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Couverture de la série La Toile et la Dague
La Toile et la Dague

Voici une série historique de haut niveau et passionnante, datée de 1986, qui ne fut pas poussée au-delà de 3 épisodes. Probablement en raison de l'emploi du temps chargé de ses auteurs. En effet, c'est l'une des bandes qui marquent les débuts de Jean Dufaux à l'époque où il scénarisait dans le journal Tintin, notamment Brelan de Dames pour Renaud, et Renaudin pour Di Sano. Quant à Edouard Aidans, déjà "vétéran" du journal avec ses séries Les Franval, "Bob Binn", Tounga ou Les Panthères, il illustre d'un trait soigné, visiblement avec plaisir les péripéties imaginées par Dufaux dans le Quattrocento à Florence, période riche et peu abordée en BD, où abondent les crimes atroces, les complots sordides, la violence brute et les personnages les plus vils. Peut-être est-ce pour cette raison que la bande n'a pas été publiée dans Tintin, journal pour la jeunesse rappelons-le. Sans compter les scènes érotiques qui s'intègrent bien dans le récit. Mais ce XVIème siècle en Italie est aussi le creuset de la magnificence dans les arts, et aussi des moeurs légères et chatoyantes chez la noblesse ou les riches marchands florentins. Tout ceci est fort bien rendu dans cette série bien documentée, aux riches décors et costumes, et aux personnages consistants; en tête, Fabrizio Amadeï, noble florentin qui prend à son service Andréa, jeune peintre et héros de l'histoire, qui va se trouver partagé entre les deux familles rivales de Florence, les Medicis et les Pazzi. Andréa devient ensuite le protégé de Laurent de Médicis, et ne pourra empêcher l'assassinat du frère, Julien de Médicis. En fait, Andréa est plutôt un héros passif, un témoin qui assiste à ce duel familial et politique. Les femmes ont aussi le beau rôle dans cette histoire, notamment La Farentina, amante d'Andréa, et Giuletta, la soeur peu farouche de Fabrizio. Bref, une belle série mais avortée, au potentiel captivant, agréable à lire, plaisante à l'oeil, qui laisse 3 albums et quelques regrets aux amateurs d'Histoire.

09/06/2013 (modifier)
Couverture de la série Bernard Prince
Bernard Prince

Ce héros crée en 1966 était d'un genre nouveau, décontracté et élégant, alors que la plupart des héros d'aventure étaient jusqu'ici plutôt mal dégrossis, musclés et batailleurs. Greg insuffle une psychologie intéressante, et récidivera dans le même type de personnage l'année suivante avec Bruno Brazil. Prince et son allure de play-boy aux cheveux blanchis, donnait une nouvelle vision du héros, il sera l'un des plus fameux du journal Tintin, l'un de mes préférés en BD réaliste à l'époque. Ses premiers pas sont ceux d'un agent d'Interpol qui connaît 6 récits courts pour tester le personnage et permettre à Hermann, pour qui c'est la première grande série, un peu avant Jugurtha, de se faire la main. C'est durant cette période d'enquêtes policières classiques que Prince recueille le jeune Hindou Djinn, avant de mener ensuite une vie d'aventurier à bord de son yacht le Cormoran, dans des récits longs au dessin plus affûté. C'est au début de 1967 que Prince se lance dans l'aventure avec son premier grand récit "les Pirates du Lokanga" où il rencontre celui qui va devenir son compagnon d'aventure, l'Australien Barney Jordan, un ours mal léché, truculent rouquin barbu au nez cassé, et au coeur d'or, un bourlingueur expert en bagarres et à vider les bouteilles. Le trio va ainsi défier au gré du hasard des ruffians de haut vol, des révolutionnaires d'un petit pays d'Amérique du Sud ou de redoutables gangsters américains. La meillleure aventure reste pour moi "la Frontière de l'enfer" qui envoie Prince et Barney dans une prison de jungle asiatique sur un coup monté; les séquences de marais font penser à certains films américains de l'époque, et le dessin puissant de Hermann atteint des sommets dans les décors et le détail. Greg utilise tous les codes du genre avec un indéniable talent, en multipliant les images fortes et les scènes violentes, assez inhabituelles à l'époque dans un journal pour jeunes. Face à ces tensions dramatiques, il n'oublie pas la détente, et la bande cultive ainsi un humour souvent cynique avec un sens inné de la réplique dont Greg s'est fait une spécialité, et qu'on retrouve dans Bruno Brazil ou Comanche, mais ici encore plus affirmé. En 1977, après "le Port des fous", Hermann abandonne la série en plein succès, mais elle connaît encore de beaux moments avec Dany puis Aidans, même si les meilleurs moments sont les albums de Hermann. Je la considère comme une des meilleures séries du journal mais la cassure après le départ d'Hermann lui coûte la 5ème étoile que je voulais lui décerner... Avec cette série mythique, c'est non seulement l'association Greg-Hermann au sommet de son art, mais elle a aussi avec quelques autres séries du journal Tintin, marqué un pas vers une BD adulte et intelligente. Du très bel ouvrage donc, qui a peut-être un peu vieilli sur le plan idéologique, mais qu'il faut replacer dans son contexte d'époque.

