Les derniers avis (9718 avis)

Couverture de la série Bernard Prince
Bernard Prince

Ce héros crée en 1966 était d'un genre nouveau, décontracté et élégant, alors que la plupart des héros d'aventure étaient jusqu'ici plutôt mal dégrossis, musclés et batailleurs. Greg insuffle une psychologie intéressante, et récidivera dans le même type de personnage l'année suivante avec Bruno Brazil. Prince et son allure de play-boy aux cheveux blanchis, donnait une nouvelle vision du héros, il sera l'un des plus fameux du journal Tintin, l'un de mes préférés en BD réaliste à l'époque. Ses premiers pas sont ceux d'un agent d'Interpol qui connaît 6 récits courts pour tester le personnage et permettre à Hermann, pour qui c'est la première grande série, un peu avant Jugurtha, de se faire la main. C'est durant cette période d'enquêtes policières classiques que Prince recueille le jeune Hindou Djinn, avant de mener ensuite une vie d'aventurier à bord de son yacht le Cormoran, dans des récits longs au dessin plus affûté. C'est au début de 1967 que Prince se lance dans l'aventure avec son premier grand récit "les Pirates du Lokanga" où il rencontre celui qui va devenir son compagnon d'aventure, l'Australien Barney Jordan, un ours mal léché, truculent rouquin barbu au nez cassé, et au coeur d'or, un bourlingueur expert en bagarres et à vider les bouteilles. Le trio va ainsi défier au gré du hasard des ruffians de haut vol, des révolutionnaires d'un petit pays d'Amérique du Sud ou de redoutables gangsters américains. La meillleure aventure reste pour moi "la Frontière de l'enfer" qui envoie Prince et Barney dans une prison de jungle asiatique sur un coup monté; les séquences de marais font penser à certains films américains de l'époque, et le dessin puissant de Hermann atteint des sommets dans les décors et le détail. Greg utilise tous les codes du genre avec un indéniable talent, en multipliant les images fortes et les scènes violentes, assez inhabituelles à l'époque dans un journal pour jeunes. Face à ces tensions dramatiques, il n'oublie pas la détente, et la bande cultive ainsi un humour souvent cynique avec un sens inné de la réplique dont Greg s'est fait une spécialité, et qu'on retrouve dans Bruno Brazil ou Comanche, mais ici encore plus affirmé. En 1977, après "le Port des fous", Hermann abandonne la série en plein succès, mais elle connaît encore de beaux moments avec Dany puis Aidans, même si les meilleurs moments sont les albums de Hermann. Je la considère comme une des meilleures séries du journal mais la cassure après le départ d'Hermann lui coûte la 5ème étoile que je voulais lui décerner... Avec cette série mythique, c'est non seulement l'association Greg-Hermann au sommet de son art, mais elle a aussi avec quelques autres séries du journal Tintin, marqué un pas vers une BD adulte et intelligente. Du très bel ouvrage donc, qui a peut-être un peu vieilli sur le plan idéologique, mais qu'il faut replacer dans son contexte d'époque.

