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Par Antoine
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Perpendiculaire au soleil
Perpendiculaire au soleil

Futur fauve d'or d'Angoulême 2023 ? Depuis presque 25 ans que je déambule sous les bulles, pour la première fois l'année dernière, j'ai vu juste quant à l'album lauréat du fauve d'or. Je retente donc ma chance pour 2023 (tout en prenant plus de risques car je ne sais même pas si la bd sera dans la liste officielle), avec cet album coup de poing plus que coup de cœur. Disons que je pars avec une belle cote, allez pour la beauté du geste disons 100/1. Valentine Cuny-Le Callet est de ces personnes qui vont au bout des choses. Elle est contre la peine de mort, comme je l'espère encore une large majorité d'entre nous. Mais elle ne s'arrête pas là, comme personnellement je le fais, en me contentant de gueuler devant mon écran lors des débats télévisés sur la question. Non, elle, elle entame une relation épistolaire, à 19 ans !, avec un condamné à mort américain. Il faut déjà en avoir dans le bide. Oui, dans le bide, car faire ceci, c'est risquer de se prendre en pleine tronche les horreurs des crimes du condamné mais aussi se retrouver face à la grosse machine juridico-carcérale américaine, qui sans vouloir tomber dans le cliché hollywoodien, fait quand même vraiment peur. Et comme si cela ne suffisait pas, elle prend la décision d'en faire un bouquin, dans un témoignage à la limite de la catharsis. Non, franchement, rien que pour ça, je trouve que mon pari devient de moins en moins risqué. 70/1. Et ce bouquin, qu'est ce qu'il vaut ? Dès le départ, on entre dans le vif du sujet, Valentine Cuny-Le Callet nous fait entrer dans le système pénitentiaire américain et sa sentence maximale : la peine de mort. Dès le deuxième petit chapitre, des dessins reprenant des photos de condamnés à mort juste avant ou après la sentence nous place dans le contexte de ce bouquin. Ici, on va parler de mort. De mort données par d'autres. Que cela soit par les meurtriers condamnés ou par les bourreaux (justice, matons, État). Pas de complaisance donc, pas de fausse naïveté non plus, la plupart du temps, les condamnés sont de vrais méchants, le haut de la planche en page 16 nous le rappelle. Néanmoins, la question posée est celle du droit à donner la mort, quel que soit le contexte. L'autrice y répondra plus tard dans le bouquin, pas la peine d'épiloguer sur sa réponse. La puissance de l’œuvre se trouve donc ici, dans cette volonté de ne rien épargner aux lecteurs. Je salue d'ailleurs le choix de l'autrice de ne divulguer que sa première lettre, dès le début de l'ouvrage, pour ensuite laisser la part belle aux lettres de son correspondant. On entre dans sa peau, on vit avec elle les coups de poignard que sont les mots rédigés par l'autre. Comment peut-on être si solide et si mature à 19 ans ? J'en suis encore estomaqué. 50/1. On suit donc les relations entre cette jeune femme d'une force incroyable et un condamné à mort. Je n'ai pas encore mentionné son nom, mais Renaldo McGirth est donc ce condamné à mort. Pour un crime horrible. Pour lequel il clame son innocence. Au cœur de l'ouvrage, Valentine nous explique, froidement, méthodiquement, le meurtre pour lequel Renaldo se retrouve dans le couloir de la mort. Sans se substituer à la justice, juste en pointant du doigt certains éléments troublants, et encore. Ce n'est pas le propos du bouquin, je l'ai mentionné plus haut. Non, cet ouvrage nous renvoie à nos démons. A ce que nous sommes capables ou non de faire, à ce que nous sommes capables ou non de ressentir. 40/1. Il y a réellement deux bouquins dans ce bouquin. L'un traite de la peine de mort donc, mais aussi des conditions de vie des condamnés dans le couloir de la mort, et par extension en prison, avec ce doux paradoxe bien hypocrite qui est celui de la réinsertion. L'autre nous raconte les échanges qui auront donnés naissance à la bd. C'est assez incroyable d'ailleurs de voir comment ces deux-là ont réussi à débattre artistiquement dans cet enfer. Si tout à l'heure je parlais de démon, là nous sommes face à l'incroyable capacité de l'Homme à se sublimer, et ce, même dans un contexte aussi dur que celui du couloir de la mort. La lecture est dure. Très dure, on peine à imaginer la "vie" de Renaldo. Mais la lecture est fluide, passionnante. J'aurais pu tout lire en une soirée mais je me suis arrêté, j'en avais besoin. Le dessin est magnifique. Tout en noir et blanc, très différent selon les pages. 30/1. Seul petit bémol. Je n'ai pas saisi toutes les références graphiques parsemées tout au long de l’œuvre. Sont-elles trop personnelles (correspondant à l'état d'esprit de Valentine), suis-je passé à côté ? Je ne saurai dire. Je ne mets pas (encore) 5/5, je dois laisser incuber mais cela viendra peut-être. Enfin, trois derniers petits détails. Le titre, magnifique, très poétique et d'un sens remarquable, à découvrir en fin d'ouvrage. La couverture, époustouflante avec ce visage qui sort de l'ombre et ce serpent qui l'entoure. La quatrième de couverture et ses trois cases, ces mains, cette lettre, d'une rare puissance. 10/1. Qui suit ? EDIT (décembre 2022) : L'album n'est pas dans la sélection du FIBD, je suis davantage déçu pour l'autrice et Reinaldo que pour mon pari... Honnêtement, il n'aurait pas dépareillé et méritait de concourir.

