J’ai adoré cette histoire de la Malinche. Une histoire romancée basée sur des faits réels mais l’autrice comble les zones d’ombres de la vie de ce personnage historique par une proposition très convaincante. Le Mexique de l’époque m’a semblé très bien rendu et ce périple de la Malinche, qui reste à taille humaine, est réellement passionnant. L’auteur nous invite à suivre cette aventure sur une carte de la région et l’on s’aperçoit que de Potonchan a Tenochtitlan, il y a peut-être 300 kilomètres...
Oui mais ces 300 kilomètres nous font traverser beaucoup de paysages et surtout de cultures amérindiennes et de langues ! Cette différence d’échelle par rapport à l’envahisseur espagnol est assez saisissante.
L’autrice le dit en postface : la Malinche est un personnage clivant, souvent considérée comme traîtresse à son peuple et la vision proposée ici est à la fois romancée et orientée. Mais j’ai Beaucoup apprécié cette idée que Celle qui parle, simple interprète, jeune femme amérindienne d’une culture dominée par les hommes, subissant une invasion espagnole, ait pu influencer par la parole, par la culture, par la communication, la grande histoire…
Un mot sur le dessin, qui n’est pas en reste, un dessin semi réaliste qui convient parfaitement à l’histoire et une colorisation très réussie, sachant rendre les ambiances. J’ai eu l’occasion d’échanger quelques mots avec l’autrice : il s’agit de sa première BD… de plus de 200 pages…pour un coup d’essai, c’est un coup de maître !
C'est la première oeuvre de Jung que je lis et j'ai beaucoup apprécié son style graphique et narratif.
Si la double recherche de ses origines (familiales et nationale) est assez classique, j'ai beaucoup aimé la façon dont Jung a traité ces sujets.
Claire en tant qu'immigrée de la deuxième génération sans beaucoup de racines au pays se sent bien plus française que coréenne.
Comme il n'y a pas de passif historique entre les deux pays son intégration est vraiment assez facile. C'est la découverte malheureuse de son abandon et de son adoption qui provoque un traumatisme qui remet tout en cause.
J'ai trouvé le scénario très touchant capable d'induire de nombreuses questions sur la problématique de l'abandon. D'autant plus que Claire est abandonnée en 1982, époque où la Corée n'est plus le pays misérable des années 60.
Jung n'apporte pas de réponse approfondie à cette problématique. C'est la reconstruction de Claire qui l'intéresse à travers la fin du récit. Cette reconstruction passe forcément par un deuil dans son passé.
Jung nous propose une fin sous forme de réconciliation entre son passé et son présent qui peut paraître simpliste mais que je trouve porteuse d'avenir et qui me plait bien.
J'ai découvert le graphisme de Jung qui m'a conquis immédiatement. Son trait est précis, fin et donne beaucoup de personnalité aux personnages. Ses extérieurs de Paris et surtout de Séoul créent une ambiance qui porte la dramaturgie du récit.
J'aime beaucoup l'utilisation de ses gris et de ses noirs avec cette pointe de rouge qui renforce le tragique de la situation. Ses personnages sont vraiment attachants et la relation entre la soeur et le petit frère est très bien mise en image tout en lui donnant de la profondeur émotionnelle.
Une superbe lecture qui me donne envie de poursuivre avec cet auteur.
Baf ! Grosse claque dans la tronche. J’ai tout aimé dans ce pavé.
L‘histoire, sombre et désespérée au possible, se déroule dans une ancienne communauté minière pauvre et rongée par l’alcool et la drogue. Le lecteur suit le quotidien d’un groupe d’ados un peu rebelles et abandonnés à eux-mêmes, qui se retrouvent mêlés à une sombre histoire de meurtres. Les personnages sont attachants et l’intrigue est passionnante - la fin m’a pris à la gorge, je tournais les pages à toute vitesse pour arriver au dénouement… dénouement un peu trop ouvert pour moi, mais ça n’a pas du tout gâché ma lecture. J’ai beaucoup aimé le chapitre sur le passé du meurtrier, c’est vraiment bien vu.
Je ne suis généralement pas fan de la lecture en musique, j’aime le silence pour me concentrer… cet album propose cependant une playlist Spotify (une chanson par chapitre) que j’ai écoutée lors de ma lecture, et je dois avouer que les morceaux (adaptés à chaque scène) ont vraiment contribué à l’ambiance. Génial ! C’est mon genre de musique en même temps (rock, grunge, punk). Je suis d’ailleurs en train de la réécouter en écrivant cet avis. Dommage d’avoir mis le lien en fin d’album, par contre.
La mise en image est parfaite. Le noir et blanc colle parfaitement à l’atmosphère du récit.
Un gros coup de cœur !
Le dessin est très beau et la luminosité de la colorisation apporte un petit plus non négligeable. Le résultat est tout simplement superbe, avec de grandes illustrations qui sont autant de fenêtres vers cet ‘ailleurs’ que tout lecteur de bande dessinée recherche. Le temps d’une lecture, j’ai été dans ces plaines du far west, chevauchant aux côtés des personnages.