08/06/2013 (modifier)
Couverture de la série Robin Dubois
Robin Dubois

Cette joyeuse parodie du légendaire héros de Sherwood m'a toujours bien fait rire dans le journal Tintin étant gosse, et même après tant d'années, ça tient encore la route, même si maintenant je souris plus que je ne ris aux éclats. Robin passe son temps à ridiculiser le shérif de Nottingham, lord Fritz Alwill, mais en fait, ils sont copains, et de nombreux gags les montrent attablés dans une auberge devant une chopine de bière, dans une ambiance festive, tandis que Cunégonde, la redoutable virago de Fritz, l'attend au château avec un rouleau à pâtisserie. Comme on le voit, l'humour se déchaîne dans ce Moyen Age de fantaisie ; les gags qui usent fréquemment des anachronismes, annoncent le côté dévastateur de Léonard, autre bande vedette du duo de créateurs. Pourtant, les débuts de "Robin Dubois" dans Tintin en 1968, sont timides, les gags sont éculés et sans saveur, la série va mettre un peu de temps pour accrocher ses lecteurs, et peu à peu, les gags ont plus de recherche et de folie pour devenir au fil du temps une des valeurs sûres du journal, souvent en tête des référendums organisés auprès des lecteurs. Son aspect graphique va en même temps s'affiner ; d'ailleurs, il a été difficile au début de déterminer la part exacte de chacun des co-auteurs de la bande, car De Groot est également dessinateur. Il va dessiner les tout premiers épisodes, ses personnages sont plus épais, plus carrés, avant d'être relayé par Turk qui assumera la partie dessin avec un trait plus fin et plus rond. D'autre part, au début, Robin apparaissait plus souvent, puis peu à peu, le shérif --au départ faire-valoir de Robin-- prend de plus en plus d'importance, si bien que Robin devient à son tour le propre faire-valoir du shérif ; il y a même des gags où Robin n'apparait pas, un comble pour un héros. Les scénarios se renouvellent habilement en recourant à des changements de personnages secondaires : les chevaliers Teutoniques avec leurs casques délirants et leur accent à couper au couteau, le prisonnier du cachot, la sorcière K. Raboss, le Viking et son drakkar dans les douves, le collecteur d'impôts, le facteur récalcitrant...qui feront disparaître peu à peu les compagnons de Robin et Aldebert le lieutenant crétin du shérif (qui sera remplacé par Cunégonde, au potentiel plus porteur). C'est à ce moment où les gags se focalisent sur Fritz-Cunégonde ou Fritz-Robin, en une sorte de duel à trois, que la série devient moins attirante, mais elle reste cependant très drôle dans son ensemble, et on ne peut que louer l'imagination des auteurs qui doivent alimenter 2 grosses séries humoristiques. Par contre, les histoires longues sont médiocres, préférer les planches-gags, où la qualité des décors est à signaler, ce qui est rare dans une BD d'humour.

08/06/2013 (modifier)
Couverture de la série La Ribambelle
La Ribambelle

Ce fut une de mes premières lectures dans un recueil Spirou, et pourtant, je n'étais pas tendance Spirou, mais plutôt Tintin. Retrouver cette bande aujourd'hui après tant d'années, ça fout un peu le cafard parce qu'on se dit qu'on vieillit, mais ces lectures rappellent de doux souvenirs d'enfant... ah nostalgie, quand tu nous tiens! Voici l'exemple d'une très intéressante série pour jeune public qui fut éclipsée par le succès d'une bande vedette du même auteur, Boule et Bill, à laquelle elle était bien supérieure en qualité, inventivité, personnages, scénario... On y retrouve en tout cas le même humour espiègle et le dessin attrayant de Roba, assisté pour les décors par Jidéhem, l'auteur de Sophie, au graphisme voisin. Les scénarios excellents de Delporte, Tillieux ou Vicq contribuaient à la qualité de cette Bd où 6 intrépides gamins affrontaient des méchants tenaces parfois inquiétants ou franchement ridicules. On y trouve Phil, grand garçon blond qui fait figure de chef, Dizzi, un petit Noir futé, les jumeaux japonais Atchi et Atcha à l'érudition fleurie et champions d'arts martiaux, le petit Ecossais Archibald à l'accent à couper au couteau, riche fils de famille dont James, le "butler" très british et stylé, est d'une aide souvent précieuse ; enfin Grenadine à la chevelure rousse, est la seule fille du clan. Leur q-g est un vieux bus désaffecté au milieu d'un terrain truffé de pièges destinés à éloigner les intrus ; cette idée a été piquée à Tibet et Greg, créateurs de Le Club des Peur-de-rien (Junior) en 1958 dans le journal Tintin, sur une bande de gamins farceurs dont le q-g. était la cabane d'un terrain vague. Une bonne lecture de jeunesse qui peut plaire à un public enfantin d'aujourd'hui, sans vulgarité ni violence, au même titre que Le Scrameustache ou Sophie et plein d'autres Bd du journal Spirou des 60's.

