Les mini-albums Bobo paraissaient dans le journal de Spirou à une époque où nous étions étudiants. Il fallait retirer les pages centrales du journal, faire un découpage, un pliage et un agrafage. On avait alors un tout petit album qui évidemment ne permettait pas des dessins très élaborés. Mais le tout petit album avec des histoires courtes et drôles faisait partie du plaisir. Ainsi nous aimions beaucoup les tout petits albums de Bobo, qui ne se prenaient pas au sérieux et qui n'étaient pas destinés à être conservés. Et nous aimions aussi beaucoup les histoires des Dalton qui me font toujours rire. En fait, je ne sais pas si de nouvelles histoires de prisonniers me feraient rire actuellement.
L'avis d'Hervé m'a incité à me lancer dans cette aventure, car c'est tout à fait dans un style que j'aime, le genre de bande remuante et décomplexée dans le même style que Mexicana, Nevada (Delcourt) ou Tango (Xavier/Matz)... à la différence que je suis plus généreux en note que l'avis précédent, parce que justement c'est une Bd de pure détente qui ne s'encombre pas d'une psychologie poussée ou d'introspection chargée, il en faut de temps en temps. De plus, il faut reconnaître que la couverture du tome 1 est très aguicheuse.
On est au coeur de l'Australie sauvage, peuplée de bouseux, les paysages ressemblent beaucoup à certains de l'Ouest américain, et si on ne nous disait pas que c'est situé dans l'outback australien et si on n'y voyait pas la culture aborigène, ça pourrait très bien se passer en Arizona ou au Nouveau Mexique...
La bande utilise une trame scénaristique classique, il s'agit d'une sombre histoire d'héritage familial et de scandale écologique, avec un duo féminin comme il se doit puisqu'on est dans une époque de néo-féminisme exacerbé, on retrouve tout ceci dans les films hollywoodiens récents. Bref, on a une jolie fille opposée à une bande de salopards qui de plus sont sa belle famille ; à ce récit principal, se greffent des intrigues secondaires avec des gens corrompus et pas nets, ces intrigues étrangement renforcent l'intrigue principale, les péripéties sont nombreuses, c'est mené rondement, de façon explosive, c'est rythmé, sans temps morts, avec de nombreuses fusillades. Comme on le voit, c'est un peu cliché et déja vu, mais ça m'est égal, je me suis régalé avec ce diptyque.
Le dessin est proprement superbe, je ne connais pas ce dessinateur, mais bravo ! j'espère qu'on le reverra sur d'autres Bd. Son dessin est très inspiré de celui de Philippe Aymond sur Lady S., un trait fin et très élégant, qui met en valeur l'héroïne principale Birdy, et qui reproduit de magnifiques décors grâce aussi à de grands cadrages qui ressemblent à des plans cinématographiques, bref c'est une belle ambiance graphique.
Quant au choix éditorial de sortir 2 albums le même jour, ça peut sembler étonnant, mais ça s'est déja vu, et ça n'affecte pas la qualité de cette Bd qui je le répète, est une pure Bd de détente, un peu dans l'esprit de Tango (Xavier/Matz).
Tombé dessus totalement par hasard dans une grande enseigne, moi et ma compagne avons tout de suite flashé sur l'aspect de la couverture, et des dessins que je trouve magnifique.
Ayant toujours adoré les intégrales, on n'a pas hésité longtemps avant de l'acheter, autant dire que je n'ai pas regretté notre achat.
Sincèrement je n'ai pas grand chose à dire, c'est une des meilleures BD que j'ai lues dernièrement, je ne vois pas vraiment de points négatifs.
-L'aspect esthétique est très propre, que ça soit pour les effets de lumières, le choix des couleurs ou la texture des vêtements (le genre de BD où je peux facilement rester à observer les détails d'une planche longuement avant de changer de page).
-L'histoire est claire et compréhensible, mais sans être trop simplifiée (notamment certains passages où on sent que la documentation technique a été bien étudiée). Je ne suis pas un expert, mais vu ce que j'ai pu lire sur le net c'est assez fidèle aux évènements réels.
Je ne connaissais ni l'auteur ni le dessinateur avant ça, et j'espère revoir leur travail ailleurs !
C’est en déambulant dans les allées de quai des bulles que j’ai découvert par hasard chez les humanoïdes associés l’intégrale de « Retour sur Belzagor ». Je ne connais pas du tout le roman de Robert Silverberg mais visuellement je suis tombé raide dingue du graphisme de Laura Zuccheri. Son coup de crayon est juste incroyable. Que c’est beau, avec un festival d’animaux exotiques incroyables. Rien que pour l’animalerie extra-terrestre cela vaut le coup d’œil.
Je ne peux pas ne pas faire le parallèle avec le monde chimérique de Léo. Nous sommes sur la même veine. C’est du grand art et je me suis vraiment régalé à suivre les aventures de Gundy sur les terres de Belzagor. De belles valeurs sont mises en exergue. La colonisation et le racisme sont dénoncés. La tolérance est prônée. Du suspens et des rebondissements sont au rendez-vous. La lecture est fluide et prenante. On ne lâche pas le bouquin. Au final c’est une histoire aboutie qui mérite toute votre attention. Le mythe de la jeunesse éternelle revisitée !
