Tout en suivant le destin mouvementé d'Ambre, belle esclave gauloise de Bretagne qui est le fil conducteur de cette fantastique fresque épique, le lecteur peut découvrir la mythologie gauloise ou plutôt celtique, la vraie, loin des facéties asterixiennes, à la veille de la Guerre des Gaules. Le récit débute par le banquet de Crassus auquel participent Jules César et Pompée ; Ambre entend les projets ambitieux de César qui souhaite envahir toute la Gaule celtique en jouant sur la division des tribus qui la peuplent. L'explication du titre de la série, Vae Victis est relaté par Pompée avec l'épisode de Brennus ; cette séquence du banquet est une grande scène d'exposition où César livre son projet. Après sa fuite, Ambre se rend compte de la trop grande division des tribus gauloises, César avait raison. Ces rivalités et cette indiscipline sont montrées de façon explicite au fil des albums, ceci perdra la nation celte face à la puissance et à l'organisation romaines.
Ambre connaîtra une longue errance, sera tour à tour esclave, prisonnière, guerrière, reine, symbole d'un peuple, et rencontrera de nombreux personnages (des vrais tels César, Arioviste, Vercingétorix...) et des comparses comme Milon, Cloduar, Yorc, Garak ou l'infâme Didius... tout en assistant avec effroi au déclin de sa civilisation qui doit laisser la place à un monde romanisé.
Cette série au récit dense, foisonnant, riche en détails historiques, remplie d'une foule de personnages (peut-être trop), prolixe en dialogues, donne une vision réaliste et audacieuse d'une époque encore barbare, d'une époque cruelle et farouche vue à travers les yeux d'une jeune fille héroïque. C'est un récit bien documenté sur les moeurs gauloises et la hierarchie des Celtes (ambact, vergobret, brenn...), dont l'auteur Ramaïoli, alias Rocca a déja prouvé son sérieux sur Zoulouland, il signe ici des pages passionnantes, à la narration palpitante, servies par les dessins précis et surchargés de Mitton qui se régale avec des scènes de batailles sanglantes, sans oublier sa fascination des corps dénudés, de femmes surtout, mais d'hommes aussi, les Celtes étant réputés pour combattre nus en méprisant le danger.
La série n'est toutefois pas sans défauts, elle est trop longue et s'englue parfois dans des longueurs inutiles, là où Rocca aurait pu diminuer son récit à 10 tomes (ce qui fait cher à l'achat, même en occase) ; certains personnages sont dépeints d'une façon qui n'est pas à leur honneur, tel Vercingétorix, ou encore César qui passe pour un gros balourd ; il y a aussi trop d'erreurs de costumes. Enfin, certaines cases sont chargées d'un fouillis de personnages et de détails, Mitton aurait pu aérer de temps en temps ses planches. Malgré ces réserves, "Vae Victis" reste une splendide reconstitution historique que je conseille de lire par étape pour ne pas trop se saouler (une fois, j'en ai lu 6 d'un coup, c'est trop, préférer par 3).
Jean Torton entre au journal Tintin en 1962 et livrera 42 récits historiques (grande spécialité du journal), imposant son graphisme précis proche de l'hyperréalisme. Mais son oeuvre la plus importante commence en 1971 avec la gigantesque fresque qu'il dessine, encore pour Tintin : "Les Conquérants du Mexique", suivi de "Cortez à Mexico", sur des textes de Jean-Luc Vernal, connu pour sa passion de l'Histoire antique, notamment sur les scénarios de Jugurtha pour Hermann.
Traitée avec une grande fidélité historique, cette fresque publiée ensuite en gros album de 70 pages en 1981, adopte volontairement un ton didactique puisqu'elle relate la conquête du Mexique en 1519 par les Espagnols, épisode tragique qui provoquera la destruction complète des riches civilisations précolombiennes. Le récit est accompagné de pleines pages encyclopédiques à caractère éducatif qui renseignent sur les Mayas, les Aztèques, leurs dieux, leurs modes de vie ; c'est un peu scolaire, mais essentiel pour bien comprendre ces peuples complexes, et on l'oublie devant l'aspect graphique très soigné.
Mais l'épisode central est l'avancée vers Mexico, et le personnage-clé, celui de Cortez qui cherche à se faire des alliés des tribus ennemies de Tenochtitlan-Mexico où règne l'empereur Montezuma. C'est ce qui perdra ces peuples : leur trop grande division, car s'ils s'étaient unis en oubliant leurs querelles, ils seraient venus à bout des quelques 600 conquistadores, malgré leurs canons et leurs chevaux. Un prologue conte l'arrivée de Cristobal Colon en 1492 sur l'île de Cuba, et des autres aventuriers espagnols qui ont précédé Cortez, tel Guerrero.
Le dessin superbement travaillé de Torton, visible dans les visages et les décors, l'emploi très étudié de la couleur qui embellit les riches parures et costumes aztèques, apportent une indéniable qualité à cette fresque épique à l'intérêt soutenu, de même que les mots expliqués par des astérisques, éclairent le lecteur sur ces fabuleuses civilisations à jamais détruites par la folie des hommes.
J'ai eu l'occasion de parler de son travail avec Torton un jour à Angoulême lors d'une dédicace, c'est un type charmant qui est passionné par le précolombien ; ici, il assouvit donc sa passion avec un plaisir évident.
