Ohhhh mais c'est énorme ça !
C'est en somme une histoire simple... et complexe. Nous avons deux supposées sorcières, qui aidées par un gamin au coeur sur la main, essaient d'échapper à l'inquisition. Très vite les questions s'accumulent : qui sont-elles vraiment ? D'où viennent leurs pouvoirs ? Comment Georg les a-t-il sorties de leur prison ? Petit à petit on raccroche les wagons, on reconstitue le puzzle... Mais ce n'est pas facile, car Ongle et Pluie elles-mêmes ont oublié jusqu'à leur nom, leur vie d'avant, si tant est qu'elles en aient eu une... Le pauvre Georg, en butte avec ces questions constantes, essaie néanmoins d'aider ces deux malheureuses, armé de ses piètres talents et de sa gentillesse. Ce qui n'est pas facile. D'autant plus que le Mage lancé à leur poursuite, n'a aucune pitié, même si lui-même est en proie à des démons comparables à ceux de ses proies...
Le récit est incroyable, il brasse le traumatisme (j'ai RESSENTI physiquement la souffrance infinie des deux fuyardes), la rédemption et encense l'amitié, envers et contre tout. Les scènes où la tendresse qui lie ces trois personnages mais aussi leur séparation, la frustration de Georg, sont purement déchirantes. A la fin de ce premier volume Aniss El Hamouri laisse encore de nombreuses zones d'ombre au sujet de ses personnages, de leurs origines et de leur destin. Il y a plus de 200 pages, et on ne les voit pas passer, j'ai rarement connu une telle prouesse !
Graphiquement il y a du Sfar dans le style d'El Hamouri, mais dans une dimension différente, à la fois plus maîtrisée et plus torturée. Le tout est réalisé en bichromie, avec un brun savamment dosé. On eût pu croire qu'il utiliserait une autre couleur pour les scènes oniriques, mais elles sont dans les mêmes tons, respectant ainsi l'impression donnée par Ongle, que rêves et réalité sont difficilement différenciables, tellement l'horreur est présente partout...
Il va falloir attendre un an avant de lire la suite, espérons qu'elle sera à la hauteur de ce premier segment.
Voilà le nouveau polar grand format de chez Ki-oon, destiné à un public mature, ou presque, comme en témoigne le nom de la collection dans laquelle il s'inscrit : seinen.
Il s'agit d'une enquête policière menée par un flic un peu sur la touche dans la ville de Londres, en compagnie d'un étudiant que tout désigne comme le coupable idéal. C'est relativement classique, mais l'affaire est contée de manière à la fois efficace et intrigante. Ainsi assiste-t-on à un jeu de manipulation dont ne connaît pas tous les acteurs, ou bien les connaît-on déjà, mais sans le savoir. J'ai ainsi une petite idée du coupable, à moins qu'i ne soit pas seul, ce qui expliquerait certains signes... Du coup je suis curieux de connaître la suite, pour voir si mon hypothèse est la bonne.
Graphiquement le style de l'autrice Shinya Shima est assez novateur : ses origines nipponnes sont manifestes, mais elle lui adjoint des caractéristiques aérées, comme ne les auraient sans doute pas reniées les auteurs de comics des années 1980 et 1990. Logique, puisqu'elle est allée parfaire ses études graphiques en Angleterre, à Bournemouth. C'est vraiment plaisant, même si au début on a un peu de mal à rentrer dans ce mélange.
Je viens de relire l’intégrale … je garde le même ressenti. Une tuerie cet album !!
J’attendais pas grand chose de l’histoire, un spin-off sur un des catcheurs (El Diablo) croisés dans la série mère. Au final, je trouve ça plus réussi que la série d’origine, tous les voyants sont au vert pour me « hype ».
Un récit parfaitement construit de bout en bout, noir, dense, cohérent. C’est magnifiquement séquencé.
A travers le parcours de notre héros, de son plus jeune âge à la maturité, c’est tout un pan méconnu de l’Amérique (et Mexique) que l’on découvre. Chaque chapitre amène une nouvelle pierre à l’édifice, linéaire mais non redondant. Run dans sa préface propose même de marquer un petit temps d’arrêt entre les 6 chapitres, conseil judicieux tant le tout est d’une sacré richesse, des ambiances différentes qui se dégustent, une petite claque à chaque fois.
La violence n’a jamais quitté notre héros, une jeunesse sombre, prison, guerre des gangs, passage chez nos amis de Son of Anarchy, travailleur mexicain exploité … jusqu’à ce qu’il atteigne une certaine forme de plénitude. Un voyage semé d’embûches, très riche et plaisant à suivre.
L’autre bonne nouvelle (sans être maso), c’est que les claques se sont transformés en coup de poing avec la partie graphique. Je suis tombé amoureux du trait de Neyef que je découvrais, c’est fluide, détaillé, coloré … bref ça envoie grave du pâté !!
Je vais me jeter sur ses autres albums, il possède une patte efficace et originale, ses cadrages et couleurs aperçus dans la galerie de Hoka Hey ! m’ont subjugué.
Que dire de plus ?
Un album qui se suffit seul malgré sa ramification à l’univers Mutafukaz, vous n’êtes pas obligé de tout lire ou connaître.
Une édition réussie (encore) de la part d’Ankama, on a même le droit aux 6 couvertures des chapitres (parus au préalable indépendamment en format comics), chacune réalisée par un auteur de la maison (Run, Madoux, Singelin …).
Un prix relativement modique pour une telle densité et qualité, si vous aimez ce style, ne vous privez pas ;)
Coup de cœur !! et pas loin du culte à mes yeux, un album qui me comble.
