Je ne sais pas pourquoi, mais je me suis toujours attaché à cette série indémodable, je l'ai découverte dans un recueil Spirou (alors que je n'étais qu'un lecteur occasionnel de ce journal) avec l'épisode "l'Ombre sans corps", et depuis, je ne l'ai plus lachée, je possède toute la série depuis l'album n°4 jusqu'au dernier scénario de Desberg (les périodes Rosy, Tillieux, Desberg étant les meilleures).
Cette bande créée en 1938 par Dineur n'a cessé qu'en 1997, c'est dire si elle a marqué le journal Spirou en résistant aux années, aux modes et aux transformations sans prendre une ride pendant plus de 60 ans. Au début, il n'y avait que Tif, Tondu n'apparaissant que plus tard, et le ton était vraiment fantaisiste; de plus, le dessin n'était pas joli, plutôt grossier comme c'était courant chez les dessinateurs d'avant-guerre. En 1949, le dessin est confié au jeune Will, élève de Jijé, qui en rajeunit et en modernise l'aspect, même si son graphisme ne cherche pas les effets, mais il est efficace et convient parfaitement à ce type de bande semi-réaliste. Ce lifting est bénéfique, car les lecteurs apprécient déja ce sympathique duo de détectives amateurs, dont l'intérêt réside dans l'opposition des 2 héros : d'abord par le fait que Tondu soit le chevelu hirsute et barbu, et Tif le chauve; ensuite Tondu est plutôt actif, c'est le sérieux, celui qui décide, tandis que Tif est le jovial gaffeur, râleur parfois insupportable, attiré par les femmes, bref, le comique de service, mais qui peut s'avérer fonceur dans Tif et Tondu à New York ; pourtant, il n'est pas le faire-valoir de son acolyte, tous deux sont complémentaires, un peu comme Astérix et Obélix ou Tintin et Haddock.
La période Dineur, il faut donc l'oublier, c'est à partir de 1955 que la bande va vivre ses plus belles années lorsque Maurice Rosy crée le redoutable Monsieur Choc, sorte de Fantômas moderne, élégamment vêtu d'un smoking et de gants blancs, le visage dissimulé par un heaume, c'est le plus implacable ennemi qu'ait eu à combattre le duo de détectives. En même temps, quand on y pense, il y a un côté théâtral et ridicule dans ce personnage, totalement invraisemblable aujourd'hui, mais à l'époque, les méchants étaient comme ça et on l'acceptait.
En 1968, c'est Maurice Tillieux qui prend le relais de Rosy ; la série est encore dans une grande période. Comme il le fit dans Gil Jourdan, Tillieux accentue le caractère policier des histoires, et frôle le fantastique où le mystère et l'angoisse dominent ; les titres des albums sont explicites (l'Ombre sans corps, Contre le Cobra, le Roc maudit, Sorti des abîmes, les Ressuscités, le Scaphandrier mort, un Plan démoniaque, le Retour de la Bête), l'esprit des récits apparaît sans ambiguïté, le lecteur devine où les auteurs vont l'emmener. Nos deux héros deviennent dans cette période des détectives traditionnels et côtoient parfois leur ami Ficshussett de Scotland Yard. En même temps, ce sont deux vieux garçons, et la série contient peu de femmes, Tillieux leur adjoint parfois une blonde compagne, la délicieuse comtesse Amélie d'Yeu dite Kiki. Après la mort de Tillieux, son assistant Stephen Desberg intervient en 1978 avec le Gouffre interdit, apportant un ton nouveau, fantastique mais aussi plus en phase avec l'actualité (voir les épisodes Swastika ou les Phalanges de Jeanne d'Arc) ; pour ses grands débuts, Desberg tentait des choses nouvelles, c'était encore bien.
En 1991, Will passe la main à Sikorski au graphisme plus moderne et à des scénarios de Lapière peu inspirés, beaucoup de lecteurs se sont alors détournés de la série, moi le premier. Le charme est rompu. Mais les aventures palpitantes de ces deux héros, qui peuvent être cataloguées pour la jeunesse, sont plus subtiles qu'il n'y paraît, ça plaît aussi aux adultes, et je prend encore beaucoup de plaisir à les relire. Un classique incontournable de la BD franco-belge.
