Avis après la lecture du tome 8
Un cardinal démoniaque avide de pouvoir, des familles romaines tout aussi disposé à s'enrichir, un scorpion affublé d'un hussard évoluant dans une Rome aux multiples pépés à la câlinerie et aux formes généreuses et enfin des secrets mystérieux sur un passé trouble au milieu de cela.
Le scorpion me fait penser aux films de capes et d'épées de Jean Marais où serait plongé un Indiana Jones de la renaissance. Assez fantaisiste, pour ne pas dire imaginaire dans l'encrage historique et dans ses péripéties, il ne faut porter aucune attention archéologique à ce récit. C'est bien là le principal reproche de cette série qui aurait gagné à s'inscrire plus dans de la pédagogie d'une période et des régions qu'elle parcourt, déjà bien riches sans avoir à inventer un background superflu.
Pour le reste, ce n'est souvent du bonheur tant on vogue dans de la série B sans prise de tête avec moult rebondissements scénaristiques, des aventures en terrains exotiques, de l'action bien troussée, de la punchline, de l'humour assez léger et des coquines de temps en temps. Le traitement des femmes, bien que correct sur les protagonistes principales, se montre quand même un chouïa trop caricatural (en gros, elle finisse toute facilement dans un lit, et pas par sommeil).
Cependant, Marini les sublime il faut bien le dire, tout comme il transcende le Scorpion dans son ensemble par son dessin impeccable, vivace et colorisé à la perfection. Chaque page est un enchantement pour les mirettes, explosant littéralement d'ambiance dans les décors et de dynamisme même si le trait semble perdre en application au fur et à mesure que l'intrigue avance.
On pourra quand même sentir la série tourner en rond dans les derniers volumes. En effet, on commence à s'habituer aux schémas utilisés de façon récurrente (un personnage emprisonné en fin d'album, l'évasion qui débute la suivante, les dernières chances allouées à quelqu'un pour accomplir un tâche, qui rate, mais qui dispose encore d'une dernière chance). De plus, la perfection du scorpion et son aptitude à se sortir de tous les dangers dans le plus pur style James "Sean Connery" Bond en font un héros qui perd de sa substance aux profits des seconds couteaux plus intéressants mais trop peu approfondis (le hussard, Mejai, Ansea).
De manière générale, le scorpion gagnerait à disséminer plus d'éléments sur les ressorts scénaristiques principaux plutôt que de donner l'impression de jouer la montre en évitant soigneusement les ombres précédemment jetées sur des pans d'histoire. On se retrouve ainsi sur les tomes 7 et 8 à avoir l'impression d'albums plus facilement dispensables ou exagérément étirés pour succomber au mercantilisme tentant quand on rencontre le succès.
Quelques inquiétudes donc sur la globalité, mais un dessin et une légèreté source de plaisir parfois coupable surtout.
Cette belle série d'aventure débute en 1982 et s'inscrit dans une thématique que j'aime particulièrement : la vie des trappeurs et la colonisation souvent barbare et violente du continent nord américain. Dans le même genre que Bas de cuir de Ramaïoli, la série est d'une qualité nettement supérieure par son ton historique parfaitement documenté, on sent que J.F. Charles traite d'un sujet qu'il maîtrise bien et qu'il a envie de faire partager cette passion au lecteur ; on retrouvera ce sentiment dans sa série suivante India Dreams.
On suit donc dans cette Nouvelle France (exotique pour nous Européens avec ses paysages superbes) le destin du personnage principal Benjamin Graindal, ainsi que Louise, Mary, Bill et quelques hommes des bois, pris au milieu du conflit souvent sanglant entre Français et Anglais pour la possession de ce riche territoire où s'affrontent aussi les tribus de Hurons et d'Algonquins aux rivalités tenaces.
Avec un soin méticuleux, Charles reconstitue cette époque remplie de cruauté qui rappelle un peu le thème du célèbre roman de Fenimore Cooper, le Dernier des Mohicans, mais comme il n'est pas dépendant du roman, son récit étant fictif, il a une plus grande liberté, tout en devant s'appuyer sur la réalité historique. En filigrane, c'est d'ailleurs aussi la naissance des futurs Etats-Unis d'Amérique et de Québec.
Je reproche seulement à la bande sa longévité , le récit s'étire sur trop d'albums et s'éparpille trop dans une trop grand quantité de personnages, dont on suit le destin sur les 2 continents, dans des directions qui n'ont parfois plus rien à voir avec le sujet initial, c'est un peu fatigant car inutile ; le premier cycle de 6 albums est magistral, il écrase tout le reste, mais pour la suite, c'est au feeling, surtout que le dessin de Ersel surprend un peu au tome 7, pour ensuite se faire accepter. Celui de J.F. Charles est joli et soigné, avec de très belles images et des pleines pages très intéressantes à détailler. Je maintiens malgré tout une note positive pour cette belle épopée embellie par le talent de conteur de l'auteur.
Après avoir découvert cette série en bibliothèque un peu par hasard, j'en suis tombé immédiatement amoureux, et j'ai lu les 3 premiers d'une traite, les autres plus tard. C'est une belle série humaniste où transparaît la solitude et l'amertume, du moins dans les premiers épisodes, car le héros mène une vie solitaire par son métier au contact de la nature; sa solitude lui laisse le temps d'avoir des pensées personnelles, bien évoquées dans l'épisode 3, Quand s'allument les lampes.
Il y a dans ces albums une ambiance étrange qui tranche résolument avec celle que l'on retrouve dans les westerns traditionnels, c'est apaisant, c'est plein d' émotion, et ça magnifie les grands espaces neigeux du Grand Nord. Coiffé de son chapeau style Baden-Powell, et assisté par son chien sans nom, Trent est l'ami des tribus indiennes du Canada, il est fidèle à l'adage qui dit qu'une Tunique rouge attrape toujours celui qu'il poursuit. Il fait évidemment penser à la célèbre Bd américaine "King of the royal mounted" qui développait comme ici une idéologie saine éprise de justice. Mais ici, il y a quelque chose de profondément humain chez ce héros.
