Je ne vais pas trop faire dans l'originalité en disant qu'Astérix est la Bande Dessinée qui m'a donné le goût de la lecture en général et plus particulièrement pour le genre.
Je ne serai certainement pas objectif en disant que cette série reste la meilleure que j'ai lu mais quand on est nostalgique de notre tendre enfance c'est pardonnable.
Je vais également appuyer les commentaires de beaucoup en disant que le duo Goscinny/Uderzo a produit la véritable identité d'Astérix même si certains albums d'Uderzo "seul" m'ont enchanté, à savoir "le Grand Fossé" et "Astérix chez Rahàzade".
La relève Ferri/Conrad n'apporte aucun intérêt à la suite de la série mais j'ai été, comme beaucoup je pense, un des premiers à me les approprier à leur sortie. Prévu pour le 40ème tome, le nouveau duo Fabcaro/Conrad n'arrangera, à mon avis, rien à la médiocrité de ces derniers albums.
Série culte pour tout ce qu'elle m'a apporté dans ma jeunesse.
J'ai connu cet ouvrage par le biais des Bulles de Sang d'encre où RIP était finaliste en 2019. Il ne m'a pas fallu longtemps pour comprendre que le duo Gaet's/Julien Monier allait remporter ce titre haut la main. Mesdames et messieurs, nous avons ici à faire à un chef d'œuvre.
Tout d'abord, l'originalité du scénario avec Derrick (pour le T1) et ses collègues qui composent une équipe chargée de nettoyer les logements des personnes mortes sans héritiers. Un thème glauque et d'une noirceur sans nom qui accompagne un scénario passionnant avec une fin qui vous laisse sans voix (pour le T1).
Ensuite, la construction des six volumes, où chaque tome reprend la même histoire avec un angle différent selon la narrateur choisi, est divinement orchestré.
Pour terminer, le style d'écriture avec des dialogues courts mais salement géniaux, des dessins aux couleurs particulièrement maîtrisées qui vous plongent aisément dans l'univers de la mort et de ses odeurs répugnantes, font de RIP mon coup de cœur de ces dernières années.
En d'autres termes, en attendant le numéro 6, foncez acheter ces œuvres!!!
C'est une vraie bonne surprise que cet ouvrage de la collection "Jungle pépite" qui adapte des romans et revisite des écrits célèbres pour les enfants. J'avais été moyennement séduit par Le Baron perché mais je suis conquis par cette relecture contemporaine du Petit Poucet.
Je ne connaissais pas JC Mourlevat mais cette série me donne envie d'aller dans son répertoire. Je trouve que le scénario et la mise en scène de Maxe L'Hermanier touchent juste. Le récit est dynamique, touchant et plein de surprises et de clins d'oeil.
On accompagne cette sympathique fratrie à travers un Sud-Ouest froid et pluvieux déconcertant. Car ce fut mon premier contre-pied que de découvrir que l'action ne se situait pas dans un Nord stéréotypé mais au pays du soleil si souriant. Ce conte sous forme de road trip pour enfants se déroule avec humour et tendresse sous nos yeux d'enfants.
Car on se prend vite au jeu du récit et de sa progression dramatique. C'est une approche poétique qui m'a beaucoup plu.
Je trouve que le graphisme porte très bien le récit. Dans un style semi réaliste, Stedho allie à la fois un univers de conte effrayant avec des personnages sombres et des atmosphères chaleureuses de fraternité irréductible.
Très bonne mise en couleur qui met en valeur l'ambiance de cas sociaux englués dans la boue, le froid et les odeurs de chaussettes.
Un récit rempli de lumière à partager avec ses enfants pour un conte très moderne.
Je suis depuis des années un passionné d'Achille Talon. Il est réputé, à juste titre, pour ses textes, mais Greg est aussi un redoutable physionomiste. La panoplie d'expressions faciales dont il a doté Achille est quasi phénoménale quand on considère la simplicité relative des traits de son héros. J'ai un faible pour les albums fleuve. 40 ans après leur publication "Le trésor de Virgule", "Le roi des Zôtres", "Viva Papa" et "Le grain de la folie" constituent encore d'amusantes critiques socio-politiques, parfaites pour initier les jeunes ados. Je relis Achille régulièrement et certaines scènes me font encore rigoler à tous les coups.