Après mon avis louangeur sur Les Sentinelles, voilà le deuxième album des éditions Robert Laffont que je découvre. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’éditeur a misé juste quant à la qualité impressionnante de ces deux nouvelles séries…
L’histoire, déjà largement présentée, est très bien construite et rythmée. Le récit ne souffre d’aucun temps mort et, personnellement, je n’ai pas ressenti comme déroutant l’abondance de personnages, protagonistes dans ce conflit hommes/bêtes. Au terme de cet opus introductif, déjà bien dense, le plaisir de lecture ressenti est vraiment présent et la suite se fait d’ores et déjà attendre.
Les dessins et couleurs constituent l’autre atout majeur de l’album : c’est tout simplement magnifique. Le rendu graphique des bêtes est carrément confondant !
Une petite mise à jour s'impose... Depuis 2008, de l'eau a coulé sous les ponts, Robert Laffont a arrêté son catalogue BD et Delcourt a suivi l'édition de cette série en trois tomes. A la fermeture du dernier album, je descends ma note à 3/5. La série est sympa à lire, le rythme est fluide et le récit pas mal exploité mais la qualité décline un peu sur les deux derniers albums. Le trait et la colorisation restent très réussis. Au final, cette série est réussie et mérite une lecture.
Attention, chef d'oeuvre ! Cet ouvrage fait partie de la trilogie Will/Desberg avec, auparavant, Le Jardin des désirs ( 1988 ), et ensuite L'Appel de l'Enfer ( 1993 ). Avec un Desberg au scénario, à la fois coquin ou tendre, avec son humour décalé, et avec un Will au dessin, au sommet de son art. Il a dû aimer les femmes pour les dessiner aussi attrayantes...
Bon, la perfection n'existant pas en ce (bas) monde, je me contenterai donc d'une note de 4,5/5...
La trilogie a depuis été rééditée en intégrale. A se procurer, toutes affaires cessantes.
Will, un dessinateur, et un peintre bien trop méconnu...
A qui s'adresse cette trilogie ? A ceux qui ont déjà eu affaire à l'âme insondable féminine...
J'ai passé un très bon moment avec cette petite BD qui se lit très vite. Ca a été une bonne expérience.
J'ai été particulièrement touché par cette histoire pour deux raisons:
Tout d'abord, une partie de l'histoire se déroule dans mon Nord-Pas-de-Calais natal, ensuite, à l'instar du héros, j'ai un peu aussi appris à (re)découvrir l'épopée de mon grand-père pendant la deuxième guerre mondiale sur le tard, trop tard en fait...
Le personnage principal est très attachant, authentique, avec un sacré caractère ! Les situations sont de plus souvent agrémentées d'une touche humoristique.
Bref, on ne s'ennuie pas à suivre les péripéties qu'a vécu cet homme. Le côté familial et sentimental du récit est très touchant.
Un très agréable, bien que court, moment.
(226)
Nouveau coup de cœur pour une adaptation de roman de la collection Rivages Noir. L’histoire de ce polar d’anticipation prend place dans un monde surpeuplé où la police ne peut plus répondre à toutes les sollicitations. Une loi a donc décidé que les forces de l’ordre ne viendraient en aide qu’aux gens en bonne santé, les détenteurs du carton bleu, un sésame à mi-chemin entre la carte vitale et la CB. On ne fait rien pour les malades en possession d’un simple carton blême.
Les auteurs réussissent particulièrement bien à nous faire rentrer dans leur univers. Ils arrivent à nous expliquer le fonctionnement de ce système de carton bleu ou blême sans aucune lourdeur, et bien au contraire, à rendre cette description captivante. Tout cela est raconté avec fluidité et talent. On découvre les avantages du système, mais aussi et surtout l’envers du décor, avec le sort réservé aux personnes en moins bonne santé. Ces passages sont assez forts.
