Je ne suis guère un inconditionnel des ouvrages de Vivès (seuls trouvent grâce à mes yeux Polina et l'irrésistible Les Melons de la colère), pourtant avec "Lastman", cosigné par Balk et Sanlaville, j'ai pris une véritable claque.
D'une part, il s'agit d'un formidable divertissement, comparé à tort dans la presse spécialisée à un manga (les magazines Zoo, DBD et CaseMate consacrent ce mois ci de longs articles sur cette nouvelle série). Le ton adopté est drôle, enlevé et enjoué (le personnage de Richard Aldana est riche en bons mots et possède un caractère d'un véritable ours), et j'avoue avoir passé un excellent moment à la lecture de ces presque 200 pages.
D'autre part, le dessin, même s'il n'est pas signé par Vivès, l'étoile montante de la bd actuelle, s'apparente à son style si particulier.
Avec ce premier volume, de nombreuses intrigues peuvent se développer avec le temps : d'où vient Richard Aldana? Comment vont évoluer ses rapports avec la très belle Mme Valba ? Comment va réagir le Maître Jansen ? Qui est ce mystérieux personnage s'intéressant au tournoi ?
Bref un premier volume prometteur et innovant dans la production franco-belge actuelle, qui mérite vraiment toute votre attention (le tirage initial étant prévu à 30 000 exemplaires, Casterman prévoit tout de même un succès éditorial) et qui sera suivi dans l'année 2013 par la parution des deux prochains volumes.
J'attends donc la suite avec impatience.
Une bien belle BD que voilà, bien qu'elle soit à mon avis très dure à lire.
C'est le genre de BD qu'on qualifie d'utopie, émanant d'une bande de doux dingues, lesquels ont rêvé un monde et l'ont créé. C'est une utopie assez ancrée dans son époque et totalement en accord avec les contestataires des années 70, faisant suite à mai 68. On rêve que la société change, qu'on arrête la course au progrès et qu'on trouve une autre voie.
J'ai eu du mal à lire cette BD, je dois bien l'avouer, principalement parce que le dessin est vraiment compliqué. Les enchaînements ne sont pas fluides, le texte déborde de partout, la façon de lire est changeante d'une planche à l'autre, et le tout ne se fait pas dans une suite logique. On mélange avant et après l'an 01, c'est un peu fouillis.
Par contre, j'ai adoré le fond de la BD, avec cet idéal de retour à une vie simple et communautaire, ces fameuses idées tellement géniales, tel que l'abandon des clés, le principe des vêtements et tant d'autres choses. J'ai trouvé l'ensemble vraiment très bon, avec plusieurs réflexions sur le fonctionnement de l'an 01, même si je ne pense pas que tout les aspects soient abordés.
Mais le top du top reste le fameux passage à l'an 01, ce fameux moment où on arrête tout et on repart à zéro après réflexion. C'est superbe comme idée, le top en matière de révolution pacifiste et sans accroc. Rien à faire, on s'arrête juste, comme ça, sans rien faire. Et puis on repart en réfléchissant. D'ailleurs plusieurs phrases m'ont marqué, notamment lorsque l'un explique que "Platon on en fait tout un plat, mais ça se laisse lire". La morale est vraiment sympathique, et j'ai bien adhéré à ces rêveries.
En fait, je dois dire que le seul problème de l'an 01, c'est la mise en page qui est assez peu lisible et n'aide pas à la lecture. Ça ne se lit pas comme une BD traditionnelle, mais les idées compensent ce manque et c'est ce qui importe véritablement au final. J'ai aimé, et j'ai encore en tête la poésie et la douceur dégagée par le livre. Le soleil qui revient en ce moment m'incite à me poser dehors et lire tranquillement, à réfléchir et faire la révolution poétique, au moins dans la tête. C'est déjà un bon début, non ?
J'ai adoré cette BD, autant d'un point de vue graphique que pour son histoire.
On sent un potentiel narratif énorme et j'ai vraiment aimé cette sensation de mondes imbriqués que l'on découvre à la fin.
Je regrette une fois de plus que ce tome doive rester sans suite surtout avec le nombre de questions soulevées par le scénario et qui resteront malheureusement sans réponse.
Je n'ai trouvé aucun blog de l'auteur et Soleil ne répond pas quand on leur demande si cette série verra une suite un jour. Après 5 ans, on peut raisonnablement penser qu'elle est bel et bien morte.
Attention, si vous avez l’impression que les personnages sur la couverture vous rappellent de célèbres héros de bandes dessinées, ce n’est pas une hallucination. Oui nous sommes bien en présence de quelques-uns des piliers du 9e art. Bon, à quelques détails près bien sûr. Ils ont vieilli, pris des rides, du ventre, des cernes, vous leur trouvez un air fatigué ou alcoolique, c’est normal. Une parodie ? Non mieux.
L’auteur est allé plus loin que la simple caricature trash. Il nous offre un remarquable détournement de personnages et de séries parmi les plus populaires qui soient. On a droit à des petites séquences qui mettent en scène à chaque fois des héros différents.
En vrac on va croiser Spirou et Fantasio qui s’inquiètent du changement de dessinateur, et qui changeront de tête au fil des planches. Un schtroumpf qui se sépare de sa compagne pour incompatibilité de communication, un Luky Luke qui perd la boule, … enfin inutile de tous les citer, allez plutôt lire cet album !