Le scénario est aussi classique qu’efficace, porté par des personnages attachants. Les blancs ont ici le sale rôle alors que les indiens Lakota nous apparaissent comme justes dans leur obstination à garder leur identité et à ne pas se plier devant la loi du plus fort. Le caractère désespéré de leur quête, annonciateur d’une fin inéluctable, stimule d’autant plus notre empathie.
La progression est très bien dosée, tant au niveau des caractères qui se dévoilent petit à petit qu’au niveau de la relation qui va se nouer entre Little Knife et Georges ou qu’au niveau de la fuite en avant de l’équipée peu à peu rattrapée par un implacable tueur à gage (et même ce dernier se verra doté d’une personnalité moins évidente qu’il n’y paraissait au premier regard).
La fin en deux temps est des plus réussies, jouant de notre espérance en un avenir apaisé et de notre envie de justice. C'est le genre de fin que l'on garde en mémoire tant elle éveille en nous des sentiments contradictoires.
Franchement, je n’ai aucun reproche à formuler. Alors culte ? Oui ! D’abord parce que c’est un album que j’ai adoré, ensuite parce qu’il semble faire l’unanimité alors même qu’il sort un peu de nulle part.
Un peu plus mitigé sur cet album que la prodigieuse Saga de Grimr. D'un côté, le dessin de Jérémie Moreau est toujours fabuleux, et il sait magnifier le monde comme il le faisait sur sa saga islandaise. D'un autre côté, j'ai eu plus de mal à comprendre où l'auteur voulait nous en faire venir. Il nous montre un homme préhistorique qui découvre les bienfaits de l'agriculture et les améliorations indéniables qu'elle apporte à la vie de chacun, mais pourtant, on dirait qu'à la fin, les personnages laissent tout tomber pour revenir à leur mode de vie antérieur. En fait, plus généralement, j'ai eu l'impression que Moreau établissait une opposition entre l'agriculture et la chasse qui n'a pas vraiment lieu d'être, même si un personnage insiste sur leur complémentarité.
En-dehors de cela, Penss et les plis du monde reste une excellente lecture pour un tas de raisons. Si le personnage principal n'a rien de sympathique (il est même limite antipathique), l'ensemble des personnages n'en est pas moins plutôt attachant. Mais c'est surtout l'évolution du héros et de son regard que j'ai trouvé captivante. A une époque où certains veulent absolument décentrer le regard de l'Homme pour ne plus se tourner vers la nature (ce qui n'est une mauvaise chose que si elle est poussée à l'extrême, entendons-nous), Jérémie Moreau nous invite à la démarche inverse : oui, le Monde est magnifique et l'Homme ne le voit pas. Mais sans l'Homme, il ne rime plus à grand-chose.
Ainsi, Penss est au début du récit un miroir inversé de ceux qui l'entourent. Les hommes ignorent le monde et lui ignore les hommes. Au fur et à mesure du récit, toutefois, le protagoniste apprend à compter sur les hommes et comprend qu'eux aussi ont leur place dans le monde, qu'eux aussi participent à la beauté du monde et de la vie. C'est ce qui fait de Penss et les plis du monde un joli récit : il ne s'agit pas seulement d'une bande dessinée écologiste, mais aussi humaniste. Ce n'est qu'ainsi qu'elle est vraiment complète.
C'est donc une très belle œuvre que Jérémie Moreau signe là, en s'appuyant toujours sur son trait solide, ses images puissantes et ses dialogues emplis de poésie. Maintenant, il subsiste cette ambiguïté soulignée en début d'avis que je peine un peu à comprendre, mais il est possible qu'avec le recul, cette bande dessinée vieillisse de mieux en mieux dans mon esprit et que je lui accorde la quatrième étoile que j'ai pour l'instant du mal à lui attribuer.
3,5/5
Par où commencer?
Bon, je me lance... Prix des "Bulles de Sang d'Encre 2022", récompense que je suis attentivement depuis 4 ans, je ne pouvais faire autrement que de m'approprier cette oeuvre.
Amateur de romans historiques avant de m'intéresser à la bande dessinée, j'ai eu l'immense plaisir de découvrir que les deux genres étaient réunis dans Contrapaso.
Nous sommes plongés dans l'Espagne franquiste des années 50, où le journalisme doit travailler pour servir le gouvernement d'un régime répressif. C'est là que nous faisons connaissance d'Emilio Sanz et Léon Lenoir, deux hommes que tout oppose mais qui fera un duo très attachant.
L'enquête commence par la découverte du corps sans vie d'une femme près d'un lac. Le scénario complexe et passionnant nous plonge dans le milieu médical psychiatrique et obstétrique afin de nous peindre un tableau noir de l'Espagne franquiste. Sans vouloir en dévoiler d'avantage, l'histoire s'achève en livrant les prémices du second volet de la série.
Le dessin est juste remarquable. Une richesse dans les détails et les couleurs nous laisse le temps d'observer chacune des vignettes de cette bande dessinée. Teresa Valero nous explique à la fin du livre l'application dans son travail des planches où le moindre élément de dessin est recherché.