On suit aussi l’enquête d’un inspecteur de police qui traque un serial killer. Une fois encore les auteurs font mouche. Les impacts de ce système sur l’enquête sont bien amenés et très bien trouvés. L’histoire est autant plaisante que ce monde est terrifiant. Et quand tout s’accélère en fin d’album, quand on découvre le revers de la médaille et l’ampleur de la machination dans lequel l’inspecteur a mis le doigt… C’est tragique mais tellement logique… en un mot : excellent.
Chaudement recommandé.
« Quatre doigts » m’avait vraiment captivé lors de sa lecture, il y a de ça déjà quelques années.
Agréablement surpris de voir Milo Manara exceller dans un autre registre que le porno avec une belle histoire d’amour façon western. C’est beau quand il fait dans le romantisme mais celui-ci, loin d’être niais contient une bonne dose de douleurs. Plutôt réaliste et non-idéalisé donc. On retrouve cette cruauté vicieuse qu’il a de faire souffrir ses héros (et plus particulièrement les femmes). Les dessins sont comme à leur habitude superbes et la jeune indienne « Lapin Blanc » est d’une beauté sans nom (une Manara girl quoi !). J’aurais cependant préféré une version noir et blanc car je ne suis pas fan des couleurs « délavées » du maître de l’érotisme.
De bons dialogues, souvent caustiques et un scénario qui tient bien la route. Bel album et une belle histoire d’amour gâché qui m’a atteint.
« DIANTRE !!!* » me suis-je exclamé en voyant cette couverture d’album ! La plus crasseuse et choquante de l’année 2009, à mon sens.
Et les dessins de l’album de Lee Bermejo sont de la même trempe, une intensité des contrastes violente comme une patate de Mike Tyson, un tracé agressif et torturé, bref Bermejo m’en a foutu plein les yeux. Son style me fait irrémédiablement penser à Jae Lee mais il est plus brutal avec des lignes principalement anguleuses.
Les couleurs ainsi que l’encrage sont terribles et rendent totalement hommage au graphisme.
Le scénario de Brian Azzarello est bien ficelé et tient en haleine; sorte de thriller mafieux avec manipulations, traîtrise, règlements de compte et tout ce qui va avec dans les histoires de gangsters. On y retrouve avec plaisir les vilains les plus emblématiques de l’univers de l’homme chauve-souris : Le Joker (ah bon ??), Le Pingouin, Harley Quinn, Double-face, Croc, Le Sphinx.
La meilleure aventure de Batman (sans Batman ou très peu) avec le « Souriez » de Brian Bolland et Alan Moore, dans le même style.
Violent, malin, malsain. Joker ne plaisante pas.
* Auto-censure à propos d’un mot grossier.
Aïe aïe aïe, un album de Terreur Graphique qui va encore faire grincer pas mal de mâchoires.
Le ton est donné dès la vue de la couverture. Le style façon « cartoon » à la Chuck Jones contraste à merveille avec la violence de l’humour (Tom & Jerry, c’était pas si mignon que ça quand on y pense!).Les thèmes abordés ici touchent principalement aux meurtres en série et aux sexualités déviantes. Ça ne sera certainement pas du goût de tout le monde mais c’est salvateur dans ce politiquement correct ambiant étouffant.
Les histoires sont très courtes, la plupart ne sont juste que des « gaufriers » de 4 cases ou ne font que 6 ou 7 pages (toujours en gaufrier). Aucun rapport entre elles, si ce n’est le thème. Il y a certaines trouvailles narratives très bien pensées comme la mise en page de « Story of my life », l’histoire de Gurval racontant dans un groupe de parole, l’amour pour sa vie routinière bouleversée du jour au lendemain par une rencontre amoureuse.
L’histoire des deux amis tueurs en série m’a beaucoup fait rire également. Le « poucet » (qui sème des bouts de cadavre pour retrouver sa route lors de ses voyages) discute avec son pote qui lui avoue avoir tué sa femme Boulgour et ses enfants Riri, Fifi et Mollard, puis les avoir enterré sous la terrasse de sa maison. Ça discute maçonnerie par la suite.
Donc, album vivement conseillé aux amateurs d’humour noir et sans concessions. Les bien-pensants, passez votre chemin, ça pique les yeux.
Dur de rester objectif avec les séries de Milo Manara ; je vais faire mon maximum.