Les situations sont vraiment bien trouvées car on s’éloigne du contenu original et on déporte des marqueurs forts de ces séries dans un contexte inattendu. Ça marche vraiment. On retrouve une multitude de détails empruntés à l’original et réutilisés de manière astucieuse, systématiquement à bon escient, et du coup c’est toujours drôle.
L’humour fonctionne d’ailleurs super bien. Que ce soient les dialogues, les situations ou juste les clins d’œil, il y a matière à rigoler à chaque histoire. Certaines plus que d’autres, c’est vrai, mais il n’y a rien à jeter ici. Quand ce n'est pas les dialogues qui sont marrants, on pourra toujours s'amuser de la façon dont sont réutilisés tels ou tels aspects incontournables de l'original. Et en plus ce n’est pas vraiment gras, comme on pourrait le penser au premier abord.
Pour ne rien gâcher il y a des petits bonus qui eux aussi sont des références plus que sympathiques à d’autres BD : la première double page intérieure, les pubs pour de faux albums… Tout est bon !
Malin, drôle, très bien réalisé, chaudement recommandé.
Notre belle planète Terre (ou est-ce un autre satellite ?) connait un gigantesque raz-de marée sur l’archipel des Moluques !!!! Sic
De viles créatures ressemblant à des méduses, les Sukoïds, en profitent pour engloutir les hommes ! Il est donc grand temps d’appeler à la rescousse nos Mousquetaires de la Résurrection, j’ai nommé les Praticiens de l’Infernal à savoir Fongor et les jumeaux mutants Thémistècle !!! Tadam !
Si ces noms bizarres sortis de nulle part n’évoquent rien pour vous, nul doute que cette présente et récente œuvre va vous passer au-dessus du crâne comme votre première brosse à reluire.
Pour les autres, les déglingos du ciboulot et les anciens lecteurs des Inrocks quand cette revue était encore hautement intéressante se souviennent peut-être des pérégrinations de ces curieux personnages par un auteur dont je n’avais jamais entendu parlé : Pierre la Police.
L’indignation de l’incompréhension de ces dessins pas très beaux figés par une légende s’est mué peu à peu en curiosité puis en véritable intérêt.
Je cherchais vainement une compilation de ces aventures lorsque la famille Cornélius en fin limier redoutable d’œuvres très recommandables mais peu vendables a eu la bonne idée de sortir cette nouvelle aventure ubuesque et inclassable de ce trio pas ordinaire.
Pierre la Police a un trait gras, figé, statique mais très dynamique. Cet album se lit très rapidement mais pour peu que vous aimez le style, vous y reviendrez comme un idiot attiré par l’appat du gain. Et du gain ici il n’y en a pas par contre il faut avoir plus d’un grain pour apprécier à sa juste mesure ces histoires sans sens, aux dialogues et aux situations complètement dingues qui se suivent, s’empilent et se reproduisent comme une histoire qui n’aurait simplement ni queue ni tête.
On se fiche bien de la cohérence d’une histoire qui n’est qu’un prétexte aux situations les plus absurdes et finalement les plus drôles car cet auteur atypique a le culot d’égaler sur papier les plus grands comme les Monty Pythons sans pour autant les parodier. Qu’importe donc si tel personnage meurt pour mieux revenir 3 pages plus tard ou si les situations sont aussi bêtes qu’hilarantes. On ne sait jamais où l’on va être entrainé mais pour peu qu’on succombe au charme inattendu de Fongor et des deux jumeaux aux pouvoirs insensés, on risque de prendre un pied comme pas permis.
C’est donc peut-être une histoire qui ne surprendra pas les fans de Pierre la Police mais qui sera une véritable torture pour les autres ou au contraire un délice à nul autre égal.
J’ai choisi mon camp et suis toujours aussi surpris de l’effet de ces polissonneries et n’attends qu’une seule chose : la suite comme le promet le prometteur "Vol. 1" sur la couverture immonde à souhait qui ne trompera personne : oui mes amis, bénissez ce jour comme la venue du pape François car Fongor revient et pour le bien d'entre nous tous ! ;)
Je ne suis pas fan de Batman à l'origine, mais les derniers films de C. Nolan m'ont donné envie de me plonger un peu plus dans cet univers. Et pour cause ils sont plus ou moins inspirés par ce Long Halloween.
La nouvelle édition me plaît beaucoup. D'aucuns lui trouveront en effet un air de dico, mais moi j'apprécie la belle réalisation qualitative de l'ensemble. Un énorme volume bien présenté avec plus de 300 pages à lire, et de très bonnes critiques sur bdthèque, ça donne envie, alors j'ai craqué !
Eh ben, je n'ai pas été déçu du tout.
Le style du dessin m'a d'abord dérouté : je suis très sensible à la qualité graphique et on va dire que le dessin utilisé fait de noir profond et de couleurs ternes, jouant beaucoup sur les ombres, et sur une certaine simplicité du trait mais aussi sur un côté un peu "mal fini" ou inachevé ne fait pas partie de ce qui m'attire au premier regard. Pourtant la magie opère et au bout de quelques pages, on en apprécie que davantage les effets de mise en page particulièrement soignés, les cadrages, les pleines pages etc... Et la palette de teintes utilisée vous plonge dans un Gotham étouffant et glauque à souhait.