08/06/2013 (modifier)
Couverture de la série Moi René Tardi prisonnier de guerre au stalag IIb
Moi René Tardi prisonnier de guerre au stalag IIb

Il y a des séries dont la lecture vous laisse un sentiment particulier, vous change, titille votre esprit au point que vous y repensez souvent. Ca été le cas pour moi avec cette série, véritable coup de coeur. Pourtant, un peu déçu par Adèle Blanc-Sec du même auteur, qui constituait alors ma seule expérience avec Tardi, je n'attendais pas grand chose de cet album, juste de la curiosité, attisée par les avis favorables du site. Tout d'abord, la couverture est remarquable, d'un rouge pétant, elle saute au yeux, c'est la couleur du sang, tant versé à cette époque qu'elle en a dégoûté la famille Tardi, père et fils, les deux personnages principaux de ce récit biographique. Le rouge est présent par petites touches dans cet ouvrage en noir et blanc, ce qui permet de souligner un détail particulier comme un drapeau nazi dans les rues de Berlin par exemple. J'ai beaucoup aimé la façon dont la narration était menée. L'idée pour l'auteur de se mettre en abyme en tant qu'enfant, aux côtés de son père, tout au long de l'histoire, est fantastique. On sent bien que Jacques Tardi redécouvre son père dans cet ouvrage, et qu'il a eu une relation très particulière avec ce dernier, René, dont le caractère a été changé par des années de détention, puis par l'absence de reconnaissance, voire un certain dédain envers lui après la guerre. La richesse de ce témoignage authentique est inestimable. On apprend que les faits, authentiques, retranscrits dans les années 80 par René Tardi sur des cahiers d'écolier, ont été à peine modifiés. On sent que ce travail, mené en famille, a mûri longtemps, comme un bon vin se bonifie. J'ai donc dévoré cette série, avide que j'étais de savoir ce qui s'était passé dans ces Stalag, au sujet desquels on parle peu, car en effet, de cette guerre, on parle beaucoup des résistants et des camps d'extermination, mais pas de ces camps là, dont les conditions de vie était très rudes elles aussi... J'ai apprécié le fait que l'humour n'était pas totalement absent de cet ouvrage pourtant pas spécialement gai. J'ai beaucoup aimé l'anecdote de "Hello boy (prononcer bois !)", très drôle, preuve supplémentaire s'il en est besoin, que l'humour est un don permettant parfois de s'évader du quotidien le plus morne. Amateur d'histoire, cette lecture m'a donné envie d'en savoir plus sur mon propre grand-père. J'ignorais qu'il avait fait toute la guerre dans l'armée française puis l'armée alliée, et son périple a été hallucinant. Je découvre les témoignages concret de cette époque, son livret militaire, sa croix de la guerre du désert, son sarouel, vestige de la progresion des alliés vers le nord est africain. Cette lecture m'a passionné, changé quelque part, et m'a fait découvrir une facette de ma propre famille que je ne soupçonnais pas. Inoubliable pour moi... (213)

08/06/2013 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série L'Atelier Mastodonte
L'Atelier Mastodonte

