Pour un gros lecteur et collectionneur de bds comme moi, il est rare de découvrir une série dont il était totalement passé à côté. Outre ce plaisir déjà non négligeable quand cette découverte est brillante c'est encore mieux.
Pour être franc, cela fait longtemps qu'une série bd surtout écrite et dessinée par des français ne m'avait pas autant enthousiasmé. J'ai dévoré la première intégrale en une soirée et j'ai couru dès le lendemain matin acheter la deuxième qui fut lue le soir même.
Le gloubi boulga concocté par les auteurs m'a rassasié comme rarement. Il n'est pas facile de réussir une alchimie entre différents genres sans que cela paraisse indigeste, parodique ou vain.
Le tour de force des auteurs est d'avoir créé un univers cohérent à travers cette cité 14 qui semble être la cité de tous les possibles. Des personnages humains côtoient des personnages anthropomorphes. Des aliens échoués sur cette planète vivent pour la plupart dans un ghetto qui n'est pas sans rappeler celui du film District 9. On croise des chats qui lévitent et hypnotisent, un superhéros superméchant, un gangster cerf unijambiste, un crapaud mafieux et ses sbires têtards, des tueurs grabataires et séniles, un éléphant déformé etc. L'univers décrit est un mélange de polar à la Dick Tracy, un hommage à la Sf de sérieB , de comics de superhéros. On trouve même une tour gigantesque dont l'architecture totalement folle n'est pas sans évoquer les œuvres de Schuiten et Peeters.
Devant tant de folies, on pourrait craindre que les auteurs aient oublié de mettre un fil conducteur ou qu'ils ne sachent pas vers ou faire aller leur histoire. Et bien non malgré les différentes orientations prises par l'histoire, tout est maitrisé et on peut considérer que l'histoire est bien conclue avec la fin de la seconde intégrale bien qu'on espère une suite dans ce merveilleux univers.
Jusqu'ici il n'y avait que les comics comme Bone ou ceux de Kirkman qui me semblaient avoir réussi à tirer des histoires lisibles d'univers si barrés.
En conclusion un véritable coup de coeur. 4.5/5
En tant que fan de western hollywoodien et spaghetti, je ne peux que conseiller cette splendide création de Swolfs que je place un cran en-dessous de Blueberry, mais à l'égal des meilleures BD western comme Comanche, Buddy Longway ou Mac Coy.
La bande est fortement influencée par le western italien et surtout le personnage de l'étranger au cigarillo qu'incarnait ce bon vieux Clint dans les films de Sergio Leone : pistolero solitaire peu loquace et quasi énigmatique qui use de son arme d'une façon redoutable, chapeau à large bord qui cache un regard ténébreux, barbe de 3 jours, aspect crasseux...bref, une série de clichés qui sont repris de façon magistrale par un dessinateur au mieux de sa forme, alors que c'était sa première grande série. Tout semble inspiré par Clint, puisque Durango venge son frère Harry comme le faisait Clint dans "l'Homme des hautes plaines".
Graphiquement, le dessin de Swolfs est proche de celui de Giraud, en plus vigoureux; il profite du travail accompli par Gir et Hermann sur leurs séries, en intégrant l'univers du western spaghetti très à la mode encore au début des années 80, avec des cadrages, un découpage, un ton cinématographiques, et des codes bien précis qui donnent indéniablement une ambiance; il ne manque plus que la musique de Morricone.
Le premier épisode, "Les Chiens meurent en hiver" est quasiment un décalque du "Grand Silence", western étrange de Corbucci, interprété par J.L. Trintignant et Klaus Kinski dans un décor neigeux; Swolfs reprend l'idée et donne la physionomie de Kinski au méchant qui s'oppose à Durango. Par la suite, d'autres personnages auront des visages d'acteurs, et l'on guette les clins d'oeil (tel celui de l'album "Piège pour un tueur" où l'on aperçoit la silhouette d'Eastwood avec son poncho).
Il n'est pas étonnant que Thierry Girod ait repris cette série, il a dû d'ailleurs s'en inspirer pour créer sa propre série Wanted, au ton très proche.
Croyez-moi, les amateurs du genre ne seront pas déçus avec Durango, c'est une très belle collection à constituer, un vrai plaisir à lire et à relire.
Un peu tombé dessus par hasard, ne connaissant pas l'auteur, je fus très agréablement surpris par cette petite bd.
Dès les premières planches, je suis tombé sous le charme du style désinvolte et légèrement cynique. Le dessin est enfantin mais ça rend le comique de l'histoire plus efficace (c'est pas de la SF). Ce sont surtout les dialogues que j'ai adorés ainsi que la critique que fait l'auteur sur l'esprit rap.
Avec ce héros crée en 1966, François Craenhals, déja connu pour les séries Pom et Teddy puis Les 4 As, pouvait rivaliser avec le Prince Valiant d'outre-atlantique.
Probablement ma fascination et mon intérêt pour le médiéval et la chevalerie viennent de Chevalier Ardent que j'ai découvert dans Tintin, c'était l'un de mes héros préférés avec Bernard Prince, Tounga, Michel Vaillant, Olivier Rameau puis Buddy Longway... toute une époque de Bd au ton héroïque et aventureux, et aux belles qualités humaines. En Europe, les bandes médiévales réalistes étaient moins nombreuses dans les années 60 qu'elles ne le sont maintenant, sauf dans les petits formats comme Ivanhoe, Oliver, Lancelot ou Ogan....