C'est une bande dessinée absolument essentielle pour tous les adeptes de l'Histoire. Étant d'origine espagnole, j'ai certainement eu une lecture plus passionnée qu'elle n'aurait dû l'être. Je m'incline face au travail impressionnant de madame Valero. Mon petit bémol viendrait peut être de la complexité un peu poussée du scénario. En effet, j'ai dû plusieurs fois faire demi tour pour comprendre certains liens. La note maximale n'est pas loin.
Alors ça, c'est le coup de cœur ! Un énorme coup de cœur, aussi fort et puissant que peut l'être cette bande dessinée...
Autant le dessin de Moreau m'avait légèrement déçu sur Le Discours de la panthère, autant il est ici d'une justesse qui frôle la perfection. Evidemment, il a toujours cette particularité qui le rend parfois presque abstrait, mais cela ressemble plus à une touche impressionniste, qui colle merveilleusement avec l'atmosphère si unique des paysages d'Islande.
Chaque case dégage une ambiance à la fois grandiose, oppressante et tragique. Trois mots qui décrivent parfaitement l'ensemble de cette bande dessinée. Le récit inventé par Moreau est digne des sagas nordiques auxquelles il se réfère sans cesse. Se situant sur un délicat fil entre réalisme et fantastique, La Saga de Grimr réussit à mêler ces deux éléments avec un brio indéniable. Tout ce qui arrive à Grimr perçoit un écho immédiat dans la nature, comme si ces deux-là étaient connectés par une force intime et irrésistible.
Les dialogues de Moreau, absolument magiques, développent en outre tout une réflexion sur ce que doit être une saga (au sens littéraire du terme), comment raconter une histoire et son rapport avec la réalité. Cette quête mythologique de l'auteur (Jérémie Moreau mais aussi sa mise en abyme dans le récit) trouve ainsi son aboutissement dans le parcours tragique et héroïque de Grimr et sa quête existentielle. La présence du mystérieux personnage de l'ancien barde est alors comme une tutelle établie par Moreau sur le personnage qu'il a lui-même créé. Ainsi, le héros façonne son propre parcours, guidé et encouragé par l'auteur, sans qui il ne deviendrait jamais une légende.
Ainsi, tout, du début à la fin de cette bande dessinée, tient du prodige. Le style graphique de Moreau établit avec son style narratif une osmose impressionnante de justesse. Un souffle épique anime ce récit de la première à la dernière image, et concourt à faire de cette Saga de Grimr un récit incontournable pour tous les amateurs de grandes œuvres romanesques qui impriment la mémoire. La mémoire individuelle, bien sûr, mais on espère qu'elle imprimera tout autant la mémoire collective, pour s'imposer au fil du temps comme un jalon immense de la bande dessinée. En un mot, une œuvre culte.
Parue sans faire de bruit au mois de septembre, « La Couleur des choses » s’est imposée ces dernières semaines comme un mini-phénomène éditorial, bien en vue dans les têtes de gondole des libraires. Et on comprend pourquoi, même si un premier feuilletage n’est pas forcément engageant. En effet, quel intérêt pourrait avoir une bande dessinée (mais sommes-nous encore dans la bande dessinée ?) où les personnages sont remplacés par des petits cercles de couleur évoluant dans un décor minimaliste en vue aérienne ? Oui mais voilà, dès que l’on attaque la lecture, la magie opère. D’abord intrigué, on est vite happé par le récit, pour être ensuite littéralement hypnotisé par cet ouvrage décidément hors normes.
Et si le graphisme est d’une audace incroyable, la narration n’est pas en reste, tant s’en faut, avec un synopsis imparable, digne des meilleurs thrillers, assortie d’un dénouement « WTF » pour le moins inattendu. On est ému par le sort de ce pauvre garçon, Simon, sur qui des mauvaises fées ont dû lancer un sort à la naissance. Issu d’un milieu familial défavorisé, souffrant d’obésité et harcelé par les caïds du quartier, Simon aura toutefois cette « chance » d’avoir joué les bons numéros au tiercé sur les bons conseils d’une voyante à qui il avait rendu service. Mais quand on ne nait pas avec les bonnes cartes en main, même un coup de fortune comporte des revers… Putain de destin ! Le jeune garçon va se voir entraîné dans une spirale infernale que son statut de mineur va compliquer (non majeur, il ne pourra percevoir les gains sans l’aval de l’un de ses parents) et qui va lui faire perdre les dernières illusions de l’enfance. Car en effet, cette histoire de ticket gagnant placera Simon aux premières loges d’un spectacle peu glorieux, celui du monde des adultes où méchanceté, violence, convoitise et cupidité en seront les principaux protagonistes, où la couleur des choses prend souvent une teinte glauque.
