Cette bande d'une sensualité inouïe et d'une audace incroyable dans cette Amérique du début des années 70, fut commencée en 1973 par Richard Corben, plusieurs fois abandonnée, puis reprise et terminée en 1978.
Ce chef-d'oeuvre vaut par la vigueur du dessin qui tient dans un réalisme photographique unique dû à la technique de l'aérographe. Corben fut l'un des premiers dessinateurs à employer cet appareil qui lui permet d'obtenir des effets remarquables ; son dessin est très caractéristique et très reconnaissable avec ses personnages aux corps disproportionnés, massifs, lourds et super musclés, aux mâchoires très carrées, aux sexes énormes, et ses héroïnes aux seins et aux fesses presque hypertrophiés, mais qui sont cependant de beaux spécimens anatomiques qui alimentaient les fantasmes des étudiants américains de l'époque, car l'érotisme souvent sulfureux et idéalisé joue un grand rôle ici.
Corben cherche à restituer la nudité primitive de l'homme à travers ces récits de SF et de fantastique à l'influence lovecraftienne, où ses univers de mondes hallucinants remplis de fureur, de violence et de sang, au sein desquels s'invite l'érotisme, sont servis par la force d'un dessin aux couleurs vives et éclatantes, ou froides. Cet univers séduit d'abord les amateurs de BD underground, puis finit par toucher un public de plus en plus large attiré par l'aspect graphique.
Le plus étonnant, c'est que cette BD n'a pas pris une ride, elle fait toujours son effet aujourd'hui...ces personnages projetés nus dans un monde de cauchemar, confrontés à des monstres redoutables ou à des reines nymphomanes et maléfiques, plaisent encore et interpellent les ados des années 2000, comme ils ont interpellé l'ado que j'étais dans les 70's. Corben mélange habilement la SF à une forme de fantasy où s'ajoute un érotisme parfois torride, les scènes de combat sont violentes, le sang gicle, les corps sont distendus par l'effort, créant ainsi une étonnante beauté plastique.
Une oeuvre à part dans la BD, bref, c'est du Corben...
Alors ça c'est bon. C'est même du très bon.
Je dois avouer que je partais avec un gros apriori négatif sur l'univers de comics et surtout des comics de super-héros, ce qui m'a incité à ne jamais me pencher vraiment dessus. Puis, pour faire plaisir à une amie que je convertis à la BD, je me suis dit que j'allais prendre quelques BD que mon site préféré décrivait comme les meilleurs. Ni une ni deux; je m'empare des Batman (qui est souvent décrit comme le meilleur des super héros).
Ce Batman me semblait très particulier, reprendre le conte de Dickens dans l'univers de Batman me semblait une bonne idée mais j'avoue que je ne savais pas du tout à quoi m'attendre.
Ce qui m'a très agréablement surpris, ce fut d'abord le dessin, très beau et agréable à l’œil, un rendu très sympathique et assez loin de ce qu'on peut lire dans Dark knight Retunrs ou Un long Halloween (bien que les deux soit très bons aussi). Il est très coloré, ce qui change un peu de ce que j'avais déjà vu, avec un trait vraiment sympathique. C'est un excellent point, avec en plus un gros avantage : la lecture reste fluide.
Car de la lecture il y en a dans cette adaptation à la sauce Batman d'un chef-d’œuvre de Dickens décliné en un peu tout et n'importe quoi, A Christmas Carol. L'auteur à pris le parti d'ajouter une voix off qui raconte l'histoire d'origine du conte, et par dessus nous voyons Batman et de quelle manière le récit colle au paroles du conte. C'est vraiment bien travaillée la façon dont les deux vont s'emboiter et servir le récit.
Ce que j'ai également adoré, c'est la façon de reprendre ce conte, notamment avec les fameux trois esprits qui vont intervenir. Je m'attendais tellement à du fantastique que j'ai trouvé le procédé excellent. Pas de fantastique, que du réel (enfin, réel, réel ... On se comprend) et des personnages connus. Rien ne déborde de l'univers habituel d'un Batman.
Pour une des premières approche de Batman, j'ai adoré également cet univers, le Joker qui est juste parfait, avec son humour habituel et qui fait grincer des dents, le personnage de Alfred, mais également Batman, sombre et torturé, qui bouillonne intérieurement. Le chevalier noir est un héros très atypique dans l'univers des comics, avec beaucoup de questions sur lui-même, ses actions et son but. En tout cas je continuerais à lire les aventures de l'homme chauve-souris (ça ne rend vraiment pas en français) avec un grand plaisir.
