Les derniers avis (9623 avis)

Par Ned C.
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Déclic
Le Déclic

Dur de rester objectif avec les séries de Milo Manara ; je vais faire mon maximum. Car Manara, avec ses héroïnes à la beauté d’une autre planète et ses histoires d’une intense perversité ont chahuté ma testostérone durant mon adolescence. Ici, la suggestion est autant efficace que les plans salaces. La mise en scène et le scénario sont aussi très importants dans l’excitation suscitée (la scène du cinéma dans le premier tome est inoubliable) dépassant par-là la pauvreté scénaristique d’un vulgaire film porno. Les dessins sont superbes, avec une ligne aux déliés subtils et un tramage agréable si particulier à cet auteur. Personnellement, je trouve le volume trois un peu moins bon. Les femmes de Manara sont belles, divinement belles et l’innocence qu’elles dégagent naturellement est bien souvent maltraitée, satisfaisant ce petit désir masochiste qui sommeille en nous (les hommes).

13/06/2013 (modifier)
Couverture de la série Manhole
Manhole

(3,5/5) Agréable surprise que ce thriller biologique, acheté à un prix tout à fait modique (moins de 10€ les 3 tomes). Ma grande crainte concernant les séries dans lesquelles on aborde des thématiques médicales et biologiques, c'est d'y trouver un amoncellement de conneries, de contre-vérités, de facilités en tous genres, qui renderaient la lecture incredible. Et bien, ça n'est pas le cas ici. Alors, évidemment, tout n'est pas parfait, et l'on retrouve quand même quelques invraisemblances, citons par exemple, notre coupable, à la fin, qui rentre dans la salle d'IRM avec son fauteuil roulant...Or, l'électro-aimant d'une IRM est si puissant, que tout objet métallique qui s'en approche à quelques mètres s'y retrouve obligatoire fixé de manière très forte ! Concernant la parasitose, il y a quelques anicroches, mais, globalement, c'est assez fiable, et crédible. La lecture est très fluide, rapide, agréable, le dessin est réussi et efficace. J'ai été tenu en haleine jusqu'au bout et ne regrette pas mon achat, le contrat a été rempli en ce qui concerne le divertissement. A lire ! (223)

13/06/2013 (modifier)
Couverture de la série Les Hommes viennent de Mars, les Femmes viennent de Venus
Les Hommes viennent de Mars, les Femmes viennent de Venus

J'ai été agréablement surpris par la lecture de ce sympathique album, qui parait très commercial au premier abord. Néanmoins, cette BD est très plaisante, et je me suis surpris à me reconnnaitre dans certaines situations, certaines incompréhensions que l'on peut tous vivre dans un couple. Le dessin est frais, agréable, la mise en page est fluide, et la narration est bien réussie, avec le petit personnage du docteur en psychologie qui virevolte autour des deux tourtereaux en prodiguant ses conseils et explications. D'ailleurs, ce narrateur est parfois utilisé comme élément comique dans le dessin. Le seul défaut que je relève est un certain côté répétitif dans les histoires, certains thèmes étant abordés plusieurs fois. Peut être cette série a-t-elle été initialement publiée en magazine ? A lire, un bon moment en perspective, puis à passer à votre moitié pour apaiser certaines tensions ! (222)

13/06/2013 (modifier)
Couverture de la série La Marche du crabe
La Marche du crabe

Un récit bluffant sur des mollusques de l'estuaire de la Gironde pendant 3 tomes conséquents. Sur un pari osé où l'on pourrait craindre l'ennui voier l'inutilité de se focaliser sur un microcosme infinitésimal, De Pins touche le chef d’œuvre du doigt en délivrant une histoire dense comme un œuf plein, à l'humour précis, imaginatif et constant. On y parle de conformité sociale, de lutte des classes, de ségrégation, de mort, de vie, d'écologie et même plus frontalement de connerie humaine. De Pins s'appuie sur un dessin atypique, auquel certains ne pourront pas adhérer car trop simpliste et à la colorisation primaire et monochrome. Je le qualifierais d'en-un-trait, dépouillé mais varié et clair comme une journée d'été dans cette station balnéaire, prouvant là la pertinence de l'existence du dessin numérique pour accentuer la fluidité de l'histoire. Impressionnant, tant et si bien qu'il sera probablement difficile de rééditer l'exploit à l'avenir.