Craenhals lance donc Ardent de Walburge, qui dans les premiers épisodes, est un "damné fol", un jouvenceau ayant tous les défauts de l'adolescence, effronté, audacieux, obstiné et fier ; la bande saura très justement faire évoluer le personnage au fur et à mesure qu'il prend de l'âge. Dans un Moyen Age de Table Ronde, il grandit, s'assagit et connaît l'amour courtois auprès de la douce Gwendoline, fille du roi Arthus. Leur amour devient plus fort au fil des années, mais Arthus voit d'un mauvais oeil cette idylle, il la tolère cependant en éprouvant la loyauté d'Ardent qui accomplit des missions dans de lointaines contrées, et pour le garder soumis à son autorité, Arthus lui offre le grand fief ardennais de Rougecogne, faisant ainsi d'Ardent son plus puissant vassal.
Au fil des épisodes, dont les meilleurs sont incontestablement les 3 premiers ("le Prince Noir", "Les Loups de Rougecogne", "la Loi de la steppe"), Craenhals décrit ces démêlés entre Ardent et ce roi tout puissant, adepte des combines politiques ambiguës, au sein d'ambiances tendues et fantastiques, avec notamment l'apparition d'êtres étranges comme le mage Thamatos ; un cap est d'ailleurs franchi en 1970 avec l'épisode "le Secret du roi Arthus", et cet aspect un peu tourmenté culmine avec des épisodes comme ''Les cavaliers de l'Apocalypse'' ou ''Le Passage'', où le découpage en pleine page très travaillée exprime le cauchemar. La série ira en même temps vers un aspect de plus en plus fantastique, après quelques épisodes de transition un peu fades.
De plus, et c'est là toute la subtilité de la série, au contraire des autres Bd médiévales comme Jhen (Xan), Vasco ou Les Aigles décapitées, Chevalier Ardent évolue dans un Moyen Age totalement fictif, sans aucune référence à des événements réels, et aucun personnage historique célèbre n’apparaît ou n'est cité ; le Prince Noir qui donne son titre au premier récit, n'est pas le grand prince anglais fils d'Edouard III que l'on connaît, mais un seigneur félon imaginaire. Seuls le contexte d'époque, les décors et les costumes empruntent au Moyen Age. Malgré ça, c'est une des plus belles réussites du genre qui exploite une chevalerie pleine de loyauté, de vertus, mais aussi de cruauté ; cet élément est étrangement bien présent dès le début, alors que la bande paraissait dans un journal pour jeunes, mais je crois qu'au fil des années, Craenhals a voulu toucher un public un peu plus âgé. Les intrigues sont recherchées et passionnantes, le dessin nerveux et soigné.
Une série aujourd'hui recherchée et bien cotée, je la recommande vivement.
Ah les 3 A, c'était une de mes séries préférées dans Tintin, et comme toutes ces bandes des années 60, elle conserve aujourd'hui un cachet rétro que j'affectionne, mais je doute qu'elle puisse intéresser les jeunes d'aujourd'hui par son graphisme très franco-belge d'époque et son idéologie bien proprette; ça ne peut plaire qu'à des nostalgiques de ma génération...mais qui sait ? Ces 3 jeunes gens intrépides sont un trio de scouts qui partent à l'aventure dans de beaux endroits de nature; il y a André, le grand blond qui fait figure de chef, Alain aux fines lunettes, plus porté sur la réflexion, et Aldebert le plus jeune, celui par qui arrivent les évènements, c'est aussi le comique de service.
Cette BD attachante et sympathique, prônant des valeurs saines pour la jeunesse des années 60, connut son petit succès pendant 5 ans entre 1962 et 1967, elle fut hélas délaissée au profit de Ric Hochet que ses auteurs menaient vers une gloire encore plus grande. A.P. Duchâteau, sous le pseudo de Michel Vasseur, imaginera des scénarios inventifs aux allures policières, tandis que Tibet, assisté de Mitteï aux décors, se cachera derrière celui-ci, lui laissant la paternité des dessins; mais le connaisseur saura reconnaître le graphisme réaliste de Tibet sur les personnages, dont il exécute le crayonné, et qui par ailleurs, ne peut s'empêcher de donner à André un physique à la Ric Hochet. Une bien chouette série comme on n'en fait plus.
Cette bande d'une sensualité inouïe et d'une audace incroyable dans cette Amérique du début des années 70, fut commencée en 1973 par Richard Corben, plusieurs fois abandonnée, puis reprise et terminée en 1978.
Ce chef-d'oeuvre vaut par la vigueur du dessin qui tient dans un réalisme photographique unique dû à la technique de l'aérographe. Corben fut l'un des premiers dessinateurs à employer cet appareil qui lui permet d'obtenir des effets remarquables ; son dessin est très caractéristique et très reconnaissable avec ses personnages aux corps disproportionnés, massifs, lourds et super musclés, aux mâchoires très carrées, aux sexes énormes, et ses héroïnes aux seins et aux fesses presque hypertrophiés, mais qui sont cependant de beaux spécimens anatomiques qui alimentaient les fantasmes des étudiants américains de l'époque, car l'érotisme souvent sulfureux et idéalisé joue un grand rôle ici.