08/06/2013 (modifier)
Couverture de la série Robin Dubois
Robin Dubois

Cette joyeuse parodie du légendaire héros de Sherwood m'a toujours bien fait rire dans le journal Tintin étant gosse, et même après tant d'années, ça tient encore la route, même si maintenant je souris plus que je ne ris aux éclats. Robin passe son temps à ridiculiser le shérif de Nottingham, lord Fritz Alwill, mais en fait, ils sont copains, et de nombreux gags les montrent attablés dans une auberge devant une chopine de bière, dans une ambiance festive, tandis que Cunégonde, la redoutable virago de Fritz, l'attend au château avec un rouleau à pâtisserie. Comme on le voit, l'humour se déchaîne dans ce Moyen Age de fantaisie ; les gags qui usent fréquemment des anachronismes, annoncent le côté dévastateur de Léonard, autre bande vedette du duo de créateurs. Pourtant, les débuts de "Robin Dubois" dans Tintin en 1968, sont timides, les gags sont éculés et sans saveur, la série va mettre un peu de temps pour accrocher ses lecteurs, et peu à peu, les gags ont plus de recherche et de folie pour devenir au fil du temps une des valeurs sûres du journal, souvent en tête des référendums organisés auprès des lecteurs. Son aspect graphique va en même temps s'affiner ; d'ailleurs, il a été difficile au début de déterminer la part exacte de chacun des co-auteurs de la bande, car De Groot est également dessinateur. Il va dessiner les tout premiers épisodes, ses personnages sont plus épais, plus carrés, avant d'être relayé par Turk qui assumera la partie dessin avec un trait plus fin et plus rond. D'autre part, au début, Robin apparaissait plus souvent, puis peu à peu, le shérif --au départ faire-valoir de Robin-- prend de plus en plus d'importance, si bien que Robin devient à son tour le propre faire-valoir du shérif ; il y a même des gags où Robin n'apparait pas, un comble pour un héros. Les scénarios se renouvellent habilement en recourant à des changements de personnages secondaires : les chevaliers Teutoniques avec leurs casques délirants et leur accent à couper au couteau, le prisonnier du cachot, la sorcière K. Raboss, le Viking et son drakkar dans les douves, le collecteur d'impôts, le facteur récalcitrant...qui feront disparaître peu à peu les compagnons de Robin et Aldebert le lieutenant crétin du shérif (qui sera remplacé par Cunégonde, au potentiel plus porteur). C'est à ce moment où les gags se focalisent sur Fritz-Cunégonde ou Fritz-Robin, en une sorte de duel à trois, que la série devient moins attirante, mais elle reste cependant très drôle dans son ensemble, et on ne peut que louer l'imagination des auteurs qui doivent alimenter 2 grosses séries humoristiques. Par contre, les histoires longues sont médiocres, préférer les planches-gags, où la qualité des décors est à signaler, ce qui est rare dans une BD d'humour.