Les autres personnages sont bien cernés, le scénariste mêle l'action à la réflexion et à l'émotion. Beaucoup de psychologie donc dans cette série, où le dessinateur brésilien Léo affine sa technique de trait réaliste élégant et clair, qui culmine dans certains plans de paysages grandioses. Malgré une histoire par album, la bande suit une progression : l'action commence en 1897, où dès le premier épisode, le héros rencontre Agnès de Saint-Yves, celle qui deviendra plus tard son épouse, mais après une série d'épreuves et une longue attente. Les auteurs décident d'arrêter en 2000 après 8 albums, où Trent vit enfin heureux auprès de l'amour de sa vie et de son fils, une fin logique même si je ne peux m'empêcher de penser que j'aurais bien voulu que ça continue. Une très belle série, atypique dans son genre, pas si connue, qui mérite l'arrêt et l'achat.
Je m'aperçois soudain que je n'ai pas encore avisé Lucky Luke, ma Bd d'enfance et de jeunesse, qui m'a régalé tant de fois, c'est un comble ! Avec Tintin et Astérix, il est le héros le plus connu de la BD européenne, une vraie légende de la BD, un incontournable du 9ème art, dont le succès ne s'est jamais démenti depuis 1946, date de sa création. Je possède pratiquement la collection complète, du n°5 au n°31 en brochés Dupuis, puis du n°32 au n°69 en cartonnés Dargaud et Lucky Prod. J'ai lu les reprises d'Achdé, Gerra et les autres, c'est pas mal, mais ça n'a pas la même saveur que la période Goscinny.
Le premier Lucky Luke est rond, petit, joufflu, le visage alourdi par un menton en galoche ; très vite, Morris va dégrossir son personnage de style Popeye, et à partir de l'épisode 5 (Pat Poker), la silhouette s'affine, devient svelte et longue pour camper un héros dur, intraitable qui n'hésite pas à tuer. Le changement survient en 1955 avec l'arrivée de Goscinny qui s'associe à la réussite de ce western pour rire. La collaboration entre Morris et Goscinny durera jusqu'en 1977. Comme il le fera sur Astérix, ce dernier, par son sens de la narration, du dialogue et son humour imaginatif, va hisser la série à un niveau de qualité exceptionnelle, en même temps que Morris donne dès l'épisode 13 (Le Juge) la silhouette longiligne de Luke, celle qu'il gardera durant sa longue carrière. Avec Goscinny, il répare aussi une erreur : celle d'avoir tué les Dalton (les vrais) dans l'épisode Hors-la-loi ; Morris avait pourtant respecté la réalité, ces frères avaient été descendus au cours d'une attaque de banque par les habitants d'une bourgade. Sentant le fort potentiel comique de ces personnages, G & M trouvent une astuce en créant des cousins, réplique exacte des premiers , mais en plus idiots.
Avec Goscinny, la série devient donc plus parodique, elle trouve si bien son ton et son style qu'elle ne variera plus du tout, tout en continuant de décortiquer les épisodes de la conquête de l'Ouest dans la bonne humeur, en caricaturant tous ses mythes, avec notamment des personnages historiques revus et corrigés par les 2 auteurs. Des faits réels de l'Ouest sont relatés avec toujours la même drôlerie (la ruée vers l'Ouest, les villes fantômes, le télégraphe, les guerres indiennes, les convois de pionniers, l'armée, les chasseurs de primes, les machines à sous, le Pony express, les troupes ambulantes, les journaux...) , et les grands personnages sont passés à la moulinette goscinienne.
Comme dans la plupart des grandes Bd, des personnages secondaires très typés apparaissent parfois de façon récurrente, enrichissant la série et créant avec le lecteur assidu une complicité que ne peut comprendre le lecteur occasionnel ; parmi ces figures de l'Ouest, on note le shériff taillant un bout de bois, le croque-mort astiquant son corbillard, le patron de saloon qui planque la grande glace dès qu'une bagarre éclate, le gambler au beau gilet, l'old timer dans un étonnant fauteuil roulant, l'humble blanchisseur chinois, le Mexicain endormi devant une cantina, des danseuses de saloon aux déshabillés élégants (qui étaient censurées chez Dupuis), des Indiens fiers et pleins de sagesse, des bandits ou chefs de bande toujours ridicules. Tout ce petit monde familier et attachant associé au subtil mélange des personnages authentiques ou d'événements (rappelés parfois en fin d'albums par des gravures) tournés en merveilleuse dérision par les auteurs, ont permis d'élargir à un public adulte l'audience de la série. De même les gags répétitifs fidélisent le lecteur, tels les écriteaux de ville destinés aux étrangers. Et les Dalton, ces desperados laids bêtes et méchants, sont tout à fait représentatifs de ces personnages secondaires pittoresques ; chacune de leur apparition vole souvent la vedette à Luke, surtout l'infâme Joe et Averell le crétin.
D'autre part, Morris qui devient avec le temps, plus exigeant dans ses cadrages et ses découpages, rend un hommage appuyé au western hollywoodien , en particulier celui de John Ford dans ses plans, contre-plongées et champ-contre-champ ; sans oublier les nombreuses caricatures d'acteurs (Jack Palance en Phil Defer, Lee Van Cleef en Eliott Belt, De Funès en boss combinard, W.C. Field en patron de cirque, Wallace Beery en conducteur de diligence, David Niven en prof de diction....). On n'oubliera pas Jolly Jumper sans qui Luke ne serait rien, ainsi que Ran-Tan-Plan le chien le plus stupide de l'Ouest.
Ainsi se perpétue pour la jubilation de tous un modèle de western humoristique qui, sans jamais cesser de pratiquer la parodie et la dérision, a réussi à décrire un Far West crédible avec une fidélité à la réalité historique, et ce, sans trop de baisse de qualité comme c'est parfois le cas avec les longues séries. Dans cette flopée d'albums, voici ceux que je trouve excellents (dans l'ordre de parution) :
- En remontant le Mississipi, permet d'évoquer les bâteaux à aube du grand fleuve.
- A l'ombre des derricks, permet d'évoquer la découverte du pétrole.
- Billy the Kid, un des meilleurs épisodes où Goscinny confronte le célèbre bandit à Luke, alors que ce n'est qu'un mioche capricieux.