Moi, quand on me dit d'imaginer des auteurs que j'aime tels que Lewis Trondheim, Cyril Pedrosa, Yoann, Alfred, Julien Neel, Guillaume Bianco et Tebo, ainsi que plein d'auteurs célèbres de leurs amis qu'ils invitent aussi à participer, tous réunis dans un collectif pour déconner ensemble et se répondre les uns les autres par le biais de gags en une demi-planche, j'ai presque l'impression d'une résurection du fameux Trombone Illustré !... et je suis aux anges ! Surtout qu'à part en avoir aperçu 2 ou 3 strips dans le journal Spirou, je ne connaissais rien de cette initiative et je l'ai découverte d'un coup par le biais du très joli petit album au format à l'italienne édité par Dupuis et enserré dans un fourreau dont la couverture est dessinée ni plus ni moins que par Bilal lui-même. Et voir Bilal dessiner des personnages à la manière de Trondheim, ça vaut son pesant de cacahuètes ! Qu'est-ce donc que l'Atelier Mastodonte ? C'est un atelier, à priori fictif mais c'est bien dommage, qui regroupe dans un même appartement les auteurs de ce collectif pour travailler ensemble et se motiver les uns les autres, même si l'ambiance semble plus dissipée qu'autre chose. La petite troupe va donc vivre tout le temps ensemble, sous la houlette rigide du contremaître Trondheim, et chaque auteur va produire alternativement des gags en demi-planches dans leurs propres styles graphiques et humoristiques racontant leurs relations ensemble, leurs déconnades, leurs comportements de groupe puis aussi leur séjour à Angoulême. Les gags se répondent les uns aux autres et forment peu à peu une histoire, donnant vie à cet atelier. S'agissant d'auteurs que j'aime tout particulièrement, j'ai adoré suivre leur vie commune imaginaire et retrouver le mélange de leurs différents styles et humours. Cela donne vraiment l'envie d'y participer. Certains gags m'ont régulièrement fait exploser de rire. Il n'y a que l'humour de l'un des auteurs en particulier que je n'aime pas trop, mais je ne dirais pas qui c'est, il se reconnaîtra. :) Graphiquement, c'est aussi un bonheur, avec des auteurs dont j'aime déjà le trait mais aussi certains des invités qui les rejoignent le temps de quelques gags qui offrent de bien jolies planches. Je pense notamment à Nob, l'auteur de Mamette, qui a pris la peine de dessiner et coloriser très soigneusement ses quelques gags. L'humour est assez référencé puisqu'il faut un peu connaître le monde de la BD pour vraiment comprendre tous les clins d'oeil et références. Le niveau n'est pas toujours constant, il s'étiolle parfois un peu et j'ai notamment un peu moins apprécié le passage à Angoulême. Mais j'ai beaucoup ri dans l'ensemble. C'est le genre d'oeuvre collective à laquelle nombre d'auteurs ont dû avoir envie de participer et c'est une vie collective imaginaire à laquelle nombre de lecteurs auraient probablement aimé s'intégrer. Vraiment sympa !

08/06/2013 (modifier)
Couverture de la série Les Conquérants du Mexique
Les Conquérants du Mexique

Jean Torton entre au journal Tintin en 1962 et livrera 42 récits historiques (grande spécialité du journal), imposant son graphisme précis proche de l'hyperréalisme. Mais son oeuvre la plus importante commence en 1971 avec la gigantesque fresque qu'il dessine, encore pour Tintin : "Les Conquérants du Mexique", suivi de "Cortez à Mexico", sur des textes de Jean-Luc Vernal, connu pour sa passion de l'Histoire antique, notamment sur les scénarios de Jugurtha pour Hermann. Traitée avec une grande fidélité historique, cette fresque publiée ensuite en gros album de 70 pages en 1981, adopte volontairement un ton didactique puisqu'elle relate la conquête du Mexique en 1519 par les Espagnols, épisode tragique qui provoquera la destruction complète des riches civilisations précolombiennes. Le récit est accompagné de pleines pages encyclopédiques à caractère éducatif qui renseignent sur les Mayas, les Aztèques, leurs dieux, leurs modes de vie ; c'est un peu scolaire, mais essentiel pour bien comprendre ces peuples complexes, et on l'oublie devant l'aspect graphique très soigné. Mais l'épisode central est l'avancée vers Mexico, et le personnage-clé, celui de Cortez qui cherche à se faire des alliés des tribus ennemies de Tenochtitlan-Mexico où règne l'empereur Montezuma. C'est ce qui perdra ces peuples : leur trop grande division, car s'ils s'étaient unis en oubliant leurs querelles, ils seraient venus à bout des quelques 600 conquistadores, malgré leurs canons et leurs chevaux. Un prologue conte l'arrivée de Cristobal Colon en 1492 sur l'île de Cuba, et des autres aventuriers espagnols qui ont précédé Cortez, tel Guerrero. Le dessin superbement travaillé de Torton, visible dans les visages et les décors, l'emploi très étudié de la couleur qui embellit les riches parures et costumes aztèques, apportent une indéniable qualité à cette fresque épique à l'intérêt soutenu, de même que les mots expliqués par des astérisques, éclairent le lecteur sur ces fabuleuses civilisations à jamais détruites par la folie des hommes. J'ai eu l'occasion de parler de son travail avec Torton un jour à Angoulême lors d'une dédicace, c'est un type charmant qui est passionné par le précolombien ; ici, il assouvit donc sa passion avec un plaisir évident.