Ah Tounga, c'est encore un de mes héros de jeunesse dans le journal Tintin, puis il y eut Rahan, j'avoue que j'ai délaissé un peu Tounga qui s'enlisait, et j'y suis revenu plus tard, et depuis, j'ai toujours une certaine affection pour cette bande bien sympathique et son auteur Edouard Aidans avec qui j'ai eu le grand plaisir de parler de son travail il y a quelques années lors d'une dédicace à Angoulême.
Il est clair que l'influence d'Aidans a été ''La Guerre du feu'' de J.H. Rosny-Aîné, elle est à sa création en 1961 un véritable document sur la Préhistoire, probablement la seule Bd réaliste aussi documentée sur le sujet, bien avant Rahan née en 1969. Elle a beaucoup évolué en raison justement de la concurrence de Rahan, créant ainsi une émulation qui fut bénéfique pour Tounga et son auteur, dont le graphisme un peu désuet s'est vite essoufflé à la fin des années 60 pour finalement s'aérer et se renouveler un peu plus tard grâce à une mise en page plus dynamique et un dessin carrément plus musclé. Dans cette période, Aidans a imposé ce style plus vigoureux à ses autres créations comme Les Panthères, Tony Stark ou La Toile et la Dague.
Souvent violente pour son époque de parution, "Tounga" est devenue une référence sur la Préhistoire malgré ses anachronismes, le ton est un peu didactique mais les histoires sont passionnantes. Elle fait évoluer un guerrier habile chasseur et diplomate tenace qui erre sur de nombreux territoires, rencontre des clans cruels souvent en proie à la superstition, et affronte un cheptel de bêtes fabuleuses ; contrairement à Rahan, il n'est pas seul, il y a Noon le boiteux, également habile et rusé, dont le tigre des cavernes, Aramh est un protecteur bien utile, et il y a aussi Ohama la blonde compagne, un peu trop glamour pour une femme de l'Age de pierre (mais il fallait captiver le jeune lecteur) ; son évolution a été bien réussie par Aidans, car elle est plutôt chétive au début, pour devenir dans les derniers épisodes une vraie guerrière, avec une silhouette beaucoup plus sexy.
Bref, tous quatre connaissent bien des péripéties en faisant face aux rivalités de nombreuses hordes, il y avait un côté aventureux qui m'a toujours plu dès le début, je conseille l'achat, mais la série a subi un ordre anarchique d'édition par Le Lombard qui ne l'a au début pas vraiment prise au sérieux ; disons qu'elle devient plus intéressante avec l'épisode "le Combat des géants" où le dessin d'Aidans a fait de nets progrès. Un indice utile pour identifier la refonte graphique du personnage est de regarder l'année qui figure près de la signature de l'auteur, au bas d'une planche : à partir de 1971, c'est bon..
Cette bande est véritablement un précurseur de l'heroïc fantasy en France, puisqu'elle apparaît directement en albums en 1976. Copie presque conforme de Conan qui à l'époque restait la seule référence du genre, tendance "peaux de bête et gros serpents" pour la différencier de la fantasy plus "raffinée" genre Seigneur des Anneaux. Taar illustrait parfaitement l'univers merveilleux en dehors du temps qu'est la fantasy, peuplé de créatures fabuleuses, de dragons, de guerriers féroces, de barbares, de trolls et de redoutables sorciers...
A l'aide de son trait puissant et vigoureux, Brocal Remohi créait ici une heroïc fantasy à la française des plus séduisantes, même si le montage serré et rapide, aux nombreuses ellipses qui simplifient l'action, peut aujourd'hui faire sourire les adeptes d'une fantasy plus réfléchie. Ce manque de nuance et ces histoires un peu simplistes marquaient, faut-il le rappeler, les tout débuts d'un genre qui prendra son envol dans les années 80. De plus, Brocal qui a dessiné ''Ogan'' (une bande d'aventure viking) chez l'éditeur de petit format Impéria en 1963, a gardé de cette époque une cadence de travail rapide, comme la plupart des dessinateurs espagnols de sa génération, qui ont ensuite adopté un graphisme proche des auteurs américains de comic books. Brocal fut l'auteur en Espagne de "Kronan", héros musculeux très proche de Taar, une véritable ébauche, suivi de Arcane, le grand sorcier en 1974 pour le journal Pilote, un héros du même calibre ; il dessinera aussi un temps Tarzan, c'est dire s'il s'y connaît en héros costauds.
A la différence de Conan, Taar n'est pas un guerrier violent et rageur, ses instincts sont pacifiques, il met son épée au service des plus faibles, prône la paix et protège son peuple ; le plus souvent, il entre en action parce qu'on vient le chercher pour débarrasser la contrée d'un monstre ou d'un tyran, ou encore il part délivrer sa très belle compagne Khanala, aux tenues très sexy ; et d'ailleurs, les reines maléfiques qu'ils affrontent parfois sont d'une beauté renversante. Brocal excelle dans ses dessins de femmes superbes et fascinantes, aux yeux troublants, qu'il tempère par ceux des hommes aux corps massifs et trapus et aux muscles saillants ; cette vision de personnages musculeux et de très belles femmes est très espagnole, beaucoup de dessinateurs de l'époque comme Ortiz, De La Fuente ou Gimenez donnaient dans ce style.