Corben cherche à restituer la nudité primitive de l'homme à travers ces récits de SF et de fantastique à l'influence lovecraftienne, où ses univers de mondes hallucinants remplis de fureur, de violence et de sang, au sein desquels s'invite l'érotisme, sont servis par la force d'un dessin aux couleurs vives et éclatantes, ou froides. Cet univers séduit d'abord les amateurs de BD underground, puis finit par toucher un public de plus en plus large attiré par l'aspect graphique.
Le plus étonnant, c'est que cette BD n'a pas pris une ride, elle fait toujours son effet aujourd'hui...ces personnages projetés nus dans un monde de cauchemar, confrontés à des monstres redoutables ou à des reines nymphomanes et maléfiques, plaisent encore et interpellent les ados des années 2000, comme ils ont interpellé l'ado que j'étais dans les 70's. Corben mélange habilement la SF à une forme de fantasy où s'ajoute un érotisme parfois torride, les scènes de combat sont violentes, le sang gicle, les corps sont distendus par l'effort, créant ainsi une étonnante beauté plastique.
Une oeuvre à part dans la BD, bref, c'est du Corben...
Alors ça c'est bon. C'est même du très bon.
Je dois avouer que je partais avec un gros apriori négatif sur l'univers de comics et surtout des comics de super-héros, ce qui m'a incité à ne jamais me pencher vraiment dessus. Puis, pour faire plaisir à une amie que je convertis à la BD, je me suis dit que j'allais prendre quelques BD que mon site préféré décrivait comme les meilleurs. Ni une ni deux; je m'empare des Batman (qui est souvent décrit comme le meilleur des super héros).
Ce Batman me semblait très particulier, reprendre le conte de Dickens dans l'univers de Batman me semblait une bonne idée mais j'avoue que je ne savais pas du tout à quoi m'attendre.
Ce qui m'a très agréablement surpris, ce fut d'abord le dessin, très beau et agréable à l’œil, un rendu très sympathique et assez loin de ce qu'on peut lire dans Dark knight Retunrs ou Un long Halloween (bien que les deux soit très bons aussi). Il est très coloré, ce qui change un peu de ce que j'avais déjà vu, avec un trait vraiment sympathique. C'est un excellent point, avec en plus un gros avantage : la lecture reste fluide.
Car de la lecture il y en a dans cette adaptation à la sauce Batman d'un chef-d’œuvre de Dickens décliné en un peu tout et n'importe quoi, A Christmas Carol. L'auteur à pris le parti d'ajouter une voix off qui raconte l'histoire d'origine du conte, et par dessus nous voyons Batman et de quelle manière le récit colle au paroles du conte. C'est vraiment bien travaillée la façon dont les deux vont s'emboiter et servir le récit.
Ce que j'ai également adoré, c'est la façon de reprendre ce conte, notamment avec les fameux trois esprits qui vont intervenir. Je m'attendais tellement à du fantastique que j'ai trouvé le procédé excellent. Pas de fantastique, que du réel (enfin, réel, réel ... On se comprend) et des personnages connus. Rien ne déborde de l'univers habituel d'un Batman.
Pour une des premières approche de Batman, j'ai adoré également cet univers, le Joker qui est juste parfait, avec son humour habituel et qui fait grincer des dents, le personnage de Alfred, mais également Batman, sombre et torturé, qui bouillonne intérieurement. Le chevalier noir est un héros très atypique dans l'univers des comics, avec beaucoup de questions sur lui-même, ses actions et son but. En tout cas je continuerais à lire les aventures de l'homme chauve-souris (ça ne rend vraiment pas en français) avec un grand plaisir.
Alors si cette BD est très bien sous bien des angles et constitue un parfait exemple de très bon comics de super-héros, j'ai noté tout de même quelques petites facilités dans le scénario. Celui-ci est juste un prétexte pour développer le conte et donner matière à réfléchir sur le fond de Batman, et du coup elle passe allègrement à la trappe. Notamment le fait que ce soit le Joker, à nouveau évadé d'un asile qui est plus une passoire qu'autre chose, et qui demande à quelqu'un de faire une course pour lui (course d'ailleurs inutile, si on regarde bien). Bref, j'ai trouvé que certaines ficelles scénaristiques sont assez grosses, notamment vers la fin (ceux qui ont lu me comprendront), mais elles passent toujours car ce n'est finalement pas du tout le propos. Comme dit, l'histoire n'est qu'un prétexte.
Pour moi, ce sera donc un beau 4* à ce Batman qui à su m'accrocher l’œil et me faire passer un excellent moment avec le chevalier noir, dans un bel ouvrage. Le spitch de base, déjà décliné sous toute ses formes et qui me semblait être devenu stérile depuis un moment, a su me proposer quelque chose de neuf et de plaisant. Le pari est largement réussi pour les auteurs, et ils m'auront permis de m'intéresser d'autant à l'homme chauve-souris.
Non loin du paisible bourg de Saint-Bled, dans une région française indéterminée, se trouve la ferme de Pascal Bottafoin et de sa jolie femme Catherine, accompagnés du grand-père. Jeune couple d'agriculteurs aux antipodes du bouseux bêta, les Bottafoin utilisent la modernité de certaines machines mais restent parfois étrangement ignorants des coutumes citadines.