On retrouve aussi avec un certain plaisir les principaux adversaires de Batman. Avec notamment Catwoman dont le relationnel avec Batman est assez intriguant. Certes on peut considérer qu'ils arrivent un peu à la queue leu leu, à la manière d'un inventaire à la Prévert (notamment sur une planche où ils sont tous rassemblés !!!) ! Cela dit, cette succession d'adversaires reste cohérente avec l'histoire, et n'est pas bâclée pour autant. Et puis pourquoi pas après tout puisque cela entre dans un récit qui évoque une histoire globale de Batman autour d'un fil conducteur qui est une intrigue policière. Intrigue parfaitement maîtrisée d'ailleurs jusqu'au coup de théâtre final ! Bien sûr, les ficelles ont déjà été utilisées mais ça marche à tous les coups, et je me suis vraiment pris au jeu de chercher qui était Holiday !!!
Bref... J'ai adoré. Ce livre, c'est un peu "découvrez Gotham, Batman et tout son univers en un tome" ! Et du coup, je signe bientôt pour 'Amère victoire', le second volet de ce diptyque. On peut s'arrêter à un Long Halloween, l'histoire fait un tout. Mais personnellement, j'ai pris un vrai plaisir à lire cet ouvrage, alors j'ai envie de me promener à nouveau dans Gotham en compagnie de l'homme chauve souris !
Le même plaisir que la vision d'une grande série télé (Breaking Bad, Justified ou autre Sopranos), début facile, on pourrait croire que chaque volume est une histoire complète (one shot), et puis non, plus on avance dans les tomes, plus une vision d'ensemble s'ajuste.
Les personnages de tomes différents se rencontrent, le scénario se construit petit à petit, et là il devient difficile de lâcher la lecture.
Et ça continue comme ça avec l'intrigue qui se complique à souhait, jusqu'au 100ème épisode qui clôt la série en apothéose.
Vraiment une série addictive comme une drogue dure, au début on peut penser qu'on s'arrêtera quand on voudra, et ce n'est surtout pas la cas, on essaie, mais le manque est là et il faut replonger.
Si vous ne voulez pas être malade SURTOUT NE COMMENCEZ PAS, ensuite il sera trop tard...
Je ressors assez étonné de cette lecture car lorsqu’il m’était arrivé de feuilleter cette bd en librairie, le graphisme ne m’attirait pas plus que ça au premier abord. Pourtant, quelque chose me donnait envie de la découvrir, ne serait-ce que parce que j’ai passé quelques jours à Lisbonne en 2011 et que j’en gardais un très bon souvenir. Et puis dès que je me suis plongé dans ce gros one-shot de 250 pages, j’ai contre toute attente été conquis très rapidement.
Il est vrai qu’on oublie très vite ce côté crayonné du trait qui en fait confère une certaine poésie à l’ensemble. Ces lignes très fines collent bien à la fragilité du personnage principal, très sensible et en proie à ses interrogations métaphysiques. Le choix des couleurs est subtil et particulièrement réussi, avec un ton dominant pour chaque scène, et un élargissement de la palette vers des teintes plus chaudes au fur et à mesure qu’on avance dans l’histoire. Pour les yeux, c’est un vrai festival, un émerveillement permanent.
L’ouvrage est composé de trois parties qui délimitent les différentes étapes de la quête du « héros » : sa rupture conjugale nécessaire pour entamer le processus (« Selon Simon »), les « retrouvailles » avec un père accaparé par son boulot lors du mariage de la cousine en Bourgogne (« Selon Jean ») et le séjour au Portugal sur les traces du grand-père (« Selon Abel »). Les plus pressés pourront y trouver des longueurs mais on est quand même dans l’introspectif, ce qui ne veut pas dire chiant, au contraire. « Portugal » est une sorte de road movie humaniste où l’auteur a opté pour les routes départementales plutôt que les autoroutes… A travers cette quête, il nous invite à prendre le temps de réfléchir aussi sur nous-mêmes (car la question de nos racines nous concerne tous), sans lourdeurs, avec délicatesse et humanité. Il y est question de mémoire, de notre condition tragique d’homme moderne mais aussi de reconstruction de soi-même quand la vie paraît vaine. Plusieurs anecdotes et passages drôles ou touchants émaillent le récit, notamment quand Simon apprend l’origine de son nom.
J’y ai moi-même retrouvé l’ambiance chaleureuse et la douceur de vivre méditerranéenne d’un pays où les gens ont su rester authentiques. Laissez-vous donc enchanter par ce Portugal à cent lieues de la carte postale !
Je vous trouve un peu tous sévères avec cette série, parce que personnellement, j'ai adoré cette petit BD jeunesse (sûrement une des meilleures du genre).
C'est évidemment la narration, très originale que je trouve géniale (surtout pour moi, qui suis fan de l'OUBAPO). Et ces histoires hyper simples (il vaut mieux, vu la contrainte que Lewis Trondheim s'est imposée) prennent leur sens une fois mises en scène dans les multiples chemins : c'est mignon, gentillet et charmant pour les enfants comme pour les parents.