Taar a connu une douzaine de traductions étrangères, son plus gros succès fut en Allemagne, mais ne fut pas reconnu à sa juste valeur chez nous, en tout cas, injustement ignorée et n'a pas trouvé son public. Elle mérite une autre chance aujourd'hui, en essayant d'oublier ses quelques défauts.
Avec Steve Pops, agent très spécial H2°, nous sommes en plein espionnage de bazar, mais aussi en plein délire. C'est une parodie totale de James Bond qui démythifie l'image du superbe agent et qui reprend tous les codes, tous les stéréotypes et tous les gimmicks que l'on rencontre dans les films de Bond, mais en beaucoup plus drôle. Steve Pops est le décalque complet de 007, période Sean Connery : il a un matricule, un patron qui remplace M, une licence de tuer, des gadgets, une voiture truffée de pièges, pratique les arts martiaux, est élégamment vêtu, et a pour ennemi le Dr Yes, contraire du fameux Dr No.
La ressemblance s'arrête là. Son auteur, Jacques Devos parsème la bande d'une succession de gags délirants, de clins d'oeil très savoureux à l'intention des fans de BD et de ciné, bref, le mythe est mis en pièces avec un sens aigu du loufoque, soutenu par un graphisme qui reste semi-caricatural au sein de décors réalistes, mais plus léché que dans les autres créations de Devos.
Hélas, ce personnage ne connaîtra que 2 épisodes édités directement en albums en 1967 et 1968, et ne sera pas poursuivi pour cause d'échec commercial; c'est vraiment dommage, car la bande était cent fois mieux que Génial Olivier du même Devos, et possédait un fort potentiel ; Un véritable chef-d'oeuvre d'humour injustement méconnu. Alors j'en recommande l'achat, certes, mais les 2 albums sont très difficiles à dénicher ; personnellement j'en possède un seul, "Opération Eclair" qui est une vraie perle d'origine.
Un peu tombé dessus par hasard, ne connaissant pas l'auteur, je fus très agréablement surpris par cette petite bd.
Dès les premières planches, je suis tombé sous le charme du style désinvolte et légèrement cynique. Le dessin est enfantin mais ça rend le comique de l'histoire plus efficace (c'est pas de la SF). Ce sont surtout les dialogues que j'ai adorés ainsi que la critique que fait l'auteur sur l'esprit rap.
Ah les 3 A, c'était une de mes séries préférées dans Tintin, et comme toutes ces bandes des années 60, elle conserve aujourd'hui un cachet rétro que j'affectionne, mais je doute qu'elle puisse intéresser les jeunes d'aujourd'hui par son graphisme très franco-belge d'époque et son idéologie bien proprette; ça ne peut plaire qu'à des nostalgiques de ma génération...mais qui sait ? Ces 3 jeunes gens intrépides sont un trio de scouts qui partent à l'aventure dans de beaux endroits de nature; il y a André, le grand blond qui fait figure de chef, Alain aux fines lunettes, plus porté sur la réflexion, et Aldebert le plus jeune, celui par qui arrivent les évènements, c'est aussi le comique de service.
Cette BD attachante et sympathique, prônant des valeurs saines pour la jeunesse des années 60, connut son petit succès pendant 5 ans entre 1962 et 1967, elle fut hélas délaissée au profit de Ric Hochet que ses auteurs menaient vers une gloire encore plus grande. A.P. Duchâteau, sous le pseudo de Michel Vasseur, imaginera des scénarios inventifs aux allures policières, tandis que Tibet, assisté de Mitteï aux décors, se cachera derrière celui-ci, lui laissant la paternité des dessins; mais le connaisseur saura reconnaître le graphisme réaliste de Tibet sur les personnages, dont il exécute le crayonné, et qui par ailleurs, ne peut s'empêcher de donner à André un physique à la Ric Hochet. Une bien chouette série comme on n'en fait plus.
J'ai acheté l'album un peu au hasard en recherchant ceux les mieux notés sur les super-héros dans la base de BDthèque. Un seul avis m'a suffi pour tenter l'aventure, et je me suis intéressé à celui-ci sans trop réfléchir (un avis par un chevronné quand même).
Cette lecture s'est inscrite pour moi dans la découverte des univers de super-héros et de leurs cultures, qu'on me vante toujours tant en BD. Je dois dire que jusqu'à présent ce sont majoritairement les films qui me firent découvrir cette facette de la BD.
Et avec mon pif habituel, je tombe sur une BD de super-héros .... sans super pouvoir. Le principe ne m'a pas gêné, mais j'ai eu l'impression de commencer les lectures à l'envers.
Le propos est effectivement assez intéressant, faisant un crossover entre Spiderman, Wolverine mais également Daredevil, dans un monde où aucun n'a de pouvoir (pour le coup, j'ai beaucoup aimé les griffes de Wolverine). Mais le tout est du point de vue d'un psychiatre qui à pour patient ces trois héros sus-dit (enfin, il en a deux, le troisième s'invite). Ce psychiatre à rêvé d'un monde de super-pouvoir, et n'arrive pas à dissocier le monde réel de ces rêves.