La charge est cependant légère, car à l'époque de la création de cette bande en 1967, on se moquait encore facilement des "péquenots" ; d'ailleurs, la revue d'agriculture qui accueillit "La Famille Bottafoin" ne supporta guère l'esprit trop frondeur à son goût de Martial son auteur, connu pour sa série Tony Laflamme et surtout Sylvie. La bande trouva refuge chez Pilote, où le père Goscinny accueillait toute forme d'humour ; c'est là que j'ai découvert entre 1968 et 1970, ce family strip original et totalement novateur à l'époque, car c'est probablement la seule Bd se déroulant entièrement en milieu rural. Plus que les chutes, c'est l'ensemble qui était drôle, les personnages ayant souvent des têtes d'ahuris.
C'est un petit régal hélas très méconnu du grand public, dont le dessin de Martial très expressif, est pour beaucoup dans la qualité de cette bande qui se déclinait en planche-gag. Sourire garanti.
Dès son premier album, cette série phénomène lancée par Jean Van Hamme et Philippe Francq, devient un best-seller. C'est comme au cinéma, tout film commercial qui fait un carton n'est pas souvent jugé sérieux par la critique qui fait tout pour en détourner le public; ici, c'est pareil. Certes, c'est archi conventionnel, le héros s'en tire toujours, les femmes sont toujours trop belles, les méchants sont vils, l'action est prévisible... mais n'est-ce pas là ce qui fait le succès de la série dont Van Hamme est bien incapable d'en expliquer le succès.
Le lecteur est confronté à des intrigues politico-financières dans un cocktail d'aventures bondesques souvent jouissives qui font passer un excellent moment, et c'est bien tout ce qu'on demande: se distraire, mais grâce à Van Hamme et à son bagage universitaire (agrégation en économie politique, licence en droit des assurances), la complexité et le côté rébarbatif du jargon financier constituent finalement un bon suspense au récit en connexion avec l'actualité. Chaque histoire ressemble un peu à la précédente, les rebondissements sont multiples, certains personnages vraiment troubles, l'humour est au second degré, et le tout est suffisamment compliqué pour obliger le lecteur à s'attarder sur le dessin fluide et soigné de Francq.
La qualité de la documentation étayant des scénarios bien torchés, le dynamisme de l'action agrémenté d'un érotisme sage font de la série une véritable réussite, le seul bémol étant l'anticonformisme de son héros où Van Hamme tombe parfois dans le piège de la vulgarité, mais ce défaut est rattrapé par les astuces de scénario, la fiabilité du milieu d'affaires et les rouages d'une mécanique parfaitement maîtrisée.
Après le coup d'éclat des Passagers du vent, la revue Circus publie en 1982 ce qui va devenir une Bd culte, d'une incontestable qualité, un véritable sommet du genre historique, une série-phare chez Glénat. Le récit présente de nombreux personnages, dont le pilier est Ariane de Troïl, elle admire les exploits d'un mystérieux justicier baptisé l'Epervier. Autour de cette trame simple, les auteurs Cothias et Juillard font progresser leur histoire en brassant plusieurs thèmes : défense de la cause paysanne, aspect ridicule de la fatuité des nobles, fin de règne d'un roi jouisseur et inconstant aussi bien en amour qu'en politique (Henri IV), ton érotique latent où ce roi se montre goguenard dans des scènes paillardes bien illustrées par le trait limpide et souple de Juillard qui réussit ainsi à créer une atmosphère, aidé bien-sûr par son scénariste Cothias qui brosse un tableau cruel et coloré de cette époque agitée de l'Histoire. Celui-ci travaille en profondeur les psychologies de plusieurs personnages, qu'ils soient authentiques ou fictifs, et transforme le tout en une véritable tragédie shakespearienne dont les pions sont savamment mis en place. A cela s'ajoute la richesse du dialogue qui conforte l'esprit de cette époque justement restituée.
Certes, de grands évènements historiques sont montrés, tel l'assassinat du roi par Ravaillac, mais les auteurs ne se complaisent pas dans une Histoire boursouflée de détails et insufflent une bonne dose de romanesque, malgré une narration complexe voire confuse qui peut surprendre au premier abord. On assiste à des scènes violentes ou horribles qui donnent une force peu commune et une authenticité à cette Bd, et auxquelles le lecteur que j'étais à l'époque n'était pas encore habitué ; j'en étais resté aux bandes académiques du journal Tintin.
Le prequel Masquerouge crée avant "Les 7 vies de l'épervier" pour un public plus jeune (publié entre 1980 et 1982 dans Pif-Gadget), pourra aider à éclaircir certains épisodes restés dans l'ombre. En revanche, des nombreuses séries dérivées, seule Plume aux vents qui est la suite directe, en 4 albums, sera très attendue par les fans.
Malgré un dessin et une colorisation très années 80 que certains lecteurs plus jeunes critiqueront, il faut avouer que même 30 ans après, cette formidable saga tient encore la route, parce qu'elle est d'une étoffe des grandes séries, et qu'elle ne pouvait que séduire un vieil amateur d'Histoire de France comme moi. La souplesse du trait de Juillard est remarquable notamment dans les beaux décors architecturaux, et les anatomies féminines aux formes toujours opulentes.
Bref, Les 7 vies de l'épervier reste un must absolu pour tous les amateurs d'aventures historiques, et j'en redemande tellement que j'ai lu en suivant toutes les séries dérivées (même si elles ne sont pas toutes de qualité), et surtout la suite directe "Plume au vent", à laquelle succédera bientôt une 3ème époque. Une série exceptionnelle et incontournable.