Avec cette œuvre extrêmement ludique qui n’en est pas moins une peinture sociale édifiante de l’Angleterre contemporaine, dotée d’un humour discrètement acerbe, Martin Panchaud, auteur suisse tout juste quadragénaire, prend un malin plaisir à brouiller les codes du neuvième art par une lecture en vue aérienne, en substituant par exemple des plans de maison aux cases, en inventant une nouvelle iconographie par l’insertion de pictogrammes, représentations graphiques et divers symboles au milieu d’un déroulé narratif qui s’autorise toutes les fantaisies. Le résultat est véritablement bluffant, plaçant l’objet quelque part entre la pièce de théâtre, le jeu de plateau et l’appli de smartphone.
Démarche oubapienne révolutionnaire, qui n’est pas sans rappeler le travail d’un certain Chris Ware mais aussi cette vertigineuse machine à remonter le temps qu’est Ici, de Richard Mc Guire. Déjà récompensé par le Grand Prix de la critique, nommé en sélection officielle à Angoulême, il n’est pas du tout impossible que « La Couleur des choses » obtienne le Fauve ultime, mais on peut aisément parier sur une attribution du Prix de l’audace.
Chris Gooch est un jeune artiste australien bourré de talent (à mes yeux). Under Earth est sa deuxième bd publiée en France après Bottled.
Il aura fallu cinq ans pour qu'il accouche de ce pavé de 560 pages. Gloups.
Comme le titre l'indique, tout va se passer sous terre. L'action se situe dans un futur proche. A 600 m de profondeur des hommes et des femmes purgent une peine de prison, mais ici, ni cellules, ni barreaux, tout ce petit monde est libre de ses mouvements sous l'œil d'une police répressive. Une véritable fourmilière où il est nécessaire de travailler et/ou magouiller pour pouvoir se nourrir et se loger. La loi du plus fort est de mise. Une société violente, avec ses codes, s'est mise en place dans ce monde des plus répugnant.
On va suivre quatre personnages, on va les suivre par binômes.
D'abords, Ele et Zoé, deux femmes qui vivent de petits larcins pour le compte d'un caïd.
Ensuite, Malcolm, un grand balèze qui va prendre sous sa coupe Reece fraîchement débarqué.
Il est impossible de dissocier texte et dessin puisqu'ils sont intimement liés. La narration se fait avec un minimum de mots, c'est le dessin qui porte le récit avec beaucoup d'expressivité pour faire passer les émotions, un découpage dynamique (avec de superbes vues plongeantes pleine page) et une colorisation différente pour nos deux groupes, le jaune pour ces dames et un violet/lilas pour ces messieurs. Le rouge interviendra aussi dès que le sang coulera.
L'ensemble est très fluide et procure une lecture agréable.
Un style graphique très typé comics à la limite de la caricature. Les personnages ont des faciès laids comme le monde qui les entoure.
Un récit sur les rapports humains avec le meilleur et le pire, ils sont ici exacerbés.
J'ai beaucoup aimé cette descente aux enfers, pas réellement innovante mais magnifiquement réalisée et fraîchement sélectionnée au festival d'Angoulême.
Chris Gooch, un artiste que je vais suivre.
Coup de cœur.
Jours de sable est un one-shot particulièrement travaillé, que ce soit au niveau de la documentation (l'autrice y a passé 4 ans, à voyager et interviewer beaucoup de gens, dont la fameuse "Migrant mother") ou au niveau artistique. J'ai adoré cette BD qui est émouvante et raconte beaucoup de choses sur une période méconnue de l'histoire des Etats-Unis. Jours de sable traite du Dust Bowl, cette région au centre des USA qui pendant les années 30 a subi 10 ans de sécheresse, de tempêtes de sable et de poussière. Plus de deux millions de personnes ont dû émigrer et accepter un travail pénible. D'autres sont morts de faim ou de pneumonie. Ce fléau de poussière est en partie dû à l'agriculture intensive qui a retiré l'herbe des terres. Ainsi, au moindre coup de vent les particules s'élèvent dans les airs et ne retombent jamais, car tout est plat sur des centaines de kilomètres.
L'autrice a su retranscrire le caractère dramatique de cette période tragique, via son héros, un jeune photographe qui vient dans l'Oklahoma pour faire un reportage du phénomène. Le contact est difficile, il doit revoir entièrement sa méthode, et on s'attache à ce personnage qui se pose beaucoup de questions sur la moralité de sa démarche. Il s'inquiète pour les habitants, et finalement la photographie passe presque au second plan, tant il est ému par ces familles en déclin, condamnées à fuir ou mourir.
Visuellement, c'est généreux puisque Jours de sable contient de nombreuses pleines pages pour mieux décrire l'ampleur du phénomène climatique. J'aime beaucoup l'économie des bulles de dialogue, pour avoir lu beaucoup de BD qui ressemblent à des romans illustrés. La plupart du temps, la page est découpée en trois rangées seulement, ce qui donne beaucoup d'espace pour la mise en scène. Le découpage est plutôt sobre, avec quelques diagonales pour marques des transitions. Des photographies réelles viennent compléter le récit.
Ca m'a initié à cette période de l'histoire, je me suis empressé de regarder le documentaire Arte sur le Dust Bowl.
C'est un vrai coup de coeur pour moi, j'ai hâte de découvrir le reste de son travail.
