La nouvelle série de Matt Fraction (Sex Criminals) débarque en France chez… Sarbacane, un éditeur pas forcément spécialisé dans les comics, mais qui ont eu du flair sur le coup. J’avais découvert le tome 1 VO en librairie, attiré par la couverture élégante et le résumé vraiment intriguant… une semaine plus tard j’achetais le reste !
« November » raconte les mésaventures de 3 femmes sans lien apparent, qui se retrouvent malgré elles réunies et confrontées à une organisation criminelle mise en place par des flics aussi pourris que violents. Mais, ça, on ne le comprend que beaucoup plus tard. La narration « Tarantinesque » est en effet volontairement nébuleuse, l’auteur passe d’une protagoniste à l’autre et fait de nombreux sauts temporels pas toujours très clairs. Il faut s’accrocher, surtout lors des premiers chapitres, les réponses finissant par arriver. En tout cas l’histoire est tellement haletante que j’ai avalé les 4 tomes VO d’une traite (la VF est en 2 tomes). L’intrigue est bien construite, noire et pessimiste au possible, avec une brochette de personnages désespérés aux personnalités bien définies. La fin est bien amenée, avec une vision de l’unité des victimes assez poignante.
Un détail intéressant : les victimes innocentes sont tous des femmes (y compris leurs partenaires, Dee et Key étant lesbiennes), et les « méchants » tous des hommes.
La mise en image de Elsa Charretier et les couleurs pastelles de Matt Hollingsworth donnent vraiment du cachet aux albums. Le dessin est élégant, et le découpage alterne entre grandes cases et petites cases plus nombreuses montrant divers détails dans les décors. Les cadrages sont réussis, les scènes d’action sont dynamiques… bref, les planches ont de la gueule.
Voila, un chouette polar noir et violent, terminé en 2 tomes VF (ou 4 tomes VO).
Bienvenue dans l'histoire drôlement cauchemardesque d'un manoir hanté, demeure d'un savant fou où cohabitent fantômes, squelettes et monstres (plus ou moins radioactifs) ...Une BD pleine d'humour, des dessins bien exécutés, un création qui attise l'imagination...un univers à découvrir !
Vous voulez savoir comment financièrement le parti nazi a pu appliquer son programme et comment l’Allemagne tout particulièrement a réussi à se reconstruire après la première guerre mondiale malgré toutes les contraintes qui ont été dicté par les « vainqueurs » ? Vous trouverez pratiquement toutes les réponses dans cet ouvrage « Le Banquier du Reich » réalisé par Pierre Boisserie et Philippe Guillaume au scénario, et par Cyrille Ternon au dessin.
Le lecteur est invité à suivre Hjalmar Schacht considéré comme le grand argentier du Reich et comme l’un des plus grands économistes de l’époque. Cet homme a été tellement obsédé par les conséquences néfastes du traité de Versailles sur son pays qu’il n’avait qu’un seul but : relancer l’économie de l’Allemagne afin d’endiguer l’extrême pauvreté et l’effrayant taux de chômage qui ont plongé son pays dans une grave récession suite à la signature de ce fameux traité.
Tellement obsédé par cet objectif qu’il a laissé passer non sans remords au second plan l’idéologie du parti nazi.
On suit donc l’itinéraire de ce banquier antipathique ayant une haute opinion de lui-même, hautain, très sûr de lui et relativement dégradant envers tous ceux qui ne partagent pas ses opinions. Et pourtant, j’ai été vachement fasciné par ce personnage !
Il faut dire que les auteurs nous ont pondu une bande dessinée particulièrement agréable à feuilleter que ce soit scénaristiquement que graphiquement. On a là une mini-série qui nous prend par la main jusqu’à ce qu’on ne lâche plus la lecture jusqu’à son dénouement.
Ceux qui ont adoré « Il était une fois en France » retrouveront de nombreuses similitudes avec « Le Banquier du Reich »… et il y a fort à parier qu’ils vont se régaler à sa lecture !
Fans d’histoire et lecteurs curieux des questions relatives à la seconde guerre mondiale, ne ratez pas cette bande dessinée qui mériterait une plus grande visibilité qu’il ne l’est actuellement.
Quant aux autres bédéphiles, laissez-vous tenter tout de même par son feuilletage parce que ce personnage s’avère attachant malgré ses nombreux travers.
Un superbe western.
Hoka Hey est le cri de guerre des indiens Lakota.
Changement d'éditeur, mais la qualité est toujours présente avec le label 619. Dos toilé et pagination importante.
Je vais commencer par le dessin qui m'a transporté dans ces paysages grandioses de l'ouest américain. Un trait fin, précis et foisonnant de détails.
Les couleurs sont tantôt chaudes pour les vastes plaines, tantôt froides dans les forêts avec juste quelques rayons du soleil qui transpercent la canopée. Les effets de lumière sont à tomber par terre. Une mise en page cinématographique pour une immersion totale dans un Far West sauvage et immense.
Un western qui met en lumière un peuple parqué dans des réserves. C'est dans l'une d'entre elles que vit Georges dans le Dakota, jeune amérindien de la tribu Lakota élevé par un pasteur et sa route va croiser un trio improbable. Un irlandais allergique au savon, une indienne qui cache son visage derrière un foulard et Little Knife, un guerrier Lakota au tempérament sanguin. Georges, bien malgré lui, va accompagner cette troupe en quête de vengeance. Mais un chasseur de primes est à leurs trousses.
