Les derniers avis (9697 avis)

Par Ro
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Peau d'Homme
Peau d'Homme

J'ai mis un long moment avant de lire cet album dont le grand public disait pourtant beaucoup de bien car je craignais d'y lire une histoire trop manichéenne, un pamphlet féministe trop basique et convenu pour un lecteur comme moi, pourtant profondément féministe. Quelle ne fut pas mon agréable surprise d'y découvrir un scénario bien plus intelligent, ouvert et subtil que je le craignais. Point de manichéisme dans cette fable sociale transposée à l'Italie du Quattrocento. D'emblée, la condition féminine y est présentée dans toute sa partialité, les femmes ne servant que d'épouses dociles et de mères porteuses à des hommes qui sont les véritables seigneurs et maîtres de la cité. Mais c'est pour très rapidement montrer que cette structure sociétale est le fait aussi bien des hommes que des femmes, et que tant chez les uns que chez les autres on peut en trouver des stupidement réactionnaires et d'autres bien plus ouverts d'esprit. Pas de critique basique du joug de l'homme sur la femme, plus un appel à l'ouverture et à montrer que des solutions sont possibles. J'ai trouvé l'intrigue très bien racontée, bien rythmée, jamais trop évidente et toujours très intelligente. La critique sociale est bien là mais jamais péremptoire ni moralisatrice. Et en parallèle, il y a une vraie intrigue prenante, avec une bonne dose de fantastique mais aussi de sentiments, quelques bonnes péripéties avec de bonnes résolutions, et une fin très satisfaisante. Excellent album !

27/12/2022 (modifier)
Par Nicolas
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Black Squaw
Black Squaw

Franchement cette histoire en 4 tomes ( vivement la sortie du 4ème) vaut le déplacement. Les dessins sont magnifiques, vraiment plaisant à voir. L'histoire "fiction" dans l'histoire et le contexte réel de l'époque est bien ficelé. J'ai eu du mal à lâcher les deux premiers tomes. Il faut que je mette la main sur le 3ème. Les sauts dans le temps entre passé et présent donnent deux histoires en une qui se rejoignent, l'intrigue, les surprises font que cette histoire est très agréable et donne envie d'arriver au bout. Mais ceci n'est que mon avis.

27/12/2022 (modifier)
Couverture de la série Mon voisin Raymond
Mon voisin Raymond

Petit coup de cœur pour cet album dont j’ai aimé la simplicité de ton et le dessin. Dans Mon voisin Raymond, Troubs nous parle de (suspense) son voisin qui s’appelle (roulement de tambour) Raymond. Un voisin âgé de plus de 80 ans mais toujours actif, propriétaire d’une petite ferme à la campagne, dans laquelle il vit et qu’il entretient aussi bien que ses capacités physiques le lui permettent. Préparer le potager, couper du bois, faire des réserves, autant de tâches simples à effectuer au quotidien mais qui se compliquent avec l’âge. L’auteur passe régulièrement voir ce voisin, tantôt à sa demande, tantôt juste comme ça, pour le plaisir autant que pour vérifier que tout va bien. Raymond est vieux et radote un peu mais garde toute sa vivacité d’esprit, invite Troubs à rester manger ou à prendre l’apéritif ou à boire un café. Au détour d’une balade dans les bois, ils se croisent et échangent sur la cueillette des champignons (Raymond connait manifestement les meilleurs coins). Ainsi, c’est la vie à la campagne telle que vécue par nos ainés qui nous est décrite, dans sa simplicité, la répétition des tâches, la connaissance de la nature, les craintes au sujet de la météo, de la santé qui décline (pas pour soi mais pour son entourage). Les loisirs sont peu chronophages, la télévision tient lieu de compagnie à défaut de mieux… J’ai trouvé ce tableau très juste et très touchant, sans doute parce qu’il trouve un écho dans mon propre entourage. J’ai senti l’affection qu’avait l’auteur pour son voisin, le respect des connaissances empiriques de celui-ci, l’envie d’aider sans s’imposer, une forme de solidarité sans doute incompréhensible pour un citadin mais indispensable à la campagne. Le découpage prend la forme d’un calendrier, chaque chapitre étant consacré à un événement survenu durant un mois, de janvier à décembre. De la sorte, c’est une année entière qui coule sous nos yeux, avec ses particularités saisonnières : la réserve de bois qui s’épuise plus vite que l’hiver, le potager à préparer, les champignons à aller ramasser quand ils sont là (parce que 15 jours plus tard, ce serait trop tard et ce serait bête de gâcher), les conserves à préparer (on ne va quand même pas perdre toutes ces prunes). A nouveau, ce lien avec la nature, avec les saisons, cette force de travail née de la nécessité de faire les choses quand elles doivent être faites (car la nature n'attend pas) m’ont ému mais ils risquent de ne pas parler à tous les lecteurs. C’est le rythme simple mais inaltérable de la vie, de la nature, avec ses priorités, ses échéances à ne pas laisser passer car on ne les retrouvera que dans un an. Le dessin est doux et laisse la place plus souvent qu’à son tour à des cases contemplatives. Troubs décrit également avec soin l’environnement de Raymond, dont la demeure est devenue de plus en plus isolée au fil du temps. Les personnages sont expressifs, les décors sont simples mais soignés. La colorisation apporte encore un peu plus de douceur à ce tableau. En résumé, je peux dire que j’ai beaucoup aimé. Troubs a réussi à me faire partager sa relation, mélange d’amitié, de respect envers les ainés et de solidarité qui le lie à Raymond. Pour moi, c’est un bel album, cohérent dans sa simplicité, touchant dans son humanité.