19/10/2022 (modifier)
Couverture de la série L'Âge d'eau
L'Âge d'eau

Un titre très poétique (et accrocheur !), et parfaitement raccord avec le contenu. En effet, l’intrigue se développe « au fil de l’eau », dans un univers post-apocalypse, l’eau recouvrant une bonne partie des territoires, qu’il faut en partie évacuer. Au milieu de cette inondation géante, nous suivons deux frères et leur chien (bleu !), ainsi qu’une ado rebelle. Le rythme est très lent, comme le cours d’un fleuve, et il ne faut pas chercher ici d’actions trépidantes. D’autant plus que, de façon récurrente, de pleines pages (souvent superbes !) coupent le récit, pour des digressions poétiques. Un rythme lent, mais aucun ennui ne à l’horizon. Car l’histoire est captivante justement par son côté « planant ». Mais aussi par toutes les réflexions philosophiques, poétiques qui l’irriguent (et le chien n’est pas le dernier dans ce domaine !). Les deux frères sont dépareillés, l’un molosse taciturne et ne s’exprimant que par râles ou borborygme, l’autre dynamique et déterminé. Le monde semble dans un état désespéré, désespérant, mais on se plait à voir des hommes vivre pleinement, sans entrave ni attache. Le dessin de Benjamin Flao est vraiment très bon, et très beau. La plupart des planches ont un rendu assez old school, avec ce dessin et cette colorisation qui font penser à Pratt – avec des personnages moins anguleux. Et d’autres planches qui ont l’aspect de peintures abstraites. Un très beau récit en tout cas.

19/10/2022 (modifier)
Couverture de la série De Cape et de Mots
De Cape et de Mots

Même s’il ne révolutionne en rien un genre déjà souvent exploré, ce conte de fée adapté d’un roman de Flore Vesco m’a réellement charmé. Tout d’abord, il y a le dessin de Kerascoët. Très expressif et dynamique, il apporte vie et humour à l’histoire. Les personnages sont bien typés (et parfois gratinés), les décors sont minimisés mais bien présents quand le besoin s’en fait sentir, le découpage renforce encore le dynamisme de l’œuvre. C’est très agréable à lire et entrainant. Ensuite viennent les personnages. Tous très classiques, ils correspondent bel et bien aux rôles qui leur sont attribués. C’est donc un casting sans surprise mais agréablement ‘confortable’. On sait de suite à quoi s’en tenir. L’héroïne dispose d’un réel charisme grâce à sa fantaisie et à son sens de la répartie. La reine est méchante et capricieuse à souhait. Le bon roi est bon. Et le gentil apprenti-bourreau fait ici office de prince charmant. Je pourrais encore longtemps continuer cette revue des troupes et vous constateriez que chaque personnage est finalement conforme aux attentes. Tous apportent quelque chose au récit, aucun n’est inutile, et les interactions entre eux font tout le sel de ce conte. La trame générale est tellement classique qu’elle devient juste un support sur lequel vont pouvoir jouer les autrices et auteur. Ils nous offrent ainsi une variation dans laquelle la pointe de l’épée est remplacée par la vivacité d’esprit, et le bon mot devient finalement plus mortel qu’une botte de Nevers. C’est donc une lecture sans surprise mais j’ai vraiment été séduit par son humour, sa vivacité et son espièglerie. Son positivisme (c’est un vrai conte de fée) et sa fraicheur ont donc fait de cette lecture un agréable moment hors de tracas du quotidien. Récréatif !