Alors si cette BD est très bien sous bien des angles et constitue un parfait exemple de très bon comics de super-héros, j'ai noté tout de même quelques petites facilités dans le scénario. Celui-ci est juste un prétexte pour développer le conte et donner matière à réfléchir sur le fond de Batman, et du coup elle passe allègrement à la trappe. Notamment le fait que ce soit le Joker, à nouveau évadé d'un asile qui est plus une passoire qu'autre chose, et qui demande à quelqu'un de faire une course pour lui (course d'ailleurs inutile, si on regarde bien). Bref, j'ai trouvé que certaines ficelles scénaristiques sont assez grosses, notamment vers la fin (ceux qui ont lu me comprendront), mais elles passent toujours car ce n'est finalement pas du tout le propos. Comme dit, l'histoire n'est qu'un prétexte.
Pour moi, ce sera donc un beau 4* à ce Batman qui à su m'accrocher l’œil et me faire passer un excellent moment avec le chevalier noir, dans un bel ouvrage. Le spitch de base, déjà décliné sous toute ses formes et qui me semblait être devenu stérile depuis un moment, a su me proposer quelque chose de neuf et de plaisant. Le pari est largement réussi pour les auteurs, et ils m'auront permis de m'intéresser d'autant à l'homme chauve-souris.
Non loin du paisible bourg de Saint-Bled, dans une région française indéterminée, se trouve la ferme de Pascal Bottafoin et de sa jolie femme Catherine, accompagnés du grand-père. Jeune couple d'agriculteurs aux antipodes du bouseux bêta, les Bottafoin utilisent la modernité de certaines machines mais restent parfois étrangement ignorants des coutumes citadines.
La charge est cependant légère, car à l'époque de la création de cette bande en 1967, on se moquait encore facilement des "péquenots" ; d'ailleurs, la revue d'agriculture qui accueillit "La Famille Bottafoin" ne supporta guère l'esprit trop frondeur à son goût de Martial son auteur, connu pour sa série Tony Laflamme et surtout Sylvie. La bande trouva refuge chez Pilote, où le père Goscinny accueillait toute forme d'humour ; c'est là que j'ai découvert entre 1968 et 1970, ce family strip original et totalement novateur à l'époque, car c'est probablement la seule Bd se déroulant entièrement en milieu rural. Plus que les chutes, c'est l'ensemble qui était drôle, les personnages ayant souvent des têtes d'ahuris.
C'est un petit régal hélas très méconnu du grand public, dont le dessin de Martial très expressif, est pour beaucoup dans la qualité de cette bande qui se déclinait en planche-gag. Sourire garanti.
Dès son premier album, cette série phénomène lancée par Jean Van Hamme et Philippe Francq, devient un best-seller. C'est comme au cinéma, tout film commercial qui fait un carton n'est pas souvent jugé sérieux par la critique qui fait tout pour en détourner le public; ici, c'est pareil. Certes, c'est archi conventionnel, le héros s'en tire toujours, les femmes sont toujours trop belles, les méchants sont vils, l'action est prévisible... mais n'est-ce pas là ce qui fait le succès de la série dont Van Hamme est bien incapable d'en expliquer le succès.
Le lecteur est confronté à des intrigues politico-financières dans un cocktail d'aventures bondesques souvent jouissives qui font passer un excellent moment, et c'est bien tout ce qu'on demande: se distraire, mais grâce à Van Hamme et à son bagage universitaire (agrégation en économie politique, licence en droit des assurances), la complexité et le côté rébarbatif du jargon financier constituent finalement un bon suspense au récit en connexion avec l'actualité. Chaque histoire ressemble un peu à la précédente, les rebondissements sont multiples, certains personnages vraiment troubles, l'humour est au second degré, et le tout est suffisamment compliqué pour obliger le lecteur à s'attarder sur le dessin fluide et soigné de Francq.
La qualité de la documentation étayant des scénarios bien torchés, le dynamisme de l'action agrémenté d'un érotisme sage font de la série une véritable réussite, le seul bémol étant l'anticonformisme de son héros où Van Hamme tombe parfois dans le piège de la vulgarité, mais ce défaut est rattrapé par les astuces de scénario, la fiabilité du milieu d'affaires et les rouages d'une mécanique parfaitement maîtrisée.