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J’ai adoré cette histoire de la Malinche. Une histoire romancée basée sur des faits réels mais l’autrice comble les zones d’ombres de la vie de ce personnage historique par une proposition très convaincante. Le Mexique de l’époque m’a semblé très bien rendu et ce périple de la Malinche, qui reste à taille humaine, est réellement passionnant. L’auteur nous invite à suivre cette aventure sur une carte de la région et l’on s’aperçoit que de Potonchan a Tenochtitlan, il y a peut-être 300 kilomètres... Oui mais ces 300 kilomètres nous font traverser beaucoup de paysages et surtout de cultures amérindiennes et de langues ! Cette différence d’échelle par rapport à l’envahisseur espagnol est assez saisissante. L’autrice le dit en postface : la Malinche est un personnage clivant, souvent considérée comme traîtresse à son peuple et la vision proposée ici est à la fois romancée et orientée. Mais j’ai Beaucoup apprécié cette idée que Celle qui parle, simple interprète, jeune femme amérindienne d’une culture dominée par les hommes, subissant une invasion espagnole, ait pu influencer par la parole, par la culture, par la communication, la grande histoire… Un mot sur le dessin, qui n’est pas en reste, un dessin semi réaliste qui convient parfaitement à l’histoire et une colorisation très réussie, sachant rendre les ambiances. J’ai eu l’occasion d’échanger quelques mots avec l’autrice : il s’agit de sa première BD… de plus de 200 pages…pour un coup d’essai, c’est un coup de maître !
Babybox
C'est la première oeuvre de Jung que je lis et j'ai beaucoup apprécié son style graphique et narratif. Si la double recherche de ses origines (familiales et nationale) est assez classique, j'ai beaucoup aimé la façon dont Jung a traité ces sujets. Claire en tant qu'immigrée de la deuxième génération sans beaucoup de racines au pays se sent bien plus française que coréenne. Comme il n'y a pas de passif historique entre les deux pays son intégration est vraiment assez facile. C'est la découverte malheureuse de son abandon et de son adoption qui provoque un traumatisme qui remet tout en cause. J'ai trouvé le scénario très touchant capable d'induire de nombreuses questions sur la problématique de l'abandon. D'autant plus que Claire est abandonnée en 1982, époque où la Corée n'est plus le pays misérable des années 60. Jung n'apporte pas de réponse approfondie à cette problématique. C'est la reconstruction de Claire qui l'intéresse à travers la fin du récit. Cette reconstruction passe forcément par un deuil dans son passé. Jung nous propose une fin sous forme de réconciliation entre son passé et son présent qui peut paraître simpliste mais que je trouve porteuse d'avenir et qui me plait bien. J'ai découvert le graphisme de Jung qui m'a conquis immédiatement. Son trait est précis, fin et donne beaucoup de personnalité aux personnages. Ses extérieurs de Paris et surtout de Séoul créent une ambiance qui porte la dramaturgie du récit. J'aime beaucoup l'utilisation de ses gris et de ses noirs avec cette pointe de rouge qui renforce le tragique de la situation. Ses personnages sont vraiment attachants et la relation entre la soeur et le petit frère est très bien mise en image tout en lui donnant de la profondeur émotionnelle. Une superbe lecture qui me donne envie de poursuivre avec cet auteur.
Colorado train
Baf ! Grosse claque dans la tronche. J’ai tout aimé dans ce pavé. L‘histoire, sombre et désespérée au possible, se déroule dans une ancienne communauté minière pauvre et rongée par l’alcool et la drogue. Le lecteur suit le quotidien d’un groupe d’ados un peu rebelles et abandonnés à eux-mêmes, qui se retrouvent mêlés à une sombre histoire de meurtres. Les personnages sont attachants et l’intrigue est passionnante - la fin m’a pris à la gorge, je tournais les pages à toute vitesse pour arriver au dénouement… dénouement un peu trop ouvert pour moi, mais ça n’a pas du tout gâché ma lecture. J’ai beaucoup aimé le chapitre sur le passé du meurtrier, c’est vraiment bien vu. Je ne suis généralement pas fan de la lecture en musique, j’aime le silence pour me concentrer… cet album propose cependant une playlist Spotify (une chanson par chapitre) que j’ai écoutée lors de ma lecture, et je dois avouer que les morceaux (adaptés à chaque scène) ont vraiment contribué à l’ambiance. Génial ! C’est mon genre de musique en même temps (rock, grunge, punk). Je suis d’ailleurs en train de la réécouter en écrivant cet avis. Dommage d’avoir mis le lien en fin d’album, par contre. La mise en image est parfaite. Le noir et blanc colle parfaitement à l’atmosphère du récit. Un gros coup de cœur !
Hoka Hey !