Cet album m'avait été présenté de belle manière par mon amie Lulu, et son enthousiasme m'avait intrigué, car cela sortait de ce qu'elle lit et aime habituellement.Du coup quand j'ai pu à mon tour aborder ce roman graphique se déroulant dans un decorum historique peu courant, je me suis mis à l'aise.
Ce qui m'a frappé, et plus de prime abord, c'est le niveau graphique, plutôt remarquable pour une autrice débutante. Bien sûr, même si nous sommes dans une ambiance hollandaise du seizième siècle, elle s'est évité des écueils importants comme les gréements de l'époque ou des scènes d'action, même s'il y a quelques "mouvements" dans l'album. J'ai beaucoup aimé la délicatesse du trait, qui garde un caractère asiatique affirmé mais a su se nourrir d'un certain classicisme européen.
Yudori se concentre sur ses personnages, en particulier des femmes de conditions et d'horizons différents, qui se retrouvent sous la coupe d'un marchand hollandais, autant dire qu'il avait quasiment droit de vie et de mort sur elles. Pourtant Amélie, Sahara et Yolente ne s'en laissent pas compter, et cultivent leurs jardins secrets, essayent de remplir leurs objectifs : voler ou faire voler pour l'une, survivre, quitte à devenir une esclave sexuelle pour l'autre, rencontrer un bel homme, honnête et gentil pour la troisième. Même si la servante est la moins présente dans l'histoire principale, elle n'est pas négligée pour autant. Et si Amélie, à la fin de l'histoire, parvient à ses fins, il y a quand même des choses qui me semblent manquantes dans celle-ci, sans que je puisse mettre le doigt dessus. C'est probablement dû au caractère débutant de l'autrice, mais c'est franchement très intéressant, surprenant... Je m'attendais presque à voir les deux rivales débuter une histoire charnelle, mais Yudori évite cet écueil-là également.
Bref, un bon moment de lecture, qui sort des sentiers battus.
Mise à jour suite à lecture du tome 2.
Un polar glauque comme je les aime.
Tome 1
J'ai été happé dès les premières planches par cet univers où violence et magouilles sont au centre du récit.
Une intrigue qui part dans tous les sens autour de trois femmes très différentes les unes des autres. Aucun point en commun et pourtant elles vont être mêlées à une histoire sordide, volontairement ou non.
Une narration non linéaire qui au fur et à mesure commence à lever (très légèrement) une partie du voile.
Des héroïnes attachantes, un scénario bien charpenté et une ville mystérieuse sont les points forts de ce comics.
Tome 2
Toujours autant de plaisir à retrouver Dee, la junkie éclopée, Kay la flic déchue et Emma-Rose, la belle survoltée. Toujours cette narration maîtrisée qui nous fait passer d'un personnage à l'autre jusqu'à ce qu'elles soient réunies pour un final sanglant et des destins bien différents.
Un graphisme qui va à l'essentiel, tout en simplicité et efficacité.
Un découpage réussi.
Des couleurs qui donnent ce côté rétro que j'aime beaucoup.
Un excellent polar que je ne peux que conseiller pour son côté baroque et son ambiance poisseuse.
Je peux enfin donner mon coup de cœur.
Je trouve la couverture particulièrement ratée et si mon libraire n’avait pas accolé un coup de cœur à cet album, je pense sincèrement que je n’y aurais prêté aucune attention… et je serais passé à côté de quelque chose !
Adapté d’un roman dont je viens juste de découvrir qu’il trainait dans ma bibliothèque (mais que je n’ai personnellement jamais lu), ce récit est à la fois un roman d’aventure, une histoire d’amour, une farce et une réflexion sur l’homme et la nature de son humanité. Ecrit en 1952, le roman est un peu daté sur certains aspects mais il reste pertinent à bien des points de vue et nous pousse à réfléchir à ce qui fait qu’un humain est humain, à ce qui nous autorise à exploiter telle ou telle espèce animale, en clair à ce qui nous différencie des autres animaux.
L’adaptation que nous proposent Hélène Bruller et Joseph Falzon est fluide et ne souffre absolument pas du passage d’un média à un autre. Hélène Bruller s’est vraiment approprié ce récit pour nous le livrer à sa sauce, bien soutenue par le dessin expressif et caricatural de Joseph Falzon. C’est drôle et vivant, féroce par moments, touchant à d’autres. Je trouve que leur travail commun est assez proche de ce que fait un Pierre-Henri Gomont sur « Slava » par exemple : à la fois drôle et sujet à réflexion.
J’ai dévoré le récit, même si à l’occasion, j’ai trouvé que les personnages tergiversaient ou ne se posaient pas les bonnes questions. Mais ça, pour moi, c’est la preuve que j’étais emporté par l’aventure, presque actif aux côtés des personnages.
En clair, j’ai vraiment bien aimé et je ne peux que chaudement recommander.
La récente réédition aux éditions Revival de ce « premier concept album de la BD française » (selon l’excellent Groensteen), m’a permis de découvrir cet ovni, publié à l’origine par Eric Losfeld, éditeur non conformiste s’il en était (éditeur des surréalistes, mais aussi, pour s’en tenir à la BD, de « Barbarella » ou des débuts de Druillet – qui participe d’ailleurs à la Saga de Xam, entre autres projets novateurs).
On peut déjà souligner le travail de Revival, qui a refait la colorisation (très importante ici, très marquée par son époque !) pour se rapprocher des planches originales, aujourd’hui perdues.
L’œuvre originale nécessitait une loupe (fournie avec l’album), cette réédition nous permet de nous en passer, même si je dois reconnaitre que le texte (en style manuscrit) est parfois difficile à lire (petit, présenté de façon peu académique).