J'ai beaucoup aimé le ton pris par l'histoire, qui va d'ailleurs intégrer plusieurs autres super-héros Marvel (Hulk, Iron Man ...) dans le scénario sans que le tout ne semble fouilli, c'est toujours très bien amené. Le tout est toujours dans un cadre strictement réaliste, et nous y voyons les personnages tellement célèbres en super héros se comporter comme n'importe qui. La question d'ouverture est du coup justifiée : les héros se comporteraient-ils de la même manière sans leurs pouvoirs ? La réponse est ici clairement oui, mais par contre, le résultat diffère quelque peu de ce que l'on pourrait attendre.
Le dessin m'a bien plu, assez sombre dans l'ensemble mais très claire à comprendre, et la division en chapitre est tellement bien réalisé que je n'ai jamais su à quel moment elle se trouvait. Si j'ai trouvé l'histoire de Wolverine assez difficile à comprendre et un peu tirée par les cheveux, les deux autres sont très juste et vraiment bien mises en scène. Les personnages sont attachants, leurs conditions aussi, et le point de vue du psy sur tout cela apporte beaucoup à mon avis.
Un seul point négatif vient obscurcir le tableau : le comics fait de nombreuses foit allusion à d'autres personnages de l'univers Marvel, souvent sous leur vrai nom et pas celui du super-héros, ce qui n'est pas simple. En effet, si vous êtes comme moi néophyte de cet univers, une grande partie de l'intrigue semble moins compréhensible (j'ai du user d'un ami connaissant bien cet univers pour qu'il m'explique chaque tête nouvelle). Du coup la lecture est, je pense, réservé à ceux qui connaissent déjà pas mal le monde Marvel et peuvent comprendre toute les subtilités introduites, surtout avec la fin.
En clair, l'opus est très bon, un excellent crossover qui met les héros dans une situation inverse de celle que nous connaissons et qui nous offre un résultat assez étonnant, avec un ensemble très bien illustré. J'ai pris plaisir à lire l'ensemble et je pense que je le relirais avec encore plus de plaisir lorsque je me serais bien familiarisé avec cet univers. En attendant, je le recommande !
Cette création en 1971 dans le magazine espagnol Trinca est traduite en France par Aventures et Voyages puis les Humanos, mais elle ne connaitra que 3 épisodes, car son auteur, Antonio Hernandez Palacios installé en France, se consacrera à sa série la plus connue, Mac Coy.
Western violent et brutal inspiré par les westerns ''spaghetti'' de l'époque, marqué par un certain sadisme, cette bande conte les aventures d'un métis déraciné, un anti-héros meurtri par les épreuves, qui erre entre le Mexique et le Texas.
Le trait nerveux et le style heurté de Palacios (qui venait de se faire connaitre dans son pays avec Le Cid) sont déja affirmés, dans une débauche de couleurs qui privilégie les orangés et les rouges, bref, un style quasi hyperréaliste qui n'a pas permis à cette série de connaitre le succès qu'elle méritait, trop éclipsée par Mac Coy. On pourrait presque dire que Manos Kelly préfigure des bandes comme Durango ou Wanted.
En tout cas, elle mérite d'être redécouverte.
Cette bande d'une sensualité inouïe et d'une audace incroyable dans cette Amérique du début des années 70, fut commencée en 1973 par Richard Corben, plusieurs fois abandonnée, puis reprise et terminée en 1978.
Ce chef-d'oeuvre vaut par la vigueur du dessin qui tient dans un réalisme photographique unique dû à la technique de l'aérographe. Corben fut l'un des premiers dessinateurs à employer cet appareil qui lui permet d'obtenir des effets remarquables ; son dessin est très caractéristique et très reconnaissable avec ses personnages aux corps disproportionnés, massifs, lourds et super musclés, aux mâchoires très carrées, aux sexes énormes, et ses héroïnes aux seins et aux fesses presque hypertrophiés, mais qui sont cependant de beaux spécimens anatomiques qui alimentaient les fantasmes des étudiants américains de l'époque, car l'érotisme souvent sulfureux et idéalisé joue un grand rôle ici.
Corben cherche à restituer la nudité primitive de l'homme à travers ces récits de SF et de fantastique à l'influence lovecraftienne, où ses univers de mondes hallucinants remplis de fureur, de violence et de sang, au sein desquels s'invite l'érotisme, sont servis par la force d'un dessin aux couleurs vives et éclatantes, ou froides. Cet univers séduit d'abord les amateurs de BD underground, puis finit par toucher un public de plus en plus large attiré par l'aspect graphique.
Le plus étonnant, c'est que cette BD n'a pas pris une ride, elle fait toujours son effet aujourd'hui...ces personnages projetés nus dans un monde de cauchemar, confrontés à des monstres redoutables ou à des reines nymphomanes et maléfiques, plaisent encore et interpellent les ados des années 2000, comme ils ont interpellé l'ado que j'étais dans les 70's. Corben mélange habilement la SF à une forme de fantasy où s'ajoute un érotisme parfois torride, les scènes de combat sont violentes, le sang gicle, les corps sont distendus par l'effort, créant ainsi une étonnante beauté plastique.
Une oeuvre à part dans la BD, bref, c'est du Corben...