J’ai découvert ce comics par hasard, et je pense que ça faisait très longtemps que je n’avais pas pris autant de plaisir à suivre une histoire. Cette histoire décrit les destins entremêlés de Bishan, Kori et Vikram. Une narration aussi peu banale (surtout sous forme de lettres qui donnent un aspect grandiose au dessin et à l’action) pour un format comics qui donne beaucoup de relief. Un vrai coup de coeur, une grande et triste histoire, très marquante dont je me rappelerai longtemps.
Sortie en catimini, comme jusqu'alors presque toutes les productions des éditions iLatina, ce titre est tombé sur ma route alors que je m'intéressais aux peuples endémiques du continent sud-américain. N'ayant jamais entendu parler du peuple Selk'nam, je me suis lancé dans la lecture de ce titre surprenant.
Histoire d'évacuer le fâcheux, je déplore le choix du format, un poil petit, qui ne rend hommage ni aux dessins de Rodrigo Elgueta, ni à ce peuple incroyable sur lequel circulaient bien des légendes. Ceci fait, le reste est plus qu'engageant.
De légende donc, il est abondamment question. Le premier à avoir évoqué ce peuple n'est autre que Magellan, ou plus exactement Antonio Pigafetta, rédacteur et témoin direct de l'extraordinaire épopée du navigateur portugais. En effet, lorsque l'expédition aborde les terres encore inexplorées de l'Am-Sud, à savoir la Patagonie, les hommes aperçoivent sur la plage une scène pour le moins étonnante qui confère au récit une dimension homérique : "Toutefois, un jour, sans que personne y pensât, nous vîmes un géant qui était sur le bord de la mer tout nu, et il dansait et sautait et chantait, et en chantant il mettait du sable et de la poussière sur sa tête." D'où le nom Patagon signifiant "grand-pied"...
Le mythe a fait long feu. Aujourd'hui, on s'accorde sur le fait que si les habitants de ces terres désolées avaient une constitution imposante avec une taille moyenne dépassant le mètre quatre vingt, on est loin des fantasmes propagés par les premiers navigateurs qui en faisaient des géants de trois mètres.
L'anecdote, bien évidemment relatée dans cette BD, suffit à me convaincre d'entamer la lecture. Or des anecdotes, on en découvre bien d'autres. Ainsi, les auteurs de Nous les Selk'Nams déroulent leur affaire à la manière d'une enquête de terrain, se mettant parfois en scène. Mais la force du récit provient surtout d'un curieux et savoureux mélange de genres. L'ouvrage prend tour à tour des accents poétiques, sociologiques ou carrément politiques, et malheureusement bien souvent teinté de tragique. Un récit peu banal qui tente des trucs, au risque parfois de paraitre bancal, mais qui reste toujours juste dans les propos. Tout ceci fait que l'on ne s'agace cependant pas des défauts. On passe au-dessus pour comprendre l'histoire de ce peuple martyr (un de plus), et grâce encore une fois à l'intelligence des auteurs, on saisit mieux ce qu'il fut et ce que fut l'esprit des hommes de la Terre de Feu.
Mais voilà que je parle au passé. Erreur ! Grossière erreur ! Car comme le rappelle justement Blue Boy dans sa critique, rapportant les propos de Margarita Maldonardo, l’une des héritières de ce peuple aujourd'hui accroché aux branches : « Utilisez vos outils de diffusion et racontez que nous, les Selk’Nams, nous sommes toujours vivants. C’est comme ça que vous pouvez nous aider ». Une très belle découverte !
J'ai une longue histoire avec L'Arabe du futur, semée d'échecs de lecture, de rejets vis à vis de comportements et de mentalités insupportables à mes yeux et souvent à désespérer d'atteindre un jour la paix entre les peuples et le respect de la nature dont nous ne sommes qu'un élément parmi tant d'autres.