Car Manara, avec ses héroïnes à la beauté d’une autre planète et ses histoires d’une intense perversité ont chahuté ma testostérone durant mon adolescence.
Ici, la suggestion est autant efficace que les plans salaces. La mise en scène et le scénario sont aussi très importants dans l’excitation suscitée (la scène du cinéma dans le premier tome est inoubliable) dépassant par-là la pauvreté scénaristique d’un vulgaire film porno.
Les dessins sont superbes, avec une ligne aux déliés subtils et un tramage agréable si particulier à cet auteur.
Personnellement, je trouve le volume trois un peu moins bon.
Les femmes de Manara sont belles, divinement belles et l’innocence qu’elles dégagent naturellement est bien souvent maltraitée, satisfaisant ce petit désir masochiste qui sommeille en nous (les hommes).
(3,5/5)
Agréable surprise que ce thriller biologique, acheté à un prix tout à fait modique (moins de 10€ les 3 tomes).
Ma grande crainte concernant les séries dans lesquelles on aborde des thématiques médicales et biologiques, c'est d'y trouver un amoncellement de conneries, de contre-vérités, de facilités en tous genres, qui renderaient la lecture incredible.
Et bien, ça n'est pas le cas ici. Alors, évidemment, tout n'est pas parfait, et l'on retrouve quand même quelques invraisemblances, citons par exemple, notre coupable, à la fin, qui rentre dans la salle d'IRM avec son fauteuil roulant...Or, l'électro-aimant d'une IRM est si puissant, que tout objet métallique qui s'en approche à quelques mètres s'y retrouve obligatoire fixé de manière très forte !
Concernant la parasitose, il y a quelques anicroches, mais, globalement, c'est assez fiable, et crédible.
La lecture est très fluide, rapide, agréable, le dessin est réussi et efficace.
J'ai été tenu en haleine jusqu'au bout et ne regrette pas mon achat, le contrat a été rempli en ce qui concerne le divertissement.
A lire !
(223)
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Tif et Tondu
Je ne sais pas pourquoi, mais je me suis toujours attaché à cette série indémodable, je l'ai découverte dans un recueil Spirou (alors que je n'étais qu'un lecteur occasionnel de ce journal) avec l'épisode "l'Ombre sans corps", et depuis, je ne l'ai plus lachée, je possède toute la série depuis l'album n°4 jusqu'au dernier scénario de Desberg (les périodes Rosy, Tillieux, Desberg étant les meilleures). Cette bande créée en 1938 par Dineur n'a cessé qu'en 1997, c'est dire si elle a marqué le journal Spirou en résistant aux années, aux modes et aux transformations sans prendre une ride pendant plus de 60 ans. Au début, il n'y avait que Tif, Tondu n'apparaissant que plus tard, et le ton était vraiment fantaisiste; de plus, le dessin n'était pas joli, plutôt grossier comme c'était courant chez les dessinateurs d'avant-guerre. En 1949, le dessin est confié au jeune Will, élève de Jijé, qui en rajeunit et en modernise l'aspect, même si son graphisme ne cherche pas les effets, mais il est efficace et convient parfaitement à ce type de bande semi-réaliste. Ce lifting est bénéfique, car les lecteurs apprécient déja ce sympathique duo de détectives amateurs, dont l'intérêt réside dans l'opposition des 2 héros : d'abord par le fait que Tondu soit le chevelu hirsute et barbu, et Tif le chauve; ensuite Tondu est plutôt actif, c'est le sérieux, celui qui décide, tandis que Tif est le jovial gaffeur, râleur parfois insupportable, attiré par les femmes, bref, le comique de service, mais qui peut s'avérer fonceur dans Tif et Tondu à New York ; pourtant, il n'est pas le faire-valoir de son acolyte, tous deux sont complémentaires, un peu comme Astérix et Obélix ou Tintin et Haddock. La période Dineur, il faut donc l'oublier, c'est à partir de 1955 que la bande va vivre ses plus belles années lorsque Maurice Rosy crée le redoutable Monsieur Choc, sorte de Fantômas moderne, élégamment vêtu d'un smoking et de gants blancs, le visage dissimulé par un heaume, c'est le