- les Dalton dans le blizzard, permet à Luke d'aller voir la police montée du Canada.
- la Caravane, excellent dans sa description des convois de pionniers.
- le 20ème de cavalerie, un hommage direct aux films de John Ford sur la cavalerie.
- l'Escorte, où Luke retrouve le Kid.
- Des barbelés dans la prairie, évoque les rivalités entre éleveurs.
- Calamity Jane, belle rencontre entre la célèbre outlaw et notre héros.
- Tortillas pour les Dalton, permet d'entrevoir un peu les Mexicains.
- la Diligence, pour moi le meilleur épisode, un bel hommage encore à John Ford.
- le Pied Tendre, évoque ces pauvres gommeux qui venaient dans l'Ouest ; excellent.
- Dalton City, un bon épisode sur les Dalton (Dupuis l'a refusé à cause des tenues des danseuses).
- Canyon Apache, autre hommage au western en général, sur les Indiens.
- Ma Dalton, excellent avec un gros potentiel comique.
- Chasseurs de prime, influence des westerns italiens oblige, avec le physique de Lee Van Cleef.
- le Grand Duc, un personnage qui est vraiment venu dans l'Ouest ; très bon épisode.
- le Cavalier blanc, évoque les troupes de théâtre ambulantes qui tentaient de civiliser l'Ouest.
- le Fil qui chante, la création du télégraphe, un grand pas dans l'avancée du progrès.
- le Bandit manchot, évoque les machines à sous équipant chaque saloon.
- Sarah Bernhardt, elle aussi est venue dans l'Ouest ; une belle rencontre avec Luke.
- le Daily Star, évoque la presse qui faisait son trou dans l'Ouest.
- la Fiancée de Lucky Luke, évoque les mariages, et se base sur le film Convoi de femmes.
- le Pony Express, ou l'épopée du courrier : un des mythes du Far West.
- l'Artiste peintre, rend un bel hommage au grand peintre de l'Ouest Frederic Remington.
Dans la grande tradition de la veine historique à la française qui a occupé la décennie 1980-90, Gilles Chaillet organise sa reconstitution avec une minutie héritée de Jacques Martin avec qui il a collaboré sur Lefranc. C'est surtout très flagrant dans les 2 ou 3 premiers récits, son style clair propre à l'école de Bruxelles, et les poses hiératiques des personnages sont typiques de Jacques Martin ; Chaillet parviendra cependant à se débarrasser progressivement du graphisme martinien, tout en gardant un air de famille.
Son sens du décor précis se déploie d'une façon magistrale dans de somptueux palais et édifices italiens qu'il restitue à l'aide d'une documentation consistante ; j'en ai discuté avec lui un jour lors d'une dédicace, et il m'a avoué qu'il regrettait un peu d'avoir sacrifié l'aspect dynamique de sa série au profit d'une méticulosité architecturale. C'est vrai, on peut le lui reprocher, ça manque un peu de vigueur dans l'action, mais cette série qui s'appuie aussi sur une véracité historique, reste pour moi l'une des plus intéressantes de la BD franco-belge classique, et pour un amateur de vieilles pierres comme moi, c'est un véritable festival.
Son héros, Vasco Baglioni qui accomplit pour son oncle banquier lombard des missions, a le mérite de voyager à travers le monde médiéval dans plusieurs pays différents ; les tomes 7 et 8 le voient en France, c'est un vrai régal d'admirer les superbes reconstitutions de la Cité de Carcassonne (en double page), l'abbaye de Conques, Albi ou le château de Montségur, tant de lieux que j'ai visité et parfaitement restitués. Mais une Bd ne doit pas être qu'un beau livre d'images à regarder, il faut aussi de bons scénarios ; dans "Vasco", tous ne sont pas excellents, mais en règle générale, au soin du décor, Chaillet ajoute de multiples rebondissements, un sens dramatique travaillé, l'authenticité du détail, notamment sur les costumes, et un récit bien mené... autant d'atouts qui donnent envie de s'attacher aux pas de Vasco, héros valeureux.
Un très joli petit ouvrage que j'ai découvert, par une artiste que j'aime décidément beaucoup.
J'ai découvert cette BD via le blog de l'auteur, qui a un talent incroyable pour les dessins et les histoires superbes et décalées que j'ai dévorées sur le net. Puis j'ai vu que l'auteur publiait enfin une BD, que je me suis empressé d'acheter, voulant découvrir si une auteur si talentueuse saurait tenir la distance (entre des historiettes et un livre de 160 pages, il faut arriver à remplir le tout).
Ce que je dois dire, c'est le dessin. Il est vraiment superbe, mais c'est vraiment selon les goûts (certains n'aiment vraiment pas). Personnellement, je l'admire beaucoup, ce mélange de plein de traits, à l'encre, le crayon, le graphite, le pastel, la gouache ... Presque chaque page est différente, les couleurs sont chatoyantes et sublimes, le tout est d'une beauté visuelle vraiment extraordinaire. Je suis conquis chaque fois que je le regarde. Visuellement, c'est une réussite incontestable, et la qualité ne varie pas sur le tome, restant aussi efficace. C'est ce que j'aime le plus de l'auteur, et c'est ce qu'elle rend le mieux dans l'histoire.
Le scénario est particulier, et je me suis décidé à le ranger dans la catégorie conte car c'est à mon avis le plus proche de l'esprit de cette histoire, qui est complètement décalée, mélange d'un univers à la Orwell et d'un poète, dans le même genre que MangeCoeur.
L'histoire est celle d'un homme dans une ville qui fonctionne de manière industrielle, avec des chiffres et de l'acier, des rouages et du café. Une ville sans joie, sans couleur, où les gens sont pressés et ne prennent pas le temps de penser à d'autres choses. Dans cet univers sombre, nous retrouvons Manu, un ouvrier qui a un passe-temps des plus curieux. Il est sorti plusieurs fois de la cité, dans les débris qui l'entourent, et cherche des chaises. Car Manu est dompteur de chaises (et là, c'est vraiment le cas, il leur fait faire des tours). Seulement, dans la ville, ce n'est pas toléré, et personne ne voudrait le voir. Il se décide donc à intégrer le cirque qui donne des représentations chaque soir en dehors de la ville.