Et puis Riad Sattouf a été invité sur France Inter en cette fin d'année 2022 pour parler de la sortie du dernier tome de la série et tout ce qu'il en a dit m'a fortement donné envie de retenter le coup. Relecture du tome 1 d'abord, j'y ai retrouvé ce qui m'avait fait buter les premières fois, mais j'ai continué et j'ai dévoré la suite en quelques jours, une lecture presque boulimique, parfois en état de sidération face à cette vie et ces épreuves incroyables.
Cela ne m'a pas redonné espoir pour la paix dans le monde mais plutôt ouvert les yeux sur une impossibilité assez déprimante tant nos différences et convictions sont ancrées en nous dès le plus jeune âge par notre éducation et l'environnement dans lequel on grandit... ce qui les rend bien difficile à nuancer par la suite quand l'occasion pourrait se présenter.
Il n'y a heureusement pas que ça dans l'Arabe du futur. C'est toute une vie simple et complexe à la fois, semée de moments forts et de déchirements, le tout illustré dans un style à la fois drôle, efficace et poétique.
Une série marquante à tous points de vue.
Merci papa Noël pour cette magnifique BD que j'ai trouvée sous le sapin le 25 décembre !
J'ai eu un coup de cœur pour l'objet en lui-même en flânant en librairie : une couverture sublime, des grandes et superbes planches que j'ai feuilletées rapidement et qui laissaient présager le meilleur à la lecture et ce fut le cas !
Le récit ne fait de cadeau à personne et donne la part belle à la liberté, aux grands espaces, à l'introspection et aux questionnements sur la nature profonde de chacun face à ses origines.
Et on en prend plein les mirettes à chaque page, du grand spectacle.
Un bien beau voyage à faire sans hésiter !
Après la série très remarquée Les Carnets de Cerise, la dessinatrice Aurélie Neyret nous revient chez Soleil, toujours dans la très belle collection Métamorphose avec une nouvelle série jeunesse : "Lulu et Nelson", avec Charlotte Girard et Jean-Marie Omont au scénario.
On remarquera d'emblée la magnifique couverture de l'album (la collection Métamorphose de chez Soleil est toujours un réel plaisir quant au soin apporté à l'objet !) qui donne indéniablement envie de partir à l'aventure. Et pour ce qui est d'aventures, on va être servi !
L'action principale commence par prendre place à Naples en 1964, où Nera notre jeune héroïne vit au sein d'une troupe de cirque avec son père Roberto, dompteur de lions. Nera est par ailleurs fan de Cyrus le grand lion du cirque. Mais suite à un tragique incendie, le cirque part en fumée et son lion Cyrus meurt... La voilà donc qui décide d'aller en trouver là où on trouve des lions : en Afrique ! Les enfants sont formidables...
Nera s'arrange donc pour embarquer en douce pour l'Afrique du Sud, mais heureusement son père réussit à rejoindre le navire qui doit l'emmener et les voilà tous les deux en partance pour Durban. C'est là qu'ils découvrent un pays en proie aux inégalités raciales et où les injustices crèvent les yeux. C'est d'ailleurs en intervenant pendant une manifestation contre l’apartheid que le père de Nera finit en prison... C'est à cette occasion que Nera va elle faire la rencontre de Nelson...
Outre le graphisme très expressif et réaliste ainsi que sa colorisation assez pep's, les auteurs inscrivent ce récit dans la grande Histoire de façon intelligente et captivante. En tant qu'adulte je me suis laissé prendre au jeu et j'ai plongé dans cette aventure aux multiples rebondissements. L'histoire est très bien menée, le dessin chaud et touchant d'Aurélie Neyret aidant, on ne lâche l'ouvrage qu'une fois sa lecture terminée. Reste à attendre la suite avec impatience et l'Histoire devrait encore prendre une autre dimension si mon pressentiment est bon.
La suite, vite !
*** Tomes 2 & 3 ***
Après un premier tome plein de promesses, les deux autres ne sont pas en reste et bouclent cette courte série de façon efficace.