Après le coup d'éclat des Passagers du vent, la revue Circus publie en 1982 ce qui va devenir une Bd culte, d'une incontestable qualité, un véritable sommet du genre historique, une série-phare chez Glénat. Le récit présente de nombreux personnages, dont le pilier est Ariane de Troïl, elle admire les exploits d'un mystérieux justicier baptisé l'Epervier. Autour de cette trame simple, les auteurs Cothias et Juillard font progresser leur histoire en brassant plusieurs thèmes : défense de la cause paysanne, aspect ridicule de la fatuité des nobles, fin de règne d'un roi jouisseur et inconstant aussi bien en amour qu'en politique (Henri IV), ton érotique latent où ce roi se montre goguenard dans des scènes paillardes bien illustrées par le trait limpide et souple de Juillard qui réussit ainsi à créer une atmosphère, aidé bien-sûr par son scénariste Cothias qui brosse un tableau cruel et coloré de cette époque agitée de l'Histoire. Celui-ci travaille en profondeur les psychologies de plusieurs personnages, qu'ils soient authentiques ou fictifs, et transforme le tout en une véritable tragédie shakespearienne dont les pions sont savamment mis en place. A cela s'ajoute la richesse du dialogue qui conforte l'esprit de cette époque justement restituée.
Certes, de grands évènements historiques sont montrés, tel l'assassinat du roi par Ravaillac, mais les auteurs ne se complaisent pas dans une Histoire boursouflée de détails et insufflent une bonne dose de romanesque, malgré une narration complexe voire confuse qui peut surprendre au premier abord. On assiste à des scènes violentes ou horribles qui donnent une force peu commune et une authenticité à cette Bd, et auxquelles le lecteur que j'étais à l'époque n'était pas encore habitué ; j'en étais resté aux bandes académiques du journal Tintin.
Le prequel Masquerouge crée avant "Les 7 vies de l'épervier" pour un public plus jeune (publié entre 1980 et 1982 dans Pif-Gadget), pourra aider à éclaircir certains épisodes restés dans l'ombre. En revanche, des nombreuses séries dérivées, seule Plume aux vents qui est la suite directe, en 4 albums, sera très attendue par les fans.
Malgré un dessin et une colorisation très années 80 que certains lecteurs plus jeunes critiqueront, il faut avouer que même 30 ans après, cette formidable saga tient encore la route, parce qu'elle est d'une étoffe des grandes séries, et qu'elle ne pouvait que séduire un vieil amateur d'Histoire de France comme moi. La souplesse du trait de Juillard est remarquable notamment dans les beaux décors architecturaux, et les anatomies féminines aux formes toujours opulentes.
Bref, Les 7 vies de l'épervier reste un must absolu pour tous les amateurs d'aventures historiques, et j'en redemande tellement que j'ai lu en suivant toutes les séries dérivées (même si elles ne sont pas toutes de qualité), et surtout la suite directe "Plume au vent", à laquelle succédera bientôt une 3ème époque. Une série exceptionnelle et incontournable.
Un très bon thriller, ce manga, qui garde en haleine jusqu'au bout.
Nos jeunes protagonistes sont des plus attachants, et l'on est captivé par le doute qui subsiste presque jusqu'au bout en ce qui concerne l’innocence, ou la culpabilité des élèves ou des professeurs...
Professeur obsédé pédophile, jeune mythomane, jeune professeur fraîchement arrivée, élève surdoué charismatique et parfois manipulateur, tour à tour, on est susceptible de soupçonner n'importe qui...
Le dessin est très bon, la mise en page excellente, la lecture est très fluide ce qui est très agréable.
Pour le lectorat mâle, Kei Sanbe, a pris un malin plaisir à dessiner Mademoiselle Kai, jeune professeur aux formes généreuses, dans des postures souvent équivoques et volontiers émoustillantes ...
Seul bémol, les explications finales sur les fameux mystères qui entourent cette école sur une île isolée ne sont pas toutes à la hauteur de mes espérances. Une justification limite, ça aurait pu passer, mais deux, trois...Ça fait trop...
La responsabilité du petit chien dans les faits apparemment mystérieux, le somnambulisme de Chû qui voudrait en expliquer d'autres...Mouais...
Malgré tout, les 4 tomes de ce manga se laissent dévorer très facilement, et restent de très bonne facture.
( 208 )
J'avais déjà lu cette fameuse série il y a longtemps. Sous la forme de la 1ère édition de l'intégrale (2000, 2001 ?). Dans une brocante j'ai retrouvé les 6 tomes à 10 euros !!! Je me suis donc empressé de les acheter et les ai lus d'une traite.
Eh bien c'est vraiment très bon. C'est vrai que cette série a moins de renommée que son illustre ainée mais c'est tout de même un sacré morceau de SF jodorowskienne. L'histoire est vraiment prenante mais moins mystique et avec un peu moins d'envergure cosmique mais c'est du tout bon. Les dessins sont très bons, ils arrivent à maturité dès le 3ème album et le style du 6ème (le dernier) préfigure les technopères (les pirates).
J'ai noté pendant la lecture de ces 6 tomes beaucoup d'éléments ultra modernes pour l'époque (début des années 90) préfigurant le basculement de notre societé vers une ère de plaisir de masse lobotomisé :
- les personnages ont des écrans sur leurs sortes de e-pads retransmettant la télé.