Pour leur première collaboration, Nicolas Dumontheuil et Aurélien Ducoudray ont opté pour une fable burlesque haute en couleurs, en prenant pour thème une pratique qui avait cours au temps du Roi Soleil : le « Congrès » ! Méconnue pour la plupart d’entre nous et si saugrenue puisse-t-elle paraître, cette pratique permettait à une épouse d’annuler son mariage pour cause d’impuissance de son époux. Devant une assistance composée de juristes, d’ecclésiastiques (sic !) et de témoins, le mari avait pour obligation de démontrer qu’il avait la capacité d’« honorer » sa conjointe et que son « appareil reproducteur » était en état de marche. Bien sûr, aucun voyeurisme là-dedans (qu’allez-vous chercher, voyons ?), le but étant de favoriser la croissance démographique, comme le préconisaient les textes saints… Pratique odieuse et humiliante s’il en était, le « congrès » aura duré plus de cent ans (en France uniquement !) avant d’être aboli en 1677.
A la lecture de l’ouvrage, on sent bien que les auteurs se sont emparés du sujet avec une certaine jubilation. Aurélien Ducoudray nous sert un scénario coquin qui suscite nos interrogations tout au long du livre : le pauvre Comte de Dardille retrouvera-t-il sa vigueur sexuelle grâce à l’intervention avisée de son ami « membré », dit « le Marquis » ? Celui-ci, persuadé qu’il peut redresser… la situation, va accompagner le Comte dans des hauts lieux de perdition prévus pour rendre sa « raideur » à un mort, tout raide soit-il déjà… Pour les textes, Ducoudray a pris un soin tout particulier à respecter le beau langage de l’époque tout en le rendant compréhensible au lecteur du XXIe siècle, se payant même le luxe de produire des rimes… Aurait-il convoqué les muses de Molière ? En tout cas, cet auteur excelle l’art des pieds et des versets, nous rappelant — au cas où on l’aurait oublié —, que la langue française est la plus belle du monde…
De même, la partition graphique est gérée de main de maître par Nicolas Dumontheuil. Son trait n’a jamais été aussi énergique, tout en exubérance, et quel meilleur adjectif que « baroque » pour le qualifier ici, dans ce contexte historique « Ancien Régime » ? L’auteur de "Qui a tué l’idiot ?" ne connaît pas la ligne droite, et c’est bien ce qui rend son dessin si vivant ! Les bâtiments ont l’air de danser au rythme des personnages, eux-mêmes dotés de mines très expressives. Tout cela confère à l’ensemble un air de farandole échevelée. Et que dire de la multitude de détails qui ornent chaque page ? Nos yeux ne savent plus donner de la tête qui, elle, en reste étourdie… C’est du grand art, un plaisir de bédéphile.
« L’Impudence des chiens » s’avère une fable tragi-comique réjouissante, et l’on sait gré aux auteurs de ne pas être tombés dans le piège de la lubricité, ce qui, vu le sujet traité, aurait été facile… Bien au contraire, ils ont adopté le ton juste et réussissent à s’amuser du rite odieux d’une époque heureusement révolue, dont aujourd’hui on a peine à croire qu’elle ait vraiment existé. Si par son crayon élastique, Dumontheuil aime à rendre hommage aux formes féminines, il n’en va pas de même pour les hommes, très peu à leur avantage en tenue d’Adam… et lorsqu’ils sont habillés, leurs perruques démesurées de paons ridicules ne constituent pas forcément des invitations à l’amour… Je ne dirai rien du dénouement et de la scène finale, aussi hilarants qu’inattendus, mais le petit message à l’adresse des hommes de guerre, dont l’érection semble plus souvent stimulée par les canons, est des plus — passez-moi l’expression — jouissif.
J’ai dévoré l’intégrale !
Pourtant, je ne suis pas un grand amateur de récits fantastiques, surtout lorsqu’ils lorgnent vers le genre super-héros. Pourtant le dessin en noir et blanc me paraissait assez simpliste, trop propre sur lui. Pourtant le pavé est imposant et je craignais de voir ma lecture se tirer en longueur.
… Mais la vérité est que j’ai dévoré cette intégrale !
D’abord parce que si la série lorgne vers le genre super-héros (avec ici une combinaison qui dote son possesseur de capacités hors-normes), le personnage principal est tout sauf une super-héroïne. Fragile, bien souvent dépassée par ce qu’il lui arrive, ce personnage m’a beaucoup plu. J’ai aimé ses faiblesses, apprécié son caractère et son humour et admiré sa détermination.
Ensuite parce que ce dessin a beau être en noir et blanc, il n’en est pas moins très efficace et agréable à lire. C’est dynamique, expressif, avec des personnages bien typés, des décors simples mais bien présents. En clair, ce n’est peut-être pas super-beau ou digne d’être accroché au mur, mais pour raconter une histoire, ça le fait !
Et puis, la narration est fluide, l’intrigue constamment relancée, les concepts scientifiques et technologiques sont originaux et ‘amusants’. Ça prend en haleine et ça tient la route (bon, la fin est un peu grosse mais c’est encore acceptable). Il y a régulièrement des petites trouvailles qui font qu’on a envie de poursuivre notre lecture, juste pour voir où ça nous mène. Ce récit en devient addictif.
Vraiment chouette !