Le père de Nera ayant finit en prison, elle se fait héberger chez Mary, une femme très engagée, en attendant que son père soit libérer. Nera en profite pour partir à la recherche des lions qu'elle aimerait tant ramener ! Danny, un des employés de Mary qui connait le langage des lions va lui permettre la rencontre tant espérée. Mais le danger et la malveillance pointent aussi le bout de leur nez pour compliquer les plans de Nera et de Nelson.
Voilà une trilogie qui tient toutes ses promesses ; sans traîner en longueur les auteurs nous proposent une histoire bien construite, bienveillante et intelligente, sans mettre de côté ou édulcorer les problèmes du racisme et de la violence qui va avec. Le coup de crayon d'Aurélie Neyret et sa colorisation mettent parfaitement en valeur le scénario imaginé par ses comparses pour notre plus grand bonheur. Encore une très bonne série !
Purée, il est fort, le Munoz !
Je le connais grâce aux Fluide Glacial de ma copine, ayant pu apprécier son travail sur Annick Tamaire (non référencé encore sur le site, d'ailleurs) et j'ai été vite admiratif de son ton, oscillant entre un humour noir, un ton toujours acide mais jamais gratuit, une sympathie sincère dans ses personnages, mais aussi une touche d'émotion qui transparait toujours dans son œuvre. C'est à la fois cruel mais beau, et j'ai le sentiment qu'il est toujours dans une démarche qui ne se moque pas mais préfère en rire. Même si on rit plus jaune que franchement.
Je me devais de commencer par une petite présentation de son univers, parce qu'il réunit ici, à mon sens, une sorte de quintessence de son œuvre. Et je dis cela autant parce que je connaissais déjà une partie des histoires que parce qu'il a réussit à me surprendre avec celles-ci. Et ça, c'est franchement fort.
La plupart des histoires étaient déjà parues dans Fluide Glacial au cours de l'année passée, ce qui me faisait hésiter à l'acheter. Mais au détour du rayon librairie, je me suis rendu compte qu'il s'agissait d'une impression qui a ajouté un liant de l'ensemble. Et ce liant est d'autant plus génial : en ajoutant Dara, inconnue d'un bar sans grande clientèle qui intrigue le serveur, les histoires deviennent interne au récit. Les protagonistes s'interrogent sur celles-ci, les dissèquent et tentent d'analyser le récit, comme si Munoz voulait expliquer ses histoires. Je ne ferais pas dans la facilité en estimant qu'il voulait contextualiser et analyser ses histoires, j'aurais plutôt l'impression que Munoz s'en sert comme d'un prétexte pour la trame principale, utilisant ses récits comme des possibilités narratives. Et ça, déjà, c'est fort.
Mais surtout, le récit global conserve un ton que j'apprécie : c'est une question de sentiments non avoués, de rapports entre personnes connues et inconnues, d'amours aussi (eh oui, on ne se refait pas). L'intrigue est franchement touchante, Munoz jouant habilement des silences et des non-dits, mais aussi des visages et expressions de ses protagonistes. Le tout semé de quelques piques d'humour qui font mouche presque à chaque fois.
Et là-dessus, les histoires que j'avais déjà eu plaisir à lire dans le magazine mais qui sont toujours aussi bonnes même en album : celle avec les licornes est glaçante et touchante, avec un regard d'enfant sur une réalité sordide. C'est magistralement mis en scène, et ce n'est qu'une des nombreuses histoires qui touche autant qu'elle amuse.
Franchement, je suis carrément emballé et je lui décerne un coup de cœur bien mérité. C'est toujours agréable de voir des auteurs comme lui sortir des écuries Fluide Glacial, prouvant bien qu'il y en a encore sous le capot dans ce magazine. Parce que des Inanna Djoun, des Les Contes ordinaires d'Ersin Karabulut ou des "L'Inconnue du bar (Dans la tête de...)" j'en redemande encore !