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Vae Victis
Tout en suivant le destin mouvementé d'Ambre, belle esclave gauloise de Bretagne qui est le fil conducteur de cette fantastique fresque épique, le lecteur peut découvrir la mythologie gauloise ou plutôt celtique, la vraie, loin des facéties asterixiennes, à la veille de la Guerre des Gaules. Le récit débute par le banquet de Crassus auquel participent Jules César et Pompée ; Ambre entend les projets ambitieux de César qui souhaite envahir toute la Gaule celtique en jouant sur la division des tribus qui la peuplent. L'explication du titre de la série, Vae Victis est relaté par Pompée avec l'épisode de Brennus ; cette séquence du banquet est une grande scène d'exposition où César livre son projet. Après sa fuite, Ambre se rend compte de la trop grande division des tribus gauloises, César avait raison. Ces rivalités et cette indiscipline sont montrées de façon explicite au fil des albums, ceci perdra la nation celte face à la puissance et à l'organisation romaines. Ambre connaîtra une longue errance, sera tour à tour esclave, prisonnière, guerrière, reine, symbole d'un peuple, et rencontrera de nombreux personnages (des vrais tels César, Arioviste, Vercingétorix...) et des comparses comme Milon, Cloduar, Yorc, Garak ou l'infâme Didius... tout en assistant avec effroi au déclin de sa civilisation qui doit laisser la place à un monde romanisé. Cette série au récit dense, foisonnant, riche en détails historiques, remplie d'une foule de personnages (peut-être trop), prolixe en dialogues, donne une vision réaliste et audacieuse d'une époque encore barbare, d'une époque cruelle et farouche vue à travers les yeux d'une jeune fille héroïque. C'est un récit bien documenté sur les moeurs gauloises et la hierarchie des Celtes (ambact, vergobret, brenn...), dont l'auteur Ramaïoli, alias Rocca a déja prouvé son sérieux sur Zoulouland, il signe ici des pages passionnantes, à la narration palpitante, servies par les dessins précis et surchargés de Mitton qui se régale avec des scènes de batailles sanglantes, sans oublier sa fascination des corps dénudés, de femmes surtout, mais d'hommes aussi, les Celtes étant réputés pour combattre nus en méprisant le danger. La série n'est toutefois pas sans défauts, elle est trop longue et s'englue parfois dans des longueurs inutiles, là où Rocca aurait pu diminuer son récit à 10 tomes (ce qui fait cher à l'achat, même en occase) ; certains personnages sont dépeints d'une façon qui n'est pas à leur honneur, tel Vercingétorix, ou encore César qui passe pour un gros balourd ; il y a aussi trop d'erreurs de costumes. Enfin, certaines cases sont chargées d'un fouillis de personnages et de détails, Mitton aurait pu aérer de temps en temps ses planches. Malgré ces réserves, "Vae Victis" reste une splendide reconstitution historique que je conseille de lire par étape pour ne pas trop se saouler (une fois, j'en ai lu 6 d'un coup, c'est trop, préférer par 3).
Les Conquérants du Mexique
Jean Torton entre au journal Tintin en 1962 et livrera 42 récits historiques (grande spécialité du journal), imposant son graphisme précis proche de l'hyperréalisme. Mais son oeuvre la plus importante commence en 1971 avec la gigantesque fresque qu'il dessine, encore pour Tintin : "Les Conquérants du Mexique", suivi de "Cortez à Mexico", sur des textes de Jean-Luc Vernal, connu pour sa passion de l'Histoire antique, notamment sur les scénarios de Jugurtha pour Hermann. Traitée avec une grande fidélité historique, cette fresque publiée ensuite en gros album de 70 pages en 1981, adopte volontairement un ton didactique puisqu'elle relate la conquête du Mexique en 1519 par les Espagnols, épisode tragique qui provoquera la destruction complète des riches civilisations précolombiennes. Le récit est accompagné de pleines pages encyclopédiques à caractère éducatif qui renseignent sur les Mayas, les Aztèques, leurs dieux, leurs modes de vie ; c'est un peu scolaire, mais essentiel pour bien comprendre ces peuples complexes, et on l'oublie devant l'aspect graphique très soigné. Mais l'épisode central est l'avancée vers Mexico, et le personnage-clé, celui de Cortez qui cherche à se faire des alliés des tribus ennemies de Tenochtitlan-Mexico où règne l'empereur Montezuma. C'est ce qui perdra ces peuples : leur trop grande division, car s'ils s'étaient unis en oubliant leurs querelles, ils seraient venus à bout des quelques 600 conquistadores, malgré leurs canons et leurs chevaux. Un prologue conte l'arrivée de Cristobal Colon en 1492 sur l'île de Cuba, et des autres aventuriers espagnols qui ont précédé Cortez, tel Guerrero. Le dessin superbement travaillé de Torton, visible dans les visages et les décors, l'emploi très étudié de la couleur qui embellit les riches parures et costumes aztèques, apportent une indéniable qualité à cette fresque épique à l'intérêt soutenu, de même que les mots expliqués par des astérisques, éclairent le lecteur sur ces fabuleuses civilisations à jamais détruites par la folie des hommes. J'ai eu l'occasion de parler de son travail avec Torton un jour à Angoulême lors d'une dédicace, c'est un type charmant qui est passionné par le précolombien ; ici, il assouvit donc sa passion avec un plaisir évident.