17/10/2022 (modifier)
Couverture de la série Une maternité rouge
Une maternité rouge

Une Maternité rouge est une des lectures que j'ai préférées cette année. C'est pourquoi je n'hésite pas à mettre la note max. Je trouve que Lax est aussi bon dans son scénario que dans son graphisme. Il possède une maîtrise dans les deux domaines qui fait de cet artiste un créateur d'oeuvres originales qui laissent rarement indifférentes. Lax s'empare ici du thème des migrants qui traversent l'Afrique et la mer au péril de leur vie. C'est le thème émotionnel central du récit même si Lax n'en rajoute pas. Du racket, des meurtres, des viols, des noyades ou de l'esclavagisme tout a été dit de nombreuses fois dans divers média. Alou est le témoin de ces misères sans en être la victime. Son impuissance est notre impuissance à sauver ces pauvres enfants transportés dans cet enfer. Le graphisme de Lax est tellement beau et précis que son récit est proche du réalisme d'un documentaire photographique. Mais Lax exploite aussi le thème sensible de la captation des oeuvres d'art qui peuplent nos si beaux musées. Point de manichéisme dans l'approche de l'auteur. Si la barbarie des intégristes n'a aucune légitimité, le soin avec lequel les oeuvres illégitimement acquises sont traitées, permet le débat. Lax ne propose pas de réponse toute faite. Comme tout artiste il doit apprécier les efforts fait par l'Etat pour sauvegarder tous les patrimoines. La culture a toujours été un rempart contre la barbarie et sauver une statuette Dogon c'est bien plus que présenter un ornement supplémentaire aux écoliers parisiens. Comme le dit Lax c'est le murmure des peuples que l'on écoute pour les aimer et les respecter. Le graphisme de Lax est à son summum. Les planches du delta du Niger, le marché africain ou la traversée de la Méditerranée sont à couper le souffle. Lax nous propose une galerie de beaux visages où la souffrance des épreuves pour les migrants ou celle de l'impuissance pour les bénévoles se lit aussi facilement qu'un texte. Une très belle série qui m'a beaucoup touché. C'est souvent le cas avec ce merveilleux auteur.

17/10/2022 (modifier)
Par Gaendoul
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série March comes in like a lion
March comes in like a lion

J'ai connu March comes in like a lion via son adaptation en anime et ai par la suite lu les mangas car j'étais tombé amoureux de cet univers et de ses personnages. Ce qui fait la force de ce manga, en effet, ce n'est ni le fait que le héros soit un joueur professionnel de Shogi ni le fait qu'il soit orphelin. Nous ne sommes pas ici en présence d'un shonen à la Hikaru No Go et l'intérêt principal de ce manga est la tranche de vie des personnages et les relations qu'ils entretiennent, leur évolution et leur vie malgré les obstacles et les difficultés. Les personnages secondaires sont tous très intéressants et bien développés. On partage la vie de Rei Kiriyama, ses doutes, ses rencontres, ses joies et ses peines et sans s'en rendre compte, 16 tomes sont terminés et il faut attendre impatiemment la suite qui tarde toujours trop à arriver. J'ai lu les 16 tomes en quelques semaines et je recommande vivement ce manga à tous :) RIP Bunchan <3