Sergio Garcia (déjà auteur du joli Géographie martienne) adopte un style très frais, soigné et merveilleusement joli. Les personnages principaux sont dessinés de façon assez simple, mais les décors sont toujours magnifiques et chargés en multiples détails rigolos. Les couleurs (claires) adoucissent le dessin, en le rendant encore plus esthétique : un émerveillement pour vos yeux.
Une petite perle.
Décidément, Lauzier a un sacré don pour croquer la société et ses malaises.
Pour un troisième ouvrage de l'auteur, j'ai été plus qu'enchanté, je dois bien le dire. Tout est bon là-dedans.
Déjà, le trait est soigné par rapport à La Course du rat du même auteur, avec de petites améliorations notables. Le dessin n'est toujours pas beau mais je l'ai trouvé un poil plus sympathique. Peut-être une plus grande maturité (bien qu'il n'y ait pas dix ans entre les deux). Les couleurs sont toujours autant abominables, là-dessus il n'y a rien à sauver.
Par contre, un effort énorme a été fourni au niveau des phylactères, et enfin c'est lisible ! La lecture est fluide, les bulles sont bien taillées, c'est un régal ! Rien à voir avec l'ancien système complètement brouillon.
Et encore une fois, c'est l'histoire qui est juste superbe. J'ai littéralement a-d-o-r-é ! Le principe de base est un peu semblable à La Course du rat, avec une personne qui décide de changer sa vie en profondeur et se casse un peu la figure. Mais par contre, le propos va se tourner vers une autre forme de critique sociale. Là, c'est la jeunesse et ses fameuses illusions qui vont s'en prendre plein la poire (et sans gants je vous prie !). Et sans cette fois-ci de slogan tel que "Tous pourris !". Des pourris, il y en a, mais aussi beaucoup de gens normaux qui sont abusés par le système. Les désillusions vont être nombreuses, et encore plus de questions sont posées à la fin qu'au début de l'ouvrage au final.
Un adolescent qui fait sa crise d'ado, c'est bateau comme sujet. Mais lorsqu'on pousse le concept un peu plus loin, c'est très intéressant. Les relations avec le père sont ici poussées à l’extrême, de même avec la mère, et pourtant au final, alors qu'on plaignait le père tout le livre durant, on en vient à se demander si il ne le mérite pas. Aucune limite claire n'est posée entre le salaud et l'homme de bien dans toute la BD. Que ce soit pour les hommes ou pour les femmes ! Nul n'est à l'abri.
Le plus important à ce niveau, c'est bien le héros. Narrateur de tous les événements, personnage haïssable par ses manières, ses réflexions et tout le mal qu'il fait autour de lui, il n'est néanmoins que perdu dans un monde qu'il doit découvrir comme un adulte désormais mais dans lequel il ne trouve pas sa place. Une sensation qu'on a aussi pu ressentir. Mais là, le héros fait dans tous les extrêmes possibles, ne se rendant même pas compte de sa propre connerie (qui est monumentale), se haïssant lui même tellement fort que c'en est presque malsain. On ne peut pas le prendre en pitié, et pourtant, on ne peut pas le blâmer de tout. C'est du coup un personnage encore une fois ambigu. Il n'est pas tout blanc, pas tout noir, pas tout gris. Il oscille entre tout en permanence. Et hautain, arrogant, haïssable ... Tout est fait pour qu'on le déteste. Lauzier a bien travaillé.
En fait, je crois que Lauzier a voulu retranscrire ici tout ce qui est haïssable en nous lorsque nous passons du monde de l'enfance à celui des adultes. Le héros est chargé autant que possible, mais c'est une dénonciation. De ce que le jeune peut ressentir, de ce que la société en fait, de ce qui ne va pas. Tout est passé encore une fois au crible, des bobos aux hippies, les familles strictes et les nouveaux artistes, la mère poule et le père dépassé par son temps, les considérations philosophiques de bas étage, ... Et peut-être que, nous reconnaissant dans ce héros, nous ne le haïssons que d'avantage, aussi méchant et mesquin qu'il est.
Si j'ai mis 5 étoiles à ce récit, c'est que je l'ai trouvé excellent, vraiment, avec les plus gros défauts que j'imputais à Lauzier qui ont été gommés. L'histoire marque, étant très sombre, très noire, et ne finissant ni bien ni mal. Je ne peux pas vraiment expliquer autrement, mais la fin est étrange, sans qu'on ne sache encore une fois sur quel pied danser. Lauzier nous emmène dans un tourbillon des 18 ans qui laisse perplexe, la morale n'étant pas simple du tout. Je pense que le récit s'adresse avant tout aux adultes, mais je crois que ceux qui connaissent cette période peuvent aussi comprendre beaucoup de choses à travers cet être complexe et tourmenté.
Personnellement, j'ai été marqué par cette BD, et j'en recommande la lecture. Déjà pour se faire son propre avis. Mais également pour apprécier une lecture à la philosophie très particulière, par une satire de la société efficace et une satire de l'homme encore plus efficace.
Nijal dit qu'il voit la BD comme la représentation de l'écueil des 18 ans. Je pense que c'est vrai. 18 ans, c'est un cap qu'il faut franchir. Et Lauzier tente de nous montrer une voie à ne pas emprunter. C'est un bon avertissement, et il mérite d'être écouté.