Le scénario annonce déjà la couleur à la fois poétique et décalée du récit, qui oscille entre plusieurs facettes, alliant des passages poétiques à certains complètement saugrenus, d'autres poétiques, mais toujours beau. L'humour est aussi présent dans plusieurs situations et vient ponctuer l'ensemble sans jamais sortir de l'esprit très décalé et fantasmagorique du reste du récit. Le tout baigne dans une atmosphère extraordinaire, et j'ai été complètement conquis par le ton.
Cela dit, si le ton et l'atmosphère sont agréables, j'ai trouvé le fond du récit moins intéressant, avec une façon de présenter les choses qui sent le déjà vu, un monde sans couleur et sans poésie avec de l'autre côté des gens exactement inverses. C'est presque dommage, mais le récit tient tout de même la route et les 160 pages se lisent toujours avec envie, sans grand suspense, mais avec un bon rythme.
Ce qui m'a vraiment plu, c'est en fait tout ce qui est autour, qui est beau d'une superbe façon. C'est poétique, déjanté, décalé, humoristique, émouvant ... J'ai été conquis par le ton, même si le fond ne m'a pas le plus convaincu. Il reste néanmoins un excellent tome de BD, avec de belles métaphores qui sont bien traitées à défaut d'être originales. Dans le genre, c'est vraiment une BD efficace. Et belle. Je me répète, mais elle est vraiment belle. C'est pour ça que je lui décerne allègrement un 4/5 et un coup de cœur, car elle est en passe de devenir un petit chouchou de ma BDthèque. A lire !
(ps : si vous le prenez sur le site, vous aurez en prime trois cartes postales qui valent vraiment le coup)
Le dessinateur de Berceuse assassine atteint ici un sommet, je le dis bien haut. Faut dire qu'il est bien secondé par Dorison qui n'est pas n'importe qui. Leur vision du monde viking est parfaitement crédible, faisant de ce peuple et de leur mythologie un univers fascinant.
On ne peut s'empêcher de penser à Thorgal ou au superbe film Les Vikings de 1958 avec Kirk Douglas, tout en remarquant que cette aventure rappelle aussi la quête acharnée du capitaine Achab qui poursuit la baleine blanche Moby Dick. Avec de telles références, ce one-shot en forme de diptyque ne pouvait pas décevoir, et il ne m'a pas déçu. L'action est rapide, les dialogues concis, éclairant juste ce qu'il faut, et Meyer se surpasse dans la justesse de son trait, les couleurs dans une alternance de bleutés et d'orangés, ainsi que le découpage efficace.
Les personnages sont intéressants, même si certains disparaissent un peu vite ; Sieglind oppose sa douceur nordique au caractère taciturne et hermétique de Pied de Fer, qui s'humanise par petites touches à son contact ; c'est un personnage étrangement attachant malgré son aspect de chasseur asocial et bourru, auquel Dorison a donné une grande profondeur.
Une belle et grande aventure qui utilise de vieilles recettes pour faire du neuf avec maestria, et que j'aurais bien voulu voir évoluer au-delà d'un simple diptyque.
Très bon album. Dessins agréables et suffisant déjà à provoquer l'hilarité. Des histoires plus drôles les unes que les autres.
Les histoires avec les rappeurs en maison de retraite, du prof japonais de musique sado-maso et du punk honteux de son gentil fils sont excellentes.
Un album que je recommande vivement.
Franquin nous a montré avec beaucoup de talent son côté le plus sombre avec ses « idées noires ». Un humour grinçant et un ton cynique, servi par un graphisme noir et blanc, proche des ombres chinoises, avec une multitude de détails, trames et textures.
L’atmosphère générale est relativement étouffante ; Composé d’une multitude d’histoires courtes aux gags pas aussi gratuits qu’ils n’en ont l’air, Franquin remet les pendules à l’heure en y malmenant la connerie humaine avec des messages et thématiques de réflexions forts.
Une œuvre jubilatoire à ne surtout pas manquer !!!
Ce genre de western archi crépusculaire est typique de ce milieu d'années 70, où à travers ce personnage de trappeur et d'éclaireur, le western n'a plus rien d'héroïque, et se tourne vers la réflexion. Une nouvelle dimension s'ajoute à l'édifice d'un genre qui a été trituré à toutes les sauces à l'écran, puis en BD. Ici, plus rien à voir avec Jerry Spring, mais on note cependant que les concurrents comme Blueberry et Comanche ont su sentir le vent tourner dans cette décennie où Hollywood remettait son genre fétiche en question, car le western en BD suit à la trace le western à l'écran, et la mode du western psychologique a donné de belles séries, c'est le cas ici.
Tout commence le jour où l'épouse de Cartland (une squaw Oglala) est massacrée par des pillards. Brisé, il s'engage comme éclaireur pour l'armée : c'est le début d'une longue errance à travers les espaces sauvages. Western humaniste, mais violent parfois, son personnage principal est un anti-héros idéaliste qui regarde les événements se dérouler sans toujours réellement participer à l'action, il adopte une certaine distance et n'est pas le justicier type de l'Ouest, gardant ainsi son individualité. C'est un héros meurtri, au profil introspectif, qui prend au fil des albums une indéniable consistance.
Le scénariste étant une femme, elle offre de nombreux portraits de femmes parfois troublantes qui croisent la route du héros ; l'une d'elles connaîtra une véritable déchéance. M. Blanc-Dumont illustre ce beau western tantôt avec vigueur, tantôt avec un trait plus hiératique, mais toujours avec élégance et finesse ; il y assouvit également sa passion des chevaux en dessinant de magnifiques équidés. En tout cas, sur l'ensemble de la série, j'adore son rendu graphique d'une belle pureté.
Les scénarios de Laurence Harlé sont très documentés, volontairement lents et baroques, le comble pour un western, mais sources d'atmosphère. Un western très sous-estimé, parce que n'étant pas formaté comme les séries habituelles du genre, je le recommande, c'est une belle collection d'albums à garder et à relire.