- le peuple boit du " cocafol dark". Comment ne pas penser au Coca 0 ou à la boisson énergisante dark dog.
- Le peuple est accro à la télévision et l'arrêt des programmes crée chez eux une réelle crise de manque. Comme pour les réseaux sociaux type facebook.
Les références à la drogue sont omniprésentes dans cette bd, Jodo et Janjetov ont sûrement été de grands consommateurs. En plus de la multitude de drogues futuristes consommées par les personnages, il y a des allusions partout dans chaque coins des images (mdma, acid ... ) et également des clins d'oeil à la culture techno qui va avec, alors en plein boum (TB303 écrit sur un mur, une boite à rythme synthétiseur de sons culte dans le milieu de l'acid house de cette époque). Je mets ça sur le compte de Janjetov. Et puis l'un des "méchants" principaux n'est-il pas le pouvoir techno-techno ?
Pour ce qui est du scénario, j'adore. Le personnage de Louz est magnifique. On passe d'une fille à papa aristo complètement cynique et cruelle mais qui ne s'en rend pas vraiment compte. Puis à cause des évenements elle se met à changer pour devenir plus humaine et réellement amoureuse de John Difool. C'est simple mais beau et très émouvant car ce dernier ne la reconnaitra plus quand il se fera effacer la mémoire par le pouvoir techno techno.
Bon après je ne vais pas revenir sur tous les élements qui m'ont plu, il y en a trop (les homéoputes, le prez qui change de corps, le présentateur bouffon ultra cynique et sadique, les terroristes anarchos-psychotiques ...)
A lire tout de même après l'Incal originel.
J'ai adoré. Les intouchables de la BD franco-belge en prennent pour leur grade.
Romain Dutreix manie la ligne claire avec force et délicatesse et ses histoires sont jusqu'au-boutistes. On n'a pas l'impression qu'il pratique beaucoup l'autocensure, c'est assez agréable.
L'histoire de Boule et Bill (vieux cocker croulant et grelottant) en cité HLM m'a vraiment fait marrer.
L'histoire du Schtroumf qui schtroumf tout le temps et qui schtroumf sa femme à force de schtroumfer est très drôle également.
Les différents Titeuf sont certes cruels mais pas forcément inutiles. Démontrant que beaucoup d'enfants à travers le monde aimeraient avoir les "malheurs" de Titeuf plutôt que les leurs.
Quant au Lucky Luke paranoïaque... Impitoyable!
Un album que je recommande vivement pour la qualité du dessin (très agréable et stylé) ainsi que pour la qualité de son humour.
C’est à l’issue de la deuxième lecture que j’ai pu apprécier toute la richesse de cette BD.
Graphique d’abord. Les dessins sont certes magnifiques mais c’est la représentation du Japon d’antan qui est le plus impressionnant. Taniguchi reconstitue avec brio et réalisme cette époque en proposant nombre de décors et paysages urbains.
Thématique ensuite.
Loin de se complaire dans la contemplation comme dans certaines de ses autres productions, l’auteur aborde de très nombreux thèmes. Les figures du père et de la mère sont extrêmement travaillées. Je ne connais pas la vie de Taniguchi mais je ne serais pas étonné qu’il ait intégré beaucoup d’éléments autobiographiques. Par ailleurs, il s’intéresse au déterminisme familial (le héros se comporte comme son père) et aux difficultés à faire des choix. Tout ça sonne juste et ne gêne en rien le rythme et l’intérêt de l’histoire.
Narratif enfin. Le récit, très dense, est absolument bouleversant, sans pathos ou manichéisme. L’histoire est passionnante. Le fait de revivre son adolescence est un fantasme courant et Taniguchi exploite intelligemment ce postulat de départ pour permettre à son héros de comprendre l’homme décevant et triste qu’il est devenu.
Quartier lointain est définitivement une BD culte.
A découvrir absolument !
Elephant Man est un personnage que je pensais connaître depuis le sublime film de David Lynch. Mais en lisant cette bande dessinée, je l'ai (re)découvert.
Forcément, s'agissant d'une biographie, le scénario est somme toute balisé mais Denis Van P. a su garder le cap et maintenir l'intérêt sans sombrer dans le misérabilisme, même si le format de la BD contraint à forcément beaucoup élaguer.
Côté dessin, la mise en forme est superbe, nonobstant certaines cases trop sombres. Mais le dessin est beau, limpide et finalement parfaitement adapté malgré ce style non réaliste.
Une chouette BD hors du temps et des modes.