Tounga
Ah Tounga, c'est encore un de mes héros de jeunesse dans le journal Tintin, puis il y eut Rahan, j'avoue que j'ai délaissé un peu Tounga qui s'enlisait, et j'y suis revenu plus tard, et depuis, j'ai toujours une certaine affection pour cette bande bien sympathique et son auteur Edouard Aidans avec qui j'ai eu le grand plaisir de parler de son travail il y a quelques années lors d'une dédicace à Angoulême. Il est clair que l'influence d'Aidans a été ''La Guerre du feu'' de J.H. Rosny-Aîné, elle est à sa création en 1961 un véritable document sur la Préhistoire, probablement la seule Bd réaliste aussi documentée sur le sujet, bien avant Rahan née en 1969. Elle a beaucoup évolué en raison justement de la concurrence de Rahan, créant ainsi une émulation qui fut bénéfique pour Tounga et son auteur, dont le graphisme un peu désuet s'est vite essoufflé à la fin des années 60 pour finalement s'aérer et se renouveler un peu plus tard grâce à une mise en page plus dynamique et un dessin carrément plus musclé. Dans cette période, Aidans a imposé ce style plus vigoureux à ses autres créations comme Les Panthères, Tony Stark ou La Toile et la Dague. Souvent violente pour son époque de parution, "Tounga" est devenue une référence sur la Préhistoire malgré ses anachronismes, le ton est un peu didactique mais les histoires sont passionnantes. Elle fait évoluer un guerrier habile chasseur et diplomate tenace qui erre sur de nombreux territoires, rencontre des clans cruels souvent en proie à la superstition, et affronte un cheptel de bêtes fabuleuses ; contrairement à Rahan, il n'est pas seul, il y a Noon le boiteux, également habile et rusé, dont le tigre des cavernes, Aramh est un protecteur bien utile, et il y a aussi Ohama la blonde compagne, un peu trop glamour pour une femme de l'Age de pierre (mais il fallait captiver le jeune lecteur) ; son évolution a été bien réussie par Aidans, car elle est plutôt chétive au début, pour devenir dans les derniers épisodes une vraie guerrière, avec une silhouette beaucoup plus sexy. Bref, tous quatre connaissent bien des péripéties en faisant face aux rivalités de nombreuses hordes, il y avait un côté aventureux qui m'a toujours plu dès le début, je conseille l'achat, mais la série a subi un ordre anarchique d'édition par Le Lombard qui ne l'a au début pas vraiment prise au sérieux ; disons qu'elle devient plus intéressante avec l'épisode "le Combat des géants" où le dessin d'Aidans a fait de nets progrès. Un indice utile pour identifier la refonte graphique du personnage est de regarder l'année qui figure près de la signature de l'auteur, au bas d'une planche : à partir de 1971, c'est bon..
Taar le rebelle
Cette bande est véritablement un précurseur de l'heroïc fantasy en France, puisqu'elle apparaît directement en albums en 1976. Copie presque conforme de Conan qui à l'époque restait la seule référence du genre, tendance "peaux de bête et gros serpents" pour la différencier de la fantasy plus "raffinée" genre Seigneur des Anneaux. Taar illustrait parfaitement l'univers merveilleux en dehors du temps qu'est la fantasy, peuplé de créatures fabuleuses, de dragons, de guerriers féroces, de barbares, de trolls et de redoutables sorciers... A l'aide de son trait puissant et vigoureux, Brocal Remohi créait ici une heroïc fantasy à la française des plus séduisantes, même si le montage serré et rapide, aux nombreuses ellipses qui simplifient l'action, peut aujourd'hui faire sourire les adeptes d'une fantasy plus réfléchie. Ce manque de nuance et ces histoires un peu simplistes marquaient, faut-il le rappeler, les tout débuts d'un genre qui prendra son envol dans les années 80. De plus, Brocal qui a dessiné ''Ogan'' (une bande d'aventure viking) chez l'éditeur de petit format Impéria en 1963, a gardé de cette époque une cadence de travail rapide, comme la plupart des dessinateurs espagnols de sa génération, qui ont ensuite adopté un graphisme proche des auteurs américains de comic books. Brocal fut l'auteur en Espagne de "Kronan", héros musculeux très proche de Taar, une véritable ébauche, suivi de Arcane, le grand sorcier en 1974 pour le journal Pilote, un héros du même calibre ; il dessinera aussi un temps Tarzan, c'est dire s'il s'y connaît en héros costauds. A la différence de Conan, Taar n'est pas un guerrier violent et rageur, ses instincts sont pacifiques, il met son épée au service des plus faibles, prône la paix et protège son peuple ; le plus souvent, il entre en action parce qu'on vient le chercher pour débarrasser la contrée d'un monstre ou d'un tyran, ou encore il part délivrer sa très belle compagne Khanala, aux tenues très sexy ; et d'ailleurs, les reines maléfiques qu'ils affrontent parfois sont d'une beauté renversante. Brocal excelle dans ses dessins de femmes superbes et fascinantes, aux yeux troublants, qu'il tempère par ceux des hommes aux corps massifs et trapus et aux muscles saillants ; cette vision de personnages musculeux et de très belles femmes est très espagnole, beaucoup de dessinateurs de l'époque comme Ortiz, De La Fuente ou Gimenez donnaient dans ce style. Taar a connu une douzaine de traductions étrangères, son plus gros succès fut en Allemagne, mais ne fut pas reconnu à sa juste valeur chez nous, en tout cas, injustement ignorée et n'a pas trouvé son public. Elle mérite une autre chance aujourd'hui, en essayant d'oublier ses quelques défauts.