Le long périple ne sera pas de tout repos, la violence et la mort seront du voyage.
Une narration qui alterne les moments d'action et ceux plus calmes qui permettent d'approfondir les relations qui se nouent entre Georges et ses trois acolytes. Des personnages attachants aux passés torturés.
Un récit qui est aussi le prétexte pour montrer la tentative des États-Unis d'anéantir un peuple par l'absorption, de transformer en "blanc" tous les amérindiens par la culture et la religion. Un album sur le déracinement et sa place dans ce nouveau monde.
Neyef a fait un travail remarquable de recherches sur la culture des Lakota, un mode de vie très proche de la nature. Elle est formidablement retranscrite et par les temps qui courent, on ferait bien de prendre exemple. Mais aussi un monde avec quelques coutumes barbares.
Un scénario maîtrisé de bout en bout.
Un album pour les aficionados du western, mais aussi pour tous les autres.
Coup de cœur.
Hoka Hey !
Lecture agréable où le rire est présent :
Il y a un humour absurde comme je l’aime parfois, avec des situations loufoques, les personnages sont tous ridicules et opposés à ce que l’on voit dans les romans de chevalerie classiques. L’auteur glisse de nombreuses références à certains classiques qui sont bien amenées et permettent encore plus de rire
Un bon moment de détente, crée par un auteur ayant fait rire trois générations dans ma famille et que je conseille.
Et je vous conseille aussi Le Génie des alpages du même auteur, ayant la même ambiance
Manimal : Les vieux de la veille se souviennent probablement de cette courte série télé américaine diffusée sur FR3, euh France 3 dans les années 80. Si l'ensemble de cette oeuvre n'aura pas perduré dans la durée (annulée par manque d'audience outre-Atlantique), ses multiples rediffusions plus son caractère fantastique auront marqué durablement les gamins que nous étions, à savoir un justicier ayant la faculté de se transformer par la pensée en n'importe quel animal (mais surtout en faucon et en panthère pour des raisons probablement budgétaires).
Anouk Ricard s'est souvenue également de cette série et décide dès lors d'en développer sa propre version gauloise. Jonathan Chase devient ainsi Francis et sera Animan avec les mêmes pouvoirs mais dans un contexte assumé cette fois pour la rigolade !
La bande dessinée étant sans limites coté effets spéciaux, cette fois notre brave héros va devenir tour à tour un toutou pour discuter avec les chiens, une guêpe pour piquer les malfrats ou même un lombric pour aller mener une enquête outre tombe au sens propre !!!
Bien évidemment notre héros va trouver sur sa route son ennemi juré, Objecto dont la particularité est de se transformer en objets familiers !
Une nouvelle fois, le sens de la dérision de Anouk Ricard fait mouche. Ses dessins si simples forment un parfait contrepoids avec des dialogues absurdes et le rire est souvent au rendez=vous ! Francis vit avec une grenouille dotée de la parole et qui ignore la double vie de son compagnon. L'ensemble est un mélange déconnant de vie de couple, d'enquêtes improbables sans oublier l'aspect super héros dans un rythme pétaradant entrecoupé de petits strips.
Animan c'est un peu la synthèse de tout son travail, de Commissaire Toumi à Boule de Feu, et si elle dessine toujours aussi mal les voitures, son trait naïf participe grandement à la cohésion de l'ensemble sur un ton résolument décalé. Que du bonheur à lire et à relire, encore un sans fautes pour une autrice décidément pas comme les autres.
Quand la Bd était sortie en 2014, je ne pensais pas m'y intéresser, et puis finalement au vu des dessins en feuilletant par curiosité en bibli, je me suis lancé dans cette aventure, et j'ai bien fait.
On est quasiment immergé dans cet univers animalier post-apocalyptique, sombre, chaotique, impitoyable et dangereux grâce à un scénario parfaitement conduit à défaut d'une grande originalité. Car en fait, j'y ai retrouvé un ton, des situations et un univers assez semblable à celui de Conan, lorsqu'il erre en quête de gloire et de richesses ; la différence ici c'est que Solo et la plupart des autres espèces animalières errent dans ce monde détruit à la recherche de nourriture, sinon on se fait bouffer. Je vois à droite à gauche que c'est un Mad Max animalier, un univers à la Mad Max... je dirais oui et non, il n'y a pas ici de quête pour l'essence, c'est seulement pour bouffer, de plus dans les Mad Max, du moins dans le 1er film, il n'y a que des humains d'une part, et le monde ne semble pas encore complètement détruit d'autre part, il est sauvage mais il y a encore une once de civilisation, c'est dans l'opus 2 que ça devient plus sauvage et plus apocalyptique, on sent que les hommes ont fait péter la planète.
Chez Solo, il y a aussi des humains, mais les animaux anthropoïdes sont plutôt dominants et ne cessent de se battre, soit pour assurer leur survie, soit en arène comme des gladiateurs. A cela s'ajoute une petit côté fantasy dans cet univers, surtout marqué par les silhouettes de gros bourrins des personnages, les armes blanches qu'ils emploient, et leurs techniques de combat, même le décor dévasté et désertique rappelle un peu le genre fantasy. En tout cas, ce monde a beau être désertique, il est très riche et dense au niveau background. Le héros a beau être un personnage badass, il est très attachant, et c'est pourquoi on ressort triste et un peu dépité je l'avoue à la lecture du tome 3 car l'auteur n'hésite pas à le tuer, clôturant un cycle exceptionnel nourri d'un mélange d'action et de réflexion, soutenu par un dessin hors norme d'un dynamisme rare.