Le côté original de l’aspect graphique saute aux yeux. Les couleurs psychédéliques signent l’époque – et, parfois les produits ingurgités par les créateurs (pas tant Rollin que Devil et tous ceux qui passaient chez lui et ont un petit peu participé à l’élaboration de cette saga, Druillet en tête). La mise en page, avec des cases complètement déconstruites, est très moderne pour l’époque (Druillet a dû ensuite s’en inspirer).
L’histoire est découpée en plusieurs chapitres se déroulant dans des environnements et des époques différents : chaque chapitre a droit à un style et à une colorisation différents (trois coloristes y ont participé). Très pop culture, certaines planches ne dépareilleraient pas sur la pochette d’un disque de « Sweet Smoke » !
Losfeld oblige, l’érotisme est assez présent, dans une liberté des corps où la nudité perd de son côté scandaleux (femmes dénudées, souvent violentées, amours saphiques entre Saga et Zô), tout ceci ne dépareille pas dans les publications de Losfeld, qui a souvent maille à partie avec la censure à l’époque. Plusieurs héroïnes de BD publiées par Losfeld sont d’ailleurs évoquées au détour d’un dialogue (Barbarella, Jodelle), comme des univers poétiques et mystiques développés par Charles Duits semblent avoir en partie inspiré certains dialogues et situations ?
Saga est envoyée par les dirigeantes de sa planète (visiblement peuplées d’êtres féminins) pour découvrir sur Terre une solution à la menace des Troggs. Voilà pour le prétexte du départ, Saga ayant la capacité de voyager dans l’espace et le temps. Mais l’aspect purement SF n’est pas trop expliqué, rien ici de jargonneux, on est plus dans une vision esthétique, mystique, poétique et érotique, Saga, comme Barbarella, étant une femme forte et maitresse d’elle-même – et souvent des autres.
Toujours est-il que Saga, débarquant nue en plein moyen-âge, se voit menacée de viol. Après y avoir échappé, elle subit les foudres d’une sorte d’inquisition, menée par un comte de Vignancourt, chevalier de Tixier, et le père Papon. Rollin se défoule ainsi contre des personnalités de droite extrême, tout en plaçant certaines références lui plaisant davantage (le nom de Maldoror est évoqué).
Dans le deuxième chapitre (qui se déroule dans un univers viking), Saga fait la connaissance, en la sauvant d’un géant nordique, de Zô (qu’elle croit « venue d’Alphaville » : une référence au film de Godard sorti peu avant, de la part de Rollin, lui-même cinéaste ?).
Le troisième chapitre se déroule durant la préhistoire, le suivant dans l’Egypte antique, le suivant à Shanghaï à la fin du XIXème siècle. Le sixième chapitre (Xammax), voit Saga de retour sur Xam, attaquée par les Troggs, une union entre les deux races ne semblant pas faire le bonheur des Xamiennes. Quant au dernier chapitre, il se passe dans les États-Unis des sixties, et ressemble par sa « construction » et ses thèmes à un pamphlet situationniste (faisant référence à l’accident nucléaire de Palomares ayant eu lieu en 1966 en Espagne), pour revenir de façon obscur et fourre-tout aux contestations secouant la société américaine de l’époque. Puis, la fin m’a échappé (tout en me captivant visuellement).
Les textes, souvent abondants, déclamatoires (et poétiques), sont aussi présents que la couleur, ce qui donne des planches très chargées. Chargées de références aussi, que je n’ai pas forcément toutes saisies. En plus de celles déjà citées, un extrait d’une chanson de Brel (« Ne me quitte pas »), les noms de Moebius (qui côtoyait Devil à l’époque), Lautréamont, Lovecraft apparaissent au détour d’un dialogue.
Quant au dessin, si le style et la colorisation changent d’une époque à l’autre, il est techniquement très réussi, remarque valable pour les planches très riches et psychédéliques, comme pour celles, plus épurées et froides de Xammax, seule partie purement SF, avec des Troggs hideux et loufoques, qui cherchent à se mêler aux superbes habitantes de Xam.
Si le propos est devenu assez obscur et politique dans le dernier chapitre, certaines planches sont vraiment superbes, et l’on sent là les discussions enfumées, la consommation de drogue (LSD en particulier) qui ont fait dévier l’histoire, plusieurs amis/visiteurs participant de façon discrète à l’avancement du projet, que Rollin ne dirigeait plus vraiment (des photos retouchées montrent une partie de ce « groupe », dont Druillet faisait partie). Certains dessins m’ont alors fait penser à ceux d’Unica Zürn ou de Marianne Van Hirtum. Dans cette dernière partie, le texte est d’ailleurs moins présent (et particulièrement difficile à déchiffrer parfois !).
L’album se conclut avec une série de documents autour de l’œuvre de Devil (affiches, extraits de récits inédits) confirmant son talent graphique bien ancré dans cette époque des sixties.
Au final que dire de cet album ? Que graphiquement, c’est inégal, éclectique, mais que globalement j’ai trouvé ça très beau, souvent inspiré, parfois superbe.
Concernant l’histoire, c’est encore moins résumable (d’où mon avis très long !), et cela se révèle parfois difficile à appréhender. On est là dans quelque chose d’extraordinaire (au sens premier du terme), et je comprends pourquoi cet album est devenu mythique (faible tirage, totalement inclassable mais hyper moderne).
Un ovni donc, que les lecteurs curieux – et pas seulement amoureux/nostalgiques de cette époque – se doivent de (re)découvrir.