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Lastman
Je ne suis guère un inconditionnel des ouvrages de Vivès (seuls trouvent grâce à mes yeux Polina et l'irrésistible Les Melons de la colère), pourtant avec "Lastman", cosigné par Balk et Sanlaville, j'ai pris une véritable claque. D'une part, il s'agit d'un formidable divertissement, comparé à tort dans la presse spécialisée à un manga (les magazines Zoo, DBD et CaseMate consacrent ce mois ci de longs articles sur cette nouvelle série). Le ton adopté est drôle, enlevé et enjoué (le personnage de Richard Aldana est riche en bons mots et possède un caractère d'un véritable ours), et j'avoue avoir passé un excellent moment à la lecture de ces presque 200 pages. D'autre part, le dessin, même s'il n'est pas signé par Vivès, l'étoile montante de la bd actuelle, s'apparente à son style si particulier. Avec ce premier volume, de nombreuses intrigues peuvent se développer avec le temps : d'où vient Richard Aldana? Comment vont évoluer ses rapports avec la très belle Mme Valba ? Comment va réagir le Maître Jansen ? Qui est ce mystérieux personnage s'intéressant au tournoi ? Bref un premier volume prometteur et innovant dans la production franco-belge actuelle, qui mérite vraiment toute votre attention (le tirage initial étant prévu à 30 000 exemplaires, Casterman prévoit tout de même un succès éditorial) et qui sera suivi dans l'année 2013 par la parution des deux prochains volumes. J'attends donc la suite avec impatience.
L'An 01
Une bien belle BD que voilà, bien qu'elle soit à mon avis très dure à lire. C'est le genre de BD qu'on qualifie d'utopie, émanant d'une bande de doux dingues, lesquels ont rêvé un monde et l'ont créé. C'est une utopie assez ancrée dans son époque et totalement en accord avec les contestataires des années 70, faisant suite à mai 68. On rêve que la société change, qu'on arrête la course au progrès et qu'on trouve une autre voie. J'ai eu du mal à lire cette BD, je dois bien l'avouer, principalement parce que le dessin est vraiment compliqué. Les enchaînements ne sont pas fluides, le texte déborde de partout, la façon de lire est changeante d'une planche à l'autre, et le tout ne se fait pas dans une suite logique. On mélange avant et après l'an 01, c'est un peu fouillis. Par contre, j'ai adoré le fond de la BD, avec cet idéal de retour à une vie simple et communautaire, ces fameuses idées tellement géniales, tel que l'abandon des clés, le principe des vêtements et tant d'autres choses. J'ai trouvé l'ensemble vraiment très bon, avec plusieurs réflexions sur le fonctionnement de l'an 01, même si je ne pense pas que tout les aspects soient abordés. Mais le top du top reste le fameux passage à l'an 01, ce fameux moment où on arrête tout et on repart à zéro après réflexion. C'est superbe comme idée, le top en matière de révolution pacifiste et sans accroc. Rien à faire, on s'arrête juste, comme ça, sans rien faire. Et puis on repart en réfléchissant. D'ailleurs plusieurs phrases m'ont marqué, notamment lorsque l'un explique que "Platon on en fait tout un plat, mais ça se laisse lire". La morale est vraiment sympathique, et j'ai bien adhéré à ces rêveries. En fait, je dois dire que le seul problème de l'an 01, c'est la mise en page qui est assez peu lisible et n'aide pas à la lecture. Ça ne se lit pas comme une BD traditionnelle, mais les idées compensent ce manque et c'est ce qui importe véritablement au final. J'ai aimé, et j'ai encore en tête la poésie et la douceur dégagée par le livre. Le soleil qui revient en ce moment m'incite à me poser dehors et lire tranquillement, à réfléchir et faire la révolution poétique, au moins dans la tête. C'est déjà un bon début, non ?
Home
J'ai adoré cette BD, autant d'un point de vue graphique que pour son histoire. On sent un potentiel narratif énorme et j'ai vraiment aimé cette sensation de mondes imbriqués que l'on découvre à la fin. Je regrette une fois de plus que ce tome doive rester sans suite surtout avec le nombre de questions soulevées par le scénario et qui resteront malheureusement sans réponse. Je n'ai trouvé aucun blog de l'auteur et Soleil ne répond pas quand on leur demande si cette série verra une suite un jour. Après 5 ans, on peut raisonnablement penser qu'elle est bel et bien morte.