plus implacable ennemi qu'ait eu à combattre le duo de détectives. En même temps, quand on y pense, il y a un côté théâtral et ridicule dans ce personnage, totalement invraisemblable aujourd'hui, mais à l'époque, les méchants étaient comme ça et on l'acceptait. En 1968, c'est Maurice Tillieux qui prend le relais de Rosy ; la série est encore dans une grande période. Comme il le fit dans Gil Jourdan, Tillieux accentue le caractère policier des histoires, et frôle le fantastique où le mystère et l'angoisse dominent ; les titres des albums sont explicites (l'Ombre sans corps, Contre le Cobra, le Roc maudit, Sorti des abîmes, les Ressuscités, le Scaphandrier mort, un Plan démoniaque, le Retour de la Bête), l'esprit des récits apparaît sans ambiguïté, le lecteur devine où les auteurs vont l'emmener. Nos deux héros deviennent dans cette période des détectives traditionnels et côtoient parfois leur ami Ficshussett de Scotland Yard. En même temps, ce sont deux vieux garçons, et la série contient peu de femmes, Tillieux leur adjoint parfois une blonde compagne, la délicieuse comtesse Amélie d'Yeu dite Kiki. Après la mort de Tillieux, son assistant Stephen Desberg intervient en 1978 avec le Gouffre interdit, apportant un ton nouveau, fantastique mais aussi plus en phase avec l'actualité (voir les épisodes Swastika ou les Phalanges de Jeanne d'Arc) ; pour ses grands débuts, Desberg tentait des choses nouvelles, c'était encore bien. En 1991, Will passe la main à Sikorski au graphisme plus moderne et à des scénarios de Lapière peu inspirés, beaucoup de lecteurs se sont alors détournés de la série, moi le premier. Le charme est rompu. Mais les aventures palpitantes de ces deux héros, qui peuvent être cataloguées pour la jeunesse, sont plus subtiles qu'il n'y paraît, ça plaît aussi aux adultes, et je prend encore beaucoup de plaisir à les relire. Un classique incontournable de la BD franco-belge.
Le Bois des Vierges
Après mon avis louangeur sur Les Sentinelles, voilà le deuxième album des éditions Robert Laffont que je découvre. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’éditeur a misé juste quant à la qualité impressionnante de ces deux nouvelles séries… L’histoire, déjà largement présentée, est très bien construite et rythmée. Le récit ne souffre d’aucun temps mort et, personnellement, je n’ai pas ressenti comme déroutant l’abondance de personnages, protagonistes dans ce conflit hommes/bêtes. Au terme de cet opus introductif, déjà bien dense, le plaisir de lecture ressenti est vraiment présent et la suite se fait d’ores et déjà attendre. Les dessins et couleurs constituent l’autre atout majeur de l’album : c’est tout simplement magnifique. Le rendu graphique des bêtes est carrément confondant ! Une petite mise à jour s'impose... Depuis 2008, de l'eau a coulé sous les ponts, Robert Laffont a arrêté son catalogue BD et Delcourt a suivi l'édition de cette série en trois tomes. A la fermeture du dernier album, je descends ma note à 3/5. La série est sympa à lire, le rythme est fluide et le récit pas mal exploité mais la qualité décline un peu sur les deux derniers albums. Le trait et la colorisation restent très réussis. Au final, cette série est réussie et mérite une lecture.
La 27e lettre
Attention, chef d'oeuvre ! Cet ouvrage fait partie de la trilogie Will/Desberg avec, auparavant, Le Jardin des désirs ( 1988 ), et ensuite L'Appel de l'Enfer ( 1993 ). Avec un Desberg au scénario, à la fois coquin ou tendre, avec son humour décalé, et avec un Will au dessin, au sommet de son art. Il a dû aimer les femmes pour les dessiner aussi attrayantes... Bon, la perfection n'existant pas en ce (bas) monde, je me contenterai donc d'une note de 4,5/5... La trilogie a depuis été rééditée en intégrale. A se procurer, toutes affaires cessantes. Will, un dessinateur, et un peintre bien trop méconnu... A qui s'adresse cette trilogie ? A ceux qui ont déjà eu affaire à l'âme insondable féminine...