13/06/2013 (modifier)
Couverture de la série Blueberry
Blueberry

Ma passion pour le western remonte à l'âge de 8 ans lorsque j'ai vu pour la première fois John Wayne dans les rues poussiéreuses de Rio Bravo. Depuis, ce genre au cinéma m'a toujours fasciné; en BD, c'est pareil, en 1963, le lieutenant Blueberry arrive dans les pages de Pilote, je le découvre 3 ou 4 ans plus tard. Cette BD n'a fait que renforcer ma conception du western forgée par tant de films hollywoodiens avant l'explosion du western italien que j'ai découvert ensuite au début des années 70. Le jeune Jean Giraud qui signe Gir, lance donc avec l'aide de J.M. Charlier la série qui s'est appelée d'abord "Fort Navajo", du nom du 1er épisode. Que dire ? C'est le western-référence, qui voit la formation de ce duo de génie, et la naissance d'un personnage emblématique du western en BD; n'ayons pas peur des mots: "Blueberry" est le plus important western réaliste de la BD européenne, et sans doute de la BD mondiale, même les Américains le reconnaissent, c'est en Europe que le genre a atteint une mythologie alors que paradoxalement au pays des cowboys, les dessinateurs préféraient des mecs en collants moulants et en cape qui sauvaient le monde. Charlier, l'un des plus prolifiques scénaristes de la BD franco-belge, donne ici libre cours à son formidable talent de conteur, et transfigure l'Ouest mythique, très influencé par Hollywood, et plutôt marqué par la cause indienne, qu'il enrichit à sa façon. De son côté, Gir, au départ influencé par son maître Jijé avec qui il a collaboré sur Jerry Spring, va réussir peu à peu à le dépasser dans la précision, le mouvement, le cadrage, le décor, la finition, les scènes d'action; son dessin, au début pas très beau et peu fidèle dans les visages des personnages , va considérablement s'affiner, et chaque image attestera de sa virtuosité graphique dont la valeur se trouve renforcée par l'emploi très étudié de la couleur ou des hachures, tout en abandonnant progressivement la ressemblance physique avec J.P. Belmondo qu'il avait donnée à son héros. Son sens de l'espace est bien rendu par des cadrages travaillés et très cinématographiques. La série se compose de plusieurs cycles plus ou moins longs, dont le premier est d'emblée le plus prodigieux, constitué de 5 albums. C'est un chef-d'oeuvre de narration au graphisme encore très marqué par Jijé (flagrant dans les 2 premiers, Fort Navajo, et Tonnerre à l'Ouest) et où Charlier peut développer une histoire sur une longue échéance; c'est un ensemble fabuleux situé en plein conflit indien, qui contient tous les souvenirs de cinéphiles, c'est aussi et surtout un cycle à la gloire de la nation indienne qui fut meurtrie par l'homme blanc méprisable, incapable de comprendre ce peuple magnifique, et qui ne sut que l'exterminer; c'est aujourd'hui la honte de l'Amérique. Charlier élabore des personnages pittoresques, multiplie les rebondissements et les scènes d'action, tempérées par de l'humour, et truffe ses dialogues d'expressions argotiques U.S. (Gosh, Hell, Blood n' guts). Le seul défaut étant un texte souvent abondant, ampoulé et littéraire qui alourdit parfois un peu l'image; c'est propre à l'époque dans la BD franco-belge. Un autre cycle très fort, où Gir a atteint une maturité hors du commun, est celui du trésor sudiste (Chihuahua Pearl, L'Homme qui valait 500 000 $, Ballade pour un cercueil, Hors-la-loi) bien qu'inférieur cependant au cycle précédent (Le Cheval de Fer, L'Homme au poing d'acier, la Piste des Sioux, Général Tête-Jaune) encore impliqué dans le conflit indien. Ces deux cycles subissent l'influence du cinéma, car lorsque Hollywood a imposé la mode des westerns crépusculaires, la série en a adopté le style; de même que la nouvelle conception du western vue par Sergio Leone est également perceptible dans la bande à cette époque. Au niveau des personnages, des figures archétypiques de l'Ouest côtoient le héros, tels Jimmy McClure, le vieux prospecteur imbibé de whisky, Red Neck l'aventurier pisteur aguerri, des officiers bornés et racistes comme le major Bascom ou le général Allister, des femmes comme la belle Chihuahua Pearl, aventurière cynique dont Blueberry tombera amoureux, des Indiens fourbes et envahis par la haine tel Quanah, des Mexicains toujours dépeints comme des êtres dépourvus de scrupules, comme le perfide Vigo, des Jay-Hawkers comme Finlay et Kimball, ou encore des badmen comme Angel Face. Il est intéressant de suivre l'évolution de Mike Blueberry, qui au départ est un lieutenant de U.S. Army, bien qu'indiscipliné et tête brûlée, au caractère cynique mais enclin à l'héroïsme, qui dès le 3ème album prend l'aspect hirsute, pouilleux et mal rasé qui ne le quittera plus tant qu'il sera un anti-héros, jusqu'à la rédemption et la réhabilitation. Ce revirement s'explique par les temps qui ont changé: durant ces épisodes, nous sommes au début puis au milieu des années 70, et le héros pur au cinéma a depuis longtemps disparu, les auteurs ont donc intégré cet élément. Les 2 séries parallèles La Jeunesse de Blueberry et Marshal Blueberry n'ont pas apporté grand chose à la fantastique réussite de la série-mère qui reste un monument de la BD, et dont tout bédéphile doit au moins avoir lu une fois 1 album ou 2. Une série indispensable.