08/06/2013 (modifier)
Couverture de la série La Ribambelle
La Ribambelle

Ce fut une de mes premières lectures dans un recueil Spirou, et pourtant, je n'étais pas tendance Spirou, mais plutôt Tintin. Retrouver cette bande aujourd'hui après tant d'années, ça fout un peu le cafard parce qu'on se dit qu'on vieillit, mais ces lectures rappellent de doux souvenirs d'enfant... ah nostalgie, quand tu nous tiens! Voici l'exemple d'une très intéressante série pour jeune public qui fut éclipsée par le succès d'une bande vedette du même auteur, Boule et Bill, à laquelle elle était bien supérieure en qualité, inventivité, personnages, scénario... On y retrouve en tout cas le même humour espiègle et le dessin attrayant de Roba, assisté pour les décors par Jidéhem, l'auteur de Sophie, au graphisme voisin. Les scénarios excellents de Delporte, Tillieux ou Vicq contribuaient à la qualité de cette Bd où 6 intrépides gamins affrontaient des méchants tenaces parfois inquiétants ou franchement ridicules. On y trouve Phil, grand garçon blond qui fait figure de chef, Dizzi, un petit Noir futé, les jumeaux japonais Atchi et Atcha à l'érudition fleurie et champions d'arts martiaux, le petit Ecossais Archibald à l'accent à couper au couteau, riche fils de famille dont James, le "butler" très british et stylé, est d'une aide souvent précieuse ; enfin Grenadine à la chevelure rousse, est la seule fille du clan. Leur q-g est un vieux bus désaffecté au milieu d'un terrain truffé de pièges destinés à éloigner les intrus ; cette idée a été piquée à Tibet et Greg, créateurs de Le Club des Peur-de-rien (Junior) en 1958 dans le journal Tintin, sur une bande de gamins farceurs dont le q-g. était la cabane d'un terrain vague. Une bonne lecture de jeunesse qui peut plaire à un public enfantin d'aujourd'hui, sans vulgarité ni violence, au même titre que Le Scrameustache ou Sophie et plein d'autres Bd du journal Spirou des 60's.

08/06/2013 (modifier)
Couverture de la série La Bande à Bonnot
La Bande à Bonnot

Florenci Clavé et Christian Godard content avec brio la bio dramatique et sanglante de Jules Bonnot, qui de chauffeur et mécanicien doué, devient le chef d'un groupe d'anarchistes en révolte contre la société bourgeoise et les nantis de la Belle Epoque. Sa bande se livrera à de nombreuses attaques de banques et agressions en n'hésitant pas à tuer et en utilisant l'automobile, alors jeune invention. C'est l'époque des anarchistes dont la presse qui raffole du sensationnel, ne manque pas de relater leurs sinistres exploits avec redondance. Les auteurs de ce récit parviennent à recréer habilement cette époque fiévreuse et le malaise ouvrier de ce début de siècle, peu avant l'explosion de la Grande Guerre. Clavé, dessinateur espagnol qui a travaillé en France dans les années 60 (notamment à Pilote où il animait la série "Rémi Herphelin"), illustre d'un trait soigné et travaillé ce récit sombre, où la froideur du noir et blanc donne de la force au scénario percutant de Godard, qui relate les faits avec précision, et sait trouver le ton juste. Le dessin ne parait pas vieillot, lorsqu'on sait qu'aujourd'hui, certains dessinateurs utilisent ce type de graphisme. A noter que Glénat a publié une nouvelle réédition en 2002 avec une nouvelle couv, en l'intégrant dans sa collection Bulle Noire. Un très beau récit, méconnu, publié dans les premiers numéros de Circus en 1977, et qui mérite la redécouverte.

08/06/2013 (modifier)
Couverture de la série Les Sales Blagues de l'Echo
Les Sales Blagues de l'Echo

Initialement écrites par Coluche pour Reiser en 1983, ces blagues partent du principe qu'on peut rire de tout, y compris des sujets les plus délicats, les plus scabreux ou les plus tabous. Le trait de Reiser qui plante en 2 coups de crayon des personnages ignobles dans des ambiances sordides, devait se poursuivre avec celui de Vuillemin en 1986, et la série atteindra des sommets dans le trash. Vuillemin se place d'emblée comme le digne héritier de Reiser, grâce à son graphisme agressif et en tapant sur des personnes ou des institutions vénérables. Le comique adulte trouve dans "Les Sales Blagues de l'Echo" sa réalisation la plus complète dans le domaine du mauvais goût poussé jusqu'à son paroxysme, et que Vuillemin défie avec un haut degré d'efficacité. Observateur impitoyable de l'âme humaine qui se moque plus qu'il ne dénonce, il ne recule devant rien et frappe fort à coup d'humour ravageur et de crayon trempé dans le vitriol, en insistant sur le côté crade, accentué par un trait épais et outrancier qui, comme celui de Reiser, va à l'essentiel, et qui convient à merveille à ce type de bande. Derrière le provocateur, se cache un excellent dessinateur et un coloriste efficace, car les couleurs apportent indéniablement un plus à ses personnages aux gueules incroyables ; tout est disproportionné, les têtes, les mains, les sexes des hommes, la laideur, les physiques repoussants, l'aspect scato, les scènes violentes ou gore, la saleté, les taches de merde ou de sperme... tout est répugnant mais furieusement drôle. A cela s'ajoutent des dialogues dégoûtants et malpolis, achevant les visions d'horreur voulues par Vuillemin, qui fait preuve d'une imagination délirante dans des sujets piochés dans la vie quotidienne ou dans l'actualité. Quand je lisais ça dans L'Echo des Savanes, je me demandais souvent jusqu'où il pourrait aller, et à chaque fois, j'en redemandais. Il n'est pas nécessaire d'acheter tous les tomes, 2 ou 3 suffiront pour entrer dans l'univers Vuillemin.