17/10/2022 (modifier)
Couverture de la série Capricorne
Capricorne

300ème avis Ça aurait pu être 300 de Miller pour le clin d’œil, mais il était temps de mettre véritablement à l’honneur un auteur qui m’est cher : Andreas, un homme exigeant envers lui mais également envers son lecteur. Un tueur dans son genre, il m’en aura mis des claques et fait perdre des cheveux. Capricorne est sa série la plus abordable, un must pour qui souhaite découvrir l’auteur. Je l’ai découverte à l’aube des années 2000, depuis je me suis précipité sur chaque parution, ainsi que sur toutes les autres œuvres d’Andreas. A noter qu’une de ses autres séries, Rork, partage le même univers. Sa lecture enrichit diablement certains passages de Capricorne (Deliah, les cavaliers de l’apocalypse …) et donne énormément de cohérence. Capricorne est une série terminée en 20 tomes (prémédité par l’auteur) qui m’aura tenu en haleine de A à Z. De l’aventure fantastique (un peu old school) qui me ravit à chaque relecture. Pourtant c’est animé par des personnages pas spécialement charismatiques, alors d’où vient la magie ? Facile !! du style Andreas. La lecture est magique, j’en prends plein les yeux à chaque fois avec sa narration. C’est un peu sa marque de fabrique, une mise en page inspirée, des perspectives improbables, il peut tout dessiner. Avec lui, c’est tout sauf monotone, quelle maestria dans la réalisation graphique. J’adore !! c’est ponctué de pages tout simplement fabuleuses. Sur certains albums, l’auteur s’est même amusé en s’imposant des contraintes graphiques. L’aventure démarre gentiment avec les 5 premiers tomes. Des histoires uniques, on découvre les personnages, l’univers au style gentiment vieillot. Le 3 et 5 sont des pépites à mes yeux, ainsi que le début du 1er, plein de mystère et de promesses. Puis arrive au tome 6, le début du cycle « Concept » qui s’achèvera dans le 9 (un double album) et chamboulera le fonctionnement de ce monde. Des réponses et des nouvelles questions arrivent. Andreas joue avec son lecteur et l’emmène où il veut. Les lecteurs commenceront à apercevoir toutes les miettes (indices) semées depuis le début. Les 5 suivants affichent un changement de mentalité de notre héros. Comme une parenthèse dans la série, ils retracent son voyage retour vers New York. Andreas expérimente : il crée un huis clos dans le 10, teste une narration uniquement horizontale dans le 11, muette pour le 12, effet prison pour le 13… il continuera par la suite avec d’autres trouvailles. Le 11 et 12 sont peut être le ventre mou de la série, pour les autres c’est du tout bon. A compter du 15, du très lourd, on renoue avec les débuts, les fils se dénouent au compte goutte, jusqu’au tome 20, au final tant espéré. Je dois avouer que la toute fin est cohérente cependant je n’ai pas eu le petit goût de satisfaction totale. Mais qu’importe la destination tant qu’il y a le voyage. Culte !! J’adore cette série, chaque nouveauté me faisait systématiquement tout relire, on découvrait alors ce qui nous avait parfois échappé et le génie de son auteur. Le tout est d’une grande maîtrise, scotché par autant de talent, et dire que cette série a failli être abandonnée par l’éditeur en cours de route ?! Ça aurait été une hérésie.

16/10/2022 (modifier)
Par Canarde
Note: 3/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Back to Japan
Back to Japan

Pour moi qui ne suis pas du tout une aventurière, cet album a été un bol d'air ! C'est l'histoire vraie d'une jeune femme qui part seule à moto de Paris pour rallier le Japon, début juin 2010. Elle traverse donc l'Europe de part en part, puis l'Ouzbékistan, le Kazakhstan, la Mongolie (sans goudron) en passant par la Russie, sur sa petite 125. Ses peurs, les nuits sous la tente sur des aires d'autoroutes, sous des ponts, la météo pas toujours joyeuse, ses soulagements, ses pannes mécaniques, le passage des frontières, l'aide des gens qui croisent son chemin, des haltes dans des familles, la solidarité entre motards. Tout un quotidien de 80 jours résumé en 168 pages. Le dessin aux couleurs assez réalistes, sans grande originalité, avec juste des croquis au trait quand elle partage des souvenirs intéressants pour comprendre sa réaction, par exemple. De temps en temps : un tracé du parcours sur la carte avec les évènements racontés situés entre les capitales aux noms connus. La personnification de la moto et certaines fiches "conseil," donnent un aspect manga un peu enfantin par moment. La police de caractère choisie pour les bulles est un peu froide et c'est dommage. Bref c'est un reportage BD qui aurait pu être plus chaleureux, mais qui permet quand même de se faire une idée de l'aventure et des différents pays traversés.

16/10/2022 (modifier)
Par Canarde
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Edmond
Edmond

Une histoire virevoltante qui imagine comment Edmond Rostand, dramaturge un peu falot de la toute fin du XIXème siècle, s'est mis à écrire Cyrano de Bergerac, la pièce comique à succès que l'on connait. (surtout grâce au film avec Gérard Depardieu) La couverture manquant de précision et d'originalité, les avis de BDthèque n'étant guère enthousiastes, j'avais loupé cet album. Puis, en cherchant une lecture gaie, dans une librairie d'occasion, je tombe sur le volume : j'ouvre et je vois une lumière chaude, des couleurs, des sourires aux joues rougies, des trognes, le tout baignant dans une aquarelle un peu débordante : je l'empoche. Ce scénario gigogne de la fiction à l'intérieur de la fiction (un peu comme dans le film "Looking for Richard") est ici très bien mené. Je suppose qu'en pièce de théâtre cela donne un effet un peu redondant, too much. Mais en BD, c'est très réussi. L'urgence économique du propriétaire du théâtre qui est aussi celui qui jouera le rôle de Cyrano, le milieu des demi-mondaines et des comédiennes, le tenancier noir et érudit du bistro où Edmond Rostand à ses habitudes, la facilité à improviser en vers de l'écrivain, à se servir de ce qui l'entoure pour reconstituer un fil narratif... Tout est drôle et enchevêtré avec habileté. L'ambiance 1900 est certes éloignée de nos préoccupations actuelles, le dessin peu inventif mais très efficace, et c'est par la jubilation des mots et des dispositifs scéniques que cet album emporte le morceau. C'est roboratif, complexe et agréable. A conseiller aux amoureux des mots, du théâtre et des tout débuts du XXème siècle, et à ceux qui on besoin de penser à autre chose qu'eux-même ...