Parlons-en de ce dessin justement : Oscar Martin est un dessinateur très talentueux, décidément ces dessinateurs espagnols ne cesseront de m'émerveiller. Sa technique anthropomorphique est poussée au maximum avec un grand brio, comme chez son compatriote Guarnido, croquant des personnages hyper musclés et très expressifs, on les reconnait tous ; son trait est rugueux, épais, puissant, et possède en même temps un petit air disneyen, la colorisation dans des tons de beige, de gris et de couleurs approchantes est bien dosée, ses cadrages et ses dessins en pleine-page ont aussi un impact énorme, dommage que le format d'album choisi soit petit, ces dessins se seraient peut-être senti moins à l'étroit dans un format d'album normal, je sais pas ; l'auteur compense le format par le nombre de pages qui est conséquent. En tout cas, j'adore ce dessin, c'est une belle claque graphique.
J'en viens à présent au gros défaut qui m'empêche de noter 5/5 : la voix off qui permet à Solo d'exprimer ses pensées sur la difficulté de construire son identité quand on doit tuer pour exister ; l'idée est bonne, mais ça aurait été cent fois mieux à petite dose, là on a un dialogue intérieur en texte narratif trop envahissant, trop verbeux, qui tend à ralentir la lecture et qui devient vite pénible. C'est dommage.
Maintenant, est-ce que la série aurait dû s'en tenir à ce cycle de 3 albums qui se termine par la mort stupide de Solo ? Je répond oui, pour moi ça aurait pu rentrer parmi les Bd exceptionnelles par sa dimension rare. Vouloir continuer est certes concevable, je le comprend, d'autant que le nouveau cycle qui démarre avec Legatus, fils spirituel de Solo, se révèle plus psychologique, renouvelant le concept tout en gardant un lien avec le premier cycle car l'ombre de Solo plane dessus, tout au moins avec le tome 4 qui est encore d'un bon niveau. Le premier cycle était sans doute plus brut de décoffrage, avec une succession de bastons, de massacres et d'étripages qui revenaient un peu trop souvent, mais le fond était d'une richesse inouïe ; on y décelait même de l'amour et de l'humanisme, un vrai paradoxe avec ces personnages animaliers. Dans ce second cycle, il y a un peu moins d'action, plus d'introspection, mais au final, ça finit par répéter un peu le premier cycle, je l'ai trouvé moins attractif, sans trop de renouvellement, d'ailleurs je n'ai pas vraiment apprécié le tome 5.
Je garde quand même un excellent moment de lecture, la série (et surtout son premier cycle) est une totale réussite.
C'est une lecture qui résonne d'une manière particulière pour moi. Malgré les différences, je me suis retrouvé dans quelques situations du mundélè Laurent de cette histoire.
La différence d'âge, la différence d'approche sur us et coutumes de chaque continent et le rôle de chacun dans le foyer conjugal sont des difficultés d'un couple mixte bien observées par KHP.
J'ai trouvé les personnalités de Laurent, Naomie et Yevline très finement travaillées et correspondant à l'ambiguïté des rapports humains très présente en l'Européen et l'Africaine, même quand ces rapports sont sincères.
Entre doute et confiance, sincérité et incompréhension le métissage des corps et des cultures n'est pas un chemin toujours aisé.
KHP utilise parfois un discours un brin moralisateur mais propose une conclusion assez optimiste et loin d'une vision fondamentaliste puritaine pour la femme africaine moderne ce qui me convient très bien.
Pour goûter pleinement l'originalité du graphisme de KHP il faut lire le petit dossier en fin d'ouvrage. Son trait est fin, précis et constant. Son N&B fait un peu crayonné scolaire manquant de fantaisie mais son style réaliste rend des personnages très vivants et des jeunes femmes très belles.
C'est assez rare de trouver dans une BD africaine des scènes de sexe aussi poussées. Le dessin de KHP porte une charge érotique puissante. Je ne proposerai donc pas cette BD au moins de 15 ans.
J'ai bien apprécié cette série et découvert un artiste qui possède un bien beau talent.
J'allais en librairie pour commander la BD de Beethoven - Le prix de la liberté. Je ne suis pas sorti les mains vides! J'avais lu que le duo d'auteurs avait ce projet sur Jimi Hendrix, mais je ne m'attendais pas à voir l'ouvrage dans les rayons.
Il faut commencer par préciser que le travail bien fait commence dès la fabrication de cette BD, au format carré. Rare et tellement plaisant, ça colle beaucoup trop bien avec le remplissage du dessin, qui gagne en matière grâce au papier épais. La couverture toilée est sobre et classe. On est sur un petit plaisir du toucher.
C'est le seul duo d'auteurs capable de couper mon cerveau en deux. Dupont me donne envie de dévorer les planches pour le style narratif exceptionnel et son écriture à la fois tranchante et fluide. Et Mezzo me fait rester sur chaque case à contempler ces petits tableaux qui nous sont offerts. Cette osmose a par ailleurs un double intérêt pour les lecteurs:
- mettre en avant une quantité infinie d'informations sur l'histoire du blues : salles de concert, vinyles, relations entre les stars, chansons du moment...