Cet album est une claque. Sombre, violent, crasseux, tout y est pour plonger le lecteur dans l’ambiance noire d’une banlieue déshéritée d’une ville du sud de l’Italie où règnent en maitres des bandes rivales de trafiquants et de mafieux. Peu d’espoir d’en sortir…
Les premières pages particulièrement austères donnent le ton. Ciro, un ado de 15 ans se réfugie dans un immeuble pour échapper à une bagarre dans laquelle il a peu de chance de sortir indemne. Mais cet immeuble n’est pas n’importe quel immeuble, c’est un énorme squat que la municipalité veut détruire. La décision est déjà prise et l’expulsion des habitants n’est plus qu’une question d’heures. Retranché malgré lui dans l’énorme bâtiment qui défie les forces de l’ordre, Ciro se retrouve dans l’appartement de celui qu’on surnomme le peintre fou. La police encercle le bâtiment. Un long siège commence. La discussion s’engage et au fil des heures, ce peintre étrange se livre sur sa vie. Je n’en dirai pas plus pour garder son secret. C’est poignant, noir, sans espoir. L’histoire est racontée sous trois angles différents, à trois époques différentes et les récits s’entremêlent et se répondent sans jamais perdre le lecteur, sans incohérences et retombe parfaitement sur ses pieds à la fin de l’album.
Le dessin est en accord parfait avec un scénario qui se développe sans temps mort et gagne en profondeur au fil des pages. Le découpage cinématographique entraine le lecteur dans les profondeurs de l’histoire. La colorisation superbe accentue la tension dramatique et l’ambiance glauque, crasseuse où la violence est partout. Un album poignant et visuellement très fort.
Une merveilleuse lecture.
Zidrou et Salomone ont su me toucher avec cette fable sensuelle, cruelle et émouvante.
Un beau travail des éditions Daniel Maghen.
Un titre qui interpelle et quelque peu trompeur puisque d'insectes, on en verra qu'un et très furtivement.
En Inde, la reine Shikhara fait prospérer son royaume de Shandramabad jusqu'au décès tragique de son fils. Doucement, son immense tristesse va la faire basculer dans la folie, au point de faire exterminer tous les oiseaux. Un deuil impossible et une culpabilité qui la rongent. Sa fille Jalna ne sera pas épargnée par sa colère aveugle.
Une narration onirique où la voix off de .... (il faut garder la surprise) apporte une touche de poésie et de mystère au récit.
Un drame où l'amour sera l'élément clef d'une nouvelle résurrection.
Un voyage dans un monde imaginaire et son ambiance douce/amère légèrement épicée.
Un Zidrou qui maîtrise son sujet de bout en bout.
Un récit poignant qui ne m'a pas laissé insensible.
La partie graphique est somptueuse, un trait fin, précis, doux et expressif avec une colorisation dans les tons chauds et humides qui font penser à des aquarelles.
Une mise en page immersive.
Féerique.
Pour ceux qui ont gardé une âme d'enfant.
Coup de cœur.
N’ayant jamais eu un goût prononcé pour les grandes batailles historiques, cette bande dessinée ne m’a pas tant attiré pour son sujet en lui-même que pour la façon iconoclaste dont il promettait d’être traité. Nicolas Juncker, auteur dont l’appétence pour l’Histoire se vérifie à travers plusieurs de ses ouvrages (dont les remarqués Seules à Berlin et Un général, des généraux), s’est donc emparé de cette fameuse bataille de Valmy, considérée comme décisive pour la France révolutionnaire, alors que paradoxalement, la victoire fut obtenue sans grande résistance de la part de l’ennemi. Il a ainsi introduit son grain de sable fictionnel dans cette grosse machine un brin figée qu’est l’Histoire de France, ce qui provoquera peut-être quelques toussotements chez ses scrupuleux gardiens.
Ce que l’on apprécie, c’est l’angle original et espiègle sous lequel est abordé ce récit. Ou comment un soldat imaginaire, Pierre-Marie Dragon, lâche et veule, mais à la sexualité débridée va faire gagner la guerre au camp révolutionnaire… Cette fiction historique serait-elle de la part des auteurs une sorte de métaphore antimilitariste suggérant que la révolution peut être aussi sexuelle, et que tant qu’on b****, on ne pense pas à tuer son prochain ? Dragon adore enfoncer son « sabre enflammé » dans toutes les fesses qui passent à sa portée, qu’elles soient lisses comme la pêche ou velues comme le kiwi. C’est plus fort que lui et ça passe crème (si on peut dire) !
Trop vieux de deux cent ans, le dragon Dragon n’a jamais milité en faveur de la libération sexuelle, ni défilé à la Gay Pride, non, le jeune étalon s’en moque bien, pense d’abord à son plaisir immédiat et ne demande la permission à personne pour tâter du fessier. Chez ce fieffé roublard, tout est dans le ça, aucune place pour le surmoi. Et si l’on vient à se refuser à lui, il a, d’une façon presque candide, beaucoup de mal à le comprendre ! Mettre la main au fondement d’un futur roi (Louis-Philippe en l’occurrence) ne lui donne pas froid aux yeux. Sa liberté est littéralement indécente voire obscène et pourtant, nul ne songe à l’incriminer ou à le faire pendre ! S’en sortirait-il mieux de nos jours ? S’il vivait aujourd’hui, nul doute que sa conduite lubrique (on peut y voir bien sûr une forme de harcèlement mais il n’est jamais question de viol ni a fortiori de violence) serait vilipendée sur les réseaux sociaux ! Cela en fait-il pour autant un être détestable ?