« Ces jours qui disparaissent » est l'album qui a révélé TLB et on comprend facilement pourquoi après l'avoir lu. Dès les premières pages, le lecteur est happé par l’intrigue qui voit un jeune danseur, Lubin, confronté à des amnésies récurrentes suite à une chute lors d’une répétition. Cette histoire au départ assez ordinaire basculera rapidement vers le fantastique dès lors que Lubin se rendra compte qu’un double essaie de prendre sa place pendant son sommeil. Qui plus est, ses périodes amnésiques ne cesseront de s’amplifier avec le temps, ce qui aura des conséquences dévastatrices sur son quotidien. On ne peut en dire plus au risque de « divulgâcher » mais force est de reconnaître que Timothé Le Boucher a produit là un scénario irréprochable, où le suspense va croissant jusqu’à la fin, plongeant le lecteur dans un malaise qui pourrait même s’apparenter à de la terreur, terreur qui ne reste que psychologique car ici il n’est pas question de monstres hideux sortis tout droit de l’enfer ! Et si l’auteur suscite en nous de telles réactions, c’est parce qu’il aborde ici des thèmes qui, sous cet enrobage fantastique, font vaciller nos certitudes quant à notre identité profonde.
La question du double est bien sûr dominante, un thème angoissant souvent repris par la littérature fantastique et la pop-culture, on pense notamment au célèbre « Docteur Jekyll et Mister Hyde » de R.L. Stevenson ou encore au « Portrait de Dorian Gray » d’Oscar Wilde. Mais d’autres sujets passionnants apparaissent en filigrane tout au long du récit, tels que l’amour (qu’est-ce qui fait qu’on est aimé par notre conjoint ?), l’amitié (à l’épreuve des années…), la vieillesse et la tragique fuite du temps (une notion que les moins de 40 ans ne sauraient appréhender aisément…)... Timothé Le Boucher n’apporte pas forcément de réponses mais fait preuve d’une certaine finesse dans son approche. A ce titre, on peut ressentir une certaine frustration, car si le double de Lubin apparaît au début (la scène de la vidéo), on ne saura rien de sa réelle existence (que fait-il vraiment lorsque sa « proie » dort ?). Peut-être l’auteur a-t-il délibérément maintenu cette part de mystère pour laisser à chacun le soin d’imaginer sa propre version, et après tout, c’est bien Lubin le personnage central de l’histoire…
Cette finesse dans l’approche de l’auteur se répercute dans sa ligne claire gracile aux accents manga. Certes, il n’y a rien de particulièrement innovant dans le style, et Le Boucher privilégie à l’évidence simplicité et lisibilité, mais il émane de son dessin une délicatesse qui lui est propre et charmera ceux qui sauront la percevoir. La mise en page et et la couleur sont à l’avenant, et on ne pourra qu’apprécier cette disposition de l’artiste à éviter le tape-à-l’œil et l’esbroufe.
« Ces jours qui disparaissent » s’impose comme une œuvre incontournable, incontestablement la plus emblématique de Timothé Le Boucher à ce jour. Même si ses productions postérieures ne l’égalent pas en qualité, elles exercent toutes une certaine fascination, le plaçant dans la catégorie des auteurs qui comptent dans le neuvième art.
J'ai relu les six tomes de la série pour présenter mon avis. Garulfo étant classé dans le top 10 des séries du site, c'est bien le moins que l'on puisse lui accorder.
J'ai trouvé cette deuxième lecture bien plus intéressante que la première. En effet en recherchant les détails plus que l'histoire on se rend compte de la grande richesse et de l'originalité de la série.
Ayroles détourne l'univers des contes merveilleux de type Perrault pour nous emmener par des chemins de traverses vers un univers plus philosophique et contestataire à la Candide de Voltaire.
Pour cela les deux premiers tomes étaient suffisants. La trouvaille est de créer au tome 3 le prince Romuald, double merveilleux de Garulfo. C'est le chemin initiatique de Romuald qui donnera sens et profondeur à la fois au personnage d'Héphylie et à la vraie mission de Garulfo.
Car tout se lit à travers le miroir de la mare aux grenouilles dans la série. Les auteurs nous proposent une représentation drôle mais vitriolée de la chevalerie du Moyen-Âge et des années qui suivirent. Images probablement bien plus réelles que celles qui ont formaté notre pensée jusqu'à pas si longtemps. Héphylie n'est pas Elisabeth Taylor et Garulfo est un anti-Ivanhoé pour moi.
Le scénario réussit la prouesse de rester cohérent, dans l'univers merveilleux bien sûr, malgré tous les rebondissements qu'il présente.
Mais le couple Garulfo/Romuald - Héphylie n'est pas seul. Noémie, Hégueulard ou l'ogre étoffent psychologiquement l'oeuvre de façon très convaincante.
Les dialogues sont savoureux jouant sur de nombreux registres.
Maïorana apporte un graphisme un peu pointu mais qui correspond à merveille à l'esprit satirique et humoristique de la série (au second degré). Héphylie étant la seule (avec Rainette) à apporter un peu de rondeur sexy à ce monde faussement paradisiaque.
Tous les décors sont admirablement travaillés de la mare aux châteaux, des paysans aux chevaliers, le nombre de détails est impressionnant.
Le graphisme et le scénario sont très bien soutenus par une très belle mise en couleur de Leprévost. Son nom apparait en couverture et je trouve cela bien mérité.
C'est une excellente série que je trouve un poil en dessous du Peter Pan de Loisel car il y manque un peu de violence émotionnelle.
Ah, voilà un album intéressant.