- tenter de raconter ce récit qui pourrait permettre aux plus néophytes d'y trouver son compte
Avec Robert Johnson (voir Love in Vain), l'histoire est racontée telle une légende, essentiellement parce-que les archives ne sont pas très fournies pour les artistes noirs des années 20. Ici, l'ère contemporaine a évolué: le blues emporte tout le monde et les enregistrements/écrits foisonnent. On peut donc profiter d'une pléthore de références habillant subtilement le récit. Pour moi, c'est une jouissance de trouver toute cette mine d'informations. Je n'aime pas le côté people accolé aux célébrités, mais là comprenez que les plus grands esprits se rencontrent... C'est l'apogée du blues, l'avènement de la guitare électrique, l'affirmation et l'émancipation de la "black culture" par la musique. Et c'est aussi une période de rude concurrence où la communauté noire voyait la musique comme un moyen permettant de quitter la misère et l'anonymat. C'est donc une période majeure pour le monde musical, et les auteurs savent bien nous le rappeler.
Voilà dans quoi se trouve Jimi Hendrix. Pour lui, la vie aura toujours été une galère prête à chavirer. Je pense que les personnes moins fans du thème trouveront des répétitions (échec > succès > échec ...). Mais vous voyez bien que je ne compte pas donner une seule critique négative. L'évolution du personnage est parfaite, la réussite de ce Jimi est aussi bien graphique que psychologique. On a le sentiment de suivre ses pas comme si l'on marchait à ses côtés. Niveau structure du récit, le dosage donné à chaque période de sa vie est idéal pour moi, sachant qu'un deuxième tome reste à publier. Un deuxième tome, rendez-vous compte, je nage en plein bonheur...
Pour le dessin, qu'est-ce qui n'a pas encore été dit... On reconnaît Mezzo et sa patte continue d'évoluer. Il faut lire Love in Vain. Désolé mais c'est un ordre (pour votre bien ceci dit). Avec Kiss the Sky, une quantité pharaoniques de célébrités nous est présentée. Le risque était de se perdre à différencier tous ces personnages placés au milieu de scènes bondées. Eh bah non! Même pas! Le talent c'est le travail, et je serais tenté de dire que Mezzo a dû en suer pour crayonner tout ce casting. Je crois qu'il a poussé encore plus loin le réalisme dans son trait pour permettre des distinctions aussi limpides. Les portraits, les expressions, les comportements corporels, les guitares... Un vrai travail d'historien avec le point de vue artistique. J'ai vraiment baigné dans cet univers graphique. Et puis, les femmes... je ne devrais pas les limiter à l'esthétisme car elles ont une part très importante dans le récit, mais 'My word!' qu'elles sont belles!
L'attente des publications signées par Mezzo peut sembler outrageusement longue. Mais il suffit de voir le résultat de son travail pour comprendre et adhérer à la fréquence de ses créations. Jean Michel Dupont place la barre aussi haute, car il participe aussi bien à la mise en situation qu'au ton du récit. Ces deux-là se sont bien trouvés. Le dessin répond au texte, et inversement, comme l'art du contre-point que l'on retrouve en musique. Un travail d'orfèvre. Il est évident que les auteurs respectent profondément le guitariste, en offrant une biographie singulière et très personnelle, en plaçant les consommations de drogue en retrait du scénario. Et c'est un fait assez rare pour être souligner, parce-que j'en ai un peu marre de l'image facile du "drogué" qui est injustement retenue plus que tout le reste.
Pour les amoureux du blues, c'est un must-have qu'il faut acheter les yeux fermés. Les références sont infinies et les friandes anecdotes de l'époque ne vous lasseront jamais. Pour les lecteurs un peu moins branchés sur cette musique, la sécurité serait plutôt de l'emprunter dans un premier temps.
L'histoire de Jimi Hendrix, du blues/rock et de la black music racontée dans une petite œuvre d'art de 24,5€.
Philéas surfe sur le succès des adaptations en BD. En voilà encore une qui mérite toute votre attention. Du polar bien noir, original avec un décor à vous glacer jusqu’aux os !
Un cheval a été mutilé de façon atroce. L’ADN retrouvé sur les lieux de cette boucherie chevaline appartient à un dangereux criminel pourtant enfermé dans un établissement psychiatrique ultra sécurisé à quelques kilomètres de là !
Il y a du rythme. Plus on avance dans cette histoire angoissante, plus l’ambiance devient oppressante. C’est délicieux. L’atmosphère vous prend littéralement aux tripes. Vous êtes pris entre les montagnes impressionnantes, l’hôpital psychiatrique, et la neige. Le tout – nous sommes vernis – dans la pénombre des longues soirées de l’hiver pyrénéen. Grrrrr ! oui oui vous allez greloter ! Chapeau bas à Mig pour avoir su réaliser ce climat tout en mode blanc bleu si particulier.
Je vous le dis, pour la fin, vous aurez beau vous creuser la tête, tourner les pages, revenir en arrière, vous ne trouverez pas le dénouement. Et ça c’est vraiment brillant. L’histoire vous tient en haleine. Une belle surprise glacée que je vous recommande vivement. C’est diaboliquement bon.