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Le Scorpion
Avis après la lecture du tome 8 Un cardinal démoniaque avide de pouvoir, des familles romaines tout aussi disposé à s'enrichir, un scorpion affublé d'un hussard évoluant dans une Rome aux multiples pépés à la câlinerie et aux formes généreuses et enfin des secrets mystérieux sur un passé trouble au milieu de cela. Le scorpion me fait penser aux films de capes et d'épées de Jean Marais où serait plongé un Indiana Jones de la renaissance. Assez fantaisiste, pour ne pas dire imaginaire dans l'encrage historique et dans ses péripéties, il ne faut porter aucune attention archéologique à ce récit. C'est bien là le principal reproche de cette série qui aurait gagné à s'inscrire plus dans de la pédagogie d'une période et des régions qu'elle parcourt, déjà bien riches sans avoir à inventer un background superflu. Pour le reste, ce n'est souvent du bonheur tant on vogue dans de la série B sans prise de tête avec moult rebondissements scénaristiques, des aventures en terrains exotiques, de l'action bien troussée, de la punchline, de l'humour assez léger et des coquines de temps en temps. Le traitement des femmes, bien que correct sur les protagonistes principales, se montre quand même un chouïa trop caricatural (en gros, elle finisse toute facilement dans un lit, et pas par sommeil). Cependant, Marini les sublime il faut bien le dire, tout comme il transcende le Scorpion dans son ensemble par son dessin impeccable, vivace et colorisé à la perfection. Chaque page est un enchantement pour les mirettes, explosant littéralement d'ambiance dans les décors et de dynamisme même si le trait semble perdre en application au fur et à mesure que l'intrigue avance. On pourra quand même sentir la série tourner en rond dans les derniers volumes. En effet, on commence à s'habituer aux schémas utilisés de façon récurrente (un personnage emprisonné en fin d'album, l'évasion qui débute la suivante, les dernières chances allouées à quelqu'un pour accomplir un tâche, qui rate, mais qui dispose encore d'une dernière chance). De plus, la perfection du scorpion et son aptitude à se sortir de tous les dangers dans le plus pur style James "Sean Connery" Bond en font un héros qui perd de sa substance aux profits des seconds couteaux plus intéressants mais trop peu approfondis (le hussard, Mejai, Ansea). De manière générale, le scorpion gagnerait à disséminer plus d'éléments sur les ressorts scénaristiques principaux plutôt que de donner l'impression de jouer la montre en évitant soigneusement les ombres précédemment jetées sur des pans d'histoire. On se retrouve ainsi sur les tomes 7 et 8 à avoir l'impression d'albums plus facilement dispensables ou exagérément étirés pour succomber au mercantilisme tentant quand on rencontre le succès. Quelques inquiétudes donc sur la globalité, mais un dessin et une légèreté source de plaisir parfois coupable surtout.
Les Pionniers du Nouveau Monde
Cette belle série d'aventure débute en 1982 et s'inscrit dans une thématique que j'aime particulièrement : la vie des trappeurs et la colonisation souvent barbare et violente du continent nord américain. Dans le même genre que Bas de cuir de Ramaïoli, la série est d'une qualité nettement supérieure par son ton historique parfaitement documenté, on sent que J.F. Charles traite d'un sujet qu'il maîtrise bien et qu'il a envie de faire partager cette passion au lecteur ; on retrouvera ce sentiment dans sa série suivante India Dreams. On suit donc dans cette Nouvelle France (exotique pour nous Européens avec ses paysages superbes) le destin du personnage principal Benjamin Graindal, ainsi que Louise, Mary, Bill et quelques hommes des bois, pris au milieu du conflit souvent sanglant entre Français et Anglais pour la possession de ce riche territoire où s'affrontent aussi les tribus de Hurons et d'Algonquins aux rivalités tenaces. Avec un soin méticuleux, Charles reconstitue cette époque remplie de cruauté qui rappelle un peu le thème du célèbre roman de Fenimore Cooper, le Dernier des Mohicans, mais comme il n'est pas dépendant du roman, son récit étant fictif, il a une plus grande liberté, tout en devant s'appuyer sur la réalité historique. En filigrane, c'est d'ailleurs aussi la naissance des futurs Etats-Unis d'Amérique et de Québec. Je reproche seulement à la bande sa longévité , le récit s'étire sur trop d'albums et s'éparpille trop dans une trop grand quantité de personnages, dont on suit le destin sur les 2 continents, dans des directions qui n'ont parfois plus rien à voir avec le sujet initial, c'est un peu fatigant car inutile ; le premier cycle de 6 albums est magistral, il écrase tout le reste, mais pour la suite, c'est au feeling, surtout que le dessin de Ersel surprend un peu au tome 7, pour ensuite se faire accepter. Celui de J.F. Charles est joli et soigné, avec de très belles images et des pleines pages très intéressantes à détailler. Je maintiens malgré tout une note positive pour cette belle épopée embellie par le talent de conteur de l'auteur.
Trent
Après avoir découvert cette série en bibliothèque un peu par hasard, j'en suis tombé immédiatement amoureux, et j'ai lu les 3 premiers d'une traite, les autres plus tard. C'est une belle série humaniste où transparaît la solitude et l'amertume, du moins dans les premiers épisodes, car le héros mène une vie solitaire par son métier au contact de la nature; sa solitude lui laisse le temps d'avoir des pensées personnelles, bien évoquées dans l'épisode 3, Quand s'allument les lampes. Il y a dans ces albums une ambiance étrange qui tranche résolument avec celle que l'on retrouve dans les westerns traditionnels, c'est apaisant, c'est plein d' émotion, et ça magnifie les grands espaces neigeux du Grand Nord. Coiffé de son chapeau style Baden-Powell, et assisté par son chien sans nom, Trent est l'ami des tribus indiennes du Canada, il est fidèle à l'adage qui dit qu'une Tunique rouge attrape toujours celui qu'il poursuit. Il fait évidemment penser à la célèbre Bd américaine "King of the royal mounted" qui développait comme ici une idéologie saine éprise de justice. Mais ici, il y a quelque chose de profondément humain chez ce héros. Les autres personnages sont bien cernés, le scénariste mêle l'action à la réflexion et à l'émotion. Beaucoup de psychologie donc dans cette série, où le dessinateur brésilien Léo affine sa technique de trait réaliste élégant et clair, qui culmine dans certains plans de paysages grandioses. Malgré une histoire par album, la bande suit une progression : l'action commence en 1897, où dès le premier épisode, le héros rencontre Agnès de Saint-Yves, celle qui deviendra plus tard son épouse, mais après une série d'épreuves et une longue attente. Les auteurs décident d'arrêter en 2000 après 8 albums, où Trent vit enfin heureux auprès de l'amour de sa vie et de son fils, une fin logique même si je ne peux m'empêcher de penser que j'aurais bien voulu que ça continue. Une très belle série, atypique dans son genre, pas si connue, qui mérite l'arrêt et l'achat.