13/06/2013 (modifier)
Couverture de la série Go West
Go West

Après une jolie série réaliste, Arnaud de Casteloup, puis des séries humoristiques comme Attila, Derib entame une durable collaboration avec le journal Tintin en s'immisçant dans le western avec cet excellent récit écrit par Greg et diffusé dans le journal entre 1971 et 1972. Un récit captivant dans lequel Greg imagine avec son brio habituel une caravane d'immigrants (sujet traité dans un épisode de Lucky Luke: la Caravane, en 1970), où évoluent une belle galerie de nombreux personnages bien typés, avec en tête Barnaby Bumper, comptable newyorkais sans travail; tous décident un jour de quitter la Côte-Est pour suivre le conseil célèbre: "Go West young man and grow up with the country". Un conseil qui fut suivi par des milliers de pionniers qui souhaitaient trouver une vie meilleure. Bumper et ses amis s'élancent donc dans leurs chariots et sont confrontés à bien des périls et des épreuves, mais aussi des joies qui rendent la lecture de cette aventure vraiment attachante, illustrée par Derib avec son coup de crayon semi-réaliste très plaisant. Greg utilise toutes les ficelles de ce type de récit vues dans quantité de westerns à l'écran, et s'est inspiré d'ailleurs de quelques grands films pour certaines péripéties. Ici, les Indiens sont encore considérés comme des ennemis potentiels, mais Derib amorce un premier processus de réhabilitation de l'homme rouge, déja enclenché au cinéma, qu'il développera ensuite dans Buddy Longway. Bref, un one shot très sympa, et en tant qu'admirateur de Greg et Derib, je ne peux qu'en conseiller l'achat.

