d'être perdu dans ce récit assez intemporel où Légende et Histoire se tirent la bourre, on se sent presque chez soi à courir derrière cette vitale soif de liberté. Merci donc aux auteurs pour ce GRAND bol d'air pur, d'aventure, de transe et de voyage et cette magnifique invitation à la réflexion sur la prédestination. Je n'oublie pas non plus l'excellent travail de l'éditeur : grand format, qualité de papier et petit supplément sous forme de conte illustré qui clôt à merveille ce petit bijou. A lire sans faute !
Cinq mille kilomètres par seconde
Je suis avant tout surpris quand au nombre d'avis négatifs, voire durs, sur cette oeuvre. Qu'elle soit primée ou non a Angoulême m'importe peu, ce qui m'importe c'est ce qu'elle me fait. A l'inverse de pas mal de gens ici, j'ai été pour ma part subjugué par le dessin, d'une beauté rare. Chaque case est un tableau, j'aime à l'ouvrir pour en admirer les planches (j'ai eu la même sensation pour Ibicus, ou encore le bleu est une couleur chaude). J'aimes les histoires de vie, mais il n'y a pas que çà, ça parle de relations humaines et çà en parle bien. J'entends des comparaisons avec Kundera, autant je peux m'emmerder sec avec Kundera, autant là j'ai été happé, et ma lecture m'est resté longtemps en tête, autant l'histoire, touchante, que le graphisme. Je mets un 4,5 (arrondi au dessus), parce que c'est un coup de coeur, et parce que c'est une de mes plus belles lectures de ces dernières années. On a pas l'occasion de voir tous les jours des bds de cette qualité. N.B : j'aurais aimé voir si les notes auraient été les mêmes si cette BD n'avait pas été primée à Angoulême et si ce prix n'avait pas déchaîné les passions.
Bad Ass
Je ne savais pas trop à quoi m'attendre en achetant cet BD d'occaz', bien cotée sur le site, un peu au hasard. J'ai eu un peu peur, après acquisition, en feuilletant les pages, car je ne suis pas fan de ce graphisme informatisé, très "dessin animé" moderne, que je qualifie personnellement de graphisme Totally spies. Ma crainte s'est amplifiée lorsque j'ai découvert qu'il s'agissait d'une histoire de super héros, genre que je n'affectionne pas particulièrement...le summum étant la scène avec la super héros fan de Beethoven et son rayon plasma tiré par son violon, que j'ai trouvé un peu ridicule. Néanmoins, la suite m'a bien plu. J'ai trouvé original l'idée de mettre un super vilain en tant que personnage principal, charismatique, au passé mystérieux. Même si c'est du classique: il parait imbattable, et est devenu méchant après des brimades reçues pendant sa boutonneuse adolescence, en fait cette histoire ne manque pas d'un certain humour de second degré, mêlant volontairement des éléments kitsch et des clichés de série B. Cet album ne manque pas de rythme, on ne s'ennuie pas un instant, le découpage est bien maîtrisé, notamment les scènes entre le passé et le présent. Bref, je dois reconnaître que j'ai hâte de voir la suite. Donc, un bon 3/5, susceptible d'être revu à la hausse selon le niveau des tomes suivants. (215)
Fête des morts
L'histoire d'un flic français, au Cambodge, de "la brigades des étrangers", qui lutte contre la pédophilie de ses compatriotes. Un peu sanguin, il ne suit pas forcément les règles imposées par sa hiérarchie et ça lui amène quelques soucis. Dit comme ça, ça peut faire penser aux histoires peu originales de vieux flics sur le retour, mais ce bonhomme là il est attachant, et ambigu aussi et on le suit volontiers. Si le sujet est fort (mes prédécesseurs l'ont évoqué) et dur, pour moi ce n'est pas le seul atout de cette œuvre : le dessin mes aïeux ! Un beau noir et blanc, expressif, parfois fin et délicat, parfois plus gras, qui joue merveilleusement bien avec les ombres et me fait penser à Risso à ce niveau là. Vraiment beau, dès sa couverture. Une fois terminé, je suis revenu sur certaines planches. Et la narration, le découpage, les dialogues, l'ambiance, bah c'est le genre qui fait que j'accroche, dès les premières pages. Ca se finit même limite un peu vite malgré ses 104 pages. Un album franchement bien, un coup de coeur même, que je relirai pour sûr.