Impostures
Attention, si vous avez l’impression que les personnages sur la couverture vous rappellent de célèbres héros de bandes dessinées, ce n’est pas une hallucination. Oui nous sommes bien en présence de quelques-uns des piliers du 9e art. Bon, à quelques détails près bien sûr. Ils ont vieilli, pris des rides, du ventre, des cernes, vous leur trouvez un air fatigué ou alcoolique, c’est normal. Une parodie ? Non mieux. L’auteur est allé plus loin que la simple caricature trash. Il nous offre un remarquable détournement de personnages et de séries parmi les plus populaires qui soient. On a droit à des petites séquences qui mettent en scène à chaque fois des héros différents. En vrac on va croiser Spirou et Fantasio qui s’inquiètent du changement de dessinateur, et qui changeront de tête au fil des planches. Un schtroumpf qui se sépare de sa compagne pour incompatibilité de communication, un Luky Luke qui perd la boule, … enfin inutile de tous les citer, allez plutôt lire cet album ! Les situations sont vraiment bien trouvées car on s’éloigne du contenu original et on déporte des marqueurs forts de ces séries dans un contexte inattendu. Ça marche vraiment. On retrouve une multitude de détails empruntés à l’original et réutilisés de manière astucieuse, systématiquement à bon escient, et du coup c’est toujours drôle. L’humour fonctionne d’ailleurs super bien. Que ce soient les dialogues, les situations ou juste les clins d’œil, il y a matière à rigoler à chaque histoire. Certaines plus que d’autres, c’est vrai, mais il n’y a rien à jeter ici. Quand ce n'est pas les dialogues qui sont marrants, on pourra toujours s'amuser de la façon dont sont réutilisés tels ou tels aspects incontournables de l'original. Et en plus ce n’est pas vraiment gras, comme on pourrait le penser au premier abord. Pour ne rien gâcher il y a des petits bonus qui eux aussi sont des références plus que sympathiques à d’autres BD : la première double page intérieure, les pubs pour de faux albums… Tout est bon ! Malin, drôle, très bien réalisé, chaudement recommandé.
Les Praticiens de l'infernal
Notre belle planète Terre (ou est-ce un autre satellite ?) connait un gigantesque raz-de marée sur l’archipel des Moluques !!!! Sic De viles créatures ressemblant à des méduses, les Sukoïds, en profitent pour engloutir les hommes ! Il est donc grand temps d’appeler à la rescousse nos Mousquetaires de la Résurrection, j’ai nommé les Praticiens de l’Infernal à savoir Fongor et les jumeaux mutants Thémistècle !!! Tadam ! Si ces noms bizarres sortis de nulle part n’évoquent rien pour vous, nul doute que cette présente et récente œuvre va vous passer au-dessus du crâne comme votre première brosse à reluire. Pour les autres, les déglingos du ciboulot et les anciens lecteurs des Inrocks quand cette revue était encore hautement intéressante se souviennent peut-être des pérégrinations de ces curieux personnages par un auteur dont je n’avais jamais entendu parlé : Pierre la Police. L’indignation de l’incompréhension de ces dessins pas très beaux figés par une légende s’est mué peu à peu en curiosité puis en véritable intérêt. Je cherchais vainement une compilation de ces aventures lorsque la famille Cornélius en fin limier redoutable d’œuvres très recommandables mais peu vendables a eu la bonne idée de sortir cette nouvelle aventure ubuesque et inclassable de ce trio pas ordinaire. Pierre la Police a un trait gras, figé, statique mais très dynamique. Cet album se lit très rapidement mais pour peu que vous aimez le style, vous y reviendrez comme un idiot attiré par l’appat du gain. Et du gain ici il n’y en a pas par contre il faut avoir plus d’un grain pour apprécier à sa juste mesure ces histoires sans sens, aux dialogues et aux situations complètement dingues qui se suivent, s’empilent et se reproduisent comme une histoire qui n’aurait simplement ni queue ni tête. On se fiche bien de la cohérence d’une histoire qui n’est qu’un prétexte aux situations les plus absurdes et finalement les plus drôles car cet auteur atypique a le culot d’égaler sur papier les plus grands comme les Monty Pythons sans pour autant les parodier. Qu’importe donc si tel personnage meurt pour mieux revenir 3 pages plus tard ou si les situations sont aussi bêtes qu’hilarantes. On ne sait jamais où l’on va être entrainé mais pour peu qu’on succombe au charme inattendu de Fongor et des deux jumeaux aux pouvoirs insensés, on risque de prendre un pied comme pas permis. C’est donc peut-être une histoire qui ne surprendra pas les fans de Pierre la Police mais qui sera une véritable torture pour les autres ou au contraire un délice à nul autre égal. J’ai choisi mon camp et suis toujours aussi surpris de l’effet de ces polissonneries et n’attends qu’une seule chose : la suite comme le promet le prometteur "Vol. 1" sur la couverture immonde à souhait qui ne trompera personne : oui mes amis, bénissez ce jour comme la venue du pape François car Fongor revient et pour le bien d'entre nous tous ! ;)
Batman - Un long Halloween
Je ne suis pas fan de Batman à l'origine, mais les derniers films de C. Nolan m'ont donné envie de me plonger un peu plus dans cet univers. Et pour cause ils sont plus ou moins inspirés par ce Long Halloween. La nouvelle édition me plaît beaucoup. D'aucuns lui trouveront en effet un air de dico, mais moi j'apprécie la belle réalisation qualitative de l'ensemble. Un énorme volume bien présenté avec plus de 300 pages à lire, et de très bonnes critiques sur bdthèque, ça donne envie, alors j'ai craqué ! Eh ben, je n'ai pas été déçu du tout. Le style du dessin m'a d'abord dérouté : je suis très sensible à la qualité graphique et on va dire que le dessin utilisé fait de noir profond et de couleurs ternes, jouant beaucoup sur les ombres, et sur une certaine simplicité du trait mais aussi sur un côté un peu "mal fini" ou inachevé ne fait pas partie de ce qui m'attire au premier regard. Pourtant la magie opère et au bout de quelques pages, on en apprécie que davantage les effets de mise en page particulièrement soignés, les cadrages, les pleines pages etc... Et la palette de teintes utilisée vous plonge dans un Gotham étouffant et glauque à souhait. On retrouve aussi avec un certain plaisir les principaux adversaires de Batman. Avec notamment Catwoman dont le relationnel avec Batman est assez intriguant. Certes on peut considérer qu'ils arrivent un peu à la queue leu leu, à la manière d'un inventaire à la Prévert (notamment sur une planche où ils sont tous rassemblés !!!) ! Cela dit, cette succession d'adversaires reste cohérente avec l'histoire, et n'est pas bâclée pour autant. Et puis pourquoi pas après tout puisque cela entre dans un récit qui évoque une histoire globale de Batman autour d'un fil conducteur qui est une intrigue policière. Intrigue parfaitement maîtrisée d'ailleurs jusqu'au coup de théâtre final ! Bien sûr, les ficelles ont déjà été utilisées mais ça marche à tous les coups, et je me suis vraiment pris au jeu de chercher qui était Holiday !!! Bref... J'ai adoré. Ce livre, c'est un peu "découvrez Gotham, Batman et tout son univers en un tome" ! Et du coup, je signe bientôt pour 'Amère victoire', le second volet de ce diptyque. On peut s'arrêter à un Long Halloween, l'histoire fait un tout. Mais personnellement, j'ai pris un vrai plaisir à lire cet ouvrage, alors j'ai envie de me promener à nouveau dans Gotham en compagnie de l'homme chauve souris !