27/12/2022 (modifier)
Couverture de la série 1629 ou l'effrayante histoire des naufragés du Jakarta
1629 ou l'effrayante histoire des naufragés du Jakarta

Les urnes sont closes, et alors qu’on distribue déjà les récompenses, on a oublié qu’on continue pourtant de sortir des albums même à la toute fin de l’année. Et c’est fin novembre, dans la dernière ligne droite, qu’est donc parue celui que je considère comme l’ovni de l’année 2022. Assurément, tout est réussi dans cette bd. Analyse : Pour commencer, matez un peu la qualité du bouzin, le contenu est certes plus important que le contenant, mais déjà l’aspect de l’objet tout en dorure avec un style d’illustration très XIXème siècle fait qu’on est déjà content rien que de le tenir en main. C’est du beau bouquin rendant hommage à l’époque dans laquelle s’ancre l’histoire. Le découpage des chapitres avec pareil cette mise en page style imprimerie d’incunables est franchement agréable à l’œil et renforce l’immersion. Plus concrètement maintenant, je crois que les auteurs sont au top et au sommet de leur art. C’est le même duo ayant officié sur Le Troisième Testament – Julius, quoique il me semble que Dorison s’était mis un peu en retrait du scénario pour Alex Alice mais bref, moi j’ai senti une maturité qui se dégageait de leur travail respectif. Vous vous souvenez du tome 2 de Long John Silver avec cette tension permanente entre les membres d’équipage, entre les marins d’un côté et les officiers de l’autre qui ont tout pouvoir ?… Dorison joue dans un registre qu’il a déjà arpenté mais ici c’est beaucoup plus âpre, viscéral, tendu. Le voyage n’a rien d’une sinécure, c’est une mission suicide le long du Styx, ça sent la sueur, la merde et le sang, vraiment les personnages vivent un enfer. Tu sens que quand ça va péter, ça va dézinguer et suriner à tout va. Le nombre de pages bien plus conséquent aide pas mal à mettre en place cette montée de la violence c’est vrai, toujours est-il que l’orage gronde, ça marche du tonnerre. On sent que Dorison a de la bouteille désormais, puisqu’il reprend ses thématiques chères aperçues dans Human Stock Exchange par exemple, où les grandes corporations (ici la Compagnie des Indes Orientales, plus puissantes que les États) édictent leurs propres lois, y compris sur les individus, lesquels à l’état naturel ne sont pas spécialement bons pour autant entre eux. « L’homme est un loup pour l’homme » disait Hobbes, les naufragés du Batavia en ont fait la regrettable expérience… Quant à Thim Montaigne, faut-il encore le présenter ? Si on est amateur d’encrage puissant façon Lauffray (Montaigne est suffisamment talentueux pour se faire un nom tout seul mais citer Lauffray je sais que ça parle direct niveau style), on est à bonne adresse. C’est très expressif et on en prend plein la longue-vue. Apparemment ce n’est pas lui aux couleurs, donc chapeau bas à Clara Tessier, c’est magnifique. Bon et puis hein, puisque je suis en plein cirage de pompe, bravo à tous ceux qui ont bossé de près ou de loin sur cet album. Ça c’est de la bd, là je suis content de dépenser mes florins !