Le plus étonnant, c’est qu’il parvient même à se rendre attachant, ce dragon plus matois que malfaisant, malgré sa couardise qui en fait l’opposé d’un mâle dominant. Simplement, il ne peut se passer de sexe plus d’une heure, une activité aussi vitale pour lui que manger ou respirer. Comme on peut s’y attendre, cela créé moult situations cocasses auxquelles il est difficile de contenir un fou-rire.
Simon Spruyt délaisse le superbe style vaporeux et impressionniste de son Tambour de la Moskova pour une approche plus « grand public », en optant pour des contours clarificateurs et des couleurs simplifiées. L’ensemble demeure d’une belle qualité, l’auteur possède une patte bien à lui et on appréciera particulièrement ses planches inspirées de gravures d’époque qui contribuent à casser le rythme du récit.
Si « Valmy c’est fini », cet épisode ne fait que marquer le début des aventures de notre dragon, et l’on se dit que l’on remettrait volontiers les couverts… C’est une lecture assez jubilatoire, qui évoquera à certains le ton baudelairien du regretté Jean Teulé, disparu tout récemment. Une des BD les plus politiquement incorrectes de ces dernières années et un vrai coup de cœur.
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Lost Lad London
Voilà le nouveau polar grand format de chez Ki-oon, destiné à un public mature, ou presque, comme en témoigne le nom de la collection dans laquelle il s'inscrit : seinen. Il s'agit d'une enquête policière menée par un flic un peu sur la touche dans la ville de Londres, en compagnie d'un étudiant que tout désigne comme le coupable idéal. C'est relativement classique, mais l'affaire est contée de manière à la fois efficace et intrigante. Ainsi assiste-t-on à un jeu de manipulation dont ne connaît pas tous les acteurs, ou bien les connaît-on déjà, mais sans le savoir. J'ai ainsi une petite idée du coupable, à moins qu'i ne soit pas seul, ce qui expliquerait certains signes... Du coup je suis curieux de connaître la suite, pour voir si mon hypothèse est la bonne. Graphiquement le style de l'autrice Shinya Shima est assez novateur : ses origines nipponnes sont manifestes, mais elle lui adjoint des caractéristiques aérées, comme ne les auraient sans doute pas reniées les auteurs de comics des années 1980 et 1990. Logique, puisqu'elle est allée parfaire ses études graphiques en Angleterre, à Bournemouth. C'est vraiment plaisant, même si au début on a un peu de mal à rentrer dans ce mélange.
Mutafukaz - Puta Madre
Je viens de relire l’intégrale … je garde le même ressenti. Une tuerie cet album !! J’attendais pas grand chose de l’histoire, un spin-off sur un des catcheurs (El Diablo) croisés dans la série mère. Au final, je trouve ça plus réussi que la série d’origine, tous les voyants sont au vert pour me « hype ». Un récit parfaitement construit de bout en bout, noir, dense, cohérent. C’est magnifiquement séquencé. A travers le parcours de notre héros, de son plus jeune âge à la maturité, c’est tout un pan méconnu de l’Amérique (et Mexique) que l’on découvre. Chaque chapitre amène une nouvelle pierre à l’édifice, linéaire mais non redondant. Run dans sa préface propose même de marquer un petit temps d’arrêt entre les 6 chapitres, conseil judicieux tant le tout est d’une sacré richesse, des ambiances différentes qui se dégustent, une petite claque à chaque fois. La violence n’a jamais quitté notre héros, une jeunesse sombre, prison, guerre des gangs, passage chez nos amis de Son of Anarchy, travailleur mexicain exploité … jusqu’à ce qu’il atteigne une certaine forme de plénitude. Un voyage semé d’embûches, très riche et plaisant à suivre. L’autre bonne nouvelle (sans être maso), c’est que les claques se sont transformés en coup de poing avec la partie graphique. Je suis tombé amoureux du trait de Neyef que je découvrais, c’est fluide, détaillé, coloré … bref ça envoie grave du pâté !! Je vais me jeter sur ses autres albums, il possède une patte efficace et originale, ses cadrages et couleurs aperçus dans la galerie de Hoka Hey ! m’ont subjugué. Que dire de plus ? Un album qui se suffit seul malgré sa ramification à l’univers Mutafukaz, vous n’êtes pas obligé de tout lire ou connaître. Une édition réussie (encore) de la part d’Ankama, on a même le droit aux 6 couvertures des chapitres (parus au préalable indépendamment en format comics), chacune réalisée par un auteur de la maison (Run, Madoux, Singelin …). Un prix relativement modique pour une telle densité et qualité, si vous aimez ce style, ne vous privez pas ;) Coup de cœur !! et pas loin du culte à mes yeux, un album qui me comble.
Le Ciel pour conquête
Cet album m'avait été présenté de belle manière par mon amie Lulu, et son enthousiasme m'avait intrigué, car cela sortait de ce qu'elle lit et aime habituellement.Du coup quand j'ai pu à mon tour aborder ce roman graphique se déroulant dans un decorum historique peu courant, je me suis mis à l'aise. Ce qui m'a frappé, et plus de prime abord, c'est le niveau graphique, plutôt remarquable pour une autrice débutante. Bien sûr, même si nous sommes dans une ambiance hollandaise du seizième siècle, elle s'est évité des écueils importants comme les gréements de l'époque ou des scènes d'action, même s'il y a quelques "mouvements" dans l'album. J'ai beaucoup aimé la délicatesse du trait, qui garde un caractère asiatique affirmé mais a su se nourrir d'un certain classicisme européen. Yudori se concentre sur ses personnages, en particulier des femmes de conditions et d'horizons différents, qui se retrouvent sous la coupe d'un marchand hollandais, autant dire qu'il avait quasiment droit de vie et de mort sur elles. Pourtant Amélie, Sahara et Yolente ne s'en laissent pas compter, et cultivent leurs jardins secrets, essayent de remplir leurs objectifs : voler ou faire voler pour l'une, survivre, quitte à devenir une esclave sexuelle pour l'autre, rencontrer un bel homme, honnête et gentil pour la troisième. Même si la servante est la moins présente dans l'histoire principale, elle n'est pas négligée pour autant. Et si Amélie, à la fin de l'histoire, parvient à ses fins, il y a quand même des choses qui me semblent manquantes dans celle-ci, sans que je puisse mettre le doigt dessus. C'est probablement dû au caractère débutant de l'autrice, mais c'est franchement très intéressant, surprenant... Je m'attendais presque à voir les deux rivales débuter une histoire charnelle, mais Yudori évite cet écueil-là également. Bref, un bon moment de lecture, qui sort des sentiers battus.