Vagues à l'âme
J'ai passé un très bon moment avec cette petite BD qui se lit très vite. Ca a été une bonne expérience. J'ai été particulièrement touché par cette histoire pour deux raisons: Tout d'abord, une partie de l'histoire se déroule dans mon Nord-Pas-de-Calais natal, ensuite, à l'instar du héros, j'ai un peu aussi appris à (re)découvrir l'épopée de mon grand-père pendant la deuxième guerre mondiale sur le tard, trop tard en fait... Le personnage principal est très attachant, authentique, avec un sacré caractère ! Les situations sont de plus souvent agrémentées d'une touche humoristique. Bref, on ne s'ennuie pas à suivre les péripéties qu'a vécu cet homme. Le côté familial et sentimental du récit est très touchant. Un très agréable, bien que court, moment. (226)
Carton blême
Nouveau coup de cœur pour une adaptation de roman de la collection Rivages Noir. L’histoire de ce polar d’anticipation prend place dans un monde surpeuplé où la police ne peut plus répondre à toutes les sollicitations. Une loi a donc décidé que les forces de l’ordre ne viendraient en aide qu’aux gens en bonne santé, les détenteurs du carton bleu, un sésame à mi-chemin entre la carte vitale et la CB. On ne fait rien pour les malades en possession d’un simple carton blême. Les auteurs réussissent particulièrement bien à nous faire rentrer dans leur univers. Ils arrivent à nous expliquer le fonctionnement de ce système de carton bleu ou blême sans aucune lourdeur, et bien au contraire, à rendre cette description captivante. Tout cela est raconté avec fluidité et talent. On découvre les avantages du système, mais aussi et surtout l’envers du décor, avec le sort réservé aux personnes en moins bonne santé. Ces passages sont assez forts. On suit aussi l’enquête d’un inspecteur de police qui traque un serial killer. Une fois encore les auteurs font mouche. Les impacts de ce système sur l’enquête sont bien amenés et très bien trouvés. L’histoire est autant plaisante que ce monde est terrifiant. Et quand tout s’accélère en fin d’album, quand on découvre le revers de la médaille et l’ampleur de la machination dans lequel l’inspecteur a mis le doigt… C’est tragique mais tellement logique… en un mot : excellent. Chaudement recommandé.
Quatre doigts - L'Homme de papier
« Quatre doigts » m’avait vraiment captivé lors de sa lecture, il y a de ça déjà quelques années. Agréablement surpris de voir Milo Manara exceller dans un autre registre que le porno avec une belle histoire d’amour façon western. C’est beau quand il fait dans le romantisme mais celui-ci, loin d’être niais contient une bonne dose de douleurs. Plutôt réaliste et non-idéalisé donc. On retrouve cette cruauté vicieuse qu’il a de faire souffrir ses héros (et plus particulièrement les femmes). Les dessins sont comme à leur habitude superbes et la jeune indienne « Lapin Blanc » est d’une beauté sans nom (une Manara girl quoi !). J’aurais cependant préféré une version noir et blanc car je ne suis pas fan des couleurs « délavées » du maître de l’érotisme. De bons dialogues, souvent caustiques et un scénario qui tient bien la route. Bel album et une belle histoire d’amour gâché qui m’a atteint.
Joker
« DIANTRE !!!* » me suis-je exclamé en voyant cette couverture d’album ! La plus crasseuse et choquante de l’année 2009, à mon sens. Et les dessins de l’album de Lee Bermejo sont de la même trempe, une intensité des contrastes violente comme une patate de Mike Tyson, un tracé agressif et torturé, bref Bermejo m’en a foutu plein les yeux. Son style me fait irrémédiablement penser à Jae Lee mais il est plus brutal avec des lignes principalement anguleuses. Les couleurs ainsi que l’encrage sont terribles et rendent totalement hommage au graphisme. Le scénario de Brian Azzarello est bien ficelé et tient en haleine; sorte de thriller mafieux avec manipulations, traîtrise, règlements de compte et tout ce qui va avec dans les histoires de gangsters. On y retrouve avec plaisir les vilains les plus emblématiques de l’univers de l’homme chauve-souris : Le Joker (ah bon ??), Le Pingouin, Harley Quinn, Double-face, Croc, Le Sphinx. La meilleure aventure de Batman (sans Batman ou très peu) avec le « Souriez » de Brian Bolland et Alan Moore, dans le même style. Violent, malin, malsain. Joker ne plaisante pas. * Auto-censure à propos d’un mot grossier.