Le dessin est très beau et la luminosité de la colorisation apporte un petit plus non négligeable. Le résultat est tout simplement superbe, avec de grandes illustrations qui sont autant de fenêtres vers cet ‘ailleurs’ que tout lecteur de bande dessinée recherche. Le temps d’une lecture, j’ai été dans ces plaines du far west, chevauchant aux côtés des personnages. Le scénario est aussi classique qu’efficace, porté par des personnages attachants. Les blancs ont ici le sale rôle alors que les indiens Lakota nous apparaissent comme justes dans leur obstination à garder leur identité et à ne pas se plier devant la loi du plus fort. Le caractère désespéré de leur quête, annonciateur d’une fin inéluctable, stimule d’autant plus notre empathie. La progression est très bien dosée, tant au niveau des caractères qui se dévoilent petit à petit qu’au niveau de la relation qui va se nouer entre Little Knife et Georges ou qu’au niveau de la fuite en avant de l’équipée peu à peu rattrapée par un implacable tueur à gage (et même ce dernier se verra doté d’une personnalité moins évidente qu’il n’y paraissait au premier regard). La fin en deux temps est des plus réussies, jouant de notre espérance en un avenir apaisé et de notre envie de justice. C'est le genre de fin que l'on garde en mémoire tant elle éveille en nous des sentiments contradictoires. Franchement, je n’ai aucun reproche à formuler. Alors culte ? Oui ! D’abord parce que c’est un album que j’ai adoré, ensuite parce qu’il semble faire l’unanimité alors même qu’il sort un peu de nulle part.
Penss et les plis du monde
Un peu plus mitigé sur cet album que la prodigieuse Saga de Grimr. D'un côté, le dessin de Jérémie Moreau est toujours fabuleux, et il sait magnifier le monde comme il le faisait sur sa saga islandaise. D'un autre côté, j'ai eu plus de mal à comprendre où l'auteur voulait nous en faire venir. Il nous montre un homme préhistorique qui découvre les bienfaits de l'agriculture et les améliorations indéniables qu'elle apporte à la vie de chacun, mais pourtant, on dirait qu'à la fin, les personnages laissent tout tomber pour revenir à leur mode de vie antérieur. En fait, plus généralement, j'ai eu l'impression que Moreau établissait une opposition entre l'agriculture et la chasse qui n'a pas vraiment lieu d'être, même si un personnage insiste sur leur complémentarité. En-dehors de cela, Penss et les plis du monde reste une excellente lecture pour un tas de raisons. Si le personnage principal n'a rien de sympathique (il est même limite antipathique), l'ensemble des personnages n'en est pas moins plutôt attachant. Mais c'est surtout l'évolution du héros et de son regard que j'ai trouvé captivante. A une époque où certains veulent absolument décentrer le regard de l'Homme pour ne plus se tourner vers la nature (ce qui n'est une mauvaise chose que si elle est poussée à l'extrême, entendons-nous), Jérémie Moreau nous invite à la démarche inverse : oui, le Monde est magnifique et l'Homme ne le voit pas. Mais sans l'Homme, il ne rime plus à grand-chose. Ainsi, Penss est au début du récit un miroir inversé de ceux qui l'entourent. Les hommes ignorent le monde et lui ignore les hommes. Au fur et à mesure du récit, toutefois, le protagoniste apprend à compter sur les hommes et comprend qu'eux aussi ont leur place dans le monde, qu'eux aussi participent à la beauté du monde et de la vie. C'est ce qui fait de Penss et les plis du monde un joli récit : il ne s'agit pas seulement d'une bande dessinée écologiste, mais aussi humaniste. Ce n'est qu'ainsi qu'elle est vraiment complète. C'est donc une très belle œuvre que Jérémie Moreau signe là, en s'appuyant toujours sur son trait solide, ses images puissantes et ses dialogues emplis de poésie. Maintenant, il subsiste cette ambiguïté soulignée en début d'avis que je peine un peu à comprendre, mais il est possible qu'avec le recul, cette bande dessinée vieillisse de mieux en mieux dans mon esprit et que je lui accorde la quatrième étoile que j'ai pour l'instant du mal à lui attribuer. 3,5/5
Contrapaso
Par où commencer? Bon, je me lance... Prix des "Bulles de Sang d'Encre 2022", récompense que je suis attentivement depuis 4 ans, je ne pouvais faire autrement que de m'approprier cette oeuvre. Amateur de romans historiques avant de m'intéresser à la bande dessinée, j'ai eu l'immense plaisir de découvrir que les deux genres étaient réunis dans Contrapaso. Nous sommes plongés dans l'Espagne franquiste des années 50, où le journalisme doit travailler pour servir le gouvernement d'un régime répressif. C'est là que nous faisons connaissance d'Emilio Sanz et Léon Lenoir, deux hommes que tout oppose mais qui fera un duo très attachant. L'enquête commence par la découverte du corps sans vie d'une femme près d'un lac. Le scénario complexe et passionnant nous plonge dans le milieu médical psychiatrique et obstétrique afin de nous peindre un tableau noir de l'Espagne franquiste. Sans vouloir en dévoiler d'avantage, l'histoire s'achève en livrant les prémices du second volet de la série. Le dessin est juste remarquable. Une richesse dans les détails et les couleurs nous laisse le temps d'observer chacune des vignettes de cette bande dessinée. Teresa Valero nous explique à la fin du livre l'application dans son travail des planches où le moindre élément de dessin est recherché. C'est une bande dessinée absolument essentielle pour tous les adeptes de l'Histoire. Étant d'origine espagnole, j'ai certainement eu une lecture plus passionnée qu'elle n'aurait dû l'être. Je m'incline face au travail impressionnant de madame Valero. Mon petit bémol viendrait peut être de la complexité un peu poussée du scénario. En effet, j'ai dû plusieurs fois faire demi tour pour comprendre certains liens. La note maximale n'est pas loin.