Intéressant car il s'attache à démythifier une figure historique que des centaines d'années de n'importe quoi ont contribué à ériger comme un personnage cruel, terrifiant, à l'instar d'un Barbe-Bleue ou d'un Gilles de Rais, un personnage que l'on a fini par assimiler à un vampire, du fait de la propension du sang dans son entourage. Mais Anne-Perrine Couët, dont c'est le premier album, s'est donc évertué au sortir d'un énorme travail de recherche (comme en témoigne la bibliographie en fin d'album), à rapprocher Erszebet Bathory, comtesse transylvanienne (le voisinage géographique avec un certain Comte n'est pas étranger à cette assimilation vampirique) de la figure historique qu'elle fut.
Figure historique, et surtout figure d'émancipation féminine, puisqu'en l'absence et après le décès de son mari, elle s'est attachée à prendre les rênes des nombreux domaines dont elle était la suzeraine, et ce de façon très énergique, envers et contre les usages de l'époque. ce qui a déplu à certains des ses proches collaborateurs, qui auraient sans doute espéré plus de pouvoir après le décès de leur maître. Ils ont ainsi instillé le doute, la rumeur sur les agissements de la Comtesse, qui est ici décrite comme une guérisseuse versée dans l'usage des plantes, plus orientée dans la science que dans la sorcellerie. l'album montre en grande partie l'instruction du procès (extrêmement rapide) dont elle fut l'objet au début du 17ème siècle, et qui l'a condamnée à la prison à vie, tandis que ses conseillers étaient eux condamnés à mort pour des exactions qui n'ont probablement jamais eu lieu. C'est vraiment bien raconté, et le parti pris d'Anne-Perrine Couët est bien sûr dans la défense d'Erszebet (appelée Elisabeth tout au long de l'album, comme on l'appelle en Occident).
Le dessin de la jeune autrice est remarquable, c'est du crayon très fin, accompagné d'une mise en couleurs en bichromie de tons pastel déclinant l'ocre. Un certain nombre de cases sont entourées de frises d'inspiration médiévale, tandis que les scènes de prétendues tortures commises par la Comtesse et ses valets se font dans des ambiances sombres proches de la carte à gratter. Remarquable, d'autant plus que la maturité dans le dessin est déjà là.
Vraiment un très bon album sur un mythe qui perdure encore aujourd'hui.
Fred Bertocchini est courageux de raconter ce fait divers qui a défrayé la chronique il y a 50 ans. Beaucoup en ont entendu parler, mais peu savent ce qu'il s'est réellement passé... Après plusieurs livres, des téléfilms, c'est donc au tour de la BD nous raconter, par le menu, ce qu'il s'est passé sur la Cordillère des Andes après le crash d'un avion transportant une équipe de rugby uruguayenne...
Se basant sur les récits des survivants, le scénariste prend le temps de nous raconter son histoire, nous montrant un peu les personnages avant la catastrophe, puis le cheminement de leurs pensées après celle-ci. Je trouve étonnant que le capitaine de l'équipe soit monté au créneau aussi vite, même si par la suite d'autre leaders, notamment le narrateur, se sont dévoilés. Ce qui m'a plu le plus est l'absence de jugement sur le comportement des uns et des autres. Oh, bien sûr, les choix de certains sont décriés par d'autres, mais cela ne va pas plus loin, car ils sont tellement désemparés, leur situation est tellement désespérée que l'on peut se demander ce que l'on ferait à leur place. Et puis vient l'évènement qui a emmené ce fait divers dans une autre dimension, celle de la morale, puisque les survivants vont être amenés à manger des morceaux de leurs morts. Et c'est ce qui les a sauvés, il faut bien le dire, même si à la fin du premier volet leur situation reste très critique. Bertocchini en fait presque une péripétie comme les autres, mais il montre toutefois que cette décision n'a pas été facile à prendre. Le récit comprend bien sûr, en creux, la question de la nature humaine, de la frontière entre la raison et la barbarie, du respect dû aux morts, etc.
Et puis le calvaire continue, le froid provoque des avalanches qui recouvrent le fuselage, les morts s'accumulent, et les expéditions pour retrouver la queue de l'appareil et d'éventuelles ressources reviennent bredouilles.
Graphiquement il y a également beaucoup à dire. Thierry Diette est, à ma connaissance, un débutant. C'est son style qui l'a élu à cette adaptation, lui qui a un style très typé "comics". Ses personnages ont des traits anguleux, un peu trop pour des rugbymen, même s'ils vont être amenés à fondre (sans mauvais jeux de mots) par la suite. Curieusement ils ne comportent aucune ombre, comme la ligne claire franco-belge. Et autre point qui peut faire débat, les couleurs... Ce sont uniquement des aplats, et là, je ne suis pas fan. Aucune nuance, aucun dégradé. Seules deux couleurs sont présentes : du bleu et du brun. Alors bien sûr, on est dans les montagnes, la nature est cruelle, brute, mais je trouve dommage que les teints des personnages soient aussi peu contrastés...
Du point de vue graphique, on se sent bien en Argentine, avec ce style nerveux, sans nuance, sans contraste. Par contre l'histoire est vraiment bien retransposée, on a envie de savoir ce qu'il va se passer par la suite pour ces naufragés de l'air...