07/06/2013 (modifier)
Couverture de la série Tounga
Tounga

Ah Tounga, c'est encore un de mes héros de jeunesse dans le journal Tintin, puis il y eut Rahan, j'avoue que j'ai délaissé un peu Tounga qui s'enlisait, et j'y suis revenu plus tard, et depuis, j'ai toujours une certaine affection pour cette bande bien sympathique et son auteur Edouard Aidans avec qui j'ai eu le grand plaisir de parler de son travail il y a quelques années lors d'une dédicace à Angoulême. Il est clair que l'influence d'Aidans a été ''La Guerre du feu'' de J.H. Rosny-Aîné, elle est à sa création en 1961 un véritable document sur la Préhistoire, probablement la seule Bd réaliste aussi documentée sur le sujet, bien avant Rahan née en 1969. Elle a beaucoup évolué en raison justement de la concurrence de Rahan, créant ainsi une émulation qui fut bénéfique pour Tounga et son auteur, dont le graphisme un peu désuet s'est vite essoufflé à la fin des années 60 pour finalement s'aérer et se renouveler un peu plus tard grâce à une mise en page plus dynamique et un dessin carrément plus musclé. Dans cette période, Aidans a imposé ce style plus vigoureux à ses autres créations comme Les Panthères, Tony Stark ou La Toile et la Dague. Souvent violente pour son époque de parution, "Tounga" est devenue une référence sur la Préhistoire malgré ses anachronismes, le ton est un peu didactique mais les histoires sont passionnantes. Elle fait évoluer un guerrier habile chasseur et diplomate tenace qui erre sur de nombreux territoires, rencontre des clans cruels souvent en proie à la superstition, et affronte un cheptel de bêtes fabuleuses ; contrairement à Rahan, il n'est pas seul, il y a Noon le boiteux, également habile et rusé, dont le tigre des cavernes, Aramh est un protecteur bien utile, et il y a aussi Ohama la blonde compagne, un peu trop glamour pour une femme de l'Age de pierre (mais il fallait captiver le jeune lecteur) ; son évolution a été bien réussie par Aidans, car elle est plutôt chétive au début, pour devenir dans les derniers épisodes une vraie guerrière, avec une silhouette beaucoup plus sexy. Bref, tous quatre connaissent bien des péripéties en faisant face aux rivalités de nombreuses hordes, il y avait un côté aventureux qui m'a toujours plu dès le début, je conseille l'achat, mais la série a subi un ordre anarchique d'édition par Le Lombard qui ne l'a au début pas vraiment prise au sérieux ; disons qu'elle devient plus intéressante avec l'épisode "le Combat des géants" où le dessin d'Aidans a fait de nets progrès. Un indice utile pour identifier la refonte graphique du personnage est de regarder l'année qui figure près de la signature de l'auteur, au bas d'une planche : à partir de 1971, c'est bon..