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Cité 14 - Saison 1
Pour un gros lecteur et collectionneur de bds comme moi, il est rare de découvrir une série dont il était totalement passé à côté. Outre ce plaisir déjà non négligeable quand cette découverte est brillante c'est encore mieux. Pour être franc, cela fait longtemps qu'une série bd surtout écrite et dessinée par des français ne m'avait pas autant enthousiasmé. J'ai dévoré la première intégrale en une soirée et j'ai couru dès le lendemain matin acheter la deuxième qui fut lue le soir même. Le gloubi boulga concocté par les auteurs m'a rassasié comme rarement. Il n'est pas facile de réussir une alchimie entre différents genres sans que cela paraisse indigeste, parodique ou vain. Le tour de force des auteurs est d'avoir créé un univers cohérent à travers cette cité 14 qui semble être la cité de tous les possibles. Des personnages humains côtoient des personnages anthropomorphes. Des aliens échoués sur cette planète vivent pour la plupart dans un ghetto qui n'est pas sans rappeler celui du film District 9. On croise des chats qui lévitent et hypnotisent, un superhéros superméchant, un gangster cerf unijambiste, un crapaud mafieux et ses sbires têtards, des tueurs grabataires et séniles, un éléphant déformé etc. L'univers décrit est un mélange de polar à la Dick Tracy, un hommage à la Sf de sérieB , de comics de superhéros. On trouve même une tour gigantesque dont l'architecture totalement folle n'est pas sans évoquer les œuvres de Schuiten et Peeters. Devant tant de folies, on pourrait craindre que les auteurs aient oublié de mettre un fil conducteur ou qu'ils ne sachent pas vers ou faire aller leur histoire. Et bien non malgré les différentes orientations prises par l'histoire, tout est maitrisé et on peut considérer que l'histoire est bien conclue avec la fin de la seconde intégrale bien qu'on espère une suite dans ce merveilleux univers. Jusqu'ici il n'y avait que les comics comme Bone ou ceux de Kirkman qui me semblaient avoir réussi à tirer des histoires lisibles d'univers si barrés. En conclusion un véritable coup de coeur. 4.5/5
Durango
En tant que fan de western hollywoodien et spaghetti, je ne peux que conseiller cette splendide création de Swolfs que je place un cran en-dessous de Blueberry, mais à l'égal des meilleures BD western comme Comanche, Buddy Longway ou Mac Coy. La bande est fortement influencée par le western italien et surtout le personnage de l'étranger au cigarillo qu'incarnait ce bon vieux Clint dans les films de Sergio Leone : pistolero solitaire peu loquace et quasi énigmatique qui use de son arme d'une façon redoutable, chapeau à large bord qui cache un regard ténébreux, barbe de 3 jours, aspect crasseux...bref, une série de clichés qui sont repris de façon magistrale par un dessinateur au mieux de sa forme, alors que c'était sa première grande série. Tout semble inspiré par Clint, puisque Durango venge son frère Harry comme le faisait Clint dans "l'Homme des hautes plaines". Graphiquement, le dessin de Swolfs est proche de celui de Giraud, en plus vigoureux; il profite du travail accompli par Gir et Hermann sur leurs séries, en intégrant l'univers du western spaghetti très à la mode encore au début des années 80, avec des cadrages, un découpage, un ton cinématographiques, et des codes bien précis qui donnent indéniablement une ambiance; il ne manque plus que la musique de Morricone. Le premier épisode, "Les Chiens meurent en hiver" est quasiment un décalque du "Grand Silence", western étrange de Corbucci, interprété par J.L. Trintignant et Klaus Kinski dans un décor neigeux; Swolfs reprend l'idée et donne la physionomie de Kinski au méchant qui s'oppose à Durango. Par la suite, d'autres personnages auront des visages d'acteurs, et l'on guette les clins d'oeil (tel celui de l'album "Piège pour un tueur" où l'on aperçoit la silhouette d'Eastwood avec son poncho). Il n'est pas étonnant que Thierry Girod ait repris cette série, il a dû d'ailleurs s'en inspirer pour créer sa propre série Wanted, au ton très proche. Croyez-moi, les amateurs du genre ne seront pas déçus avec Durango, c'est une très belle collection à constituer, un vrai plaisir à lire et à relire.
Lionel J. et les PD du cul
Un peu tombé dessus par hasard, ne connaissant pas l'auteur, je fus très agréablement surpris par cette petite bd. Dès les premières planches, je suis tombé sous le charme du style désinvolte et légèrement cynique. Le dessin est enfantin mais ça rend le comique de l'histoire plus efficace (c'est pas de la SF). Ce sont surtout les dialogues que j'ai adorés ainsi que la critique que fait l'auteur sur l'esprit rap.