13/06/2013 (modifier)
Couverture de la série Buddy Longway
Buddy Longway

Après la formidable saga de Go West réalisée avec Greg, Derib impose seul un nouveau héros de western en 1973. Ce trappeur pacifique épousant une belle indienne qui va ensuite mener une vie isolée dans les contrées sauvages des Rocheuses m'a immédiatement emballé dans le journal Tintin ; mon intérêt pour le peuple indien qui fut décimé et humilié par les Blancs, et mon amour de la nature ne pouvaient que s'accorder avec cette histoire de grands espaces, et dès sa création, la série va connaitre un prodigieux succès auprès des lecteurs, détrônant Ric Hochet qui occupa longtemps la première place lors des référendums. Véritable ode à la nature sauvage et apologie du peuple indien, cette série affirme la vision humaniste de son auteur qui peut en même temps déployer sa passion pour les chevaux. La particularité qu'aucune autre Bd n'avait fait jusqu'alors, c'est que les personnages vieillissent au fil des récits, et s'étoffent ; chaque aventure même si elle a son final propre, s'enchaîne avec la suivante, la série est évolutive : trappeur solitaire au début, Buddy sauve Chinook, une jeune squaw sioux, il l'épouse et tous deux s'installent dans une cabane de rondins au sein d'un paysage superbe, puis c'est la naissance d'un fils, Jérémie, d'une fille, Kathleen, et l'amour de Buddy et Chinook devient à chaque fois plus fort. Le western devient familial, les enfants grandissent, les parents mûrissent et traversent des épreuves qui renforcent leurs liens, un équilibre affectif s'établit qui passe par l'initiation aux valeurs mais aussi par le conflit intérieur, car Jérémie, en tant que métis, doit supporter le fardeau de la différence, déchiré par l'opposition des deux ethnies dont il est issu. Quelques autres personnages attachants apparaissent tels le trappeur Slim-le-Borgne, le frère de Chinook, Daim Rapide, leur père Ours Debout, César ou encore la belle Nancy. Cette fresque devient de plus en plus réussie au fil des années, elle se déroule aux premiers temps de la conquête de l'Ouest, à une époque où l'homme blanc n'a pas encore trop envahi l'espace, les Indiens y vivent relativement en paix, le pays n'est pas totalement civilisé, c'est le temps des trappeurs. Pour les Longway, c'est la confrontation avec la nature, à la dure vie quotidienne, mais aussi parfois avec le racisme et la haine. Tout ceci crée une sorte de lien affectif avec le lecteur. La progression de la série est remarquable, certains épisodes sont plus forts que d'autres, et la tension dramatique culmine vers son arrêt définitif dans les derniers albums. La réussite réside aussi dans le graphisme et la technique narrative : le dessin semi-caricatural des premiers épisodes fait très vite place à un réalisme total, la mise en page s'écarte de la formule traditionnelle en 3 ou 4 strips horizontaux, préférant les gros plans, les images dans l'image, les cases de différents formats ; les grands décors sont exaltés par des cadrages larges ou des pleines pages, de même que Derib développe l'insert pour amplifier un détail (Cosey qui sera son assistant, utilisera aussi cette technique dans Jonathan), et on la retrouve fréquemment en BD de nos jours. L'image est ainsi privilégiée, le texte se fait discret, d'autant plus que les débuts de la bande sont très influencés par le film Jeremiah Johnson où Robert Redford campait un trappeur isolé dans une solitude neigeuse, sans trop de dialogues. Le style de la mise en page est souvent cinématographique, aussi, quel beau western ça ferait à l'écran. L'action est lente, poétique, avant d'être brusquement réveillée par une scène dramatique. Le texte étant réduit à l'essentiel, la lecture peut se faire rapidement, mais on y revient ensuite en s'attardant sur chaque dessin ou sur la mise en page toujours efficace. Il y a aussi beaucoup de tendresse et d'émotion, ainsi qu'un grand respect pour les coutumes indiennes et l'homme rouge en général. Voici donc un western évolutif qui compte parmi les plus grands fleurons du genre, une de mes Bd fétiches qui fut une des premières grandes lectures adultes lorsque j'étais ado, c'est donc une belle collection à garder précieusement dans sa biblio, une série indémodable.

13/06/2013 (modifier)
Par Ned C.
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Blaise
Blaise