Lucky Luke
Je m'aperçois soudain que je n'ai pas encore avisé Lucky Luke, ma Bd d'enfance et de jeunesse, qui m'a régalé tant de fois, c'est un comble ! Avec Tintin et Astérix, il est le héros le plus connu de la BD européenne, une vraie légende de la BD, un incontournable du 9ème art, dont le succès ne s'est jamais démenti depuis 1946, date de sa création. Je possède pratiquement la collection complète, du n°5 au n°31 en brochés Dupuis, puis du n°32 au n°69 en cartonnés Dargaud et Lucky Prod. J'ai lu les reprises d'Achdé, Gerra et les autres, c'est pas mal, mais ça n'a pas la même saveur que la période Goscinny. Le premier Lucky Luke est rond, petit, joufflu, le visage alourdi par un menton en galoche ; très vite, Morris va dégrossir son personnage de style Popeye, et à partir de l'épisode 5 (Pat Poker), la silhouette s'affine, devient svelte et longue pour camper un héros dur, intraitable qui n'hésite pas à tuer. Le changement survient en 1955 avec l'arrivée de Goscinny qui s'associe à la réussite de ce western pour rire. La collaboration entre Morris et Goscinny durera jusqu'en 1977. Comme il le fera sur Astérix, ce dernier, par son sens de la narration, du dialogue et son humour imaginatif, va hisser la série à un niveau de qualité exceptionnelle, en même temps que Morris donne dès l'épisode 13 (Le Juge) la silhouette longiligne de Luke, celle qu'il gardera durant sa longue carrière. Avec Goscinny, il répare aussi une erreur : celle d'avoir tué les Dalton (les vrais) dans l'épisode Hors-la-loi ; Morris avait pourtant respecté la réalité, ces frères avaient été descendus au cours d'une attaque de banque par les habitants d'une bourgade. Sentant le fort potentiel comique de ces personnages, G & M trouvent une astuce en créant des cousins, réplique exacte des premiers , mais en plus idiots. Avec Goscinny, la série devient donc plus parodique, elle trouve si bien son ton et son style qu'elle ne variera plus du tout, tout en continuant de décortiquer les épisodes de la conquête de l'Ouest dans la bonne humeur, en caricaturant tous ses mythes, avec notamment des personnages historiques revus et corrigés par les 2 auteurs. Des faits réels de l'Ouest sont relatés avec toujours la même drôlerie (la ruée vers l'Ouest, les villes fantômes, le télégraphe, les guerres indiennes, les convois de pionniers, l'armée, les chasseurs de primes, les machines à sous, le Pony express, les troupes ambulantes, les journaux...) , et les grands personnages sont passés à la moulinette goscinienne. Comme dans la plupart des grandes Bd, des personnages secondaires très typés apparaissent parfois de façon récurrente, enrichissant la série et créant avec le lecteur assidu une complicité que ne peut comprendre le lecteur occasionnel ; parmi ces figures de l'Ouest, on note le shériff taillant un bout de bois, le croque-mort astiquant son corbillard, le patron de saloon qui planque la grande glace dès qu'une bagarre éclate, le gambler au beau gilet, l'old timer dans un étonnant fauteuil roulant, l'humble blanchisseur chinois, le Mexicain endormi devant une cantina, des danseuses de saloon aux déshabillés élégants (qui étaient censurées chez Dupuis), des Indiens fiers et pleins de sagesse, des bandits ou chefs de bande toujours ridicules. Tout ce petit monde familier et attachant associé au subtil mélange des personnages authentiques ou d'événements (rappelés parfois en fin d'albums par des gravures) tournés en merveilleuse dérision par les auteurs, ont permis d'élargir à un public adulte l'audience de la série. De même les gags répétitifs fidélisent le lecteur, tels les écriteaux de ville destinés aux étrangers. Et les Dalton, ces desperados laids bêtes et méchants, sont tout à fait représentatifs de ces personnages secondaires pittoresques ; chacune de leur apparition vole souvent la vedette à Luke, surtout l'infâme Joe et Averell le crétin. D'autre part, Morris qui devient avec le temps, plus exigeant dans ses cadrages et ses découpages, rend un hommage appuyé au western hollywoodien , en particulier celui de John Ford dans ses plans, contre-plongées et champ-contre-champ ; sans oublier les nombreuses caricatures d'acteurs (Jack Palance en Phil Defer, Lee Van Cleef en Eliott Belt, De Funès en boss combinard, W.C. Field en patron de cirque, Wallace Beery en conducteur de diligence, David Niven en prof de diction....). On n'oubliera pas Jolly Jumper sans qui Luke ne serait rien, ainsi que Ran-Tan-Plan le chien le plus stupide de l'Ouest. Ainsi se perpétue pour la jubilation de tous un modèle de western humoristique qui, sans jamais cesser de pratiquer la parodie et la dérision, a réussi à décrire un Far West crédible avec une fidélité à la réalité historique, et ce, sans trop de baisse de qualité comme c'est parfois le cas avec les longues séries. Dans cette flopée d'albums, voici ceux que je trouve excellents (dans l'ordre de parution) : - En remontant le Mississipi, permet d'évoquer les bâteaux à aube du grand fleuve. - A l'ombre des derricks, permet d'évoquer la découverte du pétrole. - Billy the Kid, un des meilleurs épisodes où Goscinny confronte le célèbre bandit à Luke, alors que ce n'est qu'un mioche capricieux. - les Dalton dans le blizzard, permet à Luke d'aller voir la police montée du Canada. - la Caravane, excellent dans sa description des convois de pionniers. - le 20ème de cavalerie, un hommage direct aux films de John Ford sur la cavalerie. - l'Escorte, où Luke retrouve le Kid. - Des barbelés dans la prairie, évoque les rivalités entre éleveurs. - Calamity Jane, belle rencontre entre la célèbre outlaw et notre héros. - Tortillas pour les Dalton, permet d'entrevoir un peu les Mexicains. - la Diligence, pour moi le