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Astérix
Je ne vais pas trop faire dans l'originalité en disant qu'Astérix est la Bande Dessinée qui m'a donné le goût de la lecture en général et plus particulièrement pour le genre. Je ne serai certainement pas objectif en disant que cette série reste la meilleure que j'ai lu mais quand on est nostalgique de notre tendre enfance c'est pardonnable. Je vais également appuyer les commentaires de beaucoup en disant que le duo Goscinny/Uderzo a produit la véritable identité d'Astérix même si certains albums d'Uderzo "seul" m'ont enchanté, à savoir "le Grand Fossé" et "Astérix chez Rahàzade". La relève Ferri/Conrad n'apporte aucun intérêt à la suite de la série mais j'ai été, comme beaucoup je pense, un des premiers à me les approprier à leur sortie. Prévu pour le 40ème tome, le nouveau duo Fabcaro/Conrad n'arrangera, à mon avis, rien à la médiocrité de ces derniers albums. Série culte pour tout ce qu'elle m'a apporté dans ma jeunesse.
RIP
J'ai connu cet ouvrage par le biais des Bulles de Sang d'encre où RIP était finaliste en 2019. Il ne m'a pas fallu longtemps pour comprendre que le duo Gaet's/Julien Monier allait remporter ce titre haut la main. Mesdames et messieurs, nous avons ici à faire à un chef d'œuvre. Tout d'abord, l'originalité du scénario avec Derrick (pour le T1) et ses collègues qui composent une équipe chargée de nettoyer les logements des personnes mortes sans héritiers. Un thème glauque et d'une noirceur sans nom qui accompagne un scénario passionnant avec une fin qui vous laisse sans voix (pour le T1). Ensuite, la construction des six volumes, où chaque tome reprend la même histoire avec un angle différent selon la narrateur choisi, est divinement orchestré. Pour terminer, le style d'écriture avec des dialogues courts mais salement géniaux, des dessins aux couleurs particulièrement maîtrisées qui vous plongent aisément dans l'univers de la mort et de ses odeurs répugnantes, font de RIP mon coup de cœur de ces dernières années. En d'autres termes, en attendant le numéro 6, foncez acheter ces œuvres!!!
L'Enfant océan
C'est une vraie bonne surprise que cet ouvrage de la collection "Jungle pépite" qui adapte des romans et revisite des écrits célèbres pour les enfants. J'avais été moyennement séduit par Le Baron perché mais je suis conquis par cette relecture contemporaine du Petit Poucet. Je ne connaissais pas JC Mourlevat mais cette série me donne envie d'aller dans son répertoire. Je trouve que le scénario et la mise en scène de Maxe L'Hermanier touchent juste. Le récit est dynamique, touchant et plein de surprises et de clins d'oeil. On accompagne cette sympathique fratrie à travers un Sud-Ouest froid et pluvieux déconcertant. Car ce fut mon premier contre-pied que de découvrir que l'action ne se situait pas dans un Nord stéréotypé mais au pays du soleil si souriant. Ce conte sous forme de road trip pour enfants se déroule avec humour et tendresse sous nos yeux d'enfants. Car on se prend vite au jeu du récit et de sa progression dramatique. C'est une approche poétique qui m'a beaucoup plu. Je trouve que le graphisme porte très bien le récit. Dans un style semi réaliste, Stedho allie à la fois un univers de conte effrayant avec des personnages sombres et des atmosphères chaleureuses de fraternité irréductible. Très bonne mise en couleur qui met en valeur l'ambiance de cas sociaux englués dans la boue, le froid et les odeurs de chaussettes. Un récit rempli de lumière à partager avec ses enfants pour un conte très moderne.
Achille Talon
Je suis depuis des années un passionné d'Achille Talon. Il est réputé, à juste titre, pour ses textes, mais Greg est aussi un redoutable physionomiste. La panoplie d'expressions faciales dont il a doté Achille est quasi phénoménale quand on considère la simplicité relative des traits de son héros. J'ai un faible pour les albums fleuve. 40 ans après leur publication "Le trésor de Virgule", "Le roi des Zôtres", "Viva Papa" et "Le grain de la folie" constituent encore d'amusantes critiques socio-politiques, parfaites pour initier les jeunes ados. Je relis Achille régulièrement et certaines scènes me font encore rigoler à tous les coups.