November
Mise à jour suite à lecture du tome 2. Un polar glauque comme je les aime. Tome 1 J'ai été happé dès les premières planches par cet univers où violence et magouilles sont au centre du récit. Une intrigue qui part dans tous les sens autour de trois femmes très différentes les unes des autres. Aucun point en commun et pourtant elles vont être mêlées à une histoire sordide, volontairement ou non. Une narration non linéaire qui au fur et à mesure commence à lever (très légèrement) une partie du voile. Des héroïnes attachantes, un scénario bien charpenté et une ville mystérieuse sont les points forts de ce comics. Tome 2 Toujours autant de plaisir à retrouver Dee, la junkie éclopée, Kay la flic déchue et Emma-Rose, la belle survoltée. Toujours cette narration maîtrisée qui nous fait passer d'un personnage à l'autre jusqu'à ce qu'elles soient réunies pour un final sanglant et des destins bien différents. Un graphisme qui va à l'essentiel, tout en simplicité et efficacité. Un découpage réussi. Des couleurs qui donnent ce côté rétro que j'aime beaucoup. Un excellent polar que je ne peux que conseiller pour son côté baroque et son ambiance poisseuse. Je peux enfin donner mon coup de cœur.
Les Animaux dénaturés
Je trouve la couverture particulièrement ratée et si mon libraire n’avait pas accolé un coup de cœur à cet album, je pense sincèrement que je n’y aurais prêté aucune attention… et je serais passé à côté de quelque chose ! Adapté d’un roman dont je viens juste de découvrir qu’il trainait dans ma bibliothèque (mais que je n’ai personnellement jamais lu), ce récit est à la fois un roman d’aventure, une histoire d’amour, une farce et une réflexion sur l’homme et la nature de son humanité. Ecrit en 1952, le roman est un peu daté sur certains aspects mais il reste pertinent à bien des points de vue et nous pousse à réfléchir à ce qui fait qu’un humain est humain, à ce qui nous autorise à exploiter telle ou telle espèce animale, en clair à ce qui nous différencie des autres animaux. L’adaptation que nous proposent Hélène Bruller et Joseph Falzon est fluide et ne souffre absolument pas du passage d’un média à un autre. Hélène Bruller s’est vraiment approprié ce récit pour nous le livrer à sa sauce, bien soutenue par le dessin expressif et caricatural de Joseph Falzon. C’est drôle et vivant, féroce par moments, touchant à d’autres. Je trouve que leur travail commun est assez proche de ce que fait un Pierre-Henri Gomont sur « Slava » par exemple : à la fois drôle et sujet à réflexion. J’ai dévoré le récit, même si à l’occasion, j’ai trouvé que les personnages tergiversaient ou ne se posaient pas les bonnes questions. Mais ça, pour moi, c’est la preuve que j’étais emporté par l’aventure, presque actif aux côtés des personnages. En clair, j’ai vraiment bien aimé et je ne peux que chaudement recommander.
Saga de Xam
La récente réédition aux éditions Revival de ce « premier concept album de la BD française » (selon l’excellent Groensteen), m’a permis de découvrir cet ovni, publié à l’origine par Eric Losfeld, éditeur non conformiste s’il en était (éditeur des surréalistes, mais aussi, pour s’en tenir à la BD, de « Barbarella » ou des débuts de Druillet – qui participe d’ailleurs à la Saga de Xam, entre autres projets novateurs). On peut déjà souligner le travail de Revival, qui a refait la colorisation (très importante ici, très marquée par son époque !) pour se rapprocher des planches originales, aujourd’hui perdues. L’œuvre originale nécessitait une loupe (fournie avec l’album), cette réédition nous permet de nous en passer, même si je dois reconnaitre que le texte (en style manuscrit) est parfois difficile à lire (petit, présenté de façon peu académique). Le côté original de l’aspect graphique saute aux yeux. Les couleurs psychédéliques signent l’époque – et, parfois les produits ingurgités par les créateurs (pas tant Rollin que Devil et tous ceux qui passaient chez lui et ont un petit peu participé à l’élaboration de cette saga, Druillet en tête). La mise en page, avec des cases complètement déconstruites, est très moderne pour l’époque (Druillet a dû ensuite s’en inspirer). L’histoire est découpée en plusieurs chapitres se déroulant dans des environnements et des époques différents : chaque chapitre a droit à un style et à une colorisation différents (trois coloristes y ont participé). Très pop culture, certaines planches ne dépareilleraient pas sur la pochette d’un disque de « Sweet Smoke » ! Losfeld oblige, l’érotisme est assez présent, dans une liberté des corps où la nudité perd de son côté scandaleux (femmes dénudées, souvent violentées, amours saphiques entre Saga et Zô), tout ceci ne dépareille pas dans les publications de Losfeld, qui a souvent maille à partie avec la censure à l’époque. Plusieurs héroïnes de BD publiées par Losfeld sont d’ailleurs évoquées au détour d’un dialogue (Barbarella, Jodelle), comme des univers poétiques et mystiques développés par Charles Duits semblent avoir en partie inspiré certains dialogues et situations ? Saga est envoyée par les dirigeantes de sa planète (visiblement peuplées d’êtres féminins) pour découvrir sur Terre une solution à la menace des Troggs. Voilà pour le prétexte du départ, Saga ayant la capacité de voyager dans l’espace et le temps. Mais l’aspect purement SF n’est pas trop expliqué, rien ici de jargonneux, on est plus dans une vision