Il n’y a pas photo, Dimitri Planchon est un génie. Prodige de la narration, prince de l’humour (caustique mais tout en finesse) et virtuose du roman-photo qu’il égratigne au passage voire qu’il déglingue allégrement. Artiste au sein de l’équipe du magazine Fluide Glacial, il me faisait rire mais je n’avais pas lorgné du coté de ses albums (la faute peut-être à la laideur de la couverture du tome 1 de Blaise). Après avoir acheté puis lu le premier volume, que j’ai plus qu’adoré, je revint avec empressement le lendemain chez mon libraire acheter les deux tomes suivants afin de compléter cette trilogie hors-normes. Le style graphique de Planchon est vraiment particulier : il mélange collages photos et dessins réalistes traditionnels et les mixe entre eux, les retouche pour en faire un résultat unique (si quelqu’un connaît un auteur similaire utilisant les mêmes procédés artistiques en bande-dessinée, merci de m’en faire part, je suis plus que preneur !!!). Il confectionne avec soin des petites historiettes toutes reliées entre elles. Prenant souvent le même personnage et se contentant simplement de lui faire hausser un sourcil ou entrouvrir la bouche. Et ça fonctionne ! Il donne vie à ses personnages avec quelques petites astuces toutes simples d’expressions faciales ou la position d’une main. Ils ont ce petit coté poupée de ventriloque ou bien marionnette de ventriloque assez marrant. Ce magicien de Planchon réussit l’impossible en leur donnant vie grâce à d’infimes détails. Certaines grimaces suffisaient à me faire m’esclaffer. Le procédé utilisé parait à première vue simpliste, amateur ou maladroit mais je pense que c’est voulu et c’est quant même plus comique quand il y a un coté puéril. Le style s’améliore nettement sur le troisième volume. La galerie de figurants déployée est magnifiquement riche et variée. On les retrouve avec plaisir au fur et à mesure de l’ »épopée » de Blaise. Nous les revoyons donc avec délice vieillir dans les tomes suivant le premier opus et leurs physiques, leurs personnalités, leurs apparences vestimentaires évoluent de manière tout à fait logique et crédible. Par exemple, le meilleur ami des parents de Blaise , qui était chauve (ou rasé) au début de la trilogie, revient dans le deuxième tome avec une espèce de grosse moustache de camionneur (qu’il semble arborer fièrement) puis dans le troisième épisode avec une coiffure pour le moins étrange et des grosses lunettes blanches (il a aussi gardé sa superbe moustache). Sa compagne affichant constamment un sourire figé et forcé éprouve plus de mal dans le dernier volet à garder celui-ci (manque d’endurance face à des événements tragiques où elle peine à jouer la comédie?). La grand-mère, mère de Jacques (le père de Blaise), ne semble pas prendre une ride sur toute la saga. ; du moins ça ne se voit pas. Du premier au dernier épisode elle semble tout le temps avoir le même âge. Personnage très drôle de cette grand-mère réac’ voire même « facho » selon les dires de son propre fils, Jacques. Elle possède une particularité anatomique assez rigolote. Effectivement, elle a un œil plus haut que l’autre si l’on regarde bien. Je ne m’en étais pas rendu compte instantanément mais en analysant plus en avant les expressions faciales, la trouvant bizarre mais ne sachant pourquoi, je me suis rendu compte de cette singularité qui m’a beaucoup fait rire. Et le fameux Blaise évolue peu, aussi bien physiquement que spirituellement. COMMENTAIRE DU VOLUME UN : Blaise est un petit garçon de huit ans, vivant avec ses parents, des « humanistes » de gauche intellos sur les bords. Il assiste impuissant à leurs discussions aberrantes sur la guerre, la politique (une dictature nait sous leur yeux) et des people. Le titre de la série est volontairement trompeur puisque nous ne voyons ou apercevons Blaise que très rarement. Il n’est qu’un prétexte pour mettre en valeur toute une galerie de personnages annexes. Ses parents, la plupart du temps, se contentent de l’ignorer, oubliant même jusqu’à son anniversaire ou ne l’entendant pas lorsqu’il réclame avec insistance que l’on arrête la voiture pour qu’il puisse aller vider sa vessie. Toute ressemblance avec des personnes réelles ne serait donc pas que pure coïncidence. Jacques et Carole (on ne connaît leurs noms seulement que dans le troisième tome), prétendument humanistes et « cools », se révèlent au fur et à mesure d’une étroitesse d’esprit insupportable. La vieille institutrice de Blaise est également savoureuse. A moitié à la masse et sénile avec sa tête de tortue et ses grosses lunettes en cul de bouteille. Le poste de télévision , délivrant ses débilités quotidiennement, est à lui seul un personnage puisqu’il est omniprésent dans la réalité de nos héros et influence ces derniers dans leur façon de voir la vie. Les passages télévisuels permettent de faire des petites respirations dans le récit notamment avec la star de football Dabi Doubane (élue ou