Chevalier Ardent
Avec ce héros crée en 1966, François Craenhals, déja connu pour les séries Pom et Teddy puis Les 4 As, pouvait rivaliser avec le Prince Valiant d'outre-atlantique. Probablement ma fascination et mon intérêt pour le médiéval et la chevalerie viennent de Chevalier Ardent que j'ai découvert dans Tintin, c'était l'un de mes héros préférés avec Bernard Prince, Tounga, Michel Vaillant, Olivier Rameau puis Buddy Longway... toute une époque de Bd au ton héroïque et aventureux, et aux belles qualités humaines. En Europe, les bandes médiévales réalistes étaient moins nombreuses dans les années 60 qu'elles ne le sont maintenant, sauf dans les petits formats comme Ivanhoe, Oliver, Lancelot ou Ogan.... Craenhals lance donc Ardent de Walburge, qui dans les premiers épisodes, est un "damné fol", un jouvenceau ayant tous les défauts de l'adolescence, effronté, audacieux, obstiné et fier ; la bande saura très justement faire évoluer le personnage au fur et à mesure qu'il prend de l'âge. Dans un Moyen Age de Table Ronde, il grandit, s'assagit et connaît l'amour courtois auprès de la douce Gwendoline, fille du roi Arthus. Leur amour devient plus fort au fil des années, mais Arthus voit d'un mauvais oeil cette idylle, il la tolère cependant en éprouvant la loyauté d'Ardent qui accomplit des missions dans de lointaines contrées, et pour le garder soumis à son autorité, Arthus lui offre le grand fief ardennais de Rougecogne, faisant ainsi d'Ardent son plus puissant vassal. Au fil des épisodes, dont les meilleurs sont incontestablement les 3 premiers ("le Prince Noir", "Les Loups de Rougecogne", "la Loi de la steppe"), Craenhals décrit ces démêlés entre Ardent et ce roi tout puissant, adepte des combines politiques ambiguës, au sein d'ambiances tendues et fantastiques, avec notamment l'apparition d'êtres étranges comme le mage Thamatos ; un cap est d'ailleurs franchi en 1970 avec l'épisode "le Secret du roi Arthus", et cet aspect un peu tourmenté culmine avec des épisodes comme ''Les cavaliers de l'Apocalypse'' ou ''Le Passage'', où le découpage en pleine page très travaillée exprime le cauchemar. La série ira en même temps vers un aspect de plus en plus fantastique, après quelques épisodes de transition un peu fades. De plus, et c'est là toute la subtilité de la série, au contraire des autres Bd médiévales comme Jhen (Xan), Vasco ou Les Aigles décapitées, Chevalier Ardent évolue dans un Moyen Age totalement fictif, sans aucune référence à des événements réels, et aucun personnage historique célèbre n’apparaît ou n'est cité ; le Prince Noir qui donne son titre au premier récit, n'est pas le grand prince anglais fils d'Edouard III que l'on connaît, mais un seigneur félon imaginaire. Seuls le contexte d'époque, les décors et les costumes empruntent au Moyen Age. Malgré ça, c'est une des plus belles réussites du genre qui exploite une chevalerie pleine de loyauté, de vertus, mais aussi de cruauté ; cet élément est étrangement bien présent dès le début, alors que la bande paraissait dans un journal pour jeunes, mais je crois qu'au fil des années, Craenhals a voulu toucher un public un peu plus âgé. Les intrigues sont recherchées et passionnantes, le dessin nerveux et soigné. Une série aujourd'hui recherchée et bien cotée, je la recommande vivement.
Les Aventures des 3A
Ah les 3 A, c'était une de mes séries préférées dans Tintin, et comme toutes ces bandes des années 60, elle conserve aujourd'hui un cachet rétro que j'affectionne, mais je doute qu'elle puisse intéresser les jeunes d'aujourd'hui par son graphisme très franco-belge d'époque et son idéologie bien proprette; ça ne peut plaire qu'à des nostalgiques de ma génération...mais qui sait ? Ces 3 jeunes gens intrépides sont un trio de scouts qui partent à l'aventure dans de beaux endroits de nature; il y a André, le grand blond qui fait figure de chef, Alain aux fines lunettes, plus porté sur la réflexion, et Aldebert le plus jeune, celui par qui arrivent les évènements, c'est aussi le comique de service. Cette BD attachante et sympathique, prônant des valeurs saines pour la jeunesse des années 60, connut son petit succès pendant 5 ans entre 1962 et 1967, elle fut hélas délaissée au profit de Ric Hochet que ses auteurs menaient vers une gloire encore plus grande. A.P. Duchâteau, sous le pseudo de Michel Vasseur, imaginera des scénarios inventifs aux allures policières, tandis que Tibet, assisté de Mitteï aux décors, se cachera derrière celui-ci, lui laissant la paternité des dessins; mais le connaisseur saura reconnaître le graphisme réaliste de Tibet sur les personnages, dont il exécute le crayonné, et qui par ailleurs, ne peut s'empêcher de donner à André un physique à la Ric Hochet. Une bien chouette série comme on n'en fait plus.
Den
Cette bande d'une sensualité inouïe et d'une audace incroyable dans cette Amérique du début des années 70, fut commencée en 1973 par Richard Corben, plusieurs fois abandonnée, puis reprise et terminée en 1978. Ce chef-d'oeuvre vaut par la vigueur du dessin qui tient dans un réalisme photographique unique dû à la technique de l'aérographe. Corben fut l'un des premiers dessinateurs à employer cet appareil qui lui permet d'obtenir des effets remarquables ; son dessin est très caractéristique et très reconnaissable avec ses personnages aux corps disproportionnés, massifs, lourds et super musclés, aux mâchoires très carrées, aux sexes énormes, et ses héroïnes aux seins et aux fesses presque hypertrophiés, mais qui sont cependant de beaux spécimens anatomiques qui alimentaient les fantasmes des étudiants américains de l'époque, car l'érotisme souvent sulfureux et idéalisé joue un grand rôle ici. Corben cherche à restituer la nudité primitive de l'homme à travers ces récits de SF et de fantastique à l'influence lovecraftienne, où ses univers de mondes hallucinants remplis de fureur, de violence et de sang, au sein desquels s'invite l'érotisme, sont servis par la force d'un dessin aux couleurs vives et éclatantes, ou froides. Cet univers séduit d'abord les amateurs de BD underground, puis finit par toucher un public de plus en plus large attiré par l'aspect graphique. Le plus étonnant, c'est que cette BD n'a pas pris une ride, elle fait toujours son effet aujourd'hui...ces personnages projetés nus dans un monde de cauchemar, confrontés à des monstres redoutables ou à des reines nymphomanes et maléfiques, plaisent encore et interpellent les ados des années 2000, comme ils ont interpellé l'ado que j'étais dans les 70's. Corben mélange habilement la SF à une forme de fantasy où s'ajoute un érotisme parfois torride, les scènes de combat sont violentes, le sang gicle, les corps sont distendus par l'effort, créant ainsi une étonnante beauté plastique. Une oeuvre à part dans la BD, bref, c'est du Corben...