06/06/2013 (modifier)
Couverture de la série Taar le rebelle
Taar le rebelle

Cette bande est véritablement un précurseur de l'heroïc fantasy en France, puisqu'elle apparaît directement en albums en 1976. Copie presque conforme de Conan qui à l'époque restait la seule référence du genre, tendance "peaux de bête et gros serpents" pour la différencier de la fantasy plus "raffinée" genre Seigneur des Anneaux. Taar illustrait parfaitement l'univers merveilleux en dehors du temps qu'est la fantasy, peuplé de créatures fabuleuses, de dragons, de guerriers féroces, de barbares, de trolls et de redoutables sorciers... A l'aide de son trait puissant et vigoureux, Brocal Remohi créait ici une heroïc fantasy à la française des plus séduisantes, même si le montage serré et rapide, aux nombreuses ellipses qui simplifient l'action, peut aujourd'hui faire sourire les adeptes d'une fantasy plus réfléchie. Ce manque de nuance et ces histoires un peu simplistes marquaient, faut-il le rappeler, les tout débuts d'un genre qui prendra son envol dans les années 80. De plus, Brocal qui a dessiné ''Ogan'' (une bande d'aventure viking) chez l'éditeur de petit format Impéria en 1963, a gardé de cette époque une cadence de travail rapide, comme la plupart des dessinateurs espagnols de sa génération, qui ont ensuite adopté un graphisme proche des auteurs américains de comic books. Brocal fut l'auteur en Espagne de "Kronan", héros musculeux très proche de Taar, une véritable ébauche, suivi de Arcane, le grand sorcier en 1974 pour le journal Pilote, un héros du même calibre ; il dessinera aussi un temps Tarzan, c'est dire s'il s'y connaît en héros costauds. A la différence de Conan, Taar n'est pas un guerrier violent et rageur, ses instincts sont pacifiques, il met son épée au service des plus faibles, prône la paix et protège son peuple ; le plus souvent, il entre en action parce qu'on vient le chercher pour débarrasser la contrée d'un monstre ou d'un tyran, ou encore il part délivrer sa très belle compagne Khanala, aux tenues très sexy ; et d'ailleurs, les reines maléfiques qu'ils affrontent parfois sont d'une beauté renversante. Brocal excelle dans ses dessins de femmes superbes et fascinantes, aux yeux troublants, qu'il tempère par ceux des hommes aux corps massifs et trapus et aux muscles saillants ; cette vision de personnages musculeux et de très belles femmes est très espagnole, beaucoup de dessinateurs de l'époque comme Ortiz, De La Fuente ou Gimenez donnaient dans ce style. Taar a connu une douzaine de traductions étrangères, son plus gros succès fut en Allemagne, mais ne fut pas reconnu à sa juste valeur chez nous, en tout cas, injustement ignorée et n'a pas trouvé son public. Elle mérite une autre chance aujourd'hui, en essayant d'oublier ses quelques défauts.

06/06/2013 (modifier)
Couverture de la série Steve Pops
Steve Pops

Avec Steve Pops, agent très spécial H2°, nous sommes en plein espionnage de bazar, mais aussi en plein délire. C'est une parodie totale de James Bond qui démythifie l'image du superbe agent et qui reprend tous les codes, tous les stéréotypes et tous les gimmicks que l'on rencontre dans les films de Bond, mais en beaucoup plus drôle. Steve Pops est le décalque complet de 007, période Sean Connery : il a un matricule, un patron qui remplace M, une licence de tuer, des gadgets, une voiture truffée de pièges, pratique les arts martiaux, est élégamment vêtu, et a pour ennemi le Dr Yes, contraire du fameux Dr No. La ressemblance s'arrête là. Son auteur, Jacques Devos parsème la bande d'une succession de gags délirants, de clins d'oeil très savoureux à l'intention des fans de BD et de ciné, bref, le mythe est mis en pièces avec un sens aigu du loufoque, soutenu par un graphisme qui reste semi-caricatural au sein de décors réalistes, mais plus léché que dans les autres créations de Devos. Hélas, ce personnage ne connaîtra que 2 épisodes édités directement en albums en 1967 et 1968, et ne sera pas poursuivi pour cause d'échec commercial; c'est vraiment dommage, car la bande était cent fois mieux que Génial Olivier du même Devos, et possédait un fort potentiel ; Un véritable chef-d'oeuvre d'humour injustement méconnu. Alors j'en recommande l'achat, certes, mais les 2 albums sont très difficiles à dénicher ; personnellement j'en possède un seul, "Opération Eclair" qui est une vraie perle d'origine.