auto-proclamée la « personnalité préférée des français) invité sur tout les plateaux télé, donnant des leçons de morale à tout va et vantant les mérites du nucléaire ou d’un fast-food dans des spots publicitaires. La petite famille assiste stoïquement ou avec ironie par le biais de la télévision, aux changements radicaux de la société qui les entoure (guerres et mise en place d’un régime totalitaire dans leur propre pays clairement annoncée par le chef d’état). L’auteur dénonce avec finesse, talent et humour les dérives paranoïaques et sécuritaires d’une société qui se prétend libre mais qui se complait dans une quotidienneté radicalement opposée aux valeurs qu’elle clame. L’hypocrisie et les contradictions des protagonistes est ici démasquée. COMMENTAIRE DU VOLUME DEUX : Blaise est désormais devenu un adolescent boutonneux mal dans sa peau et tourmenté par ses questions existentielles (ça tourne presque exclusivement autour du cul ou de l’image qu’il voudrait renvoyer aux autres). Plus présent que dans le premier album mais toujours autant victime du dur monde injuste qui l’entoure. Les personnages ont évolué et de nouveaux font leur apparition comme le professeur de mathématiques. Très drôle avec son attitude sévère qui par exemple, intimide ses élèves n’osant pas répondre à un problème bien qu’ayant la réponse (on en a tous eut un comme ça !). Le paysage télévisuel a lui aussi changé et encore une fois employé pour aérer l’histoire. Les programmes sont devenus encore plus crétins qu’auparavant (un rapport avec la nouvelle dictature mise en place ?) et ce grâce à un prétendu intellectuel invité de toutes les émissions, allant du journal télévisé à l’émission de télé-réalité à la mode ; le fameux Pierre-André de Sainte-Odile. Se qualifiant d’esprit libre mais faisant de la lèche comme c’est pas permis au président et évitant habilement tout les pièges vicelards tendus par le journaleux qui l’interviewe. Son look, sa coiffure de « penseur libre » et sa philosophie manipulatrice m’ont immédiatement fait penser à bernard henry-levy. Un autre personnage trône en maître dans le petit écran : Inspecteur Strauss ; parodie de Derrick. Rediffusé encore et encore et malgré tout regardé (ou vu) par la majorité des personnages de ce tome deux, et ce même s’ils disent tous ne pas aimer. Toute ressemblance avec des personnes réelles ne serait donc pas que pure coïncidence. Planchon dénonce le culte de l’apparence qui se fait au détriment de la spiritualité, les idées reçues et préjugés, les hommes politiques, les réactionnaires, les médias et leurs stars. COMMENTAIRE DU VOLUME TROIS : Blaise est désormais un adulte. Devenu aussi manichéen que son père mais ayant gardé son coté timide et son profil d’éternelle victime qui me séduisaient tant chez lui. Son père a pris un gros coup de vieux et est devenu un monstre d’égoïsme, de manipulation sournoise et d’hypocrisie. Je ne peux pas dire grand-chose de dernier opus de crainte de faire un vilain spoil. Je peux toutefois dire que ce volet est beaucoup plus sombre et dramatique que les deux volets précédents. Les programmes télévisuels sont désormais des films à caractère pornographique, passant aux heures de grandes écoute mais étant néanmoins censurés partiellement afin de ne pas heurter la sensibilité des plus jeunes téléspectateurs. Ce tome parait plus abouti graphiquement et la finesse des détails est flagrante. Des couleurs flashys dissimulent habilement un malaise quotidien grisâtre et monotone. Un monde où règnent la dictature et la guerre, paraissant être la normalité et ne plus choquer personne. CONCLUSION FINALE DE LA SERIE : Petit Blaise va faire le dur apprentissage de la vie au détriment de son innocence. Bien que la série porte son nom, il n’en est aucunement le personnage principal mais plutôt le faire-valoir pour montrer un univers glauque camouflés par les effets de manches humoristiques astucieux de son auteur, Dimitri Planchon. Dur de rester innocent et naïf comme l’était Blaise au seuil de son existence lorsqu’on est cerné par un ramassis d’hypocrites, manipulateurs et égoïstes. Même ses propres parents le malmènent, le transformant ainsi d’un petit gamin introverti qu’il était, tétanisé par les conversations effarantes des « grandes personnes » en un être sans avenir et aussi vil que ses « créateurs ». Un humour grinçant et corrosif tout en finesse, brillante satire de notre société occidentale, Blaise est une œuvre totalement subversive si ‘l’on se donne la peine de gratter la couche de vernis. Assurément une bande-dessinée qui ne laissera personne indifférent car bousculant gentiment son lecteur ainsi que les codes traditionnels du récit. Nous rigolons de bon cœur pour au final nous apercevoir avec un certain dégout que c’est de nos propres défauts que nous nous moquons, couchés là, sur le papier. Une question me turlupine : « Mais à quoi peut donc ressembler une dédicace de Dimitri Planchon ? »