27/12/2022 (modifier)
Par Cacal69
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Cages
Cages

Une bd qui divise. Après une première lecture en début d'année, le temps de la digestion, je viens de terminer ma deuxième lecture. Elle était nécessaire pour capter ce qui m'avait échappé en janvier. D'ailleurs, une troisième lecture ne sera pas de trop, ce comics est une bouteille de "paic citron", on croit qu'il n'y a plus rien à en tirer, mais non il reste toujours quelques gouttes au fond de l'écrin. Comment résumer ce comics ? Ben juste avec son titre : "Cages". Tout est dit ! Ce pavé va essayer d'ouvrir toutes les cages qui enferment les artistes. Pas celles avec des barreaux, mais celles qui les emprisonnent dans la création à travers Dieu, la mort et l'amour. Ce qui divise, c'est la capacité à trouver les clefs pour en ouvrir les serrures. Mais le jeu en vaut la chandelle et derrière ces portes, il souffle un vent de liberté, mais chacun pourra en faire son interprétation. Une narration déconcertante, mystique avec pour fil conducteur un chat noir, il ne faut pas forcément y voir l'animal de mauvais augure qui a accompagné les sorcières, mais plutôt l'emblème de fécondité (artistique) qu'il fût en Égypte. Bref, rien ne vas vous tomber tout cuit dans le bec, il faudra gratter derrière le texte et l'image pour pouvoir picorer les "trésors" qui s'y cachent. Cages est aussi une aventure graphique, Dave McKean mélange toujours des styles très différents, mais avec talent. Merveilleux et envoûtant. Une expérience extraordinaire ! A vous de voir ....

25/12/2022 (modifier)
Couverture de la série Oskar Ed - Mon plus grand rêve
Oskar Ed - Mon plus grand rêve

Alors là, gros coup de cœur pour cet album, dont j’avais entendu parler depuis quelques temps, et à propos duquel j’avais des attentes très élevées. Qui n’ont pas été déçues ! Le travail éditorial de l’éditeur rennais Presque Lune est encore une fois très bon. Une couverture épaisse, avec un dos toilé et un marque-pages, le bijou de Jelinek habite un bel écrin. L’album est un gros pavé. Jelinek a semble-t-il refondu ici plusieurs tomes. Un long travail, qui donne un résultat époustouflant. Le dessin très réaliste, avec un trait fin, un Noir et Blanc ciselé, donne un rendu très agréable, y compris pour les passages noirs, voire étranges, qui alternent avec d’autres plus conventionnels. L’histoire en elle-même peut se résumer en un long voyage en voiture, dans laquelle ont pris place le jeune Oskar à l'arrière, et ses parents à l’avant. Le tout est entre-coupé de quelques flash-backs éclairant certaines zones d’ombres – mais pas toutes ! Contrairement à tous les autres personnages, Oskar n’est pas entièrement « réaliste », il a une tête en forme d’œuf, où n’apparaissent que ses yeux (sans cils ou sourcils) et sa bouche. Ce côté « étrange » est rapidement accentué par de très nombreuses digressions. En effet, ses parents ne cessant de s’engueuler, Oskar semble s’évader d’une atmosphère oppressante (elle l’est d’autant plus avec ce quasi huis-clos imposé par la voiture) dans des rêves, ou des distorsions de la réalité. Tous ces passages fantastiques sont fortement imprégnés de surréalisme. Je ne connais pas Jelinek, mais il y a fort à parier qu’il est familier du courant surréaliste tchèque (l’un des plus vifs), en particulier de l’excellent réalisateur et animateur Jan Svankmajer. Pour le reste, je ne vais pas spoiler, mais ce récit très beau, tout en étant triste et violent (une violence uniquement verbale, psychologique, subie par le jeune Oskar au travers de ses relations avec ses parents – son père surtout) prend une force importante de par son aspect métaphorique. Après avoir fini ces près de 350 pages, on reste bluffé par la richesse du scénario, par la violence et la beauté des images. Et on se prend à décrypter tout ce qui est sous-tendu par ce « voyage ». Une douleur intérieure comme exorcisée. Les deux dernières planches sont très belles, et livrent quelques clés de lecture. Une ou des relectures s’imposent donc, mais je vous encourage vivement à vous plonger dans les méandres du cerveau d’Oskar, qui n’a pas une vie de rêve, mais qui clairement vit des rêves qui lui permettent de survivre.

25/12/2022 (modifier)
Par hugo
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Klaw
Klaw

Contrairement aux autres avis‚ le mien ne sera pas un roman . Je vais être clair, ceux qui n'ont pas encore lue cette série, lisez-la !!! Je n'ai pas mit la note de 5/5 à " The Klaw " car cette bd est géniale mais n'atteint pas la perfection . En tous cas merci de m'avoir fais lire cette série et continuez ainsi .