meilleur épisode, un bel hommage encore à John Ford. - le Pied Tendre, évoque ces pauvres gommeux qui venaient dans l'Ouest ; excellent. - Dalton City, un bon épisode sur les Dalton (Dupuis l'a refusé à cause des tenues des danseuses). - Canyon Apache, autre hommage au western en général, sur les Indiens. - Ma Dalton, excellent avec un gros potentiel comique. - Chasseurs de prime, influence des westerns italiens oblige, avec le physique de Lee Van Cleef. - le Grand Duc, un personnage qui est vraiment venu dans l'Ouest ; très bon épisode. - le Cavalier blanc, évoque les troupes de théâtre ambulantes qui tentaient de civiliser l'Ouest. - le Fil qui chante, la création du télégraphe, un grand pas dans l'avancée du progrès. - le Bandit manchot, évoque les machines à sous équipant chaque saloon. - Sarah Bernhardt, elle aussi est venue dans l'Ouest ; une belle rencontre avec Luke. - le Daily Star, évoque la presse qui faisait son trou dans l'Ouest. - la Fiancée de Lucky Luke, évoque les mariages, et se base sur le film Convoi de femmes. - le Pony Express, ou l'épopée du courrier : un des mythes du Far West. - l'Artiste peintre, rend un bel hommage au grand peintre de l'Ouest Frederic Remington.
Vasco
Dans la grande tradition de la veine historique à la française qui a occupé la décennie 1980-90, Gilles Chaillet organise sa reconstitution avec une minutie héritée de Jacques Martin avec qui il a collaboré sur Lefranc. C'est surtout très flagrant dans les 2 ou 3 premiers récits, son style clair propre à l'école de Bruxelles, et les poses hiératiques des personnages sont typiques de Jacques Martin ; Chaillet parviendra cependant à se débarrasser progressivement du graphisme martinien, tout en gardant un air de famille. Son sens du décor précis se déploie d'une façon magistrale dans de somptueux palais et édifices italiens qu'il restitue à l'aide d'une documentation consistante ; j'en ai discuté avec lui un jour lors d'une dédicace, et il m'a avoué qu'il regrettait un peu d'avoir sacrifié l'aspect dynamique de sa série au profit d'une méticulosité architecturale. C'est vrai, on peut le lui reprocher, ça manque un peu de vigueur dans l'action, mais cette série qui s'appuie aussi sur une véracité historique, reste pour moi l'une des plus intéressantes de la BD franco-belge classique, et pour un amateur de vieilles pierres comme moi, c'est un véritable festival. Son héros, Vasco Baglioni qui accomplit pour son oncle banquier lombard des missions, a le mérite de voyager à travers le monde médiéval dans plusieurs pays différents ; les tomes 7 et 8 le voient en France, c'est un vrai régal d'admirer les superbes reconstitutions de la Cité de Carcassonne (en double page), l'abbaye de Conques, Albi ou le château de Montségur, tant de lieux que j'ai visité et parfaitement restitués. Mais une Bd ne doit pas être qu'un beau livre d'images à regarder, il faut aussi de bons scénarios ; dans "Vasco", tous ne sont pas excellents, mais en règle générale, au soin du décor, Chaillet ajoute de multiples rebondissements, un sens dramatique travaillé, l'authenticité du détail, notamment sur les costumes, et un récit bien mené... autant d'atouts qui donnent envie de s'attacher aux pas de Vasco, héros valeureux.
Le Cirque - Journal d'un dompteur de chaises
Un très joli petit ouvrage que j'ai découvert, par une artiste que j'aime décidément beaucoup. J'ai découvert cette BD via le blog de l'auteur, qui a un talent incroyable pour les dessins et les histoires superbes et décalées que j'ai dévorées sur le net. Puis j'ai vu que l'auteur publiait enfin une BD, que je me suis empressé d'acheter, voulant découvrir si une auteur si talentueuse saurait tenir la distance (entre des historiettes et un livre de 160 pages, il faut arriver à remplir le tout). Ce que je dois dire, c'est le dessin. Il est vraiment superbe, mais c'est vraiment selon les goûts (certains n'aiment vraiment pas). Personnellement, je l'admire beaucoup, ce mélange de plein de traits, à l'encre, le crayon, le graphite, le pastel, la gouache ... Presque chaque page est différente, les couleurs sont chatoyantes et sublimes, le tout est d'une beauté visuelle vraiment extraordinaire. Je suis conquis chaque fois que je le regarde. Visuellement, c'est une réussite incontestable, et la qualité ne varie pas sur le tome, restant aussi efficace. C'est ce que j'aime le plus de l'auteur, et c'est ce qu'elle rend le mieux dans l'histoire. Le scénario est particulier, et je me suis décidé à le ranger dans la catégorie conte car c'est à mon avis le plus proche de l'esprit de cette histoire, qui est complètement décalée, mélange d'un univers à la Orwell et d'un poète, dans le même genre que MangeCoeur. L'histoire est celle d'un homme dans une ville qui fonctionne de manière industrielle, avec des chiffres et de l'acier, des rouages et du café. Une ville sans joie, sans couleur, où les gens sont pressés et ne prennent pas le temps de penser à d'autres choses. Dans cet univers sombre, nous retrouvons Manu, un ouvrier qui a un passe-temps des plus curieux. Il est sorti plusieurs fois de la cité, dans les débris qui l'entourent, et cherche des chaises. Car Manu est dompteur de chaises (et là, c'est vraiment le cas, il leur fait faire des tours). Seulement, dans la ville, ce n'est pas toléré, et personne ne voudrait le voir. Il se décide donc à intégrer le cirque qui donne des représentations chaque soir en dehors de la ville. Le scénario annonce déjà la couleur à la fois poétique et décalée du récit, qui oscille entre plusieurs facettes, alliant des passages poétiques à certains complètement saugrenus, d'autres poétiques, mais toujours beau. L'humour est aussi présent dans plusieurs situations