La Saga de Grimr
Alors ça, c'est le coup de cœur ! Un énorme coup de cœur, aussi fort et puissant que peut l'être cette bande dessinée... Autant le dessin de Moreau m'avait légèrement déçu sur Le Discours de la panthère, autant il est ici d'une justesse qui frôle la perfection. Evidemment, il a toujours cette particularité qui le rend parfois presque abstrait, mais cela ressemble plus à une touche impressionniste, qui colle merveilleusement avec l'atmosphère si unique des paysages d'Islande. Chaque case dégage une ambiance à la fois grandiose, oppressante et tragique. Trois mots qui décrivent parfaitement l'ensemble de cette bande dessinée. Le récit inventé par Moreau est digne des sagas nordiques auxquelles il se réfère sans cesse. Se situant sur un délicat fil entre réalisme et fantastique, La Saga de Grimr réussit à mêler ces deux éléments avec un brio indéniable. Tout ce qui arrive à Grimr perçoit un écho immédiat dans la nature, comme si ces deux-là étaient connectés par une force intime et irrésistible. Les dialogues de Moreau, absolument magiques, développent en outre tout une réflexion sur ce que doit être une saga (au sens littéraire du terme), comment raconter une histoire et son rapport avec la réalité. Cette quête mythologique de l'auteur (Jérémie Moreau mais aussi sa mise en abyme dans le récit) trouve ainsi son aboutissement dans le parcours tragique et héroïque de Grimr et sa quête existentielle. La présence du mystérieux personnage de l'ancien barde est alors comme une tutelle établie par Moreau sur le personnage qu'il a lui-même créé. Ainsi, le héros façonne son propre parcours, guidé et encouragé par l'auteur, sans qui il ne deviendrait jamais une légende. Ainsi, tout, du début à la fin de cette bande dessinée, tient du prodige. Le style graphique de Moreau établit avec son style narratif une osmose impressionnante de justesse. Un souffle épique anime ce récit de la première à la dernière image, et concourt à faire de cette Saga de Grimr un récit incontournable pour tous les amateurs de grandes œuvres romanesques qui impriment la mémoire. La mémoire individuelle, bien sûr, mais on espère qu'elle imprimera tout autant la mémoire collective, pour s'imposer au fil du temps comme un jalon immense de la bande dessinée. En un mot, une œuvre culte.
La Couleur des choses
Parue sans faire de bruit au mois de septembre, « La Couleur des choses » s’est imposée ces dernières semaines comme un mini-phénomène éditorial, bien en vue dans les têtes de gondole des libraires. Et on comprend pourquoi, même si un premier feuilletage n’est pas forcément engageant. En effet, quel intérêt pourrait avoir une bande dessinée (mais sommes-nous encore dans la bande dessinée ?) où les personnages sont remplacés par des petits cercles de couleur évoluant dans un décor minimaliste en vue aérienne ? Oui mais voilà, dès que l’on attaque la lecture, la magie opère. D’abord intrigué, on est vite happé par le récit, pour être ensuite littéralement hypnotisé par cet ouvrage décidément hors normes. Et si le graphisme est d’une audace incroyable, la narration n’est pas en reste, tant s’en faut, avec un synopsis imparable, digne des meilleurs thrillers, assortie d’un dénouement « WTF » pour le moins inattendu. On est ému par le sort de ce pauvre garçon, Simon, sur qui des mauvaises fées ont dû lancer un sort à la naissance. Issu d’un milieu familial défavorisé, souffrant d’obésité et harcelé par les caïds du quartier, Simon aura toutefois cette « chance » d’avoir joué les bons numéros au tiercé sur les bons conseils d’une voyante à qui il avait rendu service. Mais quand on ne nait pas avec les bonnes cartes en main, même un coup de fortune comporte des revers… Putain de destin ! Le jeune garçon va se voir entraîné dans une spirale infernale que son statut de mineur va compliquer (non majeur, il ne pourra percevoir les gains sans l’aval de l’un de ses parents) et qui va lui faire perdre les dernières illusions de l’enfance. Car en effet, cette histoire de ticket gagnant placera Simon aux premières loges d’un spectacle peu glorieux, celui du monde des adultes où méchanceté, violence, convoitise et cupidité en seront les principaux protagonistes, où la couleur des choses prend souvent une teinte glauque. Avec cette œuvre extrêmement ludique qui n’en est pas moins une peinture sociale édifiante de l’Angleterre contemporaine, dotée d’un humour discrètement acerbe, Martin Panchaud, auteur suisse tout juste quadragénaire, prend un malin plaisir à brouiller les codes du neuvième art par une lecture en vue aérienne, en substituant par exemple des plans de maison aux cases, en inventant une nouvelle iconographie par l’insertion de pictogrammes, représentations graphiques et divers symboles au milieu d’un déroulé narratif qui s’autorise toutes les fantaisies. Le résultat est véritablement bluffant, plaçant l’objet quelque part entre la pièce de théâtre, le jeu de plateau et l’appli de smartphone. Démarche oubapienne révolutionnaire, qui n’est pas sans rappeler le travail d’un certain Chris Ware mais aussi cette vertigineuse machine à remonter le temps qu’est Ici, de Richard Mc Guire. Déjà récompensé par le Grand Prix de la critique, nommé en sélection officielle à Angoulême, il n’est pas du tout impossible que « La Couleur des choses » obtienne le Fauve ultime, mais on peut aisément parier sur une attribution du Prix de l’audace.