These Savage Shores
J’ai découvert ce comics par hasard, et je pense que ça faisait très longtemps que je n’avais pas pris autant de plaisir à suivre une histoire. Cette histoire décrit les destins entremêlés de Bishan, Kori et Vikram. Une narration aussi peu banale (surtout sous forme de lettres qui donnent un aspect grandiose au dessin et à l’action) pour un format comics qui donne beaucoup de relief. Un vrai coup de coeur, une grande et triste histoire, très marquante dont je me rappelerai longtemps.
Nous, les Selk’Nams
Sortie en catimini, comme jusqu'alors presque toutes les productions des éditions iLatina, ce titre est tombé sur ma route alors que je m'intéressais aux peuples endémiques du continent sud-américain. N'ayant jamais entendu parler du peuple Selk'nam, je me suis lancé dans la lecture de ce titre surprenant. Histoire d'évacuer le fâcheux, je déplore le choix du format, un poil petit, qui ne rend hommage ni aux dessins de Rodrigo Elgueta, ni à ce peuple incroyable sur lequel circulaient bien des légendes. Ceci fait, le reste est plus qu'engageant. De légende donc, il est abondamment question. Le premier à avoir évoqué ce peuple n'est autre que Magellan, ou plus exactement Antonio Pigafetta, rédacteur et témoin direct de l'extraordinaire épopée du navigateur portugais. En effet, lorsque l'expédition aborde les terres encore inexplorées de l'Am-Sud, à savoir la Patagonie, les hommes aperçoivent sur la plage une scène pour le moins étonnante qui confère au récit une dimension homérique : "Toutefois, un jour, sans que personne y pensât, nous vîmes un géant qui était sur le bord de la mer tout nu, et il dansait et sautait et chantait, et en chantant il mettait du sable et de la poussière sur sa tête." D'où le nom Patagon signifiant "grand-pied"... Le mythe a fait long feu. Aujourd'hui, on s'accorde sur le fait que si les habitants de ces terres désolées avaient une constitution imposante avec une taille moyenne dépassant le mètre quatre vingt, on est loin des fantasmes propagés par les premiers navigateurs qui en faisaient des géants de trois mètres. L'anecdote, bien évidemment relatée dans cette BD, suffit à me convaincre d'entamer la lecture. Or des anecdotes, on en découvre bien d'autres. Ainsi, les auteurs de Nous les Selk'Nams déroulent leur affaire à la manière d'une enquête de terrain, se mettant parfois en scène. Mais la force du récit provient surtout d'un curieux et savoureux mélange de genres. L'ouvrage prend tour à tour des accents poétiques, sociologiques ou carrément politiques, et malheureusement bien souvent teinté de tragique. Un récit peu banal qui tente des trucs, au risque parfois de paraitre bancal, mais qui reste toujours juste dans les propos. Tout ceci fait que l'on ne s'agace cependant pas des défauts. On passe au-dessus pour comprendre l'histoire de ce peuple martyr (un de plus), et grâce encore une fois à l'intelligence des auteurs, on saisit mieux ce qu'il fut et ce que fut l'esprit des hommes de la Terre de Feu. Mais voilà que je parle au passé. Erreur ! Grossière erreur ! Car comme le rappelle justement Blue Boy dans sa critique, rapportant les propos de Margarita Maldonardo, l’une des héritières de ce peuple aujourd'hui accroché aux branches : « Utilisez vos outils de diffusion et racontez que nous, les Selk’Nams, nous sommes toujours vivants. C’est comme ça que vous pouvez nous aider ». Une très belle découverte !