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Les mini-albums Bobo paraissaient dans le journal de Spirou à une époque où nous étions étudiants. Il fallait retirer les pages centrales du journal, faire un découpage, un pliage et un agrafage. On avait alors un tout petit album qui évidemment ne permettait pas des dessins très élaborés. Mais le tout petit album avec des histoires courtes et drôles faisait partie du plaisir. Ainsi nous aimions beaucoup les tout petits albums de Bobo, qui ne se prenaient pas au sérieux et qui n'étaient pas destinés à être conservés. Et nous aimions aussi beaucoup les histoires des Dalton qui me font toujours rire. En fait, je ne sais pas si de nouvelles histoires de prisonniers me feraient rire actuellement.
A prix d'or
L'avis d'Hervé m'a incité à me lancer dans cette aventure, car c'est tout à fait dans un style que j'aime, le genre de bande remuante et décomplexée dans le même style que Mexicana, Nevada (Delcourt) ou Tango (Xavier/Matz)... à la différence que je suis plus généreux en note que l'avis précédent, parce que justement c'est une Bd de pure détente qui ne s'encombre pas d'une psychologie poussée ou d'introspection chargée, il en faut de temps en temps. De plus, il faut reconnaître que la couverture du tome 1 est très aguicheuse. On est au coeur de l'Australie sauvage, peuplée de bouseux, les paysages ressemblent beaucoup à certains de l'Ouest américain, et si on ne nous disait pas que c'est situé dans l'outback australien et si on n'y voyait pas la culture aborigène, ça pourrait très bien se passer en Arizona ou au Nouveau Mexique... La bande utilise une trame scénaristique classique, il s'agit d'une sombre histoire d'héritage familial et de scandale écologique, avec un duo féminin comme il se doit puisqu'on est dans une époque de néo-féminisme exacerbé, on retrouve tout ceci dans les films hollywoodiens récents. Bref, on a une jolie fille opposée à une bande de salopards qui de plus sont sa belle famille ; à ce récit principal, se greffent des intrigues secondaires avec des gens corrompus et pas nets, ces intrigues étrangement renforcent l'intrigue principale, les péripéties sont nombreuses, c'est mené rondement, de façon explosive, c'est rythmé, sans temps morts, avec de nombreuses fusillades. Comme on le voit, c'est un peu cliché et déja vu, mais ça m'est égal, je me suis régalé avec ce diptyque. Le dessin est proprement superbe, je ne connais pas ce dessinateur, mais bravo ! j'espère qu'on le reverra sur d'autres Bd. Son dessin est très inspiré de celui de Philippe Aymond sur Lady S., un trait fin et très élégant, qui met en valeur l'héroïne principale Birdy, et qui reproduit de magnifiques décors grâce aussi à de grands cadrages qui ressemblent à des plans cinématographiques, bref c'est une belle ambiance graphique. Quant au choix éditorial de sortir 2 albums le même jour, ça peut sembler étonnant, mais ça s'est déja vu, et ça n'affecte pas la qualité de cette Bd qui je le répète, est une pure Bd de détente, un peu dans l'esprit de Tango (Xavier/Matz).
Toutankhamon - L'Odyssée d'Howard Carter
Tombé dessus totalement par hasard dans une grande enseigne, moi et ma compagne avons tout de suite flashé sur l'aspect de la couverture, et des dessins que je trouve magnifique. Ayant toujours adoré les intégrales, on n'a pas hésité longtemps avant de l'acheter, autant dire que je n'ai pas regretté notre achat. Sincèrement je n'ai pas grand chose à dire, c'est une des meilleures BD que j'ai lues dernièrement, je ne vois pas vraiment de points négatifs. -L'aspect esthétique est très propre, que ça soit pour les effets de lumières, le choix des couleurs ou la texture des vêtements (le genre de BD où je peux facilement rester à observer les détails d'une planche longuement avant de changer de page). -L'histoire est claire et compréhensible, mais sans être trop simplifiée (notamment certains passages où on sent que la documentation technique a été bien étudiée). Je ne suis pas un expert, mais vu ce que j'ai pu lire sur le net c'est assez fidèle aux évènements réels. Je ne connaissais ni l'auteur ni le dessinateur avant ça, et j'espère revoir leur travail ailleurs !
Retour sur Belzagor
C’est en déambulant dans les allées de quai des bulles que j’ai découvert par hasard chez les humanoïdes associés l’intégrale de « Retour sur Belzagor ». Je ne connais pas du tout le roman de Robert Silverberg mais visuellement je suis tombé raide dingue du graphisme de Laura Zuccheri. Son coup de crayon est juste incroyable. Que c’est beau, avec un festival d’animaux exotiques incroyables. Rien que pour l’animalerie extra-terrestre cela vaut le coup d’œil. Je ne peux pas ne pas faire le parallèle avec le monde chimérique de Léo. Nous sommes sur la même veine. C’est du grand art et je me suis vraiment régalé à suivre les aventures de Gundy sur les terres de Belzagor. De belles valeurs sont mises en exergue. La colonisation et le racisme sont dénoncés. La tolérance est prônée. Du suspens et des rebondissements sont au rendez-vous. La lecture est fluide et prenante. On ne lâche pas le bouquin. Au final c’est une histoire aboutie qui mérite toute votre attention. Le mythe de la jeunesse éternelle revisitée !