24/12/2022 (modifier)
Couverture de la série La Vie gourmande
La Vie gourmande

Véritable ode aux plaisirs de la table, ce récit autobiographique répond on ne peut mieux à la définition du carpe diem. Profite de l’instant présent, car tu ne sais pas ce que demain te réserve. Et demain pour l’autrice va prendre la forme d’un deuil dans un premier temps (celui de sa grand-mère, en partie responsable de sa passion pour la cuisine) et dans un deuxième temps celui plus effrayant encore d’un cancer du sein. Aurélie Aurita se confie à nous tout au long du récit, nous faisant partager son expérience de vie, ses amitiés passionnées, ses réflexions sur l’amour, ses découvertes des coulisses et des plats de restaurants huppés, ses rencontres surtout ! Ses descriptions des mets qu’elle apprécie sont on ne peut plus sensuelles et des allusions claires aux plaisirs charnels sont faites. Ce n’est pas pour me déplaire et toujours fait avec une petite pointe d’humour qui enlève tout aspect graveleux aux propos mais c’est quand même assez culotté. La sincérité avec laquelle elle nous parle de son cancer est touchante et instructive. Cette expérience ainsi décrite permet de démythifier la maladie sans en occulter les dangers (j’ai été spécialement marqué par le décès d’une de ses amies). La mise en page est aérée, le dessin est expressif en diable quand bien même il ne serait pas toujours des plus précis. Les choix de couleurs, qui mettent en évidence certains éléments (aliment ?), focalisent notre attention sur ceux-ci. L’album se lit d’une traite et avec plaisir. C’est extrêmement positif alors même que l’ombre de la mort plane tout au long de la lecture. Franchement bien ! Vraiment !

22/12/2022 (modifier)
Couverture de la série La Renarde
La Renarde

Découverte lors la sortie de son deuxième tome, j’ai tout de suite succombé à ce petit univers. Au 1er abord, un dessin simple que l’on pourrait qualifier de limite enfantin mais en dichotomie avec le ton déployé, les 2 s’associant parfaitement pour créer un juste équilibre à l’humour ni trop trash, ni trop gentillet. Un chouette microcosme de créé, le tout est mené tambour battant par notre roublarde de renarde qui use de ses nombreuses facéties face à tout un panel de personnages. Ces derniers tous sympathiques ne brillent jamais par leur intelligence. Une série avec beaucoup de qualités, assez peu connue et qui malgré de nombreuses similitudes vues ici ou là (un peu du génie des alpages, un zeste de Francis pour le fond et la forme), possède son propre ton et son originalité. Bref j’adhère complètement et ne déconseille pas du tout.

21/12/2022 (modifier)
Couverture de la série Terre rare
Terre rare

Depuis que j’ai découvert le travail de Clément Vuillier, je suis clairement sous son charme, et cet album ne m’en fera pas sortir ! Pour la troisième fois ce sont les éditions 2024 qui l’accueillent, et elles ont encore fait un superbe travail éditorial, qui met très bien valeur le dessin de Vuillier : un joli bijou dans un bel écrin. Ceux qui comme moi ont déjà lu – et apprécié – L'Année de la Comète chez le même éditeur, y trouveront quelques accointances. On pourrait presque dire que « Terre rare » propose un « avant » et un « après ». Pure supposition de ma part, puisque nous ne savons pas quand et sur quelle planète se déroulent ces deux « histoires ». Mais il y a quand même beaucoup de points communs. Un paysage dominé par le minéral, la roche, acérée le plus souvent, avec des cataclysme venus de l’espace qui déclenchent des réactions en chaine, des bouleversements telluriques. Et là le dessin de Vuillier donne toute sa pleine mesure, c’est souvent grandiose ! Et encore une fois, si l’album muet peut se lire très vite, on est souvent happé par la beauté de certaines planches, sur lesquelles on passe et repasse sans épuiser leur pouvoir d’évocation. Mais ici Vuillier ajoute quelques petites touches originales, qui ont titillé ma curiosité. La planète frappée par les cataclysmes recèle visiblement des pierres précieuses. Surtout, nous voyons une sphère venue des confins de l’espace, se diviser en deux et venir, comme une pelleteuse, se servir, pour repartir. Rien n’est expliqué, sans que cela n’ait nourri chez moi de frustration. Une petite pincée SF, mais surtout une imagination fouettée par le vent du large. Chapeau bas monsieur Vuillier, et merci aux éditions 2024, cette « Terre rare » est un beau voyage.

20/12/2022 (modifier)