esthétique, mystique, poétique et érotique, Saga, comme Barbarella, étant une femme forte et maitresse d’elle-même – et souvent des autres. Toujours est-il que Saga, débarquant nue en plein moyen-âge, se voit menacée de viol. Après y avoir échappé, elle subit les foudres d’une sorte d’inquisition, menée par un comte de Vignancourt, chevalier de Tixier, et le père Papon. Rollin se défoule ainsi contre des personnalités de droite extrême, tout en plaçant certaines références lui plaisant davantage (le nom de Maldoror est évoqué). Dans le deuxième chapitre (qui se déroule dans un univers viking), Saga fait la connaissance, en la sauvant d’un géant nordique, de Zô (qu’elle croit « venue d’Alphaville » : une référence au film de Godard sorti peu avant, de la part de Rollin, lui-même cinéaste ?). Le troisième chapitre se déroule durant la préhistoire, le suivant dans l’Egypte antique, le suivant à Shanghaï à la fin du XIXème siècle. Le sixième chapitre (Xammax), voit Saga de retour sur Xam, attaquée par les Troggs, une union entre les deux races ne semblant pas faire le bonheur des Xamiennes. Quant au dernier chapitre, il se passe dans les États-Unis des sixties, et ressemble par sa « construction » et ses thèmes à un pamphlet situationniste (faisant référence à l’accident nucléaire de Palomares ayant eu lieu en 1966 en Espagne), pour revenir de façon obscur et fourre-tout aux contestations secouant la société américaine de l’époque. Puis, la fin m’a échappé (tout en me captivant visuellement). Les textes, souvent abondants, déclamatoires (et poétiques), sont aussi présents que la couleur, ce qui donne des planches très chargées. Chargées de références aussi, que je n’ai pas forcément toutes saisies. En plus de celles déjà citées, un extrait d’une chanson de Brel (« Ne me quitte pas »), les noms de Moebius (qui côtoyait Devil à l’époque), Lautréamont, Lovecraft apparaissent au détour d’un dialogue. Quant au dessin, si le style et la colorisation changent d’une époque à l’autre, il est techniquement très réussi, remarque valable pour les planches très riches et psychédéliques, comme pour celles, plus épurées et froides de Xammax, seule partie purement SF, avec des Troggs hideux et loufoques, qui cherchent à se mêler aux superbes habitantes de Xam. Si le propos est devenu assez obscur et politique dans le dernier chapitre, certaines planches sont vraiment superbes, et l’on sent là les discussions enfumées, la consommation de drogue (LSD en particulier) qui ont fait dévier l’histoire, plusieurs amis/visiteurs participant de façon discrète à l’avancement du projet, que Rollin ne dirigeait plus vraiment (des photos retouchées montrent une partie de ce « groupe », dont Druillet faisait partie). Certains dessins m’ont alors fait penser à ceux d’Unica Zürn ou de Marianne Van Hirtum. Dans cette dernière partie, le texte est d’ailleurs moins présent (et particulièrement difficile à déchiffrer parfois !). L’album se conclut avec une série de documents autour de l’œuvre de Devil (affiches, extraits de récits inédits) confirmant son talent graphique bien ancré dans cette époque des sixties. Au final que dire de cet album ? Que graphiquement, c’est inégal, éclectique, mais que globalement j’ai trouvé ça très beau, souvent inspiré, parfois superbe. Concernant l’histoire, c’est encore moins résumable (d’où mon avis très long !), et cela se révèle parfois difficile à appréhender. On est là dans quelque chose d’extraordinaire (au sens premier du terme), et je comprends pourquoi cet album est devenu mythique (faible tirage, totalement inclassable mais hyper moderne). Un ovni donc, que les lecteurs curieux – et pas seulement amoureux/nostalgiques de cette époque – se doivent de (re)découvrir.
Les Assiégés
Cet album est une claque. Sombre, violent, crasseux, tout y est pour plonger le lecteur dans l’ambiance noire d’une banlieue déshéritée d’une ville du sud de l’Italie où règnent en maitres des bandes rivales de trafiquants et de mafieux. Peu d’espoir d’en sortir… Les premières pages particulièrement austères donnent le ton. Ciro, un ado de 15 ans se réfugie dans un immeuble pour échapper à une bagarre dans laquelle il a peu de chance de sortir indemne. Mais cet immeuble n’est pas n’importe quel immeuble, c’est un énorme squat que la municipalité veut détruire. La décision est déjà prise et l’expulsion des habitants n’est plus qu’une question d’heures. Retranché malgré lui dans l’énorme bâtiment qui défie les forces de l’ordre, Ciro se retrouve dans l’appartement de celui qu’on surnomme le peintre fou. La police encercle le bâtiment. Un long siège commence. La discussion s’engage et au fil des heures, ce peintre étrange se livre sur sa vie. Je n’en dirai pas plus pour garder son secret. C’est poignant, noir, sans espoir. L’histoire est racontée sous trois angles différents, à trois époques différentes et les récits s’entremêlent et se répondent sans jamais perdre le lecteur, sans incohérences et retombe parfaitement sur ses pieds à la fin de l’album. Le dessin est en accord parfait avec un scénario qui se développe sans temps mort et gagne en profondeur au fil des pages. Le découpage cinématographique entraine le lecteur dans les profondeurs de l’histoire. La colorisation superbe accentue la tension dramatique et l’ambiance glauque, crasseuse où la violence est partout. Un album poignant et visuellement très fort.