Steve Pops
Avec Steve Pops, agent très spécial H2°, nous sommes en plein espionnage de bazar, mais aussi en plein délire. C'est une parodie totale de James Bond qui démythifie l'image du superbe agent et qui reprend tous les codes, tous les stéréotypes et tous les gimmicks que l'on rencontre dans les films de Bond, mais en beaucoup plus drôle. Steve Pops est le décalque complet de 007, période Sean Connery : il a un matricule, un patron qui remplace M, une licence de tuer, des gadgets, une voiture truffée de pièges, pratique les arts martiaux, est élégamment vêtu, et a pour ennemi le Dr Yes, contraire du fameux Dr No. La ressemblance s'arrête là. Son auteur, Jacques Devos parsème la bande d'une succession de gags délirants, de clins d'oeil très savoureux à l'intention des fans de BD et de ciné, bref, le mythe est mis en pièces avec un sens aigu du loufoque, soutenu par un graphisme qui reste semi-caricatural au sein de décors réalistes, mais plus léché que dans les autres créations de Devos. Hélas, ce personnage ne connaîtra que 2 épisodes édités directement en albums en 1967 et 1968, et ne sera pas poursuivi pour cause d'échec commercial; c'est vraiment dommage, car la bande était cent fois mieux que Génial Olivier du même Devos, et possédait un fort potentiel ; Un véritable chef-d'oeuvre d'humour injustement méconnu. Alors j'en recommande l'achat, certes, mais les 2 albums sont très difficiles à dénicher ; personnellement j'en possède un seul, "Opération Eclair" qui est une vraie perle d'origine.
Lionel J. et les PD du cul
Un peu tombé dessus par hasard, ne connaissant pas l'auteur, je fus très agréablement surpris par cette petite bd. Dès les premières planches, je suis tombé sous le charme du style désinvolte et légèrement cynique. Le dessin est enfantin mais ça rend le comique de l'histoire plus efficace (c'est pas de la SF). Ce sont surtout les dialogues que j'ai adorés ainsi que la critique que fait l'auteur sur l'esprit rap.
Les Aventures des 3A
Ah les 3 A, c'était une de mes séries préférées dans Tintin, et comme toutes ces bandes des années 60, elle conserve aujourd'hui un cachet rétro que j'affectionne, mais je doute qu'elle puisse intéresser les jeunes d'aujourd'hui par son graphisme très franco-belge d'époque et son idéologie bien proprette; ça ne peut plaire qu'à des nostalgiques de ma génération...mais qui sait ? Ces 3 jeunes gens intrépides sont un trio de scouts qui partent à l'aventure dans de beaux endroits de nature; il y a André, le grand blond qui fait figure de chef, Alain aux fines lunettes, plus porté sur la réflexion, et Aldebert le plus jeune, celui par qui arrivent les évènements, c'est aussi le comique de service. Cette BD attachante et sympathique, prônant des valeurs saines pour la jeunesse des années 60, connut son petit succès pendant 5 ans entre 1962 et 1967, elle fut hélas délaissée au profit de Ric Hochet que ses auteurs menaient vers une gloire encore plus grande. A.P. Duchâteau, sous le pseudo de Michel Vasseur, imaginera des scénarios inventifs aux allures policières, tandis que Tibet, assisté de Mitteï aux décors, se cachera derrière celui-ci, lui laissant la paternité des dessins; mais le connaisseur saura reconnaître le graphisme réaliste de Tibet sur les personnages, dont il exécute le crayonné, et qui par ailleurs, ne peut s'empêcher de donner à André un physique à la Ric Hochet. Une bien chouette série comme on n'en fait plus.