L'Arabe du futur
J'ai une longue histoire avec L'Arabe du futur, semée d'échecs de lecture, de rejets vis à vis de comportements et de mentalités insupportables à mes yeux et souvent à désespérer d'atteindre un jour la paix entre les peuples et le respect de la nature dont nous ne sommes qu'un élément parmi tant d'autres. Et puis Riad Sattouf a été invité sur France Inter en cette fin d'année 2022 pour parler de la sortie du dernier tome de la série et tout ce qu'il en a dit m'a fortement donné envie de retenter le coup. Relecture du tome 1 d'abord, j'y ai retrouvé ce qui m'avait fait buter les premières fois, mais j'ai continué et j'ai dévoré la suite en quelques jours, une lecture presque boulimique, parfois en état de sidération face à cette vie et ces épreuves incroyables. Cela ne m'a pas redonné espoir pour la paix dans le monde mais plutôt ouvert les yeux sur une impossibilité assez déprimante tant nos différences et convictions sont ancrées en nous dès le plus jeune âge par notre éducation et l'environnement dans lequel on grandit... ce qui les rend bien difficile à nuancer par la suite quand l'occasion pourrait se présenter. Il n'y a heureusement pas que ça dans l'Arabe du futur. C'est toute une vie simple et complexe à la fois, semée de moments forts et de déchirements, le tout illustré dans un style à la fois drôle, efficace et poétique. Une série marquante à tous points de vue.
Hoka Hey !
Merci papa Noël pour cette magnifique BD que j'ai trouvée sous le sapin le 25 décembre ! J'ai eu un coup de cœur pour l'objet en lui-même en flânant en librairie : une couverture sublime, des grandes et superbes planches que j'ai feuilletées rapidement et qui laissaient présager le meilleur à la lecture et ce fut le cas ! Le récit ne fait de cadeau à personne et donne la part belle à la liberté, aux grands espaces, à l'introspection et aux questionnements sur la nature profonde de chacun face à ses origines. Et on en prend plein les mirettes à chaque page, du grand spectacle. Un bien beau voyage à faire sans hésiter !
Lulu et Nelson
Après la série très remarquée Les Carnets de Cerise, la dessinatrice Aurélie Neyret nous revient chez Soleil, toujours dans la très belle collection Métamorphose avec une nouvelle série jeunesse : "Lulu et Nelson", avec Charlotte Girard et Jean-Marie Omont au scénario. On remarquera d'emblée la magnifique couverture de l'album (la collection Métamorphose de chez Soleil est toujours un réel plaisir quant au soin apporté à l'objet !) qui donne indéniablement envie de partir à l'aventure. Et pour ce qui est d'aventures, on va être servi ! L'action principale commence par prendre place à Naples en 1964, où Nera notre jeune héroïne vit au sein d'une troupe de cirque avec son père Roberto, dompteur de lions. Nera est par ailleurs fan de Cyrus le grand lion du cirque. Mais suite à un tragique incendie, le cirque part en fumée et son lion Cyrus meurt... La voilà donc qui décide d'aller en trouver là où on trouve des lions : en Afrique ! Les enfants sont formidables... Nera s'arrange donc pour embarquer en douce pour l'Afrique du Sud, mais heureusement son père réussit à rejoindre le navire qui doit l'emmener et les voilà tous les deux en partance pour Durban. C'est là qu'ils découvrent un pays en proie aux inégalités raciales et où les injustices crèvent les yeux. C'est d'ailleurs en intervenant pendant une manifestation contre l’apartheid que le père de Nera finit en prison... C'est à cette occasion que Nera va elle faire la rencontre de Nelson... Outre le graphisme très expressif et réaliste ainsi que sa colorisation assez pep's, les auteurs inscrivent ce récit dans la grande Histoire de façon intelligente et captivante. En tant qu'adulte je me suis laissé prendre au jeu et j'ai plongé dans cette aventure aux multiples rebondissements. L'histoire est très bien menée, le dessin chaud et touchant d'Aurélie Neyret aidant, on ne lâche l'ouvrage qu'une fois sa lecture terminée. Reste à attendre la suite avec impatience et l'Histoire devrait encore prendre une autre dimension si mon pressentiment est bon. La suite, vite ! *** Tomes 2 & 3 *** Après un premier tome plein de promesses, les deux autres ne sont pas en reste et bouclent cette courte série de façon efficace. Le père de Nera ayant finit en prison, elle se fait héberger chez Mary, une femme très engagée, en attendant que son père soit libérer. Nera en profite pour partir à la recherche des lions qu'elle aimerait tant ramener ! Danny, un des employés de Mary qui connait le langage des lions va lui permettre la rencontre tant espérée. Mais le danger et la malveillance pointent aussi le bout de leur nez pour compliquer les plans de Nera et de Nelson. Voilà une trilogie qui tient toutes ses promesses ; sans traîner en longueur les auteurs nous proposent une histoire bien construite, bienveillante et intelligente, sans mettre de côté ou édulcorer les problèmes du racisme et de la violence qui va avec. Le coup de crayon d'Aurélie Neyret et sa colorisation mettent parfaitement en valeur le scénario imaginé par ses comparses pour notre plus grand bonheur. Encore une très bonne série !