Under Earth
Chris Gooch est un jeune artiste australien bourré de talent (à mes yeux). Under Earth est sa deuxième bd publiée en France après Bottled. Il aura fallu cinq ans pour qu'il accouche de ce pavé de 560 pages. Gloups. Comme le titre l'indique, tout va se passer sous terre. L'action se situe dans un futur proche. A 600 m de profondeur des hommes et des femmes purgent une peine de prison, mais ici, ni cellules, ni barreaux, tout ce petit monde est libre de ses mouvements sous l'œil d'une police répressive. Une véritable fourmilière où il est nécessaire de travailler et/ou magouiller pour pouvoir se nourrir et se loger. La loi du plus fort est de mise. Une société violente, avec ses codes, s'est mise en place dans ce monde des plus répugnant. On va suivre quatre personnages, on va les suivre par binômes. D'abords, Ele et Zoé, deux femmes qui vivent de petits larcins pour le compte d'un caïd. Ensuite, Malcolm, un grand balèze qui va prendre sous sa coupe Reece fraîchement débarqué. Il est impossible de dissocier texte et dessin puisqu'ils sont intimement liés. La narration se fait avec un minimum de mots, c'est le dessin qui porte le récit avec beaucoup d'expressivité pour faire passer les émotions, un découpage dynamique (avec de superbes vues plongeantes pleine page) et une colorisation différente pour nos deux groupes, le jaune pour ces dames et un violet/lilas pour ces messieurs. Le rouge interviendra aussi dès que le sang coulera. L'ensemble est très fluide et procure une lecture agréable. Un style graphique très typé comics à la limite de la caricature. Les personnages ont des faciès laids comme le monde qui les entoure. Un récit sur les rapports humains avec le meilleur et le pire, ils sont ici exacerbés. J'ai beaucoup aimé cette descente aux enfers, pas réellement innovante mais magnifiquement réalisée et fraîchement sélectionnée au festival d'Angoulême. Chris Gooch, un artiste que je vais suivre. Coup de cœur.
Jours de sable
Jours de sable est un one-shot particulièrement travaillé, que ce soit au niveau de la documentation (l'autrice y a passé 4 ans, à voyager et interviewer beaucoup de gens, dont la fameuse "Migrant mother") ou au niveau artistique. J'ai adoré cette BD qui est émouvante et raconte beaucoup de choses sur une période méconnue de l'histoire des Etats-Unis. Jours de sable traite du Dust Bowl, cette région au centre des USA qui pendant les années 30 a subi 10 ans de sécheresse, de tempêtes de sable et de poussière. Plus de deux millions de personnes ont dû émigrer et accepter un travail pénible. D'autres sont morts de faim ou de pneumonie. Ce fléau de poussière est en partie dû à l'agriculture intensive qui a retiré l'herbe des terres. Ainsi, au moindre coup de vent les particules s'élèvent dans les airs et ne retombent jamais, car tout est plat sur des centaines de kilomètres. L'autrice a su retranscrire le caractère dramatique de cette période tragique, via son héros, un jeune photographe qui vient dans l'Oklahoma pour faire un reportage du phénomène. Le contact est difficile, il doit revoir entièrement sa méthode, et on s'attache à ce personnage qui se pose beaucoup de questions sur la moralité de sa démarche. Il s'inquiète pour les habitants, et finalement la photographie passe presque au second plan, tant il est ému par ces familles en déclin, condamnées à fuir ou mourir. Visuellement, c'est généreux puisque Jours de sable contient de nombreuses pleines pages pour mieux décrire l'ampleur du phénomène climatique. J'aime beaucoup l'économie des bulles de dialogue, pour avoir lu beaucoup de BD qui ressemblent à des romans illustrés. La plupart du temps, la page est découpée en trois rangées seulement, ce qui donne beaucoup d'espace pour la mise en scène. Le découpage est plutôt sobre, avec quelques diagonales pour marques des transitions. Des photographies réelles viennent compléter le récit. Ca m'a initié à cette période de l'histoire, je me suis empressé de regarder le documentaire Arte sur le Dust Bowl. C'est un vrai coup de coeur pour moi, j'ai hâte de découvrir le reste de son travail.