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Cette bande d'une sensualité inouïe et d'une audace incroyable dans cette Amérique du début des années 70, fut commencée en 1973 par Richard Corben, plusieurs fois abandonnée, puis reprise et terminée en 1978. Ce chef-d'oeuvre vaut par la vigueur du dessin qui tient dans un réalisme photographique unique dû à la technique de l'aérographe. Corben fut l'un des premiers dessinateurs à employer cet appareil qui lui permet d'obtenir des effets remarquables ; son dessin est très caractéristique et très reconnaissable avec ses personnages aux corps disproportionnés, massifs, lourds et super musclés, aux mâchoires très carrées, aux sexes énormes, et ses héroïnes aux seins et aux fesses presque hypertrophiés, mais qui sont cependant de beaux spécimens anatomiques qui alimentaient les fantasmes des étudiants américains de l'époque, car l'érotisme souvent sulfureux et idéalisé joue un grand rôle ici. Corben cherche à restituer la nudité primitive de l'homme à travers ces récits de SF et de fantastique à l'influence lovecraftienne, où ses univers de mondes hallucinants remplis de fureur, de violence et de sang, au sein desquels s'invite l'érotisme, sont servis par la force d'un dessin aux couleurs vives et éclatantes, ou froides. Cet univers séduit d'abord les amateurs de BD underground, puis finit par toucher un public de plus en plus large attiré par l'aspect graphique. Le plus étonnant, c'est que cette BD n'a pas pris une ride, elle fait toujours son effet aujourd'hui...ces personnages projetés nus dans un monde de cauchemar, confrontés à des monstres redoutables ou à des reines nymphomanes et maléfiques, plaisent encore et interpellent les ados des années 2000, comme ils ont interpellé l'ado que j'étais dans les 70's. Corben mélange habilement la SF à une forme de fantasy où s'ajoute un érotisme parfois torride, les scènes de combat sont violentes, le sang gicle, les corps sont distendus par l'effort, créant ainsi une étonnante beauté plastique. Une oeuvre à part dans la BD, bref, c'est du Corben...
Batman - Noël
Alors ça c'est bon. C'est même du très bon. Je dois avouer que je partais avec un gros apriori négatif sur l'univers de comics et surtout des comics de super-héros, ce qui m'a incité à ne jamais me pencher vraiment dessus. Puis, pour faire plaisir à une amie que je convertis à la BD, je me suis dit que j'allais prendre quelques BD que mon site préféré décrivait comme les meilleurs. Ni une ni deux; je m'empare des Batman (qui est souvent décrit comme le meilleur des super héros). Ce Batman me semblait très particulier, reprendre le conte de Dickens dans l'univers de Batman me semblait une bonne idée mais j'avoue que je ne savais pas du tout à quoi m'attendre. Ce qui m'a très agréablement surpris, ce fut d'abord le dessin, très beau et agréable à l’œil, un rendu très sympathique et assez loin de ce qu'on peut lire dans Dark knight Retunrs ou Un long Halloween (bien que les deux soit très bons aussi). Il est très coloré, ce qui change un peu de ce que j'avais déjà vu, avec un trait vraiment sympathique. C'est un excellent point, avec en plus un gros avantage : la lecture reste fluide. Car de la lecture il y en a dans cette adaptation à la sauce Batman d'un chef-d’œuvre de Dickens décliné en un peu tout et n'importe quoi, A Christmas Carol. L'auteur à pris le parti d'ajouter une voix off qui raconte l'histoire d'origine du conte, et par dessus nous voyons Batman et de quelle manière le récit colle au paroles du conte. C'est vraiment bien travaillée la façon dont les deux vont s'emboiter et servir le récit. Ce que j'ai également adoré, c'est la façon de reprendre ce conte, notamment avec les fameux trois esprits qui vont intervenir. Je m'attendais tellement à du fantastique que j'ai trouvé le procédé excellent. Pas de fantastique, que du réel (enfin, réel, réel ... On se comprend) et des personnages connus. Rien ne déborde de l'univers habituel d'un Batman. Pour une des premières approche de Batman, j'ai adoré également cet univers, le Joker qui est juste parfait, avec son humour habituel et qui fait grincer des dents, le personnage de Alfred, mais également Batman, sombre et torturé, qui bouillonne intérieurement. Le chevalier noir est un héros très atypique dans l'univers des comics, avec beaucoup de questions sur lui-même, ses actions et son but. En tout cas je continuerais à lire les aventures de l'homme chauve-souris (ça ne rend vraiment pas en français) avec un grand plaisir. Alors si cette BD est très bien sous bien des angles et constitue un parfait exemple de très bon comics de super-héros, j'ai noté tout de même quelques petites facilités dans le scénario. Celui-ci est juste un prétexte pour développer le conte et donner matière à réfléchir sur le fond de Batman, et du coup elle passe allègrement à la trappe. Notamment le fait que ce soit le Joker, à nouveau évadé d'un asile qui est plus une passoire qu'autre chose, et qui demande à quelqu'un de faire une course pour lui (course d'ailleurs inutile, si on regarde bien). Bref, j'ai trouvé que certaines ficelles scénaristiques sont assez grosses, notamment vers la fin (ceux qui ont lu me comprendront), mais elles passent toujours car ce n'est finalement pas du tout le propos. Comme dit, l'histoire n'est qu'un prétexte. Pour moi, ce sera donc un beau 4* à ce Batman qui à su m'accrocher l’œil et me faire passer un excellent moment avec le chevalier noir, dans un bel ouvrage. Le spitch de base, déjà décliné sous toute ses formes et qui me semblait être devenu stérile depuis un moment, a su me proposer quelque chose de neuf et de plaisant. Le pari est largement réussi pour les auteurs, et ils m'auront permis de m'intéresser d'autant à l'homme chauve-souris.