L'Inconnue du bar (Dans la tête de...)
Purée, il est fort, le Munoz ! Je le connais grâce aux Fluide Glacial de ma copine, ayant pu apprécier son travail sur Annick Tamaire (non référencé encore sur le site, d'ailleurs) et j'ai été vite admiratif de son ton, oscillant entre un humour noir, un ton toujours acide mais jamais gratuit, une sympathie sincère dans ses personnages, mais aussi une touche d'émotion qui transparait toujours dans son œuvre. C'est à la fois cruel mais beau, et j'ai le sentiment qu'il est toujours dans une démarche qui ne se moque pas mais préfère en rire. Même si on rit plus jaune que franchement. Je me devais de commencer par une petite présentation de son univers, parce qu'il réunit ici, à mon sens, une sorte de quintessence de son œuvre. Et je dis cela autant parce que je connaissais déjà une partie des histoires que parce qu'il a réussit à me surprendre avec celles-ci. Et ça, c'est franchement fort. La plupart des histoires étaient déjà parues dans Fluide Glacial au cours de l'année passée, ce qui me faisait hésiter à l'acheter. Mais au détour du rayon librairie, je me suis rendu compte qu'il s'agissait d'une impression qui a ajouté un liant de l'ensemble. Et ce liant est d'autant plus génial : en ajoutant Dara, inconnue d'un bar sans grande clientèle qui intrigue le serveur, les histoires deviennent interne au récit. Les protagonistes s'interrogent sur celles-ci, les dissèquent et tentent d'analyser le récit, comme si Munoz voulait expliquer ses histoires. Je ne ferais pas dans la facilité en estimant qu'il voulait contextualiser et analyser ses histoires, j'aurais plutôt l'impression que Munoz s'en sert comme d'un prétexte pour la trame principale, utilisant ses récits comme des possibilités narratives. Et ça, déjà, c'est fort. Mais surtout, le récit global conserve un ton que j'apprécie : c'est une question de sentiments non avoués, de rapports entre personnes connues et inconnues, d'amours aussi (eh oui, on ne se refait pas). L'intrigue est franchement touchante, Munoz jouant habilement des silences et des non-dits, mais aussi des visages et expressions de ses protagonistes. Le tout semé de quelques piques d'humour qui font mouche presque à chaque fois. Et là-dessus, les histoires que j'avais déjà eu plaisir à lire dans le magazine mais qui sont toujours aussi bonnes même en album : celle avec les licornes est glaçante et touchante, avec un regard d'enfant sur une réalité sordide. C'est magistralement mis en scène, et ce n'est qu'une des nombreuses histoires qui touche autant qu'elle amuse. Franchement, je suis carrément emballé et je lui décerne un coup de cœur bien mérité. C'est toujours agréable de voir des auteurs comme lui sortir des écuries Fluide Glacial, prouvant bien qu'il y en a encore sous le capot dans ce magazine. Parce que des Inanna Djoun, des Les Contes ordinaires d'Ersin Karabulut ou des "L'Inconnue du bar (Dans la tête de...)" j'en redemande encore !