100 bullets
Le même plaisir que la vision d'une grande série télé (Breaking Bad, Justified ou autre Sopranos), début facile, on pourrait croire que chaque volume est une histoire complète (one shot), et puis non, plus on avance dans les tomes, plus une vision d'ensemble s'ajuste. Les personnages de tomes différents se rencontrent, le scénario se construit petit à petit, et là il devient difficile de lâcher la lecture. Et ça continue comme ça avec l'intrigue qui se complique à souhait, jusqu'au 100ème épisode qui clôt la série en apothéose. Vraiment une série addictive comme une drogue dure, au début on peut penser qu'on s'arrêtera quand on voudra, et ce n'est surtout pas la cas, on essaie, mais le manque est là et il faut replonger. Si vous ne voulez pas être malade SURTOUT NE COMMENCEZ PAS, ensuite il sera trop tard...
Portugal
Je ressors assez étonné de cette lecture car lorsqu’il m’était arrivé de feuilleter cette bd en librairie, le graphisme ne m’attirait pas plus que ça au premier abord. Pourtant, quelque chose me donnait envie de la découvrir, ne serait-ce que parce que j’ai passé quelques jours à Lisbonne en 2011 et que j’en gardais un très bon souvenir. Et puis dès que je me suis plongé dans ce gros one-shot de 250 pages, j’ai contre toute attente été conquis très rapidement. Il est vrai qu’on oublie très vite ce côté crayonné du trait qui en fait confère une certaine poésie à l’ensemble. Ces lignes très fines collent bien à la fragilité du personnage principal, très sensible et en proie à ses interrogations métaphysiques. Le choix des couleurs est subtil et particulièrement réussi, avec un ton dominant pour chaque scène, et un élargissement de la palette vers des teintes plus chaudes au fur et à mesure qu’on avance dans l’histoire. Pour les yeux, c’est un vrai festival, un émerveillement permanent. L’ouvrage est composé de trois parties qui délimitent les différentes étapes de la quête du « héros » : sa rupture conjugale nécessaire pour entamer le processus (« Selon Simon »), les « retrouvailles » avec un père accaparé par son boulot lors du mariage de la cousine en Bourgogne (« Selon Jean ») et le séjour au Portugal sur les traces du grand-père (« Selon Abel »). Les plus pressés pourront y trouver des longueurs mais on est quand même dans l’introspectif, ce qui ne veut pas dire chiant, au contraire. « Portugal » est une sorte de road movie humaniste où l’auteur a opté pour les routes départementales plutôt que les autoroutes… A travers cette quête, il nous invite à prendre le temps de réfléchir aussi sur nous-mêmes (car la question de nos racines nous concerne tous), sans lourdeurs, avec délicatesse et humanité. Il y est question de mémoire, de notre condition tragique d’homme moderne mais aussi de reconstruction de soi-même quand la vie paraît vaine. Plusieurs anecdotes et passages drôles ou touchants émaillent le récit, notamment quand Simon apprend l’origine de son nom. J’y ai moi-même retrouvé l’ambiance chaleureuse et la douceur de vivre méditerranéenne d’un pays où les gens ont su rester authentiques. Laissez-vous donc enchanter par ce Portugal à cent lieues de la carte postale !
Les Trois Chemins
Je vous trouve un peu tous sévères avec cette série, parce que personnellement, j'ai adoré cette petit BD jeunesse (sûrement une des meilleures du genre). C'est évidemment la narration, très originale que je trouve géniale (surtout pour moi, qui suis fan de l'OUBAPO). Et ces histoires hyper simples (il vaut mieux, vu la contrainte que Lewis Trondheim s'est imposée) prennent leur sens une fois mises en scène dans les multiples chemins : c'est mignon, gentillet et charmant pour les enfants comme pour les parents. Sergio Garcia (déjà auteur du joli Géographie martienne) adopte un style très frais, soigné et merveilleusement joli. Les personnages principaux sont dessinés de façon assez simple, mais les décors sont toujours magnifiques et chargés en multiples détails rigolos. Les couleurs (claires) adoucissent le dessin, en le rendant encore plus esthétique : un émerveillement pour vos yeux. Une petite perle.
