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Seules à Berlin

Note: 4/5
(4/5 pour 2 avis)

Nicolas Juncker fait ici le portrait d’une très belle amitié, mais aussi celui d’une ville où tout est à reconstruire, à l’aube de la Guerre froide et des nouveaux bouleversements que va connaître l’Allemagne…


1939 - 1945 : La Seconde Guerre Mondiale Allemagne Nazisme et Seconde Guerre Mondiale, vus par les Allemands

Berlin, avril 1945. Ingrid est allemande et sort de plusieurs années d’enfer sous le régime nazi. Evgeniya est russe et vient d’arriver à Berlin avec l’armée soviétique pour authentifier les restes d’Hitler. La première est épuisée, apeurée par les « barbares » qu’elle voit débarquer chez elle, tandis que la seconde, débordante de vie et de sollicitude, est intriguée par cette femme avec qui elle doit cohabiter. Mais chacune tient un journal intime, ce qui permet au lecteur de suivre peu à peu la naissance d’une amitié en apparence impossible…

Scénariste
Dessinateur
Coloriste
Editeur
Genre / Public / Type
Date de parution 11 Mars 2020
Statut histoire One shot 1 tome paru
Couverture de la série Seules à Berlin
Les notes (2)
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04/06/2020 | Mac Arthur
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Par doumé
Note: 4/5
L'avatar du posteur doumé

Malheur aux vaincus et surtout aux vaincues, Juncker nous décrit sans censure, la réalité brutale d'une ville assiégée. Deux femmes de chaque camp se rencontrent et tentent de cohabiter en opposant leurs endoctrinements respectifs. L'une est allemande et a connu 12 ans de propagande nazie et l'autre est soviétique, pleine d'illusions sur le futur de son pays. Mais au fil du temps elles vont apprendre à se connaitre et faire preuve d'un respect mutuel lié à leur condition de femmes pendant une guerre. Juncker décrit ce processus sans rien nous épargner des violence,s de la famine ou de la prostitution. Il nous amène à avoir de la sympathie pour les deux héroïnes qui tentent de survivre à un monde masculin sans loi. Le traitement de ce moment de l'histoire par Juncker est juste. Le point fort de cette BD, c'est la prise de recul de l'auteur qui se place comme un observateur sans parti pris pour l'un des deux camps. Le dessin sans couleur, sauf quelques cases, est à l'image du moment et du lieu, tout est dévasté, terne et gris. Des amas de pierres sont le seul décor de cette histoire, les survivants assiégés et les occupants sont caricaturés comme s'ils avaient perdu toute humanité. Un moment d'histoire qui nous montre qu'à la fin d'une guerre, il n' y a que peu de vainqueurs et beaucoup de victimes. Après la lecture d'un tel ouvrage, la nature humaine n'en sort pas grandie.

25/07/2020 (modifier)
L'avatar du posteur Mac Arthur

C’est une œuvre forte, dérangeante et psychologiquement violente que nous offre Nicolas Juncker. Elle nous permet de suivre une femme allemande dans le Berlin en ruine de la fin de la seconde guerre mondiale. Sans gants, l’auteur nous montre toute la violence tant émotionnelle que physique que représente le fait d’être une femme dans le camp des vaincus, d’être Allemand, d’avoir cru en Hitler et de voir son monde s’effondrer en même temps que les immeuble de sa ville, de devoir subir l’occupation dans sa ville, dans son lit, dans son corps. En contrepoint, l’auteur nous propose également de suivre une jeune soldate russe, confrontée à son propre endoctrinement. De cette rencontre va sinon naître une amitié, du moins une compréhension mutuelle. Et si la première ne se fait plus trop d’illusions, la seconde va voir les siennes mises à rude épreuve. Comme je le disais, le sujet est fort et dur. La mise en scène est cinglante et met bien en évidence toute la cruauté de la guerre, et plus particulièrement envers les femmes et les vaincus (et si vous combinez ces deux éléments, vous êtes clairement parmi les victimes les plus exposées). Mais Nicolas Juncker a l’intelligence de ne pas nous proposer un mouton bêlant comme héroïne. Ingrid n’est pas un ange, son discours se teinte régulièrement de relents antisémites. Pour elle, les camps de la mort sont une invention des services de propagande ennemis, par exemple. J’ai beaucoup apprécié le réalisme de ce portrait, plus conforme à l'idée que je me fais d'une jeune femme allemande marquée par des années de gouvernance nazie. Au niveau du dessin, la singularité principale du récit vient de sa colorisation. Grise. Car tout ici est gris… mais pas que ! Et quand la couleur refait soudainement son apparition, elle n’en a que plus d’impact, de force. Ca claque dans la tronche, ça remue ou ça soulage mais la couleur ne laisse pas indifférent. Une thématique forte et bien développée. Une écriture soignée. Un dessin lisible dans un style caricatural qui convient bien au sujet. Et une utilisation très pertinente des couleurs ou de leur absence. Franchement bien… mais pas le genre de bouquin qui vous remonte le moral.

04/06/2020 (modifier)