Une Plume pour Clovis
Ce récit en 28 planches fut publié dans Pilote à partir de novembre 1968, écrit et dessiné par Gébé (qui participait aussi aux fameuses pages d'actualité du journal, un rescapé de Hara-Kiri, le journal "bête et méchant"). C'est ainsi que je l'ai découvert en couleurs dans Pilote ; ça m'a un peu surpris vu que j'avais dans les 9 ou 10 ans, et que c'était un graphisme inhabituel, mais ça m'a marqué, et quand j'ai vu l'édition du Square bien plus tard en bibliothèque, j'étais bien étonné de voir une telle curiosité intéresser un éditeur, je l'ai relue et ça m'a rappelé plein de souvenirs agréables, parce que c'est indéfinissable, c'est vraiment une curiosité, qui aurait dû avoir une suite, mais son insuccès décida Gébé à abandonner et même à quitter la BD pour le dessin humoristique politique. Quel dommage ! Cette histoire qui sentait bon la campagne profonde plongeait dans une ruralité nostalgique aux saines valeurs, au temps où l'on allait chercher son lait à la ferme avec un bidon, où les vieux cafés de village conservaient cet aspect vieillot plein de charme, où les chambres d'hôtel avaient des planchers qui craquent et des draps raides. J'ai un peu connu ça puisque je passais mes vacances à la campagne, j'en ai gardé un amour de la vie paysanne et des goûts simples ; à cette époque je dévorais mes Bd préférées dans les magazines et les petits formats. L'action se passe dans un petit village rural où est né Clovis, vieillard têtu et volontaire qui se lance à la recherche d'un vieux camarade d'école communale, Casimir, qui devait lui rapporter une jolie plume de faisan, et qu'il n'a plus revu depuis 60 ans. Cette histoire paraît banale comme ça, mais elle dégage une fraîcheur et un charme suranné, aidé par le graphisme de Gébé qui utilise la technique des pointillés et qui donne à ses personnages (surtout Clovis) des physionomies étonnantes qui renforcent l'aspect comique.
Les Sanguinaires
Cette création de 1997 m'a tout de suite emballé, car je suis très attiré par cette époque du Haut-Moyen Age encore mal connue, pleine d'obscurantisme, à un moment où la religion chrétienne commence à grandir dans cet empire Franc. Malheureusement, cette série fut avortée pour cause d'insuccès et ne compte que 2 albums. Le thème choisi était pourtant riche et fut très peu exploité en BD. Le scénariste Cothias qui, à l'époque, était sur plusieurs autres séries de l'éditeur Glénat, a dû sûrement être débordé et n'a pas eu le temps de rectifier le tir... Véritable épopée de sang, de barbarie et de passions, la série se déroule sous la royauté de Clothaire, fils de Clovis, et conte d'abord la rivalité des fils de Clothaire puis celle des 2 reines Brunehaut et Frédégonde. Cette succession d'affrontements, de complots, de scènes orgiaques et de débauches effrénées sont donc écrites par Patrick Cothias qui s'est bien documenté sur le sujet, et bien mises en images par Bernard Dufossé, qui change totalement de registre ici, après de nombreuses Bd enfantines et la bande de SF Tärhn, prince des étoiles ; son dessin se fait plus nerveux et plus fouillé, notamment dans les éléments de décor très fidèles au style mérovingien. Une vraie réussite qui laisse beaucoup de regrets par son potentiel entrevu à la fin du second album, mais hélas inachevé. Je la recommande cependant.
Batchalo
Batchalo, malgré sa jolie couverture et le coup de coeur de mon libraire au moment de sa sortie, ne m'avait pas tentée. Il faut dire que j'ai un peu de mal à me lancer spontanément dans la BD historique. C'est à l'occasion d'un festival BD (Cibeins 2013 pour ne pas le citer) et d'une séance de dédicaces que je me suis décidée, il faut dire que le dessin d'Arnaud Bétend est tout simplement magnifique et une dédicace d'un artiste de ce talent sur un one shot, ça ne se refuse pas. A cette occasion j'ai notamment appris que toutes les planches ont été dessinées et colorisées entièrement "à la main", la seule touche informatique ayant été de mettre un filtre sépia sur des planches originales en noir et blanc. Batchalo, c'est surtout une histoire édifiante dans un contexte bien mal connu : celui de la déportation et de l'extermination des roms dans les camps de concentration nazis pendant la seconde guerre mondiale. Savant mélange de fiction et d'histoire avec un grand H, Batchalo nous emmène sur la route, en compagnie de gens du voyage (comme on les appelle maintenant) et d'un "gadjo", à la recherche d'enfants disparus, enlevés par les soldats allemands pour servir la recherche médicale du tristement célèbre Dr Mengele. La beauté du dessin contraste avec les horreurs vécues par les personnages de l'histoire. Il n'est sans doute pas facile de mettre en image cette triste page de l'histoire européenne. Mais Batchalo ce n'est pas que ça, c'est aussi une formidable plongée dans les traditions roms, la force des liens qui unissent les membres d'une même famille mais aussi ceux du même clan et même des clans entre eux. Une bien belle BD à découvrir sans hésiter, pour le plaisir des yeux mais aussi pour tout ce qu'elle peut nous apprendre sur cet épisode assez méconnu. Un livret en fin d'ouvrage nous en dit d'ailleurs un peu plus sur tous les points historiques du récit.