L'Impudence des chiens
Pour leur première collaboration, Nicolas Dumontheuil et Aurélien Ducoudray ont opté pour une fable burlesque haute en couleurs, en prenant pour thème une pratique qui avait cours au temps du Roi Soleil : le « Congrès » ! Méconnue pour la plupart d’entre nous et si saugrenue puisse-t-elle paraître, cette pratique permettait à une épouse d’annuler son mariage pour cause d’impuissance de son époux. Devant une assistance composée de juristes, d’ecclésiastiques (sic !) et de témoins, le mari avait pour obligation de démontrer qu’il avait la capacité d’« honorer » sa conjointe et que son « appareil reproducteur » était en état de marche. Bien sûr, aucun voyeurisme là-dedans (qu’allez-vous chercher, voyons ?), le but étant de favoriser la croissance démographique, comme le préconisaient les textes saints… Pratique odieuse et humiliante s’il en était, le « congrès » aura duré plus de cent ans (en France uniquement !) avant d’être aboli en 1677. A la lecture de l’ouvrage, on sent bien que les auteurs se sont emparés du sujet avec une certaine jubilation. Aurélien Ducoudray nous sert un scénario coquin qui suscite nos interrogations tout au long du livre : le pauvre Comte de Dardille retrouvera-t-il sa vigueur sexuelle grâce à l’intervention avisée de son ami « membré », dit « le Marquis » ? Celui-ci, persuadé qu’il peut redresser… la situation, va accompagner le Comte dans des hauts lieux de perdition prévus pour rendre sa « raideur » à un mort, tout raide soit-il déjà… Pour les textes, Ducoudray a pris un soin tout particulier à respecter le beau langage de l’époque tout en le rendant compréhensible au lecteur du XXIe siècle, se payant même le luxe de produire des rimes… Aurait-il convoqué les muses de Molière ? En tout cas, cet auteur excelle l’art des pieds et des versets, nous rappelant — au cas où on l’aurait oublié —, que la langue française est la plus belle du monde… De même, la partition graphique est gérée de main de maître par Nicolas Dumontheuil. Son trait n’a jamais été aussi énergique, tout en exubérance, et quel meilleur adjectif que « baroque » pour le qualifier ici, dans ce contexte historique « Ancien Régime » ? L’auteur de "Qui a tué l’idiot ?" ne connaît pas la ligne droite, et c’est bien ce qui rend son dessin si vivant ! Les bâtiments ont l’air de danser au rythme des personnages, eux-mêmes dotés de mines très expressives. Tout cela confère à l’ensemble un air de farandole échevelée. Et que dire de la multitude de détails qui ornent chaque page ? Nos yeux ne savent plus donner de la tête qui, elle, en reste étourdie… C’est du grand art, un plaisir de bédéphile. « L’Impudence des chiens » s’avère une fable tragi-comique réjouissante, et l’on sait gré aux auteurs de ne pas être tombés dans le piège de la lubricité, ce qui, vu le sujet traité, aurait été facile… Bien au contraire, ils ont adopté le ton juste et réussissent à s’amuser du rite odieux d’une époque heureusement révolue, dont aujourd’hui on a peine à croire qu’elle ait vraiment existé. Si par son crayon élastique, Dumontheuil aime à rendre hommage aux formes féminines, il n’en va pas de même pour les hommes, très peu à leur avantage en tenue d’Adam… et lorsqu’ils sont habillés, leurs perruques démesurées de paons ridicules ne constituent pas forcément des invitations à l’amour… Je ne dirai rien du dénouement et de la scène finale, aussi hilarants qu’inattendus, mais le petit message à l’adresse des hommes de guerre, dont l’érection semble plus souvent stimulée par les canons, est des plus — passez-moi l’expression — jouissif.
Echo
J’ai dévoré l’intégrale ! Pourtant, je ne suis pas un grand amateur de récits fantastiques, surtout lorsqu’ils lorgnent vers le genre super-héros. Pourtant le dessin en noir et blanc me paraissait assez simpliste, trop propre sur lui. Pourtant le pavé est imposant et je craignais de voir ma lecture se tirer en longueur. … Mais la vérité est que j’ai dévoré cette intégrale ! D’abord parce que si la série lorgne vers le genre super-héros (avec ici une combinaison qui dote son possesseur de capacités hors-normes), le personnage principal est tout sauf une super-héroïne. Fragile, bien souvent dépassée par ce qu’il lui arrive, ce personnage m’a beaucoup plu. J’ai aimé ses faiblesses, apprécié son caractère et son humour et admiré sa détermination. Ensuite parce que ce dessin a beau être en noir et blanc, il n’en est pas moins très efficace et agréable à lire. C’est dynamique, expressif, avec des personnages bien typés, des décors simples mais bien présents. En clair, ce n’est peut-être pas super-beau ou digne d’être accroché au mur, mais pour raconter une histoire, ça le fait ! Et puis, la narration est fluide, l’intrigue constamment relancée, les concepts scientifiques et technologiques sont originaux et ‘amusants’. Ça prend en haleine et ça tient la route (bon, la fin est un peu grosse mais c’est encore acceptable). Il y a régulièrement des petites trouvailles qui font qu’on a envie de poursuivre notre lecture, juste pour voir où ça nous mène. Ce récit en devient addictif. Vraiment chouette !