Batman - Noël
Alors ça c'est bon. C'est même du très bon. Je dois avouer que je partais avec un gros apriori négatif sur l'univers de comics et surtout des comics de super-héros, ce qui m'a incité à ne jamais me pencher vraiment dessus. Puis, pour faire plaisir à une amie que je convertis à la BD, je me suis dit que j'allais prendre quelques BD que mon site préféré décrivait comme les meilleurs. Ni une ni deux; je m'empare des Batman (qui est souvent décrit comme le meilleur des super héros). Ce Batman me semblait très particulier, reprendre le conte de Dickens dans l'univers de Batman me semblait une bonne idée mais j'avoue que je ne savais pas du tout à quoi m'attendre. Ce qui m'a très agréablement surpris, ce fut d'abord le dessin, très beau et agréable à l’œil, un rendu très sympathique et assez loin de ce qu'on peut lire dans Dark knight Retunrs ou Un long Halloween (bien que les deux soit très bons aussi). Il est très coloré, ce qui change un peu de ce que j'avais déjà vu, avec un trait vraiment sympathique. C'est un excellent point, avec en plus un gros avantage : la lecture reste fluide. Car de la lecture il y en a dans cette adaptation à la sauce Batman d'un chef-d’œuvre de Dickens décliné en un peu tout et n'importe quoi, A Christmas Carol. L'auteur à pris le parti d'ajouter une voix off qui raconte l'histoire d'origine du conte, et par dessus nous voyons Batman et de quelle manière le récit colle au paroles du conte. C'est vraiment bien travaillée la façon dont les deux vont s'emboiter et servir le récit. Ce que j'ai également adoré, c'est la façon de reprendre ce conte, notamment avec les fameux trois esprits qui vont intervenir. Je m'attendais tellement à du fantastique que j'ai trouvé le procédé excellent. Pas de fantastique, que du réel (enfin, réel, réel ... On se comprend) et des personnages connus. Rien ne déborde de l'univers habituel d'un Batman. Pour une des premières approche de Batman, j'ai adoré également cet univers, le Joker qui est juste parfait, avec son humour habituel et qui fait grincer des dents, le personnage de Alfred, mais également Batman, sombre et torturé, qui bouillonne intérieurement. Le chevalier noir est un héros très atypique dans l'univers des comics, avec beaucoup de questions sur lui-même, ses actions et son but. En tout cas je continuerais à lire les aventures de l'homme chauve-souris (ça ne rend vraiment pas en français) avec un grand plaisir. Alors si cette BD est très bien sous bien des angles et constitue un parfait exemple de très bon comics de super-héros, j'ai noté tout de même quelques petites facilités dans le scénario. Celui-ci est juste un prétexte pour développer le conte et donner matière à réfléchir sur le fond de Batman, et du coup elle passe allègrement à la trappe. Notamment le fait que ce soit le Joker, à nouveau évadé d'un asile qui est plus une passoire qu'autre chose, et qui demande à quelqu'un de faire une course pour lui (course d'ailleurs inutile, si on regarde bien). Bref, j'ai trouvé que certaines ficelles scénaristiques sont assez grosses, notamment vers la fin (ceux qui ont lu me comprendront), mais elles passent toujours car ce n'est finalement pas du tout le propos. Comme dit, l'histoire n'est qu'un prétexte. Pour moi, ce sera donc un beau 4* à ce Batman qui à su m'accrocher l’œil et me faire passer un excellent moment avec le chevalier noir, dans un bel ouvrage. Le spitch de base, déjà décliné sous toute ses formes et qui me semblait être devenu stérile depuis un moment, a su me proposer quelque chose de neuf et de plaisant. Le pari est largement réussi pour les auteurs, et ils m'auront permis de m'intéresser d'autant à l'homme chauve-souris.