08/06/2013 (modifier)
Couverture de la série Bouncer
Bouncer

J'aime beaucoup cette série, car elle a des qualités essentielles à mes yeux: elle est divertissante et très fluide à lire. Bref, en ouvrant un album, j'ai toujours passé un bon moment, sans prise de tête, une lecture d'une traite. Le genre de lecture idéale avant d'aller rejoindre le pays de morphée. Alors bien sûr, les intrigues ne sont pas toujours hyper recherchées, c'est d'un manichéisme certain, mais bon...Parfois la simplicité a aussi du bon. Je salue l'originalité du choix du personnage principal, qui n'est pas le cowboy traditionnel imbattable, mais bien un manchot métis malaimé... J'ai toujours suivi ses aventures avec intérêt. Le dessin est de très bonne facture quoiqu'un peu classique, mais les proportions, expressions, et couleurs sont parfaitement réussies. On entre sans problème dans cet univers du midwest poussiéreux, sale, aride, et belliqueux. Un bon moment de divertissement, pour lequel l'emprunt sera largement suffisant à mon sens. (210)

08/06/2013 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série L'Atelier Mastodonte
L'Atelier Mastodonte

Moi, quand on me dit d'imaginer des auteurs que j'aime tels que Lewis Trondheim, Cyril Pedrosa, Yoann, Alfred, Julien Neel, Guillaume Bianco et Tebo, ainsi que plein d'auteurs célèbres de leurs amis qu'ils invitent aussi à participer, tous réunis dans un collectif pour déconner ensemble et se répondre les uns les autres par le biais de gags en une demi-planche, j'ai presque l'impression d'une résurection du fameux Trombone Illustré !... et je suis aux anges ! Surtout qu'à part en avoir aperçu 2 ou 3 strips dans le journal Spirou, je ne connaissais rien de cette initiative et je l'ai découverte d'un coup par le biais du très joli petit album au format à l'italienne édité par Dupuis et enserré dans un fourreau dont la couverture est dessinée ni plus ni moins que par Bilal lui-même. Et voir Bilal dessiner des personnages à la manière de Trondheim, ça vaut son pesant de cacahuètes ! Qu'est-ce donc que l'Atelier Mastodonte ? C'est un atelier, à priori fictif mais c'est bien dommage, qui regroupe dans un même appartement les auteurs de ce collectif pour travailler ensemble et se motiver les uns les autres, même si l'ambiance semble plus dissipée qu'autre chose. La petite troupe va donc vivre tout le temps ensemble, sous la houlette rigide du contremaître Trondheim, et chaque auteur va produire alternativement des gags en demi-planches dans leurs propres styles graphiques et humoristiques racontant leurs relations ensemble, leurs déconnades, leurs comportements de groupe puis aussi leur séjour à Angoulême. Les gags se répondent les uns aux autres et forment peu à peu une histoire, donnant vie à cet atelier. S'agissant d'auteurs que j'aime tout particulièrement, j'ai adoré suivre leur vie commune imaginaire et retrouver le mélange de leurs différents styles et humours. Cela donne vraiment l'envie d'y participer. Certains gags m'ont régulièrement fait exploser de rire. Il n'y a que l'humour de l'un des auteurs en particulier que je n'aime pas trop, mais je ne dirais pas qui c'est, il se reconnaîtra. :) Graphiquement, c'est aussi un bonheur, avec des auteurs dont j'aime déjà le trait mais aussi certains des invités qui les rejoignent le temps de quelques gags qui offrent de bien jolies planches. Je pense notamment à Nob, l'auteur de Mamette, qui a pris la peine de dessiner et coloriser très soigneusement ses quelques gags. L'humour est assez référencé puisqu'il faut un peu connaître le monde de la BD pour vraiment comprendre tous les clins d'oeil et références. Le niveau n'est pas toujours constant, il s'étiolle parfois un peu et j'ai notamment un peu moins apprécié le passage à Angoulême. Mais j'ai beaucoup ri dans l'ensemble. C'est le genre d'oeuvre collective à laquelle nombre d'auteurs ont dû avoir envie de participer et c'est une vie collective imaginaire à laquelle nombre de lecteurs auraient probablement aimé s'intégrer. Vraiment sympa !