La Rupture Tranquille
Aïe aïe aïe, un album de Terreur Graphique qui va encore faire grincer pas mal de mâchoires. Le ton est donné dès la vue de la couverture. Le style façon « cartoon » à la Chuck Jones contraste à merveille avec la violence de l’humour (Tom & Jerry, c’était pas si mignon que ça quand on y pense!).Les thèmes abordés ici touchent principalement aux meurtres en série et aux sexualités déviantes. Ça ne sera certainement pas du goût de tout le monde mais c’est salvateur dans ce politiquement correct ambiant étouffant. Les histoires sont très courtes, la plupart ne sont juste que des « gaufriers » de 4 cases ou ne font que 6 ou 7 pages (toujours en gaufrier). Aucun rapport entre elles, si ce n’est le thème. Il y a certaines trouvailles narratives très bien pensées comme la mise en page de « Story of my life », l’histoire de Gurval racontant dans un groupe de parole, l’amour pour sa vie routinière bouleversée du jour au lendemain par une rencontre amoureuse. L’histoire des deux amis tueurs en série m’a beaucoup fait rire également. Le « poucet » (qui sème des bouts de cadavre pour retrouver sa route lors de ses voyages) discute avec son pote qui lui avoue avoir tué sa femme Boulgour et ses enfants Riri, Fifi et Mollard, puis les avoir enterré sous la terrasse de sa maison. Ça discute maçonnerie par la suite. Donc, album vivement conseillé aux amateurs d’humour noir et sans concessions. Les bien-pensants, passez votre chemin, ça pique les yeux.
Le Déclic
Dur de rester objectif avec les séries de Milo Manara ; je vais faire mon maximum. Car Manara, avec ses héroïnes à la beauté d’une autre planète et ses histoires d’une intense perversité ont chahuté ma testostérone durant mon adolescence. Ici, la suggestion est autant efficace que les plans salaces. La mise en scène et le scénario sont aussi très importants dans l’excitation suscitée (la scène du cinéma dans le premier tome est inoubliable) dépassant par-là la pauvreté scénaristique d’un vulgaire film porno. Les dessins sont superbes, avec une ligne aux déliés subtils et un tramage agréable si particulier à cet auteur. Personnellement, je trouve le volume trois un peu moins bon. Les femmes de Manara sont belles, divinement belles et l’innocence qu’elles dégagent naturellement est bien souvent maltraitée, satisfaisant ce petit désir masochiste qui sommeille en nous (les hommes).
Manhole
(3,5/5) Agréable surprise que ce thriller biologique, acheté à un prix tout à fait modique (moins de 10€ les 3 tomes). Ma grande crainte concernant les séries dans lesquelles on aborde des thématiques médicales et biologiques, c'est d'y trouver un amoncellement de conneries, de contre-vérités, de facilités en tous genres, qui renderaient la lecture incredible. Et bien, ça n'est pas le cas ici. Alors, évidemment, tout n'est pas parfait, et l'on retrouve quand même quelques invraisemblances, citons par exemple, notre coupable, à la fin, qui rentre dans la salle d'IRM avec son fauteuil roulant...Or, l'électro-aimant d'une IRM est si puissant, que tout objet métallique qui s'en approche à quelques mètres s'y retrouve obligatoire fixé de manière très forte ! Concernant la parasitose, il y a quelques anicroches, mais, globalement, c'est assez fiable, et crédible. La lecture est très fluide, rapide, agréable, le dessin est réussi et efficace. J'ai été tenu en haleine jusqu'au bout et ne regrette pas mon achat, le contrat a été rempli en ce qui concerne le divertissement. A lire ! (223)