La Famille Bottafoin
Non loin du paisible bourg de Saint-Bled, dans une région française indéterminée, se trouve la ferme de Pascal Bottafoin et de sa jolie femme Catherine, accompagnés du grand-père. Jeune couple d'agriculteurs aux antipodes du bouseux bêta, les Bottafoin utilisent la modernité de certaines machines mais restent parfois étrangement ignorants des coutumes citadines. La charge est cependant légère, car à l'époque de la création de cette bande en 1967, on se moquait encore facilement des "péquenots" ; d'ailleurs, la revue d'agriculture qui accueillit "La Famille Bottafoin" ne supporta guère l'esprit trop frondeur à son goût de Martial son auteur, connu pour sa série Tony Laflamme et surtout Sylvie. La bande trouva refuge chez Pilote, où le père Goscinny accueillait toute forme d'humour ; c'est là que j'ai découvert entre 1968 et 1970, ce family strip original et totalement novateur à l'époque, car c'est probablement la seule Bd se déroulant entièrement en milieu rural. Plus que les chutes, c'est l'ensemble qui était drôle, les personnages ayant souvent des têtes d'ahuris. C'est un petit régal hélas très méconnu du grand public, dont le dessin de Martial très expressif, est pour beaucoup dans la qualité de cette bande qui se déclinait en planche-gag. Sourire garanti.
Largo Winch
Dès son premier album, cette série phénomène lancée par Jean Van Hamme et Philippe Francq, devient un best-seller. C'est comme au cinéma, tout film commercial qui fait un carton n'est pas souvent jugé sérieux par la critique qui fait tout pour en détourner le public; ici, c'est pareil. Certes, c'est archi conventionnel, le héros s'en tire toujours, les femmes sont toujours trop belles, les méchants sont vils, l'action est prévisible... mais n'est-ce pas là ce qui fait le succès de la série dont Van Hamme est bien incapable d'en expliquer le succès. Le lecteur est confronté à des intrigues politico-financières dans un cocktail d'aventures bondesques souvent jouissives qui font passer un excellent moment, et c'est bien tout ce qu'on demande: se distraire, mais grâce à Van Hamme et à son bagage universitaire (agrégation en économie politique, licence en droit des assurances), la complexité et le côté rébarbatif du jargon financier constituent finalement un bon suspense au récit en connexion avec l'actualité. Chaque histoire ressemble un peu à la précédente, les rebondissements sont multiples, certains personnages vraiment troubles, l'humour est au second degré, et le tout est suffisamment compliqué pour obliger le lecteur à s'attarder sur le dessin fluide et soigné de Francq. La qualité de la documentation étayant des scénarios bien torchés, le dynamisme de l'action agrémenté d'un érotisme sage font de la série une véritable réussite, le seul bémol étant l'anticonformisme de son héros où Van Hamme tombe parfois dans le piège de la vulgarité, mais ce défaut est rattrapé par les astuces de scénario, la fiabilité du milieu d'affaires et les rouages d'une mécanique parfaitement maîtrisée.
Les 7 vies de l'épervier
Après le coup d'éclat des Passagers du vent, la revue Circus publie en 1982 ce qui va devenir une Bd culte, d'une incontestable qualité, un véritable sommet du genre historique, une série-phare chez Glénat. Le récit présente de nombreux personnages, dont le pilier est Ariane de Troïl, elle admire les exploits d'un mystérieux justicier baptisé l'Epervier. Autour de cette trame simple, les auteurs Cothias et Juillard font progresser leur histoire en brassant plusieurs thèmes : défense de la cause paysanne, aspect ridicule de la fatuité des nobles, fin de règne d'un roi jouisseur et inconstant aussi bien en amour qu'en politique (Henri IV), ton érotique latent où ce roi se montre goguenard dans des scènes paillardes bien illustrées par le trait limpide et souple de Juillard qui réussit ainsi à créer une atmosphère, aidé bien-sûr par son scénariste Cothias qui brosse un tableau cruel et coloré de cette époque agitée de l'Histoire. Celui-ci travaille en profondeur les psychologies de plusieurs personnages, qu'ils soient authentiques ou fictifs, et transforme le tout en une véritable tragédie shakespearienne dont les pions sont savamment mis en place. A cela s'ajoute la richesse du dialogue qui conforte l'esprit de cette époque justement restituée. Certes, de grands évènements historiques sont montrés, tel l'assassinat du roi par Ravaillac, mais les auteurs ne se complaisent pas dans une Histoire boursouflée de détails et insufflent une bonne dose de romanesque, malgré une narration complexe voire confuse qui peut surprendre au premier abord. On assiste à des scènes violentes ou horribles qui donnent une force peu commune et une authenticité à cette Bd, et auxquelles le lecteur que j'étais à l'époque n'était pas encore habitué ; j'en étais resté aux bandes académiques du journal Tintin. Le prequel Masquerouge crée avant "Les 7 vies de l'épervier" pour un public plus jeune (publié entre 1980 et 1982 dans Pif-Gadget), pourra aider à éclaircir certains épisodes restés dans l'ombre. En revanche, des nombreuses séries dérivées, seule Plume aux vents qui est la suite directe, en 4 albums, sera très attendue par les fans. Malgré un dessin et une colorisation très années 80 que certains lecteurs plus jeunes critiqueront, il faut avouer que même 30 ans après, cette formidable saga tient encore la route, parce qu'elle est d'une étoffe des grandes séries, et qu'elle ne pouvait que séduire un vieil amateur d'Histoire de France comme moi. La souplesse du trait de Juillard est remarquable notamment dans les beaux décors architecturaux, et les anatomies féminines aux formes toujours opulentes. Bref, Les 7 vies de l'épervier reste un must absolu pour tous les amateurs d'aventures historiques, et j'en redemande tellement que j'ai lu en suivant toutes les séries dérivées (même si elles ne sont pas toutes de qualité), et surtout la suite directe "Plume au vent", à laquelle succédera bientôt une 3ème époque. Une série exceptionnelle et incontournable.