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La nouvelle série de Matt Fraction (Sex Criminals) débarque en France chez… Sarbacane, un éditeur pas forcément spécialisé dans les comics, mais qui ont eu du flair sur le coup. J’avais découvert le tome 1 VO en librairie, attiré par la couverture élégante et le résumé vraiment intriguant… une semaine plus tard j’achetais le reste ! « November » raconte les mésaventures de 3 femmes sans lien apparent, qui se retrouvent malgré elles réunies et confrontées à une organisation criminelle mise en place par des flics aussi pourris que violents. Mais, ça, on ne le comprend que beaucoup plus tard. La narration « Tarantinesque » est en effet volontairement nébuleuse, l’auteur passe d’une protagoniste à l’autre et fait de nombreux sauts temporels pas toujours très clairs. Il faut s’accrocher, surtout lors des premiers chapitres, les réponses finissant par arriver. En tout cas l’histoire est tellement haletante que j’ai avalé les 4 tomes VO d’une traite (la VF est en 2 tomes). L’intrigue est bien construite, noire et pessimiste au possible, avec une brochette de personnages désespérés aux personnalités bien définies. La fin est bien amenée, avec une vision de l’unité des victimes assez poignante. Un détail intéressant : les victimes innocentes sont tous des femmes (y compris leurs partenaires, Dee et Key étant lesbiennes), et les « méchants » tous des hommes. La mise en image de Elsa Charretier et les couleurs pastelles de Matt Hollingsworth donnent vraiment du cachet aux albums. Le dessin est élégant, et le découpage alterne entre grandes cases et petites cases plus nombreuses montrant divers détails dans les décors. Les cadrages sont réussis, les scènes d’action sont dynamiques… bref, les planches ont de la gueule. Voila, un chouette polar noir et violent, terminé en 2 tomes VF (ou 4 tomes VO).
Maudit manoir
Bienvenue dans l'histoire drôlement cauchemardesque d'un manoir hanté, demeure d'un savant fou où cohabitent fantômes, squelettes et monstres (plus ou moins radioactifs) ...Une BD pleine d'humour, des dessins bien exécutés, un création qui attise l'imagination...un univers à découvrir !
Le Banquier du Reich
Vous voulez savoir comment financièrement le parti nazi a pu appliquer son programme et comment l’Allemagne tout particulièrement a réussi à se reconstruire après la première guerre mondiale malgré toutes les contraintes qui ont été dicté par les « vainqueurs » ? Vous trouverez pratiquement toutes les réponses dans cet ouvrage « Le Banquier du Reich » réalisé par Pierre Boisserie et Philippe Guillaume au scénario, et par Cyrille Ternon au dessin. Le lecteur est invité à suivre Hjalmar Schacht considéré comme le grand argentier du Reich et comme l’un des plus grands économistes de l’époque. Cet homme a été tellement obsédé par les conséquences néfastes du traité de Versailles sur son pays qu’il n’avait qu’un seul but : relancer l’économie de l’Allemagne afin d’endiguer l’extrême pauvreté et l’effrayant taux de chômage qui ont plongé son pays dans une grave récession suite à la signature de ce fameux traité. Tellement obsédé par cet objectif qu’il a laissé passer non sans remords au second plan l’idéologie du parti nazi. On suit donc l’itinéraire de ce banquier antipathique ayant une haute opinion de lui-même, hautain, très sûr de lui et relativement dégradant envers tous ceux qui ne partagent pas ses opinions. Et pourtant, j’ai été vachement fasciné par ce personnage ! Il faut dire que les auteurs nous ont pondu une bande dessinée particulièrement agréable à feuilleter que ce soit scénaristiquement que graphiquement. On a là une mini-série qui nous prend par la main jusqu’à ce qu’on ne lâche plus la lecture jusqu’à son dénouement. Ceux qui ont adoré « Il était une fois en France » retrouveront de nombreuses similitudes avec « Le Banquier du Reich »… et il y a fort à parier qu’ils vont se régaler à sa lecture ! Fans d’histoire et lecteurs curieux des questions relatives à la seconde guerre mondiale, ne ratez pas cette bande dessinée qui mériterait une plus grande visibilité qu’il ne l’est actuellement. Quant aux autres bédéphiles, laissez-vous tenter tout de même par son feuilletage parce que ce personnage s’avère attachant malgré ses nombreux travers.
Hoka Hey !
Un superbe western. Hoka Hey est le cri de guerre des indiens Lakota. Changement d'éditeur, mais la qualité est toujours présente avec le label 619. Dos toilé et pagination importante. Je vais commencer par le dessin qui m'a transporté dans ces paysages grandioses de l'ouest américain. Un trait fin, précis et foisonnant de détails. Les couleurs sont tantôt chaudes pour les vastes plaines, tantôt froides dans les forêts avec juste quelques rayons du soleil qui transpercent la canopée. Les effets de lumière sont à tomber par terre. Une mise en page cinématographique pour une immersion totale dans un Far West sauvage et immense. Un western qui met en lumière un peuple parqué dans des réserves. C'est dans l'une d'entre elles que vit Georges dans le Dakota, jeune amérindien de la tribu Lakota élevé par un pasteur et sa route va croiser un trio improbable. Un irlandais allergique au savon, une indienne qui cache son visage derrière un foulard et Little Knife, un guerrier Lakota au tempérament sanguin. Georges, bien malgré lui, va accompagner cette troupe en quête de vengeance. Mais un chasseur de primes est à leurs trousses. Le long périple ne sera pas de tout repos, la violence et la mort seront du voyage. Une narration qui alterne les moments d'action et ceux plus calmes qui permettent d'approfondir les relations qui se nouent entre Georges et ses trois acolytes. Des personnages attachants aux passés torturés. Un récit qui est aussi le prétexte pour montrer la tentative des États-Unis d'anéantir un peuple par l'absorption, de transformer en "blanc" tous les amérindiens par la culture et la religion. Un album sur le déracinement et sa place dans ce nouveau monde. Neyef a fait un travail remarquable de recherches sur la culture des Lakota, un mode de vie très proche de la nature. Elle est formidablement retranscrite et par les temps qui courent, on ferait bien de prendre exemple. Mais aussi un monde avec quelques coutumes barbares. Un scénario maîtrisé de bout en bout. Un album pour les aficionados du western, mais aussi pour tous les autres. Coup de cœur. Hoka Hey !