16/10/2022 (modifier)
Par Canarde
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Merel
Merel

La description de Van Laere est parfaite , je n'ai presque rien à ajouter ! Comme elle (?) je suis emballée par la précision de l'observation du monde rural. En France, comme en Belgique visiblement, le contrôle social à la campagne est plus présent qu'ailleurs. Les lieux de socialisation sont moins nombreux, et regroupent les familles. Si bien que si on a envie de prendre un chemin de vie légèrement différent, souvent on est obligé de partir à la ville. Ici l'héroïne, Merel, qui élève des canards au bout du village, n'est pas partie. Elle a trouvé sa place sans se marier, et en devenant la correspondante du quotidien local, elle est de toutes les fêtes. Pourtant il suffit d'un couple qui bat de l'aile pour qu'elle devienne le bouc émissaire rêvé. Les trois points fort de cet album : 1. Des dialogues très simples et justes qui donnent de l'épaisseur aux personnages 2. Un scénario qui monte en pression au point qu'on ne sait pas du tout comment cela va se terminer, va-t-on vers le gore ? vers le happy-end ? et rien de tout cela finalement. Et ce qui aurait pu être un documentaire devient une fiction haletante. 3. Un dessin déroutant par sa simplicité presque enfantine, et l'égalité de traitement graphique entre les genres et les âges qui est tellement plus proche de la vraie vie que les représentations habituelles... Merci pour ça. C'est aussi une marche vers la déconstruction des genres, voire des rapports parents-enfants. Et quand je dis déconstruction, ce n'est pas destruction : une mise à plat qui rebat les cartes et nous aide à voir plus clair. Bref, c'est un album à mettre entre toutes les mains, la place des enfants est cruciale (dans le scénario comme dans la vie rurale), certains personnages plus âgés sont aussi importants dans l'histoire. Une fiction particulièrement utile pour comprendre notre époque . Les amateurs d'héroïc-fantasy, passez votre chemin, on est les deux pieds dans le fumier !

16/10/2022 (modifier)
Par Benjie
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Tueur - Affaires d'Etat
Le Tueur - Affaires d'Etat

Est-ce possible que le Tueur se soit rangé et qu’il travaille désormais dans un bureau, comme analyste dans une compagnie maritime ? Non, ce n’est qu’une apparence, une couverture comme ils disent dans le jargon des services secrets français. Après la fin de la série principale intitulée « Le Tueur », une nouvelle série commence. Cette fois, il s’agit du « Tueur, affaires d’Etat ». Notre héros est toujours aussi cynique, sombre et pessimiste sur les comportements humains. Il est aussi toujours tueur à gages et finalement, continue à faire ce qu’il a toujours fait : ses planques, ses visées et son sang froid qui opère, une fois de plus. Le Tueur exprime toujours ses pensées profondes en voix off, ses sujets de réflexion portant cette fois sur la vie politique et les hommes qui l’animent. Trafic de drogue, trafic d’armes, achats de voix électorales, corruption d'élus… sont les sujets traités par cette nouvelle série. Le tout sur fond de port du Havre ! C’est intéressant mais par rapport à la série principale, on voyage moins ! Une fois encore, le scénario fonctionne bien et le dessin, toujours au top. Les vues sur la mer depuis les immeubles de la Porte Océane, emblème de la ville reconstruite, sont superbes. Le premier tome lance l’histoire en douceur, le second et le troisième sont plus denses et posent pas mal de questions sur le monde politique... une question d’actualité. Le tome 4, que je viens de lire après avoir relu la série complète, marque une rupture dans la psychologie du personnage : son armure se fend de quelques dixièmes de millimètres... mais quand même, ce n'est pas rien ! Une ombre d'humanité plane sur quelques pages et on attend la suite pour voir comment ce très discret changement va faire évoluer le personnage, ou pas. Une bonne idée du scénariste pour secouer un peu notre héros dont le professionnalisme et la vie sont parfaitement huilés et maîtrisés. Par ailleurs, le Tueur ne se contente plus de son immuable "Comment ?" mais pose cette fois la question du "Pourquoi ?" à laquelle il avait toujours refusé de céder. Et ceci n'est pas non plus un détail. On attend la suite...

12/12/2021 (MAJ le 16/10/2022) (modifier)