La Famille Bottafoin
Non loin du paisible bourg de Saint-Bled, dans une région française indéterminée, se trouve la ferme de Pascal Bottafoin et de sa jolie femme Catherine, accompagnés du grand-père. Jeune couple d'agriculteurs aux antipodes du bouseux bêta, les Bottafoin utilisent la modernité de certaines machines mais restent parfois étrangement ignorants des coutumes citadines. La charge est cependant légère, car à l'époque de la création de cette bande en 1967, on se moquait encore facilement des "péquenots" ; d'ailleurs, la revue d'agriculture qui accueillit "La Famille Bottafoin" ne supporta guère l'esprit trop frondeur à son goût de Martial son auteur, connu pour sa série Tony Laflamme et surtout Sylvie. La bande trouva refuge chez Pilote, où le père Goscinny accueillait toute forme d'humour ; c'est là que j'ai découvert entre 1968 et 1970, ce family strip original et totalement novateur à l'époque, car c'est probablement la seule Bd se déroulant entièrement en milieu rural. Plus que les chutes, c'est l'ensemble qui était drôle, les personnages ayant souvent des têtes d'ahuris. C'est un petit régal hélas très méconnu du grand public, dont le dessin de Martial très expressif, est pour beaucoup dans la qualité de cette bande qui se déclinait en planche-gag. Sourire garanti.
Largo Winch
Dès son premier album, cette série phénomène lancée par Jean Van Hamme et Philippe Francq, devient un best-seller. C'est comme au cinéma, tout film commercial qui fait un carton n'est pas souvent jugé sérieux par la critique qui fait tout pour en détourner le public; ici, c'est pareil. Certes, c'est archi conventionnel, le héros s'en tire toujours, les femmes sont toujours trop belles, les méchants sont vils, l'action est prévisible... mais n'est-ce pas là ce qui fait le succès de la série dont Van Hamme est bien incapable d'en expliquer le succès. Le lecteur est confronté à des intrigues politico-financières dans un cocktail d'aventures bondesques souvent jouissives qui font passer un excellent moment, et c'est bien tout ce qu'on demande: se distraire, mais grâce à Van Hamme et à son bagage universitaire (agrégation en économie politique, licence en droit des assurances), la complexité et le côté rébarbatif du jargon financier constituent finalement un bon suspense au récit en connexion avec l'actualité. Chaque histoire ressemble un peu à la précédente, les rebondissements sont multiples, certains personnages vraiment troubles, l'humour est au second degré, et le tout est suffisamment compliqué pour obliger le lecteur à s'attarder sur le dessin fluide et soigné de Francq. La qualité de la documentation étayant des scénarios bien torchés, le dynamisme de l'action agrémenté d'un érotisme sage font de la série une véritable réussite, le seul bémol étant l'anticonformisme de son héros où Van Hamme tombe parfois dans le piège de la vulgarité, mais ce défaut est rattrapé par les astuces de scénario, la fiabilité du milieu d'affaires et les rouages d'une mécanique parfaitement maîtrisée.