13/06/2013 (modifier)
Par dut
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Singe de Hartlepool
Le Singe de Hartlepool

Une vraie belle surprise cet album ! J'ai découvert cette BD grâce au prix des libraires Canal BD, et je ne suis pas déçu d'avoir écouté le conseil de mon libraire ! J'avoue aussi ne pas connaitre les œuvres de Wilfrid Lupano, mais à force d'en entendre parler, je vais m'y pencher plus sérieusement... Parlons de l'histoire, c'est tiré d'une légende et même si la moitié des faits est véridique, ça reste limite incroyable, mais ça rend l'histoire plus forte ! Ça montre bien la bêtise humaine, la cruauté qu'engendrent le nationalisme en temps de guerre et, aussi, le manque d'instruction (faut bien le dire : ce sont des bouseux :)). Certains passages sont assez savoureux (le procès en autres), les dialogues sont excellents, les dessins un peu déroutants au départ, mais finalement agréables et servant bien l'ambiance de ce bled paumé et les personnages. Vraiment une chouette lecture que je conseillerais à tous !

12/06/2013 (modifier)
Couverture de la série Les Cosaques d'Hitler
Les Cosaques d'Hitler

Les Cosaques d’Hitler est un récit historique romancé. Entendez par là que l’aspect « témoignage historique » est prédominant mais nous est présenté au travers de l’histoire d’amour unissant un soldat écossais et une jeune Cosaque. Et, franchement, le côté historique en vaut la peine ! Un peu à la manière d’un « Svoboda ! », les auteurs s’intéressent à un peuple de l’Est baladé dans un conflit mondial. Ici, vous l’aurez compris, ce sont les Cosaques qui sont au centre de l’histoire, et c’est la seconde guerre mondiale qui est à l’honneur (si je puis m’exprimer ainsi). Alliés d’Hitler car c’était pour eux le seul moyen de se débarrasser de Staline, ils se retrouveront emprisonnés à la fin du conflit. Je ne vous en dirai pas plus mais sachez que leur destin va être dramatique et peu glorieux pour les alliés. Historiquement, c’est donc bien foutu, et l’idée (guère originale, j’en conviens) de nous la présenter au travers d’une histoire d’amour est bonne puisqu’elle nous permet de mieux nous attacher au destin de ces personnages. Seul reproche : cette romance demeure fort classique et prévisible, elle laisse un arrière-goût de déjà-vu qui refroidit un peu mon enthousiasme. Pas de quoi me pousser à abandonner ma lecture (loin de là) mais l’intérêt que j’ai ressenti pour ce récit provient principalement de son aspect historique. La psychologie des personnages est elle aussi très classique mais conforme à l’idée que je me faisais des mentalités en action. Le peuple cosaque nous est présenté comme un peuple insoumis, cultivé, fier et orgueilleux. Les soldats écossais apparaissent respectueux de la hiérarchie mais non dépourvu de sens moral. Le fait que ce soient des Ecossais qui gardent le camp de prisonniers est intéressant car ce peuple dispose, de par son histoire, d’une part, de cette grande tradition guerrière et, d’autre part, de ce goût de la liberté qui lui permet de comprendre ses opposants. A nouveau, je dirais qu’historiquement, c’est très crédible mais aussi très bien vu de réunir ces deux mentalités. Le dessin, signé Olivier Neuray (Lloyd Singer (Makabi)), est… étonnant. Très dépouillé, précis et facile d’accès, il se rapproche d’une ligne claire par sa grande lisibilité. Par ailleurs, il n’a pas cette raideur si caractéristique de bien des lignes claires. Il me donne ainsi le sentiment d’être un peu vide alors qu’en y regardant à deux fois, il n’en est rien. Non ! En fait, il est très bon ! Mais étonnant… J’apprécie ce genre de récit qui éclaire une zone obscure de l’histoire et, pour cette raison, je lirai la suite avec plaisir. La romance, elle, est trop classique pour me satisfaire à elle seule mais les deux réunis font de ces Cosaques d’Hitler une bonne bande dessinée. A emprunter sans hésiter, et à acheter si, à mon image, vous aimez les récits historiques.

12/06/2013 (modifier)