et vient ponctuer l'ensemble sans jamais sortir de l'esprit très décalé et fantasmagorique du reste du récit. Le tout baigne dans une atmosphère extraordinaire, et j'ai été complètement conquis par le ton. Cela dit, si le ton et l'atmosphère sont agréables, j'ai trouvé le fond du récit moins intéressant, avec une façon de présenter les choses qui sent le déjà vu, un monde sans couleur et sans poésie avec de l'autre côté des gens exactement inverses. C'est presque dommage, mais le récit tient tout de même la route et les 160 pages se lisent toujours avec envie, sans grand suspense, mais avec un bon rythme. Ce qui m'a vraiment plu, c'est en fait tout ce qui est autour, qui est beau d'une superbe façon. C'est poétique, déjanté, décalé, humoristique, émouvant ... J'ai été conquis par le ton, même si le fond ne m'a pas le plus convaincu. Il reste néanmoins un excellent tome de BD, avec de belles métaphores qui sont bien traitées à défaut d'être originales. Dans le genre, c'est vraiment une BD efficace. Et belle. Je me répète, mais elle est vraiment belle. C'est pour ça que je lui décerne allègrement un 4/5 et un coup de cœur, car elle est en passe de devenir un petit chouchou de ma BDthèque. A lire ! (ps : si vous le prenez sur le site, vous aurez en prime trois cartes postales qui valent vraiment le coup)
Asgard
Le dessinateur de Berceuse assassine atteint ici un sommet, je le dis bien haut. Faut dire qu'il est bien secondé par Dorison qui n'est pas n'importe qui. Leur vision du monde viking est parfaitement crédible, faisant de ce peuple et de leur mythologie un univers fascinant. On ne peut s'empêcher de penser à Thorgal ou au superbe film Les Vikings de 1958 avec Kirk Douglas, tout en remarquant que cette aventure rappelle aussi la quête acharnée du capitaine Achab qui poursuit la baleine blanche Moby Dick. Avec de telles références, ce one-shot en forme de diptyque ne pouvait pas décevoir, et il ne m'a pas déçu. L'action est rapide, les dialogues concis, éclairant juste ce qu'il faut, et Meyer se surpasse dans la justesse de son trait, les couleurs dans une alternance de bleutés et d'orangés, ainsi que le découpage efficace. Les personnages sont intéressants, même si certains disparaissent un peu vite ; Sieglind oppose sa douceur nordique au caractère taciturne et hermétique de Pied de Fer, qui s'humanise par petites touches à son contact ; c'est un personnage étrangement attachant malgré son aspect de chasseur asocial et bourru, auquel Dorison a donné une grande profondeur. Une belle et grande aventure qui utilise de vieilles recettes pour faire du neuf avec maestria, et que j'aurais bien voulu voir évoluer au-delà d'un simple diptyque.
Allegretto Deprimoso
Très bon album. Dessins agréables et suffisant déjà à provoquer l'hilarité. Des histoires plus drôles les unes que les autres. Les histoires avec les rappeurs en maison de retraite, du prof japonais de musique sado-maso et du punk honteux de son gentil fils sont excellentes. Un album que je recommande vivement.
Idées Noires
Franquin nous a montré avec beaucoup de talent son côté le plus sombre avec ses « idées noires ». Un humour grinçant et un ton cynique, servi par un graphisme noir et blanc, proche des ombres chinoises, avec une multitude de détails, trames et textures. L’atmosphère générale est relativement étouffante ; Composé d’une multitude d’histoires courtes aux gags pas aussi gratuits qu’ils n’en ont l’air, Franquin remet les pendules à l’heure en y malmenant la connerie humaine avec des messages et thématiques de réflexions forts. Une œuvre jubilatoire à ne surtout pas manquer !!!
Cartland
Ce genre de western archi crépusculaire est typique de ce milieu d'années 70, où à travers ce personnage de trappeur et d'éclaireur, le western n'a plus rien d'héroïque, et se tourne vers la réflexion. Une nouvelle dimension s'ajoute à l'édifice d'un genre qui a été trituré à toutes les sauces à l'écran, puis en BD. Ici, plus rien à voir avec Jerry Spring, mais on note cependant que les concurrents comme Blueberry et Comanche ont su sentir le vent tourner dans cette décennie où Hollywood remettait son genre fétiche en question, car le western en BD suit à la trace le western à l'écran, et la mode du western psychologique a donné de belles séries, c'est le cas ici. Tout commence le jour où l'épouse de Cartland (une squaw Oglala) est massacrée par des pillards. Brisé, il s'engage comme éclaireur pour l'armée : c'est le début d'une longue errance à travers les espaces sauvages. Western humaniste, mais violent parfois, son personnage principal est un anti-héros idéaliste qui regarde les événements se dérouler sans toujours réellement participer à l'action, il adopte une certaine distance et n'est pas le justicier type de l'Ouest, gardant ainsi son individualité. C'est un héros meurtri, au profil introspectif, qui prend au fil des albums une indéniable consistance. Le scénariste étant une femme, elle offre de nombreux portraits de femmes parfois troublantes qui croisent la route du héros ; l'une d'elles connaîtra une véritable déchéance. M. Blanc-Dumont illustre ce beau western tantôt avec vigueur, tantôt avec un trait plus hiératique, mais toujours avec élégance et finesse ; il y assouvit également sa passion des chevaux en dessinant de magnifiques équidés. En tout cas, sur l'ensemble de la série, j'adore son rendu graphique d'une belle pureté. Les scénarios de Laurence Harlé sont très documentés, volontairement lents et baroques, le comble pour un western, mais sources d'atmosphère. Un western très sous-estimé, parce que n'étant pas formaté comme les séries habituelles du genre, je le recommande, c'est une belle collection d'albums à garder et à relire.