08/06/2013 (modifier)
Par Spooky
Note: 4/5
Couverture de la série Septième étage (7e étage)
Septième étage (7e étage)

Très peu de temps après avoir lu Abaddon, le hasard a voulu que je lise cet album qui parle également d'enfermement et d'aliénation. Mais les causes et les conséquences sont différentes. Ici Asa Grennvall (qui raconte donc sa propre expérience) subit, dans son intimité, la pire des tortures. Son compagnon, très vite, révèle son vrai visage : colérique, paranoïaque, jaloux, schizophrène, il se révèle également violent. Mais il "aime" Asa. Et elle aussi. Elle accepte ses sautes d'humeur, ses exigences complètement surréalistes, ses gestes inconsidérés, jusqu'au jour où elle décide de réagir, de partir, d'agir contre ce monstre. 7ème étage montre donc son calvaire, ses tourments intérieurs, puis sa réaction, son courage de parler à autrui (car cela aussi avait fini par lui être interdit). C'est poignant et glaçant. J'avoue avoir sursauté face à certaines situations, d'une violence psychologique insoutenable. Pourtant le style d'Asa est naïf, presque enfantin au début. Mais sa grande force est son expressivité, couplée à un noir et blanc efficace. Enormément de sentiments passent par les expressions du visage d'Asa et de Nils. J'ai par exemple été bluffé par cette scène, au début, où tous deux affichent une double expression ; celle qui apparaît sur le visage, et celle qui trahit le sentiment réel de la personne. Un témoignage inoubliable. A noter que la postface est rédigée par Amnesty international, dont le nom et le logo apparaissent en quatrième de couverture.

08/06/2013 (modifier)
Couverture de la série La Jungle en folie
La Jungle en folie

Si Chlorophylle & Minimum ou Petzi sont des réussites dans le genre BD animalière, "La Jungle en folie" est d'une grande ingéniosité. Elle connut le succès dès sa création, et peu de Bd humoristiques sont allées aussi loin dans le domaine de l'absurde. Sa réussite tient aux talents combinés de Godard (alors déja connu pour Norbert et Kari) dont les gags s'appuyant le plus souvent sur des leçons d'art de vivre, sont servis par le graphisme très expressif de Delinx. Inspirée au départ de Pogo, bande U.S. très intellectuelle des années 50, "La Jungle en folie" reprend une formule proche : une jungle fantaisiste où toutes sortes d'animaux cohabitent en une sorte d'Arche de Noé, aux réactions bien humaines, mais en visant un public populaire et surtout plus jeune, celui de Pif-Gadget où la bande débute en 1969 sous forme de gag en 1 planche. Le résultat est visiblement amusant, bourré de trouvailles, parfois inégal certes, mais où le dessin de Delinx souvent truffé de détails, est pour beaucoup dans la réussite de la bande, et où Godard se révèle excellent scénariste en insufflant des gags au ton satirique mais adaptés au lectorat de Pif-Gadget. On se régale avec ces étranges animaux aux discussions philosophiques tenues de façon sérieuse, composant un microcosme où, sous le couvert du rire, les auteurs brocardent certains faits de société. De Joé le tigre mangeur de pommes à Gros Rhino un rien lourdaud, de Potame le toubib à Auguste le croco poète, sans oublier Mortimer le serpent, Pégase le cheval ailé, Ysengrin le loup ou Kolégram le porc-épic... toutes ces bestioles qui refont le monde et qui sont tous un peu toqués, sont devenus familiers. Les petits calembours de fin en bas de page faits par les pies bavardes (dans le style de la coccinelle de Gotlib) sont quant à eux tantôt vaseux, tantôt subtils. Bref, une bonne série jeunesse qui peut être relue pour se remémorer les bons moments de l'enfance.

07/06/2013 (modifier)