Souvenirs d'un jeune homme
Décidément, Lauzier a un sacré don pour croquer la société et ses malaises. Pour un troisième ouvrage de l'auteur, j'ai été plus qu'enchanté, je dois bien le dire. Tout est bon là-dedans. Déjà, le trait est soigné par rapport à La Course du rat du même auteur, avec de petites améliorations notables. Le dessin n'est toujours pas beau mais je l'ai trouvé un poil plus sympathique. Peut-être une plus grande maturité (bien qu'il n'y ait pas dix ans entre les deux). Les couleurs sont toujours autant abominables, là-dessus il n'y a rien à sauver. Par contre, un effort énorme a été fourni au niveau des phylactères, et enfin c'est lisible ! La lecture est fluide, les bulles sont bien taillées, c'est un régal ! Rien à voir avec l'ancien système complètement brouillon. Et encore une fois, c'est l'histoire qui est juste superbe. J'ai littéralement a-d-o-r-é ! Le principe de base est un peu semblable à La Course du rat, avec une personne qui décide de changer sa vie en profondeur et se casse un peu la figure. Mais par contre, le propos va se tourner vers une autre forme de critique sociale. Là, c'est la jeunesse et ses fameuses illusions qui vont s'en prendre plein la poire (et sans gants je vous prie !). Et sans cette fois-ci de slogan tel que "Tous pourris !". Des pourris, il y en a, mais aussi beaucoup de gens normaux qui sont abusés par le système. Les désillusions vont être nombreuses, et encore plus de questions sont posées à la fin qu'au début de l'ouvrage au final. Un adolescent qui fait sa crise d'ado, c'est bateau comme sujet. Mais lorsqu'on pousse le concept un peu plus loin, c'est très intéressant. Les relations avec le père sont ici poussées à l’extrême, de même avec la mère, et pourtant au final, alors qu'on plaignait le père tout le livre durant, on en vient à se demander si il ne le mérite pas. Aucune limite claire n'est posée entre le salaud et l'homme de bien dans toute la BD. Que ce soit pour les hommes ou pour les femmes ! Nul n'est à l'abri. Le plus important à ce niveau, c'est bien le héros. Narrateur de tous les événements, personnage haïssable par ses manières, ses réflexions et tout le mal qu'il fait autour de lui, il n'est néanmoins que perdu dans un monde qu'il doit découvrir comme un adulte désormais mais dans lequel il ne trouve pas sa place. Une sensation qu'on a aussi pu ressentir. Mais là, le héros fait dans tous les extrêmes possibles, ne se rendant même pas compte de sa propre connerie (qui est monumentale), se haïssant lui même tellement fort que c'en est presque malsain. On ne peut pas le prendre en pitié, et pourtant, on ne peut pas le blâmer de tout. C'est du coup un personnage encore une fois ambigu. Il n'est pas tout blanc, pas tout noir, pas tout gris. Il oscille entre tout en permanence. Et hautain, arrogant, haïssable ... Tout est fait pour qu'on le déteste. Lauzier a bien travaillé. En fait, je crois que Lauzier a voulu retranscrire ici tout ce qui est haïssable en nous lorsque nous passons du monde de l'enfance à celui des adultes. Le héros est chargé autant que possible, mais c'est une dénonciation. De ce que le jeune peut ressentir, de ce que la société en fait, de ce qui ne va pas. Tout est passé encore une fois au crible, des bobos aux hippies, les familles strictes et les nouveaux artistes, la mère poule et le père dépassé par son temps, les considérations philosophiques de bas étage, ... Et peut-être que, nous reconnaissant dans ce héros, nous ne le haïssons que d'avantage, aussi méchant et mesquin qu'il est. Si j'ai mis 5 étoiles à ce récit, c'est que je l'ai trouvé excellent, vraiment, avec les plus gros défauts que j'imputais à Lauzier qui ont été gommés. L'histoire marque, étant très sombre, très noire, et ne finissant ni bien ni mal. Je ne peux pas vraiment expliquer autrement, mais la fin est étrange, sans qu'on ne sache encore une fois sur quel pied danser. Lauzier nous emmène dans un tourbillon des 18 ans qui laisse perplexe, la morale n'étant pas simple du tout. Je pense que le récit s'adresse avant tout aux adultes, mais je crois que ceux qui connaissent cette période peuvent aussi comprendre beaucoup de choses à travers cet être complexe et tourmenté. Personnellement, j'ai été marqué par cette BD, et j'en recommande la lecture. Déjà pour se faire son propre avis. Mais également pour apprécier une lecture à la philosophie très particulière, par une satire de la société efficace et une satire de l'homme encore plus efficace. Nijal dit qu'il voit la BD comme la représentation de l'écueil des 18 ans. Je pense que c'est vrai. 18 ans, c'est un cap qu'il faut franchir. Et Lauzier tente de nous montrer une voie à ne pas emprunter. C'est un bon avertissement, et il mérite d'être écouté.