Ces jours qui disparaissent
« Ces jours qui disparaissent » est l'album qui a révélé TLB et on comprend facilement pourquoi après l'avoir lu. Dès les premières pages, le lecteur est happé par l’intrigue qui voit un jeune danseur, Lubin, confronté à des amnésies récurrentes suite à une chute lors d’une répétition. Cette histoire au départ assez ordinaire basculera rapidement vers le fantastique dès lors que Lubin se rendra compte qu’un double essaie de prendre sa place pendant son sommeil. Qui plus est, ses périodes amnésiques ne cesseront de s’amplifier avec le temps, ce qui aura des conséquences dévastatrices sur son quotidien. On ne peut en dire plus au risque de « divulgâcher » mais force est de reconnaître que Timothé Le Boucher a produit là un scénario irréprochable, où le suspense va croissant jusqu’à la fin, plongeant le lecteur dans un malaise qui pourrait même s’apparenter à de la terreur, terreur qui ne reste que psychologique car ici il n’est pas question de monstres hideux sortis tout droit de l’enfer ! Et si l’auteur suscite en nous de telles réactions, c’est parce qu’il aborde ici des thèmes qui, sous cet enrobage fantastique, font vaciller nos certitudes quant à notre identité profonde. La question du double est bien sûr dominante, un thème angoissant souvent repris par la littérature fantastique et la pop-culture, on pense notamment au célèbre « Docteur Jekyll et Mister Hyde » de R.L. Stevenson ou encore au « Portrait de Dorian Gray » d’Oscar Wilde. Mais d’autres sujets passionnants apparaissent en filigrane tout au long du récit, tels que l’amour (qu’est-ce qui fait qu’on est aimé par notre conjoint ?), l’amitié (à l’épreuve des années…), la vieillesse et la tragique fuite du temps (une notion que les moins de 40 ans ne sauraient appréhender aisément…)... Timothé Le Boucher n’apporte pas forcément de réponses mais fait preuve d’une certaine finesse dans son approche. A ce titre, on peut ressentir une certaine frustration, car si le double de Lubin apparaît au début (la scène de la vidéo), on ne saura rien de sa réelle existence (que fait-il vraiment lorsque sa « proie » dort ?). Peut-être l’auteur a-t-il délibérément maintenu cette part de mystère pour laisser à chacun le soin d’imaginer sa propre version, et après tout, c’est bien Lubin le personnage central de l’histoire… Cette finesse dans l’approche de l’auteur se répercute dans sa ligne claire gracile aux accents manga. Certes, il n’y a rien de particulièrement innovant dans le style, et Le Boucher privilégie à l’évidence simplicité et lisibilité, mais il émane de son dessin une délicatesse qui lui est propre et charmera ceux qui sauront la percevoir. La mise en page et et la couleur sont à l’avenant, et on ne pourra qu’apprécier cette disposition de l’artiste à éviter le tape-à-l’œil et l’esbroufe. « Ces jours qui disparaissent » s’impose comme une œuvre incontournable, incontestablement la plus emblématique de Timothé Le Boucher à ce jour. Même si ses productions postérieures ne l’égalent pas en qualité, elles exercent toutes une certaine fascination, le plaçant dans la catégorie des auteurs qui comptent dans le neuvième art.
Garulfo
J'ai relu les six tomes de la série pour présenter mon avis. Garulfo étant classé dans le top 10 des séries du site, c'est bien le moins que l'on puisse lui accorder. J'ai trouvé cette deuxième lecture bien plus intéressante que la première. En effet en recherchant les détails plus que l'histoire on se rend compte de la grande richesse et de l'originalité de la série. Ayroles détourne l'univers des contes merveilleux de type Perrault pour nous emmener par des chemins de traverses vers un univers plus philosophique et contestataire à la Candide de Voltaire. Pour cela les deux premiers tomes étaient suffisants. La trouvaille est de créer au tome 3 le prince Romuald, double merveilleux de Garulfo. C'est le chemin initiatique de Romuald qui donnera sens et profondeur à la fois au personnage d'Héphylie et à la vraie mission de Garulfo. Car tout se lit à travers le miroir de la mare aux grenouilles dans la série. Les auteurs nous proposent une représentation drôle mais vitriolée de la chevalerie du Moyen-Âge et des années qui suivirent. Images probablement bien plus réelles que celles qui ont formaté notre pensée jusqu'à pas si longtemps. Héphylie n'est pas Elisabeth Taylor et Garulfo est un anti-Ivanhoé pour moi. Le scénario réussit la prouesse de rester cohérent, dans l'univers merveilleux bien sûr, malgré tous les rebondissements qu'il présente. Mais le couple Garulfo/Romuald - Héphylie n'est pas seul. Noémie, Hégueulard ou l'ogre étoffent psychologiquement l'oeuvre de façon très convaincante. Les dialogues sont savoureux jouant sur de nombreux registres. Maïorana apporte un graphisme un peu pointu mais qui correspond à merveille à l'esprit satirique et humoristique de la série (au second degré). Héphylie étant la seule (avec Rainette) à apporter un peu de rondeur sexy à ce monde faussement paradisiaque. Tous les décors sont admirablement travaillés de la mare aux châteaux, des paysans aux chevaliers, le nombre de détails est impressionnant. Le graphisme et le scénario sont très bien soutenus par une très belle mise en couleur de Leprévost. Son nom apparait en couverture et je trouve cela bien mérité. C'est une excellente série que je trouve un poil en dessous du Peter Pan de Loisel car il y manque un peu de violence émotionnelle.