06/06/2013 (modifier)
Couverture de la série Comanche
Comanche

En BD réaliste western, il y a Blueberry devant, et juste après, Comanche se hisse pour moi très prés. C'est dommage que cette série ait été un peu sabordée par Hermann qui à l'époque dessinait déjà comme un dieu, pour se consacrer à Jeremiah et d'autres Bd indépendantes, je trouve que Greg aurait dû conclure après 8 albums. Quoi qu'il en soit, c'était une de mes séries préférées dans le journal Tintin, et en fan de western, j'y retrouvais plein d'images cinématographiques. Hermann va atteindre une perfection avec Comanche, et l'influence de Giraud est totalement assimilée, le trait est ici plus puissant, de même que l'influence du cinéma se reconnaît dans le découpage, les décors et les images cultes (voir la première apparition de Red Dust qui est un clin d'oeil évident à John Wayne dans "la Chevauchée fantastique" ; même posture du gars avec sa winchester et sa selle faisant signe à la diligence). A la différence des autres grandes séries de l'époque comme Blueberry ou Jerry Spring, Comanche c'est le western de la terre, car c'est d'abord la vie d'un ranch situé près de la bourgade de Greenstone Falls au Wyoming ; l'action tourne donc presque essentiellement autour de cet environnement qu'il faut rendre attractif pour retenir le lecteur. Greg, avec son génie habituel, impose des personnages solidement typés : Comanche est une jeune et jolie métisse qui a hérité de son père le Tripe Six, elle garde longtemps son tempérament farouche qui l'aide à supporter l'adversité. C'est alors qu'apparaît un jour le rouquin frisé Red Dust, sorte de cowboy tête brûlée à la force tranquille, qui a roulé sa bosse un peu partout dans l'Ouest. Très vite subjuguée par cet inconnu très habile au revolver, Comanche lui offre la place de contremaître, et entre eux vont naître des sentiments que Greg sera obligé de réfreiner (on est en 1969, et la série est publiée dans un hebdo pour la jeunesse). Mais Red va en plus acquérir une épaisseur et devenir le vrai héros de la série. D'autres personnages gravitent autour de ce faux couple pour égayer quelques séquences et donner encore plus de corps aux récits. Après un ton classique centré autour du ranch, Greg décrit un Ouest en pleine mutation, la jeune métisse est récupérée par la bourgeoisie montante et n'a plus rien de la fière rebelle au grand coeur des débuts, de même que Dust est lui aussi happé par le système en développement et devient sheriff de Greenstone Falls qui s'agrandit et reçoit le chemin de fer, il est donc responsable d'une communauté. Cet aspect est très bien démontré au fil des albums, et les derniers récits atteindront ainsi une curieuse ambiguïté. Le succès rejaillit sur Hermann, mais en 1982, il décide de se consacrer à des séries plus personnelles ; repris par Rouge, la série perd un peu en aura, mais le tout forme un ensemble d'une grande richesse, très plaisant à lire, n'hésitez pas un instant, c'est de la grande BD, surtout les 4 premiers albums qui forment un cycle tout à fait prodigieux.

06/06/2013 (modifier)