Les 7 vies de l'épervier
Après le coup d'éclat des Passagers du vent, la revue Circus publie en 1982 ce qui va devenir une Bd culte, d'une incontestable qualité, un véritable sommet du genre historique, une série-phare chez Glénat. Le récit présente de nombreux personnages, dont le pilier est Ariane de Troïl, elle admire les exploits d'un mystérieux justicier baptisé l'Epervier. Autour de cette trame simple, les auteurs Cothias et Juillard font progresser leur histoire en brassant plusieurs thèmes : défense de la cause paysanne, aspect ridicule de la fatuité des nobles, fin de règne d'un roi jouisseur et inconstant aussi bien en amour qu'en politique (Henri IV), ton érotique latent où ce roi se montre goguenard dans des scènes paillardes bien illustrées par le trait limpide et souple de Juillard qui réussit ainsi à créer une atmosphère, aidé bien-sûr par son scénariste Cothias qui brosse un tableau cruel et coloré de cette époque agitée de l'Histoire. Celui-ci travaille en profondeur les psychologies de plusieurs personnages, qu'ils soient authentiques ou fictifs, et transforme le tout en une véritable tragédie shakespearienne dont les pions sont savamment mis en place. A cela s'ajoute la richesse du dialogue qui conforte l'esprit de cette époque justement restituée. Certes, de grands évènements historiques sont montrés, tel l'assassinat du roi par Ravaillac, mais les auteurs ne se complaisent pas dans une Histoire boursouflée de détails et insufflent une bonne dose de romanesque, malgré une narration complexe voire confuse qui peut surprendre au premier abord. On assiste à des scènes violentes ou horribles qui donnent une force peu commune et une authenticité à cette Bd, et auxquelles le lecteur que j'étais à l'époque n'était pas encore habitué ; j'en étais resté aux bandes académiques du journal Tintin. Le prequel Masquerouge crée avant "Les 7 vies de l'épervier" pour un public plus jeune (publié entre 1980 et 1982 dans Pif-Gadget), pourra aider à éclaircir certains épisodes restés dans l'ombre. En revanche, des nombreuses séries dérivées, seule Plume aux vents qui est la suite directe, en 4 albums, sera très attendue par les fans. Malgré un dessin et une colorisation très années 80 que certains lecteurs plus jeunes critiqueront, il faut avouer que même 30 ans après, cette formidable saga tient encore la route, parce qu'elle est d'une étoffe des grandes séries, et qu'elle ne pouvait que séduire un vieil amateur d'Histoire de France comme moi. La souplesse du trait de Juillard est remarquable notamment dans les beaux décors architecturaux, et les anatomies féminines aux formes toujours opulentes. Bref, Les 7 vies de l'épervier reste un must absolu pour tous les amateurs d'aventures historiques, et j'en redemande tellement que j'ai lu en suivant toutes les séries dérivées (même si elles ne sont pas toutes de qualité), et surtout la suite directe "Plume au vent", à laquelle succédera bientôt une 3ème époque. Une série exceptionnelle et incontournable.
L'Île de Hôzuki
Un très bon thriller, ce manga, qui garde en haleine jusqu'au bout. Nos jeunes protagonistes sont des plus attachants, et l'on est captivé par le doute qui subsiste presque jusqu'au bout en ce qui concerne l’innocence, ou la culpabilité des élèves ou des professeurs... Professeur obsédé pédophile, jeune mythomane, jeune professeur fraîchement arrivée, élève surdoué charismatique et parfois manipulateur, tour à tour, on est susceptible de soupçonner n'importe qui... Le dessin est très bon, la mise en page excellente, la lecture est très fluide ce qui est très agréable. Pour le lectorat mâle, Kei Sanbe, a pris un malin plaisir à dessiner Mademoiselle Kai, jeune professeur aux formes généreuses, dans des postures souvent équivoques et volontiers émoustillantes ... Seul bémol, les explications finales sur les fameux mystères qui entourent cette école sur une île isolée ne sont pas toutes à la hauteur de mes espérances. Une justification limite, ça aurait pu passer, mais deux, trois...Ça fait trop... La responsabilité du petit chien dans les faits apparemment mystérieux, le somnambulisme de Chû qui voudrait en expliquer d'autres...Mouais... Malgré tout, les 4 tomes de ce manga se laissent dévorer très facilement, et restent de très bonne facture. ( 208 )
Avant l'Incal