Celle qui fit le bonheur des insectes
Une merveilleuse lecture. Zidrou et Salomone ont su me toucher avec cette fable sensuelle, cruelle et émouvante. Un beau travail des éditions Daniel Maghen. Un titre qui interpelle et quelque peu trompeur puisque d'insectes, on en verra qu'un et très furtivement. En Inde, la reine Shikhara fait prospérer son royaume de Shandramabad jusqu'au décès tragique de son fils. Doucement, son immense tristesse va la faire basculer dans la folie, au point de faire exterminer tous les oiseaux. Un deuil impossible et une culpabilité qui la rongent. Sa fille Jalna ne sera pas épargnée par sa colère aveugle. Une narration onirique où la voix off de .... (il faut garder la surprise) apporte une touche de poésie et de mystère au récit. Un drame où l'amour sera l'élément clef d'une nouvelle résurrection. Un voyage dans un monde imaginaire et son ambiance douce/amère légèrement épicée. Un Zidrou qui maîtrise son sujet de bout en bout. Un récit poignant qui ne m'a pas laissé insensible. La partie graphique est somptueuse, un trait fin, précis, doux et expressif avec une colorisation dans les tons chauds et humides qui font penser à des aquarelles. Une mise en page immersive. Féerique. Pour ceux qui ont gardé une âme d'enfant. Coup de cœur.
Les Mémoires du Dragon Dragon
N’ayant jamais eu un goût prononcé pour les grandes batailles historiques, cette bande dessinée ne m’a pas tant attiré pour son sujet en lui-même que pour la façon iconoclaste dont il promettait d’être traité. Nicolas Juncker, auteur dont l’appétence pour l’Histoire se vérifie à travers plusieurs de ses ouvrages (dont les remarqués Seules à Berlin et Un général, des généraux), s’est donc emparé de cette fameuse bataille de Valmy, considérée comme décisive pour la France révolutionnaire, alors que paradoxalement, la victoire fut obtenue sans grande résistance de la part de l’ennemi. Il a ainsi introduit son grain de sable fictionnel dans cette grosse machine un brin figée qu’est l’Histoire de France, ce qui provoquera peut-être quelques toussotements chez ses scrupuleux gardiens. Ce que l’on apprécie, c’est l’angle original et espiègle sous lequel est abordé ce récit. Ou comment un soldat imaginaire, Pierre-Marie Dragon, lâche et veule, mais à la sexualité débridée va faire gagner la guerre au camp révolutionnaire… Cette fiction historique serait-elle de la part des auteurs une sorte de métaphore antimilitariste suggérant que la révolution peut être aussi sexuelle, et que tant qu’on b****, on ne pense pas à tuer son prochain ? Dragon adore enfoncer son « sabre enflammé » dans toutes les fesses qui passent à sa portée, qu’elles soient lisses comme la pêche ou velues comme le kiwi. C’est plus fort que lui et ça passe crème (si on peut dire) ! Trop vieux de deux cent ans, le dragon Dragon n’a jamais milité en faveur de la libération sexuelle, ni défilé à la Gay Pride, non, le jeune étalon s’en moque bien, pense d’abord à son plaisir immédiat et ne demande la permission à personne pour tâter du fessier. Chez ce fieffé roublard, tout est dans le ça, aucune place pour le surmoi. Et si l’on vient à se refuser à lui, il a, d’une façon presque candide, beaucoup de mal à le comprendre ! Mettre la main au fondement d’un futur roi (Louis-Philippe en l’occurrence) ne lui donne pas froid aux yeux. Sa liberté est littéralement indécente voire obscène et pourtant, nul ne songe à l’incriminer ou à le faire pendre ! S’en sortirait-il mieux de nos jours ? S’il vivait aujourd’hui, nul doute que sa conduite lubrique (on peut y voir bien sûr une forme de harcèlement mais il n’est jamais question de viol ni a fortiori de violence) serait vilipendée sur les réseaux sociaux ! Cela en fait-il pour autant un être détestable ? Le plus étonnant, c’est qu’il parvient même à se rendre attachant, ce dragon plus matois que malfaisant, malgré sa couardise qui en fait l’opposé d’un mâle dominant. Simplement, il ne peut se passer de sexe plus d’une heure, une activité aussi vitale pour lui que manger ou respirer. Comme on peut s’y attendre, cela créé moult situations cocasses auxquelles il est difficile de contenir un fou-rire. Simon Spruyt délaisse le superbe style vaporeux et impressionniste de son Tambour de la Moskova pour une approche plus « grand public », en optant pour des contours clarificateurs et des couleurs simplifiées. L’ensemble demeure d’une belle qualité, l’auteur possède une patte bien à lui et on appréciera particulièrement ses planches inspirées de gravures d’époque qui contribuent à casser le rythme du récit. Si « Valmy c’est fini », cet épisode ne fait que marquer le début des aventures de notre dragon, et l’on se dit que l’on remettrait volontiers les couverts… C’est une lecture assez jubilatoire, qui évoquera à certains le ton baudelairien du regretté Jean Teulé, disparu tout récemment. Une des BD les plus politiquement incorrectes de ces dernières années et un vrai coup de cœur.