Les Aveugles
Lecture agréable où le rire est présent : Il y a un humour absurde comme je l’aime parfois, avec des situations loufoques, les personnages sont tous ridicules et opposés à ce que l’on voit dans les romans de chevalerie classiques. L’auteur glisse de nombreuses références à certains classiques qui sont bien amenées et permettent encore plus de rire Un bon moment de détente, crée par un auteur ayant fait rire trois générations dans ma famille et que je conseille. Et je vous conseille aussi Le Génie des alpages du même auteur, ayant la même ambiance
Animan
Manimal : Les vieux de la veille se souviennent probablement de cette courte série télé américaine diffusée sur FR3, euh France 3 dans les années 80. Si l'ensemble de cette oeuvre n'aura pas perduré dans la durée (annulée par manque d'audience outre-Atlantique), ses multiples rediffusions plus son caractère fantastique auront marqué durablement les gamins que nous étions, à savoir un justicier ayant la faculté de se transformer par la pensée en n'importe quel animal (mais surtout en faucon et en panthère pour des raisons probablement budgétaires). Anouk Ricard s'est souvenue également de cette série et décide dès lors d'en développer sa propre version gauloise. Jonathan Chase devient ainsi Francis et sera Animan avec les mêmes pouvoirs mais dans un contexte assumé cette fois pour la rigolade ! La bande dessinée étant sans limites coté effets spéciaux, cette fois notre brave héros va devenir tour à tour un toutou pour discuter avec les chiens, une guêpe pour piquer les malfrats ou même un lombric pour aller mener une enquête outre tombe au sens propre !!! Bien évidemment notre héros va trouver sur sa route son ennemi juré, Objecto dont la particularité est de se transformer en objets familiers ! Une nouvelle fois, le sens de la dérision de Anouk Ricard fait mouche. Ses dessins si simples forment un parfait contrepoids avec des dialogues absurdes et le rire est souvent au rendez=vous ! Francis vit avec une grenouille dotée de la parole et qui ignore la double vie de son compagnon. L'ensemble est un mélange déconnant de vie de couple, d'enquêtes improbables sans oublier l'aspect super héros dans un rythme pétaradant entrecoupé de petits strips. Animan c'est un peu la synthèse de tout son travail, de Commissaire Toumi à Boule de Feu, et si elle dessine toujours aussi mal les voitures, son trait naïf participe grandement à la cohésion de l'ensemble sur un ton résolument décalé. Que du bonheur à lire et à relire, encore un sans fautes pour une autrice décidément pas comme les autres.
Solo (Martin)
Quand la Bd était sortie en 2014, je ne pensais pas m'y intéresser, et puis finalement au vu des dessins en feuilletant par curiosité en bibli, je me suis lancé dans cette aventure, et j'ai bien fait. On est quasiment immergé dans cet univers animalier post-apocalyptique, sombre, chaotique, impitoyable et dangereux grâce à un scénario parfaitement conduit à défaut d'une grande originalité. Car en fait, j'y ai retrouvé un ton, des situations et un univers assez semblable à celui de Conan, lorsqu'il erre en quête de gloire et de richesses ; la différence ici c'est que Solo et la plupart des autres espèces animalières errent dans ce monde détruit à la recherche de nourriture, sinon on se fait bouffer. Je vois à droite à gauche que c'est un Mad Max animalier, un univers à la Mad Max... je dirais oui et non, il n'y a pas ici de quête pour l'essence, c'est seulement pour bouffer, de plus dans les Mad Max, du moins dans le 1er film, il n'y a que des humains d'une part, et le monde ne semble pas encore complètement détruit d'autre part, il est sauvage mais il y a encore une once de civilisation, c'est dans l'opus 2 que ça devient plus sauvage et plus apocalyptique, on sent que les hommes ont fait péter la planète. Chez Solo, il y a aussi des humains, mais les animaux anthropoïdes sont plutôt dominants et ne cessent de se battre, soit pour assurer leur survie, soit en arène comme des gladiateurs. A cela s'ajoute une petit côté fantasy dans cet univers, surtout marqué par les silhouettes de gros bourrins des personnages, les armes blanches qu'ils emploient, et leurs techniques de combat, même le décor dévasté et désertique rappelle un peu le genre fantasy. En tout cas, ce monde a beau être désertique, il est très riche et dense au niveau background. Le