Bathory - La Comtesse maudite
Ah, voilà un album intéressant. Intéressant car il s'attache à démythifier une figure historique que des centaines d'années de n'importe quoi ont contribué à ériger comme un personnage cruel, terrifiant, à l'instar d'un Barbe-Bleue ou d'un Gilles de Rais, un personnage que l'on a fini par assimiler à un vampire, du fait de la propension du sang dans son entourage. Mais Anne-Perrine Couët, dont c'est le premier album, s'est donc évertué au sortir d'un énorme travail de recherche (comme en témoigne la bibliographie en fin d'album), à rapprocher Erszebet Bathory, comtesse transylvanienne (le voisinage géographique avec un certain Comte n'est pas étranger à cette assimilation vampirique) de la figure historique qu'elle fut. Figure historique, et surtout figure d'émancipation féminine, puisqu'en l'absence et après le décès de son mari, elle s'est attachée à prendre les rênes des nombreux domaines dont elle était la suzeraine, et ce de façon très énergique, envers et contre les usages de l'époque. ce qui a déplu à certains des ses proches collaborateurs, qui auraient sans doute espéré plus de pouvoir après le décès de leur maître. Ils ont ainsi instillé le doute, la rumeur sur les agissements de la Comtesse, qui est ici décrite comme une guérisseuse versée dans l'usage des plantes, plus orientée dans la science que dans la sorcellerie. l'album montre en grande partie l'instruction du procès (extrêmement rapide) dont elle fut l'objet au début du 17ème siècle, et qui l'a condamnée à la prison à vie, tandis que ses conseillers étaient eux condamnés à mort pour des exactions qui n'ont probablement jamais eu lieu. C'est vraiment bien raconté, et le parti pris d'Anne-Perrine Couët est bien sûr dans la défense d'Erszebet (appelée Elisabeth tout au long de l'album, comme on l'appelle en Occident). Le dessin de la jeune autrice est remarquable, c'est du crayon très fin, accompagné d'une mise en couleurs en bichromie de tons pastel déclinant l'ocre. Un certain nombre de cases sont entourées de frises d'inspiration médiévale, tandis que les scènes de prétendues tortures commises par la Comtesse et ses valets se font dans des ambiances sombres proches de la carte à gratter. Remarquable, d'autant plus que la maturité dans le dessin est déjà là. Vraiment un très bon album sur un mythe qui perdure encore aujourd'hui.
1972 - Des Ombres sur la glace (La Cordillère des Âmes)
Fred Bertocchini est courageux de raconter ce fait divers qui a défrayé la chronique il y a 50 ans. Beaucoup en ont entendu parler, mais peu savent ce qu'il s'est réellement passé... Après plusieurs livres, des téléfilms, c'est donc au tour de la BD nous raconter, par le menu, ce qu'il s'est passé sur la Cordillère des Andes après le crash d'un avion transportant une équipe de rugby uruguayenne... Se basant sur les récits des survivants, le scénariste prend le temps de nous raconter son histoire, nous montrant un peu les personnages avant la catastrophe, puis le cheminement de leurs pensées après celle-ci. Je trouve étonnant que le capitaine de l'équipe soit monté au créneau aussi vite, même si par la suite d'autre leaders, notamment le narrateur, se sont dévoilés. Ce qui m'a plu le plus est l'absence de jugement sur le comportement des uns et des autres. Oh, bien sûr, les choix de certains sont décriés par d'autres, mais cela ne va pas plus loin, car ils sont tellement désemparés, leur situation est tellement désespérée que l'on peut se demander ce que l'on ferait à leur place. Et puis vient l'évènement qui a emmené ce fait divers dans une autre dimension, celle de la morale, puisque les survivants vont être amenés à manger des morceaux de leurs morts. Et c'est ce qui les a sauvés, il faut bien le dire, même si à la fin du premier volet leur situation reste très critique. Bertocchini en fait presque une péripétie comme les autres, mais il montre toutefois que cette décision n'a pas été facile à prendre. Le récit comprend bien sûr, en creux, la question de la nature humaine, de la frontière entre la raison et la barbarie, du respect dû aux morts, etc. Et puis le calvaire continue, le froid provoque des avalanches qui recouvrent le fuselage, les morts s'accumulent, et les expéditions pour retrouver la queue de l'appareil et d'éventuelles ressources reviennent bredouilles. Graphiquement il y a également beaucoup à dire. Thierry Diette est, à ma connaissance, un débutant. C'est son style qui l'a élu à cette adaptation, lui qui a un style très typé "comics". Ses personnages ont des traits anguleux, un peu trop pour des rugbymen, même s'ils vont être amenés à fondre (sans mauvais jeux de mots) par la suite. Curieusement ils ne comportent aucune ombre, comme la ligne claire franco-belge. Et autre point qui peut faire débat, les couleurs... Ce sont uniquement des aplats, et là, je ne suis pas fan. Aucune nuance, aucun dégradé. Seules deux couleurs sont présentes : du bleu et du brun. Alors bien sûr, on est dans les montagnes, la nature est cruelle, brute, mais je trouve dommage que les teints des personnages soient aussi peu contrastés... Du point de vue graphique, on se sent bien en Argentine, avec ce style nerveux, sans nuance, sans contraste. Par contre l'histoire est vraiment bien retransposée, on a envie de savoir ce qu'il va se passer par la suite pour ces naufragés de l'air...