J'avais déjà lu cette fameuse série il y a longtemps. Sous la forme de la 1ère édition de l'intégrale (2000, 2001 ?). Dans une brocante j'ai retrouvé les 6 tomes à 10 euros !!! Je me suis donc empressé de les acheter et les ai lus d'une traite. Eh bien c'est vraiment très bon. C'est vrai que cette série a moins de renommée que son illustre ainée mais c'est tout de même un sacré morceau de SF jodorowskienne. L'histoire est vraiment prenante mais moins mystique et avec un peu moins d'envergure cosmique mais c'est du tout bon. Les dessins sont très bons, ils arrivent à maturité dès le 3ème album et le style du 6ème (le dernier) préfigure les technopères (les pirates). J'ai noté pendant la lecture de ces 6 tomes beaucoup d'éléments ultra modernes pour l'époque (début des années 90) préfigurant le basculement de notre societé vers une ère de plaisir de masse lobotomisé : - les personnages ont des écrans sur leurs sortes de e-pads retransmettant la télé. - le peuple boit du " cocafol dark". Comment ne pas penser au Coca 0 ou à la boisson énergisante dark dog. - Le peuple est accro à la télévision et l'arrêt des programmes crée chez eux une réelle crise de manque. Comme pour les réseaux sociaux type facebook. Les références à la drogue sont omniprésentes dans cette bd, Jodo et Janjetov ont sûrement été de grands consommateurs. En plus de la multitude de drogues futuristes consommées par les personnages, il y a des allusions partout dans chaque coins des images (mdma, acid ... ) et également des clins d'oeil à la culture techno qui va avec, alors en plein boum (TB303 écrit sur un mur, une boite à rythme synthétiseur de sons culte dans le milieu de l'acid house de cette époque). Je mets ça sur le compte de Janjetov. Et puis l'un des "méchants" principaux n'est-il pas le pouvoir techno-techno ? Pour ce qui est du scénario, j'adore. Le personnage de Louz est magnifique. On passe d'une fille à papa aristo complètement cynique et cruelle mais qui ne s'en rend pas vraiment compte. Puis à cause des évenements elle se met à changer pour devenir plus humaine et réellement amoureuse de John Difool. C'est simple mais beau et très émouvant car ce dernier ne la reconnaitra plus quand il se fera effacer la mémoire par le pouvoir techno techno. Bon après je ne vais pas revenir sur tous les élements qui m'ont plu, il y en a trop (les homéoputes, le prez qui change de corps, le présentateur bouffon ultra cynique et sadique, les terroristes anarchos-psychotiques ...) A lire tout de même après l'Incal originel.
Impostures
J'ai adoré. Les intouchables de la BD franco-belge en prennent pour leur grade. Romain Dutreix manie la ligne claire avec force et délicatesse et ses histoires sont jusqu'au-boutistes. On n'a pas l'impression qu'il pratique beaucoup l'autocensure, c'est assez agréable. L'histoire de Boule et Bill (vieux cocker croulant et grelottant) en cité HLM m'a vraiment fait marrer. L'histoire du Schtroumf qui schtroumf tout le temps et qui schtroumf sa femme à force de schtroumfer est très drôle également. Les différents Titeuf sont certes cruels mais pas forcément inutiles. Démontrant que beaucoup d'enfants à travers le monde aimeraient avoir les "malheurs" de Titeuf plutôt que les leurs. Quant au Lucky Luke paranoïaque... Impitoyable! Un album que je recommande vivement pour la qualité du dessin (très agréable et stylé) ainsi que pour la qualité de son humour.
Quartier lointain
C’est à l’issue de la deuxième lecture que j’ai pu apprécier toute la richesse de cette BD. Graphique d’abord. Les dessins sont certes magnifiques mais c’est la représentation du Japon d’antan qui est le plus impressionnant. Taniguchi reconstitue avec brio et réalisme cette époque en proposant nombre de décors et paysages urbains. Thématique ensuite. Loin de se complaire dans la contemplation comme dans certaines de ses autres productions, l’auteur aborde de très nombreux thèmes. Les figures du père et de la mère sont extrêmement travaillées. Je ne connais pas la vie de Taniguchi mais je ne serais pas étonné qu’il ait intégré beaucoup d’éléments autobiographiques. Par ailleurs, il s’intéresse au déterminisme familial (le héros se comporte comme son père) et aux difficultés à faire des choix. Tout ça sonne juste et ne gêne en rien le rythme et l’intérêt de l’histoire. Narratif enfin. Le récit, très dense, est absolument bouleversant, sans pathos ou manichéisme. L’histoire est passionnante. Le fait de revivre son adolescence est un fantasme courant et Taniguchi exploite intelligemment ce postulat de départ pour permettre à son héros de comprendre l’homme décevant et triste qu’il est devenu. Quartier lointain est définitivement une BD culte. A découvrir absolument !
Joseph Carey Merrick
Elephant Man est un personnage que je pensais connaître depuis le sublime film de David Lynch. Mais en lisant cette bande dessinée, je l'ai (re)découvert. Forcément, s'agissant d'une biographie, le scénario est somme toute balisé mais Denis Van P. a su garder le cap et maintenir l'intérêt sans sombrer dans le misérabilisme, même si le format de la BD contraint à forcément beaucoup élaguer. Côté dessin, la mise en forme est superbe, nonobstant certaines cases trop sombres. Mais le dessin est beau, limpide et finalement parfaitement adapté malgré ce style non réaliste. Une chouette BD hors du temps et des modes.