héros a beau être un personnage badass, il est très attachant, et c'est pourquoi on ressort triste et un peu dépité je l'avoue à la lecture du tome 3 car l'auteur n'hésite pas à le tuer, clôturant un cycle exceptionnel nourri d'un mélange d'action et de réflexion, soutenu par un dessin hors norme d'un dynamisme rare. Parlons-en de ce dessin justement : Oscar Martin est un dessinateur très talentueux, décidément ces dessinateurs espagnols ne cesseront de m'émerveiller. Sa technique anthropomorphique est poussée au maximum avec un grand brio, comme chez son compatriote Guarnido, croquant des personnages hyper musclés et très expressifs, on les reconnait tous ; son trait est rugueux, épais, puissant, et possède en même temps un petit air disneyen, la colorisation dans des tons de beige, de gris et de couleurs approchantes est bien dosée, ses cadrages et ses dessins en pleine-page ont aussi un impact énorme, dommage que le format d'album choisi soit petit, ces dessins se seraient peut-être senti moins à l'étroit dans un format d'album normal, je sais pas ; l'auteur compense le format par le nombre de pages qui est conséquent. En tout cas, j'adore ce dessin, c'est une belle claque graphique. J'en viens à présent au gros défaut qui m'empêche de noter 5/5 : la voix off qui permet à Solo d'exprimer ses pensées sur la difficulté de construire son identité quand on doit tuer pour exister ; l'idée est bonne, mais ça aurait été cent fois mieux à petite dose, là on a un dialogue intérieur en texte narratif trop envahissant, trop verbeux, qui tend à ralentir la lecture et qui devient vite pénible. C'est dommage. Maintenant, est-ce que la série aurait dû s'en tenir à ce cycle de 3 albums qui se termine par la mort stupide de Solo ? Je répond oui, pour moi ça aurait pu rentrer parmi les Bd exceptionnelles par sa dimension rare. Vouloir continuer est certes concevable, je le comprend, d'autant que le nouveau cycle qui démarre avec Legatus, fils spirituel de Solo, se révèle plus psychologique, renouvelant le concept tout en gardant un lien avec le premier cycle car l'ombre de Solo plane dessus, tout au moins avec le tome 4 qui est encore d'un bon niveau. Le premier cycle était sans doute plus brut de décoffrage, avec une succession de bastons, de massacres et d'étripages qui revenaient un peu trop souvent, mais le fond était d'une richesse inouïe ; on y décelait même de l'amour et de l'humanisme, un vrai paradoxe avec ces personnages animaliers. Dans ce second cycle, il y a un peu moins d'action, plus d'introspection, mais au final, ça finit par répéter un peu le premier cycle, je l'ai trouvé moins attractif, sans trop de renouvellement, d'ailleurs je n'ai pas vraiment apprécié le tome 5. Je garde quand même un excellent moment de lecture, la série (et surtout son premier cycle) est une totale réussite.
Les Dessous de Pointe-Noire
C'est une lecture qui résonne d'une manière particulière pour moi. Malgré les différences, je me suis retrouvé dans quelques situations du mundélè Laurent de cette histoire. La différence d'âge, la différence d'approche sur us et coutumes de chaque continent et le rôle de chacun dans le foyer conjugal sont des difficultés d'un couple mixte bien observées par KHP. J'ai trouvé les personnalités de Laurent, Naomie et Yevline très finement travaillées et correspondant à l'ambiguïté des rapports humains très présente en l'Européen et l'Africaine, même quand ces rapports sont sincères. Entre doute et confiance, sincérité et incompréhension le métissage des corps et des cultures n'est pas un chemin toujours aisé. KHP utilise parfois un discours un brin moralisateur mais propose une conclusion assez optimiste et loin d'une vision fondamentaliste puritaine pour la femme africaine moderne ce qui me convient très bien. Pour goûter pleinement l'originalité du graphisme de KHP il faut lire le petit dossier en fin d'ouvrage. Son trait est fin, précis et constant. Son N&B fait un peu crayonné scolaire manquant de fantaisie mais son style réaliste rend des personnages très vivants et des jeunes femmes très belles. C'est assez rare de trouver dans une BD africaine des scènes de sexe aussi poussées. Le dessin de KHP porte une charge érotique puissante. Je ne proposerai donc pas cette BD au moins de 15 ans. J'ai bien apprécié cette série et découvert un artiste qui possède un bien beau talent.