Spider-Man/Wolverine - Le Pouvoir des rêves
J'ai acheté l'album un peu au hasard en recherchant ceux les mieux notés sur les super-héros dans la base de BDthèque. Un seul avis m'a suffi pour tenter l'aventure, et je me suis intéressé à celui-ci sans trop réfléchir (un avis par un chevronné quand même). Cette lecture s'est inscrite pour moi dans la découverte des univers de super-héros et de leurs cultures, qu'on me vante toujours tant en BD. Je dois dire que jusqu'à présent ce sont majoritairement les films qui me firent découvrir cette facette de la BD. Et avec mon pif habituel, je tombe sur une BD de super-héros .... sans super pouvoir. Le principe ne m'a pas gêné, mais j'ai eu l'impression de commencer les lectures à l'envers. Le propos est effectivement assez intéressant, faisant un crossover entre Spiderman, Wolverine mais également Daredevil, dans un monde où aucun n'a de pouvoir (pour le coup, j'ai beaucoup aimé les griffes de Wolverine). Mais le tout est du point de vue d'un psychiatre qui à pour patient ces trois héros sus-dit (enfin, il en a deux, le troisième s'invite). Ce psychiatre à rêvé d'un monde de super-pouvoir, et n'arrive pas à dissocier le monde réel de ces rêves. J'ai beaucoup aimé le ton pris par l'histoire, qui va d'ailleurs intégrer plusieurs autres super-héros Marvel (Hulk, Iron Man ...) dans le scénario sans que le tout ne semble fouilli, c'est toujours très bien amené. Le tout est toujours dans un cadre strictement réaliste, et nous y voyons les personnages tellement célèbres en super héros se comporter comme n'importe qui. La question d'ouverture est du coup justifiée : les héros se comporteraient-ils de la même manière sans leurs pouvoirs ? La réponse est ici clairement oui, mais par contre, le résultat diffère quelque peu de ce que l'on pourrait attendre. Le dessin m'a bien plu, assez sombre dans l'ensemble mais très claire à comprendre, et la division en chapitre est tellement bien réalisé que je n'ai jamais su à quel moment elle se trouvait. Si j'ai trouvé l'histoire de Wolverine assez difficile à comprendre et un peu tirée par les cheveux, les deux autres sont très juste et vraiment bien mises en scène. Les personnages sont attachants, leurs conditions aussi, et le point de vue du psy sur tout cela apporte beaucoup à mon avis. Un seul point négatif vient obscurcir le tableau : le comics fait de nombreuses foit allusion à d'autres personnages de l'univers Marvel, souvent sous leur vrai nom et pas celui du super-héros, ce qui n'est pas simple. En effet, si vous êtes comme moi néophyte de cet univers, une grande partie de l'intrigue semble moins compréhensible (j'ai du user d'un ami connaissant bien cet univers pour qu'il m'explique chaque tête nouvelle). Du coup la lecture est, je pense, réservé à ceux qui connaissent déjà pas mal le monde Marvel et peuvent comprendre toute les subtilités introduites, surtout avec la fin. En clair, l'opus est très bon, un excellent crossover qui met les héros dans une situation inverse de celle que nous connaissons et qui nous offre un résultat assez étonnant, avec un ensemble très bien illustré. J'ai pris plaisir à lire l'ensemble et je pense que je le relirais avec encore plus de plaisir lorsque je me serais bien familiarisé avec cet univers. En attendant, je le recommande !
Manos Kelly
Cette création en 1971 dans le magazine espagnol Trinca est traduite en France par Aventures et Voyages puis les Humanos, mais elle ne connaitra que 3 épisodes, car son auteur, Antonio Hernandez Palacios installé en France, se consacrera à sa série la plus connue, Mac Coy. Western violent et brutal inspiré par les westerns ''spaghetti'' de l'époque, marqué par un certain sadisme, cette bande conte les aventures d'un métis déraciné, un anti-héros meurtri par les épreuves, qui erre entre le Mexique et le Texas. Le trait nerveux et le style heurté de Palacios (qui venait de se faire connaitre dans son pays avec Le Cid) sont déja affirmés, dans une débauche de couleurs qui privilégie les orangés et les rouges, bref, un style quasi hyperréaliste qui n'a pas permis à cette série de connaitre le succès qu'elle méritait, trop éclipsée par Mac Coy. On pourrait presque dire que Manos Kelly préfigure des bandes comme Durango ou Wanted. En tout cas, elle mérite d'être redécouverte.
Den
Cette bande d'une sensualité inouïe et d'une audace incroyable dans cette Amérique du début des années 70, fut commencée en 1973 par Richard Corben, plusieurs fois abandonnée, puis reprise et terminée en 1978. Ce chef-d'oeuvre vaut par la vigueur du dessin qui tient dans un réalisme photographique unique dû à la technique de l'aérographe. Corben fut l'un des premiers dessinateurs à employer cet appareil qui lui permet d'obtenir des effets remarquables ; son dessin est très caractéristique et très reconnaissable avec ses personnages aux corps disproportionnés, massifs, lourds et super musclés, aux mâchoires très carrées, aux sexes énormes, et ses héroïnes aux seins et aux fesses presque hypertrophiés, mais qui sont cependant de beaux spécimens anatomiques qui alimentaient les fantasmes des étudiants américains de l'époque, car l'érotisme souvent sulfureux et idéalisé joue un grand rôle ici. Corben cherche à restituer la nudité primitive de l'homme à travers ces récits de SF et de fantastique à l'influence lovecraftienne, où ses univers de mondes hallucinants remplis de fureur, de violence et de sang, au sein desquels s'invite l'érotisme, sont servis par la force d'un dessin aux couleurs vives et éclatantes, ou froides. Cet univers séduit d'abord les amateurs de BD underground, puis finit par toucher un public de plus en plus large attiré par l'aspect graphique. Le plus étonnant, c'est que cette BD n'a pas pris une ride, elle fait toujours son effet aujourd'hui...ces personnages projetés nus dans un monde de cauchemar, confrontés à des monstres redoutables ou à des reines nymphomanes et maléfiques, plaisent encore et interpellent les ados des années 2000, comme ils ont interpellé l'ado que j'étais dans les 70's. Corben mélange habilement la SF à une forme de fantasy où s'ajoute un érotisme parfois torride, les scènes de combat sont violentes, le sang gicle, les corps sont distendus par l'effort, créant ainsi une étonnante beauté plastique. Une oeuvre à part dans la BD, bref, c'est du Corben...