Kiss the Sky
J'allais en librairie pour commander la BD de Beethoven - Le prix de la liberté. Je ne suis pas sorti les mains vides! J'avais lu que le duo d'auteurs avait ce projet sur Jimi Hendrix, mais je ne m'attendais pas à voir l'ouvrage dans les rayons. Il faut commencer par préciser que le travail bien fait commence dès la fabrication de cette BD, au format carré. Rare et tellement plaisant, ça colle beaucoup trop bien avec le remplissage du dessin, qui gagne en matière grâce au papier épais. La couverture toilée est sobre et classe. On est sur un petit plaisir du toucher. C'est le seul duo d'auteurs capable de couper mon cerveau en deux. Dupont me donne envie de dévorer les planches pour le style narratif exceptionnel et son écriture à la fois tranchante et fluide. Et Mezzo me fait rester sur chaque case à contempler ces petits tableaux qui nous sont offerts. Cette osmose a par ailleurs un double intérêt pour les lecteurs: - mettre en avant une quantité infinie d'informations sur l'histoire du blues : salles de concert, vinyles, relations entre les stars, chansons du moment... - tenter de raconter ce récit qui pourrait permettre aux plus néophytes d'y trouver son compte Avec Robert Johnson (voir Love in Vain), l'histoire est racontée telle une légende, essentiellement parce-que les archives ne sont pas très fournies pour les artistes noirs des années 20. Ici, l'ère contemporaine a évolué: le blues emporte tout le monde et les enregistrements/écrits foisonnent. On peut donc profiter d'une pléthore de références habillant subtilement le récit. Pour moi, c'est une jouissance de trouver toute cette mine d'informations. Je n'aime pas le côté people accolé aux célébrités, mais là comprenez que les plus grands esprits se rencontrent... C'est l'apogée du blues, l'avènement de la guitare électrique, l'affirmation et l'émancipation de la "black culture" par la musique. Et c'est aussi une période de rude concurrence où la communauté noire voyait la musique comme un moyen permettant de quitter la misère et l'anonymat. C'est donc une période majeure pour le monde musical, et les auteurs savent bien nous le rappeler. Voilà dans quoi se trouve Jimi Hendrix. Pour lui, la vie aura toujours été une galère prête à chavirer. Je pense que les personnes moins fans du thème trouveront des répétitions (échec > succès > échec ...). Mais vous voyez bien que je ne compte pas donner une seule critique négative. L'évolution du personnage est parfaite, la réussite de ce Jimi est aussi bien graphique que psychologique. On a le sentiment de suivre ses pas comme si l'on marchait à ses côtés. Niveau structure du récit, le dosage donné à chaque période de sa vie est idéal pour moi, sachant qu'un deuxième tome reste à publier. Un deuxième tome, rendez-vous compte, je nage en plein bonheur... Pour le dessin, qu'est-ce qui n'a pas encore été dit... On reconnaît Mezzo et sa patte continue d'évoluer. Il faut lire Love in Vain. Désolé mais c'est un ordre (pour votre bien ceci dit). Avec Kiss the Sky, une quantité pharaoniques de célébrités nous est présentée. Le risque était de se perdre à différencier tous ces personnages placés au milieu de scènes bondées. Eh bah non! Même pas! Le talent c'est le travail, et je serais tenté de dire que Mezzo a dû en suer pour crayonner tout ce casting. Je crois qu'il a poussé encore plus loin le réalisme dans son trait pour permettre des distinctions aussi limpides. Les portraits, les expressions, les comportements corporels, les guitares... Un vrai travail d'historien avec le point de vue artistique. J'ai vraiment baigné dans cet univers graphique. Et puis, les femmes... je ne devrais pas les limiter à l'esthétisme car elles ont une part très importante dans le récit, mais 'My word!' qu'elles sont belles! L'attente des publications signées par Mezzo peut sembler outrageusement longue. Mais il suffit de voir le résultat de son travail pour comprendre et adhérer à la fréquence de ses créations. Jean Michel Dupont place la barre aussi haute, car il participe aussi bien à la mise en situation qu'au ton du récit. Ces deux-là se sont bien trouvés. Le dessin répond au texte, et inversement, comme l'art du contre-point que l'on retrouve en musique. Un travail d'orfèvre. Il est évident que les auteurs respectent profondément le guitariste, en offrant une biographie singulière et très personnelle, en plaçant les consommations de drogue en retrait du scénario. Et c'est un fait assez rare pour être souligner, parce-que j'en ai un peu marre de l'image facile du "drogué" qui est injustement retenue plus que tout le reste. Pour les amoureux du blues, c'est un must-have qu'il faut acheter les yeux fermés. Les références sont infinies et les friandes anecdotes de l'époque ne vous lasseront jamais. Pour les lecteurs un peu moins branchés sur cette musique, la sécurité serait plutôt de l'emprunter dans un premier temps. L'histoire de Jimi Hendrix, du blues/rock et de la black music racontée dans une petite œuvre d'art de 24,5€.
Glacé - d'après Bernard Minier
Philéas surfe sur le succès des adaptations en BD. En voilà encore une qui mérite toute votre attention. Du polar bien noir, original avec un décor à vous glacer jusqu’aux os ! Un cheval a été mutilé de façon atroce. L’ADN retrouvé sur les lieux de cette boucherie chevaline appartient à un dangereux criminel pourtant enfermé dans un établissement psychiatrique ultra sécurisé à quelques kilomètres de là ! Il y a du rythme. Plus on avance dans cette histoire angoissante, plus l’ambiance devient oppressante. C’est délicieux. L’atmosphère vous prend littéralement aux tripes. Vous êtes pris entre les montagnes impressionnantes, l’hôpital psychiatrique, et la neige. Le tout – nous sommes vernis – dans la pénombre des longues soirées de l’hiver pyrénéen. Grrrrr ! oui oui vous allez greloter ! Chapeau bas à Mig pour avoir su réaliser ce climat tout en mode blanc bleu si particulier. Je vous le dis, pour la fin, vous aurez beau vous creuser la tête, tourner les pages, revenir en arrière, vous ne trouverez pas le dénouement. Et ça c’est vraiment brillant. L’histoire vous tient en haleine. Une belle surprise glacée que je vous recommande vivement. C’est diaboliquement bon.